Poésies. Par Xavier Forneret. (1809-1884) (Antoine Charles Ferdinand Xavier Forneret.) TABLE DES MATIERES. Un Pauvre Honteux. Elle I Elle II La Barque Au Retour. Le Coupable-Innocent. L’Infanticide. La Voix Des Cloches. Un Mot Sur Une Horreur. A La Vieillesse. Dédié A L’Empereur Des Français. Un Petit Garçon. Réponse. L’homme pleure... Un En Deux. Note. Un Pauvre Honteux. Il l’a tirée De sa poche percée, L’a mise sous ses yeux: Et l’a bien regardée En disant: «Malheureux!» Il l’a soufflée De sa bouche humectée; Il avait presque peur D’une horrible pensée Qui vint le prendre au coeur. Il l’a mouillée D'une larme gelée Qui fondit par hasard; Sa chambre était trouée Encor plus qu’un bazar. Il l’a frottée, Ne l’a pas réchauffée, À peine il la sentait; Car par le froid pincée Elle se retirait. Il l’a pesée Comme on pèse une idée, En l'appuyant sur l’air. Puis il l’a mesurée Avec du fil de fer. Il l’a touchée De sa lèvre ridée. D’un frénétique effroi Elle s’est écriée: «Adieu, embrasse-moi!» Il l’a baissée Et après l’a croisée Sur l’horloge du corps, Qui rendait, mal montée, De mats et lourds accords. Il l’a palpée D’une main décidée À la faire mourir. -Oui, c'est une bouchée Dont on peut se nourrir. Il l’a pliée, Il l’a cassée, Il l’a placée, Il l’a coupée, Il l’a lavée, Il l’a portée, Il l’a grillée, Il l’a mangée. Quand il n’était pas grand, on lui avait dit: -Si tu as faim, mange une de tes mains. Elle I Vous ne savez son nom? -Celle pour qui je chante La vie d’amour de feu, puis après est mourante: C’est un arbre en verdeur, un soleil en éclats, C’est une nuit de rose ou languissants ébats. C’est un torrent jeté par un trou de nuage; C’est le roi des lions dégarni de sa cage: C’est l’enfant qui se roule et qui est tout en pleurs, C’est la misère en cris, -c’est la richesse en fleurs. C’est la terre qui tremble et la foudre qui tonne, Puis le calme du soir, au doux bruit qui résonne; C’est un choc qui renverse en tuant de frayeur, Puis un pauvre qui donne, -ou le soupir qui meurt. C’est un maître qui gronde, -un amant qui caresse; C’est la mort, désespoir, deuil, bonheur, allégresse. C’est la brebis qui bêle en léchant son agneau, Puis la brise aux parfums, ou le vent dans l’ormeau. - Bien sûr elle a deux c-urs: l’un qui vit et palpite; L’autre, frappé, battu, qui dans un coin habite. On pense que son pied ne la soutiendra pas, Tant il se perd au sol, ne marquant point de pas. Ses cheveux sont si beaux qu’on désire se pendre Avec eux, si épais qu’on ne peut pas les prendre. Si petite est la place où l’entoure un corset Qu’on ne sait vraiment pas comment elle le met. Quelque chose en sa voix arrête, étreint, essouffle. Des âmes en douceur s’épurent dans son souffle. Et quand au fond du c-ur elle s’en va cherchant, Ses baisers sont des yeux, sa bouche est leur voyant. Elle II Mon Dieu! si elle allait mourir! Si la pelle allait la couvrir, Avec son bec de bois qui ramasse la terre, Si sa soeur ou son frère, Pour la pleurer allaient venir! Si la cloche toujours au guet Allait donner sa voix qui fait: Mort-mort, mort-mort, en hochant de la tête; Et que le fossoyeur fit fête, Assis au bord de son creux fait! Si la grande et jaune bougie Allait flamber sur cette vie Eteinte à tout jamais! Si le drap noir sous sa croix blanche, Etendant ses bras sur la planche, Allait lui ôter l'air, si encore elle était! Et si le prêtre aux chants de marbre Allait se mettre à cheminer Pour la conduire sous un arbre Et puis comme tous la laisser! Si des autres les os allaient tomber sur elle, Dans sa maison construite sans truelle; Si pour la voir encor j'allais être obligé De chercher dans ces os, son corps inanimé Qui ne répondrait plus A mes cris, à mes larmes; Qu'on toucherait dessous, dessus Sans qu'il bougeât, - et que toutes les armes Qui viendraient le fouiller n'y trouveraient que chair Molle, et rendant un vent qui empoisonne l'air. Si je ne reconnaissais pas sa bouche! Si sa figure était farouche! Si déjà ses traits étaient ravagés! Si ses beaux yeux étaient rongés! Si ses dents étaient serrées! Sous ses lèvres crispées; Ses lèvres grimaçant, ses dents grinçant l'horreur! Si sa poitrine était ouverte, Et sa langue découverte, Par son cou déchiré, pendant, Et sa gorge saignant! Je crois que j'aurais peur. Peur! eh! de quoi peur? d'une morte, Qui dans sa fosse apporte Un coeur à vous lorsqu'il battait, Que vous seul il idolâtrait? Ce que vous avez eu pendant toute sa vie, Ce qui l'a sans cesse nourrie, Qui de son âme a fait un amour dans son corps, Qu'elle a toujours gardé, sans craindre le remords? Peur d'une femme à qui vous diriez: Que tu meures? Je le veux, je le veux! Ne ris pas... tu l'effleures Ce sein sur qui tu mets la pointe d'un poignard; Craindrais-tu la souffrance? " Allons, enfonce donc! enfonce! " - Et qu'un regard Vous dit en se fermant: " Voilà mon existence. " Des restes d'un tel corps pourrait-on avoir peur? Je m'y cramponnerais, ainsi qu'un ver rongeur. De deux je ferais un; j'aime tant, qu'il me semble Que je lierais, chairs, os, entortillés ensemble; De sorte qu'on dirait en y fixant ses yeux Jamais cet 1 de chair, n'a pu former un 2. La Barque Au Retour. «Je glisse ma vie avec LUI «Sur une barque de Venise. «Oh! comme je me sens éprise! «Mourant!... Oh! que je l’aime ainsi... «Mourant... mais avec l’espérance «De voir bientôt rouvrit ses yeux... «De voir s’éteindre souffrance... «De caresser ses beaux cheveux... «Et je dis: -Cette nuit, mon Dieu! «Pour mon amant, faites-la douce, «Comme la brise qui nous pousse... «Qu’il vive à votre divin feu! «Oh Gondolier, arrive, arrive!... «En avant, cher homme, en avant! «Ne sais-tu pas que sur la rive «On voit de son précieux sang?... «Quand celui qui reste en son c-ur «Aura cessé de se répandre, «J’irai bien vite la reprendre «Cette rouge et sainte sueur! . . . . . . . . . . . Nous sommes de retour, ma vie... «Oh je ne te quitterai pas «Que ton existence chérie «Ne soit revenue en mes bras! «Et si Dieu te faisait mourir «À la suite de tes blessures, «Je te dirais: -Deux sépultures! «Je n’aurais plus que ce désir. «Je redirais toujours: -Je t’aime!... «Rien, rien ne t’ayant arrêté... «C’est l’heure du baiser suprême: «Reprends ce que tu m’as prêté!» Le Coupable-Innocent. «Je suis libre!... Et le jour m’inonde de son air... «j’ai quitté de lieux noirs, l’humidité d’enfer, «Où je me débattais seul avec ma pensée, «Qui sur moi s’élançait accablante, embrasée! «Je suis libre!... Et les fleurs, parfumant le Soleil, «Me font doux l’odorat, après un lourd sommeil, «Les oiseaux voltigeant chantant leur mélodie «Et du C-ur lorsqu’il aime,et de l’Âme qui prie! «Je parle allant partout, caressant le bonheur, «Et rien ne me répond que la voix du malheur... «Car je me sais coupable, et sur ma conscience «S’étend le voile épais d’une horrible souffrance... «Car j’ai commis un crime, et, la preuve manquant, «Je suis réputé pur ainsi qu’un innocent. «Mais la punition de la Faute sur terre, «Et qu’inflige la loi, n’est pas la plus amère. «Il faut sentir le fiel qu’apporte l’examen «De soi-même, flétri par un brûlant venin... «il faut passer des nuits, regardant sa victime «Échevelée et pâle, et sanglante, et sublime «De supplications, de douleur... à genoux... «Et puis se rappeler qu’on frappait de grands coups, «Sans pitié, commeun tigre assouvissant sa rage, «Avec tout le sangfroid de ce lâche courage «De l’Assassin maudit!... -Et l’on comprend alors «La glace et les sueurs de l’Esprit et du Corps... «On comprend les frissons, l’angoisse, la torture «Quis’aiguisent en nous pour creuser la figure... «Y marquer à jamais l’empreinte du Damné «Oui s’est au feu d’enfer lui-même condamné. «En protestant toujours qu’il n’était point coupable, «il s’est fait pour chaque heure une vie exécrable; «Car, d’abord, les vrais murs d’une affreuse prison «Sont construits de remords, le plus subtil poison; «Et, pour en souffrir moins, on doit subir sa peine, «Que le Criminel rive avec force sa chaîne, «Quelque douceur est là!... Ne songe-t-il donc pas «Au bruit lugubre et sûr de ce prompt coutelas «Qui sépare peut-être une pensée avide «De sagesse et de bien, -et la roule livide «Aux pieds de qui l’aimait?... Voir Innocent, Bourreau «L’un à l’autre accolés comme fer et fourreau, «Se peut-il que le Ciel, d’indulgente justice, «Sous charge de la croix d’un semblable supplice!... «Oh! c’est vrai: je suis libre et de jour et de nuit; «Mais si l’Homme a parlé, mon Dieu ne m’a rien dit.» L’Infanticide. INFANTICIDE! -mot qui comporte l’horreur... Qui pénètre d’effroi... qui frappe de stupeur... Le roi de l’Odieux par le Crime-colosse, Qui rit de la Nature et prend pied dans la fosse!.. Aurait-on dû jamais avoir à l’inventer Pour dire l’action qui fait le plus douter? Une mère qui donne à son enfant la vie, Et qui la lui reprend sans pitié quoiqu’il crie... Malgré ses mouvements et ses crispations, Ses souffrances de corps et ses convulsions... Qui ne s’occupe pas, en sa rage cruelle, Si son premier regard se tourne et va vers elle! S’il a chaud, s’il a froid en dessous, en dessus; Si ses petites mains se joignent en Jésus, Comme pour la prier de finir ses tortures Et de le laisser vivre au sein des créatures; Pour la voir, la servir, la défendre, l’aimer, Grandir en cet amour qu’on doit tant estimer. Une Mère! -Ce mot peut-il aller à l’autre? Oh! je n’en trouve point, -point que celui d’apôtre Du Démon incarné, affreusement maudit, Dont le palais d’Enfer, au plus saisissant bruit, Offre les hurlements ou le sang froid sauvage De l’hyène qui flaire et dévore en sa cage Quelques rouges débris, quelques os tout sanglants Qui palpitent encore, et encore toujours fumants!... Oui, c’est là de l’apôtre, à l’infernale race, L’image de serpent, que faiblement je trace; Et pour la rendre mieux, sait-on ce qu’il faudrait?... Être père surtout de l’enfant qu’on tuerait? Maintenant, regardons la mère après son crime, Après qu’elle a franchi, sans en mourir, l’abîme... Un cadavre est près d’elle... il faut l’anéantir, Et, loin de tous les yeux, le porter, l’enfouir!! Elle commet cette -uvre effrayante, incroyable!! En sa tête un calcul travaille, épouvantable, Pour se débarrasser avec plus de bonheur Du fardeau qui lui pèse à l’esprit (non au c-ur). Sur ce terrain de mort s’agite sa pensée, Si ce n’est fait d’avance; et sa force épuisée Ne l’arrête jamais... ou du moins peu souvent, Car, la Brave qu’elle est redoute un châtiment. Avec trop de douceur, appliqué sur le Monstre: Le nombre des forfaits accomplis le démontre. Punition, Terreur, ô juges, magistrats! À la Maternité feront faire un grand pas, Cette Maternité, -dérision amère. Que n’accepterait pas l’hyène et la panthère. Soyez donc indulgents, Jurés ou Tribunaux, Pour la femme vouée aux Esprit infernaux! Pour celle qui tordant ou brisant les vertèbres D’un pauvre petit ange, en d’épaisses ténèbres, Afin de mieux cacher les morceaux d’un enfant, Les arrange parfois sur un brasier ardent... Les attise, les voit se fondre, disparaître... Et de ce sacrifice attend tout son bien-être... Son honneur garanti (son honneur, juste ciel!) Par du sang répandu dont frissonne l’autel... Oh! vengeance!... oh! cessez, hommes, pour votre gloire, D’atténuer un crime à la face si noire... Pour la mère qui tue on doit être de fer: Frappez, juges, frappez!... pas de grâce!! et l’Enfer!!! La Voix Des Cloches. Rien n’est plus solennel Que le son d’une cloche... C’est un mot éternel Qui près de nous s’approche: D’abord quand nous naissons, C’est-à-dire au Baptême, La Cloche a des chansons Que chacun de Nous, aime. Ensuite, après douze ans, C’est pour la Sainte Table Qu’Elle dit aux enfants: - Accourez, grains de sable, Pour sentir le Sauveur Prendre votre pensée, Embaumer votre c-ur Pour toute la journée. Plus tard la même voix Résonne en la Chapelle... Énigme cette fois Pour les Deux qu’elle appelle. Son dernier tintement Enfin se fait entendre... C’est l’avertissement Que l’homme est une cendre... L’Agonie a sonné... Et puis la Tombe est prête... Allez, allez, Mort-Né! Plus rien ne vous arrête. Un Mot Sur Une Horreur. Dédié à Rome. La Guerre!... Une action terrible, lamentable, Puisque son arme tend à produire la mort... Qu’Elle cherche à tuer l’Être humain, un semblable, Et briller dans le sang pour se mettre d’accord. Malheur toujours affreux s’étendant sur le monde, Que celui des combats, même pour le Vainqueur; C’est toujours un orage, un tonnerre qui gronde Pour ce silence après qui vient trouver le C-ur. Oui, oui, silence affreux!... un sol couvert de Braves (Car tout brave est celui qui s’est bien défendu), Expirés ou râlant... hideux monceau d’entraves Où tout rang, où tout grade est éteint, confondu... Après le jour, la Nuit, pareille aux creux de tombe; Alors, pour retrouver des parents, des amis, Chacun cherche, soulève un être qui retombe Heureux, balbutiant: -Je meurs pour mon pays! Puis sonne le Départ... Mais avant, une fouille Se pratique en la terre... immense et noir cercueil... Qui reçoit dans ses flancs l’héroïque dépouille... La terre se referme... et l’Herbe fait le deuil! . . . . . . . . . . . . . . . . C’est un mot seulement que je viens de vous dire; Mais que la Guerre soit ou folie ou raison, Je ne craindrai jamais de penser ou d’écrire Que Guerre signifie -ABOMINATION!!! A La Vieillesse. Lorsqu’on n’a plus le droit de dire à la Jeunesse: -Moi je suis votre égal; -Je suis autant que vous; - Il faut jeter, hélas! le cri de la détresse.... Chercher déjà la Tombe, et se mettre à genoux! Car tout vous dit: La mort! (Le Soleil et la Feuille, Le Soleil toujours chaud, la Feuille revenant....) Et lorsque vous tenez une fleur qui s’effeuille, Vous touchez votre image, et vous allez pleurant: Pleurant si vous aimez, pleurant si l’on vous aime, À supposer qu’un c-ur brille encore à vos yeux.... Vos yeux de qui la flamme est l’ombre d’elle-même, Ombre dont le regard doit se porter aux Cieux. . . . . . . . . . . . . . . . Là, vous ayez passé!... passe à ton tour, oui, passe, Jeune homme, jeune fille, aux rires doux et frais.... Bientôt ta vie aussi redira: «Je suis lasse, Et veux m’étendre aux pieds d’un if ou d’un cyprès.» Dédié A L’Empereur Des Français. (1) Étant A Une Fenêtre, Le 14 Août 1859, Paris Avant que le soleil ait brillé dans l’espace Une foule est levée en immense géant; De partout elle accourt.... elle veut prendre place.... Et lorsqu’elle l’a prise, elle a son -il béant. Noble instinct d’un grand peuple acclamé par les autres, Jamais mieux ton essor ne sut se diriger: Vois! canons et drapeaux pris, conquis par les nôtres, Par des frères vainqueurs sans vouloir se venger. Mais hélas! il nous faut pleurer, comme sourire À cette armée en fête, à tous ces c-urs présents; Regardons ce spectacle, impossible à décrire.... Mais n’oublions pas ceux qui manquent dans les rangs. Venez, vaillants soldats, retrouver votre mère, - Celle que vous quittez -la Gloire -a bien des maux; Si ses baisers sont doux, sa voix est trop amère, Car il vient toujours du sang et des tombeaux. Passez, braves, passez! notre âme vous salue! Notre âme vous admire au repos comme au feu: Vous tous, vous ressemblez aux aigles dans la nue, Avec votre Empereur, -Paris, la France et Dieu! . . . . . . . . . . . . . . . Il fallait un bouquet d’odeur majestueuse.... L’amnistie a paru.... regards calmes, cléments, Pour dire aux égarés: «Rentrez, je suis heureuse, «Je vous ouvre la porte, oui, grâce, mes enfants.» Proscrits, montez alors à la plus haute cime De la reconnaissance, -et que dès aujourd’hui, Votre front soit courbé devant l’-uvre sublime Du c-ur si généreux qui vous rappelle à lui. Un Petit Garçon. A Pie IX 15 Février 1860. Saint-Père, je croyai sque vous étiez un père Ne s’occupant qu’en Dieu; que c’était même écrit; Que, ne pensant qu’au ciel, vous méprisiez la terre, Et ne vouliez qu’un bien, un seul, en Jésus-Christ. Pourquoi dit-on alors qu’il vous faut autre chose, Que vous aimez un trône en verre, et des soldats Qui cueillent dans le sang, une épine sans rose Pour la Religion...? Mensonge! n’est-ce pas? Mais, si c’est vrai, Saint-Père, écoutez le langage D’un enfant qui vous parle, et se permet d’oser: - Quand ma mère me donne à choisir, étant sage, Je laisse le gâteau, pour prendre le baiser. Pour le petit garçon en prières: Xavier Forneret qui ajoute: Moins un pape possède, et plus il est géant! Ne prêche-t-il donc pas des Grandeurs, le néant? Réponse. Monsieur, Mademoiselle ou Madame P. L., Vous qui m’avez écrit sans vous faire connaître, Qui m’avez défendu pour mon talent... à naître, Agréez tous mes v-ux! Pour vous, je pense au ciel. Oh! qui que vous soyez en ce Paris immense, Oui, vous avez de l’âme, oui, vous avez du c-ur; Vous comprenez si bien la joie et la souffrance!.. J’aime à le répéter avec un doux bonheur. Est-ce possible? un nom, le mien, un pauvre atôme Serait assez connu dans la grande cité, Pour agiter parfois certain venin de l’homme... N’en dois-je pas avoir un peu de vanité? Et puis, vos vers sont beaux, remplis de poésie, Mots dignes, élevés, d’empereur ou de roi; Mais, pour les admirer comme j’en ai l’envie, Que ne sont-ils, alors, pour d’autres que pour moi? L’homme pleure... L’homme pleure, Et s’endort Comme l’heure Pour un mort; Comme étoile En la nuit, Est sans voile Après bruit. L’oiseau chante Avec feu Son amante, Son bon Dieu. Et l’eau coule Doucement, Se déroule Vaguement. Et la lune En chemin, La fortune Du chagrin, Nous fait face, Va au coeur; C’est la glace Du penseur. La nature En soupirs Ne murmure Que désirs. Toi, mon âme, Que veux-tu? Une femme La vertu? Rien. Je n’ose Désirer Cette chose, Déterrer. Un En Deux. Moi, C’est toi; Nous, c’est toi-moi; Nous deux c’est une fois; Coeurs-de-nous, c’est, Dieu-Ciel en soi; Si un jour, seule et seul... Enfer d’effroi!!! Jamais! Elle est ma reine, et Moi je suis son roi. Note. (1) Pour cette pièce envoyée, l’auteur a eû l’honneur de recevoir une reprise de la Maison de S. M. l’Empereur. Source: http://www.poesies.net