Artémire. (1720) Par François-Marie Voltaire (Arouet) (1694-1778) Fragments. Tragédie représentée pour la première fois, le 15 février 1720. TABLE DES MATIERES Avertissement De L'Edition De Kehl. Personnages. Acte I Scène I Scène II Acte II Scène I Scène II Scène III Acte III Scène I Scène II Scène III Scène IV Acte IV Scène III Scène IV Scène V Acte V Scène I Scène II Scène VII Scène VIII Scène IX Scène X Avertissement De L'Edition De Kehl. Cette pièce fut jouée le 15 février 1720. Elle eut peu de succès (1). Le fond de l'intérêt est le même que dans Mariamne. C'est également une femme vertueuse persécutée par un mari cruel qu'elle n'aime point. Mais la fable de la pièce, le caractère des personnages, le dénouement, tout est différent; et, à l'exception d'une scène entre Cassandre et Artémire, qui ressemble à la scène du quatrième acte, entre Hérode et Mariamne, il n'y a rien de commun entre les deux pièces. On n'a pu retrouver Artémire; il n'en reste que la scène dont nous venons de parler, une parodie jouée à la Comédie-Italienne, et le rôle d'Artémire tout entier. D'après ces débris, nous avons essayé de retrouver le plan de la pièce; mais celui qu'on pourrait deviner d'après la parodie est fort différent du plan que donnerait le rôle d'Artémire; nous avons préféré ce dernier, parce qu'il a permis de conserver un plus grand nombre de vers. On verra dans ces fragments que M. de Voltaire, qui n'avait alors que vingt-six ans, cherchait à former son style sur celui de Racine. L'imitation est même très marquée (2). Personnages. CASSANDRE, roi de Macédoine. ARTÉMIRE, reine de Macédoine. PALLANTE, favori du roi. PHILOTAS, prince. MÉNAS, parent et confident de Pallante. HIPPARQUE, ministre de Cassandre. CÉPHISE, confidente d'Artémire. La scène est à Larisse, dans le palais du roi. ACTE I SCÈNE I ARTÉMIRE, CÉPHISE. Artémire, en proie à la plus vive douleur, ne cache point à Céphise les tourments que lui fait éprouver l'humeur soupçonneuse et la cruauté de Cassandre son mari, que la guerre a éloigné d'elle, et dont le retour la fait trembler. ARTÉMIRE Oui, tous ces conquérants rassemblés sur ce bord, Soldats sous Alexandre, et rois après sa mort (3), Fatigués de forfaits, et lassés de la guerre, Ont rendu le repos qu'ils ôtaient à la terre. Je rends grâce, Céphise, à cette heureuse paix Qui, brisant tes liens, te rend à mes souhaits. Hélas! que cette paix que la Grèce respire Est un bien peu connu de la triste Artémire! Cassandre... à ce nom seul, la douleur et l'effroi De mon coeur alarmé s'emparent malgré moi. Vainqueur des Locriens, Cassandre va paraître; Esclave en mon palais, j'attends ici mon maître; Pardonne, je n'ai pu le nommer mon époux. Eh! comment lui donner encore un nom si doux! Il ne l'a que trop bien oublié, le barbare! CÉPHISE · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · Vous pleurez! ARTÉMIRE Plût aux dieux qu'à Mégare enchaînée, J'eusse été pour jamais aux fers abandonnée! Plût aux dieux que l'hymen éteignant son flambeau Sous ce trône funeste eût creusé mon tombeau! Les fers les plus honteux, la mort la plus terrible, Étaient pour moi, Céphise, un tourment moins horrible Que ce rang odieux où Cassandre est assis, Ce rang que je déteste, et dont tu t'éblouis. CÉPHISE Quoi! vous... ARTÉMIRE Il te souvient de la triste journée Qui ravit Alexandre à l'Asie étonnée. La terre, en frémissant, vit après son trépas Ses chefs impatients partager ses États; Et jaloux l'un de l'autre, en leur avide rage, Déchirant à l'envi ce superbe héritage. Divisés d'intérêts, et pour le crime unis (4), Assassiner sa mère, et sa veuve, et son fils: Ce sont là les honneurs qu'on rendit à sa cendre. Je ne veux point, Céphise, injuste envers Cassandre, Accuser un époux de toutes ces horreurs; Un intérêt plus tendre a fait couler mes pleurs: Ses mains ont immolé de plus chères victimes, Et je n'ai pas besoin de lui chercher des crimes (5). Du prix de tant de sang cependant il jouit; Innocent ou coupable, il en eut tout le fruit; Il régna: d'Alexandre il occupa la place. La Grèce épouvantée approuva son audace, Et ses rivaux soumis lui demandant des lois, Il fut le chef des Grecs et le tyran des rois. Pour mon malheur alors attiré dans l'Épire, Il me vit; il m'offrit son coeur et son empire. Antinoüs, mon père, insensible à mes pleurs, Accepta malgré moi ces funestes honneurs: Je me plaignis en vain de sa contrainte austère; En me tyrannisant il crut agir en père; Il pensait assurer ma gloire et mon bonheur. A peine il jouissait de sa fatale erreur, Il la connut bientôt: le soupçonneux Cassandre Devint son ennemi dès qu'il devint son gendre. Ne me demande point quels divers intérêts, Quels troubles, quels complots, quels mouvements secrets, Dans cette cour trompeuse excitant les orages, Ont de Larisse en feu désolé les rivages: Enfin dans ce palais, théâtre des revers, Mon père infortuné se vit chargé de fers. Hélas! il n'eut ici que mes pleurs pour défense. C'est là que de nos dieux attestant la vengeance, D'un vainqueur homicide embrassant les genoux, Je me jetai tremblante au-devant de ses coups. Le cruel, repoussant son épouse éplorée... O crime, ô souvenir dont je suis déchirée! Céphise! en ces lieux même, où tes discours flatteurs Du trône où tu me vois me vantent les douceurs, Dans ces funestes lieux, témoins de ma misère, Mon époux à mes yeux a massacré mon père. CÉPHISE Par un époux... un père...! ô comble de douleurs! ARTÉMIRE Son trépas fut pour moi le plus grand des malheurs. Mais il n'est pas le seul; et mon âme attendrie Doit à ton amitié l'histoire de ma vie. Céphise, on ne sait point quel coup ce fut pour moi Lorsqu'au tyran des Grecs on engagea ma foi; Le jeune Philotas, avant cet hyménée, Prétendait à mon sort unir sa destinée. Ses charmes, ses vertus, avaient touché mon coeur; Je l'aimais, je l'avoue; et ma fatale ardeur Formant d'un doux hymen l'espérance flatteuse, Artémire sans lui ne pouvait être heureuse. Tu vois couler mes pleurs à ce seul souvenir; Je puis à ce héros les donner sans rougir; Je ne m'en défends point, je les dois à sa cendre. CÉPHISE Il n'est plus? ARTÉMIRE Il mourut de la main de Cassandre; Et lorsque je voulais le rejoindre au tombeau, Céphise, on m'ordonna d'épouser son bourreau. CÉPHISE Et vous pûtes former cet hymen exécrable? ARTÉMIRE J'étais jeune, et mon père était inexorable; D'un refus odieux je tremblais de m'armer: Enfin sans son aveu je rougissais d'aimer. Que veux-tu? j'obéis. Pardonne, ombre trop chère, Pardonne a cet hymen où me força mon père. Hélas il en reçut le cruel châtiment, Et je pleure à la fois mon père et mon amant. Cependant elle doit respecter le noeud qui l'unit à Cassandre. CÉPHISE · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · lui parler et le voir, Et dans ses bras... ARTÉMIRE Hélas! c'est la mon désespoir. Je sais que contre lui l'amour et la nature Excitent dans mon coeur un éternel murmure. Tout ce que j'adorais est tombé sous ses coups, Céphise; cependant Cassandre est mon époux Sa parricide main, toujours prompte à me nuire, A souillé nos liens, et n'a pu les détruire. Peut-être ai-je en secret le droit de le haïr, Mais en le haïssant je lui dois obéir. Telle est ma destinée. · · · · · · · · · · · · · · · · · · · Céphise lui parle de sa grandeur. Vous régnez, lui dit-elle. Quel malheur en régnant ne peut être adouci? ARTÉMIRE Céphise! moi, régner! moi, commander ici! Tu connais mal Cassandre! il me laisse en partage Sur ce trône sanglant la honte et l'esclavage. Son favori Pallante est ici le seul roi; C'est un second tyran qui m'impose la loi. Que dis-je? tous ces rois courtisans de Pallante, Flattant indignement son audace insolente, Auprès de mon époux implorent son appui, Et leurs fronts couronnés s'abaissent devant lui. Et moi... CÉPHISE L'on vient a vous. ARTÉMIRE Dieux! j'aperçois Pallante; Que son farouche aspect m'afflige et m'épouvante! SCÈNE II. PALLANTE, ARTÉMIRE, CÉPHISE. PALLANTE · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · Et de ses actions rende un compte fidèle. ARTÉMIRE Philotas! dieux! qu'entends-je? ah ciel! quelle nouvelle! Quoi, seigneur, Philotas verrait encor le jour! Se peut-il?... PALLANTE Oui, madame, il est dans cette cour. ARTÉMIRE Quel miracle! quel dieu! PALLANTE · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · Redemander son trône et soutenir ses droits. ARTÉMIRE · · · · Dieux tout-puissants! PALLANTE Lisez ce qu'il m'ordonne. ARTÉMIRE Je ne le cèle point, tant de bonté m'étonne. Depuis quand daigne-t-on confier à ma foi Le secret de l'État et les lettres du roi? Vous le savez, Pallante, esclave sur le trône, A mon obscurité Cassandre m'abandonne. Je n'eus jamais de part aux ordres qu'il prescrit. PALLANTE · · · · · · · · · · · · · · · ·Lisez ce qu'il m'écrit. ARTÉMIRE (lit.) Cassandre à Pallante. « Je reviens triomphant au sein de mon empire; Je laisse sous mes lois les Locriens soumis; Et voulant me venger de tous mes ennemis, J'attends de votre main la tête d'Artémire. » Ainsi donc mon destin se consomme aujourd'hui! Je n'attendais pas moins d'un époux tel que lui. Pallante, c'est à vous qu'il demande ma tête; Vous êtes maître ici, votre victime est prête. Vous l'attendez sans doute, et cet ordre si doux Ainsi que pour Cassandre a des charmes pour vous. PALLANTE · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · Voulez-vous vivre encore, et régner? ARTÉMIRE Ah! seigneur, Quelle pitié pour moi peut toucher votre coeur? Je vous l'ai déjà dit, prenez votre victime. Mais ne puis-je en mourant vous demander mon crime, Et pourquoi de mon sang votre maître altéré Frappe aujourd'hui ce coup si longtemps différé? PALLANTE · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · Pour l'indigne instrument de ses assassinats. ARTÉMIRE Vous me connaissez mal, et mon âme est surprise Bien moins de mon trépas que de votre entreprise. Permettez qu'Artémire, en ces derniers moments, Vous découvre son coeur et ses vrais sentiments. Si mes yeux, occupés à pleurer ma misère, Ne voyaient dans le roi que l'assassin d'un père; Si j'écoutais son crime et mon coeur irrité, Cassandre périrait, il l'a trop mérité: Mais il est mon époux, quoique indigne de l'être; Le ciel qui me poursuit me l'a donné pour maître: Je connais mon devoir, et sais ce que je dois Aux noeuds infortunés qui l'unissent à moi. Qu'à son gré dans mon sang il éteigne sa rage; Des dieux, par lui bravés, il est pour moi l'image; Je n'accepterai point le bras que vous m'offrez: Il peut trancher mes jours, les siens me sont sacrés; Et j'aime mieux, seigneur, dans mon sort déplorable, Mourir par ses forfaits que de vivre coupable. PALLANTE Il faut sans balancer m'épouser ou périr; Je ne puis rien de plus: c'est à vous de choisir. ARTÉMIRE Mon choix est fait; suivez ce que le roi vous mande; Il ordonne ma mort, et je vous la demande. Elle finit, seigneur, un éternel ennui, Et c'est l'unique bien que j'ai reçu de lui. PALLANTE Mais, madame, songez... ARTÉMIRE Non, laissez-moi, Pallante. Je ne suis point à plaindre, et je meurs trop contente: Artémire à vos coups ne veut point échapper. J'accepte votre main, mais c'est pour me frapper. (Elle sort.) Pallante est furieux de ne pouvoir recueillir le fruit des soupçons jaloux qu'il a semés dans le coeur de Cassandre. Cependant il ne désespère pas de vaincre la résistance de la reine; il s'enhardit dans le projet d'assassiner le roi. Son trône, ses trésors, en seront le salaire: Le crime est approuvé quand il est nécessaire. Il a besoin d'un complice; il croit ne pouvoir mieux choisir que Ménas, son parent et son ami, qu'il voit paraître. Il lui demande s'il se sent assez de courage pour tenter une grande entreprise. Ménas répond que douter de son zèle et de son amitié, c'est lui faire la plus grave injure. Pallante alors lui confie l'amour dont il brûle pour la reine. Ménas n'en est point étonné; mais il représente à Pallante que la vertu d'Artémire est égale à sa beauté. Pallante ne regarde la vertu des femmes que comme une adroite hypocrisie: Voilà quelle est souvent la vertu d'une femme: L'honneur peint dans ses yeux semble être dans son âme; Mais de ce faux honneur les dehors fastueux Ne servent qu'à couvrir la honte de ses feux.. Au seul amant chéri prodiguant sa tendresse, Pour tout autre elle n'a qu'une austère rudesse; Et l'amant rebuté prend souvent pour vertu Les fiers dédains d'un coeur qu'un autre a corrompu. Il développe ses projets à Ménas, qui lui promet de ne pas le trahir, mais qui refuse d'être complice de ses crimes. Pallante, resté seul, ne regarde plus Ménas que comme un confident dangereux dont il doit prévenir l'indiscrétion. ACTE II SCÈNE I. ARTÉMIRE, PALLANTE, CÉPHISE. ARTÉMIRE · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · Ah! c'en est trop, Pallante. PALLANTE Si vous me résistez, ce n'est que par faiblesse. ARTÉMIRE Ainsi ce grand courage ose me proposer D'assassiner Cassandre, et de vous épouser! Je veux bien retenir une colère vaine, Mais songez un peu plus que je suis votre reine; Sur mes jours malheureux vous pouvez attenter, Mais au sein de la mort il faut me respecter. Finissez pour jamais un discours qui m'offense; La mort me déplaît moins qu'une telle insolence, Et je vous aime mieux dans ce fatal moment Comme mon meurtrier que comme mon amant. Frappez, et laissez là vos fureurs indiscrètes. PALLANTE · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · Reconnaître un vengeur, ou craindre votre maître. ARTÉMIRE Oui, vous pouvez verser le sang de votre roi; Mais je vous avertis de commencer par moi. Dans quelque extrémité que Cassandre me jette, Artémire est encor sa femme et sa sujette. J'irai parer les coups que l'on veut lui porter, Et lui conserverai le jour qu'il veut m'ôter. Pallante sort: Artémire reste avec Céphise, qui lui apprend que Philotas n'est point mort, qu'il va reparaître; elle lui conseille de ménager Pallante, de gagner du temps, afin de redevenir maîtresse de sa destinée: elle lui reproche d'avoir trop bravé le favori du roi. Madame, jusque là deviez-vous l'irriter? ARTÉMIRE Ah! je hâtais les coups que l'on veut me porter; Céphise, avec plaisir aigrissant sa colère, Moi-même je pressais le trépas qu'il diffère: Je rends grâces aux dieux dont le cruel secours, Quand Philotas revient, va terminer mes jours. Hélas! de mon époux armant la main sanglante, Du moins ils ont voulu que je meure innocente. CÉPHISE Quand vous pouvez régner, vous périssez ainsi? ARTÉMIRE Philotas est vivant, Philotas est ici: Malheureuse! comment soutiendras-tu sa vue? Toi qui, de tant d'amour si longtemps prévenue, Après tant de serments, as reçu dans tes bras Le cruel assassin de ton cher Philotas! Toi que brûle en secret une flamme infidèle, Innocente autrefois, aujourd'hui criminelle! Hélas! j'étais aimée, et j'ai rompu les noeuds De l'amour le plus tendre et le plus vertueux. J'ai trahi mon amant; pour qui? pour un perfide, De mon père et de moi meurtrier parricide. A l'aspect de nos dieux je lui promis ma foi, Et l'empire d'un coeur qui n'était plus a moi; Et mon âme, attachée au serment qui me lie, Lui doit encor sa foi quand il m'ôte la vie! Non; c'est trop de tourments, de trouble et de remords: Emportons, s'il se peut, ma vertu chez les morts, Tandis que sur mon coeur, qu'un tendre amour déchire, Ma timide raison garde encor quelque empire. CÉPHISE Vous vous perdez vous seule, et tout veut vous servir. ARTÉMIRE Je connais ma faiblesse, et je dois m'en punir. CÉPHISE Madame, pensez-vous qu'il vous chérisse encore? ARTÉMIRE Il doit me détester, Céphise, et je l'adore. Son retour, son nom seul, ce nom cher à mon coeur, D'un feu trop mal éteint a ranimé l'ardeur. Ma mort, qu'en même temps Pallante a prononcée, N'a pas du moindre trouble occupé ma pensée; Je n'y songeais pas même; et mon âme en ce jour N'a de tous ses malheurs senti que son amour. A quelle honte, ô dieux, m'avez-vous fait descendre! Ingrate à Philotas, infidèle à Cassandre, Mon coeur, empoisonné d'un amour dangereux, Fut toujours criminel et toujours malheureux: Que leurs ressentiments, que leurs haines s'unissent; Tous deux sont offensés, que tous deux me punissent; Qu'ils viennent se baigner dans mon sang odieux! CÉPHISE Madame, un étranger s'avance dans ces lieux. ARTÉMIRE Si c'est un assassin que Pallante m'envoie, Céphise, il peut entrer; je l'attends avec joie. O mort! avec plaisir je passe dans tes bras... Céphise, soutiens-moi: grands dieux! c'est Philotas! SCÈNE II. PHILOTAS, ARTÉMIRE, CÉPHISE. ARTÉMIRE Quoi! c'est vous que je vois! quoi! la parque ennemie A respecté le cours d'une si belle vie! · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · Philotas adresse des reproches à Artémire, sur ce qu'elle lui a manqué de foi en passant dans les bras de Cassandre, et lui rappelle l'amour dont ils ont brûlé l'un pour l'autre. PHILOTAS · · · · · · · · · · · · · · · Est-ce ainsi que vous m'avez aimé? ARTÉMIRE Vous pouvez étaler aux yeux d'une infidèle La haine et le mépris que vous avez pour elle. Accablez-moi des noms réservés aux ingrats; Je les ai mérités, je ne m'en plaindrai pas. Si pourtant Philotas, à travers sa colère, Daignait se souvenir combien je lui fus chère, Quoique indigne du jour et de tant d'amitié, J'ose espérer encore un reste de pitié. N'outragez point une âme assez infortunée Le sort qui vous poursuit ne m'a point épargnée; Il me haïssait trop pour me donner à vous. · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · PHILOTAS · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · Cette horreur se peut-elle excuser? ARTÉMIRE Je ne m'excuse point, je sais mon injustice. Dans mon crime, seigneur, j'ai trouvé mon supplice. Ne me reprochez plus votre amour outragé; Plaignez-moi bien plutôt, vous êtes trop vengé. Je ne vous dirai point que mon devoir austère (6) Attachait mes destins aux ordres de mon père; A cet ordre inhumain j'ai dû désobéir: Seigneur, la ciel est juste; il a su m'en punir. Quittez ces lieux, fuyez loin d'une criminelle. Philotas lui répète combien Cassandre, un lâche assassin, était indigne d'elle. PHILOTAS · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · Est d'être possédé par un lâche assassin. ARTÉMIRE Cessez de me parler de ce triste hyménée; Le flambeau s'en éteint; ma course est terminée. Cassandre me punit de ce malheureux choix, Et je vous parle ici pour la dernière fois. Ciel! qui lis dans mon coeur, et qui vois mes alarmes, Protège Philotas, et pardonne à mes larmes. Du trépas que j'attends les pressantes horreurs A mes yeux attendris n'arrachent point ces pleurs; Seigneur, ils n'ont coulé qu'en vous voyant paraître; J'en atteste les dieux, qu'ils offensent peut-être. Mon coeur, depuis longtemps ouvert aux déplaisirs, N'a connu que pour vous l'usage des soupirs. Je vous aimai toujours... Cette fatale flamme Dans les bras de Cassandre a dévoré mon âme: Aux portes du tombeau je puis vous l'avouer. C'est un crime, peut-être, et je vais l'expier. Hélas! en vous voyant, vers vous seul entraînée, Je mérite la mort où je suis condamnée. PHILOTAS · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · Quel crime ai-je commis? quelle erreur obstinée... ARTÉMIRE Vous apprendrez trop tôt quelle est ma destinée. Adieu, prince. SCÈNE III. PALLANTE, ARTÉMIRE, CÉPHISE. Pallante revient, et surprend Philotas avec Artémire. Philotas sort en bravant ce favori, qui presse Artémire d'accepter sa main pour sauver sa vie elle la refuse. PALLANTE · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · Je veux que vous-même ordonniez de son sort. ARTÉMIRE Le mien est dans tes bras, et tu vois ta victime. Tyran, tu peux frapper, c'est bien assez d'un crime. PALLANTE . . .Toujours à la mort vous aurez donc recours? (????) ARTÉMIRE La mort est préférable à ton lâche secours; Achève, et de ton roi remplis l'ordre funeste. PALLANTE · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · Et je vois malgré vous d'où partent vos refus. ARTÉMIRE Que peux-tu soupçonner, lâche? que peux-tu croire? Tranche mes tristes jours, mais respecte ma gloire. · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · Aussi bien n'attends pas que je puisse jamais Racheter cette vie au prix de tes forfaits. Mes yeux, que sur ta rage un faible jour éclaire, Commencent à percer cet horrible mystère. Tu n'as pu d'aujourd'hui tramer tes attentats; Pour tant de politique un jour ne suffit pas. Tu t'attendais sans doute à l'ordre de ton maître; Je te dirai bien plus, tu l'as dicté peut-être. Si tu peux t'étonner de mes justes soupçons, Tes crimes sont connus, ce sont là mes raisons. C'est toi dont les conseils et dont la calomnie De mon malheureux père ont fait trancher la vie; C'est toi qui, de ton prince infâme corrupteur, Au crime, dès l'enfance, as préparé son coeur; C'est toi qui, sur son trône appelant l'injustice, L'as conduit par degrés au bord du précipice. Il était né peut-être et juste et généreux; Peut-être sans Pallante il serait vertueux! Puisse le ciel enfin, trop lent dans sa justice, A la Grèce opprimée accorder ton supplice! Puisse dans l'avenir ta mort épouvanter Les ministres des rois qui pourraient t'imiter! Dans cet espoir heureux, traître, je vais attendre Et l'effet de ta rage, et l'arrêt de Cassandre; Et la voix de mon sang, s'élevant vers les cieux, Ira pour ton supplice importuner les dieux. (Elle sort.) ACTE III SCÈNE I. ARTÉMIRE, PHILOTAS. ARTÉMIRE Je vous l'ai dit, il m'aime, et, maître de mon sort, Il ne donne à mon choix que le crime ou la mort. Dans ces extrémités où le destin me livre, Vous me connaissez trop pour m'ordonner de vivre. PHILOTAS · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · Que peut-être le ciel nous réserve à tous deux. ARTÉMIRE Non, prince; sans retour les dieux m'ont condamnée. Puisqu'à d'autres qu'à vous les cruels m'ont donnée, Cet amour, autrefois si tranquille et si doux, Désormais dans Larisse est un crime pour nous. Je ne puis sans remords vous voir ni vous entendre; D'un charme trop fatal j'ai peine à me défendre; Vous aigrissez mes maux, au lieu de les guérir: Ah! fuyez Artémire, et laissez-la mourir. PHILOTAS O vertu trop cruelle! ARTÉMIRE O loi trop rigoureuse! PHILOTAS Artémire, vivez! ARTÉMIRE Et pour qui?... malheureuse! PHILOTAS Si jamais votre coeur partagea mes ennuis... ARTÉMIRE Je vous aime, et je meurs: c'est tout ce que je puis. PHILOTAS Au nom de cette amour que les dieux ont trahie... ARTÉMIRE Mon amour est un crime; il faut que je l'expie. PHILOTAS · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · Vous êtes sa complice, et voilà votre crime. ARTÉMIRE Les droits qu'il a sur moi... PHILOTAS Tous ses droits sont perdus. ARTÉMIRE Je suis soumise à lui. PHILOTAS Non, vous ne l'êtes plus. ARTÉMIRE Les dieux nous ont unis. PHILOTAS Son crime vous dégage. ARTÉMIRE De l'univers surpris quel sera le langage? Quelle honte! seigneur, et quel affront nouveau! Si, fuyant un époux PHILOTAS · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · Je vous vais de la mort apprendre le chemin. ARTÉMIRE N'ajoutez point, cruel, au malheur qui me presse; Mon coeur vous est connu, vous savez ma faiblesse; Prince, daignez la plaindre et n'en point abuser. Voyez à quels affronts vous voulez m'exposer; Peut-être on ne sait point les malheurs que j'évite; Sans en savoir la cause on apprendra ma fuite: Elle aime, dira-t-on, et son égarement Lui fait fuir un époux dans les bras d'un amant. Non, vous ne voulez pas que ma gloire ternie... PHILOTAS · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · J'irai traîner ailleurs un destin déplorable. ARTÉMIRE Le pourrez-vous, seigneur? PHILOTAS · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · Ne vous rendez-vous pas à ma juste prière? ARTÉMIRE Cruel! avec plaisir je quittais la lumière, Je détestais la vie, et déjà ma douleur Du barbare Pallante accusait la lenteur. Faut-il que, combattant une si juste envie, Vos discours, malgré moi, me rendent à la vie? Et que ferai-je, ô ciel! en des climats plus doux, De ces jours malheureux qui ne sont pas pour vous? PHILOTAS · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · Venez, allons, madame. ARTÉMIRE Où, seigneur? en quels lieux? Contre mes ennemis qui pourra me défendre? Où serai-je à l'abri des fureurs de Cassandre? PHILOTAS · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · ·Daignez me suivre, et vous laissez conduire. ARTÉMIRE A quelle extrémité voulez-vous me réduire? SCÈNE II. ARTÉMIRE, PHILOTAS, CÉPHISE, UN MESSAGER. · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · LE MESSAGER Madame... ARTÉMIRE Eh bien? LE MESSAGER Cassandre... ARTÉMIRE Mon époux! · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · LE MESSAGER Cassandre en ce palais arrive dans une heure. (Le messager sort) ARTÉMIRE, à Philotas. Enfin, vous le voyez, il est temps que je meure; Contre tous vos desseins le ciel s'est déclaré. PHILOTAS · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · Croyez-moi, ménageons ces instants. ARTÉMIRE Quoi! vous voulez · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · PHILOTAS · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · Vous n'avez plus d'asile!... ARTÉMIRE Que dites-vous, seigneur? c'est trop nous attendrir: Le destin veut ma perte, il lui faut obéir. Adieu. Songez à vous; quittez un lieu funeste Que la fureur habite, et que le ciel déteste. Vous prétendez en vain m'arracher au trépas; Vous vous perdez, seigneur, et ne me sauvez pas. A nos tyrans communs dérobons une proie; Laissez-moi dans la tombe emporter cette joie. Mon âme chez les morts descendra sans effroi, Si Philotas veut vivre, et vivre heureux sans moi. PHILOTAS · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · Ah dieux! c'est Pallante lui-même. ARTÉMIRE Suivez de ce palais les détours écartés; Allez... et nous, rentrons. SCÈNE III. PALLANTE, ARTÉMIRE, CÉPHISE. Pallante retient la reine, et lui signifie l'ordre de sa mort. PALLANTE · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · ·C'est à vous de choisir Du fer ou du poison que je viens vous offrir. ARTÉMIRE Mon espérance, enfin, n'a point été trompée; Mes destins sont remplis: donnez-moi cette épée; Le trépas le plus prompt est pour moi le plus doux. Donnez, donnez. SCÈNE IV. PALLANTE, ARTÉMIRE, CÉPHISE, HIPPARQUE. HIPPARQUE Madame, ah dieux! que faites-vous? Arrêtez. ARTÉMIRE J'obéis aux lois de votre maître. HIPPARQUE (Il apprend à la reine que Cassandre a révoqué ses ordres sanguinaires.) · · · · Je vais combler tout ce peuple de joie. ARTÉMIRE Reportez donc ce fer au roi qui vous envoie Le coeur de son épouse à ses lois est soumis; Le roi veut que je vive, Hipparque, j'obéis. S'il est las sur mon front de voir le diadème, S'il veut encor mon sang, j'obéirai de même. (Elle sort.) Dans la scène suivante, Pallante, loin de renoncer à ses projets criminels, les embrasse avec plus d'ardeur, et cherche de nouveaux moyens pour les accomplir. On croit que c'est ici qu'il disait: Dieux puissants! secondez la fureur qui m'anime, Et ne me punissez du moins qu'après mon crime. ACTE IV Dans les premières scènes, Pallante trompe Cassandre par une nouvelle imposture, en lui persuadant qu'il avait découvert une intelligence criminelle entre la reine et Ménas, et qu'il vient de poignarder celui-ci, l'ayant surpris chez la reine. Cassandre reprend toute sa fureur. SCÈNE III. CASSANDRE · · · · Que pour sa mort aujourd'hui tout soit prêt. · · · · · · · · · · · · · · · · · ·Et vous, allez m'attendre. SCÈNE IV. CASSANDRE, ARTÉMIRE, CÉPHISE. ARTÉMIRE Où suis-je? où vais-je? ô dieux! je me meurs, je le voi. CÉPHISE Avançons. ARTÉMIRE Ciel! CASSANDRE Eh bien! que voulez-vous de moi? CÉPHISE Dieux justes, protégez une reine innocente! ARTÉMIRE Vous me voyez, seigneur, interdite et mourante; Je n'ose jusqu'à vous lever un oeil tremblant, Et ma timide voix expire en vous parlant. CASSANDRE Levez-vous et quittez ces indignes alarmes. ARTÉMIRE Hélas! je ne viens point par d'impuissantes larmes, Craignant votre justice, et fuyant le trépas, Mendier un pardon que je n'obtiendrais pas. La mort à mes regards s'est déjà présentée; Tranquille et sans regret je l'aurais acceptée (7): Faut-il que votre haine, ardente à me saliver, Pour un sort plus affreux m'ait voulu réserver? Au delà de la mort étend-on sa colère? Écoutez-moi du moins, et souffrez à vos pieds Ce malheureux objet de tant d'inimitiés. Seigneur, au nom des dieux que le parjure offense, Par le ciel qui m'entend, qui sait mon innocence, Par votre gloire enfin que j'ose en conjurer, Donnez-moi le trépas sans me déshonorer! CASSANDRE N'en accusez que vous, quand je vous rends justice; La honte est dans le crime, et non dans le supplice. Levez-vous et quittez un entretien fâcheux Qui redouble ma honte et nous pèse à tous deux. Voilà donc le secret dont vous vouliez m'instruire? ARTÉMIRE Eh! que me servira, seigneur, de vous le dire? J'ignore, en vous parlant, si la main qui me perd Dans ce moment affreux vous trahit ou vous sert; J'ignore si vous-même, en proscrivant ma vie, N'avez point de Pallante armé la calomnie. Hélas! après deux ans de haine et de malheurs, Souffrez quelques soupçons qu'excusent vos rigueurs; Mon coeur même en secret refuse de les croire: Vous me déshonorez, et j'aime votre gloire; Je ne confondrai point Pallante et mon époux; Je vous respecte encore, en mourant par vos coups. Je vous plains d'écouter le monstre qui m'accuse; Et quand vous m'opprimez, c'est moi qui vous excuse; Mais si vous appreniez que Pallante aujourd'hui M'offrait contre vous-même un criminel appui (8), Que Ménas à mes pieds, craignant votre justice, D'un heureux scélérat infortuné complice, Au nom de ce perfide implorait... Mais, hélas! Vous détournez les yeux, et ne m'écoutez pas. CASSANDRE Non, je n'écoute point vos lâches impostures: Cessez, n'empruntez point le secours des parjures: C'est bien assez pour moi de tous vos attentats; Par de nouveaux forfaits ne les défendez pas. Aussi bien c'en est fait, votre perte est certaine, Toute plainte est frivole, et toute excuse est vaine. ARTÉMIRE Hélas! voilà mon coeur, il ne craint point vos coups; Faites couler mon sang; barbare, il est à vous. Mais l'hymen dont le noeud nous unit l'un à l'autre, Tout malheureux qu'il est, joint mon honneur au vôtre: Pourquoi d'un tel affront voulez-vous vous couvrir? Laissez-moi chez les morts descendre sans rougir. Croyez que pour Ménas une flamme adultère... CASSANDRE Si Ménas m'a trahi, Ménas a dû vous plaire. Votre coeur m'est connu mieux que vous ne pensez; Ce n'est pas d'aujourd'hui que vous me haïssez. ARTÉMIRE Eh bien! connaissez donc mon âme tout entière Ne cherchez point ailleurs une triste lumière; De tous mes attentats je vais vous informer. Oui, Cassandre, il est vrai, je n'ai pu vous aimer; Je vous le dis sans crainte, et cet aveu sincère Doit peu vous étonner, et doit peu vous déplaire. Et quel droit, en effet, aviez-vous sur un coeur Qui ne voyait en vous que son persécuteur, Vous qui, de tous les miens ennemi sanguinaire, Avez jusqu'en mes bras assassiné mon père; Vous que je n'ai jamais abordé sans effroi; Vous dont j'ai vu le bras toujours levé sur moi; Vous, tyran soupçonneux, dont l'affreuse injustice M'a conduite au trépas de supplice en supplice? Je n'ai jamais de vous reçu d'autres bienfaits, Vous le savez, Cassandre; apprenez mes forfaits: Avant qu'un noeud fatal à vos lois m'eût soumise, Pour un autre que vous mon âme était éprise: J'étouffai dans vos bras un amour trop charmant; Je le combats encore, et même en ce moment Ne vous en flattez point, ce n'est pas pour vous plaire. Vous êtes mon époux, et ma gloire m'est chère, Mon devoir me suffit; et ce coeur innocent Vous a gardé sa foi, même en vous haïssant. J'ai fait plus; ce matin, à la mort condamnée, J'ai pu briser les noeuds d'un funeste hyménée; Je voyais dans mes mains l'empire et votre sort; Si j'avais dit un mot, on vous donnait la mort. Vos peuples indignés allaient me reconnaître. Tout m'en sollicitait; je l'aurais dû peut-être: Du moins, par vôtre exemple instruite aux attentats, J'ai pu rompre des lois que vous ne gardez pas: J'ai voulu cependant respecter votre vie. Je n'ai considéré ni votre barbarie, Ni mes périls présents, ni mes malheurs passés; J'ai sauvé mon époux: vous vivez, c'est assez. Le temps, qui perce enfin la nuit la plus obscure, Peut-être éclaircira cette horrible aventure; Et vos yeux, recevant une triste clarté, Verront trop tard un jour luire la vérité. Vous connaîtrez alors le crime que vous faites; Et vous en frémirez, tout tyran que vous êtes. CASSANDRE · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · Vos crimes sont égaux, périssez comme lui. ARTÉMIRE Enfin, c'en est donc fait; ma honte est résolue. CASSANDRE Votre honte est trop juste, et vous l'avez voulue. ARTÉMIRE Que du moins à mes yeux Pallante ose s'offrir. Cassandre se retire sans plus rien écouter. SCÈNE V. ARTÉMIRE, CÉPHISE. CÉPHISE · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · Sait punir les forfaits et venger l'innocence. ARTÉMIRE Avec quel artifice, avec quelles noirceurs Pallante a su tramer ce long tissu d'horreurs! Non, je ne reviens point de ma surprise extrême. Quoi! Ménas à mes veux massacré par lui-même, Vingt conjurés mourants qui n'accusent que moi! Ah! c'en est trop, Céphise, et je pardonne au roi. Hélas! le roi, séduit par ce lâche artifice, Semble me condamner lui-même avec justice (9). CÉPHISE Implorez Philotas, à qui votre vertu Dès longtemps... ARTÉMIRE Justes dieux! quel nom prononces-tu? Hélas! voilà le comble à mon sort déplorable; Philotas m'abandonne, et fuit une coupable; Il déteste sa flamme et mes faibles attraits, Et pour moi tous les coeurs sont fermés désormais. CÉPHISE Pouvez-vous soupçonner qu'un coeur qui vous adore... ARTÉMIRE Si Philotas m'aimait, s'il m'estimait encore, Il me verrait, Céphise, au péril de ses jours: De ma triste retraite il connaît les détours; L'amour l'y conduirait, il viendrait m'y défendre; Il viendrait y braver le courroux de Cassandre. Je ne demande point ces preuves de sa foi: Qu'il me croie innocente, et c'est assez pour moi. CÉPHISE Ah! madame, souffrez que je coure lui dire... ARTÉMIRE Va, ma chère Céphise; et, devant que j'expire, Dis-lui, s'il en est temps, qu'il ose encor me voir: Peins-lui mes sentiments, peins-lui mon désespoir. Si son coeur obstiné refuse ta prière, S'il refuse à mes pleurs cette grâce dernière, Retourne, sans tarder, dans ces funestes lieux; Tu recevras mon âme et mes derniers adieux. Conserve après ma mort une amitié si tendre; Dans tes fidèles mains daigne amasser ma cendre; Remets à Philotas ces restes malheureux, Seuls gages d'un amour trop fatal à tous deux. Éclaircis à ses yeux ma douloureuse histoire; Peut-être après ma mort il pourra mieux t'en croire. Dis-lui que, sans regret descendant chez les morts, Si j'ai pu dans la tombe emporter des remords, Combattant en secret le feu qui me dévore, Je ne me reprochais que de l'aimer encore. ACTE V SCÈNE I. ARTÉMIRE, CÉPHISE. CÉPHISE · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · Philotas Par des détours secrets arrive sur mes pas. ARTÉMIRE A quel abaissement suis-je donc parvenue! CÉPHISE Madame, le voici. SCÈNE II. ARTÉMIRE, CÉPHISE, PHILOTAS. ARTÉMIRE Daignez souffrir ma vue; Seigneur, je vais mourir; le temps est précieux. Pour la dernière fois tournez vers moi les yeux, Et m'apprenez du moins si cette infortunée Au fond de votre coeur est aussi condamnée. PHILOTAS La honte ou la douleur doit terminer ma vie. ARTÉMIRE Philotas! et c'est vous qui me traitez ainsi? Mon époux me condamne, et vous, seigneur, aussi? Je pardonne à Cassandre une erreur excusable; Nourri dans les forfaits, il m'en a cru capable; Il m'avait offensée, il devait me haïr; Il me cherchait un crime afin de m'en punir: Mais vous, qui, près de moi soupirant dans l'Épire, Avez lu tant de fois dans le coeur d'Artémire; Vous de qui la vertu mérita tous mes soins; Vous qui m aimiez, hélas! qui le disiez du moins; C'est vous qui, redoublant ma honte et mon injure, Du monstre qui m'accuse écoutez l'imposture? Barbare! vos soupçons manquaient à mon malheur. Ah! lorsque de Pallante éprouvant la fureur, Combattant malgré moi ma flamme et vos alarmes, Mon coeur désespéré résistait à vos larmes, Et, trop faible en effet contre un charme si doux, Cherchait dans le trépas des armes contre vous, Hélas! qui m'aurait dit que dans cette journée Ma vertu par vous-même eût été soupçonnée? J'ai cru mieux vous connaître, et n'ai pas dû penser Qu'entre Pallante et moi vous puissiez balancer. Pardonnez-moi, grands dieux, qui m'avez condamnée! De l'univers entier je meurs abandonnée; Ma mort, dans le tombeau cachant la vérité, Fera passer ma honte à la postérité. Toutefois, dans l'horreur d'un si cruel supplice, Si du moins Philotas m'avait rendu justice, S'il pouvait m'estimer et me plaindre en secret, Je sens que je mourrais avec moins de regret. PHILOTAS · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · Quel droit un malheureux avait-il sur votre âme? Comment... ARTÉMIRE Ah! si mon coeur s'est pu laisser toucher, S'il a quelque penchant que j'en doive arracher, Vous ne savez que trop pour qui, plein de tendresse, Ce coeur a jusqu'ici combattu sa faiblesse. J'ai peut-être offensé les dieux et mon époux; Mais si je fus coupable, ingrat, c'était pour vous. PHILOTAS · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · Courons à vos tyrans. ARTÉMIRE Non, demeurez, seigneur. J'aime mieux vos regrets qu'une audace inutile; Innocente à vos yeux, je périrai tranquille; Et le sort qui m'attend pourra me sembler doux, Puisqu'il me punira de n'être point à vous. Adieu: le temps approche où l'on veut que j'expire; Adieu. N'oubliez point l'innocente Artémire: Que son nom vous soit cher; elle l'a mérité: A son honneur flétri rendez la pureté, Et que, malgré l'horreur d'une tache si noire, Vos larmes quelquefois honorent sa mémoire! PHILOTAS · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · ·le parti qui vous reste, Et j'y cours. ARTÉMIRE Arrêtez. Ah! désespoir funeste! De quel malheur nouveau me va-t-il accabler? Céphise, il valait mieux mourir sans lui parler, Et... Mais quelle pâleur sur ton front répandue! CÉPHISE · · · · · ·Ce monstre encor se présente à vos yeux. ARTÉMIRE Céphise, il vient jouir du succès de son crime; Dans les bras de la mort il vient voir sa victime; C'est peu de mon trépas, s'il n'en repaît ses yeux. Allons, et remettons notre vengeance aux dieux. SCÈNE VII. ARTÉMIRE, CÉPHISE, UN GARDE. LE GARDE · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · Il examine, il doute, et ses yeux vont s'ouvrir. ARTÉMIRE Dieux, dont la main sur moi sans cesse appesantie Me promène à son gré de la mort à la vie, Dieux puissants, sur moi seule étendez votre bras! Rendez-moi mon supplice, et sauvez Philotas; Éteignez dans mon sang une ardeur infidèle: Plus son péril est grand, plus je suis criminelle. Viens, Cassandre, il est temps; viens, frappe, venge-toi: Je te pardonne tout, et n'immole que moi. Ah! le fer trop longtemps est levé sur ma tête! Je souffre à chaque instant la mort que l'on m'apprête. Qu'ils viennent. SCÈNE VIII. ARTÉMIRE, CÉPHISE, PHILOTAS. ARTÉMIRE Mais quel dieu vous redonne à mes voeux? Vous vivez! PHILOTAS C'en est fait, il faut périr tous deux. ARTÉMIRE Vous! PHILOTAS · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · Nous venons vous défendre, et périr à vos pieds. ARTÉMIRE Ah! si quelque pitié pour moi vous intéresse! PHILOTAS Hélas! à mes fureurs connaissez ma tendresse. ARTÉMIRE A des périls certains cessez de vous offrir. Que pouvez-vous pour moi, prince? PHILOTAS Je puis mourir. ARTÉMIRE Ciel! de quels cris affreux ces voûtes retentissent! Je ne me connais plus; mes genoux s'affaiblissent. Seigneur, au nom des dieux... SCÈNE IX. LES MÊMES, UN ENVOYÉ. L'ENVOYÉ · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · Va succéder peut-être à tant d'inimitié. ARTÉMIRE Qu'entends-je L'ENVOYÉ · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · ·Et votre époux expire. ARTÉMIRE Lui mon époux!... PHILOTAS · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · Et ce n'est pas à moi d'en être le témoin. (Il sort.) ARTÉMIRE Dieux! puis-je soutenir ces funestes approches! Hélas! son sang versé me fait trop de reproches. SCÈNE X ARTÉMIRE, CÉPHISE, CASSANDRE. Cassandre, blessé dans un combat, est amené presque mourant sur la scène. CASSANDRE · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · Tous les rois sont trompés. Séduit par l'imposture, J'ai longtemps soupçonné la vertu la plus pure. A présent, mais trop tard, mes yeux se sont ouverts; Je vous connais, enfin, madame, et je vous perds. · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · ·Et je reçois le prix de mes forfaits. ARTÉMIRE Ah! seigneur, puisqu'enfin la vertu vous est chère, Vivez, daignez jouir du jour qui vous éclaire. Malgré vos cruautés je suis encore à vous; Vos remords vertueux m'ont rendu mon époux. Vivez pour effacer les crimes de Pallante; Vivez pour protéger une épouse innocente; Ne perdez point de temps, souffrez qu'un prompt secours... Cassandre expire après avoir pardonné à Philotas, et rendu justice à la reine. Notes. (1) Une note du Temple du Goût apprend qu'Artémire eut huit représentations. La pièce n'avait pas réussi à la première, et l'auteur l'avait même retirée; mais le 23 février, on en donna une seconde représentation, avec des changements, et cette tragédie eut quelque succès. Elle fut jouée pour la huitième et dernière fois le 8 mars. Je crois que ce qui détermina Voltaire à faire cesser de jouer sa pièce fut la parodie que, le 10 mars, Dominique fit jouer aux Italiens sous le même titre d'Artémire. Cette parodie est imprimée dans le premier volume du recueil des Parodies du nouveau théâtre italien. Voltaire n'a jamais voulu laisser imprimer sa tragédie. Feu Decroix, l'un des rédacteurs de l'édition de Kehl, en ayant recueilli quelques fragments, les fit imprimer dans l'édition à laquelle il coopérait. De nouvelles recherches lui procurèrent une copie du rôle d'Artémire, corrigée de la main de l'auteur. Le comte d'Argental se rappela aussi quelques vers. Telle est la source des nouveaux fragments que j'ai ajoutés, et dont je suis redevable à feu Decroix. Luchet, dans son Histoire littéraire de Voltaire, dit que c'est à l'occasion d'Artémire « que les députés des comédiens du roi offrirent à MM. de l'Académie française l'entrée de leur spectacle ». Voltaire ne fut de l'Académie que vingt- six ans plus tard, et je ne vois pas quel rapport peut avoir existé entre Artémire et l'Académie française. Mouhy, dans son Abrégé de l'histoire du théâtre français, dit que, le 2 mars 1732, sept députés des comédiens du roi se rendirent à l'Académie française, et que le sieur Quinault Dufresne y prononça un discours par lequel il invitait les académiciens à prendre leurs places gratis à la comédie. Mouhy se trompe d'un jour: le 2 mars 1732 était un dimanche, et l'Académie ne tint pas de séance; ce fut le lendemain lundi, 3 mars 1732, qu'elle reçut la députation des comédiens. Il y avait douze ans moins cinq jours qu'avait eu lieu la dernière représentation d'Artémire. Il n'est donc pas à croire que cette pièce fût pour quelque chose dans la démarche des comédiens. (B.) (2) Artémire fut traitée avec si peu d'égards que Voltaire, ne se possédant plus, bondit, de la loge où il se tenait, sur le théâtre, et se mit à prendre à partie et à haranguer le parterre. Lorsqu'on sut que c'était lui, les clameurs s'apaisèrent; il s'exprima avec tant d'adresse, d'éloquence, de pathétique même, que les murmures se convertirent en bravos. (Duvernet, Vie de Voltaire, 1780, p. 44, 45.) Si l'arrêt du public avait été sévère, Voltaire l'avait accepté pleinement; loin d'en appeler, il le tenait pour bon et déclarait nettement que la pièce ne reparaîtrait plus. C'était compter sans Madame, la mère du Régent, à qui il avait dédié Oedipe, et qui voulut absolument la revoir. Le poète obtint quelque répit pour remanier l'ouvrage; mais il aurait eu besoin de bien plus de temps qu'il ne lui on était laissé. « Il fait ses protestations que, quoiqu'il y ait beaucoup changé, il n'a pas assez changé encore; qu'il faudrait plus d'un mois pour y faire les changements nécessaires, et que l'on n'en peut rien faire de bon. Un auteur ne peut mieux se rendre justice. » Sans doute, et c'est là un mérite assez rare pour être signalé. M. de Caumartin de Boissy, à qui nous empruntons ces lignes, ne paraît pas autrement édifié de cette rigueur du poète envers son oeuvre, et comme Voltaire, qui était sincère, ne voulait point permettre que l'on continuât les représentations d'Artémire, et se prononçait à cet égard avec sa vivacité habituelle, malgré l'accueil plus encourageant du public, il se moque du petit Arouet qu'il trouve et fort extravagant et fort ridicule. « Il dit toutes les sottises du monde au maréchal de Villeroy sur ce qu'il (le maréchal) voulait qu'on la rejouât devant le roi. Il veut absolument la raccommoder encore et se met en fureur contre quiconque lui propose de la faire rejouer. » Mais cela nous semble assez raisonnable et assez légitime, n'en déplaise à M. de Boissy. Ce fut le 23 février que la pièce reparut après de notables corrections pour être jouée en tout huit fois. Le président Bouhier raconte que le poète, n'ayant pu empêcher qu'on reprît sa pièce, avait comploté, lui et une petite troupe de ses amis, de l'interrompre par leurs clameurs, ce que les comédiens, avertis, s'étaient mis en mesure de prévenir, en lui faisant refuser l'entrée. Il força la garde et se mit à crier au milieu du parterre qu'il priait tout le monde de s'en retourner, et que c'était une chose indigne de jouer une pièce malgré l'auteur. L'exempt des gardes voulut le faire sortir. Arouet, ayant fait quelque résistance, fut maltraité et mis dehors par les épaules, sans que personne osât prendre ouvertement sa défense. Et Artémire, représentée malgré lui, fut applaudie presque d'un bout à l'autre. (G. D.) 3/4 M. G. Desnoiresterres ne croit pas à cette anecdote. « Ce qui reste vrai, dit- il, c'est qu'il avait dû s'incliner devant le désir de gens qu'on ne refuse point. » On attribua l'interruption finale de la tragédie à la parodie qu'en donna Dominique aux Italiens, sous le même titre d'Artémire. Mais Voltaire, avant l'éclosion de la parodie, avait pris son parti... Il garda son manuscrit, et se borna à utiliser plus tard dans Mariamne le peu de vers qui lui semblèrent dignes de survivre au naufrage de sa tragédie. (M.) (3) Ce beau vers est devenu proverbe. (K.) 3/4 Dans Arlequin-Deucalion, Piron se moqua du poète, qui, après un tel début, ne se soutenait pas. Il montra Arlequin sur Pégase, essayant de gravir le Parnasse, et récitant les deux premiers vers d'Artémire. Soudain Arlequin trébuchait et culbutait. « Jarnidieu! grommelait-il en se frottant l'échine, c'est bien dommage, j'allais beau train. » On dit que Voltaire fut courroucé de cette malice; on raconte même une anecdote à ce sujet; mais nous pensons, comme M. G. Desnoiresterres, que l'histoire de ce beau courroux n'est qu'une fable. (G. A.) (4) Voltaire a depuis employé ce vers dans Mérope (acte I, sc. i.) (5) Ce vers se trouve dans la Henriade, chant II, vers 170. (6) Variantes: Ce vers et ceux qui le suivent ont été changés. C'est de feu Decroix que je tiens la première version que voici: Je ne vous dirai point qu'un père inexorable A voulu, malgré moi, cet hymen exécrable. Quoi qu'il m'ait ordonné, j'ai dû désobéir; Seigneur, le ciel est juste, il a su m'en punir. Puissiez-vous seulement, soigneux de votre gloire, D'un amour si funeste oublier la mémoire! Puissent les justes dieux, touchés de vos vertus, Rendre heureux ce grand coeur où je ne prétends plus! Vivez, partez, fuyez cette terre infidèle. (B.) (7) Decroix proposait de lire: Je l'avais acceptée. (8) Variantes: Voici de la fin de ce couplet une première version qui m'a été communiquée par feu Decroix: Qu'à vous assassiner sa main seule était prête, Qu'il voulait à mes pieds apporter votre tête, Que Ménas le servait dans ces desseins affreux, D'un heureux scélérat confident malheureux; Et que ce traître enfin, craignant votre justice, En massacrant Ménas, a perdu son complice. J'en atteste les dieux et mon époux... Hélas! Vous détournez les yeux, etc. (B.) (9) Variantes: Decroix m'a communiqué les quatre vers que voici, et que l'auteur avait placés ici, puis supprimés: O vous qui me livrez à mon cruel destin, Vous, arbitres des rois que j'ai servis en vain, Dieux puissants! vous lisez dans le fond de mon âme; J'ai vécu vertueuse, et vais mourir infâme. (B.). Source: http://www.poesies.net