EXTRAITS DE LA BLESSURE DES MOTS. Par Thierry Cabot (21ème siècle) TABLE DES MATIERES A Léane. Devant La Mer. A Léane. Au feu de quelle étoile, à l’or de quelle rive, Avons-nous quelquefois réchauffé nos pieds lourds ? Dans quel espace vain flottant à la dérive Et rongé par la lèpre invisible des jours ? Qui sommes-nous, perdus comme un sanglot d’écume Parmi les fleuves las où saignent nos élans ? Qui sommes-nous, tachés de soleil et de brume Et si riches de dons et de voeux chancelants ? Adieu ! beaux rires clairs, adieu ! fauves haleines ; Adieu ! soupirs mêlés sous le ciel enjôleur. La joie aimante éclate avec ses ruches pleines Mais la mort est tapie au fond de chaque fleur. Ah ! ne savons-nous pas que tout se décompose, Que l’aube court déjà, tremblante, vers le soir, Que nous ne respirons jamais la même rose, Que tout succède à tout et se fond dans le noir ? Matins frais ! lisses doigts ! épopée ivre et tendre ! Nos aveugles destins filent d’un pas têtu. Balayés ! les coeurs fous toujours prêts à s’éprendre, Enfuis ! les mots soufflés en un chant qui s’est tu. Hélas ! comment peut-on, la paupière défaite, Laisser là notre monde aux vins délicieux ? Comment quitter l’éclat des longs chemins en fête Et ne plus voir la terre et ne plus voir les cieux ? Or pitoyables nains mordus par l’éphémère, Comme nous avons cru dépouiller l’éternel En caressant nos biens d’une ferveur amère, En couvant nos bijoux d’un émoi fraternel ! Pour quelques passions labiles et fuyantes, Nous avons serré fort jusqu’à l’avidité Des bras vertigineux et des mains défaillantes Fleuris sous les yeux chauds d’on ne sait quel été. Nous avons tant de fois chéri de fausses gloires, Tant de fois lâchement fait sonner notre orgueil, Tant de fois enlacé des rêves dérisoires Malgré la suffocante image du cercueil. Pendant que la vieillesse armait son poing sévère, Comme nous avons mis de haine et de fureur A briser le plafond de nos cages de verre, A maudire le temps sournois et massacreur ! Comme nous avons dû, soûlés d’arrière-mondes, Cultiver en sursaut quelque louche au-delà : Eldorados naïfs crevant d’espoirs immondes ! Glauques ailleurs vomis sur des airs de gala ! Et comme sans jamais prévenir les désastres, Nous avons chaque jour tant et plus, tant et plus Baisé de jeunes fronts aussi beaux que des astres Et de chers doigts noueux, vacillants et perclus ! Mais qu’ici-bas du moins une flamme demeure, Une épaule magique aux lumineux contours ! Que jaillissent du moins, volés à la même heure, Les cris ensoleillés de millions d’amours ! Tant pis ! s’il faut demain périr d’un coup funeste. C’est trop de vivre nus embués de néant, Trop de mettre à genoux l’idéal qui nous reste, Trop de guillotiner nos envols de géant. Oh ! tant pis ! si le col majestueux des cygnes Doit éclater bientôt comme un vulgaire fruit. Tant pis ! si quelques-uns traînent des maux insignes Et d’autres maint bonheur depuis longtemps détruit. Léane, ma poupée à la lumière blonde, Les vents purs, ce matin, cajolent l’univers ; Tes jolis pieds en feu, plus ondoyants que l’onde, Volent sur le lit tiède et soyeux des prés verts. Que t’importent les fous englués de nuit blême Et leurs immenses deuils rougis de sang vermeil ! La vie en toi, Léane, éprise d’elle-même Coule, telle admirable, une eau sainte en éveil. Oui, va foulant l’espace ébloui qui t’adore ; On dirait que l’azur boit chacun de tes pas ; Nous avons dans les yeux la même douce aurore Et je te comblerai de ce que tu n’as pas. Léane, l’heure est vaste à qui se sent des ailes ; Quelque chose de bon fascine et charme l’air ; J’ai ta candeur, ma fée, au bout de mes prunelles Comme si pour moi seul ton coeur devenait clair. Cent effluves de joie illuminent tes gestes ; Le monde étale au loin sa féconde santé ; Conquête radieuse ! aventures célestes ! Tu cours, pleine d’un songe inouï de beauté. . . O tous deux ! aimons-nous sans nuage ni voiles ! Léane, toi ma chair, l’enfant de mon enfant Dont les petites mains font rire les étoiles, O Léane ! si frêle au soleil triomphant ! Devant La Mer. Secoue au moins le vide insultant qui te borne Avec l'oeil nébuleux d'une revêche nuit. Ne goûte plus jusqu'à vomir le crachat morne Du médiocre qu'étouffe une écharpe d'ennui. Hume tes mots, sème ta voix, hisse tes rêves, Décapite les murs flageolants à moitié, Et fais encore en magicien des blondes grèves S'élargir sous ta foi l'horizon tout entier. Que peuvent les corbeaux que la vermine écrase ? N'es-tu pas né pour vivre et plus noble et plus grand, Né pour saisir et mordre au sel de toute phrase Un peu du coeur naïf d'un soleil pénétrant ? N'es-tu pas là, si fort et si plein de toi-même, Si royalement jeune et constellé d'ardeurs, Oui tellement chéri par l'immensité même Qu'un enfant y boirait ses futures splendeurs ? Le monde est vieux, bien sûr, mais l'aube n'a point d'âge. Les jours sonnent, vêtus comme d'amples secrets. Au-delà de tes mains, l'heure en vagabondage Imprime à chaque élan on ne sait quoi de frais. Le beau ciel presque nu teint les eaux rayonnantes. La mer adamantine a des jeux orgueilleux. Du fond de leurs clameur, soûles, tourbillonnantes, Les vagues à l'envi brassent le merveilleux. Vois trembler le matin à la musique neuve Et vers l'azur égal sangloter les embruns, Cueille le songe auquel ton infini s'abreuve Quand, délice d'écume, il jaillit des flots bruns. Oh ! combien il te faut de soifs à ta mesure, Combien... combien tu veux, libre d'aucun soutien, Ici toujours, malgré la haine et la brisure, Déchirer l'habit sale où le vil te retient ! Sur les lames, regarde ! un vol blanc de mouettes Embrasse l'or liquide au souffle bondissant ; Car il n'est Miel dont maintes fois tu ne souhaites Sentir à pleins poumons le goût bouleversant. Plus loin, dans la ferveur capiteuse et la gloire, Le vent large médite au seuil de l'éternel, Et la lumière aiguë aux feux de sa mémoire Rend le monde à son verbe immense et fraternel. O rien ne dit assez l'éclat de ta naissance! L'onde croule sans fin de chavirants échos. En toi monte et s'agite une claire puissance Mêlée à la chaleur des roulis amicaux. Hymnes, fécondité, parfums d'avant déluge, La mer lave les rocs ; l'air est délicieux. Va d'une seule haleine y puiser un refuge, Plein du sang de ton coeur ! plein du cri de tes yeux ! Thierry Cabot. ©Copyright 2007-2011 thierry.cabot at dbmail.com 21ème siècle Tous droits réservés, sauf pour usage privé et non-profit. Ne pas modifier ces textes. 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