Hymne Du Très Chrétien Roi De France Henri. Par Pierre De Ronsard. (1524-1585). Pierre De Ronsard De Vandomois. A Paris, Chez André Wechel rue S. Ichan de Beauvais à l’enseigne du Cheval volant. Auec Priuilege du Roy. A Tresillvstre Et Reverendissime, Odet, Cardinal De Chastillon. Mon Odet, mon prelat, mon seigneur, mon confort, Mon renom, mon honneur, ma gloire, mon support, Ma Muse, mon Phebus, qui fais ma plume escrire, Qui animes ma langue, et reveilles ma Lyre Et qui moins envers moy ne te montres humain, Que feist envers Maro ce Mecenas Romain, Pren, s'il te plaist, icy deux presens tout contraires, L'un que j'ofre pour toy, et l'autre pour tes freres, C'est mon Livre et ma vie, et tout ce que jamais Ma plume, en ta faveur, escrira desormais, Laquelle ne sçauroit (bien qu'elle sçeut parfaire Mille oeuvres en ton nom) à l'honneur satisfaire Que je reçois de toy, sans l'avoir merité: Et serois bien ingrat si la Posterité Ne congnoissoit d'ODET le nom tresvenerable, Et combien un Ronsard luy estoit redevable, Publieur de son lôs qui jamais ne mourra: Or' ma plume escrira tout ce qu'elle pourra (Que la trouppe des Soeurs n'a jamais abusée) Puis, quand je la voiray de te loüer usée, J'iray trouver ton frere ou François ou Gaspar, Au front d'une bataille, ou dessus un rampar: Et là changeant ma plume en quelque grande pique, Hardy, je me ruray dans la presse bellique Pour mourir vaillamment à leurs piedz estendu , Ayant d'un coutelas le corps outre-fendu: Et si n'auray regret que ma vie s'en aille Pour eux, soit que je meure au fort d'une bataille, Soit gardant une ville, au haut des bastillons: A fin que vif et mort je sois aux CHASTILLONS. Hymne Du Tres Chrestien Roy De France Henry De Ce Nom. Vers Heroïques. Muses, quand nous voudrons les louënges chanter Des Dieux, il nous faudra au nom de Jupiter Commencer et finir, comme au Dieu qui la bande Des autres Dieux gouverne, et maistre leur commande Mais quand il nous plaira chanter l’honneur des Roys, Il faudra par HENRY, le grand Roy des François, Commencer et finir, comme au Roy qui surpasse En grandeur tous les Roys de cette terre basse. Les anciens Herôs du sang des Dieux venus, Sont encore aujourd’huy, maugré les ans, congnus, Pour avoir fait chanter aux Poëtes leurs gestes Qui les ont de mortels mis au rang des celestes: Et j’en veux faire ainsi! car moy qui sçay tresbien Comme on chante les Roys, je veux chanter du mien L’honneur et les vertus, et ses faits admirables Rendre de pere en filz à-jamais memorables: Est-ce pas un beau don? que luy donroy-je mieux » L’honneur est le seul prix que demandent les Dieux: Et Jupiter, apres la sanglante victoire Des Geans, ne voulut recevoir autre gloire Sinon d’oüir sonner à son fils Apollon Comme son trait armé d’un flambant tourbillon D’esclatz, de bruit, de peur, de soufre, et de tonnerre, Avoit écarbouillé leur cerveau contre terre Tombés à bas du Ciel, et comme leurs grands corps, Avecque leurs cent bras, estoient renversés mortz Sous les monts qu’ilz portoient, et comme pour trophée De sa victoire, Æthna flamboya sur Typhée. Là donc, divines Soeurs, à cette heure aydés moy A chanter dignement vostre Frere, mon Roy, Qui naguiere banit avecques sa promesse Loing de vous et de moy la Crainte et la Paresse, Lors qu’il nous fist lever d’un seul clin de ses yeux (Quand moins nous y pensions) le front jusques aux cieux. Le bucheron qui tient en ses mains la cougnée, Entré dedans un bois pour faire sa journée, Ne sçait où commencer: icy le tronc d’un Pin Se presente à sa main, là celluy d’un Sapin, Icy du coing de l’oeil merque le pié d’un Chesne, Là celluy d’un Fouteau, icy celluy d’un Frene: A la fin tout pensif, de toutes pars cherchant Lequel il coupera, tourne le fer tranchant Sur le pié d’un Ormeau, et par terre le rue, Afin d’en charpenter quelque belle charue: Ainsi tenant es mains mon Luc bien apresté, Entré dans ton Palais devant ta Majesté, Tout pensif, je ne sçay quelle vertu premiere De mille que tu as sera mise en lumiere: Car les biens que Nature a partis à chacun, Liberale à toy seule, te les donne en commun: Qui ne soit vray, l’on voit qu’une plaisante forme Par vicieuses meurs bien souvent se difforme, Celluy qui est en guerre aux armes estimé En temps de paix sera pour ses vices blasmé, L’un est bon pour regir les affaires publiques Qui gaste en sa maison les choses domestiques, L’un est recommandé pour estre bien sçavant Qui sera mesprisé pour estre mal vivant: Mais certes tous les biens, que de grace Dieu donne A tous diversement, sont tous en ta personne: C’est pour cela qu’icy ta Justice, et ta Foy, Ta Bonté, ta Pitié, d’un coup, s’offrent à moy, Ta vaillance au combat, au conseil ta Prudence: Ainsi je reste pauvre, et le trop d’abondance De mon riche sujet m’engarde de penser A laquelle de tant il me faut commencer. Si faut il toutesfois qu’à l’une je commence, Car j’oy desja ta voix d’un costé qui me tance, Et de l’autre costé, je m’entens accuser De ma Lyre, qu’en vain je la fais trop muser, Sans chanter ta loüenge. Or’sus chantons-la donques, Et la faisons sonner, si elle sonna oncques, Et venons à chercher quel Astre bien tourné Pour estre un si grand Roy t’avoit predestiné. Le beau porteur d’Hellés, qui fut maison commune, Alors que tu naquis, à Venus et la Lune Et à l’heureux Soleil, te donnerent cet heur D’estre Roy, pour passer les autres en grandeur. Or’ qui voudroit conter de quelle grande largesse A respandu le Ciel dessus toy sa richesse, Il n’auroit jamais fait, et son vers, tournoyé Aux flotz de tant d’honneurs, seroit bien tost noyé. Il t’a premierement, quant à ta forte taille, Fait comme un de ces Dieux qui vont à la bataille, Ou de ces Chevaliers qu’Homere nous a peints Si vaillans devant Troïe, Ajax, et les germains Rois pasteurs de l’armée, et le dispos Achille, Qui, r’embarrant de coups les Troïens à leur ville, Comme un loup les aigneaux par morceaux les hachoit, Et des fleuves le cours d’hommes mortz empeschoit: Mais bien que cet Achille ait le nom de pied-viste, De coureur, de sauteur, pourtant il ne merite D’avoir l’honneur sus toy, soit à corps elancé Pour sauter une haie, ou franchir un fossé, Ou soit pour voltiger, ou pour monter en selle Armé de teste en pied, quand la guerre t’appelle. Or’ parle qui voudra de Castor et Pollux, Enfans jumeaux d’un oeuf, tu merites trop plus De renom qu’ilz n’ont fait, d’autant que tu assemble En toy ce que les deux eurent jadis ensemble: L’un fut bon Chevalier, l’autre bon Escrimeur, Mais tu as ces deux en toy le double d’honneur: Car où est l’Escrimeur, tant soit bon, qui s’aprouche De toy, sans emporter au logis une touche? Ou soit que de l’espée il te plaise joüer, Soit qu’en la gauche main te plaise secoüer La targue ou le bouclier, ou soit que l’on s’attache Contre toy, pour branler ou la pique ou la hache, Nul mieux que toy ne sçait comme il faut demarcher, Comme il faut un coup feint sous les armes cacher, Comme l’on se mesure, et comme il faut qu’on baille D’un revers un estoc, d’un estoc une taille. Quant à bien manier et piquer un cheval, La France n’eut jamais ny n’aura ton egal, Et semble que ton corps naisse hors de la selle Centaure mi-cheval, soit que poullain rebelle Il ne vueille tourner, ou soit que façonné Tu le faces volter, d’un peuple environné Qui près de toy s’acoude au long de la barriere, Ou qu’à bride ronde, ou en long manié Tu aies au cheval avec le frain lié Un entendement d’homme, affin de te complaire, Et de faire esbahir les yeux du populaire: D’une sueuse écume il est tout blanchissant, De ses naseaux ouvers une flamme est issant, Le frain luy sonne aux dens, il bat du pié la terre, Il hannist, il se tourne, aucunefois il serre Une oreille derriere, et fait l’autre avancer, Il tremble tout sous toy, et ne peut ramasser Son coeur dedans ses flancs, et montre par sa mine Qu’il cognoist bien qu’il porte une charge divine. J’ay, quand j’estoy ton page, autrefois sous Grandval, Veu dans ton Escurie un semblable cheval, Qu’on surnommoit Hobere, ayant bien cognoissance De toy, quand tu montois, car d’une reverence Courbé te salüoit, puis sans le gouverner Se laissoit de luy-mesme en cent voltes tourner Si viste et si menu, que la veüe et la teste En faisoient mal apres, tant ceste noble beste Avoit en bien servant un extreme desir, Te cognoissant son Roy, de te donner plaisir. Or’ quand tu ne serois Roy, ny Seigneur, ne Prince, Encore on te voiroit, par toute la Province En qui tu serois né, dessus tous estimé, Et bien tost d’un grand Roy, ou d’un grand Prince aimé, Pour les dons que le Ciel t’a donnez en partage: Car tu es bien adroit, et de vaillant courage: Tesmoing est de ton coeur cette jeune fureur Dont tu voulus pres Marne assaillir l’Empereur, Lequel ayant passé les bornes de la Meuse Menassoit ton Paris, ta grand’ Cité fameuse: Tu luy eusses deslors ta vertu fait sentir, Et, se tirant le poil, mille fois repentir D’estre en France venu, sans une paix fardée, Dont, à son grand besoing, sa vie fut gardée. Mais qui pourroit conter les biens de ton esprit? Tant s’en faut qu’on les puisse arrenger par escrit, Qui les pourra conter pourra conter l’arene Que la force du vent au bord d’Aphrique amene. La plus grand part des Roys est mal sobre en propos, Ou point ou peu ne donne à sa langue repos, Ou jure, ou se despite, ou se vante, ou blaspheme, Ou, se moquant d’autruy, se moque d’elle-mesme: Mais tu n’est point jureur, blasphemeur, ne menteur, Colere, ne depit, ne moqueur, ne vanteur: Tu es sobre en propos, pensif et taciturne, Qui sont les plus beaux dons de l’astre de Saturne: Ce que souventesfois à table j’ay notté Estant debout planté devant ta Majesté, Quand les autres parloient, tu avois ta pensée Sans leur respondre rien en toy seul amassée: Et je disois alors, ce Roy qui ne dit rien Pense plus qu’il ne parle, il pense en luy combien Il luy faut de soudars pour dresser une armée, Quelle ville n’est pas de rampars bien fermée, Comme on peut l’assaillir, si ses frontieres sont Garnies comme il faut, et quels soudars y vont, A fin de les garder, et comme il doit surprendre Quelque place Espaignolle, et Françoise la rendre. Il n’y eut jamais Prince en l’antique saison, Ny en ce temps icy, mieux garni de raison, Ny d’aprehension, que toy, ny de memoire. Or quant à ta memoire on ne la sçauroit croire, Qui familierement ne t’auroit pratiqué: Car si tu as un coup un homme remerqué Sans plus du coing de l’oeil, allast-il aux Tartares, Navigast-il à l’Inde, ou aux Isles barbares Où de l’humaine chair vivent les habitans, Voire et sans retourner sejournast-il vingt ans: Si de fortune apres revient en ta presence, Soudainement auras de luy recognoissance, » Ce qui est necessaire à un Prince d’avoir, » Pour jamais n’oublier ceux qui font leur devoir: » Car pour neant un homme au danger met sa vie » Pour son Prince servir, si son Prince l’oublie Que diron-nous encor’? plus que les autres Roys Tu es dur au travail: s’ilz portent le harnois Une heure sur le dos, ilz ont l’eschine arnée, Et en lieu d’un roussin prennent la hacquenée: Mais un jour, voire deux, tu soustiens le labeur Du harnois sus l’eschine, et juges la sueur » Estre le vray parfum qui doit orner la face » D’un Roy, qui pour combattre a vestu la cuirasse: Aussi davant le temps le poil blanc t’est venu, Et ja tu as le chef et le menton chenu, Signe de grand travail, et de grande sagesse, Qui de leurs beaux presens decorent ta jeunesse, Luy adjoustant le poix de meure gravité. Et certes qui plus est, tu as tousjours esté Prompt à croire conseil, et rien ne deliberes Que tout premierement ces vieux sages et Peres Qui sont desjà chenus, à ton Conseil assis, Aux affaires rusez, n’en donnent leurs avis: Tu proposes le fait, comme Prince tressage, Au milieu du Conseil, mais c’est en bref langage, Craignant perdre le temps: tu repliques apres Si besoing il en est, et le fais tout expres Pour sonder leur pensée, et comprendre les ruses De leur experience, affin que tu en uses Au besoing, quand il faut la finesse eprouver, » De peur qu’en ton chemin tu ne viennes trouver » Du vieil Epimethé la fille Repentance, » Comme les autres Roys qui n’ont point de prudence. Le Riche dessous toy ne craint aucunement Qu’on luy oste ses biens par faulz accusement, Le Voleur, le Meurtrier impunis ne demeurent, Les hommes innocens par faux Juges ne meurent Sous toy leur Protecteur, les coupables aussi Envers ta Majesté treuvent peu de mercy, Car tu n’es pas un Roy favorisant le vice, Ny qui pour la faveur corrompe la Justice: Mais tu es bien un Roy qui veux en verité Que la Justice face à chacun equité. Je ne dy pas aussi que vers l’homme coulpable Ta Majesté ne soit quelque fois pitoyable: S’il est fort et vaillant, et si ses vieux Ayeux En guerre ont fait jadis quelque fait glorieux A tes predecesseurs pour servir la Coronne, A celuy quelque fois ta Clemence pardonne, Car tu n’es pas cruel, et ta royalle main Ne se resjoüist point du pauvre sang humain, » A l’exemple de Dieu, bien que du Ciel il voye » Que tout le genre humain icy bas se fourvoye » En vices dissolu, et ne veut s’amender, » Pourtant il ne luy plaist à tous coups debander » Son foudre punisseur sur la race des hommes, » Car il nous cognoist bien, et sçait de quoy nous sommes, » Et s’il vouloit ruer son tonnerre à tous coups » Que nous faisons peché, il nous occiroit tous: » Et pource, de pitié ses foudres il retarde, » Et en lieu de noz chefs, pour nous estonner, darde » Ou les sommets d’Athos, ou les Cerauniens, » Ou les pins sourcilleux des bois Dodoniens, » Ou les monstres marins, et du boulet qu’il rue » Tousjours nous espouvante, et peu souvent nous tue. Quant à l’Ambition qui se voistre es portaux, Ainçois dedans les coeurs des hommes les plus hautz, Et plus comblez d’honneur, qui fait la sentinelle Tout à la ronde d’eux, comme peste cruelle Tu chasses de ta Court, et ne veux par raison Endurer qu’un tel monstre habite en ta maison, Qui à mille discordz, par secrettes espinces, Enflammeroit les coeurs de tes plus nobles Princes. Or’ quant à la vertu qui plus t’esleve aux cieux, C’est Libéralité, à l’exemple des Dieux Qui donnent à foison, estimans l’Avarice (Comme elle est vrayement) l’escolle de tout vice, Laquelle plus est soule et plus cherche à manger De l’or tres miserable aquis à grand danger: Mais tu ne veux souffrir qu’un thresor dans le Louvre, Se moisissant en vain, d’une rouille se couvre, Tu en donnes beaucoup à tes soudars François, Et à tes Conseillers qui dispensent tes loix, Aux Princes de ton sang, et aux estranges Princes Qui se rendent à toy, bannis de leurs Provinces: Tu en despens beaucoup en Royaux bastimens, Voire, et qui trop mieux vaut, aux soudars Allemans, Aux Soüisses beaucoup, affin que tu achettes Avecques pension leurs vies, tes sujettes, Pour espargner ton peuple, aymant mieux aux dangers Que tes propres sujetz mettre les estrangers, Acte d’un Roy benin, et propre à toy, qui aymes Le sang de tes sujetz autant que le tien mesmes. On ne voit Artizan, en son art excellant, Maçon, Peintre, Poëte, ou Escrimeur vaillant, A qui ta plaine main, de grace, n’eslargisse Quelque digne present de son bel artifice, Et c’est l’occasion, ô magnanime Roy, Que chacun te vient voir, et veut chanter de toy. Nul Prince ne fut onq, tant que toy, debonnaire, Car si quelque grand seigneur souffre quelque misere, Quelque captivité, ou quelque deconfort, Ayant pitié de luy, tu luy donnes support, Et de ta grande main, à ce fait coustumiere, Chez luy tu le remets en liberté premiere, Et plus haut que devant luy fais dresser le front Maugré ses ennemys, qui la guerre luy font. Tant s’en faut que ta main le païs veille prendre D’un Seigneur affligé, qui à toy se vient rendre. Certes tesmoings en sont les pauvres Escossois, Qui jà presque estoient la proye des Anglois, Lesquelz en liberté tu gardes en leur terre, Et de loin ton renom commande à l’Angleterre: Tesmoings en sont encor’ les Allemans remis En liberté par toy maugré leurs ennemys, Chose non esperée, et toutesfois ta dextre Leur fist de ta grandeur la puissance cognoistre Lors que desesperés à ton secours venoient, Et rien que la pitié pour armes n’amenoient: Tesmoings en est encor’ la ville de Sienne Par toy restituée en franchise ancienne, Et Parme qu’il te plaist couver sous ta faveur Malgré le Florentin vassal de l’Empereur. Que diray plus de toy? et de l’obeissance Que portois à ton Père es ans de ton enfance, L’honorant tellement comme ton Pere et Roy Que les autres enfans prenoient exemple à toy? Et certes, qui plus est, de rechef tu l’honores Comme un Fils pitoyable apres sa mort encores Environnant son corps d’un tombeau somptueux, Où le docte cizeau d’un art presomptueux A le marbre animé de batailles gravées, Et des guerres par luy jadis parachevées. Dedans ce Mausolée enclos en mesme estuy, Tes deux Freres esteints dorment avecques luy, Et ta Mere à ses flancz, lesquels t’aiment et prisent Et du Ciel, où ilz sont, tes guerres favorisent, Et sont tous resjouis: tes Freres, pour te voir Sans eux faire si bien en France ton devoir, Et ton Pere, dequoy icy bas en la terre Tu le passes d’autant (quant aux faits de la guerre) Qu’Achille fist Pelée, et qu’Ajax Telamon, Et que son pere Atré le grand Agamemnon. Car tu as (quelque cas que ta main delibere) Tousjours de ton costé la Fortune prospere Avecques la Vertu, et c’est ce qui te fait, Pour t’allier des deux, venir tout à souhait. Vray est quant à tes faitz, tu veux sur toute chose Qu’aux gestes de ton Pere homme ne les propose, Mais la Fame qui vole et parle librement, Et qui sujette n’est à nul commandement, Donne l’honneur aux tiens, et en cette partie De tes humbles sujetz ta loy n’est obeïe. O mon Dieu que de joye, et que d’aise reçoit Ta Mere, quand du Ciel ça bas elle voit Si bien regir ton peuple, et garder l’heritage De sa noble Duché qui luy vint en partage, Laquelle a plus de joye et de plaisir reçeu De t’avoir en son ventre heureusement conçeu Que Thetis d’enfanter Achille Peleïde Ou Argie la Greque en concevant Tydide. Si tost qu’elle se veit voisine d’acoucher Et que ja la douleur son coeur venoit toucher, El’ vint à sainct-Germain, où la bonne Lucine Luy osta la douleur que lon sent en gezine: Adonq’ toy, Fils semblable à ton Père, nâquis, Et, sans armes naissant, un royaume conquis. Lors les Nymphes des bois, des taillis, et des prées, Des pleines, et des montz, et des foretz sacrées, Les Naiades de Sene, et le pere Germain, Te couchant au berceau te branloient dans leur main, Et disoient: Crois Enfant, Enfant pren’ acroissance, Pour l’ornement de nous et de toute la France, Jamais tant Jupiter sa Crete n’honora, Hercule jamais tant Thebes ne decora, Appollon sa Delos, comme toy par ta guerre Honoreras un jour cette Françoise terre. Ainsi, en te baisant, prophetisoient ces Dieux, Quand un Aigle volant bien haut dedans les cieux (Augure bon aux Roys) trois fois dessus ta teste Fist un grand bruit, suivy d’une gauche tempeste. Ceux ausquels Jupiter envoye ce bon heur Quand ilz naissent, seront grans roys, roys pleins d’honneur, Possesseurs de grandz biens, dont le Ciel aura cure Et n’auront point au monde une loüenge obscure. Artemis aux Veneurs, Mars preside aux Guerriers, Vulcan aux Marechaux, Neptune aux Mariniers, Les Poëtes Phebus et les Chantres fait naistre, » Mais du grand Jupiter les Roys tiennent leur estre. Aussi lon ne voit rien au monde si divin Que sont les grandz Seigneurs, ne qui tant soit voisin De Jupiter qu’un Roy, dont la main large et grande Aux Soudars, aux Chasseurs, et aux Chantres commande, Et bref à tout chacun: car sçauroit-on rien voir Au monde, qui ne soit plié sous le pouvoir De Roys, enfans du Ciel, qui leurs sceptres estandent De l’une à l’autre Mer, et apres DIEU commandent? Jupiter est leur Pere, et generalement Il fait des biens aux Roys, mais non egallement, Car les uns ne sont Roys que d’une petite Isle, Les autres d’un Desert, ou d’une pauvre Ville, Les autres ont leur regne en un païs trop froid, Glacé, souflé de vent, les autres sous l’endroit Du Cancre chaleureux, où nul vent ne soulage En Esté, tant soit peu, leur bazané visage: Mais le nostre a le sien dans un lieu temperé, Long, large, bien peuplé, de Villes remparé, De Chasteaux et de Forts, dont les murs, qui se donnent Au Ciel, de leur hauteur les estrangers estonnent. Ce grand DIEU bien souvent des Princes l’apareil Tranche au meilieu du fait, et leur rompt le conseil, Les uns font en un an, ou deux, leurs entreprises, Des autres à-neant les affaires sont mises, Et tout cela qu’ilz ont pensé songneusement, Par ne sçay quel Destin leur succede autrement: Mais les petits pensers venus en souvenance De nostre Roy sont faits aussi tost qu’ils les pense, Quant à ceux qui sont grandz, si les pense au matin, Pour le moins vers le soir il en aura la fin. Tant Jupiter l’estime, et tant il est prospere Aux courageux dessains que son coeur delibere. Mais quoy? ou je me trompe, pour le seur je croy Que Jupiter a fait partage avec mon Roy: Il n’a pour luy, sans plus, retenu que les Nües, Des Comettes, des Ventz, et des Gresles menües, Des Neiges, des frimatz, et des pluyes de l’air, Et je ne sçay quel bruit entourné d’un esclair, Et d’un boulet de feu, qu’on appelle Tonnerre, Mais pour soy nostre Prince a retenu la terre, Terre plaine de biens, de villes et de forts Et d’hommes à la guerre et aux Muses acortz. Si Jupiter se vante avoir sous sa puissance Plus de Dieux que tu n’as, il est de ce qu’il pense Trompé totallement: s’il se vante d’un Mars, Tu en as plus de cent qui meinent tes soudars, Messeigneurs de Vandosme, et messeigneurs de Guise, De Nemours, de Nevers, qui la guerre ont aprise Dessous ta Majesté: s’il se vante d’avoir Un Mercure pour faire en parlant son devoir, Nous en avons un autre, acort, prudent et sage Et trop plus que le sien facond en son langage: Soit qu’il parle Latin, parle Grec, ou François A tous ambassadeurs, sa mïelleuse voix Les rend tous esbahys, et par grande merveille Le coeur de ses beaux mots leur tire par l’oreille, Tant la douce Python ses levres arrosa De miel, quand jeune enfant sa bouche composa. C’est ce grand Demi-dieu, Cardinal de Lorraine, Qui bien aymé de toy en ta France rameine Les antiques vertus: mais par sus tous aussi Tu as ton Connestable, Anne Mommorency, Ton Mars, ton Porte-espée, aux armes redoutable, Et non moins qu’à la guerre au conseil profitable: De luy souventesfois esbahy je me suis Que son cerveau ne rompt, tant il est jours et nuitz Et par sens naturel, et par experience Pensant et repensant aux affaires de France. Car luy sans nul repos ne fait que travailler, Soit à combatre en guerre, ou soit à conseiller, Soit à faire responce aux pacquets qu’on t’envoye Bref, c’est ce vieux Nestor qui estoit devant Troye, Duquel tousjours la langue au logis conseilloit, Et la vaillante main dans les champs batailloit. N’as-tu pas comme luy sus ta mer un Neptune, L’Amiral Chastillon? l’autre l’eut par fortune, Cestui-cy par vertu, et pour avoir esté Fidelle serviteur de ta grand’ Majesté: Et non tant seulement cest Amiral commande Aux ondes de ta mer, mais aussi sur la bande De tes soudars François, aux soudars commandant D’une pique, et la mer regissant d’un trident. Et n’as-tu pas encor’ un autre Mars en France, Un Marechal d’Albon, dont l’heureuse vaillance A nul de tous les Dieux ceder ne voudroit pas, S’ilz se joignent ensemble au meillieu des combas? Et n’as-tu pas aussi (bien qu’elle soit absente De son païs natal) ta noble et sage tante Duchesse de Ferrare, en qui le Ciel a mis Le sçavoir de Pallas, les vertus de Themis? Et n’as-tu pas aussi une Minerve sage, Ta propre unique Soeur, instruite des jeune âge En tous artz vertueux, qui porte en son Escu (J’entens dedans son coeur des vices invaincu) Comme l’autre Pallas le chef de la Gorgonne, Qui transforme en rocher l’ignorante personne Qui s’ose approcher d’elle et veut loüer son nom? Et n’as-tu pas aussi, en lieu d’une Junon, La royne ton espouse en beaux enfans fertille? Ce que l’autre n’a pas, car elle est inutile Au lict de Jupiter, et sans plus n’a conçeu Qu’un Mars et qu’un Vulcan: l’un qui est tout bossu, Boiteux et dehanché: et l’autre tout colere, Qui veut le plus souvent faire guerre à son Pere: Mais ceux que ton espouse a conçeus à-foison De toy, pour l’ornement de ta noble maison, Sont beaux, droitz, et bien nez, et qui des jeune enfance Sont apris à te rendre une humble obeissance. S’il se vante d’avoir un Appollon ches luy, Tu en as plus de cent en ta Court aujourdhuy, Un Carle, un Sainct-Gelais, et tu m’oserois promettre De seconder leur reng, si tu m’y voulois mettre. Or’ que ce Jupiter se tienne donq là haut Avecques tous ses Dieux, car certes il ne faut Qu’on l’acompare à toy, qui nous monstres à veüe De quelle puissance est ta Majesté pourveüe. Nul Prince, tant fut grand, sous sa main ne tint onq Un royaume qui soit si large ny si long (Si ce n’est un Desert) que le royaume large De France, que tu tiens maintenant sous ta charge, Ny si reply de gentz, ny de felicités: Car, sans voguer ailleurs, toutes commodités Se produisent ches luy, blés, vins, foretz et prées: Aussi le trop de chaut n’offence tes contrées, Ny le trop de froideur, ny les vents ruineux, Ny le trac ecaillé des dragons venimeux, Ny rochers infertilz, ny sablons inutiles. Que diray plus de toy? de cinq ou six villes Tu n’es seullement Roy, mais mille et mille encor’ Avec un million pleines de gentz et d’or Te font obeissance, et t’advoüent pour Maistre: Sur lesquelles on voit ton Paris aparoistre, Comme un Pin eslevé sus les petis buissons, Où cent mille artizans en cent mille façons Exercent leurs mestiers: l’un aux lettres s’adonne, Et l’autre Conseiller tes sainctes loix ordonne, L’un est Peintre, Imager, Armeurier, Entailleur, Orfevre, Lapidere, Engraveur, Emailleur L’autre qui est Abel, imite d’artifice. Cela que DIEU bastit dans le grand edifice De ce monde admirable, et bref ce que DIEU fait Par mouvement semblable est par luy contrefait. Les autres nuit et jour fondent artillerie, Et grandz Cyclopes nudz font une baterie, A grandz coups de marteaux, et avec tel compas, D’ordre l’un apres l’autre au Ciel levent les bras, Puis en frapent si haut sur le metal qui sonne, Que l’Archenal prochain et le fleuve en resonne. Et bref, c’est presque un Dieu que le Roy des François: Tu es tant obey quelque part où tu sois Que des la mer Bretonne à la mer Provensalle, Et des monts Pyrenez aux portes de l’Italle, Bien que ton regne soit largement estandu, Si tu avois toussé tu serois entendu: Car tu n’es pas ainsi qu’un Roy Loys onziesme, Ou comme fut jadis le Roy CHARLES septiesme, Qui avoient des parents et des Freres mutins, Lesquelz en s’aliant d’autres Princes voisins, Ou d’un duc de Bourgogne, ou d’un duc de Bretaigne, Pour le moindre raport se mettoient en campagne Contre le Roy leur Frere, et faisoient contre luy Son peuple mutiner pour luy donner ennuy: Mais tu n’as ny parens, ny Frere qui s’alie Meintenant de Bourgogne, ou de la Normandie, Ou des Princes Bretons: tout est sujet à toy, Et la France aujourduy ne connoist qu’un seul Roy, Que toy Prince HENRY le monarque de France, Qui te courbant le chef te rend obeissance. Pour toy le jour se leve en ta France, et la Mer Fait pour toy tout autour ses vagues escumer, Pour toy la Terre est grosse, et tous les ans enfante, Pour toy des grandz Forestz la perruque naissante Tous les ans se refrise, et les Fleuves sinon Ne courent dans la Mer que pour bruire ton nom. Pourroit-on voir enclume, ou flamme ingenieuse, Ou forge en quelque part, qui ne fust curieuse De fondre du metal, et vivement graver Ton visage dedans, affin de t’eslever Comme un Dieu par le peuple? il n’y auroit ny rue, Ny place, où l’on ne vist ta royalle statue Pour la faire adorer du populaire bas. Si tu l’eusses voulu, mais tu ne le veux pas, Et laisses à bon droit au Roy qui se defie N’estre aymé, qu’un marteau son renom deifie, Et desprises l’orgueil de telle vanité D’autant que tu sçais bien que tu l’as merité. Car tu ne fus content seulement du royaume Par ton Pere laissé: avecques le heaume, Et la lance, et l’escu, tu as pris un grand soing, Comme Prince vaillant, d’en acquerir plus loing, Voire et de ragaigner les place que ton Pere Perdit davant sa mort sur l’Angloise frontiere. Car aussi tost que DIEU t’eut, de grace, ordonné D’estre en lieu de ton Pere en France couronné, Lors que chacun pensoit que tu courois la lance, Que tu faisois tournois, et masques pour la dance, Et qu’en ris et en jeux, et passetemps plaisans De lente oisiveté tu rouillois tes beaux ans: Au bout de quinze jours France fut esbaye, Que tu avois desja l’Angleterre envahye, Et sans en faire bruit, par merveilleux effortz, Tu avois ja conquis de Boulongne les forts, Et par armes contraint cette arrogance Angloise A te vendre Boulongne et la faire Françoise. Tu ne fus pas content de ce premier honneur, Mais suyvant ta fortune et ton premier bon heur, Deux ou trois ans apres tu mis en la campaigne Ton camp, pour afranchir les Princes d’Alemaigne: Adonq toy vestu, non des armes que feint Homere à son Achille, où tout le Ciel fut peint, Ains armé de bon coeur, de force, et de proüesse: Tu ne mis seulle aux champs la Françoise jeunesse, Mais Anglois, Escossois, Italiens et Grecz , Ayant ouy ton nom, voulurent voir de pres Le port de ta grandeur, et tous s’asubjetirent A tes loix, et pour toy les armeures vestirent, Où la crainte et l’honneur furent de toutes pars Si deument observés entre tant de soudars (Bien qu’ilz fussent divers, de façon et langage) Que mesmes l’ennemy ne sentit le pillage (Merveille), et pour ce coup l’espée et les harnois Par ton commandement obeirent aux loix. Tu pris Mets en passant, puis venu sus la rive Du Rhin, là t’apparut l’Alemaigne captive, Laquelle avoit d’ahan tout le dos recourbé, Ses yeux estoient cavez, son visage plombé, Son chef se herissoit à tresses depliées, Et de chesnes de fer ses mains estoient liées: Elle, un peu s’acoudant de travers sus le bort, Te fist cette requeste: O Prince heureux et fort, Si Nature et pitié aux Monarques commandent D’aider aux pauvres Roys qui secours leur demandent, Et si de droit il faut secourir ses parens Lors qu’on les voit tombez aux dangers apparens: Las! pren compassion de ma serve misere, Et Filz donne secours à moy qui suis ta Mere. Quand Francus ton ayeul de Troye fut chassé, Il vint en mon païs, puis ayant amassé Un camp de mes enfans alla veincre la France, Et des miens et de luy les tiens prindrent naissance. Ainsi dist l’Alemaigne, et à-peine n’eut pas Achevé, que ses fers luy tomberent en bas, Son dos redevint droit, et ses yeux et sa face Revestirent l’honneur de leur premiere grace, Et soudain de captive en liberté se vit, Tant un grand Roy de France au besoing luy servit! Ainsi qu’un bon enfant qui de sa mere a cure Et n’est point entaché d’une ingrate nature. En revenant du Rhin, tu pris à ton retour Yvoir et D’Anvillier et les villes d’entour, Rodemac, Mommedy, et mille que la foudre De ton artillerie egaloit à la poudre Par où ton camp passoit. Tu pris l’an ensuyvant Les chasteaux de Marie, et marchant plus avant Tu vins devant Renty, où la fiere Arrogance Des Espaignolz sentit quelles mains a la France: Là, d’une grand’ bataille ils furent moissonnez Comme foin sous la faux, ou comme espicz donnez Aux dens de la faucille, alors que la jeunesse Tond en Esté le poil de Ceres la déesse. Certes un temps viendra qu’aux champs de ce païs Les Laboureux de là seront tous esbahys De heurter de leur soc tant de salades vaines, Et de choquer les ôs de tant de Capitaines Assommés de ta main, et les portant ches eux Loüront, plus qu’aujourduy, tes faitz victorieux, Et diront estonnez: Quiconques fut le Prince, Qui de tant de tombeaux chargea nostre Province, Il fut heureux et fort, on le cognoist aux os De ces hommes tués, les tesmoings de son los. Presque en un mesme temps conduit de la Fortune (Qui s’est tousjours montrée à tes faitz oportune) Tu as borné plus loing ton Piedmont augmenté De Vulpian et Cazal, et plus outre planté Les fleurs de lys de France es villes d’Ethrurie, Reduites sous le joug de ta grand’ Seigneurie. Et si quelcun me dit que tes faitz ne sont rien Pres de ceux d’un Cesar, ou d’un Octovien, Qui gaignoist en un an ou l’Asie, ou l’Europe, Et que tu ne sçaurois avec toute ta trope, Et fusses tu dix ans à faire ton effort, Acquerir seullement qu’une Ville ou qu’un Fort, A celuy je respons, qu’il est plus difficile De gaigner maintenant une petite Ville Que jadis à Cesar un royaume acquerir: » Car maintenant chacun pour l’honneur veut mourir, Et ne veut point füir: et puis une muraille Aujourdhuy, tant soit foible, attend une bataille. Metz nous est pour exemple, et Lamirande aussi, Où l’Empereur avoit, picqué d’un grand soucy, Pour les prendre, conduit l’Espaigne et la Bourgongne: Mais au lieu de les prendre, il print une vergongne. Estant soul de la terre, apres tu fis armer La flotte de tes Naux, et l’envoyas ramer Dedans la mer Tyrrene, où elle print à force Maugré le Genevois la belle Isle de Corse, Pour mieux faire sçavoir aux estrangers lointains Combien un Roy de France a puissantes les mains. Bref, apres avoir fait à l’ennemy cognoistre Que par mer tu estois et par terre, son maistre, Forcé de ton Destin et de tes nobles faitz, Humble, te vint prier de luy donner la Paix, Ce que facillement luy acordas de faire. » Car souvent un vainqueur au vaincu veut complaire. Ja desja vous estiez presque d’accord tous deux, Quand je ne sçay comment DIEU luy silla les yeux, A fin de ne prevoir le sien futur dommage, Et que DIEU par tes mains le punist davantage . Or’ la Paix est rompue, et ne faut plus chercher Qu’à se meurdrir en guerre, et à se detrancher L’un l’autre par morceaux, la Pitié est bannye, Et en lieu d’elle regne Horreur, et Tyrannie: On oit de tous costé les armeures tonner, On n’oit pres de la Meuse autre chose sonner Que mailles et boucliers, et Mars, qui se pourmene S’egaye en son harnois dedans un char monté, De quatre grandz coursiers horriblement porté. La Fureur et la Peur leur conduisent la bride, Et la Fame emplumée, allant devant pour guide, Laisse avec un grand flot çà et là parmy l’air Sous le vent des chevaux son panage voler, Et Mars, qui de son char les espaules luy presse, D’un espieu Thracien contraint cette Deesse De cent langues semer des bruitz et vrais et faux, Pour effroyer l’Europe et la remplir de maux. Tu seras, mon grand Roy, le premier des gendarmes Contre les Bourguignons qui vestiras les armes Avecques ta Noblesse, et le premier seras Qui de ta lance à jour leurs bandes fauceras, Et bravement suivy de ton Infanterie Tu feras à tes piez une grand’ boucherie Des corps des ennemys l’un sur l’autre acablez, Plus menu qu’on ne voit (quand les cieux sont troublez Des ventz aux moys d’Hyver) tomber du Ciel de gresle Sur la mer, sur les champs, sur les bois pesle-mesle: La gresle sus la gresle à grandz monceaux se suit, Fait maint bond contre terre, et demeine un grand bruit. Apres que vaillamment tu auras sçeu defaire L’Empereur et ses gentz, lors tu auras affaire De mes Muses, ô Prince, et les voudras priser Mieux et plus que jamais, à fin d’eterniser Toy, et tes coups de masse, et tout ce que ta lance Aura parachevé d’une heureuse vaillance. Si par ta grand bonté tu m’invites ches toy, J’iray en ton Palais, menant avecques moy (Si homme les mena) Phebus et Calliope, Pour te celebrer Roy le plus grand de l’Europe: » Car avecque l’honneur le labeur est util, » Quand on cultive un champ qui est gras et fertil Un Roy, tant soit il grand en terre ou en proüesse, Meurt comme un laboureur sans gloire, s’il ne laisse Quelque renom de luy, et ce renom ne peut Venir apres la mort, si la Muse ne veut Le donner à celluy qui doucement l’invite, Et d’honneste faveur compense son merite. Non, je ne suis tout seul, non, tout seul je ne suis, Non, je ne le suis pas, qui par mes oeuvres puis Donner aux grandz Seigneurs une gloire eternelle: Autres le peuvent faire, un Bellay, un Jodelle, Un Baïf, Pelletier, un Belleau, et Tiard, Qui des neuf Soeurs en don ont reçeu le bel art De faire par les vers les grandz Seigneurs revivre, Mieux que leurs bastimens, ou leurs fontes de cuivre Mais quoy? Prince, on dira que je suis demandeur, Il vaut mieux achever l’Hymne de ta grandeur: Car, peut estre, il t’ennuye oyant chose si basse, Puis ma lyre s’enroue, et mon pouce se lasse. Or’ puis que noz deux Roys les plus grandz des humains N’ont voulu recevoir la Paix entre leurs mains, Que DIEU leur envoyoit, comme sa Fille esleüe, A fin que tous les ans le soc de la charrüe Eust cultivé les champs, et que par les preaux Les troupeaux engressés eussent mille saux Resjouy le pasteur en venant à l’estable, Et à fin que l’eraigne, artizane admirable, Suspendant son ouvrage, eust ourdy de ses piedz A-lentour des harnois ses filletz desliez, Bref, à fin que chacun eust fait son oeuvre en joye, Il vaut mieux prier DIEU qu’aux François il envoye Contre nos ennemys Victoire: à celle fin Que d’un mauvais effet vienne une bonne fin, Et que tant de combats tournent à nostre gloire. Escoute donq ma voix, ô déesse Victoire, Qui guaris des soudars les plaies, et qui tiens En ta garde les Roys, les villes et leurs biens: Qui portes une robe emprainte de trophées, Qui as de ton beau chef les tresses estophées De palme et de laurier, et qui montres sans peur Aux hommes, comme il faut endurer le labeur: Soit que tu sois au Ciel voisine à la Couronne, Soit que ta Majesté gravement environne Le trosne à Jupiter ou l’armet de Pallas, Ou la bouclier de Mars: vien Deesse icy bas Favoriser Henry, et d’un bon oeil regarde La France pour jamais, et la pren sous ta garde. Source: http://www.poesies.net