Poésies III Par Robert Desnos. (1900-1945) TABLE DES MATIERES LANGAGE CUIT. (1923) Vent Nocturne. Langage Cuit I Langage cuit II. À Présent. Idéal Maîtresse. Chanson De Chasse. Élégant Cantique De Salomé Salomon. Le Bonbon. Au Mocassin Le Verbe. Coeur En Bouche. L’Asile Ami. Un Jour Qu’Il Faisait Nuit. Isabelle Et Marie. La Colombe De L’Arche. C’était Un Bon Copain. SENS (1926) Destinée Arbitraire. Porte Du Second Infini. L’Air Homicide. Faire Part. Que Voulez-Vous Que Je Vous Dise? Mais Je Ne Fus Pas Compris. Corde. Tes Amants Et Maîtresses. Jack L’Égareur. Les Gorges Froides. Rencontres. Les Grands Jours Du Poète. FORTUNES. (1934) Apparition Les Quatre Sans Cou. Mi-Route. La Furtive. Fête-Diable. Le Boeuf Et La Rose. Comme. Camarades. Aux Sans Cou. Ma Gosse. Coucou. Baignade. ÉTAT DE VEILLE. (1943) Histoire D’Un Chameau. Histoire D’Une Ourse. Histoire d’Un Taureau. Histoire D’Une Abeille. Terre. Suicidés. Rêves. Alors La Trompette. À Cinq Heures. Aujourd’Hui Je Me Suis Promené... Couplet Des Portes Saint-Martin Et Saint-Denis. Couplet De La Rue Saint-Martin. Couplet De La Rue De Bagnolet. Couplet Du Trottoir D’Eté. Couplet du verre de vin. Couplet Du Boucher. Fantôme. Au temps Des Donjons. Saisons. Demain. LANGAGE CUIT. (1923) Vent Nocturne. Sur la mer maritime se perdent les perdus Les morts meurent en chassant des chasseurs dansent en rond une ronde Dieux divins! Hommes humains! De mes doigts digitaux je déchire une cervelle cérébrale. Quelle angoissante angoisse Mais les maîtresses maîtrisées ont des cheveux chevelus Cieux célestes terre terrestre Mais où est la terre céleste? Langage Cuit I Ce vieillard encore violet ou orangé ou rose porte un pantalon en trompe d’éléphant. Mon amour jette-moi ce regard chaud où se lisent de blancs desseins! Portrait au rallongé de nos âmes Parlerons-nous à coeur fermé et ce coeur sur le pied? Où jouerons-nous toute la nuit à la main froide? Langage Cuit II d’une voix noire d’une voix maigre m’a séduite dans la nuit mince dans le jour des temps. Se vêtir d’un crêpe de chevelure la muse aux seins mourants. Et la voix ronde dit que la voie est esclave. Quelle lumière cuite ce jour-là! À Présent. J’aimai avec passion ces longues fleurs qui éclatai-je à mon entrée. Chaque lampe se transfigurai-je en oeil crevé d’où coulai-je des vins plus précieux que la nacre et les soupirs des femmes assassinées. Avec frénésie, avec frénésie nos passions naquis-je et le fleuve Amazone lui-même ne bondis-je pas mieux. Écouté-je moi bien! Du coffret jaillis-je des océans et non des vins et le ciel s’entr’ouvris-je quand il parus-je. Le nom du seigneur n’eus-je rien à faire ici. Les belles mourus-je d’amour et les glands, tous les glands tombai-je dans les ruisseaux. La grande cathédrale se dressai-je jusqu’au bel oeil. L’oeil de ma bien- aimée. Il connus-je des couloirs de chair. Quant aux murs ils se liquéfiai-je et le dernier coup de tonnerre fis-je disparaître de la terre tous les tombeaux. Idéal Maîtresse. Je m’étais attardé ce matin-là à brosser les dents d’un joli animal que, patiemment, j’apprivoise. C’est un caméléon. Cette aimable bête fuma, comme à l’ordinaire, quelques cigarettes, puis je partis. Dans l’escalier je la rencontrai. « Je mauve », me dit-elle et tandis que moi- même je cristal à pleine ciel-je à son regard qui fleuve vers moi. Or, il serrure et, maîtresse! Tu pitchpin qu’a joli vase je me chaise si les chemins tombeaux. L’escalier, toujours l’escalier qui bibliothèque et la foule au bas plus abîme que le soleil ne cloche. Remontons! mais en vain, les souvenirs se sardine! à peine, à peine un bouton tirelire-t-il. Tombez, tombez! En voici le verdict: « La danseuse sera fusillée à l’aube avec ses bijoux immolés au feu de son corps. Le sang des bijoux, soldats! » Eh quoi, déjà je miroir. Maîtresse tu carré noir et si les nuages de tout à l’heure myosotis, ils moulins dans la toujours présente éternité. Chanson De Chasse. La chasseresse sans chance de son sein choie son sang sur ses chasselas chasuble sur ce chaud si chaud sol chat sauvage chat chat sauvage qui vaut sage chat sage ou sage sauvage laissez sécher les chasses léchées chasse ces chars sans chevaux et cette échine sans châle si sûre chasseresse son sort qu’un chancre sigille chose sans chagrin chanson sans chair chanson chiche. Élégant Cantique De Salomé Salomon. Mon mal meurt mais mes mains miment Noeuds, nerfs non anneaux. Nul nord Même amour mol? mames, mord Nus nénés nonne ni Nine. Où est Ninive sur la mammemonde? Ma mer, m’amis, me murmure: « nos nils noient nos nuits nées neiges » Meurt momie! môme: âme au mur. Néant nié nom ni nerf n’ai-je! Aime haine Et n’aime haine aime aimai ne M N N M N M M N Le Bonbon. Je je suis suis le le roi roi des montagnes j’ai de de beaux bobos beaux beaux yeux yeux il fait une chaleur chaleur j’ai nez j’ai doigt doigt doigt doigt à à chaque main main j’ai dent dent dent dent dent dent dent dent dent dent dent dent dent dent dent dent dent dent dent dent dent dent dent dent dent dent dent dent dent dent dent dent Tu tu me me fais fais souffrir mais peu m’importe m’importe la la porte porte Au Mocassin Le Verbe. Tu me suicides, si docilement Je te mourrai pourtant un jour. Je connaîtrons cette femme idéale et lentement je neigerai sur sa bouche Et je pleuvrai sans doute même si je fais tard, même si je fais beau temps Nous aimez si peu nos yeux et s’écroulerai cette larme sans raison bien entendu et sans tristesse. Sans. Coeur En Bouche. Son manteau traînait comme un soleil couchant et les perles de son collier étaient belles comme des dents. Une neige de seins qu’entourait la maison et dans l’âtre un feu de baisers. Et les diamants de ses bagues étaient plus brillants que des yeux. « Nocturne visiteuse Dieu croit en moi! -Je vous salue gracieuse de plénitude les entrailles de votre fruit sont bénies. Dehors se courbent les roseaux fines tailles. Les chats grincent mieux que les girouettes. Demain à la première heure, respirer des roses aux doigts d’aurore et la nue éclatante transformera en astre le duvet. » Dans la nuit ce fut l’injure des rails aux indifférentes locomotives près des jardins où les roses oubliées sont des amourettes déracinées. « Nocturne visiteuse un jour je me coucherai dans un linceul comme dans une mer. Tes regards sont des rayons d’étoile, les rubans de ta robe des routes vers l’infini. Viens dans un ballon léger semblable à un coeur malgré l’aimant, arc de triomphe quant à la forme. Les giroflées du parterre deviennent les mains les plus belles d’Haarlem. Les siècles de notre vie durent à peine des secondes. À peine les secondes durent-elles quelques amours. À chaque tournant il y a un angle droit qui ressemble à un vieillard. Le loup à pas de nuit s’introduit dans ma couche. Visiteuse! Visiteuse! tes boucliers sont des seins! Dans l’atelier se dressent aussi sournoises que des langues les vipères. Et les étaux de fer comme les giroflées sont devenus des mains. Avec les fronts de qui lapiderez-vous les cailloux? quel lion te suit plus grondant qu’un orage? Voici venir les cauchemars des fantômes. » Et le couvercle du palais se ferma aussi bruyamment que les portes du cercueil. On me cloua avec des clous aussi maigres que des morts dans une mort de silence. Maintenant vous ne prêterez plus d’attention aux oiseaux de la chansonnette. L’éponge dont je me lave n’est qu’un cerveau ruisselant et des poignards me pénètrent avec l’acuité de vos regards. L’Asile Ami. Là! L’Asie. Sol miré, phare d’haut, phalle ami docile à la femme, il l’adore, et dos ci dos là mille a mis! Phare effaré la femme y résolut d’odorer la cire et la fade eau. L’art est facile à dorer: fard raide aux mimis, domicile à lazzi. Dodo l’amie outrée! Un jour qu’il faisait nuit dans Langage cuit, 1923 Un jour qu’il faisait nuit Il s’envola au fond de la rivière. Les pierres en bois d’ébène, les fils de fer en or et la croix sans branche. Tout rien. Je la hais d’amour comme tout un chacun. Le mort respirait de grandes bouffées de vide. Le compas traçait des carrés et des triangles à cinq côtés. Après cela il descendit au grenier. Les étoiles de midi resplendissaient. Le chasseur revenait carnassière pleine de poissons Sur la rive au milieu de la Seine. Un ver de terre, marque le centre du cercle sur la circonférence. En silence mes yeux prononcèrent un bruyant discours. Alors nous avancions dans une allée déserte où se pressait la foule. Quand la marche nous eut bien reposé nous eûmes le courage de nous asseoir puis au réveil nos yeux se fermèrent et l’aube versa sur nous les réservoirs de la nuit. La pluie nous sécha. Isabelle Et Marie. (31 mai 1923) Isabelle rencontra Marie au bas de l’escalier: « Tu n’es qu’une chevelure! lui dit-elle. -et toi une main. -main toi-même, omoplate! -omoplate? c’est trop fort, espèce de sein! -Langue! dent! pubis! -oeil! -cils! aisselle! rein! -gorge!... oreille! -Oreille? moi? regarde-toi, narine! -non mais, vieille gencive! -doigt! -con! » La Colombe De L’Arche. (14 novembre 1923) Maudit! soit le père de l’épouse du forgeron qui forgea le fer de la cognée avec laquelle le bûcheron abattit le chêne dans lequel on sculpta le lit où fut engendré l’arrière-grand-père de l’homme qui conduisit la voiture dans laquelle ta mère rencontra ton père. C’Etait Un Bon Copain. Il avait le coeur sur la main Et la cervelle dans la lune C’était un bon copain Il avait l’estomac dans les talons Et les yeux dans nos yeux C’était un triste copain. Il avait la tête à l’envers Et le feu là où vous pensez. Mais non quoi il avait le feu au derrière. C’était un drôle de copain Quand il prenait ses jambes à son cou Il mettait son nez partout C’était un charmant copain Il avait une dent contre Étienne À la tienne Étienne à la tienne mon vieux. C’était un amour de copain Il n’avait pas sa langue dans la poche Ni la main dans la poche du voisin. Il ne pleurait jamais dans mon gilet C’était un copain, C’était un bon copain. SENS (1926) Destinée Arbitraire. À Georges Malkine. Voici venir le temps des croisades. Par la fenêtre fermée les oiseaux s’obstinent à parler comme les poissons d’aquarium. À la devanture boutique une jolie femme sourit. Bonheur tu n’es que cire à cacheter et je passe tel un feu follet. Un grand nombre de gardiens poursuivent un inoffensif papillon échappé de l’asile Il devient sous mes mains pantalon de dentelle et ta chair d’aigle ô mon rêve quand je vous caresse! Demain on enterrera gratuitement on ne s’enrhumera plus on parlera le langage des fleurs on s’éclairera de lumières inconnues à ce jour. Mais aujourd’hui c’est aujourd’hui Je sens que mon commencement est proche pareil aux blés de juin. Gendarmes passez-moi les menottes. Les statues se détournent sans obéir. Sous leur socle j’inscrirai des injures et le nom de mon pire ennemi. Là-bas dans l'océan Entre deux eaux Un beau corps de femme Fait reculer les requins Ils montent à la surface se mirer dans l’air et n’osent pas mordre aux seins aux seins délicieux. Porte Du Second Infini. À Antonin Artaud. L’encrier périscope me guette au tournant mon porte-plume rentre dans sa coquille La feuille de papier déploie ses grandes ailes blanches Avant peu ses deux serres m’arracheront les yeux Je verrai que du feu mon corps feu mon corps! Vous eûtes l’occasion de le voir en grand appareil le jour de tous les ridicules Les femmes mirent leurs bijoux dans leur bouche comme Démosthène Mais je suis inventeur d’un téléphone de verre de Bohême et de tabac anglais en relation directe avec la peur! L’Air Homicide. À Charles Duhamel. Le pylône met du noir à ses yeux L’Olympe et le paradis et les forêts C’est comme les vieilles ampoules électriques On suce maintenant la poésie au téton pointu de ces seins homicides et lumineux L’orage est une marque d’automobiles pour les amants invisibles de la lumière Les canons de fusil comme autant de bouches de héros coupent leur langue et la jettent aux coeurs insolents L’amour comme un poisson nage dans le vitriol La magnéto centrale la magnéto centrale eh bien la magnéto centrale quoi quoi le rossignol! celui du Japon! La terre la mer et ton sein tremblent et les armées comme une avalanche Je vous dis qu’elles auront ma tête ô mort bel alpiniste dans l’armure du prince blanc! Faire Part. Sur le pont du navire la couturière fait le point couturière taille-moi un grand paon de mercure je fais ce soir ma dernière communion La dernière hirondelle fait l’automne D’entre les becs de gaz blêmes Se lève une figure sans signification. Statues de verre flacon simulacre de l’amour Vient la fameuse dame Facteur de soustraction avec une lettre pour moi Mon cher Desnos Mon cher Desnos Je vous donne rendez-vous dans quelques jours On vous préviendra Vous mettrez votre habit d’outre monde Et tout le monde sera bien content. Que Voulez-Vous Que Je Vous Dise? À Théodore Fraenkel. C’est la pure vérité Comme un manchon Ma belle dame mettez vos deux mains dans le bec de gaz nous y verrons plus clair Vous êtes perdue si vous ne m’égratignez pas un peu pour voir plus clair Un bateau s’arrête et fait son testament Les champs de blé réclament longuement la coiffure à la frégate. Le mystérieux concierge enfonce avec précaution sa clef dans ton oeil après vingt ans on est prié de dire son nom mais la postérité n’exige pas de carte d’identité à vos souhaits Les miens sont simples me donne à boire durant toute la mort qu’on me fiche la guerre. Mais Je Ne Fus Pas Compris. À André De La Rivière. Dans quelle corolle as-tu caché tes pouces Amour muselière et menottes tu m’empêches de compter les jours mais les nuits il n’en est pas une que tu ne tigres un raz de marée lave les maisons elles sont bleues maintenant Crête des montagnes où se coupe le souvenir Il tombe flasque de chaque côté en éclaboussant mes yeux d’orange Le nom de Dieu est une plaque de cuivre bien astiquée à la porte du ciel. Mais essuyez vos mains avant de prier. Corde. À Décaris. Si j’aime les trains c’est sans doute parce qu’ils vont plus vite que les enterrements dernier tango tu n’es qu’une sonnerie de clairon au fond d’un corridor J’enfile lentement des serrures dans mes doigts Le crime dessine une parabole et retombe lourdement sur ses pieds Vous et cet autre vous et cet autre, vous ne fuirez pas Les fleuves suspendus oscillent au gré des changements de lune La prodigieuse marée commence enfin il vient des amants de partout il en vient de colibri il en vient de rose La liberté belle noyée d’aluminium blanche et touchante surnage sur les flots Tout à l’heure elle s’envolera et nous ne la reconnaîtrons plus Au secours! Je vais être noyé! Tes Amants Et Maîtresses. À Janine On n’inscrit pas d’initiales à la craie dans la forêt blanche de l’amour. Un éternel faucheur efface les tableaux noirs des calculateurs ville de gélatine complaisante aux araignées tu trembles à ma voix La fumée tient une grande place dans ma vie. Et quelque tigre féroce a décalqué sur ma poitrine le reflet de ses yeux jaunes. Une enceinte de tabac et d’iris Voilà la forteresse du tribunal de la rivière où voltigent cent poissons. Jack l’Égareur. À Denise Dans les trémies du ciel un archange nage, comme il sied, vers une usine. Faux-monnayeurs que faites-vous de mes ongles? J’ai lu dans le journal un roman dont j’étais le héros toujours à l’aise quand il fait pluie. Mon coeur bat l’extinction des feux, Mes yeux sont la nuit. Je veille mes lendemains avec anxiété. Au bout d’un an et deux jours... alors il se fit une journée de pluie et les sept phares merveilleux du monde... Escadres souterraines ne vous approchez pas de mon tombeau: Je suis employé à déclouer les vieux cercueils pour répartir équitablement les ossements entre les anciennes sépultures et les neuves. Quelle profession? Profession de foi tu ne figures pas au Bottin. Les photographes rougiraient si vous les regardiez en pleurant. Je suis un mort de fraîche date. Si vous rencontrez un corbillard déchaussez-vous, Cela fera du bien au mort. Il se lèvera, il se sortira, il chantera, il chantera la chanson des quadrilles et dans le futur on verra les nouveau-nés arriver au monde escortés de squelettes. Ce ne seront partout que grossesses de géantes, Il sera de bon ton chez les élégantes de faire monter en bague les larmes solides des morts à l’occasion des naissances. Amour haut parleur, sirène à corps d’oiseau, je vous quitte. Je vais goûter le silence cette belle algue où dorment les requins. Les Gorges Froides. À Simone. À la poste d’hier tu télégraphieras que nous sommes bien morts avec les hirondelles. Facteur triste facteur un cercueil sous ton bras va-t’en porter ma lettre aux fleurs à tire d’elle. La boussole est en os mon coeur tu t’y fieras. Quelque tibia marque le pôle et les marelles pour amputés ont un sinistre aspect d’opéras. Que pour mon épitaphe un dieu taille ses grêles! C’est ce soir que je meurs, ma chère Tombe-Issoire, Ton regard le plus beau ne fut qu’un accessoire de la machinerie étrange du bonjour. Adieu! Je vous aimai sans scrupule et sans ruse, ma Folie-Méricourt, ma silencieuse intruse. Boussole à flèche torse annonce le retour. Rencontres. À Jacques Baron. Passez votre chemin! Le soir lève son bâton blanc devant les piétons. Cornes des boeufs les soirs d’abondance vous semez l’épouvante sur le boulevard Passez votre chemin! c’est la volute lumineuse et contournée de l’heure Lutte pour la mort. L’arbitre compte jusqu’à 70. Le mathématicien se réveille et dit « j’ai eu bien chaud! » Les enfants surnaturels s’habillent comme vous et moi. Minuit ajoute une perle de fraise au collier de Madeleine et puis on ferme à deux battants les portes de la gare. Madeleine, Madeleine ne me regarde pas ainsi un paon sort de chacun de tes yeux. La cendre de la vie sèche mon poème. Sur la place déserte l’invisible folie imprime son pied dans le sable humide. Le second boxeur se réveille et dit « j’ai eu bien froid » Midi l’heure de l’amour torture délicatement nos oreilles malades. Un docteur très savant coud les mains de la prieuse en assurant qu’elle va dormir. Un cuisinier très habile mélange des poisons dans mon assiette en assurant que je vais rire. Je vais bien rire en effet. Le soleil pointu les cheveux s’appellent romance dans la langue que je parle avec Madeleine. Un dictionnaire donne la signification des noms propres: Louis veut dire coup de dés André veut dire récif Paul veut dire etc. Mais votre nom est sale: Passez votre chemin! Les Grands Jours Du Poète. Les disciples de la lumière n’ont jamais inventé que des ténèbres peu opaques. La rivière roule un petit corps de femme et cela signifie que la fin est proche. La veuve en habits de noces se trompe de convoi. Nous arriverons tous en retard à notre tombeau. Un navire de chair s’enlise sur une petite plage. Le timonier invite les passagers à se taire. Les flots attendent impatiemment Plus Près de Toi ô mon Dieu! Le timonier invite les flots à parler. Ils parlent. La nuit cachette ses bouteilles avec des étoiles et fait fortune dans l’exportation. De grands comptoirs se construisent pour vendre des rossignols. Mais ils ne peuvent satisfaire les désirs de la Reine de Sibérie qui veut un rossignol blanc. Un commodore anglais jure qu’on ne le prendra plus à cueillir la sauge la nuit entre les pieds des statues de sel. À ce propos une petite salière Cérébos se dresse avec difficulté sur ses jambes fines. Elle verse dans mon assiette ce qu’il me reste à vivre. De quoi saler l’Océan Pacifique. Vous mettrez sur ma tombe une bouée de sauvetage. Parce qu’on ne sait jamais. FORTUNES. (1934) Apparition. Né de la boue, jailli au ciel, plus flottant qu’un nuage, plus dur que le marbre, Né de la joie, jailli du sommeil, plus flottant qu’une épave, plus dur qu’un coeur, Né de son coeur, jailli du ciel, plus flottant que le sommeil, plus dur que le ciel, Né, jailli, flottant plus dur et plus ciel, et plus coeur et plus marbre, Et plus de sommeil et plus de nuage et plus d’épave, et tant et plus, Mais du sommeil flottant au coeur des marbres dispersés comme des épaves, Au long du ciel d’un pauvre paysage jaillissant et flottant comme un coeur... Et saignant, oh saignant, saignant tellement Que tant de marbres, abandonnés, alignés, dressés comme jaillis, Finiront bien par flotter comme des épaves. Mais il ne s’agit plus de flotter, ni de jaillir, ni de durcir, Mais, de toute boue, Faire un ciment, un marbre, un ciel, un nuage et une joie et une épave Et un coeur, cela va de soi, et tout ce qui est dit plus haut Et un sommeil, un beau sommeil, un bon sommeil, Un bon sommeil de boue Né du café et de la nuit et du charbon et de l’encre et du crêpe des veuves Et de cent millions de nègres Et de l’étreinte de deux nègres dans une ombre de sapins Et de l’ébène et des multitudes de corbeaux sur les carnages... Tel qu’enfin s’épanouisse, recouvrant l’univers, Un bouquet, un immense bouquet de roses rouges. Les Quatre Sans Cou. Ils étaient quatre qui n’avaient plus de tête, Quatre à qui l’on avait coupé le cou, On les appelait les quatre sans cou. Quand ils buvaient un verre, Au café de la place ou du boulevard, Les garçons n’oubliaient pas d’apporter des entonnoirs. Quand ils mangeaient, c’était sanglant, Et tous quatre chantant et sanglotant, Quand ils aimaient, c’était du sang. Quand ils couraient, c’était du vent, Quand ils pleuraient, c’était vivant, Quand ils dormaient, c’était sans regret. Quand ils travaillaient, c’était méchant, Quand ils rodaient, c’était effrayant, Quand ils jouaient, c’était différent, Quand ils jouaient, c’était comme tout le monde, Comme vous et moi, vous et nous et tous les autres, Quand ils jouaient, c’était étonnant. Mais quand ils parlaient, c’était d’amour. Ils auraient pour un baiser Donné ce qui leur restait de sang. Leurs mains avaient des lignes sans nombre Qui se perdraient parmi les ombres Comme des rails dans la forêt. Quand ils s’asseyaient, c’était plus majestueux que des rois Et les idoles se cachaient derrière leur croix Quand devant elles ils passaient droits. On leur avait rapporté leur tête Plus de vingt fois, plus de cent fois, Les ayant retrouves à la chasse ou dans les fêtes, Mais jamais ils ne voulurent reprendre Ces têtes où brillaient leurs yeux, Où les souvenirs dormaient dans leur cervelle. Cela ne faisait peut-être pas l’affaire Des chapeliers et des dentistes. La gaîté des uns rend les autres tristes. Les quatre sans cou vivent encore, c’est certain, J’en connais au moins un Et peut-être aussi les trois autres, Le premier, c’est Anatole, Le second, c’est Croquignole, Le troisième, c’est Barbemolle, Le quatrième, c’est encore Anatole. Je les vois de moins en moins, Car c’est déprimant, à la fin, La fréquentation des gens trop malins. Mi-Route. Il y a un moment précis dans le temps Où l’homme atteint le milieu exact de sa vie, Un fragment de seconde, Une fugitive parcelle de temps plus rapide qu’un regard, Plus rapide que le sommet des pâmoisons amoureuses, Plus rapide que la lumière. Et l’homme est sensible à ce moment. De longues avenues entre des frondaisons S’allongent vers la tour où sommeille une dame Dont la beauté résiste aux baisers, aux saisons, Comme une étoile au vent, comme un rocher aux lames. Un bateau frémissant s’enfonce et gueule. Au sommet d’un arbre claque un drapeau. Une femme bien peignée, mais dont les bas tombent sur les souliers Apparaît au coin d’une rue, Exaltée, frémissante, Protegeant de sa main une lampe surannée qui fume. Et encore un débardeur ivre chante au coin d’un pont, Et encore une amante mord les lèvres de son amant, Et encore un pétale de rose tombe sur un lit vide, Et encore trois pendules sonnent la même heure À quelques minutes d’intervalle, Et encore un homme qui passe dans une rue se retourne Parce-que l’on a crié son prénom, Mais ce n’est pas lui que cette femme appelle, Et encore un ministre en grande tenue, Désagréablement gêné par le pan de sa chemise coincé entre son pantalon et son caleçon, Inaugure un orphelinat, Et encore d’un camion lancé à toute vitesse Dans les rues vides de la nuit Tombe une tomate merveilleuse qui roule dans le ruisseau Et qui sera balayée plus tard, Et encore un incendie s’allume au sixième étage d’une maison Qui flambe au coeur de la ville silencieuse et indifférente, Et encore un homme entend une chanson Oubliée depuis longtemps, et l’oubliera de nouveau, Et encore maintes choses, Maintes autres choses que l’homme voit à l’instant précis du milieu de sa vie, Maintes autres choses se déroulent longuement dans le plus court des courts instants de la terre. Il pressent le mystère de cette seconde, de ce fragment de seconde, Mais il dit « Chassons ces idées noires », Et il chasse ces idées noires. Et que pourrait-il dire, Et que pourrait-il faire De mieux? La Furtive. La furtive s’assoit dans les hautes herbes pour se reposer d’une course épuisante à travers une campagne déserte. Poursuivie, traquée, espionnée, dénoncée, vendue. Hors de toute loi, hors de toute atteinte. À la même heure s’abattent les cartes Et un homme dit à un autre homme: « À demain. » Demain, il sera mort ou parti loin de là. À l’heure où tremblent les rideaux blancs sur la nuit profonde, Où le lit bouleversé des montagnes béant vers son hôtesse disparue Attend quelque géante d’au-delà de l’horizon, S’assoit la furtive, s’endort la furtive. Ne faites pas de bruit, laissez reposer la furtive Dans un coin de cette page. Craignez qu’elle ne s’éveille, Plus affolée qu’un oiseau se heurtant aux meubles et aux murs. Craignez qu’elle ne meure chez vous, Craignez qu’elle s’en aille, toutes vitres brisées, Craignez qu’elle ne se cache dans un angle obscur, Craignez de réveiller la furtive endormie. Fête-Diable. La dernière goutte de vin s’allume au fond du verre Où vient d’apparaître un château. Les arbres noueux du bord de la route s’inclinent vers le voyageur. Il vient du village proche, Il vient de la ville lointaine, Il ne fait que passer au pied des clochers. Il aperçoit à la fenêtre une étoile rouge qui bouge, Qui descend, qui se promène en vacillant Sur la route blanche, dans la campagne noire. Elle se dirige vers le voyageur qui la regarde venir. Un instant elle brille dans chacun de ses yeux, Elle se fixe sur son front. Étonné de cette lueur glaciale qui l’illumine, Il essuie son front. Une goutte de vin perle à son doigt. Maintenant l'homme s’éloigne et s’amoindrit Dans la nuit. Il est passé près de cette source où vous venez au matin cueillir le cresson frais, Il est passé près de la maison abandonnée. C’est l’homme à la goutte de vin sur le front. Il danse à l’heure actuelle dans une salle immense, Une salle brillamment éclairée, Resplendissante de son parquet ciré Profond comme un miroir. Il est seul avec sa danseuse Dans cette salle immense, et il danse Au son d’un orchestre de verre pilé. Et les créatures de la nuit Contemplent ce couple solitaire et qui danse Et la plus belle d’entre les créatures de la nuit Essuie machinalement une goutte de vin à son front, La remet dans un verre, Et le dormeur s’éveille, Voit la goutte briller de cent mille rubis dans le verre Qui était vide lorsqu’il s'endormit. La contemple. L’univers oscille durant une seconde de silence Et le sommeil reprend ses droits, Et l'univers reprend son cours Par les milliers de routes blanches tracées par le monde À travers les campagnes ténébreuses. Le Boeuf Et La Rose. De connivence avec le salpêtre et les montagnes, le boeuf noir à l’oeil clos par une rose entreprend la conquête de la vallée, de la forêt et de la lande. Là où les fleurs de pissenlit s’étoilent gauchement dans le firmament vert d’une herbe rare, Là où resplendissent les bouses grasses et éclatantes, les soleils de mauvaise grâce et les genêts précieux, Là où les blés sont mûrs, là où l’argile taillée en branches et fendillée offre des ravines aux ébats des scarabées, Là où le scorpion jaune aime et meurt de son amour et s’allonge tout raide, Là où le sable en poudre d’or aveugle le chemineau. D’un pas lourd, balançant sa tête géante sur une encolure fourrée, et de sa queue battant à intervalles égaux sa croupe charnue, Le boeuf noir comme l’encre surgit, passe et disparaît. Il écrase et paraphe de sa tache le paysage éclatant Et ses cornes attendent qu’il choisisse la bonne orientation Pour porter un soleil à sa mort dans leur orbite ouverte sur le vide, Mettant plus d’un reflet sur ses poils luisants et projetant, tache issue d’une tache, Son ombre fabuleuse sur la terre avide d’une pluie prochaine Et du vol incertain des papillons, Ou peut-être une rose éclatante issue de la seule atmosphère et grandissant entre les branches de leur croissant comme un fantôme de fleur. Comme. Come, dit l’Anglais à l’Anglais, et l’Anglais vient. Côme, dit le chef de gare, et le voyageur qui vient dans cette ville descend du train sa valise à la main. Come, dit l’autre, et il mange. Comme, je dis comme et tout se métamorphose, le marbre en eau, le ciel en orange, le vin en plaine, le fil en six, le coeur en peine, la peur en seine. Mais si l’Anglais dit as, c’est à son tour de voir le monde changer de forme à sa convenance Et moi je ne vois plus qu’un signe unique sur une carte L’as de coeur si c’est en février, L’as de carreau et l’as de trèfle, misère en Flandre, L’as de pique aux mains des aventuriers. Et si cela me plaît à moi de vous dire machin, Pot à eau, mousseline et potiron. Que l’Anglais dise machin, Que machin dise le chef de gare, Machin. dise l’autre, Et moi aussi. Machin. Et même machin chose. Il est vrai que vous vous en foutez Que vous ne comprenez pas la raison de ce poème. Moi non plus d’ailleurs. Poème, je vous demande un peu? Poème? je vous demande un peu de confiture, Encore un peu de gigot, Encore un petit verre de vin Pour nous mettre en train... Poème, je ne vous demande pas l’heure qu’il est. Poème, je ne vous demande pas si votre beau-père est poilu comme un sapeur. Poème, je vous demande un peu...? Poème, je ne vous demande pas l’aumône, Je vous la fais. Poème, je ne vous demande pas l’heure qu’il est, Je vous la donne. Poème, je ne vous demande pas si vous allez bien, Cela se devine. Poème, poème, je vous demande un peu... Je vous demande un peu d’or pour être heureux avec celle que j’aime. Camarades. Papier, plie-toi, sois la rose et l’arc-en-ciel, Sois la soie, sois là ce soir, Sois lasse. Une faux oubliée au flanc d’un cadavre ouvre lentement les yeux. Se dandine un instant, secoue ses falbalas d’un autre âge et se mire au miroir de son corps, S’indigne, s’encolère, se monte le bourrichon, se déchaîne. Le mort lui donne une pomme de terre, une petite pomme de terre, Fauche la pomme de terre, Fauche la rose et l’arc-en-ciel et la soie et le soir, Puis reprend sa place au flanc du cadavre. Déroulant un écheveau sali par les temps et la poussière et l’eau qui suinte des vieilles murailles, Le ciel se dissimule derrière les forêts où maintes femmes se devinent et se révèlent et se questionnent, Dans l’ombre grasse des troncs d’arbres. Personne ne sortira de la petite maison bariolée au haut de la colline, En dépit d’une foule surgissant au détour de la route, drapeaux rouges claquant au vent, En dépit même de l’appel: Camarade, Camarade, camarade, CAMARADES! Voici ce qu’était le paysage avant le fameux événement: Quelques mouches volaient en bourdonnant au-dessus d’une plaie d’où l’acier coulait mieux que le sang. Le son d’un marteau part de loin, Il part, il vole avec son petit chapeau de paille. Quant à la faux, les senteurs du vent lui mirent une chemise bleue et encore une chemise jaune. Les senteurs de la rivière lui mirent une tunique de corail et une tunique d’acier. Les senteurs des feuilles lui mirent une tunique de salpêtre et de phosphore, Et les senteurs de la dernière heure, une crinoline de satin avec des fleurs. Elle attendit en jouant avec son ombrelle Que le son du marteau arrivât de loin. Arriva en inclinant son chapeau vers elle, Un bouquet à la main, le sourire en coin. Ils mangèrent du poulet, burent du pommard, Ils mangèrent des grives, burent du champagne, Ils mangèrent des huîtres et du homard, Et jouèrent aux dames à qui perd gagne. Ils se battirent comme des chiffonniers Jusqu’au moment où, satisfait de leurs blessures, Le ciel rassuré sortit hors des halliers. Est-ce votre sort d’être dupe des ombres? Vaut-il pas mieux être dupé par la chair? Perdre son sang par des blessures sans nombre Et n’offrir à la mort qu’un triste festin et qu’une maigre chère? Aux sans cou. Maisons sans fenêtres, sans portes, aux toits défoncés, Portes sans serrures, Guillotine sans couperet... C’est à vous que je parle qui n’avez plus d’oreilles, Plus de bouche, de nez, d’yeux, de cheveux, de cervelle, Plus de cou. Vous surgissez d’un pas ferme au détour de la rue qui mène à la taverne. Vous vous attablez, vous buvez, vous buvez sec, vous buvez bien, Et bientôt le vin circule dans vos coeurs, y amène une nouvelle vie: « Qu'as-tu fait de ta perruque » dit un sans cou à un autre sans cou, Qui se détourne sans mot dire Et qu’on expulse, et qu’on sort et qu’on traîne et qu’on foule aux pieds. « Et toi, qu'as-tu? » « Je suis celui contre lequel se dressent toutes les lois. Celui que les partis extrêmes appellent encore un criminel. Je suis de droit commun, Je suis de droit commun, banal comme le four où l’on cuisait le pain de nos pères. Je suis le rebelle de toute civilisation, L’abject assassin, le vil suborneur de fillettes, le satyre, Le méprisable voleur, Je suis le traître et je suis le lâche, Mais il faut peut-être plus de courage Pour éteindre en soi la moralité des fables idiotes Que pour tenir tête à l’opinion. (Ce qui n’est déjà pas si mal comme courage.) Je suis l’insoumis à toutes règles, L’ennemi de tous les législateurs, Anarchiste? pas même. Je suis celui sur lequel pèse l’essieu de n’importe quel code, L’homme aux sens surhumains. J’annonce le Moïse de demain Et demain ce Moïse exterminera ceux qui me ressemblent, Le dupe éternelle, Le sans cou, Et versez-moi du vin, et choquons notre verre. » Maintenant qu’il a fini de parler, Je reprends la parole: « Vous avez le bonjour, Le bonjour de Robert Desnos, de Robert le Diable, de Robert Macaire, de Robert Houdin, de Robert Robert, de Robert mon oncle, Et chantez avec moi, tous en choeur, allons, la petite dame à droite, Le monsieur barbu à gauche, Un, deux, trois: Vous avez le bonjour, Le bonjour de Robet Desnos, de Robert le Diable, de Robert Macaire, de Robert Houdin, de Robert Robert, de Robert mon oncle » J’en passe et des meilleurs. Mes sans cou, mes chers sans cou, Hommes nés trop tôt, éternellement trop tôt, Hommes qui auriez trempé dans les révolutions de demain Si le destin ne vous imposait de faire les révolutions pour en mourir, Hommes assoiffés de trop de justice, Hommes de la fosse commune au pied du mur des fédérés, Malgré les balles pointillées autour du cou. Hommes des enclos ménagés en plein cimetière, Car on ne mélange pas les étendards avec les torchons. On cloue ceux-ci aux hampes, Et c’est eux qui, humiliés, Claquent si lamentablement dans le vent de l’aube À l’heure où le couperet en tombant Fait résonner les échos des Santés éternelles. Ma gosse. « Ma gosse », dit-il, et « mon gosse », dit-elle Et mon sang, notre coeur, notre ville, l’immense ville éperdue. Des paveurs se sont perdus ce matin dans les champs où les bluets chantaient, Où fleurissaient les rossignols, Où patati et patata se tenaient à la disposition de tutti quanti. Ce monsieur avait mal aux dents, mal aux reins, mal au nez. La dentelle lui pendait au nez. « Mon gosse, est-ce là notre vie, est-elle terminée? Elle nous paraît vide et creuse et pourtant plate et ainsi de suite, Je sens couler ton sang sous mes mains, Le mois d’avril n’est pas fini à la Saint-Sylvestre! » « Le chevalier s’empoisonne avec délice au coeur des neiges, Y dort, y rêve, y gueule, Et bonjour mon gosse, et bonjour ma gosse, Et tes reins, et ton ventre et ta bouche, Debout, fleur de pavé, fleur de nave, fleur d'oseille! » La nuit que je décris est une nuit de chaque vingt-quatre heures. L’ancre descend à grand bruit dans un marécage insondable Et tant de crasse de souvenirs, tant de crasse d’années, Et ce sacré nom de Dieu de mois d’Avril Qui n’est pas fini à la Saint-Sylvestre! Janvier perd sa chemise, Et Juillet son soulier. Tous vieux, gâteux, honteux, miteux, la dentelle au nez Et ce tonnerre de Dieu de mois d’Avril Qui ne finit pas, qui ne finira jamais, Même à la Saint-Sylvestre! Coucou. Tout était comme dans une image enfantine. La lune avait un chapeau claque dont les huit reflets se répercutaient à la surface des étangs, Un revenant dans un linceul de la meilleure coupe Fumait un cigare à la fenêtre de son logis, Au dernier étage d’un donjon Où la très savante corneille disait la bonne aventure aux chats. Il y avait l’enfant en chemise perdue dans des sentiers de neige Pour avoir cherché dans ses souliers l’éventail de soie et les chaussures à hauts talons. Il y avait l’incendie sur lequel, immenses, Se détachaient les ombres des pompiers, Mais, surtout, il y avait le voleur courant, un grand sac sur le dos, Sur la route blanchie par la lune, Escorté par les abois des chiens dans les villages endormis Et le caquet des poules éveillées en sursaut. Je ne suis pas riche, dit le fantôme en secouant la cendre de son cigare, je ne suis pas riche Mais je parie cent francs Qu’il ira loin s’il continue. Vanité tout n’est que vanité, répondit la corneille. Et ta soeur? demandèrent les chats. Ma soeur a de beaux bijoux et de belles araignées Dans son château de nuit. Une foule innombrable de serviteurs Viennent chaque soir la porter dans son lit. Au réveil, elle a du nanan, du chiendent, et une petite trompette Pour souffler dedans La lune posa son chapeau haut de forme sur la terre. Et cela fit une nuit épaisse Où le revenant fondit comme un morceau de sucre dans du café. Le voleur chercha longtemps son chemin perdu Et finit par s’endormir Et il ne resta plus au-delà de la terre Qu’un ciel bleu fumée où la lune s’épongeait le front Et l’enfant perdue qui marchait dans les étoiles. Voici ton bel éventail Et tes souliers de bal, Le corset de ta grand-mère Et du rouge pour tes lèvres Tu peux danser parmi les étoiles Tu peux danser devant les belles dames À travers les massifs de roses célestes Dont l’une tombe chaque nuit Pour récompenser le dormeur qui a fait le plus beau rêve. Chausse tes souliers et lace ton corset Mets une de ces roses à ton corsage Et du rose à tes lèvres Et maintenant balance ton éventail Pour qu’il y ait encore sur la terre Des nuits après les jours Des jours après les nuits. Baignade. Où allez-vous avec vos tas de carottes? Où allez-vous, nom de Dieu? Avec vos têtes de veaux Et vos coeurs à l’oseille? Où allez-vous? Où allez-vous? Nous allons pisser dans les trèfles Et cracher dans les sainfoins. Où allez-vous avec vos têtes de veaux? Où allez-vous avec embarras? Le soleil est un peu liquide Un peu liquide cette nuit. Où allez-vous, têtes à l’oseille? Nous allons pisser dans les trèfles Et cracher dans les sainfoins. Où allez-vous? Où allez-vous À travers la boue et la nuit? Nous allons cracher dans les trèfles Et pisser dans les sainfoins, Avec nos airs d’andouilles Avec nos becs-de-lièvre Nous allons pisser dans les trèfles. Arrêtez-vous. Je vous rejoins. Je vous rattrape ventre à terre Andouilles vous-mêmes et mes copains Je vais pisser dans les trèfles Et cracher dans les sainfoins. Et pourquoi ne venez-vous pas? Je ne vais pas bien, je vais mieux. Coeurs d’andouilles et couilles de lions! Je vais pisser, pisser avec vous Dans les trèfles Et cracher dans les sainfoins. Baisers d’après minuit vous sentez la rouille Vous sentez le fer, vous sentez l’homme Vous sentez! Vous sentez la femme. Vous sentez encore mainte autre chose: Le porte-plume mâché à quatre ans Quand on apprend à écrire, Les cahiers neufs, les livres d’étrennes Tout dorés et peints d’un rouge Qui poisse et saigne au bout des doigts. Baisers d’après minuit, Baignades dans les ruisseaux froids Comme un fil de rasoir. ÉTAT DE VEILLE. (1943) Histoire D’Un Chameau. (1943) Le chameau qui n’a plus de dents, Ce soir, n’est pas content. Il est allé chez le dentiste, Un homme noir et triste, Et le dentiste lui a dit Que ses soins n’étaient pas pour lui. Tas de salauds, qu’il dit le chameau, Vous êtes venus parmi mes sables Avec des airs peu aimables, Des airs de désert, bien sûr, Aussi sûrs que les pommes sures. Vous m’avez mis une selle, Vous m’avez chevauché surmontés d’une ombrelle, Et va te faire foutre, Si j’ai mal aux dents... Mais puisque tu n’as plus de dents! Précisément, j’ai mal aux dents de n’en plus avoir. Alors tu désires un râtelier? Je voudrais bien voir un chameau porter râtelier! Un râtelier manger au râtelier! Le chameau qui n’a plus de dents, On l’abandonne dans le désert. Alors il pisse lentement dans le sable qui se creuse en entonnoir Tandis que la caravane s’éloigne, à travers les dunes creusées en entonnoirs, À travers les dunes, Elles-mêmes creusées en entonnoirs. Histoire D’Une Ourse. Une ourse fit son entrée dans la ville. Elle marchait pesamment Et des gouttes d’eau brillaient dans son pelage Comme des diamants. Elle marcha méconnue, Elle marcha par les rues Dans son manteau poilu. La foule passait, Nul ne la regardait Et même on la bousculait. Enfin la nuit tomba à genoux Laissant ruisseler ses cheveux roux Dans les ruisseaux pleins de boue, Dans la mer en mal de marée, Sur les prairies, sur les forêts Et sur les villes illuminées. L’ourse disparut aspirée par les nombres Avec la foule, avec les ombres Confondues dans les décombres. Seuls quelques astronomes, Embusqués sous des dômes, Virent passer son fantôme. Qu’on te nomme Grande Ourse Tandis que tu poursuis ta course Vers la lumière et vers ses sources, Que l’on te pare d’étoiles Et que du fond de leur geôle Les prisonniers te voient passer devant le soupirail, Ourse qu’importe, ourse de plume, Ourse rugissante et bavant l’écume, Plus étincelante qu’un marteau frappant l’enclume. Ourse qu’importe la fable Et ta piste sur le sable S’effilochant comme un vieux câble. J’entends des pas lourds dans la nuit, J’entends des chants, j’entends des cris, Les cris, les chants de mes amis. Leurs pas sont lourds Mais quand naîtra le jour Naîtra la liberté et l’amour. Qu’il naisse demain ou dans cent ans Il sera fait de lumière et de sang Et renouvellera les quatre éléments. Plus lourdes que l’ourse dans la cité Par le monde je sens monter La grande invasion, la grande marée. Grande Ourse au ciel tu resplendis Tandis que j’écoute dans la nuit Les cris, les chants de mes amis. Histoire d’un taureau. (1936) Taureau cornu, arqué, braqué sur la surface ensoleillée de l’arène où la lumière est si éblouissante que l’on distingue à peine de leurs ombres le torero, le picador et les banderillos, Taureau on n’attend plus que ton bon plaisir pour animer ce désert, Et, ce désert animé, que ton animation pour manifester l’homme. Mais il existe des taureaux de nuit, Avec la lune sur leur front, Des taureaux noirs, des taureaux blancs Qui galopent à fond de train dans le sommeil des enfants, Et dont les mugissements ébranlent les villes, Et qui meurent dans les étoiles, lentement, En répendant leur sang dans l’immensité du temps. Histoire d’une abeille. (1936) Abeille bruissante des matins d’été, Abeille qui bourdonne dans la tasse, Abeille où es-tu allée? Abeille bruissante et jamais lasse. J’ai construit ma ruche Dans la cervelle d’un enfant Mais tant va l’abeille à la cruche Que la fleur fleurit dedans. Ce furent d’abord les yeux étonnés Et le miel, et la cire bien construite, Le sourire et le rire et le mot chantonné Et la question jamais détruite. Tant qu’à force de bourdonner Dans la cervelle de l’enfant Il finit par s’en étonner Et par inquiéter ses parents. Quand il fut approvisionné De miel et de cire bien mûrs Alors je l’ai abandonné Dans le baiser d’une piqûre. Mais nul jamais ne fera sortir de sa mémoire Mon bourdonnement à moi, l’abeille, Et jamais il ne voudra croire Aux mots pourris qu’on glisse dans l’oreille, Qu’on glisse sournoisement Dans l’oreille des enfants, Avec la complicité des parents. Terre. Un jour après un jour, Une vague après une vague. Où vas-tu? Où allez-vous? Terre meurtrie par tant d’hommes errants! Terre enrichie par les cadavres de tant d’hommes. Mais la terre c’est nous, Nous ne sommes pas sur elle Mais en elle depuis toujours. Suicidés. (1936) Pendus, égorgés, empoisonnés, Voici la foule des suicidés: Le chemin se hérisse, il a la chair de poule. Poignardés, noyés, précipités, Brisés par les roues du train, Suicidés vous n’avez pas gagné. Vous avez perdu Frères! Frères perdus Qui donnez le mauvais exemple. Rêves. (1936) Poser sa tête sur un oreiller Et sur cet oreiller dormir Et dormant rêver À des choses curieuses ou d’avenir, Rêvant croire à ce qu’on rêve Et rêvant garder la notion De la vie qui passe sans trêve Du soir à l’aube sans rémission. Ceci est presque normal, Ceci est presque délicieux Mais je plains ceux Qui dorment vite et mal, Et, mal éveillés, rêvent en marchant. Ainsi j’ai marché autrefois, J’ai marché, agi en rêvant, Prenant les rues pour les allées d’un bois. Une place pour les rêves Alors La Trompette. (1936) Alors la trompette retentira à toutes les portes de la ville Et des oiseaux s’envoleront au bruit des fanfares. Ils voleront longtemps au-dessus de la ville Et, quand ils se poseront, Déjà nous reposerons Heureux, joyeux, le coeur contenté, Dormant dans la nuit qui précédera le premier lever de soleil du bonheur retrouvé. À Cinq Heures. (1936) À cinq heures du matin dans une rue neuve et vide j’entends le bruit d’une voiture qui s’éloigne. Un avertisseur d’incendie a sa glace brisée et les débris de verre resplendissent dans le ruisseau. Sur le pavé il y a une flaque de sang et un peu de fumée se dissout dans l’air. Ohé! Ohé! racontez-moi ce qui s’est passé. Éveillez-vous! Je veux savoir ce qui s’est passé. Racontez-moi les aventures des hommes. Aujourd’hui je me suis promené... (1936) Aujourd’hui je me suis promené avec mon camarade, Même s’il est mort, Je me suis promené avec mon camarade. Qu’ils étaient beaux les arbres en fleurs, Les marronniers qui neigeaient le jour de sa mort. Avec mon camarade je me suis promené. Jadis mes parents Allaient seuls aux enterrements Et je me sentais petit enfant. Maintenant je connais pas mal de morts, J’ai vu beaucoup de croque-morts Mais je n’approche pas de leur bord. C’est pourquoi tout aujourd’hui Je me suis promené avec mon ami. Il m’a trouvé un peu vieilli, Un peu vieilli, mais il m’a dit: Toi aussi tu viendras où je suis, Un Dimanche ou un Samedi, Moi, je regardais les arbres en fleurs, La rivière passer sous le pont Et soudain j’ai vu que j’étais seul. Alors je suis rentré parmi les hommes. Couplet Des Portes Saint-Martin Et Saint-Denis. (1942) Porte Saint-Martin, Porte Saint-Denis, Voir briller la lune à travers la voûte, Porte Saint-Martin, Porte Saint-Denis, Du nord ou au sud s’allonge la route, Porte Saint-Denis, Porte Saint-Martin, Au nord ou au sud suivre son chemin, Porte Saint-Denis, Porte Saint-Martin, Passer sous la voûte au petit matin, Porte Saint-Martin, Porte Saint-Denis, Boire un café noir avec des amis, Porte Saint-Martin, Porte Saint-Denis, Quand le ciel blanchit au petit matin, Porte Saint-Denis, Porte Saint-Martin, Dans l’aube noyer les anciens chagrins, Partir en chantant vers un but lointain, Avec nos copains, avec nos amis, Porte Saint-Denis, Porte Saint-Martin Par un beau soleil, par un beau matin. Couplet De La Rue Saint-Martin. (1942) Je n’aime plus la rue Saint-Martin Depuis qu’André Platard l’a quittée. Je n’aime plus la rue Saint-Martin, Je n’aime rien, pas même le vin. Je n’aime plus la rue Saint-Martin Depuis qu’André Platard l’a quittée. C’est mon ami, c’est mon copain. Nous partagions la chambre et le pain. Je n’aime plus la rue Saint-Martin. C’est mon ami, c’est mon copain. Il a disparu un matin, Ils l’ont emmené, on ne sait plus rien. On ne l’a pas revu dans la rue Saint-Martin. Pas la peine d’implorer les saints, Saints Merri, Jacques, Gervais et Martin. Par même Valérien qui se cache sur la colline. Le temps passe, on ne sait rien. André Platard a quitté la rue Saint-Martin. Couplet De La Rue De Bagnolet. (1942) Le soleil de la rue de Bagnolet N’est pas un soleil comme les autres. Il se baigne dans le ruisseau, Il se coiffe avec un seau, Tout comme les autres, Mais, quand il caresse mes épaules, C’est bien lui et pas un autre, Le soleil de la rue Bagnolet Qui conduit son cabriolet Ailleurs qu’aux portes des palais, Soleil, soleil ni beau ni laid, Soleil tout drôle et tout content, Soleil de la rue de Bagnolet, Soleil d’hiver et de printemps, Soleil de la rue de Bagnolet, Pas comme les autres. Couplet Du Trottoir D’Eté. (1942) Couchons nous sur le pavé, Par le soleil chauffé, par le soleil lavé, Dans la bonne odeur de poussière de la journée achevée, Avant la nuit levée, Avant la première lumière Et nous guetterons dans le ruisseau Les reflets des nuages en assaut, Le coup de sang à l’horizon Et la premiére étoile au-dessus des maisons. Couplet Du Verre De Vin. (1942) Quand le train partira n’agite pas la main, Ni ton mouchoir, ni ton ombrelle, Mais emplis un verre de vin Et lance vers le train dont chantent les ridelles La longue flamme du vin, La sanglante flamme du vin pareille à ta langue Et partageant avec elle Le palais et la couche De tes lêvres et de ta bouche. Couplet Du Boucher. (1942) La belle, si tu veux, je ferai ton lit Dans le décor sanglant de ma boutique. Mes couteaux seront les miroirs magiques Où le jour se lève, éclate et pâlit. Je ferai ton lit creux et chaud Dans le ventre ouvert d’une génisse Et, quand tu dormiras, pour qu’il te rajeunisse Je veillerai sur lui comme un bourreau sur l’échafaud. Fantôme. (1942) Arrête-toi! Je suis ici, mais tant de nuit Nous sépare qu’en vain tu fatigues ta vue: Tu te tais car l’espace, où se dissout la rue, Nous-même nous dissout et nous saoule de bruit. C’est l’heure où, panaché de fumée et de suie, Le toit comme une plage offre au fantôme nu Son ardoise où se mirer le visage inconnu De son double vivant dans un miroir de pluie. Fantôme, laisse-nous rire de ta sottise. Tu habites les bois, les châteaux, les églises Mais tu es le valet de tout homme vivant. Aussi n’as-tu jamais fait de mal à ces êtres Tant, s’ils ouvraient un soir la porte et les fenêtres, Te dissoudrait la nuit dans le bruit et le vent. Au Temps Des Donjons. (1942) As-tu déjà perdu le mot de passe? Le château se ferme et devient prison, La belle aux créneaux chante sa chanson Et le prisonnier gémit dans l’in pace. Retrouveras-tu le chemin, la plaine, La source et l’asile au coeur des forêts, Le détour du fleuve où l’aube apparaît, L’étoile du soir et la lune pleine? Un serpent dardé vers l’homme s’élance, L’enlace, l’étreint entre ses anneaux, La belle soupire au bord des créneaux, Le soleil couchant brille sur les lances, L’âge sans retour vers l’homme jaillit, L’enlace, l’étreint entre ses années. Amours! Ô saisons! Ô belles fanées! Serpents lovés à l’ombre des taillis. Saisons. (1942) Le jour est à sa place et coule à fond de temps, À moins que l’être monte à travers des espaces Superposés dans la mémoire et délestant La cervelle et le coeur de souvenirs tenaces. Étés, puissants étés, votre nom même passe, Être et avoir été, passe-temps et printemps, Il passe, il est passé comme une eau jamais lasse, Sans cicatrices, sans témoins et sans étangs. Saisons, vous chérissez du moins le grain de blé Qui doit germer aux jours de dégel et la clé Pour ouvrir aux départs les portes charretières. Les astres dans le ciel par vous sont rassemblés, L’an va bientôt finir et des pas accablés Traînent sur les chemins ramenant aux frontières. Demain (1942) Âgé de cent mille ans, j’aurais encor la force De t’attendre, ô demain pressenti par l’espoir. Le temps, vieillard souffrant de multiples entorses, Peut gémir: Le matin est neuf, neuf est le soir. Mais depuis trop de mois nous vivons à la veille, Nous veillons, nous gardons la lumière et le feu, Nous parlons à voix basse et nous tendons l’oreille À maint bruit vite éteint et perdu comme au jeu. Or, du fond de la nuit, nous témoignons encore De la splendeur du jour et de tous ses présents. Si nous ne dormons pas c’est pour guetter l’aurore Qui prouvera qu’enfin nous vivons au présent. Source: http://www.poesies.net