Les Ténèbres. Par Robert Desnos. (1900-1945) TABLE DES MATIERES I La Voix De Robert Desnos. II Infinitif. III Le Vendredi Du Crime. IV. L’Idée Fixe. V. Sous Les Saules. VI Trois Etoiles. VII Chant Du Ciel. VIII De La Fleur D’Amour Et Des Chevaux Migrateurs. IX. Avec Le Coeur Du Chêne. X. Vieille Clameur. XI Le Suicidé De Nuit. XII Pour Un Rêve De Jour. XIII Il Fait Nuit. XIV. Vie D’Ebène. XV. Désespoir Du Soleil. XVI Identité Des Images. XVII Au Petit Jour. XVIII Ténèbres! Ô Ténèbres! (????) XIX. Paroles Des Rochers. (????) XX. Dans Bien Longtemps XXI Jamais D’Autre Que Toi. XXII Passé Le Pont. (????) XXIII En Sursaut. XXIV. De La Rose De Marbre A La Rose De Fer. AUTRE POEMES Corps et biens. L’Aveugle. (????) Mouchoirs Au Nadir. De Silex Et De Feu. (????) Le Poème A Florence. Sirène-Anémone. I La Voix De Robert Desnos. Si semblable à la fleur et au courant d’air au cours d’eau aux ombres passagères au sourire entrevu ce fameux soir à minuit si semblable à tout au bonheur et à la tristesse c’est le minuit passé dressant son torse nu au dessus des beffrois et des peupliers j’appelle à moi ceux-là perdus dans les campagnes les vieux cadavres les jeunes chênes coupés les lambeaux d’étoffe pourissant sur la terre et le linge séchant aux alentours des fermes j’appelle à moi les tornades et les ouragans les tempètes les typhons les cyclones les raz de marée les tremblements de terre j’appelle à moi la fumée des volcans et celle des cigarettes les ronds de fumée des cigarres de luxe j’appelle à moi les amours et les amoureux j’appelle à moi les vivants et les morts j’appelle les fossoyeurs j’appelle les assassins j’appelle les bourreaux j’appelle les pilotes les maçons et les architectes les assassins j’appelle la chair j’appelle celle que j’aime j’appelle celle que j’aime j’appelle celle que j’aime le minuit triomphant déploue ses ailes de satin et se pose sur mon lit les beffois et les peupliers se plient à mon désir ceux-là s’éroulent ceux-là s’affaissent les perdus dans la campagne se retrouvent en me trouvant les vieux cadavres ressuscitent à ma voix les jeunes chênes coupés se couvrent de verdure les lambeaux d’étoffe pourissent dans la terre et sur la terre claquent à ma voix comme l’étendard de la révolte le linge séchant aux alentours des fermes habille d’adorables femmes que je n’adore pas qui viennent à moi obéissent à ma voix et m’adorent les tornades tournent dans ma bouche les ouragans rougissent s’il est possible mes lèvres les tempètes grondent à mes pieds les typhons s’il est possible me dépeignent je reçois les baisers d’ivresse des cyclones les raz de marrée viennent mourir à mes pieds les tremblements de terre ne m’ébranlent pas mais font tout crouler à mon ordre la fumée des volcans me vêt de ses vapeurs et celle des cigarettes me parfume et les ronds de fumée des cigares me couronnent les amours et l’amour si longtemps poursuivis se réfugient en moi les amoureux écoutent ma voix les vivants et les morts se soumettent et me saluent les premiers froidement les seconds familièrement les fossoyeurs abandonnent les tombes à peine creusées et déclarent que moi seul puis commander leurs noctures travaux les assassins me saluent les bourreaux invoquent la révolution invoquent ma voix invoquent mon nom les pilotes se guident sur mes yeux les maçons ont le vertige en m’écoutant les assassins me bénissent la chair palpite à mon appel celle que j’aime ne m’écoute pas celle que j’aime ne m’entend pas celle que j’aime ne me répond pas II Infinitif. Y mourir ô belle flammèche y voir les nuages fondre comme la neige et l’écho origines du soleil et du blanc pauvres comme Job ne pas mourir encore et voir durer l’ombre naître avec le feu et ne pas mourir étreindre et embrasser amour fugace le ciel mat gagner les hauteurs abandonner le bord et qui sait découvrir ce que j’aime omettre de transmettre mon nom aux années rire aux heures orageuses dormir au pied d’un pin grâce aux étoiles semblables à un numéro et mourir ce que j’aime au bord des flammes. III Le Vendredi Du Crime. Un incroyable désir s’empare des femmes endormies Une pierre précieuse s’endort dans l’écrin bleu de roi Et voila que sur le chemin s’agitent les cailloux fatigués Plus jamais les pas des émues par la nuit Passez cascades Les murailles se construisent au son du du luth d’Orphée et s’écroulent au son des trompettes de Jéricho Sa voix perce les murailles et mon regard les supprime sans ruines Ainsi passent les cascades avec la lamentation des étoiles Plus de cailloux sur le sentier Plus de femmes endormies Plus de femmes dans l’obscurité Ainsi passez cascades. IV. L’Idée Fixe. Je t’apporte une petite algue qui se mêlait à l’écume de la mer et ce peigne Mais tes cheveux sont mieux nattés que les nuages avec le vent avec les rougeurs célestes et tels avec des frémissements de vie et de sanglots que se tordant parfois entre mes mains ils meurent avec les flots et les récifs du rivage en telle abondance qu’il faudra longtemps pour désespérer des parfums et de leur fuite avec le soir où ce peigne marque sans bouger les étoiles ensevelies dans leur rapide et soyeux cours traversé par mes doigts sollicitant encore à leur racine la caresse humide d’une mer plus dangereuse que celle où cette algue fut recueillie avec la mousse dispersée tempête. Une étoile qui meurt est pareille à tes lèvres. Elles bleuissent comme le vin répandu sur la nappe. Un instant passe avec la profondeur d’une mine. L’anthracite se plaint sourdement et tombe en flocons sur la ville Qu’il fait froid dans l’impasse où je t’ai connue Un numéro oublié sur une maison en ruines Le numéro 4 je crois Je te retrouverai avant quelques jours près de ce pot de reine-marguerite Les mines ronflent sourdement Les toits sont couverts d’anthracite Ce peigne dans tes cheveux semblable à la fin du monde La fumée le vieil oiseau et le geai Là sont finies les roses et les émeraudes Les pierres précieuses et les fleurs La terre s’effrite et s’étoile avec le bruit d’un fer à repasser sur la nacre Mais tes cheveux si bien nattés ont la forme d’une main. V. Sous Les Saules. L’étrange oiseau dans la cage aux flammes Je déclare que je suis le bûcheron de la forêt d’acier que les martes et les loutres sont des jamais connues l’étrange oiseau qui tord ses ailes et s’illumine Un feu de Bengale inattendu a charmé ta parole Quand je te quitte il rougit mes épaules et l’amour Le quart d’heure vineux mieux vêtu qu’un décor lointain étire ses bras débiles et fait craquer ses doigts d’albâtre À la date voulue tout arrivera en transparence plus fameux que la volière où les plumes se dispersent Un arbre célèbre se dresse au-dessus du monde avec des pendus en ses racines profondes vers la terre c’est ce jour que je choisis Un famboyant poignard a tué l’étrange oiseau dans la cage de flamme et la forêt d’acier vibre en sourdine illuminée par le feu des mortes giroflées Dans le taillis je t’ai cachée dans le taillis qui se proclame roi des plaines. VI Trois Étoiles. J’ai perdu le regret du mal passé les ans. J’ai gagné la sympathie des poissons. Plein d’algues, le palais qui abrite mes rêves est un récif et aussi un territoire du ciel d’orage et non du ciel trop pâle de la mélancolique divinité. J’ai perdu tout de même la gloire que je méprise. J’ai tout perdu hormis l’amour, l’amour de l’amour, l’amour des algues, l’amour de la reine des catastrophes. Une étoile me parle à l’oreille : Croyez-moi, c’est une belle dame Les algues lui obéissent et la mer elle-même se transforme en robe de cristal quand elle paraît sur la plage. Belle robe de cristal tu résonnes à mon nom. Les vibrations, ô cloche surnaturelle, se perpétuent dans sa chair Les seins en frémissent. La robe de cristal sait mon nom La robe de cristal m’a dit : « Fureur en toi, amour en toi Enfant des étoiles sans nombre Maître du seul vent et du seul sable Maître des carillons de la destinée et de l’éternité Maître de tout enfin hormis de l’amour de sa belle Maître de tout ce qu’il a perdu et esclave de ce qu’il garde encore. Tu seras le dernier convive à la table ronde de l’amour Les convives, les autres larrons ont emporté les couverts d’argent. Le bois se fend, la neige fond. Maître de tout hormis de l’amour de sa dame. Toi qui commandes aux dieux ridicules de l'humanité et ne te sers pas de leur pouvoir qui t’es soumis. Toi, maître, maître de tout hormis de l’amour de ta belle » Voilà ce que m’a dit la robe de cristal. VII Chant Du Ciel. La fleur des Alpes disait au coquillage : « tu luis » Le coquillage disait à la mer : « tu résonnes » La mer disait au bateau : « tu trembles » Le bateau disait au feu : « tu brilles » Le feu me disait : « je brille moins que ses yeux » Le bateau me disait : « je tremble moins que ton coeur quand elle paraît » La mer me disait : « je résonne moins que son nom en ton amour » Le coquillage me disait : « je luis moins que le phosphore du désir dans ton rêve creux » La fleur des Alpes me disait : « Elle est belle » Je disais : « Elle est belle, elle est belle, elle est émouvante ». VIII De La Fleur D’Amour Et Des Chevaux Migrateurs. Il était dans la forêt une fleur immense qui risquait de faire mourir d’amour tous les arbres Tous les arbres l’aimaient Les chênes vers minuit devenaient reptiles et rampaient juqu’à sa sa tige Les frênes et les peupliers se courbaient vers sa corolle Les fougères jaunissaient dans sa terre. Et telle elle était radieuse plus que l’amour nocturne de la mer et de la lune Plus pâle que les grands volcans éteints de cet astre Plus triste et nostalgique que le sable qui se dessèche et se mouille au gré des flots Je parle de la fleur de la forêt et non des tours Je parle de la fleur de la forêt et non de mon amour Et si telle trop pâle et nostalgique et adorable aimée des arbres et des fougères elle retient mon souffle sur les lèvres c’est que nous sommes de même essence Je l’ai rencontrée un jour Je parle de la fleur et non des arbres Dans la forêt frémissante où je passais Salut papillon qui mourut dans sa corolle Et toi fougère pourrissante mon coeur Et vous mes yeux fougères presque charbon presque flamme presque flot Je parle en vain de la fleur mais de moi Les fougères ont jauni sur le sol devenu pareil à la lune Semblable le temps précis à l’agonie perdue entre un bleuet et une rose et encore une perle Le ciel n’est pas si clos Un homme surgit qui dit son nom devant lequel s’ouvrent les portes un chrysanthème à la boutonnière C’est de la fleur immobile que je parle et non des ports de l’aventure et de la solitude Les arbres un à un moururent autour de la fleur Qui se nourrissait de leur mort pourrissante Et c’est pourquoi la plaine devint semblable à la pulpe des fruits Pourquoi les villes surgirent Une rivière à mes pieds se love et reste à ma merci ficelle de la salutation des images Un coeur quelque part s’arrête de battre et la fleur se dresse C’est la fleur dont l’odeur triomphe du temps La fleur qui d’elle-même a révélé son existence aux plaines dénudées pareilles à la lune à la mer et à l’aride atmosphère des coeurs douloureux Une pince de homard bien rouge reste à côté de la marmite Le soleil projette l’ombre de la bougie et de la flamme La fleur se dresse avec orgueil dans un ciel de fable Vos ongles mes amies sont pareils à ses pétales et roses comme eux La forêt murmurante en bas se déploie Un coeeur qui comme une source tarie Il n’est plus temps il n’est plus temps d’aimer vous qui passez sur la route La fleur de la forêt dont je conte l’histoire est un chrysanthème Les arbres sont morts les champs ont verdi les villes sont apparues Les grands chevaux migrateurs piaffent dans leurs écuries lointaines Bientôt les grands chevaux migrateurs partent Les villes regardent passer leur troupeau dans les rues dont le pavé résonne au choc de leurs sabots et parfois étincelle Les champs sont bouleversés par cette cavalcade Eux la queue traînant dans la poussière et les naseaux fumants passent devant la fleur Longtemps se prolongent leurs ombres Mais que sont-ils devenus les chevaux migrateurs dont la robe tachetée était un gage de détresse Parfois on trouve un fossile étrange en creusant la terre C’est un de leurs fers La fleur qui les vit fleurit encore sans tache ni faiblesse Les feuilles poussent au long de sa tige Les fougères s’enflamment et se penchent aux fenêtres des maisons Mais les arbres que sont-ils devenus La fleur pourquoi fleurit-elle Volcans ! ô volcans ! Le ciel s’écroule Je pense à très loin au plus profond de moi Les temps abolis sont pareils aux ongles brisés sur les portes closes Quand dans les campagnes un paysan va mourir entouré des fruits mûrs de l’arrière-saison du bruit du givre qui se craquelle sur les vitres de l’ennui flétri fané comme les bluets du gazon Surgissent les chevaux migrateurs Quand un voyageur s’égare dans les feux follets plus crevassés que le front des vieillards et qu’il se couche dans le terrain mouvant Surgissent les chevaux migrateurs Quand une fille se couche nue au pied d’un bouleau et attend Surgissent les chevaux migrateurs Ils apparaissent dans un galop de flacons brisés et d’armoires grinçantes Ils disparaissent dans un creux Nulle selle n’a flétri leur échine et leur croupe luisante reflète le ciel Ils passent éclaboussant les murs fraîchement recrépis Et le givre craquant les fruits mûrs les fleurs effeuillées croupissante le terrain mou des marécages qui se modèlent lentement Voient passer les chevaux migrateurs Les chevaux migrateurs Les chevaux migrateurs Les chevaux migrateurs Les chevaux migrateurs IX. Avec Le Coeur Du Chêne. Avec le bois tendre et dur de ces arbres, avec le coeur du chêne et l’écorce du bouleau combien ferait-on de ciels, combien d’océans, combien de pantoufles pour les jolis pieds d’Isabelle la vague ? Avec le coeur du chêne et l’écorce du bouleau. Avec le ciel combien ferait-on de regards, combien d’ombres derrière le mur, combien de chemises pour le corps d’Isabelle la vague ? Avec le coeur du chêne et l’écorce du bouleau, avec le ciel. Avec les océans combien ferait-on de flammes, combien de reflets au bord des palais, combien d’arcs-en-ciel au-dessus de la tête d’Isabelle la vague ? Avec le coeur du chêne et l’écorce du bouleau, avec le ciel, avec les océans. Avec les pantoufles combien ferait-on d’étoiles, de chemins dans la nuit, de marques dans la cendre, combien monterait-on d’escaliers pour rencontrer Isabelle la vague ? Avec le coeur du chêne et l’écorce du bouleau, avec le ciel, avec les océans, avec les pantoufles. Mais Isabelle la vague, vous m’entendez, n’est qu’une image du rêve à travers les feuilles vernies de l’arbre de la mort et de l’amour. Avec le coeur du chêne et l’écorce du bouleau. Qu’elle vienne jusqu’à moi dire en vain la destinée que je retiens dans mon poing fermé et qui ne s’envole pas quand j’ouvre la main et qui s’inscrit en lignes étranges. Avec le coeur du chêne et l’écorce du bouleau, avec le ciel. Elle pourra mirer son visage et ses cheveux au fond de mon âme et baiser ma bouche. Avec le coeur du chêne et l’écorce du bouleau, avec le ciel, avec les océans. Elle pourra se dénuder, je marcherai à ses côtés à travers le monde, dans la nuit, pour l’épouvante des veilleurs. Elle pourra me tuer, me piétiner ou mourir à mes pieds. Car j’en aime une autre plus touchante qu’Isabelle la vague. Avec le coeur du chêne et et l’écorce du bouleau, avec le ciel, avec les océans, avec les pantoufles. X. Vieille Clameur. Une tige dépouillée dans ma main c’est le monde La serrure se ferme sur l’ombre et l’ombre met son oeil à la serrure Et voilà que l’ombre se glisse dans la chambre La belle amante que voila l’ombre plus charnelle que ne l’imagine perdu dans son blasphème le grand oiseau de fourrure blanche perché sur l’épaule de la belle, de l’incomparable putain qui veille sur le sommeil Le chemin se calme soudain en attendant la tempête Un vert filet à papillon s’abat sur la bougie Qui es-tu toi qui prends la flamme pour un insecte Un étrange combat entre la gaze et le feu C’est à vos genox que je voudrais passer la nuit C’est à tes genoux De temps à autre sur ton front ténébreux et calme en dépit des appparitions nocturnes, je remettrai en place une mèche de cheveux dérangée Je surveillerai le lent balancement du temps et de ta respiration Ce bouton je l’ai trouvé par terre Il est en nacre Et je cherche la boutonnière qui le perdit Je sais qu’il manque un bouton à ton manteau Au flanc de la montagne se flétrit l’edelweiss L’edelweiss qui fleurit dans mon rêve et dans tes mains quand elles s’ouvrent : Salut de bon matin quand l’ivresse est commune quand le fleuve adolescent descend d’un pas nonchalant les escaliers de marbre colossaux avec son cortège de nuées blanches et d’orties La plus belle nuée était un clair de lune récemment transformé et l’ortie la plus haute était couverte de diamants Salut de bon matin à la fleur du charbon la vierge au grand coeur qui m’endormira ce soir Salut de bon matin aux yeux de cristal aux yeux de lavande aux yeux de gypse aux yeux de calme plat aux yeux de sanglot aux yeux de tempête Salut de bon matin salut La flamme est dans mon coeur et le soleil dans le verre Mais jamais plus hélas ne pourrons-nous dire encore Salut de bon matin tous ! crocodiles yeux de cristal orties vierge fleur du charbon vierge au grand coeur. XI Le Suicidé De Nuit. Les rameaux verts s’inclinent quand la libellule apparaît au détour du sentier J’approche d’une pierre tombale plus transparente que la neige blanche comme le lait blanche comme la chaux blanche blanche comme les murailles La libellule patauge dans les flaques de lait L’armure de verre tremble frémit se met en marche Les arcs-en-ciel se nouent à la Louis XV Eh quoi ? déjà le sol dérobé par notre route dresse la main Se bat avec l’armure de verre Sonne aux portes Flotte dans l’air Crie Gémit pleure ah ! ah ! ah ! ah ! sillage tu meurs en ce bruit bleu rocher Les grands morceaux d’éponges qui tombent du ciel recouvrent les cimetières Le vin coule avec un bruit de tonnerre Le lait le sol dérobé l’armure se battent sur l’herbe qui rougit et blanchit tour à tour Le tonnerre et l’éclair et l’arc-en-ciel Ah ! sillage tu crevasses et tu chantes La petite fille s’en va à l’école en récitant sa leçon. XII Pour Un Rêve De Jour. Le meurtre du douanier fut splendide avec le cerne bleu des yeux et l’accent rauque des canards près de la mare Le meurtre fut splendide mais déjà le soleil se transformait en robe de crêpe Filleule de l’ananas et portrait même des profondeurs de la mer Un cygne se couche sur l’herbe voici le poème des métamorphoses. Le cygne qui devient boîte d’allumettes et le phosphore en guise de cravate Triste fin Métamorphose du silence en silence et chanson-verre du feu à Neuilly le dimanche éclair qui se désole et rame à contre-courant du nord magnétique et si peu fait pour comprendre que jamais du fond des consciences ténébreuses sortir en éclat d’ailes et le fer se troubler si l’escalier se résorbe en pluie sur l’étrange tissu marin que parfois les pêcheurs ramènent dans leur filet de cheveux et d’écaille au grand effroi des Peaux-rouges du tumulus et du signe fatal du chargé de découvrir l’heure et la vitesse qui sanglote et palpite avec l’arrêt de la sonnerie qui qui qui et qui ? Cueille, cueille la rose et ne t’occupe pas de ton destin cueille cueille la rose et la feuille de palmier et relève les paupières de la jeune fille pour qu’elle te regarde ÉTERNELLEMENT. XIII Il Fait Nuit. Tu t’en iras quand tu voudras Le lit se ferme et se délace avec délices comme un corset de velours noir Et l’insecte brillant se pose sur l’oreiller Éclate et rejoint le Noir Le flot qui martèle arrive et se tait Samoa la belle s’endort dans l’ouate Clapier que fais-tu des drapeaux ? tu les roules dans boue À la bonne étoile et au fond de toute boue Le naufrage s’accentue sous la paupière Je conte et décris le sommeil Je recueille les facons de la nuit et je les range sur une étagère Le ramage de l’oiseau de bois se confond avec le bris des bouchons en forme de regard N’y pas aller n’y pas mourir la joie est de trop Un convive de plus à la table ronde dans la clairière de vert émeraude et de heaumes retentissants près d’un monceau d’épées et d’armures cabossées Nerf en amoureuse lampe éteinte de la fin du jour Je dors XIV. Vie D’Ebène. Un calme effrayant marquera ce jour Et l’ombre des réverbères et des avertisseurs fatiguera la lumière Tout se taira les plus silencieux et les plus bavards Enfin mourront les nourrissons braillards Les remorqueurs les locomotives le vent Glisser en silence On entendra la grande voix qui venant de loin passera sur la ville On l’attendra longtemps Puis vers le soleil de milord Quand la poussière les pierres et l’absence de larmes composent sur les grandes places désertes la robe du soleil Enfin on entendra venir la voix Elle grondera longtemps aux portes Elle passera sur la ville arrachant les drapeaux et brisant les vitres On l’entendra Quel silence avant elle mais plus grand encore le silence qu’elle ne troublera pas mais qu’elle accusera du délit de mort prochaine qu’elle flétrira qu’elle dénoncera Ô jour de malheurs et de joies Le jour le jour prochain où la voix passera sur la ville. Une mouette fantomatique m’a dit qu’elle m’aimait autant que je l’aime Que ce grand silence terrible était mon amour Que le vent qui portait la voix était la grande révolte du monde Et que la voix me serait favorable. Le Désespoir Du Soleil. Quel bruit étrange glissait le long de la rampe d'escalier au bas de laquelle rêvait la pomme transparente. Les vergers étaient clos et le sphinx bien loin de là s'étirait dans le sable craquant de chaleur dans la nuit de tissu fragile. Ce bruit devait-il durer jusqu'à l'éveil des locataires ou s'évader dans l'ombre du crépuscule matinal ? Le bruit persistait. Le sphinx aux aguets l'entendait depuis des siècles et désirait l'éprouver. Aussi ne faut-il pas s'étonner de voir la silhouette souple du sphinx dans les ténèbres de l'escalier. Le fauve égratignait de ses griffes les marches encaustiquées.Les sonnettes devant chaque porte marquaient de lueurs la cage de l'ascenseur et le bruit persistant sentant venir celui qu'il attendait depuis des millions de ténèbres s'attacha à la crinière et brusquement l'ombre pâlit. C'est le poème du matin qui commence tandis que dans son lit tiède avec des cheveux dénoués rabattus sur le visage et les draps plus froissés que ses paupières la vagabonde attend l'instant où s'ouvrira sur un paysage de résine et d'agate sa porte close encore aux flots du ciel et de la nuit. C'est le poème du jour où le sphinx se couche dans le lit de la vagabonde et malgré le bruit persistant lui jure un éternel amour digne de foi. C'est le poème du jour qui commence dans la fumée odorante du chocolat et le monotone tac tac du cireur qui s'étonne de voir sur les marches de l'escalier les traces des griffes du voyageur de la nuit. C'est le poème du jour qui commence avec des étincelles d'allumettes au grand effroi des pyramides surprises et tristes de ne plus voir leur majestueux compagnon couché à leurs pieds. Mais le bruit quel était-il? Dites-le tandis que le poème du jour commence tandis que la vagabonde et le sphinx bien-aimé rêvent aux bouleversements de paysages. Ce n'était pas le bruit de la pendule ni celui des pas ni celui du moulin à café. Le bruit quel était-il? Quel était-il? L'escalier s'enfoncera-t-il toujours plus avant? Montera-t-il toujours plus haut? Rêvons acceptons de rêver c'est le poème du jour qui commence. Identité Des Images. Je me bats avec fureur contre des animaux et des bouteilles Depuis peu de temps peut-être dix heures sont passées l'une après l'autre La belle nageuse qui avait peur du corail ce matin s'éveille Le corail couronné de houx frappe à sa porte Ah! encore le charbon toujours le charbon Je t'en conjure charbon génie tutélaire du rêve et da ma solitude laisse-moi laisse-moi parler encore de la belle nageuse qui avait peur du corail Ne tyrannise plus ce séduisant sujet de mes rêves La belle nageuse reposait dans un lit de dentelles et d'oiseaux Les vêtements sur une chaise au pied du lit étaient illuminés par les lueurs les dernières lueurs du charbon Celui-ci venu des profondeurs du ciel de la terre et de la mer était fier de son bec de corail et de ses grandes ailes de crêpe Il avait toute la nuit suivi des enterrements divergents vers des cimetières suburbains Il avait assisté à des bals dans les ambassades marqué de son empreinte une feuille de fougère des robes de satin blanc It s'était dressé terrible à l'avant des navires et les navires n'étaient pas revenus Maintenant tapi dans la cheminée il guettait le réveil de l'écume et le chant des bouilloires Son pas retentissant avait troublé le silence des nuits dans les rues aux pavés sonores Charbon sonore charbon maître du rêve charbon Ah dis-moi où est-elle cette belle nageuse cette nageuse qui avait peur du corail? Mais la nageuse elle-même s'est rendormie Et je reste face à face avec le feu et je resterai la nuit durant à interroger le charbon aux ailes de ténèbres qui persiste à projeter sur mon chemin monotone l'ombre de ses fumées et le reflet terrible de ses braises Charbon sonore charbon impitoyable charbon. XVII Au Petit Jour. Le schiste éclairera-t-il la nuit blanche du liège ? Nous nous perdrons dans le corridor de minuit avec la calme horreur du sanglot qui meurt Accourez tous lézards fameux depuis l’antiquité plantes grimpantes carnivores digitales Accourez lianes Sifflet des révolte Accourez girafes Je vous convie à un grand festin Tel que la lumière des verres sera pareille à l’aurore boréale Les ongles des femmes seront des cygnes étranglés Pas très loin une herbe sèche sur le bord du chemin. XVIII Ténèbres ! Ô Ténèbres. (????) Manquant. XIX Paroles Des Rochers. (????) Manquant. XX. Dans Bien Longtemps. Dans bien longtemps je suis passé par le château des feuilles Elles jaunissaient lentement dans la mousse Et loin les coquillages s’accrochaient désespérément aux rochers de la mer Ton souvenir ou plutôt ta tendre présence était à la même place Présence transparente et la mienne Rien changé mais tout avait vieilli en même temps que mes tempes et mes yeux N’aimez-vous pas ce lieu commun ? laissez-moi laissez-moi c’est si rare cette ironique satisfaction Tout avait vieilli sauf ta présence Dans bien longtemps je suis passé par la marée du jour solitaire Les flots étaient toujours illusoires La carcasse du navire naufragé que tu connais - tu te rappelles cette nuit de tempête et de baisers ? - était-ce un navire naufragé ou un délicat chapeau de femme roulé par le vent dans la pluie du printemps était à la même place Et puis foutaise larirette dansons parmi les prunelliers ! Les apéritifs avaient changé de nom et de couleur Les arcs-en-ciel qui servent de cadre aux glaces Dans bien longtemps tu m’as aimé. XXI Jamais D’Autre Que Toi. Jamais d’autre que toi en dépit des étoiles et des solitudes En dépit des mutilations d’arbre à la tombée de la nuit Jamais d’autre que toi ne poursuivra son chemin qui est le mien Plus tu t’éloignes et plus ton ombre s’agrandit Jamais d’autre que toi ne saluera la mer à l’aube quand fatigué d’errer moi sorti des forêts ténébreuses et des buissons d’orties je marcherai vers l’écume Jamais d’autre que toi ne posera sa main sur mon front et mes yeux Jamais d’autre que toi et je nie le mensonge et l’infidélité Ce navire à l’ancre tu peux couper sa corde Jamais d’autre que toi L’aigle prisonnier dans une cage ronge lentement les barreaux de cuivre vert-de- grisés Quelle évasion ! C’est le dimanche marqué par le chant des rossignols dans les bois vert tendre l’ennui des petites filles en présence d’une cage où s’agite un serin, tandis que dans la rue solitaire le soleil lentement déplace sa ligne mince sur le trottoir chaud Nous passerons d’autres lignes Jamais jamais d’autre que toi Et moi seul seul seul comme le lierre fané des jardins de banlieue seul comme le verre Et toi jamais d’autre que toi. XXII Passé Le Pont. (????) Manquant. XXIII En Sursaut. Sur la route en revenant des sommets rencontré par les corbeaux et les chataignes Salué la jalousie et la pâle flatteuse Le désastre. Enfin le désastre annoncé Pourquoi pâlir, pourquoi frémir ? Salué la jalousie et le règne animal avec la fatigue avec le désordre avec la jalousie Un voile qui se déploie au-dessus des têtes nues Je n’ai jamais parlé de mon rêve de paille Mais où sont partis les arbres solitaires du théâtre Je ne sais où je vais j’ai des feuilles dans les mains j’ai des feuilles dans la bouche Je ne sais si mes yeux se sont clos cette nuit sur les ténèbres précieuses ou sur un fleuve d’or et de flamme Est-il le jour des rencontres et des poursuites J’ai des feuilles dans les mains j’ai des feuilles dans la bouche. XXIV. De La Rose De Marbre A La Rose De Fer. La rose de marbre immense et blanche était seule sur la place déserte où les ombres se prolongeaient à l’infini. Et la rose de marbre seule sous le soleil et les étoiles était la reine de la solitude. Et sans parfum la rose de marbre sur sa tige rigide au sommet du piédestal de granit ruisselait de tous les flots du ciel. La lune s’arrêtait pensive en son coeur glacial et les déesses des jardins les déesses de marbre à ses pétales venaient éprouver leurs seins froids. La rose de verre résonnait à tous les bruits du littoral. Il n’était pas un sanglot de vague brisée qui ne la fît vibrer. Autour de sa tige fragile et de son coeur transparent des arcs en ciel tournaient avec les astres. La pluie glissait en boules délicates sur ses feuilles que parfois le vent faisait gémir à l’effroi des ruisseaux et des vers luisants. Le rose de charbon était un phénix nègre que la poudre transformait en rose de feu. Mais sans cesse issue des corridors ténébreux de la mine où les mineurs la recueillaient avec respect pour la transporter au jour dans sa gangue d’anthracite la rose de charbon veillait aux portes du désert. La rose de papier buvard saignait parfois au crépuscule quand le soir à son pied venait s’agenouiller. La rose de buvard gardienne de tous les secrets et mauvaise conseillère saignait un sang plus épais que l’écume de mer et qui n’était pas le sien. La rose de nuages apparaissait sur les villes maudites à l’heure des éruptions de volcans à l’heure des incendies à l’heure des émeutes et au-dessus de Paris quand la commune y mêla les veines irisées du pétrole et l’odeur de la poudre. Elle fut belle au 21 janvier belle au mois d’octobre dans le vent froid des steppes belle en 1905 à l’heure des miracles à l’heure de l’amour. La rose de bois présidait aux gibets. Elle fleurissait au plus haut de la guillotine puis dormait dans la mousse à l’ombre immense des champignons. La rose de fer avait éte battue durant des siècles par des forgerons d’éclairs. Chacune de ses feuilles était grande comme un ciel inconnu. Au moindre choc elle rendait le bruit du tonnerre. Mais qu’elle était douce aux amoureuses désespérées la rose de fer. La rose de marbre la rose de verre la rose de charbon la rose de papier buvard la rose de nuages la rose de bois la rose de fer refleuriront toujours mais aujourd’hui elles sont effeuillées sur ton tapis. Qui es-tu ? toi qui écrases sous tes pieds nus les débris fugitifs de la rose de marbre de la rose de verre de la rose de charbon de la rose de papier buvard de la rose de nuages de la rose de bois de la rose de fer. * * * AUTRE POEMES Sirène-Anémone. Qui donc pourrait me voir Moi la flamme étrangère L’anémone du soir Fleurit sous mes fougères Ô fougères mes mains Hors l’armure brisée Sur le bord des chemins En ordre sont dressées Et la nuit s’exagère au brasier de la rouille Tandis que les fougères Vont aux écrins de houille L’anémone des cieux Fleurit sur mes parterres Fleurit encore aux yeux À l’ombre des paupières Anémone des nuits qui plonge ses racines Dans l’eau creuse des puits, Aux ténèbres des mines Poseraient-ils leurs pieds Sur le chemin sonore où se niche l’acier Aux ailes de phosphore Verraient-ils les mineurs Constellés d’anthracite Paraître l’astre en fleur Dans un ciel en faillite En cet astre qui luit S’incarne la sirène L’anémone des nuits fleurit sur son domaine Alors que s’ébranlaient avec des cris d’orage Les puissances Vertige au verger des éclairs La sirène dardée à la proue d’un sillage Vers la lune chanta la romance de fer Sa nage déchirait l’hermine des marées Et la comète errant rouge sur un ciel noir Paraissait par mirage aux étoiles ancrées L’anémone fleurie aux jardins des miroirs Et parallèlement la double chevelure Rayait de feu le ciel et d’écume les eaux Fougères surgissez hors de la déchirure Par où l’acier saigna sur le fil des roseaux Nulle armure jamais ne valut votre angoisse Fougères pourrissant parmi nos souvenirs Mais vous charbonnerez longtemps sous nos cuirasses Avant la flamme où se cabrant pour mieux hennir Le cheval vieux cheval de retour et de rêve Vers les champs clos emportera nos ossements Avant l’onde roulant notre coeur sur la grève Où la sirène dort sous un soleil clément L’anémone fleurit partout sous les carènes Déchirées aux récifs dans l’herbe des forêts Dans le train des miroirs sur les parquets d’ébène Et surtout dans nos coeurs palpitant sans arrêt C’est le joyau serti au vif des nébuleuses L’orgueil des voies lactées et des constellations La prunelle qui met au regard des plus gueuses Le diamant de fureur et de consolation Heureuse de nager loin des hauts promontoires Parmi les escadrons de requins fraternels La sirène aux seins durs connaît maintes histoires Et l’accès des trésors à l’ombre des tunnels Mais ni l’or reluisant dans les fosses marines Ni les clefs retrouvées des légendes du port Ne la charment autant que d’ouvrir les narines Aux vents salés plus lourds des parfums de la mort C’était par un soir de printemps d’une des années perdues à l’amour D’une des années gagnées à l’amour pour jamais Souviens-toi de ce soir de pluie et de rosée où les étoiles devenues comètes tombaient vers la terre La plus belle et la plus fatale la comète de destin de larmes et d’éternels égarements S’éloignait de mon ciel en se reflétant dans la mer Tu naquis de ce mirage Mais tu t’éloignas avec la comète et ta chanson s’éteignit parmi les échos Devait-elle ta chanson pour jamais Est-elle morte et dois-je la chercher dans le choeur tumultueux des vagues qui se brisent Ou bien renaîtra-t-elle du fond des échos et des embruns Quand à jamais la comète sera perdue dans les espaces Surgiras-tu mirage de chair et d’os hors de ton désert de ténèbres Souviens-toi de ce paysage de minuit de basalte et de granit 0ù détachée du ciel une chevelure rayonnante s’abattit sur tes épaules Quelle rayonnante chevelure de sillage et de lumière Ce n’est pas en vain que tremblent dans la nuit les robes de soie Elles échouent sur les rivages venant des profondeurs Vestiges d’amours et de rivages où l’anémone refuse de s’effeuiller De céder à la volonté des flots et des destins végétaux À petits pas la solitaire gagne alors un refuge de haut parage Et dit qu’il est mille regrets à l’horloge Non ce n’est pas en vain que palpitent ces robes mouillées Le sel s’y cristallise en fleurs de givre Vidées des corps des amoureuses Et des mains qui les enlaçaient Elles s’enfuient des gouffres tubéreuses Laissant aux mains malhabiles qui les laçaient Les cuirasses d’acier et les corsets de satin N’ont elles pas senti la rayonnante chevelure d’astres Qui par une nuit de rosée tomba en cataractes sur tes épaules Je l’ai vue tomber Tu te transfiguras Reviendras-tu jamais des ténèbres Nue et plus triomphante au retour de ton voyage Que l’enveloppe scellée par cinq plaies de cire sanglante Ô les mille regrets n’en finiront jamais D’occuper cette horloge dans la clairière voisine Tes cheveux de sargasse se perdent Dans la plaine immense des rendez-vous manqués Sans bruit au port désert arrivent les rameurs Qui donc pourrait te voir toi l’amante et la mère Incliner à minuit sur le front du dormeur L’anémone du soir fleurie sous tes paupières Baiser sa bouche close et baiser ses yeux clos Incliner sur son front l’immense chevelure Bérénice de l’ombre ah ! retourne à tes flots Sirène avant que l’aube ouvre ses déchirures Une steppe naîtra de l’écume atlantique Du clair de lune et de la neige et du charbon où nous emportera la licorne magique Vers l’anémone éclose au sein des tourbillons Tempête de suie nuage en forme de cheval Ah malheur ! Sacré nom de Dieu ! La nuit naufrage La nuit ? Voici sonner les grelots ! Carnaval Ferme l’oeil ! En vérité le bel équipage Et dans ce ciel suintant des barriques des docks Soudain brusquement s’interrompent les rafales Quand la sirène avec l’aurore atteint les rocs L’anémone du ciel est la fleur triomphale C’est elle qui dresse au-dessus des volcans Jette une lueur blafarde à travers la campagne C’est l’aile du vautour le cri du pélican C’est le plan d’évasion qui fait sortir du bagne C’est le reflet qui tremble aux vitres des maisons Le sang coagulé sur les draps mortuaires C’est un voile de deuil pourri sur le gazon C’est la robe de bal découpée dans un suaire C’est l’anathème et l’insulte et le juron C’est le tombeau violé les morts à la voirie La vérole promise à trois générations Et c’est le vitriol jeté sur les soieries C’est le bordel du Christ le tonnerre de Brest C’est le crachat le geste obscène vers la vierge C’est un peuple nouveau apparaissant à l’est C’est le poignard le poison ce sont les verges C’est l’inverti qui se soumet et s’agenouille Le masochiste qui se livre au martinet Le scatophage hideux au masque de gargouille Et la putain furonculeuse aux yeux punais C’est l’étreinte écoeurante avec la femme à barbe C’est le ciel reflété par un oeil de lépreux C’est le châtré qui se dénude sous les arbres Et l’amateur d’urine au sourire visqueux C’est l’empire des sens anémone l’ivresse Et le sulfure et la saveur d’un sang chéri La légitimité de toutes les caresses Et la mort délicieuse entre des bras flétris Pluie d’étoiles tombez parmi les chevelures Je veux un ciel tout nu sur un globe désert où des brouillards mettront une robe de bure aux mortes adorées pourrissant hors de terre Adieu déjà parmi les heures de porcelaine Regardez le jour noircit au feu qui s’allume dans l’âtre Regardez encore s’éloigner les herbes vivantes Et les femmes effeuillant 1a marguerite du silence Adieu dans la boue noire des gares Dans les empreintes de mains sur les murs Chaque fois qu’une marche d’escalier s’écroule un timide enfant paraît à la fenêtre mansardée Ce n’est plus dit-il le temps des parcs feuillus J’écrase sans cesse des larves sous mes pas Adieu dans le claquement des voiles Adieu dans le bruit monotone des moteurs Adieu ô papillons écrasés dans les portes Adieu vêtements souillés par les jours à trotte-menu Perdus à jamais dans les ombres des corridors Nous t’appelons du fond des échos de la terre, Sinistre bienfaiteur anémone de lumière et d’or Et que brisé en mille volutes de mercure Éclate en braises nouvelles à jamais incandescentes L’amour miroir qui sept ans fleurit dans ses fêlures Et cire l’escalier de la sinistre descente Abîme nous t’appelons du fond des échos de la terre Maîtresse généreuse de la lumière de l’or et de la chute Dans l’écume de la mort et celle des Finistères Balançant le corps souple des amoureuses Dans les courants marqués d’initiales illisibles Maîtresse sinistre et bienfaisante de la perte éternelle Ange d’anthracite et de bitume Claire profondeur des rades mythologie des tempêtes eau purulente des fleuves eau lustrale des pluies et des rosées Créature sanglante et végétale des marées Du marteau sur l’enclume au couteau de l’assassin Tout ce que tu brises est étoile et diamant Ange d’anthracite et de bitume Éclat du noir orfraie des vitrines Des fumées lourdes te pavoisent quand tu poses les pieds Sur les cristaux de neige qui recouvrent les toits Haletant de mille journaux flambant après une nuit d’encre fraîche Les grands mannequins écorchés par l’orage Nous montrent ce chemin par où nul n’est venu Où donc est l’oreiller pour mon front fatigué Où donc sont les baisers où donc sont les caresses Pour consoler un coeur qui s’est trop prodigué où donc est mon enfant ma fleur et ma détresse Me pardonnant si des brouillards bandent mes yeux Si j’ai l’air d’être ailleurs si j’ai l’air un autre Me pardonnant de croire au noir au merveilleux D’avoir des souvenirs qui ne soient pas les nôtres Pardonnant mon passé mon coeur mes cicatrices D’avoir parcouru seul d’émouvantes contrées D’avoir été tenté par des voix tentatrices Et de ne pas l’avoir plus vite rencontrée Saurait-elle oublier mes rêves d’autrefois Les fortunes perdues et les larmes versées L’étoile sans merci brillant au fond des bois Et les désirs meurtris en des nuits insensées Et ces phrases tordues comme notre amour même Et que je murmurais lorsque minuit blafard Posait ses maigres doigts sur des visages blêmes Séchant les yeux mouillés et barbouillant les fards Dans ces temps-là le ciel était lourd de ténèbres Le sonore minuit conduisait vers mon lit Des visiteuses sans pitié et plus funèbre Que la mort l’anémone évoquait la folie Les fleurs qui s’effeuillaient sur les fruits de l’automne Laissèrent leurs parfums aux fleurs des compotiers Et sur le fût tronqué des anciennes colonnes Le sel des vents marins mit des lueurs de glaciers Et longtemps ces parfums orgueil des porcelaines Flotteront dans la paix des salles à manger Et les cristaux de sel brilleront dans la laine Des grands manteaux flottants que portent les bergers Mes baisers rejoindront les larmes qui vont naître Ils rejoindront la solitude sans pitié Les vents marins soufflant sur les chaumes sans maîtres Et les parfums mourants au fond des compotiers Je suis marqué par mes amours et pour la vie Comme un cheval sauvage échappé aux gauchos Qui retrouvant la liberté de la prairie Montre aux juments ses poils brûlés par le fer chaud Tandis qu’au large avec de grands gestes virils La sirène chantant vers un ciel de carbone au milieu des récifs éventreurs de barils, au coeur des tourbillons fait surgir l’anémone. L’Aveugle. (????) Manquant. Mouchoirs Au Nadir. Comme l’espace entre eux devenait plus opaque Le signe des mouchoirs disparut pour jamais Eux c’était une amante aux carillons de Pâques Qui revenait de Rome et que l’onde animait Eux c’était un amant qui partait vers la nuit Érigée sur la route au seuil des capitales Eux c’était la rivière et le miroir qui fuit la porte du sépulcre et le coeur du crotale Combien d’oiseaux combien d’échos combien de flammes Se sont unis aux fond des lits de cauchemars Combien de matelots ont-ils brisé leurs rames En les trempant dans l’eau hantée par les calmars Combien d’appels perdus à travers les déserts Avant de se briser aux portes de la ville Combien de prêtres morts pendus à leurs rosaires Combien de trahisons dans les guerres civiles Le signe des mouchoirs qui se perd dans les nuages Aux ailes des oiseaux fait ressembler le lin Les filles à minuit contemplent son image Vol de mouette apparue dans le miroir sans tain Les avirons ne heurtent plus les flots du port Les cloches vendredi ne partent plus pour Rome Tout s’est tu puisqu’un soir l’au revoir et la mort Ont échangé le sel le vin et la pomme Les astres sont éteints au zénith qui les porte Ô Zénith ô Nadir ô ciel tous les chemins conduisent à l’amour marqué sur chaque porte Conduisent à la mort marquée dans chaque main Ô Nadir je connais tes parcs et ton palais Je connais ton parfum tes fleurs tes créatures Tes sentiers de vertige où passent les mulets Du ciel les nuages blancs du soir à l’aventure Ô Nadir dans ton lit de torrent et cascades Le négatif de celle aimée la seule au ciel Se baigne et des troupeaux lumineux de dorades Paissent l’azur sous les arceaux de l’arc-en-ciel Ni vierge di déesse et posant ses deux pieds Sur le croissant de lune et l’anneau des planètes Dans le ronronnement de tes rouages d’acier Hors du champ tumultueux fouillé par les lunettes Vieux Nadir ô pavé au col pur des amantes Est-ce dans ta volière au parc des étincelles Qu’aboutissent les vols de mouchoirs et la menthe L’herbe d’oubli dans tes gazons resplendit-elle ? De Silex Et De Feu. (????) Incomplet. . . . La mer ce n'est pas même un miroir sans visage Un terme de comparaison pour les rêveurs Un sujet de pensées pour l'engeance des sages Pas même un lavoir propre à noyer les laveurs Ce n'est pas un grimoire où dorment des secrets Une mine à trésor une femme amoureuse Une tombe où cacher la haine et les regrets Une coupe où vider l'Amazone et la Meuse Non la mer c'est la nuit qui dort pendant le jour C'est un écrin pillé c'est une horloge brève Non pas même cela ni la mort ni l'amour La mer n'existe pas car la mer n'est qu'un rêve Et moi qui l'appelais à l'assaut de la digue je reste au pied des rocs jonchés de goémon Tandis que le soleil ouvert comme une figue saigne sur les tourbeaux errant dans le limon Jamais plus la tempête en sapant les falaises N'abîmera la ville d'Ys les icebergs Ne dériveront plus à moins qu'il ne me plaise De recréer les flots les voiles et les vergues Déjà sentant la mort et la teinture d'iode Dans la putréfaction qui comblera les mares Une flore nouvelle apparaît comme une ode Vers le ciel impalpable où s'éteignent les phares . . . Le Poème A Florence. Comme un aveugle s’en allant vers les frontières Dans les bruits de la ville assaillie par le soir Appuie obstinément aux vitres des portières Ses yeux qui ne voient pas vers l’aile des mouchoirs Cornme ce rail brillant dans l’ombre sous les arbres Comme un reflet d’éclair dans les yeux des amants Comme un couteau brisé sur un sexe de marbre Comme un législateur parlant à des déments Une flamme a jailli pour perpétuer Florence Non pas celle qui haute au détour d’un chemin Porta jusqu’à la lune un appel de souffrance Mais celle qui flambait au bücher quand les mains dressées comme cinq branches d’une étoile opaque attestaient que demain surgirait d’aujourd’hui Mais celle qui flambait au chemin de saint Jacques Quand la déesse nue vers le nadir a fui Mais celle qui flambait aux parois de ma gorge Quand fugitive et pure image de l’amour Tu surgis tu partis et que le feu des forges Rougeoyait les sapins les palais et les tours J’inscris ici ton nom hors des deuils anonymes Où tant d’amantes ont sombré corps âme et biens Pour perpétuer un soir où dépouilles ultimes Nous jetions tels des os nos souvenirs aux chiens Tu fonds tu disparais tu sombres mais je dresse au bord de ce rivage où ne brille aucun feu Nul phare blanchissant les bateaux en détresse Nulle lanterne de rivage au front des boeufs Mais je dresse aujourd’hui ton visage et ton rire Tes yeux bouleversants ta gorge et tes parfums Dans un olympe arbitraire où l’ombre se mire dans un miroir brisé sous les pas des défunts Afin que si le tour des autres amoureuses Venait avant le mien de s’abîmer tu sois Et l’accueillante et l’illusoire et l’égareuse la soeur des mes chagrins et la flamme à mes doigts Car la route se brise au bord des précipices je sens venir les temps où mourront les amis Et les amants d’autrefois et d’aujourd’hui Voici venir les jours de crêpe et d’artifice Voici venir les jours où les oeuvres sont vaines où nul bientôt ne comprendra ces mots écrits Mais je bois goulûment les larmes de nos peines quitte à briser mon verre à l’écho de tes cris Je bois joyeusement faisant claquer ma langue le vin tonique et mâle et j’invite au festin Tous ceux-là que j’aimai. Ayant brisé leur cangue qu’ils viennent partager mon rêve et mon butin Buvons joyeusement ! chantons jusqu’à l’ivresse ! nos mains ensanglantées aux tessons des bouteilles Demain ne pourront plus étreindre nos maîtresses. Les verrous sont poussés au pays des merveilles. Source: http://www.poesies.net