Destinée Arbitraire. Par Robert Desnos. (1900-1945) TABLE DES MATIERES Bouquet. Chantepleure. Soir. À L'Aube. Nuits. Le Loup. Un conte. L'Oiseau Mécanique. Pierre A Pierre. Les Charmes De La Nuit. Sur La Route. Le Canapé De Paméla. Les Nuits Blanches. Ma Sirène. Littérature. Histoire De Folfanfifre. Mon Amour Parle-Moi. Conte De Fée. Ô Jeunesse. Histoire Du Petit Bossu. Bagatelles. Le Nuage. La Prairie Du Revenez-Y. Si Belles Soyez-Vous. L'Oiseau Qui Vole Vers La Côte. Couchée. Minotaure. La Reine Couchée Dans Son Lit. À L'Aube D'Un Jour De Coup De Dés. À La Dame Si Reine. Incantation. Un Rêve Des Jours Passés. Lumière De Mes Nuits. La Ville Jadis La Ville Naguère La Ville Passée. Un Petit Bonhomme Rouge. Ma Chérie Ma Chérie Ma Youki. La Ménagerie De Tristan. La Grenouille Aux Souliers Percés. Le Poisson Sans-Souci. L'Oiseau Du Colorado. L'Araignée A Moustaches. Le Chat Qui Ne Ressemblait A Rien. L'Éléphant Qui N'A Qu'Une Patte. Le Parterre D'Hyacinthe. L'Anémone Qui Régnait Sur La Mer. La Rose A Voix De Soprano. Le Cactus Délicat. L'Arbre Qui Boit Du Vin. Le Salsifis Du Bengale. La Géométrie De Daniel. Le Carré Pointu. Le Rond Et L'Etoile. Par Un Point Situé Sur Un Plan... L'Anneau De Moebius. L'Angle Sous Lequel... Parabole I Parabole II Bouquet. Trois pensées trois coquelicots trois soucis Trois soucis trois roses trois oeillets Les trois roses pour mon amie Les trois oeillets pour mon ami Les trois coquelicots pour la petite fille si triste Les trois pensées pour mon ami Les trois soucis pour moi. Chantepleure. Chantecaille fleur des rues Chantepie fleur des bois Chanteloup fleur des eaux Chantamour fleur des nuits Chantemort fleur des pois Pleurivresse fruit de l'aube Pleurétreinte fruit des yeux Pleuraccueil fruit des mains Pleurémoi fruit des lèvres Pleurez-moi fruit du temps. Soir. Jadis un coeur battait dans cette poitrine Il ne battait que pour elle Le coeur bat toujours mais on ne sait plus pourquoi Celui-là a clos ses lèvres à jamais Il ne dit plus Il ne dira jamais plus le mot amour Peut-être le coeur bat-il toujours pour elle Il bat sûrement encore pour elle Mais il bat dans le silence Ce doit être une triste nuit Que la nuit de celui-là Qui écoute battre son coeur Il l'écoute il bat comme aux grands jours Comme aux jours délicieux Comme aux jours d'illusion Mais l'amour n'a plus le droit de se révéler Par la parole de ce veilleur acharné Obstiné à aimer et à souffrir Et si elle aussi a un coeur Un soir elle viendra à pas de loup Fermer ces yeux qui fixent son image dans l'obscurité Et mettre sur le silence de cet amour Le silence immense et sifflant du sommeil Mais alors elle apparaîtra dans un rêve Et tout sera à recommencer. À L'Aube. Le matin s'écroule comme une pile d'assiettes En milliers de tessons de porcelaine et d'heures Et de carillons Et de cascades Jusque sur le zinc de ce bistro très pauvre Où les étoiles persistent dans la nuit du café Elle n'est pas pauvre Celle-là dans sa robe de soirée souillée de boue Mais riche des réalités du matin De l'ivresse de son sang Et du parfum de son haleine que nulle insomnie ne peut altérer Riche d'elle-même et de tous les matins Passés présents et futurs Riche d'elle-même et du sommeil qui la gagne Du sommeil rigide comme un acajou Du sommeil et du matin et d'elle-même Et de toute sa vie qui ne se compte Que par matinées, aubes éclatantes cascades, sommeils, nuits vivantes Elle est riche celle-là Même si elle tend la main Et doit dormir au frais matin Dans sa robe crottée sur un lit de désert. Nuits. Femmes de grand air Femmes de plein vent Est-ce que la nuit est douce pour vous Femmes de plein vent Rôdeuses rencontrées à l'aube Est-ce que la nuit ne vous déchire pas Femmes de grand air Laboureuses perdues dans les plaines Est-ce que la nuit est une moisson pour vous Femmes de plein vent Marchandes de poissons aux mains crevassées Est-ce que ta nuit coule vite pour vous Femmes réveillées au petit jour Femmes traînant au travail des pieds meurtris Est-ce que la nuit est sans écho pour vous La nuit est-elle douce ? La nuit vous déchire-t-elle ? Moissonnez-vous la nuit ? La nuit coule-t-elle vite pour vous ? Femmes de grand air Femmes de plein vent Femmes de la nuit de l'aube et du jour Rôdeuses laboureuses poissonnières Aimez-vous le plein air Aimez-vous le grand vent ? Le Loup. Le loup n'a plus les dents longues au temps des aubépines Les yeux lueurs de brasier Éclatantes étoiles Figures de lac et de torrent Neige forêt Et sur tout cela comme dans les images La zébrure d'un ruisseau de sang Un traîneau fuyant au loin vers les forêts La voix d'une petite fille Loup y es-tu n'y es-tu pas au temps des aubépines au temps des pommes de pin. Un conte. Le petit poucet perd une multitude de clefs dans le sentier ténébreux de la forêt Voilà pourquoi tant de portes se ferment Pourquoi votre porte est fermée Frappe à la porte à la fenêtre Une lueur se promène de la cave au grenier On entend le souffle de votre sommeil Êtes-vous prisonnière dans votre maison ? Les ténèbres de la forêt ne vous appellent-elles pas ? La clef des champs est perdue alors forcez la serrure Réveillez-vous Ne respirez plus si tranquillement Mais surtout surtout éteignez cette lumière qui se promène quand vous dormez qui se promène de la cave au grenier. L'Oiseau Mécanique. L'oiseau tête brûlée Qui chantait la nuit Qui réveillait l'enfant Qui perdait ses plumes dans l'encrier L'oiseau pattes de sept lieues Qui cassait les assiettes Qui dévastait les chapeaux Qui revenait de Suresnes L'oiseau l'oiseau mécanique A perdu sa clef Sa clef des champs Sa clef de voûte Voilà pourquoi il ne chante plus. Pierre A Pierre. Pierre à pierre et pied à pied Et coeur à coeur et tête à tête Les beaux jours sont passés Fil à fil et feuille à feuille Et un à un et seul à seul Les jours sont beaux et ne passent pas Grain à grain corps à corps Et côte à côte et main à main Bien malin qui gagnera la bataille Pierre à grain et seule à un Et main à coeur et tête à coeur L'amour est vaste comme le monde. Les Charmes De La Nuit. Quand on confie son corps aux charmes de la nuit Il semble voir paraître à travers la fenêtre Le visage lointain de ceux que l'on connut où étiez-vous ? où était-elle ? où serons-nous ? Le temps qui s'abolit et renaît de lui-même ne répond même pas aux questions des passants, Ces fleurs qui s'effeuillaient ces souffles oubliés ont atterri bien loin sur des terres nouvelles on les voit resplendir à l'éclair des prunelles dans un accent de voix dans un geste inutile Ils mourront tous à l'heure dite à la va-vite Ces yeux s'éloigneront ainsi que deux lanternes que l'on voit disparaître aux routes en forêts Ces yeux reparaîtront on reverra leur cerne on ressent leur regard Eh quoi ce n'est pas eux La vie est parcourue de fantômes futiles De loin on reconnaît la démarche amicale Et de près ce n'est plus qu'une vaine vapeur Squelette ridicule ou burlesque brouillard allez-vous-en allez-vous-en je ne crains plus que le mystère enclos dans la réalité. Sur La Route. Sur la route parfois on rencontre des vignes Dont les raisins mûris sont à portée de main qu'ils sont bons ! Et partons où serons-nous demain ? Car la feuille ressemble à la main par les lignes. Mais chérissons le vin où se lisent les signes sacrés de la jeunesse et des désirs humains Le verre est bu, partons reprenons le chemin qui naît au chant du coq et meurt au chant du cygne Il reste cependant de nos verres sur la nappe tracée. Aux mains des lavandières La tache partira bientôt au fil de l'eau. Ainsi vont les serments belle fille qui chantes Pour trinquer à plaisir en l'honneur des méchantes Remplissez notre verre aux bondes des tonneaux. Dans Un Petit Bateau. Dans un petit bateau Une petite dame Un petit matelot Tient les petites rames Ils s'en vont voyager Sur un ruisseau tranquille Sous un ciel passager Et dormir dans une île C'est aujourd'hui Dimanche Il fait bon s'amuser Se tenir part la hanche Échanger des baisers C'est ça la belle vie Dimanche au bord de l'eau Heureux ceux qui envient Le petit matelot. Le Canapé De Paméla. Le canapé de Paméla Le Panapé de Caméla Le Panala de Camépé Est un beau canaquois Est un nabeau est un naquois Charmante Panapé Charmante Paméla Le charme de Paméla Le charme du canapé Il est passé par ici Il repassera par là C'est un nabeau c'est un naquois Charmante Paméla Délicieux canapé. Les Nuits Blanches. Ma Sirène. Ma sirène est bleue comme les veines où elle nage Pour l'instant elle dort sur la nacre Et sur l'océan que je crée pour elle Elle peut visiter les grottes magiques des îles saugrenues Là des oiseaux très bêtes conversent avec des crocodiles qui n'en finissent plus Et les oiseaux très bêtes volent au-dessus de la sirène bleue Les crocodiles retournent à leur boire Et l'île n'en revient pas ne revient pas d'où elle se trouve où ma sirène et moi nous l'avons oubliée Ma sirène a des étoiles très belles dans son ciel Des étoiles blondes aux yeux noirs Des étoiles rousses aux dents étincelantes et des étoiles brunes aux beaux seins Chaque nuit trois par trois alternant la couleur de leurs cheveux Ces étoiles visitent ma sirène Cela fait beaucoup d'allées et venues dans le ciel Mais le ciel de ma sirène n'est pas un ciel ordinaire Ma sirène a sept bateaux sur son océan Lundi Mardi Mercredi Jeudi Vendredi Samedi et Dimanche Les uns à vapeur les autres à voiles Les uns rapides les autres lents Mais tous beaux mais tous charmants avec des marins connaissant leur métier Ma sirène a des savons de toutes formes et de toutes couleurs C'est pour laver sa jolie peau Ma sirène a beaucoup de savons L'un pour les mains L'autre pour les pieds Un pour hier Un pour demain Un pour chacun des yeux Et celui-là pour sa queue d'écailles Et cet autre pour les cheveux Et encore un pour son ventre Et encore un pour ses reins Ma sirène ne chante que pour moi J'ai beau dire à mes amis de l'écouter Personne ne l'entendit jamais Excepté un, un seul Mais bien qu'il ait l'air sincère Je me méfie car il peut être menteur. Littérature. Je voudrais aujourd'hui écrire de beaux vers Ainsi que j'en lisais quand j'étais à l'école Ça me mettait parfois les rêves à l'envers Il est possible aussi que je sois un peu folle Mais compter tous ces mots accoupler ces syllabes Me paraît un travail fastidieux de fourmi J'y perdrais mon latin mon chinois mon arabe Et même le sommeil mon serviable ami J'écrirai donc comme je parle et puis tant pis Si quelques grammairien surgi de sa pénombre Voulait me condamner avec hargne et dépit Il est une autre science où je puis le confondre. Histoire De Folfanfifre. Folfanfifre à l'école ne savait rien à l'école n'apprenait rien Son maître était un sot Folfanfifre fut un sage De ne rien apprendre de faux Folfanfifre eut ce courage Folfanfifre au bistro ne buvait rien au bistro ne mangeait rien Le patron étant un empoisonneur Folfanfifre eut ainsi la chance de ne pas mourir avant l'heure Et de pouvoir encore danser une danse Folfanfifre au bal dans cette danse se brisa un bras un pied une dent et la panse Folfanfifre mourut à son heure au même instant que ses compagnons qui moururent empisonnés par malheur et par de mauvais champignons Folfanfifre avait une maîtresse Folfanfifre aimait les caresses Il avait beau n'être pas beau Il était aimé mieux qu'un autre Il s'en souvient en son tombeau Ferez-vous de même en le vôtre ? Folfanfifre n'avait pas l'air heureux Peut-être était-il heureux Mais au point où il en est Qu'est-ce que ça peut bien faire Vous souvenez-vous qui il était vous sa maîtresse et vous son frère ? Folfanfifre aimait l'arc-en-ciel aimait aussi les hirondelles Il aimait les feux d'artifice Sans doute aussi le vieux bourgogne l'argent l'or et le pain d'épices Mais il n'aimait pas la besogne Folfanfifre aurait voulu toujours dormir Pour gagner son pain il se privait de dormir Il est bien avancé à cette heure Maintenant qu'il est au cercueil Mais peut-être dort-il à cette heure Peut-être même ne dort-il que d'un oeil ? Folfanfifre qui n'apprit rien Savait tout ne sachant rien Nous non plus nous ne savons pas grand-chose Si l'on nous aime et si nous aimons Si c'est au rosier que fleurit la rose Si plus que Folfanfifre nous existons Folfanfifre ne se posait pas de questions Et ne répondait jamais aux questions Tout compte fait je puis le dire Je crois bien qu'il avait raison Moi j'ai raison de rire Et vous de pleurer sans raison. Mon Amour Parle-Moi. Quand tu m'aimes, qu'à tes étreintes Je m'abandonne avec émoi Pour calmer mes tourments mes craintes Mon amour parle-moi Il faut peupler les nuits hostiles Avec les cris de nos émois Il faut charmer les nuits tranquilles Mon amour parle-moi Dans la nuit vouée aux mauvais sorts Des fantômes jettent l'effroi Et toi si tu es un mort ? Mon amour parle-moi Si tu m'aimes il faut le dire Il faut me prouver tes émois Il faut me prouver ton délire Mon amour parle-moi Même si tu dis des mensonges si tu simules ton émoi Pour que le songe se prolonge Mon amour parle-moi. Conte De Fée. Il était un grand nombre de fois Un homme qui aimait une femme Il était un grand nombre de fois Une femme qui aimait un homme Il était un grand nombre de fois Une femme et un homme Qui n'aimaient pas celui et celle qui les aimaient Il était une fois Une seule fois peut-être Une femme et un homme qui s'aimaient. Ô Jeunesse. Ô jeunesse voici que les noces s'achèvent Les convives s'en vont des tables du banquet Les nappes sont tachées de vin et le parquet Est blanchi par les pas des danseurs et des rêves Une vague a roulé des roses sur la grève quelque amant malheureux jeta du haut du quai Dans la mer en pleurant reliques et bouquets Et les rois ont mangé la galette et la fève Midi flambant fait pressentir le crépuscule Le cimetière est plein d'amis qui se bousculent que leur sommeil soit calme et leur mort sans rigueur Mais tant qu'il restera du vin dans les bouteilles qu'on emplisse mon verre et bouchant mes oreilles J'écouterai monter l'océan dans mon coeur. Histoire Du Petit Bossu. Le petit bossu me disait ma chère Viens au bal ou viens dans les bois Ne crois pas qu'on t'aime ma chère De moi seul tu as la foi Viens je te donnerai la moitié de ma bosse Et quand nous serons en tout pareils Nous célèbrerons nos étranges noces Loin de la lune et du soleil Le petit bossu me croyait bien bête Le petit bossu n'a rien gagné d'aller ainsi en tête à tête avec moi qui suis tant aimée Le petit bossu n'a rien perdu Car sa bosse est toujours aussi grosse Mais il a gagné sur son front nu Une paire de cornes en cadeau de noces Moi seule ai gagné dans l'histoire Car je doutais de mon amant Mais il a tant souffert que je dois croire Ô joie ! qu'il m'aime éperdument Il m'a retrouvée tout tremblant M'a prise en ses bras osant à peine Mettre sa bouche sur mon cou blanc Et j'entendais son coeur crever de peine Je crois que maintenant Je vais l'aimer comme il m'aime en sa détresse Et qu'étant toujours mon amant Je serai enfin sa maîtresse Amour toi qui conduis nos gestes Je crois que tu m'inspiras bien Puisque défiant guerre feu et pestes Notre amour surgit hors de ses liens Quand au bossu instrument de notre destin Je lui pardonne et qu'il m'oublie et nous oublie Je l'oublierai avant demain matin Car jamais mon amant n'occupa mieux mes nuits. Bagatelles. Vous reviendrez me voir, dit-elle, Quand vous serez riche à millions, Quand les roses de Bagatelle Sous la neige s'épanouiront. Lavant le sable des rivières, Brisant la quartz, ouvrant le tronc Des caoutchoucs à la lisière D'un enfer d'arbres aux fûts ronds, Libérant des nids de pétrole, Ou labourant des Alaskas, Quatre-vingt ans, la terre molle Cacha le trésor des Incas. Quand il revint, elle était morte, Il était bête, il était vieux, Mais les amants de cette sorte Ne sont pas tellement nombreux. Que fleurissent à Bagatelle Les roses de poudre et frimas, Mais que fleurissent surtout celles Que l'on aime jusqu'au trépas. Le Nuage. Le nuage dit à l'indien « Tire sur moi tes flèches, je ne sentirai rien. » « C'est vrai, rien ne t'ébrèche, Répond le sauvage, mais vois mes tatouages ! Rien de pareil sur les nuages. » La Prairie Du Revenez-Y. Revenez-y les vieilles allez-y les jeunes Les arbres grandissent jusqu'à la lune Les arbres vieillisent comme les jeunes Et meurent comme les vieilles Ainsi va la vie les vieilles ! ainsi va la vie les jeunes Les joues d'abricots se rideront Les joues se rideront comme les joues des vieilles Et les larmes sur elles couleront. ainsi vont les baisers les vieilles ainsi vont les baisers les jeunes L'éclair des beaux yeux s'éteindra Comme s'éteint la flamme des bougies vieilles Et la cire comme les larmes coule. Mais jamais ne mourra l'amour Ô ! vieilles Jamais l'amour ne mourra au coeur des jeunes Toujours l'éclair rayera n'importe quel orage La flamme de la vie et de l'amour Toujours rayonnera dans les profondes ténèbres Ce n'est pas vrai, ce n'est pas vrai Jamais ne mourra la couleur de vos joues Pousse le blé le bluet et l'ivraie Et la rougeur des baisers à vos cous Rien ne meurt la mort n'est pas vraie. Si Belles Soyez-Vous. Si belles soyez-vous Avec vos yeux de lacs et de lacs et de flammes avec vos yeux de piège à loup avec vos yeux couleur de nuit de jour d'aube et de marjolaine Si belles soyez-vous avec vos dents acérées et mordant ferme et jusqu'au sang avec vos dents de mer profonde et étincelantes avec vos dents avec vos dents blanches Si belles soyez-vous avec vos lèvres à baisers toujours prêts avec vos lèvres de silence et de tumulte et douceur et cruauté avec vos lèvres trop habiles et parfois trop pressées Si belles soyez-vous avec vos seins de blessures et d'éphémère perfection avec vos seins de consolation avec vos seins qu'on tient entre les mains comme un fruit Si belles soyez-vous avec vos cheveux et votre ventre avec votre ventre élastique et rond avec vos cheveux drus et sentant fort votre parfum naturel Si belles soyez-vous avec vos reins avec vos fesses froides avec vos omoplates faciles à griffer avec votre cou dont on ferait si bon marché Si belles soyez-vous avec votre sexe savoureux et autonome avec votre sexe admirable avec votre sexe fantasque comme vous et sanglant comme votre coeur Si belles soyez-vous Je ne vous aimerai pas Si belles soyez-vous . . . Je me révolte enfin contre tant de servitude J'ai aimé la plus belle et quand elle fut morte Une plus belle encore qui lui ressemblait comme une soeur Je brise mes liens Je tends mes regards vers la lumière de ce matin à l'aube au moment de dormir quand s'ouvrent de nouveau les anciennes blessures quand ça gueule d'absence et de solitude Et voilà que le matin me semble doux matin familier matin calme malgré pluie et bourrasque matin de bon bain et de coeur neuf Mon nouveau coeur est plus dur que le fer et moins cruel que votre coeur tendre je n'aimerai je ne veux plus aimer Claquez comme de grands drapeaux déchiquetés vautours abrutis de blizzards et de simoun éparpillez-vous dans les tempêtes oiseaux de charogne oiseaux oiseaux d'amour Et qu'importe quand bien même j'aimerais il ne saurait être question que de la même et quand bien même je l'aimerais encore qu'il n'en soit plus question Cuirassé par cet amour brûlant comme un appareil de torture protégé par lui plus question de vous les autres les déserts nous sépareront les étoiles aussi je sais d'où viennent les unes où s'enfoncent les autres Je sais quelle réponse il faut faire aux paroles admirables que vous prononcez et qu'elle prononce entre minuit et trois heures du matin Son coeur était plus vierge que les forêts de loin d'ici L'Oiseau Qui Vole Vers La Côte. L'oiseau qui vole vers la côte n'est pas près du bord où, tendant les lèvres, Le ciel de terre, au ciel de mer offre un baiser d'écume. n'a pas tort de voler, l'oiseau perdu en mer, n'a pas tort, le marin qui fixe à l'avant du navire, figure de proue, figure de rêve, L'image même de celle qu'il aime. Ceci se passe loin de tous les continents, Loin des continents herbus où courent les taureaux sauvages, Loin des continents mouillés où le lamantin et l'hippopotame Barbotent grassement dans la boue qui luit et sèche et craque, Loin des continents de ville et d'amour, Loin des continents d'éternelle jalousie, Loin des continents de steppe et de neige et de sable, Loin des continents de soleil Ceci se passe où je veux, Au pays des sirènes et des typhons, au pays des roulements de tonnerre Près du continent du ciel aride, Dans l'archipel éternel des nuages. Roulez, roulez, nuages, tandis que l'oiseau vole. Non loin de là, Une fiancée reçoit pour sa fête La carte postale d'éternel serment La colombe, au bec, tient la lettre cachetée : « Je vous jure un amour de toujours. » Roulez, roulez, nuages, archipel de nuages, Océan, aride océan. Les fontaines se lamentent loin des oiseaux Loin du murmure du vent dans les platanes. À pleine gueule, le poisson que tient la sirène Crache l'eau dans la lueur des reverbères et les reflets du macadam Et toute cette histoire s'achève, Loin des yeux, loin du coeur, Près de l'éternel serment. À Paris, place de la Concorde Une femme la plus belle et la plus touchante passe Seule, à pied, triste. Et, loin d'elle, au-dessus de la mer vole un oiseau Et jamais la femme ne verra le vol de cet oiseau jamais, de son ombre, le vol de cet oiseau ne rayera Le chemin suivi par cette femme. Jamais ? est-ce bien sûr ? ô, rencontres - ô, fontaines gémissantes au coeur des villes ô, coeurs gémissants par le monde. Vive la vie ! Couchée. À droite, le ciel, à gauche, la mer. Et devant les yeux, l'herbe et ses fleurs. Un nuage, c'est la route, suit son chemin vertical Parallèlement à l'horizon de fil à plomb, Parallèlement au cavalier. Le cheval court vers sa chute imminente Et cet autre monte interminablement. Comme tout est simple et étrange. Couchée sur le côté gauche, Je me désintéresse du paysage Et je ne pense qu'à des choses très vagues, Très vagues et très heureuses, Comme le regard las que l'on promène Par ce bel après-midi d'été À droite, à gauche, De-ci, de-là, Dans le délire de l'inutile. Minotaure. À manger son propre sang En tartine sur du pain À boire l'eau de l'étang Où les morts prennent leur bain À prononcer des paroles Nées de coeurs empoisonnés À fréquenter les écoles Des esprits emprisonnés À marcher sur le chemin On l'on marche avec les mains Le Minotaure a vieilli Loin des siens et du pays Il va retrouver les sphinx Les licornes et les lynx Qui lui disent il est tard Déjà l'on ferme l'enceinte L'homme salera ton lard Dans un coin du labyrinthe Mugis encore si tu peux Minotaure de rien, Minotaure de peu. La Reine Couchée Dans Son Lit. La Reine couchée dans son lit Écoute un rossignol chanter Écoute aussi la sentinelle Qui fait les cent pas dans la cour Cent pas par-ci, cent pas par-là Une reine et un rossignol Et le soldat qui sent le rhum Dans la cour du royal palais Le soldat couché dans son lit N'écoute pas chanter la Reine N'écoute pas le rossignol Qui fait les cent pas dans la cour Et le rossignol dans son nid N'écoute pas la sentinelle N'écoute pas même la Reine Qui fait les cent pas dans la cour Cent pas par-ci, cent pas par-là Voilà bientôt quatre cents pas Avec les cent pas du passant Dans ce palais extravagant À L'Aube D'Un Jour De Coup De Dés. À l'aube d'un jour de coup de dés il s'arrête au bord des fontaines de sa vie il y cherche un mirage à lui promis baigne son front désaltère sa bouche Et prononce ce mot : chérie qui retentit à travers les rêves de la ville endormie va la bercer dans sa couche. Il n'y aura pas un jour de moins dans son amour et dans le tien. Et il s'endort aux échos multipliés de ce seul mot : chérie. À La Dame Si Reine. À la dame si reine est le cabaret où je suis attablé ce soir parmi des tables vides et nues comme des tombeaux. Les garçons ont fait grande toilette Ils s'affairent autour des chaises sans occupants : Dans leur costume de corbeaux Ils ont l'air de célébrer le mariage de la solitude et de la nuit et moi j'attends. Parfois le téléphone résonne et nul ne va répondre et peut-être est-elle au bout du fil, loin d'ici, à m'appeler mais nul ne répond et je ne sais quelle force m'interdit d'aller prendre l'appareil en mains et de dire : « C'est moi, l'alcool brille dans les bouteilles viens, viens vite, nous boirons toute la nuit si tu le désires Si tu veux dormir, tu dormiras dans mes bras en attendant le matin de cristal et de drap mouillé qui tombe comme une vague sur la ville. » Là-bas, la maison est vide Je cours de chambre en chambre en appelant Je pleure sur ton oreiller Je sanglote en disant ton nom car nulle année passant après une autre année ne pourra distraire ma pensée de ta pensée mon désir de ton désir et ma bouche de ta bouche. Les draps se saliront sans être froissés sur le lit où tu aimais dormir et je crève d'être seul et d'appeler et d'imaginer à quels outrages te soumettent les larves immondes que le destin a dressées sur notre chemin. Incantation. Que nul ne les atteigne ni ne les sépare Que rien ne sépare l'hippocampe de la sirène la sirène de l'hippocampe, Robert de Youki, Youki de Robert. Que quiconque le tenterait soit punit de mort, mis à mal, souffre mille maux Par leurs étreintes et leurs baisers par leurs mots leurs confidences leurs secrets communs, leur chair et que rien ne l'atteigne elle dans sa beauté dans sa jeunesse dans sa santé dans sa fortune dans son bonheur et dans sa vie et qu'ils soient unis bientôt. Un Rêve Des Jours Passés. J'aime Youki - avant de la connaître je l'aimais déjà - Je l'attendais - Je la cherchais - Je l'aimerai toujours - Elle est ma fille - Elle est ma femme - Je suis le mieux aimé - Elle est la seule aimée - Nous serons réunis bientôt - mon enfant - ma chérie - ma fille - ma douleur - ma paix - ma joie - mon luxe - mon trésor. Lumière De Mes Nuits. Te souviens-tu des nuits où tu apparaissais Sur le rectangle clair des vitres de ma porte ? Où tu surgissais dans les ténèbres de ma maison Où tu t'abattais sur mon lit comme un grand oiseau Fatigué de passer les océans et les plaines et les forêts. Te souviens-tu de tes paroles de salut Te souviens-tu de mes paroles de bienvenue de mes paroles d'amour ? Non, il ne t'en souvient pas, On ne se souvient pas du présent, personne... Or, il est nuit, Tu surviens, tu arrives, tu t'abats sur mon lit Je suis ton serviteur et ton défenseur soumis à ta loi et toi soumise à mon amour. Il est minuit il est midi Il est minuit et quart Il est minuit et demie Il est minuit à venir ou midi passé Il est midi sonnant Il est toujours midi sonnant pour mon amour Pour notre amour Tout sonne tout frémit et tes lèvres Et sur mon lit tu t'abats entre minuit et quatre heures du matin comme un grand albatros Échappé des tempêtes. La Ville Jadis La Ville Naguère La Ville Passée. La ville jadis la ville naguère la ville passée Ô ciel noir comme une veuve neige étoile tour comète remparts à Villeneuve et à Chaville à Deauville et à Trouville à Tancarville à la Vieuville La ville jadis la ville naguère la ville passée Un indendie surgit d'un toit comme un pigeon et la rose de minuit éclate au ciel à Villeneuve et à Chaville à Villevieille à Ville l'Évêque à Melleville à Villeville que la rose s'effeuille le livre survivra La ville jadis la ville naguère la ville passée Le ciel de la rose à minuit Et le livre ouvert à la page où l'amour rententi comme un univers de porcelaine s'écroulant d'abîmes en abîmes avec l'étincellement des constellations la blancheur de la neige et les parfums des grands parterres à l'heure où ta main viendra cueillir les roses. Un Petit Bonhomme Rouge. Un petit bonhomme rouge rencontre un petit bonhomme vert Et cela fait des dégâts Dans un rêve de beaux yeux issu d'un bouquet de soucis Et l'on se sauve et se poursuit. Nous sommes passés par ici Nous repasserons par là Et nous courons Et nous rions Tout cela n'est pas de la blague C'est l'amour c'est la vie C'est tes beaux yeux ma chérie. Ma Chérie Ma Chérie Ma Youki. 1. Ma chérie ma chérie ma Youki 2. Je n'aime et n'aimerai que toi 3. Et tu m'aimeras je t'appelle Youki 4. Reviens ma chérie 5. Les heures coulent à t'attendre 6. Je ne pense qu'à toi 7. Souviens-toi de tes paroles d'espoir Youki 8. Ne me prépare pas une déception plus 9. Grande ma chérie 10. Toi et pas d'autre que toi 11. Et pas d'autre que moi 12. N'est-ce pas mon amour La Ménagerie De Tristan. La Grenouille Aux Souliers Percés. La grenouille aux souliers percés A demandé la charité Les arbres lui ont donné Des feuilles mortes et tombées. Les champignons lui ont donné Le duvet de leur grand chapeau. L'écureuil lui a donné Quatre poils de son manteau L'herbe lui a donné Trois petites graines. Le ciel lui a donné Sa plus douce haleine. Mais la grenouille demande toujours, Demande encore la charité Car ses souliers sont toujours, Sont encore percés. Le Poisson Sans-Souci. Le poisson sans-souci Vous dit bonjour vous dit bonsoir Ah ! qu'il est doux qu'il est poli Le poisson sans-souci. Il ne craint pas le mois d'avril Et tant pis pour le pêcheur Adieu l'appât adieu le fil Et le poisson cuit dans le beurre. Quand il prend son apéritif à Conflans Suresnes ou Charenton Les remorqueurs brûlant le charbon de Cardiff Ne dérangeraient pas ce buveur de bon ton. Car il a voyagé dans des tuyaux de plomb Avant de s'endormir sur des pierres d'évier Où l'eau des robinets chante pour le bercer Car il a voyagé aussi dans des flacons Que les courants portaient vers des rives désertes Avec l'adieu naufragé à ses amis. Le poisson sans-souci Qui dit bonjour qui dit bonsoir Ah ! qu'il est doux et poli Le poisson sans-souci Le souci sans souci Le Poissy sans Soissons Le saucisson sans poids Le poisson sans-souci. L'Oiseau Du Colorado. L'oiseau du Colorado Mange du miel et des gâteaux Du chocolat et des mandarines Des dragées des nougatines Des framboises des roudoudous De la glace et du caramel mou. L'oiseau du Colorado Boit du champagne et du sirop Suc de fraise et lait d'autruche Jus d'ananas glacé en cruche Sang de pêche et navet Whisky menthe et café. L'oiseau du Colorado Dans un grand lit fait un petit dodo Puis il s'envole dans les nuages Pour regarder les images Et jouer un bon moment Avec la pluie et le beau temps. L'Araignée A Moustaches. L'araignée à moustaches n'est pas Napoléon III qui s'ennuie quand il a froid. L'araignée à moustaches n'a pas de robe en satin pour trottiner le matin. L'araignée à moustaches Ne se rasera jamais Elle règne au mois de Mai Mais ah mais mais oui mais L'araignée à moustaches habite dans un château son ami est un corbeau Mais L'araignée à moustaches S'éclaire avec une étoile Le soleil lui sert de poêle Mais L'araignée à moustaches Porte de belles lunettes Et joue de la clarinette Du tambour de la trompette Et chante d'une voix nette Fait le jour maintes pirouettes Toute la nuit fait la fête Et charme les grosses bêtes Ah mais ! Le Chat Qui Ne Ressemblait A Rien. Le chat qui ne ressemble à rien Aujourd'hui ne va pas très bien. Il va visiter le Docteur Qui lui ausculte le coeur. Votre coeur ne va pas bien Il ne ressemble à rien, Il n'a pas son pareil De Paris à Créteil. Il va visiter sa demoiselle Qui lui regarde la cervelle. Votre cervelle ne va pas bien Elle ne ressemble à rien, Elle n'a pas son contraire À la surface de la terre. Voilà pourquoi le chat qui ne ressemble à rien Est triste aujourd'hui et ne va pas bien. L'Éléphant Qui N'A Qu'Une Patte. L'éléphant qui n'a qu'une patte A dit à Ponce Pilate Vous êtes bien heureux d'avoir deux mains, Ça doit vous consoler d'être Consul romain. Tandis que moi sans canne et sans jambe en bois Je suis comme un héron et jamais je ne cours et jamais je ne bois Et je ne parle pas des soins qu'il me faut prendre Pour monter l'escalier qui conduit à ma chambre. J'aimerais tant laver mes mains avec un savon rose Avec du Palmolive avec du Cadum Car il faut être propre et ne puis me laver Et j'ai l'air ridicule debout sur le pavé. Je n'ai pour consoler cette tristesse affreuse Que ma trompe pareille aux tuyaux d'incendie Et si je mets le pied dans le plat Il y reste et l'on ne peut le manger à la sauce poulette. Plaignez, Ponce Pilate, plaignez cette misère Il n'y en a pas de plus grande sur terre Vous êtes bien heureux de laver vos deux mains Ça doit vous consoler d'être Consul romain. Le Parterre D'Hyacinthe. La Dame pavot nouvelle épousée dans Destinée arbitraire La Dame pavot nouvelle épousée La dame pavot nouvelle épousée a demandé à son mari Quelle est l'année ? Quel est le mois ? Quelle est la semaine ? Quel est le jour ? Quelle est l'heure ? Et son mari a répondu - Nous sommes en l'an 40 nous sommes au mois de Juillobre semaine des quatre jeudis jour de gloire midi sonné Belle année, agréable mois, charmante semaine, jour merveilleux Heure délicieuse. L'Anémone Qui Régnait Sur La Mer. L'anémone qui régnait sur la mer règne encore c'est entendu Mais si peu elle est perdue Elle est perdue au fond des mers Elle se souvient de ses diamants suspendus à l'arc-en-ciel suspendus dans la rosée et les huîtres bâillent alentour pour lui offrir des perles Mais l'anémone qui régnait sur la mer ne règne presque plus et l'ancre de fer l'a mordue cruellement et elle mourra tantôt. La Rose A Voix De Soprano. La rose à voix de soprano joue la nuit du piano Cela charme les monts et la plaine le Rhin, la Loire et la Seine et les fées et les sirènes dans leurs palais de roseaux La rose à voix de soprano est connue même à Concarno à Fosse-Repose et à Locarno Et dans les faubourgs de Kovno Et sur les plages de Bornéo Et dans tous les chateaux à créneaux. Le Cactus Délicat. Le cactus délicat est un sacré gaillard est un fameux dépendeur d'andouilles est un grand flandrin est un va-nu-pied est un pistolet est un drôle de lascar est un drôle est un rigolo comme de juste puisque c'est un pistolet est un drôle de corps un coquin un amiral des forêts un général de peau de porc La terreur des sables fins Le ténor pour sourd et muet mais ça n'arrange pas ses petites affaires ni sa santé. L'Arbre Qui Boit Du Vin. L'arbre qui boit du vin aime qu'on dorme dans son ombre comme les cerfs et les lapins nourris de thym et de concombres L'arbre qui boit du vin est un fameux camarade bon pour le soir et le matin et tous les jours en cavalcade L'arbre qui boit du vin ce matin nous a dit Pas besoin d'être devin ce n'est pas tous les jours mardi L'arbre qui boit du vin Le verse à la terre entière Il n'est pas bête il est malin et son ombre sera la dernière Et son ombre sera la dernière sur la terre s'il en est encore et sur la mer et sur la terre à l'instant de la dernière aurore. Le Salsifis Du Bengale. Salsifis du Bengale Cultive son jardin Méchant comme une gale Bête comme un serin. Salsifis du Bengale met son habit de feu et met sur ses mains sales ses gants, 1 + 1, 2 Salsifis du Bengale monte sur un bateau conduit par des cigales sous un ciel de gâteau Salsifis du Bengale lorsqu'il a mal aux reins se nourrit de pétales des roses de Pékin Salsifis du Bengale est un fameux gaillard C'est un vilain brutal c'est un méchant braillard Salsifis du Bengale chantait une chanson devant un hôpital c'est pas là des façons Salsifis du Bengale ne se prive de rien souffrant d'une fringale il a mangé son chien Salsifis du Bengale ne dure qu'un matin mangé par un crotale Il est mort quel destin Salsifis du Bengale en jouant dans la prairie avala sec sa balle et resta ahuri Salsifis du Bengale vivra comme la terre renaissant de son mal mourant de son mystère Salsifis du Bengale est pourtant votre ami à la belle il s'installe et mange un canari Salsifis du Bengale n'est pourtant pas heureux s'il s'endort il dort mal s'il s'éveille il vit peu. La Géométrie De Daniel. Le Carré Pointu. Le carré a quatre côtés Mais il est quatre fois pointu Comme le Monde. On dit pourtant que la terre est ronde Comme ma tête Ronde et monde et mappemonde : Un anticyclone se dirigeant vers le nord-ouest... Le monde est rond, la terre est ronde Mais elle est, mais il est Quatre fois pointu Est Nord Sud Ouest Le monde est pointu La terre est pointue L'espace est carré. Le Rond Et L'Etoile. Pour faire une étoile à cinq branches Ou à six ou davantage Il faut d'abord faire un rond Pour une étoile à cinq branches... Un rond ! On n'a pas pris tant de précaution Pour faire un arbre à beaucoup de branches Arbres qui cachez les étoiles ! Arbres ! Vous êtes plein de nids et d'oiseaux chanteurs Couverts de branches et de feuilles Et vous montez jusqu'aux étoiles ! Par Un Point Situé Sur Un Plan... Par un point situé sur un plan On ne peut faire passer qu'une perpendiculaire à ce plan. On dit ça... Mais par tous les points de mon plan à moi On peut faire passer tous les hommes, tous les animaux de la terre. Alors votre perpendiculaire me fait rire. Et pas seulement les hommes et les bêtes Mais encore beaucoup de choses Des cailloux Des fleurs Des nuages Mon père et ma mère Un bateau à voiles Un tuyau de poêle Et si cela me plaît Quatre cents millions de perpendiculaires. L'Anneau De Moebius. Le chemin sur lequel je cours Ne sera pas le même quand je ferai demi-tour J'ai beau le suivre tout droit Il me ramène à un autre endroit Je tourne en rond mais le ciel change Hier j'étais un enfant Je suis un homme maintenant Le monde est une drôle de chose Et la rose parmi les roses Ne ressemble pas à une autre rose. L'Angle Sous Lequel... L'angle sous lequel... Et d'abord quel angle ? Je n'en veux pas connaître d'autre Que celui où j'appuie ma tête Quand je m'y colle à cache-cache. Angle tu m'étrangles Belle Angleterre de légendes Tu m'englobes, tu m'engloutis Mes yeux fermés Ma nuit à moi L'angle sous lequel... Parabole I Parabole ma nourrice... Une parabole mourait d'ennui dans sa cage Une parabole aurait voulu se poser sur la branche La branche est trop basse Le soleil trop haut Je regarde le vol des oiseaux Ils tombent puis remontent La branche est trop basse Le soleil trop haut Ce sont des oiseaux étranges Leur nid est quelque part Bien loin de la terre La branche est trop basse le soleil trop haut. Parabole II Parabole ma nourrice... Une parabole s'ennuyait dans sa cage Une parabole voulait se poser sur la branche La branche est trop basse Le soleil trop haut Je regarde le vol des oiseaux Ils tombent puis remontent La branche est trop basse Le soleil trop haut Ce sont des oiseaux étranges Leur nid est quelque part Bien loin de la terre La branche est trop basse Le soleil trop haut. Source: http://www.poesies.net