Les Pélicans. Par Raymond Radiguet. (1903-1923) Pièce En Deux Actes. TABLE DES MATIERES Personages Scène I Scène II Scène III Scène IV Scène V Scène VI Scène VII Scène VIII Scène IX Scène X Scène XI Scène XII Acte II Scène I Scène II Scène III Scène IV Scène V Scène VI Scène VII Scène VIII Personnages. Monsieur Pélican. Madame Pélican. Anselme, fils de monsieur Pélican. Hortense, soeur d'Anselme. Mademoiselle Charmant, institutrice. Monsieur Pastel, professeur de natation. Monsieur Chantecler, professeur de photographie. PARFAIT, valet de chambre. La scène se passe à Paris, de nos jours, dans l'appartement de Monsieur Pélican. Acte I Une salle de billard. Au milieu, la table de billard. Dans le fond, à droite, un tableau noir. À gauche, est suspendue une échelle de corde. Scène I Mademoiselle Charmant, Parfait Sur le plancher est étendue Mademoiselle Charmant qui semble évanouie. Elle tient à la main un numéro de La Vie parisienne. À côté d'elle, un hamac. Parfait, un plumeau à la main, se penche et pose son oreille contre la poitrine de Mademoiselle Charmant. PARFAIT - Aussi, où avais-je donc la tête ? pour ne pas m'être aperçu que cette toile d'araignée est un hamac. (Silence.) Est-ce ma faute, si je suis myope. Et mes gages d'un mois ne suffiraient pas à m'acheter une paire de lunettes. D'ailleurs, Madame avait bien défendu à cette misérable institutrice de monter dans le hamac, Mademoiselle a désobéi. Et pourquoi ? Pour lire en cachette le dernier numéro de La Vie parisienne au lieu d'instruire les petits Pélican. J'aurais tort de me lamenter. Si Mademoiselle Charmant n'avait pas désobéi, et si je ne faisais pas le ménage, comme tant de mauvais serviteurs, ce petit malheur ne serait pas arrivé. (Sonnerie.) Madame qui m'appelle ! ! ! Parfait relève Mademoiselle Charmant, l'assied sur une chaise, monte à l'échelle de corde et remet en place le hamac. Mademoiselle Charmant semble lire le numéro de La Vie parisienne. Parfait sort. Scène II Mademoiselle charmant, Monsieur Pélican MONSIEUR PÉLICAN (un magazine à la main) - Ah ! Ah ! Mademoiselle Charmant, vous prenez goût à la lecture. Justement je vous apporte un autre journal illustré. (Silence.) Êtes-vous fâchée, ma chérie ? (Silence. S'adressant à lui-même.) Qu'ai-je donc pu faire qui lui ait déplu ? (Il sort.) Scène III Mademoiselle charmant, Parfait PARFAIT (en costume de ville, un sac de voyage à la main. Il jette un coup d'oeil circulaire) - Personne n'est venu... Nul ne saura mon secret... triste secret, car je commence à la croire morte. (Silence.) Me constituer prisonnier, cela n'avancerait à rien... au contraire. (Il se dirige vers le tableau noir, prend un morceau de craie pour écrire. Il lit au fur et à mesure.) Mademoiselle Charmant et moi... nous nous aimons à la folie... je l'enlève... dans huit jours nous serons mariés... (Sonnerie.) (Parfait met sa signature au bas du tableau noir, ensuite il plie l'institutrice et la fait entrer dans sa valise.) L'heure approche où Madame vient prendre sa leçon de natation. Mieux vaut n'être pas surpris en compagnie de Mademoiselle Charmant. En route pour mon pays natal. (Il sort en sifflotant, la valise à la main.) VOIX DANS LA COULISSE - Parfait... Parfait... Je vous sonne depuis un quart d'heure. Scène IV Monsieur Pélican MONSIEUR PÉLICAN - Tiens, ma belle boudeuse n'est pas ici... (Il aperçoit le tableau noir, le décroche et s'avance jusqu'à la rampe pour lire.) Ah ! la misérable ! je comprends maintenant pourquoi elle ne me répondait pas. (Il s'assied sur une chaise et met sa tête dans ses mains, puis, résigné, relevant la tête.) C'est mon dernier amour. Scène V Monsieur Pélican, Madame Pélican, Monsieur Pastel Entrée du professeur de natation Monsieur Pastel, marchant à quatre pattes. Sur son dos, Madame Pélican en costume de bain. MADAME PÉLICAN - Ciel ! mon mari ! (Elle saute à terre. Monsieur Pastel se relève. S'adressant à son mari, à la fois aimable et agressive.) Tu te décides enfin à assister à mes leçons. MONSIEUR PASTEL - Bonjour, Monsieur Pélican. (Il lui tend la main. Monsieur Pélican la lui prend.) MONSIEUR PÉLICAN - Au revoir, Monsieur Pastel. (Monsieur Pastel recule effrayé.) MADAME PÉLICAN (à son mari) - Mais tu es ridicule, mon ami. N'oublie pas que nous sommes au mois d'octobre. Tu voudrais me voir remporter la coupe de Noël et tu ne trouves rien de mieux que de m'empêcher de prendre mes leçons. MONSIEUR PÉLICAN (d'une voix énergique) - Je vous ai dit : « Au revoir, Monsieur Pastel. » MADAME PÉLICAN (bas à Monsieur Pastel) - Je tremble, mon chéri. Il a l'air malheureux ; sans doute le pauvre homme a-t-il appris que nous nous aimons. Monsieur Pastel se retire. Scène VI Monsieur Pélican, Madame Pélican Monsieur Pélican tend le tableau noir à sa femme. Elle le lit. MADAME PÉLICAN - Te l'avais-je assez répété que cette fille était une rien du tout. Mais tu ne m'écoutes jamais. MONSIEUR PÉLICAN - Désormais, je m'occuperai moi-même de l'éducation de nos enfants. MADAME PÉLICAN - Oui... mais nous ne pouvons rester sans valet de chambre. Je mets un chapeau et je cours au bureau de placement. Elle sort. Scène VII Monsieur Pélican, Hortense Monsieur Pélican sur une chaise, le visage dans ses mains. Hortense arrive, poussant une charrette d'enfant, pleine de cartons à chapeaux. HORTENSE - Tiens, papa s'est endormi. Je vais bien voir si c'est pour rire. Elle lui met sur la tête un chapeau de femme qu'il gardera jusqu'à la fin de la pièce. Monsieur Pélican ne bouge pas. Hortense sort de leurs cartons tous les chapeaux, en arrache les fleurs qu'elle pique dans la table de billard. Scène VIII Monsieur Pélican, Hortense, Anselme HORTENSE - Anselme, si tu étais gentil, tu irais me chercher la poudre verte de maman. J'aimerais tant ressembler à un arbre. ANSELME - L'automne suggère la chevelure des arbres. Nous sommes en automne et tu es blonde. (Hortense se met à siffler.) MONSIEUR PÉLICAN (se levant brusquement) - Hortense, ton frère a raison ! une jeune fille bien élevée ne doit pas siffler ; tu seras privée de dessert (apercevant la table de billard transformée en jardin) oui... de dessert... jusqu'à ta majorité... Les chapeaux neufs de ta mère. Hortense va pleurnicher dans un coin de la pièce. Scène IX Madame Pélican, Monsieur Pélican, Anselme, Hortense MADAME PÉLICAN (en costume tailleur. À Monsieur Pélican) - C'est trop fort, battre cette enfant parce qu'elle joue avec mes vieux chapeaux. MONSIEUR PÉLICAN (hausse les épaules puis s'adressant à ses enfants) - Nous avons renvoyé l'institutrice et le valet de chambre, ils avaient une mauvaise conduite, et j'ai décidé de remplacer au pied levé Mademoiselle Charmant. (Consternation d'Hortense et d'Anselme.) Mais avant de commencer mes leçons, dites-moi, mes enfants, à quelle profession vous vous destinez. Ainsi, n'ignorant rien de vos projets je vous dirigerai mieux dans la voie que vous avez choisie. (S'attendrissant sur lui-même.) Ah ! si tous les pères étaient comme moi. ANSELME - Je veux être jockey. HORTENSE - Et moi jardinière. MADAME PÉLICAN (à Anselme) - Voyons, Anselme, tu n'y penses pas. À peine âgé de dix-sept ans, tu pèses soixante-dix kilos. (Elle sort.) Scène X Monsieur Pélican, Anselme, Hortense MONSIEUR PÉLICAN - Anselme, tu n'es pas sérieux. Si tu savais comme tu me fais de la peine. Il y a deux ans, tu voulais être berger. Pour tes étrennes je t'offris une panoplie de berger et les Églogues de Virgile. La leçon que je te donnai fut-elle donc trop discrète. Virgile aurait dû te prouver suffisamment que les bergers sont des poètes. ANSELME - C'est pourquoi je ne veux plus être berger. MONSIEUR PÉLICAN - Et moi qui eusse tant aimé avoir un fils poète. (Silence.) Mon pauvre Anselme, je ne te reconnais pas. Les mauvaises fréquentations t'ont perdu. Mais il est encore temps de t'arrêter sur la pente fatale. Choisis : la poésie ! ou la maison de correction ! ANSELME - De quel pseudonyme signerais-je mes oeuvres ? MONSIEUR PÉLICAN - Fils ingrat ! Pourtant tu devrais connaître mes opinions à ce sujet. Mon nom, le tien, est appelé à devenir célèbre. Déjà au collège le jour de la rentrée, quand les nouveaux élèves apprenaient mon nom, ils chuchotaient les fameux vers de Musset. HORTENSE (récitant) - Lorsque le pélican, lassé d'un long voyage, Dans les brouillards du soir retourne à ses roseaux, Ses petits affamés courent sur le rivage En le voyant au loin s'abattre sur les eaux. Déjà, croyant saisir et partager leur proie, Ils courent à leur père avec des cris de joie En secouant leurs becs sur leurs goitres hideux. Lui, gagnant à pas lents une roche élevée De son aile pendante abritant sa couvée, Pêcheur mélancolique, il regarde les cieux. Le sang coule à longs flots de sa poitrine ouverte ; En vain il a des mers fouillé la profondeur : L'Océan était vide et la plage déserte ; Pour toute nourriture il apporte son coeur. Sombre et silencieux, étendu sur la pierre, Partageant à ses fils ses entrailles de père, Dans son amour sublime il berce sa douleur, Et, regardant couler sa sanglante mamelle, Sur son festin de mort il s'affaisse et chancelle, Ivre de volupté, de tendresse et d'horreur. Mais parfois, au milieu du divin sacrifice, Fatigué de mourir dans un trop long supplice, Il craint que ses enfants ne le laissent vivant ; Alors il se soulève, ouvre son aile au vent, Et, se frappant le coeur avec un cri sauvage, Il pousse dans la nuit un si funèbre adieu, Que les oiseaux des mers désertent le rivage, Et que le voyageur attardé sur la plage, Sentant passer la mort, se recommande à Dieu. Poète, c'est ainsi que font les grands poètes. Il laisse s'égayer ceux qui vivent un temps ; Mais les festins humains qu'ils servent à leurs fêtes Ressemblent la plupart à ceux des pélicans. Pendant la récitation, Monsieur Pélican écoute, la tête basse. Anselme montre les signes les plus visibles d'impatience. MONSIEUR PÉLICAN - Quelle leçon pour toi Anselme (à part) et pour moi. (Avec énergie.) À dix ans, j'ai juré que le nom des Pélican, dans plusieurs siècles, ne prêterait pas plus à rire que celui de Corneille ou de Racine. Veux-tu faire de ton père un parjure ? Non, n'est-ce pas ? Imagine un peu les éclats de rire des enfants entendant pour la première fois le nom de Racine ou de Corneille, car je pense qu'au dix- septième siècle les enfants n'étaient pas mieux élevés qu'aujourd'hui. Un nom ridicule est un bienfait, il donne l'énergie nécessaire pour devenir un grand homme. Ainsi moi, je me sens assez d'énergie pour faire de mon fils un grand poète ! (Silence.) Quant à toi, Hortense, tu n'oses pas avouer que tu veux être peintre. La peinture est un art d'agrément et par conséquent une profession honorable. Mais toutes les couleurs ne sont pas sans danger et pour une jeune fille... pour une jeune fille... (il cherche la fin de sa phrase, ne la trouve pas, et tape du pied) pour une jeune fille, enfin... oui... je me comprends, c'est le principal. Sois plutôt photographe, Hortense. Un poète pour peu qu'il ait des admirateurs, doit distribuer sa photographie. Quelle économie pour Anselme. Dès demain, je te présenterai ton professeur de photographie. Monsieur Pélican et Hortense sortent. Scène XI Anselme ANSELME - J'ai peu de scrupules. Cependant, je n'ai jamais osé noircir un morceau de papier. Au lycée, déjà, ce scrupule était cause qu'auprès de mes professeurs, je passais pour un cancre. Mais quand on a du génie comme moi (il se frappe la poitrine) souffrir en silence est encore ce qu'il y a de plus digne. Scène XII Anselme, Monsieur Pélican MONSIEUR PÉLICAN (rentrant précipitamment) - J'écoutais derrière la porte, serre-moi la main. Je comprends, tu n'as pas l'habitude d'écrire et tu crains d'user trop de papier en brouillons. Tes scrupules sont ceux d'un honnête garçon. Mais ne te tourmente pas. Pour commencer tu écriras tes poèmes sur ce tableau noir. Rideau Acte II Deux mois après, le jour de Noël. Une chambre de jeune fille transformée en chambre noire. La chambre est à peine éclairée par une lanterne rouge. Scène I Monsieur Chantecler, Hortense HORTENSE - Comme je t'aime. (On frappe.) VOIX DE MONSIEUR PÉLICAN (derrière la porte) - Eh bien, ma fille, sont-elles réussies, ces photographies ? HORTENSE (effrayée, bas, à Monsieur Chantecler) - Mon Dieu ! je ne suis pas recoiffée. MONSIEUR CHANTECLER (vivement à Monsieur Pélican) - N'entrez pas, n'entrez pas, la lumière voilerait nos clichés. Mademoiselle Hortense fait beaucoup de progrès. Monsieur Pélican s'éloigne. Hortense ouvre les volets. Il fait jour. Puis elle va cueillir dans un vase une marguerite et l'effeuille. HORTENSE - Un peu... beaucoup... passionnément... pas du tout. (A Monsieur Chantecler.) Et maintenant oseras-tu dire que tu m'aimes ? MONSIEUR CHANTECLER - Bien sûr, petite naïve, je ne crois pas au langage des fleurs. Il sort en frisant la pointe de ses moustaches. Scène II Hortense HORTENSE - Je ne peux pas faire autrement que de me suicider. Le browning, le fer, le poison ? Le poison, oui... Non, c'est aujourd'hui Noël, les pharmacies sont fermées. Cette mort pourrait être dangereuse, nous n'avons pas de contrepoison, ici. Tiens ! Une idée ! Si je me jetais à l'eau ? Nous demeurons à deux pas de la Seine. Monsieur Chantecler ne m'aime pas ? Eh bien j'épouserai mon sauveur ! Elle envoie des baisers au public et salue gracieusement. Scène III Monsieur Pélican, Madame Pélican, Anselme Monsieur Pélican en pelisse, mais avec le chapeau de sa femme sur la tête. Madame Pélican en costume de bain. Anselme très maigri. MONSIEUR PÉLICAN (à Madame Pélican) - Je croyais que tu devais disputer la coupe de Noël ? MADAME PÉLICAN - Tiens, j'ai laissé passer l'heure, sans m'en apercevoir. Et puis je craignais que l'eau fût un peu froide. MONSIEUR PÉLICAN - Ce n'est pas en nageant sur notre table à billard que tu te feras connaître comme champion de natation. Il sort. Scène IV Anselme, Madame Pélican, Monsieur Pastel ANSELME - Maman, ne cherchez pas Hortense, je l'ai rencontrée dans l'antichambre, elle m'a dit qu'elle allait se noyer, mais je ne suis pas inquiet... MADAME PÉLICAN - Et pour me dire cela tu attends tranquillement que ton père soit parti comme s'il s'agissait de me demander de l'argent de poche. Ah ! si ce n'était pas aujourd'hui Noël, tu aurais déjà reçu une paire de calottes. (Se tournant vers Monsieur Pastel.) Allez la sauver, vous qui êtes professeur de natation. MONSIEUR PASTEL (vexé) - Ma chère amie, pour qui me prenez-vous ? Je ne suis pas un maître-nageur. J'enseigne la théorie, mais je ne sais pas nager. MADAME PÉLICAN - Que je ne vous voie plus, imposteur. Pour me séduire, homme infâme, vous n'avez pas hésité à me faire croire que vous saviez nager. Il sort la tête basse. Scène V Madame Pélican, Monsieur Chantecler, Anselme MADAME PÉLICAN - Ah ! voici le professeur de photographie. Monsieur Chantecler, ma fille s'est jetée à l'eau. Allez la sauver, il y aura une bonne récompense. MONSIEUR CHANTECLER (vexé) - Votre fille sera bientôt Madame Chantecler. Une future belle-mère se doit de parler sur un autre ton. J'irai la sauver, mon Hortense, mais jurez-moi de ne pas me donner de récompense. MADAME PÉLICAN (se jetant à genoux) - La douleur me fait oublier les usages du monde. Pardonnez-moi, mon bon Monsieur Chantecler. Monsieur Chanteclerc jette son veston, son gilet et son faux col aux quatre coins de la pièce. Il sort en courant. Scène VI Madame Pélican, Monsieur Pélican, Anselme Monsieur Pélican entre en sautillant et en fredonnant La Marseillaise. MADAME PÉLICAN (s'adressant au public) - Mon mari est devenu fou. MONSIEUR PÉLICAN - Et toi, qu'est-ce que tu chantes là. J'ai bien le droit de manifester ma joie. MADAME PÉLICAN (sanglotant) - Laquelle, mon Dieu !... ah ! Hortense... Si tu savais. MONSIEUR PÉLICAN - Oui, je sais... elle a remporté la coupe de Noël et de plus, elle a sauvé son professeur de photographie qui tentait de se suicider. Je ne vois pas de motif à pleurer. MADAME PÉLICAN (à Anselme, menaçante) - Alors, tu me mentais, toi, tout à l'heure. Ah ! si ce n'était pas Noël. MONSIEUR PÉLICAN (spirituel) - Si ce n'était pas Noël, Hortense n'aurait pas remporté la coupe de Noël. ANSELME (à sa mère) - Tout à l'heure, tu ne m'as pas laissé achever ma phrase... Si je n'ai pas montré d'inquiétude, c'est parce que la Seine était gelée. MADAME PÉLICAN - Miracle ! ma fille remporte le premier prix de natation, un jour où la Seine est gelée. MONSIEUR PÉLICAN - Hortense qui ne sait pas plus nager que toi est une patineuse émérite. Et lorsque la Seine est gelée, c'est la coutume de transformer le concours de natation en une épreuve de patinage. ANSELME - En tout cas, c'est grâce à moi qu'Hortense est célèbre. Je connaissais sa passion pour le professeur de photographie. Voulant être fixée sur le degré d'amour de Monsieur Chantecler, elle avait demandé au petit Noël de lui offrir un bouquet de marguerites et c'est moi qui, pour faire une farce à Hortense, ai arraché un pétale à chaque marguerite. MONSIEUR et MADAME PÉLICAN (ensemble) - Quel poète ! ! ! ! MADAME PÉLICAN - Où est-il allé chercher cela ? ! ! MONSIEUR PÉLICAN - Je me le demande ? Scène VII Monsieur Pélican, Madame Pélican, Anselme, Monsieur Chantecler, Hortense Monsieur Chantecler tient Hortense par la main. HORTENSE (à Monsieur Pélican) - Papa, est-ce que je peux épouser Monsieur Chantecler ? MONSIEUR PÉLICAN - Fais ce que bon te semble, mon enfant, quoique maintenant tu puisses prétendre à un parti plus avantageux. Il sort et revient immédiatement avec un paquet à la main. (À Anselme.) Je sais que depuis le mois de mars dernier, tu ne crois plus au petit Noël ; aussi je me passe de son intermédiaire pour t'offrir ce paquet. Anselme ouvre le paquet et sort un costume de jockey. Mon Anselme, ne me remercie pas... sois jockey puisque c'est ta volonté. Les parents ne gagnent rien à contrarier leurs enfants. Depuis deux mois tu t'es fait violence. Pour ne pas me chagriner tu es devenu poète. Mais comme tu as changé... tes yeux sont creusés... tu as maigri de vingt kilos. ANSELME (fièrement) - Grâce à ce régime, j'ai atteint le poids nécessaire pour être jockey. MONSIEUR PÉLICAN - Je n'y vois plus bien clair. En te voyant à cheval, je n'aurai qu'à me figurer que tu montes Pégase. Je m'étais conduit comme un vieil égoïste. Mais pourquoi te forcer à devenir célèbre. Notre nom n'est-il pas dans le dictionnaire Larousse ? HORTENSE (récitant) Lorsque le pélican lassé d'un long voyage... ANSELME (vivement) - Oui ! Oui ! Nous le savons tous par coeur. Il sort. Scène VIII Monsieur Pélican, Hortense, Madame Pélican, Anselme, Monsieur Pastel MONSIEUR PÉLICAN - Hortense, sois jardinière, puisque cela t'amuse. HORTENSE - Ah ! mon papa ! j'aime mieux être photographe. MONSIEUR PÉLICAN - Que faire d'une fille photographe ? Bah ! un jockey ne doit pas être moins prodigue de ses photographies qu'un poète. MADAME PÉLICAN - En attendant, Hortense pourrait nous photographier aujourd'hui. La famille est au grand complet. HORTENSE - Oui maman... mais j'aimerais bien figurer dans le groupe et mon fiancé aussi. MONSIEUR PÉLICAN - Tout va s'arranger. Monsieur Pastel, ici présent, ne fait pas partie de la famille. D'ailleurs puisque Hortense a remporté la coupe de Noël, Madame Pélican n'a plus besoin de prendre des leçons de natation. MADAME PÉLICAN - Oui, c'est cela... Vous ne savez pas nager, cher Monsieur Pastel, eh bien photographiez- nous. Anselme apparaît en costume de jockey. MADAME PÉLICAN (joignant les mains) - Il est beau comme un astre. Monsieur Pastel installe l'appareil photographique. Tout le monde prend un air souriant. MONSIEUR PASTEL (résigné) - Ne bougeons plus. Rideau Source: http://www.poesies.net