La princesse d'Élide Molière PREMIER INTERMEDE , SCENE PREMIERE . PREMIER INTERMEDE , SCENE II . ACTE I , SCENE PREMIERE . ACTE I , SCENE II . ACTE I , SCENE III . ACTE I , SCENE IV . DEUXIEME INTERMEDE , SCENE PREMIERE . DEUXIEME INTERMEDE , SCENE II . ACTE II , SCENE PREMIERE . ACTE II , SCENE II . ACTE II , SCENE III . ACTE II , SCENE IV . TROISIEME INTERMEDE , SCENE PREMIERE . TROISIEME INTERMEDE , SCENE II . ACTE III , SCENE PREMIERE . ACTE III , SCENE II . ACTE III , SCENE III . ACTE III , SCENE IV . ACTE III , SCENE V . QUATRIEME INTERMEDE , SCENE PREMIERE . QUATRIEME INTERMEDE , SCENE II . ACTE IV , SCENE PREMIERE . ACTE IV , SCENE II . ACTE IV , SCENE III . ACTE IV , SCENE IV . ACTE IV , SCENE V . ACTE IV , SCENE VI . CINQUIEME INTERMEDE . ACTE V , SCENE PREMIERE . ACTE V , SCENE II . ACTE V , SCENE III . ACTE V , SCENE IV . SIXIEME INTERMEDE . p131 PREMIER INTERMEDE , SCENE PREMIERE . Récit de l' aurore. Quand l' amour à vos yeux offre un choix agréable, jeunes beautés, laissez-vous enflammer ; p132 moquez-vous d' affecter cet orgueil indomptable dont on vous dit qu' il est beau de s' armer : dans l' âge où l' on est aimable, rien n' est si beau que d' aimer. Soupirez librement pour un amant fidèle, et bravez ceux qui voudroient vous blâmer. Un coeur tendre est aimable, et le nom de cruelle n' est pas un nom à se faire estimer : dans le temps où l' on est belle, rien n' est si beau que d' aimer. p133 PREMIER INTERMEDE , SCENE II . Valets de chiens et musiciens. Pendant que l' Aurore chantoit ce récit, quatre valets de chiens étoient couchés sur l' herbe, dont l' un (sous la figure de Lyciscas, représenté par le sieur de Molière, excellent acteur, de l' invention duquel étoient les vers et toute la pièce) se trouvoit au milieu de deux, et un autre à ses pieds, qui étoient les sieurs Estival, Don, et Blondel, de la musique du roi, dont les voix étoient admirables. Ceux-ci en se réveillant à l' arrivée de l' Aurore, sitôt qu' elle eut chanté, s' écrièrent en concert : holà ! Holà ! Debout, debout, debout : pour la chasse ordonnée il faut préparer tout. Holà ! Ho ! Debout, vite debout. p134 Ier. Jusqu' aux plus sombres lieux le jour se communique. Iime. L' air sur les fleurs en perles se résout. Iiime. Les rossignols commencent leur musique, et leurs petits concerts retentissent partout. Tous ensemble. Sus, sus, debout, vite debout ! (parlant à Lyciscas qui dormoit.) qu' est-ce ci, Lyciscas ? Quoi ? Tu ronfles encore, toi qui promettois tant de devancer l' Aurore ? Allons, debout, vite debout : pour la chasse ordonnée il faut préparer tout. Debout, vite debout, depêchons, debout. Lyciscas, en s' éveillant. Par la morbleu ! Vous êtes de grands braillards vous p135 autres, et vous avez la gueule ouverte de bon matin ? Musiciens. Ne vois-tu pas le jour qui se répand partout ? Allons, debout, Lyciscas, debout. Lyciscas. Hé ! Laissez-moi dormir encore un peu, je vous conjure. Musiciens. Non, non, debout, Lyciscas, debout. Lyciscas. Je ne vous demande plus qu' un petit quart d' heure. Musiciens. Point, point, debout, vite, debout. Lyciscas. Hé ! Je vous prie. Musiciens. Debout. Lyciscas. Un moment. Musiciens. Debout. Lyciscas. De grâce. p136 Musiciens. Debout. Lyciscas. Eh ! Musiciens. Debout. Lyciscas. Je... Musiciens. Debout. Lyciscas. J' aurai fait incontinent. Musiciens. Non, non, debout, Lyciscas, debout : pour la chasse ordonnée il faut préparer tout. Vite debout, dépêchons, debout. Lyciscas. Eh bien ! Laissez-moi : je vais me lever. Vous êtes d' étranges gens, de me tourmenter comme cela. Vous serez cause que je ne me porterai pas bien de toute la journée ; car, voyez-vous ? Le sommeil est nécessaire à l' homme ; et lorsqu' on ne dort pas sa réfection, il arrive... Que... On est... Ier. Lyciscas ! p137 Iime. Lyciscas ! Iiime. Lyciscas ! Tous ensemble. Lyciscas ! Lyciscas. Diable soit les brailleurs ! Je voudrois que vous eussiez la gueule pleine de bouillie bien chaude. Musiciens. Debout, debout, vite debout, dépêchons, debout. Lyciscas. Ah ! Quelle fatigue, de ne pas dormir son soû ! Ier. Holà, oh ! Iime. Holà, oh ! Iiime. Holà, oh ! Tous ensemble. Oh ! Oh ! Oh ! Oh ! Oh ! p138 Lyciscas. Oh ! Oh ! Oh ! Oh ! La peste soit des gens, avec leurs chiens de hurlements ! Je me donne au diable si je ne vous assomme. Mais voyez un peu quel diable d' enthousiasme il leur prend, de me venir chanter aux oreilles comme cela. Je... Musiciens. Debout. Lyciscas. Encore ? Musiciens. Debout. Lyciscas. Le diable vous emporte ! Musiciens. Debout. Lyciscas, en se levant. Quoi toujours ? A-t-on jamais vu une pareille furie de chanter ? Par le sang bleu ! J' enrage. Puisque me voilà éveillé, il faut que j' éveille les autres, et que je les tourmente comme on m' a fait. Allons, ho ! Messieurs, debout, debout, vite, c' est trop dormir. Je vais faire un bruit de diable partout. Debout, debout, debout ! p139 Allons vite ! Ho ! Ho ! Ho ! Debout, debout ! Pour la chasse ordonnée il faut préparer tout : debout, debout ! Lyciscas, debout ! Ho ! Ho ! Ho ! Ho ! Ho ! Lyciscas s' étant levé avec toutes les peines du monde, et s' étant mis à crier de toute sa force, plusieurs cors et trompes de chasse se firent entendre, et concertées avec les violons commencèrent l' air d' une entrée, sur laquelle six valets de chiens dansèrent avec beaucoup de justesse et disposition, reprenant à certaines cadences le son de leurs cors et trompes : c' étoient les sieurs Paysan, Chicanneau, Noblet, Pesan, Bonard, et la Pierre. p143 ACTE I , SCENE PREMIERE . Euryale, prince d' Ithaque, amoureux de la princesse d' élide, et Arbate son gouverneur, lequel, indulgent à la passion du prince, le loua de son amour, au lieu de l' en blâmer, en des termes fort galands. Arbate. Ce silence rêveur, dont la sombre habitude vous fait à tous moments chercher la solitude, ces longs soupirs que laisse échapper votre coeur, et ces fixes regards si chargés de langueur disent beaucoup sans doute à des gens de mon âge, et je pense, seigneur, entendre ce langage ; mais sans votre congé, de peur de trop risquer, p144 je n' ose m' enhardir jusques à l' expliquer. Euryale. Explique, explique, Arbate, avec toute licence ces soupirs, ces regards, et ce morne silence. Je te promets ici de dire que l' amour m' a rangé sous ses lois, et me brave à son tour, et je consens encor que tu me fasses honte des foiblesses d' un coeur qui souffre qu' on le dompte. Arbate. Moi, vous blâmer, seigneur, des tendres mouvements où je vois qu' aujourd' hui penchent vos sentiments ! Le chagrin des vieux jours ne peut aigrir mon âme contre les doux transports de l' amoureuse flamme ; et bien que mon sort touche à ses derniers soleils, je dirai que l' amour sied bien à vos pareils, que ce tribut qu' on rend aux traits d' un beau visage de la beauté d' une âme est un clair témoignage, et qu' il est malaisé que sans être amoureux un jeune prince soit et grand et généreux. C' est une qualité que j' aime en un monarque ; la tendresse de coeur est une grande marque ; et je crois que d' un prince on peut tout présumer, dès qu' on voit que son âme est capable d' aimer. Oui, cette passion, de toutes la plus belle, traîne dans un esprit cent vertus après elle ; aux nobles actions elle pousse les coeurs, et tous les grands héros ont senti ses ardeurs. Devant mes yeux, seigneur, a passé votre enfance, p145 et j' ai de vos vertus vu fleurir l' espérance ; mes regards observoient en vous des qualités où je reconnoissois le sang dont vous sortez ; j' y découvrois un fonds d' esprit et de lumière ; je vous trouvois bien fait, l' air grand, et l' âme fière ; votre coeur, votre adresse, éclatoient chaque jour : mais je m' inquiétois de ne voir point d' amour ; et puisque les langueurs d' une plaie invincible nous montrent que votre âme à ses traits est sensible, je triomphe, et mon coeur, d' allégresse rempli, vous regarde à présent comme un prince accompli. Euryale. Si de l' amour un temps j' ai bravé la puissance, hélas ! Mon cher Arbate, il en prend bien vengeance ; et sachant dans quels maux mon coeur s' est abîmé, toi-même tu voudrois qu' il n' eût jamais aimé. Car enfin vois le sort où mon astre me guide : j' aime, j' aime ardemment la princesse d' élide ; et tu sais quel orgueil, sous des traits si charmants, arme contre l' amour ses jeunes sentiments, et comment elle fuit, dans cette illustre fête, cette foule d' amants qui briguent sa conquête. Ah ! Qu' il est bien peu vrai que ce qu' on doit aimer aussitôt qu' on le voit prend droit de nous charmer, et qu' un premier coup d' oeil allume en nous les flammes où le ciel, en naissant, a destiné nos âmes ! à mon retour d' Argos, je passai dans ces lieux, et ce passage offrit la princesse à mes yeux ; je vis tous les appas dont elle est revêtue, mais de l' oeil dont on voit une belle statue : p146 leur brillante jeunesse observée à loisir ne porta dans mon âme aucun secret desir, et d' Ithaque en repos je revis le rivage, sans m' en être, en deux ans, rappelé nulle image. Un bruit vient cependant à répandre à ma cour le célèbre mépris qu' elle fait de l' amour ; on publie en tous lieux que son âme hautaine garde pour l' hyménée une invincible haine, et qu' un arc à la main, sur l' épaule un carquois, comme une autre Diane elle hante les bois, n' aime rien que la chasse, et de toute la Grèce fait soupirer en vain l' héroïque jeunesse. Admire nos esprits, et la fatalité ! Ce que n' avoit point fait sa vue et sa beauté, le bruit de ses fiertés en mon âme fit naître un transport inconnu dont je ne fus point maître ; ce dédain si fameux eut des charmes secrets à me faire avec soin rappeler tous ses traits ; et mon esprit, jetant de nouveaux yeux sur elle, m' en refit une image et si noble et si belle, me peignit tant de gloire et de telles douceurs à pouvoir triompher de toutes ses froideurs, que mon coeur, aux brillants d' une telle victoire, vit de sa liberté s' évanouir la gloire : contre une telle amorce il eut beau s' indigner, sa douceur sur mes sens prit tel droit de régner, qu' entraîné par l' effort d' une occulte puissance, j' ai d' Ithaque en ces lieux fait voile en diligence ; et je couvre un effet de mes voeux enflammés du desir de paroître à ces jeux renommés, où l' illustre Iphitas, père de la princesse, p147 assemble la plupart des princes de la Grèce. Arbate. Mais à quoi bon, seigneur, les soins que vous prenez ? Et pourquoi ce secret où vous vous obstinez ? Vous aimez, dites-vous, cette illustre princesse, et venez à ses yeux signaler votre adresse : et nuls empressements, paroles ni soupirs, ne l' ont instruite encor de vos brûlants desirs ? Pour moi, je n' entends rien à cette politique qui ne veut point souffrir que votre coeur s' explique ; et je ne sais quel fruit peut prétendre un amour qui fuit tous les moyens de se produire au jour. Euryale. Et que ferai-je, Arbate, en déclarant ma peine, qu' attirer les dédains de cette âme hautaine, et me jeter au rang de ces princes soumis que le titre d' amants lui peint en ennemis ? Tu vois les souverains de Messène et de Pyle lui faire de leurs coeurs un hommage inutile, et de l' éclat pompeux des plus hautes vertus en appuyer en vain les respects assidus : ce rebut de leurs soins sous un triste silence retient de mon amour toute la violence ; je me tiens condamné dans ces rivaux fameux, et je lis mon arrêt au mépris qu' on fait d' eux. Arbate. Et c' est dans ce mépris et dans cette humeur fière que votre âme à ses voeux doit voir plus de lumière, puisque le sort vous donne à conquérir un coeur que défend seulement une jeune froideur, et qui n' impose point à l' ardeur qui vous presse p148 de quelque attachement l' invincible tendresse. Un coeur préoccupé résiste puissamment ; mais quand une âme est libre, on la force aisément ; et toute la fierté de son indifférence n' a rien dont ne triomphe un peu de patience. Ne lui cachez donc plus le pouvoir de ses yeux, faites de votre flamme un éclat glorieux, et bien loin de trembler de l' exemple des autres, du rebut de leurs voeux enflez l' espoir des vôtres. Peut-être pour toucher ces sévères appas aurez-vous des secrets que ces princes n' ont pas ; et si de ses fiertés l' impérieux caprice ne vous fait éprouver un destin plus propice, au moins est-ce un bonheur, en ces extrémités, que de voir avec soi ses rivaux rebutés. Euryale. J' aime à te voir presser cet aveu de ma flamme : combattant mes raisons, tu chatouilles mon âme ; et par ce que j' ai dit je voulois pressentir si de ce que j' ai fait tu pourrois m' applaudir. Car enfin, puisqu' il faut t' en faire confidence, on doit à la princesse expliquer mon silence, et peut-être, au moment que je t' en parle ici, le secret de mon coeur, Arbate, est éclairci. Cette chasse où, pour fuir la foule qui l' adore, tu sais qu' elle est allée au lever de l' aurore, p149 est le temps dont Moron, pour déclarer mon feu, a pris... Arbate. Moron, seigneur ? Euryale. Ce choix t' étonne un peu : par son titre de fou tu crois le bien connoître ; mais sache qu' il l' est moins qu' il ne le veut paroître, et que, malgré l' emploi qu' il exerce aujourd' hui, il a plus de bon sens que tel qui rit de lui. La princesse se plaît à ses bouffonneries ; il s' en est fait aimer par cent plaisanteries, et peut, dans cet accès, dire et persuader ce que d' autres que lui n' oseroient hasarder ; je le vois propre enfin à ce que je souhaite : il a pour moi, dit-il, une amitié parfaite, et veut, dans mes états ayant reçu le jour, contre tous mes rivaux appuyer mon amour. Quelque argent mis en main pour soutenir ce zèle... ACTE I , SCENE II . Moron, représenté par le sieur de Molière, arrive, et ayant le souvenir d' un furieux sanglier, devant lequel il avoit fui à la chasse, demande secours, et rencontrant Euryale et Arbate, se met au milieu d' eux pour plus de sûreté, après leur avoir témoigné sa peur, et leur disant cent choses plaisantes sur son peu de bravoure. Moron, sans être vu. Au secours ! Sauvez-moi de la bête cruelle. p150 Euryale. Je pense ouïr sa voix. Moron, sans être vu. à moi, de grâce, à moi ! Euryale. C' est lui-même, où court-il avec un tel effroi ? Moron. Où pourrai-je éviter ce sanglier redoutable ? Grands dieux, préservez-moi de sa dent effroyable. Je vous promets, pourvu qu' il ne m' attrappe pas, quatre livres d' encens, et deux veaux des plus gras. Ha ! Je suis mort. Euryale. Qu' as-tu ? Moron. Je vous croyois la bête dont à me diffamer j' ai vu la gueule prête, seigneur, et je ne puis revenir de ma peur. Euryale. Qu' est-ce ? Moron. ô ! Que la princesse est d' une étrange humeur, p151 et qu' à suivre la chasse et ses extravagances il nous faut essuyer de sottes complaisances ! Quel diable de plaisir trouvent tous les chasseurs de se voir exposés à mille et mille peurs ? Encore si c' étoit qu' on ne fût qu' à la chasse des lièvres, des lapins, et des jeunes daims, passe : ce sont des animaux d' un naturel fort doux, et qui prennent toujours la fuite devant nous. Mais aller attaquer de ces bêtes vilaines qui n' ont aucun respect pour les faces humaines, et qui courent les gens qui les veulent courir, c' est un sot passe-temps, que je ne puis souffrir. Euryale. Dis-nous donc ce que c' est. Moron, en se tournant. Le pénible exercice où de notre princesse a volé le caprice ! ... J' en aurois bien juré qu' elle auroit fait le tour ; et la course des chars se faisant en ce jour, il falloit affecter ce contre-temps de chasse, pour mépriser ces jeux avec meilleure grâce, et faire voir... Mais chut. Achevons mon récit, et reprenons le fil de ce que j' avois dit. Qu' ai-je dit ? Euryale. Tu parlois d' exercice pénible. Moron. Ah ! Oui. Succombant donc à ce travail horrible (car en chasseur fameux j' étois enharnaché, p152 et dès le point du jour je m' étois découché,) je me suis écarté de tous en galand homme, et trouvant un lieu propre à dormir d' un bon somme, j' essayois ma posture, et m' ajustant bientôt, prenois déjà mon ton pour ronfler comme il faut, lorsqu' un murmure affreux m' a fait lever la vue, et j' ai d' un vieux buisson de la forêt touffue vu sortir un sanglier d' une énorme grandeur, pour... Euryale. Qu' est-ce ? Moron. Ce n' est rien. N' ayez point de frayeur, mais laissez-moi passer entre vous deux, pour cause : je serai mieux en main pour vous conter la chose. J' ai donc vu ce sanglier, qui par nos gens chassé, avoit d' un air affreux tout son poil hérissé ; ses deux yeux flamboyants ne lançoient que menace, et sa gueule faisoit une laide grimace, qui, parmi de l' écume, à qui l' osoit presser montroit de certains crocs... Je vous laisse à penser ! à ce terrible aspect j' ai ramassé mes armes ; mais le faux animal, sans en prendre d' alarmes, p153 est venu droit à moi, qui ne lui disois mot. Arbate. Et tu l' as de pied ferme attendu ? Moron. Quelque sot. J' ai jeté tout par terre et couru comme quatre. Arbate. Fuir devant un sanglier, ayant de quoi l' abattre ! Ce trait, Moron, n' est pas généreux... Moron. J' y consens : il n' est pas généreux, mais il est de bon sens. Arbate. Mais par quelques exploits si l' on ne s' éternise... Moron. Je suis votre valet, et j' aime mieux qu' on dise : " c' est ici qu' en fuyant, sans se faire prier, Moron sauva ses jours des fureurs d' un sanglier, " que si l' on y disoit : " voilà l' illustre place où le brave Moron, d' une héroïque audace affrontant d' un sanglier l' impétueux effort, par un coup de ses dents vit terminer son sort. " euryale. Fort bien... Moron. Oui, j' aime mieux, n' en déplaise à la gloire, vivre au monde deux jours, que mille ans dans l' histoire. p154 Euryale. En effet, ton trépas fâcheroit tes amis ; mais si de ta frayeur ton esprit est remis, puis-je te demander si du feu qui me brûle... ? Moron. Il ne faut point, seigneur, que je vous dissimule : je n' ai rien fait encore, et n' ai point rencontré de temps pour lui parler qui fût selon mon gré. L' office de bouffon a des prérogatives ; mais souvent on rabat nos libres tentatives. Le discours de vos feux est un peu délicat, et c' est chez la princesse une affaire d' état. Vous savez de quel titre elle se glorifie, et qu' elle a dans la tête une philosophie qui déclare la guerre au conjugal lien, et vous traite l' amour de déité de rien. Pour n' effaroucher point son humeur de tigresse, il me faut manier la chose avec adresse ; car on doit regarder comme l' on parle aux grands, et vous êtes parfois d' assez fâcheuses gens. Laissez-moi doucement conduire cette trame. Je me sens là pour vous un zèle tout de flamme : p155 vous êtes né mon prince, et quelques autres noeuds pourroient contribuer au bien que je vous veux. Ma mère, dans son temps, passoit pour assez belle, et naturellement n' étoient pas fort cruelle ; feu votre père alors, ce prince généreux, sur la galanterie étoit fort dangereux ; et je sais qu' Elpénor, qu' on appeloit mon père à cause qu' il étoit le mari de ma mère, contoit pour grand honneur aux pasteurs d' aujourd' hui que le prince autrefois étoit venu chez lui, et que durant ce temps il avoit l' avantage de se voir salué de tous ceux du village. Baste, quoi qu' il en soit, je veux par mes travaux... Mais voici la princesse et deux de vos rivaux. p156 ACTE I , SCENE III . La princesse d' élide parut ensuite, avec les princes de Messène et de Pyle, lesquels firent remarquer en eux des caractères bien différents de celui du prince d' Ithaque, et lui cédèrent dans le coeur de la princesse tous les avantages qu' il y pouvoit desirer. Cette aimable princesse ne témoigna pas pourtant que le mérite de ce prince eût fait aucune impression sur son esprit, et qu' elle l' eût quasi remarqué ; elle témoigna toujours, comme une autre Diane, n' aimer que la chasse et les forêts ; et lorsque le prince de Messène voulut lui faire valoir le service qu' il lui avoit rendu, en la défaisant d' un fort grand sanglier qui l' avoit attaquée, elle lui dit que, sans rien diminuer de sa reconnoissance, elle trouvoit son secours d' autant moins considérable, qu' elle en avoit tué toute seule d' aussi furieux, et fût peut-être bien encore venue à bout de celui-ci. Aristomène. Reprochez-vous, madame, à nos justes alarmes ce péril dont tous deux avons sauvé vos charmes ? J' aurois pensé, pour moi, qu' abattre sous nos coups ce sanglier qui portoit sa fureur jusqu' à vous, étoit une aventure (ignorant votre chasse) dont à nos bons destins nous dussions rendre grâce ; mais à cette froideur je connois clairement que je dois concevoir un autre sentiment, et quereller du sort la fatale puissance qui me fait avoir part à ce qui vous offense. Théocle. Pour moi, je tiens, madame, à sensible bonheur p157 l' action où pour vous a volé tout mon coeur, et ne puis consentir, malgré votre murmure, à quereller le sort d' une telle aventure. D' un objet odieux je sais que tout déplaît ; mais, dût votre courroux être plus grand qu' il n' est, c' est extrême plaisir, quand l' amour est extrême, de pouvoir d' un péril affranchir ce qu' on aime. La princesse. Et pensez-vous, seigneur, puisqu' il me faut parler, qu' il eût en ce péril de quoi tant m' ébranler, que l' arc et que le dard, pour moi si pleins de charmes, ne soient entre mes mains que d' inutiles armes, et que je fasse enfin mes plus fréquents emplois de parcourir nos monts, nos plaines et nos bois, pour n' oser, en chassant, concevoir l' espérance de suffire, moi seule, à ma propre défense ? Certes, avec le temps, j' aurois bien profité de ces soins assidus dont je fais vanité, s' il falloit que mon bras, dans une telle quête, ne pût pas triompher d' une chétive bête ! Du moins si, pour prétendre à de sensibles coups, le commun de mon sexe est trop mal avec vous, d' un étage plus haut accordez-moi la gloire, et me faites tous deux cette grâce de croire, seigneurs, que, quel que fût le sanglier d' aujourd' hui, j' en ai mis bas sans vous de plus méchants que lui. p158 Théocle. Mais, madame... La princesse. Hé bien, soit. Je vois que votre envie est de persuader que je vous dois la vie : j' y consens. Oui, sans vous, c' étoit fait de mes jours ; je rends de tout mon coeur grâce à ce grand secours ; et pas au prince, pour lui dire les bontés que pour moi votre amour vous inspire. ACTE I , SCENE IV . Moron. Heu ! A-t-on jamais vu de plus farouche esprit ? De ce vilain sanglier l' heureux trépas l' aigrit. ô ! Comme volontiers j' aurois d' un beau salaire récompensé tantôt qui m' en eût su défaire ! Arbate. Je vous vois tout pensif, seigneur, de ses dédains ; mais ils n' ont rien qui doive empêcher vos desseins. Son heure doit venir, et c' est à vous possible qu' est réservé l' honneur de la rendre sensible. Moron. Il faut qu' avant la course elle apprenne vos feux, et je... p159 Euryale. Non, ce n' est plus, Moron, ce que je veux. Garde-toi de rien dire, et me laisse un peu faire : j' ai résolu de prendre un chemin tout contraire. Je vois trop que son coeur s' obstine à dédaigner tous ces profonds respects qui pensent la gagner ; et le dieu qui m' engage à soupirer pour elle m' inspire pour la vaincre une adresse nouvelle. Oui, c' est lui d' où me vient ce soudain mouvement, et j' en attends de lui l' heureux événement. Arbate. Peut-on savoir, seigneur, par où votre espérance... ? Euryale. Tu le vas voir. Allons, et garde le silence. p160 DEUXIEME INTERMEDE , SCENE PREMIERE . Moron. Jusqu' au revoir. Pour moi, je reste ici, et j' ai une p161 petite conversation à faire avec ces arbres et ces rochers. Bois, prés, fontaines, fleurs, qui voyez mon teint blême, si vous ne le savez, je vous apprends que j' aime. Philis est l' objet charmant qui tient mon coeur à l' attache ; et je devins son amant la voyant traire une vache. Ses doigts tout pleins de lait, et plus blancs mille fois, pressoient les bouts du pis d' une grâce admirable. Ouf ! Cette idée est capable de me réduire aux abois. Ah ! Philis ! Philis ! Philis ! Ah, hem, ah, ah, ah, hi, hi, hi, oh, oh, oh, oh. Voilà un écho qui est bouffon ! Hom, hom, hom, ha, ha, ha, ha, ha. Uh, uh, uh. Voilà un écho qui est bouffon ! p162 DEUXIEME INTERMEDE , SCENE II . Moron. Ah ! Monsieur l' ours, je suis votre serviteur de tout mon coeur. De grâce, épargnez-moi. Je vous assure que je ne vaux rien du tout à manger, je n' ai que la peau et les os, et je vois de certaines gens là-bas qui seroient bien mieux votre affaire. Eh ! Eh ! Eh ! Monseigneur, tout doux, s' il vous plaît. Là, là, là, là. Ah ! Monseigneur, que votre altesse est jolie et bien faite ! Elle a tout à fait l' air galand et la taille la plus mignonne du monde. Ah ! Beau poil, belle tête, beaux yeux brillants et bien fendus ! Ah ! Beau petit nez ! Belle petite bouche ! Petites quenottes jolies ! Ah ! Belle gorge ! Belles petites menottes ! Petits ongles bien faits ! à l' aide ! Au secours ! Je suis mort ! Miséricorde ! Pauvre Moron ! Ah ! Mon Dieu ! Et vite, à moi ! à moi, je suis perdu. (les chasseurs paroissent.) eh ! Messieurs, ayez pitié de moi. Bon ! Messieurs, tuez-moi ce vilain animal-là. ô ciel, daigne les assister ! p163 Bon ! Le voilà qui fuit. Le voilà qui s' arrête, et qui se jette sur eux. Bon ! En voilà un qui vient de lui donner un coup dans la gueule. Les voilà tous à l' entour de lui. Courage ! Ferme, allons, mes amis ! Bon ! Poussez fort ! Encore ! Ah ! Le voilà qui est à terre ; c' en est fait, il est mort. Descendons maintenant, pour lui donner cent coups. Serviteur, messieurs ; je vous rends grâce de m' avoir délivré de cette bête. Maintenant que vous l' avez tuée, je m' en vais l' achever, et en triompher avec vous. Ces heureux chasseurs n' eurent pas plus tôt remporté cette victoire, que Moron, devenu brave par l' éloignement du péril, voulut aller donner mille coups à la bête, qui n' étoit plus en état de se défendre, et fit tout ce qu' un fanfaron qui n' auroit pas été trop hardi eût pu faire en cette occasion ; et les chasseurs, pour témoigner leur joie, dansèrent une fort belle entrée. C' étoient les sieurs Chicanneau, Baltazard, Noblet, Bonard, Manceau, Magny et la Pierre. p165 ACTE II , SCENE PREMIERE . La princesse. Oui, j' aime à demeurer dans ces paisibles lieux : on n' y découvre rien qui n' enchante les yeux ; et de tous nos palais la savante structure cède aux simples beautés qu' y forme la nature. Ces arbres, ces rochers, cette eau, ces gazons frais ont pour moi des appas à ne lasser jamais. Aglante. Je chéris comme vous ces retraites tranquilles, où l' on se vient sauver de l' embarras des villes. De mille objets charmants ces lieux sont embellis ; et ce qui doit surprendre, est qu' aux portes d' élis la douce passion de fuir la multitude rencontre une si belle et vaste solitude. Mais, à vous dire vrai, dans ces jours éclatants, vos retraites ici me semblent hors de temps ; et c' est fort maltraiter l' appareil magnifique que chaque prince a fait pour la fête publique. Ce spectacle pompeux de la course des chars devroit bien mériter l' honneur de vos regards. La princesse. Quel droit ont-ils chacun d' y vouloir ma présence ? Et que dois-je, après tout, à leur magnificence ? Ce sont soins que produit l' ardeur de m' acquérir, et mon coeur est le prix qu' ils veulent tous courir. Mais quelque espoir qui flatte un projet de la sorte, p166 je me tromperai fort si pas un d' eux l' emporte. Cynthie. Jusques à quand ce coeur veut-il s' effaroucher des innocents desseins qu' on a de le toucher, et regarder les soins que pour vous on se donne comme autant d' attentats contre votre personne ? Je sais qu' en défendant le parti de l' amour, on s' expose chez vous à faire mal sa cour ; mais ce que par le sang j' ai l' honneur de vous être s' oppose aux duretés que vous faites paroître, et je ne puis nourrir d' un flatteur entretien vos résolutions de n' aimer jamais rien. Est-il rien de plus beau que l' innocente flamme qu' un mérite éclatant allume dans une âme ? Et seroit-ce un bonheur de respirer le jour, si d' entre les mortels on bannissoit l' amour ? Non, non, tous les plaisirs se goûtent à le suivre, et vivre sans aimer n' est pas proprement vivre. p167 Aglante. Pour moi, je tiens que cette passion est la plus agréable affaire de la vie ; qu' il est nécessaire d' aimer pour vivre heureusement, et que tous les plaisirs sont fades, s' il ne s' y mêle un peu d' amour. La princesse. Pouvez-vous bien toutes deux, étant ce que vous êtes, prononcer ces paroles ? Et ne devez-vous pas rougir d' appuyer une passion qui n' est qu' erreur, que foiblesse et qu' emportement, et dont tous les désordres ont tant de répugnance avec la gloire de notre sexe ? J' en prétends soutenir l' honneur jusqu' au dernier moment de ma vie, et ne veux point du tout me commettre à ces gens qui font les esclaves auprès de nous, pour devenir un jour nos tyrans. Toutes ces larmes, tous ces soupirs, tous ces hommages, tous ces respects sont des embûches qu' on tend à notre coeur, et qui souvent l' engagent à commettre des lâchetés. Pour moi, quand je regarde certains exemples, et les bassesses épouvantables où cette passion ravale les personnes sur qui elle étend sa puissance, je sens tout mon coeur qui s' émeut ; et je ne puis souffrir qu' une âme qui fait profession d' un peu de fierté, ne trouve pas une honte horrible à de telles foiblesses. Cynthie. Eh ! Madame, il est de certaines foiblesses qui ne sont point honteuses, et qu' il est beau même d' avoir dans les plus hauts degrés de gloire. J' espère que vous changerez un jour de pensée ; et s' il plaît au ciel, nous verrons votre coeur avant qu' il soit peu... La princesse. Arrêtez, n' achevez pas ce souhait étrange. J' ai une p168 horreur trop invincible pour ces sortes d' abaissements ; et si jamais j' étois capable d' y descendre, je serois personne sans doute à ne me le point pardonner. Aglante. Prenez garde ; madame, l' amour sait se venger des mépris que l' on fait de lui, et peut-être... La princesse. Non, non. Je brave tous ses traits ; et le grand pouvoir qu' on lui donne n' est rien qu' une chimère, qu' une excuse des foibles coeurs, qui le font invincible pour autoriser leur foiblesse. Cynthie. Mais enfin toute la terre reconnoît sa puissance, et vous voyez que les dieux même sont assujettis à son empire. On nous fait voir que Jupiter n' a pas aimé pour une fois, et que Diane même, dont vous affectez tant l' exemple, n' a pas rougi de pousser des soupirs d' amour. La princesse. Les croyances publiques sont toujours mêlées d' erreur : les dieux ne sont point faits comme se les fait le vulgaire ; et c' est leur manquer de respect que de leur attribuer les foiblesses des hommes. p169 ACTE II , SCENE II . Aglante. Viens, approche, Moron, viens nous aider à défendre l' amour contre les sentiments de la princesse. La princesse. Voilà votre parti fortifié d' un grand défenseur. Moron. Ma foi, madame, je crois qu' après mon exemple il n' y a plus rien à dire, et qu' il ne faut plus mettre en doute le pouvoir de l' amour. J' ai bravé ses armes assez longtemps, et fait de mon drôle comme un autre ; mais enfin ma fierté a baissé l' oreille, et vous avez une traîtresse qui m' a rendu plus doux qu' un agneau. Après cela, on ne doit plus faire aucun scrupule d' aimer ; et puisque j' ai bien passé par là, il peut bien y en passer d' autres. Cynthie. Quoi ? Moron se mêle d' aimer ? Moron. Fort bien. Cynthie. Et de vouloir être aimé ? Moron. Et pourquoi non ? Est-ce qu' on n' est pas assez bien p170 fait pour cela ? Je pense que ce visage est assez passable, et que pour le bel air, Dieu merci, nous ne le cédons à personne. Cynthie. Sans doute, on auroit tort... ACTE II , SCENE III . Lycas. Madame, le prince votre père vient vous trouver ici, et conduit avec lui les princes de Pyle et d' Ithaque, et celui de Messène. La princesse. ô ciel ! Que prétend-il faire en me les amenant ? Auroit-il résolu ma perte, et voudroit-il bien me forcer au choix de quelqu' un d' eux ? ACTE II , SCENE IV . La princesse. Seigneur, je vous demande la licence de prévenir par p171 deux paroles la déclaration des pensées que vous pouvez avoir. Il y a deux vérités, seigneur, aussi constantes l' une que l' autre, et dont je puis vous assurer également : l' une, que vous avez un absolu pouvoir sur moi, et que vous ne sauriez m' ordonner rien où je ne réponde aussitôt par une obéissance aveugle ; l' autre, que je regarde l' hyménée ainsi que le trépas, et qu' il m' est impossible de forcer cette aversion naturelle. Me donner un mari, et me donner la mort, c' est une même chose ; mais votre volonté va la première, et mon obéissance m' est bien plus chère que ma vie. Après cela, parlez, seigneur, prononcez librement ce que vous voulez. Le prince. Ma fille, tu as tort de prendre de telles alarmes, et je me plains de toi, qui peux mettre dans ta pensée que je sois assez mauvais père pour vouloir faire violence à tes sentiments, et me servir tyranniquement de la puissance que le ciel me donne sur toi. Je souhaite, à la vérité, que ton coeur puisse aimer quelqu' un : tous mes voeux seroient satisfaits, si cela pouvoit arriver ; et je n' ai proposé les fêtes et les jeux que je fais célébrer ici, qu' afin d' y pouvoir attirer tout ce que la Grèce a d' illustre, et que, parmi cette noble jeunesse, tu puisses enfin rencontrer où arrêter tes yeux et déterminer tes pensées. Je ne demande, dis-je, au ciel autre bonheur que celui de te voir un époux. J' ai, pour obtenir cette grâce, fait encore ce matin un sacrifice à Vénus ; et si je sais bien expliquer le langage des dieux, elle m' a promis un miracle. Mais, quoi qu' il en soit, je veux en user avec toi en père qui chérit sa fille. Si tu trouves où attacher tes voeux, ton choix sera le mien, et je ne considérerai ni p172 intérêts d' état, ni avantages d' alliance ; si ton coeur demeure insensible, je n' entreprendrai point de le forcer. Mais au moins sois complaisante aux civilités qu' on te rend, et ne m' oblige point à faire les excuses de ta froideur. Traite ces princes avec l' estime que tu leur dois, reçois avec reconnoissance les témoignages de leur zèle, et viens voir cette course où leur adresse va paroître. Théocle. Tout le monde va faire des efforts pour remporter le prix de cette course. Mais, à vous dire vrai, j' ai peu d' ardeur pour la victoire, puisque ce n' est pas votre coeur qu' on y doit disputer. Aristomène. Pour moi, madame, vous êtes le seul prix que je me propose partout ; c' est vous que je crois disputer dans ces combats d' adresse ; et je n' aspire maintenant à remporter l' honneur de cette course, que pour obtenir un degré de gloire qui m' approche de votre coeur. Euryale. Pour moi, madame, je n' y vais point du tout avec cette pensée. Comme j' ai fait toute ma vie profession de ne rien aimer, tous les soins que je prends ne vont point où tendent les autres. Je n' ai aucune prétention sur votre coeur, et le seul honneur de la course est tout l' avantage où j' aspire. (ils la quittent.) p173 la princesse. D' où sort cette fierté où l' on ne s' attendoit point ? Princesses, que dites-vous de ce jeune prince ? Avez-vous remarqué de quel ton il l' a pris ? Aglante. Il est vrai que cela est un peu fier. Moron. Ah ! Quelle brave botte il vient là de lui porter ! La princesse. Ne trouvez-vous pas qu' il y auroit plaisir d' abaisser son orgueil, et de soumettre un peu ce coeur qui tranche tant du brave ? Cynthie. Comme vous êtes accoutumée à ne jamais recevoir que des hommages et des adorations de tout le monde, un compliment pareil au sien doit vous surprendre, à la vérité. La princesse. Je vous avoue que cela m' a donné de l' émotion, et que je souhaiterois fort de trouver les moyens de châtier cette hauteur. Je n' avois pas beaucoup d' envie de me trouver à cette course ; mais j' y veux aller exprès, et employer toute chose pour lui donner de l' amour. Cynthie. Prenez garde, madame : l' entreprise est périlleuse, et lorsqu' on veut donner de l' amour, on court risque d' en recevoir. p174 La princesse. Ah ! N' appréhendez rien, je vous prie. Allons, je vous réponds de moi. p175 TROISIEME INTERMEDE , SCENE PREMIERE . Moron. Philis, demeure ici. Philis. Non, laisse-moi suivre les autres. Moron. Ah, cruelle ! Si c' étoit Tircis qui t' en priât, tu demeurerois bien vite. Philis. Cela se pourroit faire, et je demeure d' accord que je trouve bien mieux mon compte avec l' un qu' avec l' autre ; car il me divertit avec sa voix, et toi, tu m' étourdis de ton caquet. Lorsque tu chanteras aussi bien que lui, je te promets de t' écouter. Moron. Eh ! Demeure un peu. Philis. Je ne saurois. Moron. De grâce ! Philis. Point, te dis-je. Moron. Je ne te laisserai point aller. p176 Philis. Ah ! Que de façons ! Moron. Je ne te demande qu' un moment à être avec toi. Philis. Eh bien ! Oui, j' y demeurerai, pourvu que tu me promettes une chose. Moron. Et quelle ? Philis. De ne me point parler du tout. Moron. Eh ! Philis ! Philis. à moins que de cela, je ne demeurerai point avec toi. Moron. Veux-tu me... ? Philis. Laisse-moi aller. Moron. Eh bien ! Oui, demeure. Je ne dirai mot. Philis. Prends-y bien garde, au moins ; car à la moindre parole, je prends la fuite. Moron. Il fait une scène de gestes. Soit. Ah ! Philis ! ... Eh ! ... Elle s' enfuit, et je ne p177 saurois l' attraper. Voilà ce que c' est : si je savois chanter, j' en ferois bien mieux mes affaires. La plupart des femmes aujourd' hui se laissent prendre par les oreilles ; elles sont cause que tout le monde se mêle de musique, et l' on ne réussit auprès d' elles que par les petites chansons et les petits vers qu' on leur fait entendre. Il faut que j' apprenne à chanter pour faire comme les autres. Bon, voici justement mon homme. TROISIEME INTERMEDE , SCENE II . Satyre. La, la, la. Moron. Ah ! Satyre, mon ami, tu sais bien ce que tu m' as promis, il y a longtemps : apprends-moi à chanter, je te prie. Satyre. Je le veux. Mais auparavant, écoute une chanson que je viens de faire. Moron. Il est si accoutumé à chanter, qu' il ne sauroit parler d' autre façon. Allons, chante, j' écoute. p178 Satyre. Je portois... Moron. Une chanson, dis-tu ? Satyre. Je port... Moron. Une chanson à chanter. Satyre. Je port... Moron. Chanson amoureuse, peste ! Satyre. Je portois dans une cage deux moineaux que j' avois pris, lorsque la jeune Cloris fit dans un sombre bocage briller à mes yeux surpris les fleurs de son beau visage. Hélas ! Dis-je aux moineaux, en recevant les coups de ses yeux si savants à faire des conquêtes, consolez-vous, pauvres petites bêtes, celui qui vous a pris est bien plus pris que vous. Moron ne fut pas satisfait de cette chanson, quoiqu' il la trouvât jolie ; il en demanda une plus passionnée, et priant le satyre de lui dire celle qu' il lui avoit ouï chanter quelques jours auparavant , il continua ainsi : p179 dans vos chants si doux chantez à ma belle, oiseaux, chantez tous ma peine mortelle. Mais si la cruelle se met en courroux au récit fidèle des maux que je sens pour elle, oiseaux, taisez-vous, oiseaux, taisez-vous. Cette seconde chanson ayant touché Moron fort sensiblement, il pria le satyre de lui apprendre à chanter et lui dit : moron. Ah ! Qu' elle est belle ! Apprends-la-moi. Satyre. La, la, la, la. Moron. La, la, la, la. Satyre. Fa, fa, fa, fa. Moron. Fa toi-même. Le satyre s' en mit en colère, et peu à peu se mettant en posture p180 d' en venir à des coups de poing, les violons reprirent un air sur lequel ils dansèrent une plaisante entrée. p181 ACTE III , SCENE PREMIERE . Cynthie. Il est vrai, madame, que ce jeune prince a fait voir une adresse non commune, et que l' air dont il a paru p182 a été quelque chose de surprenant. Il sort vainqueur de cette course. Mais je doute fort qu' il en sorte avec le même coeur qu' il y a porté ; car enfin vous lui avez tiré des traits dont il est difficile de se défendre ; et sans parler de tout le reste, la grâce de votre danse et la douceur de votre voix ont eu des charmes aujourd' hui à toucher les plus insensibles. La princesse. Le voici qui s' entretient avec Moron : nous saurons un peu de quoi il lui parle. Ne rompons point encore leur entretien, et prenons cette route pour revenir à leur rencontre. ACTE III , SCENE II . Euryale. Ah ! Moron, je te l' avoue, j' ai été enchanté ; et jamais tant de charmes n' ont frappé tout ensemble mes yeux et mes oreilles. Elle est adorable en tout temps, il est vrai ; mais ce moment l' a emporté sur tous les autres, et des grâces nouvelles ont redoublé l' éclat de ses beautés. Jamais son visage ne s' est paré de plus vives couleurs, ni ses yeux ne se sont armés de traits plus vifs et plus perçants. La douceur de sa voix a voulu se faire paroître dans un air tout charmant qu' elle a daigné chanter ; et les sons merveilleux qu' elle formoit passoient jusqu' au fond de mon âme, et tenoient tous mes sens dans un ravissement à ne pouvoir en revenir. Elle a fait éclater p183 ensuite une disposition toute divine, et ses pieds amoureux, sur l' émail d' un tendre gazon, traçoient d' aimables caractères qui m' enlevoient hors de moi-même, et m' attachoient par des noeuds invincibles aux doux et justes mouvements dont tout son corps suivoit les mouvements de l' harmonie. Enfin jamais âme n' a eu de plus puissantes émotions que la mienne ; et j' ai pensé plus de vingt fois oublier ma résolution, pour me jeter à ses pieds et lui faire un aveu sincère de l' ardeur que je sens pour elle. Moron. Donnez-vous-en bien de garde, seigneur, si vous m' en voulez croire. Vous avez trouvé la meilleure invention du monde, et je me trompe fort si elle ne vous réussit. Les femmes sont des animaux d' un naturel bizarre ; nous les gâtons par nos douceurs ; et je crois tout de bon que nous les verrions nous courir, sans tous ces respects et ces soumissions où les hommes les acoquinent. Arbate. Seigneur, voici la princesse qui s' est un peu éloignée de sa suite. p184 Moron. Demeurez ferme au moins dans le chemin que vous avez pris. Je m' en vais voir ce qu' elle me dira. Cependant promenez-vous ici dans ces petites routes, sans faire aucun semblant d' avoir envie de la joindre ; et si vous l' abordez, demeurez avec elle le moins qu' il vous sera possible. ACTE III , SCENE III . La princesse. Tu as donc familiarité, Moron, avec le prince d' Ithaque ? Moron. Ah ! Madame, il y a longtemps que nous nous connoissons. La princesse. D' où vient qu' il n' est pas venu jusqu' ici, et qu' il a pris cette autre route quand il m' a vue ? Moron. C' est un homme bizarre, qui ne se plaît qu' à entretenir ses pensées. La princesse. étois-tu tantôt au compliment qu' il m' a fait ? Moron. Oui, madame, j' y étois ; et je l' ai trouvé un peu impertinent, n' en déplaise à sa principauté. La princesse. Pour moi, je le confesse, Moron, cette fuite m' a choquée ; p185 et j' ai toutes les envies du monde de l' engager, pour rabattre un peu son orgueil. Moron. Ma foi, madame, vous ne feriez pas mal : il le mériteroit bien ; mais à vous dire vrai, je doute fort que vous y puissiez réussir. La princesse. Comment ? Moron. Comment ? C' est le plus orgueilleux petit vilain que vous ayez jamais vu. Il lui semble qu' il n' y a personne au monde qui le mérite, et que la terre n' est pas digne de le porter. La princesse. Mais encore, ne t' a-t-il point parlé de moi ? Moron. Lui ? Non. La princesse. Il ne t' a rien dit de ma voix et de ma danse ? Moron. Pas le moindre mot. La princesse. Certes ce mépris est choquant, et je ne puis souffrir cette hauteur étrange de ne rien estimer. Moron. Il n' estime et n' aime que lui. La princesse. Il n' y a rien que je ne fasse pour le soumettre comme il faut. Moron. Nous n' avons point de marbre dans nos montagnes qui soit plus dur et plus insensible que lui. p186 La princesse. Le voilà. Moron. Voyez-vous comme il passe, sans prendre garde à vous ? La princesse. De grâce, Moron, va le faire aviser que je suis ici, et l' oblige à me venir aborder. ACTE III , SCENE IV . Moron. Seigneur, je vous donne avis que tout va bien. La princesse souhaite que vous l' abordiez ; mais songez bien à continuer votre rôle ; et de peur de l' oublier, ne soyez pas longtemps avec elle. La princesse. Vous êtes bien solitaire, seigneur ; et c' est une humeur bien extraordinaire que la vôtre, de renoncer ainsi à notre sexe, et de fuir, à votre âge, cette galanterie dont se piquent tous vos pareils. Euryale. Cette humeur, madame, n' est pas si extraordinaire, qu' on n' en trouvât des exemples sans aller loin d' ici ; et vous ne sauriez condamner la résolution que j' ai prise de n' aimer jamais rien, sans condamner aussi vos sentiments. La princesse. Il y a grande différence ; et ce qui sied bien à un p187 sexe, ne sied pas bien à l' autre. Il est beau qu' une femme soit insensible, et conserve son coeur exempt des flammes de l' amour ; mais ce qui est vertu en elle devient un crime dans un homme ; et comme la beauté est le partage de notre sexe, vous ne sauriez ne nous point aimer, sans nous dérober les hommages qui nous sont dus, et commettre une offense dont nous devons toutes nous ressentir. Euryale. Je ne vois pas, madame, que celles qui ne veulent point aimer doivent prendre aucun intérêt à ces sortes d' offenses. La princesse. Ce n' est pas une raison, seigneur ; et sans vouloir aimer, on est toujours bien aise d' être aimée. Euryale. Pour moi, je ne suis pas de même ; et dans le dessein où je suis de ne rien aimer, je serois fâché d' être aimé. La princesse. Et la raison ? Euryale. C' est qu' on a obligation à ceux qui nous aiment, et que je serois fâché d' être ingrat. La princesse. Si bien donc que, pour fuir l' ingratitude, vous aimeriez qui vous aimeroit ? Euryale. Moi, madame ? Point du tout. Je dis bien que je serois fâché d' être ingrat ; mais je me résoudrois plutôt de l' être que d' aimer. La princesse. Telle personne vous aimeroit, peut-être que votre coeur... p188 Euryale. Non ! Madame, rien n' est capable de toucher mon coeur. Ma liberté est la seule maîtresse à qui je consacre mes voeux ; et quand le ciel emploieroit ses soins à composer une beauté parfaite, quand il assembleroit en elle tous les dons les plus merveilleux et du corps et de l' âme, enfin quand il exposeroit à mes yeux un miracle d' esprit, d' adresse et de beauté, et que cette personne m' aimeroit avec toutes les tendresses imaginables, je vous l' avoue franchement, je ne l' aimerois pas. La princesse. A-t-on jamais rien vu de tel ? Moron. Peste soit du petit brutal ! J' aurois envie de lui bailler un coup de poing. La princesse, parlant en soi. Cet orgueil me confond, et j' ai un tel dépit, que je ne me sens pas. Moron, parlant au prince. Bon courage, seigneur ! Voilà qui va le mieux du monde. Euryale. Ah ! Moron, je n' en puis plus ! Et je me suis fait des efforts étranges. p189 La princesse. C' est avoir une insensibilité bien grande, que de parler comme vous faites. Euryale. Le ciel ne m' a pas fait d' une autre humeur. Mais, madame, j' interromps votre promenade, et mon respect doit m' avertir que vous aimez la solitude. ACTE III , SCENE V . Moron. Il ne vous en doit rien, madame, en dureté de coeur. La princesse. Je donnerois volontiers tout ce que j' ai au monde pour avoir l' avantage d' en triompher. Moron. Je le crois. La princesse. Ne pourrois-tu, Moron, me servir dans un tel dessein ? p190 Moron. Vous savez bien, madame, que je suis tout à votre service. La princesse. Parle-lui de moi dans tes entretiens ; vante-lui adroitement ma personne et les avantages de ma naissance ; et tâche d' ébranler ses sentiments par la douceur de quelque espoir. Je te permets de dire tout ce que tu voudras, pour tâcher à me l' engager. Moron. Laissez-moi faire. La princesse. C' est une chose qui me tient au coeur. Je souhaite ardemment qu' il m' aime. Moron. Il est bien fait, oui, ce petit pendard-là ; il a bon air, bonne physionomie ; et je crois qu' il seroit assez le fait d' une jeune princesse. La princesse. Enfin tu peux tout espérer de moi, si tu trouves moyen d' enflammer pour moi son coeur. Moron. Il n' y a rien qui ne se puisse faire. Mais, madame, s' il venoit à vous aimer, que feriez-vous, s' il vous plaît ? La princesse. Ah ! Ce seroit lors que je prendrois plaisir à triompher pleinement de sa vanité, à punir son mépris par mes froideurs, et exercer sur lui toutes les cruautés que je pourrois imaginer. Moron. Il ne se rendra jamais. La princesse. Ah ! Moron, il faut faire en sorte qu' il se rende. p191 Moron. Non, il n' en fera rien. Je le connois : ma peine sera inutile. La princesse. Si faut-il pourtant tenter toute chose, et éprouver si son âme est entièrement insensible. Allons, je veux lui parler, et suivre une pensée qui vient de me venir. p192 QUATRIEME INTERMEDE , SCENE PREMIERE . Philis. Viens, Tircis. Laissons-les aller, et me dis un peu ton martyre de la façon que tu sais faire. Il y a longtemps que tes yeux me parlent ; mais je suis plus aise d' ouïr ta voix. Tircis, en chantant. Tu m' écoutes, hélas ! Dans ma triste langueur ; mais je n' en suis pas mieux, ô beauté sans pareille ; et je touche ton oreille, sans que je touche ton coeur. Philis. Va, va, c' est déjà quelque chose que de toucher l' oreille, et le temps amène tout. Chante-moi cependant quelque plainte nouvelle que tu aies composée pour moi. p193 QUATRIEME INTERMEDE , SCENE II . Moron. Ah ! Ah ! Je vous y prends, cruelle. Vous vous écartez des autres pour ouïr mon rival. Philis. Oui, je m' écarte pour cela. Je te le dis encore, je me plais avec lui ; et l' on écoute volontiers les amants, lorsqu' ils se plaignent aussi agréablement qu' il fait. Que ne chantes-tu comme lui ? Je prendrois plaisir à t' écouter. Moron. Si je ne sais chanter, je sais faire autre chose ; et quand... Philis. Tais-toi : je veux l' entendre. Dis, Tircis, ce que tu voudras. Moron. Ah ! Cruelle... Philis. Silence, dis-je, ou je me mettrai en colère. Tircis. Arbres épais, et vous, prés émaillés, la beauté dont l' hiver vous avoit dépouillés par le printemps vous est rendue. Vous reprenez tous vos appas ; mais mon âme ne reprend pas la joie, hélas ! Que j' ai perdue ! p194 Moron. Morbleu ! Que n' ai-je de la voix ! Ah ! Nature marâtre ! Pourquoi ne m' as-tu pas donné de quoi chanter comme à un autre ? Philis. En vérité, Tircis, il ne se peut rien de plus agréable, et tu l' emportes sur tous les rivaux que tu as. Moron. Mais pourquoi est-ce que je ne puis pas chanter ? N' ai-je pas un estomac, un gosier et une langue comme un autre ? Oui, oui, allons : je veux chanter aussi, et te montrer que l' amour fait faire toutes choses. Voici une chanson que j' ai faite pour toi. Philis. Oui, dis ; je veux bien t' écouter pour la rareté du fait. Moron. Courage, Moron ! Il n' y a qu' à avoir de la hardiesse. (Moron chante.) ton extrême rigueur s' acharne sur mon coeur. Ah ! Philis, je trépasse ; daigne me secourir : p195 en seras-tu plus grasse de m' avoir fait mourir ? Vivat ! Moron. Philis. Voilà qui est le mieux du monde. Mais, Moron, je souhaiterois bien d' avoir la gloire que quelque amant fût mort pour moi. C' est un avantage dont je n' ai point encore joui ; et je trouve que j' aimerois de tout mon coeur une personne qui m' aimeroit assez pour se donner la mort. Moron. Tu aimerois une personne qui se tueroit pour toi ? Philis. Oui. Moron. Il ne faut que cela pour te plaire ? Philis. Non. Moron. Voilà qui est fait. Je te veux montrer que je me sais tuer quand je veux. Tircis chante. Ah ! Quelle douceur extrême, de mourir pour ce qu' on aime ! Bis. Moron. C' est un plaisir que vous aurez quand vous voudrez. Tircis chante. Courage, Moron ! Meurs promptement en généreux amant. p196 Moron. Je vous prie de vous mêler de vos affaires, et de me laisser tuer à ma fantaisie. Allons, je vais faire honte à tous les amants. Tiens, je ne suis pas homme à faire tant de façons. Vois ce poignard. Prends bien garde comme je vais me percer le coeur. (se riant de Tircis.) je suis votre serviteur : quelque niais. Philis. Allons, Tircis. Viens-t' en me redire à l' écho ce que tu m' as chanté. p197 ACTE IV , SCENE PREMIERE . La princesse. Prince, comme jusques ici nous avons fait paroître une conformité de sentiments, et que le ciel a semblé mettre en nous mêmes attachements pour notre liberté, et même aversion pour l' amour, je suis bien aise de vous ouvrir mon coeur, et de vous faire confidence d' un changement dont vous serez surpris. J' ai toujours regardé l' hymen comme une chose affreuse, et j' avois fait serment d' abandonner plutôt la vie que de me résoudre p198 jamais à perdre cette liberté pour qui j' avois des tendresses si grandes ; mais enfin un moment a dissipé toutes ces résolutions. Le mérite d' un prince m' a frappé aujourd' hui les yeux ; et mon âme tout d' un coup, comme par un miracle, est devenue sensible aux traits de cette passion que j' avois toujours méprisée. J' ai trouvé d' abord des raisons pour autoriser ce changement, et je puis l' appuyer de la volonté de répondre aux ardentes sollicitations d' un père, et aux voeux de tout un état ; mais, à vous dire vrai, je suis en peine du jugement que vous ferez de moi, et je voudrois savoir si vous condamnerez, ou non, le dessein que j' ai de me donner un époux. Euryale. Vous pourriez faire un tel choix, madame, que je l' approuverois sans doute. La princesse. Qui croyez-vous, à votre avis, que je veuille choisir ? Euryale. Si j' étois dans votre coeur, je pourrois vous le dire ; mais comme je n' y suis pas, je n' ai garde de vous répondre. La princesse. Devinez pour voir, et nommez quelqu' un. Euryale. J' aurois trop peur de me tromper. La princesse. Mais encore, pour qui souhaiteriez-vous que je me déclarasse ? Euryale. Je sais bien, à vous dire vrai, pour qui je le souhaiterois ; p199 mais, avant que de m' expliquer, je dois savoir votre pensée. La princesse. Eh bien, prince, je veux bien vous la découvrir. Je suis sûre que vous allez approuver mon choix ; et pour ne vous point tenir en suspens davantage, le prince de Messène est celui de qui le mérite s' est attiré mes voeux. Euryale. ô ciel ! La princesse. Mon invention a réussi, Moron : le voilà qui se trouble. Moron, parlant à la princesse. Bon, madame. (au prince.) courage, seigneur ! (à la princesse.) il en tient. (au prince.) ne vous défaites pas. La princesse. Ne trouvez-vous pas que j' ai raison, et que ce prince a tout le mérite qu' on peut avoir ? Moron, au prince. Remettez-vous et songez à répondre. La princesse. D' où vient, prince, que vous ne dites mot, et semblez interdit ? p200 Euryale. Je le suis, à la vérité ; et j' admire, madame, comme le ciel a pu former deux âmes aussi semblables en tout que les nôtres, deux âmes en qui l' on ait vu une plus grande conformité de sentiments, qui aient fait éclater, dans le même temps, une résolution à braver les traits de l' amour, et qui, dans le même moment, aient fait paroître une égale facilité à perdre le nom d' insensibles. Car enfin, madame, puisque votre exemple m' autorise, je ne feindrai point de vous dire que l' amour aujourd' hui s' est rendu maître de mon coeur, et qu' une des princesses vos cousines, l' aimable et belle Aglante, a renversé d' un coup d' oeil tous les projets de ma fierté. Je suis ravi, madame, que, par cette égalité de défaite, nous n' ayons rien à nous reprocher l' un et l' autre, et je ne doute point que, comme je vous loue infiniment de votre choix, vous n' approuviez aussi le mien. Il faut que ce miracle éclate aux yeux de tout le monde, et nous ne devons point différer à nous rendre tous deux contents. Pour moi, madame, je vous sollicite de vos suffrages pour obtenir celle que je souhaite, et vous trouverez bon que j' aille de ce pas en faire la demande au prince votre père. Moron. Ah ! Digne, ah ! Brave coeur ! p201 ACTE IV , SCENE II . La princesse. Ah ! Moron, je n' en puis plus ; et ce coup, que je n' attendois pas, triomphe absolument de toute ma fermeté. Moron. Il est vrai que le coup est surprenant, et j' avois cru d' abord que votre stratagème avoit fait son effet. La princesse. Ah ! Ce m' est un dépit à me désespérer, qu' une autre ait l' avantage de soumettre ce coeur que je voulois soumettre. ACTE IV , SCENE III . La princesse. Princesse, j' ai à vous prier d' une chose qu' il faut absolument que vous m' accordiez. Le prince d' Ithaque vous aime et veut vous demander au prince mon père. Aglante. Le prince d' Ithaque, madame ? La princesse. Oui. Il vient de m' en assurer lui-même, et m' a demandé mon suffrage pour vous obtenir ; mais je vous conjure de rejeter cette proposition, et de ne point prêter l' oreille à tout ce qu' il pourra vous dire. p202 Aglante. Mais, madame, s' il étoit vrai que ce prince m' aimât effectivement, pourquoi, n' ayant aucun dessein de vous engager, ne voudriez-vous pas souffrir... ? La princesse. Non, Aglante. Je vous le demande ; faites-moi ce plaisir, je vous prie, et trouvez bon que, n' ayant pu avoir l' avantage de le soumettre, je lui dérobe la joie de vous obtenir. Aglante. Madame, il faut vous obéir ; mais je croirois que la conquête d' un tel coeur ne seroit pas une victoire à dédaigner. La princesse. Non, non, il n' aura pas la joie de me braver entièrement. ACTE IV , SCENE IV . Aristomène. Madame, je viens à vos pieds, rendre grâce à l' amour de mes heureux destins, et vous témoigner, avec mes transports, le ressentiment où je suis des bontés surprenantes p203 dont vous daignez favoriser le plus soumis de vos captifs. La princesse. Comment ? Aristomène. Le prince d' Ithaque, madame, vient de m' assurer tout à l' heure, que votre coeur avoit eu la bonté de s' expliquer en ma faveur sur ce célèbre choix qu' attend toute la Grèce. La princesse. Il vous a dit qu' il tenoit cela de ma bouche ? Aristomène. Oui, madame. La princesse. C' est un étourdi ; et vous êtes un peu trop crédule, prince, d' ajouter foi si promptement à ce quù il vous a dit. Une pareille nouvelle mériteroit bien, ce me semble, qu' on en doutât un peu de temps ; et c' est tout ce que vous pourriez faire de la croire, si je vous l' avois dite moi-même. Aristomène. Madame, si j' ai été trop prompt à me persuader... La princesse. De grâce, prince, brisons là ce discours ; et si vous voulez m' obliger, souffrez que je puisse jouir de deux moments de solitude. p204 ACTE IV , SCENE V . La princesse. Ah ! Qu' en cette aventure, le ciel me traite avec une rigueur étrange ! Au moins, princesse, souvenez-vous de la prière que je vous ai faite. Aglante. Je vous l' ai dit déjà, madame, il faut vous obéir. Moron. Mais, madame, s' il vous aimoit, vous n' en voudriez point, et cependant vous ne voulez pas qu' il soit à un autre. C' est faire justement comme le chien du jardinier. La princesse. Non, je ne puis souffrir qu' il soit heureux avec une autre ; et si la chose étoit, je crois que j' en mourrois de déplaisir. Moron. Ma foi, madame, avouons la dette : vous voudriez qu' il fût à vous ; et dans toutes vos actions il est aisé de voir que vous aimez un peu ce jeune prince. La princesse. Moi, je l' aime ? ô ciel ! Je l' aime ? Avez-vous l' insolence p205 de prononcer ces paroles ? Sortez de ma vue, impudent, et ne vous présentez jamais devant moi. Moron. Madame... La princesse. Retirez-vous d' ici, vous dis-je, ou je vous en ferai retirer d' une autre manière. Moron. Ma foi, son coeur en a sa provision, et... (il rencontre un regard de la princesse, qui l' oblige à se retirer.) ACTE IV , SCENE VI . la princesse. De quelle émotion inconnue sens-je mon coeur atteint, et quelle inquiétude secrète est venue troubler tout d' un coup la tranquillité de mon âme ? Ne seroit-ce point aussi ce qu' on vient de me dire ? Et, sans en rien savoir, n' aimerois-je point ce jeune prince ? Ah ! Si cela étoit, je serois personne à me désespérer ; mais il est impossible que cela soit, et je vois bien que je ne puis pas l' aimer. Quoi ? Je serois capable de cette lâcheté ! J' ai vu toute la terre à mes pieds avec la plus grande insensibilité du monde ; les respects, les hommages et les soumissions n' ont jamais pu toucher mon âme, et la fierté et le dédain en auroient triomphé ! J' ai méprisé tous ceux qui m' ont aimée, et j' aimerois le seul qui me méprise ! Non, non, je sais bien que je ne l' aime pas. p206 Il n' y a pas de raison à cela. Mais si ce n' est pas de l' amour que ce que je sens maintenant, qu' est-ce donc que ce peut être ? Et d' où vient ce poison qui me court par toutes les veines, et ne me laisse point en repos avec moi-même ? Sors de mon coeur, qui que tu sois, ennemi qui te caches. Attaque-moi visiblement, et deviens à mes yeux la plus affreuse bête de tous nos bois, afin que mon dard et mes flèches me puissent défaire de toi. ô vous, admirables personnes, qui par la douceur de vos chants avez l' art d' adoucir les plus fâcheuses inquiétudes, approchez-vous d' ici, de grâce, et tâchez de charmer avec votre musique le chagrin où je suis. p207 CINQUIEME INTERMEDE . Clymène. Chère Philis, dis-moi, que crois-tu de l' amour ? Philis. Toi-même, qu' en crois-tu, ma compagne fidèle ? Clymène. On m' a dit que sa flamme est pire qu' un vautour, et qu' on souffre en aimant une peine cruelle. Philis. On m' a dit qu' il n' est point de passion plus belle, et que ne pas aimer, c' est renoncer au jour. Clymène. à qui des deux donnerons-nous victoire ? Philis. Qu' en croirons-nous ? Ou le mal ou le bien ? p208 Clymène et philis ensemble. Aimons, c' est le vrai moyen de savoir ce qu' on en doit croire. Philis. Chloris vante partout l' amour et ses ardeurs. Clymène. Amarante pour lui verse en tous lieux des larmes. Philis. Si de tant de tourments il accable les coeurs, d' où vient qu' on aime à lui rendre les armes ? Clymène. Si sa flamme, Philis, est si pleine de charmes, pourquoi nous défend-on d' en goûter les douceurs ? Philis. à qui des deux donnerons-nous victoire ? Clymène. Qu' en croirons-nous ? Ou le mal ou le bien ? Toutes deux ensemble. Aimons, c' est le vrai moyen de savoir ce qu' on en doit croire. La princesse les interrompit en cet endroit et leur dit : achevez seules, si vous voulez. Je ne saurois demeurer en repos ; et quelque douceur qu' aient vos chants, ils ne font que redoubler mon inquiétude. p210 ACTE V , SCENE PREMIERE . Moron. Oui, seigneur, ce n' est point raillerie : j' en suis ce qu' on appelle disgracié ; il m' a fallu tirer mes chausses au plus vite, et jamais vous n' avez vu un emportement plus brusque que le sien. Le prince. Ah ! Prince, que je devrai de grâces à ce stratagème amoureux, s' il faut qu' il ait trouvé le secret de toucher son coeur ! Euryale. Quelque chose, seigneur, que l' on vienne de vous en dire, je n' ose encore, pour moi, me flatter de ce doux espoir ; mais enfin, si ce n' est pas à moi trop de témérité p211 que d' oser aspirer à l' honneur de votre alliance, si ma personne et mes états... Le prince. Prince, n' entrons point dans ces compliments. Je trouve en vous de quoi remplir tous les souhaits d' un père ; et si vous avez le coeur de ma fille, il ne vous manque rien. ACTE V , SCENE II . La princesse. ô ciel ! Que vois-je ici ? Le prince. Oui, l' honneur de votre alliance m' est d' un prix très- considérable, et je souscris aisément de tous mes suffrages à la demande que vous me faites. La princesse. Seigneur, je me jette à vos pieds pour vous demander une grâce. Vous m' avez toujours témoigné une tendresse extrême, et je crois vous devoir bien plus par les bontés que vous m' avez fait voir que par le jour que vous m' avez donné. Mais si jamais pour moi vous avez eu de l' amitié, je vous en demande aujourd' hui la plus sensible preuve que vous me puissiez accorder : c' est de n' écouter point, seigneur, la demande de ce prince, et ne pas souffrir que la princesse Aglante soit unie avec lui. p212 Le prince. Et par quelle raison, ma fille, voudrois-tu t' opposer à cette union ? La princesse. Par la raison que je hais ce prince, et que je veux, si je puis, traverser ses desseins. Le prince. Tu le hais, ma fille ? La princesse. Oui, et de tout mon coeur, je vous l' avoue. Le prince. Et que t' a-t-il fait ? La princesse. Il m' a méprisée. Le prince. Et comment ? La princesse. Il ne m' a pas trouvée assez bien faite pour m' adresser ses voeux. Le prince. Et quelle offense te fait cela ? Tu ne veux accepter personne. La princesse. N' importe. Il me devoit aimer comme les autres, et me laisser au moins la gloire de le refuser. Sa déclaration me fait un affront ; et ce m' est une honte sensible qu' à mes yeux, et au milieu de votre cour, il a recherché une autre que moi. Le prince. Mais quel intérêt dois-tu prendre à lui ? La princesse. J' en prends, seigneur, à me venger de son mépris ; et comme je sais bien qu' il aime Aglante avec beaucoup p213 d' ardeur, je veux empêcher, s' il vous plaît, qu' il ne soit heureux avec elle. Le prince. Cela te tient donc bien au coeur ? La princesse. Oui, seigneur, sans doute ; et s' il obtient ce qu' il demande, vous me verrez expirer à vos yeux. Le prince. Va, va, ma fille, avoue franchement la chose : le mérite de ce prince t' a fait ouvrir les yeux, et tu l' aimes enfin, quoi que tu puisses dire. La princesse. Moi, seigneur ? Le prince. Oui, tu l' aimes. La princesse. Je l' aime, dites-vous ? Et vous m' imputez cette lâcheté ! ô ciel ! Quelle est mon infortune ! Puis-je bien, sans mourir, entendre ces paroles ? Et faut-il que je sois si malheureuse, qu' on me soupçonne de l' aimer ? Ah ! Si c' étoit un autre que vous, seigneur, qui me tînt ce discours, je ne sais pas ce que je ne ferois point. Le prince. Eh bien, oui, tu ne l' aimes pas, tu le hais, j' y consens ; et je veux bien, pour te contenter, qu' il n' épouse pas la princesse Aglante. La princesse. Ah ! Seigneur, vous me donnez la vie. Le prince. Mais afin d' empêcher qu' il ne puisse être jamais à elle, il faut que tu le prennes pour toi. La princesse. Vous vous moquez, seigneur, et ce n' est pas ce qu' il demande. p214 Euryale. Pardonnez-moi, madame, je suis assez téméraire pour cela, et je prends à témoin le prince votre père si ce n' est pas vous que j' ai demandée. C' est trop vous tenir dans l' erreur ; il faut lever le masque, et, dussiez-vous vous en prévaloir contre moi, découvrir à vos yeux les véritables sentiments de mon coeur. Je n' ai jamais aimé que vous, et jamais je n' aimerai que vous : c' est vous, madame, qui m' avez enlevé cette qualité d' insensible que j' avois toujours affectée ; et tout ce que j' ai pu vous dire n' a été qu' une feinte, qu' un mouvement secret m' a inspirée, et que je n' ai suivie qu' avec toutes les violences imaginables. Il falloit qu' elle cessât bientôt, sans doute, et je m' étonne seulement qu' elle ait pu durer la moitié d' un jour ; car enfin je mourois, je brûlois dans l' âme, quand je vous déguisois mes sentiments ; et jamais coeur n' a souffert une contrainte égale à la mienne. Que si cette feinte, madame, a quelque chose qui vous offense, je suis tout prêt de mourir pour vous en venger : vous n' avez qu' à parler, et ma main sur-le-champ fera gloire d' exécuter l' arrêt que vous prononcerez. La princesse. Non, non, prince, je ne vous sais pas mauvais gré de m' avoir abusée ; et tout ce que vous m' avez dit, je l' aime bien mieux une feinte, que non pas une vérité. Le prince. Si bien donc, ma fille, que tu veux bien accepter ce prince pour époux ? p215 La princesse. Seigneur, je ne sais pas encore ce que je veux. Donnez-moi le temps d' y songer, je vous prie, et m' épargnez un peu la confusion où je suis. Le prince. Vous jugez, prince, ce que cela veut dire, et vous vous pouvez fonder là-dessus. Euryale. Je l' attendrai tant qu' il vous plaira, madame, cet arrêt de ma destinée ; et s' il me condamne à la mort, je le suivrai sans murmure. Le prince. Viens, Moron. C' est ici un jour de paix, et je te remets en grâce avec la princesse. Moron. Seigneur, je serai meilleur courtisan une autre fois, et je me garderai bien de dire ce que je pense. ACTE V , SCENE III . Le prince. Je crains bien, princes, que le choix de ma fille ne soit pas en votre faveur ; mais voilà deux princesses qui peuvent bien vous consoler de ce petit malheur. p216 Aristomène. Seigneur, nous savons prendre notre parti ; et si ces aimables princesses n' ont point trop de mépris pour les coeurs qu' on a rebutés, nous pouvons revenir par elles à l' honneur de votre alliance. ACTE V , SCENE IV . Philis. Seigneur, la déesse Vénus vient d' annoncer partout le changement du coeur de la princesse. Tous les pasteurs et toutes les bergères en témoignent leur joie par des danses et des chansons ; et si ce n' est point un spectacle que vous méprisiez, vous allez voir l' allégresse publique se répandre jusques ici. p217 SIXIEME INTERMEDE . Choeur de pasteurs et de bergères qui dansent. Quatre bergers et deux bergères héroïques, représentés, les premiers par les sieurs le Gros, Estival, Don, et Blondel, et les deux bergères par zzzmlle de la Barre et zzzmlle Hilaire, se prenant par la main, chantèrent cette chanson à danser, à laquelle les autres répondirent. Chanson. Usez mieux, ô beautés fières, du pouvoir de tout charmer ; aimez, aimables bergères : nos coeurs sont faits pour aimer. p218 Quelque fort qu' on s' en défende, il y faut venir un jour : il n' est rien qui ne se rende aux doux charmes de l' amour. Songez de bonne heure à suivre le plaisir de s' enflammer : un coeur ne commence à vivre que du jour qu' il sait aimer. Quelque fort qu' on s' en défende, il y faut venir un jour : il n' est rien qui ne se rende aux doux charmes de l' amour. Pendant que ces aimables personnes dansoient, il sortit de dessous le théâtre la machine d' un grand arbre chargé de seize faunes, dont les huit jouèrent de la flûte et les autres du violon avec un concert le plus agréable du monde. Trente violons leur répondoient de l' orchestre, avec six autres concertants de clavecins et de théorbes, qui étoient les sieurs d' Anglebert, Richard, Itier, la Barre le cadet, Tissu, et le Moine. p219 Et quatre bergers et quatre bergères vinrent danser une fort belle entrée, à laquelle les faunes, descendants de l' arbre, se mêlèrent de temps en temps ; et toute cette scène fut si grande, si remplie et si agréable, qu' il ne s' étoit encore rien vu de plus beau en ballet. Aussi fit-elle une avantageuse conclusion aux divertissements de ce jour, que toute la cour ne loua pas moins que celui qui l' avoit précédé, se retirant avec une satisfaction qui lui fit bien espérer de la suite d' une fête si complète. Les bergers étoient les sieurs Chicanneau, du Pron, Noblet et la Pierre. Et les bergères, les sieurs Baltazard, Magny, Arnald, et Bonard. Source: http://www.poesies.net