Le Second Livre de la Franciade. (1) Par Pierre De Ronsard (1524-1585). TOME II TABLE DES MATIERES Argument Du Second Livre De La Franciade. Le Second Livre de la Franciade. Notes. Variantes. Notes Des Variantes. Argument Du Second Livre De La Franciade. Neptune, gardant encor son courroux contre les Troyens, à raison du parjure Laomedon, employe (outre ses forces) la puissance de Junon, d'Iris et d'Eole, pour se venger sur Francus, voulant ensevelir luy et ses destins sous la mer. Francion, tourmenté des tempestes, et ayant perdu tous ses vaisseaux [le sien excepté], fut poussé contre des rochers de l'isle de Crete, en laquelle un roy nommé Dicée [c'est à dire roy juste et droicturier] le reçoit avec toute courtoise liberalité. Ce roy, courant un cerf, rencontre d'aventure ces Troyens endormis sur le rivage, recreus de travail et lassitude. Cybèle avoit envoyé à ce roy le dieu de somme en songe, pour luy donner envie d'aller à la chasse ce mesme jour. Francion fait entendre à Dicée son nom, son pays et sa ville, et l'occasion de son navigage, et son naufrage. Les fantosmes de ses compagnons que la tempeste avoit engloutis se presentent à luy la nuict suivante , ausquels il dresse des tombeaux vuides, appeliez xsvorâyta , et leur fait des obsèques. Après il supplie la deesse Venus qu'elle le vueille garder et favoriser. Venus envoye son enfant Amour pour blesser et rendre amoureuses les deux filles du roy [Dicée], nommées l'une Clymène et l'autre Hyante. Au mesme instant Francion [et ses compagnons, couverts d'une nue, arrivent au chasteau. Un festin solennel se fit [après souper], où Terpin, chantre très excellent, dit un hymne d'amour. Dicée, triste, conte à Francion la cause de sa tristesse, et comme son fils Orée est detenu prisonnier sous la tyrannie du geant Phovère. Francion s'offre à le combattre , ce qu'il fait de si magnanime courage et avec telle prouesse et dexterité, qu'il le tue et retire Orée de sa captivité. On ne sçauroit lire un si brave duel en tous les poètes grecs et latins. Dicée, bien joyeux, embrasse le victorieux et chante son honneur [et solennisesa victoire]. Le Second Livre de la Franciade. Des puissans dieux la plus gaillarde troupe! Estoit assise au sommet de la croupe! Du mont Olympe, où Vulcan à l'escart Fit de chacun le beau palais à part, Qui contemploient la troyenne jeunesse Fendre la mer d'une prompte alegresse. Flot dessus flot la navire voloit, Un trac d'escume à bouillons se rouloit Sous l'aviron qui les vagues entame. L'eau fait un bruit luitant contre la rame! Le choeur sacré des nymphes aux yeux pers, Menant le bal dessus les sillons vers, A chef dressé regardoient estonnées Les pins sauter sur les vagues tournées. Un seul, Neptun', couvoit au fond du cueur Contre Ilion une amère rancueur, Gros de despit du jour que, mercenaire, (Dieu fait maçon) demanda son salaire A Laomedon, prince de nulle foy. Il demandoit justement à ce roy L'argent promis, d'avoir de sa truelle Fait des Troyens la muraille nouvelle, Quand se rouloient d'eux-mesmes les cailloux Sous son marteau. Le roy, plein de courroux, Luy denia sa promesse, et, parjure, En le frappant le paya d'une injure. Pource Neptune en rage se tournoit, D'ire boufi quand il s'en souvenoit. Or' voyant Troye en ces eaux eslancée, Disoit tels mots, furieux de pensée: « Hà! pauvre dieu, vaincu par les mortels! De quoy me sert la pompe des autels, Frère à Jupin, race saturnienne, Si malgré moy la cendre phrygienne, Le demourant d'Achille est triomphant, Et, qui plus est, conduit par un enfant Qui me défie, et, sans craindre mon ire, De ses bateaux outrage mon empire? De quoy me sert le trident en la main, Avoir I egide, armure de mon sein, Dieu redoutable, avoir pour heritage La grande mer, du tout second partage, Si je ne puis d'un mortel me venger, Mortel fuitif qui ose m'outrager En mon palais, sans craindre ma puissance? Il faut punir ceste jeune arrogance (var 1) [Le ciel vengeur a banny sur mes eaux Ces Phrygiens coupables des travaux Que je reçus quand, au port de Sigoee, Les Grecs pressoient leur muraille assiegée Et qu'Ilion par le cours de dix ans Fournit de meurtre aux frères Atroeans, Je m'efforçay, d'une brigue contraire, De fond en comble à les vouloir deffaire; Mais le Destin ne le voulut souffrir, Qui, maintenant changé, les vient offrir A ma puissance, et, les offrant, me tente A n'espargner l'occasion presente].» Disant ainsi, fit son char atteler, Que deux dauphins sur la mer font couler, A dos courbé, à queues tortillées, Fendant du sein les vagues emaillées. Luy, dessus l'onde en son siege porté, Comme un grand prince orne de majesté, Lascha la bride, et le char qui s'élance, Portant son roy, sur les vagues s'avance (var 2); Triton le suit, et l'amoureux troupeau . Des nymphes soeurs qui dansent à fleur d'eau. Lors du Troyen devançant la navire, Le vent appelle et ainsi luy va dire: « Vent, la terreur des cieux et de la mer, Ce n'est pas moy qui vous fis enfermer En vos rochers, où, fremissants de crainte, Dessous un roy languissez par contrainte. Un seul, Jupin, le fit contre mon sceu. A son pouvoir resister je n'ay peu , Car c'est un dieu de puissance invincible. Ainsi que luy je ne vous suis terrible, Vous caressant et prestant ma maison? Quand, dechaisnez, sortez hors de prison, Non à un seul, mais à tous quatre ensemble, La renversant ainsi que bon vous semble. « Pource, Aquilon, ne souffre plus parmy Mon flot salé ce bagage ennemy (var 3), Mais d'un grand vol retourne vers Eole. Dy-luy qu'il tienne aujourd'huy sa parole, Et le serment qu'en la dextre il me fit, Quand par mon ayde (2), Hercule il desconfit; Que de son sceptre il face une ouverture Aux vents enclos en leur caverne obscure; Qu'il les destache, et, portez d'un grand bruit, Chargez d'esclairs, de tempeste et de nuit, Par tourbillons enfle la mer de rage, Et ces Troyens accable d'un orage. Dy-luy qu'il rompe au travers des rochers, Pour me venger, navires et nochers. Digne n'est pas telle gent parjurée De voir long temps la lumière etherée! Assez et trop malgré nous a vescu Ce sang maudit par tant de fois vaincu.» A peine eut dit, qu'il vit la messagère Iris voler d'une plume legère, Haute sur l'eau, qui peinte revenoit De voir Tethys, et au ciel retournoit Pleine d'humeurs (3). Ce dieu s'approche d'elle, Luy tend la main, la caresse et l'appelle: « Honneur de l'air, va conter à Junon Que les Troyens ennemis de son nom, Gaillards et pleins de gloire ambitieuse, Frappent la mer d'une rame joyeuse (var 4) Si le courroux bout encore en son cueur, Si le despit d'une vieille rancueur Son estomac encores espoinçonne, C'est maintenant que le destin luy donne De se vanger le temps et le moyen, Perdant Francus et tout le nom troyen. « Dy que soudain mette la main à l'oeuvre, Que sa puissance en l'air elle descoeuvre, Brassant contre eux un amas pluvieux. A tant seteut. Iris remonte aux cieux, Tirant un arc dessus les ondes perses, Tout bigarré de cent couleurs diverses; Puis sous les pieds de Junon se planta Et de Neptun le courroux luy conta (var 5). Incontinent maintes troupes de nues Sont pesle mesle à leur royne venues, Comme un limier qui, craintif et fidelle, Oyant aux bois le veneur qui l'appelle (Cerfs et sangliers et buissons oubliez), Vient à son maistre et se couche à ses piez. Comme troupeaux qui viennent à I'entour De leur pasteur, quand la poincte du jour Et la rosée aux herbes les convie. D'une grand troupe une troupe est suivie, Pié contre pié; et Junon, qui les prend, Leur donne un corps moyen, petit et grand, Comme il luy plaist. Les unes sont cornues, Les autres sont ou grosses ou menues. [Ainsy qu'on voit le bon haquebutier (Qui sur l'hiver prepare son metier) Verser du plomb en son moule, pour faire De la dragée: il la forme au contraire D'un corps divers, comme le plomb se fond; L'une est quarrée et l'autre a le corps rond, L'autre l'a long. Ainsy Junon la grande, En cent façons forma l'humide bande Fille de l'air. En l'une elle soufloit Neiges et gresle, et de l'autre elle enfloit Tout l'estomac d'orages et de pluye, De foudre pers, de scintille et de suye] (var 6). L'autre en bruyant sur l'autre se rouloit, L'autre blafarde et noirastre couloit, Ayant d'azur la robe entre-semée, Et l'autre estoit de feu toute allumée. Tandis les vents avoient gaigné la mer, Qu'à gros bouillons ils faisoient escumer, La renversant du fond jusques au feste. Une importune outrageuse tempeste, Sifflant, bruyant, grondant et s'eslevant, A grands monceaux sous le soufler du vent Les presse ensemble et en son giron prest Leur forme un corps tout ainsi qu'il luy plaist. L'une elle enfloit de monstrueux images, L'autre de pluye et de venteux orages. Branle sur branle et onde dessus onde, Entr'-ouvroit l'eau d'une abysme profonde, Coup dessus coup dans le ciel la poussoit, Coup dessus coup aux enfers l'abaissoit, Et, forcenant d'une escumeuse rage, De flots voûtez couvroit tout le rivage. Un siflement de cordes et un bruit D'hommes s'eslève; une effroyable nuit Cachant la mer d'une poisseuse robe, Et ciel et jour aux matelots desrobe. L'air se creva de foudres et d'esclairs A longue poincte estincelans et clairs, Drus et menus, et les pluyes tortues Par cent pertuis se crevèrent des nues. Maint gros tonnerre ensoufré s'esclatoit, (var 7) De tous costez la mort se presentoit A ces Troyens. Lors d'une froide crainte En tel danger Francus eut l'ame atteinte; De larges pleurs arrousa ses beaux yeux, Et, gemissant, tendit les mains aux cieux. «S'il te souvient de nos humains services, Grand Jupiter, n'oubli les sacrifices Du père mien, qui sus tous les mortels De boucs sanglants a chargé tes autels. Hà! tu devois, en la troyenne guerre, Faire couler mon cerveau contre terre, Sans me sauver par une feinte ainsi Pour me trahir à ce cruel souci! J'eusse eu ma part aux tombeaux de mes pères, Où je n'atten que ces vagues amères Pour mon sepulchre, abusé de l'espoir Que tes destins me firent concevoir.» [ Comme il disoit, les tempestes troublées». Ont contre Iuy leurs forces redoublées Plus que devant, et la foudre grondant Avec (a pluye en tortis descendant, Suivy d'esclairs, d'opiniastre presse Léchoit la mer d'une lumière espesse, A feu menu qui sur l'eau s'élançoit Et des Troyens les yeux éblouissoit. Des vieux patrons la parole epandue Sans estre ouye en l'air estoit perdue, Tant la fureur de Boré qui donnoit Par le cordage horrible s'entonnoit. L'un du navire étoupe les crevasses, L'autre s'oppose aux humides menaces, Et fait la mer en la mer retourner; L'un tient la voile et ne la veult donner Si large au vent, et l'autre, à toute peine, Cale du mast et cliquet et antenne. L'un court icy, l'autre court d'autre part, Mais pour neant; le mal surmonte l'art. Si esperdus qu'ils n'ont pour toutes armes Que les sanglots, les soupirs et les larmes, Tantost pendus ils voisinent les cieux, Tantost ils sont aux enfers stygieux Pirouettès au plaisir d'une vague, Ainsi qu'on voit en la campagne vague, Au mois de may, les espis eventez, Qui bas, qui haut, tournez et tourmentez. Aucune fois une bourasque fiere Heurte la proue et la repousse arrière, L'autre la pouppe, et, bruiante de vent, Se herissant, la rejette en avant, Rompt la carène, ou de forte secousse En la heurtant à côté la repousse Avec grand bruit. Le coeur tombe du sein Du vieil pilot qui se lamente en vain (4)] Entre les feux, le tonnerre et la pluye, La nuit, la gresle, une ardante furie De vents emporte à l'abandon de l'eau Six grands vaisseaux esloignez du troupeau; Mais à la fin la bonasse fortune (Tousjours ne vit le courroux de Neptune) Loin les chassa au rivage incognu De la Provence, où le Rhosne cornu Entre rochers roulant sa viste charge, Près Aigue-morte en la mer se descharge. Là ces Troyens sur le sable arrivez . Furent long temps d'hostelage privez, Sans elever une muraille neuve: Touchez après de la beauté du fleuve, Forçant son eau, plantèrent à Tournon De leur patron les armes et le nom , Qui courageux à Francion servirent Et aux combats des Gaules le suivirent (var 8). Sept autres nefs surprises par l'effort D'est, de sud-est, de nord-est et de nord, Pirouettant dessus la vague perse, Avecq' grand bruit sentent à la renverse Tomber le mast; l'antenne qui le suit Bronche dessus , les cordes font un bruit Comme un pin fait, entier en ses racines, Quand un torrent des montaignes voisines Le fait verser, fracassant et courbant Tous les buissons qu'il rencontre en tombant. Deux tourbillons en ont deux avalées A gorge ouverte en leurs ondes salées, Acte piteux! Pallas branlant ès mains Ses feux, terreur des dieux et des humains, Lance un esclair dedans l'autre navire. Le feu mangeard, qui se tourne et se vire, Luisant, ardant, passant de part en part, De banc en banc, de rampart en rampart, Prend le pilot', le massacre et le tue, Et my-brulé sur les vagues le rue (var 9). [Des autres trois orphelins de leurs masts, Les deux vaincus, entrouverts par en bas, De cent pertuis sentent crever leur ventre. Le flot meurtrier vague sur vague y entre A meint bouillon qui les costes creva, Et les humant soubs l'eau les aggrava.] L'autre, au malheur opposant l'artifice, De la tempeste evitoit la malice, De toutes parts en doute resistant, Ainsi qu'on voit un hardi combatant Dessus le mur de la ville assiegée Se planter ferme en sa place rangée Pour l'ennemy du rempart décrucher; En fin luy-mesme est contraint de broncher; De ses genoux les forces luy defaillent, Car entre mille et mille qui l'assaillent. Un par sus tous, le plus brusque et gaillard, Tout armé saute au dessus du rempart, L'enseigne au poing, et en donnant passage A ses soldats, leur donne aussi courage. Ainsi, de mille et mille flots voûtez lui r'assailloient la nef de tous costez, le plus haut et le plus fort, s'avance, Et d'un grand heurt sur le tillac s'eslance Victorieux, puis les autres espais Qui çà qui là s'entre-suivant de prés, Rompent les bords, les bancs et la carène, Et la navire enfondrent sous l'arène. L'un, vers le ciel, pour secours de son mal, Tendoit les mains; l'autre, comme à cheval, Pressoit le dos d'une antenne cassée. Là des Troyens la richesse amassée Par tant de rois sur les ondes rouoit, Servant aux vents et aux flots de jouet: Armes, boucliers, robes de riche ouvrage Nageoient sur l'eau, la proye du naufrage. Trois fois la lune et trois fois le soleil S'estoient couchez, que l'hyver nompareil, Armé d'esclairs et de vagues profondes, N'avoit cessé de tourmenter les ondes; Sans plus la nef de Francus resistoit Haute sur l'eau, qui encores s'estoit Seule sauvée et des eaux et des flames, Ayant perdu ses voiles et ses rames, Quand un fort vent suivy de tourbillons, Voûtant la mer bossue de sillons, En la singlant d'une bien longue traite, La chasse au bord du rivage de Crète. Un banc estoit de sablon amassé Voisin du bord où Francus fut chassé, Haut de falaize et de bourbe attrainée. Là, pour mourir, la fière destinée L'avoit conduit; de tous costez le bord, Le vent, la mer, luy presentoient la mort. Comme il pleuroit sur le haut de la poupe, Il s'advisa d'eslire de sa troupe Vingt (5) chevaliers, qui depuis ont esté (Ainsi estoit dans le ciel arresté) Tiges et chefs des familles de France; Les choisissant tout le dernier s'eslance Dedans l'esquif, aimant trop mieux perir Au bord, qu'en mer honteusement mourir. Leurs pieds n'estoient à peine en la nasselle, Que le courroux d'une vague cruelle Les fit par force au rivage approcher Et leur bateau froissa contre un rocher, Rocher qui, dur, espineux et sauvage , De son grand dos remparoit le rivage, Ayant du vent tousjours le chef batu, Les pieds du flot aboyant et tortu. Là le demon qui preside à la vie, En tel danger leur fit naistre une envie De s'attacher à ces rochers bossus, Et s'efforcer à gaigner le dessus. Comme ils vouloient avecques la main croche D'ongles aigus grimper contre la roche, Le premier flot qui les fit approcher Contre le bord, repoussé du rocher, Les recula; la mer, qui se courrouce, D'un second flot encores les repousse Aux bords pierreux, raboteux et trenchans. Là ces Troyens, aux rochers s'accrochans D'ongles, d'orteils, se blessent et affolent, Et les rochers en regrimpant accolent, (var 10) Se deschirans les longues peaux des dois. L'un s'attachoit aux racines d'un bois, Et l'autre en vain esgrafignoit l'escorce; Puis, pas à pas, d'une penible force Cherchant la cyme et haletant d'effort», (var 11) Par les cailloux montèrent sur le bord. L'eau de la mer des cheveux goute à goute, Depuis le front jusqu'au pied, leur degoute Blanche d'escume, et leurs membres soudez De tant de vents se boufirent enflez; Les flots salez de la gorge vomirent, Evanouis leurs esprits se perdirent, De tant de maux debiles et laschez, Comme corps morts sur la rive couchez Sans respirer, sans parler; mais à l'heure Que le taureau qui tout le jour labeure Franc du collier retourne à la maison, Ces corps sortis de longue pasmoison Baisent la terre et la rive venteuse. « Quiconque sois, terre, sois-nous heureuse, Ce disoient-ifs, et loin de tous dangers Sauve en ton sein nous pauvres estrangers, Qui ont souffert mainte dure fortune Par le courroux des vents et de Neptune.» Comme ils prioient, le dormir ocieux , Chasse-soucy, leur vint siller les yeux, Et, l'une à l'autre attachant la paupière, Leur desroba le soin et la lumiere. Tandis Cybèle en son courage ardoit Dequoy Neptun' son Francus retardoit: Car elle aimoit (comme estant Phrygienne) L'enfant d'Hector et la race troyenne: Pource soudain son char elle attela , Bat ses lions et vers le Somme alla. Le dieu vieillard qui aux songes preside, Morne, habitoit dans une grotte humide. Devant son huis maint pavot fleurissoit, Mainte herbe à laict que la Nuict choisissoit Pour en verser le jus dessus la terre, Quand de ses bras tout le monde elle enserre. Du haut d'un roc un ruisseau s'escouloit, Oblivieux, qui, rompu, se rouloit Par les cailloux, invitant d'un murmure A sommeiller en la caverne obscure (var 12) [Le coq, qui aime à saluer le jour, L'oye et le chien n'y avoient leur sejour; Sans plus, la Nuit, l'Horreur et le Silence En tel logis faisoient leur demeurance. ] «Somme, dit-ell', le doux sorcier des yeux, Le bien-aimé des hommes et des dieux, Par qui le mal, tant soit mordant, s'oublie, Par qui l'esprit loin du corps se deslie, Va (je le veux) en ceste isle où souloient Jadis sauter les hommes qui baloient Au son du cistre, et de cliquantes armes S'entre-choquant, avantureux gendarmes, D'oeil vigilant, en l'antre dictèen Gardoient le (6) bers du grand saturnien, Terre fertile, anciennes retraites Des Corybans, Dactyles et Curetes. « Là de leur race est encor' aujourd'huy Un Coryban, le soustien et l'appuy De tout honneur, de science semblable Au vieil Chiron, Centaure venerable. « Quand il avoit le sang plus genereux, En sa jeunesse, il devint amoureux, Si qu'en pressant à sa chère poitrine Dedans un antre une nymphe marine, D'elle conceut deux filles et un fils. Les filles sont, ainsi que deux beaux lis, En la maison de leur père croissantes, En âge, en grcice, en beauté florissantes; Le fils captif languit depuis un an En la prison d'un barbare gean Qui les corps vifs à son dieu sacrifie, Et d'un maillet leur desrobe la vie, Dedans un temple en sang humain lavé, De bras, de jambe et de testes pavé. (var 13) Ce roy, remply d'honneur et de richesse , Tient sa maison ouverte de largesse Aux estrangers, tant il a grand desir Entre un milier d'en pouvoir un choisir Qui le revanche, et son fils luy redonne, Seul heritier de sa noble couronne. « Va-t'en vers luy, et, en te transformant, Presente-luy, quand il sera dormant, Autour du lict cent formes espandues, Piqueurs, veneurs, trompes au col pendues, Lesses et chiens, bocages et forests, Larges espieux, cordages et filets, Limiers ardans, cerfs suivis à la trace, Et tout le meuble ordonné pour la chasse; Presente-luy des hommes incognus, En longs habits à sa rive venus, Sous qui son fils les armes doit apprendre , Et par leurs mains sa liberté reprendre. « D'un mesme vol, affublé de la nuict, Fantosme vain, porte-toy sur le lict Où va dormant l'une et l'autre pucelle; Fay-Ieur sembler qu'une estoile nouvelle, Vive d'esclairs, d'un voyage lointain, Passant la mer vient loger en leur sein, Et, rayonnée en flames bien esprises, Baise leur chair sans ardre leurs chemises. Va-t'en après au bord où les Troyens Dorment recreus des flots neptuniens. Dessus leur teste arreste ta volée; Leur ame soit en songeant consolée, Sans avoir peur des habitans du lieu; Car ja Mercure, envoyé du grand Dieu, Des citoyens a flechy le courage , Pour en bon-heur convertir leur dommage. » A-tant se teut, et le roy du sommeil, Tout chassieux, ennemy du reveil, D'un chef panché que lentement il cline, Et du menton refrapant sa poitrine, Se resecoue, et, sorty de son lit, Le mandement de Cybèle accomplit. Incontinent que l'Aube aux doigts de roses Eut dn grand ciel les barrières decloses [Versant les fleurs sus les yeux du soleil, Rouge tantost, tantost rose et vermeil, Se bigarrant en autant de manières Qu'on voit fleurir les rives printannières], Le roy Dicée (ainsy se surnommoit Ce Coryban qui la justice aimoit), Riche d'honneur, de terres et de race, Dresse l'apprest d'une aboyante chasse; Son palefroy à gros bouillons fumeux, Remaschant l'or de son frein escumeux, Est à la porte, où à foule se rendent Jeunes piqueurs qui devisant l'attendent; Maint chien courant couple à couple les suit: De tous costez la meute fait un bruit! Par bois feuillus, par monts et par valée, Pleine de cris, ceste chasse est allée. Maint gros sanglier de dents croches armé, Maint cerf craintif au large front ramé , Estoit ja mort, quand au vueil de Cybelle Un cerf poussé par embusche nouvelle, Tournant, virant, haletant et mourant De soif pantoise, alla viste courant Vers le rivage; et le père Dicée, Suivant ses pas par la poudre tracée, Comme le cerf à la rive aborda, Où ces grands corps incogncus regarda. Lors les Troyens en sursaut s'eveillèrent, Qui de le voir au coeur s'esmerveillèrent; Luy, plein d'effroy, en pasmaison devint, Et de son songe à l'heure luy souvint. « D'où estes-vous (dit-il), de quelle place? Quels sont vos noms, et quelle est vostre race? Quelle fortune, ou quelle mer sans foy Vous a trahis? Hostes, respondez-moy: Car à vous voir (bien que pleins de misères) N'estes meschans, nyfils de meschans pères, (var 14) Alors Francus, baignant ses yeux de pleurs, Et souspirant aigrement ses douleurs, Luy respondit: a Si jamais les merveilles Des Phrygiens ont frappé tes oreilles, La longue guerre et les dix ans d'assauts, Le fier Achille, autheur de tant de maux, Le sac, la prise et la flame funeste Du brazier grec, nous en sommes le reste. Pour soutenir leurs villes et leurs forts, Femmes, enfants, nos ayeux y sont morts, L'un sur le mur, l'autre par les alarmes. Hector, l'honneur des hommes et des armes, Le père mien, ayant cent mille fois Trempé le sable au meurtre des Gregeois, Gardant son père, et sa mère, et sa ville, Y fut tué par la traison d'Achille. Comme un sapin par le fer abbatu, Hector tomba de ses armes vestu, Faisant un bruit sur la poudre troyenne, Où du veinqueur la roue aemonienne (Acte vilain et plein d'impieté) Trois fois le trame autour de la cité. Je fus sauvé de la flame cruelle (Acte divin!) pendant à la mammelle; Je fus des Grecs en servage amené, Nourry sans nom, bien que hautement né. « Ceux que tu vois d un visage si blesme Couchez icy ont eu fortune mesme, De mesme ville, issus de mesme part, Mes alliez de sang et de hazart. « Quand sans honneur, sans grandeur, sans envie, De plus haut bien j'aloy trainant ma vie En Chaonie, aux pieds de mes parens, Voicy d'enhaut des signes apparens; Voicy Mercure envoyé du grand Père Tancer mon oncle et menacer ma mère, De quoy forçant le ciel et la saison Ils enfermoient ma gloire en la maison, Et que des dieux les hautes destinées Avoient pour moy les Gaules ordonnées, Estant au ciel père des roys receu; Mais le destin et les dieux m'ont deceu. «Croyant en vain leur promesse menteuse, Prompt, je me donne à la vague venteuse, Armant en mer quatorze grands vaisseaux, De vivres pleins, et de forts jouvenceaux, Dont j'esperoy d'une haute entreprise Donter sous moy cette Gaule promise. Malheureux est qui desdaigne le sien Pour l'estranger: en lieu de tant de bien, Couronne, sceptre, et royal mariage, J'ay eu la mer et les vents en partage, Qui d'esperance et de biens m'ont cassé, Et de quatorze un vaisseau m'ont laissé, Qui, près ce bord sans mast et sans antène, Demy-rompu, s'embourbe sous l'arène, Où tout mon bien j'avoy fait enfermer, Si c'est du bien ce qui flotte en la mer. Du bout du havre on doit voir la marine: Malheureux est qui sur elle chemine. « Après avoir trois jours entiers erré D'astres certains et de voye esgaré, Tousjours pendu sur la vague meurtrière, Un bon demon, esmeu de ma prière, Me secourant, d'hommes et d'armes nu, M'a fait grimper à ce bord incognu, Proye des loups et des bestes sauvages. Nous ignorons les moeurs et les courages Des habitans, si après les dangers Ils ont le coeur piteux aux estrangers, S'ils craignent Dieu, s'ils aiment la justice, Ou s'ils sont pleins de sang et de malice. Pource, benin, ayes pitié de nous, Soit homme ou dieu, j'embrasse tes genous. Si tu es dieu, tu sçais bien nostre peine; Si tu es homme, une douceur humaine Doit esmouvoir ton coeur à passion, Ayant horreur de nostre affliction. » Il dit ainsi; le vertueux Dicée Contre-respond: « Ceste terre embrassée Des flots marins, comme tu vois icy, Porte un bon peuple et un mauvais aussi; Mais à ce coup ta fortune meilleure T'a faict surgir où la bonté demeure. Pource, tu sois, hoste, le bien-venu. Qui est celuy qui vivant n'a cognu Troye et Priam, et pour garder sa terre Les faits d'Hector, un foudre de la guerre? Il me souvient qu'un jour Idomené Me discouroit, de nouveau retourné (Il retournoit nouvellement de Troye Chargé d'honneur, de renom et de proye), Qu'après qu'Hector les grecques naufs brusla, Que vers Priam ambassadeur alla Traiter la paix, mais il ne la peut faire, Ayant Paris capital adversaire. « Par courtoisie, il logea chez Hector, Qui l'honora d'une grand' coupe d'or, Riche present, où vivoit entaillée Sous le burin la baleine escaillée, Ouvrant la gueule et faignant un semblant De devorer le pauvre corps tremblant (var 15). De la pucelle Hesione, attachée Contre un rocher; la mer estoit couchée Au pied du roc, qui des flots repliez De la captive alloit baignant les piez. [Persée estoit sur le haut de la roche , Ayant au poing sa cimeterre croche, Pendue en l'air, qui l'Ourque menassoit, Et des liens l'Infante delassoit. (7) ] « Idomené me donna ceste coupe, Que je tien chère entre une riche troupe D'autres vaisseaux, dont je cheris mes yeux Et boy dedans aux festes de nos dieux. Il estimoit d'Hector la courtoisie, Les vaillans faits, les vertus et la vie, Et, ennemy, son honneur n'abaissoit, Ains jusqu'au ciel ses louanges poussoit. [« Pource, je croy que vostre bien-venue Est par le vueil des bons dieux avenue, Et que le ciel, qui de nous a soucy, Pour mon support le permettait ainsi. (8) ] Vous ne pressez une terre estrangère: C'est, ô Troyens, vostre ancienne mère, Crète, dont Teucre autrefois est issu, De qui le nom pour tiltre avez recu; Une antre Ida que la vostre troyenne S'eslève icy, la demeure ancienne De vos ayeux, et pource, ostez du coeur, Comme asseurez, le soupçon et la peur, Et desormais rappelez l'esperance, Surgis au lieu qui fut vostre naissance.» Disant ainsy, ce prince retourna En son palais; longtemps ne sejourna Sans , liberal, envoyer au rivage Douze moutons, (9) un boeuf de grand corsage Gras, bien charnu, et six barraux de vin, Coupes, habits, et chemises de lin, Pour festoyer et couvrir ceste bande A qui la faim outrageuse commande. Rien n'est meilleur pour l'homme soulager, Après le mal, que le boire et manger! Eux, affamez, ces viandes ravirent, Qui d'une autre ame au besoin leur servirent, Rejouissant la force de leurs corps, Car le manger rend les hommes plus forts. Tandis la nuict à la robe estoilée A voit la terre en toutes parts voilée D'un manteau noir ombreux et paresseux, Lors que voicy les fantosmesde ceux Dont fa grand mer en vagues departie Avoit les corps et la vie engloutie, Enflez, boufis, escumeux et ondeux, Aux nez mangez, aux visages hideux, Qui pepiants d'une voix longue et lente (Comme poulets cherchans leur mère absente), De mains, de pieds, figurans leur meschef, De Francion environnoient le chef. « Enfant d'Hector (disoient-ils), nous ne sommes Plus ces corps vifs, mais feinte de ces hommes Que bien armez, et prompts à tous hazards, En tes vaisseaux tu choisis pour soldards, Sur qui les vents, au fort de la tempeste, Ont renversé cent gouffres sur la teste. Nos corps flotans apastent les poissons, Nos esprits (las!) en cent mille façons, Deprisonnez de l'humaine closture , Dessus les flots errent à l'avanture. « Fay-nous au moins sur le bord de ces eaux Le triste apprest de quelques vains tombeaux [Et par trois fois de nos ames appelle L'ombre au repos d'une tombe nouvelle, Bien qu'elles soient loin de leurs corps; ainsi Pourront porter doucement le souci, (var 16)] En attendant que les mers poissonneuses Repousseront aux rives sablonneuses De nos corps morts le vieil moule defait, Pour leur bastir un sepulcre parfait. » A tant s'enfuit la troupe naufragère, Ainsi qu'on voit une poudre legère S'esvanouir, tournoyant et suivant Les tourbillons qui annoncent le vent. Si tost que l'Aube à la face rosine Eut le soleil tiré de l'eau marine, Francus s'eslève, et, dressant maints gazons, Fit des tombeaux, funerales maisons; Puis, respandant une grand' coupe pleine De sang sacré en leur demeure vaine, Haut appelloit les ames, qui venoient, Etsur l'obsèque espaisses se tenoient, Faisant tel bruit que font en la nichée Les arondeaux attendans la bechée; Et tels qu'on voit au milieu de l'esté, Sous la plus vive et brulante clarté, Errer espais d'un gros monceau qui tremble, Les moucherons qui volent tous ensemble , Gresles, menus, tournansde lieux en lieux, Et si petits qu'ils nous trompent les yeux. (var 17) « Bien que vos corps (disoit Francus aux ames) Ne soient enclos sous ces herbeuses lames, En attendant un tombeau plus certain, Contentez-vous de cest office vain, Et frequentez en longue patience Ces logis pleins de nuict et de silence. « Esprits malins, ne nous suivez jamais Ou soit en guerre ou soit en temps de paix; Ne nous troublez de peur ny de mensonges, N'effroyez point de fantosmes nos songes, Ne nous donnez ny terreur ny soucy, Et sans nous suivre arrestez-vous icy. » Disant ces mots, plein d'un soin qui le presse, Seul sur la rive, eslongné de la presse, Poussant du coeur un long souspir amer, Prioit ainsi la fille de la mer: « Enten ma voix, Paphienne Erycine: Si tu nasquis de l'escume marine, Ne souffre plus que tes flots maternels Me soient autheurs de tourmens eternels. Aime Venus, mets en ta fantaisie Le souvenir de ceste courtoisie Dont l'oncle mien, te preferant, usa, Lors que la pomme à pallas refusa, Et à Junon,qui, encores dolente D'un tel refus, en tous lieux nous tourmente; Et, s'il est vray qu'autrefois as laissé Le ciel voûté, du pied des dieux pressé, Et les citez sous ton pouvoir gardées, Pour venir voir les montaignes Idées, Prise d'amour d'un pasteur Phrygien, Ayes pitié du mesme sang troyen. «Tu gardas bien et Jason et Thesée, Coeurs desireux d'affaire mal-aisée, Et si n'avoient (les sauvant de peris) Tant fait pourtoy que mon oncle Paris. Comme eux je trace une affaire bien haute, Et si je faux, au destin soit la faute, Et non à moy, de rien ambitieux, Qui n'ay suivy que l'oracle des dieux. » Priant ainsi, Venus la marinière, Sise en son throne, entendit sa prière; Elle vestit ses somptueux habis, Orna son chef de flamboyans rubis [Entremeslez de grosses perles rondes, En cent façons frisa ses tresses blondes, Amignota de ses yeux les regards, Regards! je faux, ainshomicides dards], Prit ses aneaux de subtile engraveure, Haussa le front, composa son alleure, Se parfuma, s'oignit et se lava, Puis vers Amour son cher mignon s'en-va. L'enfant Amour, escarté de la presse Des autres dieux, sous une treille espesse, Dans le jardin de Jupiter estoit, Où Ganymède aux eschets combatoit. Venus de loin commence à luy sou-rire, Flatte sa joue, et ainsi luy va dire: « Mon fils, ma vie, Amour, mon petit roy, Tu es mon tout, je ne puis rien sans'toy, Ni toy sans moy; mais sous nous deux ensemble Il n'y a dieu si puissant qui ne tremble. Laisse tout seul jouer ton compagnon, Embrasse-moy, baise-moy, mon mignon, Pends à mon col; mon fils, je te pardonne Tous les tourmens que ta flèche me donne, Tous les ennuis, tous les maux infinis Pour les amours d'Anchise et d'Adonis, Si de ton trait tu blesses la pensée, L'ame et le coeur des filles de Dicée Pour Francion, Troyen digne d'avoir, Tant il est beau, faveur de ton pouvoir, Je te don'ray, pour te servir de page, Le Jeu mignara qui te ressemble d âge, Fin comme toy, de qui les petits dois Tous enfantins porteront ton carquois, Et ton bel arc qui le monde conqueste; Il sera tien si tu fais ma requeste. » Adonc Venus le mit en son giron, Roses et lis espanche à l'environ De sa perruque, et l'endort en sa robe, Puis finement de son fils se desrobe, S'envole en Cypre, où son temple en tous temps Voit ses autels chargés d'un beau printemps (var 18) A-tant Amour du sommeil se secoue, Ses blonds cheveux arrangea sur sa joue, Une double aile à son dos attacha, Du prochain myrtheen sautant decrocha Son plein carquois; il empoigne en la dextre L'arc, et des dieux et des hommes le maistre; Puis, s'eslançant hors la porte des cieux, En-démené, fretillard et joyeux (var 19) Se rue en l'air; le ciel, l'onde et la terre Luy font honneur; Zephyre, qui desserre Sa douce haleine odorante à l'entour, Tout amoureux va convoyant Amour. Ce petit dieu, qui trompe la cervelle Des plus rusez, prit semblance nouvelle, Se herissant en la forme d'un tan (Fier animal), qui au retour de l'an , Quand le printemps rameine ses delices, Parmy les prez fait courir les genisses; Aux yeux de tous fut invisible, puis S'alla cacher dessous le seuil de l’huis Joignant la porte où le prince Dicée (var 20) Superbe, avoit sa demeure dressée. Tandis Francus, secouant en la main Un javelot à la pointe d'airain, Ayant au col sa targue à mainte houpe, Vers le chasteau mena sa jeune troupe. Venus la belle, au departir des bords, Songneuse d'eux, emmantela leurs corps D'une nueuse et obscure couronne, Pour n'estre veus ny cognus de personne. Quand au palais Francion arriva, Loin de leurs corps l'air espais se creva, Et leur figure est propre revenue, Comme astres clairs devestus d'une nue. Ce jour Francus à merveille estoit beau: Son jeune corps sembloit un renouveau, Lequel estend sa robe bien pourprée Dessus les fleurs d'une gemmeuse prée; La grace estoit à l'entour de ses yeux, De front, de taille, égal aux demy-dieux. Devant la porte en assez long espace, Large, quarrée, estoit une grand' place Où la jeunesse aux armes s'esbattoit, Piquoit chevaux, voltigeoit et lutoit, Sautoit, couroit, defendoit la barrière, Jusques au ciel en voloit la poussière: [Les prochains bords à leurs cris respondoient. Sur le portail d'un long ordre pendoient De ses ayeux les hardis tesmoignages; Lances, plastrons, morions et plumages, Butins gaignez des ennemis vaincus, Naus, gallions et leurs esprons becus, Et des citez les portes arrachées A grands crochets dans le mur attachées. (10) ] En ce-pendant que d'oeil prompt et ardant Francus alloit le palais regardant, Frizes, festons, guillochis et ovales, Dicée, orné de dignitez royales, Accompagné de deux cens jouvenceaux D'age pareil, aux mentons damoiseaux, Au doux regard, d'une courtoise sorte, Vint caresser Francus outre la porte, Le bien-veignant, et d'un visage humain Le tient, l'embrasse et luy serre la main. Prés de ce prince en robes solennelles Estoit sa femme et ses filles pucelles, Qui fil, aiguille et ouvrages legiers A voient laissé pour voir les estrangiers. Comme un avril estoient belles ces dames, En cent façons les amoureuses flammes Qui de leurs yeux à passades sortoient Peuples et rois d'un regard surmontoient. (var 21) Tandis le Dieu qui le coeur nous desrobe, Laissa la porte, et se mit sous la robe De Francion; puis decochant deux traits, L'un plein d'amours, de graces et d'attraits, Qui doucement gaigne la fantaisie, Et l'autre plein d'ardante jalousie , Tirez des yeux de Francus leur lança, Et leur raison ensemble renversa, Troublant le sens et remplissant les veines, Foye et poumons de soupirs et de peines (var 22); Puis, en tirant et sautelant, de là Ce faux garçon dans le ciel revola, [Comme un larron qui, subtil en finesse, Son larcin faict, s'escoule de la presse, Puis, quand il est par la troupe echappé, Se rit, joyeux, du sot qu'il a trompé, Tout prest encor de faire autre entreprise S'il trouve ailleurs une aussi belle prise. (11)] [Dessoubs le coeur de ces deux damoiselles Fumoit la playe à mornes estincelles, Les consommant et fondant peu à peu , Comme une cire à la chaleur du feu. De toute chose ont perdu souvenance, Perdu sçavoir, parole et contenance, Estoient de haste tscoulez de leurs doits, Tant eW avoient un chaud desir en l'ame De voir Francus; mainte amoureuse jlame, Qui de leurs yeux à passades voloit, Caignant le coeur, dans le sang devaloit, Car leur esprit, de merveille eblouy, Bienloing du corps s'estoit esvanouy. De ces deux soeurs, l'une avoit nom Hyante, L'autre Clymène. Hyante estoit sçavante En l'art magie; mais amour le plus fort, Qui n'a soucy de charmes ny de sort, De toutes deux avoit l'ame eschauffée, Qui jà pendoit du haut de son trophée, Elles bruloient à petit feu couvert, Comme une estoupe ou comme un rameau vert Qu'une artizane appoint du jour allume. Tout en un coup il entrebrûle et fume D'un feu caché qui luit obscurement. Ainsi amour, coulé secrètement Dedans le coeur de ces dames blessées, Les etouffoit de secrètes pensées; Tantost leur joue en sautant rougissoit, Palle tantost, tantost se blanchissoit, Tantost tremblant de taches estoit pleine, Le seul miroir qui tesmoignoit leur peine.] A-tant Francus entra dans le chasteau , Son javelot posa contre un rasteau, Où mainte pique en son long estendue Contre le mur au croc estoit pendue. [Pour nettoyer son corps las et souillé Dedans le bain tout nud s'est despouillé, Puis comme un astre entra dedans la salle, Rrave d'orgueil et de pompe royalle.] En ce chasteau par bandes fremissoient Prompts serviteurs, dont les uns tapissoient De tapis d'or les superbes murailles, Longs arguments d anciennes batailles; Autres de rang sur la place apportoient Tapis ouvrez; les autres apprestoient Les licts enflez de couvertes velues; Autres dressoient les viandes eslues, Autres chargeoient les hauts buffets dorez De grands vaisseaux d'histoires decorez, Sur une esguière, en assez longue trace, Des Corybans estoit peinte la race; Comme Briare en amour furieux, Desesperé de sa nymphe aux beaux yeux, Alloit tout seul par mont et par boccage, Jcitant un cri comme un lion sauvage, De nuit, de jour, errant par les buissons, Changeoit son corps en cent mille façons, Tant en amour forcenoit sa folie, Pour mieux jouir de sa Cymopolie; Mais à la fin se changeant en serpent, A dos rompu sur le ventre rampant, La tint serré, et l'ayant embrassée, D'elle conçeut les ayeux de Dicée. Sur un bassin Saturne estoit gravé, En cheveux blancs, de vieillesse agravé, A la grand' faux, qui avoit la machoire Du sang des siens toute relente et noire. Sa femme Rhée à l'autre bord estoit, Qui pour son fils un caillou presentoit A ce vieillard, les appas de son ventre; Dessous ses pieds se herissoit un antre, Où Jupiter vivoit emmaillotté Du laict divin de la chèvre alaitté; [Autour du bers les anciennes races Des Corybans, bien armés de cuirasses, Targes, boucliers, se choquant d'un grand son, Rendoient sans bruit la voix de l'enfançon], Craignant Saturne, affamé de nature, Qui ses enfans devore pour pasture. Quand tout fut prest, ce prince, pour mieux voir Son estranger, courtois, le fit asseoir A vis de luy, à costé de ses filles , Aux yeux armez d'amoureuses scintilles; Puis, selon l'ordre et l'age et les honneurs, Qui haut, qui bas, s'assirent les seigneurs. D'un coeur joyeux ceste gaillarde bande Mit promptement les mains à la viande, Et festoyant le Troyen estranger, Le convioient doucement à manger. [L'un est pensif, l'un parle, l'autre coupe; Maint eschanson, emplissant mainte coupe De vin fumeux, les tables entournoit, Et jusqu'aux bords les tasses couronnoit.] Incontinent que la soif fut esteinte, Et de la faim l'avidité (12) restreinte , Ayant le Roy pour office divin A Jupiter verse le dernier vin, Dieu xenien qui aux hostes preside, La bande alors, laissant la table vuide, Se tint debout, envieuse d'aller Après souper deviser et baller. Un bruit se fait: la gaillarde jeunesse, Prenant chacun la main de sa maistressc, S'offre à danser; maint flambeau qui reluit Du plancher d'or vainc l'ombre de la nuit! Le vieil Terpin, qui de fleurs se couronne, Son dos appuye au flanc d'une colonne, La lyre au poing, et joignant à la vois Les nerfs frappez par l'accord de ses doits, D'un plaisant son les invite à la danse: Le pied certain trepigne à la cadance! « Dieu (disoit-il) qui tiens l'arc en la main, Fils de Venus, hoste du sang humain, Qui dans nos coeurs, tes royaumes, habites, Qui ça, qui là, de tes ailes petites, Voles par tout jusqu'au fond de la mer, Faisant d'amour les dauphins allumer, Dont l'aspre trait a feru la poitrine Des Dieux là haut, là bas de Proserpine; Père germeux de naissance, et qui fais Comme il te plaist les guerres et la paix, Prince invaincu, nourricier de ce monde, Qui du Chaos la caverne profonde Ouvris premier, et, paraissant armé De traits de feu, Phanète fus nommé; Double, jumeau, emplumé de vistesse, Porte-brandon, archer, que la jeunesse Au sana bouillant courtise pour son Roy; O grand demon, grand maistre, escoute-moy Soit que tu sois au milieu de la bande Des plus grands Dieux où ta flèche commande, Soit qu'il te plaise habiter ton Paphos, Soit que ton chef tu laves dans les flots De la fontaine Erycine, ou que, vuide De tout souci, de tes vergiers de Gnide Couvert de fleurs, tu aimes la verdeur, Vien allumer nos coeurs de ton ardeur; De ceste dance eschauffe le courage; [Sans toi n'est rien la pointe de nostre age, (var 23) Faveur, honneur, abondance de bien. Force de corps, sans ta grace n'est rien; Ny la beauté, et mesme nostre vie, Est une mort si de toy n'est suivie, Ensemble Dieu profitable et nuysant. Viens donc icy, comme un astre luisant, Donner lumière à si belle entreprise, Et ceste feste heureuse favorise].» Ainsi chantoit Terpin le bon vieillard; Les baladins gaussans le cri gaillard, Les derniers vers du chantre recoupèrent, Et de leurs voix les soliveaux frappèrent, (var 24) Un fleuve espais de ses yeux s'escoula; Francus l'avise et ainsi luy parla: « C'est à moy, prince, à pleurer et à traire Tant de sanglots, à qui tout est contraire, A qui la mer, l'air, la terre et les cieux Sont obstinez ennemis envieux , Qui m'ont.trompé dessous belle apparence, ll n'est rien pire aux mortels qu'esperance. Mais toy, seigneur si sage et si prudent, En biens, citez et peuples abondant, Riche d'honneur et de terre fertile, Riche de femme et de belle famille, Ne devrais estre en ce poinct langoureux, Ains les souspirs laisser aux malheureux. » Dicée respond: « Las! si je n'estois père, Hoste troyen, je serais sans misère; Un mien seul fils a causé mon tourment, Et s'il te plaist je te diray comment. « Dedans ceste isle habite de fortune Un fier tyran, la race de Neptune, Qu'un menestrier appris à bien chanter. De ces deux soeurs l'une avoit nom Hyante, L'autre Clymène; Hyante estoit sçavante En l'art magiq'; mais amour le plus fort, Qui n'a soucy de charme ny de sort, De toutes deux tenoit l'ame eschauffée, Et de leurs coeurs avoit fait son trofée. Tantost leur joue en tremblant rougissoit, Palle tantost, tantost se blanchissoit, El, s'imprimant de mainte estrange tache, Monstroit au front le mal que le coeur cache. Jamais le front ne celle le souci Du triste coeur que l'amour a transi. Horrible et grand, mais homme en cruauté Tant soit cruel ne l'a point surmonté. Il fait meurdrir tous ceux qu'il prend en guerre. Ceux que la mer jette contre sa terre, Dessus l'autel de son père, et de sang Honnit le temple. Il attache de rang (Piteux regard!) pour parades aux festes De ses portaux les miserables testes. « Le fer ne peut endommager sa peau; Il rebondit comme fait un marteau Dessus l'enclume: en une seule place, Près le talon, la Parque le menace. « Mille estoient morts par sa cruelle main, Quand moy, touché d'un coeur doux et humain, Luy fis sçavoir que les bestes sauvages , Tigres , lions envenimez de rages, Qui sans raison vivent parmi les bois, Gros animaux sans pitie ny sans lois, S'entre-tuoient et mangeoient leur semblable; Mais l'homme, né d'un esprit raisonnable, Enfant du ciel, ne doit faire mourir L'homme son frère, ainçois le secourir. « Ce grand géan, oyant ceste nouvelle, Enfla son fiel de colère cruelle, Et bouillonnant, escumant et grondant, Sans m'advertir de son courroux ardant, Vint un matin au pied de ma muraille Me défier en plein champ de bataille. En telle peur soudain armer je fis Mon jeune Orée (ainsi a nom mon fils) L'accompagnant de bien peu de gendarmes, Mieux equippez de courage que d'armes. « Ce jouvencel, à qui le blond coton, Première fleur, sort encordu menton, Fort et hardi, fit avancer sa trope, Et le premier assaillit le Cyclope, Le grand Phovére (hélas! on nomme ainsi Ce fier tyran aux playes endurci). Mais pour-neant ce jeune enfant s'efforce, Car du géan la monstrueuse force Le prit captif au beau milieu des siens, Puis, enserrant de vergongneux liens Ses gens et luy, d'un baston les emmeine Comme un pasteur ses moutons en la plaine. Depuis ce temps, par un meurtre cruel, De jour en jour a tué sur l'autel L'un des captifs pour offrande funeste. Ils sont tous morts! hà! je meurs! et ne reste Sinon mon fils, qui sentira demain La pesanteur de sa cruelle main. » Ainsi disoit, versant sous sa paupière De tièdes pleurs une large rivière, A gros sanglots entre-rompant sa vois, Lors que Francus, le tige de nos rois, Meu de pitié, le console et le flate, Et luy respond: « J'aurois une ame ingrate, Né d'un rocher ou d'un tigre conceu, Si, mesurant le bien que j'ay receu De toy, seigneur, à ma douleur extresme, Pour te sauver je ne t'offrois moy mesme Mon sang, ma vie, et ce glaive trenchant, Assez pomctu pour punir un meschant. Fay-moy, sans plus, apprester sur la place, Armes, chevaux; ains que demain se passe Il cognoistra qu'un père valeureux A son malheur m'engendra vigoureux, Pour ne souffrir regner une malice Sans que montras vangeur ne la punisse. » A-tant Francus à son parler mit fin; Puis l'eschanson ayant versé du vin A longs filets, en l'honneur de Mercure, Estant la nuict et profonde et obscure, Ja les Trions commençans à pancher, Chacun se lève et s'en alla coucher. Incontinent que l'Aube jour-apporte Du grand Olympe eut desbarré la porte, Et le Soleil, par les Heures pressé, Eut son baudrier en biais retroussé, De rais fourchus orné sa teste blonde, Haut en son char, donnant lumière au monde, Ce fier tyran à la muraille alla, Un chevalier au combat appela. Tyran superbe et de fière arrogance, Le cor en bouche, en la dextre la lance Ferme en arrest; sur le dos le harnois, L'espée au flanc, au costé le pavois, Sur le rongnon la dague, et sur la teste Un morion brillant comme tempeste (var 25) Que Jupiter élance aux mois d esté Sur le sommet d'une injuste cité. [Une grand' queue à la cime attachée Du morion ondoyoit epanchée Dessus le dos, qui autant se rouloit A flots rompus que le chef s'ébranloit.] Pour son destrier pressoit la forte échine D'une cavalle: elle avoit la poitrine Blanche, et le front, le reste de la peau, Hors le pied gauche, estoit de poil moreau. De tel harnois cet horrible adversaire Estoit vestu, sans qu'il en eut affaire, Car il portoit le fer tant seulement Non pour s'armer, mais bien pour ornement, Et pour jeter une horreur en la face Du chevalier qui viendroit en la place. Il se moquoit en fronçant le sourcy Du bon Dicée, et luy disoit ainsy: (var 26) Long-temps y a que ta race sans vice Fait,genereuse, à ta mienne service; Mes bisayeux ont nourrytes ayeux; Pour ce jourd'huy rends-moy victorieux: Va, vole, cours, la campagne pouldroye, Que ce mignon devienne nostreproye, Pour attacher son morion cloué (13) Au haut du temple à mon père voué. « Pour champion ta sottise m'appreste, Vieil radoté, la phrygienne teste D'un jouvenceau, qui sçauroit mieux ramer Comme un forçat, que, furieux, s'armer. Pour le loyer d'une telle entreprise Tu as ta fille à ce Troyen promise. Pauvre chetif! ce fer, dont il mourra, Pour son douaire un tombeau luy donra (var 27). Je doubleray pour telle recompense En tes vieux ans ton soin et ta despense; Seule au haut bout jete fera) loger De mon estable, et par honneur manger, Tousjours de fleurs la teste couronnée, Si ton pied prompt gaigne ceste journée. » Parlant ainsi, la cavallel'ouit; Mais pour neant son coeur s'en rejouit, Entrebatu du desir de la gloire Et de l'espoir d'emporter la victoire. Car Jupiter dejà de ces deux corps En sa balance avoit poizé les sorts; Cil de Francus s'esleva d'une brasse, Et l'autre à bas pendit contre la place. Son bon demon adonc l'abandonna, Et son mauvais en oyseau se tourna, En qui souvent se changent les Harpyes, Chiens à Juppin (14) sous son trosne accroupies, Tousjours au guet pour punir les mortels Qui ont poilu son temple et ses autels. Ce triste oyseau, par un mauvais presage, Luy rebattoit des ailes le visage, Egrafflgnoit etpiquottoit les mains. Orphneles Dieux, orfraie les humains Le vont nommant, qui d'une aile qui sonne De nuicten l'air les credules estonne. ................................................ Encor dit-on que ce banni se vante Que le destin les Gaules luy presente, Voire, et qu'il erre où le ciel le conduit. Le pauvre sot, des oracles seduit, Qui ne sçait pas que sus les choses nées Ne peuvent rien les vaines destinées! Crète est sa Gaule, et mes braves fureurs Seront le but de ses longues erreurs. « En moy ne soit la mort renouvelée De mon ayeul le superbe Talée (15), Qu'une Medée, en sauvant des dangers Je ne sçay quels pirates estrangers, Ensorcela d un magique murmure. Des vains destins de Francus je n'ay cure; Tels sots abus ne me viennent piper; Le fer tranchant ne me sçauroit couper, Ny Jupiter tuer de son tonnerre. S'il règne au ciel, je règne en ceste terre. » Tandis Phovérc en fronçant le sourci Moquait Dicte et le bravoit ainsi. (????ERR f & m collision) De tels propos comme il s'alloit bravant, A large pas Francus vint au devant: «Je suis celuy que ton orgueil mesprise, Jeune Troyen , autheur de l'entreprise, Qui te veux faire avant le soir sentir A ton malheur que peut un repentir. [Va-t-en braver, de tes paroles fières, Vieillards, enfans et pauvres filandières, Qui tout le jour tirant le fuseau plein, Gagnent leur vie au labeur de leur main.] Approche-toy, tu as trouvé partie Qui sçait comment les vanteurs on chastie (var 28). Quoy que tu sois au combat dangereux, Si seras-tu, Phovére, bien-heureux D'aller victime à l'onde acherontide, Tué des mains d'un si jeune Hectoride. » Il dit ainsi. Le géan, d'autre part, Sur luy ruant un terrible regard, D'un oeil qu'à peine en biais il abaisse, De ce Troyen contemploit la jeunesse. (var 29) Ne le voyant de corps massif ny fort, Ny de visage ou d'effroyable port, Ny d'un semblant qui, brave, se fait craindre, Ains d'un poil blond qui commençoit à poindre, De gresle taille et d'oeil serein et beau, De main douillette et de mignonne peau, Et d'un regard qui les Graces surmonte, Il eut le front tout allumé de honte, Retint la bride, et le tançoit ainsi: « Jeune garçon, on ne combat ici Pour remporter à sa mère la gloire D'un verd laurier. Le prix de la victoire N'est un cheval aux armes bien appris. Le sang vaincu du vainqueur est le prix, (var 30) Et la cervelle en la place espandue, Les os semez et la teste pendue, Pour estonner par si horrible effroy Ceux qui voudraient combatre contre moy. Si de la mort il t'a pris une envie, Comme ennuyé des malheurs de la vie, Tu t'es trompé de te laisser mourir. Chevaux perdus se peuvent racquerir; Une maison peut nous estre rendue; Mais quand la vie est une fois perdue, Ensevelie en un tombeau reclus, C'est fait: les Soeurs ne la refilent plus.] Or, s'il te plaist d'une brave escriture Et d'un beau tiltre orner ta sepulture, Vien au combat, grand honneur tu auras Quand par la main de Phovére mourras. » [A tant mit fin à sa menace fière, Ne sachant point que c'etoit la dernière, Pauvre chetif! le cours de son destin En ce lieu mesme avoit borné sa fin.] Tandis Francus , qui le combat desire, Songneux, dés l'aube avoit de sa navire Fait apporter le harnois que vestoit Troîle à Troye, alors qu'il combatoit Contre Pelide, imitant la vaillance Du bon Hector, et non pas sa puissance, Que pour present Helemn luy donna Le jour qu'au vent sa voile abandonna, Et le pria de garder telle armure, Contre la mort assurance très-sure. Quand le Troyen, au combat animé, De teste en pied fut seurement armé, Le bon Dicee en secret le conseille, Et loin à part luy sacoute en l'oreille: « Si de fortune, hoste troyen, les cieux De ce meschant te font victorieux, Et qu'à tes pieds tu l'abbates à terre, Trenche-Iuy tost la veine qui luy serre Le mol talon: de telle veine sort, Non d'autre lieu , la cause de sa mort. Tandis là haut Jupiter, qui ordonne Les faicts humains, la victoire te donne; Ja dans le ciel est filé par Clothon Qui de vous deux doit aller chez Pluton. » Ces champions enflamez de colère, Icy Francus, de l'autre part Phovére, Tous deux de garbe et de courages grans, Donnans l'esprit aux chevaux par les flancs, D'un masle coeur au combat s'eslancèrent, Et leurs escus rudement enfoncèrent. Du coup donné le rivage trembla, La mer fremit, le fleuve se troubla; En mille esciats les pointes acerées Furent toucher les voûtes etherées. [Dedans les mains leur restoit le tronçon Qu'eux bien fermez et roides en l'arçon, De recourir encore s'avisèrent, Et leurs pavois par le milieu brisèrent.] A jour ouvert le pavois se cassa, Ainsi que glas le tronçon se froissa, Et d'un tel heurt leurs echines courbèrent Que les destriers sur la croupe tombèrent, Tant d'un grand coup ils s'allèrent choquant (var 31) Puis jusqu'au sang leurs chevaux repiquant, Haussant la bride, en fin les relevèrent, Et de la main leurs coutelas trouvèrent, (16) Bien aiguisez, qui de l'arçon pendoient, Et de leur trencne un acier pourfendoient. Dessous le fer siflant comme tem peste Ores leur joue, ores sonnoit leur teste, Ores la temple. Un coup qui l'autre suit, Greslé, menu, faisoit un pareil bruit [Que les beliers qui sur les fleuves cognent Des paux aigus, quand les ouvriers besognent Pour faire un pont ou pour le raccoûtrer. Coup dessus coup le belier fait entrer Le bois piqué. Dessous le choc qui tonne, Le creux rivage et le fleuve en resonne. Eux, tournoyans. et se suivans de près, Versant des coups plus que la neige espais, Qui netomboient, soit de pointe ou de taille, Sans donner ample ouverture à la maille, La denouant, rompant et decrochant. Acier ne fer à leur glaive tranchant Ne peut durer, ni boucle ni couraye, Tant de leur main est horrible la playe.] (var 32) Du bon Troyen le cheval fut adroit, Qui sans frayeur tournoit en tout endroit, Et la cavale en crainte estoit frappée, Oyant l'effroy du sifflant de l'espée. Que sur la croupe, en arrière tous deux, (????ERR) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Comme arcs voûtez longuement se courbèrent, Et leurs chevaux sur les genoux tomberent Comme beliers qui vont s'entre-choquant. [Pour ce, Francus en parant evitoit Comme il vouloit la touche qu'il doutoit, Et le grand corps ne trouvoit avantage De le frapper comme il avoit courage.] L'un ressembloit à ce flot dizenier (17), Boufi de vents, horreur du marinier, Qui d'un grand branle en menaçant se vire, Impetueux, sur le bord du navire. L'autre sembloit au bon pilote expert, Qui plus d'esprit que de force se sert; Ores la proue, ores la poupe il tourne, Et, vigilant, en un lieu ne séjourne, Ains, adjoustant la vigilance à l'art, D'un oeil prudent evite le hazard. [Ce fier gean, qui passoit d'une brasse, Tant il fut grand, de Francien la face, D'un pesant choq contre luy s'approcha, Et, le pressant, l'espaule luy toucha, L'esgratignant de legère blessure, Et n eust esté la trempe de l'armure, Qui de l'acier la force rebouchoit, Bien loin du col l'espaule luy trenchoit. Du mesme coup, en relevant la destre Bien haute en l'air, tant qu'elle pouvoit estre] (var 33) Se raidissant sur les estriers, frappa Le fin armet du Troyen, qu'il coupa Deux doigts avant, et festonna de sorte Que le tomber d'une enclume bien forte Serait leger au prix de ce coup-là, Qui des arçons chancelant l'esbranla. Car il fut tel que la grand' coutelace, Fendant l'armet, alla dessus la place En maint esclat de flames allumé, Laissant le poing du tyran desarmé. [Francus, troublé de pamoison exlresme, Perdit la force en se perdant soy-mesme, Perdit raison, contenance et couleur, Grinçant les dents de rage et de douleur. Dedans le tais luy tourne la cervelle; Devant ses yeux erre mainte chandelle, Maint tintouin aux oreilles luy bruit, Son chef balance, affublé d'une nuit, Et cependant son cheval le promeine, Comme il luy plait, au travers de la plaine. Sans respirer, sans sentir et sans voix, D'ouvertes mains fit signe par trois fois D'aller à terre; et, si raspre tempeste De ce meurdrier eust suivy sa conqueste, Jamais Francus aux Gaules n'eust pris bord; Mais le géan le tenoit comme mort] (var 34) Une palleur qui s'enfante de crainte Des regardans avoit la face peinte, Et le sang froid qui au coeur s'assembla Fit que Dicée en souspirant trembla. Mais, tout ainsi qu'on voit deux colombelles Fremir de peur sous les griffes cruelles De l'espervier aux ongles bien trenchans, Qui loin du nid s'en-voloient par les champs, Trouver de l'orge et des graines pour paistre Leurs doux enfans qui ne font que de naistre, Ainsi trembloient dans l'estomac les coeurs, A longs souspirs, des deux royales soeurs Qu'Amour bruloit d'une vive flaméche, Et dans leur sang avoit mouillé sa flèche. Tandis Francus en armes eut loisir De se refaire et la place choisir, (var 35) Pour se venger, ou le fer le plus rare Entre-serroit la gorge du barbare. Trois, quatre fois son cheval repiqua, Et d'un grand heurt son ennemi choqua, Bandé de nerfs,'de muscles et de veines; Puis, en serrant fortement à mains pleines Son coutelas, la pointe en retourna, Et du pommeau coup sur coup luy donna Contre la gorge, où la boucle ferrée Du gorgerin laschement fut serrée, Et my-pasmé sur l'arçon l'abbatit. Avec le sang l'escume luy sortit Loin de la gueule, à gros flots, ondoiante. Francus le prend, le presse, le tormente, Et tellement le courage luy vient Que d'une main et de l'autre le tient, Pousse et repousse, et d'un tel noeud le serre Que des arçons tous deux tombent à terre Comme grands pins. Le harnois fait un bruit Dessus leur dos. La colère les suit! Mais, aussitost que la terre pressèrent, Plus que jamais au combat s'elancèrent De toutes parts, d'un oeil prompt et ardant Le corps massif du géan regardant, Pour a son hoste en remporter la teste Et se braver d'une telle conqueste. Pource au combat promptement retourna Et de la pointe en poussant luy donna. Comme lions de puissance indomptez. Le fer trenchant sacquent de leurs costez Qui se cachoit d'une alumelle fine Du long la cuisse en leur gaine ivoirine. Entre l'ardeur, la haine et les efforts, Une fureur leur réchauffa le corps. Ici la rage, 'ci la chaude honte, Des deux guerriers le courage surmonte. Perd leur raison, si bien qu'à toutes mains, A vuides coups, à coups fermes et plains De pointe, taille et de travers ruèrent, Et leur harnois en cent lieux declouèrent, Si que le camp estoit partout semé Du fer touché de leur corps désarmé. Icy la hausse, icy tombe la grève, La maille icy. Ces chevaliers, sans trêve, Fumant, soufflant, suant et haletant, Playe sur playe ils se vont combatant, Pied contre pied, sans point changer de place. L'un de son corps se fie en la grand masse, Ferme en son poids; et l'autre, plus gaillard, Dispost, se fie au secours de son art. Nfeis à la fin ils reprennent haleine, Demy matez de sueur et de peine; Puis, tout soudain, comme deux taureaux font, Rentrent de pieds, et de bras, et de front, L'un contre l'autre. Une horreur, une rage, Un fier despit flamboye en leur visage, Tantost petits, tantost ils se font grands, Tantost courbez, tantost à demy flancs, Dessus la jambe ores gauche, ores dextre, Contre-avisoient où le coup pouvoit estre Mieux assené, mais point ne se trompoient, Car tout d'un coup ils paroient et frapoient. Francus luy jette en l'oeil droit une pointe; L'autre, appuiant sur sa dague bien joincte L'espée en croix, loin de l'oeil repoussa La playe au vent et le bras luy blessa. Le sang coula de cest enfant de Troye, Vermeil ainsy qu'est une rouge soye Que la pucelle arrange avecques l'or Dessus la gaze, ornement d'un trésor, Ou tel que fut de la playe Adonine Le sang fardeur de la rose pourprine; (var 36) Mais pour cela ne perdit la vertu. Armé de coeur et de glaive pointu, Le suit, le tient, l'importune et l'approche, Comme les flots qui frappent une roche. Luy, qui le corps de naissance avoit dur Plus que metal ou le marbre d'un mur, Comme rusé, par longue prevoyance, Gardoit sa veine afin qu'on ne l'offense. Francus, voyant que c'estoit temps perdu D'avoir sur luy tant de coups despendu, Ainsi qu'une aigle en roideur qui se laisse Caler à bas, ouvrant la nue espaisse, De mille coups martelez sur l'armet, Le pommeau cheut, le coutelas se met En cent morceaux reluisans sur la place, Comme au Soleil les morceaux d'une glace. Lors de cheval s'empoignent corps à corps, Et s'embrassans à bras courbes et tors, Se sont tirez d'une si forte serre Que l'un sur l'autre à bas trebuche à terre Entre-accrochez. Une fureur les suit; Dessus le dos leurs harnois font un bruit. Aussi soudain que la terre pressèrent, Fiers au combat tous deux se redressèrent Front contre front, si bien qu'à toutes mains, A vuides coups, à coups fermes et pleins, Dessus un cygne arresté sur le bord; Ainsi, doublant effort dessus effort, Sur le grand corps s'eslança de rudesse, Adjoustant l'art avecques la prouesse; Sous luy se rue et de près l'approcha; La gauche main à son col accrocha, Et de la dextre en-contre-bas le tire. Il le tourmente, il le tourne, il le vire, Le choque, heurte, et d'un bras bien tendu Le tient en l'air longuement suspendu; Puis du genou les jambes luy traverse, Et le fait cheoir tout plat à la renverse. De poincte, taille et de revers mèrent, Et en cent lieux leurs mailles déclouèrent. Jamais Mavors, dispenseur des lauriers, Ne vit le pair de si vaillans guerriers. En fin, maltez de sueur et de peine, En haletant vont ramassant l'haleine De l'estomac eue les poulmonspoussaient; Et toutefois ils se remenassoient, Chauds de cholère et d'une ardeur ferine Qui bouillonnoit au creux de leurpoictrint. O gloire humaine! est-il rien qu'un bon coeur N'endure afin de se faire veinqueur! Lors, desgainant leurs flambantes esp'ees, Qui descendaient à ceintures houppées Le long des flancs en des fourreaux brodez, Se sont encore au combat hazardez; Comme taureaux (quand la saison nouvelle Les appetits de Venus renouvelle) Se vont tuant et navrant pour l'amour. La jeune troupe est muette à l'entour, Qui les regarde, ignorant qui doit estre D un tel duel le vainqueur et le maistre. Francus, voyant que le jour luy failloit Et que sa main pour neant travailloit, Comme un Gerfaut qui de roideur se laisse... Phovére imprime, en tombant de son long, La poudre molle. Ainsi tombe le tronc D'un grand sapin bronché d'une montagne, Qui de son corps imprime la campagne. De bras nerveux et d'ongles bien crochus Cent fois essaye à se remettre sus, Se debatant, mais en vain il s'efforce, Car du Troyen la vigoureuse force' Tient le genou comme victorieux Sur l'estomac, le poignard sur les yeux. Trois, quatre fois, de toute sa puissance L'avoit frappé, quand il eut souvenance Que le trespas de ce cruel felon Estoit enclos aux veines du talon. Pource il se tourne et promptement assène L'endroit certain où tressailloit la veine. Du fer poignant coup sur coup la chercha, Et veine et vie ensemble luy trencha. Le sang qui sort d'une vive secousse Bien loin du corps rendit la terre rousse A longs filets. Ainsi que d'un conduit S'esch?ppe l'eau qui jallissant se suit, Et d'une longue et saillante rousée Baigne la terre à l'entour arrousée. Ainsi le sang bouillonnant s'en-alla, Et par le sang son ame s'escoula, a. Var., en place des deux vers primitifs: D'un chesne, oracle és forests de Dodonne, Quand un torrent ou la gorge qui sonne Du vent l'abat de maint souffle bruyant. Quittant leurs nids, les oyseaux en criant Volent autour, courroucez qu'on leur ostc Le verd logis de leur ancien hoste. Ainsi tomba Phovérc tout à plat, Faisant un bruit aussi haut que l'esclat Qui rompt la nue et du son des tempestes Fait peur aux coeurs des hommes et des besles. Palle d'horreur et de despit suivie, De perdre ainsi la jeunesse et la vie. Ce corps tout froid et affreux se roidit; Comme un glaçon l'estomac luy froidit, Et de ses yeux l'une et l'autre prunelle Ferma son jour d'une nuict eternelle, N'estant plus rien d'un tel tyran, sinon Qu'un tronc bronché diffamé de renom. A tant Dicé, d'une face joyeuse, Vint saluer la main victorieuse, » Baisa Francus, le couronna de fleurs: « Tu as (disoit) effacé mes douleurs, Vray heritier de la gloire Hectorée, Tuant Phovére et sauvant mon Orée. Le bon Démon, qui de nous a souci, Pour mon support t'avoit conduit ici, Noble Troyen, de prouesse l'exemple, En corps mortel digne d'avoir un temple, Et comme Hercule adoré des humains, Tant a d'honneur la force de tes mains. » Comme il chantoit cet hymne de victoire, Voici la nuict à la grand' robe noire Qui vint aux yeux le sommeil espancher. Le souper faict, chacun s'alla coucher. Notes. (1) La bibliothèque impériale possède un manuscrit in folio, de 84 pages, contenant le 2ème livre de la Franciade. Il est réglé en rouge, d'une large écriture du XVIe siècle, et couvert en vélin doré. Sur les deux plats on a peint les armes de Fiance, entourées du collier de Saint-Michel. Si ce manuscrit étoit contemporain de Henri III, on eût ajouté le collier du Saint-Esprit. Il faut peut-être en conclure que c'est l'exemplaire offert par l'auteur à Charles IX. Il ne paraît toutefois pas être autographe, ainsi qu'on peut le vérifier en le comparant avec le discours sur l'Envie, que possède le même dépôt, et qui est écrit de la main de Ronsard, dont il porte la signature. (2) Hercule se prend icy pour le Soleil, que les vents semblent desconfire quand, espessissant l'air de nuées, ils offusquent sa clarté. La plus grande partie des nuées sort de la mer. (3) Humidité. (4) Dans le manuscrit de la Bibliothèque impériale (Saint (5) Il avoit d'abord mis cent chevaliers; c'étoit un peu trop pour un seul esquif. Ronsard. III. 7 (6) Bers, berceau, mot vendomois. (7) Ces quatre vers ne sont que dans les éditions postérieures à I572. (8) Même remarque. (9) Dans la première édition, Dicée est plus libéral: il envoie trente moutons, six boeufs et quinze barraux de vin. Il est vrai qu'il y avoit cent hommes dans la barque. Ayant conservé seulement les vingt hommes des éditions suivantes, comme plus vraisemblables, nous avons dû diminuer avec Ronsard l'envoi de Dicée. (10) Ces huit vers ne se trouvent que dans les éditions posthumes. Ronsard. III. (11) Cette comparaison ne se trouve que dans les éditions posthumes. (12) L'ardeur de manger. Je ne sçache point de mot francois plus propre, encores qu'il soit mendié du latin. (13) Les morions des anciens avoient un clou, ou deux, ou trois, d'or ou d'argent, ou d'autre metal, sus le haut de la creste, lesquels estoient creux et cavez par dedans, où ils plantoient leurs pannaches et panonceaux , faits le plus souvent du poil de la queue d'un cheval, et quelquefois de la queue toute entiere. Tels pannaches ou plustost criniers s'appelloient ImzovptSeç, tant pour l'ornement de l'armet, que pour donner frayeur aux ennemis. Le clou s'appelloit, avec tout le haut du morion, l'Axos. Le morion qui en avoit trois s'appelloit rp-jaiXeix. (14) Les Harpyes et les Furies sont une même chose, qu'Apollonius rhodien dit estre les mastins de Jupiter. (15) Ce passage n'existe que dans les éditions posthumes; dans celles de 1578 et 1584 , il est remplacé par ces quatre vers: Qu'une Harpye en amour eschauffée Conccut du vent dessus le mont Rifée. Il se moquoit, en fronçant le sourcy, Du bon Dicce, et luy parlait ainsy. Ce conte est dedans le quatriesme livre des Argonautes d'Apollonius Rhodius. (16) L'autheur arme ces deux chevaliers à la mode de nos gendarmes françois, la lance en la main, la courte lance ou la mace à l'arçon, et l'espée au côté. Ronsard. III. 9 (17) Les Latins l'appellent Vnda decumana: c'est la dixième vague, la plus horrible et dangereuse de toutes. Variantes. (var 1) ne faut plus me laisser outrager Sans chastier ceste race infidelle. La vieille injure appelle la nouvelle. (var 2) Tient son trident. Le char, qui va sans peine, Fier de son roy, sur les vagues le meine. (var 3) Nostre eau commune errer mon ennemy, (var 4) Frappent la mer à rames retournées, (var 5) Puis sous le throsne à Junon se cacha, Où de biais à ses pieds se coucha (var 6) Et lors Junon, d'un tel amas suivie, (var 7) Tantost enfiée aux astres escumoit, Tantost baissée aux enfers s'abysmoit. (var 8) Brave guerrier, qui, gros de renommée, Joignit depuis à Francus son armée. Germain, 1665), ces deux derniers vers sont remplacés par la variante suivante: Avec tel bruit qu'un canon fait alors Qu'il rompt le mur, la ceinture des forts. (var 9) Tant encor le timon dans le poing, Tant en mourant de son art il eut soing. (var 10) De pieds, de mains, s'aheartent et se bandent, Et en grimpant contre le roc se pendent. (var 11) L'antre essayoit d'empoigner une branche, Puis main sur main, et hanche dessur hanche, Coude sur coude, en haletant d'effort... . (var 12) Par les cailloux, dont le rauquc murmure D'un doux rempart les yeux de l'homme emmure. (var 13) Puis sur sa porte, oit distille le sang Du test des morts, les attache de rang. (var 14) Là, pour sauver maisons, temples et dieux, Femmes, enfans, moururent nos ayeux, L'un sur le mur, l'autre au milieu des armes. Hector, l'honneur des valeureux gendarmes, Qui m engendra, ayant cent mille fois... (var 15) A gueule ouverte, et maistresse des bors, Faisoit semblant de devorer le corps. (var 16) (ces quatre vers sont supprimés dans les édit. posthumes): Ne permets plus qu'absents de sepulture, Sans fleurs, sans tourbe, errions à l'aventure, Ains, pour avoir Caron plus adoucy, Fay-nous honneur dessus ce bord icy. (var 17) remplaçant six vers: Gresles, ainsi qu'on voit aux jours d'esté Les moucherons voler sous la clairté. (var 18) S'en-vole en Cypre, oh d'encens sabéens Fument tousjours ses autels paphéens. (var 19) Petites mains, petits pieds, petits yeux. (var 20) Il se fit tel qu'on ne pouvait le voir, Corps invisible, et puis allas'assoir Au haut sommet de la porte à Dicée... (var 21) Au ifuzeaux et fil tout à la fois (var 22) Les tourmentant depensers et d'augures, Avant-coureurs de leurs peines futures. (var 23).Var. en place des neuf vers qui suivent: Brassant sous main quelque bon mariage. (var 24) Ici l'on trouve dans, les éditions posthumes les vers suivants, que nous avons vus en partie un peu plus haut: Rien ne peut tant les soucis enchanter Seul à l'escart, appuyé contre un coin, Veuf de plaisir, plein d'angoisse et de soin, A sourci bas, à poitrine poussée De longs sanglots, estoit le roy Dicée. (var 25) Traçant du ciel la voye coustumière, Au chef coiffé d'eclatante lumiere, [Dicée envoye au gean un heraut Pour le sommer. La colere en sursaut, Qui renflama sa rage naturelle, N'eut pas loisir d'escouter la nouvelle]; Prompt de vistesse à la muraille alla, Et sa partie au combat appella, La lance au poing, le morion en teste, Qui, bien cresté, ressemblait la tempeste (2) (var 26) remplaçant les huit vers précédents: Qu'une harpye en amour eschaufée Conceut du vent dessus le mont Rifée. Luy, tout armé, d'un saut brusque et dispos, En la flattant, sauta dessus son dos: Elle sentit la charge de son maistre. " Kisse (1) ***(1) , je croy que tu ne voudrois estre Sous autre main, ny ne voudrois changer Ton vray seigneur pour suivre un estranger. (var 27) A ce Muguet qui fait chez toy du beau, Dont le douaire est voisin du tombeau. (var 28). Le desdaignant, comme fait en sa roye Un grand lion une petite proye. (var 29). Approche donc, rien essayer la dextre De ce Troyen destiné pour ton maistre. (var 30). N'est ny trepied, ny cheval, ny escu; Mais bien la vie et le sang du vaincu. (var 31) Tant fut leur bras vigoureux et nervant (??) (var 32) en place des 14 vers entre crochets. Comme les fleaux qui resonnent en l'aire, Frappans les dons de nostre antique m'ere. (var 33) Ce fier tyran, enorgueilly d'audace, Qui de Francus la jeunesse menace (var 34) Qui, maugréant, tournait au cid la veuc, De voir sa main au besoin despourveue; Et toutes/ois Francus il regardoit, Et, sans bouger, riant, le brocardoit. (var 35) De se resoudre et de sçavoir choisir L'endroit certain pour avoir sa revanche. Ore il se hausse et ores il se penche (var 36) Le sang caille de sa gorge sortit Meslé d'escumé et de bave gluante, Infectant l'air d'une haleine puante. Notes Des Variantes. (1) Kisse estoit le nom de la cavalle de Phovère. Kisse en grec signifie une pie. (2) Les quatre vers entre crochets ne se trouvent que dans les éditions posthumes. Source: http://www.poesies.net