L'Art D'Aimer. Par Pierre Joseph Bernard (1708-1775) TABLE DES MATIERES CHANT PREMIER CHANT SECOND CHANT TROISIEME CHANT PREMIER J' ai vu Coigny, Bellone, et la victoire; Ma foible voix n' a pu chanter la gloire: J' ai vu la cour; j' ai passé mon printemps Muet aux pieds des idoles du temps: J' ai vu Bacchus, sans chanter son délire: Du dieu d' Issé j' ai dédaigné l' empire: J' ai vu Plutus; j' ai méprisé sa cour: J' ai vu Daphné; je vais chanter l' amour. Toi seul, ô toi, jeune objet que j' adore, De tous les dieux sois le seul que j' implore; Que l' art d' aimer se lise en traits vainqueurs, En traits de feu, tel qu' il est dans nos coeurs. L' amour m' inspire, il m' apprend comme on aime; De ses plaisirs instruisons l' amour même. À tes genoux, dans tes bras, sous tes yeux, J' en donnerois des leçons, même aux dieux. Aux vrais amours ma lyre consacrée Ne chante point et Lampsaque et Caprée, Ni de Chrysis les lascives fureurs, Ni de Flora les nocturnes horreurs. Qu' ici l' amour, épurant son système, Nu, mais décent, plaise à la pudeur même; Que Vénus donne à Vesta des désirs: Je veux des moeurs compagnes des plaisirs. Qu' à d' autres chants soit aussi réservée De Sybaris la mollesse énervée, Des amadis les respects insensés, Et du Lignon les bords toujours glacés. Dans mes portraits, Albane plus fidèle, Peignons l' amour comme on peint une belle; D' un jour aimable éclairons son tableau, Vrai, mais flatté, tel qu' il est, mais en beau. J' appelle amour cette atteinte profonde, L' entier oubli de soi-même et du monde, Ce sentiment soumis, tendre, ingénu, Prompt, mais durable, ardent, mais soutenu, Qu' émeut la crainte, et que l' espoir enflamme; Ce trait de feu qui des yeux passe à l' ame, De l' ame aux sens; qui, fécond en désirs, Dure et s' augmente au comble des plaisirs; Qui, plus heureux, n' en est que plus avide: Voilà le dieu de Tibulle et d' Ovide, Voilà le mien. Heureux cent fois le coeur Qui tient du ciel cet ascendant vainqueur! Quand ce rayon, cette vive étincelle Perce au travers du sein qui la recèle, Voici les lois qu' un amant peut ouïr: Choisir l' objet, l' enflammer, en jouir. Beautés, amants, voilà notre carrière. Déjà mon char a franchi la barrière; Daphné me voit; et l' amour qui m' entend Met dans ses mains le myrte qui m' attend. Jadis un sage, armé d' un trait de flamme, Analysa les voluptés de l' ame: Platon... mais quoi! D' un froid mortel atteint, L' amour a fui, son flambeau s' est éteint. Cesse, a-t-il dit, ou choisis mieux ton guide; À ses leçons vois l' ennui qui préside. Oses-tu bien à Cythère, à ma cour, Donner pour loi son chimérique amour? Ne veux-tu pas, martyr de la constance, Prêcher des coeurs l' éternelle alliance? Mais devant qui, zélateur indiscret, De tes langueurs vas-tu chanter l' attrait? Un joug pénible est-il donc le partage D' un peuple ardent, indocile, volage, Fidèle à Mars, mais perfide aux amours, Fait pour jouir, plaire, et changer toujours? Vois par ses goûts quel doit être son maître; Et, pour l' instruire, apprends à le connoître. Dieu de mon coeur, tes abus font mes lois; Je n' irai point, en préceptes gaulois, Changer les moeurs de tes chers infidèles, Vieillir ton âge, attenter sur tes ailes; Tout m' est sacré dans le dieu que je sers; De tes captifs j' adoucirai les fers, Mais sans prescrire une loi qui t' étonne. Ta gloire, amour, ton intérêt ordonne Que la constance, éprouvant nos désirs, Verse à longs traits la coupe des plaisirs. Toi dont le coeur est né pour la tendresse, Conçois tout l' art du choix d' une maîtresse; Il veut des soins ingénieux, constants. Cherche, étudie et les lieux et les temps. Compare, oppose, et vois d' un oeil austère L' âge, les goûts, l' ame, et le caractère. À tes regards mille objets sont offerts; Choisis. Mais, dieux! Se choisit-on des fers? A-t-on le temps de chercher et d' élire? Raisonne-t-on? L' amour est un délire. L' oiseau qu' en l' air un chasseur a blessé A-t-il pu voir le trait qu' on a lancé? Les traits d' amour sont encor plus rapides; Son bras caché frappe ses coups perfides; Il rit d' un coeur vainement étonné, Le matin libre, et le soir enchaîné. Le ravisseur qui mit Pergame en poudre De cet amour sentit le coup de foudre: Didon brûla d' aussi rapides feux. Ceux dont le ciel maîtrise ainsi les voeux N' ont, pour aimer, aucune étude à faire; Mais, par mes lois, je leur enseigne à plaire. Vous que l' amour brûle plus lentement, Apprenez l' art de choisir en aimant. Tel que zéphyre, au moment qu' il s' éveille, Marque les fleurs que doit sucer l' abeille, Moi, je parcours les jardins de Cypris, Et des beautés je marque ainsi le prix. En remontant aux sources du bel âge, Vois l' innocence, adore son langage, Les pleurs naïfs, le sourire enfantin, L' air ingénu, le regard incertain. Quand les beautés, crédules et craintives, Tiennent encor leurs caresses captives; Quand la nature, épiant tous ses sens, Baisse les yeux sur ses trésors naissants, Rougit de plaire en cherchant à séduire, Et veut ensemble ignorer et s' instruire: Voilà quinze ans. L' aube aimable du jour, C' est une belle, enfant comme l' amour, Qui n' a d' attraits que sa fraîcheur nouvelle, Et sa pudeur, des graces la plus belle. L' âge qui suit, développant ses traits, Offre à l' amour de plus piquants attraits. Au doux éclat qu' a produit cette aurore Succède un jour plus radieux encore; Et tous les fruits qu' un amant peut cueillir Ont achevé de naître et d' embellir. L' essor est pris, l' ame a senti ses ailes; Tous ses besoins sont des fêtes nouvelles; Le coeur instruit démêle ses désirs; C' est à vingt ans qu' on a tous les plaisirs. De trente hivers le temps marque les traces; La beauté perd ce qu' on ajoute aux graces; On n' est plus jeune, on est belle pourtant; On met plus d' art aux pièges que l' on tend: C' est le tissu des intrigues secrètes, L' art des atours, l' arsenal des toilettes: Le soin de plaire, et la soif de jouir, Redouble encor, loin de s' évanouir. Par l' âge accrus, les sens ont plus d' empire C' étoit l' amour, c' est alors son délire; Ardent, avide, impétueux, hardi, C' est un soleil brûlant en son midi. Moins jeune encor la beauté nous engage. L' art du maintien, les graces du langage, Les dons acquis, les charmes empruntés, Donnent un lustre au couchant des beautés. L' amour, fidèle à leurs flammes constantes, Se glisse encor sous les rides naissantes, Et, pour régner jusqu' aux derniers instants, Sème de fleurs les ruines du temps. La jeune rose, en se pressant d' éclore, Fait au matin le charme de l' aurore; Clytie, au soir, dans son riche appareil, Fait l' ornement du coucher du soleil. Tout plaît un jour, tout âge a ses délices: Ces dons divers sont faits pour nos caprices; Par eux l' amour, variant ses attraits, Forme un carquois d' inépuisables traits. Il est des yeux dont la langueur touchante Pénètre un coeur, l' amollit et l' enchante: D' autres plus vifs l' enflamment à leur tour; Ce sont les traits, les foudres de l' amour. L' une a du port l' élégante noblesse, L' autre une taille où languit la mollesse; Plus d' embonpoint embellit celle-ci; Là sont les lis; les roses sont ici. Chaque beauté fait un lot à chacune: Laure étoit blonde, et Corinne étoit brune. Quand l' oeil a vu, quand ce trait est lancé, Le choix d' un coeur veut être balancé. Une coquette, et brillante et légère, Plaira toujours par son étude à plaire. Tendre, naïve, égale en sa pudeur, La simple Agnès excite plus d' ardeur, Lorsqu' un amant, l' aidant à se connoître Par le plaisir lui fait sentir son être. La prude anime, et plaît à désarmer, Une mystique excelle à bien aimer. Dans le plaisir la folle qui s' enflamme Met plus d' esprit, la rêveuse plus d' ame. J' aime un caprice et de feintes rigueurs: Sauvons l' amour du pavot des langueurs. De l' enjoûment églé fait son partage; Lise a le goût, Charite le langage: Chloé se tait; mais l' amour dans ses yeux Met son esprit, qui n' en parle que mieux. Sur trois états décide ton hommage: Chloé t' appelle aux moissons du bel âge; C' est une fleur qui n' attend que le jour Qui doit l' ouvrir au souffle de l' amour. Celle qu' Hymen veut soustraire à tes armes, Aimant par fraude, aime avec plus de charmes; Et, secouant les chaînes d' un jaloux, Sert mieux l' amant pour mieux tromper l' époux. D' un deuil frivole écarte le nuage, Et glane au champ du tranquille veuvage; C' est un asile où, sans peine écouté, L' amant heureux jouit en liberté. Ce sexe aimable a tout ce qu' on adore; Tous les talents l' embellissent encore. Sur tous les arts ses beaux yeux sont ouverts; Vénus instruit, les graces font des vers; Sapho, Corinne, ont des soeurs dignes d' elles. Vois l' ambigu des toilettes des belles; Tout ce qui sert l' esprit et les appas, Livres, atours, bijoux, lyres, compas, Couvrent l' autel de Flore et de Thalie. Pourquoi blâmer ce que leur culte allie? Ce sont les jeux des amours triomphants; Albane eût peint ces folâtres enfants. L' un, pour servir une flamme secrète, Contre un jaloux dirige une lunette; L' autre en un coin calcule ses désirs, Ou traite à fond l' essence des plaisirs. Tel à sa voix joint un clavier sonore; Tel autre esquisse un objet qu' il adore. Suivez, amants, ce qui plaît aux amours: L' art donne à tous ses utiles secours. Je sais quel charme il prête à la tendresse: J' ai vu Daphné, sirène enchanteresse, Sous un treillage où Bacchus est vainqueur, Boire, verser et chanter sa liqueur. J' ai vu Daphné, Terpsichore légère, Sur un tapis de rose et de fougère, S' abandonner à des bonds pleins d' appas, Voler, languir, et, mesurant ses pas, Tendre aux plaisirs les bras qu' elle déploie. Telle, en versant le nectar et la joie, D' un pas léger, sur la voûte des cieux, La jeune Hébé danse aux festins des dieux: Ou telle encor, plus vive et plus touchante, Sallé poursuit Amadis qui l' enchante. Pour faire un choix, habite aux lieux divers Où la beauté donne et reçoit des fers. Vole au grand jour, porte tes yeux avides Dans ces jardins peuplés de nos armides; Cherche ta proie à la ville, à la cour: Les bals seront des fêtes pour l' amour. De plus d' objets vois la scène embellie Chez Melpomène, aux loges de Thalie; Sur ce théâtre aux magiques accents, Où tous les arts enchantent tous les sens; Où la beauté, paroissant sous les armes, Veut, sans rien voir, étaler tous ses charmes. Tout rit, tout plaît, tout brille en ce séjour, Le coeur, les sens, l' amour-propre, l' amour; Le dieu des ris, celui de la mollesse De tous les sucs composent une ivresse. Dans ce chaos d' un monde séducteur Tout est spectacle, et chacun est acteur. Monte, et poursuis ta carrière galante: Vois de la cour la planète brillante; Lève tes yeux sur ces astres nouveaux; L' illusion va les rendre plus beaux. Les déités de cet olympe aimable Auront une ame accessible et traitable: Tu les verras, mortelles à leur tour, De la grandeur descendre pour l' amour, Passer du louvre au tapis des fougères, Et soupirer ainsi que les bergères. Beautés, ô vous l' objet de notre choix, Pour en faire un suivez aussi mes lois; Il veut plus d' art, de mystère, et d' attente. Qu' à son début doit trembler une amante! Quel embarras suit le don de son coeur! Et quel tourment, si Jason est vainqueur! L' amant trop jeune est un zéphyr volage: L' ambition remplit l' été de l' âge: Lent à répondre à de jeunes ardeurs, L' automne arrive, et n' a que des tiédeurs: Pour le vieillard, insensé s' il est tendre, Des feux d' amour il n' a plus que la cendre. Si vous craignez les renoms éclatants, Défiez-vous des demi-dieux du temps, Qui, l' une à l' autre enchaînant vos images, Vont publier vos crédules hommages; Qui, décelant leur culte et vos autels, Ne sont heureux qu' autant qu' on les croit tels. La renommée et ses cent voix perfides Sont les échos de leurs crimes rapides. Tel un éclair qui brille et qui s' enfuit Laisse après lui le tonnerre et le bruit. Fuyez des grands l' appareil infidèle: L' éclat d' un nom coûta cher à Sémèle. D' autres sauront, à vos fers attachés, S' ensevelir dans des plaisirs cachés. Pour en tracer une image sensible, L' amour constant est comme un lac paisible, Profond, égal, toujours beau, toujours clair, Inaccessible aux tempêtes de l' air, Qui, sans chercher le tribut d' autres ondes, Se régénère en ses sources fécondes. L' amour volage est semblable au torrent; Il tombe, il roule, il fuit en murmurant: Tari bientôt dans sa source égarée, Né d' un orage, il en a la durée. Suivez les flots dont le calme est certain: D' un heureux choix dépend votre destin. Par son respect l' amour vrai se déclare; C' est lui qui craint, qui se fuit, qui s' égare, Qui d' un regard fait son suprême bien, Désire tout, prétend peu, n' ose rien; Qui sur les fleurs fait marcher la constance, Voit tout en beau, met tout en jouissance; Dans les revers armé de plus de feux, Dans les faveurs empressé quoiqu' heureux. Il est encor de ces amants fidèles Qui de l' amour ont les feux, non les ailes, Qui dans ce siècle, âge des inconstants, Gardent les moeurs de l' enfance des temps. Pour dérober une flamme inconnue, L' amant d' Io la couvrit d' une nue. On vit Alphée, humble dans ses roseaux, Cacher le cours et le lit de ses eaux, Et, s' écoulant dans sa route confuse, Se perdre au sein de la tendre Aréthuse. Ces vrais amants n' habitent pas la cour. L' ambitieux est-il fait pour l' amour? Là, sous son dais, la fortune jalouse Veut tout entier un amant qu' elle épouse: En soupirant moins d' amour que d' ennui, Séjan vous trompe, et n' adore que lui. Pour affermir des liens plus durables, Cherchez en nous des qualités aimables. Nyrée est beau: j' y veux encore un point, C' est de l' esprit; car les sots n' aiment point Appesanti du poids de la matière, Que fait aux bras d' une amante grossière Ce vil Crésus dont l' or seul éblouit? Et jouit-on sans penser qu' on jouit? De quelque effort que les sens nous secondent, Les nuits d' amour d' interrègnes abondent: L' esprit supplée à des feux languissants; Et son travail fait le repos des sens. De nos plaisirs compagnon plus solide, Le sentiment veut être aussi leur guide; Mais secourus par l' esprit et par lui Craignez encor de retrouver l' ennui. Fuyez surtout l' amour triste et bizarre D' un soupirant pâmé sur sa guitare, Gravement fou, sottement circonspect, Qui, promenant l' ennui de son respect, Dit aux échos les tourments qu' il essuie, Dupe et martyr des beautés qu' il ennuie. Ah! Que plutôt j' élirois, à ce prix, Le plus changeant des enfants de Cypris! Craignez aussi le platonique hommage D' un sot qui fait de Cupidon un sage, Et l' esprit pur de l' insipide amant Près d' une belle assis nonchalamment, Qui, de l' amour, docteur pâle et frivole, Fait un système, et du lit une école; Qui, sans chaleur, dit qu' il brûle toujours, N' admet que l' ame en ses chastes amours, Qu' un feu subtil, impuissant météore; Mais qui distingue, argumente, pérore, De son néant vante en lui les appas, Et blâme en moi le pouvoir qu' il n' a pas. Loin, loin de nous la doctrine glacée Qui fait l' amour enfant de la pensée; L' amour brûlant, avide, impétueux, Moteur actif des sens tumultueux, Nourri d' espoir, accru par les délices, Fécond en voeux, prodigue en sacrifices! Qu' il brille encor des feux du sentiment; Que l' ame ait part à cet embrasement; Que l' esprit même, épurant la matière, Aux voluptés prête enfin sa lumière. Mais, je l' ai dit, c' est un dieu qui m' instruit; Ôtez les sens, tout amour est détruit. Je vous atteste, ô beautés que j' enseigne, De cet amour, oui, vous suivez l' enseigne. Qu' un jeune amant, pour plaire à vos regards, Ait le teint, l' âge, et la taille de Mars: Sans ces attraits qu' à Florence on renomme La santé mâle est la beauté de l' homme. Trouvez pourtant, s' il se peut, réunis Les dons d' Alcide et les traits d' Adonis: S' il faut des deux que votre goût décide, Vous rougirez; mais vous prendrez Alcide. Pour ajouter la peinture à ces traits, D' un paysage égayons nos portraits. La cour de Pan vit un jeune satyre, Novice encor dans l' amoureux martyre, De ses ardeurs dévoré nuit et jour, Impatient des premiers feux d' amour. Sans trop d' éclat, le demi-dieu sauvage Joignoit la force aux graces du bel âge. D' un front d' audace et d' un oeil d' attentat Pronostiquant les moeurs de son état, Il poursuivoit dryades et napées, Ou sous l' écorce, ou sous l' onde échappées: Toutes fuyoient son aspect indécent. De sa laideur lui-même rougissant, Il crut un jour corriger la nature, Et de roseaux se fit une ceinture. Mais quel espoir qu' un faune se contînt? Il n' est roseau ni feuillage qui tînt. Il ignoroit qu' à ses maux plus sensible La jeune églé n' étoit point invincible. Elle le vit, cet objet de terreur, Et son maintien ne lui fit point horreur. Elle fuyoit: mais églé dans sa fuite Tournoit la tête; églé fuyoit moins vite. Le faune ardent, pour revoir ses appas, Ou devançoit ou suivoit tous ses pas. Errant un jour, dans sa fougue incertaine, Au fond d' un bois il vit une fontaine Qu' on appeloit fontaine de beauté: Toute laideur sur ce bord enchanté Disparoissoit. Dans sa douleur profonde Il veut tenter le miracle de l' onde: Il entre. à peine il en touche le bord, Son pied de faune y disparoît d' abord, Sa jambe après; l' eau montant à mesure De ses genoux passoit à la ceinture: Ainsi croissoit le prodige des eaux. Un cri sortit tout-à-coup des roseaux: " demeure, attends, fuis cette onde funeste; Ah! Garde-toi d' embellir ce qui reste! Charmant satyre, hélas! Que deviens-tu! " C' étoit églé, qui, malgré sa vertu, Cédant alors à sa crainte ingénue, Entre ses bras s' élance à demi nue. De ses conseils églé reçut le prix Sur ce bord même où le satyre épris Perdit la fleur qui causoit son martyre. Eh! Quel trésor que la fleur d' un satyre! Que sans emblème un maître plus profond Montre au beau sexe à démêler à fond La laideur mâle et la beauté débile: Ma plume est chaste, et le sexe est habile. CHANT SECOND Des dons du ciel le plus cher à nos yeux Est ce rayon de l' essence des dieux, Cet ascendant, ce charme inexprimable, Ce trait divin par qui l' homme est aimable, Ce don de plaire enfin plus souhaité Que n' est l' esprit, plus sûr que la beauté. Sur tous nos traits il imprime ses traces; Il donne à tout le coloris des graces, Séduit sans art, enchaîne sans effort, De la tendresse est l' aimant le plus fort; C' est une autre ame à nos ressorts unie, Qui d' un beau tout compose l' harmonie. Vous qui portez ce caractère heureux, Je vous fais roi de l' empire amoureux. Sans pénétrer jusqu' au sombre rivage, Sans talisman, sans philtre, sans breuvage, Sans Canidie et tout l' enfer armé, Soyez aimable, et vous serez aimé. Qui sait aimer est plus aimable encore; Un coeur sensible est ce qu' un coeur adore: La beauté plaît; soutenons ses attraits Du sentiment, le plus beau de ses traits. Toi dont l' amour augmentera les charmes, Qu' un peu d' audace accompagne tes armes; Lance tes traits, frappe, et sois convaincu Qu' on peut tout vaincre, et tout sera vaincu. La plus rebelle est souvent la plus tendre. Telle qui feint, et qui languit d' attendre, D' un feu couvert brûlant au fond du coeur, Combat d' un air qui demande un vainqueur. Fières beautés, prudes de tous les âges, Qui nous vantez vos caprices sauvages, Écoutez-moi, cet oracle est certain: On aime un jour, c' est l' arrêt du destin: Usez des biens que le printemps vous donne: Un dieu vengeur vous attend à l' automne, Et, punissant une indocile erreur, Garde un Atys pour Cybèle en fureur. Craignez l' amour, étudiez son heure: La beauté fuit; le coeur entier demeure, Sèche, languit, et, tout percé de traits, Est dévoré du serpent des regrets. Mais nous, chargés des plaisirs du bel âge, De leurs attraits précipitons l' usage, Et, combattant d' imbéciles efforts, Par les plaisirs sauvons-les des remords. Ne prétends pas, toi qui veux les surprendre, Du même assaut les forcer à se rendre. J' offre à tes pas mille sentiers ouverts: Car selon l' âge il est des soins divers. Un jeune objet, enchanté de lui-même, Veut qu' on le flatte encor plus qu' on ne l' aime: L' amant qui loue est l' amant couronné; Avant l' amour l' amour-propre étoit né. L' ambitieuse, en proie à sa manie, Doit à l' intrigue asservir ton génie; Fuis le repos, vois les grands, suis la cour, Et fais servir la fortune à l' amour. La beauté vaine au luxe s' abandonne, Et s' attendrit des fêtes qu' on lui donne. Amants d' éclat, courtisans de renom, Vous que décore et produit un beau nom, D' un air d' audace abordez les cruelles, D' écrits galants inondez les ruelles; Amants par faste, et volages par goût, Vous n' aimez rien quand vous adorez tout; Mais vous plaisez par le charme suprême D' un air, d' un ton, d' un ridicule même; Brillants auteurs des scandales du temps, Trop dangereux si vous étiez constants. Toi qui, loin d' eux, dans la route commune, N' es comme moi qu' un soldat de fortune, Sans ces secours vole au combat, suis-moi, Et par toi seul ose suffire à toi. Pour mieux séduire, apprends à te contraindre: L' amour permet l' art que l' on met à feindre. Amant soumis, protée adorateur, Voile ton front du masque adulateur; Ris si l' on rit, pleure si l' on soupire; Ris d' une folle, imite son délire: Pour une muse orne ce que tu dis: Est-on dévot? Sois dévot, et médis: Fuis ce qu' on hait, encense ce qu' on loue, Gai si l' on chante, et dupe si l' on joue. Au ton d' esprit qui triomphe aujourd' hui, Sans soin du tien, veille à celui d' autrui. Dis ce qu' on sait, prête un mot qu' on oublie; Amène un trait, prépare une saillie; Lent à briller, fais qu' on brille en tout point; Humble artisan de l' esprit qu' on n' a point, Adore tout pour te rendre adorable: Qu' il est aimé celui qui rend aimable! Ô qu' en amour l' exemple est triomphant Pour entraîner un coeur qui se défend! Aux yeux charmés d' une timide amante, De nos beautés peins la foule galante; Porte à l' excès leur penchant amoureux; Rends tout amant, tout aimé, tout heureux. Offre en tous lieux la Circé de Pétrone; Comme Bussi peins les moeurs de D' Olone; Donne à chacune une intrigue, un amant. Si le vrai nom t' échappe en ce moment, Nomme toujours; cite un tel, fais connoître Celui qui l' est, qui le fut, qui va l' être: Auteur fécond d' anecdotes d' amours, Vois tes succès naître de tes discours. L' exemple alors est un ordre suprême: Des feux d' autrui l' on s' embrase soi-même. Si ta Vénus brûle d' un autre amour, Diffère un temps à parler à ton tour; Couvre tes soins du bandeau de l' estime; Deviens l' ami, le confident, l' intime. L' amant suivra, favori spectateur, Et le témoin sera dans peu l' acteur. Aux petits soins, enfants de la tendresse, Ajoute encor des dons de toute espèce. Dans nos cités, le luxe ingénieux Prête aux amants des secours précieux; Dans le hameau, la simple timarette N' attend d' Hylas que son chien, sa houlette: Mais Danaé veut, pour prendre des fers, Voir briller l' or de cent bijoux divers; Pour l' enrichir de fragiles merveilles, L' art et la mode ont épuisé leurs veilles; Et Clinchetel, plus séduisant encor, Y joint ses dons, plus à craindre que l' or. D' un rien souvent une belle s' enflamme, Et par les yeux le trait passe dans l' ame. Qu' elle ait par toi ces livres séducteurs Faits pour l' amour: l' amour a ses auteurs, Agents muets dont l' atteinte est certaine, D' Urfé, Quinault, Pétrarque, La Fontaine, Pétrone, Ovide, et mon Tibulle aussi. Le premier voile est par eux éclairci. On conjecture, on soupçonne, on devine; Le coeur raisonne, et l' instinct s' achemine: Le rameau d' or est enfin découvert. Ainsi le feu qui de cendre est couvert, Impatient sous le poids qui l' opprime, Cherche au dehors un souffle qui l' anime. Les chastes soeurs servent aussi l' amour. Si le talent vous conduit à leur cour, En madrigaux présentez vos fleurettes, Et modulez des concerts d' amourettes: Mais n' allez pas, castillan ténébreux, D' une Isabelle esclave langoureux, Sous un balcon fatiguant des cruelles, Transir de froid pour enflammer vos belles. L' amant françois suit un autre chemin, On le verra, le champagne à la main, D' un vaudeville agaçant une belle, Chanter gaîment son martyre pour elle. Chez nous l' amour jouit d' un plus doux sort On aime, on brûle, on expire, et l' on dort. Il est des temps où la nature amante Inspire à tous sa chaleur renaissante; Soupire alors: l' amour, ainsi que Mars, A des saisons pour tenter les hasards. Lorsque zéphyre a déployé ses ailes, Il rend à tout des parures nouvelles, L' émail aux prés, la verdure aux côteaux, Le calme à l' onde, et l' ame aux végétaux. Quand tout s' anime à ses douces haleines, Vénus entière habite dans nos veines, Répand ses feux qu' on n' y peut contenir: Quand tout renaît, tout renaît pour s' unir. C' est l' heureux temps des conquêtes rapides, C' est la moisson du myrte des alcides. Comme les fleurs, l' ame s' épanouit: On voit, on aime, on plaît, et l' on jouit. Gazon, berceau, trône et lit de verdure, Sont à l' amour offerts par la nature. Toi qui n' as pu, de Delphire amoureux, De ses faveurs trouver l' instant heureux, Viens l' égarer au fond de ce bocage; Ces bois sont faits pour sa pudeur sauvage. Là, par degrés, dévoile tes amours; Dis qu' elle est belle, en l' égarant toujours. Elle t' évite, et pourtant se hasarde: Fuis, mais reviens; fuis encor, mais regarde. Suis, ne crains rien: cette ombre, ce séjour, Cette horreur même, encouragent l' amour. De ce gazon la fraîcheur vous attire; J' y vois la place où va tomber Delphire. Achève, éprouve un instant de courroux; Meurs à ses pieds, embrasse ses genoux, Baigne de pleurs cette main qu' elle oublie: Elle rougit; c' est sa fierté qui plie. Elle se tait, l' amour parle; crois-moi, Presse, ose tout, et Delphire est à toi. Quand les frimas du sagittaire humide Glacent aux champs la dryade timide; Lorsque borée, à son triste retour, Rend aux cités les belles et l' amour, Par d' autres soins poursuis d' autres conquêtes; C' étoient des jeux, ce sont ici des fêtes. Vole au théâtre, aux cercles, aux festins: L' amour au bal a des succès certains. L' éclat du lieu, le tumulte, la danse, L' air du désir, la voix de la licence, L' impunité du masque officieux, Tout y fait naître un feu séditieux. Écoute et parle un jargon téméraire: Tout dire est l' art qui conduit à tout faire. C' est au matin qu' un amant plus heureux Saisit l' instant d' un réveil amoureux. Arrive; on sonne, on entre chez Aglaure; De ses rideaux mille amours vont éclore. Elle est sans fard, sans voile, sans atour, Ce que l' aurore est au berceau du jour. À sa toilette assise avec mollesse, La mode active, et le goût, et l' adresse, Forment ces noeuds où leur art se confond À méditer un frivole profond. Les petits soins apportent sur leurs ailes Ces riens galants, les trésors de nos belles. Flore et Plutus mêlent élégamment L' éclat des fleurs au feu du diamant, Ornant tous deux, par un lent artifice, De ses cheveux le moderne édifice. À cet autel, paré de tant d' appas, Quelque nérine ayant conduit tes pas, À ton idole adresse un tendre hommage. Quand sa beauté sourit à son image, Lorsqu' un miroir complaisant et flatteur Lui réfléchit un charme adulateur, C' est le vrai temps où l' ame des coquettes Suce le miel du jargon des fleurettes. D' un jeune objet conçois-tu les plaisirs De t' enflammer, d' exciter tes désirs, D' être adoré, de s' adorer lui-même, Et d' embellir aux yeux de ce qu' il aime? Nérine encor, car nérine peut tout, En ta faveur décidera son goût. Livre à ses soins le billet le plus tendre: On peut tout lire, on ne peut tout entendre. Pénètre encore aux toilettes du soir; La nuit amène et l' audace et l' espoir. Du négligé la piquante parure Ne laissera qu' un voile à la nature: Le soin de l' art est d' en affecter moins. Tu peux tout voir, sans jaloux, sans témoins. Un feint désordre, un hasard fait paroître Un bras tout nud, un sein qui voudroit l' être: C' est un genou balancé mollement; C' est la langueur d' un tendre mouvement, Et ce coup-d' oeil d' une amante échauffée Si loin encor des pavots de Morphée. Ton heure sonne: attaque en leur séjour Ces deux captifs que te livre l' amour; Surprends, désarme une pudeur rebelle. Qui risque tout obtient tout d' une belle: Elle s' épuise en combats superflus, Et le combat n' est qu' un plaisir de plus. Modère ailleurs cette ardeur pétulante; Telle autre exige une attaque plus lente. Du romanesque entêté follement, Le coeur en fait son premier aliment. Un jeune objet, le plus vif, le plus tendre, Compte toujours brûler et se défendre, Céder à l' ame, et résister aux sens: Feins d' adopter ses projets innocents; Pur céladon, adore sa chimère; Traite d' horreur une attache vulgaire, D' ignobles feux, de terrestres plaisirs: Laisse agir seul l' aiguillon des désirs; Par eux bientôt sa flamme démontrée Te répondra des sens de ton astrée. Le vrai triomphe; et telle, en déclamant Contre l' amour, tombe aux bras de l' amant. Mais tout à coup quelle foule attentive Prête à mes chants une oreille captive? Que de beautés, disciples de l' amour, Ont émaillé les gazons d' alentour! Pour leur dicter des leçons immortelles, L' amour m' élève un trône au milieu d' elles. Dieux! Sans brûler peut-on voir tant d' appas? Mais qui te voit, Daphné, ne les craint pas. Vous qui sortez de l' âge le plus tendre, Beautés sans art, gardez-vous bien d' en prendre: Tout plaît en vous sans art et sans apprêt; Un défaut même est souvent un attrait. Sur la beauté vous l' emportez encore, Divines soeurs, ô graces que j' adore! La beauté frappe; et vous attendrissez: On l' aime un jour; jamais vous ne lassez. Lorsque Coelus, père de Cythérée, La vit sortir de sa conque azurée, À la beauté tout le ciel applaudit; Pluton parut, Jupiter descendit; Thétys, Nérée, et le peuple de l' onde, Tout reconnut la maîtresse du monde. Sur le rivage, accourus pour la voir, Les dieux des bois célébroient son pouvoir; Et des ruisseaux les tendres souveraines Mêloient leurs voix aux concerts des sirènes. À tant d' appas un seul manquoit encor: Du haut des cieux Mercure prit l' essor, Fendit les airs, et guida sur ses traces Trois déités qu' on appela les graces. Elles tenoient la ceinture en leurs mains, Ce don des dieux, ce charme des humains. Vénus s' arma du sceau de sa puissance; Vénus sourit, et l' amour prit naissance. Un feu soudain embrasa l' univers, Le styx, l' olympe, et la terre, et les mers: Téthys brûla pour l' océan avide; Triton suivit l' ardente néréide; Et palémon, s' abîmant sous les eaux, Pressa doris sur un lit de roseaux. Junon, donnant l' exemple à ses déesses, Tint Jupiter pâmé dans ses caresses. Diane même, au fond de ses forêts, Dut à l' amour certains plaisirs secrets. Le dieu du fleuve au lit de sa naïade, Faune, égipan, et satyre, et dryade, Tout éprouvant le charme de ce jour, Par l' amour même on célébra l' amour. Tel fut l' attrait des graces immortelles. Vous que j' enseigne, enchantez-nous par elles; Associez à leur accord charmant Les jeux badins, le folâtre enjoûment, Le rire aimable, ami de la jeunesse; Né de la joie, il la produit sans cesse, Flatte l' espoir, inspire le désir, Et peint les traits des couleurs du plaisir. Plus enchanteur, plus éloquent, plus tendre, Un doux sourire en fera plus entendre. D' un autre charme on connoît tout le prix: Il est des pleurs plus touchants que les ris. Par un perfide Ariane abusée Armoit les dieux contre l' ingrat Thésée, Et, l' oeil mourant, le sein baigné de pleurs, Sur un rocher leur contoit ses douleurs. Un dieu paroît: les ris et la jeunesse Font retentir mille chants d' alégresse; Et les amours, se jouant sur son char, En font jaillir des ruisseaux de nectar. Du dieu du thyrse elle arrête la course: Il voit ses pleurs; il en tarit la source, Plaint et console une amante aux abois, Et dans ses bras la venge mille fois. Ainsi Bacchus, l' ennemi des alarmes, Le dieu des ris, est vainqueur par des larmes. Trop tôt peut-être écoutant un vainqueur, La soeur de Phèdre abandonna son coeur. Voilez un temps le secret de vos ames: L' impatience attisera nos flammes. Que les refus, plus piquants que les dons, Rendent plus chers les tendres abandons: Cédez toujours, mais jamais sans défense; En vous hâtant faites qu' on vous devance: Retenez bien surtout cet heureux mot, Ce doux nenni qui plaît tant à Marot. Ô vous en qui moins de beauté, plus d' âge, Ont de mon art exigé plus d' usage, Parez l' autel où doit fumer l' encens; Touchez le coeur, mais attachez les sens: Dérobez-nous sous des ombres discrètes L' intérieur des premières toilettes. Des soins prudents et des besoins secrets L' oeil du matin verra tous les apprêts. Que la parure, habile enchanteresse, Sous ce qui plaît dérobe ce qui blesse. Qu' un sein trop humble, à sa place arrêté, Offre un amour de son frère écarté. L' art des atours compose en apparence Un port brillant dans sa juste élégance: Il donne, il cache, il place l' embonpoint, En modelant les formes qu' on n' a point. Voyez l' iris qui colore un nuage: Usez ainsi mais tempérez l' usage D' un incarnat à Cythère apprêté, Ame du teint, pastel de la beauté. Dans une glace, école du sourire, De vos attraits établissez l' empire; Et, de l' art seul tenant ce qu' il leur faut, Faites rougir la nature en défaut. Lorsqu' on a fait la conquête d' une ame, L' art plus savant est de nourrir sa flamme. Je sais qu' amour, en ses jeux inconstants, Est, pour s' enfuir, ailé comme le temps; Même à jouir s' use la jouissance. De deux amants, l' un plutôt en balance Perd l' équilibre, et, lassé d' être heureux, Pour trop brûler, n' a bientôt plus de feux. Suivez de l' oeil ces jeunes hirondelles Qui fendent l' air en se touchant des ailes; Des deux oiseaux partis du même essor L' un est tombé quand l' autre vole encor. Éveille-toi, daigne encor me connoître, Peuple amoureux: peux-tu cesser de l' être? Le péril suit un amant jusqu' au port; S' il s' y repose, il sommeille, et s' endort. Pour l' exciter, cherchons-lui des obstacles: Par eux l' amour opère ses miracles. Heureux qui craint les chaînes d' un époux, Les yeux d' un père, et les pas d' un jaloux! L' amant glacé qui jouit sans contrainte Voit sans plaisir ce qu' il obtient sans crainte; Et le stylet, l' escalade et la nuit Prêtent un charme aux beautés que l' on suit. L' envie, Argus, et Junon irritée, Rendent plus belle Io persécutée. Le tête-à-tête, au début si charmant, Passe à la fin du délire au tourment. On s' est tout dit, et l' amante s' accuse Près de l' amant bégayant une excuse. D' un peu d' absence inquiétez l' amour, Et vendez-lui le plaisir du retour. Craignez des nuits la langueur redoutable: Il n' est qu' un temps pour la trouver aimable. Quand du plaisir le trait est émoussé, Plus d' un athlète, avant l' aube glacé, Attend le jour, se morfond et se gêne: Il faut un dieu pour une nuit d' Alcmène. Par un utile et dangereux secours, La jalousie aide encore aux amours. Mais n' aimons pas comme on dit qu' on déteste; Fuyez ce monstre à qui tout est funeste, Qui, n' écoutant qu' un soupçon orageux, Se plaint des ris, s' effarouche des jeux. Le nom d' amour est du fiel en sa bouche; Sa main flétrit les roses qu' elle touche; Tout l' empoisonne; et, malgré sa noirceur, Du tendre amour elle se dit la soeur. Ah! Connoissez une autre jalousie: D' amour, d' espoir, et de crainte saisie, Les yeux en pleurs et les cheveux épars, Levant au ciel le feu de ses regards, Sans invoquer Médée et sa magie, Sa douce voix soupire une élégie; Le prompt oubli succède à son erreur; Tendre à l' excès, elle aime avec fureur, Soupçonne, éclate, accuse, mais pardonne, Et rend heureux Pâris aux pieds d' Oenone. Telle n' est point la tempête des airs, Lorsque Junon, parcourant l' univers, Met tout en feu pour un époux volage: Mais telle iris, plus calme en son nuage, En soupirant verse encore des pleurs, Revoit son astre, et reprend ses couleurs. Souvent l' humeur d' une maîtresse altière Fait d' un reproche une rupture entière. Je n' ose aussi prescrire à deux amants L' art dangereux des raccommodements. Pour ranimer un feu que le temps glace, Paroissez craindre un coup qui vous menace. Le sentiment, foible, éteint à moitié, Renaît bien vite aux pleurs de la pitié. Je le redis enfin: que le mystère Soit à l' amour un rempart salutaire. Ce dieu sera vainqueur de tout effort S' il s' y retranche, et vaincu s' il en sort. Qu' à pas comptés la sûreté vous guide; Au bout du monde est le palais d' Armide: Et quand l' amour vole au sein de Psyché, C' est un désert où l' amour est caché. Tel est, Daphné, l' encens que je t' adresse; Je dis mon culte, et voile ma déesse. Sous un nom feint le tien est adoré, Et de nos feux l' asile est ignoré. Pour y tracer la volupté suprême, Je te peindrai, toi, la volupté même. Accourez tous, amants faits pour m' ouïr: J' ouvre les cieux, et j' enseigne à jouir. CHANT TROISIEME Vénus, ô toi, déesse d' épicure, Ame de tout, qui remplis la nature, Qui, mariant tant d' atomes divers, D' un noeud durable enchaînes l' univers; C' est toi qui vis dans tout ce qui respire: Mais c' est dans l' homme où siège ton empire. Tu descendis au terrestre séjour Pour l' animer du sympathique amour. Il est des sens émanés de ta flamme, Trésors de l' homme, organes de son ame, De sa jeunesse aimables enchanteurs, Et de l' amour rapides inventeurs. Ces rois de l' homme ont un roi qui les guide, Et sur eux tous c' est l' instinct qui préside. Soeur de l' instinct, la curiosité Devant ses pas fit briller sa clarté, Leva son voile entr' ouvert à mesure, Guida ses pas tournés vers la nature, Et, par degrés ménageant ses désirs, Pour tous les sens trouva tous les plaisirs. Pour ces plaisirs qu' on blâme et qu' on adore L' antique erreur a condamné Pandore, Lorsqu' apportant le bonheur en son sein Des passions elle enfanta l' essaim. L' homme, avant elle et sans ame et sans force, D' aucun penchant ne connoissoit l' amorce; Séché d' ennuis, de langueurs consumé, Obscur, rampant, vivoit inanimé, Réduit, sans voir, sans jouir, sans connoître, Au froid plaisir de végéter et d' être: Par ses trésors que le ciel dispensa, L' homme eut une ame, il sentit, et pensa. Mais c' est l' amour, source heureuse et féconde, Qui de ces dons fut le plus cher au monde. S' il eut alors des succès éclatants, Si l' art d' aimer fut le même en tout temps, L' art de jouir augmenta d' âge en âge. Le goût, les moeurs, la culture, l' usage, À ses plaisirs prêtèrent mille attraits: À Suze, à Rome, on sentit ses progrès: Quel fut l' amour de Tarquin, de Clélie, Près d' une nuit d' Octave et de Julie? Toujours utile aux plaisirs amoureux, Le luxe a fait le siècle des heureux. La terre entière, aujourd' hui sa patrie, A mis son sceptre aux mains de l' industrie. Dieu des talents, du travail et des arts, Tout vit par lui, tout brille à ses regards. Mille vaisseaux élancés des deux mondes Sont ses autels qui flottent sur les ondes, Pour apporter, plus prompts que les désirs, D' un pôle à l' autre, un tribut aux plaisirs. Il est le dieu des fêtes d' Idalie: Avec l' amour ce dieu charmant s' allie, Dore ses traits, prépare son encens; Dans une fête il réveille les sens; Sur des coussins il endort la mollesse; Son opulence invite à la tendresse; Ses dons vainqueurs soumettent la fierté, Et sa richesse embellit la beauté. Sans lui pourtant, riche assez de lui-même, L' amant heureux jouit de ce qu' il aime; Et j' établis dans nos tendres désirs Le sentiment base de tous plaisirs. La volupté, profonde, inaltérable, Dans l' ame seule a sa source durable. L' ame, écartant le terrestre bandeau, De Prométhée allume le flambeau, Nous ouvre enfin cette route embrasée Par où l' amour mène à son élysée. Connoissez donc ses élans, ses transports Le dieu des sens peut triompher alors, S' unir à l' ame, y verser son délire, Et rendre au coeur le charme qu' il en tire. Mais redoutez, possesseur trop heureux, L' excès fatal du tribut amoureux. Qu' un salamandre en ses premiers vertiges Tombe énervé pour conter ses prodiges: Un sage athlète, au combat plus certain, Retrouve au soir ses combats du matin. Silène a bu; mais la soif qui lui reste Surnage encor sur sa coupe céleste. Aimons ainsi; l' amour doit avec soin Laisser grossir le torrent du besoin. Que le vainqueur dans les courses d' élide Arrive au but du pas le plus rapide; Qu' un amant soit, pour remporter le prix, Lent à la course aux tournois de Cypris. Dans mes amours c' est vous que je préfère, Jeux suspendus, plaisirs que je diffère: Durant un siècle, aux portes du désir, Éternisons la chaîne du plaisir. Qu' un calme utile au délire succède, Que la folie occupe l' intermède: Mille baisers, donnés, pris, et rendus, Cent petits noms sans ordre confondus, Serments, soupirs, jusqu' au silence même, Tout est divin aux bras de ce qu' on aime. Rappelez-vous, par des récits charmants, De vos amours l' attente et les tourments, Les premiers jeux d' une pudeur timide, Et cette nuit où l' on fut un alcide: Un mot, un geste, un caprice, un désir, Change soudain l' attaque du plaisir. On veut, on tente une approche nouvelle: Tel Phidias ajustoit son modèle. L' amant heureux qui veut l' être long-temps Fuit du soleil les rayons éclatants: Dans un jour doux, ni trop vif, ni trop sombre, La nudité veut pour gage un peu d' ombre. L' âge et Lucine altèrent mille attraits; La beauté même a toujours ses secrets. Du dieu du jour Vénus fut adorée, Mais tant d' éclat effraya Cythérée; Et la déesse, évitant ses regards, Pour se cacher prit les tentes de Mars. Couple amoureux, par cette loi prudente, Le péril cesse, et le plaisir augmente; Redoutez donc le coup-d' oeil hasardeux D' un examen fatal à tous les deux. Ma voix dictoit ces maximes connues, Quand tout-à-coup, fendant le sein des nues, L' amour lui-même a suspendu mes sons. Cesse, a-t-il dit, de trop vagues leçons; À mes plaisirs prête un autre langage; Fuis le précepte, enseigne par image: Monte, et suis-moi. Son char étincelant M' a fait voler par un sentier brûlant; J' ai vu Paphos, Amathonte et Cythère; Je l' ai suivi dans l' île du mystère. Viens, m' a-t-il dit, entends ici ma voix; Écoute, écris, et peins ce que tu vois. Eh! De quels traits, amour, puis-je decrire La volupté, reine de cet empire? Je vis son temple où brilloient tous les arts. Le frontispice, éclatant aux regards, Fait voir ces mots gravés pour tous les âges: Jouir est tout: les heureux sont les sages. Là, présidant aux plaisirs amoureux, Déesse heureuse, elle y rend tout heureux. Elle jouit, s' endort, ou se réveille, Aux sons flatteurs qui charment son oreille. De son pouvoir le trône solennel Est une alcove; un lit est son autel. Près d' elle assis, dans son apothéose, Est le bonheur, le front paré de rose. L' espoir brillant de faveurs entouré, La pamoison l' oeil au ciel égaré, La jeune audace, et la langueur mourante, Des doux baisers la foule renaissante, Le rapt vainqueur, l' attentat libertin, Le dieu charmant des songes du matin; Voilà sa cour. La jeune souveraine, D' un holocauste à toute heure certaine, Voit jour et nuit, sur des coeurs palpitants, Sacrifier des prêtres de vingt ans; Et tour à tour, dans ces jeux qu' elle anime, Elle sourit au cri d' une victime. Plus incertain du choix des voluptés, Je parcourus ces jardins enchantés. Dans le séjour d' une éternelle aurore, Les soins de l' art, les prodiges de Flore, Ont surpassé les chefs-d' oeuvres unis D' Alcinoüs, Lucullus, Adonis. Du sein riant qu' étale la nature Naît le parfum, l' émail, et la verdure: Des bois profonds, des portiques ouverts, Les chants d' amour de mille oiseaux divers, L' onde et ses jeux, la fraîcheur et l' ombrage, De la mollesse offrent partout l' image, Et font sentir aux sujets de l' amour L' esprit de feu qui règne en ce séjour. Là, figurés par des marbres fidèles, Les dieux amants sont offerts pour modèles. Sous mille aspects, leurs groupes amoureux De la déesse expriment tous les jeux. C' étoit Léda sous un cygne étendue, Neptune au sein d' Amymone éperdue, Vénus aux bras d' Adonis enchanté. Là, tout objet, vu pour être imité, Fait une loi. Sous cent formes lui-même Jupiter dit comme il faut que l' on aime. Suivons des dieux dont l' empire est si doux; Adorons-les, ces dieux faits comme nous. D' autres objets qui peuplent ces ombrages Sont de l' amour les mobiles images. Sur des gazons couronnés de berceaux, Au fond des bois, dans les prés, dans les eaux, Par mille jeux, mille études charmantes, Cupidon même enseigne mille amantes, Se reproduit sous les formes qu' il prend, Toujours le même, et toujours différent. Loin de ses soeurs, une grace timide Suit dans les bois un faune qui la guide; Tendre et farouche, elle veut et défend, Contient le faune à demi triomphant, Fuit et l' appelle, et pardonne, et s' offense, Pour mieux jouir suspend la jouissance; Prépare, amène, augmente ses désirs Par des baisers, précurseurs des plaisirs; Ne rougit plus de parler et d' entendre, S' émeut, arrive au transport le plus tendre; C' est Aglaé qui commande à son tour, Et qui provoque et l' amant et l' amour; Reçoit, rend tout, et, mourant de tendresse, N' accuse plus qu' un retard qui la blesse. Près d' un autel, sous des pampres divins, Dansoient au loin ménades et sylvains. Aux yeux de tous, une folle bacchante Paroît en l' air aux bras d' un corybante, S' agite au bruit du sistre qu' elle entend, Et veut l' excès du plaisir d' un instant: Sa voix l' anime, et sa main chancelante Presse un raisin sur sa bouche brûlante. La double ivresse opère tour à tour; Bacchus reçoit les victimes d' amour; Et la thyade, en sa fougue nouvelle, Chante évohé, danse, boit, et chancelle, Peint son ivresse aux pas qu' elle décrit, Et tombe aux pieds de Silène qui rit. De cette orgie où régnoit le délire, Aux bains d' amour un autre objet m' attire: L' amant qui touche à ces magiques eaux Reçoit une ame et des sens tout nouveaux. Dans un bassin creusé par la nature, Sur un fond pur dort une onde aussi pure: C' est là qu' Olympe a suivi son amant. À peine Iphis y descend un moment, Qu' en lui s' allume une flamme nouvelle: Olympe est nue, Iphis est nu comme elle; Elle en rougit, et, fuyant de ses bras, Cherche dans l' onde un voile à ses appas. Il suit, l' atteint; et cette onde écumante Reçoit Iphis aux bras de son amante. Tous deux unis, sur le sable étendus, Le flot pressé ne les sépare plus. Sous les efforts de l' amant qui surnage L' eau qui s' agite inonde son rivage, Et, loin de nuire à leurs sens allumés, Produit les feux dont ils sont consumés. Telle n' est point, avec sa cour austère, Diane au bain tristement solitaire: Mais telle on vit la source de ces eaux Où Salmacis brûloit dans ses roseaux, Lorsqu' en ses bras la jeune enchanteresse D' Hermaphrodite excita la tendresse; Lorsque, tous deux enivrés, éperdus, L' amour unit leurs sexes confondus. Mais quelle fête au temple me rappelle? Quel chant de joie y cause un nouveau zèle? Tout s' y prépare au sacrifice heureux De deux amants liés des premiers noeuds. L' amour amène aux pieds de l' immortelle Zélide, Agis, colombes dignes d' elle; Tous deux sans art, brillants de ces attraits Où la jeunesse imprima tous ses traits. Tous deux comblés des dons du premier âge, Ils s' adoroient; mais, foible en son hommage, L' amour captif attendoit son essor; Ils s' adoroient, mais s' ignoroient encor. Ils s' épuisoient en stériles caresses, Se prodiguoient d' inutiles tendresses. Troublés, confus, leurs sens embarrassés En leur parlant ne parloient point assez. Entends nos voeux, dit-il; vois les prémices De deux amants qui cherchent tes délices: Du dieu des coeurs nous connoissons la loi; Dignes de lui, rends-nous dignes de toi: Pour mériter tes chaînes fortunées, Accrois nos sens, ajoute à nos années: Aide à l' amour qui s' épuise en désirs; Il donne un coeur, tu donnes les plaisirs. Amants, dit-elle, oui, vous m' allez connoître; Venez jouir, et commencer à naître. En les liant de festons amoureux, De sa main même elle en serre les noeuds. On les conduit par son ordre suprême Au fond du temple, au lit de l' amour même, Lieu de délice au vulgaire caché, Où triompha le monstre de Psyché. Sans la pâleur des flambeaux d' Hyménée S' ouvrit pour eux la couche fortunée. Là, tout à coup élancés, étendus, Ils sont unis, éclipsés, confondus; Leur ame entière et s' égare et se noie Dans un abîme et d' ivresse et de joie. Pour tant d' amour, tant d' objets, tant d' appas, Leurs sens unis ne leur suffisent pas. Bientôt Agis en connoît mieux l' usage: Plus irrité par l' obstacle de l' âge, Agile et tendre, il presse, il est pressé, Combat, assiège, embrasse, est embrassé, Hâte ou suspend un succès trop rapide. Il soupiroit, il nommoit sa Zélide: Zélide enfin l' appelant à son tour, Avec son nom part le cri de l' amour. Dans le silence, une immobile extase Rallume, étend le feu qui les embrase; Sur son amante Agis ouvre les yeux: Piquante image! Aspect délicieux! Comme l' oiseau dont le vol se déploie, Qui tout à coup plane en l' air sur sa proie; Agis ainsi, de retour au combat, Reprend son vol, fond, s' élève, ou s' abat: À sa défaite elle-même conspire, En se pâmant Zélide encor soupire: Agis se meurt; et l' amour étonné, Deux fois vainqueur, l' a deux fois couronné. Ivre d' amour, de langueur abattue, Elle suspend un plaisir qui la tue; Et dans les bras d' Agis et du sommeil Tombe et s' endort, dans l' espoir du réveil. Plus vigilant, plus heureux que Céphale, Agis s' éveille; et l' aube matinale Offre à ses yeux, par de nouveaux appas, Des voluptés qu' il ne connoissoit pas. Zélide alors sans crainte, sans alarmes, Aux yeux d' Agis prodiguoit tous ses charmes. L' amour, un songe, et leurs douces chaleurs, Couvroient son teint des plus vives couleurs. C' est l' abandon, la langueur, la mollesse, Et ce désordre où le plaisir nous laisse. D' un de ses bras son front s' est couronné; Sur son amant l' autre est abandonné; De ses cheveux les boucles étalées Sont dans les fleurs éparses et mêlées; Son sein respire, et, par son mouvement, Près de son coeur appelle son amant. Partout Agis voit, contemple, dévore Ce qu' il a vu, ce qu' il veut voir encore. Sa main avide, au gré de tous ses voeux, Détache un voile, enlève ses cheveux, Presse et parcourt le corail et l' albâtre: Sur chaque objet un coup-d' oeil idolâtre Y précipite un baiser qui le suit. Tel un ruisseau qui serpente et qui fuit, Se repliant sur sa route fleurie, Baigne l' émail de toute la prairie. Tel est Agis. En vainqueur satisfait, Il s' applaudit des ravages qu' il fait, Et reconnoît sur des traces charmantes De ses baisers les empreintes brûlantes. Tu dors, Zélide, et je jouis sans toi! Vois mon bonheur, regarde, écoute-moi! J' ai cent plaisirs, tu n' as qu' un vain mensonge, Et je te vois, quand tu ne vois qu' un songe! Il soupira: Zélide l' entendit, Ouvrit les yeux, soupira, s' étendit, Leva sa main: hélas! Sa main timide N' osoit tomber; Agis en fut le guide... À cette approche, un feu qui les brûla De veine en veine aussitôt circula. Zélide, Agis, sur leurs bouches de flamme Réunissoient les moitiés de leur ame: Et si leur bouche est oisive un moment, Organe utile à leur emportement, Elle confond ces paroles de joie Qu' à son amant une amante renvoie, Ces noms, ces cris, ces soupirs agaçants, Aiguillons sûrs des plaisirs renaissants. Où suis-je, amour, et quel feu me dévore? Quels traits, dis-moi, peux-tu lancer encore? De tes fureurs cesse de m' agiter; Pour trop sentir, je ne puis plus chanter. Ici, Daphné, couronne ton ouvrage; De nos plaisirs vois si j' ai peint l' image. Pour toi l' amour dictant ce que j' écris T' en fit l' objet, et le juge, et le prix. Ouvre les yeux, son flambeau va te luire; Vois, connois tout. Le charme est de s' instruire. Suis pas à pas ton instinct curieux: C' est un bonheur inconnu même aux dieux; Ils savent tout. Adore ton partage; Sors doucement du berceau de ton âge. J' aime une fleur lente à s' épanouir: C' est par degrés qu' il faut plaire et jouir. Hélas! Mon ame, à l'amour tout entière, Trop diligente, épuisa la matière; Je dévoilai les secrets de Cypris: Amour, pourquoi m' en avoir tant appris? Ou que ne puis-je, ô maître que j' adore, Oublier tout, pour m' en instruire encore! Source: http://www.poesies.net