Poésies. Par Paul Scarron. (1610-1660) TABLE DES MATIERES A Madame Radigue. A Mademoiselle Du Lude. A Monsieur Du Pin. A Monsieur Le Duc De Sully. A Monsieur Morin. Au Duc D'Anjou. Au Roy. Cent Quatre Vers. CHANSONS. Beauté, seringue à brazier. . . C'estoit assés de vos yeux. . . Hé bien! je consens de mourir. . . Helas! elle s'en va. . . Ingratte, je n'ayme que toy. . . Je vous aymois. . . Ma raison me l'a dit aussi bien. . . Mes yeux, vous avez veu Cloris. . . Nous nous estions promis. . . Philis me traitte avec rigueur. . . Philis, vous vous plaignez. . . Quand je vous dis que vos yeux. . . Vous m'avez demandé. . . Chanson à boire. Chanson à manger. Chanson pastorale. Sonnets. Ouy, c'est un pedant. . . Vous faites voir des os. . . Superbes monuments. . . Epistre A Mr Sarazin. Epistre Burlesque A Madame De Bourron. Épitaphe. La Foire Saint-Germain. Le Roy. Le Virgile Travesti. Les Vrays Moyens De Parvenir. Mascarade De La Foire S. Germain. Réflexion Sérieuse De Mr S. Sur Les Murs De Troye. Sérénade. Sur Les Affaires Du Temps. Sur Paris. A Madame Radigue. Pour la remercier d'un pot de coins. Rondeau redoublé. Vostre laquais verd, jaune ou gris, Ô Dame toute liberale, M'a presenté vostre regalle; C'est pourquoy ce Rondeau j'escris. Un matin, ma servante à cale, Aussi-tost que les yeux j'ouvris, Fit entrer dans ma chambre sale Vostre laquais verd, jaune ou gris. Vos beaux coins confits il m'estale En faisant un petit soûris. Où Diable les avez vous pris, Ô Dame toute liberale? Ce ne sont pas fruits de la halle, Et leur beauté m'a bien surpris Quand ce laquais, des mieux apris, M'a presenté vostre regalle. Ô! que n'ay-je un bijoux de prix Pour vous envoyer chose égale! Mais j'ay beau chercher dans ma male; C'est pourquoy ce Rondeau j'escris. Je vous ayme d'amour loyale; Homme de son corps entrepris Peut, de vostre merite espris, Se dire tout haut, sans scandale, Vostre. A Mademoiselle Du Lude. Stances burlesques. Bel enfant de quinze ans, dru comme pere et mere, Aymable comme un Ange ou deux, Que le fils de celuy qui sera ton beau-pere Se pourra dire un homme heureux! Ils ont fait de leur mieux, ceux qui t'ont mise au monde, Et t'ont faite avec tant d'appas, Que s'ils vouloient tascher d'en faire une seconde, Je crois qu'ils ne le pourroient pas. Quand, pour me faire voir ton aymable visage, Tu te baissas sur un genou, Si je n'avois esté des hommes le plus sage, J'en aurois esté le plus fou. Se mocque qui voudra, je dis lors en moy-mesme: " Le bon Dieu me veuille garder "; Et si j'eusse eu des mains, à tes pieds, triste et blesme, Ma foy, je m'allois poignarder. Ton visage est divin et ta taille est divine, Enfin tout ton corps est divin, Et, si l'on doit juger de l'esprit par la mine, Tu dois en avoir du plus fin. Tous tes tresors cachez, tous tes tresors visibles Sont dignes des desirs d'un Roy, Et les grands de la Cour seront des insensibles S'ils ne courrent les champs pour toy. Princes, Marquis et Ducs, si l'Infante du LUDE, Que vous adorez à genoux, Pour vostre grand mal-heur se mesle d'estre rude, Mon Dieu, que sera-ce de vous? Ses yeux feront bien pis que les duels en France, Et quiconque les pocheroit Pour affoiblir un peu leur trop grande puissance, Peut-estre vous obligeroit. Tous aymables qu'ils sont, vous en mourrez sans doute: Pas un de vous n'eschappera. Ô! trois fois bien-heureux ceux qui ne verront goute Tant que leur regne durera! Mais, puisque vostre mort est un mal necessaire Et que c'est un arrest donné, Choisissez une mort qui ne soit point vulgaire, Digne d'un amour raffiné. Si vous vouliez un jour vous pendre à la fenestre, Quoy qu'on n'en use plus ainsi, Que sçait-on? ses beaux yeux vous pleureroient peut-estre, Et vous auriez bien reüssi. Pendez vous donc bien viste, afin qu'elle vous pleure, Et de sa part je vous promets, Si vous estes pendus seulement pour une heure, Que vous le serez pour jamais. Au reste, en vous pendant témoignez du courage Faites la chose avec honneur, Sans gambiller des pieds ou changer de visage Comme font les hommes sans coeur. Quant à moy, si j'estois seulement bon à pendre, Je n'aurois pas tant attendu; Mais je ne fus jamais assez vain pour pretendre A l'honneur d'estre un beau pendu. Ô bel Ange, pour qui toute la Cour soupire, Dont j'ay grande compassion, A six-vingts ans d'icy puissé-je encore escrire Des vers à ton intention. A Monsieur Du Pin. Ode Burlesque. Cher du Pin, je suis indigent Plus que le party de la Fronde; Je n'ay point d'or et moins d'argent C'est le plus grand mal-heur du monde. Et tu me voudrois conseiller De faire quelque Comedie? Il est mal aisé de railler Quand peu s'en faut qu'on ne mandie. Nostre Roy, qui, sans le vanter, Vaut bien l'heritier de Pelée, Peut, s'il le veut, resusciter La joye en ma teste pelée. Quand sa Majesté me feroit Quelque bien-fait considerable, Grand Roy pas moins il n'en seroit, Et j'en serois moins pauvre Diable. A Monsieur Le Duc De Sully. Duc de Sully, vous m'avez envoyé Un beau pasté, des plus grands que l'on voye, Dieu sçait comment je m'en donne au coeur joye, Quand je devrois en estre desvoyé, Quand je devrois m'en irriter le foye. Tel grand Seigneur, que je ne nomme pas, D'un tel pasté feroit quatre repas. A Monsieur Morin. sur un présent de fleurs. Morin, tu m'as emply ma chambre D'une odeur douce comme l'ambre; Et je puis dire, en verité, Qu'en un bouquet de fleurs nouvelles, Toutes aussi rares que belles, A la fois tu m'as apporté Le Printemps et sa gayeté, Des jardins, des champs, des prairies, De l'esmail et des pierreries; Enfin tu m'as faict un present Musqué, riche, rare et plaisant. Au Duc D'Anjou. Precieux et Royal Bijou, Second joyau de la Couronne, Present du Ciel, beau Duc d'Anjou, Me prendrez-vous, si je me donne? Ne me croirez-vous point un fou, De vous presenter ma personne, Moy qui suis moins qu'un sapajou, Moy chetif, qui desja grisonne? Si pourtant vous le trouvez bon, J'ose vous dire que ce don Est tres-rare; en voicy la cause: Qui Diable, hormis moy, pauvre job, Qui ne vai ni pas ni galop, Vous peut offrir si peu de chose? Au Roy. Jeune Roy, que la France admire, Tu nous fais bien voir que les Cieux Font naistre encor des demi-Dieux Et prennent soin de ton Empire. Ta grace à soy les coeurs attire, Ton visage eblouit les yeux Et, de son air imperieux, Le respect et la crainte inspire. Ton Pere et tes Nobles Ayeux N'ont point eu de vertus en eux Qu'en toy le Ciel ne les rassemble. Enfin il ne te manque rien, Qu'une Espouse qui te ressemble, Dont le Sang soit digne du tien. Cent Quatre Vers. Contre ceux qui font passer leurs libelles diffamatoires sous le nom d'autruy. Beaux Esprits du Pont-neuf, Insectes de Parnasse, Dont les productions, aussi froides que glace, Font naistre la tristesse au lieu de divertir, Vous verray-je toûjours à mes dépens mentir? Et mon nom, supposé dans vos oeuvres de bale, Me sera-t'il toûjours matiere de scandale? Trop long temps, malgré moy, par un indigne sort, Mes vers à vos Placarts servent de Passe-port: Ils s'en veulent vanger, Grenouilles enrouées, Et, laissant pour un temps leurs rimes enjouées, Par des termes trenchans comme des coutelas Ils vont vous descouper jusqu'en vos galetas, Vous qui peut-estre un jour, en bonne compagnie, Atteints et convaincus de male Poesie, Estendus sur la roue en sales caleçons, Abjurerez trop tard vos profanes chansons. Mais n'est-il pas permis à chacun de se taire? Et vostre Poesie, est-ce un mal necessaire? Rimailleurs affamez produits par le Blocus, Qui meriteriez bien l'accident de Malcus, Quel plaisir prenez vous à vous faire maudire? Est-ce gloire, est-ce gain qui vous fait tant écrire? Ou bien fatiguez vous de gayeté de coeur Le siecle, dont vos vers est le plus grand malheur? Quand vous prenez mon nom, si c'est par quelque estime, Pour quoy vous en servir à la noirceur d'un crime? Et ne m'estimant point, inveterez Pendards, Pour quoy le supposer à vos méchants Brocards? Laissez le tel qu'il est s'il vous est inutile, Et publiez sans luy vos fautes par la ville. Mais, Bastards d'Apollon, Rimeurs de Belzebut, De qui l'esprit malade a pis que le scorbut, Ennemis du bon sens, corrupteurs du langage, Ecrivez, imprimez ouvrage sur ouvrage, Decriez sans respect Princes et Magistrats Comme si vous estiez reformateurs d'Estats, Nuisez aux Innocens, attaquez les puissances, Inventez tous les jours de nouvelles offenses, Faites bien enrager les hommes de bon sens, Abusez laschement de mon nom: j'y consens; Si la comparaison le merite releve, Vos deplorables chants, Rossignols de la Greve, Opposez à mes vers, tous malheureux qu'ils sont, Decouvriront bien tost la bassesse qu'ils ont, Seront bien tost au rang des sottises passées Et papiers déchirez sous les chaizes percées, Laissant à leurs autheurs, outre mille remors, Une eternelle peur des Sergens et Recors. Ne pretendez donc plus, par vos chansons malignes, Malencontreux Hiboux, vous eriger en Cygnes, Et, puis qu'à rimailler vous reüssissez mal Et, pendu pour pendu, que le sort est égal, Ne faites plus de vers: allez tirer la laine; Vous y gagnerez plus avecque moins de peine: Un livre de vos vers ne vaut pas un manteau. Ne nous alleguez point la crainte du cordeau: Elle ne quitte point les medisans Poëtes, De qui fort rarement les affaires sont nettes, Et des voleurs de nuit comme de tels Rimeurs On fait également et pendus et rameurs; Si bien qu'en tous les deux estant hommes pendables, Plus ou moins de profit vous rendront moins blasmables. Que si, trop adonnez à gaster du papier, Vous ne pouvez quitter vostre maudit métier, Au moins faites des vers que chacun puisse lire, Et servez le Pont-neuf plustost que de medire. D'un ennemy public, Estranger ou François, Par zele ou par dépit on se plaint quelque fois Mais offenser en vers ses Maistres legitimes, Faire servir en mal l'innocence des rimes Et pour les debiter y supposer un nom, C'est estre, pour le moins, faux tesmoin sur larron. Je veux bien que vos vers soient autant de Chef-d'oeuvres; Mais, estant venimeux autant que des couleuvres, Méchans, c'est pervertir l'usage des bons vers. Ne vous y trompez plus: cachez ou découvers, Bien ou mal-faits, ils sont de tres-mauvaise garde; Et l'estime n'est pas tout ce qu'on y hazarde Une faute cachée ou dans l'impunité Ne peut cautionner une temerité. Quittez donc un métier qui fait pendre ses Maistres; Representez vous bien des Posteaux, des Chevestres; Songez, non sans frayeur, que les chants reprouvez Sont veus degenerer quelques fois en Salvez; Songez, non sans frayeur, que semblables ramages A semblables oyseaux sont de mauvais presages; Songez, non sans frayeur, qu'un Gibet est de bois, Que les faux Amphions l'attirent quelque fois; Qu'abusant du métier du malheureux Orphée, Un bourreau peut autant qu'une Trouppe enragée. Enfin sur le sujet vous pouvez mediter, Regarder les objets dont l'on peut profiter, Songer au grand repos qu'apporte l'Innocence; Qu'on n'est point à couvert de ceux que l'on offence, Qu'on peut vous découvrir, gagnant vos Gazetiers, Et vous aller chercher jusque dans vos greniers; Vous avez trop d'esprit pour ignorer le reste Et qu'outre les fleaux, Famine, Guerre, Peste, Il en est encore un, fatal aux Rimailleurs, Fort connu de tout temps, en France comme ailleurs C'est un mal qui se prend d'ordinaire aux épaules, Causé par des bastons, quelques fois par des gaules; Son nom est Bastonnade ou bien coups de baston: Qui vous en donneroit, Messieurs, qu'en diroit-on? CHANSONS. Beauté, seringue à brazier... Beauté, seringue à brazier, Coeur d'acier Tu m'as mis le flanc A feu et à sang. Helas! l'amour m'a pris Comme le chat fait la souris. C'estoit assés de vos yeux... C'estoit assés de vos yeux pleins de charmes Pour vaincre ma raison; Mais vous chantez encor! ô quelle trahison! Doit-on blesser ceux qui rendent les armes? Je voy bien que ma mort est tout vostre desir; He bien! je meurs; mais je meurs de plaisir. Vous eussiez eu d'une mort plus cruelle L'esprit plus satisfait; Mais pouviez-vous chanter et produire un effect Qui fust contraire à vostre voix si belle? Ainsi, belle Phillis, contre vostre desir, Je meurs, je meurs, mais je meurs de plaisir. Hé bien! je consens de mourir... Hé bien! je consens de mourir. Aussi bien l'espoir de guerir Me flateroit en vain des douceurs de la vie. Je n'ay plus qu'un moment à desplaire à vos yeux; Vous allez voir, belle Silvie, Quand je ne seray plus, si vous en serez mieux. Helas! elle s'en va... Helas! elle s'en va: je ne la verray plus; A ma juste douleur il faut bien que je cede. Que les regrets sont superflus Dans les maux dont la mort est l'unique remede! Apres un tel mal-heur Si j'aymois encore la vie, Que diroit mon amour? que diroit ma douleur? Et que diroit Silvie? Ses yeux, doux et flateurs et jamais courroucez, Me faisoient dans mes fers trouver mille delices. Pour des plaisirs si tost passez, Faut-il donc que mon coeur souffre tant de supplices? Mais bien tost, la douleur D'estre loing des yeux de Silvie Va finir mon amour, va finir mon malheur En finissant ma vie. Ingratte, je n'ayme que toy... Ingratte, je n'ayme que toy Et tu feins de m'aymer, ingratte: Tandis que ta bouche me flatte, Ton ame me manque de foy. Ingratte, je n'ayme que toy Et tu feins de m'aymer, ingratte. Ta bouche l'a cent fois juré, Et cent fois a menty ta bouche, Que mon amour discret te touche Et que ton coeur m'est asseuré. Ta bouche l'a cent fois juré, Et cent fois a menty ta bouche. Je vous aymois... Je vous aymois: vous me l'aviez permis; J'esperois d'estre aymé: vous me l'aviez promis. Mais, helas! belle Iris, je voy bien le contraire; Je n'ose en murmurer De peur de vous deplaire; Mais il m'est permis d'expirer, S'il m'est ordonné de me taire. Dedans vos fers, charmé de vos appas, Je souffrois mes tourmens et ne m'en plaignois pas; Vous feigniez de m'aymer, je vous aymois sans feindre; Vous m'avez fait souffrir Les maux les plus à craindre; Mais il m'est permis de mourir, S'il m'est defendu de me plaindre. Ma raison me l'a dit aussi bien... Ma raison me l'a dit aussi bien que mes yeux, Que vous estiez toute charmante et belle; Mais elle eust fait bien mieux De m'advertir que vous estiez cruelle. Mes yeux, vous avez veu Cloris... Mes yeux, vous avez veu Cloris; Mon coeur, vous songez à ses charmes, Vous l'entendez chanter: helas! vous estes pris; Rendez, rendez les armes, Ô mon coeur, ô mes yeux! c'estoit trop hazarder Que de l'entendre et de la regarder. Helas! vous sçavez le danger Qui suit un amour temeraire, Et qu'un coeur dans ses fers ne s'en peut dégager; Que pensez-vous donc faire? Ô mon coeur, ô mes yeux! helas! que vos plaisirs Me vont coûter de pleurs et de soûpirs! Nous nous estions promis... Nous nous estions promis Une Amour eternelle. Quel crime ay-je commis Pour vous rendre infidelle? Je voy bien que ma mort Est toute vostre envie, Et qu'un dernier effort Vous doit bien-tost, Silvie, Deslivrer d'une vie Qui vous desplaist si fort. Philis me traitte avec rigueur... Philis me traitte avec rigueur; Mon coeur, jour et nuit, en soûpire. Ne vous affligez pas, mon coeur: Ce n'est pas un trop grand malheur; Il ne faut que luy dire. Bien souvent, ce qui nous fait peur, Un moment apres nous fait rire; Phillis pourra changer d'humeur: C'est alors qu'il faudra, mon coeur, Tout faire et ne rien dire. Philis, vous vous plaignez... Philis, vous vous plaignez que je n'ay point d'esprit A vous parler de mon martyre. Helas! ignorez-vous qu'un mal que l'on peut dire N'est jamais si grand que l'on dit? Un Amant dit assez quand il est interdit, Quand il languit, quand il souspire; Mais aprenez, Philis, qu'un mal que l'on peut dire N'est jamais si grand que l'on dit. Quand je vous dis que vos yeux... Quand je vous dis que vos yeux m'ont bruslé, Vous faites l'offencée; Quand je vous cache ma pensée, Vous m'appellez dissimulé! Helas! que dois-je faire? Si je parle, vous vous faschez, Et si je me veux taire, Vous me le reprochez. Si vous traittez d'une esgale rigueur Ma plainte et mon silence, Belle Philis, tout vous offence, Rien ne peut fleschir vostre coeur. Helas! quelle infortune! Quand je parle et quand je me tais, Sans cesse j'importune Et jamais je ne plais. Vous m'avez demandé... Vous m'avez demandé pour qui mon coeur soûpire; Je n'en seray pas mieux quand je vous le diray; C'est à vous seulement que je crains de le dire: Jugez, Philis, pour qui mon coeur a soûpiré. Je languis, je me plains, je pleure, je soûpire, Et tout cela, Philis, depuis que je vous voy; Helas! vous sçavez bien ce que cela veut dire Et ce que j'ay besoin que vous fassiez pour moy. Chanson A Boire. Que j'aime le cabaret! Tout y rit, personne n'y querelle. La bancelle M'y tient lieu d'un tabouret. Laissons les interests Des culs, des tabourets; La Noblesse Pour la fesse Fait prouesse: En bien beuvant Taschons d'en faire autant. Tout respect et tout honneur A Messieurs les porteurs de rapieres; Leurs derrieres Font pourtant trop de rumeur: Quoy! pour le cu caduc De la femme d'un Duc Tout le monde S'entre-gronde, S'entre-fronde, Et pour le cu Tout s'en va T. U. tu! Vray-Dieu! que le vin est bon! Qu'il est frais! Dans mon verre il petille. Qu'on me grille Vistement de ce jambon! Ô que je vay disner! Que je m'en vay donner! Ça! courage! Faisons rage: Ce potage Bien mitonné Est d'un goust raffiné. Chanson A Manger. Quand j'ay bien faim et que je mange Et que j'ay bien dequoy choisir, Je ressens autant de plaisir Qu'en grattant ce qui me demange. Cher Amy, tu m'y faits songer: Chacun fait des Chansons à boire, Et moy, qui n'ay plus rien de bon que la machoire, Je n'en veux faire qu'à manger. Quand on se gorge d'un potage Succulent comme un consommé, Si nostre corps en est charmé, Nostre ame l'est bien davantage. Aussi Satan, le faux glouton, Pour tromper la femme premiere, N'alla pas luy monstrer du vin ou de la biere, Mais dequoy branler le menton. Quatre fois l'homme de courage En un jour peut manger son saoul; Le trop boire peut faire un fou De la personne la plus sage. A-t'on vidé mille tonneaux, On n'a beu que la mesme chose, Au lieu qu'en un repas on peut doubler la doze De mille differans morceaux. Quel plaisir lors qu'avec furie, Apres la bisque et le rosty, D'un entremets bien assorty Vient reveiller la mangerie! Quand on devore un bon melon Trouve-t'on liqueur qui le vaille? Ô cher Amy Potel! je suis pour la mangeaille: Il n'est rien tel qu'estre glouton. Chanson Pastorale. La jeune Lisette, Sur le bord d'un ruisseau, Jouoit de sa musette En gardant son troupeau. Le Berger Tyrcis, qui l'ayme Plus que soy-mesme, Luy faisoit, tout trancy, Les pleintes que voicy Jeune Pastourelle, Ton oeil est plein d'appas, Mais ton humeur cruelle Ne luy ressemble pas. Est-ce que ton coeur ignore Que je t'adore, Ou qu'il le sçache bien Et n'en decouvre rien? Tes aymables charmes Et mes bruslans desirs Me coustent bien des larmes, Des chagrins, des soûpirs; Tu t'en ris, belle inhumaine, Sans estre en peine Si je pourray souffrir Ta rigueur sans mourir. Lors que, dans la lande Où nous estions tous deux, Je mis une guirlande Dessus tes blonds cheveux, Je te vis toute en cholere, Toute severe, Et de ta blanche main Tu la rompis soudain. Et qu'il te souvienne Que, gravant d'un cousteau Ta devise et la mienne Sur le tronc d'un ormeau, Tu le pris pour une offence Par une absence Qui dura plus d'un mois, Tu me mis aux abois. Un jour, dans la dance, Un Berger inconnu Eut assez d'asseurance Pour baiser ton sein nu: Tu ne fis point la farouche Et quand je touche Seulement ton habit, Tu rougis de despit. Des bleds dans la pleine, Des vins sur les costeaux, Mille bestes à laine, Des chevres, des taureaux, Ma jeunesse et mon courage, Mon parentage, Mon amour et ma foy Ne peuvent rien sur toy. Outre la musette Dont je t'ay fait un don, Je grave une houlette Des chiffres de ton nom Dans peu de jours je l'acheve; Et je t'esleve Les petits d'un faisant Pour te faire un present. Dans nostre village, Un soldat effronté Voulut faire un outrage A ta jeune beauté; Si quelqu'un de l'assistance Prit ta deffence Plus hardiment que moy, Je m'en rapporte à toy. Dans nostre prairie, Un loup battit nos chiens, Attaquant de furie Tes troupeaux et les miens; Tu vis avec quelle addresse, Quelle vitesse, La houlette à la main, J'attaquay l'inhumain. Quand, de nos montagnes Un grand ours descendu, Rendit de ces campagnes Tout le peuple esperdu, Nos Bergers, qui s'estonnerent, T'abandonnerent; Tu vis, sans me vanter, S'il pût m'espouvanter. Je t'offris sa patte, Car j'en fus le vainqueur; Ce fut là, belle ingratte, Où je connus ton coeur Ce jour là, comme enragée D'estre obligée, Daignas-tu seulement Me parler un moment? Si ma mort te donne Tant soit peu de plaisir, Trop aymable personne, Contente ton desir: Pour peu que ma mort te touche Et qu'à ta bouche Il en couste un soûpir, Trop heureux de mourir. Il finit sa plainte; La Bergere s'en rit: Il en eut l'ame atteinte De rage et de despit Et, sans pleurer davantage D'un tel outrage, La voyant rire ainsi Se mit à rire aussi. SONNETS Ouy, c'est un Pedant. . . Superbes monuments de l'orgueil des humains Vous faites voir des os quand vous riez, Heleine Ouy, c'est un Pedant. . . Ouy, c'est un Pedant, c'est un sot, Et le plus grand qui soit en France. Quand il profere une sentence, J'ayrnerois mieux qu'il fist un rot. Il est fils d'un petit ragot, Grand amateur de la jouvence, Qui perira par la potence S'il ne perit par le fagot. Il est fourbe dans les affaires; Il sert aux amoureux mysteres Et presche comme un sansonnet: Parmy les bigots il fait rage. Je t'en dirois bien davantage, Mais il faut finir le sonnet. Superbes monuments. . . Superbes monuments de l'orgueil des humains, Pyramides, tombeaux dont la vaine structure A témoigné que l'art, par l'adresse des mains Et l'assidu travail, peut vaincre la nature: Vieux palais ruinés, chefs-d'oeuvre des Romains Et les derniers efforts de leur architecture, Colisée, où souvent ces peuples inhumains De s'entr'assassiner se donnaient tablature: Par l'injure des ans vous êtes abolis, Ou du moins, la plupart, vous êtes démolis; Il n'est point de ciment que le temps ne dissoude. Si vos marbres si durs ont senti son pouvoir, Dois-je trouver mauvais qu'un méchant pourpoint noir, Qui m'a duré deux ans, soit percé par le coude? Vous faites voir des os. . . Vous faites voir des os quand vous riez, Heleine, Dont les uns sont entiers et ne sont gueres blancs; Les autres, des fragmens noirs comme de l'ebene Et tous, entiers ou non, cariez et tremblans. Comme dans la gencive ils ne tiennent qu'à peine Et que vous esclattez à vous rompre les flancs, Non seulement la toux, mais vostre seule haleine Peut les mettre à vos pieds, deschaussez et sanglans. Ne vous meslez donc plus du mestier de rieuse; Frequentez les convois et devenez pleureuse: D'un si fidel avis faites vostre profit. Mais vous riez encore et vous branlez la teste! Riez tout vostre soul, riez, vilaine beste: Pourveu que vous creviez de rire, il me suffit. Epistre A Mr Sarazin. Sarrasin, Mon voisin, Cher amy, Qu'à demy Je ne voy, Dont, ma foy, J'ay dépit Un petit, N'es-tu pas Barrabas, Basiris, Phalaris, Ganelon Le félon, De sçavoir Mon manoir Peu distant, Et pourtant De ne pas, De ton pas Ou de ceux De tes deux Chevaux gris Mal nouris, Y venir Réjouir, Par des dits Esbaudits, Un pauvret Tres maigret, Au col tors, Dont le corps Tout tortu, Tout bossu, Surrané, Décharné Est reduit, Jour & nuit, A souffrir, Sans guerir, Des tourmens Vehemens? Si Dieu veut, Qui tout peut, Dés demain Mal S.Main Sur ta peau Bien & beau S'étendra Et fera Tout ton cuir Convertir En farcin. Lors, mal sain Et poury, Bien marry Tu seras Et verras Si j'ay tort D'estre fort En émoy Contre toy. Mais pourtant, Repentant, Si tu viens Et te tiens Un moment Seulement Avec nous, Mon courroux Finira, Et caetera. Epistre Burlesque A Madame De Bourron. Ma belle Dame de Bourron, Le pauvre Diable de Scarron Tres-humblement vous remercie De vos trois melons et vous prie De vous contenter bonnement De son petit remerciment. Il voudroit bien, à la pareille, Vous envoyer quelque merveille; Car merveille peut on nommer Le melon qu'il vient d'entamer; Mais chez un homme de sa sorte Que rien n'entre et que rien ne sorte Qui passe pour bien merveilleux, Si ce n'est que de vos beaux yeux Sa maison devint esclairée: C'est verité tres averée. Contentez vous donc bonnement De mon petit remerciment. Si j'avois mieux, peste m'estrangle Ou d'un dard pointu comme un angle Me Puisse le coeur transpercer Si sur le champ, sans balancer, Vous ne l'eussiez eu, belle Dame Que j'ayme de toute mon ame; Et de cecy ne doutez pas, Tresor charmant de bruns appas, Dont les yeux, à lances d'ebene, Sur les coeurs courent la quintaine. Fait à Paris, en avallant Un de vos melons excellant. Épitaphe. Celui qui ci maintenant dort Fit plus de pitié que d'envie, Et souffrit mille fois la mort Avant que de perdre la vie. Passant, ne fais ici de bruit, Prends garde qu'aucun ne l'éveille; Car voici la première nuit Que le pauvre Scarron sommeille. La Foire Saint-Germain. [...] Ici le bel art de piper Très impunément se pratique; Ici tel se laisse attraper Qui croit faire aux pipeurs la nique. Approchons ces gens assemblés, Hommes parmi femmes mêlés J'y vois, ce me semble, une dupe, Car ce beau porte-point-coupé, D'un touffu panache huppé, Près de cette brillante jupe Qui bien plus que son jeu l'occupe, Qu'est-ce, qu'un damoiseau dupé? Qu'ils sont d'accord, ces assassins Qui de paroles s'entremangent! Qu'ils sont pour faire des larcins De leurs dés qu'à tous coups ils changent! Que ces deux démons incarnés Sont sur ce pauvre homme acharnés, Qui perd tout en grattant sa tête Et sans dire le moindre mot! Ha l qu'il a bien trouvé son sot, Celui-là qui jure et tempête! Et que l'autre fait bien la bête Avec son serment de bigot! Foire, l'élément des coquets, Des filous et des tire-laine, Foire, où l'on vend moins d'affiquets Que l'on ne vend de chair humaine! Sous le prétexte des bijoux Que l'on fait de marchés chez vous Qui ne se font bien qu'à la brune! Que chez vous de gens sont déçus! Que chez vous se perdent d'écus! Que chez vous c'est chose commune De voir converser sans rancune Les galants avec les cocus! Tout ce qui reluit n'est pas or En ce pays de piperie, Mais ici la foule est encor Sans respect de la pierrerie. Menez-moi chez les Portugais: Nous y verrons à peu de frais Des marchandises de la Chine: Nous y verrons de l'ambre gris, De beaux ouvrages de vernis Et de la porcelaine fine De cette contrée divine Ou plutôt de ce paradis. Nous achèterons des bijoux, Nous boirons de l'aigre de cèdre. Mais comment diable ferons-nous Pour trouver une rime en èdre? N'importe! ne radoubons rien Èdre et cèdre riment fort bien, N'en déplaise à la Poésie; La fabrique de tant de vers Sur tous ces objets si divers, Dont j'ai l'âme toute farcie, M'a fatigué la fantaisie Et mis l'esprit presque à l'envers. [...] Le Roy. Le plus aymable Roy de tous les Roys du monde, Si charmant et si beau qu'entre tous ses sujets S'il s'en peut rencontrer qui soient assez bien faits Pour avoir de son air, je veux que l'on me tonde, Ce Roy donc que je dis, en qui seul tout abonde, Dont l'Esprit chaque jour fait acquests et conquests, Dont le Coeur est si grand, enfin dont les hauts faits Feront un grand fracas sur la terre et sur l'onde, Peuples! c'est vostre Roy; c'est un franc demy-Dieu; C'est luy qui donnera la paix en temps et lieu. Ne nous venez donc plus prôner vostre misere; Celebrez le feu Roy qui l'a sceu faire tel, Et baisez-en les mains à Madame sa Mere Qui, par ce beau chef-d'oeuvre, est digne d'un Autel. Le Virgile Travesti. (Énée vient d'annoncer à Didon qu'il doit repartir) Tandis qu'Aeneas enfila Le discours civil que voilà, Didon, de raison dépourvue, Ne jeta point sur lui la vue. Les yeux fichés sur le pavé, Le visage de pleurs lavé, En son esprit bourru la rage Faisait un étrange ravage. Enfin ses yeux elle darda Sur Énée, et le regarda Depuis les pieds jusqu'à la tête, Furieuse comme tempête, Et puis lui dit ces mêmes mots: Ô le plus vil des animaux, Le plus dur et le plus sauvage, Et qui fais tant de l'homme sage, Tu n'es qu'un sot, tu n'es qu'un fat, Tu n'es qu'un larron comme un rat, Un coureur de franches lippées, Et tes suivants, traîneurs d'épées, Qui ne valent pas mieux que toi, Ne seraient pas vivants sans moi. Tu te dis fils de Cythérée: La chose n'en est assurée Qu'en tant que grand fils de putain; Mais je sais bien pour le certain Que ni Cythérée est ta mère, Ni feu Dardanus ton grand-père, Et que toi, qui fais tant du coq, Ne fus jamais que fils d'un roc, Et qu'une montagne est ta mère; Que de telle mère et tel père Il ne peut sortir qu'un caillou. Non, je me trompe, c'est un loup Qui t'engendra d'une panthère; Aucuns disent une vipère Qui te conçut d'un léopard; Les autres disent un lézard, Qui t'engendra d'une tigresse; Autres, un dragon, d'une ânesse; Un renard, d'un caméléon; Un rhinocéros, d'un lion; Un crocodile, d'une autruche; Un loup-cervier, d'une guenuche. Pour moi je te mets au-delà De tous ces vilains monstres-là. Pour dire de toi pis que pendre, Et de crainte de me méprendre, Je te tiens roc, roche, caillou, Panthère, léopard et loup, Vipère, lézard et tigresse; Je t'estime dragon, ânesse, Un rhinocéros, un lion, Un renard, un caméléon, Un faux crocodile, une autruche, Un loup-cervier, une guenuche, Et, pour achever mon sermon, Je te tiens pire qu'un démon, Pire qu'un diable qui t'emporte, Toi, ton fils, toute ta cohorte, Et moi sotte carogne aussi De m'être embéguinée ainsi D'un mangeur de poule, un gendarme! [...] Va, va, je ne te retiens plus Par mes reproches superflus; Va-t-en où ma fureur t'envoie, Que jamais je ne te revoie; Va chercher ton pays latin, Fuis-moi, cruel, suis ton destin. Si le ciel a quelque justice, Un écueil sera ton supplice; Là, tu demanderas pardon; Là, tu réclameras Didon, Didon, par toi tant offensée, Au lieu d'être récompensée. Je te veux poursuivre, inhumain, Une torche noire à la main Je t'en grillerai les moustaches, Homme le plus lâche des lâches, Et, quand j'aurai fini mon sort, Tu me verras, après ma mort, Et jour et nuit, fantôme horrible, Te lançant un regard terrible; Je te ferai partout: Hou! hou! Je te ferai devenir fou. En Enfer j'aurai la nouvelle Du désordre de ta cervelle; Dieu sait si son vin il aura, Celui qui me l'apportera l Oh! chien, loup, tigre, Suisse, Que bientôt le ciel te punisse! " Après ce joli compliment, Qu'elle fit un peu brusquement, Elle lui tourna le derrière D'une dédaigneuse manière. Les Vrays Moyens De Parvenir. Mascarade. Au Roy. Monarque, le plus grand des Roys, Et des hommes le plus aimable, Seul digne de donner des loix A toute la terre habitable, Le vray moyen de parvenir N'est rien que celuy de vous plaire: C'est ce qu'icy nous fait venir; De plus huppés que nous en voudroient autant faire. Nous sçavons que les courtisans, Quoy que personnes fort civiles, Ne font estat des artisans Que selon qu'ils leur sont utiles; Mais nous sçavons aussi fort bien Que nostre sort, qui nous maltraite, Se peut changer en moins de rien Et que, si vous voulez, nostre fortune est faite. Tout veut parvenir icy-bas; Pour cela seul chacun travaille: Sans ce motif, dans les combats, On craindroit l'estoc et la taille; Vous-mesme, un jour, vous parviendrez A l'empire de tout le monde, Et le sceptre que vous tiendrez Vous fera respecter sur la terre et sur l'onde. Mais c'est beaucoup moraliser Pour de pauvres gens de boutique. Ça! ça! dansons, sans tant causer Et nous piquer de rhetorique. Les violons sont-ils d'accord? Bon! tout va bien, la piece est grande. Mais les Dames parlent bien fort: Paix là! paix là! paix là! le Roy vous le commande. Mascarade De La Foire S. Germain. Aux Dames. Ô malheur du temps où nous sommes! Je suis le plus adroit des hommes Et suis reduit à balleyer. Mais, si vous voulez m'employer Au charmant mestier de vous plaire, Vous verrez ce que je sçay faire: Si je n'en sors à mon honneur, Ne vous fiez jamais au Balleyeur. Réflexion Sérieuse De Mr S Sur Les Murs De Troye. Stances. Phebus a tres-bonne raison De se mettre en mestier pour mieux gagner sa vie; Je voudrois qu'il lui prît envie De bâtir sur Parnasse une bonne maison: Elle seroit fort de saison; Il est âgé, quoy qu'il en die, Et sans l'excès de sa folie Il seroit déja tout grison. Nous logeons tous à découvert: On n'a jamais bâty, dessus nostre Montagne, Que de beaux chasteaux en Espagne; Cependant un autheur, dont le front n'est couvert Que d'un rameau de Laurier vert, Dans le milieu d'une campagne, Fût-il au Païs de Cocagne, Est mal logé pour son hyver. Il est pourtant vray qu'autrefois Cette incommodité nous donnoit peu de peine Lors que l'eau de nostre fontaine S'achetoit cherement des Princes et des Roys: Nous avions lors et vin et bois, Dont nous réchauffions nostre veine, Et l'on avoit la pance pleine Pour peu qu'on se rongeât les doits. Alors, tout d'une autre façon Nous faisions raisonner les nerfs de nostre Lyre; Lors aussi nostre tirelire, Pleine de quarts-d'écus, rendoit bien meilleur son; Il n'estoit de riche garçon Qui ne reverât nostre Empire, Et tout ce qui d'Amour soûpire Nous payoit tribut ou rançon. Qu'un autheur seroit abusé, Qui croiroit maintenant, par ses Vers pleins d'emphase Et d'une belle periphrase, Excroquer un teston du plus mal-avisé! L'on est aujourd'huy si rusé, Qu'on ne peut plus vendre Pegase: Chacun se rit de sa peau rase Et de son harnois tout usé. Croy-moy donc, Rimeur indigent: Fais un autre mestier; il t'y faut bien resoudre Si tu veux avoir dequoy moudre; Sors d'entre ces lauriers qui te vont ombrageant; Ce bois sacré n'est pas d'argent; Il peut bien te garder du foudre Qui reduit toute chose en poudre, Mais non pas des mains d'un sergent. Regarde les Arts Liberaux Et comment au travail un chacun d'eux s'applique: Tu verras que l'Aritmetique Travaille incessamment aux contoirs et bureaux; Tous les jours dedans les bareaux On employe la Rhetorique: Celle qui des Cieux s'alambique Nous fait des almanacs nouveaux. Regarde enfin le Dieu des vers: Quoy que communément paresseux on le croye, Il n'a point honte qu'on le voye Travailler aujourd'huy de cent mestiers divers: Il est menuisier à Nevers, Et pour bâtir les Murs de Troye Il quitte son habit de soye, Ou du moins le met à l'envers. Sérénade. Amour nabot, Qui du jabot, De Dom Japhet As fait Une ardente fournaise, Helas! helas! Je suis bien las D'estre remply de braise. Ton feu gregeois M'a fait pantois Et dans mon pis A mis Une essence de braize. Bon Dieu! bon Dieu! Le coeur en feu, Peut-on estre à son aise? Sur Les Affaires Du Temps. Le roi s'en est allé, son Éminence aussi; Le courtisan escroc sans contenter son hôte, Jurant qu'à son retour il comptera sans faute Pique le grand chemin en botte de roussi. Les officiers du roi sont fort rares ici; Et la gent de justice et celle de maltôte A le haut du pavé et va la tête haute En l'absence du roi qui va vers Beaugency. Les faubourgs ne sont plus infectés de soudrille; Enfin toute la cour vers la Guienne drille: Les uns disent que si, les uns disent que non. On dit que l'on va faire un exemple en Guienne, On dit que sans rien faire il faudra qu'on revienne, Et moi je voudrais bien avoir un bon melon. Sur Paris. Un amas confus de maisons Des crottes dans toutes les rues Ponts, églises, palais, prisons Boutiques bien ou mal pourvues Force gens noirs, blancs, roux, grisons Des prudes, des filles perdues, Des meurtres et des trahisons Des gens de plume aux mains crochues Maint poudré qui n'a pas d'argent Maint filou qui craint le sergent Maint fanfaron qui toujours tremble, Pages, laquais, voleurs de nuit, Carrosses, chevaux et grand bruit Voilà Paris que vous en semble? Source: http://www.poesies.net