Poésies Et Chansons. Par Napoléon Aubin (1812-1890) TABLE DES MATIERES Les Français aux Canadiens. Tristesse. Couplets En L'Honneur De La St Jean-Baptiste. La Suisse Libre. Le Juste Milieu. Le Jeune Polonais. Épitaphe De Napoléon. L'Amour De La Patrie. Chant D'Une Mère Au Berceau De Son Enfant. Souvenirs. À Jenny. Quarante Ans. Les Français En Canada. Napoléon. Les Français Aux Canadiens. Air : T’en souviens-tu, etc. Vous Canadiens, vous autrefois nos frères, Vous que l’intrigue a lâchement vendus; Unissez-vous, comme l’ont fait nos pères, Et les puissants seront bientôt vaincus. Forts de vos droits, vous méprisez les haines, À vos tyrans, opposez vos vertus... Ce noble sang qui coule dans vos veines, Ô Canadiens! ne le sentez-vous plus? À l’étranger qui vous défend la gloire, Montrez un titre inscrit dans le passé; Le souvenir que laissa la victoire, De votre coeur ne s’est point effacé... Demandez-lui qu’il allège vos chaînes... L’on peut... deux fois... essuyer un refus. Ce noble sang qui coule dans vos veines, Ô Canadiens! ne le sentez-vous plus? Si, dans vos champs la victoire moins prompte, Cédait au nombre et trompait la valeur, L’on ne pourrait vous accabler sans honte! Vous ne succomberez pas sans honneur! Vous suppliez;... vos demandes sont vaines, Du rang des peuples, vous êtes exclus... Ce noble sang qui coule dans vos veines, Ô Canadiens! ne le sentez-vous plus? Il est un voeu qui du peuple s’élance, Lorsque le joug est trop longtemps porté; Le temps n’est plus, où le coeur en silence Pouvait se taire au nom de liberté! Du Saint-Laurent, aux rives de la Seine, Ce nom magique reçoit des tributs. Au noble sang qui coule dans vos veines, Ah! Canadiens, ah! ne résistez plus! Tristesse. Seul bien que j'envie, Amour! douce erreur! Viens, ma triste vie S'éteint de langueur. Ô coupe d'ivresse, Pourquoi te tarir? Ô fleur de jeunesse, Pourquoi te flétrir? Une fièvre ardente Consume mes os : Chacun se tourmente Pour changer de maux, On suit sa chimère, On fait des projets... Et bientôt la terre Les couvre à jamais. Comme un flot se brise Aux rochers du bord, Ma vigueur s'épuise À vaincre le sort. Mal qui me possèdes, Abrège ton cours! Combien tu m'obsèdes, Ô fardeau des jours! Seul parmi la foule Je m'en vais rêvant, Et sans but je roule Au pouvoir du vent. J'offre, en ma détresse, J'offre à tous la main, Mais nul ne la presse; Ils vont leur chemin... Ô mélancolie Qui partout me suit, Vois, mon âme se plie Aux faix des ennuis! Chaque doux prestige A fui devant toi : Monde où tout m'afflige Que veux-tu de moi? La joie est donnée À nos jeunes ans. La vie et l'année N'ont qu'un seul printemps. Malheur à qui chasse Les tendres plaisirs; L'hiver bientôt glace Et fleurs et désirs... Je vis une rose Au déclin du jour; Que ma main t'arrose, Dis-je, ô fleur d'amour! Pour qu'elle te cueille Demain sans retard. Je vins... mais sa feuille Volait au hasard. Couplets En L’Honneur De La St. Jean-Baptiste. Beau Canada! notre chère patrie, Vois tes enfants rassemblés en ce jour C’est l’espérance, ici, qui nous convie; Mais le bonheur peut-être aura son tour. Chacun de nous sent l’ardeur qui l’inspire; Chacun de nous répète avec fierté : Pour son pays, un Canadien désire La paix! la liberté! Dans l’avenir plaçons notre espérance, Pour le pays il faut plus que des voeux... Mais à l’audace unissons la prudence, Et méprisons un pouvoir orgueilleux. Si contre nous un ennemi conspire, Opposons-lui notre fraternité... Pour son pays, un Canadien désire La paix! la liberté! Peut-être un jour notre habitant paisible Se lassera du pesant joug d’un roi, Il s’écrira,... mais de sa voix terrible : « Sortez d’ici... cette terre est à moi! « Du Canada je puis être un martyre, « Je n’obéis qu’aux lois que j’ai dicté. « Pour son pays un Canadien désire « La paix! la liberté! » Chers défenseurs de notre noble cause, Tout Canadien vous porte dans son coeur, Du beau pays qui sur vous se repose, Oh! travaillez à fonder le bonheur! Vous, Papineau, Viger, qu’un peuple admire, Ah! recevez un encens mérité; Dans notre histoire on vous devra d’inscrire : La paix! la liberté! Oui, parmi nous, il est une richesse Dont le pays pourra s’enorgueillir; Il est des germes dans notre jeunesse Que le danger fait en foule surgir. Ils prouveront que dans nos froides plaines, Le laurier est aussi récolté, Qu’un Canadien ne veut pas d’autres chaînes Que paix et liberté! Paix! Liberté! voilà notre devise; Garde, Saint-Jean, notre naissant chaînon; Si la discorde jamais nous divise, Pour s’allier on choisira ton nom. Mais, chers amis, hâtons-nous de redire Ce beau refrain qui doit être adopté : Pour son pays, un Canadien désire La paix! la liberté! La Suisse Libre. CHANSON Flatteur, quand ta muse vénale D’un maître altier fait l’objet de tes chants; Alors que ta lyre banale Va ramper aux pieds des tyrans; Sur les bords du lac de Genève, Ma voix plus librement s’élève, Son élan n’est point arrêté. De l’Helvétie, ô ma patrie! Moi, je chante la liberté. Quand par des tyrans avilie, L’Europe esclave agite en vain ses fers; Quand le despotisme en furie, Parcourt, en grondant, l’univers; Du sein riant de ses campagnes, Jusqu’au sommet de ses montagnes, La Suisse dit avec fierté : De l’Helvétie, ô ma patrie! Moi, je chante la liberté. Liberté, reine de nos âmes, Lorsque des rois enchaînent ton autel, Embrase toujours de ta flamme Les coeurs des descendants de Tell. Accours, Déesse fugitive, Puisse à jamais sur cette rive Chacun dire avec vérité : De l’Helvétie, ô ma patrie! Moi, je chante la liberté. Le Juste Milieu. L’on exagère en ce bas monde, Et l’homme est entier dans son goût : L’un ne voit de beau que la blonde, Pour un autre la brune est tout. L’un singeant la philosophie, Se rengorge dans son savoir, Prétend que femme n’est jolie, Que méditant un livre noir. Je préfère à tous ces systèmes, Le plus grand, le plus précieux : Amis! évitons les extrêmes... C’est toujours bien moins périlleux! Si l’on voit se faisant la guerre Les ultras et les libéraux, Du moins on ne me verra guère Disputer avec ces héros. C’est différent près d’une belle, J’aspire à pouvoir me trouver Ultra, dans mon amour pour elle, Libéral, s’il faut le prouver. Je préfère à tous ces systèmes, Le plus grand, le plus précieux : Amis! évitons les extrêmes... C’est toujours bien moins périlleux! Le classique et le romantique Doivent ennuyer Apollon; L’incrédule et le fanatique Font souvent rougir la raison. Et morale et littérature, Cela même est exagéré; Je crois que jusqu’à la nature Ce siècle a tout dénaturé! Je préfère à tous ces systèmes, Le plus grand, le plus précieux : Amis! évitons les extrêmes... C’est toujours bien moins périlleux! Le pauvre n’est jamais tranquille, Le riche est rarement joyeux, Un ignorant est inutile, Un savant peut être ennuyeux. Le vrai bonheur, suivant Horace, Est dans la médiocrité; C’est là que j’ai trouvé ma place; Aussi j’y suis toujours resté. Je préfère à tous ces systèmes, Le plus grand, le plus précieux : Amis! évitons les extrêmes... C’est toujours bien moins périlleux! Le Jeune Polonais. (Traduction Libre.) « Va!... cours où succomba ton père « Dans son séjour victorieux; « Puisses-tu, fils chéri! brillant dans ta carrière, « Suivre un cours glorieux! « Écoute!... le pays t’appelle... « Il combat pour sa liberté! « Laisse ta demeure pour une autre éternelle... « Le sentier de la gloire, à toi, s’est présenté... » En bénissant ton fils, pleure, pleure, pauvre mère, Ton fils!... Il veut venger son père... « Souviens-toi de ta première amante, « Souviens-toi de tes premiers voeux; « Elle t’unira dans sa prière fervente « Aux braves dans les cieux. « Quand tu vaincras un adversaire, « O! pense aux pleurs qu’elle a versées! « Puissent-ils te servir d’égide salutaire... « Pologne!... pleure tes guerriers. » Le guerrier part... Vierge! gémis sur sa victoire, Son premier... et dernier champ de gloire! Dans les combats, tous se pressèrent Sur les pas de la liberté; Mais sous de brutales masses ils succombèrent! Le tyran seul a triomphé... Le sort, aux portes de la vie, Du tendre fils trancha les jours... La mère pleure sur son fils, sur sa patrie, La vierge pleure sur ses amours! Il dort! Il est libre! respectez le courage! Lauriers! prêtez-lui votre ombrage... Épitaphe de Napoléon. .....Shall orphan hands. Inscribe it with their fathers broken swords! Or the warm trickling of the widows tear Channel it slowly in the rugged rock? As the keen torture of the water drop Doth wear the sentenced brain, etc (1) Un auteur anglais. Une épitaphe? à lui!... Mais qui vous la demande?... Que quelque roi mesquin d’avance la commande, De peur qu’après sa mort, abandonné, maudit, De tous les souvenirs son nom ne soit proscrit! Qu’il appelle à grands frais des flatteurs hypocrites; Qu’il donne de l’argent pour des vertus écrites... Vous me faites pitié! mais lui! mais le héros! Eh! pour l’éterniser est-il besoin de mots? N’a-t-il pas, subissant votre haine mortelle, Inscrit sur tous vos fronts une honte éternelle, Quand sur un triste roc, seul avec son geolier, (De la fourbe alliance un scélérat limier,) Il mourait jour par jour, rajeunissant les gloires Que vous abolissiez dans vos sombres prétoires? Mais quoi! son épitaphe? elle fut à sa voix, De sa plume de fer gravée au coeur des rois! Puis, n’a-t-il pas aux grands, de son trône suprême, Dicté pour l’avenir un palpitant poème? Et vous le condamnez, quand par d’abjects détours L’inique Talleyrand, prostitué des cours, Le vendait pour de l’or aux puissances craintives! Vous voulez confier à des pierres chétives Le soin de célébrer ses glorieux revers? Et son nom rebondit partout dans l’univers! Et vous le condamnez, quand des hordes sauvages Accouraient par millions des serviles rivages! Honte à vous!... Il tomba... mais son sceptre brisé Remonta jusqu’au ciel, de hauts faits pavoisé. Lâches! son épitaphe appartient à l’histoire : On verra votre opprobre à côté de sa gloire, Et la pitié lira : l’étique Wellington, Enharnaché de croix, près de Napoléon. Oui, l’orphelin pleure et la veuve soupire; L’humanité se plaint, -mais le génie admire! Anglais! respectez-le, soyez plus généreux; Car, banni de la France -il fut si malheureux! Quelque jour on dira qu’un héros sans défense À son noble ennemi donna sa confiance : -L’ennemi, dira-t-on, à son secours vola? -Non, crîra l’histoire, le traître il l’immola! C’est assez pour sa gloire! ah! ne reprochez pas Qu’on ait avec silence entendu son trépas! Un éloge pompeux serait une satire : Dites sur son tombeau qui ôserait l’écrire? (1) L’orphelin pour la tracer prendra-t-il le glaive brisé de son père? ou les larmes ruisselantes de la veuve la creuseront-elles lentement sur le rocher durci, comme l’aigre torture d’une goutte d’eau qui, tombant toujours au même endroit, perce le crâne du condamné? L’Amour De La Patrie. Pourquoi suis-je amoureux du sol de ma patrie? Pourquoi la préférai-je au pays le plus beau? Et pourquoi mon désir que la même patrie Où joua mon enfance accueille mon tombeau? Pourquoi mon âme est-elle abattue, alarmée, Quand je quitte à regret la ville où je suis né? Que je n’aperçois plus ondoyer la fumée Du toit qui me prêtait son abri fortuné? Et si j’ai terminé ma course aventurière, Que mon oeil voit déjà les bords du Saint-Laurent, L’aspect des tristes lieux où repose ma mère, Pourquoi pour m’attendrir est-il un talisman? Pourquoi, si des amis stimulant ma paresse, Me disent : « Voyagez pour former votre goût, » À suivre ce conseil qui me chasse et me presse N’éprouvai-je jamais que tiédeur et dégoût? C’est que je ne suis bien qu’au foyer de mes pères; Là ma vie est plus douce et mes destins meilleurs : Je ressemble à ces fleurs qui n’ont de jours prospères Qu’au lieu de leur naissance et qui meurent ailleurs! J’y trouve les objets de ma première ivresse, L’arbre qui me donnait son ombrage et ses fruits, Le beau fleuve où, nageur, j’exerçai mon adresse, Le collège où coulaient mes jeux et mes ennuis. Là j’eus les compagnons de mes belles années; L’absence dans mon coeur n’a point versé l’oubli; Chaque jour j’aime à voir leurs têtes fortunées; Leur nom dans le passé n’est point enseveli. J’aime à vivre avec eux. Sur un autre rivage Je ne pourrais fixer mes pas et mon séjour; Mon âme loin d’ici languit dans le veuvage Et ne saurait se plaire aux amitiés d’un jour. Je vivrais au vallon où Dieu m’a donné l’être, Mon pays est si beau! Que chercherais-je ailleurs? Quel air serait plus pur, quel site plus champêtre? Quelle terre embaumée étale plus de fleurs? J’aime à voir l’horizon bordé de ces montagnes Que gravissaient ma course et mes pas enfantins; J’aime à rêver au sein de ces mêmes campagnes Où les jeux du bas âge ont bercé mes destins. Tout vient y réveiller ma pensée endormie : Le lieu le plus aride est un doux souvenir; Même un roc décharné, sur cette terre amie, D’un bonheur qui n’est plus, me peut entretenir. Je m’y sens imprégné d’une tendre atmosphère Où respire pour moi la paix et l’amitié : Le bonheur que j’éprouve ou bien le sort contraire Y trouvent tour à tour la joie et la pitié. Voilà pourquoi mon coeur sera toujours fidèle, À la terre adorée où coule mon destin; Voilà pourquoi ma vie, enchaînée auprès d’elle, Veut s’endormir le soir où brilla son matin. Chant D’Une Mère Au Berceau De Son Enfant. Dors, mon enfant; sur ton destin Nul orage aujourd’hui ne gronde; Ton innocence à ton matin, Est en paix avec tout le monde. Sur le fleuve des premiers jours, Ton berceau s’enfuit et dérive, Et ton oeil suivant son beau cours, Ne voit que des fleurs sur la rive. Que de souhaits, combien de voeux Planent sur ta frêle nacelle! Quand les flots l’emportent sur eux, Mon espoir vole devant elle. Sur les rêves de l’avenir, Oui, mon âme en riant s’élance; Je vois mon bonheur à venir Dans ce berceau que je balance. Nul remords, nul triste souci, Ne rend ton existence amère, Que le sort te sourie aussi Comme tu souris à ta mère! Cher enfant! quand de mes aïeux Je joindrai la froide poussière, Comme ces chants ferment tes yeux, Que ta main ferme ma paupière! Souvenirs Oh! mon pays, heureuse terre! Où le sort plaça ma carrière, Ton image à notre bonheur Si chère Remplit de son charme enchanteur Le coeur. Tes lacs où des monts se reflètent, Tes eaux qui sur des rocs se jettent, Quand nous en sommes éloignés, Répètent : Ô vous qui nous abandonnez Venez! Nous rêvons à ce toit champêtre, À ce vallon qui nous vit naître, À ces rochers, à ces grands bois De hêtre, Où l’écho redit tant de fois Nos voix. Le soir quand le soleil décline, On entend la cloche argentine Du troupeau qui dans la forêt Chemine, Et qui vient donner au châlet Son lait. Oui, mon pays, ta douce image Nous poursuit au lointain rivage. De tes lacs alors, vient s’offrir La plage, Et nous voulons y revenir Mourir. À Jenny. Je ne veux plus être fidèle, Le changement fait le bonheur; L’amour doit voltiger de belle en belle, Le papillon de fleur en fleur. J’avais, d’une trop aimable amie, Fait choix pour embellir mes jours, La croyant simple autant que jolie, J’espérais être aimé toujours. Mais ah! quel douloureux moment, Lorsque je vis que bien souvent, Le soir un autre amant S’offrant, Charmait celle que durant ma vie J’aurais adoré constamment. Je ne veux plus être fidèle, Le changement fait le bonheur; L’amour doit voltiger de belle en belle, Le papillon de fleur en fleur. Désormais, je n’aurai plus d’alarmes, De transports, de soupçons fâcheux; Mes yeux ne verseront plus de larmes, Qu’au souvenir de jours heureux. Oui, je suis sûr que chaque instant, L’amour est un cruel tourment; Pour un fidèle et constant Amant, Sa belle, à ses yeux, n’a de charmes, Qu’autant qu’elle aime constamment. Je ne veux plus être fidèle, Le changement fait le bonheur; L’amour doit voltiger de belle en belle, Le papillon de fleur en fleur. Cependant, si jamais l’infidèle Revenait à moi quelque jour, J’oublierais tout; car elle est si belle! Toujours on pardonne à l’amour. Mais je crains cet objet charmant : Pourrais-je croire à ses serments? Ne suis-je pas dès longtemps Souffrant? Je sais que jamais la cruelle Ne saurait aimer constamment. Je ne veux plus être fidèle, Le changement fait le bonheur; L’amour doit voltiger de belle en belle, Le papillon de fleur en fleur. Quarante Ans. Ah! qu’à dix ans, le réveil de l’aurore À ma jeune âme apportait de gaîté! Sur mon visage il paraissait éclore, Comme une fleur de joie et de santé. Notre soleil est-il moins chaud, plus pâle? De mon jardin ses feux sont-ils exclus? N’avons-nous plus la brise matinale? Rien n’est changé! mais j’ai trente ans de plus. Comme à vingt ans je croyais ma maîtresse, Que mes amis me semblaient précieux. Je n’aurais pu chercher sous leurs caresses Le piège adroit qui fascinait mes yeux. À leurs serments pourquoi donc faire injure, Et maintenant douter de leurs vertus? L’homme est-il faux et la femme parjure? Rien n’est changé! mais j’ai vingt ans de plus. Quand j’eus trente ans, je désirai la gloire, Je la briguai dans ma prose et mes vers : Charmante erreur, hélas! qui me fit croire Qu’un jour mon nom parcourrait l’univers. Brillants rayons qu’avait la renommée, Pourquoi pâlir à mes yeux abattus? Quoi! votre éclat n’était-il que fumée? Rien n’est changé! mais j’ai dix ans de plus. Les Français En Canada. Air : Voeux français. Fils éloignés d’une même patrie, Par le destin, séparés, dispersés, Nous pleurions tous cette mère chérie, Sa vieille gloire et nos beaux jours passés!... Mais dans les cieux un grand nom luit encore Sur un drapeau par un aigle emporté; Pour nous alors l’étendard tricolore Est l’arc-en-ciel de la fraternité! Pour nous alors l’étendard tricolore Est l’arc-en-ciel de la fraternité! À l’exilé sur ces pages lointaines Qui cherche un baume à de vives douleurs, « Mêlons nos pleurs et partageons nos peines, » Lui dirons-nous en montrant nos couleurs; « Des vieux soldats, des fils du grand empire « Se sont unis sous un nom respecté, « Sur leur bannière ils ne veulent écrire « Que Bienfaisance, Union, Fraternité! » Loin du pays qui nous donna la vie, Nous retrouvons des frères, des amis, Un noble sang et même sympathie, Des souvenirs par nos aïeux transmis!... Jetons ensemble un soupir vers la France... Disons un voeu que l’espoir a dicté, Lorsque vers vous tout notre coeur s’élance, Serrons nos mains avec fraternité! Toi dont la main nous jetait tant de gloire, Protège-nous sous l’abri de ton nom! Le temps n’est plus qui voulait la victoire : Notre seul but est la paix et l’union. Laissons l’envie attaquer la bannière Qui nous guida vers l’immortalité; Pour le grand homme ayons une prière!... Et parmi nous de la fraternité! Napoléon. Il dort! ce héros dont la gloire Verra la fin de l’avenir! Il dort! on entend la victoire Le rappeler par un soupir. Tous avec moi versez des larmes, Guerriers que respecta la mort; Car vous direz, posant vos armes : Il dort! Il dort! Il dort, hélas! il faut le dire, Pour ne se réveiller jamais! Il dort, et Clio va redire Quel fut pour lui le nom français : Oui, ce beau nom, vous dira-t-elle, Pourrait être terrible encor... Mais, le héros que je rappelle, Il dort! Il dort! Il dort et sa tête repose Sur des lauriers dus au vainqueur. Il dort et son apothéose Se grave au temple de l’honneur. Tous avec moi versez des larmes, Guerriers que respecta la mort; Car vous direz, posant vos armes : Il dort! Il dort! Source: http://www.poesies.net