Pastorale Comique. (1667) Le Ballet Des Muses. (1665) Par Jean-Baptiste Molière (1622-1673) TABLE DES MATIERES Pastorale Comique. Personages. Notes Et Variantes. Le Ballet Des Muses. Notes Pastorale Comique. PERSONAGES Iris, jeune bergère. Lycas, riche pasteur. Filène, riche pasteur. Coridon, jeune berger. Berger Enjoué. Un Pâtre. La première scène est entre Lycas, riche pasteur, et Coridon, son confident. La seconde scène est une cérémonie magique de chantres et danseurs. LES DEUX MAGICIENS DANSANTS sont: les sieurs La Pierre et Favier. LES TROIS MAGICIENS ASSISTANTS ET CHANTANTS sont: MM. le Gros, Don et Gaye. Ils chantent. (1) Déesse des appas, Ne nous refuse pas La grâce qu'implorent nos bouches: Nous t'en prions par tes rubans, Par tes boucles de diamants, Ton rouge, ta poudre, tes mouches, Ton masque, (2) ta coiffe et tes gants. Ô toi! qui peux rendre agréables Les visages les plus mal faits, Répands, Vénus, de tes attraits Deux ou trois doses charitables Sur ce museau tondu tout frais. (3) Déesse des appas, Ne nous refuse pas La grâce qu'implorent nos bouches: Nous t'en prions par tes rubans, Par tes boucles de diamants, Ton rouge, ta poudre, tes mouches, Ton masque, ta coiffe et tes gants. Ah! qu'il est beau, Le jouvenceau! Ah! qu'il est beau! ah! qu'il est beau! Qu'il va faire mourir de belles! Auprès de lui, les plus cruelles Ne pourront tenir dans leur peau. Ah! qu'il est beau, Le jouvenceau! Ah! qu'il est beau! ah! qu'il est beau! Ho, ho, ho, ho, ho, ho. (4) Qu'il est joli, Gentil, poli! Qu'il est joli! qu'il est joli! Est-il des yeux qu'il ne ravisse? Il passe en beauté feu Narcisse, Qui fut un blondin accompli. Qu'il est joli, Gentil, poli! Qu'il est joli! qu'il est joli! Hi, hi, hi, hi, hi, hi. (5) LES SIX MAGICIENS ASSISTANTS ET DANSANTS sont: les sieurs Chicaneau, Bonard, Noblet le cadet, Arnald, Mayeu et Foignard. La troisième scène est entre Lycas et Filène, riches pasteurs. FILÈNE chante: (6) Paissez, chères brebis, les herbettes naissantes; Ces prés et ces ruisseaux ont de quoi vous charmer; Mais si vous desirez vivre toujours contentes, Petites innocentes, Gardez-vous bien d'aimer. Lycas, voulant faire des vers, nomme le nom d'Iris, sa maîtresse, en présence de Filène, son rival; dont Filène en colère chante. FILÈNE Est-ce toi que j'entends, téméraire, est-ce toi Qui nommes la beauté qui me tient sous sa loi? LYCAS répond: Oui, c'est moi; oui, c'est moi. FILÈNE Oses-tu bien en aucune façon Proférer ce beau nom? LYCAS Hé! pourquoi non? hé! pourquoi non? FILÈNE Iris charme mon âme; Et qui pour elle aura Le moindre brin de flamme, Il s'en repentira. LYCAS Je me moque de cela, Je me moque de cela. FILÈNE Je t'étranglerai, mangerai, Si tu nommes jamais ma belle. Ce que je dis, je le ferai, Je t'étranglerai, mangerai: Il suffit que j'en ai juré. Quand les dieux prendroient ta querelle Je t'étranglerai, mangerai, Si tu nommes jamais ma belle. LYCAS Bagatelle, bagatelle. La quatrième scène est entre Lycas et Iris, jeune bergère dont Lycas est amoureux. La cinquième scène est entre Lycas et un pâtre, qui apporte un cartel à Lycas de la part de Filène, son rival. La sixième scène est entre Lycas et Coridon. La septième scène est entre Lycas et Filène. FILÈNE, venant pour se battre, chante: Arrête, malheureux, Tourne, tourne visage, Et voyons qui des deux Obtiendra l'avantage. Lycas parle, et Filène reprend: C'est par trop discourir; Allons, il faut mourir. La huitième scène est de huit paysans, qui, venant pour séparer Filène et Lycas, prennent querelle et dansent en se battant. LES HUIT PAYSANS sont: les sieurs Dolivet, Paysan, Desonets, du Pron, la Pierre, Mercier, Pesan et le Roi. La neuvième scène est entre Coridon, jeune berger, et les huit paysans, qui, par les persuasions de Coridon, se réconcilient, et après s'être réconciliés, dansent. La dixième scène est entre Filène, Lycas et Coridon. La onzième scène est entre Iris, bergère, et Coridon, berger. La douzième scène est entre Iris, bergère, Filène, Lycas et Coridon. FILÈNE chante. (7) N'attendez pas qu'ici je me vante moi-même, Pour le choix que vous balancez: (8) Vous avez des yeux, je vous aime, C'est vous en dire assez. La treizième scène est entre Filène et Lycas, qui, rebutés par la belle Iris, chantent ensemble leur désespoir. FILÈNE (9) Hélas! peut-on sentir de plus vive douleur? Nous préférer un servile pasteur! Ô ciel! LYCAS Ô sort! FILÈNE Quelle rigueur! LYCAS Quel coup! FILÈNE Quoi? tant de pleurs, LYCAS Tant de persévérance, FILÈNE Tant de langueur, LYCAS Tant de souffrance, FILÈNE Tant de voeux, LYCAS Tant de soins, FILÈNE Tant d'ardeur, LYCAS Tant d'amour FILÈNE Avec tant de mépris sont traités en ce jour! Ha! cruelle, LYCAS Coeur dur, FILÈNE Tigresse, LYCAS Inexorable, FILÈNE Inhumaine, LYCAS Inflexible10, FILÈNE Ingrate, LYCAS Impitoyable, FILÈNE Tu veux donc nous faire mourir? Il te faut contenter. LYCAS Il te faut obéir. FILÈNE (11) Mourons, Lycas. LYCAS (12) Mourons, Filène. FILÈNE Avec ce fer finissons notre peine. LYCAS Pousse! FILÈNE Ferme! LYCAS Courage! FILÈNE Allons, va le premier. LYCAS Non, je veux marcher le dernier. FILÈNE Puisqu'un même malheur aujourd'hui nous assemble, Allons, partons ensemble. La quatorzième scène est d'un jeune berger enjoué, qui, venant consoler Filène et Lycas, chante: Ha! quelle folie De quitter la vie Pour une beauté Dont on est rebuté! On peut, pour un objet aimable Dont le coeur nous est favorable, Vouloir perdre la clarté; Mais quitter la vie Pour une beauté Dont on est rebuté, Ha! quelle folie! La quinzième et dernière scène est d'une Égyptienne, suivie d'une douzaine de gens, qui, ne cherchant que la joie, dansent avec elle aux chansons qu'elle chante agréablement. En voici les paroles: PREMIER AIR. D'un pauvre coeur Soulagez le martyre, D'un pauvre coeur Soulagez la douleur. J'ai beau vous dire Ma vive ardeur, Je vous vois rire De ma langueur. Ah! cruelle, j'expire Sous tant de rigueur. D'un pauvre coeur Soulagez le martyre, D'un pauvre coeur Soulagez la douleur. SECOND AIR Croyez-moi, hâtons-nous, ma Sylvie, Usons bien des moments précieux; Contentons ici notre envie, De nos ans le feu nous y convie: Nous ne saurions, vous et moi, faire mieux. Quand l'hiver a glacé nos guérets, Le printemps vient reprendre sa place, Et ramène à nos champs leurs attraits; Mais, hélas! quand l'âge nous glace, Nos beaux jours ne reviennent jamais. Ne cherchons tous les jours qu'à nous plaire, Soyons-y l'un et l'autre empressés; Du plaisir faisons notre affaire, Des chagrins songeons à nous défaire: Il vient un temps où l'on en prend assez. Quand l'hiver a glacé nos guérets, Le printemps vient reprendre sa place, Et ramène à nos champs leurs attraits; Mais, hélas! quand l'âge nous glace, Nos beaux jours ne reviennent jamais. L'ÉGYPTIENNE QUI DANSE ET CHANTE est: Noblet l'aîné. LES DOUZE DANSANTS sont: Quatre jouant de la guitare, M. de Lully, MM. Beauchamp, Chicaneau et Vagnart. Quatre jouant des castagnettes, Les sieurs Favier, Bonard, Saint-André et Arnald; Quatre jouant des gnacares13, MM. La Marre, Des-Airs second, Du Feu et Pesan. QUATRIÈME ENTRÉE En l'honneur d'Euterpe, muse pastorale, quatre bergers et quatre bergères dansent, au chant de plusieurs autres, sur des chansons en forme de dialogue. I. CHANSON SUR UN AIR DE GAVOTTE Un berger chante les deux premiers vers, et le choeur les répète. M. Fernon. Vous savez l'amour extrême Que j'ai pris dans vos beaux yeux. LE BERGER continue: Hâtez-vous d'aimer de même: Les moments sont précieux; Tôt ou tard il faut qu'on aime, Et le plus tôt c'est le mieux. Le choeur répète. UN AUTRE BERGER chante. M. Le Gros. En douceurs l'Amour abonde, Tout se rend à ses appas. Le choeur répète ces derniers vers. LE BERGER continue: On ressent ses feux dans l'onde Et dans les plus froids climats; Il n'est rien qui n'aime au monde; Pourquoi n'aimoriez-vous pas? Le choeur répète II. CHANSON SUR UN AIR DE MENUET UN BERGER chante les deux premiers vers, et le choeur les répète. M. Fernon. Vivons heureux, aimons-nous, bergère; Vivons heureux, aimons-nous. LE BERGER continue: Dans un endroit solitaire Fuyons les yeux des jaloux. LE CHOEUR Vivons heureux, aimons-nous, bergère; Vivons heureux, aimons-nous. LE BERGER Dansons dessus la fougère: Jouons aux jeux les plus doux. LE CHOEUR Vivons heureux, aimons-nous, bergère; Vivons heureux, aimons-nous. UN AUTRE BERGER chante les deux premiers vers, et le choeur les repète. Aimons, aimons-nous toujours, Silvie, Aimons, aimons-nous toujours. LE BERGER continue: Sans une si douce envie À quoi passer nos beaux jours? LE CHOEUR Aimons, aimons-nous toujours, Silvie, Aimons, aimons-nous toujours. LE BERGER Les vrais plaisirs de la vie Sont dans les tendres amours. LE CHOEUR Aimons, aimons-nous toujours, Silvie, Aimons, aimons-nous toujours. QUATRE BERGERS ET QUATRE BERGÈRES BERGERS: LE ROI, le marquis de Villeroi, les sieurs Raynal et La Pierre. BERGÈRES: MADAME, Mme de Montespan, Mlle de La Vallière et Mlle de Toussi. HUIT BERGERS CHANTANTS: MM. Destival, Hédouin, Gingan, Blondel, Magnan, Gaye; Buffeguin et Auger, pages. HUIT BERGÈRES CHANTANTES: MM. Le Gros, Fernon I'aîné, Fernon le jeune, Rebel, Cottereau, Lange; et Saint-Jean et Luden, pages. CINQUIÈME ENTRÉE En faveur de Clio, qui préside à l'Histoire, voulant représenter quelque grande action des siècles passés, on n'a pas cru pouvoir en choisir une plus illustre ni plus propre pour le ballet que la bataille donnée par Alexandre contre Porus, et la générosité que pratiqua ce grand monarque après sa victoire, rendant aux vaincus tout ce que le droit des armes leur avait ôté. Le combat s'exprime par des démarches et des coups mesurés au son des instruments, et la paix qui le suit est figurée par la danse que les vainqueurs et les vaincus font ensemble. ALEXANDRE ET PORUS, CINQ GRECS ET CINQ INDIENS ALEXANDRE: M. Beauchamp. CINQ GRECS: M. de Souville, MM. La Marre, du Pron, Des-Airs le cadet et Mayeu. Descousteaux, tambour. Philebert et Jean Hottere, flûtes. PORUS: M. Cocquet. CINQ INDIENS: MM. Paysan, Du Feu, Arnald, Jouan et Noblet le cadet; Vagnart, tambour; Piesche et Nicolas Hottere, flûtes. SIXIÈME ENTRÉE Pour Calliope, mère des beaux vers, cinq Poètes de différents caractères dansent la sixième entrée. CINQ POÈTES POÈTE: M. Dolivet. POÈTES SÉRIEUX: le sieur Mercier et Brouard. POÈTES RIDICULES: le sieur Pesan et le Roi. SEPTIÈME ENTRÉE ET RÉCIT On fait paraître Orphée (fils de cette Muse Calliope) qui, par les divers sons de sa lyre, exprimant tantôt une douleur languissante et tantôt un dépit violent, inspire les mêmes mouvements à ceux qui le suivent; et, entre autres, une Nymphe, que le hasard a fait rencontrer sur l'un des rochers qu'il attire après lui, est tellement transportée par l'effet de cette harmonie, qu'elle découvre, sans y penser, les secrets de son coeur par cette chanson: Amour trop indiscret, devoir trop rigoureux, Je ne sais lequel de vous deux Me cause le plus de martyre: Mais que c'est un mal dangereux D'aimer et ne le pouvoir dire! ORPHÉE: M. de Lulli. NYMPHE: Mlle Hilaire. HUIT TRACIENS: MM. Des-Airs l'aîné, Des-Airs Galant, Noblet l'aîné, Favier, Saint-André, Desonets, Bonard et Foignac. HUITIÈME ENTRÉE Pour Érato, que l'on invoque particulièrement en amour, on a tiré six amants de nos romans les plus fameux, comme Théagène et Cariclée, Mandane et Cyrus, Polexandre et Alcidiane. TROIS AMANTS ET TROIS AMANTES AMANTS: Cyrus, LE ROI Polexandre, le marquis de Villeroi; Théagène, M. Beauchamp. AMANTES: Mandane, M. Raynal; Alcidiane, le marquis de Mirepoix; Cariclée, le sieur La Pierre. NEUVIÈME ENTRÉE Pour Polymnie, de qui le pouvoir s'étend sur l'Éloquence et la Dialectique, trois philosophes grecs et deux orateurs romains sont représentés en ridicule par des comédiens français et italiens, auxquels on a laissé la liberté de composer leurs rôles. ORATEURS LATINS ET PHILOSOPHES GRECS ORATEURS LATINS Cicéron: Arlequin. Hortence: Scaramouche. Sénateur: Valerio. PHILOSOPHES GRECS Démocrite: Montfleury. Héraclite: Poisson. Le Cynique: Brécourt. DIXIÈME ENTRÉE Pour Terpsichore, à qui l'invention des chants et des danses rustiques est attribuée, on fait danser quatre Faunes et quatre Femmes sauvages, qui, pliant en diverses façons des branches d'arbre, en font mille tours différents; et leur danse est agréablement interrompue par la voix d'un jeune Satyre: RÉCIT DU SATYRE Le soin de goûter la vie Est ici notre emploi: Chacun y suit son envie C'est notre unique loi. L'Amour toujours nous inspire Ce qu'il a de plus doux: Ce n'est jamais que pour rire Qu'on aime parmi nous. SATYRE: M. Le Gros. QUATRE FAUNES: M. Dolivet, les sieurs Saint-André, Noblet l'aîné et Des-Airs galant. QUATRE FEMMES SAUVAGES: les sieurs Bonard, Desonets, Favier et Foignac. ONZIÈME ENTRÉE Les neuf Muses et les neuf filles de Piérus dansent à l'envi, tantôt séparément et tantôt ensemble, chacune de ces deux troupes aspirant avec même ardeur à triompher de celle qui lui est opposée. PIÉRIDES: MADAME; Mme de Montespan, Mme de Cursol, Mlle de La Vallière, Mlle de Toussi, Mlle de La Mothe, Mlle de Fiennes, Mme de Ludre, Mlle de Brancas. MUSES: Mmes de Villequier, de Rochefort, de La Vallière, du Plessis, d'Eudicourt; Mlles d'Arquien, de Longueval, de Coëtlogon, de La Mare. DOUZIÈME ENTRÉE Trois Nymphes, qu'elles avaient choisies pour juges de leur dispute, viennent pour la terminer par leur jugement. TROIS NYMPHES JUGES DU COMBAT: LE ROI; Le marquis de Villeroi, et M. Beauchamp. TREIZIÈME ET DERNIÈRE ENTRÉE Mais les Piérides condamnées, ne voulant pas céder et recommençant la contestation avec plus d'aigreur qu'auparavant, forcent Jupiter à punir leur insolence en les changeant en oiseaux. JUPITER: M. Le Grand. "Après ce Livret, viennent des Vers sur la personne et le personnage de ceux gui dansent au Ballet." Notes Et Variantes. (1) Var. Deux magiciens commencent, en dansant, un enchantement pour embellir Lycas; ils frappent la terre avec leurs baguettes, et en font sortir six Démons, qui se joignent à eux. Trois Magiciens sortent aussi de dessous terre. LES TROIS MAGICIENS CHANTANT. (1734). (2) Ton masque: une dame qui se respecte met un masque quand elle sort de chez elle, pour se protéger du hâle. (3) Var. Les six Démons habillent Lycas d'une manière ridicule et bizarre. (1734). (4) Var. Les Magiciens et les Démons continuent leurs danses, tandis que les trois Magiciens chantants continuent à se moquer de Lycas. (1734). (5) Var. Les trois magiciens chantants s'enfoncent dans la terre, et les Magiciens dansants disparaissent. (1734). (6) Var. FILÈNE, sans voir Lycas, chante. (1734). (7) Var. (Lycas et Filène, amants de la bergère, la pressent de décider lequel des deux aura la préférence). FILÈNE, à Iris. (1734). (8) Balancer: « considérer mûrement dans son esprit » (Académie, 1694), peser mûrement. (9) Var. (La bergère décide en faveur de Coridon.) FILÈNE chante. (1734). 10 Var. Insensible. (1734). 11 Var. FILÈNE, tirant son javelot. (1734). 12 Var. LYCAS, tirant son javelot. (1734). (13) Gnacare: espèce d'instrument de musique importé d'Orient par les Croisés et qui s'apparentait à la timbale de petites dimensions. Le Ballet Des Muses (1665). DANSÉ PAR SA MAJESTÉ EN SON CHÂTEAU DE SAINT-GERMAIN-EN-LAYE LE 2 DÉCEMBRE 1665 ARGUMENT Les Muses, charmées de la glorieuse réputation de notre monarque, et du soin que sa majesté prend de faire fleurir tous les arts dans l’étendue de son empire, quittent le Parnasse pour venir à sa cour. Mnémosyne (1) qui, dans les grandes images qu’elle conserve de l’antiquité, ne trouve rien d’égal à cet auguste prince, prend l’occasion du voyage de ses filles pour contenter le juste désir qu’elle a de le voir, et, lorsqu’elles arrivent ici, fait avec elles l’ouverture du théâtre par le dialogue qui suit. DIALOGUE DE MNÉMOSYNE ET DES MUSES Mlle Hilaire MNÉMOSYNE Enfin, après tant de hasards, Nous découvrons les heureuses provinces Où le plus sage et le plus grand des princes Fait assembler de toutes parts La gloire, les vertus, l’abondance et les arts. LES MUSES Rangeons-nous sous ses lois ; Il est beau de les suivre : Rien n’est si doux que de vivre À la cour de LOUIS, le plus parfait des rois. MNÉMOSYNE Vivant sous sa conduite, Muses, dans vos concerts, Chantez ce qu’il a fait, chantez ce qu’il médite, Et portez-en le bruit au bout de l’univers. Dans ce récit charmant faites sans cesse entendre À l’empire français ce qu’il doit espérer, Au monde entier ce qu’il doit admirer, Aux rois ce qu’ils doivent apprendre. LES MUSES Rangeons-nous sous ses lois ; Il est beau de les suivre : Rien n’est si doux que de vivre À la cour de Louis, le plus parfait des rois. Tous les Arts établis déjà dans le Royaume, s’étant assemblés de mille endroits pour recevoir plus dignement ces doctes filles de Jupiter, auxquelles ils croient devoir leur origine, prennent résolution de faire en faveur de chacune d’elles une entrée particulière. Après quoi, pour les honorer toutes ensemble, ils représentent la célèbre victoire qu’elles remportèrent autrefois sur les neuf filles de Piérus. LES NEUF SOEURS MUSES CHANTANTES : MM. Legros, Fernon l’aîné, Fernon le jeune, Lange, Cottereau ; Saint-Jean et Buffeguin, pages de la musique de la chambre ; Auger et Luden, pages de la chapelle. LES SEPT ARTS MM. Hédouin, Destival, Gingan, Blondel, Rebel, Magnan et Gaye. PREMIÈRE ENTRÉE Pour Uranie, à qui l’on attribue la connaissance des cieux, on représente les Sept Planètes, de qui l’on contrefait l’éclat par les brillants habits dont les danseurs sont revêtus. JUPITER, LE SOLEIL, MERCURE, VÉNUS, LA LUNE, MARS ET SATURNE, les Sept Planètes. LE SOLEIL: M. Cocquet. JUPITER : du Pron. MERCURE : Saint-André. VÉNUS : Des-Airs l’aîné. LA LUNE : Des-Airs galant. MARS, M. de Souville. SATURNE : Noblet l’aîné. DEUXIÈME ENTRÉE Pour honorer Melpomène, qui préside à la Tragédie, l’on fait paraître Pyrame et Thisbé, qui ont servi de sujet à l’une de nos plus anciennes pièces de théâtre [2] . PYRAME ET THISBÉ Pyrame : M. le Grand. Thisbé : le marquis de Mirepoix. TROISIÈME ENTRÉE Talie, à qui la comédie est consacrée, a pour son partage une pièce comique représentée par les comédiens du roi, et composée par celui de tous nos poètes qui, dans ce genre d’écrire, peut le plus justement se comparer aux anciens. Notes. (1) Fille d'Uranus, déesse de la mémoire et mère des muses. (2) Cette tragédie, composée par Théophile de Viau, le poète libertin, connut un immense succès : jouée en 1621, la pièce fut publiée en 1623 et imprimée soixante-treize fois entre 1626 et 1698. Le thème de cette pièce est celui des amours contrariées de très jeunes amants, selon une histoire tirée des Métamorphoses d'Ovide. Source: http://www.poesies.net.