Les Jurassiennes. (1893) Par Léon Huot. (1869-19??) A La Mémoire Des Miens Qui Ne Sont Plus. TABLE DES MATIÈRES LETTRES-PREFACE I Lettre De François Coppée. II Lettre De Sully-Prudhomme. III Lettre De Eugène Manuel. IV Au Lecteur. PAR MONTS ET PAR VAUX. LIVRE PREMIER I Invocation. II Encore A Vous Mes Monts. III Le Mont-D'Or. IV Le Lac De Saint-Point. V Au Clair De La Lune. VI La Source Bleue. VII Le Fort De Joux. VIII Le Gros Taureau. IX Le Val De Saint-Sulpice. X 1476. XI La Source De L'Areuse. XII Aux Gorges De L'Areuse. XIII A Rousseau. XIV A La Nymphe De L'Areuse. XV Les Bassins Du Doubs. XVI Le Saut-Du-Doubs. XVII Le Col Des Roches. XVIII Une Aire Prie-Dieu. XIX Le Val De La Loue. LIVRE DEUXIÈME PASTELS ET CROQUIS XX Soir D'Automne. XXI Soirs D'Hiver. XXII Mon Nid. XXIII A La Tour Du Chatelard. XXIV Croquis Sur Le Vif. XXX A Mes Sapins. XXVI Un Orage Sous Les Sapins. XXVII Une Nuit Sous Les Sapins. XXVIII Brouillard Matinal. LIVRE TROISIÈME DE CI, DE LA XXIX Mon Exposition. XXX Un Crime. XXXI La Jeune Parisienne. XXXII Zéphyr. XXXIII Victimes. XXXIV Chanson D'Hiver. XXXV A La Solitude. XXXVI Vision. XXXVII Aux Baigneurs. XXXVIII Aux Poètes. XXXIX En Ballon. XL Helvétia! Notes. LETTRES-PREFACE I Lettre De François Coppée. Mandres, 25 Octobre 1892. Monsieur et cher Confrère, Je vous remercie du charmant sonnet que vous m'avez adressé et des dédicaces sympathiques dont vous avez bien voulu me faire honneur parmi vos belles rimes jurassiennes. Il y a de superbes paysages, très sentis, dans votre livre, et je vous suis obligés de me l'avoir fait lire. Mes cordiales sympathies. François Coppée. II Lettre De Sully-Prudhomme. Aulnay, 27 Juillet 1892. Merci de tout coeur, Monsieur et cher Confrère, pour la dédicace que vous m'offrez et que j'accepte très volontiers, car la pièce est excellente, bien sentie et versifiée consciencieusement et avec art. Toutes mes sympathies. Sully-Prudhomme. III Lettre De Eugène Manuel. Paris 25 Septembre 1892 Monsieur et aimable confrère, J'ai voulu vous lire, je vous ai lu, et c'est à peine si j'ai besoin de vous dire combien m'ont frappé vos <>! Il y a là un sentiment vif et profond de la nature, une inspiration sincère, une exécution remarquable, eu égard à vos études et aux difficultés que vous aviez à vaincre. Pour un début, -et bien qu'un peu uniforme de ton et de facture, vos poésies sont, pour la plupart, fort intéressantes, et dénotent un tempérament de poète. Je garderai précieusement votre pièce <> dont je vous remercie, et je vous renverrai, par un prochain courrier, votre manuscrit, que vous devez être impatient de revoir! Votre tout dévoué Eugène Manuel. IV Au Lecteur. Lecteur, ami lecteur, ne sois pas trop sévère Pour ce petit début; et mes timides vers, Oisillons envolés des Monts que je revère, S'ils échappent aux lacs des critiques pervers, Iront te murmurer, sur des rythmes divers, Leurs accords frais éclos près de la primevére. Ils ne te parleront d'amours, ni de douleurs, Ni des illusions dont notre ame se leurre. Puissent-ils t'apporter un reflet des couleurs Champêtres, ou l'écho de la chute qui pleure! . . . Puisse-je t'avoir fait soupirer après l'heure Où, libre, tu courras dans les bois et les fleurs! Besançon, 15 Juillet 1893. PAR MONTS ET PAR VAUX. LIVRE PREMIER I Invocation. Juras, monts adorés allongés côte à côte, La petite montagne â l'ombre de la haute, Entre les vals, sillons tracés un jour par Dieu Avec le temps, ce soc qui creuse sans relâche, Minuscules bijoux en la géante tâche Que l'Éternel poursuit en tout temps, en tout lieu; Juras, monts adorés, comment jamais pourrai-je Peindre en mes jeunes vers vos fronts qu'aime la neige, Vois bois chers aux sapins, vos prés chers aux bergers Comment dans le ciel bleu mes notes réjouies Pourront-elles, chantant vos beautés inouïes, Prendre un essor vainqueur des autans passagers? . . . Juras, monts adorés, de quelles harmonies Traduirai-je en tremblant vos splendeurs infinies?. Oh que vous êtes grands, et que je suis petit Pour oser récolter quelques fleurs poétiques Sur vos sommets chéris, aux attraits magnétiques, Où l'âme se dilate, où l'horizon grandit! Juras, monts adorés, vous avez fait éclore En mon coeur tendre et pur comme un reflet d'aurore Aux magiques rayons. Vous m'avez fait ouïr Dans le fracas de l'onde ou le chant du zéphire De frais accents que j'ai transposés sur ma lyre. Sur vos côtes, la Muse un jour vint m'éblouir. Juras, monts adorés, que je sois votre prêtre! Sans secrets, à mes yeux, laissez-vous apparaitre Et soutenez mes chants de vos graves concerts. Ah prêtez à mon vers la couleur de vos charmes! Que ma strophe, qui fuit la foule et ses vacarmes, Monte sur vos sommets pour voler dans les airs! (Écrit sur le Mont Suchet, en Suisse.) II Encore A Vous Mes Monts. Vous n'avez pas. Ô monts, les neiges éternelles, Les glacie épandus en nappes solonnelles, Les perfides ravins plongeant jusqu'aux enfers, Les aiguilles montant, comme aux lances les fers. Vous navez pas, ô monts, les neiges éternelles. . . Meilleurs que les géants, Alpes ou Pyrénées. Vos sommets sont féconds; vos côtes fortunées Au montagnard heureux donnent un abri sur; Et vous vous déroulez, sous le limpide azur, Meilleurs que les géants, Alpes ou Pyrénées. . . Sur vos dômes riants, l'homme n'est point étrange, Monts à qui les sapins font une sombre frange. Les pics, avec' la neige, ont plus de majesté, Vous, avec le gazon, vous avez la bonté. Sur vos dômes riants, l'homme n'est point étrange. Mais vous avez aussi vos spectacles sublimes Les sapins découpant le ciel, comme des limes, Les couchants dont les feux pourprés dorent le soir, Le val crachant la brume, admirable encensoir. Mais vous avez aussi vos spectacles sublimes! . . . Je nous aime, Ó mes monts, mes côtes, mes ravines, Mes lacs et mes chalets! ô merveilles divines, a vous, sur qui souvent planent mes rêves d'or, Vous êtes mon immense et précieux trésor! Je nous aime, Ó mes monts, mes côtes, mes ravines! . . . (Écrit sur le Mont Poupet, près Salins.) III Le Mont-D'Or. A Dionya Ordinaire. Mont d'Or, le bien nommé. Toi que le soleil dore Et vêt chaque matin de ses rayons d'aurore Comme d'un radieux pourpoint. Tandis qu'au fond du val le bruit sommeille encore, Et que le jour à peine y point, je viens m'extasier au ravissant spectacle De ton front empourpré. glorieux réceptacle Des premiers baisers du soleil A la terre, l'amante: imposant tabernacle Aigretté d'or et de vermeil. . . A peine un petit coin de ta rocheuse tête, Celui-là qu'aime aussi le fouet de la tempête, Sort de l'ombre et devient sanglant. . . Tel un guerrier romain paré pour une fête, Casqué de cuivre étincelant! . . . La tache d'or descend de plus en plus. La cime Prend le magique aspect d'un ostensoir sublime Posé sur un autel géant; La radiation de sa splendeur anime Le fond sombre du val béant. Car déjà sur les flancs du dôme grandiose La lumière ruisselle. Et l'aurore au pied rose Sort des satins et des velours Du lit oriental, et la nuit se dispose A replier ses voiles lourds. . . Et maintenant la vie au vallon se devine, Du clair-obscur brumeux qui stagne en la ravine S'exhale un tumulte confus; Tandis que les troupeaux en cette aube divine Carillonnent leur Angelus. . . O Mont d'Or, n'es-tu pas l'emblème du génie? . . . Comme toi, ceux sur qui de Dieu la main bénie Fit pleuvoir un flot de rayons, Ceux que parfois visite une extase infinie Au sein des méditations, Ceux-là contemplent l'Art, cette étoile de l'âme, Et leur front triomphant s'auréole de flamme. Si vers ce nimbe épanoui L'homme lève un regard, de son ombre il l'acclame, Et son oeil en est ébloui! . . . IV Le Lac De Saint-Point. A Edouard Grenier. J'ai vu des lacs géants baignant des pics neigeux, Où souffle des autans la cohorte insensée. Et dont l'onde en courroux, bouillonnante et glacée. Flagelle les esquifs de ses flots orageux. Lorsqu'un rare zéphyr leur souffle l'accalmie, Leur surface s'entr'ouvre st se sille en tous sens Sous l'étrave de fer. Lee bateaux mugissants Insultent la candeur de la nymphe endormie. Mais toi, mon lac charmant, si calme, si coquet, Ta modeste splendeur se cache, inviolée; Tu n'as point vu la troupe âpre et bariolée Des touristes, chassés par les hôtes au guet. Les pics ne mirent pas leurs couronnes de glace En ton miroir intime, et l'écumeux torrent Ne vient point achever son sursaut délirant Dans ton onde que Dieu d'un frais gazon enlace; Tes bords hospitaliers n'effarent point les yeux De masses étageant leurs lignes chaotées, De monts vertigineux aux croupes irritées. . . Mais ils ont des coteaux aux contours gracieux, Où le pâtis si vert et la forêt si sombre S'entrepercent ainsi que deux fiers bataillons! Où planent, égrenés! les joyeux carillons, Sonores oraisons.-de leurs troupeaux sans nombre. . . Qu'il est doux de glisser sur ce lac qui mc plait Mon passeur fait grincer sa godille dolente, Il chante avec les flots une complainte lente, Et sa rame conduit le rythme du couplet. Et le ciel bleu s'étend sur la surface verte, L'azur n'est point terni par la grise vapeur Qui sort en tourbillons d'un paquebot jappeur. . . Il plane du bonheur sur cette onde déserte. . . Et cela, c'est gracile, et gentil, et charmant. Les Alpes font pleurer, le Jura fait sourire, Epanouit le coeur, l'accalmit, y fait luire Du rêve l'éclatant et pur rayonnement. . . Tout, ici, me ravit, et la corde argentine Résonne dans mon coeur, ce luth intérieur Et grisé de ce calme étrangement rieur, Je prononce, pensif, les vers de Lamartine! . . . (Ecrit sur le lac de St-Point.) V Au Clair De La Lune. A Louis Mercier. Solitaire et planant sur la surface lisse De ce lac si coquet. ma frèle barque glisse Avec un bruit discret. mélodicux flic-flac. Doux murmure des flots menus que le vent plisse. Mystique langage du lac. . . C'est le soir, un soir calme, avec ciel clair et lune.. Le poète innocent. sans haine ni rancune, Laisse son Coeur s'emplir de mystére enchanteur, Son être, se plonger au calme de la brume, Comme en un bain réparateur. Là-haut, la lune, emmi les étoiles brillantes, jette au site l'éclat de ses clartés riantes, Et de ses gais rayons anime le décor. Sur les flots elle met des gerçures sillantes, Avec de longs rais lamés d'or. . . Et tandis que la brise en passant m'échevèle Et prête à chaque flot une ride nouvelle, Le lac clapote un peu les arbres, dans la nuit, Saules, sapins, roseaux, que leur concert révèle, Font un doux chant sur ce doux bruit. Ce repos solennel qui plane en la nature Descend avec lenteur en toute créature Et donne au paysage un attrait souverain. Et ma prière monte. Et tout là-bas murmure Un timide Angelus d'airain. (Sur le lac de Joux.) VI La Source Bleue. A Sully Prudhomme. Toi, source murmurante Au flot bleu, tranquille et pur. Toi qu'une fable charmante Fait sortir d'un l"oeil d'azur. (1) Sembles, O source tière, Un oeil aux regards divins. A la pierreuse paupière Entre des cils de sapins; Ton aspect, source candide, En ces grandioses monts, Près du roc gris et sordide Aux grimaces de démons, En ce bois noir et farouche De sapins mystérieux, Fait envoler de ma bouche La strophe au vers sérieux. Oh n'es-tu pas belle source, Toi dont le flot va mugir Et précipiter sa course Après qu'il vient de vagir, L'image de la jeunesse D'abord pure ainsi que toi, Et dont l'angélique ivresse Vite a fait place à l'effroi? . . . De même qu'elle, ton onde, Là-bas, d'horreur jette un cri En froissant la fange immonde Et le hideux tronc pourri. Ici, la moelleuse mousse, Tapissant les rocs tortus, Te fait une enfance douce En parant les chocs ardus. Là, symbole de la vie: Tu souffres en travaillant, Car la roue inassouvie Se rive à ton flot vaillant. la toujours, de chute en chute, De la scierie au chalet, Du moulin à la cahute Comme un forçat au boulet, Tu dépenses l'existence Que l'Eternel te préta Pour l'homme, sans résistance, Comme Christ au Golgotha. Plus loin, modérant tes ondes, Tu serpentes dans les prés Verdoyants que tu fécondes De tes flots désazurés; Comme toi, brisé par l'âge, Le vieillard retrouve un peu De ce calme sans orage Qu'a l'enfance au regard bleu. Comme toi le vieillard tombe Sous l'étreinte de la mort, L'une au lac, l'autre à la tombe, A regret, mais sans remord. (Sur les bords de la source bleue.) VII Le Fort De Joux. A Xavier Marmier. Que de lois, le front haut et les yeux tout pensifs, J'ai passé dans la cluse entre ces monts massifs Qui portent sur leur front chacun un fort superbe! On dirait à les voir, deux héros couronnés, Duellistes vieillis, que l'âge a condamnés Au repos, mais gardant leur attitude acerbe. . . De ces deux forts hardis, le plus grand, le plus beau, Tenant tout à la fois de l'aire et du tombeau, C'est le Castel de Joux, effronté, plein de morgue, Au bord du précipice élevant crânement Ses murs, au roc à pic soudés étroitement, Avec, d'en bas, l'aspect lugubre d'une morgue! Le Moyen Age est là, trônant sur le mont noir, Evoqué par l'antique et sinistre manoir, Bastions, pont-levis, créneaux et meurtrières, Traîtres machicoulis par où vola la mort, Murailles aux flancs gris que la broussaille mord, Chaos d'angles soudards et de lignes guerrières. Et je suis tout surpris de voir au fond du col, Au lieu de cabanons hideux, pétris de sol, Et puant la misère avec la servitude, Un village moderne, agréable, élégant, Contrastant fort avec le profil arrogant Du Chateau que le temps trouva sans lassitude. Sondant cet tige affreux des chaines et des jougs, Je revois le profil pur de Berthe de Joux. De cette infortunée et tendre chàtelaine. . . Le manoir, découpé sur le couchant si beau, Est noir comme Toussaint grand comme Mirabeau De ces géants, ces murs comprimèrent l'haleine. Et maintenant, ô noir fantôme des tyrans, On a mieux dirigé tes rêves conquérants, Du castel on a fait le fort inabordable. Tu me parais, avec le mont qui te soutient. Un sphinx énigmatique, altier et qui contient, De la menace dans sa gueule épouvantable! . . . (Devant le Fort de Joux.) ************Page ******STOPED THERE**************** VIII Le Gros Taureau. A André Theuriet. Et maintenant, hissé sur la mouvante cime D'un sapin solitaire en ce sommet sublime, Maintenant que l'espace arrête mon essor, Je puis m'extasier a ce touchant spectacle, De cette immensité faire un grand tabernacle A mes si tendres rêves d'or. Que d'espace! que d'air mon âme se dilate, Puis lentement se serre, et dans mon coeui, éclate Quelque chose qui n'est ni rire, ni sanglot. . . Car le grand, l'infini fascinent la pensée Et dans leurs profondeurs la tiennent balancée. . . Telle est la mer au matelot. Que de monts! Quel chaos de crêtes et de croupes Que de léviathans! Quelles grotesques troupes De monstres au dos rond toisonnés de sapins! En l'espace erre et plane une vapeur subtile. On dirait que l'azur, las de son ciel tranquille, Pleut sur les horizons lointains! Villages et chalets parsément l'étendue, Tandis que, tout là-bas, comme aux cieux suspendue, Se dresse l'Alpe fière aux pics blancs et pensifs, Montrant leurs fronts neigeux par dessus les épaules Des Juras, comme un clan d'aïeux graves et drôles, Derrière leurs neveux chétifs. . . Le soir calme descend dans le creux des vallées, Eteignant les reflets. En d'épiques mêlées, Les nuages rougis par les feux du Couchant Se disputent le ciel. A l'horizon gris pâle, Le soleil disparaît, chauve cràne d'opale Avec quelques cheveux d'argent. . . Rêver, seul, voir de haut et bien loin, à cette heure Où tout semble plus grand et plus loin, où tout leurre Nos veux, à l'heure où l'on commence à voir briller La lune dans les cieux déjà piquée d'étoiles, Où, sournoise, la nuit ourdit ses sombres toiles, C'est ce que j'appelle prier! . . . (Aux feux du crépuscule, sur un sapin.) IX Le Val De Saint-Sulpice. A Monsieur et Madame Ch. Lambelet. Le cirque est là, béant étreignant dans sa courbe Forêts, prés et maisons. . . L'Areuse se recourbe Comme un glauque serpent, Froissant le bourg coquet de ses écailles vertes, Et pale par instants des blessures souffertes Sur le rocher coupant. . . Et là-haut, à mi-côte, un train court et s'essouffle, Enfumant le rocher qui d'herbe s'emmitoufle. . . Sur les hauts viaducs Il a l'air de planer ainsi qu'un volatile, Tandis qu'en les tunnels il fuit comme un reptile Entre les rocs caducs. . . Et parmi les maisons, quelques rouges fabriques Elèvent dans les airs leurs longs tuyaux de briques, Grêles, ambitieux, Crachant dans l'azur clair leurs spires de fumée. Et ce site est charmant cette conque fermée Sauf du côté des cieux! . . . (A Saint-Sulpice.) X 1476 A.A. Cattan (????) Il surgit du vieux roc, le vieil anneau rouillé. Du roc noirci par et lépré par la mousse Du roc hideux et chauve à la crête apre et rousse, Scrofuleux, rachitique et de lichens souillé. . . Cet anneau soulignant une date incrustée: Mil quatre cent soixante-et-seize: en mon esprit. Eveille un souvenir que l'Helvétie écrit En lettres d'or dans son histoire cahotée. . . Et là, devant mes yeux, ressuscitent soudain, L'imagination étant une magie, La clameur en courroux par la troupe rugie, Et des fiers combattants l'aspect dur et hautain; Je vois, joignant les deux rochers, les grosses chaines Sur lesquelles, comblant la gueule des ravins, S'entassent des amas de rocs et de sapins: Là-haut, les Suisses, forts et grands comme des chênes, Se profilent, gardant jalousement leurs monts Unis comme d'un pont par ràpre barricade; En bas, le Téméraire insulte l'embuscade, Et les soudards rageurs hurlent à pleins poumons. Je vois les chevaliers, dont les fortes armures, Avec des cliquetis et des gestes d'éclair, Avance lentement, sous le ciel calme et clair, A travers les sapins retenant leurs murmures. Je vois les dards d'acier, les morions de fer, Les étendards honteux, les lourdes arquebuses, Les espadons géants, les écus faits aux ruses. Et j'entends retentir un vacarme d'enfer! (A l'endroit où, il y a plus de quatre siècles, furent arrétés les Bourgnons.) XI La Source De L'Areuse. A mon Cher Frère, Joseph. J'ai vu la source claire aux ondes épurées Que la nature orna de couleurs azurées, La source au flot brillant. Aux contours gracieux, aux notes murmurées, Au gazouillis riant; Mais sur toi la nature a jeté l'anathème. . . Ton flot ne berce point la blanche chrysantème, Mais coule avcc terreur. . . Pour ton cours convulsé je t'admire et je t'aime, Et je plains ton malheur. Comme un pleur du rocher, chassé par la souffrance, Tu nais dans la torture et la désespérance, Dès que tu vois le jour. Sur ton berceau maudit, la misère et la transe Te tiennent lieu d'amour. . . Car tu ne connais pas la douceur des caresses, Le tranquille abandon, les premières ivresses, Le mousseux oreiller; Mais tu dois, à travers les roches que tu presses, Soufrrir et travailler. . . O source, ton malheur est grand, mais grandiose. . . A l'homme scrutateur questionnant la chose, Tu réponds que, souvent, La souffrance au labeur prématuré dispose Et fait homme l'enfant! (Au Val De Saint-Sulpice) XII Aux Gorges De L'Areuse. A M. Louis Pernod. O Gorges de l'Areuse, oserai-je prétendre A peindre dans mon vers, souvent candide et tendre Vos cirques infernaux. vos sublimes horreurs, Vos bas-fonds ténébreux à l'effrayant prestige, Vos gouffres dont s'exhale un perfide vertige, Vos ravins dont les flancs font un temple aux terreurs! . . . Que suis-je moi, le nain, dans vos gueules béantes, Devant vos blocs massifs et vos roches géantes? . . . Oh! ne repoussez pas le poète sacré! Laissez-le s'enfoncer dans vos recoins farouches. Il aime les bruits sourds qui sortent de vos bouches Autant que le soupir à peine murmuré. . . Ventousé sur le flanc d'une montagne abrupte, Inspiré, je demande à la nature brute L'émotion divine et le charme introuvé. Les rochers, sur ma tête. approchent leurs arêtes, Cherchant éperuûment à confondre leurs crêtes En un baiser que Dieu refuse au réprouvé. . . Car vous portez au front le sceau de l'anathème! Le démon furieux vous façonna lui-même Comme un défi lancé vers le beau ciel de Dieu; Et, comme deux forçats, rivés au sol qui tremble, Vous êtes coudamnés, en maudissant ensemble, A dire au monde heureux un éternel adieu! . . . Vous êtes presque nus,-le malheur rend stérile,- Et, du progrés hardi la puissance virile A taillé dans vos flancs un sentier qui vous mord, Comme un serpent que Dieu sur les méchants déchaine, Comme aux sombres captifs la strangulante chaine, La chaîne du péché, la chaine du remord. En bas, l'onde s'engouffre en le vide, elle entonne Un sinistre couplet, elle gronde, elle tonne. . . Neptune a-t-il ravi la foudre à Jupiter? . . . Hélas! la Nymphe croule au gouffre sombre et glauque, Sa robe à chaque roche se fend et s'effiloque, En laissant deviner son corps laiteux et fier. . . En haut, le ciel s'étend entre les deux mâchoires, D'un bleu tiède, fait pour les candeurs et les gloires. On croirait voir planer un étendard d'azur, Ou bien voir s'écouler, adorable contraste, Dans l'espace serein, avec splendeur et faste, Un fleuve de lapis majestueux et pur. . . Comme les râlements de ce site qui souffre, La bise impétueuse en la gorge s'engouffre Et se déchire aux dards de ces rochers méchants. . . Que je voudrais saisir ses mélodieux charmes, Sa musique qui plane au-dessus de ces larmes! . . . Mais les sanglots de l'eau, du vent couvrent les chants! O Gorges, votre horreur dépasse toute attente! . . . On songe en vous voyant aux neuf Cercles du Dante. . . Et cependant jamais mon rêve ne fut mieux Qu'en le mystère obscur de votre ombre sinistre: Car on voit de l'azur sur tous ces tons de bistre, Au-dessus de l'enfer, on aperçoit les cieux! . . . (A l'endroit le plus efffrayant des Gorges.) XIII A Rousseau. A Louis Duplain. Toi, père de l'Émile, amant de la nature, Un jour, persécuté par mille détracteurs, Toi, qu'avaient éceoeuré les viles puanteurs De ce vieux monde dont croulait l'architecture, Tu vins t'ensevelir dans la déchiqueture De ce site sauvage aux charmes enchanteurs. . . Tu te blottis au fond des ravins attracteurs, Ces monts à ton exil firent une clôture! . . . Trois mois durant, Rousseau, les Gorges de l'Areuse, Hébergeant les rancoeurs de ton âme pleureuse, Prêtèrent à tes cris leurs échos jurassiens. . . Et je marche, croyant, au contour de la sente, Voir le grand homme assis sur la roche glissante. . . Dans les sanglots de l'eau je crois ouïr les siens! (A l'endroit où Rousseau auait bâti sa cabane.) XIV A La Nymphe De L'Areuse. A ma soeur chérie. Ce troupeau de rochers dans le val se hérisse. . . Tu folâtres, belle onde. esclave du caprice, Entre les rocs. tantôt calme comme un lac pur, Tantôt souple comme un long serpent qui se glisse, Tu te tords en criant dans un couloir obscur. Ici, ta nappe fière, en folles escapades, Fait des sauts argentés, d'ouateuses cascades; Plus loin, précipitant leurs galops coutumiers. Tes flots ensoleillés pressent leurs cavalcades, Gigantesque escadron aux éclatants cimiers. . . O nymphe que je t'aime ainsi, mystérieuse! Je devine ta lèvre ardente et furieuse, Ta morsure d'airain sous ton baiser de miel, Ta voix qui tour à tour est méchante ou rieuse Qui va des cris d'enfer aux cantiques du ciel. En ton oeil d'un vert glauque, attirant et perfide, Le soleil, par moments, jette un rayon bifide, Et le contemplateur y voit luire un regard Qui brille d'un éclat radieux ou livide, -Comme en un glaive nu l'éclair prompt et hagard! . . . O nymphe tour à tour chaste ou passionnée, Vestale au front de vierge ou Bacchante effrénée, Tantôt soeur de Vénus, tantôt fille d'Eros, Tu passes, par les monts hautains emprisonnée, Comme une héroïne entre de fiers héros! . . . (Au Champ-du moulin.) ************Page 42******STOPED THERE**************** XV Les Bassins Du Doubs. A ma saeur. Calme et recueillement Grandeur et majesté! . . . Un mystère infini plane dans le silence! . . . Et mon fragile esquif, que l'eau verte balance, S'arrête, respectant cette solennité. Loin du bruit, enfermé dans la sublime enceinte, Sous le charme puissant de ce site enchanteur, Le regard ébloui par tant de splendeur. Emu, j'envoie au ciel une parole sainte. Oui, le Doubs devient lac, le prince devient roi! - Il roule avec lenteur l'émeraude liquide, Grave et majestueux, bravant l'étreinte avide Des rocs dont l'aspect seul me plonge dans l'effroi. Car les rochers rugueux fusent de l'onde, énormes, Et de tous les côtés étreignent l'horizon: Geôliers pétrifiés au seuil de la prison, Profilant sur le ciel leurs carcasses informes. Plus loin, des bancs de roc s'étalent en gradins Immenses, â l'entour des cirques babéliques, - Sur lesquels, spectateurs sombres, mélancoliques, Se dressent crânement, en files, les sapins. Voici, béante plaie au flanc de l'âpre roche, Une grotte, un trou noir, soupirail de l'enfer. Cette gueule parait engouffrer le flot vert Qui, calme, insoucieux, trop près d'elle s'approche. Et la nappe au repos s'épand comme un miroir, Zéphyr s'est endormi sur les ondes tranquilles Où l'on revoit encore les rochers immobiles Et l'azur radieux derrière le bois noir. Plus grande mille fois que la dalle d'un temple Est cette onde et l'on sent en ce lieu solennel, A ses lèvres monter un seul mot: l'Eternel! Et, dans chaque beauté, c'est Dieu que l'on contemple! Et ma barque s'avance avec solennité. Le rêve sérieux de mon âme s'élance. . . Un mystère infini plane dans le silence! Calme et recueillement! Grandeur et majesté! . . . (Ecrit dans les Bassins du Doubs.) XVI Le Saut-Du-Doubs. A mon Frère. Perdu, fasciné par le fracas de l'onde, Par cette immense voix d'un Neptune géant, Qui clame et qui gémit, qui rugit et qui gronde Et qu'on dirait sortir des entrailles du monde, Par cette eau qui se rue en l'abîme béant, Je hasarde en tremblant, sur les rocs de la rive Avec mon pied hardi mon rêve audacieux. Mon esprit frissonnant à la stupeur se rive. Cette eau qui toujours tombe et qui toujours arrive Me plonge en des pensers graves et soucieux. En amont de la chute, un furieux rapide Comme un serpent blessé descend, roule en hurlant. Les rocs l'ont poignardé dans sa course rapide. Lui, naguére si vert, si calme et si limpide, En prévoyant sa fin, d'effroi devient tout blanc! Et l'eau tombe sans cesse en la gueule affamée Sans pouvoir reculer. courant au saut fatal, Elle bondit rageuse, impuissante, écumée. . . On croit outr le cri d'une nymphe animée Agonisante aux mains de l'abîme brutal. Oh que cette onde est belle! 0 cascade brillante, Es-tu duvet de cygne, ou poussiére d'argent? Es-tu farine, ou lait, ou neige scintillante? . . . L'arc-en-ciel fait son nid en l' ouate ondoyante. Et brille radieux, du chaos émergeant. Mais pourquoi donc faut-il, cataracte puissante, Que tu sembles splendide et terrible à la fois? Qu'au lieu d'un gazouillis, ton onde ravissante N'ait qu'une voix d'airain rugueuse et mugissante? Parle-moi. Mon esprit est ouvert à ta voix. « O poéte rêveur, dont l'âme curieuse Vient chercher des leçons en mon bouillonnement, Ecoute. J'en conviens, ma nappe est radieuse, Mais elle est d'onde glauque, avide, furieuse, Folle et terrible autant que mon sourd grondement. » « Vois, Dieu bon m'a donné la couleur d'innocence Et fardé le réel avec l'illusion Ecoute encor. Le Doubs étalait sa puissance. Je le tue. Il renait avec magnificence Je suis à la fois AIort et Résurrection! » (Ecrit au Niagara Jurasien.) XVII Le Col Des Roches. A M. J. Jurgensen. Effroyable rictus, plaie atroce. escarpée, Bâillante entre les monts, Qu'un Roland fabuleux, fier héros d'épopée, Fit jadis d'un seul coup de sa géante épée, Ou qu'un chef de démons Ovrit comme une gueule à maudire occupée. Salut! Salut! A toi mon regard soucieux, Ma chère rêverie! Assis tout au sommet du pic audacieux Qui surplombe l'abime et monte vers les cieux, En ma pose chérie, Sur le panorama, je laisse errer mes yeux. Que c'est sauvage et beau! Sous la coupure immense, Un cirque chaoté, -Pétri par la nature en un jour de démence, S'ouvre sur un vallon qui regarde la France: Et, de chaque coté, Les rocs à pic ont l'air ridés par la souffrance. Là, tout en bonds, sortant du roc majestueux, (????) Une cascade pleure; L'argent fluide roule en flots impétueux. On croirait en voyant ce ruissel tortueux Sortir de sa demeure, Saisir l'âme du site, aux cris tumultueux. Ici, comme partout, l'humaine architecture: Ponts, viaducs. tunnels. Sur J'ouvrage de Dieu prend pied la créature, Le burin du progrès corrige la nature. Ces travaux solennels Font dans le paysage une laide rature! . . . Quel plaisir d'être ainsi debout sur la hauteur! On croit être statue, On dompte les attraits du gouffre tentateur; L'oeil tourné vers le ciel, et l'air triomphateur, Naïf, on s'infatue. . . Puis on tombe à genoux, en humble adorateur! Le temps fuit. Moi je pars et regagne la plaine. . . Adieu, beau site! Adieu, Air pur qu'ont embaumé résine et marjolaine! Adieu, sapins géants dont la grisante haleine Murmure en priant Dieu Je pars, l'âme pensive et je vertige pleine! (Ecrit en face du Col des Roches.) XVIII Une Aire Prie-Dieu. A Victor cherlulier. Comme L'aigle enivré d'air, d'azur et d'espace, Me voici contemplant Les Alpes face à face. Broyant sous mon talon l'orgueil de la hauteur! . . . A mes yeux, l'horizon immense se déroule: Monts, lacs, cités, Forêts, tout ici devient foule Et prète son contour au spectacle enchanteur. . . Là-haut, le ciel serein, coupole immaculée, Etale sa spendeur. Là-bas, dans la vallée, le lac s'épand. . . Azur où se mire l'azur. . . On ne sait si Là-haut, c'est une onde limpide. On ne sait si là-bas, c'est un beau ciel candide. . . Le lac, le ciel: jumeaux, fils de l'élément pur. . . Entre les deux, levant vers Dieu leurs vieilles têtes, Neigeux, blanchis, vainqueurs des rageuses tempètes, Les pics en hémicycle, étreignent les grands cieux, -Géants unis et forts, aux poitrines marbrées, Qui portent crânement leurs armures dorées, Scintillant au soleil de reflets radieux. . . Au pied du haut rocher d'où s'élance ma vue, Fouillant chaquc merveille en l'espace imprévue, Les forêts de sapins plaquent leurs noirs massifs. . . En leurs épais réseaux, de grands lacs de verdure S'étendent égayant l'admirable nature, -Lacs verts dont les chalets sont les coquets récifs. . . Le torride soleil, volcan de l'empyrée, Fait pleuvoir à grands flots sa lumière dorée Animant tout de ses baisers, de son ardeur, Il donne à chaque objet un habit séraphique. Terre, eaux et ciel, -trio sublime et pacifique,- Rivalisant d'éclat, de Joie et de candeur!. . . Oh Dieu! Dieu bon! Dieu grand! Quel temple grandiose! L'âme ici se confond. rêvant d'apothéose. . . A genoux, loin du monde et prés du firmament, Je t'adresse pennsif ma priére vibrante. . . Dieu! l'allégresse emplit mon âme délirante! Hosanna! gloire à Toi! gloire éternellement! . . . (Sur la Tablette de la Tourne Suisse) ************Page 51******STOPED THERE**************** XIX Le Val De La Loue. Au moine de la Vallée. Qui dira mon émoi, mon long enchantement, Et la larme à mes yeux perlant suavement A la vue écrasante, O vallon grandiose, De tes contours puissants, de tes charmes divins, De tes monts hauts et fiers s'élançant des ravins Comme pour un essor au ciel bleu clair et rose! . . . Oh! ce sillon béant, gigantèsque, profond, Ouvert contre le ciel, ce radieux plafond, Engloutit ses flancs mes réveuses pensées Des merveilles sont là, mendiant les regards, S'étageant des sommets aux abimes hagards, -Comme d'un escalier les marches convulsées. . . Vous ressemblez, Ô monts, à des princes pensifs, Rapprochant leurs fronts fiers et leurs trônes massifs, Comme pour un conseil, une entente suprême. . . Sur les cimes, là-haut, les arbres fanfarons Se profilent, semant vos têtes de fleurons, Et vous faisant à tous un royal diadème. Là, tout en bas, la Loue en ses contorsions Etale les trésors de ses séductions. Tantôt elle se plaint des durs chocs qu'elle éprouve, Et son dos vert alors est écaillé d'argent; Tantôt, capricieuse en son galop changeant, Elle a des hurlements et des fureurs de louve. . . Et je suis ébloui par ce site si beau, Temple dont le soleil est l'éclatant flambeau, Dont les fonds baptismaux sont la source splendide. . . Ces bancs stratifiés forment un escalier Que le rêve gravit, d'un vol irrégulier, Depuis le fond du val jusqu'en l'azur candide! . . . (Au Chalet de la Source près Mouthiers.) LIVRE DEUXIÈME PASTELS ET CROQUIS XX Soir D'Automne. Le soleil vient de luir. Le calme crépuscule S'épand sur les coteaux. Et l'ombre, lentement, Monte du fond du val, sur le front majuscule Des monts. Le mystére est dans ce recueillement. Les sapins noirs gardiens du calme grandiose, Pointent comme des mâts de vaisseaux bien rangés, Tandis que dans le ciel, -phare d'une mer rose,- Vénus déjà répond aux flames des bergers. . . Sur la cote un troupeau se traine et carillonne, Un charme pénétrant sort du concert joyeux. . . La nuit vient d'envahir les vers que je crayonne Et d'y poser son scel noir et mystérieux. (Au Vale des Vèsieres) XXI Soirs D'Hiver. A Ernest Dornier. J'aime les soirs d'hiver, quand au clair crépuscule Le couchant amincit sa bande minuscule, Son filet de carmin, de vermeil et de feu, Les sapins assombris se dentellent, rigides, A l'horizon, dressant leurs grêlcs pyramides, Ceignant d'un réseau noir la voûte du ciel bleu. J'aime les soirs d'hiver. lorsque la vaste plaine, Recueillie, en repos, de froide neige pleine, Dans son manteau d'hermine, en rêvant s'assoupit. . . Le vent prend une harpe à toutes les ramures, Arrache aux arbres nus des plaintes, des murmures; Avec lui fait chorus le renard qui glapit. J'aime les soirs d'hiver, quand la lune se lève, Et, jetant sa clarté, d'oÙ s'échappe le rêve, Tend sur le tapis blanc un tapis lumineux. . . Alors, quand son rayon pàle en les givres danse, Les Angelus lointains s'envolent en cadence Par les airs endormis, en sons volumineux. . . Alors, vers l'infini, ma jeune âme élancée Exhale en longs soupirs sa muette pensée. . . Je reste là, songeur, sombre et silencieux, Je pense à ce linceul jeté sur la nature, Et, me rappelant mai, de sa belle verdure Je contemple la tombe, et regarde les cieux. (Dans la Chaux d'Arlier.) XXII Mon Nid. A M. Courtois. Comme un nid de moineau ma mansarde est posée Au bord du toit rapide, et l'unique croisée Semble le trou du nid où ma tête, souvent, Sans souci du soleil, de la neige ou du vent, Apparaît, caressant son rêve ou sa pensée. Comme un nid de moineau ma mansarde est posée. . . Je laisse s'égarer mon esprit et mes yeux Dans l'assoupissement du soir silencieux. Mon oeil fixe le vol de quelque corpuscule Se jouant dans les feux dorés du crépuscule. Et dans l'ombre du val, et dans l'azur des cieux, Je laisse s'égarer mon esprit et mes yeux. Bientôt, sous chaque toit, une étoile s'allume, Cascade de lueurs s'enfonçant dans la brume Faibles reflets des feux scintillant au ciel pur. Plus haut, les sapins noirs, semblent scier l'azur, Et, sur les flancs du val que le zéphyr parfume, Bientôt, sous chaque toit, une étoile s'allume. . . J'entends comme l'écho d'une sourde rumeur OÙ perce par moments le refrain d'un rameur. Puis la locomotive apparrait, haletante, Crachant éclairs et bruits de sa poitrine ardente; Elle trouble un instant mon rêve de rimeur. J'entends comme l'écho d'une sourdc rumeur. . . Je donne à ma pensée une ailé ambitieuse, J'exile aux astres d'or mon ame audacieuse, Et mon corps immobile attend que du zénith L'esprit descende. comme un oiseau rentre au nid. Et savourant l'extase, hôtesse sérieuse, Je donne à ma pensée une aile ambitieuse. Maintenant dans le val, tous les feux sont éteints. Et l'heure égrène au loin ses accents argentins. Aucun bruit. L'onde seule au fleuve qui la roule. Réclame du repos; un faible bruit de houle Se devine, exhalé du sein des flots mutins. . . Maintenant, dans le val tous feux sont éteints. . . (Villers-le-Lac.) XXIII A La Tour Du Chatelard. O tour audacieuse en l'azur élancée, Ton image souvent vient hanter ma pensée J'admire chaque jour ton profil svelte et fier, Ton aspect imposant réjouit la campagne, Tu prend pour piédestal une abrupte montagne. Tu couronnes ton front d'un hardi belvéder. . . Quand j'admire le soir ce site pittoresque, Tu me sembles parfois un menhir gigantesque Me parlant des Gaëls, de mes nobles aieux; Mon souvenir alors évoque les sorcières, Leurs sabbats infernaux: leurs lugubres prières. Et je sens frissonner mon esprit soucieux. . . D'autres fois, quand la lune éclatante d'opale Enrichit de tons d'or ta silhouette pâle, Que ta flèche surgit comme un glaive affermi, Tu me parais, Ô Tour, l'austère sentinelle, Vigilante gardienne, en la nuit solennelle, Du doux repos qui règne au village endormi. . . De l'homme ta me dis la suprème puissance, Il force la nature à l'humble obéissance, Il pose son talon sur la fière hauteur. Des monts trouant la nue il exhausse la cime, Ecrit en monuments sa victoire sublime. O Tour, tu fais rêver l'esprit contemplateur! . . . Et, songeant à celui qui dompta la nature, A celui qui lança ta masse svelte et pure Comme le cri figé d'un coeur noble et pieux, Puis à Dieu qui soulage et guérit la souffrance, Tu me parais, ô Tour, un phare d'espérance, Un doigt levé géant qui me montre les cieux! . . . (Aux Brenets.) ************Page 61******STOPED THERE**************** XXIV Croquis Sur Le Vif. A Charles Grandmougin. Au premier plan: à droite, élevé sur la créte, Un chalet tout en bois, à l'endroit où s'arréte Le pitis, -cheminée au port pyramidal, Toit touchant quasi terre et presque horizontal, Pour fenêtres, cinq trous. A gauche, une étendue Sans fin de sapins noirs, -de loin en loin mordue Par les prés. Au milieu, la pâture, avec ci, Là, des murs, des buissons, -le berger sans souci Couché sous un sapin, à côté de ses troupes De vaches- un fouillis de cornes et de croupes. Au second plan: à droite, un fol escarpement De rochers, sur le ciel découpés vivement. A gauche les sapins, et toujours la pelouse Au centre, -ruban vert. Une brume jalouse Bleute et voile les fonds-diaphane surtout, Ondulement des monts, ciel clair. Un point, c'est tout. XXX A Mes Sapins. A Frédéric Batville. Le breton a sa land âpre et mystérieuse. Le Lapon a sa steppe immense et sérieuse, Ie Suisse a ses monceaux de roches, de glaciers. Le Landais, ses marais parsemés d'échassiers. L'italien, son ciel de lumiere rieuse, L'islandais ses is-bergs. aux profils grimaciers; L'Arabe a ses déserts ou le regard se noie. Ou le sable parfois comme une mer ondoie, Le Belge a ses bouquets que le soleil a peints. Le matelot pensif écoute sous les pins Les cris sourds de la mer dans les rocs qu'elle broie. L'aréonaute a l'air! -Mais, moi. . . j'ai mes Sapins! . . . Mes Sapins, mes Sapins! A ce seul nom mon être Frémit suavement. Leur aspect me pénétre pénetre De respect et d'amour. Je m'isole souvent Au fond de leurs bois noirs, et j'écoute le vent Chanter dans l'orgue immense, et je crois reconnaitre En ces accords, des voix. . . et je deviens savant! . . . Votre aspect solennel de dieux sombres et graves, Drapés de deuil, montant haut leurs aigrettes braves. Votre maintien de rois, vos tailles de géants, Vos chants altiers, pareils a ceux des ocèans, Tout chez wous me transporte, et, l'âme sans entraves. J'aime à rêver tout seul sous vos arceaux béants. . . Car vos rameaux unis en une voûte sombre Font un temple au penseur. Le mystère aime l'ombre. Le recueillement sied aux rêves infinis. Vos trones fusent au sol, rigides, dégarnis. Semant les profondeurs de colonnes sans nombre. Dans la morne splendeur des rayons agonis. . . Vous déliez le jour. Vos subtiles ramilles Epongent Ia lumière, et vos fines aiguilles En filaments menus déchiquettent l'azur. Une lueur tombale erre en ce temple sûr, Tandis que sur le sol les mousses, les brindilles Font un tapis plus mol que les tapis d'Assur. . . Et c'est calme, c'est grand, Là, l'homme fait silence. Seuls, vous avez la voix: la brise vous balance, Et chaque souffle enlève à vos fronts radieux Une grappe d'accords, planant mélodieux Sur le calme d'en has, comme en la mer immense Sur les flots endormis Ies remous furieux! O Sapins, confidents de mes pleurs solitaires. De mes rares souris, de mes pensers austères, Sapins, vous qui savez ma joie ou mon ennui, Vous dont les voix jamais à mes rêves m'ont nui, Je vous aime pour vos insondables mystères, Sapins, enfants des monts, noirs amants de la nuit! . . . (Dans La forêt de Levier.) XXVI Un Orage Sous Les Sapins. A François Coppée. L'orage éclate et geint sous le ciel bas et sombre, Le tumulte effrayant, obscur amant de l'ombre, Halète, et de clameurs emplit gorges et monts. . . Et je crois, dans ces bruits farouches des rafales. Ouïr l'âpre concert des marches triumphales De l'enfer, ponctué par des cris de démons. Les nuages de deuil, comme des dais funèbres, De leur étreinte avide enserrent les ténèbres. Les éclairs par moments font des rictus sanglants Sur leur face. c'est la vive étincelle De l'oeil du Tout-Puissant. Et l'ouragan ruisselle Et cingle les sapins de ses knouts accablants. (2) Perdu dans la forêt. sans ancune épouvante, J'écoute, et je regarde. . . et l'aquilon qui vente A mon front fier décroche un rêve soucieux, Comme ;i celui d'un hétre, il arrache une feuille. Cependant, ce chaos à la fin vous endeuille L'âme, avec ses noirceurs et ses cris odieux. Les Sapins, ces géants, courbent aussi l'échine, Engrenés dans Ies tours de l'horrible machine Qu'on nomme un ouragan, et cependant leur dos Rigide n'est pas fait pour les cérémonies. . . Mais les djinns furieux sont de puissants génies Et font grincer les bois sous leurs soufflets brutaux. Tout est nuit et vacarme, et là-haut le tonnerre, Comme un aigle qui crie en sortant de son aire. -Aigle aux griffes de flamme, aigles aux ailes de nuit, Tambour a peau noircie où Dieu tient les baguettes,- Plane et gronde. Et les monts, comme avec des raquettes. Se lancent les échos de ces éclats de bruit. Et l'on croirait encor voir une forge immense: L'autan est le soufflet. l'ouvrier, la démence, La terre âpre, l'enclume où choit ce lourd marteau, La foudre avec l'éclair pour étincelle énorme. . . L'on entend ahaner le forgeron difforme Torturant la nature en son puissant étau. . . Gronde et mugis, orage, et que l'essaim farouche des autans querelleurs s'envole de ta bouche Pour s'ébattre en la nuit, complice des méchants. Plus tu hurles, et plus mon aime se contente! Je me grise d'horreur. Ma muse haletante Emprunte tes échos pour renforcer ses chants! . . . (Dans les Sapins de l'Armont.) (2) Instrument de supplice Russes, fait de nerfs de boeuf et terminés par des crochets de fer. XXVII Une Nuit Sous Les Sapins. Rêverie à voix haute. A Carmen Sylva. Beaucoup me trouveraient ridicule. Tant pis! Je m'en moque, car j'ai ma voûte de lapis, Mes astres et mes bois. . . N'inporte! j'imagine Que l'homme-tête-et-coeur est par l'homme-machine Souvent jugé bizarre, étrange et même fou. . . Laissons cela. Couché sur un oreiller mou. Fait de mousse et de foin, j'aspire avec délices Le charme de la nuit,du silence, complices De ma folle escapade. Et les noirs éventails Des sapins sérieux vibrent, sur les portails Que font tout à l'entour ces troncs et ces colonnes Du palais de la Nuit mystérieux pylônes. Pas un bruit d'homme. Rien ne vient troubler mes rêves. Seuls le vent dans les bois et l'onde sur les grèves Murmurent un duo. Quel éloquent discours! Et comme je suis loin de ces sermons de cours. Et de ces mots pompeux prononcés sur les fosses, Oû l'homme laisse choir larmes et choses fausses! Dieu, qu'il est grand dit l'onde. Et qu'il est bon, reprend Le vent. Et moi je dis Ah! qu'il est bon et grand! Oh ces voix dans la nuit, dans l'ombre et le mystère Montant vers le ciel bleu, prière de la terre, Ces voix de la nature. au poète profond Ouvrant la vision des espaces sans fond, Qui pourra les traduire? 0 vous, qui vous croyez Les heureux sous le ciel, venez au bois, oyez Ce concert mille fois plus serein que le vôtre, Tandis que le plaisir en la fange se vautre, Venez dans mon palais, venez au vrai bonheur. Ici, tout est austére et vous parle d'honneur: Ici, l'ame s'élève et plane dans la nue; Ici, la voix de Dieu dans la ville inconnue Fait sourdre en votre Coeur de grands enseignements . . .Et puis voyez là-haut ces clous de diamants, Ces parures de feux et ces rivières d'astres. Contemplez ces rayons trouant ces noirs pilastres De sapins. Admirez, et, sans préventions, Laissez votre être aller à ses vibrations, Votre coeur, s'imprégner de grandeur, de mystère. . . . . .Ah! la lune se lève. On dirait qu'un cratère Là-bas lance en l'azur son globe radieux. Les rameaux découpés sur la lampe des cieux Font croire à des faisceaux crispés de doigts de nègres Voleurs, accrochant l'or de leurs phalanges maigres. Oh la belle clarté par plaques dans le bois! . . . -Etangs spectres noyant un flot d'ombre aux abois. Oh! les charmants reflets dans les sombres allées! Ici, les frondaisons noires, échevelées, Laissent percer un dard mi d'or et mi d'argent Qui se plante en un tronc. Là, ce ruisseau changeant D'Opale erre incertain, emmi rochers et mousses, Et semble leur parler de tendresses très douces. . . . . .Oh oui Venez, Ô vous qu'un sarcasme moqueur Semble éloigner de moi. Si vous avez bon coeur, Et si le vice encore n'a pas soufflé sa flamme Impure au plus profond, au plus sacré de l'âme, Vous direz avec moi: que c'est harmonieux! Et vous rejetterez les cérémonieux Plaisirs que l'on savoure au sein des doctes foules. . . Venez seul écouter les leçons de ces houles, Dans ce bain de mystère et sous les feux divins, Venez passer la nuit au milieu des Sapins! (En pleine forêt noire, la nuit.) XXVIII Brouillard Matinal. A Henri Boichot. (????) Les monts ont revêtu leur voile vaporeux, Leur manteau diaphane aux tons sombres et louches Qui s'étend tristement, avec des plis farouches. Et couvre les vallons d'un linceul ténébreux. . . Le soleil, au Levant, comme un grand oeil affreux. jette un regard sanglant, et pose des retouches Sur les fonds assombris: telles brillent les bouches Des canons mugissant dans les combats poudreux. . . La brume aux contours prêle un aspect fantastique Son mystère agrandit le charme poètique Qui plane à l'ordinaire en le val ravissant. . . Le paysage semble un cadre d'épopée. . . Mais la brise brandit sa tournoyante épée, Ounant large la voie à l'astre éblouissant! . . . (Promenade matinale en bicyclette. A la Dent De Vaulion.) LIVRE TROISIÈME DE CI, DE LA XXIX Mon Exposition. A mon cher Frère Paulus, le Parisien. Paris recèle encor en son énorme ventre Des flots pressés de visiteurs; En flux tumultueux la foule sort et rentre Avez des cris admirateurs. O vous sur qui s'assied la noire tyrannie, Fétiche d'or rougi de sang, Contemplez ces palais dressés par le génie D'un peuple libre et grandissant. . . Moi, je vous laisse errer dans la ville enchantée. Et vous extasier devant Cette tour effrayante au sein des cieux montée, Dont le drapeau clapote au vent. . . Oh! que j'aime bien mieux ma riante verdure, Mon doux air frais, mon grand ciel bleu! Mon exposition, à moi, c'est la nature! C'est le soleil aux traits de feu! . . . « Quoi Tu ne verras point la fête merveilleuse, Le phare du progrès, cette tour orgueilleuse Jetant le nom d'un homme à l'immortalité?! Et ces mille chefs-d'oeuvre en ces mille édifices, Ces cascades de flamme et ces feux d'artifices, Prodiges de splendeur, d'originalité! . . .» Non, je ne verrai pas la merveilleuse fête. La nature pour moi sous son grand ciel apprête Un spectacle cent fois plus pur, plus ravissant. Vos salons somptueux et votre tour superbe Ne me sont pas si chers que le moindre brin d'herbe Je n'y vois pas la main du Bon Dieu, tout puissant. « J'aime moins votre tour que le pic intrépide Qui perce le nuage affreux au flanc livide Pour retrouver plus haut les vastes champs d'azur, Messagère du jour, tous les clairs matin, l'Aube, A tous les yeux ouvrant pudiquement sa robe, Donne aux monts embaumés son baiser le plus pur. « Je n'ai point admiré vos fontaines de flammes Où l'eau monte et retombe en flamboyantes lames, Où chaque jet puissant prend un masque de feu! Mais j'ai la source claire aux ondes transparentes, Egrenant aux zéphyr ses notes murmurantes, OEil toujours entr'ouvert regardant le ciel bleu! « Dans vos têtes de nuit les lumières sans nombre, Etincelant au front chaque chaque palais sombre, Chassent le voile obscur et font croire au soleil.. J'aime mieux la lueur pâle et mvstérieuse Qui descend à travers la nuit silencieuse, Des étoiles d'argent, et préside au sommeil. Le toit de mon palais. c'est la vaste coupole Faite d'un seul saphir, où va tout ce qui vole, Pleine de chants, le jour, et d'étoiles la nuit Mon tapis sans rival, c'est la pelouse verte, Onduleuse, infinie, et par moments couverte De fleurs scintillant plus que la perle qui luit. . . « Si vous avez le bruit, j'ai le calme tranquille Qu'on goûte dans les champs loin de la ville; J'ai le chant de l'oiseau. J'ai l'encens de la fleur; J'ai l'humble solitude, et la mélancolie Qui fait que l'on soupire, et qui souvent allie Le calme de l'esprit à la bonté du coeur! » Oh! que j'aime bien mieux ma riante verdure. Mon doux air frais, mon grand ciel bleu! Mon exposition, à moi. c'est la nature, C'est le soleil aux traits de feu! . . . (Septembre 1889.) XXX Un Crime. A Leconte De L'Isle. Le village s'endort, et la petite étoile Qui luit sous chaque toit s'aiffaiblit et s'éteint. Le sommeil rend muets les chalets qu'il atteint. La nuit étend partout son insondable voile; La vent aussi dans l'ombre dort. Tout se tait. Silence de mort! Mais une porte s'ouvre avec un bruit funèbre. . . Un homme tout joyeux sort et s'en va chantant. Qu lui font la froidure! -il a le coeur content.- Et la neige, et la nuit, l'océan de tënèbre? . . . L'amour, l'amour l'attend là-bas, Voyez comme il presse le pas. Il n'a pas regardé, tant son âme est en fête. Si le chemin est sûr, si le ciel est serein. Si les vastes autans à la gorge d'airain Dans l'air se consultant préparent la tempête. . . N'a-t-il pas sa boussole au coeur? L'amour au sourire vainqueur. . . Dans une heure il sera près de sa bien-aimée: Que le chemin est long dans ce val tortueux! . . . A chaque pas son pied ardent, impétueux Fait grésiller la neige en la côte embrumée Qu'il gravit: il arrive enfin Sur le plaleau morne et sans fin. . . Mais soudain, dans l'espace, Une voix retentit, Voix d'Eole qui passe, Qui tonne et qui grandit. A ce signal horrible Répond l'essaim terrible Des souffles déchaînés. Leurs concerts effroyables Semblent un choeur de diables Par les airs entrainés. . . Comme de sombres vagues Les nuages poussés, Avec des rumeurs vagues Et des cris courroucés, Heurtent leurs flancs énormes Ténébreux et difformes; Et de sourds hurlements, Avec fureur et rage, Des gueules de l'orage S'échappent par moments. Une neige abondante S'échappe en tourbillons De la folle tourmente, Et s'enfuit en sillons. Essaim de fléches blanches Qui sifflent dans les branches Dcs arbres dépouillés. La tempête emprisonne Le passant qui frissonne Sous ses habits mouillés. OÙ donc es-tu jeune homme? On n'entend plus la joie En longs et gais refrains s'exhaler de ton coeur. Hélas! Il a quité la véritable voix. Et l'ouragan brutal devinant une proie, Entonne son lugubre choeur. Pourquoi l'amour a-t-il endormi Ia prudence? Que n'as-tu deviné le ciel sinistre et noir? Hélas! il est trop tard. l'orage se condense, Des éléments sans frein la formidable danse Ravit lenlement ton espoir. De son souffle puissant, l'aquilon amoncelle La neige, emplit les creux et dégarnit les monts. Egalisant ainsi la plaine qu'il harcèle Et par les cieux toujours l'ouragan qui ruisselle Stride et rugit à pleins poumons. Las! . . . Sur le plateau sombre et sous le ciel livide, Un pied trébuchant vient d'entr'ovrir un linceul. . . Le marcheur a glissé dans la fente perfide Qui, sous un masque blanc, cachait sa gueule avide. . . Il va mourir puisqu'il est seul! Il se débat en vain sous la puissante étreinte Du vide qui l'attire en ses bas-fonds glacés; En vain il lance au ciel des cris mélés de crainte Et des djinns couroucés la lugubre complainte Ressemble au chant des trépassés. . . Lentement il s'enlise et sa tombe se creuse. Eperdu de se voir sans secours et pensant A celle qui l'attend, à sa belle amoureuse. Il jette à son destin une invecdive affreuse, Et se tord et crie, impuissant! . . . Oh! avoir dix-neuf ans, le coeur plein d'espérance, Le corps plein de vigueur et l'âme sans remord, De l'amour savourer la chaude exubérance. Et puis ne pouvoir rien contre cette attirance Sourde de la nuit, de la mort! Fattalité!!! Le froid, le vent, la neige, l'ombre, Le goufre tout cela pour tuer un enfant! Contre eux vains sont ses cris. Vains ses efforts sans Nombre Et toujours, sur la plaine où le naufragé sombre. L'ouragan hurle, triomphant. Le froid a fait son oeuvre: un sommeil invincible Lentement engourdit l'enfant, lui clôt les yeux La Mort saisit sa faux et s'apprête, impassible, Un corps inanimé tombe au gouffre impossible. . . Encore un crime sous les cieux!!! Donc, tu ne verras plus ta douce bien-aimée, Ton ciel calme et serein aux astres éclatants. Tu ne sentiras plus la brise parfumée Souffler dans les cheveux son haleine embaumée. . . Hélas! tu n'avais pas vingt ans! XXXI La Jeune Parisienne. A Monsieur Lachelier. Oh! voyez-la courir la jeune demoiselle Légère comme un songe, -ou comme une gazelle, Voyez-la palpiter au sein de son plaisir; Voyez son teint vermeil, sa mine réjouie. Son oeil étincelant: son âme épanouie Déborde de bonheur tout rit à son désir. . . Elle est loin de Paris, de la bruyante ville Où souvent la candeur coudoie une ame vile. Où le riche oripeau touche au noble haillon. Elle s'enivre ici de soleil, de verdure Et d'air; elle se plonge en un bain de nature, Et légère elle fuit comme un gai papillon. . . Que dis-tu de ces rocs, de ces monts, jeune fille, De ces monts que recouvre une verte mantille? Qne dis-tu de ces eaux sans cesse mugissant Qui sortent de leur urne en cascades pressées. Ainsi que de ton cueur l'amour et les pensées. Ainsi que d'un oeil plein le pleur attendrissant?. . . Contemple la splendeur du pic inaccessible Et la hideur du gouffre à l'attrait indicible. . . L'un se perd dans la terre et l'autre dans les cieux. Vois le val convulsé, la gorge grimaçante, Le sentier chancelant, la chute menacante. . . Sois prudente, et retiens ton pied audacieux. Hélas! Elle se rit de ces sages prières: Elle court et s'asseoit sur ces sinistres pierres Qui défendent l'abord de l'abime bâillant. . . Oh! prends garde! cette eau, de son masque livide, Cache traitreusement un précipice avide. Oh ne va pas tenter ce gosier effrayant! . . . Ah Dieu! C'en est donc fait! Sur cette roche lisse, Son pied hardi trébuche: elle tombe. elle glisse. Elle a roulé dans l'onde -et dans l'éternité! . . . Est-ce possible, Ô Ciel! Qu'es-tu donc devenue? . . . Mais non, ce ne peut être. Ô rieuse ingénue! C'est un noir cauchemar? -C'est la réalité! . . . . . . . . . . . . . . . Parents, amis joyeux, laissez-là votre joie, Priez, pleurez, quittez les toilettes de soie, Prenez les longs sanglots et les habits de deuil. Fatiguez les échos du nom de l'adorée, Cherchez parmi les rocs son image dorée. . . Rien, rien! Tout est désert. -Ce gouffre est un cercueil! . . . . . . . . . . . . . . . Si la mort a cueilli la fleur a peine éclose, Si son souffle de glace a passé sur la rose, Si le jaloux Neptune a, dans son noir sillon, Attiré la colombe, englouti l'alcyon; C'est qu'à d'autres honneurs elle était destinée, Sa beauté. sa douceur de grâce environnée, Son oeil vif et riant, son babil enfantin, Son front plein de candeur et son rire argentin, Tous ces trésors enfin qui composaient sa vie, Ne sont point au néant; car la troupe ravie Des nymphes aux yeux bleus admira sa beauté, Et prit l'enfant pour lui donner la royauté (la source du Lizon. Creux-Billard) XXXII Zéphyr. Zéphyr, Ô douce haleine, Ô murmurant soupir, Sous ton tiède baiser, sous ta charmante étreinte, La fleur de mai frissonne et se courbe sans crainte, Te donnant son parfum, son amour, son plaisir. . . Zéphyr, mon âme pure est une de ces fleurs, Une fleur du printemps, une fleur de l'aurore Qui frémit doucement quand ton souffle sonore Etale en l'agitant ses brillantes couleurs. . . XXXIII Victimes. A Ch. Bourget. Pauvres feuilles quand vous tombez Des arbres, sous les cieux plombés, Comme un flot de larmes tremblantes, Que vos tristes débris rouillés Pleuvent des arbres dépouillés En averses d'ocres sanglantes; Lorsque les farouches antans Passent leurs longs doigts grelottants Dans les svlvestres chcvelure. Et vous emportent dans les flots De J'orage. avec les sanglots Navrés des plaintives ramures. Alors, pauvres fantômes roux Qui dansez au gré du courroux De l'aquilon, fils de l'automne. Je sens tournoyer en mon coeur Les spectres du rêve vainqueur En une ronde monotone. . . Car mes beaux rêves du printemps Qui planaient dans les cieux ardents, Dans l'azur des aubes heureuses. Maintenant tombent racornis, Flétris, glacés, broyés, ternis. Au fouet des rafales pleureuses. . . XXXIV Chanson D'Hiver. sérénade. A Madame Et Monsieur Charles Gloriol. Je suis le mendiant glacé Que l'âpre solitude effare. De repos mon coeur s'est lassé, Et dans la nuit je cherche un phare. J'ai vu de loin ton feu brillant Luire comme un astre riant. . . Vite, ouvre-moi, dehors il gèle. Brr! Angèle! . . . Serrés l'un l'autre auprès du feu. Nous nous rirons de la froidure; Nous deviserons de ciel bleu, D'amour, de printemps, de verdure. Mais vite, ouvre, puisque j'attends. Pitié pour mes os grelottants! Vite, ouvre-moi, dehors il gèle, Brr! Angèle! . . . Lance un regard de tes beaux yeux. Jette la clé par la fenétre. En ta chambre, en ton coeur -aux cieux- J'entrerai bien tout seul peut-être, Mais hâte-toi. je suis transi. L'espoir seul me retient ici. Vite. ouvre-moi: dehors il g-ële, Brr! Angèle! . . . J'ai beau chanter tout reste coi. A la vitre le feu scintille. Elle entend, mais ne dit pas: Quoi? Coquette. tu n'es pas gentille. Je pars: que me fait ta beauté? Ton feu qui n'a que la clarté? En ta chambre, en ton coeur, il gèle, Brr! Angèle! . . . XXXV A La Solitude. A Armand, Sylvestre. Oh! rien ne m'est plus cher que l'humble solitude!. . . 0 toi. Reine du reve. Amante des amants Toi dont le regard suit avec sollicitude Dans l'esprit du penseur les lents enfantements D'une laborieuse et frémissante étude. Que j'aime à me plonger en tes enchantements Quand sur mes monts chéris à la fière attitude, J'admire de la nuit les mille diamants! . . . Alors, l'être grisé par l'émouvant mystère Qui descend de l'azur, qui monte de la terre, Je sens sourdre en mon coeur les vers mélodieux. Et pour moi susurrant un refrain long et tendre. Ma muse aux cheveux blonds s'approche et vient me tendre En une coupe d'or le breuvage des dieux! . . . (Aux ruines de Maufaucon, à la brune.) XXXVI Vision. A Mademoicelle M.T. Elles sont trois, fuvant la foule des trottoirs, L'aïeule aux cheveux blancs, la mère au cheveux noirs, L'enfant aux cheveux blonds. -à l'écart retirées. . . Et c'est la vision des tendresses sacrées. . . La grand'mère est percluse et d'un pas doux et lent, Sa fille la promène en un fauteuil roulant. Mère-grand dans ses bras tient Bébé qui chantonne, En riant au spleil, un refrain monotone. Le sourire si pur du chérubin gâté Réchauffe et rajeunit ce visage ridé Comme le frais rayon d'une candide aurore. . . Derrière, conduisant ces êtres qu'elle adore, -Dont elle est, doux lien, mère et fille à la fois.- La femme aux cheveux noirs babille, et dans sa voix Elle met ce qu'elle a de plus gentiment tendre. . . Et j'ai passé rêveur. . . je venais de comprendre Que je voyais, nimbés d'amour familial, L'été, l'hiver, avec le printemps lilial. . . . (A Granvelle.) XXXVII Aux Baigneurs. Salut, coquets baigneurs, élégantes baigneuses Qui venez oublier les heures besogneuses, Les ennuis, les tracas, les bruits parisiens. Dans la calme splendeur de nos vertes campagnes, Dans les airs embaumés de nos fières montagnes, Dans l'aspect reposant des cieux jurassiens! . . . Toute en joie aujourd'hui, la cité bisontine A recevoir gaîment ses hôtes se destine Et se pare de son costume des grands jours. . . Car elle sent vibrer sa vieille ame romaine, Elle veut plaire a ceux que l'été lui ramene Et devenir pour eux le plus beau des séjours. . . Qu'elle est fière dans sa ceinture d'émeraude! Car le Doubs, son amant, tout autour d'elle rôde Et couvre de baisers sa robe de remparts. . . Tandis que, tout là-haut, l'altière citadelle Semble monter la garde, et sur l'azur dentelle La crête de ses murs et de ses rocs épars. Elle vous donnera, notre ville comtoise. Le sourire constant d sa foule courtoise. Les parterres ombreux de ses beaux promenoirs, Les étranges attraits des ruines antiques Et le charme de ses alentours romantiques, Les divertissements noieront vos ennuis noirs. . . Et si vous adorez les monts, la solitude, Si vous êtes amants de la fière altitude, Vos voeux seront comblés, car, sans vous déranger, Vous trouverez ici ravins, gorges, vallées, Rochers et monts, Sapins aux mystiques allées, Sources, chutes dont l'onde appelle l'étranger. . . Et vous serez ravis du Casino superbe, Des diners impromptus que l'on mange sur l'herbe, Sous l'immense plafond de notre pàle azur. . . Et vous vous en irez contents de notre ville Où vous aurez trouvé, dans la Comté tranquille, Un bain d'eau, de plaisir, de bleu ciel et d'air pur! . . . XXXVIII Aux Poètes. A Eugène Manuel. Puisque Tout ici-bas, ciel, terre, épine ou rose, Peut à l'homme songeur apprendre quelque chose, Que rien dans l'univers n'existe sans raison, Que Dieu marque son doigt sur toute créature Comme le sceau puissant de sa manufacture. Puisque pour découvrir et scruter l'horizon. L'esprit observateur sort du corps sa prison. Qu'il cherche à découvrir quelques mots dans ce livre immense et grand ouvert qui ravit et confond, Où glisse à chaque page un arcane profond. Courez, Poètes, vous que la nature enivre! Que votre esprit pensif partout, partout se livre A la réflexion! jetez partout les yeux! N'oubliez rien. L'énigme est dans le grain de sable Autant qu'en l'infini. béante, insaisissable! . . . Regardez sur la terre et voyez dans les cieux! Devinez le secret des magiques essieux Du quadrige que Dieu promène dans le monde! Que la réflexion allume à vos regards Des lueurs dans le fond des mystères hagards! . . . Allez! courez! changez! Après la terre, l'onde, Après l'onde, le ciel, le soir gris, l'aube blonde, Après le ciel, votre âme et celle des humains! . . . L'âme autant que le monde est l'arène infinie Où galopent sans frein les coursiers du génie. . . Lisez les mots sacrés aux bornes des chemins. Dites-nous les splendeurs des mystiques hymens Que l'esprit du penseur contracte avec l'espace; Comme Franklin, lancez votre esprit dans les airs, Rapportez-nous la foudre et l'éclat des éclairs! Planez sur le limon de ce siècle rapace, En plein azur, où Dieu souvent passe et repasse. . . Et, tandis qu'en crochets se transforment les mains, Frères! nous resterons de ces trésors austères, Honneur, Amour,Vertu, les francs dépositaires! . . . XXXIX En Ballon. (3) A Monsieur Rageot de la Touche. Le ballon dans le ciel monte, victorieux, M'emportant vers l'azur en sa frêle nacelle Qui vole au gré du vent et doucement chancelle Et j'ai, comme un prophète, un essor glorieux. . . L'infini me fascine et me rend sérieux. Sous mes pieds, l'Océan au soleil étincelle.. Sur terre, tout est nain, la ville est comme celle Que construit en joujoux l'enfant industrieux. . . La rade immense, avec son imposante escadre Et ses mille bateaux, semble incluse en un cadre De grèves, de villas, de jardins ravissants. . . Au loin, la pleine mer s'arque, démesurée. . . Oh Dieu! que ma prière à toi monte, épurée Dans l'azur clair et chaud des cieux éblouissants! . . . (A Bord de l'aérotat La Vigie sur Toulon.) XL Helvétia! (4) A la Fiancée. Te souviens-tu de ce jour ou nos coeurs Extasiés débordaient d'allégresse, Où confondus dans une même ivresse, Des envieux nous narguions les rancoeurs? . . . Nous nous aimions sans arrière-pensée. . . T'en souvient-il, ma Fiancée?. Te souviens-tu des forêts, des vallons, Des monts abrupts franchis à la frontière, Quand le soleil, pleuvant par la portière, Mettait de l'or en tes beaux cheveux blonds?.. Et nous filions d'une allure insensée. . . T'en souvient-il ma Fiancée? Te souviens-tu des rochers effrayants Entr'aperçus aux Gorges de l'Areuse, Et des sanglots que cette onde pleureuse Hurlait au fond des abimes brillants (5)? . . . De mes deux bras je t'avais enlacée. . . T'en souvient-il ma Fiancée? . . . Et ton babil gentiment s'envolait, Mélodieux, de ta bouche rieuse; A tout moment, ta tête curieuse En me frôlant, Chère, m'ensorcelait. . . J'avais vraiment l'âme toute enversée. T'en souvient-il ma Fiancée? . . . Puis à nos yeux scintilla le lac clair, Comme un lapis en l'écrin de verdure; Et le brouillard, encens de la nature Montant à Dieu, se disloquait en l'air. . . Mille rayons jouaient dans la rosée. . . T'en souvient-il ma Fiancée? . . . Puis les Monts blancs, bleutés dans le lointain, En demi-cercle et montant jusqu'aux nues, Firent briller leurs épaules chenues Aux rais dorés du sôleil du matin. . . Tu souriais à leur splendeur glacée. . . T'en souvient-il ma Fiancée? . . . Enfin la ville et ses blanches maisons. Ses frais jardins! son lac, son port, ses berges. Ses promeneurs encombrant les auberges, Nous prodigua ses jolis horizons. . . La brume alors était tout éclipsée. . . T'en souvient-il ma Fiancée? . . . Le site altier était bien le décor Qui convenait à ta beauté sereine; Fier comme un roi, puisque j'avais ma reine, Ton bras au mien. je fatiguais encor De mots d'amour ton oreille rosée. . . T'en souvient-il ma Fiancée? . . . Et couple heureux, nous fûmes sur le lac Dans un esquif que ma rame intrépide Faisait voler comme un oiseau rapide. . . Et du flot bleu l'harmonieux flic-flac Accompagnait ma chanson cadencée. . . T'en souvient-il ma Fiancée? . . . Mais le grand fouet de la bise en fureur Cingla les eaux oû coururent les vagues Avec des cris et des menaces vague. . . Mais, surmontant ma croissante terreur. . . Je t'arrachais de l'onde courroucée. T'en souvient-il ma Fiancée? . . . Oh! quel beau jour! Soleil, azur aux cieux! Gaîté, bonheur, amour à pleines âmes! Rêve si pur que nous réalisâmes Avec un peu de bleu ciel en nos yeux! . . . Un doux baiser ponctua l'odyssée. . . T'en souvient-il ma Fiancée? . . . Notes. (1) Berthe de Joux, la belle châtelaine aux yeux bleus, s'égara un jour sur les bords du lac de Damvautier. (I. de St-Point), Alors songant à son gentil chevalier parti, là-bas, en Terre-Sainte, et qui avait emporté son coeur avec lui, elle laissa couler de ses yeux d'azur, une larme qui, tombant en terre, y devint la Source Bleue. (2) Instrument de supplice russe, fait de nerfs de boeuf et terminés par des crochets de fer. (3) Extrait des Vibrations, (En préparation.) (4) Extrait du Livre de la Fiancée. (En préparation.) (5) Variante: Bâillants. Source: http://www.poesies.net