Médée. Par Alphonse De Lamartine (1790-1869) Tragédie. TABLE DES MATIERES. Personnages. ACTE I Scène I Scène II Scène III Scène IV ACTE II Scène I Scène II Scène III Scène IV Scène V Scène VI ACTE III Scène I Scène II Scène III Scène IV ACTE IV Scène I Scène II Scène III Scène IV Scène V ACTE V Scène I Scène II Scène III Scène IV Scène V Scène VI Scène VII Personnages. CRÉON, roi d'Athènes. JASON. EGISTHE, confident de Jason. MÉDÉE. CRÉUSE, fille de Créon. IPHISE, confidente de Médée. ACTE I Scène I ÉGISTTIE, JASON. JASON. Enfin, après six mois d'une absence cruelle, Le ciel à mes désirs rend un ami fidèle; Je te revois, Égisthe, «1 mes voeux sont remplis. ÉGISTHE. Grâces au ciel, Seigneur, les miens sont accomplis! La fortune a changé: notre triste pairie. Par un usurpateur trop longtemps asservie, De son lâche sommeil s éveillant à ma voix, Redemande à grands cris le pur sang de ses rois. JASON. Que dis-tu? ÉGISTHE. Qu'indigné de son long esclavage, Le parti de Jason relève son courage Et jusque dans Larisse a déjà fait trembler Le superbe tyran qui croyait l'accabler. En vain, pour affermir son trône qui chancelle, Du fier usurpateur l'autorité cruelle Fait couler à grands flots le sang de ses sujets Et croit par la terreur assurer ses projets; En vain, pour s'attacher un peuple mercenaire. Il frappe de tributs la Thessalie entière Et des honteux trésors aux peuples arrachés Assouvit les flatteurs à son trône attachés, Vils esclaves sur qui notre haine retombe, Fidèles s'il est roi, mais ingrats s'il succombe! Le peuple, à leurs excès imputant ses malheurs, Soulève enfin le joug de ses fiers oppresseurs; Il vous attend. Seigneur, il est temps de paraître, De lui montrer son roi, son vengeur et son maître, Et de venir enfin, de ce peuple suivi, Reconquérir le trône à votre sang ravi. JASON. Égisthe, je rends grâce à l'ardeur de ton zèle Et sais apprécier un avis si fidèle. Je brûle de m'asseoir au rang de mes aïeux, Mais je ne puis encore abandonner ces lieux. ÉGISTHE. VA qui peut donc, Seigneur, vous fixer dans Athènes? N'avez-vous pas brisé les trop indignes chaînes Dont Médée arrêtait votre heureuse valeur, Et de vous-même enfin n'êtes-vous pas vainqueur? JASON. Il est vrai: j'ai vaincu mon amour pour Médée; Mais par un autre feu mon àme possédée, Égisthe, m'apprend trop que jusques à ce jour Je n'avais pas connu tout l'excès de l'amour. ÉGISTHE. Qu'entends-je! Eh quoi, Seigneur?... JASON. Oui, cher Égisthe, écoute. Mon front à cet aveu devrait rougir sans doute! Tu vas pouvoir juger de l'excès de mes feux: Pour la première luis je me crois amoureux. Tu sais comment, fuyant l'heureuse Thessalie, Athènes pour Jason fut une autre patrie. Son roi, fidèle appui des héros malheureux, M'y reçut, m'y combla de secours généreux. Accueilli dans sa cour, j'y vis bientôt sa fille, Unique rejeton dune illustre famille, Héritière d'Athène et de ces heureux bords Que la nature et l'art ornent de leurs trésors. Je la vis, je sentis le pouvoir de ses charmes, J'oubliai mes malheurs, j'oubliai mes alarmes, Je ne vis que Creuse, et mon coeur éperdu Crut retrouver bien plus que ce que j'ai perdu. Que dirai-je? Enivré de ma folle tendresse, J'osai tomber aux pieds de ma belle princesse, J'osai démon amour lui déclarer l'ardeur. Je ne sais si ces noms de héros, de vainqueur, Le bruit de mes exploits, de mes malheurs peut-être, Ont nourri dans son coeur l'amour que j'y fis naître: Quoi qu'il en soit, Égisthe, à mon esprit charmé Elle ne put cacher combien j'étais aimé. Depuis ce jour heureux, Créon, dont l'indulgence Jette sur nos amours un oeil de complaisance, Créon ne voit en moi qu'un héritier, qu'un fils, Et Creuse et son trône à Jason sont promis! Bientôt même l'hymen... ÉGISTHE. Seigneur, qu'osez-vous dire? Et quel est cet hymen où votre coeur aspire? Oubliez-vous Médée et voulez-vous deux fois D'un hymen méprisé violer les saints droits? La Grèce a vu les pleurs de la triste Hvpsipyle, Loin des heureux États d'où son amour l'exile, Redemandant partout son époux inconstant, Attester tous les dieux garants de vos serments. Hypsipyle a borné sa vengeance à ses larmes, Mais croyez que Médée emploiera d'autres armes, Que sa rage atteindra son infidèle époux. Je sais (un bruit du moins l'a semé parmi nous) Que Médée a caché dans l'obscure Scythie Les restes malheureux de sa coupable vie; Mais, quel que soit l'espace entre elle et vous, Seigneur, Craignez tout de son art et tout de sa fureur. JASON. Cesse de t'alarmer, cher Égisthe, mon aine Ne connaîtra jamais la crainte d'une femme; Et, quels que soient son art, ses appuis, ses fureurs. Jason n'en sut jamais redouter que les pleurs, Cependant, je l'avoue, une pitié secrète, Même dans ces instants, rend ma joie imparfaite. Je ne vois point sans peine au sein de ce palais L'épouse de Jason, la fille d'Eétès, Témoin de ce bonheur... ÉGISTHE. Eh quoi! Seigneur, Médée Serait-elle en ces lieux? JASON. Obscure et déguisée, Elle s'y cache, Égisthe, et sous un autre nom Se voile à tous les yeux et surtout à Créon . ÉGISTHE. Q'entends-je! JASON. Tu connais les fureurs légitimes Dont les rois de la Grèce ont poursuivi ses crimes. Leur trop juste courroux, qui la suit en tous lieux, A juré de laver dans son sang odieux Le meurtre de Pelée, et jusque dans Athène Elle doit redouter les suites de leur haine. Cependant, quand le roi m'entrouvrit ses États, Moi-même dans sa cour je conduisis ses pas; En illustre captive à ma suite enchaînée, Jusqu'aux yeux de Créon elle fut amenée. Le roi, toujours trompé par ce déguisement, Lui rendit les honneurs qu'on devait à son rang, Jusque dans son palais accueillit la princesse; Et moi, pour mieux tromper et Créon et la Grèce, J'ai répandu partout qu'eu un exil lointain Médée allait cacher sa honte et son chagrin. Ce bruit qui l'a séduite éloigne de sa tête La vengeance et la mort qu'à son crime on apprête; Et jusque dans le sein de ses fiers ennemis Elle coule en repos des jours partout proscrits. (Test peu: son art, ses pleurs, sa beauté, sa jeunesse Ont su toucher le coeur de la jeune princesse; La plus tendre amitié les unit toutes deux. Je vois avec douleur se resserrer ces noeuds, Et que, sans se connaître, une amitié fatale Unisse imprudemment Médée à sa rivale. ÉGISTHE. L'amitié de Médée est un piège, Seigneur. JASON. Avant de resserrer ce noeud plein de douceur, Je Munirais, cher Égisthe, écartant mon épouse, Prévenir les excès de sa douleur jalouse. J'éloignais jusqu'ici par des retards prudents De mon nouvel hymen les fortunés instants, Pour ne point voir troubler ces moments pleins de charmes Par des reproches vains el d'odieuses larmes, Et pour conduire avant dehors de ces États La fille d'Eétès confiée à mon bras. Mais déjà de Créon la tendre impatience S'étonne avec raison... ÉGISTHE. Seigneur, le roi s'avance. Scène II JASON, ÉGISTHE, CRÉON. CRÉON. Enfin l'heureux Jason voit un ciel plus serein Ranimer sa fortune et changer son destin! La Grèce avec plaisir voit un héros qu'elle aime .Monter au rang qu'on doit à la valeur suprême Et du trône, à son père injustement ravi, Prêt à chasser enfin un tyran ennemi. Le bruit de ce bonheur se répand dans la Grèce; Athène en fait partout éclater l'allégresse, Seigneur, et tout un peuple, en ces instants heureux. Fait des voeux pour Jason et rend grâce à ses dieux. Moi-même je venais partager votre joie; Mais, au sein du bonheur que le ciel vous envoie, Quel nuage, Seigneur, peut troubler votre coeur MÉDÉE. Et voiler votre front d'une sombre douleur? Pariez, éclaircissez cet étrange mystère. JASON. Ce n'est point devant vous que je pourrais le taire, Seigneur; d'un trône même un coeur est peu flatté Lorsqu'au prix du bonheur il doit être acheté. CRÉON. Et quel est donc, Seigneur, ce soin qui vous afflige, Ce sacrifice enfin que votre gloire exige? De quel prix parlez-vous? JASON. Ah, du prix le plus doux, Seigneur, qu'aucun mortel puisse attendre de vous! CRÉON. Eli quoi? JASON. L'ordre des dieux m'appelle eu Thessalie, Seigneur; j'y dois venger ma famille trahie Et relever le trône où je devrai m'asseoir. Et ma gloire et mon nom, tout m'en lait un devoir. J'y souscris, ma valeur m'y fait trouver des charmes; Mais puis-je donc partir sans répandre des larmes Et voir sans en frémir cet hymen désiré, Même par des exploits, de nouveau différé? CRÉON. Et qui parle, Seigneur, de différer encore Cet hymen dont l'espoir et me flatte et m'honore? Je venais au contraire en presser le moment. JASON. Pour le triste Jason quel espoir consolant, Seigneur! Mais est-ce au sein du tumulte et des armes, Quand tout va respirer la guerre et les alarmes, Quand je m'éloigne enfin, incertain du retour, Que nous devons former ces doux noeuds de l'amour, Souffrir?... CRÉON. Non, non, Seigneur, sous quels plus beaux auspices Pouvons-nous célébrer ces heureux sacrifices, Et d'un si noble hymen allumer les flambeaux? Vous partez, vous allez par des exploits nouveaux A vos heureux projets enchaînant la victoire, D'un nom déjà fameux accroître encor la gloire. Mille jeunes guerriers briguent déjà l'honneur De marcher sous les lois d'un si fameux vainqueur, D'apprendre sur vos pas ce grand art de la guerre; Riais ils veulent, Seigneur, que Jason soit leur frère, Que de Creuse enfin ce héros soit l'époux: Ils combattront pour elle en combattant pour vous, Et ces deux noms unis, doublant encor leur zèle, Vous n'aurez pas, Seigneur, de guerriers plus fidèles. Déjà leur noble troupe environne ces lieux Et demande à grands cris cet hymen précieux. C'est le ciel par leur voix qui nous parle peut-être. Obéissons, Seigneur; que le jour qui va naître Éclaire les beaux noeuds que nous allons serrer. Pour cette pompe auguste allons tout préparer. Et moi-même, je vais, dans l'ardeur qui me presse, De son prochain bonheur instruire la princesse. Scène III JASON, ÉGISTIIE. JASON. Égisthe, tu le vois, mon bonheur est certain. Quel Dieu dans ce palais me conduit par la main? Hâte-toi de paraître, ô jour si plein de charmes! ÉGISTHE. Recule, jour de sang, jour de deuil et de larmes! JASON. Que dis-tu, malheureux? ÉGISTHE. Que le courroux des dieux, Seigneur, a mis sans doute un bandeau sur vos yeux; Qu: une fatale main, vous poussant dans l'abîme, Avant de l'immoler aveugle sa victime; Que le destin vous perd en semblant vous servir. Songez quel est l'objet que vous osez trahir: Une femme, aux forfaits des l'enfance nourrie, Qui, pour premier essai de son fatal génie, Assassina son frère et se plongea deux fois Dans le sang odieux de deux malheureux rois; Dont les crimes hardis, épouvantant la terre, Ont fait croire aux mortels que la nature entière Reconnaissait ses lois et que les éléments Etaient de son pouvoir d'aveugles instruments; Dont tout sert à son gré la fureur inhumaine, Et dont rien n'égala ni l'amour ni la haine. JASON. D'une vaine terreur pourquoi m’entretenir? Quand on sait la connaître on sait la prévenir. Égisthe, son courroux n'a rien qui m'inquiète; Rien ne lui parle encor de ma flamme secrète. Quels que soient les moyens dont son art peut user. Jusqu'au dernier instant je prétends l'abuser. Mais la voici... je sens expirer mon courage. Le trouble de son coeur est peint sur son visage. Égisthe, laisse-nous. Scène IV MÉDÉE, JASON. MÉDÉE. Non, c'en est fait, Seigneur, Je ne puis plus longtemps renfermer ma douleur. Mon coeur, longtemps percé du trait qui le déchire, A souffert en silence et caché son martyre; J'ai dévoré des pleurs offensants pour vos yeux, El n'aide mes ennuis fatigué que les dieux. Mais enfin rien ne peut retenir davantage L'aveu de mes tourments plus forts que mon courage; J'éclate et veux enfin vous ouvrir tout entier Tout ce coeur où jadis vous lisiez le premier! Je ne viens point ici, réveillant dans votre âme La stérile pitié que mon malheur réclame, Comparer au passé le présent malheureux. Que la fille des rois, et plus illustre qu'eux, Que Médée, en esclave en ces lieux déguisée. Y cache obscurément sa gloire méprisée, Ce n'est pas là, Jason, ce qui blesse mon coeur: L'amour m'a sur vos pas façonnée au malheur. Quand vous le partagiez j'y trouvais mille charmes, Et quand vous les séchiez je chérissais mes larmes. Ce sort était trop doux; hélas, qu'il est changé! Dans une oisive cour l'heureux Jason plongé, Enivré des plaisirs qu'on offre à sa jeunesse, Au sein des jeux brillants, des fêtes de la Grèce, Il est trop vrai, Seigneur, semble avoir oublié Le malheureux objet d'une vile pitié! Quoi! tandis qu'en silence à ma douleur livrée, Et d'amers souvenirs nuit et jour entourée, Je consume en secret mes jours dans la douleur, Que votre seule image adoucit mon malheur, Il me faut, à toute heure, éprouver le supplice De votre indifférence et de votre injustice, Voir vos regards distraits se détourner du mien, N'obtenir qu'avec peine un moment d'entretien, (En le fixant d'un oeil inquiet) Ne lire dans vos yeux qu'un coeur froid ou volage, Trembler à chaque instant d'en savoir davantage! Non, Seigneur, c'en est trop, je ne puis vivre ainsi. Que cet état horrible enfin soit éclairci, Que mon sort par vous-même aujourd'hui se décide: J'aime mieux vous savoir inconstant que perfide! JASON. De vos soupçons, Madame, injustement blessé, Peut-être je pourrais m'en montrer offensé, Rappeler devant vous tout le cours de ma vie, Et vous montrer Jason fuyant de sa patrie Pour vous suivre, Madame, et pour mettre vos jours Sous l'abri respecté de son puissant secours. J'ai négligé pour vous ma couronne et l'empire, J'ai négligé ma gloire, et c'est assez vous dire! Mais un esprit blessé, par l'infortune aigri, Met tout ce qu'on a fait dans un injuste oubli; Tout est pour lui mépris, ingratitude, offense; Il empoisonne tout. Sa sombre défiance, Qui se plaît à verser ses perfides poisons, Change l'amour en crainte et la crainte en soupçons. MÉDÉE. Peut-être, est-il trop vrai, ma fatale tendresse Conçoit trop vivement un soupçon qui la blesse, Seigneur, et ce tourment d'un esprit abuse Par l'amour qui l'enfante est assez excusé. Mais qu'on l'appelle erreur, défiance, injustice, Je n'en puis plus longtemps supporter le supplice; Tout sort est préférable à ces tourments affreux, La mort même à Médée est moins horrible qu'eux! Quittons, Seigneur, quittons cette cour abhorrée, Tout y jette le trouble en mon âme égarée, Tout m'en repousse enfin! Une invincible horreur, D'affreux pressentiments y fatiguent mon coeur: Je ne sais si les dieux, offensés par mon crime, De leur courroux déjà me rendent la victime, Ou si, touchés des pleurs qu'à leurs pieds je répands, Ils donnent à mon coeur ces avertissements. Quoi qu'il en soit, leur voix chaque nuit me réveille Et retentit encor le jour à mon oreille. Obéissons, Seigneur; que ces funestes lieux Ne nous retiennent pas contre l'ordre des dieux! Fuyons -ou je ne puis plus longtemps me contraindre! Quels que soient les dangers que Médée ait à craindre. Je me nomme, Seigneur, et péris devant vous. Ou j'entraîne avec moi mes fils et mon époux. Rien ne peut plus longtemps me forcer au silence!... JASON. J'obéirai, Madame, à votre impatience; Les dieux vous ont dit vrai: demain, la fin du jour Nous aura vus quitter cette odieuse cour! Ils s'éloignent; la toile se baisse. ACTE II Scène I MÉDÉE, IPHISE. MÉDÉE. Enfin, un jour fatal en ce moment m'éclaire, Iphise, mais hélas, quelle horrible lumière! Je regrette déjà l'heureuse obscurité Qui me voilait encor l'affreuse vérité; De mon dernier espoir les lueurs sont éteintes! Je L'ai vu: de quel oeil il a reçu mes plaintes! Comme ses yeux distraits, pendant notre entretien, Semblaient craindre toujours de rencontrer les miens! Jason en ma présence avait l'air d'un coupable Qui souffre avec terreur un témoin qui l'accable; Son ennui sur son front se montrait tout entier; Il semblait dédaigner de se justifier. Cependant, à mes voeux il cède en apparence; Il obéit, dit-il, à mon impatience; Il part; mais sa froideur, son coupable embarras M'annoncent quelque piège où l'on attend mes pas. IPHISE. Peut-être, en cet instant, votre aveugle colère Écoute trop, Madame, un soupçon téméraire. Grossissant à nos yeux un fantôme trompeur, L'esprit croit voir souvent ce que craint notre coeur! N'en croyez point encore à ces lueurs douteuses. MÉDÉE. Les craintes de l'amour ne sont jamais trompeuses, Iphise, et sur le front d'un infidèle amant Il grave en traits certains son fatal changement. Je ne m'y trompe pas: ô mânes de mon père, J'éprouve donc déjà l'effet de ta colère! Tant que Jason m'aimait, je méprisais tes coups; Il u changé! cruels, vous voilà vengés tous! IPHISE. Madame, au nom des dieux, que fléchiront nos larmes, Suspendez un moment ces cruelles alarmes. Ces dieux à votre époux donneront des remords. MÉDÉE. Des remords! qu'as-tu dit? Ah! j'avais sans efforts Étouffé jusqu'ici leurs plaintes légitimes: L'amour seul de Jason justifiait mes crimes. Je doutais qu'il en fût quand nous étions heureux. Vaine erreur! mon supplice a commencé par eux! Iphise, laisse-moi. Mais Creuse s'avance. Je désire à la fois et je crains su présence. Scène II MÉDÉE, CREUSE, IPHISE. CRÉUSE. Madame, pardonnez si je viens en ces lieux Interrompre les pleurs qui coulent de vos yeux. Que n'en puis-je tarir la source infortunée! A vos sombres ennuis toujours abandonnée, Depuis plus de six mois rien ne peut adoucir Ces éternels chagrins (pic l'on vous voit nourrir. En vain mon amitié les plaint el les partage, Rien ne peut de vos yeux en écarter l'image; Le temps, de tous nos maux ce doux consolateur, Semble des vôtres seuls accroître lu rigueur. Qui peut donc prolonger une peine aussi vive? Vous n'avez dans ces lieux que le nom de captive; Tout vous y rit, Madame, et voudrait dissiper Ce triste souvenir qui vous semble occuper. MÉDÉE. Ah! que puissent les dieux, h vos vertus propices, D'un amour malheureux vous sauver les supplices. Madame, et vous laisser à jamais ignorer Ces tourments dont sa main aime à nous déchirer! CRÉUSE. Eh quoi! même à ces maux n'est-il plus d'espérance? Je n'ai de ces chagrins que peu d'expérience, .Mais l'amour comme à vous m'a coûté quelques pleurs, El même à les verser j'ai trouvé des douceurs: Il mêlait dans mon coeur l'espoir à la tristesse, Et jamais ses tourments... MÉDÉE, avec inquiétude. Quoi! vous aimez, Princesse? Vous aimez! Mais au moins votre coeur généreux N'aime point un perfide, indigne de ses feux! Un séducteur ingrat!... CRÉUSE. J'aime un héros, Madame, MÉDÉE. Digne en tout de l'excès de l'amour qui m'enflamme, Jeune, beau, vertueux, tel qu'on peint à nos yeux Os illustres mortels, dignes enfants des dieux. MÉDÉE. Qu'entends-je? (à Creuse) Jusqu'ici votre amitié sincère, Madame, de ces feux m'avait fait un mystère. J'ignorais... Depuis quand votre coeur engagé Sous ce joug malheureux s'est-il enfin rangé? CRÉUSE. Depuis que les forfaits d'une femme inhumaine, Madame, ont amené ce héros dans Athène. MÉDÉE. Quoi, Madame, Jason! CRÉUSE. Lui-même. MÉDÉE. Dieux vengeurs! Me réserviez-vous donc a cet excès d'horreurs! IPHISE. Contenez un moment le trouble de votre âme; Craignez de découvrir... CRÉUSE. Vous vous troublez, Madame MÉDÉE (bas.) Dieux! (à Creuse:) Pardonnez, Princesse, à mon étonnement. Je ne m'attendais pas au nom de cet amant; Je croyais que sa foi, dès longtemps enchaînée, Lui devait interdire un nouvel hyménée, Et qu'à Médée enfin uni par de saints noeuds Il ne pouvait sans crime ailleurs porter ses voeux. CRÉUSE. De ces noeuds malheureux, dont la honte l'accable, Enfin il a brisé la chaîne déplorable, Et sans retour, Madame, il a répudié L'épouse dont son nom semblait humilié. Par un nouvel hymen, plus cligne de sa gloire, Il brûle du premier d'effacer la mémoire; Et Médée a caché dans le fond des déserts, Loin des bords de la Grèce, au bout de l'univers, MÉDÉE. Ses crimes, ses malheurs, sa honte et sa misère, L’épouvante et l'horreur de la nature entière! MÉDÉE, agitée, se levant. Pourrai-je à ma fureur résister plus longtemps? Scène III CRÉON, MÉDÉE, CREUSE, IPHISE. CRÉON. Je vous cherchais, Madame, en vos appartements: Je venais annoncer à votre aine ravie Un bonheur trop tardif, au gré de mon envie; Je courais prés de vous en rendre grâce aux dieux, Et mon empressement m'a conduit en ces lieux. Ce héros que la Grèce ainsi que vous admire Voit enfin à ses voeux la fortune sourire. Madame, et, rappelant le pur sang de ses nus. La Thessalie enfin se soumet a ses lois. Il part, il va chasser de l'empire et du trône Ce traître ambitieux qui souillait sa couronne; Larisse n'attend plus que l'effort de son bras. Mais, avant de quitter ma cour et mes États, Il veut, couvrant l'horreur d'un fatal hyménée, A la vôtre, Madame, unir sa destinée. L'on n'attend, pour former ces liens si précieux Que votre aveu, Madame, et qu'on lit dans vos yeux. CRÉUSE. Mou coeur, pour avouer une flamme si chère, N'attendait plus, Seigneur, que l'ordre de mon père. MÉDÉE. Iphise, tu l'entends! CRÉON, Venez donc aux autels De leurs nouveaux bienfaits bénir les immortels. Madame, tout un peuple, en proie à son ivresse, Au temple qui l'attend appelle la princesse. Paraissez, montrez-vous, que ce peuple enchanté, D'espérance et de joie aujourd'hui transporté, Oublie en vous voyant l'odieuse Médée! Venez, de ces beaux noeuds la pompe est préparée. MÉDÉE. Haine, fureur, amour, enfin vous l'emportez! IPHISE. Grands dieux! MÉDÉE. Non, c'en est fait! barbares, arrêtez, Vous n'achèverez point cet horrible parjure! Cette femme, l'horreur de toute la nature, Dont le nom seul devrait vous faire trembler tous. Cet effroi des mortels, Médée est devant vous! CRÉUSE, tombant entre les bras d'une de ses femmes. Qu'entends-je? CRÉON. Dieux! Médée! ô vue! ô perfidie! On entraîne Creuse. Scène IV MÉDÉE, CRÉON. MÉDÉE. Oui, c'est moi! La voici, cette épouse trahie Que tu croyais sans doute aux bouts de l'univers, Ignorant son opprobre et vos complots pervers! Tu croyais loin de toi sa vengeance enchaînée, Mais non; je le verrai, ce fatal hyménée! J'y suis, et ma fureur y va faire fumer, Lâche, les seuls flambeaux qu'on y doive allumer! Si tu chéris ton sang, songe à quoi tu l'exposes, Considère Médée, et poursuis, si tu l'oses! CRÉON. Plus je la vois et moins j'en puis croire mes yeux. Médée ose affronter mon courroux dans ces lieux! Ignore-t-elle donc que le sang de Pelée Demande encor vengeance à la Grèce étonnée, Que mon bras s'est armé pour punir ses forfaits, Que ses jours odieux sont proscrits? MÉDÉE. Je le sais. De ces jours détestes la trame déplorable Pour moi-même n'est plus qu'un fardeau qui m'accable. Tant qu'ils m'ont été chers, j'ai su les conserver: Hâte-toi de les prendre et de m'en délivrer; Fais-en un digne hommage à l'amour de ta fille, Épuise tout ce sang funeste à ta famille, Venge Pelée et toi, et la Grèce et Jason! Ce sang retombera sur toute ta maison! CRÉON. Oui, je les vengerai; je punirai tes crimes; J'en préviendrai peut-être! et tes tristes victimes Verront ce sang impur, à leurs mânes versé, Justifier le ciel trop longtemps offensé! MÉDÉE, avec dédain et ironie. Frappe donc. Hâte-toi d'immoler une femme. Frappe, dis-je: ce trait est digne de ton âme! Mais non; pour soutenir ton bras mal affermi, Va chercher ce héros, ton gendre et ton ami. Qu'il vienne consommer ce noble sacrifice, S'enivrer de mon sang, jouir de mon supplice, Et, jusque dans ce coeur par ses mains déchiré, Punir le crime affreux de l'avoir adoré! CRÉON. Rends grâce à ce héros dont le nom seul arrête L'effet de mon courroux, suspendu sur ta tète; Ce lien malheureux, qui fit son déshonneur, Est encor le seul frein qui retient ma fureur. MÉDÉE. Eh bien, va donc briser ce lien qui t'offense, Et donne un libre cours après à ta vengeance! Va, quels que soient les coups que j'attende de toi, Je t'en garde un plus sûr et plus digne de moi. Tremble! CRÉON. Ah, c'en est trop! sa criminelle audace Au sein de ce palais m'insulte et me menace. Je saurai prévenir tes sinistres desseins. Gardes, chargez de fers ses parricides mains! MFDÉE, tendant les bras aux chaînes dont on la charge. Tu peux donner des fers à ces mains sans défense; Mais tu ne peux, barbare, enchaîner ma vengeance! CRÉON, aux gardes. Vous, que dans ce palais on observe ses pas; A sa propre fureur ne l'abandonnez pas; Pour contenter du ciel l'implacable justice, La mort seule à ce monstre est un trop doux supplice! Créon se retire. Scène V MÉDÉE, chargée de fers, IPHISE. MÉDÉE. Va, ne crains rien: ce bras, d'indignes fers chargé. Ne versera mon sang qu'après l'avoir vengé: Si la mort est enfin le seul bien qui me reste, Je vais à leurs projets la rendre au moins funeste! (à Iphise) Iphise, va trouver mon infidèle époux, Dis-lui qu'avant ma mort je veux le voir; (Aux deux gardes:) Et vous, Épargnez-moi, soldats, votre vue importune, Et d'une reine encor respectez l'infortune; Éloignez-vous. Les gardes se retirent. Scène VI MÉDÉE, seule. Enfin, tu t'es donc explique, Ciel vengeur, que Médée a longtemps provoqué! Je l'avoue, à tes coups dès longtemps préparée, Contre celui-là seul je me crus rassurée; C'était le seul endroit où tu pouvais frapper Un coeur qui par tout autre aurait su t'échapper. Mais rien n'a pu tromper ta vengeance certaine. Tu n'aurais qu'à demi rassasié ta haine, Si celui pour qui seul j'ai commis ces horreurs N'eût servi d'instrument à tes desseins vengeurs! Où m'a conduit, grands dieux, une flamme funeste! Depuis ce jour fatal où le courroux céleste Amena le perfide au palais d'Eétès, Tous mes pas ont été marqués par mes forfaits. Par des ruisseaux de sang j'ai tracé ma carrière: Absyrthe, Pélias, toi surtout, toi, mon père! Fuyez, vains souvenirs, si longtemps combattus! Quand les crimes sont faits, les remords sont perdus. Fantômes importuns, ombres toujours sanglantes, De mon fatal amour victimes menaçantes, Éloignez-vous... Mais quoi! venez-vous contempler Les tourments dont le sort se plaît à m'accabler? Eh bien! contentez donc l'excès de votre haine, Satisfaites enfin votre soif inhumaine. S'il vous fallait enfin mon coeur à déchirer, Barbares, vous n'avez plus rien à désirer! ACTE III Scène I CRÉON, JASON. CRÉON. Non, non, quelle que soit la tendresse d'un père, Je ne puis à ce point m'avilir pour vous plaire! J'ai juré de venger l'horreur de ses forfaits, Et je dois compte aux dieux des serments que j'ai faits! J'en dois compte à ce sang qu'a répandu sa rage, A ces rois offensés et que sa vie outrage, A moi-même, Seigneur! Eh quoi! ces murs sacrés, Par sa présence ici longtemps déshonorés, Auraient couvert sa honte et protégé son crime! J'aurais aux dieux vengeurs dérobé leur victime, Outragé tous ces rois contre elle réunis, Et soustrait à leurs mains ses excès impunis! Non, Seigneur. De ces dieux la vengeance blessée Ferait tomber sur moi leur justice offensée... Et que diraient ces rois qui comptent sur ma foi? Et la Grèce... JASON. Seigneur, que diraient-ils de moi, Si je pouvais souffrir qu'une femme proscrite, Sous l'appui de mon bras dans vos États conduite, Dont on connaît assez les malheureux bienfaits, Expiât sous mes yeux ses prétendus forfaits? Que diraient l'univers et la Grèce étonnée? CRÉON. Par l'univers, Seigneur, Médée est condamnée; Et si ce nom fameux pouvait être terni, Il le serait plutôt de laisser impuni Un monstre si longtemps en horreur à la terre! JASON. Eh bien, assouvissez votre juste colère, Épargnons-nous, Seigneur, des discours superflus, Prenez, prenez ses jours, je ne les défends plus. Par ce sang qu'il lui faut rendez le ciel propice; Faites-moi, s'il se peut, témoin de son supplice. Pensez-vous (pic, couvert de ce sang odieux, J'aille de votre tille épouvanter les yeux, Lui présenter, Seigneur, ma main encor fumante, Et que, de vos rigueurs victime obéissante, Elle suive avec joie, au pied des saints autels, Un héros devenu le plus vil des mortels? Pensez-vous donc que j'ose y prétendre moi-même? Non, Seigneur, vous savez, le ciel sait si je l'aime! Mais le ciel sait aussi si je puis en ce jour Immoler à ce point ma gloire à mon amour! Ce n'est pas que mon coeur, rempli de la princesse, Garde encore ta Médée un reste de tendresse, Ni qu'il prenne le soin de conserver des jours Qui des miens si longtemps ont corrompu le cours; Non, Seigneur, mais son sang, que la Grèce demande, La gloire de mon nom veut que je le défende, Que, même contre vous, ici la secourant, Je la protège encor, tout en la condamnant; Et tel est le malheur de mon destin funeste Que je dois conserver des jours que je déteste! CRÉON. Eh bien, vous le voulez, je vous cède, et mes mains Épargneront ces jours en horreur aux humains, Seigneur. Mais que du moins son impure présence Ne souille plus ces lieux que son aspect offense! Qu'elle parte, Seigneur, et porte en d'autres lieux Ses crimes, ses remords et le courroux des dieux! Si ce jour même enfin la voit sortir d'Athènes, Vous pouvez à ce prix faire tomber ses chaînes, Apaiser ma vengeance et calmer mon courroux. Vous l'entendez: on va l'amener devant vous. Scène II JASON, seul. Amour! en cet instant raffermis mon courage Fais-moi braver sa vue et mépriser sa rage; De ses fatals bienfaits détruis le souvenir, Et défends à mon coeur de se laisser fléchir! Scène III MÉDÉE enchaînée, JASON. MÉDÉE (à ses gardes, eu voyant Jason, avec Fureur.) Où me conduisez-vous? Dieux!!! c'est donc toi, barbare! JASON, froidement. Modérez ce courroux dont l'ardeur vous égare, Madame, et, s'il se peut, pendant cet entretien, Conservez votre esprit calme comme le mien. MÉDÉE. Comme le tien, ô ciel! eh quoi! ta perfidie Dans le crime à ce point s'est sitôt endurcie Que tu puisses traîner ta victime à tes pieds Sans que de cet aspect tes yeux soient effrayés! JASON. Je vous l'ai déjà dit: faites taire, Madame, Ces injustes excès où s'emporte votre âme; Tous ces noms odieux que vous m'osez donner, Sans doute à vos malheurs on peut les pardonner, D'un semblable courroux c'est ce qu'on doit attendre; Mais ce n'est plus ici le lieu de les entendre; Jason ne prétend plus à se justifier D'un crime que son coeur a commis tout entier. (Ici Médée veut l'interrompre.) Oui, Madame, il est vrai, ce coeur n'est plus le même. Accusez-en des dieux la volonté suprême, D'un amour qui n'est plus invoquez les saints droits; Ce coeur indépendant ne connaît pas de lois, Madame; et cet amour, dont il brûlait naguère, D'une âme subjuguée ivresse involontaire, Qui naît en un moment ou s'éteint en un jour, Souvent à notre insu disparaît sans retour, Sans qu'on puisse accuser de crime ou d'inconstance Un coeur trop innocent qu'entraîne sa puissance. Ses indiscrets serments, aussitôt effacés, Par de nouveaux bientôt se trouvent remplacés; Et, coupables aussi de semblables faiblesses, Les dieux ne vengent pas ces frivoles promesses. MÉDÉE, l'interrompant. Oses-tu bien, perfide, ici parler des dieux? Leurs foudres pour toi seul dorment-ils dans les deux? Penses-tu que ce ciel, que ton audace outrage, Avec l’époux ingrat confond l'amant volage? JASON. Ces dieux mêmes, Madame, ont rompu nos liens, Et vos jours souilleraient des jours tels que les miens; Le ciel avec horreur voit ce noeud qu'il déteste, Vos crimes l'ont brisé: vous savez trop le reste! MÉDÉE. O comble de l'horreur et de l'atrocité, Juste effet d'un courroux que j'ai trop mérité! O d'un fatal amour châtiments légitimes! Le perfide ose ici me reprocher mes crimes! Mes crimes, malheureux, c'est toi qui lésas faits! Chacun de tes exploits m'a coûté des forfaits: Quelle main m'a tracé cette route sanglante Où tu poussas, cruel! ta malheureuse amante, Et de tous ces forfaits, pour toi seul accomplis, Dis, perfide! quel -autre a recueilli le prix? Toi seul guidais mes pas quand ma main détestable, Bravant d'un monstre affreux la rage redoutable, Alla ravir pour toi ces trésors précieux Où la mort attendait tes pas audacieux; Pour toi seul j'ai trahi ma patrie et mon père; Pour toi, pour te ravir à sa juste colère, D'un frère, ô souvenir! les membres déchirés Ont été sur nos pas à ses regards livrés; Pour toi, pour te venger dune race abhorrée, La flamme a consumé le malheureux Pelée; Et lorsque enfin mon nom, en tous lieux détesté. Est un objet d'horreur au monde épouvanté, Quand j'ai de tous les dieux attiré la colère, Qu'il ne me reste enfin que toi seul sur la terre, Tu t'unis à ces dieux conjurés contre moi, Et m'oses reprocher ce que j'ai fait pour toi! Ah! que ta perfidie a changé de langage! Je ne retrace point à ton esprit volage Ces serments, vains jouets d'un lâche séducteur, Prononcés par ta bouche et trahis par ton coeur, Je dois les mépriser puisque tu les oublies! Mais lorsque de Colchos les forces réunies Poursuivaient sur les mers ta fortune et tes jours, Que tu perdais la vie, enfin, sans mon secours, Quand mon art tout-puissant, enchaînant la tempête. Fit reculer les flots qui grondaient sur ta tête Et t'amena vainqueur aux bords de ton pays, Devais-je de Jason attendre un pareil prix? Tes jours n'étaient-ils pas le fruit de mon courage, Ton salut mon bienfait, ta gloire mon ouvrage? Ton coeur n'était-il pas ma conquête et mon bien? Pouvais-tu refuser de l'accorder au mien? Et cet amour fatal, dont ton âme volage Va faire à ma rivale un criminel hommage, Si ces mêmes bienfaits n'ont pu le mériter, Mes crimes assez cher ont trop su l'acheter! Et ton ingratitude à présent me l'enlève! Et j'en serai témoin! Non, non, barbare, achève, Achève! prends ces jours qui ne sont rien sans lui, Et commets à la fois deux crimes aujourd'hui! JASON, A quelque injuste excès que s'emporte votre âme, Jason ne sut jamais se venger d'une femme, Et sa reconnaissance a pris soin de vos jours: Athène à ma prière en épargne le cours, Pourvu qu'un prompt départ, suspendant sa vengeance. Vous ravisse à ces lieux que votre aspect offense! MÉDÉE. Moi, fuir! moi, sans vengeance abandonner ces lieux! Perfide, tu devrais me connaître un peu mieux. Eh quoi! jusqu'à ce jour n'as-tu vu dans Médée Qu'une femme aisément trahie, intimidée, Et dont le faible coeur ne sût à ses malheurs Opposer que des cris ou de stériles pleurs? Non, non, si jusqu'ici, pour de moindres offenses, Le monde a retenti du bruit de mes vengeances, Ne crois pas que ce coeur, vainement outragé, Ingrat, pour Jason même ait aujourd'hui changé: Plus l'offenseur fut cher, plus sanglant est l'outrage, Et tu reconnaîtras mon amour à ma rage! Tu trembles, tu frémis, je te vois frissonner... Mes forfaits ont-ils donc le droit de f étonner? De mon fatal amour que d’illustres victimes Ont dû t'accoutumer à redouter mes crimes! Et si, partant d'excès, j'ai voulu te servir, Juge par quels forfaits je saurai te punir! Et la terre et l'enfer connaissent ma puissance, Et la terre et l'enfer serviront ma vengeance! Mais, qu'ai-je besoin d'art pour combler tes malheurs? Lâche, j'ai bien assez de mes seules fureurs. Moi-même, dans le sein de ta coupable amante J'irai porter ce fer, et ma main dégouttante De ce sang à ton coeur si cher, si précieux, De ce spectacle horrible abreuvera tes yeux. Moi-même j'en viendrai jouir avec délice, Et mes derniers regards auront votre supplice! JASON, en voulant s'éloigner. Qu'entends-je, justes dieux! MÉDÉE, se précipitant vers lui. Hélas! qu'ai-je donc dit? L'amour et la fureur égarent mon esprit. Je ne me connais plus, ma raison m'abandonne. N'en crois pas ma fureur! Non, cruel, non, pardonne, Pardonne! vois Médée embrasser tes genoux! Son amour sait trop bien te sauver de ses coups. De fureur et d'amour tour à tour possédée, Je ne me trouve plus, je ne suis plus Médée, Et cet art tout-puissant que l'on redoute en moi, Cruel, tu le sais trop, ne peut rien contre toi. Mais au moins si ton coeur, à la pitié sensible, A mes derniers désirs n'est point inaccessible, Si tu m'aimas un jour, ah! barbare, permets Que Médée, à ton char attachée à jamais Comme une vile esclave à tes pieds enchaînée. Finisse près de toisa triste destinée: Soit qu'un nouvel amour arrête ici tes pas, Soit qu'entraîné bientôt vers de nouveaux climats, Tu voles vers la gloire à ta valeur promise, Que Médée à tes lois, à tes rigueurs soumise, Puisse au moins en tous lieux te prêter son secours, Par son art tout-puissant sauver encor tes jours, hk POESIES INÉDITES. Et, témoin d'un bonheur qui rend ma vie affreuse, En te servant du moins être moins malheureuse! JASON. Non, c'en est fait, Madame, il faut nous séparer! Contre l'ordre des dieux cessez de murmurer. Le péril en ces lieux partout vous environne; Fuyez, c'est à ce prix qu'Athènes vous pardonne, Et que je puis enfin faire tomber vos fers: Mille chemins. Madame, à vos pas sont ouverts; Vivez, aller chercher sur des mers ignorées Des climats plus heureux, de nouvelles contrées Où vos crimes encor ne soient pas parvenus. Éteignez loin de moi des chagrins superflus, Et que les dieux enfin vous ôtent la mémoire D'un malheureux amour fatal à votre gloire! Vivez.... (Aux gardes). Vous, de ses fers allez la dégager. MÉDÉE. Oui, je vivrai, cruel, assez pour me venger! Ta cruelle pitié semble accroître ma rage, Et tes bienfaits pour moi sont un nouvel outrage! On ôte les fers à Médée. Jason se retire. Scène IV MÉDÉE, IPHISE. MÉDÉE. Iphise, il est parti, et son coeur qui s'abuse Triomphe et croit déjà posséder sa Creuse! Tu te trompes, perfide, et tu me connais mal. Suis ses pas, chère Iphise, en cet instant fatal. Mais non, je garde encor un reste d'espérance; Va trouver la princesse, et peins-lui ma souffrance, Dis-lui que, sur le point d'abandonner ces lieux, Elle daigne venir recevoir mes adieux. Va, je saurai trouver le chemin de son âme. Son jeune coeur est pris, mais elle aime, elle est femme, Iphise, elle plaindra l'état où tu me vois: Va, je veux m'abaisser pour la dernière fois. Et que puissent les dieux, contents de ma souffrance, Epargner s'il se peut un crime à ma vengeance! ACTE IV Scène I MÉDÉE, IPHISE. MÉDÉE. Qu'avec impatience attendant ton retour, De la crainte à l'espoir j'ai passé tour à tour! Que le temps paraît long à mon inquiétude! Viens mettre un terme, Iphise, à cette incertitude: Parle, raconte-moi ce que tes yeux ont vu; Dis-moi si tout espoir est à la fin perdu, S'il ne me reste plus que la mort! IPHISE. Ah! Madame, Contre un coup plus affreux raffermissez votre âme, Vous ne connaissez pas encor tous vos malheurs! MÉDÉE. Que viens-tu m'annoncer? IPHISE. Le comble des horreurs! MÉDÉE. Dieux! parle, qu'as-tu vu? IPHISE. J'étais chez la princesse, Madame, et lui peignais votre juste tristesse: Déjà même son coeur paraissait s'attendrir Par des pleurs que ses yeux ne pouvaient retenir; Je lisais les combats de son âme flottante, Je voyais dans son coeur la pitié triomphante, J'avais vaincu, peut-être, en ce fatal moment, Quand Jason est entré dans son appartement: Son front ne paraissait couvert d'aucun nuage, L'espérance et l'amour brillaient sur son visage; Il tenait par la main, Madame, ses deux fils, De votre hymen, hélas! chers e1 malheureux fruits, Trop jeunes pour sentir le coup qui les accable. Tous deux en me voyant, pleins d'une joie aimable. Madame, entre mes bras sont venus se cacher, Et leurs yeux inquiets paraissaient vous chercher. Mais lui, les rappelant aux pieds de la princesse: Pardonnez, a-t-il dit, à leur tendre jeunesse, Recevez-les, Madame, et que leurs jeunes ans S'élèvent à l'abri de vos soins complaisants! Puissent-ils ignorer quel sang les a fait naître! MÉDÉE. Ciel! cette horreur encor me restait à connaître! IPHISE. La princesse, à ces mots, dans ses bras les a pris, Et ses larmes, Madame, ont coulé sur vos fds. Elle leur prodiguait ses plus vives tendresses, Mais leurs bras innocents repoussaient ses caresses; Les plus tendres baisers semblaient les effrayer Et redoublaient leurs pleurs qu'on voulait essuyer. MÉDÉE. Ah! périssent cent fois et les fils et la mère Avant que l'on m'enlève... O ciel! voici leur père! Scène II MÉDÉE, JASON. MÉDÉE, se précipitant sur lut. Non, non, je ne puis croire un horrible récit; Venez, Seigneur, venez éclaircir mon esprit. On dit -Dieux! je frémis à cette horrible idée - Que non content, Seigneur, d'abandonner Médée, Vous voulez de ses bras arracher aujourd'hui Ces deux fruits d'un hymen que vous avez trahi. Serait-il vrai, Seigneur, et votre âme parjure Ose-t-elle à ce point outrager la nature? JASON. Et qu'a donc ce récit qui vous doive étonner, Madame, et de mon sang ne pourrais-je ordonner MÉDÉE. De ton sang! Que dis-tu? Non, tu n'es plus leur péri Tu les as reniés en repoussant leur mère. Ils ne sont qu'à moi seule, et lu ne peux, cruel, Les enlever sans crime à ce sein maternel. C'est le seul bien qui reste encore en nia puissance, JASON. Les Grecs en eux, Madame, ont mis leur espérance, Ils aiment en mes fils le sang de leurs héros, Et Jason doit veiller sur des destins si beaux. MÉDÉE. La Grèce hait en eux le sang d'une étrangère, Elle leur apprendrait à détester leur mère. JASON. Puissent-ils ignorer notre fatal amour! MÉDÉE. Puissent-ils le connaître et me venger un jour! Mais non, rends-moi mes fils, et mon coeur te pardonne; Je bénirai, cruel, la main qui m'abandonne, Je cacherai ma honte aux yeux de tes enfants. J'éteindrai devant eux tous mes ressentiments, J'étoufferai ma plainte, et leur paisible enfance, Conservant jusqu'au bout son heureuse ignorance, Apprendra de ma bouche à respecter ton nom. Moi-même à leur amour je dépeindrai Jason Jeune, beau, généreux, tel que la Grèce entière Admirait ce héros clans sa vertu première, Tel enfin que moi-même autrefois je le vis. Avant que ses serments indignement trahis... Mais je leur cacherai sa fatale victime. Je dirai tes vertus, je leur tairai ton crime; Ma haine à leur aspect se verra désarmer, Et je sens qu'à ce prix je puis encor t'aimer. T'aimer! Oui, je le sens, quoiqu’ingrat et volage, Ce que j'adore en eux c'est encor ton image. J'en rougis. Mais ce coeur, qu'on ne peut maîtriser. Nous fait chérir encor ce qu'on doit mépriser. Hélas! traînant partout cette flamme funeste, Laisse-moi quelque temps ce gage qui m'en reste, Et ne m'enlève pas, du moins, dans un seul jour, Ces derniers souvenirs d'un éternel amour. Les dieux à peu de jours ont borné ma carrière. Qu'au moins jusqu'à la mort ils consolent leur mère! Qu'ils élèvent ma tombe, et que leurs jeunes mains Cachent ma triste cendre à l'horreur des humains! Hélas! je n'ai plus qu'eux dans toute la nature. Pour sauver un ingrat, pour servir un parjure, J'ai rompu tous les noeuds, brisé tous les liens, Et tous tes ennemis sont devenus les miens! El maintenant où fuir? où cacher ma misère? Où promener un nom en horreur à la terre? Où trouver un appui pour ce nom odieux, Si tu m'ôtes le seul que nie laissent les dieux? Non, je saurai mourir avant qu'on m'en sépare! Quoi, vous pourriez, grands dieux! voir un époux barbare. Arrachant de mes bras ces enfants malheureux, En faire à ma rivale un sacrifice affreux, Ravir ces tendres fruits aux doux soins d'une mère, Et les porter aux pieds d'une femme étrangère, D'une rivale enfin!... Et toi, toi qui m'entends, Dans ces fils malheureux si tu chéris ton sang, S'ils sont de ton pays la gloire et l'espérance, Peux-tu donc à ce point exposer leur enfance? Sais-tu dans quelles mains tu les vas confier? Au coeur d'une marâtre oses-tu te fier? Ne sont-ils pas les fruits d'un sang qu'elle déteste? Ne crains-tu pas... ô ciel! aveuglement funeste! Je tremble... prêtez-leur, grands dieux! votre secours., Et rendez-moi mes fils ou terminez mes jours! JASON. Qui peut commettre un crime aisément le soupçonna. A d'injustes frayeurs votre âme s'abandonne, Et, s'il fallait trembler pour ces fils malheureux, Je connais une main plus à craindre pour eux! Mais pour veiller sur eux le ciel leur laisse un père: Ils connaîtront encor les bienfaits d'une mère: Creuse en a pour eux la tendresse et les droits; Et vous les avez vus pour la dernière fois. Il s'éloigne. Scène III MÉDÉE, IPHISE. MÉDÉE, seule. Kh bien! ce dernier coup me rend tout mon courage. Que la vengeance enfin soit digne de l'outrage! Puisque son coeur se plaît à déchirer le mien, Trouvons un coup plus sûr pour arriver au sien, Surpassons ses forfaits, rendons crimes pour crimes, S'il se peut, à l'outrage égalons les victimes! Courons, et que ce fer, teint d'un sang qu'il chérit, Porte deux fois la mort dans son coeur interdit! Viens!... IPHISE, se précipite pour la retenir. Arrêtez! grands dieux! où courez-vous, Madame? Vous vous perdez, calmez le trouble de votre âme; Modérez ce courroux, reprenez vos esprits. Allez-vous vous livrer à tous vos ennemis? D'une aveugle colère enchaînez l'imprudence, Et pour mieux l'assurer, suspendez la vengeance. MÉDÉE. Iphise, il est trop vrai, je ne me connais plus; Viens rendre quelque force à mes sens éperdus. Vous qui m'abandonnez dans ce moment suprême, Dieux! dois-je donc aussi m'abandonner moi-même? (Elle se laisse tomber sur un siège.) Non, non, soyons Médée, en cet instant affreux, Et sachons nous passer des hommes et des dieux. Mourons, puisqu'il le faut! mais que toute la terre Se souvienne à jamais de mon heure dernière. Et que mon sort apprenne aux siècles à venir Si je sus me venger comme on me sut trahir! (Elle se lève.) IPHISE. De ce juste courroux calmez la violence, Madame, et s'il se peut, contraignez-le au silence. Songez-vous en quels lieux vous osez éclater? MÉDÉE. Songes-tu qui je suis et qui m'ose insulter? IPHISE. Je sens ainsi que vous l'excès d'un tel outrage; Je vois tous vos malheurs et ce coeur les partage, Madame; mais enfin, dans cet instant affreux, Même un reste d'espoir brille encore à mes yeux: Creuse auprès de vous a promis de se rendre... MÉDÉE, avec fureur. Quoi! Creuse en ces lieux! Eh bien, je vais l'attendre. Elle-même à ma main vient donc enfin s'offrir! IPHISE. Elle vient pour vous plaindre et pour vous secourir. MÉDÉE. La pitié pour Médée est le dernier outrage. IPHISE. A ce dernier effort pliez votre courage. MÉDÉE. Qu'espères-tu? Mon sort n'est plus entre ses mains: Misérable instrument de ses fatals desseins, Le ciel à mes malheurs a fait servir sa vie. Elle fut ma rivale et non mon ennemie; Va, je la plains, Iphise, et je ne la hais pas. IPHISE. Je l'entends, dans ces lieux elle porte ses pas. Madame, contenez une aveugle colère. MÉDÉE. C'est assez, va, je sais ce qui me reste à faire. Scène IV CRÉUSE, MEDÉE, IPHISE. CRÉUSE. Je ne viens point ici pour offrir à vos yeux Un objet dont l'aspect doit vous être odieux, Madame; une puissance à toutes deux fatale De votre amie, hélas! m'a fait votre rivale: Je rougis devant vous d'un bonheur qui vous nuit; L'impénétrable ciel lui seul a tout conduit: 11 le sait, si par vous je dois être excusée! Vous-même, vous savez si je fus abusée. Et par quel invincible et triste enchaînement Le sort dans votre époux me montra mon amant. A ce funeste amour je me livrai sans crime, Hélas! et maintenant, malheureuse victime Du courroux paternel et de l'ordre des dieux, J'achève avec effroi cet hymen odieux. Ces noeuds tant désirés n'ont plus pour moi de charmes. Oui, j'abhorre un bonheur qui vous coûte des larmes, Et, tout en avouant un malheureux amour, Je ne demande au ciel que la mort en ce jour. Et cependant, tandis que cet hymen s'apprête, Qu'Athènes se prépare à cette horrible fête, Que tout aigrit ici votre juste douleur, Et «pie peut-être enfin vous accusez mon coeur, Échappant aux regards d'un amant et d'un père, Je viens plaindre en secret un destin trop sévère, Exhaler des chagrins qu'on me force à cacher, Et partager des pleurs que je voudrais sécher! MÉDÉE, fièrement et ironiquement. Madame, de mes maux je n'accuse personne, Et ce coeur offensé vous plaint et vous pardonne: lu dédaigneux oubli saura sécher mes pleurs, Et je n'ai pas besoin d'autres consolateurs. J'ai trop senti peut-être une cruelle injure. Mais ce coeur est trop lier pour pleurer un parjure: Dès que d'un autre feu l'infidèle est épris, Je ne sens plus pour lui qu'horreur et que mépris. Dans l'innocent objet d'une flamme fatale, Madame, je ne crois plus voir une rivale; Je ne dispute pas un bien si précieux Et cède sans regrets un coeur vil a nies yeux. Mais ce (pie je ne puis abandonner de même, Ce qui cause mes pleurs, eu ce moment suprême, Ce sont mes fils, Madame, à mon amour ravis, (En pleurant.) D'un hymen détesté rejetons trop chéris. Vous connaîtrez un jour tout l'amour d'une mère, Madame, et si jamais un destin trop sévère Arrachait de vos bras vos enfants malheureux, Hélas! vous jugeriez de mes tourments affreux. CRÉUSE. Que ne puis-je, grands dieux! tarir ses justes larmes! MÉDÉE. Vous le pouvez, Madame; au nom de mes alarmes, Au nom de l'amitié qui nous unit un jour. Prenez soin de ces fruits d'un malheureux amour. Ils vous sont confiés: veillez sur leur enfance. D'une mère auprès d'eux remplacez la présence, Et que leurs jeunes ans retrouvent près de vous Ces doux soins que mon coeur, hélas! trouvait si doux! Soyez pour leur faiblesse un appui tutélaire, Madame, et quelquefois parlez-leur d'une mère: N'éteignez pas en eux un faible souvenir D'un nom trop malheureux qu'ils auraient dû chérir, Et, s'il faut leur cacher une fatale histoire, De mon amour, du moins, laissez-leur la mémoire. Mais c'est trop peu, Madame, en ces moments affreux. Accordez plus encore à ce coeur malheureux: Donnez de vos bontés une preuve dernière Et ne repoussez pas une juste prière; Que de votre pitié j'éprouve les effets: Quand je pars, quand je vais les quitter pour jamais. Permettez qu'à mes yeux on les présente encore. Vous fléchirez sans peine un coeur qui vous adore. Obtenez-moi de lui qu'en ces derniers moments, Pour la dernière fois, j'embrasse mes enfants! CRÉUSE. Que me demandez-vous, hélas! MÉDÉE. Eh quoi! Madame, D'où naît en ce moment ce trouble de votre âme? Quoi, ce dernier bienfait que j'ose demander?... CRÉUSE. C'est le seul qu'à vos voeux je ne puisse accorder. Jason entre mes mains lésa remis lui-même: J'ignore les raisons de sa rigueur extrême, Madame, mais son coeur paraissait agité D'un effroi que mes yeux ont mal interprété. Mais cachez, ma-t-il dit, une race si chère A tous les yeux, Madame, et surtout a leur mère! MÉDÉE. Et vous obéiriez à cet ordre odieux! Et vous l'imiteriez î Et ce coeur généreux, Complice jusqu'au bout des forfaits d'un parjure, Outragerait ainsi l'amour et la nature! Non, non, Madame, non, et je vous connais mieux: On n'a pas à ce point déjà séduit vos yeux. Votre âme, d'un perfide innocente victime, Peut partager ses feux sans partager son crime, Et dans ce coeur sensible aux feux de l'amitié, L'amour n'a pas encore éteint toute pitié! Quoi! tandis que, conduite aux autels d'hyménée, Le bonheur va pour vous marquer cette journée, Qu'Athène applaudissant à votre heureux amour, Vous enchaînez un coeur que je perds sans retour, Vous verriez sans horreur une mère outragée, Et par les justes dieux peut-être enfin vengée, Troubler votre bonheur en ces instants si doux, Et du ciel sur ces noeuds appeler le courroux! Vous lui refuseriez une pitié stérile! Vous verriez ses douleurs d'un oeil sec et tranquille, Et vous refuseriez à ses cris douloureux De voir encor ses fils et de pleurer sur eux! CRÉUSE. Non, ce coeur n'est point sourd à vos justes alarmes, MKDÉE. 61 Et je me perds peut-être en cédant à vos larmes: Vous les verrez, Madame. MÉDÉE. Ah! puissent à ce prix! Les dieux laisser enfin à jamais impunis Les crimes d'un ingrat à qui le sort vous lie! Puissent ces justes dieux verser sur votre vie Les bienfaits qu'en ce jour vous avez mérités, Et vous laisser longtemps tout ce qu'ils m'ont ôté! CRÉUSE. Puissent ces voeux touchants être des voeux sincères! Madame, mais je vais, trompant des yeux sévères. Ordonner qu'en secret auprès de vous conduits, Vos fils quelques instants distrayent vos ennuis. Et puissent leur présence et leurs tendres caresses Apporter quelque trêve à vos justes tristesses! MÉDÉE. Et moi je vais, Madame, oubliant nu m courroux, En goûtant vos bienfaits faire des voeux pour vous. MÉDÉE, à pari. Va, je te plains! les dieux, malheureuse Princesse Pour un sort plus heureux réservaient ta jeunesse! Tu ne mérites pus le destin qui t'attend. Mais, c'en est fait, Médée a besoin de ton sang; C'est en toi, c'est pour toi que je fus outragée, Et si tu ne meurs pas je ne suis pas vengée! Pour aller jusqu'au coeur que ma main doit percer. C'est par le tien, grands dieux! que le coup doit passer. Allons, en jour de mort changeons ce jour de fête! L'heure approche: il est temps, et la vengeance est prête. Scène V MÉDÉE, IPHISE. MÉDÉE. lphise, approche-toi, tu m'aimes, je le sais, Et ton destin t'attache à tous mes intérêts; De mes secrets desseins fidèle confidente, Tu ne me trahis point; ton amitié constante. Partageant ma fortune, a servi tour à tour Les projets de ma haine ou ceux de mon amour, Écoute: jusqu'ici tu n'as rien fait encore! Dans cet instant fatal, c'est ta main que j'implore Tu connais ma vengeance, oses-tu la servir? Sauras-tu m'imiter et sauras-tu mourir? Réponds! IPHISE. A vos destins dès mon enfance unie. Ma fidèle amitié ne s'est point démentie. Ordonnez, et ce coeur, dont vous semblez douter, S'il ne faut que mourir, saura vous imiter. Parlez, et rien ne peut étonner mon courage. MÉDÉE. Eh bien! viens, que ta main achevé mon ouvrage! Tu vois devant tes yeux ces précieux présents: (On voit sur une table un écrin ouvert.) Autrefois de mon front superbes ornements, Lorsqu'aux jours de ma gloire, orgueilleuse princesse, Mon éclat effaçait les reines de la Grèce, Un jour, de notre hymen pour payer les bienfaits. Le perfide lui-même en orna mes attraits. Prends-les, Iphise, et cours de ce pas les lui rendre; Dis-lui qu'avec son coeur il doit me les reprendre, Que moi-même, à ses voeux brûlante d'obéir, Je voulais à Creuse en ce jour les offrir, Mais que lui-même il peut en orner sa conquête Et de sa propre main en surcharger sa tête. Dis que je lui pardonne et n'attends pour partir Que l'heure où cet hymen doit enfin s'accomplir. Tu t'étonnes? Eh quoi! peux-tu me méconnaître? Va, tu m'entends. IPHISE. Grands dieux! je l'entends trop, peut-être Quoi! c'est donc là l'objet que vous deviez frapper! MÉDÉE. Pensais-tu qu'à mes coups elle pût échapper? IPHISE. Vous-même tout a l'heure excusiez sa jeunesse. MÉDÉE. Je ne m'en cache pas: son malheur m'intéresse. IPHISE. Vous la plaignez, Madame, et vous l'assassinez! MÉDÉE. Ses jours sont innocents, mais ils sont condamnés. IPHISE. Madame, laissez-vous attendrir par mes larmes; Pour punir un perfide employez d'autres armes; Pardonnez à des jours, hélas! trop innocents! Vous avez entendu ses regrets impuissants: Vous savez si son âme, à regret enchaînée, Déteste, en l'achevant, ce funeste hyménée Qui la rend odieuse à vos yeux offensés! Quel est son crime enfin? MÉDÉE. Il l'aime, et c'est assez! Va! ACTE V Scène I MEDÉE, seule. Qu'entends-je? Quels transports autour de ce palais! Hélas î peuple aveuglé, sais-tu ce que tu fais? A l'autel de la mort tu conduis la victime. Hâtez-vous, hâtez-vous de consommer le crime! Dieux vengeurs! mon courroux, vous l'avez bien servi! Mais pourquoi ce spectacle, hélas! m'est-il ravi? Je l'aurais vu... j'aurais joui de mon ouvrage: Peut-être cette vue eût assouvi ma rage. Que dis-je? Non, ce coeur, de vengeance altéré, Ne les a point encore assez désespérés... Je te réserve un coup plus digne de Médée! Ton sang! ton propre sang!., abominable idée! Fureur, effroi, pitié, qui venez me troubler, Éloignez-vous, fuyez, vous me feriez trembler! Moi, trembler! Et de quoi? Pourquoi donc tremblerais-je? Quelle vaine terreur en ce moment m'assiège? Pour la première fois je me sens effrayer: Est-ce un premier forfait que je vais essayer? Mes crimes n'ont-ils pas trop comblé la mesure, Et crains-je d'offenser les dieux ou la nature? La nature! En ce jour je prétends la venger... Et vous, vous que ma main ne craint pas d'outrager, Impitoyables dieux qui, depuis ma naissance, M'avez de crime en crime entraîné sans défense, Vous à qui les mortels ne peuvent résister, Puisse ce dernier coup enfin vous contenter! Scène II IPHISE, MÉDÉE. IPHISE. Madame, ils sont partis, et la publique joie, Par ces cris importuns dans les airs se déploie: Vers le temple des dieux ils dirigent leurs pas; Le peuple de Creuse admirait les appas; Mais hélas! la douleur semble ternir ses charmes, Ses yeux laissent tomber d'involontaires larmes, Et son coeur oppressé, dans ce funeste instant, Semble avoir deviné le destin qui l'attend. Cependant, vos enfants devant vous vont paraître. MÉDÉE. Dieux', quel subit effroi dans mon coeur je sens naître, Je me trouble, et je sens, en ces affreux moments. Que je suis mère encore!... Scène III LES PRÉCÉDENTES, LES DEUX FILS DE MÉDÉE MÉDÉE. Approchez, mes enfants! Chers et malheureux fruits d'une union funeste, Rejetons adorés d'un sang que je déteste. Pour la dernière fois je vous tiens dans mes bras! (Avec violence.) Mais que dis-je? Non, non, nous ne nous quittons pas; Vous ne resterez pas au pouvoir d'un barbare; Vous me suivrez!... IPHISE. Hélas! quel trouble vous égare? Madame, au nom des dieux, reprenez vos esprits. Vous leur dites adieu. MÉDÉE. Je sais ce que je dis... Mais le puis-je? Grands dieux, connais-je ma faiblesse? Oui, mais quoi! leur aspect r mollit ma tendresse, Je me trouble, je sens expirer mes fureurs; J'ai besoin de courage, et je verse des pleurs! Je pleure... Éloigne-les. IPHISE. Quel horrible prestige! Vous me les demandiez... MÉDÉE, avec fureur. Éloigne-les. te dis-je. De cet appartement qu'on les fasse sortir. Oui, je sens que j'allais me laisser attendrir. (A Iphise:) Toi, cours au temple, Iphise, et viens en diligence Me dire si le crime a reçu sa vengeance. Scène IV MÉDEE, seule. MÉDËE, (tirant un poignard et se promenant sur le théâtre.) Le voici donc venu, ce moment plein d'horreur! Haine, vengeance, amour, soutenez ma fureur! Et vous, dieux infernaux, seuls dieux que sert Médée, Que ma main soit par vous raffermie et guidée! O toi, de mes forfaits redoutable instrument, Toi qui vas, dès ce soir, les punir dans mon sang, Toi qui servis si bien ma fatale colère, Toi que ma main plongea dans le sein de mon frère, Si, par des coups si sûrs, tu sus jusqu'à ce jour Servir tous les desseins de mon funeste amour, Si, détestable soeur et parricide fille, Je t'ai couvert du sang de toute ma famille, Venge aujourd'hui ce sang pour un ingrat versé, El venge après le ciel de ma vie offensé! (Elle s'approche de la porte de l'appartement où sont ses enfants et s'arrête.) Mais quoi! je sens déjà ma fureur chancelante, Et le poignard échappe à ma main défaillante! Par quel secret pouvoir ce bras est-il lié? Tais-toi, funeste voix d'une aveugle pitié! Quoi donc! je laisserais à l'ingrat qui m'outrage D'un hymen qu'il trahit ce détestable gage! Dans leur sang malheureux j'épargnerais son sang! Je mourrais sans laisser un exemple éclatant! Pour céder un instant au cri de la nature, J'épargnerais ce coup à l'âme du parjure! Et mes yeux le verraient, à mon dernier soupir, Jouir encor d'un bien qu'il me voulait ravir! Et vous, tristes objets de la haine céleste, Rejetons condamnés d'une tige funeste. Pourquoi donc vous laisser la lumière des cieux? Pour que, traînant partout vos destins odieux, Vil mépris des mortels et rebut de la Grèce, Vous maudissiez cent fois le jour que je vous laisse. Et recueillant le fruit de mes atrocités, Honteux et rougissant du nom que vous portez, Vous détestiez le sein qui vous donna naissance; Ou bien pour qu'un perfide, instruisant votre enfance A mépriser le sang que vous donna ce coeur, Mon propre nom pour vous soit un objet d'horreur! Non, cette idée affreuse affermit mon courage Avançons.... (Elle veut se précipiter vers L'appartement de ses fils et parait arrêtée malgré elle par une main invisible. Je ne puis avancer davantage. Une invisible main semble arrêter mes pas, Et, prête à les frapper, je sens faillir mon bras. Quoi! ta voix sur nos coeurs est-elle si puissante, Nature? Est-ce toi qui rends ma main tremblante? Eh bien, je t’obéis!... mes efforts sont perdus... Tu le veux... Ils vivront... c'est un crime de plus. Elle jette son poignard loin d'elle. Moment de silence. Vous, vous qui lisez dans le coeur d'une mère, Assouvissez, grands dieux, votre juste colère! Et vous, mânes cruels, par mes mains outragés, Dites-moi... Mes forfaits sont-ils assez vengés?... Mais qu'entends-je? Scène V MÉDÉE, IPHISE. MÉDÉE. C'est toi! Dieux! que viens-tu m'apprendre? Suis-je vengée, enfin, et que faut-il attendre? IPHISE. La mort! MÉDÉE. Quoi! la princesse? IPHISE. En ce moment affreux, Elle expire... MÉDÉE. Et je suis au comble de mes voeux! Mais parle. IPHISE. Au seuil du temple à peine parvenue, Et dans la foule enfin moi-même confondue, J'ai tout vu. Tout mon coeur frémit à ce récit, A peine puis-je encore en croire mon esprit! Déjà fumait l'encens des derniers sacrifices, Et, pour rendre les dieux à cet hymen propices, Autour de leurs autels les prêtres assemblés Faisaient couler le sang des taureaux immolés. Tout à coup, ô frayeur! sur l'autel d'hyménée Le feu sacré s'éteint: Athènes consternée, Croit voir dans ce prodige un augure effrayant. On s'écrie, on pâlit; mais Jason, se levant: Piètres, dit-il, et vous, peuple faible et crédule, Bannissez, bannissez un effroi ridicule. Si l'hymen devant vous éteint son vain flambeau, Nos coeurs, nos propres coeurs brûlent d'un feu plus beau. Tout le peuple à ces mots reprend son allégresse, Et Jason s'approchant de la triste princesse: Venez, dit-il, venez embellir mon destin! Recevez en ce jour et l'empire et ma main! Régnez sur les États que ma valeur vous donne, Et des mains de l'amour recevez la couronne! Il dit... et sur sa tête attache de sa main Ce fatal instrument d'un sinistre dessein. Mais à peine, grands dieux! le fatal diadème A-t-il touché le front de la beauté qu'il aime, Soudain vous l'eussiez vue et rougir et pâlir, Du voile de la mort ses beaux yeux se couvrir, Rappeler, mais en vain, une voix expirante, Et dans les bras du traître enfin tomber mourante! MÉDÉE. Digne spectacle, ô dieux, de mon coeur irrité! Mais Créon? IPHISE. Auprès d'elle il s'est précipité, Et son âme, à ce coup, mais trop tard, éclairée: Juste ciel, a-t-il dit, je reconnais Médée! Gardes, qu'à ma fureur elle n'échappe pas! Entourez le palais d'armes et de soldats; Je veux que sous ses yeux sou horrible famille Meure dans les tourments et te venge, ô ma fille! Et tandis que tous deux, autour d'elle empressés, Cherchent à rappeler dans ses esprits glacés Les restes presqu'éteints de sa vie expirante, M'échappant au travers de la foule ignorante, J'arrive, et viens m'offrir à leurs trop justes coups, Madame, et s'il le faut, mourir auprès de vous! Mais quoi! vous vous troublez, vous changez de visage. Et ce dernier instant abat votre courage! MÉDÉE. Que tu me connais peu! je ne crains pas pour moi, Et j'éprouve bien plus de plaisir que d'effroi, Iphise, ils viennent donc venger sur ma famille Le meurtre d'une amante et celui d'une fille. Je verrai devant moi mes enfants expirer, Et leur sang innocent va les désaltérer! Ils viennent à mes yeux vous punir de mes crimes, mes fils! dieux cruels! malheureuses victimes! Et je verrais vos coeurs déchirés par leur main! Et je contemplerais ce spectacle inhumain! Qu'ai-je fait? Et pourquoi m'avez-vous retenue, Dieux? Et toi, dans mon coeur si longtemps inconnue, funeste pitié, je t'ai trop ('conté! Elle saisit de nouveau le poignard. Sauvez-les, sauvons-les de leur férocité!... Vous mourrez! mais au moins leur cruelle espérance N'étendra pas sur vous sa cruelle vengeance! Et le sang répandu par ce coup odieux Va demander pour vous deux fois vengeance aux dieux. Elle se précipite dans l'appartement de ses fils. IPHISE. Que faites-vous, Madame? ciel! jour effroyable!... MÉDÉE, (après un moment, sort de l'appartement de ses fils, dans l'attitude d'une femme égarée et accablée par la fatalité, les deux bras élevés sur sa tête, et tenant encore d'une main le fer sanglant.) Frappez, frappez, odieux! un monstre épouvantable! Enfer, entrouvre-toi, mes forfaits sont remplis! De mes crimes, je viens vous demander le prix. Voyez, de tous côtés quelle foule ennemie Des mânes qui sur moi viennent venger leur vie! J'en vois un plus horrible... il s'approche, et mes yeux Reconnaissent le coup... C'est mon frère, grands dieux! Il déchire mon coeur, et sa main frémissante Peut servir assez sa rage renaissante. Cruels! votre courroux n'est-il pas assouvi? Non, non! eh bien frappez! Mais quoi! vous! vous aussi, Vous mes fils! vous mon sang! Votre main implacable Se plonge dans le sein d'une mère coupable! Hélas! en vous perçant ne vous sauvai-je pas Des fureurs d'un barbare?... Ils ne m'entendent pas, Et d'un coup trop affreux me retraçant l'image, Me couvrent de leur sang qu'a répandu ma rage. Et j'expire cent fois sous leurs coups redoublés! Moment de silence... et revenant à elle... Mais d'une vaine erreur mes yeux sont donc troublés! (En regardant autour d'elle et apercevant le poignard teint de sang et Iphise pleurant.) Quoi! je respire encore et je vois la lumière! Quoi! je vis et ce jour, ce jour affreux m'éclaire! Il est donc vrai, les dieux, au suprême moment. Laissent voir aux mortels le sort qui les attend: Je vois les sombres bords où m'attend leur colère, Mais l'enfer ne m'est pas plus cruel que la terre! Scène VI MÉDÉE, IPHISE, CRÉON, suite. CRÉON accourant, son épée à la main. Vengeons, vengeons sur elle un coup trop inhumain, Monstre! ce coup n'a pu partir que de ta main. Que ta mort à nos yeux venge enfin ta victime! Oui, ce crime du moins sera ton dernier crime! (Levant son épée prête à frapper Médée.) Reçois ce sang impur à tes mânes versé, Ombre chère et funeste! MÉDÉE. Arrêtez, insensé! Scène VII Les Précédents, JASON, arrivant sur le théâtre, égaré, furieux, EGISTHE. JASON. Où sont-ils? Est-il temps de les sauver encore? Où sont mes fils, grands dieux! (A Créon:) O vous, vous que j'implore, (???) Rendez-moi, rendez-moi mes enfants malheureux! Vous devez vous venger plus sur moi que sur eux! MÉDÉE. Ils ne redoutent plus l'effet de sa vengeance. JASON. Quoi! grands dieux! ils seraient!.. MÉDÉE. Ils sont en ma puissance. JASON. Ciel! quel nouveau forfait dois-je encore entrevoir? (A Médée:) Rends-moi, rends-moi mes fils! MÉDÉE (s'avançant vers le rideau qui couvre l'entrée de l'appartement de ses Fils.) Eh bien, tu vas les voir! Avant de m'outrager, tu devais me connaître; Tu vas voir si j'ai su me bien venger d'un traître! Je t'enlève une amante et c'est trop peu pour toi: Tes enfants te restaient. Regarde, et connais-moi! Elle soulève d'une main le rideau et de l'autre tient le poignard. Jason se précipite pour voir les enfants. Il recule. JASON. Que vois-je! dieux vengeurs! ils sont tous deux sans vie! Elle a pu consommer ce sacrifice impie! Je me meurs!., viens, fuyons ces exécrables lieux! MÉDÉE. Fuis!... moi je meurs, perfide! et voilà mes adieux! Source: http://www.poesies.net