Des Fleurs De Bonne Volonté Par Jules Laforgue (1860-1887) TABLE DES MATIERES Préface Figurez-vous un peu Mettons un doigt sur la plaie Maniaque Le vrai de la chose Rigueurs à nulle autre pareilles Aquarelle en cinq minutes Romance Petites misères de juillet Esthétique (Je fais la cour...) Dimanches (Ô Dimanches bannis...) Dimanches (Oh! ce piano,...) Avant-dernier mot L’éternel quiproquo Petite prière sans prétentions Dimanches (Hamlet) Cythère Dimanches (Je m'ennuie,...) Albums Célibat, célibat, tout n’est que célibat Dimanches (Je ne tiens que...) Le bon apôtre Petites misères d’octobre Gare au bord de la mer Impossibilité de l’infini en hosties Ballade Petites misères d’hiver Dimanches (Les nasillardes...) Le brave, brave automne Dimanches (C'est l'automne...) Petites misères d’août Soirs de fête Fifre Dimanches (N'achevez pas...) L'aurore-promise Dimanches (J'aurais passé ma vies...) La vie qu'elles me font mener Dimanches (Mon Sort est orphelin...) Petites misères de mai Petites misères d'automne Sancta simplicitas Esthétique (La femme mûre...) L'île Dimanches (J'aime, j'aime de tout mon sciècle...) Notre petite compagne Complainte des crépuscules célibataires Eve sans trève Dimanches (Le dimanche, on se plait...) La mélancholie de Pierrot Cas rédhibitoire (Mariage) Arabesques de malheur Les chauves-souris Signalement Dimanches (Ils enseignent...) Air de biniou Préface Copenhague, Elseneur, 1er janvier 1886 Mon père (un dur par timidité) Est mort avec un profil sévère; J'avais presque pas connu ma mère, Et donc, à vingt ans, je suis resté. Alors, j'ai fait d' la littérature ; Mais le Démon de la Vérité Sifflotait tout l'temps à mes côtés: « Pauvre! as-tu fini tes écritures?... » Or, pas le coeur de me marier, Étant, moi, au fond, trop méprisable! Et elles pas assez intraitables!! Mais tout l' temps là à s'extasier!... C'est pourquoi je vivotte, vivotte, Bonne girouette aux trent'-six saisons, Trop nombreux pour dire oui ou non.... - Jeunes gens! que je vous serv' d'Ilote! Figurez-vous un peu Oh! qu'une, d'Elle-même, un beau soir, sût venir, Ne voyant que boire à Mes Lèvres! où mourir.... Je m’enlève rien que d'y penser! Quel baptême De gloire intrinsèque, attirer un « Je vous aime »! (L'attirer à travers la société, de loin, Comme l'aimant la foudre; un', deux! ni plus, ni moins. Je t’aime! comprend-on? Pour moi tu n'es pas comme Les autres; jusqu'ici c'était des messieurs, l'Homme.... Ta bouche me fait baisser les yeux! et ton port Me transporte! (et je m'en découvre des trésors....) Et c'est ma destinée incurable et dernière D'épier un battement à moi de tes paupières! Oh! je ne songe pas au reste! J'attendrai, Dans la simplicité de ma vie faite exprès..... Te dirai-je au moins que depuis des nuits je pleure, Et que mes parents ont bien peur que je n'en meure?... Je pleure dans des coins; je n'ai plus goût à rien; Oh! j'ai tant pleuré, dimanche, en mon paroissien! Tu me demandes pourquoi Toi? et non un autre,,,, Je ne sais; mais c'est bien Toi, et point un autre! J'en suis sûre comme du vide de mon coeur, Et..., comme de votre air mortellement moqueur... - Ainsi, elle viendrait, évadée, demi-morte, Se rouler sur le paillasson qu'est à ma porte! Ainsi, elle viendrait à Moi! les yeux bien fous! Et elle me suivrait avec cet air partout! Mettons un doigt sur la plaie Que le pur du bonheur m'est bien si je l’escompte!.. Ou ne le cueille qu'en refrains de souvenance!... Ô rêve, ou jamais plus! Et fol je me balance Au-dessus du Présent en Ariel qui a honte. Mais, le cru, quotidien, et trop voyant Présent! Et qui vous met au pied du mur, et qui vous dit: « À l'instant, ou bonsoir! » et ne fait pas crédit, Et m'étourdit le coeur de ses airs suffisants! Tout vibrant de passé, tout pâle d'espérance, Je fais signe au Présent: « Oh! sois plus diaphane? » Mais il me bat la charge et mine mes organes! Puis, le bateau parti, j'ulule: « Oh! recommence.... » Et lui seul est bien vrai! - mais je me mords la main Plutôt (je suis trop jeune... ou, trop agonisant...) Ah! rien qu'un pont entre Mon Coeur et le Présent! Ô lourd Passé, combien ai-je encor de demains?... Ô coeur aride Mais sempiterne, Ô ma citerne Des Danaïdes!... Le vrai de la chose POLONIUS (aside): Though this be madness, yet there is method in't. (1) Eh oui que l'on en sait de simples, Aux matins des villégiatures, Foulant les prés! et dont la guimpe A bien quelque âme pour doublure.... Mais, chair de pêche, âme en rougeurs! Chair de victime aux Pubertés, Âmes prêtes, d'un voyageur Qui passe, prêtes à dater! Et Protées valseurs sans vergogne! Changeant de nom, de rôle (d'âme!) Soeurs, mères, veuves, Antigones, Amantes! mais jamais ma Femme. Des pudeurs devant l'Homme?... - et si J'appelle, moi, ces falbalas, La peur d'examens sans merci? Et si je ne sors pas de là! Rigueurs à nulle autre pareilles Dans un album, Mourait fossile Un géranium Cueilli aux Îles. Un fin Jongleur En vieil ivoire Raillait la fleur Et ses histoires.... - « Un requiem! » Demandait-elle. - « Vous n'aurez rien, « Mademoiselle! ».... Aquarelle en cinq minutes OPHELIA:'T is brief, my lord HAMLET:As woman's love (1) Oh! oh! le temps se gâte, L'orage n'est pas loin, Voilà que l'on se hâte De rentrer les foins!... L'abcès perce! Vl'à l'averse! Ô grabuges Des déluges!.... Oh! ces ribambelles D'ombrelles!.... Oh! cett' Nature En déconfiture!.... Sur ma fenêtre, Un fuchsia À l'air paria Se sent renaître.... Romance HAMLET: To a nunnery, go. J'ai mille oiseaux de mer d'un gris pâle, Qui nichent au haut de ma belle âme, Ils en emplissent les tristes salles De rythmes pris aux plus fines lames.... Or, ils salissent tout de charognes, Et aussi de coraux, de coquilles ; Puis volent en tonds fous, et se cognent A mes probes lambris de famille..... Oiseaux pâles, oiseaux des sillages! Quand la fiancée ouvrira la porte, Faites un collier des coquillages Et que l'odeur de charogn's soit forte!.... Qu'Elle dise: « Cette âme est bien forte « Pour mon petit nez.... - je me r'habille. « Mais ce beau collier? hein, je l'emporte? « Il ne lui sert de rien, pauvre fille.... » Petites misères de juillet (Le Serpent de l'Amour Monte, vers Dieu, des linges. Allons, rouges méninges, Faire un tour.) Écoutez, mes enfants! - « Ah! mourir, mais me tordre « Dans l'orbe d'un exécutant de premier ordre! » Rêve la Terre, sous la vessie de saindoux De la Lune laissant fuir un air par trop doux, Vers les Zéniths de brasiers de la Voie Lactée (Autrement beaux ce soir que des Lois constatées)... Juillet a dégainé! Touristes des beaux yeux, Quels jubés de bonheur échafaudent ces cieux, Semis de pollens d'étoiles, manne divine Qu'éparpille le Bon Pasteur à ses gallines!.... Et puis, le vent s'est tant surmené l'autre nuit! Et demain est si loin! et ça souffre aujourd'hui! Ah! pourrir!.,. - Vois, la Lune-même (cette amie) Salive et larmoie en purulente ophtalmie..... Et voici que des bleus sous-bois ont miaulés Les milles nymphes! et (qu'est-ce que vous voulez) Aussitôt mille touristes des yeux las rôdent, Tremblants, mais le coeur harnaché d'âpres méthodes! Et l'on va. Et les uns connaissent des sentiers Qu'embaument de trois mois les fleurs d'abricotiers; Et les autres, des parcs où la petite flûte De l'oiseau bleu promet de si frêles rechutes (Oh! ces lunaires oiseaux bleus dont la chanson Lunaire, après dégel, vous donne le frisson!) Et d'autres, les terrasses pâles où le triste Cor des paons réveillés fait que Plus Rien n'existe! Et d'autres, les joncs des mares où le sanglot Des rainettes vous tire maint sens mal éclos; Et d'autres, les prés brûlés où l'on rampe; et d'autres, La Boue où, semble-t-il, Tout! avec nous se vautre!.... Les capitales échauffantes, même au frais Des Grands Hôtels tendus de pâles cuirs gaufrés, Faussent. - Ah! mais ailleurs, aux grandes routes, Au coin d'un bois mal famé, rien n'est aux écoutes.... Et celles dont le coeur gante six et demi, Et celles dont l'âme est gris-perle, en bons amis, Et d’un port panaché d'édénique opulence, ' Vous brûlent leurs vaisseaux mondains vers des Enfances!..... « Oh! t'enchanter un peu la muqueuse du coeur! » « Ah! Vas-y, je n'ai plus rien à perdre à cett' heur', « La Terre est en plein air et ma vie est gâchée, « Ne songe qu'à la Nuit, je ne suis point fâchée. » Et la vie et la Nuit font patte de velours.... Se dépècent d'abord de grands quartiers d'amour.... Et lors, les chars de foin, pleins de bluets, dévalent Par les vallons des moissons équinoxiales..... Ô lointains balafrés de bleuâtres éclairs De chaleur! puis ils regrimperont, tous leurs nerfs Tressés, vers l'hostie de la Lune syrupeuse.... - Hélas! tout ça, c'est des histoires de muqueuses.,... - Détraqué, dites-vous? Ah! par rapport à Quoi? - D'accord; mais le Spleen vient, qui dit que l'on déchoit Hors des fidélités noblement circonscrites. - Mais le Divin chez nous confond si bien les rites! - Soit; mais le Spleen dit vrai: ô surplis des Pudeurs, C'est bien dans vos plis blancs tels quels qu'est le Bonheur! - Mais, au nom de Tout! on ne peut pas! La Nature Nous rue à dénouer dés Janvier leur ceinture! - Bon! si le Spleen t'en dit, saccage universel! Nos êtres vont par sexe, et sont trop usuels, Saccagez! - Ah! saignons, tandis qu'elles déballent Leurs serres de Beauté pétale par pétale! Les vignes de nos nerfs bourdonnent d'alcools noirs, Ô Soeurs, ensanglantons la Terre, ce pressoir Sans Planteur de Justice! - Ah? tu m'aimes, je t’aime! Que la Mort ne nous ait qu’IVRES-MORTS DE NOUS-MEMES (Le Serpent de l'Amour Cuve Dieu dans les linges; Ah! du moins nos méninges Sont à court.) Esthétique Je fais la cour à ma Destinée ; Et demande: « Est-ce pour cette année? » Je la prends par la douceur, en Sage, Tout aux arts, au bon coeur, aux voyages.... Et vais m'arlequinant des défroques Des plus grands penseurs de chaque époque.... Et saigne! en jurant que je me blinde Des rites végétatifs de l'Inde..... Et suis digne, allez, d'un mausolée En pleine future Galilée! De la meilleure grâce du monde, Donc, j'attends que l'Amour me réponde.... Ah! tu sais que Nul ne se dérange, Et que, ma foi, vouloir faire l'ange.... Je ferai l'ange! Oh! va, Destinée, Ta nuit ne m'irait pas chiffonnée! Passe! et grâce pour ma jobardise.... Mais, du moins, laisse que je te dise, Nos livres bons, entends-tu, nos livres Seuls, te font ces yeux fous de Survivre Qui vers ta Matrice après déchaînent Les héros du viol et du sans-gêne. Adieu. Noble et lent, vais me remettre À la culture des Belles-Lettres. Dimanches Ô Dimanches bannis De l'Infini Au-delà du microscope et du télescope, Seuil nuptial où la chair s'affale en syncope,.,. Dimanches citoyens Bien quotidiens De cette école à vieux cancans, la vieille Europe, Où l'on toue, s'en tricotant des amours myopes.... Oh! tout Lois sans appel, Je sais, ce Ciel, Et non un brave toit de famille, un bon dôme Où s'en viennent mourir, très-appréciés, nos psaumes! C'est fort beau comme fond À certains fronts, Des Lois! et pas de plus bleue matière à diplômes.... - Mais, c'est pas les Lois qui fait le bonheur, hein, l'homme? Dimanches Oh! ce piano, ce cher piano, Qui jamais, jamais ne s'arrête, Oh! ce piano qui geint là-haut Et qui s'entête sur ma tête! Ce sont de sinistres polkas, Et des romances pour concierge, Des exercices délicats, Et La Prière d’une vierge! Fuir? où aller, par ce printemps? Dehors, dimanche, rien à faire.... Et rien à fair' non plus dedans.... Oh! rien à faire sur la Terre!.... Ohé, jeune fille au piano! Je sais que vous n'avez point d'âme! Puis pas donner dans le panneau De la nostalgie de vos gammes.... Fatals bouquets du Souvenir, Folles légendes décaties, Assez! assez! vous vois venir, Et mon âme est bientôt partie.... Vrai, un Dimanche sous ciel gris, Et je ne fais plus rien qui vaille, Et le moindre orgu' de Barbari (Le pauvre!) m'empoigne aux entrailles! Et alors, je me sens trop fou! Marié, je tuerais la bouche De ma mie! et, à deux genoux, Je lui dirais ces mots bien louches: « Mon coeur. est trop, ah trop central! « Et toi, tu n'es que chair humaine; « Tu ne vas donc pas trouver mal « Que je te fasse de la peine!» Avant-dernier mot L'Espace? - Mon coeur Y meurt Sans traces..... En vérité, du haut des terrasses, Tout est bien sans coeur La Femme? - J'en sors, La mort Dans l'âme.... En vérité, mieux ensemble on pâme Moins on est d'accord. Le Rêve? - C'est bon Quand on L'achève.... En vérité, la Vie est bien brève, Le Rêve bien long. Que faire Alors Du corps Qu'on gère? En vérité, ô mes ans, que faire De ce riche corps? Ceci, Cela, Par-ci Par-là.... En vérité, en vérité, voilà, Et pour le reste, que Tout m'ait en sa merci. L’éternel quiproquo Droite en selle A passé Mad'moiselle Aissé! Petit coeur si joli! Corps banal mais alacre! Un colis Dans un fiacre. Ah! les flancs Tout brûlants De fringales Séminales, Elle écoute Par les routes Si le cor D'un Mondor Ne s'exhale Pas encor! - Oh! raffale - Moi le corps Des salives Corrosives Dont mes flancs Vont bêlant! - Ô vous Bon qui passez Donnez-moi des nouvelles De ma Belle Mad'moiselle Aïssé. Car ses épaules Sont ma console, Mon Acropole! 1888 Petite prière sans prétentions Notre Père qui étiez aux cieux.... PAUL BOURGET. Notre Père qui êtes aux cieux (Oh! là-haut, Infini qui êtes donc si inconcevable!) Donnez-nous notre pain quotidien... - Oh! plutôt, Laissez-nous nous asseoir un peu à Votre Table!.... Dites! nous tenez-vous pour de pauvres enfants À qui l'on doit encor cacher les Choses Graves? Et Votre Volonté n'admet-elle qu'esclaves Sur cette terre comme au ciel?... - C'est étouffant! Au moins, Ne nous induisez pas, par vos sourires En la tentation de baiser votre coeur! Et laissez-nous en paix,morts aux mondes meilleurs, Paître, dans notre coin, et forniquer, et rire!... Paître, dans notre coin, et forniquer, et rire!.... Dimanches HAMLET: Have you a daughter? POLONIUS: I have, my lord. HAMLET: Let her not walk i' the sun ; conception is a blessing ; but not as your daughter may conceive. Le ciel pleut sans but, sans que rien l'émeuve, Il pleut, il pleut, bergère! sur le fleuve... Le fleuve a son repos dominical ; Pas un chaland, en amont, en aval. Les Vêpres carillonnent sur la ville, Les berges sont désertes, sans idylles. Passe un pensionnat (ô pauvres chairs! ) Plusieurs ont déjà leurs manchons d'hiver Une qui n'a ni manchon, ni fourrures Fait, tout en gris, une pauvre figure. Et la voilà qui s'échappe des rangs, Et court! Ô mon Dieu, qu'est-ce qu'il lui prend Et elle va se jeter dans le fleuve. Pas un batelier, pas un chien Terr' Neuve. Le crépuscule vient; le petit port Allume ses feux. (Ah! connu, l'décor! ) La pluie continue à mouiller le fleuve, Le ciel pleut sans but, sans que rien l'émeuve. Cythère Quel lys sut ombrager ma sieste? C'était (ah ne sais plus comme!) au bois trop sacré Où fleurir n'est pas un secret. Et j'étais fui comme la peste, « Je ne suis pas une âme leste! » Ai-je dit alors et leurs choeurs m'ont chanté: « Reste.» Et la plus grande, oh! si mienne! m'a expliqué La floraison sans commentaires De cette hermétique Cythère Au sein des mers comme un bosquet, Et comment quelques couples vraiment distingués Un soir ici ont débarqué.... Non la nuit sait pas de pelouses, D'un velours bleu plus brave que ces lents vallons! Plus invitant au: dévalons! Et déjoueur des airs d'épouse! Et qui telle une chair jalouse, En ses accrocs plus éperdûment se recouse!.... Et la faune et la flore étant comme ça vient, On va comme ça vient; des roses Les sens; des floraisons les poses; Nul souci du tien et du mien; Quant à des classements en chrétiens et païens, Ni le climat ni les moyens. Oui, fleurs de vie en confidences, Mains oisives dans les toisons aux gros midis, Tatouages des concettis; L'un mimant d'inédites danses, L'autre sur la piste d'essences.... - Eh quoi? Nouveau-venu, vos larmes recommencent! - Réveil meurtri, je m'en irai je sais bien où; Un terrain vague, des clôtures, Un âne plein de foi pâture Des talons perdus sans dégoût, Et brait vers moi (me sachant aussi rosse et doux) Que je desserre son licou. Dimanches Je m'ennuie, natal! je m'ennuie, Sans cause bien appréciable, Que bloqué par les boues, les dimanches, les pluies, En d'humides tabacs ne valant pas le diable. Hé là-bas, le prêtre sans messes!.... Ohé, mes petits sens hybrides!... Et je bats mon rappel! et j'ulule en détresse, Devant ce Moi, tonneau d'lxion des Danaïdes. Oh! m'en aller, me croyant libre, Désattelé des bibliothèques, Avec tous ces passants cuvant en équilibre Leurs cognacs d'Absolu, leurs pâtés d’Intrinsèque!... Messieurs, que roulerais tranquille, Si j'avais au moins ma formule, Ma formule en pilules dorées, par ces villes Que vont pavant mes jobardises d'incrédule!... (Comment lui dire: « Je vous aime? » Je me connais si peu moi-même.) Ah! quel sort! Ah! pour sur, la tâche qui m’incombe M'aura sensiblement rapproché de la tombe. Albums On m'a dit la vie au Far-West et les Prairies, Et mon sang a gémi: « Que voilà ma patrie!... » Déclassé du vieux monde, être sans foi ni loi, Desperado! là-bas; là-bas, je serais roi!.... Oh là-bas, m'y scalper de mon cerveau d’Europe! Piaffer, redevenir une vierge antilope, Sans littérature, un gars de proie, citoyen Du hasard et sifflant l'argot californien! Un colon vague et pur, éleveur, architecte, Chasseur, pêcheur, joueur, au-dessus des Pandectes! Entre la mer; et les États Mormons! Des venaisons Et du whisky! vêtu de cuir, et le gazon Des Prairies pour lit, et des ciels des premiers âges Riches comme des corbeilles de mariage!.... Et puis quoi? De bivouac en bivouac, et la Loi De Lynch ; et aujourd'hui des diamants bruts aux doigts Et ce soir nuit de jeu, et demain la refuite Par la Prairie et vers la folie des pépites!.... Et, devenu vieux, la ferme au soleil-levant, Une vache laitière et des petits-enfants.... Et, comme je dessine au besoin, à l'entrée Je mettrais: « Tatoueur des bras de la contrée! » Et voilà. Et puis, si mon grand coeur de Paris Me revenait, chantant: « Oh! pas encor guéri! « Et ta postérité, pas pour longtemps coureuse!.... » Et si ton vol, Condor des Montagnes-Rocheuses, Me montrait l'Infini ennemi du comfort, Eh bien, j'inventerais un culte d'Âge d'or, Un code social, empirique et mystique Pour des Peuples Pasteurs, modernes et védiques!.... Oh! qu'ils sont beaux les feux de paille! qu'ils sont fous, Les albums! et non incassables, mes joujoux!.... Célibat, célibat, tout n’est que célibat Sucer la chair d'un coeur élu, Adorer de souffrants organes, Être deux avant qu'on se fane! Ne serai-je qu'un monomane Dissolu Par ses travaux de décadent et de reclus? Partout, à toute heure, le thème De leurs toilettes, de leurs airs, Des soirs de plage aux bals d'hiver, Est: « Prenez! ceci est ma chair! » Et nous-mêmes, Nous leur crions de tous nos airs: «A moi! je t'aime!» Et l'on se salue, et l'on feint... Et l'on s'instruit dans des écoles, Et l'on s'évade, et l'on racole De vénales et tristes folles; Et l'on geint En vers, en prose. Au lieu de se tendre la main! Se serrer la main sans affaires! Selon les coeurs, selon les corps! Trop tard. Des faibles et des forts Dans la curée des durs louis d'or.... Pauvre Terre! Histoire Humaine: - histoire d'un célibataire.... Dimanches Je ne tiens que des mois, des journées et des heures.... Dès que je dis oui! tout feint l'en-exil... Je cause de fidèles demeures, On me trouve bien subtil; Oui ou non, est-il D'autres buts que les mois, les journées et les heures? L'âme du Vent gargouille au fond des cheminées..... L'âme du Vent se plaint à sa façon; Vienne Avril de la prochaine année Il aura d'autres chansons!.... Est-ce une leçon, Ô Vent qui gargouillez au fond des cheminées? Il dit que la Terre est une simple légende Contée au Possible par l’Idéal.... - Eh bien, est-ce un sort, je vous l' demande? - Oui, un sort! car c'est fatal. - Ah! ah! pas trop mal, Le jeu de mots! - mais folle, oh! folle, la Légende.... Le bon apôtre Nous avons beau baver nos plus fières salives, Leurs yeux sont tout! Ils rêvent d'aumônes furtives! Ô chairs de soeurs, ciboires de bonheur! On peut Blaguer, la paire est là; comme un et un font deux. - Mais ces yeux, plus on va, se fardent de mystère! - Eh bien, travaillons à les ramener sur Terre! - Ah! la chasteté n'est en fleur qu'en souvenir! - Mais ceux qui l'ont cueillie en renaissent martyrs! Martyres mutuels! de frère à soeur, sans Père! Comment ne voit-on pas que c'est là notre terre? Et qu'il n'y a que ça! que le reste est impôts Dont nous n'avons pas même à chercher l'à-propos! Il faut répéter ces choses! Il faut qu'on tette Ces choses! jusqu'à ce que la Terre se mette, Voyant enfin que Tout vivotte sans Témoin, À vivre aussi pour Elle, et dans son petit coin! Et c'est bien dans ce sens, moi, qu'au lieu de me taire, Je persiste à narrer mes petites affaires. Petites misères d'octobre Octobre m'a toujours fiché dans la détresse; Les Usines, cent goulots fumant vers les ciels.... Les poulardes s'engraissent Pour Noël. Oh! qu'alors, tout bramant vers d'albes atavismes, Je fonds mille Icebergs vers les septentrions D'effarants mysticismes Des Sions!.... Car les seins distingués se font toujours plus rares; Le légitime est tout, mais à qui bon ma cour? De qui bénir mes Lares Pour toujours? Je ferai mes oraisons aux Premières Neiges; Et je crierai au Vent: « Et toi aussi, forçat! » Et rien ne vous allège Comme ça. (Avec la Neige, tombe une miséricorde D'agonie ; on a vu des gens aux coeurs de cuir Et méritant la corde S'en languir.) Mais vrai, s'écarteler les lobes, jeu de dupe.... Rien, partout, des saisons et des arts et des dieux, Ne vaut deux sous de jupe, Deux sous d'yeux. Donc, petite, deux sous de jupe en oeillet tiède, Et deux sous de regards, et tout ce qui s'ensuit.... Car il n'est qu'un remède A l'ennui. Gare au bord de la mer Korsör. Côtes du Danemark. Aube dit 1er janvier 1886. On ne voyait pas la mer, par ce temps d'embruns, Mais on l’entendait maudire son existence, « Oh! beuglait-elle, qu'il fût seulement Quelqu'Un! ».... Et elle vous brisait maint bateau pas-de-chance. Et, ne pouvant mordre le steamer, les autans Mettaient nos beaux panaches de fumée en loques! Et l'Homme renvoyait ses comptes à des temps Plus clairs, sifflotant: « Cet univers se moque, « Il raille! Et qu'il me dise où l'on voit Mon Pareil! « Allez, boudez, chez vos parades sidérales, « Infini! Un temps viendra que l'Homme, fou d'éveil, « Fera pour les Pays Terre-à-Terre ses malles! « Il crut à l’Idéal! Ah! milieux détraquants « Et bazars d'oripeaux! Si c'était à refaire, « Chers madrépores, comme on ficherait le camp « Chez vous! Oh! même vers la Période Glaciaire!.... « Mais l’Infini est là, gare de trains ratés, « Où les gens, aveuglés de signaux, s'apitoient « Sur le sanglot des convois, et vont se hâter « Tout à l'heure! et crever en travers de la voie..... « - Un fin sourire (tel ce triangle d'oiseaux « D'exil sur ce ciel gris!) peut traverser mes heures; « Je dirai: passe, oh! va, ne fais pas de vieux os « Par ici, mais vide au plus tôt cette demeure... » Car la vie est partout la même. On ne sait rien! Mais c'est la Gare! et faut chauffer qui pour les fêtes Futures, qui pour les soi-disant temps anciens. Oh! file ton rouet, et prie et reste honnête. Impossibilité de l’infini en hosties Ô lait divin! potion assurément cordiale À vomir les gamelles de nos aujourd'huis! Quel bon docteur saura décrocher ta timbale Pour la poser sur ma simple table de nuit, Un soir, sans bruit? J'ai appris, et tout comme autant de riches langues Les philosophies et les successives croix; Mais pour mener ma vie au Saint-Graal sans gangue, Nulle n'a su le mot, le Sésame-ouvre-toi, Clef de l'endroit. Oui, dilapidé ma jeunesse et des bougies À regalvaniser le fond si enfantin De nos plus immémoriales liturgies, Et perdu à ce jeu de purs et sûrs instincts, Tout mon latin. L'Infini est à nos portes! à nos fenêtres! Ouvre, et vois ces Nuits Loin, et tout le Temps avec! Qu'il nous étouffe donc! puisqu'il ne saurait être En une hostie, une hostie pour nos sales becs, Ah! si à sec!.... Ballade OPHELIA: You are merry, my Lord. HAMLET: Who, I? OPHELIA: Ay, my Lord. HAMLET: God, your only jigmaker. What Should a man do but be merry? Oyez, au physique comme au moral, Ne suis qu'une colonie de cellules De raccroc; et ce sieur que j’intitule Moi, n'est, dit-on, qu'un polypier fatal! De mon coeur un tel, à ma chair védique, Comme de mes orteils à mes cheveux, Va-et-vient de cellules sans aveu, Rien de bien solvable et rien d’authentique. Quand j’organise une descente en Moi, J’en conviens, je trouve là, attablée, Une société un peu bien mêlée, Et que je n'ai point vue à mes octrois. Une chair bêtement staminifère, Un coeur illusoirement pistillé, Sauf certains soirs, sans foi, ni loi, ni clé, Où c’est précisément tout le contraire. Allez, c'est bon. Mon fatal polypier A distingué certaine polypière; Son monde n'est pas trop mêlé, j’espère.... Deux yeux café, voilà tous ses papiers. Petites misères d'hiver Vers les libellules D'un crêpe si blanc des baisers Qui frémissent de se poser, Venus de si loin, sur leurs bouts cicatrisés, Ces seins, déjà fondants, ondulent D'un air somnambule... Et cet air enlise Dans le défoncé des divans Rembourrés d'eiders dissolvants Le Cygne du Saint-Graal, qui rame en avant! Mais plus pâle qu'une banquise Qu'Avril dépayse.... Puis, ça vous réclame, Avec des moues d'enfant goulu, Du romanesque à l'absolu, Mille Pôles plus loin que tout ce qu'on a lu!.... Laissez, laissez le Cygne, ô Femme! Qu'il glisse, qu'il rame, Oh! que, d'une haleine, Il monte, séchant vos crachats, Au Saint-Graal des blancs pachas, Et n'en revienne qu'avec un plan de rachat Pour sa petite soeur humaine Qui fait tant de peine.... Dimanches HAMLET: Lady, shall I lie in your lap? (II s'agenouille devant Ophélie.) OPHELIA: No, my Lord. HAMLET:I mean, my head in your lap? OPHELIA: Ay, my Lord. HAMLET: Do you think I meant country matters? OPHELIA: I think nothing, my Lord, HAMLET: That’s a fair thought to lie between maid’s legs. OPHELIA:What 's, my Lord? HAMLET:Nothing. (1) Les nasillardes cloches des dimanches À l'étranger, Me font que j'ai de la vache enragée Pour jusqu'à la nuit, sur la planche; Je regarde passer des tas de robes blanches. La jeune fille au joli paroissien Rentre au logis ; Son corps se sent l'âme fort reblanchie, Et, raide, dit qu'il appartient À une tout autre race que le mien! Ma chair, ô Soeur, a bien mal à son âme. Oh! ton piano Me recommence! et ton coeur s'y ânonne En ritournelles si infâmes, Et ta chair, sur quoi j'ai des droits! s'y pâme.... Que je te les tordrais avec plaisir, Ce coeur, ce corps! Et te dirais leur fait! et puis encore La manière de s'en servir! Si tu voulais ensuite m'approfondir.... Le brave, brave automne! Quand reviendra l'automne, Cette saison si triste, Je vais m' la passer bonne, Au point de vue artiste. Car le vent, je l' connais, Il est de mes amis! Depuis que je suis né Il fait que j'en gémis... Et je connais la neige, Autant que ma chair même, Son froment me protège Contre les chairs que j'aime... Et comme je comprends Que l'automnal soleil Ne m'a l'air si souffrant Qu'à titre de conseil!... Puis rien ne saurait faire Que mon spleen ne chemine Sous les spleens insulaires Des petites pluies fines.... Ah! l'automne est à moi, Et moi je suis à lui, Comme tout à « pourquoi? » Et ce monde à « et puis? » Quand reviendra l'automne, Cette saison si triste, Je vais m' la passer bonne Au point de vue artiste. Dimanches C'est l'automne, l'automne, l'automne..... Le grand vent et toute sa séquelle! Rideaux tirés, clôture annuelle! Chute des feuilles, des Antigones, Des Philoméles, Le fossoyeur les remue à la pelle... (Mais, je me tourne vers la mer, les Intelligents! Et tout ce qui n'a plus que les noirs grognements! Ainsi qu'un pauvre, un pâle, un piètre individu Qui ne croit en son Moi qu'à ses moments perdus....) Mariage, ô dansante bouée Peinte d'azur, de lait doux, de rose, Mon âme de corsaire morose, Va, ne sera jamais renflouée!... Elle est la chose Des coups de vent, des pluies, et des nuées. (Un soir, je crus en Moi! J'en faillis me fiancer! Est-ce possible... Où donc tout ça est-il passé!... Chez moi, c'est Galathée aveuglant Pygmalion! Ah! faudrait modifier cette situation...) Soirs de fête Je suis la Gondole enfant chérie Qui arrive à la fin de la fête, Pour je ne sais quoi, par bouderie, (Un soir trop beau me monte à la tête!) Me voici déjà près de la digue ; Mais la foule sotte et pavoisée, Ah! n'accourt pas à l'Enfant Prodigue! Et danse, sans perdre une fusée.... Ah! c'est comme ça, femmes volages! C'est bien. je m'exile en ma gondole (Si frêle!) aux mouettes, aux orages, Vers les malheurs qu'on voit au Pôle! - Et puis, j'attends sous une arche noire.... Mais nul ne vient; les lampions s'éteignent ; Et je maudis la nuit et la gloire! Et ce coeur qui veut qu'on me dédaigne! Fifre OPHELIA: You are keen, my Lord, you are keen. HAMLET: It would cost you a groaning to take off my edge. OPHELIA: still better and worse. HAMLET: So you must take your husbands. Pour un coeur authentique, Me ferais des blessures! Et ma Littérature Fermerait boutique. Oh! qui me ravira! C'est alors qu'on verra Si je suis un ingrat! Ô petite âme brave, Ô chair fière et si droite! C'est moi, que je convoite D'être votre esclave! (Oui, mettons-nous en frais, Et nous saurons après Traiter de gré à gré) - « Acceptez, je vous prie, « Ô Chimère fugace « Au moins la dédicace « De ma vague vie?... » « Vous me dites avoir « Le culte du Devoir? « Et moi donc! venez voir.... » Dimanches HAMLET: I have heard of your paintings too, well enough. God bath given you one face, and you make yourselves another; you jig, you amble and you lisp, and nickname god’s creatures, and make your wantonness your ignorance. Go to ; I'll no more on’t; if bath made me made. To anunnery, go. N'achevez pas la ritournelle, En prêtant au piano vos ailes, Ô mad’moiselle du premier. Ça me rappelle I'Hippodrome, Où cet air cinglait un pauvre homme Déguisé en clown printanier. Sa perruque arborait des roses, Mais, en son masque de chlorose, Le trèfle noir manquait de nez! II jonglait avec des coeurs rouges Mais sa valse trinquait aux bouges Où se font les enfants mort-nés. Et cette valse, ô mad'moiselle, Vous dit Les Roland, Les dentelles Du bal qui vous attend ce soir!.... - Ah! te pousser par tes épaules Décolletées, vers de durs pôles Où je connais un abattoir! Là, là, je te ferai la honte! Et je te demanderai compte De ce corset cambrant tes reins, De ta tournure et des frisures Achalandant contre-nature Ton front et ton arrière-train. Je te crierai ; « Nous sommes frères! « Alors, vêts-toi à ma manière, « Ma manière ne trompe pas ; « Et perds ce dandinement louche « D'animal lesté de ses couches, « Et galopons par les haras! » Oh! vivre uniquement autochtones Sur cette terre (où nous cantonne Après tout notre être tel quel!) Et sans préférer, l'âme aigrie, Aux vers luisants de nos prairies Les lucioles des prés du ciel; Et sans plus sangloter aux heures De lendemains, vers des demeures Dont nous nous sacrons les élus. Ah! que je vous dis, autochtones! Tant la vie à terre elle est bonne Quand on n'en demande pas plus. L'aurore-promise Vois, les Steppes stellaires Se dissolvent à l’aube.... La Lune est la dernière À s'effacer, badaude. Oh! que les cieux sont loin, et tout! Rien ne prévaut! Contre cet infini; c’est toujours trop nouveau!.... Et vrai, c'est. sans limites!.... T'en fais-tu une idée, Ô jeune Sulamite Vers l'aurore accoudée? L'Infini à jamais! comprends-tu bien cela? Et qu'autant que ta chair existe un au-delà? Non; ce sujet t'assomme. Ton Infini, ta sphère, C'est le regard de l'Homme, Patron de cette Terre. Il est le Fécondeur, le Galant Chevalier De tes couches, la Providence du Foyer! Tes yeux baisent Sa Poigne, Tu ne te sens pas seule! Mais lui bat la campagne Du ciel, où nul n’accueille!.... Nulle Poigne vers lui, il a tout sur le dos; Il est seul; l'Infini reste sourd comme un pot. Ô fille de la Terre, Ton dieu est dans ta couche! Mais lui a dû. s’en faire, Et si loin de sa bouche!... Il s'est fait de bons dieux, consolateurs des morts. Et supportait ainsi tant bien que mal son sort, Mais bientôt, son idée, Tu l'as prise, jalouse! Et l'as accommodée Au culte de l’Épouse! Et le Déva d'antan, Bon Coeur de l'Infini Est là.... - pour que ton lit nuptial soit béni! Avec tes accessoires, Ce n'est plus qu'une annexe Du Tout-Conservatoire Où s’apprête Ton Sexe. Et ces autels bâtis de nos terreurs des cieux Sont des comptoirs où tu nous marchandes tes yeux! Les dieux s'en vont. Leur père S’en meurt. - Ô Jeune Femme, Refais-nous une Terre Selon ton corps sans âme! Ouvre-nous tout Ton Sexe! et, sitôt, l'Au-delà Nous est nul! Ouvre, dis? tu nous dois bien cela... Dimanches J'aurai passé ma vie à faillir m'embarquer Dans de bien funestes histoires, Pour l'amour de mon coeur de Gloire!.... - Oh! qu'ils sont chers les trains 'manqués Où j'ai passé ma vie à faillir m'embarquer!.... Mon coeur est vieux d'un tas de lettres déchirées, Ô Répertoire en un cercueil Dont la Poste porte le deuil!..... - Oh! ces veilles d’échauffourées Où mon coeur s'entraînait par lettres déchirées!.... Tout n'est pas dit encor, et mon sort est bien vert. Ô Poste, automatique Poste, Ô yeux passants fous d’holocaustes, Oh! qu'ils sont là, vos airs ouverts!.... Oh! comme vous guettez mon destin encor vert! (Une, pourtant, je me rappelle, Aux yeux grandioses Comme des roses, Et puis si belle!.... Sans nulle pose. Une voix me criait: « C'est elle! Je le sens; « Et puis, elle te trouve si intéressant! » - Ah! que n'ai-je prêté l'oreille à ses accents!...) La vie qu’elles me font mener Pas moi, despotiques Vénus. Offrant sur fond d'or le Lotus Du Mal, coiffées à la Titus! Pas moi, Circées Aux yeux en grand deuil violet comme des pensées! Pas moi, binious Des Papesses des blancs Champs-Élysées des fous, Qui vous relayez de musiques Par le calvaire de techniques Des sacrilèges domestiques! Le mal m'est trop! tant que l'Amour S'échange par le temps qui court Simple et sans foi comme un bonjour, Des jamais franches À celles dont le Sort vient le poing sur la hanche, Et que s'éteint La Rosace du Temple, à voir, dans le satin, Ces sexes livrés à la grosse Courir, en valsant, vers la Fosse Commune des Modernes Noces. Ô Rosace! leurs charmants yeux C'est des vains cadrans d'émail bleu Qui marquent l'heure que l'on veut, Non des pétales, De ton Soleil des Basiliques Nuptiales! Au premier mot, Peut-être (on est si distinguée à fleur de peau!) Elles vont tomber en syncope Avec des regards d'antilope; - Mais tout leur être est interlope! Tu veux pas fleurir fraternel? C'est bon, on te prendra tel quel, Petit mammifère usuel! Même la blague Me chaut peu de te passer au doigt une bague. - Oh! quel grand deuil, Pourtant! leur ferait voir leur frère d'un autre oeil! Voir un égal d'amour en l'homme Et non une bête de somme Là pour lui remuer des sommes! Quoi? vais-je prendre un air géant, Et faire appeler le Néant? Non, non; ce n'est pas bienséant. Je me promène Parmi les sommités des colonies humaines; Du bout du doigt Je feuillette les versions de l'Unique Loi, Et je vivotte, et m'inocule Les grands airs gris du crépuscule, Et j'en garule! et j'en garule! Dimanches Mon Sort est orphelin, les Vêpres ont tu leurs cloches.... Et ces pianos qui ritournellent, jamais las!.... Oh! monter, leur expliquer mon apostolat! Oh! du moins, leur tourner les pages, être là, Les consoler! (J'ai des consolations plein les poches).... Les pianos se sont clos. Un seul, en grand deuil, s'obstine.... Oh! qui que tu sois, soeur! à genoux, à tâtons, Baiser le bas de ta robe dans l'abandon!.... Pourvu qu'après, tu me chasses, disant: « Pardon! « Pardon, m'sieu! mais j'en aime un autre, et suis sa cousine!» Oh! que je suis bien infortuné sur cette Terre!.... Et puis si malheureux de ne pas être Ailleurs! Ailleurs, loin de ce savant siècle batailleur.... C'est là que je m' créerai un petit intérieur, Avec Une dont, comme de Moi, Tout n'a que faire. Une maigre qui me parlait, Les yeux hallucinés de Gloires virginales, De rendre l'âme, sans scandale, Dans un flacon de sels anglais..... Une qui me fit oublier Mon art et ses rançons d'absurdes saturnales, En attisant, gauche vestale, L'Aurore dans mes oreillers.... Et que son regard Sublime Comme ma rime Ne permît pas le moindre doute à cet égard. Petites misères de mai On dit: l'Express Pour Bénarès! La Basilique Des gens cosmiques!.... Allons, chantons Le Grand Pardon! Allons, Tityres Des blancs martyres! Chantons: Nenni! A l'Infini, Hors des clôtures De la Nature! (Nous louerons Dieu, En temps et lieu.) Oh! les beaux arbres En candélabres!.... Oh! les refrains Des Pèlerins!.... Oh! ces toquades De Croisades!.... - Et puis, fourbu Dès le début. Et retour louche.... - Ah! tu découches! 1888 Petites misères d’automne Get thee to a nunnery: why wouldst thou be a breeder of sinners? I am myself indifferent honest; but yet I could accuse me of such things, that it were better my mother had not borne me. We are arrant knaves, all; believe none of us. Go thy ways to a nunnery. HAMLET. Je me souviens, - dis, rêvé ce bal blanc? Une, en robe rose et les joues en feu, M'a tout ce soir-là dévoré des yeux, Des yeux impérieux et puis dolents, (Je vous demande un peu!) Car vrai, fort peu sur moi d'un en vedette, Ah! pas plus ce soir-là d'ailleurs que d'autres, Peut-être un peu mon natif air d'apôtre, Empêcheur de danser en rond sur cette Scandaleuse planète. Et, tout un soir, ces grands yeux envahis De moi! Moi, dos voûté sous l'A quoi Bon? Puis, partis, comme à jamais vagabonds! (Peut-être en ont-ils peu après failli?...) Moi quitté le pays. Chez nous, aux primes salves d'un sublime, Faut battre en retraite. C'est sans issue. Toi, pauvre, et t'escomptant déjà déçue Par ce coeur (qui même eût plaint ton estime) J'ai été en victime, En victime après un joujou des nuits! Ses boudoirs pluvieux rnirent en sang Mon inutile coeur d'adolescent... Et j'en dormis. A l'aube je m'enfuis... Bien égal aujourd'hui. Sancta simplicitas Passants, m’induisez point en beautés d’aventure Mon Destin n'en saurait avoir cure; Je ne peux plus m’occuper que des Jeunes filles, Avec ou sans-parfum de famille. Pas non plus mon chez moi, ces précaires liaisons Où l'on s'aime en comptant par saisons; L'Amour dit légitime est seul solvable! car Il est sûr de demain, dans son art. Il a le Temps, qu'un grand amour toujours convie; C'est la table mise pour la vie; Quand demain n'est pas sûr, chacun se gare vite! Et même, autant en finir tout de suite. Oh! adjugés à mort! comme qui concluraient: « D'avance, tout de toi m'est sacré, « Et vieillesse à venir, et les maux hasardeux! « C'est dit! Et maintenant, à nous deux! » Vaisseaux brûlés! et, à l'horizon, nul divorce! C'est ça qui vous donne de la force! Ô mon seul débouché! - Ò mon vatout nubile! À nous nos deux vies! Voici notre île. Esthétique La Femme mûre ou jeune fille, J’en ai frôlé toutes les sortes, Des faciles, des difficiles; Voici l'avis que j'en rapporte: C'est des fleurs diversement mises, Aux airs fiers ou seuls selon l'heure; Nul cri sur elles n'a de prise; Nous jouissons, Elle demeure. Rien ne les tient, rien ne les fâche, Elles veulent qu'on les trouve belles, Qu'on le leur râle et leur rabâche, Et qu'on les use comme telles ; Sans souci de serments, de bagues, Suçons le peu qu'elles nous donnent, Notre respect peut être vague, Leurs yeux sont haut et monotones. Cueillons sans espoirs et sans drames, La chair vieillit après les roses; oh! parcourons le plus de gammes! Car il n'y a pas autre chose. L'île C'est l’Île; Éden entouré d'eau de tous côtés!.... Je viens de galoper avec mon Astarté À l'aube des mers; on fait sécher nos cavales, Des veuves de Titans délacent nos sandales, Éventent nos tresses rousses, et je reprends Mon Sceptre tout écaillé d'émaux effarants! On est gai, ce matin. Depuis une semaine Ces lents brouillards plongeaient mes sujets dans la peine, Tout soupirants après un beau jour de soleil Pour qu'on prît la photographie de Mon Orteil..... Ah! non, c'est pas cela, mon Ile, ma douce île.... Je ne suis pas encore un Néron si sénile.... Mon île pâle est au Pôle, mais au dernier Des Pôles, inconnu des plus fols baleiniers! Les Icebergs entrechoqués s'avançant pâles Dans les brumes ainsi que d'albes cathédrales M'ont cerné sur un bloc; et c'est là que, très-seul, Je fleuris, doux lys de la zone des linceuls, Avec ma mie! Ma mie a deux yeux diaphanes Et viveurs! et, avec cela, l'arc de Diane N'est pas plus fier et plus hautement en arrêt Que sa bouche! (arrangez cela comme pourrez....) Oh! ma mie.... - Et sa chair affecte un caractère Qui n'est assurément pas fait pour me déplaire: Sa chair est lumineuse et sent la neige, exprès Pour que mon front pesant y soit toujours au frais, Mon Front Équatorial, Serre!’Anomalies!..... Bref, c'est, au bas mot, une femme accomplie. Et puis, elle a les perles tristes dans la voix..... Et ses épaules sont aussi le premier choix. Et nous vivons ainsi, subtils et transis, presque Dans la simplicité les gens peints sur les fresques. Et c'est l’Île. Et voilà vers quel Eldorado L’Exode nihiliste a poussé mon radeau. Ô lendemains de noce où nos voix mai éteintes Chantent aux échos blancs la si grêle complainte: LE VAISSEAU FANTOME Il était un petit navire Où Ugolin mena ses fils, Sous prétexte, le vieux vampire! De les fair' voyager gratis. Au bout le cinq à six semaines, Les vivres vinrent à manquer, Il dit:« Vous mettez pas en peine; «Mes fils n' m'ont jamais dégoûté! » On tira z'à la courte paille, Formalité! raffinement! Car cet homme il n'avait d’entrailles Qu' pour en calmer les tiraillements, Et donc, stoïque et légendaire; Ugolin mangea ses enfants, Afin d' leur conserver un père... Oh! quand j'y song', mon coeur se fend! Si cette histoire vous embête, C'est que vous êtes un sans-coeur! Ah! j'ai du coeur par d’ssus la tête, Oh! rien partout que rir's moqueurs!... Dimanches LAERTES TO OPHELIA: The chariest maid is prodigal enought If the unmask her beauty to the moon. (1) J'aime, j'aime de tout mon siècle! cette hostie Féminine en si vierge et destructible chair Qu'on voit, au point du jour, altiérement sertie Dans de cendreuses toilettes déjà d'hiver, Se fuir le long des cris surhumains de la mer! (Des yeux dégustateurs âpres à la curéé; Une bouche à jamais cloîtrée!) (- Voici qu'elle m'honore de ses confidences; . J'en souffre plus qu'elle ne pense!) - Chère perdue, comment votre esprit éclairé Et ce stylet d'acier de vos regards bleuâtres N'ont-ils pas su percer à jour la mise en frais De cet économique et passager bellâtre?.... - Il vint le premier; j'étais seule devant l'âtre.... Hier l'orchestre attaqua Sa dernière polka. Oh! l'automne, l'automne! Les casinos Qu'on abandonne Remisent leurs pianos!.... Phrases, verroteries, Caillots de souvenirs. Oh! comme elle est maigrie! Que vais-je devenir.... Adieu! les files d'ifs dans les grisailles, Ont l'air de pleureuses de funérailles Sous l'autan noir qui veut que tout s'en aille. Assez, assez, C'est toi qui as commencé. Va, ce n'est plus l'odeur de tes fourrures. Va, vos moindres clins d'yeux sont des parjures. Tais-toi, avec vous autres rien ne dure. Tais-toi, tais-toi. On n'aime qu'une fois. Notre petite compagne Si mon Air vous dit quelque chose, Vous auriez tort de vous gêner ; Je ne la fais pas à la pose ; Je suis La Femme, on me connaît. Bandeaux plats ou crinière folle, Dites? quel Front vous rendrait fou? J'ai l'art de toutes les écoles, J'ai des âmes pour tous les goûts. Cueillez la fleur de mes visages, Buvez ma bouche et non ma voix, Et n'en cherchez pas davantage... Nul n'y vit clair ; pas même moi. Nos armes ne sont pas égales, Pour que je vous tende la main, Vous n'êtes que de naïfs mâles, Je suis l'Éternel Féminin! Mon But se perd dans les Étoiles!.... C'est moi qui suis la Grande Isis! Nul ne m'a retroussé mon voile. Ne songez qu'à mes oasis.... Si mon Air vous dit quelque chose, Vous auriez tort de vous gêner ; Je ne la fais pas à la pose: Je suis La Femme! on me connaît. Complainte des crépuscules célibataires C'est l'existence des passants... Oh! tant d'histoires personnelles!... Qu'amèrement intéressant De se navrer de leur kyrielle! Ils s'en vont flairés d'obscurs chiens, Ou portent des paquets, ou flânent... Ah! sont-ils assez quotidiens, Tueurs de temps et monomanes, Et lorgneurs d'or comme de strass Aux quotidiennes devantures!... La vitrine allume son gaz, Toujours de nouvelles figures... Oh! que tout m'est accidentel! Oh! j'ai-t-y l'âme perpétuelle!... Hélas, dans ce cas, rien de tel Que de pleurer une infidèle!... Mais qu'ai-je donc laissé là-bas, Rien. Eh! voilà mon grand reproche! Ô culte d'un Dieu qui n'est pas Quand feras-tu taire tes cloches!... Je vague depuis le matin, En proie à des loisirs coupables, Épiant quelque grand destin Dans l'oeil de mes douces semblables... Oh! rien qu'un lâche point d'arrêt Dans mon destin qui se dévide!... Un amour pour moi tout exprès En un chez nous de chrysalide!... Un simple coeur, et des regards Purs de tout esprit de conquête, Je suis si exténué d'art! Me répéter, oh! mal de tête!... Va, et les gouttières de l'ennui! Ça goutte, goutte sur ma nuque... Ça claque, claque à petit bruit... Oh! ça claquera jusque... jusque?... Ève, sans trêve Et la Coiffure, l'Art du Front, Cheveux massés à la Néron Sur des yeux qui, du coup, fermentent; Tresses, bandeaux, crinière ardente; Madone ou caniche ou bacchante; Mes frères, décoiffons d’abord! puis nous verrons. Ah! les ensorcelants Protées! Et suivez-les décolletées Des épaules; comme, aussitôt, Leurs yeux, les plus durs, les plus faux Se noient, l'air tendre et comme il faut Dans ce halo de chair en harmonies lactées..... Et ce purgatif: Vierge hier, Porter aujourd'hui dans sa chair, Fixe, un oeil mâle, en fécondée! L'âme doit être débordée! Oh! nous n'en avons pas idée! Leur air reste le même, avenant et désert.... Avenant, Promis et Joconde! Et par les rues, et dans le monde Qui saurait dire de ces yeux Réfléchissant tout ce qu'on veut Voici les vierges, voici ceux Où la Foudre finale a bien jeté la sonde. Ah! non, laissons, on n'y peut rien. Suivons-les comme de bons chiens Couvrons de baisers leurs visages Du moment faisons bon ménage Avec leurs bleus, leurs noirs mirages Cueillons-en, puis chantons: merci c'est bien, fort bien... Dimanches Le Dimanche, on se plaît À dire un chapelet À ses frères de lait. Orphée, ô jeune Orphée! Sérails des coriphées Aux soirs du fleuve Alphée... Parcifal, Parcifal! Étendard virginal Sur les remparts du mal.... Prométhée, Prométhée! Phrase répercutée Par les siècles athées.... Nabuchodonosor! Moloch des âges d'or Régissez-nous encor?... Et vous donc, filles d'Ève, Soeurs de lait soeurs de sève, Des destins qu'on se rêve! Salomé, Salomé Sarcophage embaumé Où dort maint Bien-Aimé.... Ophélie toi surtout Viens moi par ce soir d'août Ce sera entre nous. Salammbo, Salammbo! Lune au chaste halo Qui laves nos tombeaux.... Grande soeur, Messaline! Ô panthère câline Griffant nos mousselines.... Oh! même Cendrillon Reprisant ses haillons Au foyer sans grillon.... Ou Paul et Virginie, Ô vignette bénie Des ciels des colonies.... - Psyché, folle Psyché, Feu-follet du péché, Vous vous ferez moucher!.. La mélancolie de Pierrot Le premier jour, je bois leurs yeux ennuyés.... Je baiserais leurs pieds, À mort. Ah! qu’elles daignent Prendre mon coeur qui saigne! Puis, on cause.... - et ça devient de la Pitié; Et enfin je leur offre mon amitié. C’est de pitié, que je m’offre en frère, en guide; Elles, me croient timide, Et clignent d'un oeil doux: « Un mot, je suis à vous! » (Je te crois) Alors, moi, d’étaler les rides De ce coeur, et de sourire dans le vide..... Et soudain j’abandonne la garnison, Feignant de trahisons! (Je l'ai échappé belle!) Au moins, m'écrira-t-elle? Point. Et je la pleure toute la saison.... - Ah! j’en ai assez de ces combinaisons! Qui m’apprivoisera le coeur! belle cure..... Suis si vrai de nature Aie la douceur des soeurs! Oh viens! suis pas noceur, Serait-ce donc une si grosse aventure Sous le soleil? dans toute cette verdure... Cas rédhibitoire (Mariage) Ah! mon âme a sept facultés! Plus autant qu'il est de chefs-d’oeuvre, Plus mille microbes ratés Qui m'ont pris pour champ de manoeuvre. Oh! le suffrage universel Qui se bouscule et se chicane, À chaque instant, au moindre appel, Dans mes mille occultes organes!.... J'aurais voulu vivre à grands traits, Le long d'un classique programme Et m'associant en un congrès Avec quelque classique femme. Mais peut-il être question D'aller tirer des exemplaires De son individu si on N'en a pas une idée plus claire?.... Arabesques de malheur Nous nous aimions comme deux fous; On s'est quittés sans en parler. (Un spleen me tenait exilé Et ce spleen me venait de tout.) Que ferons-nous, moi, de mon âme, Elle de sa tendre jeunesse! Ô vieillissante pécheresse, Oh! que tu vas me rendre infâme! Des ans vont passer là-dessus; On durcira chacun pour soi; Et plus d'une fois, je m'y vois, On ragera: « Si j'avais su! ».... Oh! comme on fait claquer les portes, Dans ce Grand Hôtel d'anonymes! Touristes, couples légitimes, Ma Destinée est demi-morte!.... - Ses yeux disaient: « Comprenez-vous! « Comment ne comprenez-vous pas! » Et nul n'a pu le premier pas; On s'est séparés d'un air fou. Si on ne tombe pas d'un même Ensemble à genoux, c'est factice, C'est du toc. Voilà la justice Selon moi, voilà comment j'aime. Les chauves-souris C'est qu'elles m'ont l'air bien folles, ce soir, Les cloches du couvent des carmélites! Et je me demande au nom de quels rites.... Allons, montons voir. Oh! parmi les poussiéreuses poutrelles, Ce sont de jeunes chauves-souris Folles d'essayer enfin hors du nid Leurs vieillottes ailes! - Elles s'en iront désormais aux soirs, Chasser les moustiques sur la rivière, A l'heure où les diurnes lavandières Ont tu leurs battoirs. - Et ces couchants seront tout solitaires, Tout quotidiens et tout supra-Védas, Tout aussi vrais que si je n'étais pas, Tout à leur affaire. Ah! ils seront tout aussi quotidiens Qu'aux temps où la planète à la dérive En ses langes de vapeurs primitives Ne savait rien d' rien. Ils seront tout aussi à leur affaire Quand je ne viendrai plus crier bravo! Aux assortiments de mourants joyaux De leur éventaire, Qu'aux jours où certain bohème filon Du commun néant n'avait pas encore Pris un accès d'existence pécore Sous mon pauvre nom. Signalement Chair de l'Autre Sexe! Élément non-moi! Chair, vive de vingt ans poussés loin de ma bouche!.... L'air de sa chair m'ensorcelle en la foi Aux abois Que par Elle, ou jamais, Mon Destin fera souche..... Et, tout tremblant, je regarde, je touche.... Je me prouve qu'Elle est! - et puis, ne sais qu'en croire..... Et je revois mes chemins de Damas Au bout desquels c'était encor les balançoires Provisoires.... Et je me récuse, et je me débats! Fou d'un art à nous deux! et fou de célibats.... Et toujours le même Air! me met en frais De coeur, et me transit en ces conciliabules..... Deux grands yeux savants, fixes et sacrés Tout exprès. Là, pour garder leur soeur cadette, et si crédule, Une bouche qui rit en campanule!.... (Ô yeux durs, bouche folle!) - ou bien Ah! le contraire: Une bouche toute à ses grands ennuis, Mais l'arc tendu! sachant ses yeux, ses petits frères Tout à plaire, Et capables de rendez-vous de nuit Pour un rien, pour une larme qu'on leur essui’!.... Oui, sous ces airs supérieurs, Le coeur me piaffe de génie En labyrinthes d’insomnie!.... Et puis, et puis, c'est bien ailleurs, Que je communie.... Dimanches Jaques Mofley's fhe only wear. Ils enseignent Que la nature se divise en trois règnes, Et professent Le perfectionnement de notre Espèce. Ah! des canapés Dans un val de Tempé! Des contrées Tempérées, Et des gens Indulgents Qui pâturent La Nature. En janvier, Des terriers Où l'on s'aime Sans système, Des bassins Noirs d'essaims D'acrobates Disparates Qui patinent En sourdine... Ah! vous savez ces choses Tout aussi bien que moi; Je ne vois pas pourquoi On veut que j'en recause. Air de biniou Non, non, ma pauvre cornemuse, Ta complainte est pas si oiseuse ; Et Tout est bien une méprise, Et l'on peut la trouver mauvaise ; Et la Nature est une épouse Qui nous carambole d'extases, Et puis, nous occit, peu courtoise, Dès qu'on se permet une pause. Eh bien! qu'elle en prenne à son aise, Et que tout fonctionne à sa guise! Nous, nous entretiendrons les Muses. Les neuf immortelles Glaneuses! (Oh! pourrions-nous pas, par nos phrases, Si bien lui retourner les choses, Que cette marâtre jalouse N'ait plus sur nos rentes de prise?) Source: http://www.poesies.net