Poèmes. Par Jean Polonius. (1800-1855) (Xavier Labensky.) TABLE DES MATIERES L’Absence. La Fleur Du Tombeau. Stances V. Stances VI. A La Perfection Idéale. La Terre Promise. Les Plaintes De La Lyre. Le Luth Abandonné. Ixion. (1831) Trente Ans. L’Absence. (1826) Un morne silence Règne en ton réduit: L'heure en ton absence S'y traîne, et languit. Tandis qu'infidèle, Tu cours où t'appelle Le char du plaisir, Moi, sombre et farouche, Au pied de ta couche Je reviens gémir. L'horloge inactive Dans l'oubli s'endort. Sa roue est oisive, Son pendule est mort. Sur l'émail fragile, L'aiguille immobile Semble m'avertir, Que sans toi, cruelle, Le Temps, privé d'aile, A cessé de fuir. Couvert de poussière, Ton luth détendu, Au mur solitaire Reste suspendu. Seule à peine encore, La corde sonore Vient-elle à frémir, Quand long-temps muette, Elle éclate, et jette Un dernier soupir. Plus loin, tout livide, Ton myrte fané, Dans son vase aride, Meurt abandonné. Sans eau, sans rosée, La plante épuisée Eut perdu ses fleurs, Si, pour vivre encore, Sa tige inodore N'avait bu mes pleurs. Et lui, tes délices. Cet oiseau charmant, Que tes doux caprices Stimulaient au chant! Morose et sauvage, Vois-le dans sa cage Demander tout bas, Où sont les tendresses, Où sont les caresses Dont tu l'enivras. Ah! quand moins farouche, Il venait joyeux Effleurer ta bouche D'un bec amoureux, De quels yeux ma rage Voyait son plumage Sur ton sein frémir... Plus de jalousie! Notre ingrate amie A su nous unir! Caché sous son aile Aux rayons du jour, Quand ma voix l'appelle, L'oiseau reste sourd. Ma main consolante En vain lui présente Grains, fruits savoureux; Nul soin ne le touche; Son bec fuit ma bouche; Son regard, mes yeux. Viens donc, tout t'implore Viens, comblant nos voeux D'un sourire encore Animer ces lieux; Rends au Temps son aile; A l'oiseau fidèle Rends sa vive ardeur; Au luth , l'harmonie; Au myrte, la vie; A moi, le bonheur. La Fleur Du Tombeau. Prends cette rose, et sur ton coeur Réchauffe-la, quoique flétrie; Sous d’autres cieux, triste et rêveur, Pour te l’offrir je l’ai cueillie. Elle a vécu; - mais à tes yeux Sa fleur encor paraîtra belle, Si tu te dis qu’aux mêmes lieux Ton souvenir vivait comme elle. Sur un tombeau, que de vieux pins Couvrent d’une ombre ténébreuse, Loin du soleil, loin des humains, Elle croissait mystérieuse. En vain Forage avec fureur Des pins tremblans courbait le faîte. A leur pied même, l’humble fleur Bravait l’éclair et la tempête. Puisse comme elle notre amour, Enfant de l’ombre et du mystère, Toujours muet, cacher au jour Sa fleur sauvage et solitaire! Si les orages de mon sort Devaient troubler son existence, Comme elle aussi, qu’il croisse encor Sur le tombeau de l’espérance. Stances V. Il est de ces momens où mon ame craintive Voudrait, brisant enfin le noeud qui la captive Déposer à tes pieds l’aveu de son amour; Où, pareil à l’oiseau que l’oeuf retient encore, Cet aveu, sur ma lèvre impatient d’éclore, Libre, va m’échapper, va s’élancer au jour. Oui, je voudrais pour lui créer un mot de flamme, Un mot qui, d’un seul trait le révélant mon ame, Réunit, concentrât mes désirs, mes douleurs; Ou, si pour l’exprimer ma langue est trop timide, Poser sur les genoux mon front, ma bouche aride. Les couvrir de baisers, les inonder de pleurs. Et puis, mon coeur s’apaise: - une douce rosée, Descendant par degrés sur ma tête embrasée, Vient calmer de mon sang le cours tumultueux: Sur cette mer sans frein qu’agitait la tourmente, Le flot meurt, et la vague en son lit retombante, De nouveau réfléchît un ciel moins orageux. Je ne demande plus à t’apprendre que j’aime. Tranquille, mon bonheur se suffit à lui-même: Je jouis de t’aimer, sans fureur, sans désirs, De recueillir en moi toute mon existence, Comme si, s’écoutant respirer en silence, Mon coeur était jaloux de ses propres soupirs. Loin du bruit, loin du jour, j’emporte ton image; Je la cache en mon sein, comme une fleur sauvage Que le désert nourrit loin du regard humain: Je la voile, pareille à la flamme furtive Du flambeau qu’une vierge, en sa marche craintive, Contre son propre souffle abrite avec sa main. Stances VI. Ce qu’en mon ame a laissé ta présence Est comme un rêve étrange et gracieux. Il est semblable aux rêves de l’enfance, Comme eux charmant, mais indécis comme eux. Car à mes yeux tu n’as fait que paraître; Je te perdis quand tu m’allais charmer, Et je t’ai vue assez, pour te connaître, Te deviner, mais trop peu pour t’aimer. Pardonne donc si, bien loin du rivage Où ta beauté n’a brillé qu’un moment, L’ombre du monde, offusquant ton image, Entre elle et moi se place trop souvent. Ah! quand le soir, loin des bruits de la vie, Ton souvenir se montre encore à moi, Mon sein se gonfle, et mon ame ravie Franchit l’abîme, et revole vers toi. Le fond du lac n’est pas toujours limpide: Qu’un voyageur, qu’un téméraire enfant, Jette une pierre en son cristal humide, Un noir limon s’en élève à l’instant; Mais par degrés plus tranquille et plus claire, On voit bientôt la vague s’aplanir, Et tout brillant de sa splendeur première, L’azur du ciel revient s’y réfléchir. Souvent ainsi le tourbillon du monde, De mes pensers troublant la douce paix, Vient y mêler comme une fange immonde, Qui dans mon sein voile un moment tes traits. Mais lorsque a fui la foule murmurante, Lorsque le calme en mes sens est rentré, Le voile tombe, et ta forme charmante Se peint encor sur mon coeur épuré. A La Perfection Idéale. Astre demi-caché, mystérieuse étoile! Idole du génie et de la vérité, Quelle es-tu? - Sous quels cieux te montres-tu sans voile? Qui te voit dans ta grâce et dans ta nudité? Le bien , le vrai, le beau, perfection suprême! Sous tous ces noms divers on t'adore en tout lieu, Depuis le sage allier qui te cherche en lui-même, Jusqu'à l'humble reclus qui ne te voit qu'en Dieu. Le peintre, qui d'un trait rend la toile vivante, Le sculpteur, amoureux des êtres qu'il enfante, Le poète inspiré, qui, dans de vains transports, Sur sa couche de feu, dans les nuits solitaires, Se roule, et tend les bras aux visions légères Qui passent, en riant de ses tristes efforts, Tous meurent de ta soif, tous brûlent de ta flamme; Nul ne t'a pu saisir, idéale beauté! Ou si ta vue en songe a satisfait leur âme, A l'heure du réveil, que leur est-il resté? Quelques pâles rayons, quelques vagues images, Pareils à ces débris d'un arc-en-ciel brillant, Décolorés par les nuages, Effacés par la pluie, emportés par le vent. C'est à vous, morts fameux, à vous que j'en appelle! Parlez-nous, dites-nous, du fond de vos tombeaux, Si, par delà la sphère où vous porta votre aile, Vos yeux n'embrassaient pas une sphère nouvelle, Des lointains plus brillants, des horizons plus beaux? C'est en vain que le siècle, au siècle qui commence, Lègue, avant de mourir, l'héritage des temps; L'homme verra toujours dans un espace immense Ce mieux, but ignoré de ses désirs brûlants. Plus il a, plus il veut; son âme ambitieuse Voit grandir devant lui cet espace éternel, Comme autrefois Jacob, l'échelle lumineuse Dont les derniers degrés se perdaient dans le ciel; Et s'il est quelque globe, invisible patrie D'êtres vivants, formés d'un limon plus qu'humain, Malheur à leurs vertus! malheur à leur génie! - Les yeux vers ton image, O divine harmonie! Ils souffrent plus que nous de t'invoquer en vain. Hélas! je t'invoquai dès ma plus tendre enfance! Tu brillais devant moi, dans un lointain obscur, Comme un de ces grands monts, dont la cime s'élance Sur un vague horizon de vapeur et d'azur. Le voyageur les voit, quand se dissipe l'ombre; Il les voit, quand la nuit recommence son cours; Il s'en croit toujours près; mais des vallons sans nombre L'éloignent de ce but qui recule toujours. Au pied de la montagne il parviendra peut-être! Mais qui jamais toucha son sommet éternel? Nul pied ne l'a foulé; nul oiseau n'y pénètre; Rien!.... que les vents de l'air, ou les rayons du ciel! Ainsi tu m'apparais, incertaine, inconnue, Beauté, que je cherchai dès l'aube de mes jours! L'aube a fui!.... de midi l'heure est presque venue, Et sans t'atteindre, hélas! je te cherche toujours. Je ne t'atteindrai point, montagne inaccessible! Mais, de loin rayonnant, ton front toujours visible, Sert de but à ma course, et de phare à mes pas; Je ne t'atteindrai point!... Mais ta clarté chérie, Aura du moins doré l'horizon de ma vie, Et détourné mes yeux des fanges d'ici-bas! La Terre Promise. Et tu mourras sur la montagne où tu montes. Tu verras vis-à-vis de toi le pays; mais tu n’y entreras point. Bible. Quand Moïse, vieilli, sentit venir sa fin, Dieu lui dit: «Gravis la montagne, «Et de là tu verras, au loin dans la campagne, «Chanaan t’apparaître enfin.» Le soleil se couchait: un bandeau vert et pâle Marquait à l’horizon la mer occidentale; Et plus près, se peignant sur un ciel rose et pur. S’étendaient des plaines fertiles, Des bois, des coteaux et des villes, Bordes de montagnes d’azur!... C’était elle!... c’était cette terre bénie Qu’à ses yeux promit l’Éternel! Ce pays de lait et de miel Qu’à poursuivre sans cesse il consuma sa vie; Pour qui des Pharaons il brava la furie. Pour qui furent vaincus tant de périls divers, Les flots, les sables nus, les stériles déserts, Et la révolte ou l’apathie D’un vulgaire ignorant, qu’hier comme aujourd’hui Il a fallu servir et sauver malgré lui. C’était elle, ô douleur!... au travers de l’abîme, Il étendait les bras vers ses lointains sommets! Mais en vain son regard planait de cime en cime; Il devait l’entrevoir, - mais la toucher, jamais!... Pleure l’arrêt irrévocable! Pleure, prophète infortuné! Au regret amer qui t’accable, Plus d’un mortel est destiné. Hélas! ton sort fut d’âge en âge Le sort du héros et du sage; De tous ceux qu’une haute et sublime raison Élevait au-dessus du commun horizon; De ceux qui, dans la nuit, répandant leurs lumières, Au joug de l’ignorance ont arraché leurs frères. Et vers un but plus noble, un univers plus beau, De leurs contemporains ont guidé le troupeau. Tandis qu’à leurs pieds, dans la plaine, Paissait le peuple insouciant. Montés sur les hauteurs, les yeux vers l’orient, Ils cherchaient dans l’espace une terre lointaine; Terre féconde en biens, qu’à leurs voeux imparfaits Le Génie annonçait d’avance; Où souriaient en espérance L’Ordre, la Vérité, l’Harmonie et la Paix. Hélas! de ce beau sol les fertiles campagnes Pour eux ne devaient pas fleurir; Leurs yeux n’ont pu, dans l’avenir, Qu’entrevoir de loin ses montagnes!... Consolez-vous, du moins, sublimes précurseurs! Vous, dont l’espoir et le courage Ont devancé les temps et dominé votre âge, Consolez-vous de vos douleurs! Chaque siècle ici-bas a sa Terre promise, Qu’il cherche, qu’il poursuit dans les maux, dans les pleurs; Qu’il entrevoit, comme Moïse; Mais qui ne fut jamais conquise Qu’au profit de ses successeurs. Nous la cherchons aussi, cette terre si belle! Nous aussi, debout jour et nuit, Nous suivons au désert, les yeux tournés vers elle, L’Espérance qui nous conduit. Pareille à la nue enflammée Qui guidait les Hébreux vers un nouveau séjour. Et marchait devant leur armée, Brillante ou sombre tour à tour. Pour nous sont les travaux, les combats et les peines; Les sables sans verdure et les rocs sans fontaines; La faim, le chaud, la soif, les tempêtes du ciel! - Pour nos fils, - les gazons, les fleurs, les eaux courantes, L’ombre sous leurs figuiers, le repos sous leurs tentes, Le lait, le froment et le miel!.... Mais, non! - à tous ces biens leur esprit infidèle Rêvera d’autres biens à notre âge inconnus! Ce qui nous suffirait ne leur suffira plus; Ils voudront à leur tour une terre plus belle. Comme nous, pour trouver ce Chanaan lointain, Ils vivront, haletans, dans la soif de l’attente; Comme nous, ils mourront les bras tendus en vain Vers sa rive toujours fuyante! Les Plaintes De La Lyre. Sur ces rocs, pauvre lyre, Où, muette, tu dors, Quel caprice t’inspire Ces sauvages accords. Est-ce un cri qui m’accuse, Un appel douloureux, Un reproche à la Muse Qui t’oublie en ces lieux! Eh oui! ces ondes claires, Ces cieux resplendissans, Ces bois si solitaires, Demanderaient des chants; Mais les bois, la nature, Mais les cieux enchantés, Mais l’onde et son murmure, Qui ne les a chantés? Sur ta corde muette Réveillant ma langueur, Faut-il que je répète Les ennuis de mon coeur? Mais, sincères ou feintes, Dans ce siècle du faux, Qui de ses tristes plaintes N’a lassé les échos? Demande, pauvre lyre, Aux ménestrels du jour, S’il faut qu’amour inspire Ceux qui parlent d’amour; Si, quand leur voix répète Des hymnes au malheur, La lèvre du poète Est l’écho de son coeur. La Nouveauté légère Leur a dit: Ménestrels, Changez, pour me complaire, Vos refrains éternels. Et soudain leur sourire Expirant sous leurs pleurs, Ils ont frappé leur lyre, Et chanté les douleurs. Écoutez-les: «La vie «Les a déshérités; «Leur jeunesse est flétrie, «Leurs coeurs désenchantés. «A d’autres l’Espérance, «Le Bonheur, le Désir! «Pour eux, l’âge a d’avance «Dévoré l’avenir.» Vains mots! néant sonore! Sous leur crêpe de deuil, Leurs yeux brillent encore D’allégresse et d’orgueil. Ce crêpe, sur leur tête, N’est qu’un faux ornement, Un masque pour la fête, Qu’on jette en la quittant. Que sert au coeur timide Que la vie a blessé, D’avoir, au sein du vide, Aimé, souffert, pensé; Si, sans honte et sans crainte, D’insipides jongleurs Lui ravissent la plainte, Et s’ornent de ses pleurs? Ah! l’être qu’en ses chaînes Enlaça la douleur, Est jaloux de ses peines Plus que de son bonheur. Au sarcasme, aux risées, Verra-t-il sans frémir, Condamner les pensées Qu’il apprit à chérir. Le rossignol sauvage, Ermite ailé des bois, Aux cent voix du bocage Ne mêle pas sa voix; Sur son pin solitaire, Il attend qu’à son tour La Nuit sombre ait fait taire, Tous les chantres du jour. Le Siècle, dans sa course Emporté par le Temps, Peut-il sonder la source D’où découlent nos chants, Lui, que tout vient distraire, Qui voit tout au hasard, A travers la poussière Que soulève son char? Non, non! - Bravant encore La foule et ses clameurs, Si ta corde sonore Redisait mes douleurs, Tu verrais, tendre amie, Notre essor arrêté Par la froide Ironie, Ou l’Incrédulité. Ah! plutôt, suspendue A ces rochers déserts, Reste, reste inconnue Au monde, à l’univers! Puisqu’il faut qu’on oublie Nos stériles accens, Mieux vaut l’âpre harmonie Que t’arrachent les vents. Le Luth Abandonné. Enfant mélodieux de la belle Italie, Que fais-tu dans ces bois? Ne te souvient-il plus de la douce magie De tes sons d'autrefois? Qu'as-tu fait des accords dont tu charmais naguère Les pâtres de l'Arno, Ou que tu mariais à la danse légère Des vierges du Lido? Réveille-toi, beau luth! entends du pin sauvage Frissonner les rameaux, Et l'écureuil folâtre agiter le feuillage De ces jeunes ormeaux. Entends l'insecte ailé frémir dans la verdure, Et le ramier gémir, Et, toutes de concert, les voix de la nature Se confondre et s'unir. Seul, tu restes sans voix; et le vent qui s'exhale De la cime des ifs, A peine de ton sein tire par intervalle Quelques sons fugitifs. Le lierre chaque jour t'enlace de verdure, Et ses noeuds étouffants Par degrés chaque jour éteignent le murmure De tes derniers accents. Ah! si la main de l'art, si les doigts d'une femme Ranimaient tes concerts, Avant que pour jamais les restes de ton âme S'envolent dans les airs; On entendrait encore une douce harmonie S'échapper de ton sein, Et l'oiseau de ces bois , contre ta mélodie , Ne lutterait qu'en vain. Mais tu meurs solitaire, et tes sons dans l'espace Bientôt seront perdus: Au toucher caressant de la brise qui passe Tu ne répondras plus!... Pauvre luth! comme toi, du fond de ma retraite J'implore chaque jour Une main qui réveille en mon âme muette La corde de l'amour. Oh! comme au seul toucher de cette main chérie Tous mes sens frémiraient. Quels sublimes accords, quels fleuves d'harmonie De mon coeur jailliraient! Il est, il est en moi des pensers que j'ignore, Et qui, jusqu'à ce jour, Endormis et caches, n'attendent pour éclore Qu'un souffle de l'Amour. Mais, pareils à l'enfant que le trépas réclame Encore en son berceau , Dans leur germe étouffés, ils meurent... et mon âme Est son propre tombeau. Hélas! dans la tristesse et la monotonie J'unis les jours aux jours; Et les jours, et les mois, et les ans, et la vie, S'écoulent pour toujours. Au bout de l'horizon je porte en vain la vue, Je pousse en vain le temps; Nul signe à l'horizon n'annonce la venue De celle que j'attends! Etre selon mon coeur, hâte-toi, l'heure presse; Viens, si tu dois venir. Hâte-toi; chaque jour enlève à ma jeunesse Ce qu'elle a d'avenir. Si tu tardes encore, ma dernière espérance Aura fui sans retour; J'aurai vu dans mon coeur se briser en silence La corde de l'Amour. Alors, alors eu vain tu tâcheras encore D'en tirer un soupir; Il ne répondra pas, et celui qui t'implore N'aura plus qu'à mourir!... Ixion. (1831) Ode. Sur une roue infatigable, Qu’emporte un vague tourbillon, Je vois rouler comme le sable Au vent fougueux de l’aquilon, Autour de moi, voûtes brûlantes, Spectres confus, ombres volantes, Hymnes funèbres, chants hideux … Et toujours la roue inflexible Qui tourne, tourne irrésistible À travers l’abîme orageux! Quels oiseaux, en troupes bruyantes, À grands cris la suivent dans l’air? Est-ce vous, hydres effrayantes, Chiens terribles de Jupiter? J’entends des ailes dans le vide; Aux rayons de l’orbe rapide. Je crois voir s’attacher des mains… Est-ce vous, noires Euménides? Venez-vous dans mes flancs livides Plonger vos ongles inhumains? Vaines paroles! à ma vue Tout fuit, tout passe sans repos; Autour de moi, dans l’étendue, Formes, couleurs, tout est chaos. De mes cheveux le vent me fouette; Mon cerveau bat contre ma tête; Mon coeur bondit; et tout mon sang, Comme un liquide qu’on secoue, Des pieds au front, suivant la roue, Tour à tour monte et redescend. Quel supplice! Et naguère encore, Enivré du nectar des cieux, Sur les nuages de l’aurore Je pressais la Reine des dieux. Nous mêlions tous deux nos haleines; Je sentais couler dans mes veines Le feu divin de son regard; Quand soudain sur ma bouche avide Se brisant, le fantôme vide N’a laissé qu’un amer brouillard. Ah! reste, reste, douce image! Daigne encore échauffer mon coeur. Quoi! tu n’étais qu’un vain nuage, Qu’air glacé, qu’infecte vapeur! Quoi! ces yeux, ce regard humide, Ces cheveux flottant dans le vide, Ces traits souffrant de volupté, Ces transports, cette vive étreinte, Tout n’était qu’ironie et feinte D’un spectre en mes bras avorté? Illusion! fatale amie! Qu’il est divin, ton court sommeil! Mais sur le sein d’une furie On se retrouve à son réveil. Tu nous berces de rêve en rêve, Ton flot sublime nous enlève Jusqu’au cintre des cieux ouverts; Puis soudain l’onde se retire, Et nous restons, comme un navire, Couché nu sur des bancs déserts. Mais qu’un autre pleure sans gloire Sur ses rêves évanouis: Je veux au fond de ma mémoire En éterniser les débris. Mon coeur s’attache à leur image Comme la voile dans l’orage Au mât par la houle emporté. Oui, mon bonheur ne fut qu’un songe; Mais qu’importe, si le mensonge Valut pour moi la vérité! Je fus heureux! moment d’ivresse, De mon sein tu ne peux sortir. Je fus heureux! dieu ni déesse Ne sauraient plus t’anéantir! Que Jupiter sur toi s’attache! Que sa main du passé t’arrache!.... Du passé, rebelle à sa loi, Feuille éternelle, ineffaçable, Ton souvenir impérissable Est à moi, pour jamais à moi. En vain, des sombres Euménides Le fouet sanglant brise mes os; En vain cent flammes homicides Autour de moi roulent leurs flots; De tes baisers, céleste amante, La volupté toujours vivante Se mêle encor dans mes tourments Au son des fouets, au bruit des ailes, Au feu cuisant des étincelles Que sur ma chair chassent les vents. Tu croyais donc sur cette roue, Tyran des cieux et des enfers, En enchaînant un corps de boue Charger l’âme des mêmes fers? Elle se rit de ta puissance, Cette âme altière; elle s’élance Jusqu’au pied de ton trône d’or. Elle vole, à ta main jalouse Arrachant ta divine épouse, Sous tes yeux l’embrasser encor. Oui, dans ces gouffres de misère Où ton pied m’a précipité, Je jouis plus de ma chimère, Que toi de la réalité. Seul possesseur de ta déesse, En ses bras la langueur t’oppresse; Et, roi suprême, être éternel, En vain tu cherches dans ton âme Une étincelle de la flamme Qui dévora l’humble mortel. Ah! toi-même, ô dieu trop sévère, En mon sein pourquoi l’allumer, Cette flamme que sur la terre Rien d’humain ne pouvait calmer? A mon regard pourquoi toi-même Offris-tu la beauté suprême Dont l’Olympe admire les traits? Si Junon m’était défendue, Fallait-il à ma faible vue Révéler ses nobles attraits? . . . . . . . . . Ris, triomphe, insulte à mes peines! Ce captif courbé sous ta loi, Ce ver écrasé sous tes chaînes Eut un coeur plus noble que toi. Dévoré d’une ardeur grossière, Tu viens sans cesse sur la terre Chercher la basse volupté: Et moi, faible enfant de la poudre J’ai volé, jusque sous ta foudre, Ravir l’immortelle beauté! Trente Ans. (1831) Nous ne vivons jamais: nous attendons la vie. VOLTAIRE. I Des monts lointains de la jeunesse Je vois déjà pâlir l’azur: Le temps m’entraîne avec vitesse, Et, comme au fond d’un antre obscur, Son char léger roule, et m’emporte Sous l’arche sombre de la porte Qui conduit l’homme à l’âge mûr. Arche sinistre! à ton entrée, Je sens mon âme resserrée: Semblable au pauvre voyageur, Qui, vers le soir, las et débile, Arrive aux portes d’une ville Où rien de cher n’attend son coeur. Que l’ombre est froide sous ta voûte! Qu’à mon oreille qui l’écoute Triste est l’écho, qu’à chaque pas La roue éveille avec fracas! Ah! franchissons l’étroit passage! Quand je l’aurai fui sans retour. Peut-être à mon nouveau séjour M’habituerai-je avec courage! II Il est franchi! - La main du temps M’ouvre en son livre une autre page. Un nouveau chiffre pour dix ans Va désormais marquer mon âge. Hier au coucher du soleil, Je m’endormis, jeune homme encore; Transfiguré dans mon sommeil, Je m’éveille, homme, avec l’aurore. Vous que trop peu j’ai su goûter, Plaisirs, délices de la vie, Illusion, gaieté, folie, L’âge m’oblige à vous quitter. Comme un captif dont on s’empare, Il faut le suivre, et du regard Vous dire adieu, sur le rempart De la prison qui nous sépare. En vain jusqu’au bord du fossé, Vos pas encor suivent ma trace; Derrière moi, fermant l’espace, Le pont mouvant s’est redressé: La herse tombe, et sur la rive Vous demeurez, troupe plaintive, Les bras tendus, les yeux en pleurs, Sur mon ornière fugitive, Trop tard, hélas! semant vos fleurs. Au lieu de votre essaim fidèle, A l’air joyeux, au doux accueil, Je vois paraître en sentinelle, D’autres fantômes sur le seuil. Ah! leur sévère contenance, Leurs fronts ridés, leur froid silence, Me disent trop que, dès ce jour, Il faut, du temps et de la vie Usant avec économie, Entrer en compte avec l’amour; Et chassant la vague espérance, Les voeux, les rêves séducteurs, Dont je berçais mon indolence, Ne plus attendre les faveurs, Le doux sourire d’indulgence, Qu’un heureux reste d’indolence Assure encor à nos erreurs. Se peut-il bien? Quoi! sur ma tête Déjà six lustres ont roulé! J’en doute encore; et tout troublé, Mon coeur en vain se le répète! Comme un lilas, cher au printemps, Qui sur une eau, que rien n’arrête, Voit, secoués par la tempête, Ses bouquets fuir avant leur temps, Le front penché sur l’onde pure Où se reflétait sa beauté, Semble, poussant un sourd murmure, Demander compte à la nature De sa précoce nudité: Tel, dans leur fuite vagabonde, Des ans passés je suis le cours, Et de mon coeur sentant toujours Bouillonner la sève féconde, Je ne puis croire, hélas! que l’onde Ait emporté mes plus beaux jours!... Il est trop vrai!... De la jeunesse A l’horizon l’astre s’abaisse Sous les flots de l’éternité; Mon printemps meurt, et de ma vie La rose s’ouvre, épanouie, Aux rayons du brûlant été. III Je savais, j’avais lu sans doute, Qu’ici-bas nos printemps sont courts; Que le temps met vite en déroute La jeunesse avec les amours; Et, plongé dans mon apathie, J’ai souvent répété les vers Qu’à nos maîtres dans l’harmonie Sur ce thème, en rythmes divers, Inspira la mélancolie. Mais ces notes, qu’en soupirant Tant de lyres ont fait entendre, Je les chantais, comme l’enfant Chante un vieux air, sans le comprendre; Comme la cloche à tous moments, Au sommet des saintes demeures, Fait dans l’air résonner les heures, Sans connaître le prix du temps; Et ces vers, dont ma lèvre oiseuse, Pour leur cadence harmonieuse, Aimait à murmurer les mots, Effleuraient mon âme engourdie, Sans que jamais leur mélodie Eût en moi réveillé d’échos. Vieux refrains de la poésie, Thème usé, stériles accords, Formes vaines, pour moi sans vie, A ma vue enfin éclaircie, Désormais vous aurez un corps! Oui, la jeunesse est une plante, Verte au matin, jaune le soir, Un éclair que la nuit enfante, Et reprend sans qu’on l’ait pu voir; Oui, le cercle de nos années, Emporté par les destinées, Ne fuit pas moins prompt devant nous, Que ne fuit le cerceau docile, Quand l’enfant, de son bras agile, Devant lui le chasse à grands coups. C’en est fait! le temps, sans emblème, Devant moi s’est montré lui-même, Et son spectre décoloré A dressé sa tête flétrie Sous les roses dont le génie A mes yeux l’avait entouré. IV Hélas! du passé si rapide Ai-je au moins su cueillir la fleur? Non! sans germer pour le bonheur, Elle est tombée en graine aride. Pareil au lâche moissonneur, Qui dort couché parmi les gerbes, J’ai vu mes blés monter superbes, Sans les couper dans leur primeur; Ou plutôt, trop prompt à poursuivre Les vains fantômes de mon coeur, Essayant de tout sans rien suivre, J’ai laissé fuir l’instant de vivre, Voulant vivre avec trop d’ardeur. Si maintenant sur ma carrière Je jette un regard attristé, Que vois-je au loin sur la poussière Où mon char s’est précipité? - Rien qu’un espace monotone, Un horizon stérile, obscur; Triste lointain d’un ciel d’automne, Sans eau, sans soleil, sans azur; Mer de sable, désert de cendres, Où court le vent des passions, Comme au hasard les Aquilons Errent sans trouver où se prendre. Nuls mouvements déterminés; Mais une vague inquiétude, S’agitant dans la solitude Sur des rêves désordonnés; Des projets morts avant de naître; De vains pensers, sans souvenir; Des voeux semés sur un peut-être. Qui, loin volant dans l’avenir, N’ont pas trouvé terre où fleurir; Des maux cruels, mais dans l’enfance, Quand, trop jeune pour les sentir, Je n’en pouvais faire sortir Le fruit d’or de l’expérience; Depuis, des maux sans violence, Ombres sans nom, spectres sans corps, Épuisant l’âme en vains efforts; Des maux d’un jour, faibles sans doute, Mais qui vous minent goutte à goutte, Comme l’eau creuse le rocher, Et font du sort un lit d’ortie, D’où l’homme, en proie à l’apathie, Ne sait plus même s’arracher. J’eus des amis; - mais, ou l’absence Vint glacer notre jeune ardeur, Ou, plus souvent, leur ignorance N’a qu’à moitié compris mon coeur. J’ai connu l’amour; - mais sa flamme, Comme un éclair qui brille et fuit, Un moment n’effleura mon âme Que pour en épaissir la nuit. Je n’ai jamais senti le charme De cet amour tranquille, heureux, Goûtant sans trouble et sans alarme Tout ce qu’ont pu rêver ses voeux; Mais l’amour sombre, ardent, timide, L’amour stérile d’Ixion, Entre ses bras pressant le vide Et n’étreignant que l’aquilon. J’étais né pour l’indépendance; - Et, pesant sur ma volonté, L’implacable nécessité M’a foulé, dès ma tendre enfance. Pour la nature et ses beautés Mon coeur brûlait d’une amour pure, Et, toujours loin de la nature, J’ai dû languir dans les cités. Je chérissais la solitude, Les plaisirs simples du foyer, Les entretiens, où, sans étude, Aux doux rayons de l’habitude L’esprit nu peut se déployer; Et comme un gland qui tombe, et roule Sur le sein d’un lac agité, Les vents du ciel m’ont emporté Parmi les vagues de la foule, Au sein d’un monde éblouissant, Où les plaisirs sont des tempêtes, Où la pensée au bruit des fêtes Fuit et s’envole en gémissant; Où des êtres nés pour s’entendre, Qui pour s’aimer, pour se comprendre, N’auraient besoin que d’un regard, Passent, s’effleurent au hasard, Comme sur mer, par un temps sombre, Les vaisseaux se croisent dans l’ombre, Sans se voir au sein du brouillard.... Ainsi toujours, ternes et nues, J’ai vu les heures tour à tour Se succéder comme les nues Que sur des plages inconnues L’air pesant roule sans retour. J’ai vécu, sentant qu’en mon âme Affections, pensers, désirs, Expiraient sans jeter de flamme, Ou s’exhalaient en vains soupirs; Et je pleure, en pleurant le rêve De mon printemps évanoui, Moins les biens goûtés qu’il m’enlève, Que ceux dont je n’ai pas joui. V Mais loin d’ici, regrets stériles! Homme sans nerf, être insensé, Qui sur la tombe du passé Sèmes tes plaintes inutiles, Que diraient ces vieillards débiles, Vaisseaux brisés qu’un dernier flot Va sur l’écueil coucher bientôt, Si, du milieu de ton voyage, Ils t’entendaient, loin du rivage, Chanter déjà l’hymne de deuil, Comme un poète en sa démence, Qui, plein de jours, rime d’avance L’épitaphe de son cercueil: Reviens à toi! - Vents et tempêtes Ont-ils courbé ton corps tremblant? De ton sang paresseux et lent Sens-tu la sève qui s’arrête? Des cheveux qui couvrent ta tête, Un seul est-il devenu blanc? Ah! sans gémir sur ton aurore, Que rien ne peut ressusciter, Songe plutôt à profiter De ton midi qui brille encore. Assez le Temps, pour toi trop doux, T’a laissé, d’une main rebelle, Jouer, enfant, sur ses genoux Avec les plumes de son aile; Si, las enfin de tes ébats, Il te rejette sur la terre, Pourquoi ces pleurs et ces éclats? Larmes, clameurs, raison, prière, Du sourd vieillard n’obtiendront pas Qu’il te reprenne dans ses bras. Relève-toi de la poussière Où tu te roules lâchement: Debout! sois homme, et hardiment Marche en avant dans ta carrière! Jusques à quand, perdant les jours Que le présent te donne à vivre, Dans l’avenir voudras-tu suivre Un horizon qui fuit toujours? N’es-tu pas las de voir la vie, Comme une fleur sous le cristal, Dont il dérobe à ton envie Le parfum frais et virginal? Attendras-tu que l’existence Ait, pour combler ton exigence, Tout aplani, tout disposé, Comme au bord du fleuve rapide, Pour le franchir, un loup stupide Attendrait que l’onde eût passé? Il est temps de quitter les ombres, Fantômes d’air, nuages sombres, Contre lesquels tu t’es heurté, Et, dédaignant le veut qui passe, D’entrer corps à corps, face à face, En lutte avec la vérité. - L’aube, dis-tu, s’est recachée; La pomme, mûre en sa prison, Sans que ta main l’eût détachée, Tomba morte sur le gazon... - Eh bien! que l’âge qui commence T’ouvre une autre ère d’existence! Le printemps est doux; mais l’été A ses parfums et sa beauté. Vivre est un art, une industrie; Plus ménager de l’avenir, Apprends enfin à contenir La passion trop tôt tarie, A replanter le souvenir, A raviver, même flétrie, La frêle tige du plaisir. Le délicat bouton de rose, Sans s’être au jour développé, Mourrait, quand le fer l’a coupé: Grâce à la vierge qui l’arrose, Il refleurit, dans l’eau trempé. Plus d’une mer sombre et houleuse, Avant le soir, calme son sein; Plus d’une aurore nébuleuse Fut la mère d’un jour serein. Qu’à l’espoir donc ton coeur s’éveille! Même l’amour, si ton oeil prompt Sait voir au fond de sa corbeille, Que plus d’une rose vermeille Peut couronner encor ton front. Si, loin de toi, fuit sans t’entendre La jeune vierge de quinze ans, Plus d’une femme aux traits charmants, Moins novice, en sera plus tendre. Pour n’avoir pas encor trouvé Un esprit d’homme, un coeur de femme, Tels que tes voeux l’avaient rêvé, De tout lien tu t’es privé, Et tu t’es muré dans ton âme. Ne cherche plus de coeurs parfaits, D’ami complet qui te réponde; Vois les humains comme ils sont faits, Et sache au mot prendre le monde. Tu te plains que la vie, hélas! Fut vide au gré de ton envie: Mais toi, ne demandes-tu pas Plus que ne peut donner la vie? Ce sol ingrat à défricher, L’as-tu bien su dompter par force? As-tu tiré l’or du rocher, Cherché la moelle sous l’écorce? Combien de fois ne vis-tu pas Quand la mollesse négligente Te berçait, couché dans ses bras, Combien de fois ne vis-tu pas, L’occasion, belle, engageante, Passer et fuir comme le vent. Sans que ta main, se soulevant, Retînt sa robe voltigeante? Combien de fruits, que le plaisir Présentait mûrs à ton désir, L’opinion, spectre farouche, D’un regard te venant transir, A-t-elle arrachés de ta bouche Qui s’entr’ouvrait pour les saisir? Devant cette ombre méprisée, Objet de ta propre risée, Te verra-t-on toujours rougir? Indépendant par la pensée, Ne peux-tu l’être pour agir? Ton but toujours, dès ton enfance, Fut trop vague ou trop haut placé; Mais tu connais ton impuissance, Et le roc où tu t’es froissé; De la muraille qui t’enferme Ne cherche plus à fuir encor; Borne tes voeux, fixe leur terme, Et vers lui marche d’un pas ferme, Sans divaguer dans ton essor. Tu voudrais dans ton vol immense Tout sentir, tout voir, tout saisir, Mêler l’amour et la science, Accoupler l’étude au plaisir; Tu voudrais d’une gloire illustre Te construire le monument, Sans pourtant dédaigner le lustre Des légers succès du moment: C’est trop vouloir. - Le fier navire Qui fend les ondes de la mer, Laisse, content de son empire, Le ballon s’égarer dans l’air; La vague altière, dont l’écume Frappe le pied des vastes monts, N’est pas jalouse de la brume Qui tourbillonne sur leurs fronts. chacun sa route et sa sphère. Choisis! Au monde veux-tu plaire? Du monde, esclave obséquieux, Sers chaque voeu de ton monarque, Suis sa voile, attache ta barque A son vaisseau capricieux. Veux-tu de lui rang et fortune? Rampe, agis, courtise, importune, Asservis-toi pour asservir; Ou sinon, par la muse austère, Loin des vils brouillards de la terre, Sans regrets laisse-toi ravir. Source: http://www.poesies.net