Poésies Par Jean-Louis Faucon De Ris Marquis De Charleval (1612-1693) TABLE DES MATIERES MADRIGAL OU STANCES ELEGIE MADRIGAL STANCES SONNET STANCES SONNET STANCES IMITATION CHANSON STANCES SONNET EN BOUTS-RIMES EPIGRAMME MADRIGAL CHANSON EPIGRAMME VAUDEVILLE SONNET SONNET IRREGULIER CHANSON MADRIGAL SONNET CHANSON ODE ODE EN DIALOGUE CHANSON STANCES EPIGRAMME SONNET EPIGRAMME EPITRE EN STANCES SONNET CHANSON A BOIRE CHANSON EPIGRAMME MADRIGAL OU CHANSON SONNET MADRIGAL CHANSON MADRIGAL CHANSON EPIGRAMME CHANSON EPIGRAMME CHANSON SONNET MADRIGAL STANCES QUATRAIN INSCRIPTION CHANSON SONNET EPIGRAMME CHANSON SONNET STANCES QUATRAIN MADRIGAL EPIGRAMME STANCES EPIGRAMME SONNET CHANSON MADRIGAL STANCES CHANSON STANCES MADRIGAL STANCES SONNET STANCES DISTIQUE STANCES STANCES CHRETIENES MADRIGAL OU STANCES Sur l' Eloignement Prochain De Sa Maitresse. Cruelle, qui trouvés des charmes À me faire toujours souffrir ; Ces beaux lieux, non plus que mes larmes, Ne pouront-ils vous retenir ? Allés sur la terre et sur l' onde Porter l' éclat de vos ieux ; Vous ne trouverés pas au monde Un autre, qui vous aime mieux. Si, quand le soleil se retire, La terre n' a rien que d' affreux ; Hélas ! Quel sera mon martire, Lorsque j' en aurai perdu deux ? ELEGIE À une dame, qui se promenant au cours de la reine avec quelques autres dames, fut attaquée par des voleurs. Au milieu de ce cours, qu' une puissante reine Planta pour nos plaisirs sur le bord de la Seine ; Dans ce superbe rond, où l' éclat de vos ieux A charmé tant de fois les hommes et les dieux, Et rendu, par un sort tout couroné de gloire, Chaque arbre le témoin de plus d' une victoire ; Au point que le soleil alloit finir son tour, Aminte, vous goûtiés le reste d' un beau jour : Quand deux hommes, armés de fer et d' insolence, Retinrent vos chevaux avecque violence ; Et, d' un ton plein d' audace et plein d' emportement, S' écrièrent fort haut : la bourse, et promtement ! Alors, les sens troublés et l' ame toute en transe, Vous pensâtes, dit-on, à votre conscience ; Et, craignant le succès de ce rencontre-ci, À tout hazard au ciel vous criâtes merci ; Et vos ieux négligeant le souci de leurs charmes, De remors ou de peur, versèrent quelques larmes. Alors le vermillon fit place à la pâleur. Tout se sentit en vous des traits de ce malheur. Vous changeâtes d' humeur. Jamais esprit de fière Devant de jeunes gens ne parut moins sévère ; Et, vous voïant réduite à cette extrémité, Il ne vous souvint plus d' orgueil, ni de fierté. Tout changea dans l' instant, jusqu' à l' air du visage ; Vos attraits n' eurent plus leur glorieux usage ; Et vos ieux, devenus plus doux de la moitié, Tendirent à l' amour bien moins qu' à la pitié. Mais quoi ! Sur de tels coeurs l' amour n' a point d' empire. En vain, pour les gagner, tant de beauté conspire. Il semble que ces gens bravent tant de beauté, Pour vanger vos amans de votre cruauté ; Et montrer, affectant si peu de révérence, Qu' il est tel qui vous voit avec indifférence. Enfin de ces marauts le moins considérant Sollicite et menace, il fouille, il pille, il prend ; Et, saisi d' une bourse et de quelque monoie, Ne pense qu' à sauver sa persone et sa proie. L' autre, mal satisfait de ces amusemens, Jure qu' il veut avoir perles et diamans ; Badine quelque tems autour de votre oreille ; Vous déchire un mouchoir : mais, ô rare merveille ! Au lieu de ces bijous, qu' il cherchoit à tâtons. Ce trop heureux voleur rencontra vos tetons ; Et, sans peur que le tems trahît son entreprise, Il tint longtems ses mains sur cette belle prise. Si bien que, le voïant à ce point s' oublier, On douta s' il cherchoit la gorge ou le collier. Par cet attouchement son ame chatouillée Est de son arrogance à l' instant dépouillée. À peine il lui souvient de quel mêtier il est, Tant ce nouveau penser et le charme et lui plaît. Sauve, dit-il, cocher, mon coeur de cette belle ; Emmène-là bien vîte, et ma crainte avec elle. Contre elle je défens trop mal ma liberté ; Et tout voleur est mort, lorsqu' il est arrêté. Songe que mon trépas est joint à cette flame ; Et, si quelque pitié reste encor dans ton ame, Touche, et garanti-moi, dans ce funeste jour, De ce petit archer, que l' on appelle amour. À ces mots, le cocher, laissant aller sa bride, Vous traîne aveuglément où sa fraieur le guide ; Et fait si bien agir et la main et la voix, Qu' il vous tire de mal et de crainte à la fois. Voilà votre avanture, adorable merveille, Et l' effet d' une gorge, à nulle autre pareille. Admirés, admirés l' orgueil de ces tetons, Qui, parmi des filoux armés de mousquetons, Au plus méchant d' entre eux ont fait rendre les armes, Et conservé par tout l' empire de vos charmes : Mais ne les cachés plus avecque tant de soin, Puisque les découvrir vous sert tant au besoin. MADRIGAL Il veut possèder seul le coeur de sa maitresse. Si vous voulés que toujours je vous aime, Il faut vous donner tout à moi. L' amour impose cette loi ; Car pour vous ma flâme est extrême, Pour vous seul je fais des voeux ; Et, quand vous m' aimerés de même, Vous n' en pourés pas aimer deux. STANCES M De G se plaint de sa mère, qui s' opposoit à son amour pour Madlle de P. C' est par trop consulter la raison importune, Chimériques respects, phantômes, éloignés-vous ! Sentimens d' une ame commune, Conseillers fâcheux et jaloux, Ne vous engagés pas aux soins de ma fortune. Mere de ma douleur, toi dont l' amour me presse, De règler aujourd' hui mon amour à ton choix ; Il faut que ton empire cesse. La nature perdit ses droits, Alors qu' elle forma les ieux de ma maîtresse. Ah ! N' espère donc plus d' ébranler ma constance ; N' attaque plus mon ame avecque tant d' effort, Laisse agir ma persévérance ; Et ne me done point la mort Par le droit, que sur moi t' a doné ma naissance. Si tu veux ajouter à l' excès de ma peine, Viens détruire ce coeur, que j' ai reçu de toi, À ton propre sang inhumaine, Fais voir aujourd' hui si je doi Ma vie à ton amour, et ma mort à ta haine. C' est à tort que tu veux changer mon avanture. Quels droits as-tu sur moi, si tu m' ôtes le jour ? Non, non, dans le mal que j' endure, Je ne reconnois que l' amour ; Et n' ai plus de respect pour rendre à la nature. Qui peut donc faire ombrage à ton humeur altière ? Quoi ! Pour être ton fils, ton ame sans pitié Peut-elle m' ôter la lumière ; Et, si je t' en dois la moitié, Cruelle, voudrois-tu me l' ôter toute entière ? SONNET Sur le danger de voir les ieux d' Iris. Alors que le soleil commence sa carrière, Et que de ses clartés on voit rougir les cieux, On le peut regarder ; et sa foible lumière De raïons éclatans n' offense point les ieux. Ainsi, divine Iris, en leur clarté première Vos regards toutpuissans êtoient moins radieux ; Vos beaux ieux reluisoient d' un éclat glorieux : Mais l' on souffroit leur feu, sans baisser la paupière. Imprudent que je suis ! J' ai cru que leur splendeur N' exciteroit jamais une cruelle ardeur, Et qu' il ne brûleroient que d' une douce flame. Mais leurs traits aujourd' hui ne sont plus innocens. Leurs raïons lumineux pénètrent jusqu' à l' ame ; Et troublent plus l' esprit, qu' ils ne troublent les sens. STANCES Présentées par un phanthôme vêtu en egiptiene, à un cavalier prisonier à la Bastile, lequel pensoit voir une belle dame à travers une grille. Cavalier, que la parque joue, À qui les destins font la moue, N' es-tu pas berné par tes ieux ; Et ta vaine attente dupée, Ne rend-elle pas en ces lieux Ton nés plus long que ton epée. Tu pensois que ton ame ardente Verroit la flame étincellante, Dont luit un astre sans pareil ; Et, voïant ma face si sombre, Au lieu de trouver ton soleil, Tu n' as rencontré que son ombre. Ne ris pas pourtant de ma mine. Je suis la fameuse devine, À qui Phébus son art apprit. Je suis laide : mais je suis sage ; Et le jour est dans mon esprit, Si la nuit est sur mon visage. Je sais la science magique Bien mieux que cette urgande antique ; Je lis ce qui n' est que pensé. Les choses, faisables, ou faites Du présent, futur ou passé, Sont écrites dans mes tablètes. Je sais quel astre en ta naissance A répandu son influence ; Je sais quels furent tes destins ; Je sais que tu viens d' un bon père, Et que tu n' as pas tant de mains Qu' en avoit autrefois ta mère. La Hollande a vu ton courage, Croissant à l' égal de ton âge, Faire nargue à tous les hazards ; Et ta valeur victorieuse Te marquer dans le champ de Mars D' une balafre glorieuse. L' estime de tes faits de guerre, Galopoit par toute la terre ; Quand la France, à ce bruit nouveau, Te voïant si brave et fidèle, Pour bien défendre ce château T' y voulut mètre en sentinelle. Depuis j' ai vu ta vigilance Faire bon guet pour sa défense ; Rien n' a diverti tes travaux ; Mais je vois dans mes prophéties Que, n' y soûtenant point d' assauts, Tu voudrois faire des sorties. Je sais que ton humeur guerrière Dans une plus grande carrière Veut tes prouesses étaler ; Et que, pour courir aux batailles, Tu voudrois pouvoir avaler Les obstacles de ces murailles. Mais console tes destinées ; La girouète des années S' en va tourner à d' autres vents ; Et l' almanach de ta fortune Te promet changement de tems, Au premier quartier de la lune. Le dieu, qui régit cet empire, Trouvant ta valeur à redire, Voit bien qu' il lui reste ce point ; Et qu' un cavalier d' importance, Que tu caches sous ton pourpoint, Manque à la gloire de la France. Bientôt te mètant en campagne, Il fera trembler l' Allemagne ; Et, s' il te renferme aujourd' hui, C' est une marque avantageuse, Puisqu' il te garde en cet étui, Comme une pierre précieuse. Attendant ta grandeur future, Jouis de ta bone avanture ; La cour a rendu ses arrêts ; Et je jure ma tête noire Que, si mes discours ne sont vrais, Je serai plus blanche qu' ivoire. Cependant, morgue ta tristesse, Fais voir qu' elle a trop de foiblesse Pour ton esprit chevaleureux. Songe à bien chanter ton ramage ; Et tu verras le jour heureux, Que tu sortiras de ta cage ? SONNET L' image qu' il se forme de la beauté de sa maitresse, êtant dans l' impossibilité de la voir, ne sert qu' à redoubler son tourment. Gémissant sous le faix d' une triste avanture, Désespérant de voir celle pour qui je meurs ; Je m' en fais un tableau, pour tromper mes douleurs, Des plus rares objets que produit la nature. Je vois dans le soleil ses regards en peinture, L' éclat de son beau teint dedans l' émail des fleurs. Sa jeunesse paroît dans la belle verdure, Que produit le printems par ses douces chaleurs. Mais ce tableau, bien loin d' adoucir mes ennuis, Ne fait rien qu' augmenter la douleur où je suis, En donant plus d' ardeur au desir qui me presse. Vous, qui la faites voir avecque tant d' appas, Fleurs, printems, beau soleil, rendés-moi ma maitresse, Ou, si vous ne pouvés, ne me la montrés pas. STANCES P23 Il presse sa maitresse de chercher, pour le satisfaire, à tromper la vigilance d' un mari jaloux. Je ne mentirai point ; et ma tristesse extrême Qui croît de jour en jour, Et mes secrets soûpirs, et cette couleur blême, Sont des effets d' amour. Des que je vis l' objet que ma constance fâche, Je me vis enflamé. Depuis ma passion n' a point eu de relâche, Et j' ai toujours aimé. On dit qu' Amour est doux, et que dans son empire Règne la volupté : Mais, si quelque douceur tempère son martire, Je n' en ai rien goûté. On a vu dans les fers ma pauvre ame asservie, Sans m' avoir consolé ; Et je n' ai jamais eu qu' un baiser en ma vie, Encor l' ai-je volé. Il est vrai que je pris sur deux vermeilles roses Des biens si précieux, Qu' on ne pouroit prétendre à de plus belles choses, Si l' on pilloit les cieux. Mais cette volupté, qui ne faisoit que naître Incontinent mourut, Ne donant pas loisir de se faire connoître Quand elle disparut. Eh ! C' est bien aisément que ces courtes délices Sont mises en oubli. Un moment de plaisir dans un an de supplices Peut être enseveli. À quoi me sert le jour que je respire encore ? Ne dois-je pas mourir, Puisque, malgré ses voeux, la beauté, que j' adore, Ne me peut secourir ? Qu' en saurois-je espérer, pensât-elle sans cesse À guérir mon ennui ? Elle peut tout sur soi ; mais est-elle maîtresse Des passions d' autrui ? Un mari défiant veille toujours sur elle, Il éclaire ses pas ; Et, quelques lieux secrets qu' éclaire cette belle, Il ne la quite pas. Espoir faux et trompeur, sors de ma fantaisie ; En vain j' ai combatu, Puisqu' elle est si peu libre, et que la jalousie A l' oeil sur sa vertu. Par les subtilités, dont une femme abonde, Les jaloux sont vaincus ; Et l' on peut bien trouver des pavots dans le monde Pour les cent ieux d' Argus. Heureux est le projet, qui sur l' amour s' appuie ! Son pouvoir souverain Trouve bien le secret de faire entrer la pluie Dans une tour d' airain. Vous pouriés plus, ingrate ; et vous auriés la force De plaire à mon ardeur, Sans courir aucun blâme, et sans faire divorce Avec votre pudeur. Votre ame hait l' amour, elle se le propose Comme un sale péché. Eh ! Ne savés-vous pas que c' est si peu de chose, Quand il est bien caché ? Je sais que, sans rougir, vous ne sauriés comprendre Le bien que je voudrois : Mais, plustôt que de voir ma misérable cendre, Rougissés une fois. À vos rares beautés mon ame est asservie : Mais que servent ces fleurs, Si vous n' en jouissés ; et que me sert la vie, Si je la passe en pleurs ? Croïés-moi, faisons mieux ; les soûpirs et les larmes Sont pour un autre tems. Nous vieillirons tous deux. Vous aurés moins de charmes ; Et moi, plus de vingt ans. Lors je sentirai moins la sévère puissance De ce dieu mon vainqueur ; Et lors, si mon amour n' a plus de patience, Aïés plus de rigueur. IMITATION Non achevée de ces vers de Catulle : Soles occidere et redire possunt : Mobis cum semel occidit brevis lux, Nox est perpetua una dormienda. Bientôt ma vie achevera son cours ; Le tems pour moi va finir toutes choses. Le soleil tombe et remonte toujours ; L' on voit mourir et renaître les roses. Il n' en est pas ainsi de nos beaux jours. CHANSON Le jaloux. Je suis l' exemple des jaloux, S' il faut que ce malheur m' aviène, Lorsque je m' entretiens de vous, Qu' un autre amant vous entretiène. STANCES À des religieuses réfugiées à Paris. Ô tres charmantes prisonières, Que vos regards ont de lumières ! Que vos ieux sont pleins de clarté ! Mais quelle entreprise est la vôtre ? Dès qu' on vous rend la liberté, Vous nous venés ôter la nôtre. Triomphés, divine Climene. Je ne saurois garder la miène ; Je vous la rens sans disputer. Vos liens me plaisent plus qu' elle ; Et je ne veux jamais quiter Une captivité si belle. J' abhorre les afféteries ; Je dédaigne les pierreries, Les velours et les passemens. Tout cela n' a rien que je prise ; Et je hais tous les ornemens, Auprès de votre robe grise. Avec cette simple nature, Qui n' a ni pompe ni dorure, Il ne vous faut qu' un seul regard, Pour faire avouer aux coquètes Qu' elles sont, avec tout leur fard, Beaucoup moins belles que vous n' êtes. Laissés donc vos prisons ouvertes, Laissés-là vos grilles désertes, Ne vous cachés plus des mortels ; Et, si votre bel oeil s' afflige De perdre un temple et des autels, Souffrés que je vous en érige. SONNET EN BOUTS-RIMES Sur la mort du perroquet de Madame du Plessis-Belliere. Ci gît qui n' eut jamais en esprit de chicane ; Qui ne dona jamais, ni ne reçut capot ; Qui jamais ne porta salade, casque, pot ; Et ne vêtit jamais ni robe, ni soutane ; De qui l' habillement fut d' un verd diafane , Et la langue pourtant noire comme un tripot ; Qui n' êtoit pas muet, ainsi qu' est un chabot ; Dont le discours n' êtoit ni sacré, ni profane . Il se tenoit debout, ainsi qu' un coquemard ; Et, bien plus enjoué que n' est un jaquemard , Il appelloit, Colin, Nicole, Jeanne barbe . C' etoit un perroquet, dont le fatal débris Fait que de désespoir je m' arrache la barbe , Et tapisse de deuil jusques à mes lambris . EPIGRAMME À M , qui demandoit une jupe. Cloris, cherchés ailleurs vos dupes. Me prenés-vous pour un lourdaut des champs ? J' aime bien à lever des jupes : Mais ce ne fut jamais chés les marchands. MADRIGAL Sur une belle gueuse. Amarante, riche en beautés, Mais pauvre des biens de fortune Demande ses nécessités D' une grace si peu commune, Qu' il faut à ses attraits, qui charmeroient les dieux, Ou qu' on ouvre la bourse, ou qu' on ferme les ieux. CHANSON À une dame, soupçonée d' avoir un engagement. Iris, montrés-moi, de grace, Le chemin de votre coeur. Pour y trouver une place, Aurois-je assés de bonheur ? Non ; je sais tout ce qui s' y passe. Un autre en est le vainqueur, Cet amant, que j' appréhende, Seroit-il si fortuné ? Ah ! Que sa victoire est grande, Si vos mains l' ont couroné ! Ah ! Ce coeur, que je vous demande, Ne l' avés-vous point doné ? Nécessité d' aimer. Que fais-tu dans ce beau séjour ? Tu pers ton tems, Silvie. Sans goûter les plaisirs d' amour, Veux-tu passer ta vie ? Ne veux-tu pas songer À choisir un berger ? On vivroit toujours en langueur, Si l' on êtoit si sage ; Et la beauté sur la laideur N' auroit point d' avantage. Ne veux-tu pas songer À choisir un berger. Que l' amour ne s' entretient que par l' usage, que l' on fait des sentimens, qu' il inspire. Sous vos loix l' amour me range ; Je vous ai doné ma foi : Mais c' est une chose étrange Qu' un pauvre amant sans emploi. Il faut enfin que je vous change, Si vous ne changés pour moi. EPIGRAMME À un rival, très bon ecrivain. Eclairés-moi d' une seule étincelle De ce beau feu, qui brille en votre esprit. Si, comme vous, je couchois par écrit ; Je coucherois, comme vous, avec elle. VAUDEVILLE Sur l' air des je le crois bien, etc. Que César autrefois ait subjugué la France Par sa sage conduite et sa rare prudence ; Je le crois bien : Mais qu' il eût entrepris d' en faire la conquête, S' il eût en son chemin trouvé Louis en tête ; Je n' en crois rien. Que des plus grands héros et des plus grands monarques On voie en monseigneur briller toutes les marques ; Je le crois bien : Mais que, quel qu' il puisse être, il n' ait pas fort à faire, À marcher dignement sur les pas de son père ; Je n' en crois rien. SONNET Sur la maladie et la guérison de M L M. Amans, qui dans les maux, dont Manon est atteinte, Perdés le souvenir de ceux que vous sentés ; Ce n' est plus à présent contre ses cruautés, Mais c' est contre le ciel, que se fait votre plainte. Dans les rigoureux froids, d' où sa chaleur éteinte Se rallume aux ardeurs de ses sens agités, Vous souffrés beaucoup plus, qu' alors que ses beautés Vous brûloient d' espérance et vous geloient de crainte. Je vous annonce, amans, de finir vos douleurs, De banir vos soûpirs, et de sècher vos pleurs. Mon charme est enfermé dans trois mots de nouvelle. En vos plus grands malheurs ne vous plaignés de rien. Ne vous écriés plus : que Manon est cruelle ! Vous êtes trop heureux ; Manon se porte bien. Sur le même sujet. Manon se porte mieux. Ah ! Quel sujet de joie ! Ainsi qu' avant son mal, son visage est charmant ; Je vous l' annonce, amans. Ah ! Quel étonement, Qui, sans la foi des ieux, ne permet pas qu' on croie ! Si la fièvre en son corps toute sa rage emploie, Les roses et les lis dans tout ce changement N' ont sèché ni flétri, non pas même un moment, Dans les feux et glaçons dont elle êtoit la proie. Les beautés de Manon ont le destin des cieux. Les vapeurs quelquefois les dérobent aux ieux : Mais ne touchent jamais à leur grace immortelle. Apres que le soleil s' est quelque tems caché Dans l' horreur d' une nuit qui nous semble éternelle, Il se lève aussi beau, comme il s' êtoit couché. SONNET IRREGULIER Sur une belle persone affligée de la mort de son frère. Caliste, aimable en toutes choses, Embellit même les douleurs. La tristesse éclate en ses roses, Et ses ieux font rire les pleurs. Il semble à voir ses nouveaux charmes, D' un beau jour voisin de la nuit ; Que l' aurore verse des larmes ; Ou qu' il pleut, quand le soleil lui. Cette belle mélancolique Plaint la perte d' un frère unique, Qui n' eut point de comparaison : Mais, à voir sa grace adorable, On peut dire avecque raison Quelle porte un deuil agréable. CHANSON Il se plaint de n' obtenir aucune faveur de sa maitresse. Ingrate rien ne vous touche, Ni mes pleurs, ni mes soûpirs. Vous défendés à ma bouche D' aller où vont mes desirs. Quités cette humeur farouche, Qui s' oppose à mes plaisirs. MADRIGAL Il demande qu' aucun autre amant de sa maitresse ne soit mieux traité que lui. C' en est fait ; il me faut mourir, Et le seul désespoir s' offre à me secourir : Mais, puisqu' à vos faveurs je ne dois plus prétendre, Accordés du moins à ma foi Le souhait du grand Alexandre. Que jamais conquérant n' aille plus loin que moi ! SONNET Sur une belle queteuse. De quel charme nouveau, mon ame, es-tu blessée ? Quelle divinité, paroissant en ces lieux, T' arrache des regards que tu ne dois qu' aux dieux, Et dérobe aux autels ta vue et ta pensée ? À quelle extrémité te vas-tu voir forcée ? Philis nous tend les mains : mais ses superbes ieux Captivent les esprits les plus ambitieux. Evite, évite-là, si tu n' es insensée. Ciel ! Qui peut éviter des attraits si puissans ! Ils ont frapé mon coeur aussi-tôt que mes sens. Je croïois ma franchise à l' abri dans un temple, Fondé sur les respects, qu' on doit aux immortels : Mais cet ange mortel, qui n' eut jamais d' exemple, M' en a ravi l' usage aux pieds de leurs autels. CHANSON Qu' il est dangereux de voir une belle, et que c' est un danger agréable. Je sens naître en mon coeur Une douce langueur. Ah, belle inhumaine ! Tu me veux enflamer. Détourne tes ieux, Climene ; Ils forcent d' aimer. Pour détourner tes ieux, Mon coeur n' en est pas mieux, Que c' est une peine Bien douce à souffrir ! Encore un regard, Climene, Dussai-je en mourir ! ODE Imitée de celle d' Horace : Ulla si juris tibi pejerati Poena, barine nocuisset unquam, etc. J' ai reconnu, Philis, ton humeur infidèle Et tes déguisemens. Si, pour fausser ta foi, tu paroissois moins belle, Je croirois tes sermens. Pour toi le nom d' ingrate est une foible injure ; Et, pour ne point mentir, C' est dans la trahison, que ton ame parjure Cherche à se divertir. Mais ton crime te plaît ; et, quoi que je te die De ta légèreté, Tu crois qu' elle te pare, et que ta perfidie Relève ta beauté. La foule des amans, pour être si changeante, Ne te presse pas moins. En secret, en public, la jeunesse galante Te done tous ses soins. Mille coeurs de vingt ans te rendent leurs hommages, Et soûpirent pour toi ; Quand les premiers amans, qui sont entre deux âges, Te conservent leur foi. Les pères ont souvent tes amours décriées ; Ils tremblent pour leur fils. Tu tiens en crainte aussi les jeunes mariées Pour leurs jeunes maris. ODE EN DIALOGUE Imitée de celle d' Horace : Donec gratus eram tibi, etc. Tircis Quand tes beaux ieux me trouverent aimable, Quand tes faveurs êtoient toutes pour moi, À mon bonheur rien n' êtoit comparable. J' êtois, Iris, plus heureux que le roi. Iris Léger Tircis, que ta plainte est cruelle ! Ne me dis point que j' ai manqué de foi. Quand je croïois ta passion fidèle, J' êtois encor plus heureuse que toi. Tircis Le luth, la voix, la beauté de Silvie Font aujourd' hui ma joie et mes amours ; Et je voudrois, pour allonger sa vie, Finir la miène au plus beau de mes jours. Iris Le beau Daphnis m' aime avecque tendresse ; Et pour Daphnis mon coeur n' est pas cruel. Mon cher amant sait bien que sa maîtresse Mourroit cent fois pour le rendre immortel. Tircis Treve d' aigreur ! Moi-même, je me blâme De perdre un tems propre à faire la paix. Si je pouvois règner seul en ton ame, Tu me serois plus chere que jamais. Iris Bien que tu sois inconstant et colère, Et que Daphnis ait de quoi me charmer ; Ingrat amant, prens le soin de me plaire ; Je suis encore toute prête à t' aimer. CHANSON A Mademoiselle Daumale. Vous prêchés dans la cabale Contre le dieu des amours : Mais sa bonté sans égale Vous le pardone toujours ; Car vos attraits, très divine Daumale, Détruisent tous vos discours. Sur le retour du printems. Les fleurs et la verdure Sont déja de retour ; Et toute la nature Se pare pour l' amour. STANCES Pour M L C D P. A une dame angloise réfugiée en France, pendant les troubles de son païs. Si je vis sous les dures loix De vos ieux, ces beaux ieux anglois, Dont la rigueur me désespère ; Mes sens n' en sont point ébahis. Iris, vous êtes étrangère ; Mais l' amour est de tout païs. Le souvenir est effacé De tout le désordre passé, Et de nos batailles sanglantes. Je ne connois pour mon repos Que deux nations différentes, Les honnêtes-gens et les sots. Mais, beaux ieux, qui causés ma mort, Usés de votre passeport Avec un peu moins de licence ; Et gardés que votre beauté Ne viole dans notre France Le droit de l' hospitalité. Sans exposer tant de françois À la cruauté de vos loix, Retournés dans votre province ; Et faites sentir mon tourment Aux ennemis de votre prince, Aux rebelles du parlement. EPIGRAMME Contre un médisant. Bien que Paul soit dans l' indigence, Son envie et sa médisance M' empêchent de le soulager. Sa fortune est en grand désordre. Il ne trouve plus à manger : Mais il trouve toujours à mordre. La conquete aisée. J' ai trouvé dans mon voisinage Des ieux doux, un teint délicat, Une inhumaine de village, Qui, pour un panier de muscat, Adoucit son humeur sauvage, Quand elle est loin d' un avocat Qui la recherche en mariage. Epigramme, En réponse à la précédente. Dieux ! que je plains cet avocat, Qui veut avoir en mariage Votre inhumaine de village, Car celle qui, pour du muscat, Adoucit son humeur sauvage, Peut, pour un mets plus délicat, En accorder bien d' avantage. SONNET Moïen d' accorder la vertu et le vice. À la fin votre indifférence Ne s' oppose plus à mes voeux ; Et j' obtiendrai la récompense, Que prétend mon coeur amoureux. Mais certain point de conscience Rend encor mon bonheur douteux. Hélas ! Qu' un peu de violence Nous feroit grand bien à tous deux ! Quand l' amour fougueux me transporte, Si je vous prenois à main forte ; Après avoir bien combattu, Vous auriés, aimable Clarice, Le mérite de la vertu, Et le plus doux plaisir du vice. Que sa bone santé sera la cause de sa mort. Philis, d' un petit mal voulant borner le cours, S' en va prendre des eaux pour devenir plus saine ; Et moi, dont la douleur est toujours inhumaine, Je demeure en ces lieux dépourvu de secours. Ce triste éloignement abregera mes jours ; En se voulant guérir, elle augmente ma peine. Je n' ai guère à souffrir ; et ma mort est certaine, Puisque je vois partir l' objet de mes amours. Que n' ai-je quelque mal, pour faire ce voïage ! Mes ieux verroient toujours la beauté, qui m' engage ; Ce seroit un sujet d' accompagner ses pas. Pour me porter trop bien, ma douleur est mortelle ; Et dans ma passion mon avanture est telle, Qu' à la fin ma santé causera mon trépas. EPIGRAMME Contre une coquete. Bien qu' Iris m' ait promis une amitié parfaite, À mille autres amans elle fait les doux ieux. Ah ! C' est être haï des dieux, Que d' être aimé d' une coquète ! A la même. La promenade à contretems. Je ne saurois vous pardoner Le régal, qu' à Saint-Cloud Paul vient de vous doner ; C' est le plus dégoutant de tous les esprits fades. Vous aimés trop les promenades, Iris ; allés vous promener. EPITRE EN STANCES À Monsieur Sarazin, Pour l' inviter à dîner. Ami, je te demande au vrai Si tu ne vis plus en Europe. Pour savoir quand je te verrai, J' ai fait tirer ton horoscope. Sarazin, quand je t' appeçoi, Mon coeur ressent mille allegresses ; Et, si tu viens manger chez moi, Je te mangerai de caresses. Nous n' aurons ni poisson ni ris : Mais nous aurons de bone viande ; Et tu repaîtras nos esprits De nouriture plus friande. Nous ne sommes pas de ces sots, Que les jeûnes rendent éthiques. Nos estomacs sont huguenots : Mais nos coeurs sont bons catholiques. Entre les vins et les jambons, Disputons peu de la colère Des autriches et des bourbons, Des barberins et du saint père. Les sages, qui suivent les loix Du grand et divin epicure, Cherchent moins les secrets des rois, Que les secrets de la nature. Mon plaisir, le verre à la main Et la serviète sur la tête, Te fera connoître soudain Quel est le dieu de notre fête. De moi, je chanterai des mieux, Bien que ma voix soit pitoïable, Que l' amour est entre les dieux, Un dieu qui ne vaut pas le diable. Puisqu' on ne voit plus à Paris Que des maîtresses infidèles ; Il faut décoiffer ses Cloris, Et ne se coiffer jamais d' elles. Apres que nous aurons chanté, Nous dirons sonnets et ballades ; Et boirons tant à ta santé, Que nous en serons tous malades. SONNET Que sa maitresse est pour lui toute chose. Je possède, il est vrai, des maisons à la ville, Des jardins aux faubourgs, et des terres aux champs ; J' ai l' estime du peuple et la faveur des grands ; Et, et comtant mes aïeux, j' en comte plus de mille. Il est vrai, j' ai l' esprit agréable et fertile ; Oui, ma prose et mes vers doivent forcer les ans, Et des siècles futurs faire mes partisans : Mais ce comble de biens m' est un faix inutile. Ces trésors éclatans de la terre et des cieux Ne valent pas, Sophie, un regard des beaux ieux, Dont je sens les effets et respecte les causes. Vous êtes toute seule, et ma gloire, et mon bien ; Et, comme vous avoir, c' est avoir toutes choses, Posséder tout, sans vous, c' est ne posséder rien. CHANSON A BOIRE Qu' on trouve dans l' amour et dans le vin le remède à toutes ses peines. Nous blâmons les ambitieux, Contens de l' êtat où nous sommes. La gloire est faite pour les dieux ; Les plaisirs sont faits pour les hommes. Le moïen de passer un jour, Sans boire et sans faire l' amour ! Du bon tems prenons notre part ; Chaque saison nous y convie. L' on ne peut trop tôt ni trop tard Goûter les douceurs de la vie. L' on ne sauroit vivre content Qu' en buvant, mangeant et chantant. Déités, de qui les mortels Reçoivent des faveurs si grandes, Si vous voulés que vos autels Soient parfumés de nos offrandes ; Donés-nous toujours la santé, Chère entière et la liberté. Tachons d' échaper aux malheurs, Dont notre vie est traversée. Changeons les épines en fleurs ; Et mètons-nous dans la pensée, Que le jeu, l' amour et le vin Sont les ennemis du chagrin. Chers amis, buvons à longs traits. Enivrons nos corps et nos ames, Afin d' oublier nos procès Et les méchans tours de nos femmes. Pour se consoler, il est bon D' étourdir par fois la raison. Quand on peut règler ses desirs, Le bon-sens fait voir, ce me semble, Que la sagesse et les plaisirs Me s' accordent pas mal ensemble ; Et que l' amour et le bon vin Sont les ennemis du chagrin. CHANSON Simptômes d'amour. Vous n' êtes pas heureuse Dans ce charmant séjour ! Etes-vous amoureuse ? Vous rêvés tout le jour ! Ah ! L' on n' est pas si rêveuse, Quand on n' a point d' amour. EPIGRAMME À une dame en réputation de piété, en lui envoïant les oeuvres de Clement Marot, qu' elle lui demandoit. Les oeuvres de maître Clément Ne sont pas gibier à dévote. Je vous les prête seulement, Gardés bien qu' on ne vous les ôte. Si quelqu' un vous les escamote, Je le done au diable Astarot. D' autres sont fous de leur marote ; Moi, je le suis de mon Marot. MADRIGAL OU CHANSON Danger de voir et d' entendre une belle persone, qui chantoit bien. Mes ieux, vous regardés Cloris ! Mon coeur, vous songés à ses charmes ; Vous l' entendés chanter ; hélas ! Vous êtes pris. Rendés, rendés les armes. Ah, mon coeur ! Ah, mes ieux ! C' êtoit trop hazarder, Que de l' entendre et de la regarder. SONNET D' un auteur inconnu. Raison de craindre également d' apprendre si l' on est aimé, ou si l' on ne l' est pas. Il faut donc vous aimer, adorable inhumaine, Et soûmètre à vos loix mon esprit et mes sens ; Et, sans rien espérer que mépris et que haine, Adorer pour jamais vos charmes tout-puissans. Beaux ieux, doux enchanteurs, assassins innocens Interprètes divins des pensers de ma reine, Doux et cruels auteurs des tourmens que je sens, Dites-moi quel sera le succès de ma peine. M' aimera-t-elle, ou non ? Ah ! Ne le dites pas ; Si vous vous déclarés, je trouve le trépas. Beaux ieux, ne parlés point, encor que je vous presse. Ne contentés jamais mon funeste desir ; Car si vous dites, non, je mourrai de tristesse ; Et si vous dites, oui, je mourrai de plaisir. MADRIGAL Sur le même fond de pensée, que le sonnet précédent. Je mourrai de trop de desirs, Si je la trouve inexorable. Je mourrai de trop de plaisirs, Si je la trouve favorable. Ainsi rien ne me peut guérir De la douleur qui me possède. Je suis assuré de périr Par le mal, ou par le remède. CHANSON Que l' amour lui fait oublier sa mauvaise santé. Aimés, charmante blonde Goûtés le doux plaisir. De tous les coeurs du monde, Vous avés à choisir. Celui, je m' imagine, Qui vivroit sous vos loix, Cueilleroit plus d' épine, Qu' il n' en croît dans nos bois. Tout le monde est malade, En voïant vos beaux ieux. Moi, je me persuade Que je m' en porte mieux. MADRIGAL A une dame, en lui renvoïant des vers de Sarazin. Apres les vers, que j' ai lus Iris, je n' en ferai plus ? Qui méritent votre estime ; Ma Minerve est en prison. Sarazin m' ôte la rime, Et vous m' ôtés la raison. CHANSON Jalousie causée par l' absence. Olimpe, je n' ai point de paix, Absent de vos beautés parfaites ; Et je ne sais ce que je fais, Quand je ne sais ce que vous faites. EPIGRAMME Contre une dame, qui l' avoit offensé. Lise a beau faire la mignarde ; Chaque jour elle s' enlaidit. Ce n' est pas que je la regarde : Mais tout le monde me le dit. CHANSON Inquiétude d' une amante, sujet de jalousie. Tircis voïoit un jour sa bergère inquiète ; Et lui disoit : " ingrate Annete, C' est un autre berger qui cause votre ennui. Vous n' aimés plus que sa musète. Si vous portés cette houlête, Peut-être qu' elle vient de lui. Quand vous allés dans cette plaine, Quand vous cherchés ces troupeaux avec soin ; Ah ! Vous n' êtes que trop certaine, Que le berger n' en est plus loin " . EPIGRAMME Contre un ami imprudent. J' ai de ton amitié des preuves malheureuses. Ton zèle, cher ami, me perd absolument. Que les vertus sont dangereuses, Dans un homme sans jugement ! CHANSON Que l' on ne doit pas se plaindre de l' amour. C' est bien à tort que l' on se plaint d' amour, Quoique je brûle nuit et jour, Philis, mon bonheur est extrême. Rien ne fâche les vrais amans. Je ne ressens point de tourmens ; Ou, si j' en ressens, je les aime. SONNET Puissance des pleurs d' une femme. Philis, que des oiseaux charme le doux ramage, À nourir un linot mètoit tous ses plaisirs : Mais un jour, par malheur, lorsqu' elle ouvrit sa cage, Sa fuite fut pour elle un sujet de soûpirs. On le vit s' éloigner jusqu' au prochain bocage, Porté, ce diroit-on, sur l' aîle des zéphirs. Que devint lors Philis ; et quel fut son courage, Voïant qu' elle perdoit l' objet de ses desirs ? L' oeil en pleurs, où cours-tu, beau fugitif, dit-elle ? Peut-être en des gluaux embarasser ton aîle ? Ces mots pour le linot furent si pleins d' apas, Qu' en sa prison, chantant, il retourna sur l' heure. Que cette nouveauté ne vous surprène pas ! C' est le moindre pouvoir d' une femme qui pleure. Qu' un homme peut être aimable sans être beau. Comtesse, dont l' indifférence Me persécute au dernier point, Sans cesse je pense et repense D' où vient que vous ne m' aimés point. Est-ce à cause de ce visage, Que nature n' a pas fait beau ? En récompense, je suis sage ; Et de plus, doux comme un agneau. Je sai railler, je sais médire ; Et, pour peu que vous vouliés rire, Aussi-tôt j' y fais tous mes efforts. Faut-il, pour demi-pied de face, Faire enrager cinq pieds de corps, Qui vaut bien qu' on le satisfasse ? MADRIGAL A mansieur Conrart, secrétaire de l'académie françoise. Que sert l' esprit, que sert la probité, Quand la douleur nous met à la torture ? Illustre ami, permets que je murmure. Ton mal te traite avec indignité ; Et la vertu reproche à la nature Le peu de soin qu' elle a de ta santé. Réponse de Monsieur Conrart aux vers précédens. Dans les douleurs, dont je suis tourmenté, Je ne fais plus ni plainte, ni murmure ; Car tes beaux vers, par leur douce imposture, Mètent l' esprit en telle liberté, Que, bien qu' on ait le corps à la torture, On croit le mal plus doux que la santé. STANCES À une dame. Il lui rend comte de sa maladie, qui N' affoiblit point sa passion. Votre bonté me persuade Que vous plaindrés un malheureux, Qui, dans un corps foible et malade, Conserve un esprit amoureux. La joie est un bien, que j' ignore ; Je me sens tout prêt d' expirer ; Cependant il me reste encore La force de vous desirer. Quelque douleur qui me tourmente, J' aimerai jusques au trépas ; Et, si ma vie est languissante, Mon affection ne l' est pas. Pour adoucir mes destinées, J' oppose l' amoureuse ardeur À ces vapeurs empoisonées, Qui sans cesse attaquent le coeur. Sans vous, dans ce triste martire J' aurois déja perdu le jour. Si je parle, si je respire, Je dois ma vie à mon amour. Cependant, s' il faut que je meure Dans ces pitoïables langueurs, Voudrés-vous, à ma dernière heure, Mouiller mon chevet de vos pleurs ? Ne prendrés-vous point l' épouvante, Quand je vous tendrai foiblement Une main glacée et mourante, Prêt à tomber au monument ? Pour un secours si nécessaire, Où la feinte est hors de saison, La plus sage ne garde guère De mesure avec la raison. Méprisés la peur et la honte Des reproches de vos censeurs. Vous retrouverés votre comte Dans l' innocence de vos moeurs. Ma mort ne sera pas sans joie, Si vous contentés mon desir ; Heureux, pourvu que je vous voie, En rendant le dernier soûpir ! QUATRAIN Préférer ceux qui conseillent à ceux qui flatent. Ouvre librement ton coeur À l' ami qui te conseille ; Et songe que le flateur Tend un piége à ton oreille. INSCRIPTION Pour la première face du pied-d' estal d' une statue d'Apollon, placée dans un jardin. Le dieu parle. Parmi ces arbres et ces fleurs Je cherche une beauté cruellement armée, Daphné, que j' ai pour ses rigueurs En laurier transformée. Le souvenir de mon amour Me cause une douleur profonde. Je ne puis lui rendre le jour, Moi ! Qui le done à tout le monde. Pour la seconde face. Ce dieu visible, auteur de la lumière, Se montre à nous du matin jusqu' au soir : Mais Jupiter est la cause première, Que nul ne peut ni comprendre ni voir. Pour la troisième face. Apollon amoureux de Leucothoée. La nimphe a mis Apollon dans ses fers. Ce dieu, capable de foiblesse, Ne done plus qu' à sa maîtresse Les soins, qu' il doit à l' univers. Pour une statue de Diane au milieu d' un bois. L' amour, en chassant même, occupe sa pensée ; Et, malgré toute sa pudeur, Cette chaste déesse est encore blessée Du trait, qu' Endimion a laissé dans son coeur. CHANSON L' indifférence préférable à la haine. Quoi ! Sans vous souvenir de moi ni de ma peine, Vous pouvés passer tout un jour ! Haïssés-moi plustôt, Climene. L' indifférence est en amour Moins dangereuse, que la haine. SONNET Contre la cour. Une troupe servile, inconstante, folâtre, Au service d' autrui passe ses plus beaux jours ; Et croit avoir grand' part à la splendeur des cours, Où l' on voit que le luxe a doré jusqu' au plâtre. Mais, si la vertu n' est là que vertu de théâtre. Le vice y tient l' empire et porte le velours ; Les fourbes sont adroits ; les bons, des esprits lourds. Enfin, pour s' avancer, il faut être idolâtre. Pour moi, je m' en retire, instruit à mes dépens Que de vivre en esclave est un malheur extrême, Qu' accompagnent toujours mille soucis flotans. Aux autres j' ai vécu ; je veux vivre à moi-même, Sans avoir de mes faits l' univers pour témoin. Si j' ai moins de plaisir, je n' ai pas tant de soin. EPIGRAMME À une dame, qu' une foule d' amans grossiers assiégeoit à la campagne. Allés, mes vers, entretenir ce soir La jeune Iris, qui fait ma destinée; Et dites-lui quel est mon désespoir De la trouver toujours environée De cent fâcheux, qui toute la journée M' ont dérobé le plaisir de la voir. Tant de trésors, si précieux, si rares, Ne sont pas faits pour d' indignes amans: Mais c' est ainsi que, parmi les barbares, L' on va chercher l' or et les diamans. CHANSON Bien que mes espérances vaines Fassent naître en mon coeur d' inutiles desirs ; Bien que tes loix soient inhumaines ; Amour, tous les autres plaisirs Ne valent pas tes peines. Bien que sous l' amoureux empire Je pousse nuit et jour mille et mille soûpirs, Et que mon mal je n' ose dire ; Je crois tous les autres plaisirs Moins doux que mon martire. SONNET Inconstance des ieux. Quand j' apperçus Daphné si pompeuse et si belle, Dont le brillant éclat eût pu charmer les dieux, Ma fidèle Cloris, il est vrai que mes ieux Parlèrent à mon coeur de vous être infidèle. Il combatoit pourtant cette flame nouvelle, Et déja du combat sortoit victorieux ; Lorsque votre beauté, qui parut en ces lieux, Vint punir mes regards d' un dessein si rebelle. Le coeur vous fut constant : mais les ieux trop légers, Pour avoir admiré des apas étrangers, M' exposent au danger de perdre votre estime. Adorable Cloris, seul objet mon vainqueur, Si jamais la vertu peut effacer un crime, Pardonés à mes ieux pour l' amour de mon coeur. STANCES À une dame, qui demeuroit à Cachan près d' Aucueil, et qu' il se plaint de ne pas voir. Ne verrai-je point aujourd' hui Cette beauté spirituelle, Qui fait ma joie et mon ennui, Qui m' est si douce et si cruelle ? Moquons-nous des esprits malins, Qui troublent notre destinée. Faut-il, à force d' être fins, Ne se voir que deux fois l' année ! Tous vos raisonemens sont bons : Mais, n' en déplaise à la prudence, Je ne peux goûter des raisons, Qui me conseillent votre absence. Votre coeur doit s' émanciper. Etes-vous encore ignorante Du plaisir qu' on a de tromper Une famille défiante ? Procurés-moi votre entretien, Dont la privation me tue. Je borne mon souverain bien Au seul plaisir de votre vue. Ah ! Que vous êtes belle à voir ; Et qu' heureuse seroit ma flâme, Si j'avois autant de pouvoir Sur vos sens, que j'ai sur votre ame ! À la même dame. Belle ingrate, puisque mes soins Ne touchent point votre tendresse ; Ma constance marqueroit moins De fermeté, que de foiblesse. Je sais le prix de vos apas : Mais n' en faites point tant la vaine. Mes cheveux ne blanchiront pas Au service d' une inhumaine. Si votre empire n' est plus doux, Je méditerai ma retraite. Oui, je me déferai de vous, Qui triomphés de ma défaite. C' est pousser trop loin votre orgueil. Prétendés-vous avec vos charmes, Voir tarir les sources d' Arcueil, Plustôt que celles de mes larmes ? Jamais je n' irai vous cherchant Dessus les bords de ses fontaines ; Jamais les echos de Cachan Ne vous raconteront mes peines. Quelques sensibles déplaisirs. Que vous m' aïés causés, Silvie, Je n' ai perdu que des soûpirs, Où mille autres perdent la vie. QUATRAIN Sur le souverain bien. Celui-la goûte en paix le souverain bonheur, Qui peut, sans embaras ni d' enfans ni de femme, Joindre des lumières de l' ame Avec l' innocence du coeur. MADRIGAL À une jeune et belle persone. Celui qu' amour n' a jamais su charmer, Pour son repos doit craindre ta présence ; Et si quelqu' un, Iris, cesse d' aimer, En te voïant, il faut qu' il recommence. EPIGRAMME Contre les coquetes. Au dedans ce n' est qu' artifice ; Et ce n' est que fard au dehors. Otés-leur le fard et le vice ; Vous leur ôtés l' ame et le corps. STANCES Pour une jeune femme très coquète. Quand je jure, Philis, que vous êtes un ange, Je le jure avec vérité : Mais c' est avec regret, puisque cette louange Ajoute, s' il se peut, à votre vanité. Je ne m' étone pas de vous voir insensible Au triste récit de mes maux, Puisques vous vous aimés autant qu' il est possible, Et que vous me traités comme un de vos rivaux. Mon coeur, que vous brûlés, en son ardeur surmonte Tous les coeurs les plus enflamés. Il vous cède pourtant ; et confesse, sans honte, Qu' il vous aime bien moins, que vous ne vous aimés. Mais prenés garde enfin qu' en faisant vos délices De vous aimer et de vous voir, Cet amour ne vous mète au nombre des Narcisses, Et que vous n' expiriés devant votre miroir. Quelqu' un a dit pourtant qu' il vous rend amoureuse, Et que vous le rendés heureux ; Et, s' il nous a dit vrai, vous êtes malheureuse ; Car il n' est point aimable, et n' est point amoureux. Vous pouviés mieux choisir : mais vous êtes d' un âge, Où l' on se méconte aisément. Pour avoir un mari, l' on n' en est pas plus sage ; Et, tant qu' on est enfant, on est sans jugement. À votre âge, Philis, le mieux en point de gène Est reçu comme un Adonis ; Et le plus accompli vous rencontre inhumaine, Si son habit est simple, et ses canons unis. La foire et Luxembourg , où l' on vous galantise, Tiènent votre coeur attaché. Pour vous ; manquer au cours, c' est manquer à l' eglise ; Et perdre une assemblée, est commètre un péché. EPIGRAMME Accueil hors de saison. Voiés à quoi le sort m' engage Par un accident tout nouveau ! Clarice me fait bon visage, Quand son visage n' est plus beau. Il faut pourtant que je lui die, Comme rôle de comédie, Quelque petit mot d' amitié. Je crains l' abord de sa ruelle ; Et les dieux seront sans pitié, Si Clarice ne m' est cruelle. SONNET À une amie, pour l' avertir de ne se point lier avec une folle. Quoi que Livotine vous die, Ne faites point de fondement Sur l' amitié d' une etourdie, Sans honeur et sans jugement. Sa langue a cette maladie, Qu' elle est toujours en mouvement ; Et son coeur de la perfidie Fait tout son divertissement. Un méchant, s' il n' est sans prudence, Jamais ne vous fera d' offense, Qu' il n' ait son profit pour objet, Mais un esprit, qui n' est pas sage, Vous offensera sans sujet. Et contre son propre avantage. CHANSON Nécessité d' aimer. Amour, je me suis plaint cent fois Des rigueurs de tes loix. Ton feu m' êtoit insupportable : Mais, hélas ! Je me trompois bien. Un coeur est misérable, Dès le moment qu' il n' aime rien. MADRIGAL À Madame Scarron, depuis mar- Quise De Maintenon. Bien souvent l' amitié s' enflame ; Et je sens qu' il est mal-aisé Que l' ami d' une belle dame Ne soit un amant déguisé. STANCES À une prude galante. Depuis que je porte vos fers, Tous mes soins ne vont qu' à vous plaire. On dit que vous aimés les vers ; Eh bien, Iris ! Il en faut faire. Si je possède le talent D' une muse assés délicate, Et si je puis d' un air galant Dire une vérité qui flate ; Je vai tracer et mètre au jour Dans ce tableau, que je vous done ; Le mérite de mon amour Et celui de votre persone. Avec des talens précieux La nature vous a formée ; Et vous paroissés à mes ieux Toute faite pour être aimée. Vos ieux brûlent toute la cour, Malgré vos rigueurs et vos glaces. Bien que vous soïés sans amour, Vous en avés toutes les graces. Vous modérés votre fierté Par une douceur, qui m' enchante ; Jamais je n' ai vu de beauté, Si sévère, ni si galante. CHANSON La sécurité est le tombeau de l' amour. Je suis content de vous, Climene ; J' aurois tort d' en être jaloux. Vous m' ôtés tout sujet de peine ; Cependant je suis las de vous. Quand l' amour est tranquille et sage Il ne sauroit durer longtems ; Et, pour nous aimer d' avantage, Vous et moi sommes trop contens. STANCES À Madame L M. L' heureux refus. Avec tant de beauté vous rejetés mes larmes Et résistés à mes desirs, Que je n' espère pas de trouver plus de charmes Dans vos faveurs et mes plaisirs. Vous avés des rigueurs d' une si belle espèce, Que mes desirs en sont confus ; Et vous me refusés avecque tant d' adresse, Que j' en adore ce refus. Au gré de tous mes sens, votre rigueur augmente Votre grace et votre beauté. De mille autres objets l' humeur la plus charmante Ne vaut pas votre cruauté. Vos refus ont l' effet des plus sensibles graces. Ils ont du mérite et du prix ; Et peuvent embraser, au milieu de vos glaces, Les plus indifférens esprits. Si bien qu' en vous faisant faire ainsi la sévère, Votre couroux s' est abusé. Car, malgré vos rigueurs, Philis, au moins j' espère Le plaisir d' être refusé. Ainsi je suis heureux dedans mon malheur même. Vos cruautés me font un bien ; Et donent quelque chose à mon malheur extrême, Encor qu' elles ne donent rien. MADRIGAL À une dame, qui lui reprochoit d' être trop longtems à la campagne. Au doux bruit des ruisseaux, dans les bois je respire. C' est là que sur les fleurs je me viens reposer. Je ne quiterois pas ces lieux pour un empire : Mais je les quiterois, Iris, pour un baiser. À Madame M L M. Chacun parle déja de mon amour extrême ? Mes soûpirs et mes pleurs le font connoître à tous. Philis, dispensés-moi de le dire moi-même ; Et croïés que ce bruit ne regarde que vous. STANCES À madame la Comtesse De La Suze. Comtesse, à qui l' amour apprit L' art d' écrire avecque tendresse, Et qui seule avés tout l' esprit Des neuf doctes soeurs de la Grèce ; Vous consacrés votre loisir Par des vers dignes de mémoire. Le Louvre en fait tout son plaisir ; Et le Parnasse en fait sa gloire. Sapho, par son esprit charmant, S' acquit une gloire immortelle : Mais rien que le tems seulement Ne vous fait aller après elle. Votre ame a de riches trésors ; Toute la France le publie : Mais, pour songer à ceux du corps, Assés souvent je les oublie. Vos vers, qui ravissent la cour, Touchent les coeurs les plus sauvages. J' aime pourtant mieux voir l' amour Dans vos ieux que dans vos ouvrages. L' esprit est un rare talent : Mais il faut que l' objet nous rie. Si le visage n' est galant, Malheur à la galanterie ! Vous avés de quoi nous charmer Sans que la muse vous seconde. Qui fait l' art de se faire aimer, Est la plus charmante du monde. Tout me charme en vous, tout me plaît ; Votre rare beauté m' enflame. Pour y prendre trop d' intérêt, Je n' ai plus de repos dans l' ame. Soulagés mes desirs pressans ; Gardés vos rigueurs pour un autre. Je fus l' esclave de mes sens, Aussi-tôt que je fus le vôtre. J' ai beau me vouloir ménager, En vous racontant mon martire ; Je mêle au respect d' un berger L' impatience d' un satire. Hâtés-vous donc de recevoir, Ma flame ardemment témoignée. Rien ne me met au désespoir Comme une espérance éloignée. À une dame, qui soûpiroit de l' inconstance d' un amant et de la mort d' un ami. Au plus fort de votre douleur, Qui pourtant n' êtoit pas sans charmes, Vous m' avés confié vos larmes Et le secret de votre coeur. Vos beaux ieux pleuroient tendrement, Avec une douleur mortelle, L' infidélité d' un amant Et la mort d' un ami fidèle. Vos pensers, ennemis du jour, Confondoient durant les ténèbres, Le désespoir de votre amour Avec des souvenirs funébres. De votre esprit tout attristé J' ai vu les lumières ternies ; Esprit qui, dans les compagnies, Brilloit comme un soleil d' êté. Nos desirs changent à toute heure : Mais je plains un coeur désolé, Qui sent que son amour demeure, Quand son amant s' en est allé. Cependant j' ai beau raisoner ; Je ne sais pas sur quoi se fonde L' ingrat, qui peut abandonner Le coeur le plus noble du monde. Avec ce trésor précieux, Lui seul, en ce siècle où nous sommes. Possèdoit la gloire des dieux, Et les souhaits de tous les hommes. Il est vrai qu' il est des erreurs, Dont il ne faut point qu' il s' étone. Combien a-t-on vu d' empereurs Se démètre de leur courone ? Triste Iris, ne soûpirés plus Les malheurs d' une ingrate flâme ; Et des passions de votre ame, Tâchés d' en faire des vertus. Sans m' insinuer en flateur, Je prens la figure d' un sage Et scrupuleux observateur Des bienséances de son âge. Je n' en veux qu' à votre amitié ; C' est une faveur singulière. Ne m' obligés pas à moitié ; Accordés-là moi toute entière. Sur ce qu' il n' est plus d'âge à s'engager dans une grande passion. Charmante Iris, que vos ieux ont d' attraits ! Je ne vois rien de si beau sur la terre : Mais, ô beaux ieux ! Laissés-moi vivre en paix, Ou tout au moins faites-moi bonne guerre. Ne troublés point, par un regard flateur, Le doux repos, qui règne dans mon ame. Gardés-vous bien d' y verser la langueur, Et d' y porter le désordre et la flame, Il faut quiter ces illustres amours. Mon implacable et triste destinée Vers le déclin précipite mes jours, Et va fermer ma cinquantième année. À cinquante ans un galant est défait ; Cet âge veut une apparence grave. Une maîtresse enfin n' est plus mon fait ; Il ne me faut désormais qu' une esclave. J' ai consommé le tems des voluptés Et je rendrois mes amours indiscrètes, Si je croïois que de jeunes beautés Prîssent plaisir à de vieilles fleurètes. Les doux souris, les regards obligeans Font grand plaisir à quiconque en profite : Mais ces faveurs sont pour les jeunes-gens. C' est la jeunesse aussi qui les mérite. L' intérêt seul, qui pouvoit m' animer, M' a fait souvent négliger mes entrées Chés ces beautés, qui, sans vouloir aimer, Prènent plaisir pourtant d' être adorées. Permetés-moi ce petit trait d' orgueil ; Chés l' enjouée et chés la sérieuse Mon entretien a trouvé de l' accueil, Et n' a jamais lassé de précieuse. Je n' oserois dire qu' on m' ait aimé ; Je dirois trop : mais, sans que je me flate, J' êtois charmant, lorsque j' êtois charmé ; Et pour l' amour j' ai l' ame délicate. Mais, quand les ans éteignent nos desirs, Nous languissons, rien ne nous sauroit plaire ; Et nous trouvons, au bout de nos plaisirs Une vieillesse oisive et solitaire. L' on voit mourir ses amis confidens, L' amant vieillit avecque sa maîtresse ; Et le plus sage à tous ces accidens N' oppose rien qu' un masque de sagesse. Charmante Iris, toute chose prend fin : Mais ce penser ne doit point nous abatre. Il faut par art échaper au chagrin, Quand par la force on ne peut le combatre. Votre beauté, les délices des ieux, Fait bien valoir l' avantage des brunes. Règnés, règnés ; gardés-vous pour les dieux, Et méprisés les conquêtes communes. Mais, si l' amour vous met sous son pouvoir, De la pudeur sauvés les apparences. C' est satisfaire aux loix de son devoir, Que d' en garder toutes les bienséances. SONNET Au roi Louis XIV, se préparant à faire la conquête de la Hollande en 1672. C' est trop peu des lauriers qui couronent ta tête, Et d' avoir mis l' Escaut et le Rhin sous tes loix. Louis, le ciel t' appelle à de nouveaux exploits, Et va guider tes pas de conquête en conquête. Tout l' univers s' émeut, quand ta foudre s' apprête ; Ou la crainte, ou l' amour, partage tous les rois ; Et le batave , ingrat et si fier autrefois, N' observe qu' en tremblant où fondra la tempête. De son frivole orgueil, de sa témérité, Tu dois un grand exemple à la postérité ; Et son abaissement importe pour ta gloire. Tu le veux ; il suffit. Son sort est dans ta main. De ces républicains tu vas finir l' histoire ; Trop heureux mille fois, s' ils t' ont pour souverain ! STANCES Sur ce que c' est que la véritable habileté. Lire et repasser souvent Sur Athènes et sur Rome ; C' est de quoi faire un savant : Mais non pas un habile-homme. Médités incessamment, Dévorés livre après livre ; C' est en vivant seulement, Que vous apprendrés à vivre. Avant qu' en savoir les loix, La clarté nous est ravie. Il faudroit vivre deux fois, Pour bien conduire sa vie. Sur l' amour et l' amitié. Amour, démon sans égal, Ton pouvoir domte le nôtre. Je ne te dis bien ni mal, Tu m' as fait et l' un et l' autre. Eh ? Pourquoi t' égares-tu ? L' amitié, qui te ressemble, Joint les beaux noms de vertu Et de passion ensemble. Amitié, tout est charmant Sous ton équitable empire. On te trouve rarement ; C' est ce que j' y trouve à dire. Sur les avantages de l' amitié. Grands rois, le destin a mis Cent biens en votre partage : Mais, nous donant les amis, Il vous en ôte l' usage. Que c' est un bien précieux ! Quand je pèse l' un et l' autre ; Je doute quel vaut le mieux, Votre partage, ou le nôtre. DISTIQUE Sur le bon usage de la santé. Non le plus fort, mais le plus sage En santé prolonge son âge. STANCES Sur le souverain bien. Qui cherche tant la beauté, N' est jamais sans maladie. Le nom de Félicité Fait le malheur de la vie. Modérons nos propres voeux ; Tâchons à nous mieux connoître. Desires-tu d' être heureux ? Desire un peu moins de l' être. Le fameux souverain bien, En un séjour de misére, N' est qu' un pompeux entretien Et qu' une noble chimère. Voici comment j' ai comté Dès ma plus tendre jeunesse ; La vertu, puis la santé, Puis la gloire, puis la richesse. STANCES CHRETIENES Les ombres de la mort me vont couvrir les ieux ; Il faut quitter la terre et m' élever aux cieux ; Il faut des libertins détester les maximes, Et que mon repentir soit égal à mes crimes. Pardon, seigneur, pardon à ce pécheur chretien, Qui fut homme-d' honneur sans être homme-de-bien ; Et qui, d' une foi morte, ou plustôt endormie, Ne cherchoit son salut que dans la prudhommie. Par ta bonté, seigneur, mon esprit éclairé, Reconnoît qu' autrement tu dois être adoré ; Et qu' une ame, au plaisir par le monde emportée, N' est pas digne du sang dont tu l' as rachetée. Source: http://www.poesies.net