Poésies. Isaac Habert. (1560-1615) Le Poète Scientifique. TABLE DES MATIÈRES. Le Pourtraict. Sur Les Feux De La Saint-Jean. A Sa Dame. A l'ombre des myrtes verts... Celui ne suis-je point, divine chasseresse... Dieu! que je suis heureux quand je baise à loisir... J'ai cette nuit goûté les plus douces douceurs... J'avais longtemps erré par les sombres déserts... Je suis si transporté d'aise et d'étonnement... Je te dois bien aimer, ô déesse Inconstance... Ah! ne me baisez plus, ah! mon coeur, je me meurs... Cheveux crêpes et longs où mon coeur se désire... Mon dieu! que de plaisir il y a de songer... Ah! que je suis fâché! maudit soit le réveil... Nuit fille de la terre, amène tes flambeaux... Amour m'a découvert une beauté si belle... A la merci des vents, des flots, et de l'orage... Que des sombres Enfers les tremblantes horreurs... Quelle horreur, quel effroi, quel brouillard, quelle nuit... Sisyphe malheureux, Ixion et Tantale... Sur la sombre minuit qu'une liqueur miellée... Viens, ma belle Florelle, où l'ombre noir tremblote... Note. Le Pourtraict. Peintre, avant que d'oser pourtraire Ma dame et de la contrefaire, Élève ton esprit aux cieux, Va là-haut apprendre des dieux Et des déesses immortelles Comme on peint les beautés plus belles, Puis de ton délié pinceau, Trace-moi dedans ce tableau Cette beauté que tant je prise, Et dont mon âme est tant éprise. Sus donc, détrempe tes couleurs Dans l'humeur tiède de mes pleurs, Fais tout premier la belle tresse A flocons d'or de ma maîtresse, Que ses cheveux soient crêpelés, Autour du front tords, annelés, Laisse-les, si tu veux, descendre En onde et sur son col s'épandre, Si tu peux fais que dedans l'or De son beau poil, l'on sente encor L'odeur qu'a mise la nature Dedans sa propre chevelure. Fais qu'un nombre infini d'Amours Y vole faisant mille tours, Qu'à ses cheveux les uns s'attachent, Les autres au-dedans se cachent, Peins-moi la honte sur son front. Près d'elle encore se verront L'honneur, la chasteté, la gloire, Fais que son front blanc comme ivoire Rougisse peu, qu'il soit uni, Sans nul sillon, tout aplani, Qu'en polissure il sort semblable Au luisant verre, ou à la table D'un beau marbre uniment lissé, Ou au dos d'un fleuve glacé, Ou tel qu'on voit l'azur de l'onde, A l'heure que la mer profonde, Sans vent dormante dans son lit, Sa plaine liquide polit. Fais son sourcil, et qu'il ressemble Un arc d'ébène; ne l'assemble Avec l'autre; qu'ils soient voûtés, Et tout deux proprement entés Sur ses yeux source de lumière, Où ma pauvre âme est prisonnière. Mais comment peindras-tu ses yeux? Peins-moi deux soleils gracieux, Les seuls rois des coeurs et des âmes, Tressaillant d'éclairs et de flammes Où l'Amour recèle ses traits, Ceux d'or dans celui plein d'attraits, Ceux de plomb dedans le sévère; Pour Mars et l'autre pour sa mère. Fais que ces deux soleils jumeaux Surpassent les Astres plus beaux, Que l'un soit doux, l'autre plein d'ire, Voyant le doux qu'on puisse dire Qu'il ne promet que joie au coeur, L'autre que peine et que rigueur... Sur Les Feux De La Saint-Jean. L'on ne voit rien que feux, l'air est tout enflammé, Le ciel est tout rougi, à peine la lumière Des astres apparaît, l'ombre s'enfuit derrière. Cette nuit-ci ressemble un beau jour allumé! Mais hélas! dedans moi Amour trop animé Fait croître à tous moments une flamme meurtrière, Et pour l'entretenir mon coeur sert de matière; Et dans l'eau de mes yeux je serai consumé. Ces feux qu'on fait ici, ce sont feux de liesse, Mais le feu qui me brûle est un feu de tristesse Qui me fait vivre en peine et mourir en tourment. On danse, on chante, on rit autour de cette flamme, Moi je pleure et soupire, et en pleurant mon âme Gémit autour du feu qui me va consumant. A Sa Dame. Quand le clair Apollon tire son char des eaux, Bridant ses grands coursiers sur le rivage more, Le simulacre alors du noir fils de l'Aurore Dans le temple thébain rend des sons tout nouveaux. Mais sitôt que la nuit épand ses noirs nuaux (1) Par le vague de l'air, Memnon alors déplore Et se plaint de ne voir le soleil qu'il adore, Comme étant le seul roi des plus luisants flambeaux. Ainsi quand j'aperçois ces étoiles brillantes Qui luisent sur ton front, belles, claires, ardentes, Envoyer dessus moi leurs rayons bienheureux, Je chante leur beauté, lors mon âme est joyeuse, Mais privé de leurs rais et clarté lumineuse, Las! je deviens muet, aveugle, et froidureux. A l'ombre des myrtes verts... A l'ombre des myrtes verts, Sur un lit fait de fleurettes, De roses, de violettes, Et de cent fleurons divers, Au doux bruit d'une ondelette, Qui semblait parler d'amour, Roulant sur l'herbe mollette, Je me reposai un jour. Sur cette couche odorante, Soudain mon oeil fut sillé, Et au son de l'eau coulante, Quelque temps je sommeillai. Il me semblait que ma dame Était nue entre mes bras, Et qu'aux amoureux combats, Ensemble nous rendions l'âme. Puis l'un sur l'autre pâmés, Amour sur nous battait l'aile, Et d'une flamme nouvelle, Rendait nos coeurs enflammés. Réveillé je dis au songe: Songe, tu trompes les yeux D'une agréable mensonge, Mais le vrai me plaît bien mieux... Celui ne suis-je point, divine chasseresse... Celui ne suis-je point, divine chasseresse, Qui veneur effronté t'aperçut dedans l'eau, Comme tu te baignais avecques ton troupeau, Veneur rendu la proie à sa meute traîtresse. De chasser n'ai-je garde étant pris en la tresse D'un or qui plus me tient d'autant qu'il est plus beau, Mais je le voudrais bien, et Actéon nouveau Mourir tout d'une fois qui de mourir ne cesse. Actéon en paiement de sa témérité, Pour avoir offensé ta sainte déité, Tu voulus qu'il mourut, et moi j'en meurs d'envie. M'achever de tuer sera me secourir, Car puisque aussi vivant je ne fais que mourir, Tu me feras mourir, tu me don'ras la vie. Dieu! que je suis heureux quand je baise à loisir... Dieu! que je suis heureux quand je baise à loisir Le pourpre soupirant de tes lèvres mollettes, Quand nous faisons frayer le bout de nos languettes D'une humide rencontre, ô Dieu, que de plaisir! Dieu! que je suis heureux quand, ardent de désir, Je sens à petits flots les humeurs doucelettes De ta langue couler sur tes lèvres pourprettes; D'un doux ravissement lors je me sens saisir, Ton âme doucement se glisse dans la mienne, Secrètement la mienne entre dedans la tienne, Seule dans moi tu vis, je vis seul dedans toi, Par ce baiser mignard qui nos âmes assemble. Dieu, faites que toujours elle vive dans moi Comme je vis dans elle, et que mourions ensemble! J'ai cette nuit goûté les plus douces douceurs... J'ai cette nuit goûté les plus douces douceurs Du breuvage des dieux, de la manne prisée, Du miel, du sucre doux, de la douce rosée, Que l'aube en larmoyant répand dessus les fleurs. Sur le point que la nuit retire ses horreurs Pour faire plate au jour, j'ai ma lèvre posée Sur la lèvre vermeille, où mon âme embrasée Avec Amour humait mille douces liqueurs. Songeant, il me semblait qu'Amour dessus ta bouche, Digne tant seulement que l'Amour même y touche, Amoureux s'en allait, ta lèvre suçotant, Puis saoulé de douceur, faisait place à mon âme. Ô Songe bienheureux, s'il durait tout autant Que dure mon amour, mon tourment et ma flamme! J'avais longtemps erré par les sombres déserts... J'avais longtemps erré par les sombres déserts, Triste, morne et pensif, privé de la lumière, Mon seul séjour était une noire fondrière, Pleine de songes vains, de fantômes divers. Mais sitôt que l'Amour, prince de l'Univers, Eut chassé l'ombre épais de ma tendre paupière, Et qu'il fit sous les lois mon âme prisonnière, Soudain j'abandonnai ces rocs de nuit couverts. Je sentis à l'instant mon coeur, mon sens, mon âme, Pleins de divins pensers, de désirs et de flammes, Sitôt qu'il m'eut fait voir mon Soleil donne-jour. Ce n'était pas Phébus à la tresse dorée, Mais celui que ma dame, en sa face adorée, Porte dessus son front, des beautés le séjour. Je suis si transporté d'aise et d'étonnement... Je suis si transporté d'aise et d'étonnement Quand j'entre dans ces bois, les loges éternelles De Pan et des Sylvains et des Dryades belles, Qu'oubliant qui je suis, je perds le sentiment. Puis lorsque je reviens d'un tel ravissement, Plein d'admiration, par des sentes nouvelles, Tout ému, je m'égare où mes pensées fidèles Et mes désirs aimés me mènent doucement. Je contemple ébahi les pointes verdissantes De ces bois ombrageux et leurs branches pendantes, Je me plais dans l'horreur de ces déserts plaisants. Si mon Soleil luisait toujours dans ces contrées, Pan, Dryades, Sylvains, par ces ombres sacrées, Je jure qu'en ces bois je passerais mes ans. Je te dois bien aimer, ô déesse Inconstance... Je te dois bien aimer, ô déesse Inconstance, Car tu m'as déchargé du faix de mes douleurs, Tu as éteint ma flamme et chassé mes malheurs, De mes maux plus cuisants me donnant allégeance. J'avais cru jusqu'ici, trop facile créance, Que la légèreté, l'espoir, et les erreurs, Te suivaient pas à pas, ministres des langueurs, Qui font que les Amants languissent en souffrance... Mais ce qu'on dit de toi n'est rien que fausseté, Je te donne à bon droit le nom de déité: En ma faveur tu fais que ma dame inconstante Cherche un autre parti, et me rends inconstant Afin de la quitter, et voir en la quittant Comme je vois mourir ma peine violente. Ah! ne me baisez plus, ah! mon coeur, je me meurs... Ah! ne me baisez plus, ah! mon coeur, je me meurs, Doucement je languis, doucement je me pâme, Dessus ta lèvre molle erre et flotte mon âme Saoule de la douceur des plus douces humeurs. Je la vois qui volète entre les vives fleurs Et ne craint tes beaux yeux clairs et ardents de flamme; Sur ton bord soupirant la cannelle et le bame, Altérée elle boit au fleuve des odeurs, Au paradis d'amour elle est ores ravie, Je ne sais si je suis ou mort ou bien en vie, Car ce baiser me donne et la vie et la mort. Cà que je baise encor ces fleurettes écloses, Ah ne me baisez plus, hé rebaisez encor, Trop heureux si je meurs sur ces lèvres de roses. Cheveux crêpes et longs où mon coeur se désire... Cheveux crêpes et longs où mon coeur se désire Aise d'être enlacé d'un ferme enlacement, Bouche au teint vermeillet où mon contentement Se voit peint sur ton bord qui le basme soupire, Beaux yeux, mes doux flambeaux par qui seuls je respire, Beauté, le seul objet de mon entendement, Vous voyant un désir m'enflamme doucement, Qui du vulgaire lourd et de moi me retire. Les trois Grâces ensemble et les Amours je vis Vos beautés, votre grâce, adorer à l'envi. Je brûlai par trois fois et criai: Je vous prie, Vous, astres de la nuit, et toi, père du jour, Pendant que cette-ci m'apprend que c'est Amour, De tourner lentement et d'allonger ma vie... Mon dieu! que de plaisir il y a de songer... Mon dieu! que de plaisir il y a de songer! J'ai songé cette nuit, ô ma chère maîtresse, Que je baisais ton sein, que je peignais ta tresse, Et qu'aux jeux amoureux je me sentais plonger. Noire Nuit, tu devais cette nuit allonger, Pour me faire jouir d'une si grand' liesse. Aurore, tu devais sommeiller en paresse Auprès de ton vieillard, sans du lit déloger. Flanc à flanc, bras à bras, sein à sein, bouche à bouche, Mollement étendu dessus ta molle couche, Dormant, il me semblait ton ventre rond presser. Songe, ton faux me plaît, et ta douce mensonge, Mais je voudrais trois mois songer ce même songe, Et puis après, veillant, ma maîtresse embrasser... Ah! que je suis fâché! maudit soit le réveil... Ah! que je suis fâché! maudit soit le réveil Qui me prive du bien dont j'avais jouissance Cette nuit en songeant. Las! depuis ma naissance, Je n'ai point eu de bien à celui-là pareil. Il me semblait qu'Amour, ennemi de tout deuil, Une moisson de fleurs versait en abondance, Dessus nos corps unis d'une ferme alliance. Ô songe délectable, ô gracieux sommeil! Que d'amour, que d'appas, que de douces blandices, Que de ris, que d'ébats, que de molles délices, Que de naissantes morts, que de jeux amoureux! Que de baisers confits en sucre, en ambroisie! De ces plaisirs, dormant, j'avais l'âme saisie. Fut-il jamais en songe un amant si heureux! Nuit fille de la terre, amène tes flambeaux... Nuit fille de la terre, amène tes flambeaux, Et ton silence coi, et des hauts monts descendre Fais tes brouillards nuiteux pour ici les étendre Et couvrir l'horizon de tes sombres rideaux, Afin que le Sommeil des stygieuses eaux Vienne arrouser mon chef, et sur mon corps répandre Le jus du noir pavot pour m'aider et défendre Contre amour inventeur de martyres nouveaux. Les plaies, les liens et les prisons obscures, Les peines, les soucis, les flammes, les froidures, Ne nuisent aux humains pendant que le sommeil Tient leurs corps engourdis dessus la plume oiseuse. Répands donques sur nous ton humeur paresseuse, Ainsi jamais Phoebus ne nous montre son oeil. Amour m'a découvert une beauté si belle... Amour m'a découvert une beauté si belle Que je brûle et englace et en me consumant J'éprouve, tant me plaît ma flamme et mon tourment, Que qui meurt en aimant reprend vie immortelle. Comme l'unique oiseau de cette ardeur nouvelle Je renais, et ma flamme et son nom chèrement Je porte sur le dos au front du firmament Pour les faire reluire en sa voûte éternelle. Les pâles mariniers errants dessus les eaux Pour mieux suivre leur route ont recours aux flambeaux Qui les guident partout sur l'onde marinière, Ceux-la qui se mettront sur l'amoureuse mer Prendront de la beauté qu'Amour me fait aimer, Pour voguer bienheureux, le nom clair de lumière. A la merci des vents, des flots, et de l'orage... A la merci des vents, des flots, et de l'orage, Je vogue sur la mer de peine et de douleur, J'ai pour pilote amour, pour fanal le malheur, Pour compagnon les pleurs, les regrets et la rage. Les vents des espoirs vains m'éloignent du rivage, L'Amour me vend aux vents et sous belle couleur De me prêter son aide, il s'aide de la leur Pour me rompre mon mât, ma voile et mon cordage. Hélas! puisque tu vois que ce pilote, au lieu De me guider, m'abîme, et qu'il n'a foi de Dieu, De pilote, ni d'homme, exauce ma requête. Diane, venge-moi, lance-lui de tes yeux Un trait aigu, meurtrier, cruel et furieux, Lors surmonterons-nous Amour et la tempête. Que des sombres Enfers les tremblantes horreurs... Que des sombres Enfers les tremblantes horreurs Viennent m'environner, les cavernes affreuses, Les fleuves ensoufrés, les âmes malheureuses, La mort, l'effroi, la peur, la rage et les fureurs, Que je sois assailli des horribles terreurs Du chien à trois gosiers, des Dires serpenteuses, Des fantômes volants et des ombres hideuses, De Titye étendu pour gémir ses erreurs. Qu'avec eux du haut ciel les éclats du tonnerre Viennent pour m'accabler, cette effroyable guerre, Je ne la craindrai point étant près de ton oeil, Oeil qui donne lumière aux lumières du monde, Oeil qui d'appâts, de traits et de flammes abonde, Plus brillant et plus beau que n'est le beau Soleil. Quelle horreur, quel effroi, quel brouillard, quelle nuit... Quelle horreur, quel effroi, quel brouillard, quelle nuit, S'amasse sur ce lieu privé de la lumière! L'air s'est noirci partout, ô ma douce guerrière, Depuis que ton bel oeil ici plus ne reluit. Le Soleil amoureux de ta beauté te suit, Les Grâces, les Amours, ne te laissent derrière, Amour qui tient mon âme en tes yeux prisonnière Appelle à soi mon coeur, qui le suivant me fuit. Pour ton départ les bois ont séché leur feuillage, Les oiseaux ont cessé de regret leur ramage, Ces prés ont effacé leurs plus belles couleurs, Les Nymphes de ces champs ont pleuré ton absence, Moi, sans âme et sans coeur, animé de douleurs, Je pleure ton départ, père de ma souffrance. Sisyphe malheureux, Ixion et Tantale... Sisyphe malheureux, Ixion et Tantale, Pour leurs fraudes, larcins, et leurs iniquités, Par le juste vouloir des saintes déités, Souffrent mille tourments dans la fosse infernale. L'un portant un rocher toujours monte et dévale, L'autre a le chef, les pieds et les bras garrottés A la roue d'airain tournant de tous côtés, L'autre brûle de soif dedans l'onde avernale. Le rocher et la roue et la soif et la faim Sont les âpres bourreaux dont sans repos et fin Ils sentent les rigueurs et gênes éternelles, Mais le dieu qui nourrit mon âme en passion Me donne incessamment des peines plus cruelles Que celles de Sisyphe, Tantale et Ixion. Sur la sombre minuit qu'une liqueur miellée... Sur la sombre minuit qu'une liqueur miellée Avait sillé mes yeux d'un paresseux sommeil, Le Songe me fit voir en funeste appareil La Mort d'un long linceul piteusement voilée. Ce songe me dura tant que l'Aube emperlée D'un éclat d'orient ramenât le soleil, Et que devers les cieux à mon triste réveil Cette prière fît mon âme désolée: Vous dieux qui gouvernez ce monde spacieux, Recevez ma prière et les pleurs de mes yeux. Las! s'il est ordonné que la mort à cette heure Vienne toucher ma vie, ô saintes déités, Faites en ma faveur qu'adorant les beautés De ma belle maîtresse entre ses bras je meure! Viens, ma belle Florelle, où l'ombre noir tremblote... Viens, ma belle Florelle, où l'ombre noir tremblote, Sur les bords mousselus des antres ténébreux. Il fait trop chaud ici, cherchons les bois ombreux, Le profond des vallons ou quelque fraîche grotte. Entrons sous ce rocher, viens tôt que je suçote Le coral de ta bouche, embrassons-nous tous deux, Éteignons nos ardeurs, jouissons dans ce creux De nos douces amours, çà que je te baisote! Défais ton lacet blanc, montre ton sein à nu, Mon coeur, embrasse-moi, lance dru et menu Ta langue sur la mienne, hâte-toi, ma chère âme, Mon dieu, je n'en puis plus! De plaisir je me pâme, Las! mon âme s'enfuit, puisque tu meurs aussi, Mourons lèvre sur lèvre, heureux qui meurt ainsi! Note. (1) nuages. Source: http://www.poesies.net