Fables D’Esope En Quatrains. Par Isaac De Benserade. (1612-1691) S. Mabre-Cramoisy, 1678. TABLE DES MATIERES. Prologue. FABLES I à CLXXIV Prologue. Venez à la leçon, jeunesse vive et folle, Ésope vous appelle à sa riante Ecole: Les Bestes autrefois parloient mieux que les gens, Et le siècle n’a point de si doctes régens FABLE I LE Cocq sur un fumier gratoit, lors qu’à ses yeux Parut un Diamant: Hélas, dit-il, qu'en faires Moy qui ne suis point Lapidaire, Un grain d’orge me convient mieux. FABLE II Un Loup querelloît un Agneaus Qui ne sçavoit pas troubler l’eau; À tous coups l’injuste puissances Opprime la foible innocence. FABLE III LE Rat, et la Grenoüille auprés d'un marécage S'entretenoient en leur langage: Le Milan fond sur eux, Et les mange tous deux. FABLE IV LE morceau dans la gueule un chien passoit à nage, Et comme à travers l’onde il en eût veû l’image, Pour elle il oublia le corps qu’il laissas choir. Où ne nous réduit point l’avidité d’asvoir FABLE V LES Animaux disoient, Tous d’un commun accord Chassons, que les profits soient égalesment nostres: Mais le Lion prit tout, ne laissant rien aux autres. Voilà comme on partage avecque le plus fort. FABLE VI LE Cerf et la Brebis eûrent une querelle, Mais parce que le Loup en estoit le témoin, Elle avoûa la debte, et lors qu'il fut bien loin, Quand on promet par force, on ne doit rien, dît-elle. FABLE VII LA Gruë ayant tiré de la gorge du Loup Un os de son long bec qui le pressoit sbeaucoup: Il n’a tenu qu’à moy de vous manger, Commere, Luy dit le Loup ingrat, et c’est vostre salaire. Versailles. FABLE VIII TRANSIE et demi-morte estoit unes couleuvre: Un homme auprès du feu la mit dans sa maison, Qu’en suite elle infecta de son ingrats poison. Ah, quel prix pour une bonnes oeuvre! FABLE IX L’Asne mauvais plaisant railloit les Sanglier, Qui d’abord en conceût un dépit effroyable: Après il en eût honte, et tâcha d’oublier Qu’il eût grincé les dents contre ce miserable, FABLE X LE Rat de ville estoit dans la délicatesse; Le Rat des champs vivoit dans la simplicité; L’un avoit plus de politesse, L’autre estoit plus en seûreté. FABLE XI LA Corneille excroqua la pasture de l’Aigle, L’Aigle en rit comme font les magnasnimes coeurs: Aux petits appartient la fourbe, et danss la regle Il vaut mieux que les Grands soient trompez que trompeurs. FABLE XII LE Renard, du Corbeau loûa tant les ramage, Et trouva que sa voix avoit un son si beau. Qu’enfin il fit chanter le malheureuxs Corbeau, Qui de son bec ouvert laissa choir un fromage. Versailles. FABLE XIII COntre un Lion caduc la rage se débondes Des autres Animaux qui luy furent soumis. C’est la plus grand’pitié du mondes D’estre vieux, et d’avoir quantité d’ennemis. FABLE XIV COmperes et voisins assez mal assortis À la tentation tous deux ils succomberent, Car l’Aigle du Renard enleva les petits, Et le Renard mangea les Aiglons qui tombèrent. Versailles. FABLE XV L’Asne flatta son Maistre, et crût qu’il feroit bien S’il pouvoit imiter les caresses du chien; Il luy mit lourdement ses pieds sur chaque épaule: La risposte fut prompte, et faite à coups de gaule. FABLE XVI UN Lion prend un Rat, et ne luy fait point mal, En des filets tendus ce Lion s’embarasse, Ces filets sont rongez par le foible Animal; Et le grand du petit reçoit la mesme grace. FABLE XVII L’Hirondelle aux Oiseaux qui voulurent l’entendre Dît: Taschez d’empescher la semaille du Lin, Elle vous est nuisible, et le projet malins D’en faire quelque jour des filets pour vous prendre. FABLE XVIII LE Renard voulut faire à la Gruë uns festin, Le disné fut fervi fur une plate assiete, Il mangea tout, chez luy comme ailleurs le plus fin, Elle de son long bec attrapa quelques miette. Versailles. FABLE XIX LE Renard chez la Gruë alla pareillement, Un vase étroit, et long fut mis sur nape blanche, De la langue le bec se vengea pleinement. Est-il pas naturel de prendre sa revanche? Versailles. FABLE XX UNe poutre pour Roy faisoit peus de besogne, Les Grenoüilles tout haut en murmuroient déja, Jupiter à la place y mit une Cicogne. Ce fut encore pis, car elle les mangea. FABLE XXI UNLoup non sans merveille entras chez un Sculpteur, Il n’y va pas souvent une pareille beste; Voyant une statuë, il dit, La belle Teste! Mais pour de la cervelle au dedans,s serviteur. Versailles. FABLE XXII LE Chien dit au Larron qui le vousloit surprendre Par l’apast d’un morceau de pain: Il n’est pas question de profit, ni de gain, Et tu viens moins icy pour donner que pour prendre. FABLE XXIII LEs Colombes en guerre avecque les Milan Veulent que l’Épervier à leur teste demeure: Mais leur condition n’en devient pas meilleure, Ayant un Adversaire, et de plus un Tiran. Versailles. FABLE XXIV À La Truye en travail le Loup disoit, Madame, Si vous voulez, je puis vous soulager beaucoup: Elle qui reconnut l’intention du Loup, Peste soit de la Sage-femme. FABLE XXV N’Estes-vous pas injuste autant qu’on le puisse estre Vous m’aimiez autrefois, et vous m’estropiez, Parce que je n’ay plus ni de dents, nis de piez: Voilà ce qu’un vieux chien reprochoits à son Maistre. FABLE XXVI LE vent faisoit du bruit dans unes forest noire; Les Lièvres eurent peur nul ne les poursuivant: Je croy, dit l’un d’entr’eux, que ce n’ests que le vent, Mais nous aurons toûjours de la peines à le croire. FABLE XXVII OUvre à ta mere, ingrat, peux-tu la méconnoistre Dit le Loup au Chevreau, se contraignants beaucoup: À la voix, répond-il, vous pourriez forts bien l’estre, Mais par la fente on voit que vous estes le Loup. FABLE XXVIII LE Mâtin ajourna la Brebis, ils plaiderent, Malgré sa bonne cause elle eût tort néansmoins: Le Vautour et le Loup contre elle désposerent, Quelle partie, et quels témoins! FABLE XXIX LA coignée à la main, et d’une âme indignée L’Homme suit le Reptile, après il s’en repent, L’invite à revenir: Ma foy, dit le Serpent, Je ne me fie à vous non plus qu’à la coisgnée, FABLE XXX OSes-tu bien cacher tes plumes sous les nostres Dirent les Paons au Geay rempli d’ambition: Qui s’éleve au dessus de sa conditions Se trouve bien souvent plus bas que tous les autres. Versailles. FABLE XXXI UN Chariot tiré par six chevaux fougueux Rouloit sur un chemin aride, et sablonsneux: Une Mouche estoit là présomptueuse, et fiére, Qui dit en bourdonnant, Que je fais des poussiére! FABLE XXXII LA Mouche qui n’est pas orgueïlleuse à demi Disoit par vanité, Je suis noble, legere, Et j’ay des traits piquans. Pour moy, dit sla Fourmi, Je ne suis simplement que bonne ménagere. FABLE XXXIII LE Singe fut fait Roy des autres Animaux, Parce que devant eux il faisoit mille sauts: Il donna dans le piége ainsi qu’une austre Beste, Et le Renard luy dit, Sire, il faut de la teste. Versailles. FABLE XXXIV LA Grenouille superbe en vain tasche à s’enfler Pour atteindre le Boeuf, elle n’y peut aller, Mais en simple Grenouïlle au Maraiss élevée N ’est que dans son espece une grosses crevée. FABLE XXXV GUerre entre les Oiseaux sanglante, et meurtriere, Dont pas un ne voulut avoir le démenti, Mais la Chauve-Souris trahissant sons parti, N’osa jamais depuis regarder la lumiere. Versailles. FABLE XXXVI LA Colombe est en proye à l’Epervier subtil Qui dans les mains d’un homme après luy-mesme tombe: Hé que vous ay-je fait Pardonnez-smoy, dit-il; Hé que vous avoit fait, dit l’autre, las Colombe FABLE XXXVII LE Loup se voit trahi du Renard son Compere, Qui mene le Berger jusques dans sons repaire; Et comme à ce massacre il a contribué, Il hérite du Loup, et puis il est tué. FABLE XXXVIII UNe suspension d’armes se fit jadis Entre les Loups et les Brebis: Bientost parmi les Loups grand tumulte s’éleve, Comme si les Brebis avoient rompu la tréve. FABLE XXXIX LA Forest parut indignées Contre le Bûcheron qui son bois desoloit, N’en ayant demandé qu’autant qu’il en faloit Pour faire un manche à sa coignée. FABLE XL LEs plaisirs coûtent cher, et qui les a tout purs! De gros raisins pendoient, ils estoient beaux à peindre, Et le Renard n’y pouvant pas atteindre, Ils ne sont pas, dit-il, encore mûrs. Versailles. FABLE XLI QUE tu me parois beau, dît le Loups au Limier, Net, poli, gras, heureux, et sans inquietude! Mais qui te péle ainsi par le cou s Mon colier: Ton colier s Fi des biens avec la servitude. FABLE XLII COntre le Ventre un jour les membres disputerent: En son pressant besoin nul ne le secourut; Tous las de Ie servir enfin se révolterent, Et tel à qui ce ventre appartenoit, mousrut. FABLE XLIII DONNE moy, dit le Singe en parlants au Renard, La moitié de ta queuë: Il iroit trop dus nostre, Dit-il, et j’aurois tort si je t’en faisoiss part; Ce qui convient à l’un ne convient pass à l’autre. FABLE XLIV L’Asne vit le cheval traisner unes charuë Que naguere il voyoit si pompeux et si fier Sous un riche harnois éclater dans la ruë: Des vanitez du monde il faut se défier. FABLE XLV LE Cerf dans un ruisseau se mirant sautrefois Trouvoit sa jambe laide, et son bois admirable: Mais comme les Chasseurs pressoient ces miserable, Il fit cas de sa jambe, et méprisa son bois. FABLE XLVI LE Serpent rongeoit la lime: Elle disoit cependant, Quelle fureur vous animes Vous qui passez pour prudent Versailles. FABLE XLVII UN Renard efflanqué voit du Blés dans un clos, S’y glisse par un trou menu, leger, alaigre: Quand ce vint pour sortir, il se trouva strop gros; La Bellete luy dit, Seigneur, devenez maigre, FABLE XLVIII LE Paon dit à Junon, Par ton divins pouvoir, Comme le Rossignol que n’ay-je la voix belle N’es-tu pas des Oiseaux le plus beau, luy dit-elle? Crois-tu que dans le monde on puisse tout avoir? Versailles. FABLE XLIX UN pauvre Loup estoit à la misericorde D’un homme à qui quelqu’un des Chasseurs demandoit, L’as-tu veû s Non, dit-il, et le montra du doigt. Voilà comme la bouche avec le coeur s’accorde. FABLE L LE Merle à l’Oiseleur qui tendoit ses filets, Demande, Que fais-tu s Je bastis unes Ville. L’Oiseau s’y prend, et dit: Ha, que je m’y déplais! Et pour des Habitans le fâcheux domicile! FABLE LI TOus deux au fond de Puits tasciturnes et mornes, De s’assister l’un l’autre avoient pris le sparti: Pour sortir le Renard se haussant sur ses cornes, Fit les cornes au Bouc après qu’il fut sorti, Versailles. FABLE LII LE Cheval est vaincu par le Cerf, et soudain L’Homme qu’imprudemment à son aide il appelle, Luy met, pour le venger, et la selle etsle frein; Il eût toûjours depuis et le frein, et la selle, FABLE LIII LE Coc craint du Lion et l’Asne sestoient ensemble, Du Lion qui passoit l’Asne soûtint le schoc, Le voilà du Lion le vainqueur, ce luys semble, Le Lion le mangea dez qu’il fut loin du Coc. FABLE LIV LE Milan une fois voulut payer sas feste, Tous les petits Oiseaux par luy furent spriez, Et comme à bien disner l’assistance estoit spreste, II ne fit qu’un repas de tous les conviez. Versailles. FABLE LV PRÉS du Lion mal sain les Animaux se tiennents Tous horsmis le Renard: Pour moy je sn’y vais pas, De ceux qui s’en vont là, dit-il, je voys les pas, Et ne voy point les pas de ceux qui s’en reviennent. FABLE LVI LAsne estoit fort malade, et les Loups en cervelle S’adressent à son fils: Hé bien, quelles nouvelle? S’en va-t-il point mourir, ou n’est-il point mort? Non, Vous ne le tenez pas encore, dit l’Asnon. FABLE LVII UN Chat faisoit le mort, et prit beaucoup de Rats, Puis il s’enfarina pour déguiser sa mine: Quand mesme tu serois le sac à la farine, Dit un des plus rusez, je n’aprocheroiss pas. Versailles. FABLE LVIII LE Chevreau chanta pouïlle au Loups par la fenestre: Quoy vous sçavez déja, dit le Loup, comme il fauts Prendre son avantage s Ha, mon mignon,speut-estre Parleriez vous plus bas si vous estiez moins haut. FABLE LIX LHomme aux yeux du Lion exposse la Statuës D’un homme qui terrasse un Lion, et le tuë; Et comme il s’en prévaut, le Lion dit: Chez vouss Sont Peintres et Sculpteurs, il n’en ests point chez nous. FABLE LX PArdon, disoit la Puce: un petit animal Tel que moy ne sçauroit faire qu’uns petit mal. Vaine excuse, dit l’Homme, inutile défense! À personne il ne faut faire la moindres offense. FABLE LXI LA Perdrix bien batuë eût un dépits extresme Que les Cocs peu galans la traitassent ainsi: Depuis voyant qu’entr’eux ils en usoients de mesme, Patience, dit-elle, ils se battent aussi. Versailles. FABLE LXII ON connoist les amis dans les ooscasions; Chere Fourmy, d’un grain soyez-moy sliberale, J’ay chanté tout l’esté: Tant pis pour vous, Cigale, Et moy j’ay tout l’esté fait mes provisions. FABLE LXIII LA Corneille une fois dans la laines empestrée, Voltigeoit sur le dos de la Brebis outrée, Qui Iuy dit: Tu n’en veux qu’à moys parmi nos champs, Toujours méchante aux bons, toujours bonne aux méchans. FABLE VII PLuralité de Testes importune. Un Serpent en eût sept, un autre n’en eût qu’une; Il passa: le premier eût de grands embarras. Un Chef est absolu, plusieurs ne le sont pas. Versailles. FABLE LXV UN arbre reprochoit au Roseau sa foiblesse: Il vient un prompt orage, un vent soufle sans cesse; L’Arbre tombe plûtost que de s’humislier, Et le Roseau subsiste à force de plier. FABLE LXVI L’Asne disoit au Loup, Je suis estropié D’une épine, et voyez de quel air je chemine: Comme à l’Asne le Loup vouloit tirer l’épine, L’Asne au milieu du front luy tire uns coup de pié. FABLE LXVII LE Lievre et la Tortuë alloient pour leur profit: Qui croiroit que le Lièvre eût demeurés derriere Cependant je ne sçay comme cela se fit, Mais enfin la Tortuë arriva la premiere. Versailles. FABLE LXVIII UN jour au Porc-Epic disoit les Loup subtil: Croyez-moy, quittez-là ces piquans, ils vous rendent Desagreable et laid: Dieu m’en garde, dit-il, S’ils ne me parent pas, au moins ils mes défendent. Versailles. FABLE LXIX LE Renard pris au piege estoit mélancolique: Helas, dit-il au Coc, daignez me soulager! J’ay fouvent mis le deuil dans vostre domestique, Mais qu’il seroit honneste à vous de m’obliger. FABLE LXX LE Renard se vantoit d’estre subtils et fin; Le Chat tout au contraire alloit sons grand chemin: Les Chiens viennent, le Chat dessus uns arbre monte, Et le Renard s’écrie, Ha, j’en ay pour mon compte! FABLE LXXI DU Coc-d’Inde le Coc fut jaloux, s et crût biens Qu’il estoit son Rival, mais il n’ens estoit rien; Car il faisoit la roûë, et libre, et sans saffaire, Pour avoir seulement le plaisir de la faire. Versailles. FABLE LXXII LE Serpent trop civil par une graces extresme Reçoit le Herisson, après il s’en repent: Sortez d’icy, dit le Serpent; L’autre, comme un ingrat, Sortez d’icys vous-mesme. Versailles. FABLE LXXIII LE Loup dit au Renard, Comment ses peut-il faires Que tu soys dans ce Puits C’est unes longue affaire, Dit l’autre, à m’en tirer fais d’utiles efforts, Je te conteray tout quand je seray dehors. FABLE LXXIV UN Boeuf affamé, las, et venu d’assez loin, Ami, tu me parois d’une humeur bien étrange, Dit-il au Chien grondant dessus un tas de foin, Ni tu n’en veux manger, ni ne veux que j’en mange. FABLE LXXV LEs Oiseaux en plein jour voyant les Duc parestre, Sur luy fondirent tous à son hideux aspec. Quelque parfait qu’on puisse estre. Qui n’a pas son coup de bec Versailles. FABLE LXXVI DEux Mastins se batoient, le Loups en sentinelle. Voulant prendre son tems, les fit se raslier. Un nouveau differend ne fait pas oubliers Une vieille querelle. FABLE LXXVII L’Aigle par une adresse extresmes Dans les airs enleve un Mouton: Le Corbeau veut faire de mesme, On le tuë à coups de baston. FABLE LXXVIII LE Chat veut sur le Coc passer sa grosse faim, Et cherchant un prétexte honneste pour le faire, Ah, dit-il, il mourra l’incestueux vislain, Qui couche avec ses Soeurs, et couche avec sa Mère! FABLE LXXIX LA Poule du Milan connoissant les desseins, Sans longer qu’elle-mesme en estoits poursuivie, Dans une cage enferma ses Poussins, Et les mit en prison pour leur sauver las vie. Versailles. FABLE LXXX LE Perroquet eût beau par son caquet Imiter l’Homme, il fut un Perroquet; Et s’habillant en Homme, sous le linge sLe Singe aussi ne passa que pour Singe. Versailles. FABLE LXXXI LE Renard en procès vint le Loups attaquer, Le Singe comme Juge écouta leurs requestes, Après il dit, Je ne sçaurois manquers En condamnant deux si méchantes bestes. Versailles. FABLE LXXXII DU Renard poursuivi la pate se dechire Contre un Buisson qui dit en s’éclatant de rire, Ta coutume est de prendre, Ami, pour ton repos Tu t’es icy venu prendre mal à propos. FABLE LXXXIII QUelqu’un las de prier un des ces Dieux frivoles, Luy fend la teste en deux, il en sort sdes pistoles. Quel caprice, dit-il s je n’en ay pas stant eû Quand je l’ay respecté, que quand je l’ay batu. FABLE LXXXIV UN Pescheur en peschant s’adonsnoit aux chansons, Puis jettant son filet, Ces bizarres Poissons De ma Flûte, dit-il, nullement ne s’émeuvent, Et si tost qu ils sont pris ils dansent tants qu’ils peuvent. FABLE LXXXV LE Paon est élû Roy comme un forts bel Oiseau, La Pie en murmure, et s’irrites Qu’on ait peu d’égard au merite: Est-il seur qu’on soit bon parce que l’ons est beau Versailles. FABLE LXXXVI Àde méchans Oiseaux le Laboureur subtils Trouva dans ses filets une Cicogne unie, sQui luy criant merci, Tu mourras, luy dit-il, Il ne faut pas hanter mauvaise compagnie. FABLE LXXXVII UN Berger ennemi de la mélancolie À faux, et sans sujet crioit au Loup stoujours, À la fin son Troupeau patit de sa folie, Quand ce fut tout de bon nul ne vints au secours. FABLE LXXXVIII LA Colombe sauva la vie à la Fourmi, Qiii mordant par le pied l’Oiseleur ennemi, Sauva pareillement la vie à la Colombe. sJamais l’ingratitude en un bon coeur ne tombe. FABLE LXXXIX UN Enfant s’adonna de bonne heure au larcin, Et commença de prendre au sein de sa Nourrice. Depuis il acheva dessus le grand chemin: Belle gradation du vice! FABLE XC JE voulois estre soule, et voulois avoir schaud, Dit la Mouche, et j’en ay par-delà mons envie, Je meurs dans la Marmite: helas, en scette vie L’on a trop peu toûjours, ou trop de sce qu’il faut! FABLE XCI MErcure au Charpentier quis perdit sa coignées En offrit d’or, d’argent, ou de fer à son choix: Il s’en tint à la sienne, et les eût toutes strois. Probité reconnuë ainsi que témoignée! FABLE XCII UN Homme à cheveux gris estoits des plus galans, Deux Femmes le peignant sans en faire scrupule, La vieille ostoit les noirs, la jeune ostoit les blancs: Il devint si pelé qu’il en fut ridicule. FABLE XCIII UN Père à ses Enfans qui s’entre-smangeoient touss Disoit, Vous perirez avec vostre divorce: Ces verges brin à brin n’ont pas beaucoup de force, Rien n’est plus ferme en gros; ainsi seras de vous. FABLE XCIV MON Fils, si vous pleurez, le Loups vous mangera, Dit la Nourice: il vint dés que l’Ensfant pleura, Mais elle n’estoit pas si folles Que de luy tenir sa parole. FABLE XCV UNe Tortuë estoit fiere au dernier degré, Et ramper luy sembloit le plus grand sdes desastres: Dans les serres de l’Aigle elle se sceut sbon gré De se voir une fois au moins si près des sAstres. FABLE XCVI L'Écrevisse disoit à sa fille rétive Il ne faut pas ainsi marcher à reculons: Elle luy repartit, Hé bien, ma Mere, sallons, Montrez-moy le chemin qu’il vouss plaist que je suive. FABLE XCVII DE la peau du Lion une fois l’Asne s’arme, À tous les animaux donne une chaude alarme; Et son Maistre luy dit le connoissant aus ton, Vous faites le vaillant s que de coups de baston! FABLE XCVIII PArmi les Animaux une Grenouïlle savide Trancha de l’Hipocrate, et trompa le splus fin: À voir sa bouche pasle, à voir son teint slivide, Js croy, dit le Renard, que c’est un sMedecin. FABLE XCIX QUelqu’un fit mettre au cou de son Chien qui mordoits Un ballon en travers; luy se persuadoits Qu’on l’en estimoit plus, quand uns Chien vieux et graves Luy dit, On mord en traistre aussi sousvent qu’en brave. FABLE C LE Chameau veut avoir des cornes sur le front, Et Jupiter luy dit, Qu’en avez-vous affaire Il eft vray, les Taureaux pour leur défense en ont, D’autres en ont aussi qui n’en sçavents que faire. FABLE CI DEix Amis voyageoient et renscontrent un Ours; L’un gagne un arbre haut, l’autre touts plat se couche; Ainsi, sans les blesser, va l’Animal farouche: On se sauve souvent par differens déstours. FABLE CII LE Pot de fer nageoit auprés du Pots de terre, L’un en Vaisseau Marchand, l’autre ens Vaisseau de Guerre, L’un n’aprehendoit rien, l’autre avoit de l’effroy, Et tous deux sçavoient bien pourquoy. FABLE CIII LE Chat estant des Rats l’adversaires implacable, Pour s’en donner de garde un d’entr’euxs proposa De luy mettre un grelot au coû; nul ne sl’osa. De quoy sert un conseil qui n’est point pratiquable Versailles. FABLE CIV LE Bouc s’opose en lasche au Tausreau malheureux, Qui vouloit du Lion éviter la poursuite. Il arrive souvent que ceux qui sont ens fuite, Ne font pas bien receûs des coeurs peus genereux. FABLE CV DE tous les Animaux Jupiter vid la Race Le Singe y vint qui fit une laide grimace, Et parmi tant d’enfans de Bestes, et sd’Oiseaux Ne trouva que les siens de beaux. FABLE CVI LE Paon soupoit avec la Gruë, Et comme il se vantoit pendant tout les repas, Elle luy repondit sans en parestre émuë, Vous le portez bien haut, mais vous svolez bien bas. FABLE CVII LE Tigre allant tout seul à la chasses autrefois Receût un coup de flèche, et la chasse sfinie Le Renatd humble et doux Iuy dit ens fin matois, Il auroit mieux valu chasser en compagnie. FABLE CVIII COntre quatre Taureaux unis et préparez Les forces du Lion ayant esté frivoles, Il les sépara tous par de belles paroles, Et les déchira tous les ayant séparez. FABLE CIX DU Singe icy l’adresse éclate, Mais celle du Chat paroist peu, Quand il donne à l’autre sa pates Pour tirer les marons du feu. Versailles. FABLE CX LE Buisson se fascha de l’orgueil dus Sapin, Et son humilité s’en estant indignée, Plus bas que moy, dit-il, je te puis voirs enfin, Si le Bûcheron vient avecque sa coignée. FABLE CXI UN Pescheur sentit bien en retirant sa Lignes Qu’elle ne pesoit guère, et c’estoit mauvais signe, Un si petit Poisson ne luy fit pas grand bien: Mais il vaut mieux avoir peu de choses que rien. FABLE CXII L’Aigle prit le Lapin, l’Escarbot son compere Interceda pour luy touché de sa misere, sL’Aigle ne laissa pas pourtant de le manger, L’autre cassa ses oeufs afin de s’en venger. Versailles. FABLE CXIII ÔMalheur, dit quelqu’un! ma cruche estoit d’or mat, Elle est au fond du Puits: un Larron se sdépouïlle, Y descend; et tandis qu’il fouïlle, et qu’il refouïlle, L’autre prend ses habits, et laisse là le Fat. FABLE CXIV LE Lion qui voyoit la Chèvre aus haut d’un Mont, Luy crioit d’un air doux comme less Amans font, Descendez, et venez paistre icy l’herbes molle, Elle n’y voulut pas venir sur sa parole. FABLE CXV LA Corneille avoit soyf, jusqu’au fonds d’un vaisseau sSon bec n’ateignant pas, soudain elles s’écrie, Mettons-y des cailloux pour faire monter l’eau: Tant la necessité réveille l’industrie. FABLE CXVI LE Rat mordit au pied le Taureaus qui fut tendre, sEn si grande colere il ne s’estoit point smis: Cependant sa fureur ne sceût à qui s’ens prendre. Dans le monde il n’est point de petitss Ennemis. FABLE CXVII ÀLa vieille Soury disoit la jeunes fille, Je hay le petit Coc, j’aime le petit Chat: sLe Chat, répond sa Mere s Ha, c est un selerat! Mais le Coc n’a point fait de mal à ta sfamille. Versailles. FABLE CXVIII UN Laboureur pourveu d’un Taureau fort méchant S’avisa de scier ses cornes sur le champ; Bien loin que ses fureurs en soyent pascifiées, Il en fut plus méchant quand on less eut sciées. FABLE CXIX UN Homme aimoit sa Chate, ets de crainte du blâmes Venus à sa prière en composa sa femme, Elle friande, et vive, oubliant le Mary, Courut à la Soury. Versailles. FABLE CXX UN Homme avoit une Oye, et c’éstoit son trésor, Car elle luy pondoit tous les jours un soeuf d’or: La croyant pleine d’oeufs, le fou s’impatiente, La tuë, et d’un seul coup perd le fonds, set la rente. FABLE CXXI LE Leopard tenoit au Renard ce langage, Lequel à vostre avis est le plus beau de nous De la beauté sur moy vous avez I’avantage, Mais, luy dit le Renard, j’ay plus d’esprit que vous. FABLE CXXII UN de ces Medecins qui font tant sde visites Au malade gisant disoit toujours, Tant smieux; Et le malade fait à ce stile ennuyeux sDisoit, Mes heritiers pensent comme svous dites. FABLE CXXIII LE Charbonnier pressoit le Foulon à stoute heures De venir avec luy partager sa demeure, Car ils estoient tous deux amis , et grands cousins Mais, luy dit le Foulon, tu noircis tes voisins. FABLE CXXIV LE Buisson ruiné de bien et de crédit Semble se prendre à tout des pertes qu’il a faites, Le Plongeon dans la Mer cherche ce qu’il perdit, Et la Chauve-Souris se cache pour sess dettes. FABLE CXXV DEux Hommes disputoient pour un Asne perdu, À se l’aproprier, et l’un et l’autre butte: sIl m’apartient dit l’un, l’autre dit, Il m’est dû L’Asne en se dérobant emporta la dispute. FABLE CXXVI SOus la pate d’un Loup plûtost sfriand qu’avide, Un Chien dit, Attendez, je suis maigre, et suys vuide, Je m’en vais à la noce, et j’en reviensdray gras; Le Loup y consentit, le Chien ne revint pas. FABLE CXXVII EMbrassant ses petits le Singes s’en défaits Par une tendresse maudite. À force d’aplaudir soy-mesme à ce qu’on fait L’on en étouffe le mérite. Versailles. FABLE CXXVIII UN Meurtrier fuyant son Juge, et son Bourreau Évite cent perils, nul Prevost ne l’attrape: À la fin il se noye en passant un ruisseau; Tant il efl ma-laisé qu’un Meurtrier éehape. FABLE CXXIX DEux Boeufs patiens, et douxs Tiroient un chariot fort pesant, et fort slarge; L’Essieu crioit, les Boeufs luy dirent, Qu’avez-vous À peine soufflons-nous nous qui traisnons la charge. FABLE CXXX LE Renard dit au Coc, Une paix éternelle Est concluë entre nous, descens: Ouï, deux Levriers Viennent, répond le Coc, m’en dire las nouvelle; Le Renard n’osa pas attendre les Couriers. Versailles. FABLE CXXXI. TOutes les Fleurs disoient à las Rose nouvelle, Vous l’emportez sur nous par un commun aveu: Il est vray, repartit la Rose, je suis belle, Mais helas que je dure peu! FABLE CXXXII LA Gruë interrogeoit le Cigne, dont le chant Bien plus qu à l’ordinaire estoit doux et stouchant: Quelle bonne nouvelle avez-vous doncs receûë C’est que je vais mourir, dit le Cigne à sla Gruë. Versailles. FABLE CXXXIII CE Barbet en veut à ces Cannes, Mais par elles il est instruit, Qu’il est parfois des voeux aussi vainss que prophanes, Et qu’on ne force pas toujours ce qu’ons poursuit. Versailles. FABLE CXXXIV UN Galand estoit chauve, et comme en pleine feste Sa perruque en tombant l’alloit défisgurer, Pourquoy ces faux cheveux tiendroient-sils à ma teste, Dit-il, puisqu’à leur teste ils n’ont sceûs demeurer FABLE CXXXV SOus un Plasne en esté deux Voyageurs bien las, À qui pour leur repos la place sembloits bonne, Trouvoient l’Arbre sterile; et l’Arbres dit, Ingrats, Ne contez-vous pour rien l’ombre que je vous donne FABLE CXXXVI LE Rossignol surpris par I’Epervier agile Crioit, Cherchez ailleurs de quoy faires un repas: Mais, luy dit l’Epervier, je serois mal-shabile De quitter ce que j’ay pour ce que jes n’ay pas. FABLE CXXXVII CÉtoit pour le Renard une horrible entreveûës Que celle qui de luy se fit, et du Lion:s Le Renard humble et doux l’aborde,s le saluë, Et l’affaire se tourne en conversation. FABLE CXXXVIII UN Homme estant malade, et ne spossédant rien, Fait voeu d offrir cent Boeufs en cas qu’ils en guerisse: Sa Femme dit, Comment fournir au ssacrifice Ma Femme, à cela prés, dit-il, portons-nous bien. FABLE CXXXIX LE Crocodile noble, et d’une humeur hautaine, Vantoit de sa maison les titres anciens: Pour moy, dit le Renard, j’ay beaucoups plus de peines À sçavoir où j’iray, qu’à sçavoir d’où jes viens. FABLE CXL LE filet pesoit fort, chaque Pescheur stiroit. Mais ce poids ne venoit que d’une grosse pierre, Et de peu de poissons que ce filet resserre. En ce monde on n’a pas tout ce que sl’on voudrait. FABLE CXLI D’Un Marais desseché les tristes habitantes Voulant choisir un Puits, une des pluss prudentes Qui pour leur seûreté trouvoit ce lieu suspect Dit, Que deviendrons-nous si le Puits sdevient sec FABLE CXLII DAns un mesme vaisseau prest à faire naufrages Deux ennemis estoient sur le point des mourir, Et chacun se disoit en soy-mesme, Cousrage, Je m’en vais me noyer, mais l’autre vas perir. FABLE CXLIII TAndis que contre un Ours unsgrand Lion se bat, Un Renard se saisit du prix de leur comsbat, Nous n’avons bien souvent d’interest ques le nostre, Et nous nous tourmentons pour le prosfit d’un autre. FABLE CXLIV UN jour une personne aux Aftress bien instruite Regardoit vers le Ciel, et tomba lourdement. Tel donne des leçons sur la bonne conduite Qui s’égare luy-mesme, et bronche à stout moment. FABLE CXLV LA Taupe faisant vanités De voir clair, sa mere l’écoute, Qui luy répond, En verité, Ma fille, vous ne voyez goute. FABLE CXLVI C’Est dommage d’un tel, mais jes me persuade Qu’il ne pouvoit guerir, tant il estoits mal sain: Voilà ce qu’à peu prez un fort bon Mesdecin Disoit au Fossoyeur enterrant son malade. FABLE CXLVII UN Dauphin poursuivoit un Ton,s quand sur les bords sIls sont jettez tous deux froissez, et demi-morts: Nous voilà, dit le Ton, assez mal ces me semble; Mais quel plaisir pour moy, que nous smourions ensemble! FABLE CXLVIII L'Oiseleur se trouva surpriss Estant piqué de la vipere, Helas, dit-il, quelle misere! Je voulois prendre, et je suis pris. FABLE CXLIX UN Asne malheureux autant qu’ons le peut estres Servit un Conroyeur qui fut son dernier Maistre, Et sous la cruauté de ce Tiran nouveaus Eût lieu plus que jamais de craindres pour sa peau. FABLE CL AU bruit d’une Grenouille un Lions qui repose, Se leve, et se reproche à soy-mesmes ayant veûs Que c’estoit si peu de chose, La honte de s’en estre émeû. FABLE CLI UN Homme passe et les nuits ets les jours À teindre un More, il y perd sa teinture. Ce qu’une fois nous sommes par Nature L’Art n’y foit rien, nous le sommes toujours. FABLE CLII UN Marchand échapé d’un naufrage funeste Voyoit la Mer tranquile, et disoit, Flotss ingrats Vous voudriez encore avoir ce qui me reste, Mais je ne me rembarque pas. FABLE CLIII DEux Cocs estant rivaux se battoient de bon coeur, L’Aigle vint tout à coup fondre sur le vainqueur Qui faisoit trop de bruit à cause de sa gloire, Et laissa le vaincu jouir de la victoire. FABLE CLIV LE Castor malheureux qui n’avoits point d’apuy, Et que tant de Chasseurs pressoient à toute outrance, Retrancha de son corps, et s’osta pars prudence La raison pour laquelle ils couroient saprès luy. FABLE CLV UN Berger nourissoit son Chien de brebis mortes, Et comme la plus grasse aprochoit du strépas, De l’air, dit-il au Chien, dont tu te dé-sconfortes, Tu craindrois volontiers qu’elle ne mourût pas. FABLE CLVI LAvare avec son coeur enterra son tresor: On le vole; Ha, dit-il, je suis à la besace! Mettez, repond quelqu’un, une pierre à la place, Elle vous servira tout autant que votre or. FABLE CLVII LE Fan du Cerf fon père exaltoit les merites, Qu’il estoit grand, et fort, mieux armé que le Chien: Mon fils, je suis d’accord de tout ce que vous dites, Mais du costé du coeur cela ne va pas bien. FABLE CLVIII POurquoy, dit le Renard au Sanglier, sans cesse sT’éguises-tu les dents, lors que rien nes te presse Attendray-je, dit l’autre, à me les éguiser Quand il sera tems d’en user FABLE CLIX UN pauvre Savetier qui n’estoits qu’une beste sDevint Médecin riche, et des plus enviez, Et tel imprudemment luy confia sa teste sQui n’auroit pas voulu luy confier ses piés. FABLE CLX SAisis d’une frayeur qui leur causoit la fièvre, Les Lievres se jettans dans une mare tous sAux Grenouilles font peur: Courage, dit un Lievre, Il est des Animaux plus timides que nous. FABLE CLXI UN Trompette sonnant la charge en un combats Fut pris, Pardon, dit-il, je ne suis points Soldat, Et je n’ay de ma main tué pas un des vostres: Non, mais c’est toy qui fais entre-tuër les autres. FABLE CLXII UN Laboureur pressé d’une faim continuë Mangea jusques aux Boeufs qui traisnoient sa charuë, Et ses Chiens dirent, Sauvons-nous, Sinon il nous mangera tous. FABLE CLXIII LE Lion, le Renard, et l’Asne d’une bande Chassoient, l’Asne des parts s’apliqua la plus grande, Il perit; le Renard sage aux dépens d’autruy Donna tout au Lion, ne gardant rien pour luy. FABLE CLXIV DU Coc une Servante abregea le destin, Croyant qu'elle pourroit s’en lever moins matin. Ce fut encore pis, car après cette perte sSa Maistresse inquiète en fut bien plus allerte. FABLE CLXV L'ASNE qui se croyoit malheureux sur la terre, Du Cheval envia la noblesse, et les dons: Mais quand il s’aperceût qu’il alloit à la guerre, Il dit, Fi de la gloire, et vivent les chardons. FABLE CLXVI LE Renard écourté ne se pouvoit tenir De dire qu’une queuë estoit fort incommode, Alleguant qu’il falloit faire venir la mode De n’avoir plus jamais de queuë à l’avenir. FABLE CLXVII UNE Vache railloit avec peu des justice Un Boeuf qu’à la charuë elle voyoit tirer: Mais comme on la menoit un jour au Sacrifice, Adieu, luy dit le Boeuf, je m’en vais labourer. FABLE CLXVIII UN Chien en trouve un autre, set luy dit, Où vas-tu? À la noce, viens-y, tu ne sçaurois mieuxs faire: Il y fut, mais helas! il en revint batu, Pestant contre la bonne chere. FABLE CLXIX UN Vigneron mourant dit qu’un tresor insigne sEstoit pour ses enfans dans le fond de sa Vigne À force d’y fouiller, sans y trouver de l’or, Il en vint des raisins, et ce fut le tresor. FABLE CLXX UN Homme au bord d’un Puits se trouvant endormi, La Fortune l’éveille, et luy dit, Mon Ami, Tu n’aurois pas manqué d’accuser la Fortune, Si tu fusses tombé, c’est la plainte commune. FABLE CLXXI UNe Mule estant grasse, et faisant bonne chere, sSe vantoit qu’elle estoit la fille d’un Cheval; Mais quand elle fut maigre, et qu’on la traita mal, Elle eût quelque soupçon qu’un Asne estoit son pere. FABLE CLXXII un Fourbe prédisoit au milieu d’une Place: Quelqu’un vint qui luy dit, Vous pénétrez fort bien L’avenir, et sçavez fort mal ce qui se passe, Les Voleurs sont chez vous qui ne vous laissent rien. FABLE CLXXIII L'Hirondelle amenoit le beaus tems avec elle; Un jeune débauché la voyant arriver,s Vendit le seul habit qu’il avoit pour l’hiver: Le froid vint, il périt avecque l’Hirondelle. FABLE CLXXIV DE sa Femme en travail l’Époux entend les cris, Et la voyant par terre en sa douleurs cruelle Veut qu’on la mette au lit: Espérez-vous,sdit-elle, Que le mal que je sens finisse où je l’ay pris. Source: http://www.poesies.net