Pleureuses. (1895) Par Henri Barbusse. (1873-1935) À Catulle Mendès. H. B. TABLE DES MATIERES La pleureuse. Messe du passé. Tableaux. Adieu. Dans le passé. L'éloignement. Pendant la prière. Elles sont mortes. . . Nous nous sommes revus. Très vieux rêves. Laissons l'âpre reflux. . . Cauchemar. Repos. Le soir en fête. Supplique. Apothéose. Geste. Départ. L'obéissante. Tu viendras dans mon âme. . . Le sourire. Croire. Vous. Toi. Dans le soir. Frisson du réel. Les choses. L'habitude. Les choses. Deux vieilles choses. Tercets. Le mort. Retour. La lampe. La lampe. L'ouvrière. La romance. Un peu d'aube. Demi-rêve. La lettre. À une amie. La consolatrice qui ne savait pas. La fatigue. Petit adieu. Bonté d'hier. La ressemblante. La haine. Hélas! viens avec moi. . . Les larmes. Apparition. Le sommeil. La terre. Secret. La haine. Le silence des pauvres. L'attente. Sainte Madeleine inutile. À une petite aveugle. La colère. La dernière nuit. Silence. La chanson du soir. L'oubli. Le premier poète. Prière à soi. Le prophète. Prière. L'absent. La mort du silence. La pleureuse. Oh bien des fois, au gré du rêve où tu te penches, Tu vis le hameau calme avec ses maisons blanches, Et la paix de l'azur a fait pleurer ta paix. Et bien des fois, la nuit, lorsque tu regardais, J'ai senti ta douleur monter jusqu'aux étoiles, Et te vis épier dans l'ombre aux ombres pâles Cet immense malheur qu'on ne peut pas savoir. . . Lorsque nous regardons monter la mer du soir, Ainsi que deux faux dieux sur les mornes rivages, Nous voyons devant nous passer de grands veuvages Et c'est ton désespoir qui souffre avec douceur. Désert de ton frisson, pauvreté de ton coeur! Et tu vas inquiète, et très calme et très seule, Ô si jeune âme avec des mains comme une aïeule, Toi qui, pauvre rêveuse, avais aux temps lointains Dans les nuits de bonheur des songes enfantins, Qui, bercée à la voix d'aurore qui se lève Et souriante encor d'une écharpe de rêve, Dans le ciel du matin n'as trouvé que l'azur! Si le dieu de coeur simple est le seul dieu très pur, Pleure la grande vie et tout ce que vous faites, Ô vous qui souriez, ô ceux que tu rachètes Quand lasse, dans les champs d'étés et de sommeil, Tu sens se dévaster la pitié du soleil! Et je te dis souvent que nous sommes sublimes Et qu'il est un mystère, et que nous l'entendîmes; Et je te dis cela quand nous nous effleurons, Quand le demi-sommeil laisse errer nos deux fronts Et que la lampe est douce au fond de l'âme close. . . Et sans me regarder, tu pleures d'autre chose. Messe Du Passé. Je te bénis d'amour. . . Tableaux. Chaque parole est un sourire. I Au fond du vieux salon où le bal se précise, Les traînes de satin, couleur de demi-jour, Suivent avec lenteur la musique indécise. Au fond du vieux salon, au fond de tant de jours, Sur les danseurs errants et les formes assises, Tous les reflets du ciel habillent les atours. L'aile des éventails est prise, et tremble, lasse. Un doux soleil fleurit, captif jusqu'au matin. La danse éparpillée affronte en vain l'espace, Elle obéit sans cesse, et retombe sans fin. Toute la vie enclose entre les feux des glaces Voudrait s'enfuir, et reste là, comme un jardin. II J'ouvre les yeux, lassé par la très longue veille; C'est la chambre dolente et l'ombre dans le coin, Et la voix de l'horloge à voix toujours pareille. La fenêtre confuse éclaire par un joint D'une mince lueur le plafond qui sommeille; Dans la rue, une voix se lamente très loin. La paix des grands rideaux où l'âme tiède est prise Garde ses longs plis morts sur mon repos très lourd, Et mon demi-sommeil rêve dans l'heure grise. . . J'entends des bruits craintifs dans la maison, autour Elle approche à pas doux pour n'être pas surprise, Et par la porte blanche elle entre avec le jour. III Aux sentiers où je vais mon pas triste résonne. Nous nous sommes quittés; il fait froid, il a plu; Je viens dans le grand parc où ne vient plus personne. . . Nous nous sommes quittés, puisque tu l'as voulu. Ô pauvre coeur désert où trop de vent frissonne, Ô pauvre coeur creusé de l'automne, salut! Le silence et l'absence ouvrent la forêt nue, La feuilles gît, légère et lourde, en désarroi, Je pense aux chemins clairs où ta grâce est venue! Et le ciel s'assombrit lentement, il fait froid, Mon âme douloureuse erre dans l'avenue Et la grande nature est plus triste que moi. IV Au bord de la fontaine où je vais à pas lents, La statue, au milieu de la pénombre, écoute Le murmure de l'eau qui baigne ses pieds blancs Et l'on perçoit au loin sous l'ombre de la voûte Et le deuil transpercé des grands rameaux dolents La fontaine qui tremble et pleure goutte à goutte. Oh! tout est plein ici des pudeurs de l'adieu. Un frisson morne court dans la forêt pâlie. . . On croit voir en la nuit comme en un jour plus bleu, La sainte qui venait, si triste et si jolie Vers la clairière astrale où tout veillait un peu, Avec son luxe d'ombre et de mélancolie. . . Adieu. Vous consolez presque les heures. . . L'aube est encore pâle, et c'est bien loin demain. . . Inclinez vos fronts purs en passant sous les branches, Et puis, toutes les deux, très calmes et très blanches, Allez dans les champs gris en vous donnant la main. Je ne reviendrai plus dans la ville si belle Qui sur l'horizon las s'endort d'éloignement; Le petit bois ému m'attend plaintivement, Et là-bas ma maison regarde devant elle. Je suis parti bien loin des âmes que j'aimais. Je marche le coeur vide et les mains conquérantes, Je marche devant moi sur les routes pleurantes Et j'irai doucement sans m'arrêter jamais. Nous ne toucherons plus les choses anciennes, Vous ne me suivrez pas où je m'en suis allé; Vos âmes auraient froid sous ce ciel désolé, Et vos petites mains trembleraient dans les miennes. Mon souvenir, la nuit, qu'il soit paisible et vieux, Pour que l'aube en entrant dans la chambre encor vague Et touchant faiblement votre front qui divague Ne vous retrouve pas des larmes dans les yeux. Vous pourrez, en quittant l'odeur des chèvrefeuilles, Lentes, vous promener sur les grands prés unis, Aller dans les bosquets, pleins du concert des nids, Et voir un peu d'azur dans les dessins des feuilles. Le bois silencieux, sombre et profond tableau, Le mystère vaguant sous la douceur des aulnes, Le soleil se jouant dans les nénuphars jaunes, L'adieu long des reflets à la fuite de l'eau. . . À moi la plaine nue où mon orgueil se dresse, Le ciel gris, l'azur mort sans chanson et sans vol. D'un horizon à l'autre, en effleurant le sol, Les ailes du grand vent passent avec tristesse. Que vous importe, à vous! vous avez vos sous-bois, Les lis que vous cueillez avec vos mains de vierges, L'eau qui court au milieu du demi-jour des berges Et qu'on fait murmurer en y trempant les doigts. . . Dans Le Passé. Si je la rappelais à la clarté du jour Elle y remonterait avec sa solitude. Je me suis retiré doucement pour rêver Dans ce coin où les chants se perdent en murmures. Le vertige du bal tombe au pied des tentures, Et la blonde aux yeux gris ne peut plus me trouver. Voici ma vision qui s'emplit de vieillesse; Je vois au fond de moi des bals, des bals lointains, Avec leurs pas confus et leurs feux incertains, Et la voix qu'ils avaient en mourant de tristesse. J'ai construit au hasard le doux rêve effleuré. . . Une vieille habitude y revient la première, Puis un peu de musique y tremble sans lumière Et cherche le bonheur dont elle avait pleuré. Je ne sais plus la main qui s'est abandonnée, Mais mon coeur se souvient qu'elle frémit un peu. J'ai perdu lentement la parole d'aveu, Mais gardé la douceur qui me l'avait donnée. Je n'ai rien ajouté qui ne fût pas en moi Je n'ai point ici-bas de lyre ni de muse, J'ai fait parler le songe avec sa voix confuse Et j'ai laissé l'oubli dormir auprès de toi. Et pourtant, j'ai senti dans la vision brève Quelle mélancolie erre sous la clarté, Et regardé longtemps le départ attristé Que tes pas fugitifs ont laissé dans mon rêve. Comme, dans le chemin que nous avons rempli, Nous sommes loin depuis que nous nous en allâmes! Le bonheur éternel est au fond de nos âmes, Triste comme un départ et doux comme un oubli. Maintenant laissez-moi dans ma chambre endormie, Loin de la fête neuve et riche du printemps, À moi qui n'ai trouvé que quelques pas du temps Entre l'enfant joyeuse et la tranquille amie. Heureux, toi dont l'orgueil n'a plus besoin d'aveu; Heureux, ô toi qui vas tout seul parmi le monde, Qui sais que tout sourire a sa douleur profonde, Et comprends qu'un bonheur est rempli d'un adieu. L'Eloignement. Le passé qui passe. . . Je ne reverrai plus les aveux incertains Qui passaient autrefois sur tes lèvres peureuses, Ton sourire d'enfant, ni ces objets lointains Que nous avons touchés avec nos mains heureuses Peu à peu j'avais fait un beau rêve de toi, Mon âme le suivait avec mansuétude Et sans lever les yeux pour le voir devant soi, Elle a continué la paisible habitude. Je marche longtemps seul où je fus avec toi, Je viens au rendez-vous comme un ami docile, Et je te vois passer doucement devant moi Pleine d'éloignement et de clarté tranquille. Ne reviens pas, même un instant, même tout bas. . . Le paradis des souvenirs mourrait de joie. Laisse-nous tous les deux dormir! ne reviens pas Avec tes petits pieds et ta robe de soie. Pendant La Prière. Je voudrais retrouver mes douleurs d'autrefois. Je les laissai partir mais je les connais toutes, Pauvres âmes sans pain qui marchent sur les routes Et qui pleurent d'extase au pied des grandes croix. . . . L'enfant pliant son dos qui semble alourdi d'ailes, Enfantinement peint sur le mur des rayons, L'ange en forme de gerbe et de donation, Et qui tient la douceur dans ses doigts parallèles. . . Le temple ténébreux, le temple illuminé Ouvrait sur ma douleur ses voûtes toutes grandes, Hélas! je suis venu pour que tu me le rendes, Le pauvre apaisement que je t'avais donné. Les malheurs sont des saints qui sourient dans leurs geôles; Souvent quand ils traînaient leur longue passion, Qu'ils ont dû, bousculés par la tentation, Dompter leurs cous humains et leurs frêles épaules! Et pourtant, la douleur abandonne la chair; La richesse des pleurs laisse l'âme assouvie. Quand nous nous revoyons en rêve dans la vie Nous ne savons plus bien que nous avons souffert. La rue était déserte au bas des cieux livides; Après les nuits d'orgueil et de bonheur hautain, En revenant à moi dans le froid du matin Je me suis retrouvé plaintif et les mains vides. On ira dans mon rêve ardent qui resplendit Cueillir nos beaux sanglots comme des grappes mûres: Leur espérance ira parler dans nos murmures, Ils ne comprendront pas ce que je t'aurai dit. Ils ne comprendront pas les longs secrets de phrases Où quelque souvenir s'éveillait à demi, Notre grâce, et l'espoir, ce grand mystère ami, Nous menant sans le voir, au chemin des extases. Puis nos yeux s'éteindront sur le rêve éternel, Puis plus rien que les fleurs que nous avons cueillies, Penchant leurs chagrins morts sur leurs tiges vieillies, Et notre église ouverte aux regards bleus du ciel. Je te voyais passer, sainte, silencieuse, J'ai vu passer la brève et fuyante clarté; Oh! je voudrais toucher avec timidité Tes lèvres de silence et ta robe pieuse. . . Puis tous les souvenirs dans un large frisson Se relevaient, ainsi qu'une foule bénie. . . Une nuit j'écoutais la lointaine harmonie Tandis que je veillais tout seul dans ma maison. . . Un homme lentement montait l'escalier sombre, J'entendais la tristesse égale de ses pas, Puis il s'est arrêté comme s'il était las. . . Oh je veux enfouir mes rêves dans ton ombre! Elles sont mortes. . . I Elles sont mortes, ses amies, Ses amis sont là-bas, là-bas. . . Elle s'avance à petits pas Parmi des choses endormies. Son âme se plaint doucement, Dans les sous-bois, prés des fontaines, Elle voit des formes lointaines Qui vont, pleines d'apitoiement. Devant sa pauvre âme tremblante Tous les souvenirs sont passés, Le soir, avec leurs dos lassés, Et leur démarche nonchalante. Dans son calme fauteuil de bois, Je vois sa taille qui se penche, Puis je vois sa figure blanche Qui sourit parmi les sous-bois. Ses pieds mignons foulent les mousses, Les oiseaux ont de petits cris, Et ses amours et ses yeux gris Sont de vieilles histoires douces. On eût dit qu'elle allait parler, Ses lèvres chuchotaient entre elles, Et l'on voyait dans ses mains frêles L'habitude de consoler. Mélancolique et matinale, Quand je regarde, je la vois, Très vieille avec sa vieille voix, Dans les feuilles de soleil pâle. Et ce n'est plus le beau soleil; C'est le soir, dans le salon tiède: Le feu, la lampe. . . On cause, on cède Aux baisers aimants du sommeil. Au foyer une flamme rampe, Et dans le salon qui s'endort, Quelques amis qu'éclaire encor La lueur faible de la lampe. . . Puis, il te faudra les quitter. Le jour souffre et revit encore: Mais toi, la blancheur de l'aurore Ne te fera plus grelotter. La mort viendra sans te le dire Toucher tes lèvres sans couleur, Où la joie, et puis la douleur Sont mortes dans un lent sourire; Puis ton coeur, maison du bon Dieu, Où tant d'amis étaient ensemble -Et leurs fronts dans la nuit qui tremble Se diront vaguement adieu. Tes yeux, où les jours sans secousses Ont mis de la tranquillité, Et tes épaules de beauté Que la fatigue a faites douces. II La très vieille dame était morte. Alors je suis venu vers toi, Un jour qu'il faisait triste et froid Et qu'il pleuvait devant ta porte. Je vis tes longs cheveux bouclés Et leur or pâle qui frissonne, Et ta piété monotone Dans tes yeux bleus et désolés. Tu fus la clarté gracieuse Qui m'environnait, et je sais Qu'au fond, un peu, tu frémissais Avec ton âme sérieuse. . . Ta robe droite du dimanche Laissait à nu ton petit cou. Tu ne me parlais pas beaucoup, Tu rôdais dans la maison blanche. . . . . . J'entendais rêver des ruisseaux Sous le repos des saules pâles. Dans mes mains tristes et royales J'ai tenu leurs âmes d'oiseaux. . . Elles ont des rondes d'amour Et des yeux de petites filles. Elles ont des bouches gentilles Et des questions; tout autour. . . III Au pays morne sans saison Où je vais seul, lent patriarche, Je vois s'ouvrir devant ma marche Le grand regard de l'horizon. Je porte en moi ma vie altière Le ciel est gris; mon coeur se fond Dans mon orgueil vide et profond Comme un bonheur dans la lumière. Nous Nous Sommes Revus. Le silence est un pardon Plus triste. Nous avons eu le jour et le matin livide Et le rêve éternel que nous rêvions en vain. . . Nous avons eu la vie avec sa place vide Et le large soleil sans parole et sans pain! Nous avons eu la paix de toutes les journées; Les rêves de voix basse et les repos trop lourds. Et nous nous en allons avec nos destinées Et nos yeux désolés se chercheront toujours. Oh! que tu dois souffrir tandis que l'ombre rampe, Que la chambre s'emplit de la pâleur des cieux, Que le soir indolent en attendant la lampe Fais toute attente grise auprès des rideaux vieux. Que t'importe à présent l'espoir crépusculaire, Assise avec le soir, douce sainte d'amour. Oh! tu ne songeais plus à lever ta paupière Vers le côté divin d'où tombe un peu de jour. Passons, passons toujours, errons où nous errâmes Et regardons l'espace à nos yeux étendus, Pauvres gens isolés dans le parc, pauvres âmes Qui voulions retrouver le paradis perdu! Tout est mort, tout est mort, l'azur et l'innocence, Et ce que veille l'ombre et ce qui nous attend, Et tout ce qu'on bénit quand on passe en silence Et tout ce qu'on écoute et tout ce qu'on entend. Parcourons le vieux parc qui jadis fut le nôtre, Le parc de vieux étangs, de feuilles et d'amours, Marchons désespérés et très doux l'un à l'autre. . . Oh! la vie, oh! le mal de s'en aller toujours!. . . Très Vieux Rêves. Laissons l'âpre reflux. . . Vivre de joie. Laissons l'âpre reflux monter de toutes parts. Laissons l'orage et les cités, -laissons la terre, Laissons les pays forts au vol traînant des chars. Quittons les palais d'or et les tombes de marbre, Allons dans le pays mélancolique et bleu Où les grands luths d'airain sont suspendus aux arbres. Là, nous verrons des cieux paisibles et des lacs, Des collines avec de grands lis aux fleurs droites, L'eau grise où descend l'ombre immobile des bacs. Nous verrons des dieux forts et des déesses nues Troubler dans les bosquets sombres des grands lauriers Le sommeil nuptial des forêts inconnues. Dans ce pays divin pâle comme le ciel, Nous verrons s'attendrir le soleil pacifique Que nous voulions jeter dans l'azur du réel. Quand nous aurons marché très longtemps sur ces grèves Près de l'océan calme et des horizons bleus, Nous n'aurons pas cessé de regarder nos rêves. Dans l'extase, l'amour et le recueillement, Dans la conception d'un idéal unique, Nos âmes se seront jointes exactement. Cauchemar. Le vol sombre et les yeux perdus. . . Je vois s'ouvrir la nuit livide De remords fous et de regret. Dans tous les chemins où j'irai Je sentirai ta place vide. Les flots pâles et lourds en choeur Chantent l'hymne de la tourmente, Et je crispe ma main vivante Sur les battements de mon coeur. Je vois, pressés dans la pénombre, Les cavaliers de cauchemar Qui suivent le grand chef hagard Brandissant la bannière d'ombre. Spectre effaré, spectre du mal, Roi morne, tu fuis d'épouvante Dans le flot indécis que hante La crinière de ton cheval! Ils vont dans un galop suprême Courbés devant ce que je fus, Je vois leurs grands gestes confus Et révoltés sur le ciel blême. Et je veux leurs remords, je veux Le silence affreux de leurs râles, La fixité de leurs yeux pâles Dans l'ouragan de leurs cheveux. Oh! ma douleur n'a pas de cesse; Mêlant mes amours et mes deuils, J'irai rôder dans les écueils Comme le vent et la tristesse. Je suis sous le ciel désolé Les phares tristes sur les grèves; Je suis le silence des rêves Parmi le désert étoilé. Repos. Dans l'espace qui n'a rien fait. . . Dans la fièvre des nuits en feu, Dans la rumeur des avalanches, J'ai rêvé de ces maisons blanches Qui reposent sous le ciel bleu. Nous viendrons aimer auprès d'elle, L'oubli vide des grands malheurs, L'herbe toute nue et les fleurs Parmi les tombes maternelles. J'aime la mort qui consola Les vieux coeurs dans le grand silence. Tout le ciel sourit d'innocence; Mes souvenirs sont venus là. Pauvre rêve d'un pauvre artiste, Une croix se dresse sur eux, Si calme que je suis heureux, Et si simple que je suis triste. Ils dorment dans le jour calmé, Sous le ciel où plus rien ne change, Les yeux émus du petit ange Que mon amour a tant aimé. C'est la bonté de chaque chose Qui remue à peine parfois. Le soleil s'endort sur les toits, Je sens mon âme qui repose. Mon ombre obscure pas à pas Marche avec moi dans la tristesse. Là-bas, là-bas, c'est ma jeunesse. . . Je ne sais plus, je ne sais pas. J'aime beaucoup les fleurs fidèles Qui sont douces au marbre étroit, Et qui seraient douces pour moi Si je dormais à côté d'elles. De petits oiseaux noirs, en choeur, Dorment sur les branches dormantes, Et les fleurs jaunes et les menthes Nous parfument de tout leur coeur. C'est l'azur si bon sur la plaine, Les chemins blancs et les murs blancs. Les aveux, les pardons tremblants Et les pauvres âmes en peine; Le vieux banc où je viens m'asseoir, La prière où l'on s'abandonne, Et le ciel ému qui pardonne Depuis le matin jusqu'au soir. Tout le long des vieilles chapelles, Pauvre martyr, je vais tout droit; Elles sont calmes comme moi, Je mourrai doucement comme elles. Les coeurs sont calmes sous les cieux, Dans les champs d'or, sous le bleu pâle. . . Belle vierge au visage ovale, Soyez douce comme vos yeux. N'enviez plus ma tyrannie, Tout mon malheur est de l'amour. Mes pas sont vides dans le jour, Vous pourrez aimer mon génie. Il s'est tu, le coeur triomphant. Je viens à la fin de mon âge Dans un dernier pèlerinage, Le voir dormir comme un enfant. Je m'en vais parmi la journée, Le soir est long. Je ne sais pas Dans quel grand naufrage, là-bas, Viendra mourir ma destinée. Le Soir En Fête. Dans le silence et la musique de ton âme. Supplique. Oh! Puisses-tu m'aimer jusqu'à ne plus savoir! C'est le jour triste qui se lève, Le long cauchemar s'est éteint. Je sens la pâleur du matin Et le brouillard frais à mon rêve. C'est, comme une aube d'autrefois, Une candeur qui se révèle. . . Je te dis ma chanson nouvelle Elle est douce, comme tu vois. Douce comme le matin blême Qui vient auprès de mon sommeil Me parler tout bas du soleil, Douce comme l'amour que j'aime, L'amour, mystérieux glaneur Des bonnes choses qu'on prodigue, Qui vient, auprès de ma fatigue Me parler tout bas du bonheur. Tout ce passé, tout ce passage D'hiver gris et de printemps bleu, Éloignons-nous qu'il dorme un peu. C'est quand ou dort que l'on que l'on est sage. Dormons dans la maison en deuil; Dans le grand silence des choses Nous verrons les aurores roses, Toi le bonheur et moi l'orgueil. Laisse-moi le triste et long rôle. Oh longtemps, longtemps sous nos cieux Laisse ce rêve dans tes yeux Et la tête sur mon épaule. Apothéose. Ombre, musique. Mes yeux, lassés du jour qui ment, Ô ma sainte, seule en novembre, Vous cherchent adorablement Dans la prière de la chambre. . . Je m'arrête au seuil sans couleur. Le grand déluge vous abîme, Et dans quelque coin de douleur, Vous écoutez, travail sublime. Grise dans le soir en suspens, Et profonde des jours sans nombre, Votre front s'incline et s'épand, Dans un cantique de pénombre. Peu à peu mes regards du jour S'habituent à votre tendresse. . . Je comprends l'indistinct amour, Et le mystère de caresse. Sur la tempe un doigt s'attendrit, Comme un saint et souffrant office; La joue un peu creuse sourit D'un sourire de sacrifice. . . Votre cou noyé, frêle à voir, Vous soutient de douce épouvante Perdue en musique du soir, Infinie, à peine vivante. . . Je vois votre coeur rayonnant, Dans la candeur crépusculaire. Je vois, docile, maintenant, Que votre grand coeur vous éclaire. . . À force de tranquillité, Vous brillez comme auprès d'un cierge, Dans le soir de réalité Où vous êtes un peu la Vierge. La nuit tombe avec ses rayons Et sanctifie en paix immense La gloire dont nous défaillons, À genoux au coeur du silence. Geste. Quand la nuit tombe des cieux, J'entre en la chambre infinie, Tournant vers votre harmonie Le rayon pur de mes yeux. Le pauvre mur, qui vous aime, Vous caresse d'un décor; Vous avez des cheveux d'or Nuancés, plus beaux qu'eux-mêmes. Votre sourire qu'on voit, Luit seul dans la nuit du monde. De la fenêtre profonde L'azur vous montre du doigt. Vous scintillez, lèvres closes, En deuil, en sourire, en fleur, Pleine d'un rayon trembleur. Comme l'étoile des choses. Sur l'ombre où je suis noyé Ce soir vous souriez toute. Et les yeux au loin, j'écoute, Comme après qu'on a prié. . . Départ. Le soleil pâle a lui sur les bois monotones, Notre azur charitable est doucement parti; Le frisson des adieux a déjà retenti, Elle a l'espace d'or entre ses mains mignonnes. Et j'attendrai longtemps, au dimanche du soir, L'éveil religieux de son pas qui s'ignore; Je ne l'oublierai pas, la dame que j'adore, Avec ses yeux si doux et son grand chapeau noir. Et je pense au pays éloigné de cent lieues, Au bal tourbillonnant, puis au petit jardin Où nous avons aimé l'amour ou des fleurs bleues; Aux richesses du coeur où se perd Aladin, Aux grands oiseaux avec des astres sur leurs queues, Puis aux douces enfants gui vous aiment soudain. Ta tête est douce sur ton cou, L'obéissante. Viens avec tes petits pieds. . . Ô ma reine d'obéissance, Docile aux heures d'alentour, Ton âme est comme le silence Et ta robe est comme le jour. Dans le vague où tu t'étioles Ton âme est l'accueil des paroles, Ta grâce est le pardon de tout. . . Fantôme de pauvre lumière Auprès du vitrail attristé, Tes épaules sont la prière, Tes mains sont la simplicité. Et lorsque la fenêtre blême Laisse entrer le soir soucieux, Tu n'es que la bonté qui m'aime Et que l'étoile de tes yeux!. . . Un soir aux visions pieuses, Mon âne entrant dans un baiser, Entre tes lèvres paresseuses Je parlerai pour m'amuser. . . Je serai ta main qui se donne, Tes épaules et ton front clair. Je serai la voix qui chantonne La chanson pure de ta chair. De tout mon amour qui flamboie Émerveillant l'oeil qui s'endort, Je verrai mon regard de joie Couronné par tes cheveux d'or. Ou bien par un soir en détresse, Morne, penché vers ton émoi, Dans tes paupières de caresse J'aurai le vertige de moi. Et quand, au couchant écarlate, Nous frémirons d'un seul frisson, Un jour, ta bouche délicate Dira doucement ma chanson. Dans le soir comme en une église Tu rêveras le long passé, Tu rêveras la chambre grise Et ce que le jour a laissé. . . Alors dans l'angoisse sacrée, Ombre captive au soupirail, Sur la vitre décolorée, Tu mettras ton front sans travail. Quand toute âme se dissimule, Quand tout meurt à la mi-clarté, Lorsque l'immense crépuscule T'habille avec sa pauvreté. . . Puis levant ta tête indécise, L'oeil morne, au grand vitrail amer Tu rêveras la paix exquise, Et l'immensité de la mer! Ta voix sera lente et peureuse Des vieux jours que rien ne défend, Alors tu seras malheureuse, Ô ma princesse, ô mon enfant. Tu viendras dans mon âme. . . Je sens trembler un peu la douceur de ta vie. . . Tu viendras dans mon âme avec un grand air triste; J'entends des voix chanter dans la longueur des jours, J'entends des chants lassés qui finissent toujours, Et le ciel s'assombrit comme un coeur qui s'attriste. Il nous faudra longtemps, purs et silencieux, Nous qui sommes venus les derniers dans les choses, Deviner la détresse au fond des âmes closes, Et voir la solitude au fond de tous les yeux. Hélas, sans le vouloir, dans mon mal solitaire, Je conduirai celui qui m'a donné la main, Et j'ai peur en voyant l'angoisse du chemin Où je dois m'en aller avec mon petit frère. Que puis-je te donner, petit prince aux yeux doux, Que puis-je te donner pour la marche sans trêve, Sinon un peu d'orgueil entrevu dans un rêve Et ce bonheur lassé qui pleure au fond de nous! Oh! ne ferai-je pas mourir la gentillesse En te montrant la vie et son décor très noir, Et les pauvres malheurs qui font l'adieu du soir, Et toute la grandeur et toute la tristesse! Le sourire. Le sourire c'est ce qu'on donne. Ma soeur, quand tu souris, on croit Que c'est ton âme sur la terre. . . Mais pour moi, c'est le grand mystère Qui m'éblouit au seuil de toi! Pourtant, ton rire de lumière Restera notre pureté. Ce sera dans l'éternité Notre vague et pauvre prière. Notre prière et notre foi, Et ton regard dans notre église; Ce sera l'image précise De ta bouche qui pense à moi. Après toute métamorphose, Lorsque le soir sera l'oubli, Je verrai ton rire pâli Rester comme la seule chose. Jusqu'au moment assoupissant Où calme à tes mains disparues Dans le vieux rêve de nos rues, Je passerai comme un passant. Croire. Je t'entends, lorsque j'écoute. . . Lorsque tu t'en es allée, Tu dis: « Je ne t'aime pas ». Dans la pauvre et froide allée J'ai marché du même pas. Puisque je ne l'ai pas crue, Pitié d'or, ciel adouci, Ombre lentement accrue Oh! ne soyez pas ainsi. . . Comment pouvais-je te croire?. . . Je suis à toi, je vois mal. Je suis ivre encor de gloire Et je n'entends pas le mal. On ne peut pas se reprendre Comme on s'était égaré. Il faut longtemps pour comprendre Pourquoi d'autres ont pleuré. Je suis l'âme douce et triste Dans le temps qui va, dans l'air. Si l'on est fort, je résiste, Je suis éclair à l'éclair. Je suis au-dessus du monde, Des prières, des amours, Je suis à toi, pauvre blonde. Ce n'est que dans bien des jours. . . De par la paix infinie, Usé de ne plus te voir, J'entrerai dans l'agonie Petit à petit, le soir. Il faudra bien du silence Et dans le calme dormant, J'aurai l'autre rêve immense: Je croirai, tout doucement. Vous. Vers les archipels d'or des lointains fabuleux. Le couchant baigne d'un nuage Les vaisseaux au pied de la tour. . . Le soleil dore le retour Pour le dernier et grand mirage! Le soleil bas, le soleil d'or, Parmi les galères ancrées, Fait des ombres démesurées Aux vieux portiques du vieux port. Dans votre chambre qui sommeille Le soleil verse à son déclin Des palais et des quais sans fin Par qui l'océan s'émerveille. . . Et quand l'heure viendra calmer Le couchant d'or dans l'étendue, Soyez calme, grise et perdue Parmi quelque splendeur d'aimer!. . . Rêvez tous les rêves du monde Et les marins du vaisseau nu, Et tout le bonheur contenu, Qu'ils apportent de l'autre monde. . . Laissez pencher et s'effacer Votre sainte et paisible tête, Quand l'ombre vient et qu'on s'arrête Dans la fatigue de penser. On prend en pitié tous les rires, Toute la joie et tout l'adieu, À l'heure où l'on est un vrai dieu, Où l'on ne voit que des martyres. Je me sens plus abandonné Près de vous que près d'aucune autre; Que ma lèvre pleure à la vôtre L'amour que vous m'avez donné, À l'heure où la nuit vous caresse Pâle et confuse, sur le fond; Lorsque votre beauté se fond, Et que vous devenez caresse. . . Toi. Comme avec de la charité. Dans le crépuscule fané, Lorsque le soleil t'abandonne, J'ai ta vérité qui rayonne Sur ma pâleur d'illuminé. Je t'aime, ma vie est sauvée Sois dure, sois lâche toujours. . . Dans le grand vertige des jours Je règne de t'avoir trouvée! En vain tu me chasses de toi, Quand vague et las, je t'ai servie, Tu m'accueilles avec ta vie Et ta splendeur est devant moi! Je t'aime tant, Insatisfaite, Que le silence est radieux. . . Et qu'à chaque heure, dans tes yeux Je sens que ton âme est en fête! Tu peux, froide, charger mon faix, Tu peux m'insulter, me maudire; Malgré toi je sens ton sourire Sur les pauvres pas que je fais. Malgré toi, ta grâce pardonne Le dédain que tu m'as jeté. Comment veux-tu que ta beauté Sois méchante puisqu'elle est bonne. . . Et toi qui n'as jamais été Qu'altière aux heures attendries, Je vis, et c'est toi qui m'en pries, Je vis, et c'est, ta volonté. Dans le soir. Dans les ombres au loin, l'église a blasphémé Qui dit le mal de vivre avec son orgue vague. Ô toi, le plus splendide et le plus affamé. . . Tu marches sur la nuit comme sur une vague, Quand tu lèves les yeux vers l'azur bien-aimé, Tu vois le dieu du soir qui s'éloigne et qui vague. . . Et toi, pauvre comme eux et comme eux sans lien, Pâle prophète ayant dans les yeux une flamme, Pardonne, comme si ton pardon n'était rien! Et l'herbe sous tes pieds est une longue gamme. Et le grand bois astral se dresse et se souvient Dans le silence et la musique de ton âme. . . Le figuier, où confus et plein d'un grand dessein, Tu t'adossas le soir pour rêver de merveille, Met sa dentelle d'ombre au marbre de ton sein. Et l'herbe patiente à tes pieds s'ensommeille, Et l'adoration erre comme un essaim À l'arbre pur et blanc, ô maître, de ta veille. Pense au très long soleil sur le seuil étouffant, Aux chambres de silence, aux douleurs dépensées, Aux faibles que lassa l'avenir triomphant. Car la vie est un cri vers les choses passées. Et nous sentons le soir nos prières d'enfant Revenir près de nous comme des délaissées. . . Règne par le silence et la douceur au loin, Divinise de joie un passant sur la route, Et sois persuadé que le pauvre a besoin. . . Ta parole est la gloire exauçant la déroute. Prière radieuse, et tout près, comme un soin, Ô voix qui parle un peu, mais qui surtout écoute. . . Frisson Du Réel. C'est la nuit dans les jardins blêmes. Les grands arbres sont consolés. Passons, couple pur, étoilés Ainsi que dans les vieux poèmes. Sur un fût de marbre appuyés, Nous dominons la sombre ville. Une fenêtre, fleur tranquille, Éclot dans l'azur à nos pieds. C'est un foyer voilé qui brille, Un corps lointain qui tend les bras, Des rayons étroits, des fronts bas, L'humble étoile d'une famille. . . Un reflet rouge, caressant, Baigne leur beauté, leur prière. . . Au loin, dans l'enfer bleu des pierres Voici la vie humaine en sang! Oh! la vie à qui l'on doit croire, Le réel, le malheur si doux, Le geste éternel près de nous, La maison grise au mur de gloire! Le temps semble s'être arrêté. . . Tu baisses ton profil sublime, Et nous nous penchons vers l'abîme Dans un frisson d'éternité. Qu'il sacre, ce soir qui déferle, Ta sainte attitude sans voix, Et que les pleurs entre tes doigts Vivent longtemps, comme des perles. . . Les choses. Que les lettres de mon histoire. . . L'habitude. Et leurs yeux pleureront tout seuls. . . Un soir triste me prend après les jours de flamme Dans son repos dormant; Mes souvenirs sont seuls, ils ont perdu leur âme Et vont tout doucement. Maintenant tout est mort dans ma morne vieillesse Et sur mon front pâli, Où le bonheur paisible a jeté sa tristesse, A jeté son oubli. Le temps lava mon âme aux sanctuaires d'ombres, Le temps, calme reflux, Et je marche guidé par de douces mains sombres, Que je ne connais plus. Comme un fleuve tranquille et pâle dans ses rives Sous le deuil des rameaux, Ma voix sans souvenir a des formes plaintives Qui pleurent sur les mots. Je laisse sans penser rêver ma vue errante, Aux horizons voilés, Et je porte avec moi mon âme indifférente Et mes yeux désolés. Je m'en vais dans le bois parmi la nuit pensive, La nuit, parmi la paix, Avec ma marche lente et mon âme attentive, Comme si j'écoutais. Et tout seul, sans un mot, parmi les sentiers vides Des sous-bois où j'allais, Pendant quelques instants j'aurai les mains timides Comme si tu tremblais. La nuit, quand le sommeil tombe des hautes branches Comme une mort d'espoirs, J'irai voir l'azur calme et les étoiles blanches Parmi les rameaux noirs. J'irai voir, morne et doux, comme l'hiver s'effeuille, Quand le vent fait gémir Le bois mystérieux, le bois qui se recueille Et qui va s'endormir. Les hommes penseront au vieux passé qui tremble, Les vieux, vagues aïeuls. . . Avec leurs yeux vivants ils nous verront ensemble, Nous qui sommes tout seuls. Ils croiront que j'attends doucement que tu viennes Sur la route où je viens; Ils croiront que mes mains pensent encore aux tiennes Et mes regards aux tiens. Ils ne comprendront pas que nos âmes sont closes Aux regards du réel. Ils ne savent pas bien quelle est la mort des choses Qui pleurent sous le ciel. Qu'il ne nous est resté que la forme sans rêve, Et que l'humble décor, Que nous n'avons gardé que le rêve du rêve, Et que le reste dort. Puisque les libertés dorment de lassitude Aux coeurs vides de deuil, Oh! puissé-je garder la suprême habitude De révolte et d'orgueil! Oh! puissé-je en remplir, sourd à la voix du blâme, Sourd aux cris du remords, Mes deux bras qui seront la tombe de mon âme Avec leurs gestes morts. Redresse-toi, géant de pierre, être paisible, De toute ta hauteur; Et que des cris d'orgueil dans ta tête impassible Montent avec lenteur. Les Choses. Dans le sourire et l'habitude. . . Les yeux dans tes yeux de beauté, Quand je mets ma main dans la tienne, J'évoque les choses anciennes, Dans toute leur tranquillité. Tous nos rêves les plus rapides Les aiment un peu tour à tour, C'est pourquoi leur confus amour Nous suit avec ses yeux placides. Nous leur donnons un peu d'été Lorsque les rayons nous regardent Un peu de gloire qu'elles gardent Avec leur immobilité. Les souvenirs seront fidèles, Car ils ont leur recueillement: Nous les trouvons exactement Quand nous revenons auprès d'elles. Forts, riants, rêvant d'avenir, Nous semions notre âme ravie; Elles nous ont rendu la vie Pacifique du souvenir. Et ce soir, lassé des paroles, Sans le savoir sage et pieux, Je sens ma chair lever les yeux Et prier, ô toi qui t'envoles. . . Deux Vieilles Choses. I Le Poisson Sec. Parmi la boutique un peu noire, Reflet morne demi-caché, Tu n'es, pauvre poisson séché, Que les lettres de ton histoire. Te rendrait-on ton coeur amer Ta vie âpre et dévoratrice, Quand tu sombrais avec délice Dans la caresse de la mer; Te rendrait-on ton doux sillage, Monarque fluide aux yeux d'or, Ton rêve assiégeant et sans bord, Ta vie, étroit et grand voyage, Quand même entre tes petits os Tandis que tu gis sur la planche, On mettrait en poussière blanche La grande amertume des eaux!. . . Ce matin, j'ai jeté nos lettres Dans le feu, neuf et clair frisson. . . Elle n'a rien dit, la chanson Qui chantonnait auprès des lettres. II Loque. Ta belle âme de ballon. . . La félicité n'est qu'un songe Qui s'en va comme un chenapan. On dirait un peu qu'il y songe, Lorsque, mélancolique, il pend. Les heures d'oubli sont rapides: Ivre et tout vague, l'aquilon Touche du doigt ses jambes vides. Le jour est mort, le soir est long. Le vent sans pitié pour son âge Mêle ses membres ramollis, C'est corme un mince personnage Qui se glisse dans les vieux plis. Et lui, s'éveillant triste et gauche, Voudrait rire, malgré son plomb; Il essaye une vague ébauche. . . Le jour est mort, le soir est long. Près d'un habit à longues basques, Il esquisse en l'air, accroché, Ses pas incohérents et flasques, Ce vieux qui sait qu'il a marché. Le dolman à large carrure Dont il bat le triple galon Grince avec un bruit de serrure. . . Le jour est mort, le soir est long. Tu danses dans l'or poétique, Pauvre orateur tenace et laid, Avec ton destin de boutique Et tes cauchemars de balai. Qu'un jeune, auquel rien ne résiste, Pince la lyre d'Apollon; Je le regarde d'un air triste. Le jour est mort, le soir est long. Nous nous en irons, pauvres princes, Avec notre tranquillité; Je te prendrai dans mes bras minces, Ô le seul qui me soit resté! Automne gris qui te recueilles, J'entends gémir dans le vallon Des souvenirs de vieilles feuilles. Le jour est mort, le soir est long. Tercets. La fenêtre m'attriste, ce soir. I Au pays des champs bleus et des choses heureuses, Allez, ô mes oiseaux, dans le soir qui s'endort Sur vos coeurs désolés et vos ailes peureuses. Le chagrin de la vie est doux comme la mort. . . J'entends pleurer les chants et les rumeurs fiévreuses De la vieille cité debout dans le ciel d'or! J'ai regardé longtemps dans la même attitude La chambre sans couleur où mon coeur est resté, Lourd de son long silence et de sa solitude. Puis, large rayon d'or à la pâle clarté, Sur le mur de repos que le soir gris dénude, La fenêtre vermeille où je vois la cité. II C'est la nuit. Tout s'est tu dans les mornes enceintes; Dans l'azur du silence où sont morts tant d'adieux, J'entends errer longtemps toutes les voix éteintes. Et je regarde loin des implacables cieux, Plus loin que tous les chants et que toutes les plaintes La blancheur du matin où se parlent vos yeux. Ô porteurs incertains des armes et des lyres, Cherchons l'apothéose et le souverain bien Sur le chemin de gloire où sont les vrais martyres. Je vois qu'il va mourir ce passé qui fut mien, Je vois que mon grand soir ternirait vos sourires, Que je suis malheureux, et que je ne veux rien. Le Mort. Il dort dans sa fête d'aïeul. Sur le mur, c'est la même estampe; La chambre n'attend plus la lampe, Et le soir semble entrer tout seul. Tout bruit s'est tu -Le lit est mort; Simplement, le rideau se penche. Seule -sur la poitrine blanche La croix d'ébène pense encor. Tout doucement c'est lui qui règne. L'ombre implore ses regards clos. Voici sur son front en repos Le malheur de la nuit qui saigne. Et le silence, hymne qui dort, Le transfigure d'un vieux charme. Il est dans la beauté des larmes, Et nous, nous sommes dans la mort. . . Consolé, c'est lui qui console Les pauvres choses de toujours. . . Dans la morne clarté des cours Le monde contemple l'idole Il est comme au coeur de l'adieu Que fait la terre ténébreuse; Sa chair est calme et bienheureuse Et mort, c'est lui qui croit en Dieu! Vers lui va toute voix qui chante, Tout amour béni de souffrir. . . Le soir achève de mourir Sur sa tranquillité vivante. Retour. Dans la solitude qu'on voit. Nous visiterons lentement Notre existence douce et lasse, Comme un vieux voyageur qui passe Dans un très vieil appartement. Pleins de rêves mélancoliques, Éveillons les espoirs tremblants En nous promenant à pas lents Parmi les chambres pacifiques! Passons où nous avons passé; Par la large et pâle fenêtre Un peu de lumière pénètre Dans la fatigue du passé. Nous aurons des caresses d'ombres, Et des appels silencieux, Et nous sentirons sur nos yeux Le regard triste des coins sombres. La petite chambre est bien vide. Elle nous reconnaît un peu; Elle est demi-morte d'adieu, Demi-morte et demi-timide. . . La douceur de ce jour d'été Erre dans l'antique silence. . . Elle exauce ma pauvre enfance Et la bénit de vérité! Je pleure l'âme répandue, La foi, le rêve abandonné, Et le mur est illuminé De toute la fête perdue. . . La Lampe. Chantonne, murmure, divague. . . Ta lumière, c'est toi. La nuit en songes funèbres Descend du grand ciel dormant, Et la lampe doucement Montre son coeur aux ténèbres. Dans le coin silencieux Naît la fleur crépusculaire. . . La douceur du soir l'éclaire Comme un sourire des yeux Avec la foi qui persiste, Et son rêve égal et pur, Timide aux heures d'azur, Elle attendait l'heure triste. Elle est bonne aux jours trop courts, Aux pauvres nuits sans paupières, Bonne à toutes les prières Puisqu'elle est seule toujours. Dans la fuite coutumière Des derniers cercles du jour, Le silence vient autour Pour écouter sa lumière. Elle unit les isolés, Elle ne choisit personne; Mais la caresse trop bonne Ne peut pas tout consoler. Et la reine au palais sombre A peur de s'épanouir Ne voulant pas éblouir Les yeux désolés de l'ombre. L'Ouvrière. La vie imparfaite. Ta blanche lampe t'illumine, Quand frileuse, ayant peur du bruit, Tu travailles tard dans la nuit À quelque tâche un peu divine. Déjà ton labeur est moins sûr. . . Tu lèves les yeux, comme un crime, Tu vois venir la paix sublime, Et la charité de l'azur. Humble devant ta destinée Tu sombres doucement en tout. . . Le sommeil a surpris ton cou, Tu te redresses, étonnée. . . Pauvre enfant qui n'a pas régné, Pauvre femme, pauvre princesse. . . Voici qu'en ce soir de caresse Ton coeur trop paisible a saigné. Et nul n'est là pour te sourire, Et doucement, tu te souris. L'ombre a des rideaux attendris. . . Tu t'étonnes d'être martyre. Et la misère de tes mains S'entr'ouvre; la lampe t'embrase, De tes regards voilés d'extase Tu sens couler des pleurs humains. . . Sous le rayonnement suprême, L'ouvrage s'affaisse et s'endort, Et pleine de paresse d'or Tu t'émerveilles de toi-même. C'est le bonheur très bon, sans fin, La bénédiction sans cause, En la pauvre âme pauvre éclose Pour qui la fatigue est du pain. La nuit est indistincte et sage, Elle chante à mi-voix le jour, L'ombre est pleine d'un grand amour Comme une chose qu'on partage. Faible en même temps et vainqueur, Tu recueilles le grand silence, La bonne et douce récompense Qui te caresse jusqu'au coeur. La lumière pauvre et profonde T'enveloppe d'enchantement, Tu souris, tu crois vaguement Sentir la justice du monde. Béni, celui qui vit ses yeux Éblouis par un bon mystère, Bénis, ceux qui trouvent sur terre Le vague salut d'être heureux!. . . Tendrement, tu luttes encore Et comme une grâce des cieux, Le sommeil exauce tes yeux Et le front penché qui l'adore. La Romance. Sur la pluie un peu de jour. . . Le soleil jaune et bleu verse Un rayon perlé d'averse Sur les maisons du faubourg. Parmi l'atelier avare, Sombre et courbée, elle coud; Et sent doucement sur tout L'arc-en-ciel qui se prépare. Quand il luit illimité Sur les maisons éblouies Des longs rayons de la pluie, Comme un ange elle a chanté. Chanté l'étendue immense, L'avenir vague et fleuri. Les yeux sur ses mains sourient, Elle croit à sa romance. Elle croit à la beauté, Elle croit à l'harmonie, Elle se sent infinie, Les lèvres dans la clarté. Et plus tard, grise et fidèle, Murmurant les airs anciens Elle revient vers les siens Avec le soir autour d'elle. Au milieu du grand frisson Indifférent qui la foule, Elle est seule dans la foule À cause de sa chanson Toute sainte d'impossible, Elle rentre du labeur Égarée et l'air rêveur Dans la musique invisible. Un Peu D'Aube. Voici le long sommeil blêmir. . . Ton geste vaguement implore La bonté trouble de l'aurore Et l'innocence de dormir. . . Ton âme est encore noyée Dans la tiède douceur d'hier, Tu sens faiblement que la chair Ouvre ses ailes repliées. . . Dans la réalité du jour, Très vaillante, tu t'es dressée, Les yeux pleurants, martyrisée, Comme une étoile dans le jour. L'aube de promesse et de crainte Est en argent sur l'oreiller, Elle voudrait t'émerveiller Et consoler la lampe éteinte. Puis levée, et les doigts amis Comme le froid est plein de haine, Tu recouvres du drap de laine La douce place où tu dormis. . . Demi-Rêve. Je voudrais la paix qui neige! Voici le conte qui s'achève, Oh! c'est que rien n'est oublié!. . . Voici la fatigue qui rêve De vieille enfance et de pitié. Voici la fatigue qui pleure, Qui pleure pour nous et pour toi; (Vois-tu, la paix est la meilleure) Qui vient, tremblante encor, vers moi. Ma pitié, c'est de l'innocence Qui ne peut jamais consoler, C'est la prière du silence, Et l'amour que l'on laisse aller. . . Quel parfum de mélancolie Donne le songe du passé. . . J'ai rêvé de ce que j'oublie, Je vis de ce qu'on m'a laissé. Ô bon passé, toi qui me charmes. Ô vague hiver où j'ai pâli, Revenez, les maux et les larmes Dans le sourire de l'oubli. Pourquoi le passé se lamente?. . . Il m'est un neuf et doux espoir. . . J'ai besoin de son ombre aimante, Puisque dehors c'est le vrai soir. La bonne soirée où je trône S'attarde alors en soins confus, Et divinise d'une aumône Le pauvre, pauvre que je fus. La Lettre. Doucement, Je t'écris, et la lampe écoute. L'horloge attend à petits coups; Je vais fermer les yeux sans doute Et je vais m'endormir en nous. . . La lampe est douce et j'ai la fièvre; On n'entend que ta voix, ta voix. . . J'ai ton nom qui rit sur ma lèvre Et ta caresse est dans mes doigts. J'ai notre douceur de naguère; Ton pauvre coeur sanglote en moi; Et mi-rêvant, je ne sais guère Si c'est moi qui t'écris, ou toi. . . À Une Amie. Les voix s'exaltent et s'élèvent Je suis vieux comme les aïeuls, J'ai des rêves lassés qui rêvent Tout seuls. C'est le temps triste et monotone, C'est le désespoir grand ouvert, C'est le printemps, l'été, l'automne, L'hiver! Le souvenir de l'ancien geste, Le souvenir du mal ancien Ce qui reste, quand il ne reste Plus rien. Ô vous, ma soeur d'après la veille, De l'instant splendide et sacré Où le rêve qui s'ensommeille Est vrai. . . Petit poème magnifique, Éclos par le pardon du soir, Où l'on entend de la musique Sans voir. . . Je vous bénis, ange en sourire, Mains qui servent mon désespoir, Bonté qui fait que je m'admire Le soir! La Consolatrice Qui Ne Savait Pas. Vous avez guéri ma souffrance Sans savoir ce qu'elle pleurait. L'amitié de votre présence A tant caressé mon secret! Impassible, et pourtant si tendre, Vous parfumiez la vérité, M'offrant tout l'espoir sans m'entendre, Comme une fleur de charité. Mon mal, rien n'a pu vous le dire Mais vos yeux étaient réchauffants Et malgré vous votre sourire Me donnait son baiser d'enfant. Sur votre seuil plein de corolles, Le soir je suis resté parfois, Abandonné par vos paroles, Mais secouru par votre voix! Oh! quel destin sacré te pousse, Petit ange qui m'est venu, Toi dont la douceur est si douce Qu'elle console l'Inconnu! Toi qui passas, penchée à peine Prés du pauvre, prés du pécheur, Et qui te mêlas à ma peine En gardant toute ta blancheur. La Fatigue. Un peu de pitié s'apitoie. Voici que ta pensée exquise S'est fermée à mes doigts amis, Et que ton sommeil éternise Le sourire où tu t'endormis. Voici que la lampe agonise, Que le rêve entre au salon vieux Et que la fatigue indécise Vient doucement fermer les yeux. . . Elle dort, la tête posée Sur le sombre fauteuil profond, Et la fatigue est la rosée Qui pleure la paix sur mon front. Les hommes passent sur la route, Et moi, très las et les yeux clos, Je suis la douceur et j'écoute. Toutes les voix sont mes sanglots. Ô nuit qui fait que toute flamme Attend avec un tremblement, Ô foyer tiède, comme une âme Qui se rapproche lentement. Ouvre la veille sans secousse, Paix d'azur qui viens m'effleurer. . . La fatigue devient très douce, Le vent s'arrête pour pleurer. Ma lampe est ma soeur de lumière, La soeur des instants confondus, Et je vois son âme en prière À travers mes regards perdus. Elle est la soeur d'anciennes fêtes À demi mortes dans mes yeux, L'auréole de chères têtes Au fond d'un bal mystérieux. Maintenant, puisqu'elle se voile, On sent la nuit, sanglot profond, Et furtivement, les étoiles Aux fenêtres du vieux salon. Et c'est le matin de décembre Brouillé dans l'âme des danseurs. . . Le feu doit mourir dans la chambre, Mes mains ont froid pour tous les coeurs. Et tout près, ma lampe, il me semble. S'ébauche avec timidité, Et c'est une étoile qui tremble Avec son coeur de charité!. . . Chastes souvenirs sans demeure Vous entrez au foyer d'hiver, Vous sanglotez comme cette heure, Vous ne dites rien, comme hier. Vous venez, vagues, sur la terre, Vous venez au calme moment, Lorsque le grand soir de misère Est sur la route infiniment. Ma lampe, c'est ma soeur d'opale, L'ange qui veille au soir si court, Lorsque, dressé sur le ciel pâle, Le grand vitrage attend le jour. Pauvre âme, rêve ton long rêve, Tu ne sais rien lorsqu'il est là. Et lorsque le matin se lève, Il est pauvre de tout cela. Petit Adieu. Cherche le bonheur qu'on oublie. . . Princesse d'adieu qui se lève, Drapée, innocente à l'hiver. Oh! donne-moi ta main de rêve Par-dessus ce que j'ai souffert. Novembre est pâle sur la grève: Le vent d'horizon pleure tout. Petit enfant du mauvais rêve Qui t'en vas en baissant ton cou. Oh! cherche la paix la meilleure Au bout de ce grand soir brouillé. . . Moi j'ai senti le vent qui pleure, Et comme un pauvre j'ai tremblé. Il est tard, et j'ai peur de l'heure, Je me suis relevé tout droit. Oh! l'enfer de la paix m'effleure. . . Il est tard, et ma lampe a froid. Bonté D'Hier. Le peu de bonheur qu'on n'a plus. Ô ma lampe tout près, sans rêve, reposée, Si j'allais oublier l'heure qui t'a posée; Si j'allais oublier, feu pauvre, dieu rampant, L'humble miracle intime, et l'amour qui s'épand! Je ne fais rien, ce soir, la vue indifférente, Pourtant, levant les yeux dans la bonté mourante, Je vois distinctement l'avenir sans foyer. Délire, vieux soleil, si j'allais oublier!. . . Le passé, seul sanglot, vraie et grande chimère Que la nuit me garda dans un besoin de mère, Et ce rayon qui donne avec maternité. . . Tous les soirs d'autrefois me font la charité. Demain n'est rien, ce soir, qu'azurs insatiables. Mais le vieux ciel descend dans les coins pitoyables. Le passé vient ici. . . Sur tous les nouveaux jours, Le vieux silence épand sa bonté de toujours, Et je pense à ma voix contre la paix immense Et ce qu'un faux serment fait mal à ce silence, Mais je veille d'orgueil au lieu de m'endormir. Douce nuit jusqu'à moi, qui ne peut pas finir! Quoi que je rêve un jour, quoi que je veuille encore, Que toujours le passé me pardonne et m'adore, Et si je fais jamais quelque chose de grand, Pauvres coeurs en allés, que ce soit en pleurant! Que toujours, mes amis, je sois ce que nous sommes. Je suis pauvre, je suis plus pauvre que les hommes. Pourtant je perds mon temps, je me perds, je suis las, Et quoiqu'on m'aime encor, je ne travaille pas. . . Au lieu de bien sourire à l'ombre jamais lasse, Et d'être ma douceur au seuil de tout l'espace, J'aime mieux lâchement guetter, distrait et fier, Quelque impossible amour ne venant pas d'hier! J'hésite, dans ce doute à pleurer ce qui pleure, Et je sens tout d'un coup très vieille ma demeure. Que je suis indécis, adoré, qu'il est tard, Et que j'ai des parents très pauvres quelque part. . . La Ressemblante. Hier, sur le mail sombre et doux J'ai cru vous voir, Évangéline, Errant dans le soir qui décline. . . Mais hélas! ce n'était pas vous À chaque pas de la montée L'illusion m'allait quittant. Ce n'était pas vous, et pourtant Votre caresse m'est restée. Et bien que mes pauvres yeux fous Aient laissé la passante grise, Dans le soir comme en une église Ce fut le miracle de vous. Votre nom remplit ma pensée, Parfum séparé de sa fleur, Et l'espace devint meilleur Comme si vous étiez passée. Votre souvenir éternel A mieux chanté dans mon silence Et j'ai béni la ressemblance, Cet humble fantôme réel. J'ai béni l'étrangère, l'autre, L'ange furtif qui ne sut rien. Son coeur obscur était le sien Mais sa lumière fut la vôtre! Et tout frissonnant de vous voir, J'ai repris ma marche sans trêve Et j'ai rêvé notre grand rêve, Comme de la nuit dans le soir La Haine. Nous n'avons rien qui nous unit! Hélas! viens avec moi. . . Nous irons dans la vie unis, quoi qu'il advienne, Et ma route sera la tienne. Si je sentais tes doigts mourants quitter ma main, Ton chemin serait mon chemin. Hélas! viens avec moi sous les étoiles blanches. Elles sont dans mon coeur les veilles de là-bas; La tristesse du vent monte à l'âme des branches, Nous parlerons un peu, puis tu t'endormiras. Le passé se désole au fond des nuits qui meurent. Nous parlerons un peu d'aube pâle et de foi, De vieil azur confus où mes souvenirs pleurent; Oh! viens, ta petite âme est triste comme moi. Je t'ai trouvé jadis par une nuit très noire, Pauvre ange de faiblesse avec ton front lassé, Et comme je rêvais, je t'ai donné ma gloire, Et toi, tu m'as donné doucement ton passé. Mon destin s'appuya sur ta mélancolie Et depuis que j'ai vu ton regard attristé Je sens pleurer en moi les choses qu'on oublie, Les choses de légende et de simplicité. Je sens que nous allons, perdus dans l'oeuvre immense, Que l'horizon nous garde avec ses bras d'ampleur, Qu'un vague crépuscule entre dans mon silence, Et que mon grand génie est comme un grand malheur. Ton coeur s'est désolé dans mon coeur monotone, Tu mêlas ta faiblesse à ma fatalité. Toi qui veux qu'on supplie et qui veux qu'on pardonne, Tu mis sur mon bonheur le deuil de ta beauté. Nous tiendrons pour toujours nos mains mélancoliques, Sur la route infinie où s'en va la douleur. Je porte l'avenir dans mes yeux pacifiques, Calme et désespéré comme un consolateur. J'aurais mené ton rêve à mes apothéoses. Hélas, tu n'as gardé de mon désir pieux Que la détresse calme et la douceur des choses, Et l'ampleur du sommeil qui vient fermer tes yeux! Oh! tu n'as pas senti vers la nuit infinie Quelque chose dans toi frémir et s'enflammer, Et tu meurs doucement dans ma monotonie, Ô toi qui n'as pas eu le grand pouvoir d'aimer! Tu n'as pas su la paix des âmes conquérantes, Tu n'as pas eu le rêve inconsolable et nu. Ton deuil s'est attristé dans les choses mourantes; Le grand pouvoir d'aimer, tu ne l'as pas connu. Craignant le sourd vertige et les vagues rafales, Tu te blottis vers moi lorsque tomba le soir. Je porterai ta vie avec mes deux mains pâles, Comme un calme martyre et comme un saint devoir. Nous irons lentement où mon destin me pousse, Les rêves du passé montent comme des pleurs, Ma voix sera tranquille et ta voix sera douce, Nous serons reconnus par les grandes douleurs. Retrouve au loin les voix confuses dans la chambre, Les après-midi longs où meurt un vieux soleil, Le jardin pâle avec les feuilles de novembre, Et tu pourras dormir parmi tout ce sommeil. Ces choses balbutient lorsque tu les dévoiles, Puis retombent au soir grandissant et berceur, La rumeur de la nuit se tait dans les étoiles, Ton front est lourd, ton âme est morte de douceur. . . Avant de t'en aller dans cette paix profonde, Lève tes yeux dormeurs au soir illuminé, Jette un dernier regret à la grandeur du monde, À l'impassible orgueil que je t'aurais donné. Jette le dernier cri de ta douleur de femme, À la nuit éternelle où nous avons passé, À l'horizon muet qui s'étend dans mon âme, Grand de mon avenir et nu de mon passé. Puis tu t'endormiras dans l'ombre qui se lève, La lueur du lointain bercera tes yeux clos; Tu me sentiras vivre à côté de ton rêve, Et mes pas solennels porteront ton repos. Je verrai sous nos pieds le reflet de la ville, Je sens que la tristesse erre et monte partout, Que notre amour s'endort dans ton bonheur tranquille, Et que mon grand chagrin veille au-dessus de tout. Les Larmes. Tu pleures toutes tes larmes. . . Oh! le jour qui finit si bleu, Oh! l'ombre dont la chambre est pleine. . . Je me penche et te vois à peine, Je me penche et t'adore un peu! Tranquille avec ta robe noire Dans la vieille et riche maison, Tu pleures; je sens le frisson Qui te prend dans sa pauvre gloire!. . . Et ton chagrin vient t'éplorer, Et tes larmes s'attristent toutes; C'est comme si tu les écoutes Et que tu pleures de pleurer. Tu pleures, tant ta peine est grande, Dans un désert, sans rien savoir. . . Et moi, debout auprès du soir, Je suis triste comme une offrande. Je m'approcherai si tu veux, Avec un trésor d'humble attente, Et ce sera la paix mourante Comme le soir sur tes cheveux. Parmi tant de choses dolentes, J'écoute ton rayonnement, Et tu pleures si doucement Qu'on dirait un peu que tu chantes. . . Je ne peux rien, je ne peux rien, Mais je sens que tout se dépouille, Et prés de toi je m'agenouille Dans le pauvre calme qui vient. Oh! le vieux soleil dont se dore, Après tant de jours révolus, Le peu de bonheur qu'on n'a plus, Que notre même oubli l'adore! Quelque chose enchante ta voix Dans une confuse harmonie. Ta douleur est presque bénie, Enfant, tu penses à la croix. . . On pleure quand on s'apitoie, Quand on est doux et qu'on veut bien. . . Lorsque l'on souffre, on n'est plus rien, Mais pleurer, c'est pleurer de joie. . . À genoux au soir d'abandon Qui nous assombrit de ses vagues, Nous tous les pauvres et les vagues, Nous tous qui pleurons, nous donnons. Apparition. Hélas, si nous savions la fin de la journée. Quand la chute du soir, grande tempête nue, Dépouille les maisons au bord de l'avenue, Quand dans la chambre faible, à l'heure sans abri, Le fond du coeur est vague et désert comme un cri. Quand la rumeur se tait laissant dormir tranquilles Les grands rêves lassés comme les grandes villes Et que tout front en deuil s'incline dans un coin, Je te vois t'ébaucher, rêve qui viens de loin. Et le blême décor, lorsque sur tes vieux charmes, Tes voiles, on dirait, tombent comme des larmes, C'est le jour malheureux, c'est le jour de longueur, C'est le jour et le soir, pauvres frères sans coeur! Ton front lent et brouillé n'est plus qu'un blanc vestige. Ton oeil n'est plus que triste ainsi qu'un vieux vertige, Et sur ta lèvre pâle à l'ancien pli moqueur S'entr'ouvre doucement le sanglot de ton coeur. . . Et je vois la douleur qui vit sous ta paupière Tomber de tes grands yeux comme un peu de lumière Tu viens, très malheureuse, au foyer qui fut tien, Tu me tends vaguement ta main qui ne peut rien Et dans les yeux ternis à peine l'on devine Le fragile rayon dont ma lampe est divine. Puis tu t'en vas toujours, souffrance du dehors. Douleur pâle du ciel dont, tous les jours sont morts, Angoisse du passé toujours inassouvie, Reste, douce et paisible, au grand seuil de ma vie En remuant ton voile avec tes doigts tremblants: Reste douce et paisible avec tes cheveux blancs. Le Sommeil. Tandis qu'au milieu du silence Tu t'endors sous le rideau noir, Je sens éclore ton absence Dans la grande chambre du soir. Quelle immense pitié se lève, Pauvre ange aux yeux clos, à te voir Lorsque tu dors, blanche de rêve, Auprès de moi triste du soir. Tu ne me connais plus, ma reine, Tout entière à l'espoir tremblant Ta petite main tient à peine La douce vie et le drap blanc. Et je reste seul, et je pense Que tu rêves bien loin du jour, Et que ton repos est immense Et divin comme notre amour! Nous en avons comme un présage Au fond des soirs mystérieux, Lorsque notre âme fait naufrage Dans la fatigue de nos yeux. Je suis seul parmi toutes choses, Hélas, tout se tait devant moi, Et ta figure aux lèvres closes Est comme un souvenir de toi. Je te vois tranquille et sans geste, Ton sourire s'est effacé. . . On dirait l'adieu qui vous reste Quand on est seul dans le passé. La Terre. (. . . Car mon orgueil n'a pas de mains humaines) Tu fus la femme: faible et forte, Et vibrante comme un souhait; Celle qu'on aime et que l'on hait, Et maintenant, te voilà morte. Comme un éclair, comme un signal, La mort passa, la mort savante, Avec le collier d'épouvante Qu'elle a mis sur ton cou royal. Oh! la nuit de fièvre et de larmes, Quand tu luttais pour le soleil Ta tête est pleine de sommeil, Tes bras gisent comme des armes. Tu ne sais plus ce que je veux; Ton front aveugle me dédaigne, Vision de pâleur que baigne La mer morte de tes cheveux. J'ai vu tes deux lèvres de pierre Pleines d'un silence hagard, Et l'étoile de ton regard Sous les longs cils de ta paupière, Ô toi qui n'as plus d'horizon, Qui restes calme et sans colère Comme la brume qui m'éclaire Quand je reviens dans ma maison! Le soir tombe avec sa rosée, La paix glisse du firmament, Tu t'abandonnes doucement À la terre où l'on t'a posée. Elle connaît tous les amours; Ton corps si frêle est sous sa mousse; Elle a gardé ta mort si douce Dans le grand deuil qu'elle a toujours Elle est la berceuse des râles, La reine et la communion; Elle a des gestes d'union Plus doux encor que tes bras pâles. C'est l'heure auguste des aveux; C'est la nuit, c'est la nuit humide Qui caresse ton front placide, Et qui pleure dans tes cheveux. La nuit! toute ton indolence, Toute ton âme et tous tes yeux! Elle a des mots silencieux, Et tu ne sais que le silence! Sous le ciel glacial et lourd, Tu raidis tes membres funèbres, Sentant passer dans les vertèbres Le grand tourment du grand amour. Tu remplis l'ombre sans secousse, Ses baisers montent sur ta chair, Sa caresse est comme la mer, Éternelle, tremblante et douce. C'est l'amour enfin reposé Dans l'éternité de l'ivresse; Ton poids seul est une caresse Et tout son corps est un baiser; Le baiser sans crainte, et sans leurres D'un amour grand comme un oubli; Oh! sur ton cou, ton front pâli, Ses yeux vides comme les heures! Ses bras, ses grands bras sans couleur, Toute ta beauté solennelle Qui se perd largement en elle Comme un hymne dans la douleur! * Ô toi qui viens dans nos prières, Pauvre grand coeur naïf et fort, Va dans la nuit, va dans la mort Chercher les âmes tout entières. Toi qui veux l'amour sans adieu, Et l'âme éternellement pleine, Ton coeur est grand comme ta peine. Tu seras triste comme un dieu. Tu sentiras l'inquiétude Des petites mains dans ta main, Car tu marches dans un chemin Où l'on aime ta solitude. Très faibles devant ta douleur, Tes soeurs mettront pour ton martyre Les diamants de leur sourire Sur ton grand manteau de malheur. Mais à toi qui veux tout, qu'importe Ce qui n'est pas l'accouplement Où l'on tremble éternellement Comme la terre et la chair morte? Sois grave, pardonne, soumets, Trouve un ange ou trouve une femme; Tu sais que tu voudrais une âme, Et que tu n'en auras jamais. L'union tranquille, sans voiles Et sans l'angoisse des vainqueurs, Elle est trop grande pour leurs coeurs Comme une nuit pleine d'étoiles. Secret. J'ai pour quand vient le soir de flamme Ainsi qu'un morne moissonneur. . . Ils te livrent, mais ils te gardent, Tes yeux qui ne sont pas l'amour, Tes pauvres yeux qui me regardent Dans la chute morne du jour. Tout doucement tu me consoles, Tout doucement tu dis ta foi, Mais je n'entends que tes paroles, Et tes paroles sont à toi. Tes fugitifs pensers de femme, Ton rêve, est-ce que je les vois, Est-ce que je sais si ton âme Est la musique de ta voix! Est-ce que je sais à l'aurore, Dans la chambre qui s'attendrit, Quel rêve tu rêves encore Lorsque ton réveil me sourit! Oh, parmi les frissons farouches Ou l'étoilement des vieux soirs, Dans le baiser de nos deux bouches, Si nous avions eu deux espoirs! Si tout n'était que vaines armes, Si rien n'était pur ni sacré; Quand tes yeux étaient pleins de larmes, Si tu n'avais jamais pleuré! J'ai peur de tout dans ce mystère, Hélas! j'ai peur de ta douceur: Oh, si pendant notre calvaire Tu n'avais été qu'une soeur! Entré dans ton rêve de femme, Pleureuse et rêveuse à moitié, Peut-être qu'au seuil de ton âme Je n'ai cueilli que la pitié. Vois-tu, c'est les regrets immenses Qui font se dresser et s'armer. . . Je ne sais pas ce que tu penses, Oh! laisse-moi t'aimer, t'aimer. . . Salut, ô misère, ô silence, Pauvres aubes de tous les cieux. . . Nous sommes des dieux d'ignorance, C'est pourquoi nous sommes des dieux. Allons ensemble et solitaires, Cette paix c'est notre seul bien, Car lorsqu'on ouvre les paupières, Peut-être que l'on ne voit rien. La Haine. Malgré toi la beauté me brave. Nous sommes tous les deux ensemble Nous, les amants à l'infini, L'ouragan pleure et le ciel tremble. . . Nous n'avons rien qui nous unit! Nous regardons le soir céleste Qui se plombe et tombe sans fin, Et le silence nous déteste, Et notre amour a toujours faim. Tandis que l'ombre nous azure Ainsi qu'un grand couple éternel, Le silence comme un murmure Remplit la chambre jusqu'au ciel. Et lorsque la nuit souveraine T'étoile de son vieux reflet, Je sens comme une grande haine Qui nous sépare et se tait. Je t'aime pourtant, oh je t'aime Demi-pleurante en tes attraits, Et vague, avec ton diadème Où frissonnent les astres vrais. Presque cachés par l'heure sombre, Je vois surgir blanches, sans bruit, Les mains que tu tends à mon ombre Dans les abîmes de la nuit. Et lorsqu'un grand rayon t'éclaire Je devine invinciblement Que je ne sais pas la lumière, Que l'on s'ignore, et que l'on ment! J'avais rêvé comme un apôtre D'inaccessibles unions; Nous sommes l'un auprès de l'autre, Il faut que nous nous haïssions! Hélas, lorsque mon âme est pleine De tant d'impuissance et d'adieu, Je souffre d'avoir tant de haine Et je voudrais t'aimer un peu. . . Le Silence Des Pauvres. Oh! c'eût été si vague et si bon d'être heureux!. . . L'Attente. Sans l'éblouissement de la croix. . . L'ombre, en s'agrandissant, pauvre femme qui rêve, Vient mêler doucement dans le déclin du jour Sa paix à ton grand coeur et son rêve à ton rêve. Et tu restes bien seule avec tes yeux d'amour, Indécise, perdue au silence où s'élève La triste et vieille voix qui chante dans la cour. Oh! mendier toujours parmi l'ombre sans digue Les soleils du passé pour ce soir sans couleur, Toute la charité pour toute la fatigue, Lorsque l'ombre revêt de calme et de douleur, Quand le dernier reflet des vitres se fatigue Sur tes cheveux divins et ton front de pâleur. Écoute, écoute encor, mendiante d'espace, Plus loin que le silence et plus profond que tout. . . Et c'est l'âme qui pleure et c'est le temps qui passe. Le temps, le temps sacré qui bénit le coeur fou, La présence qui fait que l'on parle à voix basse Dans cette église d'ombre où s'incline ton cou. Oh! rêve à la longueur de la tristesse humaine, Aux vieux palais où va, silencieux, le temps, À la tranquillité par qui tu devins reine! Rêve à la profondeur du silence où j'attends, Aux vieux couples qui vont dans le soleil qui traîne Et s'aimeront toujours de s'être aimés longtemps. Ne maudis pas l'attente et les soirs où tu pleures: Tous les martyrs ont eu leurs infinis chemins Et tous les grands orgueils sont bénis par les heures Puisque l'on devient grand à voir les jours éteints, Dans la chambre assombrie il faut que tu demeures, Le crépuscule aux yeux et la paix dans les mains. Il faut qu'indifférente aux radieux passages, Toujours seule au milieu de l'ombre et du sommeil, Tu laisses un à un tomber les grands soirs sages. Il faut, toi que baigna la gloire du soleil, Laisser passer sur toi l'après-midi sans âges Et le soir nimber d'or ton front toujours pareil. * Pauvre femme qui dors auprès de la fenêtre, Les mains lasses, le coeur innocent et lointain Dans le baiser nocturne et frais qui vient de naître, Frêle douleur que rien n'aura jamais atteint, Toi que veille l'azur comme un grand dieu sans prêtre, Repose vaguement du soir jusqu'au matin. Repose loin de ceux qui ne sont pas avides D'attente inconsolable et d'azurs décevants, Ceux du bonheur parfait et de la mer sans rides. Laissons les prêtres fous et les amants fervents Venir béatement baigner leurs tempes vides Dans ce fleuve brumeux chanté par les grands vents! Laissons les amoureux à leurs songes infimes, Laissons la pauvre voix qui chante dans la cour Rêver d'un pur bonheur et d'un coeur sans abîmes! Sachons que rien ne vaut la gravité du jour, Et cette éternité qui nous a faits sublimes, Ne la blasphémons pas par des serments d'amour. Sainte Madeleine Inutile. à une petite statue Dans la niche en pierre tranquille. . . I Dans le coin où le soir t'oublie, Tu ne sens pas le vieil amour Qu'a mis sur ta tête pâlie La fête ignorante du jour. Dans le repos où tu reposes, Tu ne sens pas, ô grave soeur, Cette clarté des vagues choses Qui l'illumine avec douceur. . . Voici le soir. Toujours semblable Sur le seuil d'or des jours d'été, En vain le soleil adorable T'a fait un peu de charité. Tu n'es pas plus douce -plus sombre, Pourtant, beaucoup étaient venus Pour t'écouter pleurer de l'ombre Et se troubler de tes doigts nus. Tu n'as même pas sur la pierre, Pendant un vague et triste instant, Souri comme- un peu de lumière À ces pauvres voix qu'on entend. II Tu lèves sans douleur, sans joie Tes yeux où le soleil se perd, Tes mains où notre amour se noie Comme un bon frisson dans la mer. Oh! pendant que, morne débâcle, Nous passons dans un morne bruit, Si tu faisais le doux miracle D'avoir un peu froid dans la nuit. . . Si trop calme et belle sans trêve Aux beaux silences étoilés, Tes yeux s'appauvrissaient du rêve Dont nos regards sont désolés. . . On viendrait te voir, simple et chère, Indécise comme un secret, Avec la robe de prière Qu'un humble cierge te ferait. Tu serais ce qui fait renaître L'âme heureuse, le songe éteint. . . Et ton chemin serait peut-être La caresse de mon destin. Tu serais l'amour, et l'enfance. . . Et pourtant, toi qui ne dis rien, Et moi qui souris de souffrance, Je sens que ton silence est bien. Je t'adore dans ton grand règne, Et dans l'espace sans amours. Tu ne dis rien comme l'on saigne, Et te voir, c'est pleurer toujours. Oh! sans raison, sans mal, sans crimes, Et sans remords au fond de moi, Je voudrais à tes pieds sublimes Pleurer que la lumière soit! Pleurer que le jour s'irradie Que la nuit brûle dans les cieux, Pleurer tout ce pauvre incendie Qui monte humblement dans nos yeux. . . III Tandis que les vieilles aux « simples » Marmonnent un air enchanté, Tu regardes de tes yeux simples Le monde de simplicité. Et tandis que sans espérance Nous passons et ne parlons pas, Tu comprends avec ton silence La prière que font nos pas. Tu regardes, toujours la même, Tu souris, comme ton ciel bleu, Et quand on crie ou qu'on blasphème, Tu laisses dire, comme Dieu. A Une Petite Aveugle. Tu pleures, l'âme reposée. Avec ses rumeurs sans pitié Le jour assiège ta faiblesse. Tu ne vois rien, l'heure te laisse Et la lumière est à tes pieds. Quand parmi la foule sans nombre Tu rayonnes sur le chemin, Si l'on te frôle un peu, ta main Est une caresse dans l'ombre. Tu gardes au soleil d'espoir Ta tendresse vague, étoilée. . . Toujours grave, toujours voilée, Toujours dans la fête du soir! L'ombre est ta soeur quand tout succombe, Ta soeur près de ces hommes-ci, Tous ceux que mêle et qu'adoucit Votre double pitié qui tombe! Quand avec son éternité Le soir nous berce et nous effraie, Tu deviens de plus en plus vraie Parmi la morne vérité. L'azur s'abîme de tendresse. L'amour chante, silencieux, Les ténèbres ouvrent tes yeux. Ton front éclot et se redresse. Tu te mêles au vieux martyr De la nuit seule sur le monde. Tout se tait et l'ombre est profonde; Petite enfant qui vois souffrir. . . La Colère. Sur le chemin. . . Ton droit t'éblouit et flamboie; Un cri muet gonfle ton cou, Comme un dieu tu vas n'importe où Avec ta colère et ta joie. C'est le calme artificiel Qui se rompt comme un pauvre gage, C'est ta haine qui se dégage, C'est ta haine qui monte au ciel. Tes pas font vaciller le monde, Tes raisons t'assaillent en choeur, Et tout ton sang te monte au coeur Avec sa vérité qui gronde. Le vent effare tes cheveux, Tes mains tremblent et ta voix crie; Ta souffrance devient féerie. . . Et tu ne sais plus, et tu veux! Perdu dans un essor d'envie, Sans souvenir et sans pitié, Tu te redresses tout entier Et tu ne penses qu'à la vie. Tout t'apparaît dans un réveil; Ton cri prolonge l'étendue, Tu sens une larme éperdue Qui t'illumine le soleil! Ta gloire divague et se creuse, Ta chair t'admire en frémissant, Tu n'es que l'hymne de ton sang Vers la lumière bienheureuse! La Dernière Nuit. L'accueil tranquille et pur Que toute cette nuit donne à tes nuits errantes. . . Vois, l'azur magnifique a des lueurs errantes, Et puisque le silence est comme un reposoir, Baisse ton pauvre front et tes deux mains souffrantes Sous toute la clarté qui te bénit ce soir. L'azur resplendissant vêt le calme de l'heure, Tout va fermer les yeux dans ce soir solennel, Les astres en silence attendent que je meure Et l'ombre se recueille et le temps monte au ciel. Ô calme souvenir, ô reine désolée, Puisque tout va mourir avec la nuit qui meurt, Va-t'en tout doucement dans ta robe étoilée Avec ton voile d'ombre et de vague rumeur. Ô reine, cette nuit on dirait que tu pleures, Cette nuit, c'est le triste et le suprême accueil. . . Va-t'en tout doucement le long des calmes heures Avec tes yeux mi-clos sur tes regards en deuil. Tu pars avec la foi baignant tes yeux célestes Et ton front incliné de toutes les douleurs, Avec le grand oubli qui s'endort dans tes gestes, Tes gestes qui frôlaient, muets comme des fleurs. La plaine est en repos comme un champ de bataille, La tristesse pardonne aux cris lointains du jour Et mon âme ce soir s'attendrit et tressaille Ainsi qu'une douleur devant des yeux d'amour. Oh! la lumière en pleurs descend dans l'étendue, Et le ciel somptueux frémit comme un grand deuil. Je vois au fond du soir trembler, l'âme perdue, Les grands cierges déserts qui veillent sur le seuil. Tout entière la nuit s'adoucit comme une âme, Je sens autour de moi la douleur du ciel pur, Les pauvres souvenirs qui veillent sur la flamme Et qui seront drapés dans des sanglots d'azur. La terre grise attend dans l'heure désolée, J'entends le vent lointain, j'entends le vent souffrir, Pauvre ange sans couleur perdu dans la vallée. . . Les fleurs en touffes d'or sont tristes à mourir. . . Et tout va reposer du repos de lumière; Du fond de l'horizon un grand sanglot voilé Traverse lentement le silence en prière. L'hymne de chaque soir erre au ciel étoilé. Sans borne, un océan s'attriste sur le sable. Dans un dernier élan le vent est mort de froid. . . L'horizon s'est noyé dans l'ombre inconsolable Et toute la nuit pleure, et j'ai pitié de moi! Silence. Dans la solitude qu'on voit. La vie est trop calme et trop bonne Qui nous exauce de rayons; Le champ permet que nous venions, L'horizon s'élargit et donne. . . Avec son bonheur d'accueillir, L'aube tendre est une merveille. Le doux soir nous donne sa veille Comme sa douceur à cueillir. Sur la montagne qui s'ennuie Le soleil pleure malgré lui; C'est par hasard qu'un éclair luit, C'est sans savoir que vient ta pluie. . . Mystérieuse et sans souffrir, La nuit pâle fait toujours place. . . Restons là, nous avons l'espace. L'univers nous laisse dormir. Le ciel écoute les apôtres. . . Le destin nous voit à genoux. Là-bas, là-bas, plus loin que nous, L'avenir est comme les autres! La Chanson Du Soir. Sois la grandeur, la grandeur même. . . Tandis que tu chantes, j'écoute L'éternel adieu d'autrefois, Tout ce qui tremble dans ta voix Du bonheur laissé sur la route. Plaintive, tu chantes toujours; Comme notre soir est docile. . . Notre divinité tranquille C'est la longueur de tous les jours. C'est de porter, très monotone, Le sceptre de ne croire à rien, C'est les soirs où l'on se souvient, Où l'on frissonne, où l'on pardonne. C'est le mal qu'hier soit passé, Que l'aube ne t'a point suivie, C'est le silence de la vie À la prière du passé. C'est pourquoi, calme enfant qui cueilles Ce passé qui fut de l'espoir, Dans ta pauvre chanson du soir Les mots tremblent comme des feuilles. Le coeur finit par s'endormir De la tristesse de chaque heure, Puisque c'est la loi que tout meure Et que tout pleure de mourir. Au crépuscule qui te noie, Ô toi qui ne souris jamais, Tes yeux purs sont toute la paix, Ton coeur est grand comme la joie! Que ton âme sans horizon, Accueillante à tout, triste et pure, Soit le calme de la nature Et la souffrance des maisons. Oh! sois douce, grave et bénie, Toi qui m'as chanté la chanson Où j'ai senti comme un frisson Que la douleur est infinie. Que nous importe l'avenir, Moi, vieux coeur que le temps affame, Et toi, grande âme et pauvre femme, Qui n'attendons plus rien venir! Tu hantes la vieille demeure Parmi le soir paisible et doux, Et tu chantes: autour de nous Rien n'écoute et pourtant tout pleure. L'Oubli. Je ne la verrai presque plus. . . Je n'ai rien en moi qui résiste À ce qui fuit tout doucement. Je n'ai rien en moi qui m'assiste. . . Je m'assois au rayon dormant, J'écoute passer le jour triste, Je suis triste tout simplement. Dans la cour une voix ravie Chante un refrain toujours pareil Sur la route toujours suivie. Un rayon coule en ce sommeil; Je sens le calme de la vie Qui ne dit rien dans le soleil. Mon mal est fini comme un drame. Nul remords, n'importe lequel. Le soleil traîne avec sa flamme Sur le mur, silence éternel. Et le jour passe dans mon âme Comme s'il passait dans le ciel. Je n'ai que la mélancolie D'avoir bien fini de souffrir; Doucement, dans l'heure pâlie, Le rayon pâle vient s'offrir. . . Le printemps commence et j'oublie, Je vais vivre, je vais mourir. Humble dans le soleil modeste, Je sens tout m'abandonner, tout. J'oublie un peu dans chaque geste. Tout s'endort, je ne suis plus fou. Ta chanson s'éloigne et je reste, Et je ne pleure pas beaucoup. Pourtant, le long des grands espaces Parfois, il tressaille un adieu; Parfois, à mes paupières lasses, Le jour tendre frémit un peu, Toi qui t'en vas, toi qui t'effaces, Toi qui montes dans le ciel bleu. Un reste de lumière trône Au firmament déjà bien noir; Par la pauvre fenêtre jaune Le ciel a tremblé sans savoir; Ton souvenir est une aumône Dans la misère de ce soir. Le Premier Poète. Immobile comme on le doit, Près du troupeau, près de la butte, L'enfant, tout le long de sa flûte Cherchait sors âme avec ses doigts. Il contemplait l'eau qui module, L'arbre sensible, le sommet; Tout ce mystère qu'il nommait, Parmi le silence crédule. Et le ciel bleu penché partout, Et la lumière sans limite. Il disait, inspiré: « J'imite « Le bonheur de regarder tout. « Voici régner le soleil vague, « Voile terrible des grands champs; « Je voudrais que mon sombre chant « Fût beau comme un regard qui vague. » Le monde s'éveillait, bercé, Et c'était le printemps des choses, Puisqu'une bouche était éclose Sur le grand désert du passé. Prière A Soi. Après la fête automnale, Rempli d'une horreur d'espoir, Je reviens, vision pâle, Dans mon soir! On dirait que les champs meurent, Au soleil illimité. Je m'arrête; mes yeux pleurent De beauté. La terre est une prière, L'ombre s'est mise à genoux, Et je sens que la lumière Vient à nous. Je vais, je vais reconnaître Le seuil docile, éternel, Les murs gris, et la fenêtre Dans le ciel. Et près de la vitre éclose On peut me voir un moment, M'incliner vers toute chose Tristement. Et voilé du long silence, Tremblant de faim et de froid, Je comprends, angoisse immense, Que c'est moi! Le pauvre monde m'implore, L'ombre est l'ombre d'autrefois. . . Mes bras s'étendent, j'adore, Et je crois. Le Prophète. Il répondit: « Tu viens bien tard. » Le soir sur l'univers vague comme un appel, Je vois des bras confus près d'un mur clair et sombre; Et tout se sacrifie à la pâleur du ciel. Le crépuscule veut la prière qui sombre, Le peu que nous avons en nous de maternel À l'heure vague et triste où l'on se donne à l'ombre. Tu t'assois sur un banc comme pour mendier. . . Le demi-jour est plein de foules disparues, Le silence est un cri qui ne peut pas crier. Comme l'Autre, Seigneur, tu verras dans les rues Les hommes revenir en pleurs pour oublier, Et les filles qui rient pour être secourues! Que les vieux jours sont loin, que tous les jours sont vieux, Dans ce dernier refuge où d'année en année, Le soleil a laissé l'épave de tes yeux! Attendri, comme tout dans l'heure abandonnée, Tes regards ont cherché d'abord au fond des cieux Un peu de la blancheur où s'en va la journée. Et rien ne te couronne, et rien ne t'a chanté, Et nul ne te connaît des enfants et des hommes Dans le dernier refuge où tu t'es arrêté. Le destin fut amer au vieux inonde où nous sommes; Si peu que nous ayons aimé la vérité, La vérité peut-être a moins aimé les hommes! Et tu tendras les mains vers le jour épié. Le soir est inutile à la ville de pierre Et l'azur dans le ciel semble crucifié. Entr'ouvrant sur ta lèvre un baiser de prière, Et redressant un peu ta joie et ta pitié, Tu sentiras tout seul l'aumône de lumière. Oh, c'eût été si vague et si bon d'être heureux. . . Ils n'auraient presque pas vu changer le soir pâle Qu'il tombât en silence ou qu'il tombât pour eux. Voici que doucement ta nuit est triomphale, Tu te lèves, baigné d'un soleil ténébreux, Et l'ombre se caresse entre tes doigts d'opale Demeure, pâle et dur, dans le silence en choeur, Si dépouillé, si las, au fond de ta défaite, Que l'on voit presque à nu la clarté de ton coeur. Seigneur, toi que l'on trompe et qui baisses la tète, Tu sentiras, brûlé par le soir de longueur, La faim qui crie en toi comme une grande fête. Laissons les maladroits et les irrésolus Qui prêchent d'oublier tout doucement, sans cause, Et qui croient consolés ceux qui ne souffrent plus; Et le fou méprisant combien toute âme est close Qui, de sa foi béate ivre de plus en plus, Rêve de consoler quelqu'un ou quelque chose. Tous ceux que la douleur n'a pas faits douloureux, Au milieu du désert, sans haine, sans envie, Les pauvres égarés qui peuvent être heureux; Ceux qui croient que l'amour mérite qu'on l'envie, Ceux qui peuvent dormir quand la nuit est sur eux Et qui nomment le ciel ce qui manque à la vie. Prière. Va sans savoir, respire, écoute. Dis ta gloire n'importe auquel; Si grand que tu sois sur la route L'amour te laisse, comme un ciel. Au milieu des cris du théâtre Et de leurs serments de malheur, Écoute, étoilé comme un pâtre, Le silence de la douleur. Moi qui ne sais pas de prière, Toi si bon au-dessus de nous, Je voudrais sourire à la mère Qui t'a tenu sur ses genoux. Permets qu'à tes pieds adorables On rêve, on rêve aux jours d'avant Où, comme les plus misérables Tu n'étais qu'un petit enfant. Tous les nids sont un peu prospères, Nous sortons tous d'un vague abri. . . Les dieux et les pauvres sont frères Par le peu d'enfance qui rit. Comme ma dernière tendresse, Veux-tu qu'en un soir effacé Je sois un peu de la caresse Des seuls jours qui t'ont caressé!. . . Au lieu de crier solitaire Puisse le soir être avec toi; Puisses-tu parfois sur la terre Sourire sans savoir pourquoi! L'Absent. Tu deviens la vie incertaine. . . Toi dont le grand coeur fut le nôtre, Plein de douceur et de secours! Tu partis, le soir, comme un autre. Il me semble que c'est toujours!. . . Nous, dont les rêves se hasardent, Nous vivons ton sublime adieu, Et nous yeux s'ouvrent et regardent Le départ qui t'a fait vrai dieu. Et depuis, ta fête invincible Nous rend inutiles et las. . . Que fais-tu, toujours impassible Dans la gloire d'être là-bas! Tu nous domines de silence, Tu nous hantes d'éternité. . . Dans quelle effroyable distance Vas-tu, plein d'immobilité! Nous avons beau, nous les victimes, Aimer et rire à nos amours, Sur la lampe et les fronts intimes L'éloignement veille toujours! Dans le salon aux nuits splendides, Le froid nous glace les genoux, Les grands murs sont noirs et placides. Tu ne dis rien, bien loin de nous. . . Quand l'heure approche où tout sommeille, Quand le foyer tiède est berceur, Nous forçons, forçons notre veille, Épouvantés par ta douceur! Quand tout repose dans les villes, Dressés comme sous une loi, Nous sentons à nos doigts fébriles La fenêtre s'ouvrir à toi! Sacrés, somptueux, en silence, Nous voyons naître en la cité Ce frisson de magnificence Dont tressaille la vérité. . . Et poursuivis par ton absence, En quête de paix sans espoir, Parmi l'heure qui nous encense, Descendons aux jardins du soir. . . Là, jusqu'au ciel bleuâtre et sombre, La vie est grande comme un roi. Les troncs resplendissent dans l'ombre, La gloire qui passe, c'est toi! La Mort Du Silence. Dans mon âme aux tendresses folles, À l'enthousiasme étoilé, Est un grand bienfait de paroles, Et je n'ai pas encor parlé. . . Oh! la caresse toujours prête Des mots qu'on n'a pas dits encor, La grande et bienheureuse fête, De voir demain comme un trésor. . . Les gloires encor mal acquises, Les chants encor mystérieux, Toutes les promesses exquises Par lesquelles je vivrai vieux. . . C'est mon orgueil fou de vaillance, C'est l'avenir ivre de foi, C'est la splendeur de mon absence Quand l'homme rêvera de moi. L'espérance sage et bénie Est radieuse au fond de moi, Et ma gratitude infinie Attend l'heure où je serai roi. Sûr d'une vague apothéose, Je suis le sage aux arbres noirs Qui se sourit et se repose Au paradis perdu des soirs!. . . Mon rêve isolé, magnifique Tressaille, écoute, attend en choeur Quand l'avenir n'est que musique Dans l'ombre adorable du coeur. Cette paix étroite et bénie Cette paix qui va s'en aller, Qui va jeter mon harmonie À la victoire de parler! La sombre et grise mélodie Qui doit éclairer les vivants Attend le soir de l'incendie, Le soir ébauché par les vents! Quand l'heure viendra qu'on y croie, Mes voeux, mes vertus, ma bonté Jailliront pour mourir de joie Dans l'implacable vérité. Je n'aurai plus, seul, sans histoire, Que mon élan pour m'appuyer. . . Hélas, ô sacrifice, ô gloire, Ô silence qui va saigner. Source: http://www.poesies.net