Regards Et Jeux Dans L’Espace. Hector De Saint-Denys Garneau. (1912-1943) TABLE DES MATIERES. I JEUX. C'est là sans appui... Le Jeu. Nous ne sommes pas... Spectacle De La Danse. Rivière De Mes Yeux. II ENFANTS. Les Enfants. Portrait. III ESQUISSES EN PLEIN AIR. La Voix Des Feuilles. L'Aquarelle. Flûte. Saules. Les Ormes. Saules. Pins A Contre-Jour. IV DEUX PAYSAGES. Paysage En Deux Couleurs Sur Fond Du Ciel. Un Mort Demande A Boire. V DE GRIS EN PLUS NOIR. Spleen. Maison Fermée. Fièvre. VI FACTION. Commencement Perpétuel. Autrefois. Faction. VII SANS TITRE. Tu croyais tout tranquille... Qu'est-ce qu'on peut... Petite Fin Du Monde. Accueil. Cage D'Oiseau. Accompagnement. I JEUX. C’est là sans appui... Je ne suis pas bien du tout assis sur cette chaise Et mon pire malaise est un fauteuil où l’on reste Immanquablement je m’endors et j’y meurs. Mais laissez-moi traverser le torrent sur les roches Par bonds quitter cette chose pour celle-là Je trouve l’équilibre impondérable entre les deux C’est là sans appui que je me repose. Le Jeu. Ne me dérangez pas je suis profondément occupé Un enfant est en train de bâtir un village C’est une ville, un comté Et qui sait Tantôt l’univers. Il joue Ces cubes de bois sont des maisons qu’il déplace et des châteaux Cette planche fait signe d’un toit qui penche ça n’est pas mal à voir Ce n’est pas peu de savoir où va tourner la route de cartes Cela pourrait changer complètement le cours de la rivière À cause du pont qui fait un si beau mirage dans l’eau du tapis C’est facile d’avoir un grand arbre Et de mettre au-dessous une montagne pour qu’il soit en haut. Joie de jouer! paradis des libertés! Et surtout n’allez pas mettre un pied dans la chambre On ne sait jamais ce qui peut être dans ce coin Et si vous n’allez pas écraser la plus chère des fleurs invisibles Voilà ma boite à jouets Pleine de mots pour faire de merveilleux enlacements Les allier séparer marier, Déroulements tantôt de danse Et tout à l’heure le clair éclat du rire Qu’on croyait perdu Une tendre chiquenaude Et l’étoile Qui se balançait sans prendre garde Au bout d’un fil trop ténu de lumière Tombe dans l’eau et fait des ronds. De l’amour de la tendresse qui donc oserait en douter Mais pas deux sous de respect pour l’ordre établi Et la politesse et cette chère discipline Une légèreté et des manières à scandaliser les grandes personnes Il vous arrange les mots comme si c’étaient de simples chansons Et dans ses yeux on peut lire son espiègle plaisir À voir que sous les mots il déplace toutes choses Et qu’il en agit avec les montagnes Comme s’il les possédait en propre. Il met la chambre à l’envers et vraiment l’on ne s’y reconnaît plus Comme si c’était un plaisir de berner les gens. Et pourtant dans son oeil gauche quand le droit rit Une gravité de l’autre monde s’attache à la feuille d’un arbre Comme si cela pouvait avoir une grande importance Avait autant de poids dans sa balance Que la guerre d’Éthiopie Dans celle de l’Angleterre. Nous ne sommes pas... Nous ne sommes pas des comptables Tout le monde peut voir une piastre de papier vert Mais qui peut voir au travers si ce n’est un enfant Qui peut comme lui voir au travers en toute liberté Sans que du tout la piastre l’empêche ni ses limites Ni sa valeur d’une seule piastre Mais il voit par cette vitrine des milliers de jouets merveilleux Et n’a pas envie de choisir parmi ces trésors Ni désir ni nécessité Lui Mais ses yeux sont grands pour tout prendre. Spectacle De La Danse. Mes enfants vous dansez mal Il faut dire qu’il est difficile de danser ici Dans ce manque d’air Ici sans espace qui est toute la danse. Vous ne savez pas jouer avec l’espace Et vous y jouez Sans chaînes Pauvres enfants qui ne pouvez pas jouer. Comment voulez-vous danser j’ai vu les murs La ville coupe le regard au début Coupe à l’épaule le regard manchot Avant même une inflexion rythmique Avant, sa course et repos au loin Son épanouissement au loin du paysage Avant la fleur du regard alliage au ciel Mariage au ciel du regard Infinis rencontrés heurt Des merveilleux. La danse est seconde mesure et second départ Elle prend possession du monde Après la première victoire Du regard Qui lui ne laisse pas de trace en l’espace - Moins que l’oiseau même et son sillage Que même la chanson et son invisible passage Remuement imperceptible de l’air - Accolade, lui, par l’immatériel Au plus près de l’immuable transparence Comme un reflet dans l’onde au paysage Qu’on n’a pas vu tomber dans la rivière Or la danse est paraphrase de la vision Le chemin retrouvé qu’ont perdu les yeux dans le but Un attardement arabesque à reconstruire Depuis sa source l’enveloppement de la séduction. Rivière De Mes Yeux. Ô mes yeux ce matin grands comme des rivières Ô l’onde de mes yeux prêts à tout refléter Et cette fraîcheur sous mes paupières Extraordinaire Tout alentour des images que je vois Comme un ruisseau rafraîchit l’île Et comme l’onde fluante entoure La baigneuse ensoleillée II ENFANTS. Les Enfants. Les enfants Ah! Les petits monstres Ils vous ont sauté dessus Comme ils grimpent après les trembles Pour les fléchir Et les faire pencher sur eux Ils ont un piège Avec une incroyable obstination Ils ne vous ont pas laissés Avant de vous avoir gagnés Alors ils vous ont laissés Les perfides vous ont abandonnés Se sont enfuis en riant. Il y en a qui sont restés Quand les autres sont partis jouer Ils sont restés assis gravement. Il en est qui sont allés Jusqu’au bout de la grande allée Leur rire s’est suspendu Pendant qu’ils se retournaient Pour vous voir qui les regardiez Un remords et un regret Mais il n’était pas perdu Il a repris sa fusée Qu’on entend courir en l’air Cependant qu’eux sont disparus Quand l’allée a descendu. Portrait. C’est un drôle d’enfant C’est un oiseau Il n’est plus là Il s’agit de le trouver De le chercher Quand il est là Il s’agit de ne pas lui faire peur C’est un oiseau C’est un colimaçon. Il ne regarde que pour vous embrasser Autrement il ne sait pas quoi faire avec ses yeux Où les poser Il les tracasse comme un paysan sa casquette Il lui faut aller vers vous Et quand il s’arrête Et s’il arrive Il n’est plus là Alors il faut le voir venir Et l’aimer durant son voyage. III ESQUISSES EN PLEIN AIR. La Voix Des Feuilles. La voix des feuilles Une chanson Plus claire un froissement De robes plus claires aux plus transparentes couleurs. L'Aquarelle. Est-il rien de meilleur pour vous chanter les champs Et vous les arbres transparents Les feuilles Et pour ne pas cacher la moindre des lumières Que l’aquarelle cette claire Claire tulle ce voile clair sur le papier. Flûte. Tous les champs ont soupiré par une flûte Tous les champs à perte de vue ondulés sur les buttes Tendus verts sur la respiration calme des buttes Toute la respiration des champs a trouvé ce petit ruisseau vert de son pour sortir À découvert Cette voix verte presque marine Et soupiré un son tout frais Par une flûte. Saules. Les saules au bord de l’onde La tête penchée Le vent peigne leurs chevelures longues Les agite au-dessus de l’eau Pendant qu’ils songent Et se plaisent indéfiniment Aux jeux du soleil dans leur feuillage froid Ou quand la nuit emmêle ses ruissellements. Les Ormes. Dans les champs Calmes parasols Sveltes, dans une tranquille élégance Les ormes sont seuls ou par petites familles. Les ormes calmes font de l’ombre Pour les vaches et les chevaux Qui les entourent à midi. Ils ne parlent pas Je ne les ai pas entendus chanter Ils sont simples Ils font de l’ombre légère Bonnement Pour les bêtes. Saules. Les grands saules chantent Mêlés au ciel Et leurs feuillages sont des eaux vives Dans le ciel Le vent Tourne leurs feuilles D’argent Dans la lumière Et c’est rutilant Et mobile Et cela flue Comme des ondes On dirait que les saules coulent Dans le vent Et c’est le vent Qui coule en eux. C’est des remous dans le ciel bleu Autour des branches et des troncs La brise chavire les feuilles Et la lumière saute autour Une féerie Avec mille reflets Comme des trilles d’oiseaux-mouches Comme elle danse sur les ruisseaux Mobile Avec tous ses diamants et tous ses sourires. Pins A Contre-Jour. Dans la lumière leur feuillage est comme l’eau Des îles d’eau claire Sur le noir de l’épinette ombrée à contre-jour Ils ruissellent Chaque aigrette et la touffe Une île d’eau claire au bout de chaque branche Chaque aiguille un reflet un fil d’eau vive Chaque aigrette ruisselle comme une petite source qui bouillonne Et s’écoule On ne sait où. Ils ruissellent comme j’ai vu ce printemps Ruisseler les saules eux l’arbre entier Pareillement argent tout reflet tout onde Tout fuite d’eau passage Comme du vent rendu visible Et paraissant Liquide À travers quelque fenêtre magique. IV DEUX PAYSAGES. Paysage En Deux Couleurs Sur Fond Du Ciel. La vie la mort sur deux collines Deux collines quatre versants Les fleurs sauvages sur deux versants L’ombre sauvage sur deux versants. Le soleil debout dans le sud Met son bonheur sur les deux cimes L’épand sur faces des deux pentes Et jusqu’à l’eau de la vallée (Regarde tout et ne voit rien) Dans la vallée le ciel de l’eau Au ciel de l’eau les nénuphars Les longues tiges vont au profond Et le soleil les suit du doigt (Les suit du doigt et ne sent rien) Sur l’eau bercée de nénuphars Sur l’eau piquée de nénuphars Sur l’eau percée de nénuphars Et tenue de cent mille tiges Porte le pied des deux collines Un pied fleuri de fleurs sauvages Un pied rongé d’ombre sauvage. Et pour qui vogue en plein milieu Pour le poisson qui saute au milieu (Voit une mouche tout au plus) Tendant les pentes vers le fond Plonge le front des deux collines Un de fleurs fraîches dans la lumière Vingt ans de fleurs sur fond de ciel Un sans couleur ni de visage Et sans comprendre et sans soleil Mais tout mangé d’ombre sauvage Tout composé d’absence noire Un trou d’oubli - ciel calme autour. Un Mort Demande A Boire. Un mort demande à boire Le puits n’a plus tant d’eau qu’on le croirait Qui portera réponse au mort La fontaine dit mon onde n’est pas pour lui. Or voilà toutes ses servantes en branle Chacune avec un vase à chacune sa source Pour apaiser la soif du maître Un mort qui demande à boire. Celle-ci cueille au fond du jardin nocturne Le pollen suave qui sourd des fleurs Dans la chaleur qui s’attarde à l’enveloppement de la nuit Elle développe cette chair devant lui Mais le mort a soif encore et demande à boire Celle-là cueille par l’argent des prés lunaires Les corolles que ferma la fraîcheur du soir Elle en fait un bouquet bien gonflé Une tendre lourdeur fraîche à la bouche Et s’empresse au maître pour l’offrir Mais le mort a soif et demande à boire Alors la troisième et première des trois soeurs S’empresse elle aussi dans les champs Pendant que surgit au ciel d’orient La claire menace de l’aurore Elle ramasse au filet de son tablier d’or Les gouttes lumineuses de la rosée matinale En emplit une coupe et l’offre au maître Mais il a soif encore et demande à boire. Alors le matin parait dans sa gloire Et répand comme un vent la lumière sur la vallée Et le mort pulvérisé Le mort percé de rayons comme une brume S’évapore et meurt Et son souvenir même a quitté la terre. V DE GRIS EN PLUS NOIR. Spleen. Ah! quel voyage nous allons faire Mon âme et moi, quel lent voyage Et quel pays nous allons voir Quel long pays, pays d’ennui. Ah! d’être assez fourbu le soir Pour revenir sans plus rien voir Et de mourir pendant la nuit Mort de moi, mort de notre ennui. Maison Fermée. Je songe à la désolation de l’hiver Aux longues journées de solitude Dans la maison morte - Car la maison meurt où rien n’est ouvert - Dans la maison close, cernée de forêts Forêts noires pleines De vent dur Dans la maison pressée de froid Dans la désolation de l’hiver qui dure Seul à conserver un petit feu dans le grand âtre L’alimentant de branches sèches Petit à petit Que cela dure Pour empêcher la mort totale du feu Seul avec l’ennui qui ne peut plus sortir Qu’on enferme avec soi Et qui se propage dans la chambre Comme la fumée d’un mauvais âtre Qui tire mal vers en haut Quand le vent s’abat sur le toit Et rabroue la fumée dans la chambre Jusqu’à ce qu’on étouffe dans la maison fermée Seul avec l’ennui Que secoue à peine la vaine épouvante Qui nous prend tout à coup Quand le froid casse les clous dans les planches Et que le vent fait craquer la charpente Les longues nuits à s’empêcher de geler Puis au matin vient la lumière Plus glaciale que la nuit. Ainsi les longs mois à attendre La fin de l’âpre hiver. Je songe à la désolation de l’hiver Seul Dans une maison fermée. Fièvre. Reprend le feu Sous les cendres Attention On ne sait pas Dans les débris Attention On sait trop bien Dans les débris Le moindre souffle et le feu part Au fond du bois Le feu reprend Sournoisement De moins en plus fort Attention Le feu reprend Brûle le vent à son passage Le feu reprend Mais où passer Dans les débris Tout fracassés Dans les écopeaux Bien tassés La chaleur chauffe Le vent se brûle La chaleur monte Et brouille le ciel À lueurs lourdes La chaleur sourde Chauffe et me tord La chaleur chauffe Sans flamme claire La chaleur monte Sans oriflamme Brouillant le ciel Tremblant les arbres Brûlant le vent à son passage. Le paysage Demande grâce Les bêtes ont les yeux effarés Les oiseaux sont égarés Dans la chaleur brouillant le ciel Le vent ne peut plus traverser Vers les grands arbres qui étouffent Les bras ouverts Pour un peu d’air Le paysage demande grâce Et la chaleur intolérable Du feu repris Dans les débris Est sans une fissure aucune Pour une flamme Ou pour le vent. VI FACTION. Commencement Perpétuel. Un homme d’un certain âge Plutôt jeune et plutôt vieux Portant des yeux préoccupés Et des lunettes sans couleur Est assis au pied d’un mur Au pied d’un mur en face d’un mur Il dit je vais compter de un à cent À cent ça sera fini Une bonne fois une fois pour toutes Je commence un deux et le reste Mais à soixante-treize il ne sait plus bien C’est comme quand on croyait compter les coups de minuit et qu’on arrive à onze Il fait noir comment savoir On essaye de reconstruire avec les espaces le rythme Mais quand est-ce que ça a commencé Et l’on attend la prochaine heure Il dit allons il faut en finir Recommençons une bonne fois Une fois pour toutes De un à cent Un... Autrefois. Autrefois j’ai fait des poèmes Qui contenaient tout le rayon Du centre à la périphérie et au-delà Comme s’il n’y avait pas de périphérie mais le centre seul Et comme si j’étais le soleil: à l’entour l’espace illimité C’est qu’on prend de l’élan à jaillir tout au long du rayon C’est qu’on acquiert une prodigieuse vitesse de bolide Quelle attraction centrale peut alors empêcher qu’on s’échappe Quel dôme de firmament concave qu’on le perce Quand on a cet élan pour éclater dans l’Au-delà. Mais on apprend que la terre n’est pas plate Mais une sphère et que le centre n’est pas au milieu Mais au centre Et l’on apprend la longueur du rayon ce chemin trop parcouru Et l’on connaît bientôt la surface Du globe tout mesuré inspecté arpenté vieux sentier Tout battu Alors la pauvre tâche De pousser le périmètre à sa limite Dans l’espoir à la surface du globe d’une fissure, Dans l’espoir et d’un éclatement des bornes Par quoi retrouver libre l’air et la lumière. Hélas tantôt désespoir L’élan de l’entier rayon devenu Ce point mort sur la surface. Tel un homme Sur le chemin trop court par la crainte du port Raccourcit l’enjambée et s’attarde à venir Il me faut devenir subtil Afin de, divisant à l’infini l’infime distance De la corde à l’arc, Créer par ingéniosité un espace analogue à l’Au-delà Et trouver dans ce réduit matière Pour vivre et l’art. Faction. On a décidé de faire la nuit Pour une petite étoile problématique A-t-on le droit de faire la nuit Nuit sur le monde et sur notre coeur Pour une étincelle Luira-t-elle Dans le ciel immense désert On a décidé de faire la nuit pour sa part De lâcher la nuit sur la terre Quand on sait ce que c’est Quelle bête c’est Quand on a connu quel désert Elle fait à nos yeux sur son passage On a décidé de lâcher la nuit sur la terre Quand on sait ce que c’est Et de prendre sa faction solitaire Pour une étoile encore qui n’est pas sûre Qui sera peut-être une étoile filante Ou bien le faux éclair d’une illusion Dans la caverne que creusent en nous Nos avides prunelles. VII SANS TITRE. Tu croyais tout tranquille... Tu croyais tout tranquille Tout apaisé Et tu pensais que cette mort était aisée Mais non, tu sais bien que j’avais peur Que je n’osais faire un mouvement Ni rien entendre Ni rien dire De peur de m’éveiller complètement Et je fermais les yeux obstinément Comme un qui ne peut s’endormir Je me bouchais les oreilles avec mon oreiller Et je tremblais que le sommeil ne s’en aille Que je sentais déjà se retirer Comme une porte ouverte en hiver Laisse aller la chaleur tendre Et s’introduire dans la chambre Le froid qui vous secoue de votre assoupissement Vous fouette Et vous rend conscient nettement comme l’acier Et maintenant Les yeux ouverts les yeux de chair trop grands ouverts Envahis regardent passer Les yeux les bouches les cheveux Cette lumière trop vibrante Qui déchire à coups de rayons La pâleur du ciel de l’automne Et mon regard part en chasse effrénément De cette splendeur qui s’en va De la clarté qui s’échappe Par les fissures du temps L’automne presque dépouillé De l’or mouvant Des forêts Et puis ce couchant Qui glisse au bord de l’horizon À me faire crier d’angoisse Toutes ces choses qu’on m’enlève J’écoute douloureux comme passe une onde Les chatoiements des voix et du vent Symphonie déjà perdue déjà fondue En les frissons de l’air qui glisse vers hier Les yeux le coeur et les mains ouvertes Mains sous mes yeux ces doigts écartés Qui n’ont jamais rien retenu Et qui frémissent Dans l’épouvante d’être vides Maintenant mon être en éveil Est comme déroulé sur une grande étendue Sans plus de refuge au sein de soi Contre le mortel frisson des vents Et mon coeur charnel est ouvert comme une plaie D’où s’échappe aux torrents du désir Mon sang distribué aux quatre points cardinaux. Qu'est-ce qu'on peut... Qu’est-ce qu’on peut pour notre ami au loin là-bas à longueur de notre bras Qu’est-ce qu’on peut pour notre ami Qui souffre une douleur infinie Qu’est-ce qu’on peut pour notre coeur Qui se tourmente et se lamente Qu’est-ce qu’on peut pour notre coeur Qui nous quitte en voyage tout seul Que l’on regarde d’où l’on est Comme un enfant qui part en mer De sur la falaise où l’on est Comme un enfant qu’un vaisseau prend Comme un bateau que prend la mer Pour un voyage au bout du vent Pour un voyage en plein soleil Mais la mer sonne déjà sourd Et le ressac s’abat plus lourd Et le voyage est à l’orage Et lorsque toute la mer tonne Et que le vent se lamente aux cordages Le vaisseau n’est plus qu’une plainte Et l’enfant n’est plus qu’un tourment Et de la falaise où l’on est Notre regard est sur la mer Et nos bras sont à nos côtés Comme des rames inutiles Nos regards souffrent sur la mer Comme de grandes mains de pitié Deux pauvres mains qui ne font rien Qui savent tout et ne peuvent rien Qu’est-ce qu’on peut pour notre coeur Enfant en voyage tout seul Que la mer à nos yeux déchira. Petite Fin Du Monde. Oh! Oh! Les oiseaux morts Les oiseaux les colombes nos mains Qu’est-ce qu’elles ont eu qu’elles ne se reconnaissent plus On les a vues autrefois Se rencontrer dans la pleine clarté se balancer dans le ciel se côtoyer avec tant de plaisir et se connaître dans une telle douceur Qu’est-ce qu’elles ont maintenant quatre mains sans plus un chant que voici mortes désertées J’ai goûté à la fin du monde et ton visage a paru périr devant ce silence de quatre colombes devant la mort de ces quatre mains Tombées en rang côte à côte Et l’on se demande À ce deuil quelle mort secrète quel travail secret de la mort par quelle voie intime dans notre ombre où nos regards n’ont pas voulu descendre La mort a mangé la vie aux oiseaux a chassé le chant et rompu le vol à quatre colombes alignées sous nos yeux de sorte qu’elles sont maintenant sans palpitation et sans rayonnement de l’âme. Accueil. Moi ce n’est que pour vous aimer Pour vous voir Et pour aimer vous voir Moi ça n’est pas pour vous parler Ça n’est pas pour des échanges conversations Ceci livré, cela retenu Pour ces compromissions de nos dons C’est pour savoir que vous êtes, Pour aimer que vous soyez Moi ce n’est que pour vous aimer Que je vous accueille Dans la vallée spacieuse de mon recueillement Où vous marchez seule et sans moi Libre complètement Dieu sait que vous serez inattentive Et de tous côtés au soleil Et tout entière en votre fleur Sans une hypocrisie en votre jeu Vous serez claire et seule Comme une fleur sous le ciel Sans un repli Sans un recul de votre exquise pudeur Moi je suis seul à mon tour autour de la vallée Je suis la colline attentive Autour de la vallée Où la gazelle de votre grâce évoluera Dans la confiance et la clarté de l’air Seul à mon tour j’aurai la joie Devant moi De vos gestes parfaits Des attitudes parfaites De votre solitude Et Dieu sait que vous repartirez Comme vous êtes venue Et je ne vous reconnaîtrai plus Je ne serai peut-être pas plus seul Mais la vallée sera déserte Et qui me parlera de vous? Cage D'Oiseau. Je suis une cage d’oiseau Une cage d’os Avec un oiseau L’oiseau dans ma cage d’os C’est la mort qui fait son nid Lorsque rien n’arrive On entend froisser ses ailes Et quand on a ri beaucoup Si l’on cesse tout à coup On l’entend qui roucoule Au fond Comme un grelot C’est un oiseau tenu captif La mort dans ma cage d’os Voudrait-il pas s’envoler Est-ce vous qui le retiendrez Est-ce moi Qu’est-ce que c’est Il ne pourra s’en aller Qu’après avoir tout mangé Mon coeur La source du sang Avec la vie dedans Il aura mon âme au bec. Accompagnement. Je marche à côté d’une joie D’une joie qui n’est pas à moi D’une joie à moi que je ne puis pas prendre Je marche à côté de moi en joie J’entends mon pas en joie qui marche à côté de moi Mais je ne puis changer de place sur le trottoir Je ne puis pas mettre mes pieds dans ces pas-là et dire voilà c’est moi Je me contente pour le moment de cette compagnie Mais je machine en secret des échanges Par toutes sortes d’opérations, des alchimies, Par des transfusions de sang Des déménagements d’atomes par des jeux d’équilibre Afin qu’un jour, transposé, Je sois porté par la danse de ces pas de joie Avec le bruit décroissant de mon pas à côté de moi Avec la perte de mon pas perdu s’étiolant à ma gauche Sous les pieds d’un étranger qui prend une rue transversale. Source: http://www.poesies.net