Poésies Posthumes. Hector De Saint-Denys Garneau. (1912-1943) TABLE DES MATIERES. JUVENIA. Le Pavyon De La France. Le Dinosaure. Cruelle. Lucille. L'Automne. L'Heure Du Souvenir. La Mort Du Fou. A Monsieur Gaudin. POÉMES RETROUVÉS. Ma Maison. Et j'évoque au retour... Lassitude. Les Pins. Allez-vous me quitter... Voix Du Vent. Pins. Silence. Parole sur ma lèvre... Tous Et Chacun. Glissement. La Flûte. Te voilà verbe... Angoisse. Quant à toi... Mains. Lanternes. Je me sens balancer... Je sors vous découvrir... Baigneuse. Musique. C'est eux qui m'ont tué... On dirait que sa voix... Au moment qu'on a fait la fleur... Identité... Un poème a chantonné tout le jour... Ah ! Ce n'est pas la peine... Figures à nos yeux... Mes paupières en se levant... Ma Solitude N'A Pas Eté Bonne. Et cependant dressé en nous... Et jusqu'au sommeil... À propos de cet enfant... Une sorte de repos... Dilemme. Il y a certainement... Il vient une belle enfant... Des navires bercés... Quand on est réduit à ses os... Nous avons attendu de la douleur... Bout du monde... Nous des ombres... C'en fut une de passage... Autre Icare. Je regarde en ce moment... Inventaire. Nous allons détacher nos membres... Le bleu du ciel... Monde Irrémédiable Désert. Après tant et tant de fatigue... Mon cher François... À part vingt-cinq fleurs... Après les plus vieux vertiges... Au lecteur... L'avenir nous met en retard... Les cheveux châtains... Les cils des arbres... Le diable, pour ma damnation... Et j'ai vécu... Et je prierai ta grâce... Et maintenant... Faible oripeau... Il nous est arrivé des aventures... J'avais son bras... Le jour, les hymnes... Leur coeur est ailleurs... Mon dessein... Nous avons trop pris garde... On n'avait pas fini... Poids Et Mesures. Quitte le monticule... Regards De Pitié. Réponse A Des Critiques. Un bon coup de guillotine... Note. JUVENIA. Le Pavyon De La France. Nos armes qui porte nos drapeau tricolor, qui brille sous les rayons d’or, du soleil qui dès l’aube du jour, les illumine tour à tour, Moi je trouve que dehors, moi je trouve que ça nous endore, sous les sons de nos clairons et de nos tanbours, c’est bien comme dans les petits bourgs de la France. Le Dinosaure. I Il était gigantesque Et son nom je vous dis Était presque Aussi grand que lui. II Il s’appelait Dinosaurus Et puis ce n’est pas tout Il s’appelait aussi Brontosaurus Et Amphibie; qu’en pensez-vous? III Et savez-vous comment Il a de ce monde disparu Et que depuis ce temps On ne l’a pas revu? IV C’est ce que de vous dire Il m’est venu l’idée Et j’espère qu’à me lire Vous vous amuserez. V Il était bien méchant, Et vous pourrez vous-mêmes, En juger, et peut-être plus méchant Que je ne le trouve, vous le trouverez même VI Une fois dans un jardin, Ce méchant animal Était entré, où le chien Était à son travail. VII Ce chien était le maître de la maison Et lui dit d’une manière bien polie: Monsieur, dont je ne connais pas le nom, Vous n’avez pas d’affaire ici. VIII Mais l’autre se mit à rire Et l’assomma; Et même il fit bien pire, Il le mangea! IX Lorsque du chien la femme Et les enfants virent cela Ils prièrent Notre-Dame De punir ce meurtrier-là. X Aussi leur prière Fut exaucée, et l’Éternel Le jeta dans la Mer Et le changea en sel. XI Maintenant que j’ai satisfait Votre curiosité, Je vais vous dire ce qui arriverait S’il n’avait cessé d’exister. XII Si en ce monde Il était aujourd’hui Nous serions de ce monde Tous à jamais partis. XIII Car s’il avait De vivre continué Il nous aurait Comme moucherons gobés. Cruelle. I Te souviens-tu Andrée Quand nous allions tous deux Dans le joli sentier? Alors, j’étais heureux! II Quand mes lèvres d’amant Se posaient sur les tiennes Dans un baiser fervent Je te disais: «Je t’aime!» III Te souviens-tu infidèle De ces beaux soirs d’été Qui par ta faute, cruelle Sont pour moi déjà passés! IV Car en ce jour maudit: Tu déchiras mon coeur Lorsque: «Monsieur, tu me dis, Cherchez l’amour ailleurs.» V Mais je ne cherche ailleurs Pourtant pas cet amour Et à quoi bon d’ailleurs Malheureux, je le serai toujours VI Et cependant que pour sauver la tienne Je donnerais avec amour ma vie Toi, pour mettre un peu d’espoir dans la mienne Tu ne me donnerais pas un seul baiser d’amie VII Et cependant mon amour repoussé Reste et restera toujours pour toi cruelle Vain amour je le sais, Mais amour fidèle! Lucille. (1) Depuis que je vous ai quittée, Oh! ma belle Lucille, Je voudrais toujours regarder Vos beaux yeux aux longs cils. Ma Lucille jolie, Quand seul je sors, le soir, Les étoiles me sourient Mais pour moi tout est Noir! Car, loin de vous chérie, Mon coeur est toujours sombre; La mélancolie Y vient jeter son ombre Mais quand je vous reverrai Votre sourire dissipera Cette ombre, et bien-aimée, Encore on parlera Des beaux rêves futurs Et des chagrins passés, Près du ruisseau qui murmure, Dans l’herbe pleine de rosée. L'Automne. Entre les feuilles aux vives couleurs Le soleil aux rayons ardents Se mire dans le ruisseau qui pleure Y fait danser mille diamants. Le moindre souffle de Borée Produit une superbe envolée D’or, de pourpre, de vermillon Comme un nuage de papillons. Et les feuilles ainsi emportées Tombent sur la verte mousse La couvrent d’un tapis coloré Des teintes vertes jusques aux rousses. Sous ce tapis le petit sentier Disparaît presque tout entier Comme le tapis disparaîtra Sous la neige dans quelques mois. Et les oiseaux transis de froid Quittent nos ramiers et nos bois Et partent par la voie des airs Vont se chauffer dans les déserts. L'Heure Du Souvenir. Voici l’heure éplorée au parfum de lilas Où l’on se ressouvient des choses que l’on regrette L’heure où tout dans les bois et les plaines s’apprête À l’oublieux sommeil des coeurs qui sont trop las Voici l’heure éplorée où l’on entend les pas Qu’on écoutait venir... où la brise répète L’aveu qu’on nous a dit par un bleu soir de fête Mais les yeux tant aimés, on ne les revoit pas Voici l’heure éplorée au parfum de mystère Où tout ne s’efface parmi le tremblement Dernier du vent qui meurt, l’heure où tout va se taire Où tout semble écouter la plainte de la terre Et du dernier espoir l’évanouissement... Voici l’heure éplorée aux sanglots solitaires La Mort Du Fou. L’avez-vous vue passer Ici, la blonde fille Au beau corps élancé, À l’oeil brun qui scintille D’un éclat indompté? Vous l’avez vue aller Là-bas, la blonde fille, Et sa leste cheville A gravi le rocher, Et son corps s’est penché Sur l’eau noire qui brille Et puis s’est élancé! Ha! Ha! La blonde fille! Ha! Ha! Son fiancé! Non! Laissez-moi passer! Ha! Ha! je vais aller. Au fond pour l’embrasser! A Monsieur Gaudin. Pauvre homme, je te plains! Ton talent est mal sûr Pour se moquer de ceux qu’a couronné la gloire. Celui qui délirait, pendant quelque nuit noire, «Je suis hanté: l’azur, l’azur, l’azur, l’azur!» Celui-là, je le crois, doit bien ne pas entendre Tes méchants vers, ta pire prose. Oh! je te plains! Osas-tu bien lever tes yeux de rancoeur pleins Et ton regard borné osa-t-il bien s’étendre Jusqu’à ce grand poète, et l’as-tu regardé Dans les yeux? Mon petit, son âme était trop belle Pour que tu la comprennes. Et tu te moques d’elle, Mais ta rage, petit, n’a pas pu l’insulter. Il est trop grand pour toi; cherche de moins sublimes Pour soulager ta bile et calmer ta rancoeur, Car ta voix est trop faible et ton verbe moqueur Est trop grêle et chétif pour atteindre à la cime Qu’il habite là-haut. Il faut t’en prendre à toi, À ta sottise, être borné, à la pâleur, À ton coeur indigent de beauté, sans ardeur Que celle qui s’efforce avec son souffle froid D’insulter aux élus que le ciel divinise. Tu fais un peu penser à quelque enfant chétif Qui de son bras mal sûr lance des cailloux gris Pour tuer le soleil! Ainsi, dans leur sottise, Les mots vils et petits que tu lances en l’air, N’atteignant pas le dieu tout au haut de l’Éther, Retombent sur le nez piteux de ta bêtise! POÉMES RETROUVÉS. Ma Maison. Je veux ma maison bien ouverte, Bonne pour tous les miséreux. Je l’ouvrirai à tout venant Comme quelqu'un se souvenant D'avoir longtemps pâti dehors, Assailli de toutes les morts Refusé de toutes les portes Mordu de froid, rongé d’espoir Anéanti d’ennui vivace Exaspéré d'espoir tenace Toujours en quête de pardon Toujours en chasse de péché. Et j’évoque au retour... Et j’évoque au retour dans l’ombre coutumière qui s’allonge déjà au déclin des coteaux ......le front serein et beau Où s’attarde et fleurit l’éternelle lumière Lassitude. Je ne suis plus de ceux qui donnent Mais de ceux-là qu’il faut guérir. Et qui viendra dans ma misère? Qui aura le courage d’entrer dans cette vie à moitié morte? Qui me verra sous tant de cendres, Et soufflera, et ranimera l’étincelle? Et m’emportera de moi-même, Jusqu’au loin, ah! au loin, loin! Qui m’entendra, qui suis sans voix Maintenant dans cette attente? Quelle main de femme posera sur mon front Cette douceur qui nous endort? Quels yeux de femme au fond des miens, au fond de mes yeux obscurcis, Voudront aller, fiers et profonds, Pourront passer sans se souiller, Quels yeux de femme et de bonté Voudront descendre en ce réduit Et recueillir, et ranimer et ressaisir et retenir Cette étincelle à peine là? Quelle voix pourra retentir, quelle voix de miséricorde voix claire, avec la transparence du cristal Et la chaleur de la tendresse, Pour me réveiller à l’amour, me rendre à la bonté, m’éveiller à la présence de Dieu dans l’univers? Quelle voix pourra se glisser, très doucement, sans me briser, dans mon silence intérieur? Les Pins. Les grands pins, vous êtes pour moi semblables à la mer. La rythmique lenteur de vos balancements, Vos grands sursauts quand vous luttez contre le vent, Vos rages soudaines, Vos révoltes, Ces grandes secousses qui jaillissent de vos racines, De vos racines inébranlables, Et tout le long du tronc, Tout au long du centre résistant (Les secousses qui s’amortissent dans les racines, dans le tronc, où tout meurt dans la paix et le calme.) S’en vont mourir à votre surface Dans le vert glauque des feuillages Qui frémissent au vent dur Et votre faîte se renverse comme une tête cabrée. Chaque tête de la forêt frémit, Mais d’un frisson intérieur Qui circule à travers le bois élastique des troncs (tendus) Dans la grande masse de la forêt De sorte que c’est bien semblable à la mer. Allez-vous me quitter... Allez-vous me quitter vous toutes les voix Vais-je vous perdre aussi chacune et toutes La symphonie et chaque parole Mon coeur va-t-il être encore comme si vous n’étiez pas Ce vide qui ne tient pas compte Qui ne retient pas ce qui est. Voix Du Vent. La grande voix du vent Toute une voix confuse au loin Puis qui grandit en s’approchant, devient Cette voix-ci, cette voix-là De cet arbre et de cet autre Et continue et redevient Une grande voix confuse au loin Pins. Vert duvet Bleus flocons légers Contre les feuilles, Argent vert Silence. Toutes paroles me deviennent intérieures Et ma bouche se ferme comme un coffre qui contient des trésors Et ne prononce plus ces paroles dans le temps, des paroles en passage, Mais se ferme et garde comme un trésor ses paroles Hors l’atteinte du temps salissant, du temps passager. Ses paroles qui ne sont pas du temps Mais qui représentent le temps dans l’éternel, Des manières de représentants Ailleurs de ce qui passe ici, Des manières de symboles Des manières d'évidences de l'éternité qui passe ici, Des choses uniques, incommensurables, Qui passent ici parmi nous mortels, Pour jamais plus jamais, Et ma bouche est fermée comme un coffre Sur les choses que mon âme garde intimes, Qu’elle garde Incommunicables Et possède ailleurs. Parole sur ma lèvre... Parole sur ma lèvre déjà prends ton vol, tu n’es plus à moi Va-t’en extérieure, puisque tu l'es déjà ennemie, Parmi toutes ces portes fermées. Impuissant sur toi maintenant dès ta naissance Je me heurterai à toi maintenant Comme à toute chose étrangère Et ne trouverai pas en toi de frisson fraternel Comme dans une fraternelle chair qui se moule à ma chair Et qui épouse aussi ma forme changeante. Tu es déjà parmi l’inéluctable qui m’encercle Un des barreaux pour mon étouffement. Tous Et Chacun. Tous et chacun, chacun et tous, interchangeables Deux mots, Signes De l’ineffable identité Où prend lumière tout le poème Nature, tu m’as chanté Le duo à voix équivoques, Immatériel balancement Par delà l’opacité du nombre, Flux et reflux de la même onde, ô l’onde unité, Vagues renaissantes infiniment Et pour rôle de dérouler La lumière jusque sur le rivage Celui-ci, celui-là, faites-vous plus qu’une seule chair Pour l’amour de mon âme qui vous maria. Tous et chacun réversibles, Et je n’ai pu souvent pour cet échange Que vous accoupler. Glissement. Qu’est-ce que je machine à ce fil pendu À ce fil une étoile à la lumière, Vais-je mourir là pendu Ou mourir un noyé fatigué de l’épave Glissement dans la mer qui vous enveloppe Une véritable soeur enveloppante Et qui transpose la lumière en descendant La conserve à vos yeux pour les emplir Souviens-toi de la mer qui t’a bercé, Vieux mort bercé au glissement de ce parcours Accompagné de lumière verte, Qui troublas d’un remous l’ordonnance de ses réseaux À travers les couches de l’onde innombrable; Et maintenant dans les fonds calmes caressé d’algues Souviens-toi des vagues et leurs bercements Vieux mort enfoui dans les silences sous-marins. La Flûte. Si près de l’émotion: Le souffle est là, la flûte l’épouse, Tout près, Tout contre le souffle. Te voilà verbe... Te voilà verbe en face de mon être un poème en face de moi Par une projection par-delà moi de mon arrière-conscience Un fils tel qu’on ne l’avait pas attendu Être méconnaissable, frère ennemi. Et voilà le poème encore vide qui m’encercle Dans l’avidité d’une terrible exigence de vie, M’encercle d’une mortelle tentacule, Chaque mot une bouche suçante, une ventouse Qui s’applique à moi Pour se gonfler de mon sang. Je nourrirai de moelle ces balancements. Angoisse. Et ma douleur même et cette soif se désagrègent Et me voilà dans une grande chambre vide Condensant quelques phrases d’un livre Quant à toi... Quant à toi dépasse la tour, Allonge la main au faîte de la tour Et fais signe à ceux qui n’ont pas de vue au-dedans. Fais ce silence et parle ces signes Afin qu’on sache qu’il est des choses dans la tour Que là-dedans vit quelque chose qu’on ne voit pas Mais existe, une perle précieuse. Mains. Mes mains ne vous embrassez pas Ce soir que ma vie flue par tous mes pores Ne vous embrassez pas dans le stérile embrassement de vous-mêmes Mais joignez-vous saintes que vous pouvez être Joignez-vous je vous prie Ô saintes mains Pour l’impondérable prière Et tantôt ouvrez-vous claires Pour le rayonnement de ce que vous reçûtes Lanternes. Vieilles Pauvres lumières pendues Immobiles parmi la fumée Comme des silences perdus Qu’est-ce que vous faites là, et qu’est-ce Je vous prie que vous regardez Lumières pendues mortes La tristesse comme vous des sourires tout faits Et des regards alentour Comme vous suspendus Aux seins branlants des danseuses de bazar Rouges et vertes et bleues Pauvres que vous êtes Vieilles, Mortes. Je me sens balancer... Je me sens balancer à la cime d’un arbre Non ces voix de femmes vous n’entamerez pas La pureté de mon chant Et si vous m’êtes hier fraternelles Cette chaleur étouffée où je m’endormirais J’ai trouvé ce soir dans ce cimier Parmi le froissement des feuilles comme une onde Le refuge parmi l’air clair espéré La vie dans le souvenir de la fraîcheur Je sors vous découvrir... Je sors vous découvrir ailleurs les poètes Chacun ailleurs en dehors de cette petite vie J’irai vous découvrir parmi la vie de tout le monde Et la mort de tout le monde Où tous ont étalé la fuite de leur vie sur le plancher Pas chez moi, je vous en prie. C’est là que vous allez vous éveiller Me décomposer tout l’univers Devant moi et le reconstruire À débordement de tous cadres. Baigneuse. Ah le matin dans mes yeux sur la mer Une claire baigneuse a ramassé sur elle toute la lumière du paysage. Musique. Musique pour moi ce soir, lointaine, Dévoilée au loin tu transportes là-bas mon âme Chanson des collines rythmes Que la distance réunit en ces faisceaux Bouquet du paysage horizontal. Est-ce que les enfants n’entendent pas cela tout le jour Et les anges, Ces paysages réunis dans une seule lumière Tu me parles paroles inouïes, Bouleversements de tout le coeur, Bercements jusqu’à l’infini des espoirs commencés, Des amours esquissés à peine enveloppés d’un geste Et qu’un désir à peine a fleuris dans mes yeux Et les départs à peine pour de lointaines contrées Sourires dans l’inconnu Ou larmes vous si cherchées Larmes à boire liqueur enivrante du coeur Qui coulez en dedans Jusqu’au trop plein de ce coeur qui s’écroule Adorable mine. Et ces fureurs Que je t’accueille amie Tu feras divine la torture Et cet amour mort comme un pays Épanoui qui se déroule au soleil immobile D’un jour que les heures n’ont pas mangé Tu rendras sang à ces souvenirs Déjà qui s’estompent Ou qui restent dans la chambre au fond De ce coeur toujours désaffecté Où passèrent tant de roses sans fleurir Et fleurs sans coeur au sein de la corolle Et corolles trop tôt fanées déjà Qui êtes tombées au milieu même de ces bercements Prodigués par l’air du soir à votre soif Et de ce désaltèrement de la matinale fraîcheur Musique pour moi tu donnes ce soir Vie ailleurs quasiment saintement joie (ailleurs) À ces choses mortes hier À ces commencements de jours mort-nés À ces espoirs enfin de fidélité parmi la ferveur Et renouvellement de toute la terre à l’aurore Musique chère soeur, Amie ce soir bientôt délaissée Et tu m’emplis, moi bassin Toi fontaine comme inépuisable de là-haut Par ton inépuisable source d’on ne sait où. Te voilà mienne en mes mains, ces âmes méritantes de mon corps, Mienne éternelle en passage Par ces mains-ci, par ces quêteuses de tendresse Et que rien n’a comblées Nécessitées à des plénitudes absolues Mains qui ne sont pas heureuses. Ces tristes voyez-vous, ces vides Voulantes assoiffées mains désirantes À qui je dis ce soir de se taire et que ce ne seront pas elles Ces mains de chair pâles Qui posséderont. Tu transformes ce désir perdu Éparpillé poussière à tous les vents de la journée En celui de saisir et posséder ici ma vie Ma vie inaccessible et mon âme trop lointaine De les posséder enfin des fleurs C’est eux qui m’ont tué... C’est eux qui m’ont tué Sont tombés sur mon dos avec leurs armes, m’ont tué Sont tombés sur mon coeur avec leur haine, m’ont tué Sont tombés sur mes nerfs avec leurs cris, m’ont tué C’est eux en avalanche m’ont écrasé Cassé en éclats comme du bois Rompu mes nerfs comme un câble de fil de fer Qui se rompt net et tous les fils en bouquet fou Jaillissent et se recourbent, pointes à vif Ont émietté ma défense comme une croûte sèche Ont égrené mon coeur comme de la mie Ont tout éparpillé cela dans la nuit Ils ont tout piétiné sans en avoir l’air, Sans le savoir, le vouloir, sans le pouvoir, Sans y penser, sans y prendre garde Par leur seul terrible mystère étranger Parce qu’ils ne sont pas à moi venus m’embrasser Ah! dans quel désert faut-il qu’on s’en aille Pour mourir de soi-même tranquillement. On dirait que sa voix... On dirait que sa voix est fêlée Déjà? Il rejoint parfois l’éclat du rire Mais quand il est fatigué Le son n’emplit pas la forme C’est comme une voix dans une chaudière Cela s’arrête au milieu Comme s’il ravalait le bout déjà dehors Cela casse et ne s’étend pas dans l’air Cela s’arrête et c’est comme si ça n’aurait pas dû commencer C’est comme si rien n’était vrai Moi qui croyais que tout est vrai à ce moment Déjà? Alors, qu’est-ce qui lui prend de vivre Et pourquoi ne s’être pas en allé? Au moment qu’on a fait la fleur... Au moment qu’on a fait la fleur De tout notre amour plongé en elle Quand la fatigue tout à coup la fane entre nos doigts Quand la fatigue tout à coup surgit alentour Et s’avance sur nous comme un cercle qui se referme L’ennemie qu’on n’attendait pas s’avance Et commence par effacer le monde hors de nous Efface le monde en s’approchant, Vient effacer la fleur entre nos mains Où notre amour était plongé et fleurissait Notre amour alors dépossédé rentre en nous Reflue en nous et nous prend au dépourvu Nous gonfle d’un flot trop lourd Nous abat d’un vertige inattendu Et nous sommes épouvantés Et comme désarmés devant cette parole Devant la tristesse de la parole de la chair Qu’on n’attendait pas et qui nous frappe comme un soufflet au visage. Identité... Identité Toujours rompue Le pas étrange de notre coeur Nous rejoint à travers la brume On l’entend quel drôle de cadran Le noeud s’est mis à sentir Les tours de corde dont il est fait Une chambre avec meubles Le cadran sur la console Tout cela fait partie de la chambre On regarde par la fenêtre On vient s’asseoir à son bureau On travaille On se repose Tout est tranquille Tout à coup : tic tac L’horloge vient nous rejoindre par les oreilles Vient nous tracasser par le chemin des oreilles Il vient à petits coups Tout casser la chambre en morceaux On lève les yeux; l’ombre a bougé la cheminée L’ombre pousse la cheminée Les meubles sont tout changés Et quand tout s’est mis à vivre tout seul Chaque morceau étranger S’est mis à contredire un autre Où est-ce qu’on reste Qu’on demeure Tout est en trous et en morceaux. Un poème a chantonné tout le jour... Un poème a chantonné tout le jour Et n’est pas venu On a senti sa présence tout le jour Soulevante Comme une eau qui se gonfle Et cherche une issue Mais cela s’est perdu dans la terre Il n’y a plus rien On a marché tout le jour comme des fous Dans un pressentiment d’équilibre Dans une prévoyance de lumière possible Comme des fous tout à coup attentifs À un démêlement qui se fait dans leur cerveau À une sorte de lumière qui veut se faire Comme s’ils allaient retrouver ce qui leur manque La clef du jour et la clef de la nuit Mais ils s’affolent de la lenteur du jour à naître Et voilà que la lueur s’en re-va S’en retourne dans le soleil hors de vue Et une porte d’ombre se referme Sur la solitude plus abrupte Et plus incompréhensible. Le silence strident comme une note unique qui annihile le monde entier La clef de lumière qui manque au coffre de tous les trésors Ah! Ce n’est pas la peine... Ah! ce n’est pas la peine qu’on en vive Quand on en meurt si bien Pas la peine de vivre Et voir cela mourir, mourir Le soleil et les étoiles Ah! ce n’est pas la peine de vivre Et de survivre aux fleurs Et de survivre au feu, des cendres Mais il vaudrait si mieux qu’on meure Avec la fleur dans le coeur Avec cette éclatante Fleur de feu dans le coeur. Figures à nos yeux... Figures à nos yeux Figures surgies À peine Et qui ne quittez pas encore l’ombre Quel désir vous attire À percer l’ombre Et quelle ombre vous retire Évanescentes à nos yeux Figures balancées Aux confins du visible et qui surgissez En un jeu de vous voiler et dévoiler Vous venez mourir ici sur le bord d’un sourire imaginaire Et nous envelopper dans la chaleur de votre gravité Balancement entre l’apparence et l’adieu Vous nous quittez et vos yeux n’auront pas regardé Mais nous serons tombés dedans comme dans la nuit. Mes paupières en se levant... Mes paupières en se levant ont laissé vides mes yeux Laissé mes yeux ouverts dans une grande solitude Et les serviteurs de mes yeux ne sont pas allés Mes regards ne sont pas allés comme des glaneuses Par le monde alentour Faire des gerbes lourdes de choses Ils ne rapportent rien pour peupler mes yeux déserts Et c’est comme exactement s’ils étaient demeurés en dedans Et que la porte fût restée fermée. Ma Solitude N'A Pas Eté Bonne. Ma solitude au bord de la nuit N’a pas été bonne Ma solitude n’a pas été tendre À la fin de la journée au bord de la nuit Comme une âme qu’on a suivie sans plus attendre L’ayant reconnue pour soeur Ma solitude n’a pas été bonne Comme celle qu’on a suivie Sans plus attendre choisie Pour une épouse inébranlable Pour la maison de notre vie Et le cercueil de notre mort Gardien de nos os silencieux Dont notre âme se détacha. Ma solitude au bord de la nuit N’a pas été cette amie L’accompagnement de cette gardienne La profondeur claire de ce puits Le lieu de retrait de notre amour Où notre coeur se noue et se dénoue Au centre de notre attente Elle est venue comme une folie par surprise Comme une eau qui monte Et s’infiltre au-dedans Par les fissures de notre carcasse Par tous les trous de notre architecture Mal recouverte de chair Et qui laissent ouverte Les vers de notre putréfaction. Elle est venue une infidélité Une fille de mauvaise vie Qu’on a suivie Pour s’en aller Elle est venue pour nous ravir Dans le cercle de notre lâcheté Et nous laisser désemparés Elle est venue pour nous séparer. Alors l’âme en peine là-bas C’est nous qu’on ne rejoint pas C’est moi que j’ai déserté C’est mon âme qui fait cette promenade cruelle Toute nue au froid désert Durant que je me livre à cet arrêt tout seul À l’immobilité de ce refus Penché mais sans prendre part au terrible jeu À l’exigence de toutes ces petites Secondes irremplaçables. Et cependant dressé en nous... Et cependant dressé en nous Un homme qu’on ne peut pas abattre Debout en nous et tournant le dos à la direction de nos regards Debout en os et les yeux fixés sur le néant Dans une effroyable confrontation obstinée et un défi. Et jusqu’au sommeil... Et jusqu’au sommeil perdu dont erre l’ombre autour de nous sans nous prendre Estompe tout, ne laissant que ce point en moi lourd lourd lourd Qui attend le réveil au matin pour se mettre tout à fait debout Au milieu de moi détruit, désarçonné, désemparé, agonisant. À propos de cet enfant... À propos de cet enfant qui n’a pas voulu mourir Et dont on a voulu choyé au moins l’image comme un portrait dans un cadre dans un salon Il se peut que nous nous soyons trompés exagérément sur son compte. Il n’était peut-être pas fait pour le haut sacerdoce qu’on a cru Il n’était peut-être qu’un enfant comme les autres Et haut seulement pour notre bassesse Et lumineux seulement pour notre grande ombre sans rien du tout (Enterrons-le, le cadre avec et tout) Il nous a menés ici comme un écureuil qui nous perd à sa suite dans la forêt Et notre attention et notre ruse s’est toute gâchée à chercher obstinément dans les broussailles Nos yeux se sont tout énervés à chercher son saut et là dans les broussailles à sa poursuite. Toute notre âme s’est perdue à l’affût de son passage (qui nous a) perdus Nous croyions découvrir le monde nouveau à la lumière de ses yeux Nous avons cru qu’il allait nous ramener au paradis perdu. Mais maintenant enterrons-le, au moins le cadre avec l’image Et toutes les tentatives de routes que nous avons battues à sa poursuite Et tous les pièges attrayants que nous avons tendus pour le prendre. Une sorte de repos... Une sorte de repos à regarder un ciel passant Tout ce qui pèse fut relégué Le désespoir pas de bruit dort sous la pluie La Poésie est une Déesse dont nous avons entendu parler Son corps trop pur pour notre coeur Dort tout dressé Par bonheur c’est de l’autre côté Nous n’entreprendrons pas maintenant De lui voler des bijoux qu’elle n’a pas étant nue. Dilemme. Mais les vivants n’ont pas pitié des morts Et que feraient les morts de la pitié des vivants Mais le coeur des vivants est dur comme un bon arbre et ils s’en vont forts de leur vie Pourtant le coeur des morts est déjà tout en sang et occupé d’angoisse depuis longtemps Et tout en proie aux coups, trop accessible aux coups à travers leur carcasse ouverte Mais les vivants passant n’ont pas pitié des morts qui restent avec leur coeur au vent sans abri. Il y a certainement... Il y a certainement quelqu’un qui se meurt J’avais décidé de ne pas y prendre garde et de laisser tomber le cadavre en chemin Mais c’est l’avance maintenant qui manque et c’est moi Le mourant qui s’ajuste à moi. Il vient une belle enfant... Il vient une belle enfant avec des yeux neufs pour visiter -Nous allons vous faire visiter nos cercueils Ce n’est pas un bien beau pays mais nous allons vous le faire voir Nous sommes un peu surpris de votre venue, nous n’attendions plus rien. -Non, je ne veux pas plutôt les prairies à la lumière -Nous mourrions à la lumière, vous n’y pensez pas. C’est hors de question. -Alors j’aime mieux m’en aller... Des navires bercés... Des navires bercés dans un port Doux bercement avec des souvenirs de voyages Puis on trouve seuls les souvenirs errants qui reviennent et ne trouvent pas de port souvenirs sans port d’attache Trouvent le port déserté Un grand lieu vide sans vaisseaux. Quand on est réduit à ses os... Quand on est réduit à ses os Assis sur ses os couché en ses os avec la nuit devant soi. Nous avons attendu de la douleur... Nous avons attendu de la douleur Qu’elle modèle notre figure à la dureté magnifique de nos os Au silence irréductible et certain de nos os À ce dernier retranchement inexpugnable de notre être Qu’elle tende à nos os clairement la peau de nos figures La chair lâche et troublée de nos figures qui crèvent à tout moment et se décomposent Cette peau qui flotte au vent de notre figure, triste oripeau. Bout du monde... Bout du monde! Bout du monde! Ce n’est pas loin! On croyait au fond de soi faire un voyage à n’en plus finir Mais on découvre la platitude de la terre La terre notre image Et c’est maintenant le bout du monde cela Il faut s’arrêter On en est là Il faut maintenant savoir entreprendre le pèlerinage Et s’en retourner à rebrousse pas de notre venue Avec le dépit à nos trousses de cette déconvenue Et s’en retourner à contre-courant de notre mirage Sans tourner la tête aux nouvelles voix de notre richesse On a déjà trop attendu au bord d’un arrêt tout seul On a déjà perdu trop de coeur à s’arrêter. Nous groupons alentour de l’espace de ce que nous n’avons pas La réalité définitivement acceptable de ce que nous pourrions avoir Des colonies et des possessions et toute une ceinture d’îles Faites à l’image et amorcées par ce point au milieu central de ce que nous n’avons pas Qui est le désir. Nous des ombres... Nous des ombres de cadavres elles des réalités Erreur! Signet non défini.de cadavres, des os de cadavres, Et quelle pitié nous prend (et quelle admiration) Erreur! Signet non défini.ombres consciences de cadavres Et terreur fraternelle nous prend Devant cette réponse faite Cette image offerte Os de cadavres. C’en fut une de passage... C’en fut une de passage dans notre monde Une fin de semaine une heure Erreur! Signet non défini.quelle importance a le temps Pour visiter notre monde Erreur! Signet non défini.notre ville notre espèce de monde À vrai dire c’est une reine qui a le droit de vivre Cette visite nous a fait plaisir Erreur! Signet non défini.malgré notre crainte des vivants Quand elle est venue cela a bien fait Erreur! Signet non défini.un peu mal à nos yeux Mais cela a fait à nos yeux du bien Elle nous a dit faites-moi visiter Elle ne nous a pas connus tels que nous étions Étant tout à son désir et sa curiosité Elle nous a dit faites-moi visiter le monde Nous l’avons prise par la main alors Un peu mal à l’aise parce qu’elle n’était pas Erreur! Signet non défini.une compagnie familière Et que son pas n’avait pas la même allure que le nôtre Nous sommes un peu trop habitués à l’allure Erreur! Signet non défini.de notre propre pas Les reines nous déconcertent quelque peu Autre Icare. Cela tient du vent, cela tient au vent. Cela n’est qu’un accroc que l’on fait au passage, Un noeud que l’on fait au fil fugace du temps Et nous sentons bien qu’à travers Erreur! Signet non défini.ce mince filet qu’on a fait, Ces faibles appuis qu’on a pris Erreur! Signet non défini.sur le cours de notre en-allée Et ces liens ingénieux tendus Erreur! Signet non défini.à travers des espaces trop vides, Il n’y a qu’un cri au fond qui persiste, Il n’y a qu’un cri Erreur! Signet non défini.d’un lien persistant Où les tiges des fruits sont déjà rompues, Toutes les attaches des fleurs et pétales de fleurs Erreur! Signet non défini.sont déjà rongés, Où ces ailes de plumes de notre coeur de cire Erreur! Signet non défini.sont déjà détachées Et plumes au vent, plumes flottant au vent Erreur! Signet non défini.par-dessus cette noyade Sans port d’attache. Je regarde en ce moment... Je regarde en ce moment sur la mer et je vois Erreur! Signet non défini.un tournoiement d’oiseaux Alentour de je ne sais quel souvenir des mâts Erreur! Signet non défini.d’un bâteau péri Qui furent sur la mer jadis leur port d’attache Et c’est à ce moment aussi que j’ai vu fuir Un bateau fantôme à deux mats déserts Que les oiseaux n’ont pas vu, n’ont pas reconnu Alors il reste dans le ciel sur la mer Un tournoiement d’oiseaux sans port d’attache. Inventaire. Cet enfant qu’on a dit Erreur! Signet non défini.n’a pas eu le sort qu’il fallait Il est venu au monde dans les conditions décevantes Au milieu d’horribles animaux dont les pires Erreur! Signet non défini.ne sont pas les bêtes féroces Qui l’eussent (peut-être) mangé en bas âge Erreur! Signet non défini.pour son plus grand bien Mais il y a tous les rongeurs qui ne changent Erreur! Signet non défini.rien à l’affaire. Nous allons détacher nos membres... Nous allons détacher nos membres Erreur! Signet non défini.et les mettre en rang pour en faire un inventaire Afin de voir ce qui manque De trouver le joint qui ne va pas Car il est impossible de recevoir assis tranquillement Erreur! Signet non défini.la mort grandissante. Le bleu du ciel... Le bleu du ciel et la lumière coulant en nous nous avaient servi d’espérance durant ce jour Mais nous avons eu toutefois toujours la crainte secrète qui ne nous quitte plus de ce retour au port de notre désolation Où nous sommes arrivés maintenant malgré la beauté de la nuit qu’il fait par-dessus nous Retirés de la haute mer, de notre repos sur la mer de tous nos voyages sur la mer vaste et claire Par on ne sait quel courant contraire derrière nous qui nous reprend avec une obstination désespérante Et nous reporte à l’écrasement de ce maelström Lequel nous relâche à la surface au moment où nous allions enfin périr. Monde Irrémédiable Désert. Dans ma main Le bout cassé de tous les chemins Quand est-ce qu’on a laissé tomber les amarres Comment est-ce qu’on a perdu tous les chemins La distance infranchissable Ponts rompus Chemins perdus Dans le bas du ciel, cent visages Impossibles à voir La lumière interrompue d’ici là Un grand couteau d’ombre Passe au milieu de mes regards De ce lieu délié Quel appel de bras tendus Se perd dans l’air infranchissable La mémoire qu’on interroge À de lourds rideaux aux fenêtres Pourquoi lui demander rien? L’ombre des absents est sans voix Et se confond maintenant avec les murs De la chambre vide. Où sont les ponts les chemins les portes Les paroles ne portent pas La voix ne porte pas Vais-je m’élancer sur ce fil incertain Sur un fil imaginaire tendu sur l’ombre Trouver peut-être les visages tournés Et me heurter d’un grand coup sourd Contre l’absence Les ponts rompus Chemins coupés Le commencement de toutes présences Le premier pas de toute compagnie Gît cassé dans ma main. Après tant et tant de fatigue... Après tant et tant de fatigue Espoir d’un sommeil d’enfant Un repos enfin meilleur Après tous les sommeils noirs Un bon repos nous invite Ce soir à la fraîcheur des draps La blancheur de l’oreiller À l’abandon de la nuit Au bonheur de s’endormir Le coeur déjà délié L’âme déjà allégée Misérable dépaysé Par le bonheur d’aller dormir Non plus le plongeon de rage dans le noir Non plus la fin du courage Non plus la mort au mirage Désespoir Ma misère est effacée Mais qui nous a visité Et comment renouvelé Pour que nous retrouvions ce soir Confiance et la chaleur De s’endormir en oiseau D’être enfant pour s’endormir Dans la fraîcheur de son lit Dans la bonté protectrice Qui flotte deux dans le noir Qui nous a renouvelé Sainte Vierge? Mes souliers Sont sous mon lit doucement Qui nous a tout récemment Retourné si simplement Tout faux détour effacé Reposé si simplement En ce lieu d’être un enfant Qui s’endort doux et confiant S’endormir à coeur ouvert Mince feuille, endroit, envers De s’en aller en sommeil En musique de sommeil Par ondes qui nous pénètre Simplement et bonnement Comme on s’en irait au ciel. Mon cher François... Mon cher François, gonacho, modo, Voilà l’aspect de mon repaire, Qu’est une bell’ maison de pierre Sur un coteau, sous un coteau Bon an, mal an, l’été, l’hiver-re On y entend le bruit de l’eau Qui dégringole par rouleaux De pierre en pierre par derrière Au printemps j’y mets à l’abri Mon coeur trop mince et ma carcasse. J’y viens en hiver. L’été j’y Coule ma vie, cette mélasse! Et l’automne j’y fais la chasse Sans grand danger pour les perdrix! À part vingt-cinq fleurs... À part vingt-cinq fleurs qui ont brûlé Erreur! Signet non défini.pendant le jour le jardin est beau À part vingt-cinq fleurs qui sont fanées Et nous partons faire Une promenade parfaite cErreur! Signet non défini.omme s’il ne manquait rien Mais nous sentons bien Malgré la fraîcheur du soir qui se dévoile Et la parfaite cadence voulue de nos pas En nous se glisser le poids des fleurs mortes Se glisser en nous Vingt-cinq fleurs tombées dans un coin du jardin Qui font pencher en nous tout le jardin Qui font chavirer en nous tout le jardin Crouler tout le jardin. Après les plus vieux vertiges... Après les plus vieux vertiges Après les plus longues pentes Et les plus lents poisons Ton lit certain comme la tombe Un jour à midi S’ouvrait à nos corps faiblis sur les plages Ainsi que la mer. Après les plus lentes venues Les caresses les plus brûlantes Après ton corps une colonne Bien claire et parfaitement dure Mon corps une rivière étendue Erreur! Signet non défini.et dressé pur jusqu’au bord de l’eau. Entre nous le bonheur indicible D’une distance Après la clarté du marbre Les premiers gestes de nos cris Et soudain le poids du sang S’écroule en nous comme un naufrage Le poids du feu s’abat sur notre coeur perdu Après le dernier soupir Et le feu a chaviré l’ombre sur la terre Les amarres de nos bras se détachent Erreur! Signet non défini.pour un voyage mortel Les liens de nos étreintes tombent d’eux-mêmes Erreur! Signet non défini.et s’en vont à la dérive sur notre couche Qui s’étend maintenant comme un désert Tous les habitants sont morts Où nos yeux pâlis ne rencontrent plus rien Nos yeux crevés aux prunelles de notre désir Avec notre amour évanoui comme une ombre Erreur! Signet non défini.intolérable Et nous sentions notre isolement s’élever Erreur! Signet non défini.comme un mur impossible Sous le ciel rouge de mes paupières Les montagnes Sont des compagnes de mes bras Et les forêts qui brûlent dans l’ombre Et les animaux sauvages Passant aux griffes de tes doigts Ô mes dents Et toute la terre mourante étreinte Puis le sang couvrant la terre Et les secrets brûlés vifs Et tous les mystères déchirés Jusqu’au dernier cri la nuit est rendue C’est alors qu’elle est venue Chaque fois C’est alors qu’elle passait en moi Chaque fois Portant mon coeur sur sa tête Comme une urne restée claire. Au lecteur... Au lecteur, à toi, ces poèmes utilitaires Que tu comprendras si tu t’y cherches Qui veux croire qu’une ombre n’est qu’une ombre Alors que ton coeur est travaillé par l’envie de toutes possessions L’avenir nous met en retard... L’avenir nous met en retard Demain c’est comme hier on n’y peut pas toucher On a la vie devant soi comme un boulet lourd Erreur! Signet non défini.aux talons Le vent dans le dos nous écrase le front contre l’air Erreur! Signet non défini.On se perd pas à pas Erreur! Signet non défini.On perd ses pas un à un Erreur! Signet non défini.On se perd dans ses pas Erreur! Signet non défini.Ce qui s’appelle des pas perdus Voici la terre sous nos pieds Plate comme une grande table Seulement on n’en voit pas le bout (C’est à cause de nos yeux qui sont mauvais) On n’en voit pas non plus le dessous D’habitude Et c’est dommage Car il s’y décide des choses capitales À propos de nos pieds et de nos pas C’est là que se livrent des conciliabules géométriques Qui nous ont pour centre et pour lieu C’est là que la succession des points devient une ligne Une ficelle attachée à nous Et que le jeu se fait terriblement pur D’une implacable constance dans sa marche Erreur! Signet non défini.au bout qui est le cercle Cette prison. Vos pieds marchent sur une surface dure Sur une surface qui vous porte comme un empereur Mais vos pas à travers tombent dans le vide Erreur! Signet non défini.pas perdus Font un cercle Erreur! Signet non défini.et c’est un point On les place ici et là, ailleurs, Erreur! Signet non défini.à travers vingt rues qui se croisent Et l’on entend toc toc sur le trottoir Erreur! Signet non défini.toujours à la même place Juste au-dessous de vos pieds Les pas perdus tombent sous soi dans le vide Erreur! Signet non défini.et l’on croit qu’on ne va plus les rencontrer On croit que le pas perdu c’est donné une fois Erreur! Signet non défini.pour toutes perdu une fois pour toutes Mais c’est une bien drôle de semence Et qui a sa loi Ils se placent en cercle et vous regardent avec ironie Prisonnier des pas perdus. Les cheveux châtains... Les cheveux châtains en poussière qui sont comme des rêves flous, auréoles sans consistance qui ne sont que comme un cadre. Les cheveux noirs qui sont comme des serpents onduleux sur l’oreiller et qui semblent vous enlacer, de glissantes tentacules. Les cheveux roux, mer de feu, sanglants sous la lumière, non pas calmes jamais mais comme l’ardeur de charbons intérieurs, non pas doux mais crispés d’emportement, où nul ne se repose mais où tout brûle. Vous êtes, châtains, les seuls qui sachiez descendre dans la nuque et y mettre votre poussière, comme une chute qui écume en eau éparpillée. Mais les blonds sont le duvet de la peau qui chatouille la langue. Des cheveux fous et gris qui sont comme des aiguilles dans les mains. Les larges cheveux noirs aux longues houles qui sont un bercement. Les cheveux blonds pâles, où le regard se heurte comme le soleil sur l’eau, qui sont comme des ondes claires mais sans transparence. Les cheveux noirs qui comme la nuit sont sans fond, où plonge le regard jusqu’à l’infini. Et d’indicibles épouvantes naissent à ces lueurs mouvantes Tordues au vent rageur qui vente. Les cils des arbres... Les cils des arbres au bord de ce grand oeil de la nuit Des arbres cils au bord de ce grand oeil la nuit Les montagnes des grèves autour de ce grand lac calme Erreur! Signet non défini.le ciel la nuit Nos chemins en repos maintenant dans leurs creux Nos champs en reposoir Erreur! Signet non défini.avec à peine le frisson passager dans l’herbe de la brise Nos champs calmement déroulés sur cette profondeur Erreur! Signet non défini.brune chaude et fraîche de la terre Et nos forêts ont déroulé leurs cheveux Erreur! Signet non défini.sur les pentes... Le diable, pour ma damnation... Le diable, pour ma damnation, M’a laissé entrevoir la scène Par l’ouverture des rideaux. Il a, en se jouant de moi, Soulevé le bord du voile Qui cache la vie. Oh! pas longtemps! Juste à peine ce qu’il faut Pour me laisser appréhender Ce qui est de l’autre côté Et aiguiser, et mettre en branle La curiosité, Cette soif qui noya Ève, notre mère, Dans le péché. Juste à peine pour entrevoir La fascination de la nuit, La splendeur du jour éternel L’étonnante réalité. Juste à peine pour que j’entende Le choeur des oiseaux et des fées L’harmonie universelle De ces couleurs et de ces chants. Et je reste là dans la salle, Les yeux ouverts, les oreilles attentives, Affamé, rongé d’attente, À mesure que le désespoir grimpe en moi, Séché de soif et de cette attention vers la commissure Erreur! Signet non défini.des rideaux, me disant : «Est-ce le moment? Erreur! Signet non défini.voilà! Les rideaux vont s’écarter. Je vais voir, Erreur! Signet non défini.je vais entendre! Je vais toucher des yeux la vie! Un frisson court dans les rideaux; Ils vont s’ouvrir! Sois attentif! cela ne durera peut-être Erreur! Signet non défini.qu’une fraction de moment, qu’un sourire, un Erreur! Signet non défini.sanglot, qu’un bond! Voilà le temps! le rideau bouge!» Mais rien! peut-être un courant d’air, Un frisson d’air à la surface! Et puis, après, quand c’est trop long, vraiment, quand Erreur! Signet non défini.ça n’en finit plus d’être fermé, quand on est Erreur! Signet non défini.épuisé jusqu’au bout d’attendre, Je dis à mon coeur : «Non, viens-t-en Tu sais bien que tout cela est une mystification, Un piège, une plaisanterie. Tu vois bien, regarde-nous, que nous mourons ici Viens-t-en, mon coeur, allons-nous-en!» Mais au moment où mon coeur cède, Qu’il n’a plus la force de résister, Qu’il est malade, comme exsangue, Au moment où le prend le goût de guérir, de sortir, de Erreur! Signet non défini.respirer, De s’adoucir, se résigner, Voilà que les maudits rideaux S’écartent, Laissent apercevoir Encore le jour, encore la nuit, Et laissent s’échapper le chant, une maladie commencée, Erreur! Signet non défini.une aurore qui s’avance à peine Une lumière qui s’en vient Un beau contour qui se précise une danse esquissée... Quelle extase! Nous sommes ivres, Mon coeur et moi, nous sommes fous! Erreur! Signet non défini.Et nous demeurons dans la salle. Quoique le voile soit tombé. Et nous regardons avidement La place maintenant bouchée, Le rideau maintenant fermé. «Va-t-il s’ouvrir bientôt? Demain?» Et le diable continue ainsi toujours à cent reprises son Erreur! Signet non défini.manège. Je l’entends rire dans les coulisses, Et s’amuser de notre mort à petit feu, à mesure qu’il Erreur! Signet non défini.voit surgir la folie au fond de nos yeux agrandis Il sait bien que nous sommes dupes, Et c’est son plaisir. Nous le savons aussi d’ailleurs, mais nous ne voulons Erreur! Signet non défini.pas y croire tout à fait parce qu’il faudrait Erreur! Signet non défini.renoncer Et s’en aller Alors que le voile sera peut-être levé dans un instant, Erreur! Signet non défini.et pour toujours! Et j’ai vécu... Et j’ai vécu en cet écheveau inextricable Qu’on démêla pour une fugue Et passé la fugue je reviens tantôt À cet écheveau inextricable Et je prierai ta grâce... Et je prierai ta grâce de me crucifier Et de clouer mes pieds à ta montagne sainte Pour qu’ils ne courent pas sur les routes fermées Les routes qui s’en vont vertigineusement De toi Et que mes bras aussi soient tenus grands ouverts À l’amour par des clous solides, et mes mains Mes mains ivres de chair, brûlantes de péché, Soient, à te regarder, lavées par ta lumière Et je prierai l’amour de toi, chaîne de feu, De me bien attacher au bord de ton calvaire Et de garder toujours mon regard sur ta face Pendant que reluira par-dessus ta douleur Ta résurrection et le jour éternel. Et maintenant... Et maintenant quand est-ce que nous avons mangé Erreur! Signet non défini.notre joie Toutes les autres questions en ce moment ont fermé Erreur! Signet non défini.la bouche de leur soif Et l’on n’entend plus que celle-là qui reste Erreur! Signet non défini.persistante et douloureuse Comme un souvenir lointain qui nous déchire jusqu’ici Cette promesse et cette espèce d’entrevue Erreur! Signet non défini.avec la promise Et maintenant que nous nous sommes déchirés Erreur! Signet non défini.un sillon jusqu’ici, Jusqu’où nous en sommes Cette question nous rejoint Et nous emplit de sa voix de désespoir Quand est-ce que nous avons mangé notre joie Où est-ce que nous avons mangé notre joie Qui est-ce qui a mangé notre joie Car il y a certainement un traître parmi nous Qui s’est assis à notre table quand nous nous sommes Erreur! Signet non défini.assis tant que nous sommes Tant que nous étions Tous ceux qui sont morts de cette espèce de caravane Erreur! Signet non défini.qui a passé Tous les enfants et les bons animaux de cette journée Erreur! Signet non défini.qui sont morts Et tous ceux maintenant lourds aux pieds Erreur! Signet non défini.qui continuent à s’acheminer dans cette espèce de rêve aux mâchoires fermées Et dans cette espèce de désert de la dernière aridité Et dans cette lumière retirée derrière un mur Erreur! Signet non défini.infranchissable de vide et qui ne sert plus à rien Parmi tous ceux qui nous sommes assis Erreur! Signet non défini.tant que nous étions et tant que nous sommes (Car nous transportons le poids des morts Erreur! Signet non défini.plus que celui des vivants) Qui est-ce qui a mangé notre joie parmi nous Dont ne reste plus que cette espèce de souvenir Erreur! Signet non défini.qui nous a déchirés jusqu’ici Qui est-ce parmi nous que nous avons chacun abrité Accueilli parmi nous Retenu parmi nous par une espèce de secrète entente Ce traître frère que nous avons reconnu pour frère Erreur! Signet non défini.et emmené avec nous dans notre voyage d’un Erreur! Signet non défini.commun accord Et protégé d’une complicité commune Et suivi jusqu’à cette extrémité que notre joie Erreur! Signet non défini.a été toute mangée Sous nos yeux sans regarder Et qu’il ne reste plus que cette espèce de souvenir Erreur! Signet non défini.qui nous a déchirés jusqu’ici Et cet illusoire désespoir qui achève de crever Erreur! Signet non défini.dans son lit. Faible oripeau... Faible oripeau à tous les vents qui nous trahit Qu’elle l’assujettisse décidément Erreur! Signet non défini.à la forme certaine de nos os clairs. Mais la douleur fut-elle devancée Est-ce que la mort serait venue secrètement Erreur! Signet non défini.faire son nid dans nos os mêmes Aurait pénétré, corrompu nos os mêmes Aurait élu domicile dans la substance même de nos os Parmi nos os De sorte qu’arrivée là après toute la chair traversée Après toutes les épaisseurs traversées Erreur! Signet non défini.qu’on lui avait jetées en pâture Après toutes ces morsures dans notre chair molle Erreur! Signet non défini.et comme engourdie La douleur ne trouve pas non plus Erreur! Signet non défini.de substance ferme à quoi s’attaquer De substance ferme à quoi s’agripper Erreur! Signet non défini.d’une poigne ferme Densité à percer d’un solide aiguillon Un silence solide à chauffer à blanc Une sensibilité essentielle et silencieuse Erreur! Signet non défini.à torturer sans la détruire Mais elle ne rejoint encore qu’une surface qui s’effrite Un édifice poreux qui se dissout Un fantôme qui s’écroule et ne laisse plus que poussière. Il nous est arrivé des aventures... Il nous est arrivé des aventures du bout du monde Quand on vient de loin ce n’est pas pour rester là (Quand on vient de loin nécessairement Erreur! Signet non défini.c’est pour s’en aller) Nos regards sont fatigués d’être fauchés Erreur! Signet non défini.par les mêmes arbres Par la scie contre le ciel des mêmes arbres Et nos bras de faucher toujours à la même place. Nos pieds n’étaient plus là pour nous attacher Erreur! Signet non défini.dans la terre Ils nous attiraient tout le corps pour des journées Erreur! Signet non défini.à perte de vue. Il nous est arrivé des départs impérieux Depuis le premier jusqu’à n’en plus finir À perte de vue dans l’horizon renouvelé Qui n’est jamais que cet appel au loin Erreur! Signet non défini.qui module le paysage Ou cette barrière escarpée Qui fouette la rage de notre curiosité Et ramasse en nous de son poids Le ressort de notre bond On n’a pas eu trop de neiges à manger On n’a pas eu à boire trop de vents et de rafales On n’a pas eu trop de glace à porter Trop de morts à porter dans des mains de glaçons Il en est qui n’ont pas pu partir Qui n’ont pas eu le courage de vouloir s’en aller Qui n’ont pas eu la joie aux yeux d’embrasser l’espace Qui n’ont pas eu l’éclair du sang dans les bras Erreur! Signet non défini.de s’étendre Ils se sont endormis sur des bancs Leur âme leur fut ravie durant leur sommeil Ils se sont réveillés en sursaut comme des domestiques Que le maître surprend à ne pas travailler On n’a pas eu envie de s’arrêter On n’a pas eu trop de fatigues à dompter Pour l’indépendance de nos gestes dans l’espace Pour la liberté de nos yeux sur toute la place Pour le libre bond de nos coeurs par-dessus les monts Il en est qui n’ont pas voulu partir Qui ont voulu ne pas partir, mais demeurer. On les regarde on ne sait pas Nous ne sommes pas de la même race. Ils se sont réveillés des animaux parqués là Qui dépensent leurs ardeurs sans âme dans les bordels Et s’en revont dormir sans s’en douter Ils se sont réveillés des comptables, des tracassiers, Des mangeurs de voisins, des rangeurs de péchés, Des collecteurs de revenus, des assassins à petits coups, Rongeurs d’âmes, des satisfaits, des prudents, Baise-culs, lèche-bottes, courbettes Ils abdiquent à longue haleine sans s’en douter N’ayant rien à abdiquer. C’est un pays de petites bêtes sur quoi l’on pile On ne les voit pas parce qu’ils sont morts Mais on voudrait leur botter le derrière Et les voir entrer sous terre pour la beauté Erreur! Signet non défini.de l’espace inhabité. Les autres, on est farouches, on est tout seuls On n’a que l’idée dans la tête d’embrasser On n’a que le goût de partir comme une faim On n’est déjà plus où l’on est On n’a rien à faire ici On n’a rien à dire et l’on n’entend pas de voix Erreur! Signet non défini.d’un compagnon. J’avais son bras... J’avais son bras d’eau fraîche autour de mon cou Et la brûlure de son ventre sous mon épaule Et ma tête était portée sur le spasme misérable Erreur! Signet non défini.de son corps Roulée sur cette suffocation misérable Sur cette respiration malade Et dans mes yeux qu’on ne peut fermer L’horreur d’un plafond bas et blanc Et cependant autour de mon cou Son bras incroyable restait d’eau fraîche Le jour, les hymnes... Le jour, les hymnes furent pauvres Il leur a fallu le crépuscule, la venue de la nuit Nos chemins Nos champs Nos forêts Nos montagnes La terre est en repos Sa respiration n’a plus besoin de voix pour chanter Les montagnes des grèves autour de ce grand lac calme Erreur! Signet non défini.le ciel la nuit Les arbres cils au bord de ce grand oeil la nuit Les hymnes n’ont jamais été si pauvres Que durant cette journée où nous avons cherché Erreur! Signet non défini.la terre à nous désâmer Où nous avons tant recherché notre reflet fantôme Erreur! Signet non défini.la terre Nous n’avons jamais été tant et si mal blessés Que par ce soleil étranger dans le ciel que nous Erreur! Signet non défini.n’avons pas créé Que par ce soleil qu’il a fait que nous n’avons pas créé Les hymnes n’ont jamais été si pauvres si délaissées Que ce jour où nous avons voulu prendre le soleil à témoin de notre lumière Et lorsque nous sortons la tête de sous notre toit nous voyons La nuit d’un seul grand oeil immense (le ciel) regarder la terre Comme une grande femme en repos la terre respirante qui dort Nous sommes-nous agités suffisamment cette journée Avons-nous assez promené l’anxiété de notre soif Erreur! Signet non défini.dans la journée Avons-nous assez recherché la terre fantôme Avons-nous assez cru assez douté Le soleil nous a-t-il fait assez de mal, assez de bien Les hymnes pendant ce temps ont été pauvres Il leur a fallu maintenant cette heure depuis Erreur! Signet non défini.le crépuscule Quand l’horizon est monté s’étendre au bord du ciel Erreur! Signet non défini.comme un bon chien Et puis petit à petit toute la terre s’est étendue dans Erreur! Signet non défini.sa vallée pour s’endormir Toute la terre s’est détendue avec ses épaules et ses vallées Et sa respiration maintenant n’a plus besoin de voix pour chanter Leur coeur est ailleurs... Leur coeur est ailleurs Au ciel peut-être Elles errent ici en attendant Mon coeur est parmi d’autres astres parti Loin d’ici Et sillonne la nuit d’un cri que je n’entends pas Quel drame peut-être se joue au loin d’ici? Erreur! Signet non défini.Je n’en veux rien savoir Je préfère être un jeune mort étendu Je préfère avoir tout perdu. Pour chapeau le firmament Pour monture la terre Il s’agit maintenant De savoir quel voyage nous allons faire Je préfère avoir tout perdu Je préfère être un jeune mort étendu Sous un plafond silencieux À la lumière longue et sans heurt de la veilleuse Ou peut-être au profond de la mer Dans une clarté glauque qui s’efface Durant un long temps sans heures et sans lendemain De belles jeunes mortes, calmes et soupirantes Glisseront dans mes yeux leurs formes déjà lointaines Après avoir baisé ma bouche sans un cri Avoir accompagné les rêves de mes mains Aux courbes sereines de leurs épaules et de leurs hanches Après la compagnie sans cri de leur tendresse Ayant vu s’approcher leur forme sans espoir Je verrai s’éloigner leur ombre sans douleur... Mon dessein... Mon dessein n’est pas un très bel édifice Erreur! Signet non défini.bien vaste, solide et parfait Mais plutôt de sortir en plein air Il y a les plantes, l’air et les oiseaux Il y a la lumière et ses roseaux Il y a l’eau Il y a dans l’eau, dans l’air et sur la terre Toutes sortes de choses et d’animaux Il ne s’agit pas de les nommer, il y en a trop Mais chacun sait qu’il y en a tant et plus Et que chacun est différent, unique On n’a pas vu deux fois le même rayon Tomber de la même façon dans la même eau De la fontaine Chacun est unique et seul Moi j’en prends un ici J’en prends un là Et je les mets ensemble pour qu’ils se tiennent Erreur! Signet non défini.compagnie Ça n’est pas la fin de la nuit, Ça n’est pas la fin du monde! C’est moi. Nous avons trop pris garde... Nous avons trop pris garde à cet enfant qui est venu avec nous Qui nous a été donné, qui est venu avec nous Nous avons été pour lui des parents trop faibles pleins de complaisances Et nous avons fait notre malheur avec notre faiblesse pour lui Il est vrai qu’il fut toujours frêle et qu’un peu de rudesse l’aurait peut-être tué Mais c’eût encore été préférable à notre malheur à présent. À présent qu’il nous a fait vieillir et blessés jusqu’à cette profondeur À force de nous quitter et nous laisser longtemps sans nouvelles À force de s’en aller au moment où nous allions presque l’oublier et guérir Maintenant nous le voyons encore passer dans le village Dans le soleil qui commence un peu plus loin de ce côté Il lui arrive de passer encore avec ses yeux Avec son pas et son sourire dans sa fraîcheur il n’a pas changé Mais notre lassitude nous retient maintenant de vouloir le retenir, De vouloir le rejoindre et de le choyer Et nous le regardons aller, sans espoir. Je veux bien croire qu’il fut un ange Mais la terre que nous lui avons offerte n’est pas suffisante. On n’avait pas fini... On n’avait pas fini de ne plus se comprendre On avançait toujours à se perdre de vue On n’avait pas fini de se trouver les plaies On n’avait pas fini de ne plus se rejoindre Le désir retombait sur nous comme du feu Notre ombre invisible est continue Et ne nous quitte pas pour tomber derrière nous Erreur! Signet non défini.sur le chemin On la porte pendue aux épaules Elle est obstinée à notre poursuite Et dévore à mesure que nous avançons La lumière de notre présence On n’arrive guère à s’en débarrasser En se retournant tout à coup on la retrouve Erreur! Signet non défini.à la même place On n’arrive pas à la secouer de soi Et quand elle est presque sous nous aux alentours de midi Elle fait encore sous nos pieds Un trou menaçant dans la lumière. On n’a pas lieu de se consoler quand la nuit vient De se tranquilliser d’être soulagé De regarder avec un sourire autour de soi Et parce qu’on ne voit plus l’ombre de se croire libéré C’est seulement qu’on ne la voit plus Sa présence n’est plus éclairée Parce qu’elle a donné la main à toutes les ombres Nous ne sommes plus qu’une petite lumière enfermée Qu’une petite présence intérieure dans l’absence universelle Et l’appel de nos yeux ne trouve point d’écho Dans le silence de l’ombre déserte On passe en voyage au soleil On est un passage vêtu de lumière Avec notre ombre à nos trousses comme un chacal Qui mange à mesure notre mort Avec notre ombre à nos trousses comme une absence Qui boit à mesure notre lumière Avec notre absence à nos trousses comme une fosse Un trou dans la lumière sur la route Qui avale notre passage comme l’oubli. On s’est tous réunis dans le milieu du temps On a tout réuni dans le milieu de l’espace Bien moins loin du paradis que d’habitude On s’est tous réunis pour une grande fête Et l’on a demandé à Dieu le Père et Jésus-Christ Et au Saint-Esprit qui est la Troisième Personne On leur a demandé d’ouvrir un peu le Paradis De se pencher et de regarder Voir s’ils reconnaissaient un peu le monde Si cela ressemblait un peu à l’idée qu’ils en ont Si ce n’était pas bien admirable ce qu’ils en ont fait Ceux qui sont venus avec une âme du bon Dieu Avec des yeux du bon Dieu Pour faire un bouquet pur avec le monde Ils ont tout resacré les mots qu’on avait foutus Ils ont tout retrouvé les voix qu’on avait perdues Ils ont rejoint le vent avec son chant Ils ont ramassé l’arbre qu’on a vu Ils sont allés glaner dans les limbes La paille d’or des moments inaltérables Qui sont une fois nés ici comme une musique étrangère Mais qui n’ont pas voulu mourir Bondir de leur lumière hors du temps Mais qui n’avaient pas trouvé leur repos La parfaite offrande de leur corps pour l’éternité Et qui restent en suspens sous la garde des anges suspendus Voilà qu’ils sont venus nous ont reconnus Et leur reconnaissance nous a lavés Voilà qu’ils ont reconnu tout le monde Et ils nous ont offert le monde reconnaissable Alors quand ils ont eu lavé toutes les choses de la terre Et que leurs yeux ont eu fait la terre un jardin-pré Un pré de fleurs avec la présence de tout le ciel au-dessous Quand ils ont eu ramassé tout ce qui était perdu Toutes les choses délaissées Quand ils ont eu lavé tout ce qui fut sali La terre était dans l’ombre et mangeait ses péchés; On était à s’aimer comme des bêtes féroces La chair hurlait partout comme une damnée Et des coups contre nous et des coups entre nous Résonnaient dans la surdité du temps qui s’épaissit Voilà qu’ils sont venus avec leur âme du bon Dieu Voilà qu’ils sont venus avec le matin de leurs yeux Leurs yeux pour nous se sont ouverts comme une aurore Voilà que leur amour a toute lavé notre chair Ils ont fait de toute la terre un jardin pré Un pré de fleurs pour la visite de la lumière De fleurs pour la présence de tout le ciel dessus Ils ont bu toute la terre comme une onde Ils ont mangé toute la terre avec leurs yeux Ils ont retrouvé toutes les voix que les gens ont perdues Ils ont recueilli tous les mots qu’on avait foutus Le temps marche à nos talons Dans l’ombre qu’on fait sur le chemin Tous ceux-là, le temps et l’ombre sont venus Ils ont égrené notre vie à nos talons Et voilà que les hommes s’en vont en s’effritant Les pas de leur passage sont perdus sans retour Les plus belles présences ont été mangées Les plus purs éclats furent effacés Et l’on croit entendre les pas du soir derrière soi Qui s’avance pour nous ravir toutes nos compagnies S’en vient tout éteindre le monde à nos yeux Qui vient effacer en cercle tout le monde Vient dépeupler la terre à nos regards Nous refouler au haut d’un rocher comme le déluge Et nous prendre au piège d’une solitude définitive Nous déposséder de tout l’univers Mais voilà que sont venus ceux qu’on attendait Voilà qu’ils sont venus avec leur âme du bon Dieu Leurs yeux du bon Dieu Qu’ils sont venus avec les filets de leurs mains Le piège merveilleux de leurs yeux pour filets Ils sont venus par derrière le temps et l’ombre Aux trousses de l’ombre et du temps Ils ont tout ramassé ce qu’on avait laissé tomber. Poids Et Mesures. Il ne s’agit pas de tirer les choses par les cheveux D’attacher par les cheveux une femme Erreur! Signet non défini.à la queue d’un cheval D’empiler des morts à la queue-leu-leu Au fil de l’épée, au fil du temps. On peut s’amuser à faire des noeuds Erreur! Signet non défini.avec des lignes parallèles C’est un divertissement un peu métaphysique L’absurde n’étant pas réduit à loger au nez de Cyrano Mais en regardant cela la tête à l’envers On aperçoit des évocations d’autres mondes On aperçoit des cassures dans notre monde Erreur! Signet non défini.qui font des trous On peut être fâché de voir des trous dans notre monde On peut être scandalisé par un bas percé un gilet Erreur! Signet non défini.un gant percé qui laisse voir un doigt On peut exiger que tout soit rapiécé Mais un trou dans notre monde c’est déjà quelque chose Pourvu qu’on s’accroche dedans les pieds Erreur! Signet non défini.et qu’on y tombe La tête et qu’on y tombe la tête la première Cela permet de voguer et même de revenir Cela peut libérer de mesurer le monde à pied, Erreur! Signet non défini.pied à pied. Quitte le monticule... Quitte le monticule impossible au milieu Et le manteau gardant le silence des os Et la grappe du coeur enfin désespéré Où pourra maintenant s’incruster cette croix À la place du glaive acide du dépit À l’endroit pratiqué par le couteau fixé Dont le manche remue un mal encore aigu Chaque fois que ta main se retourne vers toi Où s’incruste la croix avec ses bras de fer Comme le fer qu’on cloue à l’écorce d’un arbre Qui blesse la surface, mais la cicatrice De l’écorce bientôt le submerge et le couvre Et plus tard le fil dur qui blessait la surface On le voit assuré au bon centre du tronc C’est ainsi que la croix sera faite en ton coeur Et la tête et les bras et les pieds qui dépassent Avec le Christ dessus et nos minces douleurs. Quitte le monticule impossible au milieu Place-toi désormais aux limites du lieu Avec tout le pays derrière tes épaules Et plus rien devant toi que ce pas à parfaire Le pôle repéré par l’espoir praticable Et le coeur aimanté par le fer de la croix. Mon coeur cette pierre qui pèse en moi Mon coeur pétrifié par ce stérile arrêt Et regard retourné vers les feux de la ville Et l’envie attardée aux cendres des regrets Et les regrets perdus vers les pays possibles Ramène ton manteau, pèlerin sans espoir Ramène ton manteau contre tes os Rabats tes bras épars de bonheurs désertés Ramène le manteau de ta pauvreté contre tes os Et la grappe séchée de ton coeur pour noyau Laisse un autre à présent en attendrir la peau Quitte le monticule impossible au milieu D’un pays dérisoire et dont tu fis le lieu De l’affût au secret à surprendre de nuit Au secret d’un mirage où déserter l’ennui. Regards De Pitié. -Nous avons mis à mort la pitié Nous ne pouvons pas qu’elle soit Nous sommes les orgueilleux Nous nions les regards de pitié. -Nous sommes les regards de pitié Nous ne pouvons pas ne pas être sur terre les regards de pitié. Réponse A Des Critiques. La vie n’est pas drôle on se connaît On n’avale pas de l’air pendant vingt ans sans roter à la fin. On n’est pas tous bien habité comme un estomac satisfait Avec des présences en dedans bien au chaud On n’est souvent qu’une bouche ouverte par la faim Bouche ouverte comme une ouverture dans un mur On ne sait pas bien si l’on entre ou si l’on sort De quel côté est dedans ou dehors Des deux côtés on est happé par le vide Un bon coup de guillotine... Un bon coup de guillotine Pour accentuer les distances Je place ma tête sur la cheminée Et le reste vaque à ses affaires Mes pieds s’en vont à leurs voyages Mes mains à leurs pauvres ouvrages Sur la console de la cheminée Ma tête a l’air d’être en vacances Un sourire est sur ma bouche Tel que si je venais de naître Mon regard passe, calme et léger Ainsi qu’une âme délivrée On dirait que j’ai perdu la mémoire Et cela fait une douce tête de fou. Note. (1) Lucille, écrit en octobre 1926 quand j’étais épris de Lucille Londin. De St-D. G. Source: http://www.poesies.net