Domaine De Fée. (Poésies) Par Gustave Kahn. (1859-1936) Extrait de l'édition de la Société nouvelle. TABLE DES MATIERES. A Madame Elisabeth Kahn. CHANSSONS. I II III IV V VI VII VIII IX X XI XII XIII XIV XV XVI XVII XVIII XIX XX XXI XXII XXIII XXIV Figure Au Théâtre. Colloque Nuptial. A Madame Elisabeth Kahn. Votre domaine est terre de petite fée. Des Japonais diserts et fins sur des tasses de poupées sourient aux grands oiseaux que feint votre paroi de royaume de poupée. Un vague paradis terrestre gambade à vous dès les matins, tout vous rit l’accueil, vos poupées, vos oiseaux, vos tasses et vos mandarins. Votre salon de faïence peinte reçoit sur son coin d’étagère les grands fauves belligères dessinés en des fables peintes. Un congrès de tables s’accoude autour de vases en chimères, sans nulles fleurs éphémères que fleurs en faïence peinte. Un synode de pintes boude, l’air lourd, sur un coin d’étagère, d’être sacrifié à des verres en danse de caprices bohémiens. Près du divan où tes yeux clos font l’ombre aux gracieux enclos des lueurs lunaires captives, votre théâtre tient clos ses rideaux en attendant les féeries fugitives de ton réveil en ton château. Votre domaine est terre de petite fée. CHANSSONS. I Je t’aime de ta voix, de tes yeux, de tes seins et de ma vie à toi, toi dont les desseins sont d’aimer celui qui t’aime tant que peuvent passer les printemps loin de toi et ton sourire, sans que l’amant profondément que suis de ta beauté s’émeuve de rien d’autre que de ta tendresse toujours neuve. Chérir est la fin des buts, chérir parce que l’on est dompté par la ligne, la ligne brève et longue équivalente aux cieux, la ligne à ravir; or, je l’ai dans mes yeux, ce jeu des parfaites géométries; à cela je crois, je ne crois à rien d’autre, car les idées ne sont que méchants hôtes qui se jouent en fallacieux signes et se tordent dans l’infini. Donc vers ton parvis, je viens humble et soumis, et vers vos pieds dépose les guirlandes florales de mon coeur et de ma cervelle et de ma vie, et puis aussi je donne mon âme toute blanchie de la droiture de vos voeux, et les aveux que n’ai pu vous faire, car le verbe finit quand se joue l’âme pure, aux visions de paradis, et puis, sous vos lèvres expirent mes jalousies, votre fou se câline à votre joue et dit: «Mienne que j’aimerai par les foires de la vie, mienne qu’adorerai aux féeries que me jouent ses présences bénies, faites de ce coeur à vous l’Éden béni, car l’Éden, c’est d’être deux, amants et amis.» II Je parerai tes bras de bracelets, ton cou d’un collier, tes lèvres de mes lèvres, je scellerai ton rêve de ma fièvre, ta gaieté l’encouragerai de toute mon âme grisée, tes cheveux les couronnerai des acclamations qu’arracherai aux trouvères surpassés. Puis te demanderai pardon d’avoir si mal chanté le don parfumé de ta grâce souveraine et l’assentiment de ta beauté reine. III Notre dame de notre amour, dont la chapelle est près la mer, si vers ton autel sa face s’achemine, aumônière aux vieilles que les rides parcheminent et gaie à l’enfant qui court. Dis-lui que l’exil est lourd, que les mains sont désheurées, toujours à sa taille liées, tous ces bonheurs des derniers jours, et que c’est lividité, ce soleil clair des matinées dans la ville où l’ennui me garde emprisonné. Notre dame de nos caresses, ta chapelle vers le nord, c’est un exil vers les bords de la dure fatalité. Reine des tristesses d’été, je ne puis pendre à tes piliers les lourds ex-votos des pèlerins boréaux, Notre dame du soleil de nos caresses. Je la laisse t’apporter la royauté des genêts d’or, l’éclat rouge des fleurs de grenadier et la douceur des figues cueillies à l’aurore, l’émail des statues divines par les piliers des temples païens de claire beauté, où s’usèrent mes genoux à contempler les radieux étés de la face humaine. Accueille mon ambassadrice et dis-lui qu’on souffre loin d’elle et que son esclave est celui de la plus belle. IV J’héberge en mon âme, ô mon âme, un hôte aux délices de sourires et de baisers, sur l’été de ma vie penché pour que mes voix et mes yeux viennent fêter un clair frisson de joie des étés. Je t’ai prise et conquise et te garderai. J’ai mis à ton cortège les mages, les pèlerins et l’Hécate des nuits d’été. De pâles chevaliers muets au bord des routes tenaient les hampes des drapeaux vers le passage adoré, j’ai fait chanter les lieds, de pauvres filles, près de ta route, pour que ton sourire puisse consoler leurs doutes. Je t’ai prise et conquise et te garderai. Et ne pouvant t’offrir qu’un maigre Occident mal paré de chansons, un Occident somnolent, je t’ai sacrée reine de l’Orient que je possède, large et pur et haut, crucifié de martyrs riants, joyaux de la Sulamite que j’ai. Je t’ai prise et conquise et te garderai. V Je suis celui de ta beauté et rien d’autre, le reste des débris du monde n’étant rien que nomenclature et que mappemonde, je suis celui de ta beauté et rien d’autre. Ta beauté c’est du doux soleil vers midi, non très loin d’un mur blanc, de nattes, de chansons, ta beauté c’est des yeux vivant des vies de colibris et puis mon âme toute et toute ma vie. Ta beauté s’éjouit dans un coeur tout à toi, ta beauté parfois frissonne en pensant que mon coeur sonne comme d’un éternel émoi. Mais tu sais si bien que personne ne se mirera dans ce miroir à toi. Ta beauté réjouit tout ce coeur tout à toi. VI Je m’ennuie à tarir, viendrez-vous avec nous au bocage royal des fous? Parez-vous donc à ravir D’un collier d’ambre à votre cou, sur votre doux visage un loup, que seul je puisse savoir que tu es jolie à ravir. Des crépons argentés, d’un éventail en rais lunaires, de votre regard, parez-vous et venez, jolie à ravir. Le rêve est doux, qui joint les espaces; sur la route vous feront place les carrosses des rêves jaloux. Que soyez parée à ravir, Et votre triste compagnon embrassera votre cou et puis dénouera votre loup. Belle, tu es jolie à ravir. Qu’il est loin le rêve espéré et que vais vivre dépité car, vrai, je m’ennuie à tarir loin de vous, jolie à ravir. VII Corbeille de fruits rares que j’aime, entrelac des lignes que j’aime, son des propos que j’aime, danse des danses de ton pas que j’aime, loin de toi, c’est attendre et non vivre. Oiselet qui dans mon coeur pépie, face rieuse qui me taquine et qui me rit, face sérieuse dont je m’inquiète, vers qui je prie, loin de toi, c’est pâtir et non vivre. Loin de toi, c’est le désert et non la vie, c’est un bruit de fête qui vient dans la nuit assombrir la pauvre âme dolente de n’avoir pas à toute minute de sa vie sur son épaule ta tête souriante. VIII Les masques de la mascarade, passez, vous n’êtes pas celle dont mon être épris chancelle, passez sans moi votre parade. Les barques vers Ophir ou Thulé, passez, vous ne portez pas celle à quelles lèvres mon coeur se scelle, passez sans moi vos traversées. Chansons des fêtes carillonnées, restez, si vous chantez celle qui demeurera mon aimée et bercez-moi ma destinée. IX Ami, voici la viole et le luth, chantez pour ceux-là de l’existence, chantez telles danses, oubliez que je suis là, tranquille près de vous, d’où mes yeux vous mirent, comme de loin. Je ne puis chanter que mon rêve: voici, j’aime d’âme et de corps et du plus loin une seule aux doux yeux, seule pour ma faim elle est près de moi même quand elle est loin. X Si je meurs moissonné par la vie, fauché par la durée, si je meurs d’avoir oublié l’heure aux détroits tristes de la vie, si la mort étend sur moi le manteau pauvre, si je meurs couché sur un large bouclier mon coeur battra de toi. Si je vis par les parcs énamourés, si je vis par les psaumes des paumes qui disent oui à mes paroles, si je vis glorieux et doux, nos fanfares résonneront sur les âmes en chansons qui écoutent le pas de notre cheval sur les routes. Si je parle, c’est ta voix qui parlera dans la flûte de bois, orgueil unique du poète, si je parle, c’est pour toi, c’est pour ta beauté loi, les lèvres sur l’âme aux abois. Si je chante, ce sera l’hymne des choses brunes et d’ambre, ce sera l’avril des temps et le réveil des rois des temps. Les éventails de mon rêve sur le rêve des gens passeront comme un vif émerveillement pavoisé de paons en rêve. Et si plus tard je me tais, ce sera que les vieilles lyres des antécesseurs vaincus orneront le parloir à sourires où tes yeux sur les miens vaincus, pèsent de leur despotisme aigu mais si cher et si tenaillant l’âme folle que moi je suis, que loin de toi, je m’en irais lentement comme vers un gouffre glissant, comme une herbe qui souffre. XI Mon coeur est bizarre, il est bête mon coeur. Auprès d’un trône que je bâtis près des sandales qu’ai ravies, un pauvre fou tremble et pâlit. Mon coeur est bizarre, il est fou mon coeur Toastons! celle que j’aime est d’ambre, elle est de jais, elle est aussi d’ivoire et belle comme le lait du Léthé, elle a chassé mes mauvais songes. Je ronge patient le joug qu’elle m’a forgé. Elle est divine, parce que mienne, elle est beauté, ô sourires des temps, terrasse de Betbsabée. Tu as lui et mon âme flambe de clartés. XII Ô bel avril épanoui, qu’importe ta chanson franche, tes lilas blancs, tes aubépines et l’or fleuri de ton soleil par les branches, si loin de moi la bien-aimée dans les brumes du Nord est restée. Ô bel avril épanoui, la revoir est la fête sans merci, ô bel avril épanoui. Elle vient à moi. Tes lilas, tes floraisons de soleil d’or alors me plairont -merci, ô bel avril épanoui. XIII J’étais allé jusqu’au fond du jardin quand dans la nuit une invisible main me terrassa plus forte que moi - une voix me dit; c’est pour ta joie. Ô mon grand amour sans merci, qui rayonne mon coeur et le pressure de tout souci d’une étreinte si sûre, amour de ma belle, m’ayez en merci. Lors je vis des chars de gloire jaillir des profondeurs noires, et des fées en descendirent qui de mon fol cerveau défrichèrent toutes anciennes herbes amères, et mon amour put tendre la grande lyre. XIV C’est sous de lourds rideaux un frisson de voix, un écho qui presque prononce mon nom avec telle inflexion qu’on dirait que des fées apportent de ta voix sur leurs ailes. Mes yeux se ferment, une étoile filtre dans mes yeux et le brusque réveil envieux la fait fuir vers la terre ferme des solides réalités. Je veux revoir l’étoile des fées. Et puis c’est comme un frisson du danger qu’elle peut courir. Être là pour secourir les siens! le bon réveil vient en aide à l’âme apeurée, mais ô revenez, mémoires, les fées. XV Paroisses domaniales des coeurs, les choeurs de vos maîtrises hantés et non suspects de traîtrises, planent sur un monde si vieux et si bas que le marquis de Carabas, possesseur de terres et de moulins à vent, n’en saurait croire ses oreilles d’âne, à entendre chanter les joies des maîtrises par les éoliennes du vent. Ô joie de la présence infinie, votre chanson sur l’absence plane en gloire épanouie. Roses de jadis, roses de toujours, Parfums par toujours épandus et réjouis, passez sur l’âme du plus humble, du poète qui dans son âme écoute vos essences. Charbon divin, celui de Moïse et d’Isaie, charbon sur mon coeur, ô vous, toi que j’adore, des mysticités passent et demeurent en mon coeur, écho sonore des maîtrises; l’âme est tel vallon qu’on ensemence, si l’on veut de soleils, si l’on veut de démence. Ô reine de mes joies et douleurs ô vous qui surpassez mon hymne de la hauteur de quelqu’un qui seul est hymne, aimez-moi, car je vous aime telle que vous êtes, telle que serez, et mieux que moi qui ne sais ce que de moi vous ferez. Le plus fort ou le plus faible c’est votre arbitraire, le roi, fortifiez-moi de votre foi en moi et je serai en Occident le plus haut des rois. XVI Une figure d’ange d’ébène aux ailes de solide métal d’or s’est levée sur mon coeur qui dort empreint du rêve doux de sa chaîne, et de larges yeux surhumains palpitent comme des gisements d’amour à tréfonds d’âmes; s’allument florales de colossales pépites d’un métal fluide et dense plus pur que l’or. La voix retentit comme un hymne paré d’étoiles parmi les drapeaux et les miroirs de fête; des cadences de marteaux géants dans des forges hantées de chanteurs athlètes s’allument, frissonnent, sonnent et s’estompent pour faire place au chant doux des harpes. Pas des géants aux chansons douces d’amour, passez sur le rêve de mon coeur joyeux d’être enchaîné. Des essaims de magiciens incantent: paraissez, phosphorescences dorées, symbole des enlacements, chant battant des orgueils d’amants. Des essaims de magiciennes chantent. Illuminez, beauté, la terre éparse de lacs d’étoiles, la terre semée de bals de lumières et des courses d’oegipans parmi les toiles aranéennes des grands taillis dormants où se jouent les lignes des lèvres qui chantent. XVII Ma mémoire fête une nativité. Parmi la foule des pages, la dextre fleurie d’un grand lys blanc, d’autres tenant en laisse des lévriers blancs dont la tête vers la terre se baisse; parmi les rois de haut parage dont l’escarboucle et les rubis ornent le front et les turquoises et les grenats scellent les sabres; parmi les sages en turbans à peine vit et remue déjà esprit, déjà sourire, un enfant. Sur la mer les frustes équipages attendent sous le soleil droit, sur les escaliers blancs des palais de marbre s’éveillent des tapis de Turquie et des soies de la Bactriane, cependant que les pâtres au long des longs sentiers, les bêlants et meuglants leur tâtant les talons, montent vers les palais de marbre froid étincelants sous la haute beauté du soleil droit. Et les fleurettes aventurières le long des haies et les fleurs tachées de sang des champs s’éploient. Dans l’arbre lointain qui se meurt de l’Occident le rossignol des années anciennes se reprend à clamer l’antienne des vieux printemps. Des coqs chantent sans savoir pourquoi. Le souffle des bonheurs indicibles des jours filés d’or et de soie passe sur ce jour d’avril du monde. Ô Fortune, les piastres et les sequins ruissellent lentement, lentement, comme de lèvres de nymphes, vers le populaire et l’enfançon malingre. Des vasques merveilleuses éclairent les platanes et dans les deux bleus où danse la nue blanche, des ménétriers angelots et les muses ailées échangent l’hymne glorieux des instruments au-dessus du palais en gaieté de firmament. XVIII C’est un pèlerin qui revient d’Orient. Il y fut chercher une fleur embaumée qu’a plantée, aux jardins d’Engaddi, jardins dessinés d’après la beauté d’Abisag et les atours dont fut dotée, Salomon, vieux magicien aux mains noircies par une prière éternelle vers la beauté. Il est parti avec la chape et le bourdon, il a dormi le long des ruisseaux jolis qui sous les lauriers roses et sur les cailloux blancs imaginent des arabesques de libellules d’argent. Puis comme les mosquées souffraient des janissaires qui les gardent le sabre en main, il s’en revint mélancolique vers sa maison. Il posa vers l’âtre son bâton, le bâton de la longue traversée, et puis regarda s’embraser vers lui les doux yeux qu’il aimait. Lors son bâton devint tige parfumée fleurie du grand lys blanc qu’il n’avait pu trouver. Bon pèlerin qui reviens d’Orient, le bonheur est dans ta maison et non le long des routes sourdes d’embuscades, et le monde est mascarade auprès des doux traits si fins qui sourient dans ta maison. XIX Celle qui t’aime a dit aux vents: Passez par le front des futaies, écoutez les ténèbres des cités, murmurez des appels à l’Orient et l’Occident et sa voix vous répondra… Moi. Celle qui t’aime dit à la mer: Vos flux et vos reflux et vos marées, ce lent déroulement de vos baisers sur le rivage, les bourrasques de vos colères sur le rivage, comme son âme sur ma bouche -ô mer. Celle qui t’aime dit à son âme: Mes fiertés, mes marches hautaines, nos fuites dans la forêt, les baisers perdus pour lui, perdus pour moi, mon âme, un jour tu les lui rendras. XX Vous mes extases, vous ma voix, vous ma part de fête et le musée de ma mémoire, vous savez où les fées cachèrent notre coffret avec toute mon âme et toute votre gloire. Les sacerdotes et les soldats de mon rêve ont vainement vécu la quête en la forêt. Les exorcismes et les lances sont piètres armes contre les yeux de fées qui rient sans bruit dans la forêt. Mes soldats et mes sacerdotes, vous les fatiguâtes sans trêve, et j’implore la paix de la lisière de la forêt. Je vous donnerai pour rançon mes chansons et les clefs de ma patrie, votre terroir. - Que puis-je vous donner que vos lèvres ne prirent sans parole et d’un baiser, au premier soir où j’appris que mon rêve et vivait et m’aimait. XXI La fée, la fée, votre corselet, votre corselet d’acier bruni, vos ailes parfumées des coloris, vos gentils menuets sur des pointes de fleurs, et vos menus baisers aux oiselets des nids, la fée, les aimez-vous, comme je les aime. Les aimez-vous, comme je les aime, nos arrivées lentes en notre palais, parmi les chansons des oiseaux familiers, et l’accueil ami des dogues familiers vous aimez-vous, vous-même, comme je vous aime. La fée, la fée, les bracelets et les colliers des rapides pèlerinages vers nous-mêmes, ailleurs, en d’autres cités, la fée, les aimez-vous si tant que je les aime en vous. XXII Je suis la synagogue, on y dit, pardonnez-nous car nous avons pâti, gravement, contre nous et avons nui au pauvre Dieu qu’avons construit de nos mains, de nos nerfs et puis de notre ennui. Je suis la basilique, on y dit, pardonnez-nous car nous avons bâti, sur le sang et le sable; les os d’autres martyrs pavent le sol où nos genoux implorent quelque chose, comme un Dieu de clémence et peut-être de démence. Et je suis la mosquée; les offrandes des pâtres parent mes murs sans images; ce sont les pauvres fruits de la terre marâtre où leur vie se détruit, et je suis la Mosquée; du plus haut minaret j’ai su chanter ma peine et mon bonheur aussi. XXIII Toutes chansons au bois résonneront; tous les printemps vert pâle fleuriront, toute banquette au bois s’enchantera de liserons, le rire par le bois tarira. Croyez en la voix des pauvres bûcherons; - toutes chansons au bois se flétriront, dans les baisers froids du printemps vert pâle, tout le bois frilera. Oubliez les chansons des pauvres bûcherons, octobre vert pâle passera sur les bois, toute banquette au bois s’enchantera de liserons, le rire par le bois trillera. Toutes chansons au bois résonneront; tous les autommes pâles y béniront les idylles des pauvres bûcherons; par les lamentos des automnes vert pâle tout le bois, tout le bois rira. XXIV Je te vis, je t’aimais, je te revis, je t’aimais, je t’ai revue, je t’aime encore. Des valses passaient en dialogues d’oublis, Toi, je t’avais vue, je t’ai reconnue, des valses partaient pour les plaines d’oublis, toi je t’adorais et t’adore encore. Je t’ai reconnue à ton air d’oubli, tu croyais la vie plus morose, j’avais apporté un bouquet de roses, tu l’as respiré et puis tu as ri, Je t’ai revue et je t’aimais, je t’ai revue, je t’aime encore. Figure Au Théâtre. Dans un luxe d’or rouge à fleurs d’or mat, dans un faste de pierres bleues, mate, la couronne de ses noirs cheveux aurée, l’éclat de ses mains s’adoucissant d’anneaux forgés au fond des ghettos, lourds et purs pour la plus aimée, ses yeux inclinant leurs aveux et la douce bonté de sa bouche, elle écoute. Psaumes tus, rituels de tribus en exil, paroles au soir sur la montagne, rêves entrecoupés des nuits d’alarmes, ritournelles d’étranges étrangers fuyant dans des cliquetis d’armes, voeux éplorés des seulettes en la campagne, bruits de bal dans l’île, prières de nonnes de remords vêtues. Le bal est si solitaire, sous ses yeux; de brefs météores de parfums s’éveillent, jouent, paraissent, dansent, disparaissent, le bal a vers ses yeux tant d’allégresses, des masques sonorants se parent non pareils, paraissent, dansent, fléchissent, sous ses yeux. Les voix de la ballade, les dialogues sous les feuillées, le récital de peines amères d’enfants le coeur navré de griève peine, les oliphants tristes du héros malade, les jonchées de colloques épars sur la peine universelle de l’amour mourant, le coeur navré de griève peine. Bruire et rire. Voici passer les échansons. Les coupes sont d’or mat et de topazes, des serves blondes supportent les grands vases et s’agenouillent à l’échanson. Bruire et rire. Voici sur le fond du théâtre, voici passer les histrions dialoguant des chansons d’amour profond. Colloque Nuptial. Ce n’est au décor d’or du tabernacle, ce n’est à la salle brune décorée de hanaps, ce n’est aux quêtes de Graals, ce n’est au saint autel ni à la sainte nappe, c’est au bazar du beau intégral. Il avait étalé des fleurs de soie, des oripeaux dorés de fou de roi. une mitre d’améthystes, un éventail de topazes et le vrai soutire d’Ève empreint sur des gazes. Dans un port fortuné, sa mahonne attendait; à la porte d’un obscur retrait son cheval piaffait; son courrier cherchait aux montagnes, dans des cabanes déshéritées, quelque antique miroir de métal. Il lui dit: Mes aïeux s’en sont venus de loin par des chemins obscurs, ils allaient de ville en ville. Ils montraient aux curieux des verreries et des turquoises, ils gardaient les diamants pour eux. Au gîte pauvre, ils couronnaient l’éternelle et mate Orientale de diamants, et lui chantaient en vieux rythmes d’Orient: Je suis l’amant. Je suis l’amant de ta beauté éternelle, voici le sourire d’Ève et les grâces des chevreau* sur le Carmel, et je t’aime éternellement. Le premier qui vêtit ma semblance était affolé de ta face, j’ai tenaillé les surfaces pour y sculpter ton admirance. Mon fils bercera ses enfances sur la soie de mon rêve vivant et c’est ta semblance qu’il aimera delà les temps. Elle lui dit: Une voix m’a troublée quand je me suis tue, quelqu’un parle dans le silence et j’écoutais parfois dans le sommeil de la ville si la vague chanson résonnerait sur le silence. J’ai ri, car c’est la loi d’enfance, j’ai tant ri que je suis le collier triste à ton cou, j’ai ri sans savoir où et parfois j’ai pleuré sur ta souffrance. Mais c’était pour toi, parmi les songes, comme un oubli d’accords qui s’éveille sur les harpes, tu devais écouter bruire le silence et chercher les lèvres de la voix. Ce n’est ni sur le décor d’or du tabernacle, ni dans la chanson des montagnes, mais dans le soir d’une grande fête, la fête du beau intégral. Source: http://www.poesies.net