Chants. Par Guillaume de Machaut (1300-1377) TABLE DES MATIERES Amours me fait desirer. . . Amours qui a le pouoir. . . Aucune gent. . . Aymi! dame de valour. . . Biauté qui toutes autres pere. . . Bone pastor Guillerme. . . C'est force, faire le vueil. . . Ce qui soustient moy, m'onneur et ma vie. . . Certes, mon oueil richement visa bel. . . Christe, qui lux. . . Cinc, un, trese, huit, neuf d'amour fine. . . Comment puet on miex ses maus dire. . . Comment qu'à moy lonteinne. . . Dame je vueil endurer. . . Dame, à qui. . . Dame, a vous sans retollir. . . Dame, comment qu'amez de vous ne soie. . . Dame, de qui toute ma joie vient. . . Dame, je sui cils. . . Dame, mon cuer emportez. . . Dame, mon cuer en vous remaint. . . Dame, ne regardez pas. . . Dame, se vous m'estes lointeinne. . . Dame, se vous n'avez aparceü. . . Dame, vostre dous viaire. . . De Bon Espoir. . . De Fortune me doi pleindre et loer. . . De bonté, de valour. . . De desconfort, de martyre amoureus. . . De petit po, de niant volenté. . . De tout sui si confortée. . . De toutes flours n'avoit et de tous fruis. . . De triste cuer. . . Diex, Biauté, Douceur, Nature. . . Dix et sept, cinq, trese, quatorse et quinse. . . Donnez, signeurs, donnez à toutes mains. . . Dou mal qui m'a longuement. . . Douce dame jolie. . . Douce dame, tant com vivray. . . Dous amis, oy mon complaint. . . Dous viaire gracieus. . . En amer a douce vie. . . En demantant. . . En mon cuer ha un descort. . . Esperance qui m'asseüre. . . Felix virgo. . . Fons totius superbie. . . Foy porter. . . Gais et jolis, liés, chantans et joieus. . . Hé! Mors, com tu. . . Hé! dame de vaillance. . . Hé! dame de valour. . . Hareu! hareu!. . . Helas! et comment aroie. . . Helas! pour quoy se demente et complaint. . . Helas! pour quoy virent. . . Helas! tant ay doleur et peinne. . . Honte, paour, doubtance de meffaire. . . Il m'est avis qu'il n'est dons de Nature. . . J'ai tant mon cuer. . . J'aim sans penser laidure. . . J'ain la flour. . . J'am miex languir en ma dure dolour. . . Je ne cuit pas qu'oncques à creature. . . Je puis trop bien ma dame comparer. . . Je suis aussi com cils qui est ravis. . . Je vivroie liement. . . Joie, plaisance, et douce norriture. . . La, firent mains divers acors (poem) Lasse! comment . . . Liement me deport. . . Loyauté vueil tous jours maintenir. . . Loyauté, que point ne delay. . . Ma chiere dame, à vous mon cuer envoy. . . Ma fin est mon commencement. . . Martyrum gemma latria. . . Maugré mon cuer. . . Merci vous pri, ma douce dame chiere. . . Mes esperis se combat à Nature. . . Messe de Nostre Dame (mass ordinary) Mors sui, se je ne vous voy. . . Moult sui de bonne heure née. . . N'en fait n'en dit n'en pensée. . . Ne penez pa, dame, que je recroie. . . Ne qu'on porroit les estoiles nombrer. . . Nuls ne doit avoir merveille (L5/4) On ne porroit penser ne souhaidier. . . Par trois raisons me vueil deffendre (L6/5) Pas de tor en thiès païs. . . Phyton, le mervilleus serpent. . . Plourez, dames, plourez vostre servant. . . Plus dure qu'un dyamant. . . Pour ce qu'on puist miex retraire. . . Pour ce que plus proprement. . . Pour ce que tous me chans fais. . . Puis qu'en oubli sui de vous, dous amis. . . Puis que ma dolour agrée. . . Quant Theseus. . . Quant en moy. . . Quant j'ay l'espart. . . Quant je ne voy ma dame n'oy. . . Quant je sui mis au retour. . . Quant ma dame les maus d'amer m'aprent. . . Quant vraie amour. . . Qui es promesses de Fortune. . . Qui n'aroit autre deport. . . Riches d'amour et mendians d'amie. . . Rose, liz, printemps, verdure. . . S'Amours ne fait par sa grace adoucir. . . S'il estoit nuls. . . Sans cuer m'en vois. . . Sans cuer, dolens de vous departiray. . . Se d'amer me repentoie. . . Se je me pleing, je n'en puis mais. . . Se je souspir parfondement. . . Se ma dame m'a guerpi. . . Se mesdisans en acort. . . Se pour ce muir qu'Amours ay bien servi. . . Se quanque amours puet donner à amy. . . Se vous n'estes pour mon guerredon née. . . Tant doucement. . . Tant doucement me sens emprisonnés. . . Tels rit au main qui au soir pleure. . . Tous corps qui de bien. . . Tres bonne et bele, me oueil. . . Tres douce dame que j'aour. . . Trop plus est bele. . . Tu qui gregem . . . Tuit mi penser. . . Un Lay de Consolation. . . Une vipere en cuer ma dame meint. . . Vos dous regars, douce dame, m'a mort. . . Amours me fait desirer. . . Amours me fait desirer Et amer De cuer si folettement Que je ne puis esperer Ne penser N'ymaginer nullement Que le dous viaire gent Qui m'esprent Me doie joie donner, S'amours ne fait proprement Telement Que je l'aie sans rouver. S'ay si dur à endurer Que durer Ne puis mie longuement; Car en mon cuer vueil celer Et porter Ceste amour couvertement, Sans requerre aligement, Qu'à tourment Vueil miex ma vie finer. Et si n'ay je pensement Vraiement Que je l'aie sans rouver. Mais desirs fait embraser Et doubler Ceste amour si asprement Que tout me fait oublier, Ne penser N'ay fors à li suelement; Et pour ce amoureusement Humblement Langui sans joie gouster. S'en morray, se temprement Ne s'assent Que je l'aie sans rouver. Amours qui a le pouoir . . . Vidi dominum Amours qui a le pouoir De moy faire recevoir Joie ou mort obscure, Ne fait par sa grace avoir A ma dame tel voloir Qu'elle m'ait en cure. Durer ne puis longuement, Car pour amer loiaument Ne pour servir liement, Sans penser laidure, Ne pour celer sagement N'ay confort n'aligement De ma dolour dure; Einsois com plus humblement La sueffre et endure, De tant est plus durement Traitiés mes cuers, que briefment Morray dolereusement De dueil et d'ardure, Et tant sui plus eslongiés De merci et estraingiés De ma dame pure. Mais aveuc tous ces meschiés Sueffre Amours qui est mes chiés, Que Raison, Droiture, Douçour, Debonnaireté, Franchise, Grace et Pité N'ont pouoir à Cruauté, Einsois regne et dure En corps d'umblece paré Cuers qui est pleins de durté Et de couverture, Refus qui d'espoir osté M'a la norriture, Et Dangiers qui despité M'a sans cause et si grevé Qu'il m'a par desdaing mené A desconfiture. Faus Samblant m'a deceü Et tenu en esperance De joie merci avoir; Et je l'ay com fols creü Et mis toute ma fiance En li d'amoureus vouloir. Las! or m'a descongneü, Quant de moy faire aligence Ha heü temps et pooir; N'en riens n'a recongneü Ma dolour ne ma grevance, Eins m'a mis en nonchaloir. Vidi dominum. Aucune gent m'ont demandé que j'ay. . . Fiat voluntas tua. Aucune gent m'ont demandé que j'ay Que je ne chant et que je n'ay cuer gay, Si com je sueil chanter de lié corage; Et je leur di, certes, que je ne sçay. Mais j'ay menti, car dedens le cuer ay Je trop grief dueil qui onques n'assouage. Car sans sejour ay mise ma pensée A bonne Amour faire ce qui agrée, Ne à nul fuer n'i pensasse folage; Et je sçay bien que ma dame honnourée, Que je tant criem, si m'a ma mort jurée Par crueus cuer et par simple visage. Car, quant je voy son gracieus viaire, D'un dous ottroy me moustre un exemplaire Et si me vuet tenir en son hommage, Ce m'est avis; mais aus doleurs retraire, J'ay ce tant pis qu'on ne me porroit faire, Car nuls ne puet penser si grief damage Com le refus que ses durs cuers m'envoie; Et si l'aim plus, se Diex m'en envoit joie, Que riens qui soit. Dont n'est ce droite rage? Certes, oïl; mais, pour riens que je voie, De ce peril issir je ne voudroie, Car tous siens sui sans changement de gage, Quant esperer me fait ma garison; Et c'est tout cler que monsignour Yvon Par bien servir, non pas par vasselage, Conquist l'amour dou grant lion sauvage. Qui plus aimme plus endure Et plus mainne dure vie, - Qu'amours qui est sans mesure Assés plus le contralie, - Que li mauvais qui n'a cure De li, einsois met sa cure En mal et en villonnie. Hé! Diex, que n'ont signourie Les dames de leur droiture, Que ceuls qui ont la pointure D'amours au cuer atachie Choisissent sans mespresure! S'einsi fust, je m'asseüre, Tels est amés qui ne le seroit mie Et telz haïs qui tost aroit amie. Fiat voluntas tua. Aymi! dame de valour. . . Aymi! dame de valour, Que j'aim et desir, De vous me vient la dolour Qui me fait languir. Tres douce creature, Comment puet vo fine douçour Estre vers moy si dure, Quant mon cuer, mon corps et m'amour Vous ay donné sans retour Et sans repentir? Or me tenez en langour Dont je criem morir. Aymi! dame. Et tout par enmesure, Gentil dame, pleinne d'onnour, Sui je à desconfiture; Car onques ne quis deshonnour Vers vous, ains ay sans sejour Fait vo dous plaisir Et feray sans mauvais tour Jusques au morir. Aymi! dame de valour. Mais vo douce figure, Vo fine biauté que j'aour Et vo noble faiture Parée de plaisant atour En plour tiennent nuit et jour, Sans joie sentir, Mon cuer qui vit en tristour, Dont ne puet garir. Aymi! dame de valour, Que j'aim et desir, De vous me vient la dolour Qui me fait languir. Biauté qui toutes autres pere. . . Biauté qui toutes autres pere Envers moy diverse et estrange, Douceur fine à mon goust amere, Corps digne de toute loange, Simple vis à cuer d'aïmant, Regart pour tuer un amant, Samblant de joie et response d'esmay M'ont ad ce mis que pour amer morray. Detri d'ottri que moult compere, Bel Acueil qui de moy se vange Amour marrastre et nompas mere, Espoir qui de joie m'estrange, Povre secours, desir ardant, Triste penser, cuer souspirant, Durté, desdaing, dangier et refus qu'ay M'ont ad ce mis que pour amer morray. Si vueil bien qu'à ma dame appere Qu'elle ma joie en doleur change Et que sa bele face clere Me destruit, tant de meschief sen je, Et que gieu n'ay, revel ne chant, N'einsi com je seuil plus ne chant, Pour ce qu'Amour, mi oueil et son corps gay M'ont à ce mis que pour amer morray. Bone pastor Guillerme Bone pastor Guillerme, Pectus quidem inerme Non est tibi datum; Fauste sed muneva Virtutum est caterva Fortiter armatum. Portas urbis et postes Tue munis, ne hostes Urbem populentur Mundus, demon et caro, Morsu quorum amaro Plurimi mordentur. Mitra que caput cingit Bino cornu depingit Duo testamenta, Que mitrifer habere Debet tanquam cincere Mentis ornamenta. Et quoniam imbutus Et totus involutus Es imprelibatis, Ferre mitram est digna Tua cervix, ut signa Sint equa signatis. Curam gerens populi, Vis ut queant singuli Vagos proficere Prima parte baculi Attrahere; Per te quidem alia, Que est intermedia, Morbidos regere; Lentos parte tercia Sis pungere. Oves predicamine Et cum conversamine Pacis laudabili, Demum erogamine Sensibili. Det post hec exilium Huic rex actor omnium, Qui parcit humili, Stabile dominium Pro labili. Bone pastor, qui pastores Ceteros vincis per mores Et per genus Et per fructum studiorum Tollentem mentes ymorum Celo tenus, O, Guillerme, te decenter Ornatum rex, qui potenter Cuncta regit, Sue domus ad decorem Remensium in pastorem Preelegit. Elegit te, vas honestum, Vas insigne, De quo nichil sit egestum Nisi digne. Dedit te, vas speciale Sibi regi; Dedit te, vas generale Suo gregi. Bone pastor. C'est force, faire le vueil. . . C'est force, faire le vueil: Tuit mi desir Sont et seront en servir Vo bel accueil, Chiere dame, et d'acomplir Vostre dous vueil. Car vous me faites sentir Et conjoïr, Par vo dous riant regart, Un dous mal à soustenir Que vueil souffrir Humblement, se Diex me gart. Mais souvent pleurent mi oueil, Quant je remir Vo gent corps par souvenir, Dont mon vis mueil. Lors de mon cuer meint souspir Passent le sueil C'est force, faire le vueil. Ne je ne me puis tenir D'einsi gemir Celeement et à part, Pour doubte qu'à vo plaisir Ne puist venir Le service, où mon cuer art, Sans avoir peinne ne dueil; Car se fremir, Teindre, trambler et palir Plus que ne sueil Me fait et vous oubeir, Pas ne m'en dueil. C'est force, faire le vueil. Ne ja ne m'en quier partir Ne repentir N'estre garis par nul art, Eins vueil vostre honneur querir Et vous cherir Dessus toutes, main et tart; Car vo biauté sans orgueil, Qu'aim et desir, Et dous espoir de merir En tel escueil M'ont mis qu'au goust de joïr Mes maus recueil. C'est force, faire le vueil: Tuit mi desir Sont et seront en servir Vo bel accueil, Chiere dame, et d'acomplir Vostre dous vueil. Ce qui soustient moy, m'onneur et ma vie. . . Ce qui soustient moy, m'onneur et ma vie Aveuc Amours, c'estes vous, douce dame. Long, près, toudis serez, quoy que nuls die, Ce qui soustient moy m'onneur et ma vie. Et quant je vif par vous anemie, Qu'aim miex que moy, bien dire doy, par m'ame: "Ce qui soustient moy, m'onneur et ma vie Avec Amours, c'estes vous, douce dame." Certes, mon oueil richement visa bel. . . Certes, mon oueil richement visa bel, Quant premiers vi ma dame bonne et belle, Pour ce que gent maintieng et vis a bel. Certes, mon oueil richement visa bel. Ne fu tel flour depuis le vis abel, Quant fleur des fleurs tous li mundes l'apelle Certes, mon oueil richement visa bel, Quant premiers vi ma dame bonne et belle. Christe, qui lux es et dies. . . Christe, qui lux es et dies Fideliumque requies Nos visita. Tu furoris temperies Tu dulcoris planities Nunc excita. Posse tuum precipita Depredentes qui nos ita Vituperant. Sicut per te fuit vita Patribus nostris reddita, Qui tunc erant Nec tueri se poterant, Sed ad te reclamaverant, Deus fortis, Sie cave, ne nos atterant Qui nos in guerris lacerant Nunc subortis, Et adire nexu mortis, Cuius sumus jam in portis, Nos protegas. Gentem serves tue sortis, Tui fratris ac consortis Causam regas Qui malos a te segregas Nec justis opem denegas, Legis lator. Proditores nunc detegas Horumque visum contegas, Consolator, Danielis visitator Puerorumque salvator In fornace, Per abacuth confortator. Sis pro nobis preliator Et dimittas nos in pace. Veni, creator spiritus Flentium audi gemitus, Quos nequiter gens misera Destruit; veni, prospera. Jam nostra virtus deficit Nec os humanum sufficit Ad narrandum obprobria Que nobis dant vecordia, Diviso, cupiditas Fideliumque raritas, Unde flentes ignoramus Quid agere debeamus. Circumdant nos inimici, Sed et nostri domestici Conversi sunt in predones: Leopardi et leones, Lupi, milvi et aquile Rapiunt omne reptile. Consumunt nos carbunculi, Ad te nostri sunt oculi: Perde gentem hanc rapacem, Jhesu, redemptor seculi, Et da nobis [tuam] pacem. Tribulatio proxima est et non est qui adjuvet. Cinc, un, trese, huit, neuf d'amour fine. Cinc, un, trese, huit, neuf d'amour fine M'ont espris sans desfinement, Qu'Espoir vuet que d'amer ne fine, - Vo, un, trese, huit, neuf d'amour fine - Si que plus que fins ors s'affine Mes cuers pour amer finement. Cinc, un, trese, huit nuef d'amour fine M'ont espris sans desfinement. Comment puet on miex ses maus dire. . . Comment puet on miex ses maus dire A dame qui congnoit honnour Et c'on l'aimme de vraie amour, Quant amans ressoingne escondire Et s'a de son courrous paour? Comment puet on miex ses maus dire A dame qui congnoist honnour? Celle voit qu'il tramble et souspire Et mue maniere et coulour Et qu'il soit mus et plains de plour, Comment puet on miex ses maus dire A dame qui congnoist honnour Et qu'on l'aimme de vraie amour? Comment qu'à moy lonteinne. . . Comment qu'à moy lonteinne Soiez, dame d'onnour, Si m'estes vous procheinne Par penser nuit et jour. Car Souvenir me meinne, Si qu'adès sans sejour Vo biauté souvereinne, Vo gracieus atour, Vo maniere certainne Et vo fresche coulour Qui n'est pale ne veinne, Vou toudis sans sejour. Comment qu'à moy. Dame, de grace pleinne, Mais vo haute valour, Vo bonté souvereinne Et vo fine douçour En vostre dous demeinne M'ont si mis que m'amour, Sans pensée vilainne, Meint en vous que j'aour, Comment qu'à moy lonteinne Soiez, dame d'onnour. Mais Desirs qui se peinne D'acroistre mon labour Tenra mon cuer en peinne Et de mort en paour, Se Diex l'eure m'ameinne Qu'à vous, qui estes flour De toute flour mondeinne, Face tost mon retour. Comment qu'à moy lonteinne Soiez, dame d'onnour, Si m'estes vous procheinne Par penser nuit et jour. Dame je vueil endurer. . . Dame je vueil endurer, Tant com je porray durer, Sans penser laidure, M'ardure. Sage, loyal, douce, plaisant, Tres bonne et belle sans per, En vo service faisant Vueil toute ma vie user Ne ja ne vous quier rouver Riens dont vos cuers puist penser Que je teingne à dure M'aurdure. Dame je vueil endurer, Tant com je porray durer, Sans penser laidure, M'ardure. C'est drois, que vo viaire gent Et vostre dous regarder Me font amoureusement Vivre en joie et demourer Et tant de bien savourer Que riens ne puis desirer Fors qu'adès me dure M'ardure Dame, je vueil endurer, Tant com je porray durer. Einsi vous vueil tres liement Doubter, servir et celer De fin cuer et humblement, A mon pouoir, honnoureur, Et miex morir pour amer Vueil qu'on sache mon penser Ne pour qui j'endure M'ardure. Dame je vueil endurer, Tant com je porray durer, Sans penser laidure, M'ardure. Machaut: Dame, à qui. . . Dame, à qui M'ottri De cuer, sans penser laidure, Je n'ay mie desservi Qu'enhaï M'ait si Vos cuers qu'à desconfiture Soie pour l'amour de li. Car de tres loial amour Maint jour Vous ay amé et servi, N'onques vos cuers n'ot tenrour Dou plour Qui m'a tout anienti. S'en gemi Et di Que ce n'est mie droiture Que toudis soie en oubli, Car en mi Par mi Partiroit mon cuer d'ardure, Bele, s'il estoit einsi. Dame, à qui M'ottri. Helas! toudis sans sejour Aour Vo doulz viaire joli, Mais trouver n'i puis douçour N'amour Fors samlance d'anemi. S'en fremy, Aymi! Et en dolour qui trop dure Dolereusement langui, Quant meri D'ottri Ne d'esperance seüre Ne m'a encor esjoÿ. Dame, à qui M'ottri De cuer, sans penser laidure. Belle et bonne, sans folour, D'onnour Vous ha Diex si enrichi Que vous estes de valour La flour; Pour ce vous ay encheri. Se vous pri Merci Que de vostre grace pure Me daingniés clamer ami; Et einsi Gari M'arés dou mal que j'endure, Tresdont que premiers vous vi. Dame, à qui M'ottri De cuer, sans penser laidure, Je n'ay mie desservi Qu'enhaï M'ait si Vos cuers qu'à desconfiture Soie pour l'amour de li. Dame, a vous sans retollir. . . Dame, a vous sans retollir Dong cuer, pensée, desir, Corps, et amour, Comme a toute la millour Qu'on puist choisir, Ne qui vivre ne morir Puist a ce jour. Si ne me doit a folour Tourner, se je vous äour, Car sans mentir, Bonté passés en valour, Tonte flour en douce odour Que on puet sentir. Vostre biauté fait tarir Toute autre et anïentir, Et vo douçour Passe tout; rose en coulour Vous doi tenir, Et vo regars puet garir Toute dolour. Dame, a vous sans retollir Dong cuer, pensée, desir, Corps, et amour, Comme a toute la millour Qu'on puist choisir, Ne qui vivre ne morir Puist a ce jour. Pour ce, dame, je m'atour De tres toute ma vigour A vous servir, Et met, sans nul villain tour, Mon cuer, ma vie et m'onnour En vo plaisir. Et se Pité consentir Vuet que me daigniez oïr En ma clamour, Je ne quier de mon labour Autre merir, Qu'il ne me porroit venir Joie gringnour. Dame, a vous sans retollir Dong cuer, pensée, desir, Corps, et amour, Comme a toute la millour Qu'on puist choisir, Ne qui vivre ne morir Puist a ce jour. Dame, ou sont tuit mi retour, Souvent m'estuet en destour Pleindre et gemir, Et, present vous, descoulour, Quant vous ne savez l'ardour Qu'ay a souffrir Pour vous qu'aim tant et desir, Que plus ne le puis couvrir. Et se tenrour N'en avez, en grant tristour M'estuet fenir. Nonpourquant jusqu'au morir Vostres demour. Dame, a vous sans retollir Dong cuer, pensée, desir, Corps, et amour, Comme a toute la millour Qu'on puist choisir, Ne qui vivre ne morir Puist a ce jour. Dame, comment qu'amez de vous ne soie. . . Dame, comment qu'amez de vous ne soie, Si n'est il riens qui tant me puist grever, Moy ne mon cuer, com ce que je veoie Que voissiès autre que moy amer; Car riens conforter Ne me porroit jamais ne resjoïr, S'il avenoit, fors seulement morir. Car dous espoir qui me norrit en joie Et qui soustient mon cuer en dous penser Contre desir qui toudis me guerroie Feriés de moy sans cause dessevrer, Si qu'einsi durer Ne vorroie sans li contre desir, S'il avenoit, fors seulement morir. Car vraiement, dame, se je perdoie L'esperence de merci recouvrer, Par autre amer, desesperez seroie, Car foibles sui pour tels cops endurer; Ne je n'os penser Que vous n'Amour me peüssiez garir, S'il avenoit, fors seulement morir. Dame, de qui toute ma joie vient. . . Dame, de qui toute ma joie vient, Je ne vous puis trop amer, ne chierir, N'assés loër, si com il apartient, Servir, doubter, honnourer, n'obeïr; Car le gracieus espoir, Douce dame, que j'ay de vous vëoir, Me fait cent fois plus de bien et de joie, Qu'en cent mille ans desservir ne porroie. Cils dous espoirs en vie me soustient Et me norrist en amoureus desir, Et dedens moy met tout ce qui couvient Pour conforter mon cuer et resjoïr; N'il ne s'en part main ne soir, Einsois me fait doucement recevoir Plus des dous biens qu'Amours aus siens ottroie, Qu'en cent mille ans desservir ne porroie. Et quant Espoir que en mon cuer se tient Fait dedens moy si grant joie venir, Lonteins de vous, ma dame, s'il avient Que vo biauté voie que moult desir, Ma joie, si com j'espoir, Ymaginer, penser, ne concevoir Ne porroit nuls, car trop plus en aroie, Qu'en cent mille and desservir ne porroie. Dame, je sui cils qui vueil endurer. . . Dame, je sui cils qui vueil endurer Vostre voloir, tant com porray durer; Mais ne cuit pas que longuement l'endure Sans mort avoir quant vous m'estes si dure Que vous volés qu'ensus de vous me traie, Sans plus veoir la tres grant biauté vraie De vo gent corps qui tant a de valour Que vous estes des bonnes la millour. Las! einsi ay de ma mort exemplaire. Mais la doleur qu'il me convenra traire Douce seroit, s'un tel espoir avoie Qu'avent ma mort par vo gré vous revoie. Dame, et se ja mes cuers riens entreprent Dont mes corps ait honneur n'avancement, De vous venra, com lonteins que vous soie, Car ja sans vous que j'aim tres loyaument Ne sans Amours emprendre nel saroie. Fins cuers dous, on me deffent De par vous que plus en voie Vostre dous viaire gent Qui d'amer m'a mis en voie; Mais vraiement, je ne sçay Comment je m'en atendray Que briefment morir ne doie. Et si m'en faut astenir Pour faire vostre plaisir, Ou envers vous faus seroie, S'aim trop miex ma loyauté Garder et par vostre gré Morir, se vos cuers l'ottroie, Qu'encontre vostre voloir, Par vostre biauté veoir, Receüsse toute joie. Fins cuers dous. Dame, mon cuer emportez. . . Dame, mon cuer emportez, Dont tant sui desconfortez Que vraiment Durer ne puis nullement, Se ne l'amez Et se vous ne le gardés Songneusement. Car il s'est si ligement Et si amoureusement A vous donnés Qu'à vostre honneur seulement Est tout son entendement; Bien le savés. Dont se vous ne le volés, Dame, et vous le deboutés, Legierement Porrés savoir, se je ment Qu'ocis m'arés, Se vous ne me secourés Procheinnement. Dame, mon cuer emportez. Je pleure moult tendrement Et soupir pardondement, Quant vous partés Et faire ne plus comment Vous die "à Dieu vous commant." Desesperez En sui et si forcenez, Quant si mal sui fortunez, Qu'à grief tourment M'ocira vo partement. Dire l'orrés, S'excusé ne m'en tenez Entierement. Dame, mon cuer emportez. Dame, vo viaire gent, Dous, amoureus et plaisant, Est figurez Et mon cuer si proprement Qu'adès le voy clerement; Et ne doubtés Que vrais seray et secrés, Puis qu'einsi mon cuer avez Parfaitement. Pour ce vous pri humblement, Ne m'oubliez, Qu'amée de moy serés Tres loyaument. Dame, mon cuer emportez, Dont tant sui desconfortez Que vraiment Durer ne puis nullement, Se ne l'amez Et se vous ne le gardés Songneusement. Dame, mon cuer en vous remaint. . . Dame, mon cuer en vous remaint, Comment que de vous me departe. De fine amour qui en moy maint Dame, mon cuer en vous remaint, Or pri Dieu qui li vostre m'aint, Sans ce qu'en nulle autre amour parte. Dame, mon cuer en vous remaint, Comment que de vous me departe. Dame, ne regardez pas. . . Dame, ne regardez pas A vostre valour Ne à moy, se je sui bas, Mais loial Amour Resgardez, qui par douçour M'adonne d'un amoureus dart, Par vostre dous plaisant regart. Dame, faite à droit compas, Je n'aim ne aour Fors vous car tuit mi solas, Mi ris et me plour, Mi bien, mi mal, mi vigour, Tout ce me vient, se Diex me gart, Par vostre dous plaisant regart. Dont je sui si en vos las Qu'adès par savour Humblement sans estre las Recoy ma dolour. Las! et vos cuers n'a tenrour De l'ardure qui le mien art Par vostre dous plaisant regart. Dame, se vous m'estes lointeinne. . . Dame, se vous m'estes lointeinne, Pas n'est mes cuers de vous lointeins, Car par ramembrance procheinne Est nuit et jour de vous procheins; Et en lieu dou cuer est remeins En mon corps li maus amourous, Comment que soie long de vous. Mais cils mauls est sans nulle peinne; Car, quant j'en suis plus fort ateins, Bonté, valour, biauté souvreinne, Dont vos gentils corps est enciens, Font que je chant de joie pleins Pour vous, dame, à qui je sui tous, Comment que soie long de vous. Se vous pri, dame d'onneur pleine, Que, se vos frans cuers est ja certeins Que li miens loyaument se peinne D'amer et qui vous est remeins Que vous souffrez à tout le meins Qu'il vous serve, loiaus cuers dous, Comment que soie long de vous. Dame, se vous n'avez aparceü. . . Dame, se vous n'avez aparceü Que je vous aim de cuer, sans decevoir, Essaiés le; si le sar&eacure;s de voir. Vo grant biauté m'aroit trop deceü Et vo douceur, qui trop me font doloir, Dame, se vous n'avez aperceü Que je vous aim de cuer, sans decevoir. Car mon cuer ont si tres fort esmeü A vous amer que ne puis concevoir Que ja mais bien doie ne joie avoir. Dame, se vous n'avez aperceü Que je vous aim de cuer, sans decevoir, Essaiez le; si le sarez de voir. Dame, vostre dous viaire. . . Dame, vostre dous viaire Debonnaire Et vo sage meinteing coy Me font vo service faire, Sans meffaire, De fin cuer, en bonne foy. Dame, et bien faire le doy; Car anoy, Griété, doleur ne contraire Onques en vous servant n'oy, Eins congnoy Que riens ne m'i puet desplaire Et qu'adès miex me doit plaire, Sans retraire, De tant com plus m'i employ, Car tant estes debonnaire Qu'exemplaire De tous les biens en vous voy. Dame, vostre dous viaire. Quant je remir vostre arroy Sans desroy, Où raisons maint et repaire, Et vo regart sans effroy, Si m'esjoy Que tous li cuers m'en esclaire; Car il le scet si attraire Par son traire Qu'en vous maint; et je l'ottroy. Si ne vueilliés pas deffaire Ceste paire, Dame; humblement vous en proy. Dame, vostre doous viaire. Car mis l'avés en tel ploy Qu'il en soy N'a riens n'ailleurs ne repaire Fors en vous, et sans anoy; N'il ottroy Ne quiert merci ne salaire Fors que l'amour qui le maire Vous appaire Et que tant sachiez de soy Qu'il ne saroit contrefaire Son affaire. C'est tout. Mon chant vous envoy. Dame, vostre dous viaire Debonnaire Et vo sage meinteing coy Me font vo service faire, Sans meffaire, De fin cuer, en bonne foy. De Bon Espoir, de Tres-Dous Souvenir. . . De Bon Espoir, de Tres-Dous Souvenir Et de Tres-Dous Penser contre Desir M'a bonne Amour maintes fois secouru, Quant il m'a plus aigrement sus couru; Car quant Desirs plus fort me destreingnoit, Moult doucement Espoirs m'asseüroit, Et Souvenirs me moustroit la biauté, Le scens, l'onneur, le pris et la bonté De celle dont li amoureus penser Mon dolent cuer venoient conforter. Las! or m'assaut Desirs plus qu'il ne suet. Mais durement endurer le m'estuet, Car je sui près de perdre le confort De Bon Espoir, dont je me desconfort; Et Souvenirs me fait toudis penser Pour mon las cuer faire desesperer, Car Grace, Amour, Franchise, Loyauté, Pité, Doctrine et Debonnaireté Sont pour moy seul si forment endormi Car Dangiers est souverains de Merci Et que ma dame, à qui je sui rendus, Croit à Durté et orguilleus Refus, Pour ce, sans plus, que m'amour ne mon cuer N'en vueil ne puis departir à nul fuer. Mais puis qu'estre ne puet ore autrement, Face de moy tout son commandement, Car maugré li l'ameray loyaument. Puis qu'en la douce rousée D'umblesse ne vuet florir Pitez, tant que meürée Soit mercis que tant desir, Je ne puis avoir durée, Car en moy s'est engendrée, Par un amoureus desir, Une ardeur desmesurée Qu'Amours, par son dous plaisir, Et ma dame desirée, Par sa biauté coulourée, De grace y ont fait venir. Mais puis qu'einsi leur agrée, Je vueil humblement souffrir Leur voloir jusqu'au morir. Speravi. De Fortune me doi pleindre et loer. . . De Fortune me doi pleindre et loer, Ce m'est avis, plus qu'autre creature; Car quant premiers encommencay l'amer, Mon cuer, m'amour, ma pensée, ma cure Mist si bien à mon plaisir Qu'à souhaidier peüsse je faillir, N'en ce monde ne fust mie trouvée Dame qui fust si tres bien assenée. Car je ne puis penser n'imaginer Ne dedens moy trouver qu'onques Nature De quanqu'on puet bon et bel appeller Peüst faire si parfaite figure De celui ou mi desir Sont et seront à tous jours sans partir; Et pour ce croy qu'onques mais ne tu née Dame qui fust si tres bien assenée. Lasse! or ne puis en ce point demourer, Car Fortune qui onques n'est seüre Sa roe veut encontre moy tourner Pour mon las cuer mettre à disconfiture. Mais en foy, jusqu'au morir Mon dous amy vueil amer et cherier, Qu'onques ne dut avoir fausse pensée Dame qui fust si tres bien assenée. De bonté, de valour. . . De bonté, de valour, De biauté, de douçour Ma dame est parée; De maniere, d'atour, De scens, de grace est couronnée. Dame desirée, Richement aournée De coulour, Bien endoctrinée, De tous à droit loée, Par savour, Juenette, sans folour, Simplette, sans baudour, De bonne heure née, Parfaite en toute honnour, Nulle n'est à vous comparée. De bonté, de valour, De biauté, de douçour Ma dame est parée; De maniere, d'atour, De scens, de grace est couronnée. Car loyal, secrée, De bonne renommée, Sans faus tour, Franche et esmerée, Nette, pure, affinée, La millour De toutes de la flour, Sans mal, sans deshonnour, Estes apellée. Pour ce avés sans retour, Mon cuer, m'amour et ma pensée. De bonté, de valour, De biauté, de douçour Ma dame est parée; De maniere, d'atour, De scens, de grace est couronnée. Et s'il vous agrée, Gentil dame honnourée, Que j'aour, Qu'en moy soit doublée, Sans estre ja finée, Ma langour, Si vueil je la dolour Et l'amoureuse ardour, Qu'en moy est entrée, Endurer nuit et jour, Ne ja n'en serés meins amée. De bonté, de valour, De biauté, de douçour Ma dame est parée; De maniere, d'atour, De scens, de grace est couronnée. De desconfort, de martyre amoureus. . . De desconfort, de martyre amoureus, De griés soupirs, d'une crueuse ardure, De pleins, de plours, d'un mal tres dolereus Pleins et peüs de triste nourriture, Vuis et geüns d'amoureuse pasture, Vit en morant, dame, li cuers de mi En desirant vostre douce merci. Mais ce qui plus le fait estre angoisseus Et qui plus croist la dolour qui me dure, C'est qu'à chascuns est humbles et piteus Vos gentis cuers, helas! et il ne cure Ne pité n'a de ma dolour obscure, Et si scet bien que j'ay lonc temps langui En desirant vostre douce merci. Et puis qu'il est de mon mal si joieus Qu'il prent deduit en ma desconfiture, Onques amans ne fu si eüreus Com je seray, se cilz maus que j'endure M'ocist pour vous, ne ja mort ne m'iert dure, Se par vo gré puis definer einsi En desirant vostre douce merci. De petit po, de niant volenté. . . De petit po, de niant volenté De moult assés doit penre, ce m'est vis, Chascuns amans de s'amie en bon gré. Lasse! dolente, or voy que mes amis Ne vuet souffisance avoir Seur volenté, ne mon petit pouoir Croire ne puet, eins m'a pour ce guerpi. Onques n'ama qui pour si po haÿ. Amours scet bien que je l'ay tant amé Et aim encor et ameray toudis Qu'on ne puet plus; mais mesdisans grevé M'ont envers li, qu'en li a tant d'avis, De bien, d'onneur, de savoir Que mon pouoir sceüst bien concevoir. Et nonpourquant, se s'amour pers einsi, Onques n'ama qui pour si po haÿ. Et s'aucuns ont vileinnement parlé A li de moy, je les met tous au pis Qu'onques vers li feïsse fausseté N'envers autrui, n'il ne doit leurs faus dis Tost croire ne li mouvoir, Eins doit avant la verité savoir. Et s'il les croit et me laist par tel si, Onques n'ama qui pour si po haÿ. De tout sui si confortée. . . De tout sui si confortée Que ja mais n'iert hostelée Tristesse n'esmay En mon cuer, ainçois aray Lie et jolie pensée, Tant com je vivray. Bien faire et avoir cuer gay, C'est tout; plus n'emporteray, Quant seray finée; Dont lie et loiaulz seray Et le contraire feray De ma destinée, Car lasse, desconfortée, Triste, dolente, esplourée Esté lonc temps ay. Mais je me conforteray Et celuy qui tant m'agrée Sur tous ameray. De tout sui si confortée Que ja mais n'iert hostelée Tristesse n'esmay En mon cuer, ainçois aray Lie et jolie pensée, Tant com je vivray. Si que gaye me tenray Ne ja ne le guerpiray Heure ne journée, Car en ceste pel morray, Fors tant que je maudiray Longue demourée; S'onneur et sa renommée, Qui "tout passe" est appellée, Toudis garderay, Et tant com durer porray Plus que creature née Li obeyray. De tout sui si confortée Que ja mais n'iert hostelée Tristesse n'esmay En mon cuer, ainçois aray Lie et jolie pensée, Tant com je vivray. Ainsi riens ne soufferay N'à chose ne penseray Qui me desagrée Et le temps oublieray, Tant que revenir verray D'estrange contrée Li qui trop plus m'a amée, Servi, gardée, honnourée Que nulz; bien le sçay. Pays et foy li porteray, Pour ce qu'à li sui donnée De fin cuer et vray. De tout sui si confortée Que ja mais n'iert hostelée Tristesse n'esmay En mon cuer, ainçois aray Lie et jolie pensée, Tant com je vivray. De toutes flours n'avoit et de tous fruis. . . De toutes flours n'avoit et de tous fruis En mon vergier fors une seule rose: Gastés estois li surplus et destruis Par Fortune qui durement s'opose Contre ceste douce flour Pour amatir sa coulour et s'odour. Mais se cueillir la voy ou tresbuchier, Autre après li ja mais avoir ne quier. Mais vraiement ymaginer ne puis Que la vertus, où ma rose est enclose, Viengne par toy et par tes faus conduis, Ains est drois dons naturex; si suppose Que tu n'avras ja vigour D'amanrir son pris et sa valour. Lay la moy donc, qu'ailleurs n'en mon vergier Autre après li ja mais avoir ne quier. Hés! Fortune, qui es gouffres et puis Pour engloutir tout homme qui croire ose, Ta fausse loy, où riens de bien ne truis Ne de seür, trop est decevans chose; Ton ris, ta joie, t'onnour Ne sont que plour, tristece et deshonnour. Se ti faus tour font ma rose sechier, Autre après li ja mais avoir ne quier. De triste cuer faire joyeusement. . . De triste cuer faire joyeusement, Il m'est avis que c'est chose contraire; Mais cils qui fait de joieus sentement, Je di qu'il doit plus joieusement faire. Et pour ce sont mi chant de rude affaire, Qu'il sont tuit fait d'un cuer plus noir que meure, Triste, dolent, qui larmes de sanc pleure. S'en sui repris et blasmez durement. Mais je ne say mon ouevre contrefaire, Eins moustre ce que mes cuers scet et sent; Et les meschiés dont j'ay plus d'une paire, Voire de cent, si pert à mon viaire Qu'ay l'esperit, où ma vie demeure, Triste, dolent, qui larmes de sanc pleure. Et pour ce à tous suppli tres humblement Que de mes chans blasmer se vueillent taire, Car je ne sçay ne puis faire autrement Pour Fortune qui tent à ce deffaire Qu'aim miex que moy; n'elle ne me lait plaire Qu'à ciaus qui ont l'esperit à toute heure Triste, dolent, qui larmes de sanc pleure. Quant vrais amans aimme amoureusement, De si vray cuer qu'il ne saroit meffaire, Et sa dame a tel cuer que nullement N'en puet mercy, doucuer ne grace attraire, Cuer ne porroit avoir si debonnaire Qui la liqueur dou sien à l'ueil ne queure, Triste, dolent, qui larmes de sanc pleure. Qu'Ardans Desir mourdrist secretement Son triste cuer en doleur et en haire; Pour ce ne fait pas si joliement Com cilz qui joit et ou joie repaire Et s'en li prent Souvenirs son repaire, Quant il y vient, il le fait sans demeure Triste, dolent, qui larmes de sanc pleure. Qu'il ymagine et pense au grief tourment Que sa dame li fait sentir et traire Pour li servir et amer loyaument. Helas! dolens, ci ha povre salaire; Miex li vaurroit sa vie user au Quaire Qu'en tel service, où cuers et corps deveure, Triste, dolent, qui larmes de sanc pleure. Certes, je di s'en quier jugement Que, quant Amours un cuer destraint et maire, Pour ce qu'avoir ne puet aligement De sa dame qu'est franche et debonnaire, Que li meschiés qu'Alixandres fist Daire N'est pas si grans com cils qui li court seure, Triste, dolent, qui larmes de sanc pleure. Mais il dont miex faire et plus proprement Que cils qu'Amours vuet de merci refaire, Car Grans Desirs li enseigne et aprent Et li donne matire et exemplaire Et s'entremet de son oeuvre parfaire, En douçeur fine et d'un son le couleure, Triste, dolent, qui larmes de sanc pleure. Mais cilz qui ha merci, a ce où il tent, Si que Desirs à li plus ne s'apaire Si ardemment ne si desiramment, Eins amenrist et commence à retraire. Et pour ce di, cui qu'il doie desplaire, Que cilz fait miex qui d'amour goust saveure Triste, dolent, qui larmes de sanc pleure. Diex, Biauté, Douceur, Nature. . . Diex, Biauté, Douceur, Nature Mirent bien toute leur cure En vo douce pourtraiture, Dame desirée, Car tant est plaisant et pure, Sage en port, belle en figure Qu'eins plus gente creature De vous ne fu née. Trop bien estes comparée Au printemps qui tant agrée Et tant ha puissance, Qu'en li douceur est trouvée, Verdeur, fleur, fruit et rousée Et toute plaisance. Einsi vo bonté seüre Rent joie et bonne aventure; C'est l'ente où tous biens meüre. De tous est amée. Tout resjoit, tout ranature, Cuer secrement enverdure Et fait de tristece obscure Joieuse pensée. Diex, Biauté, Douceur, Nature. Aveuc ce vous est donnée Si tres noble destinée Qu'il n'est, sans doubtance, Grace, tant soit affinée, Qui devant vous ait durée, Qu'en vostre presence Biauté laidist et s'oscure, Maniere n'i a mesure, Douceur samble amere et sure - Ja n'iert tant loée - Joie y pert envoiseüre Et, à regarder droiture, Tout samble ouevre de rasture Qui soit empruntée. Diex, Biauté, Douceur, Nature. Bonne, belle et bien parée, De tres gentil renommée, Mort ou aligence De vo face coulourée, Qui "tout passe" est appelée, Aten; car sans lance M'a fait douce blesseüre Vo simple regardeüre, Dont j'ay, sans plaie, pointure Qui ja n'iert sanée, Se vo douceur ne la cure, Qui m'est si doucement dure Qu'elle art mon cuer, n'en l'ardure N'a feu ne fumée. Diex, Biauté, Douceur, Nature Mirent bien toute leur cure En vo douce pourtraiture, Dame desirée, Car tant est plaisant et pure, Sage en port, belle en figure Qu'eins plus gente creature De vous ne fu née. Dix et sept, cinq, trese, quatorse et quinse. . . Dix et sept, cinq, trese, quatorse et quinse M'a doucement de bien amer espris. Pris ha en moy une amoureuse emprise - Dis et sept, cinq, trese, quatorse et quinse - Pour sa bonté que chascuns loe et prise Et sa biauté qui sur toutes ont pris. Dis et sept, cinq, trese, quatorse et quinse M'a doucement de bien amer espris. Donnez, signeurs, donnez à toutes mains. . . Donnez, signeurs, donnez à toutes mains, Ne retenez seulement fors l'onneur. S'onneur avez et de richesse meins, Pour vous seront li grant en li mineur: Chascuns dira: "ci ha vaillant signeur." Et terre aussi qu'est despendue Vaut trop miex que terre perdue. A vos subgés donnez et à lonteins, Car miex affiert à roy ou empereur Qu'il dont dou sien mil livre de messeins Que on li tollist je denier par rigeur. S'avez le cuers, ja n'arés deshonneur. Et terre aussi qu'est despendue Vaut trop miex. Quant princes est loyaus, larges, humeins, Si don sont plain de si tres grant douceur Que pour son fait estrainges et prochains Ne doubtent mort, povreté ne labeur, Eins vuet chascuns ressambler le milleur. Et terre aussi qu'est despendue Vaut trop miex que terre perdue. Dou mal qui m'a longuement. . . Dou mal qui m'a longuement Fait languir plaisanment Merci bonnement Ma dame jolie, Pour qui je vueil liement Souffrir la maladie Qui en amoureus tourment Nuit et jour mouteplie, Pour ce que sans finement L'aim et tres finement La serf humblement, Sans penser folie. Dou mal qui m'a longuement Fait languir. Car je suis si ligement Mis en sa signourie Que ja mais aligement Ne quier avoir m'aïe, Se de li n'est proprement, Qui debonnairement, M'ocist doucement, Quant merci li prie. Dou mal qui m'a longuement Fait languir. Et se ma dame plaisant Qui d'onnour est garnie Savoit qu'amourseusement Me muir, à chiere lie, Pour li servir loyaument, Ma peinne, vraiement, Bien et hautement Tenroie à merie. Dou mal qui m'a longuement Fait languir plaisanment Merci bonnement Ma dame jolie. Douce dame jolie. . . Douce dame jolie, Pour dieu ne pensés mie Que nulle ait signorie Seur moy fors vous seulement. Qu'adès sans tricherie Chierie Vous ay et humblement Tous les jours de ma vie Servie Sans villain pensement. Helas! et je mendie D'esperance et d'aïe; Dont ma joie est fenie, Se pité ne vous en prent. Douce dame jolie. Mais vo douce maistrie Maistrie Mon cuer si durement Qu'elle le contralie Et lie En amour tellement Qu'il n'a de riens envie Fors d'estre en vo baillie; Et se ne li ottrie Vos cuers nul aligement. Douce dame jolie. Et quant ma maladie Garie Ne sera nullement Sans vous, douce anemie, Qui lie Estes de mon tourment, A jointes mains deprie Vo cuer, puis qu'il m'oublie, Que temprement m'ocie, Car trop langui longuement. Douce dame jolie, Pour dieu ne pensés mie Que nulle ait signorie Seur moy fors vous seulement. Douce dame, tant com vivray. . . Douce dame, tant com vivray, Sera mes cuers à vos devis; Car mis en vos las vivre ay, Douce dame, tant com vivray. Pour un dous regart qui vi vray, Naissant de vo gracieus vis, Douce dame, tant com vivray, Sera mes cuers à vo devis. Dous amis, oy mon complaint. . . Dous amis, oy mon complaint: A toy se plaint Et complaint, Par defaut de tes secours, Mes cuers qu'amours si contraint Que tiens remaint; Dont mal maint Ay, quant tu ne me secours En mes langours, Car d'aillours N'est riens qui confor m'amaint. S'en croist mes plours Tous les jours, Quant tes cuers en moy ne maint. Amis, t'amour si m'ataint Que mon vis taint Et destaint Souvent de pluseurs coulours Et mon dolent cuer estraint; Si le destraint Qu'il estaint, Quant en toy n'a son recours. S'a jours trop cours, Se n'acours Pour li garir, car il creint Mort qui d'amours Vient le cours, Quant tes cuers en moy ne maint. Mon cuer t'amour si ensaint Qu'il ne se faint Qu'il ne t'aint Pour tes parfaites douçours; Et ta biauté qui tout vaint Dedens li paint Et empraint Aveuc tes hautes valours. S'en sont gringnours Mes dolours Et plus dolereus mi plaint Et en decours Mes vigours, Quant te cuers en moy ne maint. Dous viaire gracieus. . . Dous viaire gracieus, De fin cuer vous ay servi. Vueilliés moy estre piteus, Dous viaire gracieus. Se je sui un po honteus, Ne me metés en oubli: Dous viaire gracieus, De fin cuer vous ay servi. En amer a douce vie. . . En amer a douce vie Et jolie, Qui bien la scet maintenir, Car tant plaist la maladie, Quant norrie Est en amoureus desir, Que l'amant fait esbaudir Et querir Comment elle monteplie. C'est dous maus a soustenir, Qu'esjoïr Fait cuer d'ami et d'amie; Qu'Amours par sa signourie Humelie L'amoureus cuer a souffrir, Et par sa noble maistrie Le maistrie, Si qu'il ne puet riens sentir, Que tout au goust de joïr Par plaisir Ne prengne, je n'en doubt mie. Einsi säous de merir, Fair cuer d'ami et d'amie. Si doit bien estre cherie Et servie, Quant elle puet assevir Chascun qui li rueve et prie De s'aïe, Sans son tresor amenrir. De la mort puet garentir Et garir Cuer de santé mendie; De souffissance enrichir Et franchir Fait cuer d'ami et d'amie. En demantant. . . En demantant Et lamentant Vueil commencier un lay, Triste et dolent Chanter d'un chant; Par droit tel le feray. Quar je ne sçay Escript en vray Qu'onques cuers eüst tant De grief esmay, Si comme j'ay, Ne de dueil si pesant. Il est vray, bien le croy, Que en triste desarroy Cheï pleinne d'ennoi Et en grant orphenté, Si com, raconter oy, Judée, quant son roy Prist la mort devers soy, Le vaillant Josué. Or ay tost oubliée Ce qui est devié Et par mort affiné. Mais sans cesser larmoy, Quant le roy de fierté, Fleur de chrestienté, Pris et suppedité Par ses ennemis voy. Nulz ne congnoist qu'est d'ami, Jusqu'à tant qu'il l'a perdu. Dont veü Et sceü Tres bien fu Que cilz ci Ot cuer garni D'amour, quar il ot en li Champion non recreü, Maiz creü En vertu Et tenu Asseüré et hardi. N'oncques n'ot cuer esperdu, Ne de plein pié ne demi Ne guenchi, Ains parti Au parti Qu'au tieü Que rent eü Si que bien ot perceü, Et comment son corps offri Sans detri Et sans si Et einsi L'a on ami congneü. Lion de nobilité En prosperité, Liepart de fierté En adversité, Roy te puet on bien nommer, Sangler hardi et cresté, En fait apresté, Ferm et arresté Et entalenté De tes nuisans contrester. Compaignon pour deporter, Tous bons faiz porter, ... faire et enorter Et reconforter; Estendart de seürté, A tel te puet on prouver, Sanz plus esprouver. Las! ton recouvrer Deffent à trouver Fortune par sa durté. Ay! Fortune, Qui es forte une, Preste et commune De baillier prune Verte ou meüre, quant tu vuelz; Ta force aüne Biens et peccune, Puis prent rancune, Si desaüne; Einsi le fais et faire soels. Mot accues, Puis desaccues. Or joie esmues, Après faiz duelz, Mains estable que cours de lune, Que ne te duelz Quanque tu pues, Quant hors des muels Est mis tes rois .... Fortune fausse et parjure, Estature De nient, fainte figure, Pourtraiture D'umbre qui fuit et varie. Hé! estache poi seüre S'asseüre Qui tient que sa glose obscure Tous jours dure, Qui ore est, or est perie. Or amie, or ennemie, Folz s'i fie. Moult as puissant seignourie ... Quant au bon roy de droiture As tout tolu fors sa vie Esbahie Et sa vaillance hardie Que n'as mie, Quar c'est des dons de Nature. Encor ne sui mas, Fortune, ne las De petit prisier tes las, Ne ne seray ja. Ton pouoir fait as De le mettre au bas, Maiz tollir ne li pues pas La valeur qu'il a, Que bien demonstra, Quant s'abandonna Et seür estal donna, Sans guenchir plain pas. Ce li demourra, Tant que Diex sera. Nature l'encouronna: Si ne li toudras. Quar tu ne pues tant subtiller Que tu puisses appeticier Son bien ne sa vaillance. Telz richesses fait à prisier Qui dure ferme sanz changier Et sans faire muance. Pour ce a Nature puissance; Ce sera mis en remembrance Sans fin pour exausser. Fi de toy et de ta bobance Que on voit trop plus tost que ballance Cheïr et trebuchier. C'est dou moins De mes plains, De quoy pleins Et complains Me sui mains fait à complaindre; Quar compoins Souverains Est prochains Et certains D'onnour qui li doit remaindre. Mais atteindre Chose graindre De toy plaindre, Sans moy faindre, Puis bien, quar je sui contrains Par ton faindre De restraindre Joie engraindre Et remaindre En misere dont sui plains. En ses destours Plains de doulours De plains, de plours, Comme mus sours Me fault et convient devourer Mes joieux jours, Et mes baudours En griefs tristours, Par les faulz tours De toy, Fortune, faut muer. Mon hault chanter Mettre en plourer, Mon bel parler Et mon rimer Laissier et tourner à rebours, Quant tout au cler Me veulz grever, Et an fuier Sans retourner M'emporte Fortune le cours. Ainsi desconfis Voy mes ris Et bannis De confort. Ja nulz autres dis N'en soit dis, Quar demis De port, Par naturel port, Sui si fort Que je port Cheveux gris; Et Fortune à tort Me remort, Quar l'un mort, L'autre pris; Voy trebuchant Le gent vaillant Et estaindre le ray Enluminant Honneur la grant Dont j'avoie le glay. Les biens que j'ay Ou que j'aray, Fortune, or as fait tant Que tout lairay Et chanteray: "Joie, à Dieu te commant." En mon cuer ha un descort. . . En mon cuer ha un descort Qui si fort le point et mort Que, sans mentir, S'Amours par son dous plaisir N'i met acort Avec ma dame, pour mort Me doy tenir. C'est de mon loyal Desir Qui me vuet faire jehir Le mal que port Et comment j'aim et desir Ma dame sans repentir Et sans confort. Mais Paour s'oppose fort Et dit que Desirs ha tort De ce querir, Qu'elle crient Refus oïr Qui pas ne dort Et Dangiers qui fait à mort L'amant venir. En mon cuer ha un descort Qui si fort le point et mort Que, sans mentir, S'Amours par son dous plaisir N'i met acort Avec ma dame, pour mort Me doy tenir. Si ne say que devenir, Quant de ma dame remir Le gentil port, Car Paour me fait fremir Et trambler et tressaillir Par son enort Et Desirs, sans nul deport, Fait mon cuer par son effort Taindre et palir; Biauté me vient assaillir, Douceur m'endort, Mais Amours me fait au fort Taire et souffrir. En mon cuer ha un descort Qui si fort le point et mort Que, sans mentir, S'Amours par son dous plaisir N'i met acort Avec ma dame, pour mort Me doy tenir. Las! einsi m'estuet languir, Pleindre, plourer et gemir En desconfort, Ne bien n'ay for souvenir, Dous penser et li servir. Là me confort, Là seulement me deport, Là sont geté tuit mi sort Et là me tir; Là vueil je vivre et morir Et là m'acort; Là seront tuit mi ressort Jusqu'au morir. En mon cuer ha un descort Qui si fort le point et mort Que, sans mentir, S'Amours par son dous plaisir N'i met acort Avec ma dame, pour mort Me doy tenir. Esperance qui m'asseüre. . . Esperance qui m'asseüre, Joie sans per, vie à mon vueil, Dous penser, sade nourriture, Tres bon eür, plaisant accueil Et maint autre grant bien recuiel, Quant Amours m'a tant enrichi Que j'aim dame, s'aten merci. Et se ceste attente m'est dure En desirant, pas ne m'en dueil, Car le gré de ma dame pure Et d'Amours tous jours faire vueil. Et s'a guerredon sans pareil, Ce m'est vis, puis, qu'il est einsi Que j'aim dame, s'aten merci. Car souvenirs en moy figure Sa fine biauté sans orgueil, Sa bonté, sa noble figure, Son gent maintieng, son bel accueil, Et comment si dous riant oueil Par leur attrait m'ont mené, si Que j'aim dame, s'aten mercy. Felix virgo, mater Christi. . . Felix virgo, mater Christi, Que gaudium mundo tristi Ortu tui contulisti, Dulcissima; Sic hereses pervenisti, Dum angelo credidisti Filiumque genuisti, Castissima. Roga natum, piisima, Ut pellat mala plurima Tormentaque gravissima, Que patimur; Nam a gente ditissima, Lux lucis splendidissima, De sublimi ad infima Deducimur; Cunctis bonis exuimur, Ab impiis persequimur, Per quos, virgo, subicimur Servitutis, Nam sicut ceci gradimur Nec directorem sequimur, Sed a viis retrahimur Nobis tutis. Gracie fons et virtutis, Sola nostre spes salutis, Miserere destritutis Auxilio, Ut a culpis absolutis Et ad rectum iter ductis Inimicisque destructis Pax sit nobis cum gaudio. Inviolata genitrix, Superbie grata victrix Expers paris, Celestis aule janitrix, Miserorum exauditrix, Stella maris, Que ut mater consolaris Et prolapsis deprecaris Humiliter, Gracie fons singularis, Que angelis dominaris, Celeriter Para nobis tutum iter Juvasque nos viriliter; Nam perimus, Invadimur hostiliter, Sed tuimur debiliter. Neque scimus Quo tendere nos possimus Nec per quem salvi erimus Nisi per te. Eya! ergo poscimus, Ut sub alis tuis simus Et versus nos te converte. Ad te suspiramus gementes et flentes.... Fons totius superbie. . . Fons totius superbie, Lucifer, et nequicie Qui, mirabili specie Decoratus, Eras in summis locatus, Super thronos sublimatus, Draco ferus antiquatus Qui dicere Ausus es sedem ponere Aquilone et gerere Te similem in opere Altissimo. Tuo sed est in proximo Fastui ferocissimo A judice justissimo Obviatum. Tuum nam auffert primatum; Ad abyssos cito stratum Te vidisti per peccatum De supernis. Ymis nunc regnas infernis; In speluncis et cavernis Penis jaces et eternis Agonibus. Dolus et fraus in actibus Tuis et bonis omnibus Obviare missilibus Tu niteris; Auges que nephas sceleris Adam penis in asperis Te fuit Stigos carceris. Sed Maria Virgo, que, plena gratia, Sua per puerperia Illum ab hac miseria Liberavit, Precor elanguis tedia Augeat et supplicia Et nos ducat ad gaudia Quos creavit. O livoris feritas, Que superna rogitas Et jaces inferius! Cur inter nos habitas? Tua cum garrulitas Nos affatur dulcuis, Retro pungit sevius, Ut veneno scorpius: Scariotis falsitas Latitat interius. Det mercedes Filius Dei tibi debitas! Fera pessima. Foy porter. . . Foy porter, Honneur garder Et pais querir, Oubeir, Doubter, servir Et honnourer Vous vueil jusques au morir, Dame sans per. Car tant vous aim, sans mentir, Qu'on porroit avant tarir La haute mer Et ses ondes retenir Que me peüsse alentir De vous amer, Sans fausser; Car mi penser, Mi souvenir, Mi plaisir Et me desir Sont sans finer En vous que ne puis guerpir N'entroublier. Foy porter, Honneur garder Et pais querir, Oubeir, Doubter, servir Et honnourer Vous vueil jusques au morir, Dame sans per. Il n'est joie ne joïr N'autre bien qu'on puist sentir N'imaginer Qui ne me samble languir, Quant vo douceur adoucir Vuet mon amer. Dont loer Et aourer Et vous cremir, Tout souffrir, Tout conjoïr, Tout endurer Vueil plus que je ne desir Guerredonner. Foy porter, Honneur garder. Vous estes le vray saphir Qui puet tous mes maus garir Et terminer, Esmeraude à resjoïr, Rubis pour cuers esclarcir Et conforter. Vo parler, Vo regarder, Vo maintenir Font fuir Et enhaïr Et despiter Tout vice et tout bien cherir Et desirer. Foy porter, Honneur garder Et pais querir, Oubeir, Doubter, servir Et honnourer Vous vueil jusques au morir, Dame sans per. Gais et jolis, liés, chantans et joieus. . . Gais et jolis, liés, chantans et joieus Sui, ce m'est vis, en gracieus retour, Pleins de desirs et en cuer familleus De reveoir ma dame de valour, Si qu'il n'est maulz, tristesse ne dolour Qui de mon cuer peüst joie mouvoir: Tout pour l'espoir que j'ay de li veoir. Car mes cuers est si forment convoiteus De remirer son tres plaisant atour, Son gentil corps, son dous vis gracieus, Son dous regart et sa fresche coulour, Par qui je sui plains de loyal amour, Qu'ailleurs ne puis penser ne main ne soir: Tout pour l'espoir que j'ay de li veoir. Et puis que Diex m'a fait si eüreus Que je verrai la parfaite douçour De ma dame pour qui sui amoureus, Obeissans à li sans nul sejour, Je la doy bien honnourer sans folour, Quant riens ne puet mon cuer faire doloir: Tout pour l'espoir que j'ay de li veoir. Hé! Mors, com tu es haïe. . . Hé! Mors, com tu es haïe De moy, quant tu as ravie Ma joie, ma druerie, Mon solas, Par qui je sui einsi mas Et mis de si haut si bas, Et ne me pouiés pas Assaillir. Las! miex amasse morir Qu'avoir si grief souvenir Qui moult souvent rejoïr Me soloit, M'amour en pensant doubloit, Mon desir croistre faisoit Et toudis amenuisoit Mes dolours. Mais c'est dou tout à rebours, Car croistre les fait tous jours En grans soupirs et en plours, Pour m'amour Que sens par avoir valous, Scens, courtoisie et honnour. Or sçay bien que sans retour Perdu l'ay Et que la mort en aray, Quant amours delaisseray Ne remirer ne porray Son acueil, Qui met en moy si grant dueil Que riens ne desir ne vueil Fors la mort. S'aray mon vueil Acompli. Et s'il en estoit en mi De ma mort ou de merci, Dou tout metroie en oubli Ma vie, Car en moy joie n'est mie. Et or dit, je n'en doubt mie, Qui bien aimme à tart oublie. Bien l'ottroy; Et pour ce qu'il ha l'ottroy D'amours, soit sages de soy Et si serve en bonne foy, Sans folie, Car il n'est, pour voir l'affie, Nulle si grief departie, Com c'est d'ami et d'amie. Fine Amour, qui me vint navrer Au cuer, m'a fait grant desraison, Quant elle ne voloit saner Mon mal en temps et en saison, Mais tant me fait en prison Les tres griés peinnes endurer; Car dès or mais reconforter Ne me puet fors que nuire non, Car Fortune ma garison M'a tollu pour moy plus grever. Helas! or me puis dementer, Plourer et pleindre à grant foison, Et atendant, pour bien amer, La mort en lieu de guerredon. Quare non sum mortuus. Hé! dame de vaillance. . . Hé! dame de vaillance, Vostre douce sanlance M'a pris sans deffiance, Mais au penre sans lance M'a navré durement. Car vostre dous riant vair oueil Et vostre simple chiere Et vostre gracieus accueil Plein de plaisant maniere Ont fat par leur puissance Que m'amour, m'esperance, Ma joie, ma plaisence Et toute ma fiance Maint en vous seulement. Hé! dame. Autrement ne vous puis mon vueil Dire, ma dame chiere, Pour ce que, quant descouvrir vueil M'amour et ma priere, Paour me fait deffense De dire ma grevance Et Desdains, qui se lance En vous, vostre presence Par Dangier me deffent. Hé! dame de vaillance. Si que, tres belle sans orgueil, Que j'aim d'amour entiere, Pour vous si grant doleur recueil, Quant einsi m'estes fiere, Que je sui en doubtance D'estre en desesperence; Et si sui en balance De morir, s'aligence N'ay de vous temprement. Hé! dame de vaillance, Vostre douce sanlance M'a pris sans deffiance, Mais au penre sans lance M'a navré durement. Hé! dame de valour. . . Hé! dame de valour, Que j'aim de loyal amour, Moult m'agrée la dolour QUe vo fine douçour Me fait sentir humblement. Tres douce dame, de bonté Pleinne et de plaisant atour, De scens, d'onneur, de biauté, En qui sont tuit mi retour, Je vous ain sans folour Et vous desir par honnour, Et se vous serf en paour De morir en langour, Se pité ne vous en prent. Hé! dame de valour, Que j'aim de loyal amour, Moult m'agrée la dolour QUe vo fine douçour Me fait sentir humblement. Mais pour peinne ne pour grieté, Pour joie ne pour tristour Ne lairay qu'en loyauté Ne vous serve sans sejour; Car mon cuer, que en plour Est, poués mettre en baudour Et rendre toute vigour Sans vostre deshonnour Et donner aligement. Hé! dame de valour, Que j'aim de loyal amour. Pour ce vous pri que par pité Me faciés joie gringnour Et que par vo volenté Soie vos sers nuit et jour, Par quoy nuls n'ait coulour Ne pensée que j'aour Vous com toute la millour Des meudres et la flour Des belles à mon talent. Hé! dame de valour, Que j'aim de loyal amour, Moult m'agrée la dolour QUe vo fine douçour Me fait sentir humblement. Hareu! hareu! le feu, le feu. . . Hareu! hareu! le feu, le feu D'ardant desir, qu'ainc si ardant ne fu, Qu'en mon cuer ha espris et soustenu Amours, et s'a la joie retenu D'espoir qui doit attemprer celle ardure. Las! se le feu qui ensement l'art dure, Mes cuers sera tous bruis et estains, Qui de ce feu est ja nercis et tains, Pour ce qu'il est fins, loyaus et certains; Si que j'espoir que deviés y ert, eins Que bonne Amour de merci l'asseüre Par la vertu d'esperance seüre. Car pour li seul, qui endure mal maint, Pitié deffaut, où toute biauté maint; Durtés y regne et Dangiers y remaint, Desdains y vit et Loyautés s'i faint Et Amours n'a de li ne de moy cure. Joie le het, ma dame li est dure, Et, pour croistre mes dolereus meschiés, Met dedens moy Amours, qui est mes chiés, Un desespoir qui si mal entechiés Est que tous biens ha de moy esrachiés, Et en tous cas mon corps si desnature Qu'il me convient morir malgré Nature. Helas! où sera pris confors Pour moy qui ne vail nès que mors? Quant riens garentir ne me puet Fors ma dame chiere qui vuet Qu'en desespoir muire, sans plus, Pour ce que je l'aim plus que nuls, Et Souvenir pour enasprir L'ardour de mon triste desir Me moustre adès sa grant bonté Et sa fine vraie biauté Qui doublement me fait ardoir. Einsi sans cuer et sans espoir, Ne puis pas vivre longuement, N'en feu cuers humeins nullement Ne puet longue durée avoir. Obediens usque ad mortem. Helas! et comment aroie. . . Helas! et comment aroie Bien ne joie, Ne dont me venroit baudour, Quant faire ne puis que j'oie Ne que voie, Dame, vo fine douçour? Par m'ame, je ne le sçay Ne saray, Lonteins de vous que j'aour, Pour ce qu'adès, sans delay, A l'essay Sui d'avoir toute dolour; Car long de vous tout m'anoie Et desvoie Mon cuer et tient en irour. Dont vostre amour morroie, Se j'estoie Longuement en telle ardour. Helas! et comment aroie. Nompourquant, tant com vivray, Vous seray Loyaus, sans penser folour, Et vostre gentil corps gay Serviray Humblement et à s'onnour; Si que durer ne porroie, Se n'avoie Confort desir qui guerroie Et maistroie Mon cuer et tient en langour. Helas! et comment aroie. Las! il tient en tel esmay Mon cuer vray Que je ne say le piour Eslire des maus que tray: Tant en ay, Et tant desir le retour Vers vous, dame simple et quoie. Or n'est voie Que puisse trouver ne tour, Et dous pis qu'Amours m'envoie, C'est que soie Loing de vo faitis atour. Helas! et comment aroie Bien ne joie, Ne dont me venroit baudour, Quant faire ne puis que j'oie Ne que voie, Dame, vo fine douçour? Helas! pour quoy se demente et complaint. . . Helas! pour quoy se demente et complaint Mon cuer dolent de sa dure dolour? Quant ma dame ne puet oïr son plaint, - Helas! pour quoy se demente et complaint - Ne riens aidier ne li puet, s'il se plaint, Puis qu'Amours n'a de li nulle tenrour. Helas! pour quoy se demente et complaint Mon cuer dolent de sa dure dolour? Helas! pour quoy virent onques mi oueil. . . Helas! pour quoy virent onques mi oueil Ma chiere dame au tres plaisant accueil, Pour qui je vif en tel martire Que je ne congnois joie de ire? N'onques Amour ne me vost enrichir Tant que j'eüsse un espoir de joïr, Ne je ne puis encor rien esperer Que tout ne soit pour moy desesperer. Dont vraiement plus chier eüsse, Quant ma dame vi, que je fusse Sans yex ou que mes corps tel cuer eüst Que ja mais jour dame amer ne peüst Qu'en li veoir je conquis mort crueuse Et mon vivant vie avoir dolereuse, Puis qu'einsi est que pité ne merci Ses crueus cuers ne vuet avoir de mi. Las! elle het mon preu et ma santé, Pour ce que j'ain s'onneur et sa biauté, Et si la serf de cuer en tel cremour Que nulle riens ne li pri, eins l'aour. Et c'est raisons c'on quiert souvent Ce qu'on n'a de l'avoir talent. S'aim miex einsi ma dolour endurer Qu'elle me fust plus dure par rouver; Car s'el savoit que s'amour souhaidier Eüsse osé, ja mais ne m'aroit chier. Et se l'aim tant que s'en ce monde avoie Un seul souhait, einsi souhaideroie Que s'amour fust envers trestous d'un fuer, Fors vers celui qui l'aimme de mon cuer. Par tel raison suis povres assazés, Quant je plus vueil ce dont plus sui grevés: Dont ne doit nuls pleindre ce que j'endure, Quant j'aim seur tout ce qui n'a de moy cure. Corde mesto Cantando conqueror, Semper presto Serviens maceror, Sub honesto Gestu totus teror Et infesto Casu remuneror. In derisum Fortuna te ponis Das arrisum, Expers rationis, Et obrisum Malis; sed a bonis Tollis risum Et abis cum donis. Spernens cece Fortune tedia, Utor prece Cum penitentia, Culpe fece Ut lauto venia Michi nece Promatur gloria. Libera me. Machaut: Helas! tant ay doleur et peinne. . . Helas! tant ay doleur et peinne, Dame, quant de vous me depart Sans joie, que soiez certeinne Qu'à po que le cuers ne me part. Se demeinne mon dueil à part Si grant que trop cruel seroit Li cuers qui pitié n'en aroit. Car toute dolour m'est procheinne, Sans avoir joie main ne tart, Quant la grant douceur m'est lonteinne De vostre dous riant regart Qui navré d'un amoureus dart M'a; si que trop crueus seroit Li cuers qui pitié n'en aroit. Et quant vo biauté souvereinne Ne voy, Grief Desir, par son art, De moy mettre à la mort se peinne; Car il esprent mon cuer et l'art Et d'une dolour le repart, Telle que trop crueus seroit Li cuers qui pitié n'en aroit. Honte, paour, doubtance de meffaire. . . Honte, paour, doubtance de meffaire, Attemprance mettre en sa volenté, Large en refus et lente d'ottroy faire, Raison, mesure, honneur et honnesté Doit en son cuer figurer, Et mesdisans seur toutes riens grever Et en tous fais estre amoureus couarde, Qui de s'onneur vuet faire bonne garde. Sage en meinteing, au bien penre exemplaire, Celer à point s'amour et son secré, Simple d'atour et non voloir attraire Pluseurs à li par samblant d'amité, Car c'est pour amans tuer, Foy, pais, amour et loyauté garder, Ce sont les poins que dame en son cuer garde, Qui de s'onneur vuet faire bonne garde. Quar quant amours maint en cuer debonnaire, Jeune, gentil, de franchise paré, Plein de cuidier et de joieus affaire Et de desir par plaisence engenré, C'est trop fort à contrester, Qu'il font souvent sens et mesure outrer; Pour ce adès pense à ces poins et regarde Qui de s'onneur vuet faire bonne garde. Il m'est avis qu'il n'est dons de Nature. . . Il m'est avis qu'il n'est dons de Nature, Coms bons qu'il soit, que nuls prise à ce jour, Se la clarté tenebreuse et obscure De Fortune ne li donne coulour; Ja soit ce que seürté Ne soit en li, amour ne loiauté. Mais je ne voy homme amé ne chiery, Se Fortune ne le tient à amy. Si bien ne sont fors vent et aventure, Donné à faute et tollut par irour; On la doit croire où elle se parjure, Car de mentir est sa plus grant honnour. C'est je monstre envolepé De boneür, plein de maleürté; Car nuls n'a pris, tant ait de bien en li, Se Fortune ne le tient à amy. Si me merveil comment Raisons endure Si longuement à durer ceste errour, Car les vertus sont à desconfiture Par les vices qui regnent com signour. Et qui vuet avoir le gré De ceaus qui sont et estre en haut degré, Y pert son temps et puet bien dire: "eimmy," Se Fortune ne le tient à amy. J'ai tant mon cuer et mon orgueil creü. . . J'ai tant mon cuer et mon orgueil creü Et tenu chier ce qui m'a deceü Et en vilté ce qui m'amoit eü, Que j'ay failli Aus tres dous biens dont Amours pourveü Ha par pitié maint cuer despourveü Et de la tres grant joie repeü Dont je langui. Lasse! einsi m'a mes felons cuers trahi, Car onques jour vers mon loyal ami Qui me servoit et amoit plus que li N'os cuer meü Que de m'amour li feisse l'ottri. Or sçay je bien qu'il aimme autre que mi Qui liement en ottriant merci L'a reçeü. Si le m'estuet chierement comparer, Car je l'aim tant c'on ne puet plus amer. Mais c'est trop tart: je ne puis recouvrer La soie amour; Et s'ay paour, se je li vueil rouver, Qu'il ne me deingne oïr ne escouter Pour mon orgueil qui trop m'a fait fier En ma folour; Et se je li vueil celer ma dolour, Desirs espris d'amoureuse chalour Destraint mon corps, et mon cuer en errour Met de finer. S'aim miex que je li die ma langour, Qu'einsi morir, sans avoir la savour De la joie qu'est parfaite douçour A savourer; Et dou dire ne me doit nulz blamer Qu'amours, besoins et desirs d'achever Font trespasser mesure et scens outrer. Lasse! je sui en aventure De morir de mort einsi dure Com li biaus Narcisus mori, Qui son cuer tant enorguilli, Pour ce qu'il avoit biauté pure Seur toute humeinne creature, Qu'onques entendre le depri Ne deingna d'Echo, qui pour li Reçut mort amere et obscure. Mais bonne Amour d'amour seüre Fist qu'il ama et encheri Son ombre et li pria merci, Tant que en priant mori d'ardure. Lasse! et je criem morir einsi, Car onques de mon dous ami, Quant il m'amoit de cuer, n'os cure. Or l'aim et il me het, aymi! Telle est des femmes la nature. Ego moriar pro te. J'aim sans penser laidure. . . J'aim sans penser laidure Et ay lonctemps amé Celle où Diex et Nature Ont mis tant de bonté Que toute creature D'onneur a sormonté. Or m'est dure Sans mesure, N'elle n'a pité De l'ardure Que j'endure Pour sa grant biauté. Sa manier seüre, Douce et simple, à mon gré, Et la riche faiture De sa plaisant biauté Par leur douce pointure M'ont conquis et outré. Or m'est dure Sans mesure, N'elle n'a pité De l'ardure Que j'endure Pour sa grant biauté. Mais ce n'est pas droiture Qu'einsi pour loyauté Soie à desconfiture, Car j'ai sans fausseté Ma dame nette et pure Servi et honnouré. Or m'est dure Sans mesure, N'elle n'a pité De l'ardure Que j'endure Pour sa grant biauté. J'ain la flour. . . J'ain la flour De valour Sans folour Et l'aour Nuit et jour Par savour; Car d'atour, De colour, De douçour Et d'odour A l'onnour, Ne millour N'est de li; pour ce en langour Vueil bien morir pour s'amour. Quant j'esgart Son regart, Que Diex gart, Par son art Mon cuer art Tempre et tart, Et d'un dart Qui n'en part Me repart. Lors à part Me depart, Mais regart N'ai que j'aie en joie part; Dont li cuers me fent et part. Ce fait Amours qui m'a conduit Par un conduit, Aussi com duit De tout deduit Faire. Or si duit Mon cuer qu'en riens ne se deduit; Car, sans repentir, jour et nuit Elle me nuit Et fait anuit, Et si me cuit Que, pour voir, cuit Qu'elle sans cause me destruit. Car la mort vient à moy le cours, Ne nul recours N'ay, ne secours En mes langours De mes tristours Ne puis trouver envers Amours; Dont mes dolereuses dolours, Pleinnes de plours, En sont tous jours Assez grignours En meins destours. Et tous ces maus me fait paours. Car, pour doubte d'escondire, Je n'os à ma dame dire Comment je vif à martire Pour s'amour, Pour ce que, s'elle desdire M'en voloit ou contredire, Certes, mes cuers morroit d'ire Sans demour. Nompourquant de cuer et d'ame, Com ma souverainne dame, L'amerai, sans penser blame Ne folour, Ja soit ce qu'elle m'enflame Le cuer d'amoureuse flame Et qu'en sa prison l'affame Nuit et jour. Mais se je puis, quant le verray, Je li diray Quel mal je tray. Las! non feray, Eins me tairay; S'esploiteray Qu'elle sache seürement Que pour li durement m'esmay Et qu'en esmay Suit et seray, Dont je n'aray Jamais cuer gay, Einsois morray Pour li que j'aim tres loyaument. Et s'en sa grace puis manoir, Sache de voir Qu'à mon pouoir, Sans decevoir, D'umble voloir Et main et soir Feray son dous commandement; Car, se loyaument, en espoir, La serf, j'espoir Que bien savoir Ou parcevoir Porra qu'avoir Bien ne valoir Ne puis sans son aligement. Amours, tu sces moult bien que siens Sui et tous tiens. Or me detiens En ses lijens Et ne vues qu'elle en sache riens, Ne ne vues aussi que nuls biens Puist estre miens. Einsi me tiens Par tes engiens: S'en muir, quant piteus n'en deviens. Comment qu'elle ait, et je l'ottroy, Le cuer de moy, Dou grief anoy Que je reçoy Ne doy riens demander qu'à toy; Car quant son dous viaire voy Et je li doy Dire qu'en foy L'aim, en tel ploy Me mes que parler n'os à soy. Dont moult durement m'aïr Et profondement souspir, Quant longuement à loisir La tres grant biauté remir De sa face coulourée Et je ne li os jehir Nullement ne descouvrir Comment y m'estuet languir Et en languissant morir Pour li qu'ai tant desirée. Las! au meins s'elle sceüst Ma dolour et congneüst, Certes, petit me neüst En moult alegié m'eüst Ma dolente destinée, N'en rien ne me despleüst Ma mort, s'elle li pleüst, Einsois mes cuers en eüst Grant joie, puis qu'il peüst Obeir à sa pensée. Mais l'ardour, Qui mon plour Fait gringnour Par rigour, Ma vigour Fait mensour. Las! s'en plour En destour Sans sejour Et m'atour En tel tour Que retour N'espoir de mort, par paour Que termine ma dolour. Las! aimy, S'en gemy Et fremy, Quant de li N'ay de mi Nom d'ami Et qu'en my Part par me Mes cuers qui L'a servi, Et je aussi, Que mar vi Se biauté, muir sans merci. Dont humblement la merci. J'am miex languir en ma dure dolour. . . J'am miex languir en ma dure dolour Et puis morir, s'Amour le prent en gré, Qu'avoir mercy, se ce n'est à l'onnour De vous, dame, que j'aim sans fausseté; N'oncques en moy n'ot autre volenté Ne ja n'avra, pour peinne que j'endure, Et me fussiés ce mille fois plus dure. Comment que j'aie en tristece et en plour Langui lonc temps par vostre cruauté Et que plus loing soie de jour en jour De la merci que j'ay tant desiré, Mais ne lairay pour ce qu'en loyauté Ne vous aimme seur toute creature, Et me fussiés ce mille fois plus dure. Pour ce vous pri, dame, qui este flour De tous les biens et de toute biauté Et qui avés en grace et en valour Et en plaisant maintieng tout sormonté, Que vous daingniés avoir de moy pité, Que ja vers vous ne penseray laidure, Et me fussiés ce mille fois plus dure. Je ne cuit pas qu'oncques à creature. . . Je ne cuit pas qu'oncques à creature Amours partist ses biens si largement Come à moy seule et de sa grace pure; Non pas qu'aie desservi nullement Les douceurs qu'elle me fait, Car gari m'a de tous maus et retrait, Quant elle m'a donné, sans retollir, Mon cuer, m'amour et quanque je desir. Et pour ce sui pleinne d'envoiseüre, Gaie de cuer et vif tres liement Et ren toudis à Amours la droiture Que je li doy; c'est amer loyaument En foy, de cuer et de la fait. Et ceste amour pensée ne me laist Qui joieuse ne soit pour conjoïr Mon cuer, m'amour et quanque je desir. Si qu'il n'est riens où je mette ma cure Fors en amer e loer hublement Amours qui me norrist de tel pasture Com de mercy donnée doucement D'amoureus cuer et parfait. Mais la merci qui ainsi me refait, C'est de veoir seulement et oïr Mon cuer, m'amour et quanque je desir. Je puis trop bien ma dame comparer. . . Je puis trop bien ma dame comparer A l'image que fist Pymalion. D'ivoire fu estoit, tant belle et si sans per Que plus l'ama que Medée Jason. Li fols toudis la prioit, Mais l'image riens ne li respondoit. Einsi me fait celle qui mon cuer font, Qu'adès la pri et riens ne me respont. Pimalions qui moroit pour amer Pria ses dieus par tele affection Que la froideur de l'image tourner Vit en chalour et sa dure fasson Amolir, car vie avoit Et char humeinne et doucement parloit. Mais ma dame de ce trop m'i confont Qu'adès la pri et riens ne me respont. Or vueille Amours le dur en dous muer De celle a qui j'ay fait de mong cuer don, Et son franc cuer de m'amour aviver, Si que de li puisse avoir guerredon. Mais Amours en li conjoit En fier desdaing, et le grand desir voit Qui m'ocira; si croy que cil troiz font Qu'adès la pri et riens ne me respont. Je suis aussi com cils qui est ravis. . . Je suis aussi com cils qui est ravis, Qui n'a vertu, scens ne entendement, Car je ne sui à nulle riens pensis, Jour ne demi, temps, heure ne moment, Fors seulement à m'amour Et sans partir en ce penser demour. Soit contre moy; soit pour moy, tout oubli Fors li qu'aim miex cent mille fois que mi. Quant je la voy, mes cuers est si espris Qu'il art et frit si amoureusement Qu'à ma maniere appert et à mon vis; Et quant loing sui de son viaire gent, Je langui à grant dolour: Tant ay desir de veoir sa valour. Riens ne me plaist; tout fui, tout ay guerpi Fors li qu'aim miex cent mille fois que mi. Einsi lonteins et près langui toudis, Dont changiés sui et muez tellement Que je me doubt que n'en soie enhaïs De meinte gent et de li proprement. Et c'est toute ma paour; Car je n'i sçay moien, voie ne tour, Ne riens n'i puet valoir n'aidier aussi Fors li qu'aim miex cent mille fois que mi. Je vivroie liement. . . Je vivroie liement, Douce creature, Se vous saviés vraiement Qu'en vous fust parfaitement Ma cure. Dame de meinteing joli, Plaisant, nette et pure, Souvent me fait dire: "aymi" Li maus que j'endure Pour vous servir loyaument. Et soiés seüre Que je ne puis nullement Vivre einsi, se longuement Me dure. Je vivroie liement, Douce creature, Se vous saviés vraiement Qu'en vous fust parfaitement Ma cure. Car vous m'estes sans mercy Et sans pité dure, Et s'avés le cuer de mi Mis en tel ardure Qu'il morra certeinnement De mort trop obscure, Se pour son aligement Merci n'est procheinnement Meüre. Je vivroie liement, Douce creature, Se vous saviés vraiement Qu'en vous fust parfaitement Ma cure. plaisance, et douce norriture. . . Joie, plaisance, et douce norriture Vie d'onnour prennent maint en amer; Et pluseurs sont qui n'i ont fors pointure, Ardour, doulour, plour, tristece, et amer, Se dient, mais acorder Ne me puis, qu'en la souffrence D'amours ait nulle grevance, Car tout ce qui vient de li Plaist a cuer d'ami; Car vraie Amour en cuer d'amant figure Trés dous Espoir et gracieus Penser: Espoirs attrait Joie et bonne Aventure; Dous Pensers fait Plaisence en cuer entrer. Si ne doit plus demander Cils qui a bonne Esperance, Dous Penser, Joie et Plaisance, Car qui plus requiert, je di Qu'Amours l'a guerpi. Dont cils qui vit de si douce pasture Vie d'onneur puet bien et doit mener, Car de tous biens a comble mesure, Plus qu'autres cuers ne saroit desirer, Ne d'autre merci rouver N'a desir, cuer, ne bëance, Pour ce qu'il a souffissance; Et je ne say nommer ci Nulle autre merci. Mais ceaus qui sont en tristesse, en ardure, En plours, en plains, en dolour sans cesser, Et qui dient qu'Amours luer est si dure Qu'il ne peulent sans morir plus durer, Je ne puis ymaginer Qu'il aimment sans decevance Et qu'en eaus trop ne s'avance Desirs. Pour ce sont einsi, Qu'il l'ont desservi. Qu'Amours, qui est de si noble nature Qu'elle scet bien qui aimme sans fausser, Scet bien paier aus amans leur droiture: C'est les loiaus de joie säouler Et d'eaus faire savourer Ses douceurs en habundance; Et les mauvais par sentence Sont com traïtre failli De sa court bani. Amours, je say sans doubtance Qu'a cent doubles as meri Ceaus qui t'ont servi. Lasse! comment oiblieray. . . Lasse! comment oiblieray Le bel, le bon, le dous, le gay A qui entierement donnay Le cuer de mi Pour le sien que j'ay sans demi Et le retins pour mon ami, Einsois que eüsse mon mari, Qui me deffent Et me gaite mout durement Que ne voie son corps le gent, Dont li cuers en ij pars me fent; Car il m'estuet Malgré mien faire ce qu'il vuet, Dont durement li cuers me duet. Mais pour ce drois ne se remuet Ne bonne foy; Car puis que certeinnement voy Qu'il vuet et quiert l'onneur de moy Et qu'il m'aimme assez plus que soy, Et se le truis Si bon qu'il prent tous ses deduis En moy servir, je ne le puis Laissier, se mauvaise ne suis, Eins le puis bien Amer par honneur et par bien, Quant j'ay son cuer et il le mien, Sans ce que je mespreigne en rien, Ce m'est avis. Mais j'eüsse trop fort mespris, Se j'eüsse l'amer empris, De puis que j'eus à marit pris, Lasse! celui Qui tant me fait peinne et anuy Qu'en tous cas toute joie fui, N'en ce monde n'a moy n'autruy Qui me confort, Car mi gieu, mi ris, mi deport, Mi chant, mi revel, mi confort. Mi bien et mi bon jour son mort. Et nuit et jour Acroist li ruissiaus de mon plour, Quant le plus bel et le millour De tous ne voy: c'est ma dolour! Mais soit certeins Que, comment que mes corps lonteins Li soit, mes cuers li est procheins, D'amours et de loiauté pleins. Se j'aim mon loyal ami Et il mi si loyaument Qu'il est tous miens sans nul si Et je aussi entierement, Sans nul vilain pensement, Bonnement à li m'ottri, Pour ce qu'il m'a longuement, Liement, de cuer servi, Ay je pour ce desservi, Lasse! aymi, que tellement M'en demainne mon mari Que de li n'ay fors tourment? Nennil, car certeinnement, Mortelment peche celi Qui pour bien faire mal rent. Or m'aprent à faire einsi Qu'il vuet que mette en oubli Celui qui m'a humblement Doubté celé, obey Et cheri à mon talent. Pour quoy me bat mes maris? Lassette! Aymi, Diex! Pour quoy me bat mes maris? Lassette! Je ne li ay riens meffait, Je ne li ay riens meffait, Fors qu'à mon ami parlay Seulette. Aymi, Diex! Fors qu'à mon ami parlai Seulette. Pour quoy me bat mes maris? Lassette! Aymi, Diex! Pour quoy me bat mes maris? Lassette! Liement me deport. . . Virelai. Liement me deport Par samblant, mais je port, Sans joie et sans deport, Une si grief pointure Que je sui au droit port De mort, sans nul deport Qui me pregne en sa cure. Car quant de vo figure La douce pourtraiture Dedens mon cuer recort, Espris sui d'une arsure Ardant, crueuse et sure, Pleinne de tout descort; Car Desirs son effort Fait de moy grever fort, Mais j'ay cuer assez fort Contre sa blesseüre. Si ne me deconfort, Car d'espoir me confort Qui me donne confort En vostre douceur pure. Liement me deport. Si qu'einsi m'asseüre Espoirs, qui en moy dure, Vers Desir qui ha tort, Quant sans nulle mesure Quiert ma desconfiture, Qu'à moy toudis s'amort, N'en riens ne s'en remort. Il ne tent qu'à ma mort, Il me point, il me mort: Trop me nuist sa morsure. Il m'aroit tantost mort Par son mervilleus sort, Se n'estoit le ressort D'esperence seüre. Liement me deport. Mais pour peinne qu'endure, Tant soit à porter dure, N'orrez vilain rapport, Que je pense laidure, Barat ne mespresure Vers vostre gentil port; A Amours m'en raport. Et en Pitez endort Mon desir qui ne dort. Joie ert pour moy meüre. Dieu pri qu'il vous enort, Si qu'en soiez d'acort, Belle, qu'à vous m'acort Seur toute creature. Liement me deport Par samblant, mais je port, Sans joie et sans deport, Une si grief pointure Que je sui au droit port De mort, sans nul deport Qui me pregne en sa cure. Car quant de vo figure La douce pourtraiture Dedens mon cuer recort, Espris sui d'une arsure Ardant, crueuse et sure, Pleinne de tout descort; Car Desirs son effort Fait de moy grever fort, Mais j'ay cuer assez fort Contre sa blesseüre. Si ne me deconfort, Car d'espoir me confort Qui me donne confort En vostre douceur pure. Liement me deport. Loyauté vueil tous jours maintenir. . . Virelai. Loyauté vueil tous jours maintenir Et de cuer servir Ma dame debonnaire. Mon cuer y vueil et mon desir Mettre sans retraire Ne ja ne m'en quier departir, Ains vueil toudis faire Son tres dous voloir sans repentir Et li obeir Comme amis, sans meffaire. Loyauté. Mais Amour fait mon cuer languir Et si m'est contraire N'elle ne me daingne garir, Ne je ne puis plaire A la bele que j'aim et desir, Qui à son plaisir Me puet faire et deffaire. Loyauté vueil tous jours maintenir. Las! si ne sçay que devenir Ne quelle part traire, Quant aler ne puis ne venir Au tres dous repaire, Où celle maint qui me fait morir, Quant veoir n'oïr Ne puis son dous viaire. Loyauté vueil tous jours maintenir Et de cuer servir Ma dame debonnaire. Ma chiere dame, à vous mon cuer envoy. . . Ballade. Ma chiere dame, à vous mon cuer envoy Qui vous dira les maus que je reçoy, La grant doleur, la tristesse, l'anoy Et le tourment Qui liement et humblement conjoy Pour vo gent corps cointe et de bel aroy Que j'aim cent fois plus qu'autre ne que moy, Tres loyaument. Se vous suppli, dame, tres humblement Que me vueilliés oïr courtoisement Et avoir soing de mon aligement; Car, par ma foy, Sans retollir qui vostres ligement Et se vous aim si amoureusement Qu'einsi ne puis endurer longuement, Se ne vous voy. Douce dame, se le tres dous espart Pooie avoir de vo tres dous regart, Tous seroie garis, se Diex me gart, De ma dolour. Mais ce ne puet avenir par nul art Que j'en aie ne le tiers ne le quart, Car trop sui loing de vous et, d'autre part, Vostre douçour, Vo gentil corps et vo faitis atour, Vostre biauté, vostre fresche coulour Ne puis oïr ne veoir par nul tour Tempre ne tart, Et vo bonté qui tant vous fait d'onnour Que vous estes la souvereinne flour De tous les biens que Diex par fine amour Aus siens depart. Mais vraiement, j'ay un noble confort, Qu'en vous servir et en vous amer fort Et en espoir me delite et deport Par Souvenir Qui me monstre vostre gracieus port Dont nuls ne puet dire villain rapport. Là pren je force et vigour et ressort Contre Desir; Quar s'il avient qu'il me veigne assaillir, C'est mes recours: là ne puis je faillir. Esperence qui ne me puet guerpir Là pas ne dort Ne Dous Pensers qui fait à moy venir Vo gentil corps que je voy et remir; Ce m'est avis. Là sont tuit mi plaisir, Là me confort. Ma fin est mon commencement. . . Rondeau. Ma fin est mon commencement Et mon commencement ma fin Est teneüre vraiement Ma fin est mon commencement. Mes tiers chans trois fois seulement Se retrograde et einsi fin. Ma fin est mon commencement Et mon commencement ma fin. Martyrum gemma latria. . . Motet. Martyrum gemma latria, Tyranni trucis impia, Quintine, sapientia, Verba spernens mavortia Jubentis terribilia Machinari supplicia, Romanorum prosapia Cenatorum celestia, Rictiovari solia Effectans et pitania Admovens supercilia Ambianensis propria Gentis alacrimonia Humilitate socia, Victis volens martyria Oleique ledentia Martyrii redolentia, Quibis fit appoplecia, Prece cujus anadia Datur cecis et gracia Cunctorum purgans vicia Infirmorum pernicia Sospitati vestigia Claudorum filocalia Prebentur morbis gravia, Cujus fulget provincia Virmandorum presentia, Quo livor advaricia Cadunt, gula, luxuria, Ita fastus, accidia Malaque cuncta noxia, Quo viget pacientia, Sides spes et prudentia, Quo simus ad palatia Celorum refulgentia, Ubi pax est et gloria. Diligenter inquiramus Quintini preconia; Congaudenter impendamus Mimini suffragia. Fuit vite mirabilis, Despuit obnoxia Fuit Deo laudabilis, Meruit suppedia. Illimis bacca fons erat Bargueries nobilis Animis Deo venerat Mollicies fragilis. Colentes hunc karissime Exultabunt suaviter; Canentes nobilissime Dabunt laudes dulciter. A Christo honoratus. Maugré mon cuer, contre mon sentement. . . Motet. Maugré mon cuer, contre mon sentement, Dire me font que j'ay aligement De bonne Amour Ceaus qui dient que j'ay fait faintement Mes chans qui sont fait dolereusement Et que des biens amoureus ay souvent Le grant douçour. Helas! dolens, et je n'os onques jour, Puis que premiers vi ma dame d'onnour Que j'aim en foy, Qui ne fu nez et fenis en dolour, Continuez en tristesse et en plour, Pleins de refus pour croistre mon labour, Et contre moy. N'onques ma dame au riche meinteing coy Mon dolent cuer, qui ne se part de soy, Ne resjoï, Ne n'ot pitié dou mal que je reçoy. Et si scet bien qu'en li mon temps employ Et que je l'aim, criem, serf et desir et croy De cuer d'ami; Et quant il n'est garison ne merci Qui me vausist, se ne venoit de li A qui m'ottry, Et son franc cuer truis si dur anemi Qu'il se delite es maus dont je langui, Chascuns puet bien savoir que j'ay menti. De ma dolour confortés doucement, De mon labour meris tres hautement, De grant tristour en toute joie mis, De grief langour eschapés et garis, De bon eür, de grace, de pitié. Et de Fortune amis et à mon gré, Com diseteus richement secourus Et familleus largement repeüs De tous les biens que dame et bonne Amours Pueent donner à amant par honnour Suis, et Amours m'est en tous cas aidans; Mais, par m'ame, je mens parmi mes dens. Quia amore langueo. Merci vous pri, ma douce dame chiere. . . Rondeau. Merci vous pri, ma douce dame chiere, Qu'à moy ne soit par vous joie enchierie, Pour ce que l'ay moult comparée chiere, - Merci vous pri, ma douce dame chiere - Et s'Amours vuet que l'aie à lie chiere, Pour ce que j'ay vous seur tout enchierie. Merci vous pri, ma douce dame chiere, Qu'a moy ne soit par vous joie enchierie. Mes esperis se combat à Nature. . . Ballade. Mes esperis se combat à Nature Dedens mon corps, dont trop sui esbahis, Car se Nature est à deconfiture, Durer ne puet en moy mes esperis. Si me convient sans cause estre peris Par je refu qui en riant m'amort, Se ma dame n'en fait briefment l'accort. Leure bataille est si crueuse et si dure Et de dolour m'a si fort entrepris Qu'en moy n'a mais joie n'envoiseüre, Esperence, scens, maniere n'avis. Helas! einsi morray, ce m'est avis, Tout par deffaut de joie et de confort, Se ma dame n'en fait briefment l'accort. Et quant elle n'a de ma santé cure, Et si ne puis estre sans li garis, A ma folour, à sa gente faiture, A ses dous yex, à son gracieus vis, A son dur cuer, plus dur que marbre bis, Et à Amours demanderay ma mort, Se ma dame n'en fait briefment l'accort. Messe De Nostre Dame. ???????????? Kyrie eleyson Christe eleyson Kyrie eleyson. Gloria in excelsis Deo. Et in terra pax Hominibus bone voluntatis Laudamus te Benedicimus te Adoramus te Glorificamus te Gratias agimus tibi Propter magnam gloriam tuam. Domine Deus rex celestis Deus pater omnipotens Domine fili unigenite Ihesu Christe Domine Deus agnus Dei Filius patris. Qui tollis peccata mundi Miserere nobis Qui tollis peccata mundi Suscipe deprecationem nostram Qui sedes ad dexteram patris Miserere nobis. Quoniam tu tolus sanctus Tu solus Dominus Tu solus altissimus Ihesu Christe Cum sancto spiritu In gloria Dei patris. Amen. Credo in unum Deum. Patrem Omnipotem Factorem Celi et terre Visibilium omnium Et invisibilium. Et in unum Dominum Ihesum Christum Filium Dei unigenitum Et ex patre natum Ante omnia Secula. Deum de Deo lumen de lumine Deum verum de Deo vero Genitum non factum Consubstantialem patri Per quem omnia facta sunt. Qui propter nos homines Et propter nostram salutem Descendit de celis Et incarnatus est de spiritu sancto Ex Maria virgine Et homo factus est. Crucifixus etiam pro nobis Sub pontio pylato Passus et sepultus est Et resurrexit Tertia die Secundum scripturas Et ascendit in celum Sedet ad dexteram patris. Et iterum venturus est cum gloria Iudicare vivos et mortuos Cuius regni non erit finis. Et in spiritum sanctum Dominum Et vivificantem Qui ex patre filioque procedit Qui cum patre et filio Simul adoratur et conglorificatur Qui locutus est per prophetas. Et unam sanctam catholicam Et apostolicam ecclesiam Confiteor Unum baptisma In remissionem peccatorum. Et expecto resurrectionem Mortuorum Et vitam venturi Seculi. Amen. Sanctus, sanctus, sanctus, Dominus Deus sabaoth Pleni sunt celi et terra gloria tua Osanna in excelsis Benedictus qui venit in nomine Domini Osanna in excelsis. Agnus Dei qui tollis peccata mundi Miserere nobis Agnus Dei qui tollis peccata mundi Miserere nobis Agnus Dei qui tollis peccata mundi Dona nobis pacem. Ite, missa est Deo gratias. Mors sui, se je ne vous voy. . . Virelai. Mors sui, se je ne vous voy, Dame d'amour, Car l'ardour Qui ma dolour Acroist en moy M'ocirra, si com je croy. Pour vostre amour. Si ne say que faire doy, Car riens de nulle part n'oy Qui ma tristour Esteingne ne mon anoy; Et bien say qu'onques mais n'oy Tel ne gringnour; Car tant sueffre et tant reçoy Painne et paour Qu'adès plour, Dont tels m'atour, Seuls en requoy, Que je ne mengne ne boy Riens par savour. Mors sui, se je ne vous voy, Dame d'onnour. Helas! si ne say pour quoy Pitez dort et Bonne Foy; Car de mon plour Desirs estanche sa soy Et Souvenirs avec soy, Qui sans sejour Me monstrent vo bel arroy, Vostre valour, Vo douçour, Vo cointe atour, Vo maintieng coy Et font qu'à vous tous m'ottroy, Sans deshonnour. Mors sui, se je ne vous voy, Dame d'onnour. Dame, pour ce me desvoy, Car quant en vous tous m'employ Et je n'ay tour Pour vous veoir, je y congnoy Ma mort. S'en sui en tel ploy Que sans retour Mors sui, car moult bien parçoy Que ma coulour, Ma vigour Et ma baudour Pers; et ci troy Font qu'à vous mon cuer envoy. Plus n'ai de jour. Mors sui, se je ne vous voy, Dame d'onnour, Car l'ardour Qui ma dolour Acroist en moy M'ocirra, si com je croy. Pour vostre amour. Moult sui de bonne heure née. . . Virelai. Moult sui de bonne heure née, Quant je sui si bien amée De mon doulz ami Qu'il ha toute amour guerpi Et son cuer à toute vée Pour l'amour de mi. Si que bonne Amour graci Cent mille fois, qui M'a si tres bien assenée Que j'aim la fleur et le tri De ce monde cy, Sans part et sans decevrée, Pour sa bonne renommée, Qu'est cent fois de tous loée Plus que je ne di, Qui mon cuer ha si ravi Qu'onques mais enamourée Fame ne fu sy. Moult sui de bonne heure née, Quant je sui si bien amée De mon doulz ami Qu'il ha toute amour guerpi Et son cuer à toute vée Pour l'amour de mi. Nos cuers en joye norry Sont, si que soussi Ne riens qui nous desagrée N'avons, pour ce qu'assevi Sommes de mercy, Qu'est souffisance appellée; Un desir, une pensée, Un cuer, une ame est entée En nous, et aussi De voloir sommes uni. Onques plus douce assamblée, Par ma foy, ne vy. Moult sui de bonne heure née, Quant je sui si bien amée De mon doulz ami Qu'il ha toute amour guerpi Et son cuer à toute vée Pour l'amour de mi. Nompourquant je me defri Seulette et gemi Souvent à face esplourée, Quant lontainne sui de li Qu'ay tant enchiery Que sans li riens ne m'agrée. Mais d'espoir sui confortée Et tres bien asseürée Que mettre en oubly Ne me porroit par nul sy, Dont ma joie est si doublée Que tous maus oubly. Moult sui de bonne heure née, Quant je sui si bien amée De mon doulz ami Qu'il ha toute amour guerpi Et son cuer à toute vée Pour l'amour de mi. N'en fait n'en dit n'en pensée. . . Ballade. N'en fait n'en dit n'en pensée Onques ne faussay Vers ma dame desirée, Ne ja ne feray, Eins yert de cuer vray De moy servie et amée, Tant com je vivray. Car sa face coulourée Plus que rose en may, De toute biauté parée Et de maintieng gay, M'ont pris; bien le say. S'en sera de moy loée, Tant com je vivray. Certes, mout aim la journée Que je l'enamay Et qu'à li sans decevrée Cuer et corps donnay, Quar de l'espoir qu'ay Sera ma joie doublée, Tant com je vivray. Ne penez pa, dame, que je recroie. . . Ballade. Ne penez pa, dame, que je recroie De vous amer, se souvent ne vous voy, Car nullement faire ne porroie, Tant vous aim je de cuer en bonne foy; Ainsois en vous cuer, corps et vie employ, Ne riens qui soit ne me destourne Qu'à vous ne pense, où que je tourne. Ne qu'on porroit les estoiles nombrer. . . Ballade. Ne qu'on porroit les estoiles nombrer, Quant on les voit luire plus clerement, Et les goutes de pluie et de la mer, Et la greve seur quoy elle s'estent, Et compasser le tour dou firmament, Ne porroit on penser ne concevoir Le grant desir que j'ay de vous veoir. Et si ne puis par devers vous aler Pour Fortune qui le vuet et deffent, Dont maint souspir me convient estrangler, Quant à vous pense et je sui entre gent Et quant je sui par moy secretement; Adonc me fait tous meschiés recevoir Le grant desir que j'ay de vous veoir. Car il me fait compleindre et doulouser Et regreter vostre viaire gent Et vo biauté souvereinne et sans per Et la tres grant douceur qui en descent. Einsi me fait languir piteusement, Mon cuer esprent et esteint mon espoir Le grant desir que j'ay de vous veoir. On ne porroit penser ne souhaidier. . . Ballade. On ne porroit penser ne souhaidier Mieus qu'en celleque j'aim de fine amour, Car il n'a rien en li à repprochier, Eins est parfaite et souverinne flour De quanqu'il fait à dame de valour. S'en loe Amours d'umble volenté pure, Quant j'aim la flour de toute creature. Si n'en puis mais, se je l'aim et tien chier; Car il n'est maus, tristece ne doulour Qui se peüst en mon cuer herbergier, Eins suis toudis en joie et en baudour; Nès de penser à sa fine douçeur Preng soustenance et douce norriture, Quand j'aim la flour de toute creature. Et quant je vif en si plaisant dangier Que mon cuer maint en si noble sejour Et je la ser, sans muer ne changier, Tres loiaument de toute ma vigour, Certes bien doy amer l'eure et le jour Que je senti l'amoureuse pointure, Quant j'aim la flour de toute creature. Pas de tor en thiès païs. . . Ballade. Pas de tor en thiès païs, Qui portez douceur et biauté, Blanc et vermeil, com rose ou lis, En un escu de loyauté, La clarté de vostre bonté Resplent plus que la tresmonteinne Seur toute creature humeinne. Gens corps, cointe, apert et faitis, Maintieng plein de toute honnesté, Se je vous aim, serf, loe et pris, N'est merveilles, qu'en verité Vous avez si tout seurmonté Que vous estes fleur souvereinne Seur toute creature humeinne. Si seroie à tous jours garis Ne ja mais n'aroie grieté, Se vos nobles cuers et gentis, Courtois, frans et pleins de pité Savoit que d'umble volenté Li miens de vous server se peinne Seur toute creature humeinne. Phyton, le mervilleus serpent. . . Ballade. Phyton, le mervilleus serpent Que Phebus de sa flesche occit. Avoit la longueur d'un erpent, Si com Ovides le descrit. Mais onques homs serpent ne vit Si fel, si crueus ne fier Com le serpent qui m'escondit, Quant à ma dame merci quier. Il ha sept chiés, et vraiement, Chascuns à son tour contredit La grace, où mon vray desir tent, Dont mes cuers an doleur languit: Ce sont Refus, Desdaing, Despit, Honte, Paour, Durte, Dangier, Qui me blessent en l'esperit, Quant à ma dame merci quier. Si ne puis durer longuement, Car ma dame tres douce rit Et prent deduit en mon tourment Et ès meschiés, où mes cuers vit. Ce me destruit, ce me murdrit, Ce me fait plaindre et larmoier, Ce me partue et desconfit, Quant à ma dame merci quier. Plourez, dames, plourez vostre servant Ballade. Plourez, dames, plourez vostre servant, Qui ay toudis ay mis mon cuer et m'entente, Corps et desirs et penser en servant L'onneur de vous que Diex gart et augmente. Vestez vous de noir pour my, Car j'ay cuer teint et viaire pali, Et si me voy de mort en aventure, Se Dieus et vous ne me prenez en cure. Mon cuer vous lais et met en vo commant, Et l'ame à Dieu devotement presente, Et voist où doit aler le remamant: La char aus vers, car c'est leur droite rente; Et l'avoir soit departi Aux povres gens. Helas! en ce parti En lit de mort sui à desconfiture, Se Dieus et vous ne me prenez en cure. Mais certeins sui qu'en vous de bien a tant Que dou peril, où je sui sans attente, Me geterez, se de cuer en plourant Priez à Dieu qu'à moy garir s'assente. Et pour ce je vous depri Qu'à dieu vueilliés pour moy faire depri, Ou paier crien le treü de Nature, Se Dieus et vous ne me prenez en cure. Plus dure qu'un dyamant. . . Virelai. Plus dure qu'un dyamant Ne que pierre d'aÿmant Est vo durté, Dame, qui n'avez pité De vostre amant Qu'ociés en desirant Vostre amitié. Dame, vo biauté Qui toutes passe, à mon gré, Et vo samblant Simple et plein d'umilité, De douceur fine paré, En sousriant, Par un acqueil attraiant, M'ont au cuer en regardant Si fort navré Que ja mais joie n'avré, Jusques à tant Que vo grace qu'il atent M'arez donné. Plus dure qu'un dyamant Ne que pierre d'aÿmant Est vo durté, Dame, qui n'avez pité De vostre amant Qu'ociés en desirant Vostre amitié. J'ay humblement enduré L'amoureus mal et porté, En attendant Vostre bonne volenté Que j'ay et tous cas trouvé Dure et poingnant. Et quant tous en vo commant Suis, je me merveil comment Vostre bonté M'a se grace refusé, Quant en plourant Vous ay et en souspirant Merci rouvé Plus dure qu'un dyamant. Helas! dame, conforté Ne m'avez en ma grieté, Ne tant ne quant, Eins m'avez desconforté, Si que tout deconfort hé. Mais nompourquant J'ameray d'or en avant Plus fort qu'onques mais, et que quant Mort en miné M'ara vostre cruauté Qui m'est trop grant, Lors sera bien apparant Ma loyauté. Plus dure qu'un dyamant Ne que pierre d'aÿmant Est vo durté, Dame, qui n'avez pité De vostre amant Qu'ociés en desirant Vostre amitié. Pour ce que tous me chans fais. . . Ballade. Pour ce que tous me chans fais De dolereus sentement Et pour ce que ne chant mais, Repris sui de meinte gent. Mais qui vraiement saroit Ce que mes las cuers reçoit Pour ma dame au dous accueil Je mais ne me blasmeroit, Se je chant mains que ne sueil. Car pour amer onques mais Si tres dolereusement Ne fu nuls amis detrais Com je sui; car, vraiement, Langue raconter à droit Ne cuers penser la doulour La dolour que je recueil. Pour ce m'est vis que j'ay droit, Se je chant mains que ne sueil. Mais endurer ce grief fais Me fait ma dame plaisant, Quant ne puis, n'en dis n'en fais, Plaire à son viaire gent. Ce tient mon cuer si estroit Qu'assés miex partir vaudroit En je que vivre en tel dueil. Dont nuls blasmer ne me doit, Se je chant mains que ne sueil. Puis qu'en oubli sui de vous, dous amis. . . Rondeau. Puis qu'en oubli sui de vous, dous amis, Vie amoureuse et joie à Dieu commant. Mar vi le jour que m'amour en vous mis, Puis qu'en obli sui de vous, dous amis. Mais ce tenray que je vous ay promis, C'est que ja mais n'aray nul autre amant. Puis qu'en oubli sui de vous, dous amis, Vie amoureuse et joie à Dieu commant. Puis que ma dolour agrée. . . Virelai. Puis que ma dolour agrée A la de bonne heure née, Qui par droit est apelée Des dames la flour, Certes, noble destinée M'avint l'eure et la journée, Qu'en mon cuer fu engendrée Si douce dolour. Si ne plein pas mon labour, Car ce me samble douçour Fine et esmerée, Quant son gracieus atour Et sa biauté, que j'aour Par douce pensée, Et sa face coulourée, De toute biauté parée, De douçour enluminée, Remir en destour, Sa bonté pure, affinée, Sa maniere asseürée Et ce qu'elle est coronnée De toute valour. Puis que. Si sens meint plaisant estour, Quant sa biauté que j'aour Ainsi remirée Est en mon cuer par savour, Dont en moy parfaite amour Est enracinée. S'en yert servie, lo&eacut;e, Creinte, cel&eacut;e, honnourée Et parfaitement amée De moy sans folour, En esperant qu'arousée Soit de la douce rousée De merci la desirée M'amoureuse ardour. Puis que ma dolour agrée. Mais Desirs, qui nuit et jour M'assaut, l'a par sa vigour Si fort embrasée Que tainte en est ma coulour, Ét ma joie en est menour, Quant tant a durée. Mais tant est bien doctrinée, Douce, humble, simple, senée, Plaisant, loyal et secrée Ma dame d'onnour Qu'en li veoir iert doublée Ma joie et m'ardeur finée Et ce fois guerredonnée Toute ma tristour. Puis que ma dolour agrée A la de bonne heure née, Qui par droit est apelée Des dames la flour, Certes, noble destinée M'avint l'eure et la journée, Qu'en mon cuer fu engendrée Si douce dolour. Quant Theseus, Herculès et Jason. . . Ballade. Quant Theseus, Herculès et Jason Cercherent tout, et terre et mer parfonde, Pour acroistre leur pris et leur renom Et pour veoir bien tout l'estat dou monde, Moult furent dignes d'onnour. Mais quant je voy de biauté l'umble flour, Assevis sui de tout, si que, par m'ame, Je voy assez, puis que je voy ma dame. Car en veant se biauté, sa façon Et son maintieng qui de douceur seuronde, J'y preng assez bien pour devenir bon, Car le grant bien de li en moy redonde Par grace par fine amour Qui me contraint à haïr deshonnour Et tout vice; si puis dire sanz blame: Je voy assez, puis que je voy ma dame. Veoir ne quier la dorée toison Ne les Yndes ne de Rouge Mer onde, N'aus infernaus penre guerre ou tençon Pour eslongier le regart de la blonde Dont me vient joye et baudour Et doulz penser; si tieng pour le millour Que à tout conter et bien peser à drame, Je voy assez, puis que je voy ma dame. Ne quier veoir la biauté d'Absalon Ne d'Ulixès le sens et la faconde, Ne esprouver la force de Sanson, Ne regarder que dalida le tonde, Ne cure n'ay par nul tour Des yeux Argus ne de joie gringnour, Car pour plaisance et sanz aÿde d'ame Je voy assez, puis que je voy ma dame. De l'ymage que fist Pymalion Elle n'avoit pareille ne seconde; Mais la belle qui m'a en sa prison Cent mille fois est plus bele et plus monde: C'est uns drois fluns de douçour Qui puet et scet garir toute dolour; Dont cilz a tort qui de dire me blame: Je voy assez, puis que je voy ma dame. Si ne chaut dou sens de Salemon, Ne que Phebus en termine ou responde, Ne que Venus s'en mesle ne Mennon Que Jupiter fist muer en aronde, Car je di, quant je l'aour, Ay et desir, ser et crieng et honnour, Et que s'amour seur toute rien m'enflame, Je voy assez, puis que je voy ma dame. Quant en moy vint premierement. . . Motet. Quant en moy vint premierement Amours, si tres doucettement Me vost mon cuer enamourer Que d'un regart me fist present, Et tres amoureus sentement Me donna aveuc dous penser, Espoir D'avoir Mercy sans refuser. Mais onques en tout mon vivant Hardement ne me vost donner; Et si me fait en desirant Penser si amoureusement Que, par force de desirer, Ma joie convient en tourment Muer, se je n'ay hardement. Las! et je n'en puis recouvrer, Qu'amours Secours Ne me vuet nul prester, Qui en ses las si durement Me tient que n'en puis eschaper; Ne je ne vueil, qu'en atendant Sa grace je vueil humblement Toutes ces dolours endurer. Et s'Amours loyal se consent Que ma douce dame au corps gent Me vueille son ami clamer, Je sçai De vray Que j'arai, sans finer, Joie qu'Amour à fin amant Doit pour ses maus guerredonner. Mais elle atent trop longuement Et j'aimme si folettement Que je n'ose merci rouver, Car j'aim miex vivre en esperant D'avoir merci procheinnement Que refus me veingne tuer. Et pour ce di en souspirant: Grant folie est de tant amer Que de son dous face on amer. Amour et biauté parfaite Doubter, Celer Me font parfaitement Et vrais desirs, qui m'afaite De vous, Cuers dous, Amer sans finement. Et quant j'aim si finement, Merci Vous pri, Car elle me soit faite, Sans vostre honnour amenrir, Car j'aim miex einsi languir Et morir, s'il vous agrée, Que par moy fust empirée Vostre honnour, que tant desir, Ne de fait ne de pensée. Amara valde. Quant j'ay l'espart. . . Rondeau. Quant j'ay l'espart De vo regart, Dame d'onnour, Son dous espart En moy espart Toute douçour. Car main et tart M'esprent son dart De fine amour - Quant j'ay l'espart De vo regart, Dame d'onnour, Et me regart D'un ris qui m'art. Mais celle ardour Par son dous art De moy depart Toute dolour. Quant j'ay l'espart De vo regart, Dame d'onnour, Son dous espart En moy espart Toute douçour. Quant je ne voy ma dame n'oy. . . Rondeau. Quant je ne voy ma dame n'oy, Je ne voy rien qui ne m'anoye. Mes cuers font en moy comme noy, Quant je ne voy ma dame n'oy. N'onques tel mal, par m'ame, n'oy Pour mon oeil qui en plour me noye. Quant je ne voy me dame n'oy, Je ne voy rien qui ne m'anoye. Quant je sui mis au retour. . . Virelai. Quant je sui mis au retour De veoir ma dame, Il n'est peinne ne dolour Que j'aie, par m'ame. Diex! c'est drois que je l'aim, sans blame, De loial amour. Sa biauté, sa grant douçour D'amoureuse flame, Par souvenir, nuit et jour M'esprent et enflame. Diex! c'est drois que je l'aim, sans blasme, De loial amour. Et quant sa haute valour Mon fin cuer entame, Servir la vueil sans folour Penser ne diffame. Diex! c'est drois que je l'aim, sans blame, De loial amour. Quant ma dame les maus d'amer m'aprent. . . Rondeau. Quant ma dame les maus d'amer m'aprent, Elle me puet aussi les biens apprendre, Qu'en grant douceur mon cuer tient et esprent. Quant ma dame les maus d'amer m'aprent. Dont qui les biens à droit saveure et prent, Riens n'est plus dous; c'est legier à comprendre. Quant ma dame les maus d'amer m'aprent, Elle ma puet aussi les biens apprendre. Quant vraie amour enflamée. . . Motet. Quant vraie amour enflamée, D'ardant desir engenrée, Pucelette mestrie Ou temps que doit estre amée, Se vrais amans l'en prie Par foy de fait espouvée, Tant que loiautés jurée Fair qu'elle à li s'ottrie Par si parfaite assamblée Qu'enduy n'ont c'une vie, C'un cuer ne c'une pensée - C'est qu'en deduit ait durée Leur amour commencie - Se puis vient autres qui bée Qu'il en fera s'amie Et celle dou tout li vée, Pour ce qu'avant s'est donnée, S'il par sa druerie Maintient qu'amours soit faussée, (????????) Quant il n'i truevé mie Merci d'amant desirée, Combien qu'il ait comparée Par mout dure hachie, N'en doit estre amour blasmée, Mais de tant plus prisie Qu'elle ensieut comme ordonée Nature qui l'a formée, Sans estre en rien brisie; Car qui ij fois vuet denrée, Le marcheant conghie. O series summe rata! Regendo naturam Uniformam per causata Tenens ligaturam, Argumentis demonstrata Non pati fracturam, Cum sit amor tui nata Spernatque mensuram, Melle parens uvorata Post agens usturam, Dans quibus non est optata Mitem creaturam, Que sola fit michi grata, Michique tam duram, Mirans queror mente strata Talem genituram. Super omnes speciosa. Qui es promesses de Fortune se fie. . . Motet. Qui es promesses de Fortune se fie Et es richesse de ses dons s'asseüre, Ou cils qui croit qu'elle soit tant s'amie Que pour li soit en riens ferme ou seüre, Il est trop fols, car elle est non seüre Sans foy, sans loy, sans droit et sans mesure, C'est fiens couvers de riche couverture, Qui dehors luist et dedens est ordure. Une ydole est de fausse pourtraiture, Où nuls ne doit croire ne mettre cure; Sa convenance en vertu pas ne dure, Car c'est tous vens, ne riens qu'elle figure Ne puet estre fors de fausse figure; Et li siens sont toudis en aventure De trebuchier; car, par droite nature, La desloyal renoïe, parjure, Fausse, traïtre, perverse et mere sure Oint et puis point de si mortel pointure Que ceaus qui sont fait de sa norriture En traïson met à desconfiture. Ha! Fortune, trop sui mis loing de port, Quant en la mer m'as mis sans aviron En un batel petit, plat et sans bort, Foible, pourri, sans voile et environ. Sont tuit li vent contraire pour ma mort, Si qu'il n'i a confort ne garison, Merci n'espoir, ne d'eschaper ressort, Ne riens de bien pour moy, car sans raison Je voy venir la mort amere à tort Preste de moy mettre à destruction; Mais celle mort reçoy je par ton sort, Fausse Fortune, et par la traïson. Et non est qui adjuvat. Riches d'amour et mendians d'amie. . . Ballade. Riches d'amour et mendians d'amie, Povres d'espoir et garnis de desir, Pleins de dolour et disiteus j'aÿe, Loing de merci, familleus de merir, Nus de tout ce qui me puet resjoïr Sui pour amer et de mort en paour, Quant ma dame me het et je l'aour. Ni n'est confors de ma grief maladie Qui me peüst de nulle part venir, Car une amour s'est en mon cuer nourrie Dont je ne puis joïr ne repentir Ne vivre lié ne morir ne garir Ne bien avoir fors languir à dolour, Quant ma dame ne het et je l'aour. Mais le voloir de si douce anemie Vueil humblement et liement souffrir, Car grant honnour m'est par li ottroïe Contre son gré, quant je l'aim et desir. Et s'Amour vuet que je doie fenir Pour li amer, ce sera mon millour, Quant ma dame ne het et je l'aour. Rose, liz, printemps, verdure. . . Rondeau. Rose, liz, printemps, verdure, Fleur, baume et tres douce odour, Bele, passés en douçour, Et tous les biens de Nature, Avez dont je vous aour. Rose, liz, printemps, verdure, Fleur, baume et tres douce oudour. Et quant toute creature Seurmonte vostre valour, Bien puis dire et par honnour: Rose, liz, printemps, verdure, Fleur, baume et tres douce oudour, Bele, passés en douçour. S'Amours ne fait par sa grace adoucir. . . Ballade. S'Amours ne fait par sa grace adoucir Vostre franc cuer, dame, à qui sui donnés, Je sui certeins qu'il me convient morir De ma dolour ou d'estre refusés. Ce m'est avis qu'il me vaut miex assés Par vo refus tost morir sans deport Qu'en ma dolour languir jusqu'à la mort. Car s'à vous puis ma dolour descouvrir, Espoir qu'en vous pour moy sera pités; Et se refus m'ocist, bien vueil fenir, Et de la mort seray tous confortés Pour vostre amour, puis que vous le sarés. Si me vaut miex à vous querir confort Qu'en ma dolour languir jusqu'à la mort. Ne ce n'est pas vie d'einsi languir Com je langui, car je sui embrasés Couvertement d'un amoureus desir Qui en mon cuer s'est longuement celés. Helas! or est d'amour si enflamés Qu'à vous aim miex dire quel mal je port Qu'en ma dolour languir jusqu'à la mort. S'il estoit nuls que pleindre se deüst. . . Motet. S'il estoit nuls que pleindre se deüst Pour nul meschief que d'amour receüst, Je me devroie bien pleindre sans retraire, Car quant premiers me vint enamourer, Onques en moy hardement demourer Ne vost laissier de ma dolour retraire; Mais ce qui plus me faisoit resjoïr Et qui espoir me donnoit de joïr En regardent, sans plus dire ne faire, Fist departir de moy; puis en prison Elle me mist, où j'euç ma livrison De ardans desirs qui si mestient contraire Que, se un tout seul plus que droit en eüsse, Je sçay de voir que vivre ne peüsse Sans le secours ma dame debonnaire Qui m'a de ci, sans morir, respité. Et c'est bien drois, car douçour en pité Et courtoise ont en li leur repaire. S'amours tous amans joïr Au commancement fasoit, Son pris feroit amenrir, Car nuls amans ne saroit Le grans deduis qu'on reçout En dame d'onnour servir. Mais cil qui vit en desir, Et bonne Amour l'aperçoit, En a plus qu'il ne voudroit, Quant joie li vuet merir. Et pour ce nuls repentir De bien amer ne se doit, S'Amours le fait trop languir. Et gaudebit cor vestrum. Sans cuer m'en vois, dolens et esplourez. . . Ballade. Sans cuer m'en vois, dolens et esplourez, Pleins de soupirs et diseteus de joie, D'ardant desir espris et embrasez, Douce dame, que briefment vous revoie, Si qu'einsi sans cuer durer Ne porroie ne tels mauls endurer, S'Espoirs en moy ne faisoit sa demeure En lieu dou cuer, dame, qui vous demeure, Et Souvenirs qui scet tous les secrés Que Dous Pensers m'amenistre et envoie, Dont en moy est empreins et figurez Vos faitis corps et vo maniere quoie, Vo douls riant regarder Et vo douceur qui me fait aourer Vous que je voy par tout et à toute heure En lieu dou cuer, dame, qui vous demeure. S'ay plus de joie et de douceur assez, Quant je les ay, que de mon cuer n'arroie; Car en tous cas sui d'Espoir confortez Et Souvenirs me monstre, où que je soie, Vo plaisant viaire cler. Et s'aucuns griés me vient par desirer, Tres Dous Pensers le destruit et deveure, En lieu dou cuer, dame, qui vous demeure. Amis, dolens, maz et desconfortez Partez de moy et volez que je croie Que vos cuers m'est tous entier demorez. Tres bien le croy; dont je ne vous porroie Si biau don guerredonner, Et vous peüsse à fin souhait donner Quanque desirs en ce monde saveure, En lieu dou cuer, amis, qui me demeure. Car il est vrais, fins, loiaus et secrez, Frans et gentis, ne dire ne saroie La riche honneur dont il est couronnés Ne le haut bien: si ne say tour ne voie, Comment peüsse finer Dou remerir. Mais je ne vueil pener Qu'à mon pooir vous conforte et sequeure, En lieu dou cuer, amis, qui me demeure. Si vous promet qu'en foy serés amez Par dessus tous, sans ce que je recroie, Et aveuc ce mon cuer emporterez Qui pour vous seul me guerpist et renoie; Se le veuil liés bien garder Et comme ami conjoïr et amer, Car plus chier don n'ay dont je vous honneure, En lieu dou cuer, amis, qui me demeure. Dame, par vous me sens reconfortez De tous les griés que recevoir soloie, Par vous sui hor de toutes orphentez, Par vous ne puis riens sentir qui m'anoie, Par vous m'estuet esperer Quanque loyaus amis puet desirer, C'est de merci don, s'en moy ne demeure En lieu dou cuer, dame, qui vous demeure. Dame je sui par vous resuscitez, En paradis mis d'enfer, où j'estoie, De mes mortelz paours asseürés, Des grans doleurs garis que je sentoie; Par vous est dous mon amer, Quant vostre amie me daingniez apeler, Et s'il vous plaist que joie en moy acqueure En lieu dou cuer, dame, qui vous demeure. Si seroie faus traïtres prouvés, Douce dame, se je ne vous amoie Tres loyaument, car tous mes biens est nez De vostre bien; dont si fort me resjoie, Quant bele et bonne sans per Et des dames la flour vous oy nommer, Que tendrement de joie en riant pleure En lieu dou cuer, dame, qui vous demeure. Sans cuer, dolens de vous departiray. . . Rondeau. Sans cuer, dolens de vous departiray, Et sans avoir joie jusque au retour. Puis que mon corps dou vostre à partir ay, Sans cuer, dolens de vous departiray. Mais je ne sçay de quelle part iray, Pour ce que pleins de doleur et de plour, Sans cuer, dolens de vous departiray, Et sans avoir joie jusqu'au retour. Se d'amer me repentoie. . . Virelai. Se d'amer me repentoie Ne feingnoie, Trop seroie contre mi; Car tout mon temps perderoie, Que n'aroie Ja mais bon jour ne demi. Si vueil amer mon amy Loiaument, où que je soie, Et avoir le cuer joli, Gay, chantant et plein de joie; Ne pour chose que je voie Ne que je oie Ne le quier mettre en oubli, Car, s'autrement le faisoie, Mort l'aroie, Sans cop ferir, et trahi. Se d'amer me repentoie. Il m'a longuement servi Si bien que miex ne vorroie, N'onques en li riens ne vi De quoy reprendre le doie. M'onneur vuet plus que la soie. Qu'en diroie? Secrés et loiaus est, si Que, se souhaidier voloie, Je faurroie A souhaidier miex qu'en li. Se d'amer me repentoie. Chascuns dit que c'est celi Qui miex tient la droite voie Pour avoir des biens le tri Que Nature as siens ottroie. Pour quoy dont ne l'ameroie? Trop aroie Le cuer divers et failli, S'il m'aimme et je ne l'amoie, Et creoie, Quant il l'a bien desservi. Se d'amer me repentoie Ne feingnoie, Trop seroie contre mi; Car tout mon temps perderoie, Que n'aroie Ja mais bon jour ne demi. Se je me pleing, je n'en puis mais. . . Ballade. Se je me pleing, je n'en puis mais, Qu'onques nuls si mal eüreus Ne fu ne ne sera ja mais Come je sui, ne si doleureus; Car, quant je cuidoie secours Avoir de ma dame et d'Amours Pour mon temps qu'ay en li usé, Ma dame m'a congié donné. Et au donner m'a dit que vrais Li sui et loyaus amoureus Et qu'en riens ne me sui meffais Vers li, dont moult sui mervilleus; Car je n'ay espoir ne recours, Cuer, penser ne desir aillours, Mais seulement de volenté Ma dame m'a congié donné. Si n'aray ja mais bien ne pais Ne riens dont mes cuers soit joieus, Ne plus ne ferai chans ne lais, Quant Amours n'est vers moy piteus, Einsois vueil definer mes jours Et mes chans aveuc mes dolours, Puis que pour faire loyauté Ma dame m'a congié donneé. Se je souspir parfondement. . . Virelai. Se je souspir parfondement Et tendrement Pleure en recoy, C'est, par ma foy, Pour vous, quant vo faitis corps gent, Dame, ne voy. Vostre dous maintieng simple et coy, Vo bel aroy, Cointe et plaisant, Vo maniere sans effroy, Pris m'ont cil troy Si doucement Qu'à vous tres amoureusement Entierement Doing et ottroy Le cuer de moy Qui loing de vous esbatement N'a n'esbanoy Se je souspir parfondement Et tendrement Pleure en recoy, C'est, par ma foy, Pour vous, quant vo faitis corps gent, Dame, ne voy. Si que je port plus grief anoy Qu'onques mais n'oy, Secretement; Mais, par m'ame, je le conjoy Et le reçoy Tres humblement, Qu'aligier poués mon tourment Legierement, D'un seul ottroy, Et plus qu'un roy Moy faire vivre liement; Ainsi le croy. Se je souspir parfondement. Dame, mis m'avés en tel ploy, Bien le perçoy, Que, vraiement, En vous sens, temps et vie employ Et toudis croy En ce talent. Et se loing sui d'aligement Et povrement De mercy j'oy, Ne m'en desvoy, Car si grant honnour nullement Avoir ne doy. Se je souspir parfondement Et tendrement Pleure en recoy, C'est, par ma foy, Pour vous, quant vo faitis corps gent, Dame, ne voy. Se ma dame m'a guerpi. . . Virelai. Se ma dame m'a guerpi Et à un autre que mi S'amour ha donnée, Puis qu'il lui plaist, forment m'agrée. Je ne pensasse nullement, Vraiement, Que muer peüst einsi Son cuer et que departement Si briefment Feist de moy et de li. Mais elle l'en ha parti, Et, pour li mettre en oubli, Li veoir me vée. Puis qu'il li plaist, forment m'agrée. Se ma dame m'a guerpi. Je l'ay servie longuement Loyaument N'onques je ne li failli; Or me tient dolereusement En tourment, Quant son cuer mort et trahi M'a, par samblance d'ami, Et en ottriant mercy Ma mort m'a jurée. Puis qu'il li plaist, forment m'agrée. Se ma dame m'a guerpi. Ainsi, sans nul aligement, Humblement D'amours en morant langui, Et li Desirs plus asprement, Qui m'esprent, M'assaut que s'onques joÿ N'eüsse, car souvent di Pour ma douce dame: "aymi" A vois esplourée. Puis qu'il li plaist, forment m'agrée. Se ma dame m'a guerpi Et à un autre que mi S'amour ha donnée, Puis qu'il lui plaist, forment m'agrée. Se mesdisans en acort. . . Virelai. Se mesdisans en acort Sont pour moy grever à tort, C'est par leur envie, Car desservi ne l'ay mie. Pour ce de leur genglerie Bien me reconfort. Mais pour eaus mettre en esmay, Plus que ne sueil je seray Joieuse et jolie, Et si aray le cuer gay Et sagement me tenray Sans faire folie. Einsi feray leur deport Muer en grant desconfort Et s'ay de m'aïe Bonne volenté et lie Et loyauté dont garnie Sui jusqu'à la mort. Se mesdisans. Einsi me deporteray De tout ce que dire orray, N'en merencolie Ja mon cuer n'en metteray, Pour ce que pure me sçay De leur tricherie; Ne cuers qui est de bon port Ne doit doubter leur raport Plein de felonnie. N'onques en jour de ma vie Ma pensée en vilonnie Ne prist son ressort. Se mesdisans en acort. Pour ce de riens ne m'esmay Qu'en loyauté fiance ay, Et, quoy que nulz die, Tant com mon devoir feray, Leur parler ne doubteray, Que pas ne deffie Et en derrier point et mort. Mais quant leur gengle plus fort Seur moy se deslie, Tant sui je plus envoisie, Car Diex scet, où je me fie, Comment je ne port. Se mesdisans en acort Sont pour moy grever à tort, C'est par leur envie, Car desservi ne l'ay mie. Pour ce de leur genglerie Bien me reconfort. Se pour ce muir qu'Amours ay bien servi. . . Ballade. Se pour ce muir qu'Amours ay bien servi, Y fait mauvais servir si fait signour, Car je n'ay mort d'amours desservi Pour bien amer de tres loial amour. Mais je croy bien que finé sont mi jour, Quant je congnois et voy tout en appert Qu'en lieu de bleu, dame, vous restez vert. Helas! dame, je vous ay tant chiery, En desirant de merci la douçour, Que je n'ay mais sens ne pooir en my: Tant m'ont mué me souspir et me plour. Et m'esperence est morte sans retour, Qu'en souvenirs me monstre à descouvert Qu'en lieu de bleu, dame, vous vestez vert. Pour ce maudi le yeus dont je vous vi, L'eure, le jour et le tres cointe atour, Et la biauté qui ont mon cuer ravi, Et le plaisir enyvré de folour, Et si mandi fortune et son faus dout Et loyauté qui sueffre et a souffert Qu'en lieu de bleu, dame, vous vestez vert. Se quanque amours puet donner à amy. . . Ballade. Se quanque amours puet donner à amy Et quanque cuer d'ami puet desirer Et quanque dame y porroit mettre aussi De bien, de pais, par loyaument amer, Estoient entierement En un seul cuer, je say certeinnement Qu'il sentiroit grief tristesse et esmay Contre le bien et la joie que j'ay. Car nulle fois de riens ne me defri, Ne riens ne puet mon cuer deconforter, Ains ay le temps si bon et si ouni Que je ne puis à nulle riens penser Fors à joie seulement; Et ce me fait vivre si liement Que Leesse n'a cuer joieus ne gay Contre le bien et la joie que j'ay. Et tout pour ce que j'ay toudis en my L'impression de ma dame sans per Qui est empreinte et figurée en my Mon loyal cuer qui l'aimme sans fausser Si fort et si fermement Qu'adès la voy à vis proprement; Ne se peut riens comparer, bien le say, Contre le bien et la joie que j'ay. Se vous n'estes pour mon guerredon née. . . Rondeau. Se vous n'estes pour mon guerredon née, Dame, mar vi vo dous regart riant. Jamais ne mie joie guerredonnée, - Se vous n'estes pour mon guerredon née - Car par vous m'iert la grief guerre donnée Qui me fera morir en guerriant. Se vous n'estes pour mon guerredon née. Dame, mar vi vo dous regart riant. Tant doucement m'ont attrait. . . Motet. Tant doucement m'ont attrait Bel accueil et dous attrait Nés de dous viaire, Et samblans d'amours, qui trait D'un regart riant, attrait M'a par son plaisant attrait, Que clamour fait faire A ma dame debonnaire M'ont dou mal qui est en mi. Helas! si m'ont fait einsi Pour ma mort attraire, Com cil qui son anemi Meinne noier com amy, Les bras au col; et traÿ M'ont par tel affaire. Car regars, pour moy detraire, En riant m'asseüroit Et merci me promettoit, Et samblans d'attraire Ma grant paour estraingnoit Et hardement me donnoit, A bel accueil m'apelloit Pour mes maus retraire. Mais pour moy faire mort traire, Quant à ce m'eurent mené, Com faus traïtour prouvé Furent mi contraire, Et d'un refus sans pité, Dur et plein de cruauté, D'orguilleus cuer engendré, Me firent deffaire, Pour ce que j'aim sans meffaire. Eins que ma dame d'onnour Que je serf et pris Sceüst la dure dolour Dont je sui espris, Souvent estoie enrichis, Sans avoir s'amour, De son regart qui conquis M'a par sa vigour, Et de la fine douçour, De son plaisant ris. Or me tolt ses biens gentils Et me tient en plour, Quant elle scet que j'aour Son gracieus vis Et que je l'aim sans faus tour. Ruina. Tant doucement me sens emprisonnés. . . Rondeau. Tant doucement me sens emprisonnés Qu'onques amans d'ot si douce prison. Jamais ne quier estre desprisonnés, - Tant doucement me sens emprisonnés;s - Car tous biens m'est en ceste prison nez Que dame puet donner sans mesprison. Tant doucement me sens emprisonnez Qu'onques amans n'ot si douce prison. Tels rit au main qui au soir pleure. . . Tels rit au main qui au soir pleure Et tels cuide qu'Amours labeure Pour son bien, qu'elle li court seure Et ma l'atourne; Et tels cuide que joie aqueure Pour li aidier, qu'elle demeure. Car Fortune tout ce deveure, Quant elle tourne, Qui n'atent mie qu'il adjourne Pour tourner; qu'elle ne sejourne, Eins tourne, retourne et bestourne, Tant qu'au desseur Mest celui qui gist mas en l'ourne; Le sormonté au bas retourne, Et le plus joieus mat et mourne Fait en po d'eure. Car elle n'est ferme n'estable, Juste, loyal, ne veritable; Quant on la cuide charitable, Elle est avere, Dure, diverse, espouentable, Traitre, poignant, decevable; Et quant on la cuide amiable, Lors est amere. Car ja soit ce qu'amie appere, Douce com miel, vraie com mere, La pointure d'une vipere Qu'est incurable En riens a li ne se compere, Car elle traïroit son pere Et mettroit d'onneur en misere Deraisonnable. Fortune est par dessus les drois; Ses estatus fait et ses lois Seur empereurs, papes et rois, Que nuls debat N'i porroit mettre de ces trois Tant fus fiers, orguilleus ou rois, Car Fortune tous leurs desrois Freint et abat. Bien est voirs qu'elle se debat Pour eaus avancier, et combat, Et leur preste honneur et estat Ne sai quens mois. Mais partout ou elle s'embat, De ses gieus telement s'esbat Qu'en veinquant dit: "Eschac et mat" De fiere vois. Einsi m'a fait, ce m'est avis, Fortune que ci vous devis. Car je soloie estre assevis De toute joie, Or m'a d'un seul tour si bas mis Qu'en grief plour est mué mon ris, Et que tous li biens est remis Qu'avoir soloie. Car la bele ou mes cuers s'ottroie, Que tant aim que plus ne porroie, Maintenant vëoir n'oseroie En mi le vis. Et se desir tant que la voie Que mes dolens cuers s'en desvoie, Pour ce ne say que faire doie, Tant sui despris. Tous corps qui de bien amer. . . Motet. Tous corps qui de bien amer Vuet avoir la cure Doit par raison encliner, Et c'est sa droiture, Là où son cuer esmouvoir Se vuet, quant à bien avoir. Pour ce li miens cure Qui de Nature est formés, Et obeissance assés Vuet faire à Nature Et à celle qui m'a point De male pointure, Puis que n'a de pité point Dou mal que j'endure, Qui me fait en desirant Languir, quant vois remirant La douce faiture De son tres gracieus vis, Par qui mes cuers est ravis Et mis en ardure. Et comment qu'Amours m'ait fait Souffrir la morsure De ses griés maus sans meffait Et sans mespresure, Ne lairay ja que secours Ne quiere de mes dolours A ma dame pure, Car bien puis avoir merci Selonc ce que j'ay servi; A ce m'asseüre. Et à ce qu'on dit, pour voir, Miex vient en joie manoir Par proier qu'adès languir Par trop taire et puis morir. De souspirant cuer dolent Me pleing, et bien le doy faire, Car, quant j'ay pris hardement De ma grant doleur retraire, Lors m'estuet il tout coy taire. Si sui pris en regardant, Et pour ce que je doubt tant Refus, qui ne me doit plaire, Et Dangier, mon adversaire, Qui me livre estour si grant, Que d'Amours m'estuet retraire, Ou merci procheinnement De ma dame debonnaire, Ou morir en languissant. Suspiro. Tres bonne et bele, me oueil. . . Virelai. Tres bonne et bele, me oueil Joieuse pasture Prennent en vostre figure, Simple et sans orgueil, Et mes cuers en vostre acueil Vie et douce norriture. Quant vo maniere meüre, Rassise et seüre Voy, d'onneur sui en l'escueil; Et quant vo regardeüre Riant par mesure Vient seur moy, tout bien recueil; Car je sui si en mon vueil Qu'en moy joie dure Qui de plus grant m'asseüre. Adont le fruit cueil D'espoir, se vrais estre vueil Vers vous, dame nette et pure. Tres bonne et bele, me oueil Joieuse pasture Prennent en vostre figure, Simple et sans orgueil, Et mes cuers en vostre acueil Vie et douce norriture. Si que chose ne m'est dure Que pour vous endure, Qu'il n'a dessous le soleil Femenine creature, Où mis ait Nature Si dous vis ne corps pareil. Et pour ce à vous servir vueil, Sans penser laidure, Com cils qui d'autre n'ai cure, N'autre amer ne sueil, Einsois à ce m'apareil Humblement, sans mespresure. Tres bonne et bele, me oueil Joieuse pasture Prennent en vostre figure, Simple et sans orgueil, Et mes cuers en vostre acueil Vie et douce norriture. Se Desirs par sa pointure Me tient en ardure Long de vous, dont mon vis mueil Sous celée couverture, Dame c'est droiture, Si que pas ne m'en merveil. Mais lors vos graces concueil Qu'en mon cuer figure; Là pren je encoiseüre, Et pas ne me dueil, La respreng en out deuil, Car c'est leur desconfiture. Tres bonne et bele, me oueil Joieuse pasture Prennent en vostre figure, Simple et sans orgueil, Et mes cuers en vostre acueil Vie et douce norriture. Tres douce dame que j'aour. . . Ballade. Tres douce dame que j'aour, En vous vueil tout mon temps user, Sans departir ne nuit ne jour, Et vous vueil loyalment amer Com cils qui ne saroit penser Fors à vo dous service faire, Tant com je vivray, sans meffaire. Car je vous ay donné m'amour Pour vous loyaument honnourer, Et de cuer, de corps, de vigour Vueil tous jours vostre honnour garder; De servir je me vueil pener De vrai cuer, humble et debonnaire, Tant com je vivray, sans meffaire. Quant je voy vostre grant douçour, Et mon cuer vient, par desirer, Une ardeur qui le fait en plour Moult parfondement souspirer, Car je ne vous ose monstrer La doleur qu'humblement vueil traire, Tant com je vivray, sans meffaire. Trop plus est bele que biauté. . . Motet. Trop plus est bele que biauté Et millour que ne soit bonté, Pleinne de tout ce, à dire voir, Que bonne et belle doit avoir, Ce m'est vis, celle que desir Et aim sans nul vilain desir. Dont se je l'aim, et je qu'en puis, Quant en sa fine biauté truis De tous mes maus la garison, Leesse, confort, guerredon Et secours de tous les meschiés Dont par desir sui entichiés, Comment qu'elle n'en sache rien; Car toute la joie et le bien, Que j'ay, de sa grace me vient, Sans plus, quant de li me souvient; N'autre bonté de li n'enport. Si pri Amours qu'en tel acort Soit, pour ce que miex l'aim que mi, Qu'elle me teingne pour ami. Amen. Biauté parée de valour, Desirs qui onques n'a sejour D'acroistre, eins croist de jour en jour En plaisance et en douce ardour, Dous regars pris par grant savour, Tous pleins de promesse d'amour, D'espoir, de joie, de tenrour Et de pointure de douçour, Font que j'aim des dames la flour. Or me doint Diex grace et vigour Qu'au gré d'Amours et à s'onnour La puisse servir sans folour. Amen. Je ne sui mie certeins d'avoir amie, Mais je suis loyaus amis. Tu qui gregem tuum ducis. . . Motet. Tu qui gregem tuum ducis, Opera fac veri ducis, Nam ducere et non duci, Hoc competit vero duci. Dux prudentium consilio Ducat nec sit in ottio Debetque dux anteire, Ductus autem obedire; Sed si ductor nescit iter, Ambo pereunt leviter. Nam ambulat absque luce Qui ducitur ceco duce, Sed qui habet verum ducem Omni hora habet lucem, Et ille bene ducitur Qui a nullo seducitur. Unde qui ducum ductor es, Contere nunc seductores, Et taliter nos deducas, Ut ad pacem nos perducas. Plange regni republica! Tua gens ut scismatica Desolatur; Nam pars eius est iniqua Et altera sophistica Reputatur. De te mondo non curatur, Inimicis locus datur Franduletur, Tui status deturpatur; Sua virtus augmentatur Nunc potentur. Te rexerunt imprudenter, Licet forte innocenter Tui cari. Sed amodo congaudenter Te facient et potenter, Deo dante, dominari. Apprehende arma et scutum et exurge. Tuit mi penser. . . Virelai. Tuit mi penser Sont sans cesser En vous amer Et honnoureur, Tres douce creature. Nonques mes yeus saouler De regarder Et remirer Vo gente pourtraiture Ne pos ne mon cuer oster D'adès penser A vo vis cler Et à vo bonté pure. Ce fait doubler Et embraser Et aviver Par desirer Mon amoursement ardure. Tuit me penser Sont san cesser En vous amer. Mais, tant com porray durer, La vueil porter Et endurer Humblement, sans ardure. Ne ja ne vous quier rouver Guerredonner Ne demoustrer Que je la tiengne à dure; Car trop parler Puet moult grever, Et refuser Feroit crever Mon cuer de sa pointure. Tuit mi penser Sont sans cesser En vous amer Et honnoureur, Tres douce creature. Si que, tres belle sans per, Que voy passer Et sormonter Toute ouevre de Nature, On ne me doit pas blasmer, Se mon penser Ay sans fausser Mis et toute ma cure En vous loer, En vous garder, En vous celer, En vous douter, Car c'est ma norreture. Tuit mi penser Sont sans cesser En vous amer Et honnoureur, Tres douce creature. Une vipere en cuer ma dame meint. . . Ballade. Une vipere en cuer ma dame meint Qui estoupe de sa queue s'oreille Qu'elle n'oie mon dolereus compleint: A ce, sans plus, toudis gaite et oreille. Et en sa bouche ne dort L'escorpion qui point mon cuer a mort; Un basilique a en son doulz regart. Cil troy m'ont mort et elle que Diex gart. Quant en plourant li depri qu'elle m'aint, Desdains ne puet souffrir que oïr me weille, Et s'elle en croit mon cuer quant il se plaint, En sa bouche Refus pas ne sommeille Ains me point au cuer trop fort; Et son regart prent deduit ne deport Quant mon cuer voit qui font et frit et art. Cil troy m'ont mort et elle que Diex gart. Amours, tu scez qu'elle m'a fait mal maint Et que siens suy toudis, weille ou ne weille Mais quant tu fuis et Loyauté se faint Et Pitez n'a talent qu'elle s'esveille, Je n'i voy si bon confort Com tost morir; car en grant desconfort Desdains, Refus, regars qui mon cuer art, Cil troy m'ont mort et elle que Diex gart. Vos dous regars, douce dame, m'a mort. . . Rondeau. Vos dous regars, douce dame, m'a mort, S'Amours ne fait que vo gentilz cuers m'eint, Quant en riant à vous amer m'amort; - Vos dous regars, douce dame, m'a mort - Car je congnois en sa douceur ma mort Pour la parfaite amours qui en moy meint. Vos dous regars, douce dame, m'a mort, S'Amours ne fait que vo gentilz cuers m'eint. Source: http://www.poesies.net