Lettres A Aurélia. Par Gérard De Nerval. (1808-1855) TABLE DES MATIERE. I II III IV V VI VII VIII IX X XI XII XIII XIV XV XVI XVII XVIII XIX XX I Je vous avais obéi, Madame; j'avais attendu pour vous voir le jour où tout le monde en a le droit; pour vous parler le jour où beaucoup d'autres en ont le privilège; puis j'ai changé de pensée, je n'ai pu me résoudre à vous adresser en vain quelques banales paroles. Il faut donc vous écrire encore, et pourtant j'avais résolu de ne plus le faire. Les lettres ne sont bonnes que pour les amants froids ou pour les amants heureux. On admet le trouble et l'incohérence dans la conversation, mais les phrases écrites deviennent des témoins éternels. Que je voudrais pouvoir anéantir tout ce que je vous ai écrit! Votre indifférence m'aura peut-être rendu ce service: je la remercierais de cela du moins. Le beau roman que je ferais pour vous, si ma pensée était plus calme! mais trop de choses s'offrent à moi ensemble, au moment où je vous écris. Vous avez eu raison de me faire sentir que mon amour si long et si éprouvé me rendait injuste et exigeant envers vous, qui le connaissez à peine; mais comment, en jugeant si bien, avez-vous si peu d'indulgence? Oui, il y a dans ma tête un orage de pensées dont je suis ébloui et fatigué sans cesse, il y a des années de rêves, de projets, d'angoisses qui voudraient se presser dans une phrase, dans un mot, puis on doute. Ah! j'oublierai tout cela, car vous m'avez cruellement puni d'avoir voulu m'en prévaloir. Pourquoi vous ai-je dit une fois ce que j'avais souffert pour vous? Pourquoi me suis-je vanté d'un passé qui n'est plus, et auquel vous ne devez rien? Une femme aime à donner plus qu'elle ne reçoit, et ce n'est pas de son côté que doit être la reconnaissance. . Et qu'ai-je fait, mon Dieu! Un sourire, un serrement de main, une douce parole valent cent fois toutes mes peines, et vous m'avez accordé tout cela. II Vous voyez que j'ai étudié votre lettre et qu'enfin je l'ai comprise. Que je la trouve bonne et douce quand je songe à mes torts envers vous! Mais qu'elle est raisonnable, qu'elle est prudente! vous étiez bien calme en l'écrivant. Je vous en remercie toutefois, puisqu'elle me laisse encore un faible et dernier espoir! Ah! pauvre chère lettre! c'est jusqu'ici le seul trésor de mon amour: ne m'ôtez pas l'illusion qui me fait voir en elle une faveur bien grande, un gage inappréciable de votre bonté! Ah! Madame, ne craignez pas de me voir désormais. Vous le savez, je suis timide en face de vous. Votre regard est pour moi ce qu'il y a de plus doux et de plus terrible; vous avez sur moi tout pouvoir, et ma passion même n'ose en votre présence s'exprimer que faiblement. Je vous ai dit mes souffrances avec le sourire sur les lèvres, de peur de vous effrayer; je vous ai raconté avec calme des choses qui me tenaient tellement au coeur qu'il me semblait que j'en arrachais des fibres en vous parlant. Je faisais ainsi la parodie de mes propres émotions, Il me semblait qu'il était question d'un autre, et que je vous disais: Voyez ce rêveur, cet insensé, qui vous aime si follement. Ne redoutez rien de ma présence et de mes paroles, j'ai su calmer enfin des agitations, des inégalités qu'il vous a été plus facile de comprendre que d'excuser peut-être; j'ai appris à redevenir courageux et patient, je ne veux plus compromettre en quelques instants toutes les chances d'une destinée, et je me dis que, dans l'affection que je vous crie, il y a trop de passé pour qu'il n'y ait pas beaucoup d'avenir! III Il va se présenter bientôt une occasion nouvelle de vous prouver ce que je puis pour vous, que vous attachiez ou non de l'importance à mes services, croyez qu'ils vous sont acquis pour toujours, sans conditions et sans réserve. Et maintenant, si je vous fais cet aveu c'est que je m'abandonne à vous sans aucune arrière-pensée et sans calcul, c'est que dussiez- vous ne m'accorder que de l'amitié, mes services auxquels de nouvelles circonstances vont peut-être donner du prix sont à vous encore sans condition et sans réserves. Disposez-en pour vous et pour vos amis et souvenez-vous que je ne croirai jamais avoir des droits qu'à vos égards et à votre amitié, la suite sera l'oeuvre du temps je l'espère. Je ne sais, il y a quelque chose qui vous enchaîne à mon égard. Si j'avais à lutter contre d'obscurs soupirants j'espère que du moins l'occasion de mon... Pourtant c'est cette lettre qui me rend quelque confiance car elle m'a montré quelque chose de votre âme, car elle a suscité l'estime que je fais de vous... mais ceux-là je les réclame... IV Mon dieu, mon dieu que je vous remercie! Votre oeil rencontrant le mien, votre main serrant la mienne. Vous saviez bien que c'était enfin et n'est-ce pas qu'importe après cela que je n'aie pu vous dire un mot. J'y aurais peut-être perdu ce bonheur de quelques instants, cet adoucissement passager qui me donnera la force de souffrir encore. Ne fût-ce que de la pitié, soyez en bénie encore. V Me voilà encore à vous écrire, puisque je ne puis faire autre chose que de penser à vous, et de m'occuper de vous, de vous si occupée de tant d'autres, si distraite, si affairée, non pas tout à fait indifférente peut-être, j'ai lieu de le croire aujourd'hui, mais bien cruellement raisonnable, et raisonnant si bien! Oh! femme, femme! l'artiste sera toujours en vous plus forte que l'amante! Mais je vous aime aussi comme artiste; il y a dans votre talent même, une partie de la magie qui m'a charmé: marchez donc d'un pas ferme vers cette gloire que j'oublie; et s'il faut une voix pour vous crier: courage! s'il faut un bras pour vous soutenir; s'il faut un corps où votre pied s'appuie pour monter plus haut vous savez que tout mon bonheur est de vivre, et serait de mourir pour vous! Mourir! grand Dieu; pourquoi cette idée me revient-elle à tout propos, comme s'il n'y avait que ma mort qui fût l'équivalent du bonheur que vous promettez; la Mort! ce mot pourtant ne répand cependant rien de sombre dans ma pensée: elle m'apparaît, couronnée de roses pâles, comme à la fin d'un festin; j'ai rêvé quelquefois qu'elle m'attendait en souriant au chevet d'une femme adorée, non pas le soir, mais le matin, après le bonheur, après l'ivresse et qu'elle me disait: Allons, jeune homme! tu as eu ta nuit comme d'autres ont leur jour! à présent, viens dormir, viens te reposer dans mes bras; je ne suis pas belle moi, mais je suis bonne et secourable, et je ne donne pas le plaisir, mais le calme éternel! Mais où donc cette image s'est- elle déjà offerte à moi? Ah! je vous l'ai dit: c'était à Naples, il y a trois ans. J'avais fait rencontre à la Villa Reale d'une Vénitienne qui vous ressemblait; une très bonne femme, dont l'état était de faire des broderies d'or pour les ornements d'église. Le soir, nous étions allés voir Buondelmonte à San Carlo; et puis nous avions soupé très gaiement au café d'Europe; tous ces détails me reviennent, parce que tout m'a frappé beaucoup, à cause du rapport de figure qu'avait cette femme avec vous. J'eus toutes les peines du monde à la décider à me laisser l'accompagner; parce qu'elle avait un amant dans les officiers suisses du Roi. Ils sont rentrés depuis neuf heures, me disait-elle, mais demain, ils peuvent sortir de la caserne au point du jour, et le mien viendra chez moi tout à son lever assurément; il faudra donc vous éveiller bien avant le soleil, le pourrez-vous? D'abord, lui dis-je, il y a un moyen fort naturel, c'est de ne pas dormir du tout. Cette pensée la décida à me garder, mais voilà qu'à une certaine heure, nous nous endormîmes malgré nous. Vous allez croire que l'aventure se complique après cela. Pas du tout; elle est de la dernière simplicité. Les aventures sont ce qu'on les fait et celle-là m'était trop indifférente après tout pour que je cherchasse à la pousser au drame, surtout avec un suisse personnage probablement peu poétique. Avant le jour cette femme m'éveilla en sursaut au bruit des premières cloches. En un clin d'oeil, je me trouvai habillé, conduit dehors et me voilà sur le pavé de la rue de Tolède, encore assez endormi pour ne pas trop comprendre ce qui venait de m'arriver. Je pris par les petites rues derrière Chiaia et je me mis à gravir le Pausilippe au-dessus de la grotte. Arrivé tout en haut, je me promenais en regardant la mer déjà bleuâtre, la ville où l'on n'entendait encore que le bruit du matin et les deux îles d'Eschia et de Nisita où le soleil commençait à dorer le haut des villas. Je n'étais pas fatigué le moins du monde; je marchais à grands pas, je courais, je descendais les pentes, je me roulais dans l'herbe humide, mais dans mon coeur il y avait l'idée de la mort. O Dieu! je ne sais quelle profonde tristesse habitait en mon âme, mais ce n'était autre chose que la pensée cruelle que je n'étais pas aimé! J'avais vu comme le fantôme du bonheur, j'avais usé de tous les dons de Dieu, j'étais sous le plus beau ciel du monde, en présence de la nature la plus parfaite, du spectacle le plus immense qu'il soit donné aux hommes de voir, mais à cinq lieues de la seule femme qui existât pour moi et qui ignorait alors jusqu'à mon existence. N'être pas aimé et n'avoir pas l'espoir de l'être jamais. Cette femme étrangère qui m'avait présenté votre vaine image et qui servait pour moi au caprice d'un soir, mais qui avait ses amours à elle, ses intérêts, ses habitudes, cette femme m'avait offert tout le plaisir qui peut exister en dehors des émotions de l'amour. Mais l'amour manquant tout cela n'était rien. C'est alors que je fus tenté d'aller demander compte à Dieu de mon incomplète existence. Il n'y avait qu'un pas à faire: à l'endroit où j'étais, la montagne était coupée comme une falaise, la mer grondait en bas, bleue et pure; ce n'était plus qu'un moment à souffrir. Oh! l'étourdissement de cette pensée fut terrible. Deux fois je me suis élancé et je ne sais quel pouvoir me rejeta vivant sur la terre que j'embrassai. Non, mon Dieu! vous ne m'avez pas créé pour mon éternelle souffrance. Je ne veux pas vous outrager par ma mort, mais donnez-moi la force, donnez-moi le pouvoir, donnez-moi surtout la résolution qui fait que les uns arrivent au trône, les autres à la gloire, les autres à l'amour! VI J'ai lu votre lettre, cruelle que vous êtes! Elle est si douce et si indulgente que je ne puis que plaindre mon sort; mais si je vous croyais comme autrefois coquette et perfide, je vous dirais comme Figaro, Madame: "Votre esprit se rit du mien! " Cette pensée que l'on peut trouver un ridicule dans les sentiments les plus nobles, dans les émotions les plus sincères, me glace le sang et me rend injuste malgré moi. Oh non! vous n'êtes pas comme tant d'autres femmes! Vous avez du coeur et vous savez bien qu'il ne faut pas se jouer d'une véritable passion! Vous croyez en Dieu, n'est-ce pas? et vous devez songer, à de certaines heures, qu'il y a sur la terre une âme qui aurait droit, un jour, de vous accuser devant lui. Ah! méfiez-vous! non pas de votre coeur, qui est bon, mais de votre humeur, qui est légère et changeuse! Songez que vous m'avez mis dans une position telle, vis-à-vis de vous, que l'abandon me serait beaucoup plus affreux que ne le serait une infidélité quand je vous aurais obtenue. En effet, dans ce dernier cas, qu'aurais- je à dire? le ressentiment serait ridicule à mes propres yeux; j'aurais cessé de plaire, voilà tout, et ce serait à moi de chercher des moyens de rentrer dans vos bonnes grâces. Je vous devrais toujours de la reconnaissance et je ne pourrais, dans tous les cas, douter de votre loyauté. Mais songez au désespoir où me livrerait votre changement dans nos relations actuelles! Oh! mon Dieu! vous vous créez des craintes là où elles ne peuvent exister! Pour ce qui est de la jalousie, c'est un côté bien mort chez moi... Quand j'ai pris une résolution, elle est ferme; quand je me suis résigné, c'est pour tout de bon: je pense à autre chose et j'arrange mes idées d'après les circonstances. Mon esprit sait toujours plier devant les faits irrévocables. Ainsi, ma belle amie, vous me connaissez bien, maintenant; je livre tout ceci à vos réflexions; je ne veux rien tenir que de leur effet. Ne craignez donc pas de me voir; votre présence me calme, me fait du bien, votre entretien m'est nécessaire et m'empêche de me livrer au désespoir qui me tuerait! VII Vous vous trompez, Madame, si vous pensez que je vous oublie ou que je me résigne à être oublié de vous. Je le voudrais, et ce serait un bonheur pour vous et pour moi sans doute; mais ma volonté n'y peut rien. La mort d'un parent, des intérêts de famille ont exigé mon temps et mes soins, et j'ai essayé de me livrer à cette diversion inattendue, espérant retrouver quelque calme et pouvoir juger enfin plus froidement ma position à votre égard. Elle est inexplicable; elle est triste et fatale de tout point; elle est ridicule peut-être; mais je me rassure en pensant que vous êtes la seule personne au monde qui n'ayez pas le droit de la trouver telle. Vous auriez bien peu d'orgueil, si vous vous étonniez d'être aimée à ce point et si follement. Madame, je vous avais obéi; j'avais attendu pour vous voir le jour où tout le monde en a le droit. J'ai changé d'idée. Oh! si j'ai réussi à mêler quelque chose de mon existence dans la vôtre; si toute une année je me suis occupé de vous préparer un triomphe; s'il y a à moi, toutes à moi, quelques journées de votre vie, et, malgré vous, quelques-unes de vos pensées, n'était-ce pas une peine qui portait sa récompense avec elle? Dans cette soirée où je compris toutes les chances de vous plaire et de vous obtenir, où ma seule fantaisie avait mis en jeu votre valeur et la livrait à des hasards, je tremblais plus que vous-même. Eh bien, alors même, tout le prix de mes efforts était dans votre sourire. Vos craintes m'arrachaient le coeur. Mais avec quel transport j'ai baisé vos mains glorieuses! Ah! ce n'était pas alors la femme, c'était l'artiste à qui je rendais hommage. Peut-être aurais-je dû toujours me contenter de ce rôle et ne pas chercher à faire descendre de son piédestal cette belle idole que jusque-là j'avais adorée de si loin. Vous dirai-je pourtant que j'ai perdu quelque illusion en vous voyant de plus près? Non! ... mais, en se prenant à la réalité, mon amour a changé de caractère. Ma volonté, jusque-là si nette et si précise, a éprouvé un moment de vertige. Je ne sentais pas tout mon bonheur d'être ainsi près de vous, ni tout le danger que je courais à risquer de ne pas vous plaire. Mes projets se sont contrariés. J'ai voulu me montrer à la fois un homme sérieux et timide, un homme utile et exigeant, et je n'ai pas compris que les deux sentiments que je voulais exciter ensemble se froisseraient dans votre coeur. Plus jeune, je vous eusse touchée par une passion plus naïve et plus chaleureuse; plus vieux, j'aurais su mieux calculer ma marche, étudier votre caractère et trouver à la longue les secrets que vous me cachez. Si je vous fais un aveu si complet, c'est que je vous sais digne de comprendre un esprit trop singulier pour être saisi tout d'abord, trop fier pour se livrer lui-même, sans garantie et sans espoir... VIII Permettez-moi de me rapprocher de vous, après vous avoir donné le temps d'oublier mes folies. J'ai respecté vos ordres; j'ai évité le danger de vous écrire; j'ai mis à me calmer toutes les forces de mon âme; je n'espère, je n'attends de vous pour ce soir qu'un signe de pardon, un mot de bonté. Hé bien, Madame, j'ai respecté vos ordres, j'ai attendu, pour vous voir, le jour où tout le monde en a le droit, pour vous parler, le jour où beaucoup d'autres en ont le privilège... Ne redoutez rien de ma présence et de mes paroles, j'ai su calmer enfin des agitations, des inégalités, qu'il vous a été plus facile de comprendre que d'excuser, peut- être; j'ai appris à redevenir courageux et patient. Je ne veux plus compromettre en quelques heures, toutes les chances d'une destinée à laquelle vous avez paru prendre quelque intérêt et je me dis surtout que, dans l'affection que je vous porte, il y a trop de passé pour qu'il n'y ait pas beaucoup d'avenir. Je voulais même ne pas vous écrire: en manquant à cette résolution, je m'expose encore à un danger dont votre bonté peut me sauver ici. IX Ah! Ma pauvre amie, je ne sais quels rêves vous avez faits; mais moi, je sors d'une nuit terrible. Je suis malheureux par ma faute, peut-être, et non par la vôtre; mais je le suis. Oh! peut-être vous avez eu déjà quelques bonnes intentions pour moi; mais je les ai laissé perdre et je me suis exposé à votre colère un jour. Grand Dieu! Excusez mon désordre, pardonnez-moi les combats de mon âme. Oui, c'est vrai, j'ai voulu vous le cacher en vain, je vous désire autant que je vous aime; mais je mourrais plutôt que d'exciter encore une fois votre mécontentement. Oh! Pardonnez! je ne suis pas un goujat,(???) moi; depuis trois mois, je vous suis fidèle, je le jure devant Dieu! Si vous tenez un peu à moi, voulez-vous m'abandonner encore à ces vaines ardeurs qui me tuent? Puisque je vous avoue tout cela pour que vous songiez plus tard, car je vous l'ai dit, quelque espoir que vous ayez bien voulu me donner, ce n'est pas à un jour fixé que je voudrais vous obtenir; mais arrangez les choses pour le mieux. Ah! je le sais, les femmes aiment qu'on les force un peu; elles ne veulent point paraître céder sans contrainte. Mais songez-y, vous n'êtes pas pour moi ce que sont les autres femmes; je suis plus peut-être pour vous que les autres hommes; sortons donc des usages de la galanterie ordinaire. Que m'importe que vous ayez été à d'autres, que vous soyez à d'autres peut être! Vous êtes la première femme que j'aime et je suis peut-être le premier homme qui vous aime à ce point. Si ce n'est pas là une sorte d'hymen que le ciel bénisse, le mot amour n'est qu'un vain mot! Que ce soit donc un hymen véritable où l'épouse s'abandonne en disant: C'est l'heure! ... Il y a de certaines façons de forcer une femme qui me répugnent. Vous le savez, mes idées sont singulières; ma passion s'entoure de beaucoup de poésie et d'originalité; j'arrange volontiers ma vie comme un roman, les moindres désaccords me choquent et les mauvaises manières que prennent les hommes avec les femmes qu'ils ont possédées ne seront jamais les miennes. Laissez-vous aimer ainsi; cela aura peut-être quelques douceurs charmantes que vous ignorez. Ah! ne redoutez rien, d'ailleurs, de la vivacité de mes transports! Vos craintes seront toujours les miennes et de même que je sacrifierais toute ma jeunesse et ma force au bonheur de vous posséder, de même aussi mon désir s'arrêterait devant votre réserve, comme il s'est arrêté si longtemps devant votre rigueur. Ah! ma chère et véritable amie, j'ai peut-être tort de vous écrire ces choses, qui ne peuvent se dire d'ordinaire qu'aux heures d'enivrement. Mais je vous sais si bonne et si sensible que vous ne vous offenseriez pas de paroles qui ne tendent qu'à vous faire lire encore plus complètement dans mon coeur. Je vous ai fait bien des concessions; faites-m'en quelques-unes aussi. La seule chose qui m'effraie serait de n'obtenir de vous qu'une complaisance froide, qui ne partirait pas de l'attachement, mais peut-être de la pitié. Vous avez reproché à mon amour d'être matériel; il ne l'est pas, du moins dans ce sens! Que je ne vous possède jamais si je ne dois avoir dans les bras qu'une femme résignée plutôt que vaincue. Je renonce à la jalousie; je sacrifie mon amour-propre; mais je ne puis faire abstraction des droits secrets de mon cur sur un autre. Vous m'aimez, oui, moins que je ne vous aime sans doute; mais vous m'aimez, et, sans cela, je n'aurais pas pénétré avant dans votre intimité. Eh bien! vous comprendrez tout ce que je cherche à vous exprimer ici: autant cela serait choquant pour une tête froide, autant cela doit toucher un coeur indulgent et tendre. Un mouvement de vous m'a fait plaisir, c'est que vous avez paru craindre un instant, depuis quelques jours, que ma constance ne se fût démentie. Ah! rassurez-vous! J'ai peu de mérite à la conserver: il n'existe pour moi qu'une seule femme au monde! X Souvenez-vous, oublieuse personne, que vous m'avez accordé la permission de vous voir une heure aujourd'hui. Je vous envoie mon médaillon en bronze pour fixer encore mieux votre souvenir! Il date déjà, comme vous pouvez voir, de l'an 1831, où il eut les honneurs du musée. Ah! j'ai été l'une de nos célébrités parisiennes et je remonterais encore aujourd'hui à cette place que j'ai négligée pour vous, si vous me donniez lieu de chercher à vous rendre fière de moi. Vous vous plaignez de quelques heures que je vous ai fait perdre, mais mon amour m'a fait perdre des années, et pourtant je les rattraperais bien vite si vous vouliez. Mais que m'importe la gloire tant qu'elle ne prendra pas vos traits pour me couronner. Jusque-là, il y en aura une toujours dans laquelle s'absorberont tous mes efforts: c'est la vôtre; et jamais mes assiduités les plus grandes ne tendraient à vous la faire oublier. Etudiez donc fortement, mais accordez-moi quelques-uns de vos instants de repos et surtout tranquillisez- vous sur mes intentions. Je suis aujourd'hui d'une humeur fort peu tragique, et je me suis adouci comme la température; puissiez-vous avoir fait de même, je le désire sans l'espérer. G. de N. XI Je vous réponds bien vite pour que vous ne me croyiez pas mécontent ou découragé. Oh! comme vous connaissez bien votre pouvoir sur moi! Comme vous en usez et abusez sans pitié! Moi, je ris à travers mes larmes, je ris par un suprême effort de courage, comme l'Indien qu'on brûle, comme le martyr qu'on tenaille; je suis content de moi, je me trouve sublime et j'excite ma propre admiration. Jamais je n'ai été si convaincu de cette vérité, que mon amour pour vous est ma religion. Les solitaires de la Thébaïde avaient comme moi des nuits affreuses; ils se tordaient comme moi sous des désirs impitoyables et ils offraient leurs souffrances en holocaustes à l'Eternel; mais c'étaient des gens qui vivaient d'eau et de racines; c'étaient peut-être aussi des tempéraments paisibles et non de ces natures nerveuses, où la passion n'a pas moins de prise que la douleur. Oh! vous êtes bien calme et bien tranquille, vous! Vous me parlez de fidélité sans récompense comme à un chevalier du moyen âge, chevauchant à quelque entreprise dans sa froide minute de fer. J'ai bien un peu de ce sang-là dans les veines, moi, pauvre et obscur descendant d'un châtelain du Périgord; mais les temps sont bien changés et les femmes aussi! Gardez-nous la fidélité des anciens temps et nous nous résignerons peut-être à faire de même. Mais, en vérité, ce serait là bien du temps et du bonheur perdus! Voyez-vous, je vous parle en riant; mais je tremble que votre lettre ne soit pas tout à fait sérieuse. Il y a toujours quelque niaiserie à trop respecter les femmes et elles prennent souvent avantage d'une trop grande délicatesse pour exiger des sacrifices dont elles se raillent en secret. Oh! je suis bien loin de vous croire coquette ou perfide! mais cette pensée... sacrifié! ... XII Pauvre amie, je vous ai encore bien tourmentée et bien inquiétée! Mais c'est la dernière fois. Quand je vous verrai ainsi, froide et contrainte, je comprendrai bien qu'il existe une de ces raisons dont nous avons parlé à voix basse et que votre coeur se resserre à l'approche du mien, comme une fleur craintive. Mon Dieu! ne craignez rien; je me fais à cette idée, si pénible qu'elle puisse être. Que vous m'aimez plus qu'un autre, je ne puis en vouloir plus. Oh! nous sommes fiancés dans la vie et dans la mort! Qu'importent les hommes et les indignes obligations de l'existence? Une heure de liberté entre nous, de baisers doux et brûlants, d'effusions célestes, et tout le reste est oublié! Dans les concessions où votre amour m'entraîne, j'abdique volontiers ma fierté d'homme et mes prétentions d'amant, mais de votre côté prenez un peu pitié de mes peines mortelles et de cette terrible exaltation, dont je ne puis répondre toujours! Songez qu'elle vient moins de la jalousie que de la crainte d'être abusé... Aujourd'hui, cette crainte est moins forte: je crois en vos paroles. La permission que vous m'avez donnée de me regarder du moins comme ayant tout obtenu de vous, en attendant l'instant de votre bon vouloir, tout cela me rassure: car vous ne pouvez plus revenir là-dessus; car vous savez bien qu'il y a votre parole dans un des plateaux de la balance, et dans l'autre toute ma vie, tout l'effort d'une âme énergique qui, du point où vous lui avez permis d'atteindre, ne peut tomber qu'en se brisant en entraînant peut- être quelque destinée avec la sienne. Eh bien! maintenant, rassurez-vous donc! Je vous ai demandé une heure aujourd'hui, vous me l'auriez peut-être... XIII Je ne puis me remettre encore de l'étrange soirée que nous avons passée hier: que de bonheur et d'amertume ensemble dans ce souvenir! Je voudrais pouvoir m'écrier comme Saint-Preux: "Mon Dieu! vous m'avez donné une âme pour la souffrance; donnez-m'en une pour la joie! " Mais je suis aussi mécontent de moi-même que reconnaissant envers vous. Mon âme est bouleversée.. Il y a comme un cercle de fer autour de mon front; je vous demande un jour pour me reconnaître; car il me faut un jour, au moins, pour me reposer de ma nuit et que vous écrirai-je d'ailleurs? J'ai marché longtemps. Faut-il vous affliger encore de mon tourment ou vous effrayer de mes agitations? Non! j'ai tant de choses à vous dire encore, que je ne veux pas les perdre dans une froide lettre... Quoi de plus triste qu'une lettre? quoi de plus facile pour une pensée indifférente et de plus malaisé pour un coeur bien épris? La pensée se glace en se traduisant en phrases, et les plus douces émotions de l'amour ressemblent alors à ces plantes desséchées, que l'on presse entre des feuillets, afin de les conserver mieux. - Songer! que tout cela peut être lu dans un instant de contrariété, d'ennui, d'humeur légère! ou songer que ce peut être par là qu'on vous juge et que l'on peut jouer sur un morceau de papier son avenir et son bonheur, sa vie et sa mort! Non! non! Je ne vous écris pas sérieusement aujourd'hui, et garde les belles fleurs de mon amour, (qui) ne veulent plus s'épanouir que près de vous et sous vos yeux! XIV Mon Dieu! mon Dieu! je suis allé vous voir un instant. Quoi! vous n'êtes donc pas si irritée que je le croyais! quoi! vous avez encore un sourire pour ma personne, un doux rayon de soleil pour moi et j'emporte ce soir cette faveur de vous de peur d'être détrompé par un mot, insensé que je suis toujours, moi qui me croyais déjà plus sage. Un regard m'abat, un souffle me relève de l'humiliation où j'étais tombé et je ne me sens fort que loin de vos yeux! Oui, j'ai mérité d'être humilié par vous! oui, je dois payer encore de beaucoup de souffrances l'instant d'orgueil auquel j'ai cédé! Ah! c'était une risible ambition que celle-là! Me croire quelque chose près d'une femme de votre talent et de votre beauté! prétendre gouverner je ne sais quelle puissance dans le monde et vous parler comme un roi couronné dans votre succès (?) au nom de cette misérable autorité! Eussiez-vous réduit trop bas l'insignifiance de la proposition d'un protecteur, j'accepte vos dédains pour ma justice. Ne craignez rien, j'attends, ne craignez rien. XV Deux jours sans vous, sans te voir, cruelle! Oh! si tu m'aimes, nous sommes encore bien malheureux. Toi, tes leçons, ton théâtre, tes occupations; moi, mes journaux, mes théâtres, et une foule encore de tracas et d'ennuis. Hier, je ne sais à quoi j'ai passé ma journée. je suis allé et venu. J'ai vu une foule de figures devant lesquelles il fallait... J'ai voulu rendre compte du Camp de la Mort. Ma tête était près de toi et comme tout le monde en disait du mal, je n'ai pas osé le juger si mal sans l'avoir vu. Ce n'est pas la faute de ce pauvre jeune homme si je suis amoureux et si je n'ai pas vu sa première représentation. Je suis allé voir la pièce. Je l'aurai peut-être jugée avec plus d'indulgence ainsi et je viens de dire pourquoi. Il ne faut pas rire de cela, ou rire de cet Adolphe Dumas qui est l'auteur de cette pièce. XVI Vous êtes bien la plus étrange personne du monde et je serais indigne de vous admirer si je me lassais de vos inégalités et de vos caprices. Oui, je vous aime ainsi, bien plus, je vous admire et je serais fâché que vous fussiez autrement. A un amour tel que le mien il fallait une lutte pénible et compliquée; à cette passion infatigable il fallait une résistance inouïe; à ces ruses, à ces travaux, à cette sourde et constante activité, qui ne néglige aucun moyen, qui ne repousse aucune concession, ardente comme une passion espagnole, souple comme un lien italien, il fallait toutes les ressources, toutes les finesses de la femme, tout ce qu'une tête intelligente peut rassembler de forces contre un coeur bien résolu. Il fallait tout cela, sans doute, et je vous aurais peu estimée d'avoir cru la résistance plus facile et l'épreuve moins dangereuse... Toutefois, ne craignez rien: je suis encore mal remis du coup qui m'a frappé et il me faut du temps pour me reconnaître. XVII Je suis plus calme aujourd'hui qu'hier; je me réveille plein d'espoir et de courage. Mon Dieu! la mauvaise saison pour aimer, que l'hiver! On ne devrait aimer qu'au printemps, comme les petits oiseaux. Moi, qui voudrais pouvoir jeter sous vos pieds un manteau de verdure et de fleurs, moi qui voudrais rêver avec vous sous les ombrages parfumés, au bruit des eaux murmurantes, je viens à vous par un temps de brume et de gelée et mon beau drame, si chaleureux et si bien.... n'a point de décoction! Madame, si vous ne m'aimez pas un peu, je suis perdu. Si vous n'avez pas un peu de bonté, ma conduite est absurde et la votre est cruelle. Je crains bien des choses encore. J'ai peur que mon abnégation ne vous semble de la faiblesse, j'ai peur que vous ne vous lassiez d'un amour trop entier, trop ardu, pour savoir revêtir les formes variées de la simple galanterie. La conjugaison éternelle du verbe aimer ne convient peut-être qu'aux âmes tout à fait naïves. Mais je vous ai dit combien je suis jeune encore d'émotions et 'il m'a semblé qu'il y avait dans votre coeur une fraîcheur de sentiments qui n'avait peut-être été jamais comprise et ce qui est... Mais j'y songe: je suis sûr que vous allez beaucoup rire de ma lettre et de mes terreurs et que nous en rirons ensemble ce soir. Si elle devait vous déplaire, songez à notre traité. J'ai votre parole, que vous deviez tenir, pourvu que je vous écrive une lettre un peu longue; prenez celle-ci pour un rêve. Ecoutez! je ne demande qu'à vous voir un instant. XVIII Vous, Je me réveille en sautant et en poussant des cris de joie! Mon amie, le bonheur est une chose noble et sérieuse, et il n'y a de gaieté folle que pour les plaisirs de l'enfant. J'ai la joie du ciel dans le coeur; vos bontés me ravissent, et c'est de l'enthousiasme aujourd'hui que j'éprouve pour vous. Que vous soyez aussi bonne que belle, aussi sensible que charmante, ah! voilà ce que je n'avais jamais osé espérer, voilà ce qui m'aurait donné cent fois plus de force encore; mais j'ai manqué de confiance en vous et en moi-même et j'en ai été puni par de bien longues douleurs. Maintenant, que viens-je vous offrir? Mon âme abattue, endolorie, qui peut à peine comprendre que ses mauvais jours sont passés et qui se remet encore de temps à autre à s'attrister par habitude. Oh! les transports de la jeunesse, les éclairs des yeux qui se rencontrent, l'imagination qui déborde en de ravissantes extases, voilà ce que je perds de jour en jour! Serez-vous assez récompensée de vous sacrifier par l'ivresse d'un pauvre coeur, où le bonheur revêtira peut-être des apparences moins séduisantes que le désir de la... Oh! tout cela me reviendra-t-il comme au temps où mon amour, inconnu de vous, était pur et céleste? ... Nous avons maintenant à nous garder d'une chose; c'est de cet abattement qui succède à toute tension violente, à tout effort surhumain; pour qui n'a qu'un désir modéré, la réussite est une suprême joie qui fait éclater toutes les facultés humaines. C'est un point lumineux dans l'existence qui ne tarde pas à pâlir et à s'éteindre... Mais pour des coeurs plus profondément épris, l'excès d'émotion mêle pour un instant tous les ressorts de la vie; le trouble est grand, la confusion est profonde et la tête se courbe en frémissant, comme sous le souffle de Dieu. Hélas! que sommes-nous, pauvres créatures, et comment répondre dignement à la puissance de passion que le ciel a mise en nous! Je ne suis qu'un homme et vous une femme, et l'amour qui est entre nous pour... Ne dérangez personne de chez vous par le temps qu'il fait... XIX Madame, puisque le malheur veut qu'une circonstance insignifiante vienne tout à coup m'arracher à ce peu de calme que j'avais retrouvé enfin et qui me servait à préparer l'avenir, puisque tout un passé qu'il fallait oublier revient gronder à mes oreilles et me rapporter à la fois ses émotions et son vertige, écoutez donc quelques mots encore et vous y gagnerez peut-être des mois de résignation et de silence de ma part. Que vous ayez, en un seul jour, oublié tant de dévouement, dont vous aviez des preuves, tant de loyauté et de bonne foi qui se trahissaient dans mes moindres rapports, que vous ayez même flétri d'un doute une proposition qui honorait mon coeur, même en admettant que mon amour-propre en eût mis trop haut l'importance, - je ne vous en veux pas, j'accepte cette punition cruelle d'une imprudence probable dont j'ai peine à me rendre compte même aujourd'hui... Mais je ne vois dans tout cela rien d'irréparable. Je ne suis coupable d'aucun de ces crimes qu'une femme ne peut pardonner et, vous l'avouerai-je, l'excès même de votre ressentiment m'a découragé moins que n'eût fait le dédain d'une âme indifférente. J'aurais perdu tout espoir si vous m'eussiez quitté par ennui, par fatigue, ou par la diversion d'un autre attachement; mais rien de tout cela! Mon amour a été tranché dans le vif; il y a une blessure et non une plaie. Je ne puis me rappeler ce jour fatal sans penser à la veille, si belle et si enivrante qu'il eût fallu mourir après. Mon Dieu! notre pauvre lune de miel n'a guère eu qu'un premier quartier... et vous me connaissez si peu encore, que vous ne m'avez ni bien compris jusqu'ici, ni bien jugé. Vos injustices en seraient une preuve déjà. Oh! daignez interroger votre coeur et vous vous direz qu'il y a malgré tout quelque chose qui bat encore pour moi, que tous ces hommes qui vous ont entourée depuis quelque temps sont plus riches et plus beaux, mais n'ont pas cette âme, cet esprit même que vous aviez su distinguer, qu'ils sont frivoles surtout et aussi incapables d'aimer que de sentir en eux l'ambition des grandes choses. Ah! l'amour et l'art nous réuniront malgré tout! Vous sentirez que toutes ces relations brillantes laissent un côté vide dans le coeur, que c'est beaucoup d'avoir rencontré un ami fidèle, soumis, dont l'affection se conserve pure, à travers toutes sortes d'amertumes. Pourquoi vous risqueriez-vous à choisir quelque autre que moi? Je sais vos habitudes; vous pouvez me rendre prudent par beaucoup de confiance. Quel intérêt aurais-je à vous compromettre aujourd'hui? Je sais maintenant de quoi il faudra se garder et je tiens, d'ailleurs, à m'isoler de plus en plus, à vivre tout à fait pour vous. Ce n'est pas difficile pour qui ne pense qu'à vous seule... Eh bien! vous me verriez aussi rarement qu'il vous plairait. Nous trouverions les précautions les plus sûres. Puisque vous avez tant à craindre, votre secret sera sous la garde de mon honneur. Mais j'ai besoin de vous voir un peu de temps en temps, de vous voir à tout prix; je vous ai aperçue hier et vous étiez si belle, vous aviez l'air si doux! ... J'ai retrouvé dans vos traits quelque chose de cette expression de bonté qui me charmait tant, quand vous m'étiez favorable. Ah! cruelle femme, ne dites pas que vous ne m'avez pas aimé! autrement, vous auriez été bien trompeuse! Si vous m'aimiez, vous m'aimez toujours. Vous êtes touchée de cette passion qui survit à tout, qui garde pour elle toute l'humiliation et tout le malheur et qui vous laisse à vous toute liberté, toute fantaisie, qui ne se plaint pas même de votre inconstance, mais seulement de votre injustice... Vous serez bien avancée quand vous m'aurez fait mourir! Que diriez-vous, si j'allais me tuer, comme D...! XX Pendant qu'on chante cette mauvaise musique je veux vous écrire. Tout à l'heure, en sortant je tâcherai de vous remettre... Que je vous aime! mais vous le savez bien. Serez-vous demain au concert populaire? Avez-vous lu les lettres d'amour dans le journal l'Art? Tenez, si je pouvais vous écrire seulement. S'il y avait un moyen, je vous dirais bien des choses qu'il serait nécessaire que vous connaissiez. De grâce, pas un mot, pas un geste, dites-moi quand, comment, où je pourrais vous écrire. Vraiment, il le faut et sérieusement, pourquoi ne répondriez-vous pas au journal? Sous le nom d'Olivier? Si vous m'aimez encore tout n'est pas encore perdu. Moi, je vous aime tant, oui tant. Comme c'est bon et horrible de vous voir. A demain, n'est-ce pas? à demain. J'aimerais bien que vous eussiez demain un tout petit bouquet de violettes à la main. Mais enfin, pourquoi ne jetteriez-vous pas un mot à la poste? Je loge 16, rue de Douai. Autrefois vous sembliez m'aimer. Vous le disiez, tu le disais, - méchante, je t'aime toujours. A demain, oui, mais après, quand? Ayez donc une fois un peu de bon courage! Mais, toujours à vous à jamais. G. N. Source: http://www.poesies.net