Poésies Et Chansons, Oeuvre Complète. Par Gaston Couté. (1880-1911) TOME IV TABLE DES MATIERES Introduction. Avertissement. CHANSONS DU LIBERTAIRE. L'Amour Anarchiste. Les Taureaux. Chanson De Moisson. LA SEMAINE RIMEE. Loupillon. Stances A Lepine. Le Dindon De La Farce. Le Pain Cher. Delicatesses D'Eléphants. CHANSONS DE LA SEMAINE. Pour Faire Plaisir Au «Colon.» L'Affaire Chevaux-Jacquelin. La Chanson Des Silos. Que Le Sang Retombe Sur Vous. Chant De Revolte De Ce 14 Juillet. Nos Q. M. En Vacances. Le Dossier De Damoclès. La Complainte De Graby. Les Soldats Ont La Jaunisse. L'Oiseau Qui Vient De France. La Suppression Des Demi-Portions. Vache-Qui-Vole. La Plaisante Première Communion. Ubu President. Liabeuf. La Mort De Madame Liabeuf. Dulery. A La FAçon De Barbarie. La Grève Des Charcutiers. Chanson Pour La Classe. La Carmagnole Des Cheminots. Cheminots, Quel Joli Sabotage! Ça Va, Ça Va, La Grève Marche. Vive La Liberté! Nid De Conspirateurs! Brave Chaussette A Clous. Le Sauveur. Ce Policier-Là. Il Avait Un Tire-Bouchon! L'Honnête Homme. Discours D'Aristide. Les Loups. Au Lieu D'Un Pauv' Petit Pompon. Les Joyeusetés De La Grève Perlée. Noël. Gloire A Rousset. La Chanson Des Fils. Pitou Lit La Guerre Sociale. L'Election Du President De La Chambre. Le Beau Geste Du Sous-Préfet. Cantique A L'Usage Des Vignerons Champenois. AU 22ème. Berceuse Du «Dormant.» Mouchards Amateurs. Adieux A Aristide. Complainte Des Terr' Neuvas. Les Pieces Sociales De M. Paul Bourget. On Les Emm...! Serenade A M. Vautour. Ces Choses-La. Nouveau Credo Du Paysan. Complainte De L'Estropie. Premier Mai. Helas! Quelle Douleur. Ça Sent La Rousse. La Marseillaise Des Requins. Sa Dernière. Le Clairon. Ah! Ah! Moi J'm'Emm... Mouchards! La Petite Fleur Bleue. ALMANACH DE LA GUERRE SOCIALE 1910-1911. Revision. Printemps. Eté. Automne. Hiver. Allumettes De Contrebande. Après La Lettre. L'Autre Faiseur De Miracles. La Chanson Du Laboureur. La Debaucheuse. Le Facheux Madrigal. Les Faucheux De Coulmiers. Les Foins. Le Joli Bouquet. Mes Agneaux. Mon Cochon De Blair. Noël De La Pauvre Femme. La Paix. Soutane. Le Temps D'Amour. Le Testament D'Un Sale Pierrot. Le Triste Individu! Le Vin De Nos Vignes Et De Notre Amour. Les Violettes. La Chanson Des Fusils. Redemption. Notes. Introduction. En juin 1910, le journal antimilitariste La Guerre Sociale annonçait que Gaston COUTE allait publier chaque semaine, dans ses colonnes, une chanson d'actualité. Singulière alliance, à première vue, que celle du poète beauceron et de la virulente feuille hervéiste; alliance qui se prolongera jusqu'au bout puisque c'est à La Guerre Sociale que revint le triste privilège d'annoncer la nouvelle de l'hospitalisation puis du décès de Couté. En 1910, au moment où Couté rejoignait ses rangs, La Guerre Sociale avait quatre ans. Elle était née à Clairvaux, ancienne abbaye cistercienne reconvertie en maison d'arrêt, de la rencontre d'un certain nombre de détenus, cosignataires d'une affiche antimilitariste dite «affiche rouge», tant pour sa couleur que pour les opinions qu'elle contenait. Malgré une certaine disparité idéologique, ces détenus décidèrent de continuer à s'exprimer dans un journal. Le 14 juillet 1906 avec la traditionnelle amnistie, fit le reste et, le 19 décembre 1906, sortait le premier numéro de La Guerre Sociale. Gustave Hervé, principal animateur de l'hebdomadaire, était né en 1871. Professeur d'histoire, il vint au journalisme politique avec l'affaire Dreyfus. Ses articles antimilitaristes du Travailleur Socialiste de l'Yonne le firent révoquer. D'autres articles plus virulents encore, parus dans Le Pioupiou de l'Yonne le conduisirent plusieurs fois au tribunal et en prison. Hervé bénéficiait alors dans les milieux révolutionnaires d'un grand prestige consécutif à un article antimilitariste intitulé «Le drapeau de Wagram» et connu sous le nom de «Le drapeau dans le fumier» à cause de sa conclusion non ambiguë: «Je voudrais qu'on rassemblât dans la cour principale du quartier, toutes les ordures et tout le fumier de la caserne et que, solennellement, le colonel, en grand plumet, vînt y planter le drapeau du régiment». Une telle violence annonçait le ton de La Guerre Sociale qui fut d'abord antimilitariste. L'hebdomadaire tira jusqu'à 60.000 exemplaires en 1910, arrivant ainsi au deuxième rang des périodiques politiques derrière Les Annales Politiques et Littéraires (170.000 exemplaires) et devant, dans l'ordre: L'Eveil Démocratique (28.000), Les Temps Nouveaux (8.500), La Voix du Peuple (8.500), Le Libertaire (8.000), L'Anarchie (6.500), L'Action Française (4.000), Le Socialiste (3.000), etc. (1). Gustave Hervé allait «virer» avec la déclaration de guerre. La crosse en l'air devint la fleur au fusil, et le 1" janvier 1916 La Guerre Sociale devint La Victoire, outrageusement nationaliste. Parmi les principaux collaborateurs de La Guerre Sociale, en 1910, il faut citer Victor Méric, Eugène Merlot (Merle pour les journaux), les dessinateurs Grandjouan et A. Delannoy, Miguel Almereyda. Ce dernier, pour répondre à la police lors des manifestations, avait organisé une «Jeune Garde» chargée de résister aux assauts des «Cosaques». Les cinéphiles resteront reconnaissants à Almereyda d'avoir engendré celui qui deviendra Jean Vigo. C'était donc un journal très actif et réputé dans les milieux révolutionnaires que rejoignit Couté: l'hervéisme, en marge de la S. F. I. 0., eut une audience de courte durée, mais profonde. C'est Fernand Després qui fut chargé de solliciter la collaboration de COUTE au journal. Couté était en effet l'un des rares poètes capable d'écrire des chansons politiques dans le ton des articles et dessins de La Guerre Sociale. La chanson politique d'actualité avait à l'époque une très grande importance dans la mesure où elle popularisait de manière directe et accessible les opinions d'un journal. On a trop tendance à juger ces chansons d'actualité en les opposant aux productions antérieures de Couté. Il ne faut pas perdre de vue que ces chansons étaient non seulement lues, mais aussi apprises et chantées, à l'atelier comme dans la rue; s'il existe une incontestable différence de forme entre ces chansons et les autres poèmes de Couté, n'oublions pas que le fond reste le même, empruntant à la même thématique et que l'engagement du poète ne fait que se prolonger tout en s'actualisant. Ces chansons constituent, comme l'a écrit Henry Poulaille, des «chansons de combat», s'insérant dans une époque qui n'est pas toujours «belle», une époque de conflits sociaux, de grèves et de répression. Ce combat, Couté l'a mené durant plus d'un an, sans rien perdre de sa verve ni de ses indignations. Faut-il voir en lui un naïf Don Quichotte manipulé par l'équipe de La Guerre Sociale et qui condamne son destin de poète au profit de chansonnettes mal fagotées et maladroites, ou simplement un homme engagé dans son temps, plus à l'aise au sein du mouvement ouvrier que dans les cabarets bien parisiens qui, déjà, manifestent quelques velléités de verser dans l'alimentaire et le nationalisme? Couté a dépassé sa condition de «chansonnier engagé» pour devenir un chansonnier militant. Il importe peu de s'interroger sur la valeur littéraire de ses chansons; il semble plus pertinent de constater qu'il y a eu chez lui une fidélité à soi-même et une logique indéniable dans la démarche. Le gros, le possédant, le député, le soldat, qui existaient dans l'oeuvre de Couté prennent corps et nom en fonction de l'actualité. Il est intéressant finalement qu'existent les «Stances à Lépine» au même titre que «Môssieu Imbu». Ne renions pas ces «chansons de la semaine», pas plus que celles parues dans Le Libertaire ou La Barricade. Indépendamment de leur valeur spécifique (qui est loin d'avoir la nullité qu'on a parfois pu leur accorder), elles témoignent à leur manière en faveur du combat que Couté a mené toute sa vie, combat bien différent de celui du «révolutionnaire cocardier» Montéhus qui mourut, lui, d'une légion d'honneur en plein coeur. Qu'importe, pour l'oeuvre de Couté, que Gustave Hervé devînt ardent belliciste en 1914; ce dont on peut témoigner, au vu de son oeuvre et de sa vie, c'est que Couté aurait quitté Hervé dès que celui-ci se serait montré par trop patriotard et revanchard. Il n'aurait pas «pataugé dans la bêtise, la bassesse et la crapulerie» des pousse-au-crime de la guerre. Il mourut le 28 juin 1911, huit jours avant d'être poursuivi pour «Hélas! quelle douleur», une chanson de La Guerre Sociale. Keméant, juillet-août 1977 ARTEP -Le Vent du Ch'min Avertissement. Nous n'avons pu expliciter toutes les références à l'actualité effectuées par Couté. Nous n'avons apporté quelques précisions que lorsque l'événement traité était important. Pour un complément d'informations, l'on pourra se référer avec profit à son manuel d'histoire favori. CHANSONS DU LIBERTAIRE. Du 15 Octobre au 12 Novembre 1899. L'Amour Anarchiste. (2) Le gâs était un tâcheron N'ayant que ses bras pour fortune, La fille, celle du patron, Un gros fermier de la commune Mais ils ne s'en aimaient que plus... -L'amour se fiche des écus! Lorsqu'ils s'en revenaient du bal Par les minuits clairs d'assemblées, Au risque d'un procès-verbal Ils faisaient de larges roulées Parmi le blé profond et droit... -L'amour se fiche de la loi! Un jour, tous deux furent prier Elle, son père! et lui son maître, De les laisser se marier; Mais le vieux les envoya paître; Lors, ils prirent la clé des champs... -L'amour se fiche des parents! S'en furent dans quelque cité, Loin des labours et des jachères, Passèrent ensemble un été Puis tout soudain, ils se fâchèrent Et se quittèrent bêtement: -L'amour se fiche... des amants! (Du 15 au 21 octobre 1899) Les Taureaux. Bourgeois! nous sommes des taureaux Captifs en vos arènes rouges, Aux yeux d'une foule de gouges De michés et de maquereaux Bourgeois! nous sommes des taureaux! Bourgeois! nous sommes des taureaux Que l'on torture et que l'on tue, Et votre bêtise institue Une gloire pour nos bourreaux Bourgeois! nous sommes des taureaux! Bourgeois! nous sommes des taureaux Qui démolirons nos barrières Et ce jour-là dans vos derrières Nos cornes feront des accrocs Bourgeois! nous sommes des taureaux! (Du 22 au 28 octobre 1899) Chanson De Moisson. (3) Sous l'aube qui blanchit leurs fronts Les tâcherons Aux bras hâlés Songent, tout en fauchant les blés De leurs patrons... Les coquelicots bougent Parmi la récolte Comme des drapeaux rouges Au vent de révolte! Au souvenir des gueux défunts, Songent enfin Qu'on a tous droit Au pain qu'on fait du blé qui croît Quand on a faim! Les coquelicots bougent Parmi la récolte Comme des drapeaux rouges Au vent de révolte! Réclament leur part du blé d'or Que leurs efforts A fait pousser Et qu'ils ont souvent engraissé Avec leur mort... Les coquelicots bougent Parmi la récolte Comme des drapeaux rouges Au vent de révolte! Et s'ils refusent, leurs patrons! Les tâcherons Aux bras hâlés Plutôt que de faucher les blés Les brûleront! Les coquelicots bougent Parmi la récolte Comme des drapeaux rouges Au vent de révolte! (Du 5 au 12 novembre 1899) (3) Dans Le Libertaire ont été également publiés: «Le Christ en bois» (voir tome I), «La tête de mort» (voir tome III). (N. d. E.) LA SEMAINE RIMEE. Chansons de «La Barricade» Juillet-août 1910 Loupillon. (1910) Puisque, cet an-ci, les coteaux Ont reçu dans leurs verts manteaux Les dons coutumiers des comètes, Bonnes gens, réjouissez-vous En songeant au prochain vin doux: Les vignes promettent... Triste Armand, pour te reposer Du travail que tu viens d'oser Et pour en fuir les conséquences, Va te terrer dans un sillon De tes vignes du Loupillon Pendant les vacances: Là-bas -car, tout de même, il faut Après ces matins d'échafaud Une atmosphère qui vous change - Tu voudras peut-être goûter L'adorable sérénité Des soirs de vendange? Mais le vin, coulant en ces soirs, Au pied des honnêtes pressoirs, Aura la couleur de ton crime; Et tes yeux se refermeront, Bourreau qui joue au vigneron Sur quel rouge abîme? Quant à ce vin, jus de raisin Cueilli par tes mains d'assassin, Pas de danger que nul y touche? Si l'on osait en boire un coup Il pourrait vous laisser un goût De sang, dans la bouche! Voilà ton Loupillon foutu: Car, si tous chantaient sa vertu Après les vendanges dernières, Cette fois-ci -par ton nombril! - Tu n'en vendras pas un baril, Non! Moussu Fallières! Mais, pour qu'il ne soit pas perdu, Bois-le donc, à la faveur du Premier gala qui vous rassemble, Avec Alphonse et Nicolas Car vous êtes bien faits, hélas! Pour trinquer ensemble... Le Subéziot. (Samedi 9 juillet 1910) Stances A Lepine. Rappelons qu'à cette époque, Aristide Briand n'était pas encore l'apôtre de la paix et qu'il était combattu violemment par les révolutionnaires. Lépine était alors préfet de police. -M. Lépine a été louange par M. Briand comme jamais il ne l'avait été, même par M. Clemenceau. Le président du Conseil ne se rappelle plus le temps où il traitait sans aucun ménagement «l'honnête homme» et «le bon citoyen». On sait que M. Briand n'a pas craint de qualifier ainsi le chef suprême des brigands policiers. L'Humanité. Avant de s'être «adapté» Lorsqu'il nichait du côté Ingrat de la barricade, Il ne fut pas toujours chic Vis-à-vis de toi, Grand Flic! Poléon de Vachalcade! Il n'eut pas rien que des mots Gentils pour les animaux Attachés à ton service; Il parlait d'eux volontiers En ces termes châtiés: Les brutes de la Police! Et même en un de ces jours Où comme de vrais amours, Cipaux et sergots besognent, Il livra de tels assauts Qu'il mit sa canne en morceaux Sur la hure de tes cognes! Mais à présent qu'il est là! Esclave docile et plat, Devant ta botte il se penche, Guettant les moindres regards Et te bombardant d'égards... Ah! tu la tiens ta revanche! Le pauvre! il a tant besoin Pour ne pas perdre son coin, Des poignes de ta flicaille Qu'il n'est plus fichu d'oser Un mot pour te refuser... -Que veux-tu, vaille que vaille? Quoi? De Liabeuf, il te faut La tête?... Bien! l'échafaud Sera prêt. Donne ton heure!... Et Rochette?... Ah oui, pardon Ça te défrise un peu: Donc Que cette affaire-là meure!... Alors, puisqu'il en est ainsi Tout entier à ta merci, Ne te gêne pas, bourrique! Abuse tout à ton gré: C'est toi, chef des flics, le Vrai Chef de notre République! Briand peut aller s'asseoir... Sinon, nous pourrons le voir -Pauvre Excellence qui tremble Tout en jouant les costauds - Te passer sa langue au dos Ou... plus bas, si bon te semble?... Le Subéziot. (16 juillet 1910) Le Dindon De La Farce. M. Yves Durand osera-t-il nier devant moi que c'est lui qui a pris l'initiative de (aire ajouter à ma plainte le post-scriptum des Manchons Hella? Osera-i-il nier qu'il savait que je n'en avais pas, et que c'est lui qui a eu l'idée de m'en taire remettre «pour corser» la situation? Non, vraiment, j'en ai assez. On est venu me chercher. On m'a jeté dans la bagarre en me disant que je sauvais l'épargne française. Aujourd'hui, je ne suis plus qu'un misérable sur le dos duquel on voudrait tout mettre. (Déclaration de Pichereau à un rédacteur de L'Intransigeant.) Le sympathique directeur De?... des... «Fantaisies Policières» Un jour manda son régisseur Et lui dit sans plus de manières: -Voilà, mon cher Yves Durand, -Notre prochaine pièce est prête: Il ne manque qu'un figurant Pour monter 1' «Affaire Rochette» J'ose espérer un gros succès Car je compte que ça va faire Un scandale comme au Français. «Les affaires sont les affaires!» Donc, grouillez-vous pour me trouver, Où vous voudrez, quelque bon diable Pouvant jouer au pied levé Un bout de rôle... indispensable? -Bon! fit l'autre et, sans chercher trop, Il laissa sa dextre s'abattre Sur l'épaule de Pichereau Qu'il emmena droit au théâtre. -Hé, hé! pas mal!... très bien... Ça va! Gardez votre petit costume De vieux mineur de la Nerva, Portez-le comme de coutume! Mais, pour les gestes, halte-là! Fourrez vos deux mains qui vous gênent Dedans ces trois MANCHONS Hella Et maintenant, entrez en scène!... Marchez! vous travaillez pour l'Art! Pour la Beauté! Pour la Lumière! Et je vous prédis, mon gaillard. Un tabac monstre à la première... Vient la première!... Tout d'abord Ça va bien, on trouve ça drôle, Et puis soudain, le traître sort Cavalièrement de son rôle. Alors, le public sans pitié Réclame, siffle. Un titi pousse Ce cri du haut du poulailler: «On dirait que ça sent la Rousse!» Voyant les choses se gâter, Le régisseur de la Police Disparaît, plein d'agilité, Au fond d'une obscure coulisse Et Pichereau seul reste là. De trouille les fesses enduites, Agitant ses manchons Hella Sous la grêle des pommes cuites... Le Subéziot (Samedi 23 juillet 1910) Le Pain Cher. Tout le fumier des scandales, Tel celui dont nous voyons Les ordures qui s'étalent, N'engraisse pas les sillons; Et cette «baugée» intense Que viennent d'accumuler Les porcs de la Préfectance Ne fait pas pousser le blé! La moisson sera mauvaise... L'épi rare et languissant A mûri mal à son aise Dessous un soleil absent. Et -conséquence fatale De ce lamentable été - Le pain, dans la capitale, Va, sans doute, être augmenté? Oui, le pain dont l'âme entière Est toute pleine d'amour, Le pain blanc de la prière, Notre pain de chaque jour! Le pain vaudra cher la livre Cet hiver, annonce-t-on: On aura du mal à vivre Avec ce sacré «brichton». Dans bien des pauvres ménages La femme ira (faut manger! ) Mettre les meubles en gage Pour payer le boulanger. Les mêmes, dans la cuisine, A la place du buffet, Danseront la capucine A l'heure où l'on doit bouffer. Mais un jour, le philanthrope De la Tour Pointue aura L'heur de piquer sa syncope Devant un tel embarras: Il enverra vers le père, Gréviste ou manifestant, Tous les flics de son repaire Pour l'assister à l'instant... Sur le pauvre, en large averse, Des pains tomberont alors Plus lourds que ceux du commerce Et qui tiennent mieux au corps! Le Subéziot. (Samedi 30 juillet 1910) Delicatesses D'Eléphants. Les éléphants ont souvent des furies De nègres saouls. On les voit mettre à sac Plantations et factories Foulant le corps sanglant de leur cornac. Et puis après tout un carnage infâme Ils vont, avec leur trompe, à petits jets Arroser les fleurs de la dame Qui vient d'Europe et lit du Paul Bourget. Les éléphants ont cette humeur bizarre... Celui qu'on loge à l'Elysée, chez nous, A, l'autre jour, sans crier gare, Trouvé moyen de faire un de ces coups, Après avoir traîné ses grosses pattes Parmi le sang de Liabeuf, il s'en vient, Plein d'attentions délicates, De gracier un ignoble vaurien. Il ne peut pas voir ces choses affreuses; Des soldats faire office de bourreaux. Que Graby se la coule heureuse Et que sa peau demeure sans accroc! Mais que n'a-t-il, notre doux pachyderme, Même scrupule au moins qu'envers Graby Envers ceux que torturent ferme Les vils chaouchs, bourreaux de Biribi? S'émeut-il donc, lorsque dans une grève, Quand ont sonné les sinistres appels, Retentit la décharge brève Et froidement enlevée des Lebels? Et cependant les gens que l'on fusille Sans jugement, par un arrêt subit, Malgré qu'ils n'aient dans leur famille Aucun mouchard, valent-ils pas Graby? Non. Tout ce temps, il s'ébroue dans sa mare, Flairant l'odeur de meurtre qui lui vient Du sein pourpre de la bagarre Où les soldats couchent les citoyens. Les éléphants ont cette humeur bizarre!... Le Subéziot. (6 août 1910) CHANSONS DE LA SEMAINE. Pour Faire Plaisir Au «Colon.» 22 juin 1910-27 juin 1911 Gaston Couté Entre A «La Guerre Sociale» Chaque semaine nous publierons de lui une chanson satirique d'actualité. L'auteur des «Conscrits», des «Gourgandines», du «Christ en bois» et de tant d'autres poèmes d'une langue si savoureuse et si forte, vulgarisera à sa façon les idées de révolte et d'émancipation qu'il a toujours défendues. Tous ceux qui apprécient le talent de Coûté se réjouiront... Se réjouiront aussi tous ceux qui regrettent le temps où la chanson satirique, écrite au jour le jour, constituait un des plus sérieux moyens de propagande révolutionnaire, le temps où les Jules Jouy, les Clovis Hugues, les Louis Marsolleau, les uns morts aujourd'hui, les autres passés de l'autre côté de la barricade, maniaient si bien le fouet de la satire. La Guerre Sociale est heureuse qu'un poète comme Coûté ait accepté de mener dans ses colonnes le bon combat contre la bêtise des Riches et des maîtres, contre les iniquités de l'Ordre bourgeois. La Guerre Sociale (Du 22 au 28 juin 1910) Air: Le Père Dupanloup Chanson pour le «concours de chansons de marche» organisé par le Ministre de la Guerre. Les gâs! plus de refrains cochons! Va falloir y mettre un bouchon: Puisque en march' le Colon nous prie de ne plus chanter d'salop'ries... Dig, dig, dig, din don: - Si qu'on f'rait plaisir au Colon? Tout le long d’la route, chantons Pour dérouiller nos ripatons, Une chanson qui soit-z-à cheval-e Dessus l'chapitr' de la morale... Dig,... Ça va fair' plaisir au Colon! Chantons comme i'-f'rait bon chez nous, Comme i'-f'rait bon planter des choux, ou dormir auprès de sa blonde, Au lieu d'apprendre à tuer l'monde... Dig,... Ça va fair' plaisir au Colon! Chantons qu'i n'faut pas détester Les gens du pat'lin d'à côté, Parc' qu'i' s'dis'nt «je t'aime!» dans un autre Genre de patois que le nôtre... Dig,... Ça va fair' plaisir au Colon! Chantons, nous qui n'possédons rien, Qu'on a soupe d'être des chiens Prêts à bondir hors de la niche Pour défendre le bien des riches... Dig,... Ça va fair' plaisir au Colon! Chantons à ceux qui d'mand'nt not' peau Pour la plus grand' gloir' du drapeau, Que nous nous foutons comm' d'un' guigne De la gloire et de ses insignes... Dig,... Ça va fair' plaisir au Colon! Chantons pour dire aux ouvriers Qui font la grèv' sur les chantiers: «Dans les grèv's nous agirons d'même Que nos copains du «dix-septième»! Dig,... Ça va fair' plaisir au Colon! Chantons pour eux, chantons pour nous, (Populo, c'est l'frèr' de Pitou! (4)) Et comm' chanson d'marche finale Allons-y d'1'Internationale! Dig,... Ça va fair' plaisir au Colon! (Du 22 au 28 juin 1910) L'Affaire Chevaux-Jacquelin. ou: Les affaires sont les affaires! Air: La combinaise. Après l'premier tour d'scrutin, Comm' par hasard i's s'rencontrèrent: Chevaux dit: «ça va, vieux frère? -Heu, ça branl' dans l'manch' -fit Jacqu'lin - -Bah! r'prit Ch'vaux, amène, Entre radicaux, il faut qu'on se soutienne: Ta main dans la mienne! Et voyons tous deux si l'on ne pourrait pas Arranger tout ça! Y-a-p't-être un moyen!... Causons peu, mais causons bien: Refrain. Si tu veux faire avec moi la Combiné, Nibé, lubé, Pin, pin! la combinaise, ah! Tout's mes voix Sont à toi, Pour 30.000 ball's j'peux fair' la combiné Nibé, lubé, Pin, pin! la combinaise, ah! Vlà mon prix Et c'est un prix d'ami! «C'est trop cher pour c'que ça vaut! Tes partisans ne sont tout d'même Que d'vulgair's poir's du Onzième? -De quoi, de quoi, hennit Chevaux, Pas bonnes mes poires! Mais tu n'entends rien à ce genre d'histoire Tiens! tu peux m'en croire: En te faisant l'prix que je te fais ici C'est tout juste si J'n'y mang' pas d'argent!... -Bon, dit Jacqu'lin s'engageant: «Je veux bien faire avec toi la combiné Nibé, lubé, Pin, pin! la combinaise, ah! Entendu C'est vendu Mais r'pass' pour toucher l'prix d’la combiné Nibé, lubé, Pin, pin! la combinaise, ah! Dans un mois: J'n'ai qu' 40 sous sur moi!» Après quoi s'mir'nt à chercher Un bon coin, pas trop loin pour boire Un' bouteill' comme à la foire Afin d'arroser leur marché; Puis au bout d'deux s'maines, Azurés's d'espoirs et de doux rêv's pleines, Le grand jour s'amène! Mais alors: adieu veaux, vach', cochons, couvé's Le scrutin ach'vé C'est comm' qui dirait La chut' de leur pot au lait! Vlà comm' tout craque au mitan d’la combiné Nibé, loupé, Foutu' la combinaise, ah! Ces farceurs D'électeurs N'ont laissé dans l'urne et pour la combiné Nibé, loupé, Foutu' la combiné, ah! Qu'un lapin A l'adress' de Jacqu'lin! Sur ce -«j'march' plus'» dit Jacq'lin -Ah! canaille! fait Ch'vaux qui s'emballe, Si tu n'raqu's mes trent' mill' balles Y a des jug's autr' part qu'à Berlin!...» Ah! la bonne histoire: Des candidats qui r'fus'nt de s'payer... nos poires C'est à n'y pas croire? Et d'entendr' deux lascars comm' ça gueuler: «-Zut! je suis roulé.» Ben, on a beau dir' Ça fait tout d'même plaisir!... Car d'ordinaire au fond d’la combiné Nibé, lubé, Pin, pin! d’la combinaise, ah! Les roulés Les volés Ceux qui font les frais de tout's les combinés, Nibé, lubé, Pin, pin des combinais's, ah! Pas d'erreur: Ce sont les électeurs!... (Du 29 juin au 5 juillet) La Chanson Des Silos. (5) Air: La Chanson du linceul -«Les tisserands» Sous le soleil qui nous accable, Sous les injur's et sous les coups, Nous tombons sur le bord des trous Qu'on nous fait faire dans le sable. Creusons des silos, mes garçons: C'est notr' tombeau que nous creusons! Creusons des silos, mes garçons: C'est notr' tombeau (bis) Que nous creusons! Des germes de sourde révolte S'entassent en nos coeurs trop gros Et les chaouchs, lâches bourreaux, En feront un jour la récolte. Creusons des silos, mes garçons C'est leur tombeau que nous creusons! C'est leur tombeau (bis) Que nous creusons! De sang et de honte flétrie, -Pour les horreurs que l'on subit En ton nom, en ton Biribi - Tu peux crever, vieille Patrie! Creusons des silos, mes garçons C'est son tombeau que nous creusons C'est son tombeau (bis) Que nous creusons! (Du 6 au 12 juillet 1910) Que Le Sang Retombe Sur Vous. Air: Le Midi bouge Voilà que Liabeuf dit Sous le coup'ret maudit, -Effort suprême Pour clamer son honneur «Non! Non! Quand même, Je n'suis pas un sout'neur!» Refrain. -Hou, hou! La Veuve bouge Tout est rouge!... Hou, hou! Que l'sang retomb' sur vous. MAUGRAS, n'es-tu point là? C'est pour toi tout cela -Ohé, Beau-Gosse! Pour que tu puiss's mentir, Menteur atroce Davantage à l'av'nir!... LEPINE, en cet instant, Tu dois être content, Pèr' des bourriques, Vois les airs triomphants Et sympathiques De tes petits enfants!... BRIAND, lav' toi les mains Dedans ce sang humain; (bis) La belle affaire! Qu'on mette un homme à mort Ton ministère Aujourd'hui vit encor'! FALLIERES, pôvre Armand, Dors bien tranquillement (bis) -Les personn's grasses Ont l'sommeil bienveillant. - Rêv' de la grâce D'un prochain Soleilland! A moins, mon doux agneau, Que l'ombre de Carnot (bis) Sur toi ne passe, Transformant sans égard Ton rêv' bonasse En un affreux cauch'mar!... (Du 29 juin au 5 juillet 1910) Chant De Revolte De Ce 14 Juillet. Air: La Marseillaise La rude épaule populaire Jeta l'Ancien Régime à bas En un jour de juste colère: Le peuple n'en profita pas! (bis) Et, sous notre ère tricolore, Le règne odieux des bourgeois A remplacé celui des rois: Notre servage dure encore! Refrain. Courage travailleurs! en un noir bataillon Marchons, marchons.... Elle viendra notre Révolution! Ces gens-là viennent, camarades, Sous notre nez, exécuter Leurs hypocrites mascarades En l'honneur de la Liberté (bis) Mais, tandis que les lampions brillent, Hervé s'endort à la Santé: Pour étouffer la Vérité Ils ont refait d'autres Bastilles! Ils n'ont que ces mots dans la bouche: Le Progrès et l'Humanité! Mais si de sa tombe farouche Aernoult (6) pouvait ressusciter... (bis) Car pour refaire la nature De nos Garçons au front trop fier A Biribi, lugubre enfer, Ils ont rétabli la torture Ils parlent aussi de Justice, En évoquant quatre-vingt-neuf, Mais ils ont laissé leur police Couper la tête à Liabeuf (bis) Et Briand, valet de nos maîtres, a pour nous des airs insultants: Il sait bien qu'on n'est plus au temps où l'on guillotinait les traîtres! Mais ça changera, camarades... O vaillant peuple du Faubourg, Qui fit jadis des barricades, Tu te lèveras un beau jour! (bis) Et ce jour nos coeurs seront aises En vous retrouvant avec nous, Petits soldats, petits pioupious: Dignes fils des gardes françaises. (Du 13 au 19 juillet 1910) Nos Q. M. En Vacances. (7) Air: Quand on a travaillé. Voici les vacanc's! -Ça pu' dans la Chambre Grâce à tout l'ling' sal' qu'on y déballa, Et ce cri joyeux réveill' plus d'un membre Qui dormait, le nez dans cette odeur-là. Voici les vacanc's! Tous bouclent bagage Et se précipit'nt, pour passer l'été Vers les frais sommets ou la verte plage Histoir' de s'refaire un peu la santé... Refrain. Quand on a... rien foutu Pendant six s'main's au plus: (On n'peut pas s'tuer pourtant Pour quinz' mill' francs par an!) Quand on a... rien foutu Pendant six s'main's au plus, On a vraiment besoin De se r'poser trois mois au moins! D'aucuns vont aller sur quéqu' plag' mondaine Chercher dans le jeu l'oubli d'ieurs travaux Auront-ils la guigne, auront-ils la veine L'soir au casino devant les p'tits ch'vaux? Quelle vi' d'enfer! La roulette apporte Dans le simple cours de son p'tit trajet Des émotions autrement plus fortes Que cell's qu'ils éprouv'nt au vot' du budget! D'autres, en quelque provinc' retirée Gout'ront les douceurs de la vi' d'château, S'essoufflant au bal, toute la soirée Mangeant d’la poussier' le jour en auto: Il faudra qu'ils soign'nt leur langage où sonne Souvent plus d'un mot un peu sans façon: On ne parle pas à Mam' la Baronne Comme à ses confrèr's du Palais Bourbon. Quelques-uns, de plus rustique nature Nemrods bedonnants et joyeux garçons Iront dans leurs terr's faire l'ouverture Traçant les guérets, battant les buissons; Mais de fusiller les lapins qui s'vautr'nt Dans le serpolet et le thym en fleurs, C'est plus fatiguant que d'en poser d'autres... De ceux-là qu'ils pos'nt à leurs électeurs! Ils seront vit' las de cette existence, Nos chers députés, nos graves élus, Rincés par le jeu, vannés par la danse, Fourbus par la chass' ne se tenant plus; Et quand les premiers brouillards de novembre Sur l'onde et les bois viendront se poser Nous les verrons tous regagner la Chambre Pour pouvoir enfin vraiment se r'poser... Refrain final. Quand on s'est esquinté Comm' ça tout un été On n'peut pas s'tuer pourtant Pour quinz' mill' francs par an! Quand on s'est esquinté Comm' ça tout un été On a vraiment besoin De n'plus rien foutr' huit mois au moins! (Du 20 au 26 juillet 1910) Le Dossier De Damoclès. Air: Le petit panier M. Lépine est bien tranquille du côté de M. Briand. Il le tient, comme Colly l'a dit en pleine Chambre. Le dossier présidentiel est volumineux! Et il parait que M. Lépine le garde dans son cabinet même. L'Humanité. Dans un' ribouldingue Un roi, paraît-il, Sur lui, vit un lingue Pendre au bout d'un fil: L'roi fit la grimace Mais plus ne souffla, Pensant: «si l'fil casse Je suis chocolat!...» Refrain. A... ristide a la frousse Que l'chef de la Rousse (bis) Lui lass' tomber su' l'nez Son petit dossier! (bis) De not's policières C'dossier est si plein Qu'la pans' de Fallières Près d’la sienn' n'est rien, Et quand on l'dépose Quéqu' part, un moment: Ça sent la mêm' chose Qu'au derrièr' d'Armand!... Comme un livre rare Que nul ne connaît Lépine le gare Dans son cabinet: Et, farceur sinistre, Parfois, il en lit Un' page au ministre Qui s'trouble et pâlit! Briand demand' grâce, Mais l'autre lui dit, Remettant en place Le dossier maudit: «Y-en a six cents pages Comm' ça dans l'mêm' goût... Si tu n'es pas sage J'les fais voir partout!...» Aussi, que des «cognes» Sur un citoyen Dégain'nt sans vergogne: Briand ne dit rien! Qu' la Police outrage Sans cess' le public?... Aristide est sage: Il laiss' fair' les flics!... (Du 27 juillet au 2 août 1910) La Complainte De Graby. (8) Air: La Complainte de Géomay (A. Bruant) Comme il était fils de mouchard, Dans la «Rousse» i' d'vait fair' plus tard Sa carrière: Voyou féroce et sans pitié Il aurait honoré l'métier De son père! (bis) Il aurait pu de temps en temps Zigouiller des manifestants Et descendre Jusqu'à des p'tits goss's ainsi Que l'on a vu fair' ces jours-ci Au pont d'Flandre! (bis) Mentant et bavant tout son saoul Il aurait pu fair' couper 1' cou D'un pauvr' diable Aussi bien qu'ce Maugras qu'on a Vu complic' d'un assassinat Effroyable, (bis) Il aurait pu, soirs et matins, Rassasier tous ses instincts D'brut' mauvaise: Dans la mouscaille et l'raisiné Le bougre aurait pu s'en donner A son aise! (bis) Môssieu Lépine aurait pensé Par-devant le nombre insensé D'ses victimes: «Voilà le serviteur rêvé!...» Et puis il aurait approuvé Tous ses crimes! (bis) Mais c'est-y-bêt'! Vlà que l'mouch'ron, Sans attendr' les ordr's du Patron, Dans sa hâte De voir couler le sang humain Un jour a voulu mettr' la main A la pâte... (bis) Qu'il soit puni cet imprudent! Mais tout doux, tout doux, cependant: Qu'on s'rappelle Que pour un apprenti mouchard, Il a simplement péché par Excès d'zèle!... (bis) (Du 3 au 9 août 1910) Les Soldats Ont La Jaunisse. Air: Joséphine, elle est malade. «La jaunisse militane est déjà représentée au cimetière du Père Lachaise par les sapeurs du génie!» L'Humanité. «Sur la demande du Maire, vingt-deux ouvriers boulangers militaires ont été réquisitionnés et envoyés à Aubagne pour remplacer les grévistes». Les Journaux. Les soldats ont la jaunisse! Pour soigner ces pauvres gâs, Major! rengain' tes services Et ton ipéca (bis) Tu ne peux rien à leur cas! Si l'ouvrier s'met en grève, Trouvant son salair' trop bas Pour faire un' besogn' qui l'crève: Ces vaillants soldats (bis) La font pour un bon d'taba'! Pris d'un courage effroyable, Quand i' s'agit d'fondr' dessus Le boulot du pauvre diable Ils ne savent plus (bis) C'que c'est que d'tirer au cul! Ils sont bons à toutes choses, A tout ils mettent la main: Si ça continu', j'suppose Qu'on les verra d'main (bis) Vider l'pot Faubourg Saint-Germain? Ce jour, poudrant leur gueul’ jaune D’la farin' des boulangers, Font l'pain dans les Bouch's du Rhône Afin d'empêcher (bis) Tous les mitrons de manger! A Paris de quell’ manière Ils prodiguent leurs talents: Déménageurs de cim'tière I's vont trimbalant (bis) Des Macchabé's purulents Si, dans sa tombe encor neuve Le cadavr' d'un fusillé De Draveil ou de Vill'neuve (9) Allait s'réveiller (bis) Au nez de son meurtrier? L'vant son linceul écarlate Que l'sang a teint dans ses flots, I' cri'rait «A bas les pattes, Espèc' de salop (bis) Et fous-moi l'camp au galop!» Ça leur coup'rait la jaunisse A tous ces malheureux gas, Major! mieux que tes services Et ton ipéca (bis) Qui ne peuv'nt rien à leur cas! (Du 4 au 10 août 1910) (10) L'Oiseau Qui Vient De France. Air: C'est un oiseau qui vient de France Il paraît qu'un homme-volant Vient de passer d'une aile altière Dedans un bon petit biplan, Par-dessus le poteau frontière! L'accueillant en libérateur, Les gens des provinces perdues Ont tendu leurs mains éperdues Vers le vaillant aviateur. Refrain. Comme dans l'antique romance Chef-d'oeuvre des Cafés-Concerts, Ils ont soupiré vers les airs: (bis) «C'est un oiseau qui vient de France» Après avoir séché les pleurs De la Lorraine et de l'Alsace Et déployé les trois couleurs Il est reparti dans l'espace; L'air martial et décidé, De gloire et de conquête avide, Il a dans son élan rapide Franchi le Rhin comme Condé! Refrain. Mais un bon Teuton de Mayence S'écria, dès qu'il l'aperçut: «Sentinelles!... tirez tessus!.. (bis C'est un oiseau qui fient te France!» Alors il monta jusqu'aux cieux Regardant tournoyer les balles, Dessous son vol audacieux, Comme en d'impuissantes rafales; Puis narguant le gros Zeppelin Qu'on dépêcha pour le combattre Devant Berlin il vint s'ébattre... Victoire!... il rentre dans Berlin! Refrain. Les coeurs palpitent d'espérance; Déroulède est tout embrasé, Et les bistros vont pavoiser... C'est un oiseau qui vient de France! L'ardent émule de Latham S'en vient maintenant de descendre Devant les marches de Potsdam Sommant le Kaiser de se rendre... C'est fait! Le Kaiser se rendant Avec tout un butin énorme Dont quinze-cents beaux uniformes! C'est la revanche de Sedan! Refrain. (Dernière heure) Mais hélas! ce fait qu'on avance Semble de moins en moins certain; C'est quelque «Canard» du «Matin» (bis) C'est un oiseau qui vient de France! (Du 17 au 23 août 1910) La Suppression Des Demi-Portions. Air: Ah! mes enfants! L'autr' jour chez mon bistro, réinstallant pour dîner, J'commande, en dépliant ma serviett' sous mon nez, Ma d'mi-portion: «Monsieur, m'répond alors le patron, d'un air dign' Nous avons supprimé dans notre grand meeting Les d'mi-portions! -L'vin n'est plus abordabi', la viande est hors de prix! Nous n'pouvons plus donner, puisque tout renchérit De d'mi-portions; C'est l'temps qu'est caus' de ça, les temps sont bien changés: Ah! sous l'Empir' Monsieur, on pouvait en manger Des d'mi-portions!» «-Ça va bien! fais-je alors, pas tant de boniments Et servez-moi, puisque y-a pas mèche autrement Toute un' portion!» Là-dessus, il s'éclipse et r'vient d'un geste fier M'apporter cett' portion à qui j'trouve un grand air De d'mi-portion! Un minuscul' morceau d'boeuf filandreux et sec Et (je les ai comptés) seize fayots avec: Vlà ma portion! Or, les fayots nombraient des fois jusqu'à dix-neuf Dans mon assiette autour du même morceau d'boeuf En d'mi-portion! Je me dis «Tiens, le bougre a sûr'ment plaisanté... C'est encore un bateau qu'il a voulu m'monter: Les d'mi-portions!» Mais voici le quart d'heur' de Rab'lais, j'tir' six ronds Que j'étal' sur la tabl' pour payer au patron Ma d'mi-portion! Mais -«Non, Monsieur, dix sous! rectifi'-t-il, je crois Avoir prév'nu Monsieur que nul n'avait plus droit Aux d'mi-portions... Eh ben! r'prends-je, en saignant d'quat' autr's ronds ma fortune Vous en avez d'l'astuc', vous! et sûr'ment plus d'un' Demi-portion! Lorsque vous déclarez, sur un air convaincu Qu'en votre honnêt' gargot' les clients n'trouv'ront plus De d'mi-portions, Vous avez un' bizarr' façon d'vous exprimer? C'est pas les d'mi portions qu'vous avez supprimée C'est les portions!» (Du 24 au 30 août 1910) Vache-Qui-Vole. Air: Le Curé de Pomponne -On vient d'arrêter l'inspecteur Robert qui avait volé 10.000 francs à une folle. Les Journaux. A l'infirmeri' du Dépôt Une pauvre démente Répétait le même propos De façon insistante; Elle s'écriait comm' ça: «Croyez-en ma parole, J'viens d'voir tout à l'heur' -larira! - Une vache-qui-vole!...» -«Très bien» déclarèr'nt les docteurs Et tout le mond' pensa d'même: «Les exploits des aviateurs Lui travaill’nt le système; La conquête de l'air y a Fait perdre la boussole... Laissons-la tranquill' -larira - Avec sa vach'-qui-vole! -Mais, écoutez-donc, nom d'un chien! Insista la louftingue «Cett' vach'-là volait si bien... Qu'ell' m'a fait mon morlingue! Où donc est l'roussin qui m'fouilla Parce que j'étais folle? Qu'on aill' me le chercher, -larira - J'veux voir ma vach'-qui-vole» On am'na l'inspecteur Robert Le héros de ce drame, R'connu avoir fauché l'auber De la malheureus' femme; Dix-mill' ball's, ça n'était pas Pour une simple obole Qu'avait opéré, -larira! - Cette vache-qui-vole! «C'est, avoua-t-il en pleurant Afin d'avoir des r'ssources Pour pouvoir comme Yves Durand Tripoter à la Bourse Qu'j'ai mis d'un geste indélicat La main sur ce Pactole Et que j'ai joué, -larira! - Au jeu de vach'-qui-vole. Mon coup -si l'on veut raisonner - Etait aussi honnête Et tout aussi bien combiné Que l'Affaire «Rochette»: Pourquoi donc cett' toqué'-là Que le diabl' patafiole Est-elle venu' -larira! - Parler de vach'-qui-vole?» Après les scandales d'hier Qui demain vont reprendre, Lépin' savour' ce fait divers Simple histoire d'attendre! Car le jour où se réveili'ra L'enquête qui somnole T'entendras r'parler -larira! - Sans dout' de vach's qui volent! (Du 31 août au 6 septembre 1910) La Plaisante Première Communion. Air: Le bal à l'Hôtel de Ville (Mac-Nab) L'incapable successeur de Léon XlII vient de décréter que dorénavant les enfants feront leur première communion non pas à l'âge de onze et douze ans, mais à sept ou huit ans! Pourquoi pas tout de suite au biberon? Ce serait encore plus prudent pour sauvegarder la pureté de la foi et préserver les jeunes âmes de la contagion du doute et des embûches du libre arbitre. Le Rappel. I' s'en pass' de tout's les couleurs A la place du Tertre: L'aut' soir un marchand d'sacrés-coeurs Et d'souv'nirs de Montmartre, En rentrant chez lui Autour de minuit Trouve -spectacle infâme! - Un méchant curé Qu'avait l'doigt fourré dans le... nez de sa femme! (bis) Voyant s'étaler sous son toit Des moeurs aussi mauvaises, Vlà l'pauvr' qui gueul' comme un putois En bousculant les chaises: -«Sacré nom de d’là! Qu'est-ce que tu fous là, Pourceau de sacristie?» L'autr' sans s'déranger, D'un ton dégagé, Répond: «j'présent’ l'hostie!» (bis) Prenant pour un vil calembour Cett' réplique du prêtre, L'marchand braill' «tu vas faire un tour Par-dessus la fenêtre, Espèc' de Borgia Au monde il n'y a Pas d'salaud d'ton calibre!» Mais l'autr' fait un sign' Très noble et très dign' De sa main resté' libre (bis) «Là, là, vous allez éclater! Calmez-vous mon brave homme! Oyez plutôt la volonté De notr' Saint-Pèr' de Rome: Pour quTâme des enfants Au Mai triomphant Demeure inaccessible, Faut qu'nous leur donnions La Saint' communion L'plus tôt qu'il est possible! (bis) Or, enceint' de quatr' mois au plus Votre épouse fidèle S'préoccup' déjà du salut Du p'tit qu'ell' porte en elle; Et, chrétienn' zélé', Ell' m'a fait app'ler Pour qu'en sa r'trait' profonde Je fass' communier Votr' jeune héritier Avant qu'i n'vienne au monde! (bis) C'est scabreux d'colloquer l'bon Dieu En pareille occurrence: Mais la grâc' pass' par ousqu'ell' peut Mon brave, y-a pas d'offense!» -«Non, non! ...fait l'papa Qu'en reste baba, Mais je trouve, mazette! Que votr' sacrement N'est... évidemment... Pas dans une... musette!» (bis) Là-dessus, le curé s'en va... Alors notr' Boubouroche, Avec des airs de St Thomas Dit à sa femme: «approche!» Et l'oreill’ collé' Su' l'ventre gonflé, I' s'écri': «Mélanie, J'entends -quel succès - L'salé' qui chant' «c'est L'plus beau jour de ma vie» (bis) (Du 7 au 13 septembre 1910) Ubu President. Air: Le Roi Dagobert «C'est à se demander si cet homme (Fallières) a une conscience?» L'Humanité. Ce grotesque salaud Nous avait semblé rigolo Quand de par l'esprit De ce brav' Jarry, Nous le connum's roi D'un lointain endroit, Mais fini d'rir' maint'nant MERDRE!... C'est lui notr' Président! L' «boufre» n'a pas changé Il met toujours avant d'juger, Sous son cul pesant Justice et bon sens. «Ces chos's Père UBU On n's'assoit pas d'ssus, Veuillez l'ver votr' séant! MERDRE -répond le Président. «Voyons, hier encor Vous étiez contr' la pein' de mort? -Oui, mais à présent J'en suis partisan: Si quelques chrétiens Perd'nt leur tête, eh bien! Moi, j'garde en attendant MERDRE -ma plac' de Président!» Allons, corne de boeuf! Dites-moi quel est ce Liabeuf? -Un pauvr' travailleur, Un' victim' des «moeurs» -Ça suffit ainsi: Qu'on l'passe à la sci' A dédoubler les gens! Et MERDRE! rugit l'Président! Puis après un répit: «-Qui ça peut-il êtr' que Graby? -un vil assassin, L'fils d'un argousin.... -C'est asssez... ho là Que l'on ouvre la Porte aux grâc's et viv'ment! MERDRE -pardonne le Président! «Eh bien!... et Duléry? -Il était soldat, comm' Graby - Mais on ne peut pas Comparer leur cas, Et c'est excessif Pour un coup d'canif D'encourir tel jug'ment..., MERDRE, MERDRE! -dit l'Président «-Son père est policier Que fabriqu'nt donc ses devanciers? -C'sont des gens d'honneur, De brav's travailleurs... -Bon! leur fils va voir Le danger d'avoir De semblables parents, MERDRE! au poteau!» fait l'Président! «Père UBU, mon p'tit chou, Allons voyons quand cess'rez vous Ces bourdes cruell's Et présidentielle? Vraiment on croirait Qu' vous les fait's exprès: Le peuple est mécontent J’l’EMMERDRE... gouaill' le Président! (Du 14 au 20 septembre 1910) Liabeuf. L'affaire Liabeuf qui lit un bruit énorme dans toute la France fut -en somme -un ignoble chantage policier. Arrêté vers la fin juillet 1909 par deux agents en bourgeois qui prétendaient l'avoir vu recevoir de l'argent d'une femme sur la voie publique, le tribunal correctionnel -sur leur témoignage -lui infligea 3 mois de prison et 5 ans d'interdiction de séjour. Les agents avaient menti. Liabeuf jura de se venger. Après avoir purgé sa peine il revint à Paris et cette infraction lui valut encore 1 mois de prison. Libéré, il retrouve du travail, d'autant plus que ses patrons avaient de lui une très bonne opinion. Il était passé maître dans sa profession de cordonnier. De nombreux témoignages concordaient: à savoir que Liabeuf était un bon ouvrier sobre, habile et courageux, qualités singulièrement incompatibles avec l'accusation jadis portée contre lui: d'être un souteneur et un apache. Dans la crainte d'être encore arrêté, harcelé qu'il était par la police des moeurs, il se confectionna minutieusement à l'aide de cuir et de semences: deux formidables brassards! Inévitablement il y eut rencontre avec les agents -bagarre terrible et Liabeuf succomba sous le nombre; malgré son âpre défense il reçut un coup de sabre dans la poitrine après avoir à coups de revolver et de tranchet, abattu l'agent Deray. Condamnation cette fois à la peine de mort. Un manifeste de recours en grâce adressé à Fallières malgré l'opinion publique et l'insistance de ceux qui l'avaient signé: Séverine, Rochefort, Anatole France, Jaurès, Léon Bailby, Camille Pelletan, l'Abbé Lemire, Jacques Dhur, Henri Maret, Edouard Drumont, Steinlen, etc. Liabeuf proclama au moment de son exécution: «J'affirme que je ne suis pas un souteneur! -Quand même, je ne suis pas un souteneur!» La Guerre Sociale. La Mort De Madame Liabeuf. L'assassin, c'est Lépine. Madame Liabeuf est morte. Le prolétariat de Saint-Etienne a lait à cette mère, de solennelles et grandioses funérailles. Ne pouvant être présents, c'est de tout coeur nous nous sommes associés à cette manifestation nécessaire. Mais alors que le crime policier vient de faire s'ouvrir une tombe nouvelle, nous nous faisons un devoir de dénoncer encore le responsable. Tous les grands noms de tous les partis s'étaient associés pour réclamer la grûce de Liabeuf, victime d'une affreuse erreur judiciaire. La France ouvrière s'était par de vastes meetings, associée à cette requête. Pour couvrir les gredins de son abjecte police des moeurs, le préfet de police opposa son veto à ce recours en grâce. Avec une sauvage ténacité, il exigea la tête de la victime de ses argousins. Le roi fainéant de l'Elysée la lui jeta lâchement. Et la vieille mère est morte, tuée de douleur, sans avoir eu la consolation d'être vengée. La Guerre Sociale. (Du 12 au 18 avril 1911) Dulery. Pauvre petit pioupiou exécuté à Biribi «dans les formes légales» pour avoir blessé légèrement d'un coup de canif un ignoble chaouch qui le «passait à tabac». A La FAçon De Barbarie. Air: A la façon de Barbari mon ami Depuis le temps que Nicolas, Ce tapeur plein d'astuce, Fait chez nous, après chaqu' gala, Un nouvel emprunt Russe: A notre tour, allons-nous donc La faridondaine, la faridondon Emprunter quelque chos' chez lui Biribi En son pays de Barbarie Mes amis? «Emprunter»? après tout, faut pas Qu'ce mot vous estomaque! Ce qu'on doit emprunter là-bas C'est... le knout des cosaques! Pour mater les apach's -dit-on - La faridondaine, ... On veut nous apporter ici, Biribi Cette façon de Barbarie Mes amis! On n'supprim'rait à c'régim'-là, Ni l'vic', ni la misère (Ni la polic' qui rend hélas! Les apach's nécessaires -) Mais quand l'Peuple bronche... ai-donc! La faridondaine, ... On pourrait le traiter aussi Biribi A la façon de Barbarie Mes amis! Voyez-vous comm' ça s'rait chic Pour Lépine et ses «vaches» D'pouvoir nous m'ner comm' des Moujiks A grands coups de cravaches? Pour Briand quell' jubilation La faridondaine, ... D'nous voir assaisonnés ainsi Biribi A la façon de Barbarie Mes amis? I' n'manqu' que c'dernier avatar Pour que notr' République A l'Empir' du P'tit Pèr' Fouettard Soit dev'nue identique: S'il arriv' nous nous souviendrons La faridondaine, ... Que l'on jett' des bomb's en Russie Biribi Contr' les façons de Barbarie Mes amis! Mais espérons que l'fouet n'plaqu'ra Ses caresses brutales Qu'sur l'rable des vieux magistrats, Dans les maisons spéciales: Chacun s'amuse à sa façon, La faridondaine, ... Mais qu'on n'nous impos' pas aussi Biribi Le petit jeu de Barbarie Mes amis! (Du 21 au 27 septembre 1910) La Grève Des Charcutiers. Air: Andouill's -Marche (Dranem) (En avant le bataillon des Andouilles) Les patrons charcutiers ont fait appel aux ouvriers allemands, mais ceux-ci se sont refusés à remplir le rôle de jaunes. Les Journaux. L'autr' jour dans Paris v’là qu'les charcutiers, Plaquant en cinq sec leur cochon d'métier Où l'salaire est mince et rud' le boulot! S'sont mis à chanter cet air rigolo: Refrain. «Halte là! ne faisons plus les andouilles Et qu'les patrons pendant c'temps-là se débrouillent: S'ils n'veul'nt pas y mettr' le prix Pour fair' fair' leur cochonn'ri'... Trou la la la la la la Les andouill's rest'nt là!» Alors les patrons qui voulai'nt manger -Sous l'affair' Dreyfus -tous les étrangers, Oubliant soudain leurs ressentiments, Ont fait l'embauchag' d'ouvriers aU'mands: Refrain. «Qu' voulez-vous? pourvu qu'on fass' nos andouilles Dans l'commerce i' faut qu'on se débrouille: Y-a des fois qu'la cochonn'ri' Fait oublier la Patri'... Trou la la... Les andouill's sont là!» Mais les ouvriers venus d'Outre-Rhin, S'rendant compt' des chos's en sautant du train, S'sont mis à leur tour en d'voir de chanter, En un bel accès d'solidarité: Refrain. «Dans ce cas nous ne f'rons pas les andouilles Et qu'les patrons à leur ais' se débrouillent: Nous n'ferons par d'cochonn'ri's A nos frèr's de c'pays-ci... Trou la la... Qu'les andouill's rest'nt là» Maintenant, que vont faire les patrons? -Si vous tenez bon, les patrons cèd'ront! Et cett' grèv' malgré l'dir' des plaisantins Ne finira pas en... eau de boudin! Refrain. Charcutiers! ne fait's pas les andouilles Et qu'les patrons pendant c'temps se débrouillent Ceux qui travaill'nt en c'moment Y-a d'quoi leur crier vraiment Trou la la... Les andouill's, les v'là! (Du 28 septembre au 4 octobre 1910) Chanson Pour La Classe. Air: La terre (J. Jouy) Petits conscrits de vingt ans, Ohé la classe!... en partant A l'Armée, Si l'un d'entre vous ne sait Pas encor ce que c'est Que l'Armée, Hâtez-vous donc d'entonner Avant d'être bâillonnés Par l'Armée, Cette petite chanson Pour tuyauter ce garçon Sur l'Armée C'est l'exil du nid chéri Où tes amours ont fleuri Que l'Armée! Adieu les petits mots doux On va t'en foutre, mon chou Dans l'Armée: En entendant résonner Les jurons des galonnés De l'Armée Hélas! bien souvent ton front Frémira sous les affronts De l'Armée... Morne et docile troupeau Amassé sous un drapeau: C'est l'Armée! Petit bleu, malheur à toi! Si tu ne marches pas droit A l'Armée Car les bagnes algériens Ne sont pas faits pour les chiens Dans l'Armée, Et les horreurs qu'on subit Au fin fond de Biribi: C'est l'Armée La gardienne qui défend Le Capital triomphant C'est l'Armée! Si ton père et tes frangins Font grève le mois prochain, Dans l'Armée Vers l'usine on t'enverra Sac au dos et l'arme au bras Toute armée, Pour tirer sur tes parents (!): Voilà pourquoi l'on te prend A l'Armée! Ce salaud qui cravacha Un jour un de ses soldats: C'est l'Armée! Duléry mis au poteau D'autres l'y suivant bientôt: C'est l'Armée! Nos rapines de coquins Parmi les douars marocains! C'est l'Armée, Et le souvenir vermeil De Narbonne et de Draveil C'est l'Armée Mais à présent, avant tout, C'est toi! mon gâs et c'est nous Cette Armée! On verra bien, Nom de Dieu! Si l'on fait ce que l'on veut De l'Armée? Le chemin ouvert déjà Par le dix-septième est là, Dans l'Armée! Conscrit, tu t'en souviendras Tout le temps que tu seras A l'Armée! (Du 5 au 11 octobre 1910) La Carmagnole Des Cheminots. Dans toute la société (bis) Parmi les métiers exploités (bis) S'il existe un boulot Qui n'est pas rigolo Hélas! c'est bien le nôtre: Les cheminots (bis) Hélas! c'est bien le nôtre: Les malheureux cheminots! Au long des lign's entre les rails (bis) S'il est dur notr' sacré travail (bis) En revanch' nous gagnons Des masses de pognon Pour tous les actionnaires O cheminots (bis) Pour tous les actionnaires O! malheureux cheminots! Si ces messieurs par nos efforts Emplissent leur grand coffre-fort Nos gosses en ce jour Peuv'nt battre du tambour Sur leur 'tit ventre vide O cheminots (bis) Sur leur 'tit ventre vide O! malheureux cheminots! On n'veut plus crever su' l'turbin (bis) Pour nos bambins, nos bambins (bis) Crever de faim pendant Qu'un' poigné' de feignants Entassent des fortunes O cheminots (bis) Entassent des fortunes O! malheureux cheminots! Que demand’nt tous les cheminots? Chaq’ semaine un jour de repos Et pour les moins payés Qui soi’nt dans le métier Ils veul’nt la thune ronde Les cheminots (bis) Ils veul’nt la thune ronde Les malheureux cheminots Allons-y, marchons tous en choeur (bis) Et si quéqu’joyeux saboteur (bis) Pour fair’ marcher un brin La Grève, arrêt’ les trains Ils auront le sourire Les cheminots Ils auront le sourire Les malheureux cheminots Refrain. En avant! viv’ la Grève! Des cheminots! (bis) En avant! viv’ la Grève! Des malheureux cheminots! (11 octobre 1910) Cheminots, Quel Joli Sabotage! Air: Ah! Mesdames voilà du bon fromage Cheminots, quel joli sabotage! Voilà du sabotag' parfait Et Mossieu Lépin' demand' qu'est-c' qui l'a fait? Refrain. -Celui qui l'a fait... Il est de son village! Cheminots, quel joli sabotage Voilà du sabotag' parfait Et Mossieu Lépin' demand' qu'est-c' qui l'a fait? On l'appell' Chos' dans son entourage Mais un' personn' qui le connaît M'a dit qu'c'était Machin qu'il se nommait! Refrain. Celui qui l'a fait Le joli sabotage On l'appell' Chos', dans son entourage, Mais un' personn' qui le connaît M'a dit qu'c'était Machin qu'il se nommait! Ses cheveux sont noirs comm' le cirage Dans la nuit, mais il se pourrait Que l'bougre soit blond lorsque le jour paraît! Refrain. Celui qui l'a fait Le joli sabotage Ses cheveux sont noirs comm' le cirage, Dans la nuit, mais il se pourrait Que l'bougre soit blond lorsque le jour paraît! Il a l'nez au milieu du visage Et, signalement plus complet, Il paraît qu'il a du poil... sur les mollets Refrain. Celui qui l'a fait Le joli sabotage Il a l'nez au milieu du visage Et, signalement plus complet, Il paraît qu'il a du poil... sur les mollets. Il demeure on n'sait à quel étage, A Courbevoie ou Bagnolet: Pour plus d'renseign'ments d'mandez à son pip'let! Refrain. Celui qui l'a fait Le joli sabotage Il demeure on n'sait à quel étage, A Courbevoie ou Bagnolet: Pour plus d'renseign'ments d'mandez à son pip'let! S'il vous plaît d'en savoir davantage Maintenant, Môssieu le Préfet Adressez-vous donc à celui qui l'a fait! Refrain. Celui qui l'a fait Il est de son village S'il vous plaît d'en savoir davantage Maintenant, Môssieu le Préfet Adressez-vous donc à celui qui l'a fait! (Du 12 au 18 octobre 1910) Ça Va, Ça Va, La Grève Marche. Air: Meunier, Meunier, tu es cocu! (Bruant) Nous apprenons avec chagrin (bis) Qu'Brisson n'a pas pu prendr' le train Ça va, ça va, la Grève marche! C'qui fait que, de c'tt' affair'-là L'train n'marchait pas! Au banquet, Briand n'peut cacher (bis) Qu'il a chié plus qu'il n'a mangé (Ça va, ça va, la Grève marche!) L'appétit du Renégat Ne marche pas! On vient d'app'ler sous les drapeaux (bis) Tous les malheureux cheminots Ça va, ça va, la Grève marche! Car i' s'peut qu'ces bougres-là Ne marchent pas! L'métro, l'bâtiment en ce jour (bis) Vont se mettre en grève à leur tour Ça va, ça va, la Grève marche! Y-a qu'les affair's des bourgeois Qui n'marchent pas! Le «vieux bouc» a mis le grappin (bis) Sur quelques-uns de nos copains Ça va, ça va, la Grève marche! Mais pour l'arrêter... cell'-là I’ n'pourra pas! (14 octobre 1910) Vive La Liberté! Air: Vive la république -vive la liberté D'puis que l'Gouvernement pourri D'Aristid' le Cynique A déchaîné dessus Paris Ses troupeaux de bourriques On entend plus qu'un cri: Vive la République (??) C'est l'cri d'actualité Vive la Liberté! (??) «Ah! vous trouvez, bons cheminots, Votr' salair' trop modique! Moi j'vous appell' sous les drapeaux -Dit cet homme pratique - Comme ça pour la peau... Vive la République, (??) Vous s'rez forcés d'gratter Vive la Liberté (??) Vous, à qui j'ai jadis parlé D'descendre avec des piques Si j'vous entends seul'ment gueuler Contre ma politique Je vous fais tous boucler Vive la République (??) Hein! j'en ai-z-un'... Santé? Vive la Liberté (??) Mais pondez tant qu'il vous plaira Des papiers ironiques, Car j'us' pour qu'ils ne m'atteign'nt pas, D'un moyen magnifique: Sur l'marbre, tous en tas Vive la République (??) Je les fais barboter Vive la Liberté! (??)» Allons-nous toujours rester là En «boulots» pacifiques, Subissant le mors et le bât De c'régime horrifique? De bon coeur on n'criera Vive la République! Qu'quand il aura sauté... Vive la Liberté! (15 octobre 1910) Nid De Conspirateurs! Air: Viens Poupoule. Vlà comm' c'est au jour d'aujourd'hui: On n'peut plus fair' pipi Sans qu'la Rouss' vienne analyser Ce que l'on a pissé. Si quelque bon bougre, en passant, Lâche un pet innocent, Immédiat'ment un tas d'mouchards Vienn'nt lui sentir quéqu' part, Mais grâce à C'régim'-là Quel merveilleux résultat! Refrain. Aristide, Aristide, vient D'découvrir un complot Tout à fait rigolo Ho! Aristide, Aristide, bien! Mais y-a qu'un p'tit malheur! NIB de conspirateurs Le Jaune, dans son cabinet Fait en c'moment l'effet De c'goss' qui marche dans la nuit Sans rien voir devant lui: I' n'pass' personn' sur le chemin Mais le sacré gamin N'fait qu'rêver tout en marchant D'histoires de brigands; Et pris d'peur, Quell' clameur! Le v'là qu'il gueule: «Au voleur» C'est aussi le moyen classiqu' D'sauver la Républiqu' l ne bourrera jamais trop Le crâne à Mascuraud! Mais si c'est encore permis D'rire un brin à Paris, Laissez-nous devant ce p'tit jeu Nous gondoler un peu! Ah! ah! ah! Nom de d'là! Elle est vraiment bonn' cell' là Au refrain. (17 octobre 1910) Brave Chaussette A Clous. Air: Petite brunette aux yeux doux Quand l'régiment part en campagne Si la chaussett' russe accompagne Les pieds nickelés des pioupious Nous, on a la chaussette à clous! Bon bougre, par ces temps de grèves Chaque matin, quand tu te lèves, Ne va pas oublier surtout De chausser la chaussette à clous! La march' victorieus' d'une armée S'opèr' par ta grâce embaumée Chaussette russ'! Mais on s'en fout: Nous, on a la chaussette à clous! Oui, pour arranger le derrière Aux judas d’la classe ouvrière Qui vendent leurs copains pour trent' sous, Nous nous avons la chaussette à clous! EU' ne sort pas, comm' bien l'on pense, D'chez l'fournisseur des Elégances Mais elle est pratique comm' tout, Cette brave chaussette à clous! Et, pour les servic's qu'on lui d'mande, C'est la plus large et la plus grande Qui prime, soit dit entre nous, En fait de chaussette à clous! Hal'tants, effarés, mine sombre, Tous les renards grattant dans l'ombre Rentrent subito dans leurs trous Quand ils voi'nt la chaussette à clous! Dans le trait'ment de la jaunisse, Les plus incurables guérissent Quand on les frictionne à grands coups... A grands coups de chaussette à clous! Dedans les cas où la machine A bosseler, sa p'tite frangine, Fait du boulot un peu trop mou, Faut lui joindr' la chaussette à clous! Allons, bon bougre enfile et lace Tes plus formidables godasses: Tu port's ta victoire à leur bout... En avant la chaussette à clous! (18 octobre 1910) Le Sauveur. Air: Minuit Chrétien, c'est l'heure solennelle Minuit, bourgeois, c'est la fin de la grève, Et l’homm'-poisson de la place Beauvau S'en est venu chasser les mauvais rêves Qui d'puis quéqu' temps chahutai'nt vot' cerveau. Les militants gis'nt au fond de ses geôles, Sous le collier rentrent les travailleurs, Allons, bourgeois, remercier le drôle Briand! Briand! Voilà votre Sauveur! Ancien apôtr' de la grèv' générale: C'est grâce à lui que vous pourrez encor Pour quelque temps caresser d'vos mains sales L'or entassé dedans vos coffres-forts Allez, bourgeois, saluer votre maître Et cavalez bien vite à l'Intérieur Porter l'encens et la myrrhe à ce traître Briand! Briand! C'est lui votre Sauveur! Allons, bourgeois bégueules et sévères, Fait's pas d'chichis: il est pour vous grand temps De pardonner l'histoir' de Saint-Nazaire: Ouvrez-lui donc la porte à deux battants! Recevez-le au sein de vos familles Et, pour lui faire encore plus d'honneur Mariez-le avec toutes vos filles. Briand! Briand! C'est lui votre Sauveur! Pourtant, bourgeois, si c'est fini la grève! Chantez votre triomph' modestement Car, de cett' lutte où l'exploité se lève Vous ne voyez que le commencement. Comme on reçoit' toujours ce que l'on sème Il se pourrait, ma foi! que tout à l'heur' Il n'arriv' pas à se sauver lui-même, Briand! Briand! Il est frais le Sauveur! (Du 19 au 25 octobre 1910) Ce Policier-Là. Air: Elle est épatant' cett' petit' femm'-là! à Hennion -Guichard et Cie C'est un policier qu'a vraiment du nez Rien n'peut s'dérober à sa clairvoyance; Chaqu' fois qu'on l'envoi' perquisitionner Il recueill' des chos's d'un' portée immense! L'autre jour ayant gravi l'escalier D'un bougre qui perche au d'ssus du «cintième» Savez-vous c'qu'il a trouvé dès l'palier? Ben, il a trouvé qu' c'était haut, tout d'même! Refrain. Il est épatant ce policier-là, On n'a pas idé' de tout l'flair qu'il a, Il prétend connaîtr' les saboteurs Du fil à couper l'beurr'; Laissons-lui la gloir' de les arrêter; Mais un p'tit exploit dont il n'peut s'vanter. C'est d'avoir inventé ce fil-là! Dir' qu'ils sont tous comm' ça! De son oeil de lynx, avant d'pénétrer En l'antr' du dang'reux révolutionnaire, Il a rapid'ment inspecté l'carré Sans rien constater d'extraordinaire; Mais devant l'W.-C. qu'orn' les cabinets Ayant pris le temps d'faire un' courte pause Il a découvert... que c'était d'I'anglais: Pour l'mettr' sur un' pist' faut vraiment peu d'chose! Après une entré' fait' d'un pas prudent, Il a visité les meubles en douce: Il a dit -«C'est drôl’, mon nom n'est pas d'dans!» En feuill'tant un vieux dictionnair' d'Larousse; Mais r'marquant en têt' de quelques journaux, Les manchett's de nos éditions spéciales, Il a présumé d'un p'tit air finaud: «Ce gaillard doit lir'... la Guerre Sociale?» Au porte-manteau, dans chaqu' vêtement, Plongeant une main à qui rien n'échappe Il s'est exclamé: «J'tiens l'argent all'mand» C'était tout bonn'ment un' vieill' pièc' du Pape; Mais continuant sa perquisition, S'il n'a pas trouvé de bomb' meurtrière: Au laboratoire, avec précaution Il a fait porter une bonb... onnière! Puis ayant fouillé, r'fouillé, trifouillé Il est descendu, la mine ravie, Oubliant seul'ment ses propres papiers; On n'peut pas songer à tout dans la vie: Mais il n'était pas encore au second Que l'jugeant tout d'suite en un rud' langage Le bon bougre s'est écrié «quel c...» Il a dû «saisir» le reste au passage (Du 26 octobre au 1" novembre 1910) Il Avait Un Tire-Bouchon! Air: Elle avait un' jambe en bois On a traduit en correctionnelle à Paris, un homme, sous l'inculpation de port d'arme prohibée -on l'avait trouvé porteur d'un tire-bouchon. Les Journaux. D'puis quéqu's jours la Police Se dépensait en vain. Mais grâce à sa malice, Ell’ triomphe à la fin; Ell’' vient de mettr' la patte Sur un individu Dont la noirceur éclate D'façon inattendu' Car au moment D'son «emball'ment»: Il avait un tir'-bouchon Dans la poch' de son veston; On s'demande où s'arrêt'ra L'audace des scélérats? Ah! Il avait un tir'-bouchon... Afin d'tirer les bouchons Lorsqu'il voulait déboucher Des bouteill's trop bien bouché's... L'co-chon! Il avait un tir'-bouchon! «Ah! lui dit l'commissaire D'un p'tit air connaisseur, Du crim' de la Glacière Seriez-vous l'auteur? Car enfin, sapristoche! Je ne crois pas m'tromper, Vous avez dans votr' poche Une arme prohibé'! Et l'garnement R'prit cyniqu'ment: -Ça?... mais c'est un tir'-bouchon Que j'porte dans mon veston! (On s'demande où s'arrêt'ra L'audace des scélérats?) Ah! -Ça?... mais... c'est un tir'-bouchon C'est pour tirer les bouchons Lorsque j'ai-z-à déboucher Des bouteill's trop bien bouché's» L'co-chon Il avait un tir'-bouchon -«N'êt's-vous point -lui dit l'juge - C saboteur endurci Qu'a fait tant de grabuge Durant tous ces temps-ci? Car si de sabotage Vous n'vous mêliez null'ment, A quel sinistre usage Vous servait c't'instrument? Et le bandit Lui répondit: -Ben quoi?... C'est un tir'-bouchon Que j'porte dans mon veston (On s'demande où s'arrêtera L'audace des scélérats?) Ah! -Ben quoi?... C'est un tir'-bouchon... C'est pour tirer les bouchons Lorsque j'ai-z-à déboucher Des bouteill's trop bien bouché's» L'co-chon Il avait un tir'-bouchon! «Vous avez -dit Lépine - Conspiré! Sans cela Ce chos'... cette machine... Ké qu' ça viendrait foutr' là? Non, ça n'est pas la peine De m'creuser l'ciboulot Car je tiens (quelle veine!) Un' pièc' du complot» L'conspirateur Fit «Et ta soeur!» Dans l'troubl' de leur âme Les juges épatés D'voir un êtr' si infâme L'ont tout d'suite acquitté, Se disant «Pas possible D'condamner c'gredin-là Son crime est trop terrible... Fallièr's le graciera!» Rapport à ça Il s'en tira! (Du 2 au 8 novembre 1910) L'Honnête Homme. Air: Héloïse et Abailard (Aï aï ma mère, aï ai papa) (Xanro)) «Je suis un honnête homme!» (Discours de Briand.) Bons bougr's, il est de par le monde Des chos's que l'on n'se figur' pas, Mêm' l'espac' d'un' pauvre seconde, Eh oui! ma mère! eh oui! papa! Et vous allez tous rester comme Deux ronds d'flan en apprenant ça: Aristide est un «honnête homme» Aïaï ma mère, aïaï papa! Que Puech apais' la cru' d’la Seine, Qu'Rostand soit modeste et qu'Sarah N'ait guèr' dépassé la trentaine, Mon dieu! ma mèr', mon dieu! papa! Qu'un Loyson ne soit pas un' bête, A la rigueur on peut croir' ça, Mais qu'Aristide soit honnête!... Aïaï ma mère, aïaï papa! Si Briand est un honnête homme, Les crapul's et les renégats Comment faudra-t-il qu'on les nomme? Dis-donc ma mèr', dis donc papa? Dans ce cas sans aucun' réplique, Nous d'vons admettre que Judas Etait un gaillard sympathique... Aïaï ma mère, aïaï papa! Après les sal'tés qu'il a faites Comment vous expliquez-vous ça? Aristide est encore honnête! Allons, ma mèr', allons papa, Criez «Miracl'» sur son passage! S'il reste honnête, c'est comm' la Saint' Vierge a gardé son puc'lage Aïaï ma mère, aïaï papa! Aristide est un honnête homme! Qu'est-c' qui fait courir ce bruit-là? Ça s'rait bon à savoir, en somme: Est-c' toi ma mère, est-c' toi papa? Personn' n'ayant l'culot suprême D'aventurer un' chos' comm' ça: C'est Briand qui l'a dit lui-même... Aïaï ma mère, aïaï papa! (Du 16 au 22 novembre 1910) Discours D'Aristide. Devant le monument de Jules Ferry Air: Les deux gendarmes (Nadaud) Messieurs, au nom d’la République, Si, par-devant ce monument D'allure vraiment artistique Je prends la parole un moment, C'n'est pas pour autre chose, en somme, Qu'pour fair' l'élog' de Jul's Ferry... Jul's Ferry c'était un bonhomme Tout à fait dans l'genr’ de Bibi! Parfait'ment, messieurs, moi j'estime Qu'en politiqu' la Trahison Est une chose légitime Et que les traîtres ont raison: J'ai fait litièr' de mes principes Et j'ai né mon habit... Jul's Ferry, tiens! c'était un type Tout à fait dans l'genr' de Bibi Ah! je sais que lorsqu'on ajuste Une épithète au bout d'mon nom, Ce n'est pas pour m'app'ler «Le Juste» Non, Messieurs, non, mille fois non! Quels fâcheux surnoms l'on m'applique Et combien en ai-je subi? Jul's Ferry fut un sympathique Tout à fait dans l'genr' de Bibi Mais, si vil que puisse apparaître Aristide le Dégoûtant Le Vendu, le Jaune, le Traître, Messieurs, le mépris n'a qu'un temps! Et vous fait's mon apothéose En inaugurant ce... fourbi... Jul's Ferry n'était pas autr' chose Qu'un gaillard dans l'genr' de Bibi Messieurs, vous allez dir' peut-être Avec un semblant d'vérité, Qu'à ma boutonnièr' je viens d'mettre Les fleurs que j'venais lui porter? Mais bah! c'est la mêm' chos' en somme Parler de moi, c'est parler d'iui! Jul's Ferry était un grand homme Tout à fait dans l'genr' de Bibi (Du 23 au 29 novembre 1910) Les Loups. Air: Les Gueux (Béranger.) «La classe bourgeoise nous traquant comme des fauves va nous obliger à nous défendre comme des loups.» (Delpech, après le verdict de Rouen.) Parce qu'on n'veut plus être Des moutons humbles et doux Qui s’laiss'nt tondre par leur maître, On nous trait' comme des loups... Les loups, les loups! Allons, tous debout Et défendons-nous Comme des loups! Pris d'une rage incongrue, Briand, le Grand Louvetier Vient d'ordonner la battue: On nous traque sans pitié!... Notre sang rougit la terre: Liabeuf, Aernoult, Duléry Et bien d'autres prolétaires, Dessous leurs coups ont péri! Des ch'minots qui se soul'vèrent Dans la grèv' de l'autre mois, Et nos copains de la «Guerre» Sont dans les griff's des bourgeois! L'horreur de tous ces supplices Ne leur suffit pas encor: Voilà que les .chiens d'justice Condamnent Durand à mort 1 Leur meut' s'acharne à nos trousses Aboyant sur le chemin, De rag' de honte et de frousse... Qui de nous tomb'ra demain?... Les loups, les loups! Les loups, malgré tout, Ne tomb'ront pas tous Vivent les loups! Si parmi la meute sombre Qui vacarme derrièr' nous, Un grand loup sortait de l'ombre Pour venger les autres loups?... Les loups, les loups! Les loups sont à bout: Craignez leur courroux, Oui, gare aux loups. (Du 30 novembre au 6 décembre 1910) Au Lieu D'Un Pauv' Petit Pompon. (Chanson de route) Air: Tu n'manieras pas mes tétons «Voici que le pompon disparaît par ordre du Ministre de la guerre. On parle de le remplacer par le plumet» Les Journaux. C'est ben l'cas d'dir' nom d'un pompon! Que l'Minisse i-songe au troufion, Puisque grâce à sa décision: Je port'rai, tu port'ras Nous port'rons un plumet haut d'ça, Au lieu d'un pauvr' petit pompon tontaine Au lieu d'un pauvr' petit pompon ton-ton! Ça n'empêch'ra pas l'adjudant, D'nous engueuler, d'nous foutr' dedans Mais c'est égal en attendant Je port'rai, etc. Ben sûr que ça n'nous mettra pas Deux liards de graiss' dans notr' rata, Mais pour se r'fair' des mauvais r'pas: Je port'rai, etc.. Si d'aucuns tournent d’l’oeil encor Par la vacheri' du Major, Pour se consoler de leur mort: Je port'rai, etc.. Ça n'nous sauv'ra pas certain'ment D'tous les sal's vic's du Régiment, Mais quand nous s'rons saouls maintenant: Je port'rai, etc.. Si les rich's s'engueul'nt, Nom de Dieu Faudra qu'on s'batt', nous, entre gueux Mais quel plaisir de s'battr' pour eux: Je port'rai, etc... En guerr' la mitraill' balai' tout, Les pompons, les plumets itou, Et puis les gueul's qui sont d'ssous!... Je port'rai, etc.. Aussi malgré c'tt'innovation, Rien n'est changé pour le troufion, C'est toujours la mêm' position: Je port'rai, etc.. (Du 7 au 13 décembre 1910) Les Joyeusetés De La Grève Perlée. Air: La bonne aventure au gué «Tel commerçant ayant commandé un wagon de café, reçoit un wagon de charbon!» Les Journaux, En cett' grève qui ce jour, Est loin d'êtr' finie, L'sabotag' se teint' d'humour Et de fantaisie; Bons bougres pour rigoler Chantons de la Grèv' perlé': Les bonn's aventur's ô gué! Les bonn's aventures! Attendant un pardessus D'carrure spacieuse, Moussu Fallier's a reçu Un maillot d'danseuse: Un maillot mignon, rosé, Pour l'éléphant d'I'Elysé'! La bonne... etc.. D'Rostand, le sacré fiston, Ayant fait commande D'un' gross' caiss', d'un mirliton Sa surpris' fut grande: C'est chez c'pauvr' Brisson qu'on a Trimballé ces objets-là!... La bonne... etc.. Coûtant, victim' de c'gâchis, R'cevant l'autr' semaine Cent bouteill's d'eau de Vichy, Etait bien en peine: Afin de les employer S'en sert pour s'débarbouiller! La bonne... etc.. Lépine qu'affol' ce sa botage ironique, Si ça n'était fait déjà Tourn'rait en bourrique... Il a r'çu hier matin Six bell's vach's... du Cotentin! La bonne... etc.. Depuis qu'd'un cam'lot du roy Il a pris la beigne, Aristid' goûte, ma foi! Très peu les châtaignes, Aussi pour lui quel affront! D'rec'voir un sac de marrons! La bonne... etc.. Enfin, presque tous les jours Chez nous l'on déballe Des chos's qui n'étaient pas pour La «guerre sociale» Entre autres certains dossiers Plein d'documents policiers!... La bonne aventure ô gué La bonne aventure! (Du 14 au 20 décembre 1910) Noël. Air: Noël des Gueux (Richepin) Noël! Noël! Voici la nuit Où naquit autrefois Celui Qui devait délivrer les hommes: Noël! Noël! des hommes sont A cette heure même en prison, Noël! à l'époque où nous sommes! Noël! Noël! Sous les cieux blancs Descendit voilà deux mille ans Le blond enfançon de Judée, Sous le règne du Renégat (11) Noël! Noël! des gens sont là Pour avoir émis une idée! Noël! Noël! Les carillons Dégringolent en tourbillons Du haut des vieux clochers qui vibrent; Noël! Noël! Cloches sonnez: Nos amis sont emprisonnés, Et nous, sommes-nous bien plus libres? Noël! Noël! Parmi la nuit, Sonnez les cloches d'aujourd'hui Pour étouffer le bruit des crimes, Et sonnez encore une fois Pour qu'on n'entende pas les voix De tous ceux-là que l'on opprime! Noël! Noël! Les travailleurs Ne comptent plus sur ce Sauveur Qui descendit sous les cieux blêmes; Noël! le peuple exaspéré Las de souffrir et d'espérer: Songe à se délivrer soi-même! (Du 21 au 27 décembre 1910) Gloire A Rousset. Musique d'A. Mario Pour saluer la mise en accusation des assassins d'Aernoult, les Bons Bougres aimeront à chanter le poème vengeur de Gaston Couté. Plus que jamais: «vive Rousset... libre!» Aujourd'hui la Patrie a semé trop de crimes Parmi les sables de là-bas Et le peuple est lassé de pleurer les victimes Qui sont ses frères et ses gas. Dans le pays de longs murmures Ont fait place aux muets sanglots: Assez d'odieuses tortures! Il faut combler tous les silos! Refrain. Vive Rousset! que ce cri vibre, Hideux chaouchs pour vous flétrir! Vive Rousset, et qu'il soit libre C'est Biribi qui doit mourir. Le sang du pauvre Aernoult étoilait sa cellule: Mais l'ombre cernait les barreaux. Et déjà le silence, avec le crépuscule, Couvrait le forfait des bourreaux, Quand, de Rousset l'appel tragique Vint retentir comme un tocsin Dans l'enfer des bagnes d'Afrique: A l'assassin! A l'assassin! Rousset, après avoir rempli son noble rôle, Sur ses épaules de martyr, Sentit les quatre murs de son horrible geôle Plus sourdement s'appesantir. Mais, rengainez la griffe immonde Que sur sa chair vous abaissiez, Pour renifler le vent qui gronde... O vils et lâches carnassiers! Héros de Biribi, nous saluons ta gloire! Rousset, tes lauriers sont plus beaux Que les lauriers fleuris au sein de la Victoire Et moissonnés sur des tombeaux. Et vous! crevez dans votre honte Comme en un linceul empesté, En entendant ce cri qui monte Du plein coeur de l'Humanité: Au refrain. (Du 28 décembre 1910 au 3 janvier 1911) Gloire A Rousset. Son acte est vraiment admirable. Témoin de l'assassinat d'Aernoult, il n'hésita pas à dénoncer le crime commis, à nommer les coupables et à se déclarer prêt à en témoigner devant n'importe qui. Alors que la plupart du temps, les disciplinaires témoins des actes de sauvageries à Biribi, se taisaient par peur des représailles terribles des chaouchs, Rousset n'hésita pas. Il savait ce que cela devait lui coûter: le cachot, les menaces, les tortures, le conseil de guerre, la condamnation. Cet homme, un héros celui-là, n'a pas tremblé un seul moment, il a crié ce qu'il avait vu, ce qu'il savait. Il paye actuellement dans un de ces bagnes abominables qui sont la honte de l'humanité son acte courageux et son geste héroïque. Et cet homme est un de ceux que l'opinion publique, trompée par les journaux bourgeois, appelle des «Apaches», c'est un hors-la-loi! C'est un malhonnête homme! Il est à Biribi. La Guerre Sociale (Du 23 février au 1er mars 1910) La Chanson Des Fils. Air: La Chanson du fil (X. Privas) Saboteur des plus habiles, Sous tes cisailles agiles (12) Quand les fils tombent avec Un malin petit bruit sec, Une sourde mélopée De tes lèvres échappée Tandis que tu te défil's Chante ce destin des fils... Pour qu'en haut lieu l'on en tire Matière à sage leçon, Bon bougre, nous allons dire Ta chanson! Fils de couleur sombre, Sur tous les réseaux Manquent un grand nombre De bons cheminots Dans la nuit confuse C'est vous qui paierez Pour ceux qu'on refuse De réintégrer; Vengeance bénie: Sautez et dinguez, Fils des Compagnies, Pour les révoqués! En cette heure brève, Pour Ceux-là qui sont Depuis notre Grève Au fond des prisons, O fils que j'honore De mes ciseaux noirs, Il faut choir encore Une fois ce soir! Si demain nos frères Ne sont parmi nous Et justice entière Accordée à tous, Les longs fils sonores, Les fils sous la main Tomberont encore Demain! (Du 4 au 10 janvier 1911) Pitou Lit La Guerre Sociale. Air: L'anatomie du conscrit Aussi vrai que j'm'appell' Pitou Je n'm'en r'sens pas pour les lectures Et j'lisais trois fois rien du tout Avant qu'arriv' c'tt'aventure: Gesticulant, grinçant les dents L'autr' jour v’là l'colon qui s'emballe Et qui pari' comm' çà d'foutr' dedans Les ceuss's qu'auraient la «Guerr' Sociale» La «Guerr' Social'?» -que j'réfléchis - Ké qu' c'est qu'ce fourbi délétère?... J'saisis 'cor pas tous les chichis De c'sacré métier militaire! J'fourr' le doigt d’la perplexité Au plus creux de mes foss's nasales, Sans pouvoir me représenter C'que pouvait êtr' «la guerr' sociale»! De cett' gymnastiqu' ne gardant Qu'un' migraine carabinée, Le lendemain, j'vois l'adjudant Qui rapplique dans la chambrée: Là! v’là-t-y pas c'bougr' de cochon Qui fait prendr' l'air à notr' ling' sale Et qui chahut' nos polochons Afin d'trouver la «Guerr' Sociale» «Au fait -que j'iui dis, timid'ment - Mon adjudant, voulez-vous m'faire La grâce d'un p'tit renseign'ment: Ké qu' c'est donc enfin qu'cett' affaire? -Foutez-d'moi? L'drapeau dans l'fumier! S'pèc' d'andouille!... Internationale!... Comprenez pas! Bêt' comm' vos pieds - Nom de dieu! quoi! la Guerr' Sociale! Cett' lumineuse explication, En mon entend'ment difficile, N'apporta pas un' solution, Mais l'dimanch' promenant en ville, Chez le marchand d'journaux du coin J'vois un p'tit canard qui s'étale, J’l’achète et je l'zieut', sans témoin... Tiens, tiens... C'est ça la «Guerr' Sociale»! «Foi d'Pitou! y a d’la vérité! Et cett' machin'-là m'intéresse -»: Depuis j'trouv' moyen d'dégoter Tous les numéros qui paraissent; Je m'imbib' comm' ça, tout du long D'tout's les idé's qui s'en exhalent... Dir' que c'est la faut' du colon Si j'Hs maint'nant «la Guerr' Sociale». (Du 11 au 17 janvier 1911) L'Election Du President De La Chambre. Air: Le joueur de luth Les «quinz' mill'» pleins d'émotion (bis) Caus'nt encor de l'Election (bis) Mais les bons bougr's en c'tt'affaire N'voient rien d'extraordinaire: Un fauteuil de président N'est pardieu! pas fait pour rester vide, Un fauteuil de président C'est fait pour mettre un cul d'dans! Qu'on hisse le vieux Brisson (bis) Ou Popaul le beau garçon (bis) Dessus le siège suprême Au fond l'résultat est l'même: Un fauteuil, etc.. Brisson triste et solennel (bis) N'a sans dout' pas d'Deschanel (bis) Le physiqu' plein d'élégance, Mais ça n'a pas d'importance Un fauteuil de président N'est pas fait pour poser la figure, Un fauteuil de président C'est fait pour mettre un cul d'dans! L'malheur c'est qu'ce cul nous r'vient (bis) A nous, braves citoyens (bis) Qu'les p'tits calculs intéressent A trente mill' francs la fesse! Un fauteuil de président A c'compt'-là n'restera jamais vide, Un fauteuil de président Y aura toujours un cul d'dans! Le cul d'Paul ou l'cul d'Henri (bis) Y a pas d'différenc' de prix (bis) Et pour nous, ces bons apôtres N'en feront pas plus l'un qu'l'autre: Le fauteuil de président! Qu'voulez-vous franch'ment qu'ça nous foute? Le fauteuil du président, Qu'un cul ou l'autr' soit d'dans? Brisson est élu! C'est bon? (bis) L'«vieil homme» au Foli's Bourbon (bis) Triomph' comme à la R'naissance Rapport à cett' circonstance: Un fauteuil de président N'est pardieu! pas fait pour rester vide; Un fauteuil de président C'est fait pour mettre un cul d'dans! (Du 18 au 24 janvier 1911) Le Beau Geste Du Sous-Préfet. Air: Ça vous fait tout d'mêm' quelque chose «A Epernay, M. Nepoty, sous-préfet, a pris l'initiative de faire placarder dans les communes viticoles le discours de M. Briand!» Tandis que les riches fraudeurs Qui n'connaiss'nt pas d'anné's mauvaises Se livrent tous avec ardeur A leurs petites combinaises, En Champagn' les pauvres vign'rons D'puis les vendang's se serr'nt la panse, Et pourtant r'connaissons qu'ils ont -Dans leur malheur -un' sacré' chance! Si les braves gens d'Epernay N'ont plus rien dans leurs cav's moroses Ils ont 'core un bon sous-préfet Et ça... c'est tout d'mêm' quelque chose! Les cloch's s'étant mis's à clamer De désespoir, au sein de l'ombre, Et les paysans affamés A circuler en troupes sombres; Devant ces manifestations De la misère champenoise, Un' grand' poussé' de compassion Remua son âme bourgeoise «Il serait tout à fait urgent Avec les moyens dont j'dispose De fair' quéqu' chos' pour ces brav's gens. Y a pas, il faut fair' quelque chose! Se mettant en quatr' pour tirer De cette détresse infinie Ses malheureux administrés, Il eut un éclair de génie: Moyen superbe et... radical Pour apaiser les ventres vides I’ vient d'leur offrir le régal... Du dernier discours d'Aristide l'r'gar' pas à la quantité Des grand's affich's que l'on appose! Quand y a vraiment nécessité M'sieu Nepoty fait bien les choses! La manne du bon sous-préfet Pleut sur les plus humbles campagnes... Ce Nepoty! hein, quel succès! C'est le sauveur de la Champagne; Pendant c'temps les malheureux gas A qui l'on présente en pâture Les boniments du Renégat Continu'nt à s'mettr' la ceinture- Refrain. Hélas! pauvres vign'rons sans vin Rincez-vous l'oeil avec cett' prose. Mais si vous n'voulez crever d'faim I' s'ra prudent d'trouver autr' chose. (Du 25 au 31 janvier 1911) Cantique A L'Usage Des Vignerons Champenois. Air: Esprit saint, descendez en nous / «En Champagne, à Vandières, des vignerons ont résolu, en raison des poursuites exercées pour la perception des impôts, de ne laisser pénétrer aucun huissier sur le territoire de la commune et de ne rentrer dans la légalité qu'après avoir reçu les satisfactions qu'ils réclament.» Havas. Depuis l'temps qu'vous vous foutez d'nous, C'est bien notre tour après tout, De nous foutre un petit peu -Oui messieurs - De nous foutre un p'tit peu de vous! Le percepteur passe chez nous: -«Bonn's gens, faut abouler vos sous! -Ah! Mossieu le percepteur Et voir' soeur? A-t-elle autant d'barb' que vous? Le percepteur adress' chez nous Maintenant des p'tits billets doux De toutes les couleurs Tous en... choeur - Les gâs, les gâs, torchez-vous! Voilà l'huissier qui vient chez nous: -Vilain oiseau, que voulez-vous? -Je venais à propos D'vos impôts Je venais pour saisir tout! -Eh! bien! alors, rentrez chez nous Si ces chos's-là sont dans vos goûts Vous aurez le plaisir D'y saisir Un coup d'pied... vous savez où? (Du 1er au 7 février 1911) AU 22ème. Chanson de route. Air: Auprès de ma blonde La 2e Batterie du 22 eRégiment d'Artillerie, casernée au quartier Noailles, a refusé de monter à cheval en disant que la nourriture était insuffisante et que l’«ordinaire» faisait des économies exagérées au préjudice des hommes. L'Intransigeant. Quand j'étais chez mon père (bis) Avant d'venir ici, (bis) Ma pauvre mère était fière De mon bel appétit... Refrain. C'est au vingt-deuxième Qu'il fait bon, fait bon, fait bon... C'est au vingt-deuxième Qu'on m'a fait servir! Il n'y a pas en France (bis) D'régiment mieux choisi (bis) Pour les gâs qu'ont la chance D'êt' dans l'même cas qu'Bibi (au refrain.) Les vieux m'ont dit d'apprendre (bis) C'que c'est qu’l’économie: (bis) C'est aux dépens d'mon ventre Qu'on me l'apprend ici! Si comme nourriture (bis) Tu n'aim's pas l'sing' pourri (bis) T'as qu'à t'mettr' la ceinture, Comme on dit à Paris! Pour la façon charmante (bis) Dont je me trouv' nourri (bis) Vlà mes boyaux qui chantent.. La gloir' de la Patri'! Mais chos' pas ordinaire (bis) Dont je reste ébahi (bis) Si je n'y mange guère J'me fais bien chier ici! (Du 8 au 14 février 1911) Berceuse Du «Dormant.» Air: Le p'tit quinquin Dans toute la région du Nord, les mamans pauvres ont l'habitude de confier leurs bébés à une soigneuse. Puis elles s'en vont gagner leur vie à la fabrique, à l'usine, dans les tissages. La soigneuse a beaucoup d'enfants à garder. Pour ne pas être dérangée elle leur fait boire le «dormant» qui est une décoction de tête de pavot! Le petit bébé gorgé d'opium... s'endort. Marcel Sembat (Les Hommes du Jour). Voyant pour l'usin' partir sa mère, Le pauvr' ‘tit «quinquin» abandonné, Dans ses langes gris de la Misère S'débat en gueulant comme un damné! Alors la vieille «soigneuse», En manière de berceuse Grogn' tout en faisant Téter sa drogue à c't'innocent! Refrain. Tiens, vlà du «dormant» Ch'tit garnement Qui gueul' tout l'temps... Tu ne gueul'ras plus Lorsque tu l'auras bu! Voyant les richess's qui sont sur terre, L'«gosse au dormant» ayant grandi, Devant l'injustic' de sa misère Commence à r'sauter comme un maudit: Alors, arrive le Prêtre Qui sert au malheureux être Une décoction De tous les pavots d’la R'ligion... A vingt ans, n'ayant rien su' la terre, Qu'est-c'qu'il irait faire au régiment? Se battr' contr' des frèr's de misère: Ça ne lui sourit aucunement! Mais on l'saoûl' comme un' bourrique De sottis's patriotiques! Nom de dieu, qu'c'est beau La gloire et l'honneur du drapeau! Plus tard, sombre esclav', noir prolétaire, Sentant en son coeur l'orag' monter, A bout d'injustice, à bout d'misère, Il est sur le point de s'révolter; Pour le fair' tenir tranquille Son député, brave «quinz'-mille» A coups d'boniments Vient lui foutre encor du «dormant» (Du 15 au 21 février 1911) Mouchards Amateurs. Air: L'expulsion des princes Aujourd'hui le «Matin» offre une prime de 1.000 francs à celui qui découvrira l'auto mystérieuse! (18 février 1911) L'«Matin» pour activer l'élan Vers l'azur et vers la lumière Des biplans et des monoplans Fit l'circuit d'I'Est, l'anné' dernière; Depuis il a trouvé plus fort: Et maintenant il encourage Un tout autre genre de sport Que l'on appell' le mouchardage! Vraiment nous n'avions pas assez, Pour empester notre existence, De tous les mouchards engraissés Au râtelier d’la Préfectance? Grâce à cette annonc' dont l'horreur En première page s'étale, Des tas de mouchards amateurs, Vont surgir dans la Capitale! -Mill' ball's -Allons, vite au turbin, Vous qui suivît's les aventures D'Sherlock Holmes, d'Arsèn' Lupin, Tirez profit de vos lectures: Manoeuvrez si subtilement Qu'à votre flair rien ne résiste, Allons! bonn's gens, c'est le moment, Qui n'a pas sa petite piste? Allons, en route mes bonn's gens, Et que nos voeux vous accompagnent; Parmi vous, les plus diligents Se sont déjà mis en campagne: C'matin j'ai trouvé mon pip'let Qui de sa dextre aventureuse, Fouillait dans mes lettr's, il cherchait Des trac's de l'auto mystérieuse! S'fourrant partout, à tout instant, On connaissait une certaine «Mouche du coche» dans le temps, Au temps du Père La Fontaine Comme elle, vous fourrant partout, Bonn's gens, qu'exit' ce billet d'mille, Aujourd'hui, nous aurons en vous Les mouchards de l'automobile! (Du 22 au 28 février 1911) Adieux A Aristide. Air: Tu t'en vas et tu nous quittes! Tu t'en vas et tu nous quittes, Tu nous quitt's et tu t'en vas; Tu peux t'trotter au plus vite Aristide... on n'te r'tient pas. Tout l'mond' te dit ici Au revoir... et merci! En souvenir de ton passage Plac' Beauvau, charmant séjour, Emporte, dans tes bagages, La girofle' de Lacour: Tu peux y joindre tes Seiz' voix d'majorité! Emporte ce surnom sinistre Qui vint se plaquer un jour Sur ta gueule de ministre Et qu'tu garderas toujours: Briand le renégat! Emport' ce surnom-là! Emporte toute la haine Des malheureux cheminots: Ceux dont tu doublas la chaîne Ceux qui sont dans les cachots; T'auras, en vérité, Un' rud' charge à porter! Ce règn' d'horreur et de honte Dont enfin voici le bout, Ton règne, Aristide, compte Un heureux jour malgré tout: Et c'est -comm' par hasard - Le jour de ton départ! Tu t'en vas et tu nous quittes, Tu nous quitt's et tu t'en vas; Disparais parmi la suite Du cortèg' de Mardi Gras: Sal' pantin, c'est l'moment Allons, ouste!... Fous l'camp! (Du 1er au 7 mars 1911) Complainte Des Terr' Neuvas. Air: Les marins de Groix. Y faut qu'tout l'mond' mange ici-bas: (bis) C'est-y pas vrai, les Terr' Neuvas? Ma traderi tra la la Ma traderi tra la lère! Nous autr's si l'on part su' l'batieau: (bis) C'est pour qu'i's mang'nt, tous nos petiots Ma traderi, etc.. Des fois l'un d'nous, tomb' dans la «mé»: (bis) Comm' dans un' grand' gueule affamé' Ma traderi, etc.. Tant pis pour lui le pauvr' garçon: (bis) Faut qu'i's mang'nt aussi les poissons! Ma traderi, etc.. Les ceuss's qui restent après ça (bis) S'mett'nt à pêcher ces poissons-là.. Ma traderi, etc.. S'mett'nt à pêcher avec ardeur: (bis) C'est pour engraisser l'armateur! Ma traderi, etc.. I' faut qu'tout l'mond' mange ici bas: (bis) Ya qu' nos petiots qui ne mang'nt pas... Ma traderi, etc.. Puisque l'on n'gagn' pas su' l'batieau (bis) De quoi fair' manger nos petiots! Ma traderi, etc.. Alors qué qu'on va fout' là-bas?... (bis) C'est-y pas vrai les Terr' Neuvas Ma traderi tra la la Ma traderi tra la 1ère. (Du 8 au 14 mars 1911) Les Pieces Sociales De M. Paul Bourget. Air: Le rondibé du radada! On joue en ce moment «Le Tribun» au Vaudeville! J'adore me fair' saboter Au five o'clock, en prenant l'thé: Pourvu qu'mon flirt se trouve là? Mon mari est au syndicat Qui joue au baccarat. Ah! ah! Nom de dieu, marquise, Cette toilette est d'un goût! Et de vous voir tout simplement exquise C'est un plaisir bien doux! Les socialist's et les grèvist's Tous ces gens sont des anarchist's I's peuv'nt aller à la Santé Mais laissez-moi vous demander Où pass'rez-vous l'été? Ah! ah! Moi ça m'est égal, N'import' quell' plag' je m'en fous! Mais sur les bords de la... Grèv' générale On dit qu'il fait si doux! L'Prolétariat, le Patronat, La mazurka et caetera... Viendrez-vous à mon prochain bal? Cotillon et question social' J'n'entrav' que pouic et dall' Ah! ah! Ça n'fait rien marquise Bien qu'on n'y pige rien du tout Les pièc's social's de Bourget, quoi qu'on dise, C'est un plaisir bien doux! (Du 22 au 28 mars 2011) On Les Emm...! Air: Le Midi bouge Vlà les Patriotards Qui r'font du pétard: Ils recommencent A gueuler d'menaçants «Vive la France!» Au nez d'tous les passants... Un' deux! On les emmerde (bis) Un' deux! Nous nous foutons bien d'eux! M'sieu Bunau-Varilla Réclame avec éclat -Au nom d’la France - Qu'on n'vend' plus su' l'boul'vard Qu'les bourd's intenses De son sacré canard Un' deux, etc.. L'dramaturge Téry Veut régner sur Paris Sans concurrence: Il exig' qu'on n'jou' plus -Au nom d’la France - Que ses pièc's de cocu... Un' deux, etc.. D'vant la Colonn', Gohier N'peut passer sans crier: -Au nom d’la France! - Je fais essoriller L'premier qui pense Qu'c'est pas moi qui l'ai chié... Un' deux, etc.. Tous les fils à papa Font d’la charpi' déjà -Au nom d’la France! - I's veul'nt ces chers petits A l'ambulance Panser nos abattis Un' deux, etc.. Malgré tout le boucan Qu'ils font en invoquant Le nom d’la France, Légers biplans, flottez Dans l'ciel immense Au nom d'l'Humanité Refrain. Un' deux! On les emmerde (bis) Un' deux! Nous nous foutons bien d'eux! (Du 29 mars au 3 avril 1911) Serenade A M. Vautour. Air: La sérénade du pavé. L'union syndicale des locataires avait invité ses adhérents à se joindre à la manifestation des familles nombreuses afin de protester contre l'augmentation des loyers. Si nous chantons sous ta fenêtre, O sinistre Mossieu Vautour, Notre chanson ne va pas être Une douce chanson d'amour; Nous connaissons ton coeur de pierre Tous les coeurs des proprios sont Taillés dans la même matière Que les murs gris de leur maison! Refrain. Sérénade des locataires Dont on augmente le loyer Vole pour les propriétaires En train de roupiller... Sérénade des locataires Va-t-en saboter sans pitié Le sommeil (bis) des propriétaires! Si nous chantons sous ta fenêtre, Toi qui dors près d'un coffre fort Où la misère d'un tas d'êtres Se condense en quelques sacs d'or; C'est pour te dire, ô vieux rapace Si ton coffre n'est plein encor, Nos coeurs où la fureur s'amasse Aujourd'hui sont pleins jusqu'au bord Si nous chantons sous ta fenêtre Avec ces accents enragés, C'est pour te dire, ô notre maître, Que les temps vont bientôt changer: Il approche le grand Orage Dont l'aile viendra balayer Ton gros immeuble à six étages Niche à pauvres, mine à loyers! Si nous chantons sous ta fenêtre A pleines gueules: «ça ira! A la lanterne il faut les mettre Les Proprios on les pendra!» C'est pour te donner une idée De l'affreux terme qu'un beau jour Aux mains d'une foule excédée Tu devras payer à ton tour!... Si maintenant, sous ta fenêtre Notre chant vengeur retentit Proprio qui nous as fait mettre A la porte avec nos petits, C'est pour qu'en ta chambre bien close Il vienne à pénétrer, changeant En cauchemars tes songes roses... Qui sont pour toi rêves d'Argent. (Du 12 au 18 avril 1911) Ces Choses-La. Au Vigneron champenois. Air: Ce qu'une femme n'oublie pas. Lorsque t'entendais parler au village, Brave homme à la têt' dur' comm' ton sabot, De l'Action directe et du Sabotage, Tu restais vitré comme un escargot; Calme paysan des coteaux tranquilles, Au fond d'ta jugeot' tu pensais comm' ça: «C'est des inventions des gâs de la ville Et, moi, je n'peux pas comprendr' ces chos's-là!» Si les exploiteurs qui pressur'nt tes frères, Pauvres ouvriers, pauvres citadins, Font l'geste d'abattr' leurs griff's sur ta terre Ta vieill' «comprenoir» se réveill' soudain: Paysan, t'es pas si bêt' qu'on suppose Ni qu'tu veux l'faire croir', sacré nom de d’la! Si ton intérêt se trouv' mis en cause T'as rud'ment vit' fait d'comprendr' ces chos's-là! Aujourd'hui, voilà c'qui s'pass' dans la Marne D'après les dernièr's nouveil's des journaux: Au sac des celliers la foule s'acharne Brisant les bouteill's, crevant les tonneaux; Les ruisseaux débord'nt de flots de champagne Et les vign's avec leurs grands échalas Sont comm' des bûchers au coeur des campagnes... Foutre! t'as grand'ment compris ces chos's-là! Esclav' des usin's, esclav' de la terre, Les voeux de nos coeurs sont les mêmes voeux: Tous deux nous souffrons de la mêm' misère. Nous avons le même ennemi tous deux! Paysan, mon vieux, allons, que t'en semble? Pour la grande lutt' qui bientôt viendra, Donnons-nous la main et marchons ensemble A présent que t'as compris ces chos's-là! (Du 12 au 18 avril 1911) Nouveau Credo Du Paysan. Air: Le Credo du Paysan. -Nous ne voyons de salut qu'en la Révolution! -disent les vignerons. Les Journaux. Bon paysan dont la sueur féconde Les sillons clairs où se forment le vin Et le pain blanc qui doit nourrir le monde, En travaillant, je dois crever de faim; Le doux soleil, de son or salutaire, Gonfle la grappe et les épis tremblants; Par devant tous les trésors de la terre, Je dois crever de faim en travaillant! Refrain. Je ne crois plus, dans mon âpre misère, A tous les dieux en qui j'avais placé ma foi, Révolution! déesse au coeur sincère, Justicière au bras fort, je ne crois plus qu'en toi! (bis) Dans mes guérets, au temps de la couvraille, Les gros corbeaux au sinistre vol brun Ne pillent pas tous les grains des semailles: Leur bec vorace en laisse quelques-uns! Malgré l'assaut d'insectes parasites, Mes ceps sont beaux quand la vendange vient: Les exploiteurs tombent dessus bien vite Et cette fois, il ne me reste rien! Au dieu du ciel, aux maîtres de la terre, J'ai réclamé le pain de chaque jour: J'ai vu bientôt se perdre ma prière Dans le désert des deux vides et sourds; Les dirigeants de notre République Ont étalé des lois sur mon chemin, D'aucuns m'ont fait des discours magnifiques, Personne, hélas! ne m'a donné de pain! Levant le front et redressant le torse, Las d'implorer et de n'obtenir rien, Je ne veux plus compter que sur ma force Pour me défendre et reprendre mon bien. Entendez-vous là-bas le chant des Jacques Qui retentit derrière le coteau, Couvrant le son des carillons de Pâques: C'est mon Credo, c'est mon rouge Credo! (Du 19 au 25 avril 1911) Complainte De L'Estropie. Air: Le vieux mendiant Un soldat du 35e d'Artillerie à Vannes, François Thépaut, fut blessé à la jambe par une ruade de cheval. Soigné à l'hôpital, il demeure infirme et doit se servir de béquilles pour marcher. Avant hier un ordre du Ministère ordonne de renvoyer Thépaut dans sa famille et lui alloue la somme dérisoire de 200 francs à titre d'indemnité. Thépaut refuse et pleurant à chaudes larmes, dit «qu'il ne partirait pas». On parvint à le déshabiller et à le revêtir d'effets usagés; puis quatre hommes, commandés par un maréchal des logis, l'expulsèrent du quartier et le remirent entre les mains de gendarmes qui l'attendaient à la grille et le conduisirent à ta gare! Paris -Journal. J'étais un gaillard bien bâti Et l'Major ne trouvant pas d'vices Dans l'fonctionn'ment d'mes abattis, M'a dit: «t'es bon pour le service! Un bougre comm' toi, mon fiston, Ça doit servir dans l'artill'rie!» -Merci m'sieu l'Major!... Et chantons Les louanges de la Patrie! Là-bas on m'fourre un canasson Qu'avait l'cul comme un' petit' folle; Un jour, i' m'colle un coup d'chausson Vlan, au travers des deux guibolles: A l'hôpital, portez-moi donc Comme un paquet de chair meurtrie... Et chantons, les copains, chantons Les louanges de la Patrie! Maint'nant, c'gâs, dont l'Major avait Palpé les abattis solides, O régiment, qu'en as-tu fait? -«Je ne suis plus qu'un invalide! - En m'en nant au canton Que r'trouv'ra ma pays' chérie « -Un pauvr' béquillard! -Et chantons Les louanges de la Patrie! De quoi? Tu t'mets à rouspéter Tu chial's et tu fais des grimaces, Tu t'obstin's espèc’ de moch'té, A n'pas vouloir vider la place? Allons! à la porte illico, Qu'on l'empoign'... sans cérémonie Et chantons! -Ah! les saligauds! - Les louanges de la Patrie! Chez nous les gens viv'nt en piochant, Du mois d'janvier au mois d'décembre: Pour arracher son pain d'son champ On a pas trop de tous ses membres! J'peux plus poser mes ripatons: Comment fair' pour gagner ma vie? -Tiens, voilà deux sous! -Et chantons Les louanges de la Patrie! C'est pour ça que vous me trouvez, Clochetant et portant besace, Sur le chemin que vous suivez Entendez-vous conscrits d’la classe? A présent que j'vous ai conté L'histoir' de mes patt's démolies, J'pens' que vous allez tous chanter Les louanges de la Patrie! (Du 26 avril au 2 mai 1911) Premier Mai. Air: Le temps des cerises (J.-B. Clément) C'est le Premier Mai. Debout, camarades! Pour les travailleurs, pour les ouvriers, C'est un jour de fête! Et tous, aujourd'hui, relevant la tête, Désertent l'enfer de leurs ateliers... C'est le Premier Mai. Marchons, camarades! Sous le libre azur des cieux printaniers! C'est le Premier Mai. Debout, camarades! Esclaves courbés sur les durs travaux Des grandes usines, Un peu de fierté monte en nos poitrines Avec le parfum des lilas nouveaux... C'est le Premier Mai. Marchons camarades! Un grand souffle ardent passe en nos cerveaux! C'est le Premier Mai. Debout, camarades! Au milieu du ciel, le soleil vainqueur Luit pour tout le monde: Hélas! notre part de sa clarté blonde Sert à fabriquer l'or de l'Exploiteur... C'est le Premier Mai. Marchons camarades! Nous avons aussi des droits au bonheur! C'est le Premier Mai. Debout, camarades! Par la ville allons, la main dans la main Et crions justice. Il est temps qu'un peu d'équité fleurisse Entends-tu, bourgeois au coeur inhumain? C'est le Premier Mai. Marchons camarades! Et clamons nos droits sur notre chemin! C'est le Premier Mai. Debout, camarades! Déjà l'Avenir se laisse entrevoir: Ayons confiance! Après l'âpre hiver, le Printemps s'avance, Chassant les corbeaux au triste vol noir... C'est le Premier Mai. Marchons, camarades! Les jeunes rameaux sont couleur d'espoir! (Du 26 avril au 2 mai 1911) Hélas! Quelle Douleur. Air du cantique Hélas! quelle douleur Emplit mon coeur Et de moi s'empare; Hélas! quelle douleur Emplit mon coeur Devant tant d'malheurs! J'ai perdu (mon cas n'est pas rare!) Mon mouchoir parmi la bagarre... Hélas! plus de mouchoir Pour pleurer c'soir Les «victim's du d'voir» O brav' Faralicq (13), L'plus doux des flics Et tellement bête! O brav' Faralicq, Toi le 'plus chic Des cogn's et des flics! On a voulu voir si ta tête Etait d'bois, comme on le répète... Mais j'n'ai plus d'mouchoir Pour pleurer c'soir Les «victim's» du d'voir! Guillaume' (13) t'as pris tantôt Un coup d'couteau Entre les épaules Guillaum' t'as pris tantôt Un coup d'couteau: Ça fait froid dans l'dos! En songeant à ton sort pas drôle Y a de quoi pleurer comme un saule Mais j'n'ai plus d'mouchoir etc... Ah! mon Dieu! te voilà Dans quel état: Pauvre Portenseigne (13) Ah! mon Dieu, te voilà Dans quel état? Presque chocolat! T'es couvert de blessur's qui saignent: Attends un peu que je te plaigne Je n'ai plus d'mouchoir etc... Sinistres policiers Vous qui cogniez Sur nous sans relâche Sinistres policiers Vous qui cogniez Sur nous sans pitié, Vous pouvez crever, tas de vaches, On n'pleur' pas les brut's et les lâches! Je n'ai plus d'mouchoir Pour pleurer c'soir, Les «victim's» du d'voir! (Du 3 au 9 mai 1911) Ça Sent La Rousse. Air: Petronille tu sens la vanille (Dranem) Bourgeois! vous d'vez un' fier' chandelle A notre Dam' d’la Tour pointu' Car vous l'avez échappé belle: Trois gredins avaient résolu D'fair' sauter Paris en cinq sec Et la moitié d'Asnièr's avec! Refrain. Non Lépine, ça sent la Rousse, Ça sent vraiment trop la Rousse! Dans cette affaire on r'connaît l'art Du plus balourd de tes mouchards Xavier, Xavier, Xavier... Guichard (14)! Pour discuter sans trop de risques Les apprêts de leur mauvais coup Dans l'intérieur de l'Obélisque La nuit ils avaient rendez-vous! S'croyaient là-d'dans bien à l'abri Mais le concierg' les a surpris! La polie' prév'nue au plus vite Trouva dans ce monument Trent' cinq p'tits paquets d'dynamite Numérotés bien proprement: Sur le paquet numéro six On lisait «paquet pour Monis» Les criminels songeaient à faire Sauter aussi l'exécutif, Mais pour fair' sauter l'pèr' Fallières Avaient-ils assez d'explosifs? C'est qu'il doit en falloir un stock Pour déplacer un pareil bloc! La ferme, avec tes balivernes! Non, Lépin’ tu ne nous f'ras pas Prendr' des vessi's pour des lanternes Quoique t'imagin's pour cela, Le coup du complot on l'connaît L'autr' jour tu nous l'as déjà fait A la fin si tu continues A faire assommer l'populo, Par tout' ta racaill', dans la rue, Tu pourras voir un vrai complot, Un chic, un bath, un réussi Mais ne parlons pas d'celui-ci! (Du 10 au 16 mai 1911) La Marseillaise Des Requins. Air: La Marseillaise Le conseil des Ministres décide que «nous irons à Fez!» Les Journaux. Allez! petits soldats de France Le jour des poir's est arrivé. Pour servir la Haute Finance Allez vous en là-bas crever! (bis) Tandis qu'au coeur de la fournaise Vous tomb'rez, une balle au front, De nos combin's nous causerons En fredonnant la «Marseillaise»! Refrain. Aux Armes, les enfants! formez vos bataillons, Marchez! marchez! nous récolt'rons Dans le sang, des sillons! Allez! guerriers pleins de courage, Petits fils de la liberté, Allez réduire en esclavage De pauvr's Arbis épouvantés! (bis) Dans leurs douars, que le canon tonne Plus fort que le tonnerr' d'Allah: Nous alignions pendant c'temps-là, Des chiffres en longues colonnes! Allez-y! qu' les cadavr's s'entassent Par centaines et par milliers, Que la plaine où les balles passent N'soit plus qu'un immense charnier! (bis) D'vant l'récit de tout's ces misères, En ouvrant le journal de d'main, Nous song'rons, nous frottant les mains: «Ça n'biche pas trop mal, les affaires!» Allez! si les autres voraces, Si tous les requins d'Outre-Rhin, Font en c'moment un' sal' grimace Ça n'nous défris' pas l'moindre brin (bis) Un' nouvell' guerre? on s'en fout, puisque C'est vous qui marcheriez encor Pour défendre nos coffres-forts Alors! franch'ment, NOUS qu'est-c'qu'on risque Nous entrerons dedans la place Après que vous n'y serez plus: Nous y trouverons vos carcasses Près des carcasses des vaincus! (bis) Et sur les tombes toutes proches, Se r'joignant à deux pieds dans l'sol Avec l'or du meurtre et du vol Nous emplirons froid'ment nos poches! (Du 17 au 23 mai 1911) Sa Dernière. Air: Cadet Roussel I’ n'peut plus passer aujourd'hui (bis) Un' semain' sans fair' parler d'iui, (bis) Et d'façon tragique ou badine, Faut toujours qu'on caus' de Lépine... Ah! ah! ah! oui vraiment C'sacré Lépine est épatant! S'il s'intéresse avec passion (bis) Aux choses de l'aviation (bis) C'n'est pas pour fonder une école, Pour préparer des «vach's-qui-volent»! Ah! ah! ah! non vraiment, Y en a déjà trop pour l'instant D'ailleurs pour son compt' personnel (bis) Sans s'élancer au fait du ciel (bis) Par un moyen plus... terre à terre I' s'tient constamment dans l'Ether-e Ah!, etc... Mais il trouve, autour de ce sport (bis) Des occasions de faire encor (bis) Charger la foule pacifique Par l'armée de la République! Ah!, etc... C'est le sport le plus épatant Dimanch' dernier on vit ainsi (bis) Le champ d'aviation d'Issy (bis) Transformé soudain par son oeuvre, En véritable champ d'manoeuvre Ah!, etc... Pourquoi donc tous ces cuirassiers (bis) Dont les chevaux march'nt sur les pieds? (bis) Tous ces cuirassiers, pauvres cuistres, C'est pour veiller sur les ministres! Ah!, etc... Mais fallait veiller autrement Grâce à tout's ces précautions-là, (bis) L'monoplan qui dégringola S'en vint dans sa chute sinistre Casser la gueule aux dits Ministres! Ah! ah! ah! oui vraiment C'sacré Lépine est épatant Aussi, comme cette fois-ci (bis) C'n'est pas l'populo qu'est occis (bis) Nos maîtres jugeant d'autre sorte, Vont peut-êtr' le foutre à la porte Ah!, etc... Nous autres on trouve qu'il serait temps. (Du 24 au 30 mai 1911) Le Clairon. Air: Le clairon (P. Déroulède.) Le capitaine Cayaba du 40e d'Infanterie, commande à son trompette d'artillerie de faire les sommations. Le soldat se met à pleurer et ne peut souffler qu'une fois. (Les grèves agricoles du Gard.) L'Humanité. Les tâcherons sont en grève, Un rouge soleil se lève Sur les sillons de là-bas; Mais pour défendre la terre Des riches propriétaires, En avant petits soldats (Tarata, tarata, tarata, tatatata!) Un long frisson de révolte Passe parmi les récoltes: Il faut marcher à l'instant Sur cette foule hagarde, Sinon, soldats, prenez garde; C'est Gafsa qui vous attend Tarata, etc.. Qu'après vos charges farouches Le sang inonde les souches Dans les vignes des patrons, Pour faire sabrer tes frères Dont tu vécus la misère, En avant! sonne clairon! Tarata, etc.. L'ordre est donné, l'heure est grave Mais le clairon est un brave, Est un brave petit gâs; A peine a-t-il fait un geste Que tout son être proteste; Le clairon ne sonne pas! Bravo! mais que dans le cuivre, Pour l'appel qui nous délivre De nos communs exploiteurs, Demain ton souffle résonne, Petit clairon sonne, sonne A pleins poumons, à plein coeur! Tarata, etc.. (Du 30 mai au 6 juin 1911) Ah! Ah! Moi J'm'Emm... Air: Le petit homme gris (Béranger) Au Banc D'Infamie. ...De nouvelles poursuites sont, paraît-il, intentées à la Guerre Sociale! Gaston Coûté, Auroy et un «sans patrie» (Hervé) seraient poursuivis pour» apologie de faits qualifiés «crimes» à raison de leur article et chanson (Hélas! plus de mouchoirs...) de notre numéro du ler mai. C'est avec joie que la Guerre Sociale fera, en grand, devant la Cour d'Assises, le procès des cosaques de la République française et de leur chef le fou dangereux: Lépine! La Guerre Sociale. (Du 7 au 13 juin 1911) Idé' vraiment sublime, Le Parquet, aujourd'hui Me poursuit: Oui j'ai commis un crime Dont tout le mond' frémit Mes amis! Ah! ah! moi j'm'en... (bis) Ah! ah! moi j'm'en ris. Ah! qu'il est gai (bis) Le Parquet de Paris! J'suis un êtr' hors nature; En apprenant que l'Hic Faralicq Avait pris sur la hure J'n'ai pas pu verser d'pleurs, Quelle horreur! Ah I, etc.. Vite, qu'on m'embastille, Qu'on m'appliqu' sans tarder Ni compter, Le brod'quin et les ch'villes, Qu'on me clou' sur la croix D'têt’-de-bois! Ah!, etc.. Ça n'est pas là, je gage Qu'je r'trouvrai «mon mouchoir De l'autr' soir»: Quand un merle est en cage, C'est là qu'il chant' le mieux, Nom de dieu! Ah! ah! moi j'm'en (bis) Ah! ah! moi j'm'en ris Ah! qu'il est gai (bis) Le Parquet de Paris (Du 7 au 13 juin 1911) Mouchards! Air: Les laquais (X. Privas) dédié à MM. Foumy et Bled Rampez -ainsi que des vipères Dans les chemins creux de l'été - Parmi la boue et les ornières De la vieille Société; Allez répandre par le monde Votre venin, de toute part: Vous êtes des bêtes immondes, Mouchards! Tâcherons de l'ignominie, Trimez dur, descendez bien bas, Pour pouvoir toucher en la vie Votre salaire de Judas: Il est menu comme l'aumône Qu'un bourgeois accorde aux déchards; Vous êtes les plus laids des jaunes, Mouchards! Allons, salauds, tous à l'ouvrage! Glissez-vous parmi les bons gâs: Souillez tout sur votre passage, Semez du doute à chaque pas; Mais le masque qui vous déguise S'en vient à tomber tôt ou tard: Nous bénissons votre sottise: Mouchards! Ce jour-là, que les gens qui passent, Tous! les grands comme les petits, Viennent vous jeter à la face L'ultime geste du mépris; Et sur votre sale trombine Si vous récoltez des mollards, Portez-les tout chauds à Lépine Mouchards! (Du 14 au 20 juin 1911) La Petite Fleur Bleue. Air: Ça fait toujours plaisir! Dimanche, dans tous les quartiers de Paris, on vit des dames mûres, des dames élégantes et des petites jeunes filles insister auprès de chacun pour lui vendre une Fleur bleue montée en épingle -«Pour nos soldats du Maroc -disaient-elles -et pour les agents victimes du devoir!» Les Journaux. Les deux mains dans mes poches, Me prom'nant dimanch' soir, Ah! Ah! Ah! Ah! Me prom'nant dimanch' soir, Un' dam' de moi s'approche Tout au coin du trottoir, Ah! Ah! Ah! Ah! Tout au coin du trottoir; En voyant sa figure, Je fus forcé d'conv'nir Que la dame était mûre... Ça fait toujours plaisir Ah! Ah! Ah! Ah! . Ça fait toujours plaisir! Heureus'ment mes alarmes Ne durèr'nt qu'un moment, Ah!... Ne durèr'nt qu'un moment, Ça n'était pas ses charmes Qu'elle offrait présent'ment, Ah!... Qu'elle offrait présent'ment. Non! cette femme honnête Vint simplement fleurir Le r'vers de ma jaquette... Ça fait toujours plaisir Ah!, etc. -Pour le Maroc -dit-elle Après c't'acte élégant Ah!... Après c't'acte élégant, Brandissant avec zèle Une boîte en fer blanc Ah!... Une boîte en fer blanc; Alors, natur' benoîte, Je pus voir s'engloutir Mes deux ronds dans sa boîte... Ça fait toujours plaisir Ah!, etc. Maint'nant que va-t-on faire De mes pauvres deux ronds? Ah!... De mes pauvres deux ronds? La «casse» de la guerre, C'est eux qui la paieront! Ah!... C'est eux qui la paieront Par ricochet, je pense Qu'ils vont ainsi servir Aux Requins d'La Finance... Ça fait toujours plaisir! Ah!, etc. A d'autr's usages encore Servira mon billon: Ah! Ah! Ah! Ah! Servira mon billon Les doux flics que j'adore En auront un' portion! Ah!... En auront un' portion! Ayant r'çu des châtaignes Lorsque l'on peut se dir': «Ça, c'est pour Portenseigne» Ça fait toujours plaisir Ah!, etc. Depuis lors, en des termes Pris au langag' des fleurs, Ah!... Pris au langag' des fleurs, La fleur bleu' qu'un' main ferme Piqua près de mon coeur, Ah!... Piqua près de mon coeur, M'dit d'façon péremptoire Et m'répète à loisir: «Mon vieux, tu n'est qu'un' poire!» Ça fait toujours plaisir! Ah! Ah! Ah! Ah, Ça fait toujours plaisir! (Du 21 au 27 juin 1911) ALMANACH DE LA GUERRE SOCIALE. (1910-1911) Revision. Je suis à poil et cependant Je ne suis pas chez ma voisine; Sur moi la toise en descendant A fait un bruit de guillotine, Et voici mossieu le Major, Etre doux comme le tonnerre, Qui me palpe et me palpe encor, D'un geste de vétérinaire. Alors sans bouger le sourcil, Je chante pendant ce temps-là: Si tu n'as pas vu mon cul, le voici, Si tu n'as pas vu mon cul, le voilà! Devant moi, le nombril caché Sous le tricolore bandage, Les maires, témoins du marché, S'intéressent au marchandage: OEil sournois, oeil terne et chassieux, Regard de veau, regard de fouine, Tous les regards de tous ces yeux Courent sur moi comme vermine. Alors sans bouger... -Le gaillard n'est pas trop mal fait! Il a même une bonne tête...» Comme au Comice, le Préfet Admire aussi la belle bête; Et j'entends ce sacré major Louanger ensuite à son aise Un tout autre endroit de mon corps Objet de gaîté bien française... Alors sans bouger... De la chair jeune de vingt ans Qu'étalera fièvre ou bataille, Savez-vous que c'est épatant Quand on la drogue ou qu'on la taille! Et le morticole abruti Portant du velours sur la manche Numérote mes abatis Pour les lendemains de revanches... Alors sans bouger... C'est la croix au dos du mouton Il a dit «Bon pour le service»; Un sergent vague écrit mon nom Sur la liste des sacrifices... Hé! l'homme aux manches de velours, Même quand on est militaire, Faut pas vendre la peau de l'ours Avant qu'on ne l'ait mis par terre! Dernier Refrain. Si tu viens pour la mienne ici, Je chante en m'en allant par là: Si tu n'as pas vu mon cul, le voici! Si tu n'as pas vu mon cul, le voilà! Printemps. Le printemps va bientôt naître. Les hirondelles Pour que l'azur s'en vienne égayer son berceau Fendent le crêpe du brouillard à grands coups d'ailes, Prestes et nets ainsi que des coups de ciseaux. Des rustres stupides et des corbeaux voraces Qui s'engraissaient parmi les horreurs de l'hiver En voyant les oiseaux d'espoir traverser l'air Se liguent aussitôt pour leur donner la chasse. Les hirondelles agonisent en des cages, Leur aile saigne sous la serre des corbeaux, Mais parmi l'azur qui crève enfin les nuages Voici l'Avril! Voici le printemps jeune et beau. O gouvernants bourgeois à la poigne cruelle Emprisonnez les gens, faites en des martyrs, Tuez si ça vous plaît toutes les hirondelles, Vous n'empêcherez pas le printemps de venir. Eté. Pour emblaver ces champs, quelques gas ont suffi Ils n'ont jeté que quelques poignées de semence Mais le miracle blond de l'Eté s'accomplit Cent faucheurs sont penchés sur la moisson immense. De chaque grain tombé dans la nuit du sillon Un bel épi s'est élancé vers la lumière Et nul ne peut, sous le vol bleu des faucillons Compter tous les épis de la récolte entière. O vous, plus isolés encor que les semeurs Qui sont passés dans la plaine au temps des emblaves, En la nuit des cerveaux et l'intensité des coeurs Jetez votre bon grain sur le champ des Esclaves. Fiers semeurs de l'Idée, jetez votre bon grain. Il dormira comme le blé dort dans la terre. Mais innombrable, aux beaux jours de l'Eté prochain, Votre moisson resplendira dans la lumière! Automne. Comme un monde qui meurt écrasé sous son Or, La Forêt automnale en son faste agonise Et ses feuilles, comme les pièces d'un trésor, S'amoncellent sous le râteau fou de la bise. Parmi la langueur des sous-bois, on sent flotter La même odeur de lente mort et de luxure Qui vous accable au coeur des trop riches cités: Tout l'Or de la Forêt s'exhale en pourriture! Mais nous savons que de l'amas de ce fumier Doit fleurir, en l'élan de la sève prochaine, La gaieté des coucous, la grâce des aubiers, La douceur de la mousse et la beauté des chênes. Notre Société ressemble à la Forêt, Nous sommes en Novembre, et l'Automne est en elle. O fumier d'aujourd'hui! plus ton lit est épais! Plus l'Avril sera vert dans la Forêt nouvelle! Hiver. Tristes, mornes, muets, voûtés comme une échine De malheureux tâcheron, les vieux monts ont l'air D'un peuple d'ouvriers sur un chemin d'usine, Et leur long défilé semble entrer dans l'Hiver. En un effeuillement lent de pétales sombres La neige tombe comme tombe la Douleur Et la Misère sur le dos des travailleurs. La neige tombe sur les monts. La neige tombe. Emprisonnant leur flanc, écrasant leur sommet, Sous un suaire dont la froideur s'accumule Encor! Toujours! plus fort! la neige tombe. Mais Au simple bruit d'un pas heurtant le crépuscule, Les vieux monts impassibles travaillent soudain Et leur révolte gronde en avalanche blanche Qui renverse et qui brise tout sur son chemin... Sur notre monde un jour, quelle horrible avalanche! Allumettes De Contrebande.(15) Allumettes de contrebande... Vous en faut-y d'mes p'quits bouts d'boués? J'en ai cor vingt paquets su' moué Qui m'font grous vent' sous ma houpp'lande Mes allumett's à moué, sont pas Comm' les allumett's de l'Etat, Vous savez, cell's qui veul'nt pas prendre Quand qu'i' s'agit d'allumer l'four Pour cuire à tertous du pain tende... Moué j'suis pas l'épicier du bourg Moué nom deguieu! J'vends des allumett's qui prenn'nt feu Allumettes de contrebande Au coin du ch'min Pandor m'a dit Comme ed coutume en vein' d'esprit «T'as l'air enceinte à vouer ton vent'e? Y a eun hospic' pas loin d'icite Oùsque tu pourras fair' tes couches...» Et me v'la-z-au trou encore un coup. Quoué nom deguieu? J'vends des allumett's qui prenn'nt feu! Allumettes de contrebande... A la fin j'finis par comprend'e, Ça n'est pas pus malaisé qu'ça: Des foués j'les gên' ceux qu'est d'I'Etat Messieurs du Pab', Messieurs du Sac, Messieurs du Cod', du Goupillon... Voici, pour allumer l'bout d’bougie Qui fait baisser les z-oeils, pleurs d'nuit Su' l'sang d'leu's crouéx, d'leu's galons Su' tous les crim's de leu's meyions Su' l'injustice ed' leu' justice Su' la bêtis' de leu' r'ligion Voui, nom deguieu! J'vends des allumett's qui prenn'nt feu Allumettes de contrebande... Faurait pas trop pousser à bout Hé les sieurs qui tienn'nt la gouverne Ou putôt si... C'est ça qu'je d'mande Queuqu' bieau souer ousque l'vent s'rait fort Usine, églis', prison, caserne... Gar', nom deguieu! J'vends des allumett's qui prenn'nt feu! Après La Lettre. Hier, j'étais bien près, ma brune, J'étais bien près de t'adorer Quand tu m'as dit: «Je t'écrirai!» Je suis parti, chantant fortune. Et ce matin, à mon lever, Ta lettre vient de m'arriver Ta lettre est d'un banal insigne Avec son griffonnage étroit Et son pauvre style est d'un froid A patiner entre les lignes: Après tout ce que j'en ai lu Je sens que je ne t'aime plus! Ton esprit est nul, ton coeur vide! Et devant ta lettre je vois Que tu ne portes rien en toi, Rien hormis ta beauté stupide; Et moi qui voulais t'adorer J'en reste colère et navré. Lors, de sur ma table j'enlève Et je déchire à grands coups secs, Puis j'allume ma pipe avec Ce billet de deuil de mon rêve... Et maintenant, de toi je ris!... Aussi, pourquoi m'avoir écrit! L'Autre Faiseur De Miracles. Galileen Tes Miracles D'Un Jour. Malgré toutes les eaux de Lourdes Et les simples des rebouteux, La pauvrette était toujours sourde Et la nuit emmurait ses yeux; Maintenant, elle attrape l'âge Où l'on danse avec les garçons, Et l'on cause par le village D'une soudaine guérison. Refrain. Galiléen, tes miracles d'un jour. L'Amour Les fait toujours. Les aveugles voient, l'ouïe revient aux sourds Devant l'Amour. Un jour qu'elle allait, la pauvrette! Sans entendre l'oiseau chantant, Sans voir fleurir la pâquerette Un gâs passait dans le Printemps; Et comme elle pouvait encore, Malgré tout, plaire aux amoureux, Lui mit un long baiser sonore Sur les oreilles et les yeux. Rien qu'un baiser! Pas de prières! Non plus d'herbes de la Saint Jean! Et le gâs à l'étreinte claire Partit plus loin dans le Printemps; Mais, là-dessus, la pauvre fille Disait: «Je suis guérie, je vois Dans mon coeur un soleil qui brille Et j'entends en mon coeur des voix...» Musique de Marcel Legay. La Chanson Du Laboureur. (16) Un jour en nant la terre D'un coin de champ sis où jadis Se trouvait l'ancien cimetière Qui reçut les vieux du pays, En nant la terre nue, Au creux d'un sillon noir et d'or, Soudain, une tête de mort Buta dans mon soc de charrue. Lors, prenant dans ma main calleuse, Afin de mieux l'examiner La tête à grimace hideuse, Sans lèvres, sans yeux et sans nez, J'ai rêvé de fille jolie, Aux lèvres donneuses d'amour, Aux yeux clairs comme un rais de jour Pour qui j'aurais fait des folies. Voyant son crâne à l'ossature Toute blanche et dont le cerveau Avait dû servir de pâture Aux vers qui vivent des tombeaux, J'ai rêvé de bourgeois très riche Gros de ventre et fort d'appétit Dont j'aurais servi comme outil A faire le Boire et la Miche. Et lançant à travers la plaine, Selon mon désir, n'importe où! Cette chose qui fut humaine Comme on jetterait un caillou, J'ai rêvé de grand capitaine Qui m'aurait envoyé mourir Ou faire mourir pour servir Son oeuvre de Gloire et de Haine. Mais après, en voyant la tête Reposer en l'herbe du pré Où s'en vont reposer mes bêtes Lorsque mon champ est labouré, J'ai rêvé de travailleur blême, De pauvre bougre comme moi, Mort comme je mourrai moi-même! (16) Variante de «La tête de mort», poème reproduit dans le tome III. La Debaucheuse. On ne voit plus sa rouge cotte. Oùsqu'est la garce, encore un coup? Dedans un chaumier qui gigotte Avec un galant à son cou! C'est comme ça, depuis l'aurore: Elle a pris et veut prendre encore Tous les beaux tâcherons d'août. Ah saprée garce, saprée garce!... La moisson qu'est encore éparse! Sûr qu'il a passé moins de gerbes Depuis l'aurore, entre ses bras Et contre ses tétons superbes, Qu'il a passé, passé de gâs! Elle fait sa moisson de mâles: Sur son corps s'entassent les râles Mais le blé ne s'entasse pas! Ah saprée garce, saprée garce!... La moisson qu'est encore éparse! Après son étreinte endiablée, Les moissonneurs s'en vont, fourbus Et saouls comme au soir d'assemblée Du trop de baisers qu'ils ont bus; Et les gaillards à forte pogne S'en nent à la besogne, Mais c'est pour se coucher dessus! Ah saprée garce, saprée garce!... La moisson qu'est encore éparse! Maintenant la coiffe en détresse, Elle revient parmi les gens Chercher un bailleur de caresses Mais, le ciel se brouille, aux couchants, Et malfaisante! Et furibonde! Comme son amour sur le monde, La grêle tombe sur les champs... Ah saprée garce, saprée garce! La moisson qu'est encore éparse!... Le Facheux Madrigal. Belle aux beaux yeux cette nuit-là, Après danser, on s'en alla Par les prés où le muguet pousse; On ne voyait, dans l'ombre douce, Que vers luisants, à chaque pied De houx, de fusain et d'aubier. (Pardon belle, de ma sottise: Un lourdaud qui madrigalise Se double souvent d'un fâcheux!) Je comparai vos jolis yeux A ces vers luisants qui brillaient Dans le feuillage noir des haies! Cette nuit-là, belle aux beaux yeux, Sous le buisson noir des cheveux Moi, je voulais que vos prunelles Soient deux lucioles jumelles Et j'étais fier ainsi, d'avoir Causé galamment pour un soir (Pardon, belle de ma sottise: Un lourdaud qui madrigalise Se double souvent d'un fâcheux!) Je comparai vos jolis yeux A ces vers luisants qui brillaient Dans le feuillage noir des haies! Aux premiers souffles du matin Les vers luisants étaient éteints; Vous prîtes une luciole -Ah! la dégoûtante bestiole! -Ah vos beaux yeux, belle aux yeux d'or Après qu'aura soufflé la Mort! (Pardon, belle de ma sottise: Un lourdaud qui madrigalise Se double souvent d'un fâcheux!) J'avais comparé vos beaux yeux A ces vers luisants qui brillaient Dans le feuillage noir des haies. Musique de Marcel Legay. Les Faucheux De Coulmiers. (incomplet) A Coulmiers avant la guerre Les pères de ces gâs-là Fauchaient comme leurs grands-pères, Fauchaient, fauchaient à pleins bras Et ceux dont les gestes augustes Faisaient du pain pour tertous Arrivaient à vivre juste Assez pour souffrir beaucoup! Refrain. Les blés sont mûrs à Coulmiers Les gâs des fermiers fauchent dans les champs Fauchent en songeant. Musique de Léo Danidereff. Les Foins. Il a passé des vols de faulx, Dans les foins drus dans les foins hauts Les foins qui sèchent Sous les brûlures des midis Et sous les souffles attiédis De la nuit fraîche. Leur parfum, vers les cieux d'espoir, Monte comme d'un encensoir Du coeur des glèbes, Troublant les vierges aux yeux clairs Et mettant du feu dans la chair Des blonds éphèbes. Leur tapis, sur les foins dormants, Vibre le soir au froissement Du pas des couples Et leur lit, sous les lunes d'or, Trésaille du frisson des corps Jeunes et souples. Et leur linceul, où sont gisants Les cadavres des fleurs des champs De toutes sortes Qu'ont semé les faulx des faucheurs, Reçoit encor la pâle fleur Des pudeurs mortes!... Le Joli Bouquet. Colin chante dans le bois Après avoir fait cueillette au bois D'un bouquet de violettes Qu'il a promis à Colette; Par tous les fourrés du bois Colin qui songe à Colette Chante à pleine voix: Ah! Ah! Il est pour ma mie, ô gué! Le joli joli bouquet. Rencontre en un coin de bois Jeannette qui va seulette Au bois. -Donne-moi des violettes? -Mais comme il est pour Colette Mon joli bouquet des bois N'en prends qu'une violette Lui dit-il à demi-voix Il est pour ma mie, ô gué! Le joli joli bouquet! En revenant sous le bois Trouva cinq ou six Jeannettes Au bois -Donne-moi des violettes! Colin oublia Colette Et tout son bouquet des bois S'en fut aux mains des Jeannettes Lors, dit en baissant la voix Que dira ma mie, ô gué! Du joli joli bouquet Puis il s'en alla du bois Laissant toutes les Jeannettes Au bois. Arriva devant Colette Sans bouquet de violettes Puisqu'il resta dans le bois Epars aux mains des Jeannettes Et dit à piteuse voix J'ai perdu ma mie, ô gué! Le joli, joli bouquet. -ne bien vite au bois! Fait comme ordonnait Colette Au bois, Pour refaire une cueillette De fleurettes pour Colette Mais ne trouva plus au bois Un seul brin de violette Lors, se dit: «Une autre fois Garde pour ta mie, ô gué Ton joli, joli bouquet.» Musique de Alcib Mario. Mes Agneaux. (17) A peine est-il né le terrible enfant Que vivement le supplice du carcan, Déjà depuis si longtemps supprimé, A son égard on veut le restaurer. Quoique très jeune, il est bien populaire Et bien connu de tous les prolétaires, Cinglant le fort, défendant l'ouvrier, Il est pour eux un robuste bouclier. Intervenant dans les louches histoires, Il cherche toujours et veut tout savoir. Puis, au grand jour, il clame la vérité Bien qu'en disent les exploiteurs Cassoret. Dans la police, son oeil fait le déclic; Aussi est-il haï de tous les flics. Un béguin il n'a pas de l'idiot place Qui suce autre chose que de la glace! Et toi, malheureux prophète Lebas, Garde-toi bien quand tu voyageras D'annoncer la mort du pauvre petit Qui te prouve aujourd'hui sa bonne vie. Un con...seiller, le fameux Michonneau, L'aime beaucoup, voire plus que sa peau, Y tient bien plus qu'à ses derniers cheveux, Sans oublier ses deux énormes yeux. Malgré ce fumier, il pousse et grandit, Epate tout le monde tellement il fortifie Envers, contre tous ces crocodiliens Rien n'arrêtera le Réveil Artésien. Le Subeziot. Mon Cochon De Blair. Voici l'roman d'un pauv' jeune homme D'un jeune homm' qui n'est aut' que moi Personn' ne sait comment j'me nomme Et pourtant je me nomme Eloi. Je n'sors jamais, je bois à peine, Je suis sobre comme un chameau, Mais par suit' de quel phénomène? - J'ai l'nez roug' comme un coqu'licot. Refrain. Ah mon cochon d'blair!... qui m'a fait tant d'tort Mais que j'support'rai tout' mon existence, Ah mon cochon d'blair!... tu m'dégout's quand j'pense Que toi, tu m'plaqu'ras un' fois que j's'rai mort. V'nu d'chez moi dans l'but d'fair' des lettres, En entrant dans l'mond' parisien J'allais me présenter pour être S'crétair' d'un académicien: D'vant mon nez roug' comm' sa rosette Le digne immortel s'écria: «Oh la la!... c'tte gueul'!... c'tte binette!...» Et poliment, me renvoya. Dans les cabarets artistiques, Au public, j'allais représenter, Avec, sur mes lèvr's ironiques, Des chansons d'actualité; Mais m'voyez-vous? les mains aux poches Et mon nez au-d'ssus du piano, Comm' j'étais frais pour fair' le r'proche Au princ' de Gall's d'être un poivrot. Dans un théâtre populaire, Pour y jouer les amoureux, On m'engagea. Quand j'disais «Chère... J'brûl!...» J'avais l'nez roug' comm' du feu Et des voyous en bras d'chemise Du haut du poulailler m'gueulai'nt: «Bravo pour l'amant d'la marquise Qu'a pas r'culé d'vant les Anglais!» Bref, d'un sal' métier à un aut'e J'ai gaspillé mes bell's anné's Et tout ça rien que par la faute D'mon nez, d'mon nez, d'mon fichu nez; Il m'a causé bien des déboires Mais, en ce moment-ci, j'm'en sers Et j'fais, moi qu'ai jamais pu boire, Les poivrots, au Café-Concert. Noël De La Pauvre Femme. (chanson Vécue.) Dedans la boîte du clocher, Voici les carillons qui sonnent; Et moi sur le point d'accoucher, En mon giron ça carillonne; Noël! Noël! C'est aujourd'hui que Jésus naquit dans l'étable, Noël! Il naîtra cette nuit, un drôle encore plus misérable... 0 toi, qui vient dans mon sabot Me descendre avec un petiot, De la misère et de la peine, Noël! Mon Roi! Noël! Mon Dieu! Fais un miracle, attends un peu... Attends jusqu'à l'année prochaine. Musique de Jeanne Willeme. La Paix. (18) Des gâteux qu'on dit immortels, Des louftingues en redingote L'adorent au pied des autels De leur ligue de patriotes: Des écrivassiers de mon cul En touchants mélos d'ambigu Ou romances pour maisons closes Nous chantent cette horrible chose: La Guerre! Refrain. Oui mais, si nous avions la guerre, Devant le feu, qui donc filerait comme un pet? Voyons les cabots de la guerre, Foutez-nous la Paix! Notre faux n'abat plus moisson Sous nos marteaux plus rien ne vibre Et nos coeurs gardent la chanson Que lance au vent tout homme libre Car nos mains dociles ont pris Les divers outils de carnage Pour au même plus bas prix Même sale et stupide ouvrage Refrain. Un sou par jour! Ohé! Sur tout le chantier de la guerre C'est pour un sou que l'on tuerait son frère Un sou par jour!... En grève, en grève!... en grève et pour toujours. musique de Léo Daniderff. Soutane. Chacun Doit Aimer. Il a bien vingt ans mais pas plus! Il est encor frais émoulu Du séminaire Et s'en vient de prêchi, prêcher Contre la chair et ses péchés Petit vicaire! Refrain. Au mois de mai Tous les rosiers ont des roses! Au mois de mai Tout un chacun doit s'aimer! Après la messe, il est allé En égrenant son chapelet Vers le bois proche: Et maintenant le vieux bedeau Sonne les vêpres sur le dos Des grosses cloches Tiens l'abbé n'est pas encor là? Qu'arrive-t-il?... Enfin voilà Que chacun prie, En l'attendant, devant son banc! Mais toujours rien, au soir tombant, Que signifie? Je crois, dit enfin le sonneur Qu'il est arrivé du malheur, Dans le bois proche Y a deux voleurs à chaque bout, Y a des vipères, des grands loups Des hautes roches! On a tout fouillé, tout levé Et c'est tout ce qu'on a trouvé Du beau vicaire: Auprès d'un moulin qui tournait Sa soutane avec le bonnet D'une rosière... Musique de Marcel Legay (non retrouvée.) Le Temps D'Amour. Ma mi' joli' qu'j'aim' ben à c't'heure Ma mi' joli' pourquoué qu'tu pleures Ta p'tit' têt' triste ent'er mes bras? Tu m'demand's si j't'aim' pour la vie Pens' pas à ça ma mi' jolie Nout' amour dur'ra c'qu'i' dur'ra! La vie est court' ma mi' jolie, Mais l'amour est moins long qu'la vie, Un jour s'en vient, l'lend'main s'en va; J'avons laissé fleuri les roses, All's mourront, j'en s'rons-t-y la cause? Nout' amour dur'ra c'qu'i' dur'ra! Qu'i' dur' jusqu'à trois années pleines Qu'i' dur' trois mois, qu'i' dur' trois s'maines Quoué qu'ça peut faire pisqu'i' mourra Mais avant qu'i' meur ma mignonne Gaspaillons pas l'temps qu'nous dounne Nout' amour dur'ra c'qu'i' dur'ra! Ma mi' joli', ta bouch' m'aguiche Ta gorg' m'affol', viens que j'les biche Su' les foins qui nous tend'nt leu's draps Et ne compt' pas l'temps par année Mais par caress' qu'on s's'ra donnée Nout' amour dur'ra c'qu'i' dur'ra! musique, de: Alcid Mario. Le Testament D'Un Sale Pierrot. J'ai vingt ans et j'peux en viv' cent Si je vis autant qu'mon grand-pére, Mon nez d'un vif étourdissant Dénote une santé prospère; C'est vrai qu'j'ai bon tempérament, Mais, faut qu'un coup pour qu'on s'défile: Y'a tant d'cochers par la grand' ville!... En tout cas, v’là mon testament. Refrain. Mes vieux copains, quand je mourrai, Ne plantez pas d'saule au cim'tiére: Ça pourrait faire tomber l'tonnerre Su' la tombe oùsque j'roupill'rai! Quand vous m'verrez prés d'tourner d’l’oeil Montez vitement à ma piaule, Laissez vot' curé sur le seuil Et tâchez seul'ment d'êt' drôles Pour qu'on rigole encore un brin: Au lieu d'vous rapp'ler vos prières Entonnez un' chanson dernière Que j'essaierai de r'prendre au r'frain. Tout autour de mon pieu, gueulez! Dansez la gigue avec vos belles! Fait's du chahut pour que l'pip'let De ma crevaison se rappelle: Et, si jamais vous dégottez Quelque peu d'galett', s'il en reste Dans les doublur's de mes vieill's vestes, Allez-les boire à ma santé! Et toi, cher', garde tes deux sous! C'est entendu: tu m'aim's, je t'aime!... Mais des symbol's, moi, je m'en fous! Garde tes deux sous d'chrysanthéme, T'as cor beaux nichons et beaux yeux, D'amour tu n'es pas encor lasse, Va, choisis, pour qu'il me remplace C'lui d'mes amis qui t'plaira l'mieux! Et toi qu'elle aura remarqué, Que tu sois Jean, que tu sois Jacques, Ne fais pas de ce vieux chiqué Aussi vieux que les oeufs de Pâques: -«Non!... c'est trop frais!... Attends quèqu's jours. Quand tu m'verras raid' su' ma couche, Dis-lui, tout en prenant sa bouche, «Ton amant est mort!... Viv' l'Amour!...» Le Triste Individu! (19) Il allait à l'école Mais c'était un fléau, De mêm' que la rougeole, Pour les pauvres marmots Comme une épidémie On craignait ses plaisant'ries. Quand il apparaissait Tout's les fill's se débinaient. Refrain. C'est le triste individu Qui vient nous montrer son... oeil Quand arrive le printemps Y s'fait app'ler Soleilland Il est la terreur des squares Des cinémas et des gares Il oblige les enfants A rester chez leurs parents. Il eut par injustice Et puis par protection, D'son cousin le minisse A quinze ans, l'prix Montyon Sur tout's les plac's publiques Il venait s'mer la panique Comme un diable en enfer Avec un' grand' queue... par derrière Avec un air infâme On le voit dans l'Métro Terroriser les dames Et les plus comme il faut Sous sa p'lisse en fourrures Il se croit en plein' nature; Sans craindr' les courants d'air Il se montre nu comme un ver. Il eut toutes les veines Et devint député. Avec un tel sans gêne Ça n'pouvait pas rater Mais ce fut bien aut' chose Quand vint la saison des roses, L'ignoble polisson Viola la constitution. C'est un triste individu, Heureus'ment qu'on en fait plus Quand arrivait le printemps Ça dev'nait inquiétant. On peut ner au square Sans craint' de voir ce jaguar...e Attenter à la pudeur Comm' s'il était sénateur. Le Vin De Nos Vignes Et De Notre Amour. (incomplet.) Sous les étoiles de septembre La cour close a l'air d'une chambre Et le pressoir d'un lit ancien; Grisé par l'odeur des vendanges, Je suis pris d'un désir étrange Né du souvenir des païens. Refrain. Couchons ce soir tous les deux sur le pressoir Dis, faisons cette folie Couchons ce soir tous les deux sur le pressoir Margot, Margot, ma jolie! musique de: Léo Daniderff. Les Violettes. J'ai pris «chaud et froid» en faisant Danser d'autres filles Et, dans ma poitrine à présent Grince un violon malfaisant Et piétinent d'affreux quadrilles: Ma mie est là qui tend vers moi -Ma mie est si bonne! - Un bol de tisane des bois Et ses yeux bleus chargés d'émoi Dont chaque regard me pardonne. Refrain. Ah! comme je tousse!... (La tisane est douce, La tisane aux violettes!) ...La mauvaise toux!... (Ah! Les chers yeux doux, Les chers yeux de violettes!) Au bol blanc, moins blanc que sa main, Je bois deux gorgées Et des violettes soudain, Fleurissent comme en un jardin Dans ma poitrine ravagée; Tandis que ses grands yeux, couleur Des fleurs qui parfument La tisane de leur douceur Versent du printemps dans mon coeur Plein de remords et plein de brume. Je vais guérir, grâce au pardon De ces violettes Ecrasées sous mes rigodons Aux jours de folle trahison Où j'ai laissé ma mie seulette! Je vais renaître par l'Amour De ces yeux fidèles A qui j'ai fait ces mêmes jours Verser des pleurs cuisants et lourds Par mes légèretés cruelles. La Chanson Des Fusils. Nous étions fiers d'avoir vingt ans Pour offrir aux glèbes augustes La foi de nos coeurs éclatants Et l'ardeur de nos bras robustes; Mais voilà qu'on nous fait quitter Notre clair sillon de bonté Pour nous mettre en ces enclos ternes Que l'on appelle des "casernes": En nos mains de semeurs de blé Dont on voyait hier voler Les gestes d'amour sur la plaine, En nos mains de semeurs de blé On a mis des outils de haine... O fusils qu'on nous mit en mains, Fusils, qui tuerez-vous demain? Notre front qui ne s'est baissé Encor que par devant la terre Bouge, en sentant, sur lui peser La discipline militaire; Mais s'il bouge trop, notre front! Combien d'entre nous tomberont Par un matin de fusillade Sous les balles des camarades? Nos yeux regardent sans courroux Les gâs dont les tendresses neuves S'essaiment en gais rendez-vous Là-bas, sur l'autre bord du fleuve; Mais un jour de soleil sanglant Ah! combien de pauvres galants Ayant un coeur pareil au nôtre Coucherons-nous dans les épeautres?... Nous trinquons dans les vieux faubourgs Avec nos frères des usines: Mais si la grève éclate un jour Il faudra qu'on les assassine! Hélas! combien les travailleurs Auront-ils à compter des leurs Sur les pavés rougis des villes Après nos charges imbéciles?... Mais, en nos âmes de vingt ans, Gronde une révolte unanime: Nous ne voulons pas plus longtemps Être des tâcherons du crime! Pourtant, s'il faut encore avant De jeter nos armes au vent Lâcher leur décharge terrible, Nous avons fait choix de nos cibles: En nos mains de semeurs de blé Dont on voyait hier voler Les gestes d'amour sur la plaine, En nos mains de semeurs de blé Puisqu'on vous tient, fusils de haine!... Tuez! s'il faut tuer demain, Ceux qui vous ont mis en nos mains!... Redemption. (Poème Légendaire.) Les cloches, dans le clair matin, Jettent leur appel argentin Et, par les sentes de la lande, Qui dort au bas du ciel serein Passent des filles de marins, Allant à la messe par bandes. La jouvencelle aux airs fluets Qui porte en ses yeux de bluets L’insondable infini des rêves Va prier pour son fiancé Qui, par un jour de l’an passé, S’est embarqué sur cette grève. Elle court, parmi les genêts, Plus vive et plus preste que n’est Un oiseau d’avril dans les branches, Elle court et ses longs cheveux Où le soleil a mis le feu Déferlent sous sa coiffe blanche. Elle arrive, courant toujours En échangeant de gais «bonjour!» Au bas des marches de l’église Où le vieux facteur du hameau Vient lui remettre «un petit mot» Du «bon ami»... Douce surprise! L’heure de la messe approchant, Les cloches au-dessus des champs Font tomber leurs notes massives, Lors, elle rentre en regrettant De n’avoir plus un seul instant Pour pouvoir lire sa missive. Dans le choeur, elle va s’asseoir Parmi les vapeurs d’encensoir Qui bleuissent les vitraux roses; Elle ouvre son livre et se met A chanter dévotement, mais Son coeur fol rêve d’autre chose. Puis le Malin qui sait toujours Perdre les femmes par l’amour Vient lui susurrer dans l’oreille: «Sais-tu ce que te dit ton amant Qui vogue parmi les tourments De la mer au fauve pareille?... ...Tu ne sais pas? Tu peux savoir! Prends sa lettre, regarde voir...» Et laissant entrer dans son âme L’Esprit adroit, l’Esprit subtil La belle dit «Ainsi soit-il!» Puis se cachant comme une infâme Derrière un vieux pilier tremblant Elle parvient faisant semblant De lire son livre de messe, A déchiffrer enfin le court Et profane billet d’amour Plein de serments et de promesses. Mais, relevant soudain les yeux, Sachant avoir offensé Dieu Dans le sein de l’austère église, Elle voit, le coeur plein d’effroi, Le long des murs ternes et froids Tous les saints qui se scandalisent. L’archange Michel terrassant Le serpent du Mal menaçant Semble crier: «au sacrilège!» Le bon évêque Nicolas Drapé dans sa chape lilas Gronde dans sa barbe de neige. La Vierge, d’un air irrité, Etend le bras pour lui jeter En pleine face l’anathème Et le petit enfant Jésus Rougit comme s’il avait su Lire sous sa lettre: «Je t’aime!» Alors, la messe prenant fin, Elle fuit toute seule, afin De pleurer en paix sur sa faute; Elle erre parmi les genêts, Plus sombre et plus triste que n’est Un oiseau de nuit de la côte. Car des vols de blancs goélands Semblent clamer en la frôlant: «Tu vas salir nos pures ailes Démone! Démone! Va-t-en De là l’empire de Satan Où le feu d’enfer étincelle. Et la pauvre se dit: «C’est vrai! Las! c’est là que je m’en irai, Damnée... oui, je serai damnée!... Seigneur!.. ayez pitié de moi Je ferai pénitence un mois! Deux mois!.. six mois!.. toute l’année. Mais Dieu dont le glorieux fils Est mort pour racheter jadis Les péchés de la Magdeleine Veut qu’un autre homme meurt encor Et donne l’âme de son corps Pour en purifier la sienne. Il déchaîne les éléments... La mer furieuse et bramant Dans le crépuscule qui tombe Des profondeurs du firmament Va devenir pour son amant Le drap mortuaire et la tombe. Et peut-être ce pauvre amant Qu’emportera le flot dormant Ira s’échouer sur la grève Où celle qu’il vient d’exaucer L’attendait pour se fiancer Pourra voir de ses yeux de rêves Un cadavre livide de froid Etendu les deux bras en croix Sous l’orbe du soleil sévère Comme Celui-là qui fut pour Effacer les fautes d’amour Crucifié sur le Calvaire. Moulin de Clan, Octobre 1897. Fin. Notes. (1) Source: Histoire générale de la presse française, tome III, Paris, P.U. F., p. 296. On mesure par ces chiffres le phénomène de la presse périodique de gauche et d'extrême gauche. (2) Cette chanson figure dans le premier volume de nos éditions sous le titre: «L'Amour qui s'fout de tout», avec quelques légères variantes. (N. d. E.) (3) Dans Le Libertaire ont été également publiés: «Le Christ en bois» (voir tome I), «La tête de mort» (voir tome III). (N. d. E.) (4) Pitou: nom populaire donné aux soldats; il existe aussi comme autres sobriquets: chapuzot et dumanet. (N. d. E.) (5) «Tu vois, là-bas, au bout de la cour, ces trois trous à moitié bouchés avec du sable? C'étaient des silos. J'en ai vu descendre, là-dedans, des malheureux! [...] On y avait mis un type auquel on a attaché les mains derrière le dos. Il est resté près de quinze jours.» Georges Darien (Biribi). (6) Aernoult, assassiné le 2 juillet 1909, à Djenan-ed-dar {Algérie) par les chaouchs militaires. Aernoult était un ouvrier couvreur. En 1905, vers la fin de l'année, éclatait la grève des terrassiers du métro. Il y eut au Château, près de Romainville, des incidents de grève: chasse au renard, chambardement d'un chantier. Aernoult s'était joint à ses camarades de la «Terrasse». Il était de Romainville. Il fut reconnu et dénoncé à la police. Il gagna rapidement les mines de Courrières. Par défaut, on le condamnait pour faits de grève à deux mois de prison. Quelques jours avant la catastrophe de Courrières, Aernoult revenait à Romainville. La mort n'avait pas encore voulu de lui. Mais la prison le réclamait. Arrêté, jugé, il fut cette fois condamné à dix mois de prison. A peine âgé de dix-neuf ans, il était enfermé à la Petite Roquette. Un jour il reçut là, la visite d'un «rabatteur» de caserne: «quand, à votre âge on a une condamnation, lui dit ce personnage, le mieux est de s'engager pour se réhabiliter!». Affaibli, désemparé, Aernoult céda; à sa libération il partit pour l'Afrique, engagé dans les chasseurs d'Afrique. C'était alors un beau gars, robuste, solide«un peu là», un gars tout blond comme une jeune tille, pas méchant pour un brin, point nerveux, tranquille et de bonne humeur. Bientôt exténué par des corvées au-dessus de ses forces, roué de coups par le lieutenant Sabotier, les sergents Casanova et Beignier, victime de mille sévices, dans sa cellule, pantelant, saignant, bâillonné puis mis à la crapaudine dans les affres de l'agonie: il mourait à vingt- trois ans, le corps meurtri de coups. Reconnaitra-t-on qu'il a été frappé à la tête? demanda un capitaine inquiet, -Non, dit le major, l'on croira qu'il s'est assommé contre les murs de sa cellule! La Guerre Sociale. (7) En 1910, les députés s'étaient généreusement octroyé une rémunération de 15.000 francs annuels. L'expression Q. M. (quinze mille) devint rapidement, pour les chansonniers notamment, synonyme de député. (N. d. E.) (8) Notice Sur Graby: Avec la complicité d'un nommé Michel, assassina, à coups de pieds et à coups de poings dans un wagon de chemin de fer de première classe, une dame d'un «certain âge» d'aspect cossu, nommée Madame Gouin. Is la dévalisèrent et jetèrent le cadavre sur la voie. Dernier Heure: Nous sommes en mesure d'affirmer que le soldat Graby, après avoir été gracié de la peine de mort par le mastodonte élyséen (Il s'agit de Fallières. (N. d. E.)), verra un 14 juillet prochain sa peine entièrement effacée. Graby reviendra donc prochainement parmi nous. Dans cette attente, la Préfecture de Police lui réserve une des premières places dans une brigade de la Sûreté. Graby sera chargé de veiller spécialement sur les vieilles rentières.Espérons qu'il saura se montrer à la hauteur de sa mission. La Guerre Sociale. (Du 27 juillet au 2 août 1910) (9) Draveil et Villeneuve: tristes illustrations du rôle de Clemenceau comme briseur de grèves. Des grévistes furent tués par la troupe à Draveil, en mai 1908, et à Villeneuve-Saint-Georges en juillet 1908. (N. d. E.) (10) Ce numéro de La Guerre Sociale comportait une erreur de date; il faut lire: «du 10 au 16 août 1910». (N. d. E.) (11) Il s'agit d'Aristide Briand. (N. d. E.) (12) Rappelons que La Guerre Sociale avait coutume d'invoquer dans ses pages «Mam'zelle Cisaille» (le sabotage), ainsi que «le citoyen Browning» (l'arme à feu). (N. d. E.) (13) Faralicq, Guillaume, Portenseigne: policiers présents lors du 1" mai 1911. Faralicq, officier de paix, reçut de la part d'un manifestant un coup de matraque qui lui valut... une otite. Guillaume, officier de paix, fut blessé d'un coup de couteau. Portenseigne, agent cycliste, «dans la peau duquel un stylet fut oublié le 1er mai» (La Guerre Sociale du 17 mai). (N. d. E.) (14) Après les événements du 1er mai fut agité par la Préfecture l'épouvantail d'un complot justifié par la découverte (après coup) de quelques pétards. Coûté y voit là une manoeuvre de Guichard, autre policier, qui deviendra plus tard directeur de la P. J., à peu près le temps de l'affaire Stavisky. (N. d. E.) (15) Le manuscrit que nous avons retrouvé n'est pas de la main de Couté. Il porte cette indication: «Donner à l'impression le manuscrit écrit par moi car celui-ci est plein de mots mal orthographiés et puis il y a des lignes qui manquent». (16) Variante de «La tête de mort», poème reproduit dans le tome III. (17) In Le Réveil Artésien, n° 27, 11 septembre 1910 et L'Action Syndicale, même date. Ce poème signé «Le Subeziot» est, selon toute vraisemblance, l'oeuvre de Gaston Couté, «Le Subeziot» étant son surnom habituel en langage beauceron. Le Réveil Artésien et L'Action Syndicale, deux journaux révolutionnaires du Pas-de- Calais, ont publié en juillet et août 1910 deux autres textes parus dans La Guerre Sociale. (18) Autres titres «Chanson pour les conscrits.» et c Grève.» (19) Soleilland viola une petite fille d'une famille nantaise et la tua par peur d'être dénoncé. Toute la presse de l'époque parla de l'affaire et les parents d'évoquer aussitôt le triste personnage pour faire obéir les enfants, lequel remplaça ainsi le Père Fouettard. Source: http://www.poesies.net