Soleils D'Octobre. (1869) Par Gabriel Marc (1840-1931) TABLE DES MATIERES Préface Par Charles Asselineau. A Théodore De Banville. Prélude. LIVRE PREMIER: SOLITUDE Soleil Levant. La Chanson De L'Idéal. Le Caillou. La Muse Blonde. Loin. Flos Noctis. Peu A Peu. La Perle. Seul. Les Phares. Sérénade. La Clef Des Champs. LIVRE DEUXIÈME: AUVERGNE La Dore. Loin De Paris. A Une Curieuse. La Pierre Qui Danse. Ritournelle. Le Genêt Et La Bruyère. Les Brandons. Bruits Des Champs. A Ma Payse. Bourrée. La Chanson Du Coutelier. Le Volcan. LIVRE TROISIÈME: VERS L'IDÉAL Mahomet. A Madame Zélie De Banville. Le Chateau. Les Musiciens Hongrois. Premier Chagrin. La Mansarde. Loin De Meudon. Le Festin. Le Poëte. Révolte. Le Premier Dessin. La Vie Humaine. Finale. Aux Jeunes Poëtes. Préface Par Charles Asselineau. L'histoire de la poésie est comme toute histoire au monde une suite d'évolutions. On y voit se succéder selon les temps, ainsi que dans l'histoire des empires, la paix et la guerre, l'ardeur et la sérénité, l'expansion et la lutte. Par moments la tradition se perd, l'art languit, l'imagination s'égare. On entend alors tout à coup retentir, comme des fanfares guerrières, les protestations et les manifestes; les étendards se déploient; c'est un assaut général livré aux remparts de la routine et aux conventions surannées, une révolte contre le joug de l'imitation imposé par la stérilité et la décadence. Alors paraissent la Défense et Illustration de la langue française à côté de Ronsard, la Préface de Cromwell et le Tableau de la Poésie française avec les Premières Odes et les Poésies de Joseph Delorme. Puis, une fois la ville prise, une fois les vieilles et éternelles chartes reconquises et rétablies, tout s'harmonise et se pacifie. L'instrument est remonté, la langue retrouvée; chacun la plie à son usage et s'accommode à son inspiration intime: Ronsard s'éprend des bords enchantés du fleuve de Loire; Du Bellay célèbre les grâces Angevines. Ainsi, après 1830, nous avons vu l'art restauré par Victor Hugo acclimaté en Bretagne par l'auteur de La Fleur d'Or et de Marie. M. Gabriel Marc, un Parisien, -très-Parisien par l'éducation poétique, -mais Parisien d'Auvergne, s'est souvenu dans ses premiers vers de la sévère beauté de sa contrée natale. Il a chanté la Dore, aux eaux transparentes, les genêts, les bruyères, les fêtes, les légendes et les industries du pays. Ce second livre de son recueil, tout entier dédié à l'Auvergne, est, je l'avoue, celui que je préfère, sans méconnaître le mérite des pièces qui le précèdent et qui le suivent, et où le poète s'est montré tout à fait à la hauteur de l'art contemporain. Le charme particulier que j'y trouve est une harmonie complète du talent de l'auteur avec les sujets traités. M. Gabriel Marc a la note douce et tendre; il a le ton du souvenir et du regret. Les échos lointains vont bien à sa voix légèrement voilée, dont le timbre rappelle les sons vagues qui s' élèvent des vallées à l'heure mystérieuse du lever des étoiles, où la cantilène du pâtre errant sur les plateaux des montagnes; et certes il a été bien inspiré par la phrase de Goethe qu'il a prise pour épigraphe de ce second chant de son poème intime et domestique: Poëte, occupe-toi de ton pays. Là sont tes chaînes d'amour, là est le monde de tes pensées! Ce monde spirituel où nous ramènent incessamment les chaînes infrangibles et vivantes des premiers souvenirs, n'est-ce pas la poésie elle-même: le charme des premières émotions et des étonnements naïfs, la délicieuse souffrance des yeux s'ouvrant à la lumière céleste, l'éveil d'un coeur qui s'ignore et qui associe la nature environnante au miracle de ses premières sensations? Mais je me donne tort peut-être en paraissant, plus que je ne le veux, circonscrire le mérite du poëte dans une sphère de sentiments qui m'ont particulièrement séduit. Cette note tendre et sympathique, je l'entends sonner partout ailleurs dans ce volume, au premier livre et surtout au dernier. Peu à peu, la Perle, Seul. Révolte, Premier Chagrin, sont de brèves mais complétés mélodies, pénétrantes malgré leur concision, et qui éveillent ou charment la pensée. L'auteur des Soleils d'octobre a le don de l'évocation. Il sait s'emparer d'une impression rapide, l'arrêter et la fixer en quelques traits dans la rétine et dans la mémoire. La pièce intitulée le Château, avec ses solides rimes redoublées, fait image et se présente à l'oeil comme un de ces fermes dessins à la plume, lavés à l'encre de Chine, où se débauche la fantaisie d'un grand poëte. Le petit poëme de Dibutade (Le Premier Dessin) a dans un ton très-différent la même qualité: c'est une légère aquarelle, teintée de nuances un peu pâles, dans le sentiment des fresques à demi effacées du Musée de Naples, et dont on cherche la place sur son mur. Le sonnet aux Musiciens hongrois a de l'élan et de l'éclat, et consacre heureusement le passage de ces merveilleux artistes à l'Exposition universelle. M. Marc a montré de l'ampleur et du souffle dans l'ode au poëte, dont les huit strophes aux rimes sonores retentissent comme une marche triomphale. Le premier sonnet du livre, Soleil levant, est un magnifique lever de rideau. Eh bien, m'est-il permis de le dire, après avoir spontanément, et très-volontiers d'ailleurs, reconnu et proclamé les dons variés du poëte et la valeur générale de l'oeuvre? Ce qui, le livre fermé, se représente le plus vivement à mon esprit, c'est ce groupe de petits poëmes originaux qu'anime une même émotion profonde et singulière, semblables par l'inspiration, mais si divers dans leur unité, où l imagination du chantre a concentré dans un cercle plantureux tous les éléments de l'enthousiasme poétique: paysages, traditions, légendes, souvenirs, regrets, chants de fête, bruits de la nature et du travail. Je revois comme si je les avais vus déjà les bords sablonneux de la rivière aux eaux limpides, les plateaux tapissés de bruyères où éclate la fleur d'or du genêt, et au loin les sommets des monts où la neige étincelle. Je vois flamboyer dans la nuit les brandons de la fête populaire; j'entends la ronde et le refrain mêlés aux sons de la vielle et de la cornemuse; j'écoute le bruit de la forge et la cadence du marteau. M. Marc, il est vrai, nous prépare d'autres surprises. Son adieu est un au revoir plein de promesses, un congé à bref délai, nous l'espérons. Quoi qu'il nous donne, après ce début il sera toujours bien accueilli. Sans doute, après ce premier essai de ses forces, il voit plus clair que nous n'y voyons dans son avenir et en lui-même. Qu'il nous pardonne d'avoir des préférences: c'est un vice, une contorsion de l'esprit que l'on passe à ces témoins infructueux et pitoyables qui bordent la grande route de la renommée, et que fatigue et courbature le défilé rapide des coureurs. Qui donc, après tout, dans cet orchestre immense qui résonne et s'accorde des bords de la Manche au rivage de la Méditerranée, et des côtes granitiques de la Bretagne aux vallons du Jura, qui donc oserait décerner le prix, je ne dis pas du talent de l'exécutant, mais du charme des instruments divers? La parfaite mélodie du hautbois ou du cor ne peut-elle même, après la vibration du violon ou de la basse, suffire à l'ambition et à la gloire du virtuose? Charles Asselineau. A Théodore De Banville. poëte de l'amour, de la joie et des roses, Dont la rime sonore éclate au grand soleil, Qui, dans le flamboiement de tes apothéoses, Evoques tout un monde idéal et vermeil; Toi qui sais, maîtrisant le Rhythme au vol farouche, Diriger l'Ode altière à travers les périls, Et chanter, dans les vers qui naissent sur ta bouche, Les Dieux vaincus, les coeurs meurtris, les longs exils; Tu montres qu'il faut être heureux et fier de vivre, Puisque l'Art ne meurt pas, et que l'on peut encor, Dans la vigne féconde où la Musi s'enivre. Aller après Ronsard cueillir des grappes d'or. Ainsi chacun de nous, à l'exemple du maître, Doit porter haut l'honneur d'être un bon ouvrier. Et, sondant les secrets de la Rime et du Mètre, S'efforcer d'obtenir un brin du vert laurier. Pour moi, cherchant le Beau dans le calme et l'étude, Loin des riants coteaux de mon pays natal J'ai souffert par l'amour et par la solitude; Et si j'ose essayer mon vol vers l'idéal, Sous tes regards d'ami je veux ouvrir mes ailes. Affrontant l'ouragan perfide et les hivers, Je veux qu'au moins ton nom, aux vives étincelles, D'un reflet de sa gloire illumine mes vers. Le matelot pensif, sous un ciel sans étoiles, Incertain de la plage où le sort le conduit, Ne regarde-t-il pas, en déployant ses voiles, Le phare éblouissant qui brille dans la nuit? Août 1868. Prélude. Mon rêve a bien souvent tenté De chanter les grandes victimes Les héros, la neige des cimes Et les sanglants soleils d'été. Le regard morne et révolté Par tant de douleurs et de crimes, Je songeais à des cris sublimes D'espérance et de liberté. Mais chaque homme a sa destinée; Et ma jeune muse, étonnée Sur ces pics inondés de pleurs, Cherche toujours, paisible et sobre, Les sentiers où naissent des fleurs Et les pâles soleils d'octobre. Juillet 1868. LIVRE PREMIER: SOLITUDE Allez, ô Fantaisie, allez faire du miel! Sur les fleurs de la terre et sur les fleurs du ciel, Cherchez partout la liqueur blonde. Brizeux, la Fleur d'or. Soleil Levant. La nuit vient, disions-nous. Les grandes épopées, La passion, l'amour, l'idéal infini, Tout est mort. L'art vaincu s'en va comme un banni; Et le monde s'éclaire aux lueurs des épées. Mais voilà que soudain les ombres dissipées S'écartent, et l'on voit que tout n'est pas fini. Écoutez. -C'est le cor farouche d'Hernani Qui dit aux nations: « Vous vous êtes trompées. » Non, le soleil n'est pas couché. Superbe encor, Il luit. Si Josué retarda son essor, Plus puissant, le poëte empêche qu'il ne sombre. Il chante, et de l'Aurore on sent le grand frisson. Il chante, et le soleil, vainqueur de la nuit sombre, Majestueusement remonte à l'horizon. La Chanson De L'Idéal. A Villier De L' Isle Adam. poëtes, légion bénie Qui rêve aux pieds de la Beauté, Fils du rhythme et de l'harmonie, Échos de la Divinité, Nous que les baisers de l'Aurore Pénètrent d'un feu virginal, Qui croyons, qui chantons encore, Amis, buvons à l'Idéal. Nous sommes jeunes. L'Espérance Nous accompagne en souriant. Nous avançons pleins d'assurance, Comme des Mages d'Orient. Devant nous, dans l'azur des choses, S'étend un chemin triomphal, Jonché de lauriers et de roses; Amis, buvons à l'Idéal. Dans le coeur profond de la femme Allons chercher l'idée en feu. Dans la coupe trouvons une âme, Et dans le vin le sang d'un Dieu. Du choc de la foule insensée, Comme l'éclair sort du cristal, Faisons jaillir notre pensée. Amis, buvons à l'Idéal. Par delà les monts et les nues Et les astres brûlant d'amour, Il est des plaines inconnues Que nous parcourons chaque jour, Et vers les rives éternelles, Comme vers un pays natal, Libres, nous déployons nos ailes. Amis, buvons à l'Idéal. Vaillants dompteurs de la Chimère, Venez, vous que nous chérissons, Hugo, Dante, Virgile, Homère, Sourire à nos jeunes chansons. Assis au banquet poétique, Plus riche qu'un festin royal, Soulevez la coupe mystique. Amis, buvons à l'Idéal. Le Caillou. petit caillou, tleur du rivage, Que la vague lèche en mourant, Entre l'algue et le coquillage Un jour déposé par l'orage Sur un lit de sable mouvant, Toi qu'une femme, -ma folie,- M'a donné, moment solennel, Moment que peut-être elle oublie, Moi, sur ta surface polie Je lis: Souvenir éternel. Dis-moi, lorsque sa main chérie Te cueillit près du gouffre amer, Vers qui flottait sa rêverie? Pourquoi laissait-elle, attendrie, Errer son regard sur la mer? Dans l'azur ou dans le nuage Était-ce moi qu'elle épiait? Sous la vague écumant de rage, Etait-ce, comme en un mirage, Mon amour qu'elle entrevoyait? Petit caillou toi que les ondes Ont tout meurtri de leurs baisers, Sans repos à travers les mondes Roulé dans les grottes profondes Par des flots jamais apaisés, Comme toi, mon coeur, sur la grève Toujours rejeté par les flots, Toujours poussé de rêve en rêve, S'est usé sans repos ni trêve Dans les larmes et les sanglots. La Muse Blonde. A Ernest D'Hervilly. Moi, je la suis dans les bois, Quand sa voix Se mêle au chant des fauvettes, Quand sa robe aux plis d'azur Glisse sur Le thym et les pâquerettes; Quand près d'elle on voit s'ouvrir Et mourir Chaque fleur à peine éclose; Quand elle vient déposer Un baiser Sur chaque bouton de rose; Quand, se plongeant dans les eaux Des ruisseaux, Où se mire la feuillée, Elle voile les trésors De son corps, Sous la vague ensoleillée; Cueillant, de ses doigts coquets, Des bouquets De bluets et de pervenches, Ou bien sur son front riant Mariant Lys et marguerites blanches. Seul alors, j'aime à la voir, Vers le soir, A travers la forêt sombre Ainsi qu'un rêve passer, M'enlacer Et disparaître dans l'ombre. Puis, comme un oiseau léger, Voltiger Au sein des chênes superbes, Ou bien, sur les floraisons Des gazons, Glisser sans toucher les herbes. Car elle s'en va chantant, M'évitant, Comme une vierge timide, Comme une nymphe aux abois Dans les bois Fuyant un faune rapide. Et je vois son pied tendu Suspendu Sur un rayon de lumière, Ou ses frissonnants et longs Cheveux blonds Ondulant dans la clairière. Mais, quand je crois l'arrêter Et goûter L'ivresse et l'amour ensemble, Elle s'échappe soudain De ma main Comme une feuille de tremble. Quel est cet être charmant, Tendre amant, Soeur des démons ou des anges, Qui, de ton obscur réduit, Te conduit, Par la main, loin de nos fanges? Cest une fille aux yeux noirs, Qui, les soirs, Pénètre en ma chambre close, Et berce, jusqu'au réveil, Mon sommeil Sur sa gorge blanche et rose; Et j'aime son front joyeux Et ses yeux Pleins de vague poésie; Et je veux, pour vous charmer, La nommer. Amis, c'est la Fantaisie. Loin. si je suis morose et songeur, C'est depuis que je l'ai quittée. J'entends sans cesse dans mon coeur Une chanson qu'elle a chantée. Le ciel était de pourpre et d'or. Par les bois qu'elle était jolie! Et je garde comme un trésor Une rose qu'elle a cueillie. Un jour risquant d'être maudit, Je pris un baiser, je l'avoue. Mais de ce doux baiser naquit Une fossette sur sa joue. Les baisers ont fui sans retour, Et les roses sont desséchées. Adieu la joie, adieu l'amour Et les chansons effarouchées. Flos Noctis. A Albert Glatigny. Blanche Phoebé, salut! Tu nages dans l'espace Solitaire, muet, profond, où rien ne passe, Comme une nef sans tache errante sur la mer. Moi qui m'en vais traînant un souvenir amer, Je te regarde, ô lune idéale au front pâle. Comme un reflet tombant d'une lampe d'opale, Ta lumière laiteuse et douce se répand Lentement dans le ciel bleuâtre, enveloppant L'épaule de la nuit dans un voile de gaze Tu marches, fière, et rien ne trouble ton extase. Blanche Phoebé, salut! Ta candeur sans affront Fait renaître la joie et la paix sur mon front. Le lit d'Endymion est froid, ô chaste amante! Tu n'entends pas le doux berger qui se lamente, Et, belle dans ta gloire et dans ta nudité, Tu t'enivres de calme intense et de clarté. Laisse-moi contempler ta beauté diaphane. Car je fuis comme toi loin du sentier profane, Cherchant l'oubli. Je vais, loin du tumulte humain, Seul, devant toi qui vas seule dans ton chemin. Laisse tomber d'en haut, pour calmer mon délire, Un rayon bienfaisant et pur comme un sourire, Et, dis-moi quel brillant séraphin t'oublia Dans le jardin céleste, ô blanc camélia! Peu A Peu. comme un papillon, au matin, Sans chercher la raison des choses Je voltigeais autour des roses. Alors, j'étais ton blond lutin. Bientôt, sentant mon coeur malade, Tout ému je suivais tes pas. Tu prenais sans crainte mon bras, Et tu me nommais camarade. Puis, me comprenant à demi, A travers ton voile de femme Tu montras un coin de ton âme, Et j'obtins le doux nom d'ami. Mais, pour compléter cette gamme, Cette gamme du sentiment, Quel mot, dis-moi, quel mot de flamme? Cher époux, ou mieux, tendre amant! La Perle. A Charles Asselineau. Comme un pur diamant, la goutte de rosée Brille parmi les fleurs. On dirait qu'au matin L'Aurore souriante a, de sa main rosée, Égrené ses trésors sur la mousse et le thym. Perle d'azur, au fond d'une coupe irisée, Cette larme sommeille en son lit de carmin. Mais bientôt le vent passe. Elle tombe. et, brisée, Disparaît et se mêle au sable du chemin. Ainsi de ma pensée. Émue, étincelante, Fragile, elle apparaît. Ma main toute tremblante Veut la fixer. L'effort ride mon front pâli. Mais des soucis moqueurs le souffle glacé passe. L'idée a fui bien vite, et, sans laisser de trace, La perle d'or se mêle aux sables de l'oubli. Seul. Allez vous égarer dans les grands bois discrets Où la lune se joue à travers le feuillage, Où l'onde et le roseau, dans le plus doux langage, Se disent tout bas leurs secrets. Vous que le bonheur guide, allez chercher le frais A travers les sentiers fleuris. L'âme charmée, Aspirez les parfums de la nuit embaumée, Et buvez l'amour à longs traits. Moi, je vais regagner ma demeure isolée, Seul, dans l'ombre évoquant le beau temps des amours, Car aujourd'hui je pleure et je songe toujours A celle qui s'est envolée. Les Phares. A Jocelyn Bargoin. Cher enfant blond, aux longs cheveux, Vers ta rive aujourd'hui je veux Guider ma rame, Et dans ton coeur limpide et sûr Verser, comme un liquide pur, Toute mon âme. Je veux, pour toi qui peux juger, Polir sur un rhythme léger Des vers intimes, Et, livrant ma plume au hasard, Dans la forme chère à Ronsard Croiser mes rimes. Ami, nous avons eu toujours Mêmes désirs, mêmes amours; Notre pensée Fuyant les sentiers corrupteurs, Toujours vers les mêmes hauteurs S'est élancée. Si nous suivions nos goûts jumeaux, Nous irions sous les grands ormeaux, Loin de la ville. Si nous ouvrons un livre, c'est Quelque poëme de Musset Ou de Banville. Aussi, moi, vieux depuis longtemps, Car j'ai déjà plus de vingt ans, Je vois sans cesse, Comme une ombre qu'on voit flotter, Mon image se refléter Dans ta jeunesse. Te rappelles-tu nos transports, Nos espérances, nos efforts? Comme une vague, Nous allions ballottés sans but; Notre esprit souvent parcourut La mer du vague. Alors nous mangions les fruits mûrs Du classique, à l'ombre des murs D'un vieux collége, Séjour chéri des vieux docteurs, Des vieux rats et des vieux auteurs. Dieu les protège! Il me souvient du long dortoir Où je retrouvais chaque soir Mon lit de planche. Mollement couché sur le dos, J'entr'ouvrais le coin des rideaux De toile blanche, Et mon regard suivait dans l'air L'astre qui, semblable à l'éclair, Fend la nuit sombre; Et sous son masque noir et blanc Je voyais la lune en tremblant Passer dans l'ombre. Comme un fakir oriental, Je m'élançais vers l'idéal, Loin de nos fanges; Et je montais si haut, si haut, Que j'allais m'égarer bientôt Parmi les anges. Lorsqu'on tombe du haut des deux Sur ce sol dur et rocailleux, La chute est rude. Que de fois nous fîmes le saut, En entendant la voix du sot Maître d'étude! Mais ce temps avait bien son prix. On travaillait le coeur épris De fantaisie. On croyait, alors. On rêvait; Et pour maîtresse l'on avait La poésie. C'était la riante saison, Où l'on ignorait la raison De bien des choses, Où sous l'ombre des noisetiers On folâtrait dans les sentiers Tout verts et roses. Hélas! ces jours loin de mon toit Ont fui, comme au retour du froid Les hirondelles. Comme on fait aux petits oiseaux, La raison m'a, de ses ciseaux, Coupé les ailes. Mais ne va pas me reprocher De me vieillir et d'afficher Des airs sceptiques. J'aime encor les ombrages verts; Mais j'admire un peu moins les vers Mélancoliques. J'ai compris que souvent il faut Pour la plaine quitter le haut De la montagne, Et surtout bâtir son château Sur quelque modeste coteau, Hors de l'Espagne. J'ai compris que pour remporter Toute victoire, il faut lutter. Au Sybarite De s'endormir et de rêver. Les hommes n'ont pour s'élever Que le mérite. J'ai compris qu'il faut regarder A chaque pas, pour se guider Dans la nuit noire, Ces trois phares la Liberté, La sereine et blanche Beauté, Et puis la Gloire! Sérénade. Si j'étais, ô mon amoureuse, La brise au souffle parfumé, Pour frôler ta bouche rieuse, Je viendrais craintif et charmé. Si j'étais l'abeille qui vole, Ou le papillon séducteur, Tu ne me verrais point, frivole, Te quitter pour une autre fleur. Si j'étais la rose charmante Que ta main place sur ton coeur, Si près de toi, toute tremblante, Je me fanerais de bonheur. Mais en vain je cherche à te plaire, J'ai beau gémir et soupirer. Je suis homme, et que puis-je faire? T'aimer. te le dire. et pleurer. La Clef Des Champs. Dressez vos têtes fraternelles, O mes oiseaux, c'est le moment. Avec un doux frémissement, Mes chansons, déployez vos ailes. La neige tombe lentement: Quel plaisir d'écrire un volume, Le soir, près du feu qui s'allume Avec un doux frémissement! C'est assez sommeiller, mes belles; Sans souci des hommes pervers, Mes chansons, bravant les hivers, Dressez vos têtes fraternelles. Mais le soleil, comme un amant, Réchauffe les fleurs entrouvertes, Voici le mois des feuilles vertes. 0 mes oiseaux, c'est le moment. Mars 1868. LIVRE DEUXIÈME: AUVERGNE Poète, occupe-toi de ton pays. Là sont tes chaines d'amour. Là est le monde de tes pensées. Goethe. La Dore. A travers la plaine odorante Tu scintilles, et rien d'impur Ne trouble, ô Dore transparente, Tes flots d'azur. Comme une amante gracieuse Qui déroule ses cheveux blonds. Tu caresses, voluptueuse, Le pied des monts. Sur le sable fin de tes rives Les troupeaux viennent au matin. Et, dans les prés que tu ravives Broutent le thym. Le genêt d'or et la bruyère Forment des festons sur tes bords Que de fleurs, ô blanche rivière Et que d'accords! Qui chantera tes paysages, Tes grands peupliers frémissants, Tes coteaux couverts de feuillages Éblouissants, Tes montagnes aux cimes blanches, Thiers se cramponnant au rocher, Lezoux, nid perdu sous les branches, Et son clocher? Pour moi, si j'ai fait dès l'aurore Ma gerbe autour de mon berceau; Si maintenant je chante encore, Comme un oiseau; Si j'ai pénétré le mystère Des ondes, des monts et des bois. O Dore calme et solitaire, Je te le dois. Aussi ton nom dans mon poëme Semble un accord fait pour charmer, Et je voudrais comme je t'aime Te faire aimer. Loin De Paris. Au milieu du calme des champs, La nature inspire nos chants, Et nos accords sont plus touchants. Au sein de la ville qui gronde, Règne une tristesse profonde. Un moment fuyons loin du monde. A nous l'amour et les beaux vers, A nous les coteaux toujours verts Et les monts de neige couverts. A nous toutes les belles choses, Les yeux noirs, les lèvres mi-closes, La brise et les moissons de roses. A Une Curieuse. Vous vous demandez, belle mécontente, Ce que je deviens si loin de Paris, Pourquoi, sans raison, ma muse inconstante Ne fréquente plus tant de lieux chéris. Je vous répondrai, contre votre attente, Que d'une beauté je suis fort épris, Et pour mieux livrer le coeur qu'elle a pris, Près d'elle à jamais j'ai fixé ma tente. A l'ombre des bois ma muse est contente La gloire ni l'or, plus rien ne me tente, Et de vos plaisirs bruyants je me ris. Mais je vois d'ici vos regards surpris Me dire: Quelle est votre heureuse amante? C'est ma belle Auvergne et ses bois fleuris. La Pierre Qui Danse. A François Coppée. C'étaient de vieilles tours gothiques Se cramponnant au flanc des monts. Des bandits, ou mieux des démons S'abritaient sous leurs murs antiques. Ils y menaient joyeux déduit, Tout fiers de leur indépendance. Or, quand vient Noël, à minuit, On peut voir la Pierre qui danse. La dague aux poings et sans scrupule, Ils allaient pillant au hasard. Leur seigneur était Théodard, Vaillant bandit, fort comme Hercule, De ces rocs farouche produit, Sans aïeux et sans descendance. Or, quand vient Noël, à minuit, On peut voir la Pierre qui danse. Quand il sortait avec sa horde, Il ravageait tout le canton, Et bourgeois et marchands, dit-on, En vain criaient miséricorde. Que de filles il séduisit! Mais il lassa la Providence. Or, quand vient Noël, à minuit, On peut voir la Pierre qui danse. Un soir de décembre, la bise Sifflait dans les tours du château. Les monts avaient leur froid manteau Au son des cloches de l'église, Les manants, quittant leur réduit, Du Christ célébraient la naissance. Or. quand vient Noël, à minuit, On peut voir la Pierre qui danse. Pendant qu'à genoux prosternée, La foule était en oraisons, Théodard hurlait des chansons, Et toute sa troupe damnée, S'esbaudissant autour d'un muid, Dansait et buvait sans prudence. Or, quand vient Noël, à minuit, On peut voir la Pierre qui danse. Tout à coup la fête est troublée. Sur le seuil se dresse un vieillard: « Tremble, dit-il, ô Théodard, Et toi, criminelle assemblée, Par saint André qui me conduit, Si tu ne fais point pénitence. » Or, quand vient Noël, a minuit, On peut voir la Pierre qui danse. « Par le diable, assez de prière, Homme au froc! répond Théodard. Aussi vrai que je suis bâtard, Tu vas prêcher dans la rivière. Moine, on me sert ou l'on me fuit: Tu mourras pour ton impudence. » Or, quand vient Noël, à minuit, On peut voir la Pierre qui danse. Le vieillard, redressant la tête, Étendit gravement la main: « Malheur à vous! 11 dit-il. Soudain Les murs, brisés par la tempête, S'écroulèrent avec grand bruit Puis, tout rentra dans le silence. Or, quand vient Noël, à minuit, On peut voir la Pierre qui danse De cette infernale demeure Il ne resta qu'un gros rocher. Gardez-vous bien d'en approcher; Car, chaque année, à la même heure, Sous la blanche neige qui luit, Ce rocher se meut en cadence. Or, quand vient Noël, à minuit, On peut voir la Pierre qui danse. Ritournelle. Je courais les bois, les monts et la plaine, Demandant l'amour à toutes les fleurs; Mais toutes, hélas! riaient de ma peine: L'amour aujourd'hui s'éteint dans les coeurs. La rose disait: « Je veux être reine. Le soleil pâlit devant mes appas. Poëte aux doux chants, ta douleur est vaine. Je veux ton amour, mais je n'aime pas.» Et la marguerite, à la robe blanche, Se mirait dans l'onde et disait tout bas: « Petit rossignol, chante sur ta branche. Tes vers sont bien doux, mais je n'aime pas. » A ce froid dédain, un amer sourire Sur ma lèvre erra. J'allais pour toujours Cesser mes chansons et briser ma lyre, Comme les oiseaux, après les beaux jours. Quand je vis au bord d'un ruisseau limpide Celle qui depuis a reçu ma foi: Petite fleur bleue aimante et timide, Fleur de mon printemps, c'est vous; aimez-moi. Le Genêt Et La Bruyère. A Altaroche. Quand mon coeur est malheureux, Je m'assieds dans la clairière, Et j'entends causer entre eux Le genêt et la bruyère. La Bruyère. Par un doux matin de mai, Je naquis sur la montagne; Fille d'un souffle embaumé Qui venait de la Bretagne. Le Genêt. Moi, j'ai vécu bien longtemps. J'ai vu tomber sur mes branches, Fleurs d'hiver et de printemps, Aubépine et neige blanches. La Bruyère. Près de moi les papillons Voltigent, les demoiselles Glissent, et les oisillons Tout joyeux battent des ailes. Le Genêt. Quand l'aurore à son réveil Sourit à la fleur déclose, Je te défends du soleil, Petite bruyère rose. La Bruyère. Longtemps je sommeille encor Sous ton ombre protectrice, Et pour toi, beau genêt d'or, Mes fleurs ouvrent leur calice. Le Genêt. La fauvette louant Dieu Sur ma tige se balance Et libre, sous le ciel bleu, Dans l'air en chantant s'élance. La Bruyère. Que de parfums! Que de voix! Chaque brin d'herbe étincelle. Avec ses monts et ses bois, Oh! que notre Auvergne est belle! Ainsi devisent entre eux Le genêt et la bruyère. Moi, j'erre dans la clairière, Quand mon coeur est malheureux. Les Brandons. Au Docteur Gérard Piogey. Le jour tombe. La lune luit. Les oiseaux cessent leur ramage. Dites-moi) pourquoi tout ce bruit? Quel émoi dans tout le village! Pourquoi ces cris et ces chansons? Pourquoi ces monceaux de feuillage C'est le dimanche des Brandons. Regardez ce point lumineux Qui scintille au loin dans la brume. Est-ce un astre naissant des cieux? N'est-ce pas un feu qui s'allume, Ou quelque antre de forgerons Attardés encor sur l'enclume? Chantons la fête des Brandons Mais un autre foyer brillant Paraît sur la montagne sombre, Comme un regard étincelant. Puis deux, puis trois luisent dans l'ombre. Est-ce une troupe de démons? On n'en peut plus compter le nombre. C'est le dimanche des Brandons. Sur les sommets couverts de feux Voyez-vous pas Cérès la blonde? Cherchant Proserpine en tous lieux, Dès longtemps elle court le monde. Deux flambeaux posés sur les monts Guident sa marche vagabonde. Chantons la fête des Brandons. Autrefois les jeunes Romains, Aux jours sacrés des Lupercales, Laissaient tomber par les chemins Leurs tuniques et leurs sandales. De lierre ils couronnaient leurs fronts Et dansaient au bruit des cymbales. C'est le dimanche des Brandons. Accourez autour du foyer, Enfants, le plaisir vous appelle. La chanson du ménétrier S'unit aux accents de la vielle, Et les filles aux cheveux blonds Au bûcher portent l'étincelle. Chantons la fête des Brandons. Entassez pailles et sarments. C'est l'heure où la fête commence. Aux sons joyeux des instruments, Frappez le gazon en cadence. Qu'en traçant de rouges festons, Dans les airs la flamme s'élance. C'est le dimanche des Brandons. Lorsque par le temps emportés Disparaissent les vieux usages, Oubliant les grandes cités Pour de tranquilles paysages, Poètes, nous nous souvenons, Car nous sommes les derniers sages. Chantons la fête des Brandons. Bruits Des Champs. A Albert Mérat. Les soirs d'été sur la colline, Je viens, quand le soleil décline, Seul, écouter les mille voix Qui pour bercer mes rêveries Montent confuses des prairies, Des champs de bruyères fleuries Et des bois. Près de la brune jeune fille, Portant sa gerbe et sa faucille, Les pieds nus sous son cotillon, Le paysan couvert de bure Prolonge longtemps sa voix pure, En traçant dans la terre dure Le sillon. La vielle moqueuse et criarde Jouant bourrée et montagnarde Nargue, nargue, nargue toujours; Et, près de la source bleuâtre, Voici la musette du pâtre Qui chante sur un air folâtre Ses amours. Écoutez la hache qui frappe Sur le bois sec, le chien qui jappe, Le char qui crie en cheminant, La poule craintive qui glousse Guidant ses poussins sur la mousse, Le voiturier qui se courrouce Au tournant. Les moutons bêlent dans la plaine, Les taureaux de leur note pleine Troublent le calme des forêts, Et l'alouette, revenue, Monte légère vers la nue, Égayant de sa voix ténue Les guérets. La grande crinière des chênes Frémit dans les forêts prochaines; On entend le bruit des ruisseaux, Ou de la cascade qui gronde, Ou du vent qui pleure sur l'onde, Froissant la chevelure blonde Des roseaux. L'éclair brille dans le nuage. Le sourd roulement de l'orage Se mêle aux lointains hallalis. Le charretier, fuyant l'averse, Aiguillonne ses boeufs, et verse; Et le garde en sifflant traverse Le taillis. Cependant la meute lassée, Tombant sur la bête forcée , Pousse de terribles clameurs, Et le cor à la voix cuivrée, Sonnant la mort et la curée, Annonce au château la rentrée Des chasseurs. A Ma Payse. Ce que j'aime en vous, ma payse, Ce sont vos noirs et longs cheveux, Et votre col blanc et nerveux, Et vos petits pieds de marquise. Vous mettez une grâce exquise A vouloir tout ce que je veux, Et vous m'avez fait des aveux Bien doux, un soir, près de l'église. Mais j'aime surtout les éclairs De vos regards ardents et clairs. Car, sur les rives de la Dore, Quand vient l'aurore au front vermeil, Vous allez, pour qu'on vous adore, Cueillir des rayons de soleil Bourrée. Je suis le chasseur Du voisinage, Je suis le chasseur, Le beau danseur. Surpris par l'orage. Je viens sous l'ombrage. Bergère, pourquoi Cet air sauvage? Bergère, pourquoi Ce doux émoi? Nanette ou Nanon, Ma bergerette, Nanette ou Nanon, Oh! le doux nom! Ta brune chevrette Mord la pâquerette. Reçois de ma main Cette fleurette, Recois de ma main Ce blanc jasmin. Ma belle, un baiser. Oui, mais je n'ose. Ma belle, un baiser. Faut-il oser? Sur ta lèvre rose Ma lèvre se pose. Nanette, au revoir A la nuit close. Nanette, au revoir, Près du lavoir. La Chanson Du Coutelier. A Gabriel Guillemot. Aussitôt que paraît l'aurore, -Le feu brille dans l'atelier. Du fer le tintement sonore Se mêle aux chants du coutelier. L'ivoire et la corne brillante Attendent près du noir fourneau. La meule tourne impatiente. Fils de la lime et du marteau, Tu vas naître, joli couteau. Les travailleurs, l'âme ravie, Contemplent le couteau naissant. Avec un moment de sa vie Chacun d'eux lui fait son présent. L'un d'ornements couvre son manche; L'autre l'ajuste sur l'étau; L'autre polit sa lame blanche. Fils de la lime et du marteau, Te voilà né, joli couteau. Maintenant, voyage et prospère; Va, précédé de ton renom. Fier de la marque de ton père, Partout fais connaître son nom. Sans redouter les mers profondes, Jusqu'en Chine, comme un oiseau, Vole, traverse les deux mondes. Fils de la lime et du marteau, Prends ton essor, joli couteau. Garde-toi d'envier aux armes Leur rôle barbare et cruel. Ne fais jamais couler de larmes Et fuis la main du criminel. Soumis à des doigts blancs et roses, Va cueillir les fruits du coteau, Ou faire des moissons de roses. Fils de la lime et du marteau, Suis ton destin, joli couteau. Instrument noble et populaire Des sujets et des souverains, Toujours et partout nécessaire, Chacun t'a porté dans ses mains. On te voit dans l'humble chaumière Et sur la table du château, Chez la duchesse et la fermière. Fils de la lime et du marteau, Sois fier de toi, joli couteau. Du matin jusqu'à la nuit sombre, Ainsi chante le coutelier. Fleurs d'acier, les couteaux sans nombre Émaillent le noir atelier. Alors du repos l'heure sonne; Les travailleurs quittent l'étau, Et partout ce refrain résonne: Fils de la lime et du marteau. A demain, mon joli couteau. Le Volcan. A Jose Maria De Heredia. Sur les monts de l'Auvergne, où des torrents de lave Ont coulé, le penseur formidable, Pascal, Parcourant les sommets de son pays natal, Près d'un cratère éteint méditait, sombre et grave. -« 0 volcan, disait-il, notre pensée, esclave Comme tes feux, gémit sous l'erreur et le mal. Sur mon cerveau brûlant, par un arrêt fatal, A chaque effort le poids des mystères s'aggrave. Réponds-moi, toi qui vis l'aube du premier jour, Et ses tressaillements de colère et d'amour, Toi qui rêves encor dans ta prison profonde, Et qu'en grondant, le vrai, gigantesque flambeau, Jaillisse de ton sein pour éclairer le monde. » Mais le volcan resta muet comme un tombeau. LIVRE TROISIÈME: VERS L'IDÉAL Elle seule survit, immuable, éternelle. La mort peut disperser les univers tremblants, Mais la beauté flamboie, et tout renaît en elle, Et les mondes encor roulent sous ses pieds blancs. Leconte De Lisle. Mahomet. A Paul Verlaine. près des sables ardents que nulle onde n'abreuve, A l'ombre des palmiers, la jeune et riche veuve Kadijah s'avançait. Son regard plein d'aveux Cherchait de tous côtés un regard. Ses cheveux Dénoués retombaient sur sa gorge brunie. Elle semblait goûter une joie infinie A voir les fleurs sourire à travers le gazon, Tandis que le soleil embrasait l'horizon. Alors, tout se taisait dans le désert immense. L'oasis parfumé que Dieu même ensemence Se taisait. Kadijah, recueillie un moment, Savourait ce repos délicieusement. Soudain, comme un éclair annonçant la tempête, Elle vit resplendir l'oeil ardent du prophète, Et son sein bondissait comme un sable mouvant Qui s'enfle et qui s'abaisse au caprice du vent. Mahomet, plein d'amour pour un soupir de femme, Mais d'un amour de feu sous un soleil de flamme, Pour la première fois sentit battre son coeur. Il écoutait en lui chanter l'amour vainqueur. Concert délicieux! Ineffable harmonie! Pour elle il eût donné sa gloire et son génie, Lui qui sut ébranler de sa puissante voix Le temple du Seigneur et le trône des rois. Quand il ne la vit plus, comme un lion farouche Il contempla longtemps le soleil qui se couche Et le vaste repos du désert assoupi. Longtemps, sombre et muet, près d'un arbre accroupi, Il songea, terrassé par la griffe du doute. Tout à coup, comme un phare au détour de la route, Une lueur d'en haut éclaira son esprit, Et Mahomet peut-être implorait Jésus-Christ. A Madame Zélie De Banville. permettez qu'à vos pieds, ô mère du poëte, Tout rempli de joie et d'amour, Je jette quelques vers, ces fleurs qu'à chaque fête On va cueillir au point du jour. Vous les accepterez Ma cueillette éblouie, Vous la garderez sans dédain; Bien que le blanc Poëme et l'Ode épanouie Se touchent dans votre jardin. Car vous appréciez toute harmonie intime, Et votre esprit calme et vainqueur Pardonne l'abandon que permet à la rime La douce musique du coeur. 0 mère, dès longtemps vous savez les extases Du plus sublime des concerts, De ces accords que chante en tombant des grands vases L'eau ruisselante des beaux vers. Votre fils adoré, quand, belle et radieuse, Vous le portiez dans votre sein, Vous entendiez déjà la voix mélodieuse De ses rimes dans le lointain. Mère, soyez heureuse et fière. Les poëtes Sont encor les rois ici-bas. Malgré l'envie, eux seuls peuvent ceindre leurs têtes De lauriers après les combats. Soyez fière et bénie, ô vous dont les sourires Mariés au plus doux regard Ont su dans votre fils unir les grandes lyres D'Anacréon et de Ronsard. Soyez bénie, ô vous qui sur l'aile de l'aigle Pouvant fixer l'astre du beau, Encouragez les cris discordants et sans règle Que pousse le petit oiseau. Le Chateau. Les noirs décombres, Les masses d'ombres, Les voûtes sombres Du vieux château, Montrent, difformes, Leurs vagues formes Entre les ormes Du noir coteau. Larmes de femmes, Soupirs des âmes, Accords des rames Sur le flot noir: Ainsi la brise Pleure et se brise Sur la tour grise Du vieux manoir. Géants immenses, Qui pour défenses Ont des potences, Deux hautes tours Dressent leurs têtes, Et, sur leurs faîtes, Les girouettes Grincent toujours. Deux fiers portiques, Masses gothiques, Ornés de piques Et de dragons, Bravent ma muse, Singeant par ruse La cornemuse Sur leurs vieux gonds. Plus loin, les salles, Obscurs dédales, Aux froides dalles, Aux noirs lambris; La salle d'armes, Où les gendarmes Faisaient vacarmes Au temps jadis. Troublant les mères Dans leurs prières, Des meurtrières Le hibou sort, Et la chouette, Ombre inquiète, Toujours répète Un chant de mort. Plaisir intime, Moment sublime, Heure du crime Et de l'amour: Son monotone, Minuit résonne. Le beffroi sonne La mort d'un jour. Sur le village, Un blanc nuage S'étend et nage, Pâle et blafard. Perçant la brume, L'herbe, qui fume, Brille et s'allume Comme un regard. La plaine entière Semble une bière Sous un suaire, Et deux hameaux Semblent deux vierges, Du haut des berges, Portant des cierges Sur les tombeaux. Moi, solitaire, Je considère Le ciel, la terre, Sous leur manteau D'étoffe brune, Sur qui la lune Verse, importune, Son blanc flambeau. Un beau nuage, Ainsi qu'un page Du moyen âge, Tout près la suit, Long d'une lieue, POftant sa queue De gaze bleue, Qui fend la nuit. Les Musiciens Hongrois. A Louis-Xavier De Ricard. La passion circule en vous dans chaque fibre, 0 Tziganes, divins charmeurs, bardes errants, Qui marchez au hasard, comme des conquérants, Sur les rives du Rhin, de la Seine ou du Tibre. Vos accords sont tantôt joyeux ou déchirants, Vos archets ont parfois des cris d'acier qui vibre. Vous évoquez la vie aventureuse et libre A travers les forêts, les rocs et les torrents. Vos deux compagnes sont l'Harmonie et la Force Et l'on ne sait comment, sous votre rude écorce, Se cachent tant d'ardeur et de noble fierté. Vos accents imprévus nous troublent, nous qui sommes Amollis et railleurs. C'est que la Liberté En vous touchant de l'aile a fait de vous des hommes. Premier Chagrin. Brune fille au charmant sourire, Tu vins sur l'aile du hasard, Et je sentis, comme une lyre, Vibrer tout mon être en délire, Tremblant sous ton premier regard. Puis, le soir, devant la nature Qui se voile pour s'assoupir, Nous devisions à l'aventure. J'écoutais ta voix douce et pure, Et ce fut le premier soupir. Les saules bleuàtres des rives Pleuraient sur le fleuve apaisé. Nous regardions les eaux plaintives. Je frôlai tes lèvres naïves, Et ce fut le premier baiser. Dans ses rêves le coeur se plonge. Aimer toujours sous le ciel bleu, C'est le bonheur. Cruel mensonge! Tu partis, hélas! comme un songe, Et ce fut le premier adieu. Tu partis et moi, tout morose De t'avoir caché mon secret, Je parcourais la chambre close Où tu t'endormis, blanche et rose, Et ce fut le premier regret. La Mansarde. A Léon Valade. La fenêtre sourit dans son cadre coquet De bleus volubilis et de cobéas roses, Où les petits oiseaux, mieux que des virtuoses, Chantent matin et soir, comme dans un bosquet. Mon esprit fend l'espace et, poussant le loquet De la porte, je vois tes paupières mi-closes, 0 blonde enfant! La nuit te berce. Tu reposes Entre tes draps jaloux, fraîche comme un bouquet Heureuse, tu t'endors dès que le travail cesse. Tu loges près du ciel, et, comme une princesse, Tu t'es fait un jardin suspendu sur les toits. Mais à l'aube du jour ma voisine s'éveille. Elle ouvre ses rideaux. 0 terreur! j'aperçois Le front chauve et ridé d'une petite vieille. Loin De Meudon. A Armand Gouzien. Loin des palais où l'or ruisselle Je voudrais m'enfuir avec celle Qui prit mon coeur et ma raison, Et m'envoler à tire d'aile Près de Meudon. Dans un cottage solitaire Je voudrais, oubliant la terre Et couché sur le frais gazon, A nous deux retrouver Cythère Près de Meudon. Car ce petit bosquet m'enchante. Je vois la vigne où l'oiseau chante. Paris qui brille à l'horizon, Et puis la Seine qui serpente Près de Meudon. Tout est parfum, soleil, ramage, Et l'hirondelle au noir plumage. Protège la blanche maison, Comme un nid caché sous l'ombrage, Près de Meudon. Mais la blonde Muse que j'aime, Souriante, ouvre d'elle-même Ses deux bras nus, douce prison! Et nous rimons notre poëme, Loin de Meudon. Le Festin. A Catules Mendès. Dans la salle gothique, où la lumière inonde Les vases précieux rangés sur les dressoirs. Les vieux vins sont de pourpre et d'or, comme les soirs D'été, près des blancheurs idéales de l'onde. Les feuillages noyés dans une clarté blonde Se mêlent aux fruits mûrs échappés aux pressoirs. Les mêts fument avec des parfums d'encensoirs, Et les joyeux propos circulent à la ronde. Cependant, comme il sied en un jour solennel, Les joyeux chevaliers d'un geste fraternel Ont formé des souhaits en choquant leurs grands verres. Lors, pendant que l'époux chevauche en Orient, (Car elle aime les doux poëmes des Trouvères,) La noble châtelaine écoute en souriant. Le Poëte. Ta mission est difficile, Poëte. Une larme du ciel, En tombant sur ton front docile, T'a fait martyr, mais immortel. Tu portes un cuisant cilice. Comme un héros marche au supplice, Tu marches fier vers l'idéal; Et tu sais, maîtrisant la haine. Conserver ton âme sereine Et ton sourire virginal. C'est que de son glaive de flamme, Pur esprit qui nous viens de Dieu, L'Éternel grava dans ton âme Tes devoirs en lettres de feu. Célèbre sa magnificence. Chante sa gloire et sa puissance Et les chefs-d'oeuvre de ses mains. Comme une vivante prière, Sois le grand intermédiaire Entre le ciel et les humains. Dirige celui qui dans l'ombre Cherche l'éternelle clarté. Comme un phare dans la nuit sombre, Guide-le vers la vérité. Enfant de la cité divine, Souviens-toi de ton origine, Et, malgré nos cris impuissants, Au fond de l'abîme où nous sommes Chante pour élever les hommes Jusqu'aux sommets d'où tu descends. Ton âme est brûlante et profonde Comme le gouffre des volcans; Ta pensée embrase le monde Et brave l'envie et les ans; Sur ta tête imposante et fière Resplendit la vive lumière Échappée au divin flambeau; Et sur notre terre funeste Tu redis ton hymne céleste, Comme un ange sur un tombeau. Poëte, ton rôle est sublime. Tu célèbres les grands exploits, Et les héros vainqueurs du crime, Et les saintes vertus des rois. Ainsi que la lumière au prisme, Dans tes poëmes l'héroïsme Prend une éclatante beauté, Et ta lyre, mieux que l'histoire, Des guerriers sauvant la mémoire, Leur donne l'immortalité. Quand tu vois resplendir nos armes Et nos drapeaux au loin flottants, Des mères tu sèches les larmes Pour animer les combattants, Tu chantes et, nouveau Tyrtée, Tu mets dans leur âme irritée Le feu qui consume ton coeur. Le Français que l'ardeur dévore, Suivant ton drapeau tricolore, Vole, frappe et revient vainqueur A ta voix, les peuples esclaves, Mais jaloux de leur dignité, Brisent leurs fers et leurs entraves Et marchent à la liberté. Du doigt tu leur montres la gloire, Et tu mènes à la victoire Les enfants et les vieux guerriers. Ta mission est noble sainte Et tu passes, la tête ceinte D'épines et de verts lauriers. Barde, tu peux calmer encore Nos douleurs et nos passions; Apôtre, de ta voix sonore, Tu soulèves les nations; Soldat, tu brises les obstacles; Prophète, tu rends des oracles, Sondant le mystère éternel; Prêtre, pour expier nos crimes, Tu couvres l'autel de victimes; Ange, tu nous montres le ciel! Révolte. Mieux vaut chercher le calme au sein de la cité, Mieux vaut ensemencer une terre inféconde, Aux sables du désert mieux vaut demander l'onde, Qu'espérer te fléchir, ô cruelle beauté! Je ne veux plus te rendre un culte immérité; Je ne chanterai plus ta chevelure blonde, Et mon âme, voilant sa blessure profonde, Saura reconquérir sa force et sa fierté. J'aurais pu, dans mes vers, te peindre triomphante, Et te couvrir de gloire et d'or, comme une infante; Mais pour toi désormais tout finit au trépas. Dans la mort et l'oubli, je te verrai descendre Seule, et le voyageur ne s'arrêtera pas Sur le tertre maudit où blanchira ta cendre. Le Premier Dessin. A Henry Houssaye. Aux accents prolongés des fanfares guerrières, L'Hellade a tressailli. Près des chefs redoutés, Les jeunes Achéens aux farouches crinières Se rangent sous les murs antiques des cités. C'est l'heure des combats. Le temps fuit comme un rêve, Lorsqu'aux pieds d'une femme on jure de mourir; Mais le héros qui tient la lyre au lieu du glaive, Quand le devoir l'appelle, aux combats doit courir. La nuit sur Sycione ouvrait son aile sombre. Tout se taisait. Assis près de l'âtre fumant, Deux jeunes fiancés se regardaient dans l'ombre, Et la lampe autour d'eux scintillait vaguement. C'était un fier guerrier trois fois vainqueur au stade, Polémon, appuyé sur son grand bouclier, Le regard triste et morne; et c'était Dibutade, Dibutade aux yeux noirs, la fille du potier. Elle avait tous les traits de la Vénus antique, La taille forte et souple et le sein triomphant, De longs cheveux tombant sur sa blanche tunique, Un corps de femme avec un sourire d'enfant. Lui, plus beau que Narcisse et fort comme un athlète, Était sombre. A le voir, comme un lion dompté, A genoux devant elle et la bouche muette, On aurait dit la Force aux pieds de la Beauté. Dans un calme baiser leurs lèvres amoureuses S'unissaient. Tout à coup, le signal des combats Éclata dans les rangs des phalanges nombreuses. Le guerrier tressaillit, mais il n'hésita pas. Il se lève. Il revêt son armure pesante, Et, saisissant sa lance et son glaive qui luit, Il s'arrache éperdu des bras de son amante Et son pas retentit sonore dans la nuit. Dibutade en pleurant suit sa marche rapide; Elle porte à la main la lampe au reflet pur. O prodige! elle voit comme en une eau limpide L'image du guerrier sur le marbre du mur. -« Arrête! » lui dit-elle, et sa main inspirée Dans Pâtre qui pâlit saisit un noir charbon, Et, suivant les contours de cette ombre adorée, Elle fixe les traits chéris de Polémon. Mais il faut se quitter. La lampe presque éteinte Projette en vacillant une faible clarté Sur leurs derniers serments et leur dernière étreinte, Et le guerrier s'élance aux murs de la cité. Il combattit longtemps sous sa brillante armure. Les héros devant lui s'arrêtaient, et son bras Fauchait les bataillons ainsi qu'une herbe mûre. Il combattit longtemps, mais il ne revint pas. La vierge qu'il aimait, sur le déclin de l'âge, Le regrettait encore et venait tous les soirs, Triste et seule, revoir sa précieuse image, Et les pleurs par torrents coulaient de ses yeux noirs. 0 Peinture, art divin! c'est ainsi qu'une femme Découvrit tes secrets. L'amour guida sa main, L'amour, ce grand flambeau céleste dont la flamme Illumine le front de tout génie humain. La Vie Humaine. La vie est un sonnet triste et funambulesque Dont le premier quatrain est seul d'or et d'azur. Jusqu'à vingt ans, les bois sont verts, le ciel est pur, Et l'on marche à travers un pays romanesque. Puis, la scène devient froide, brumeuse et presque Funèbre. Il faut lutter dans un dédale obscur, Et jouer, pour manger un pain amer et dur, Des farces d'histrions sous un masque grotesque. Au milieu des soucis, des remords, des douleurs, Noirs récifs de la mer insondable des pleurs, L'homme navigue ainsi jusqu'à son dernier lustre. Et le sonnet soumis à l'inflexible sort, Qu'on soit prince, bandit, pâtre ou poëte illustre, S'achève par ce mot épouvantable: Mort. Finale. sur les monts où grimpent les chèvres, J'ai célébré dans mes chansons, 0 mon pays, tes frais buissons, Tes genêts d'or et tes genièvres. J'ai voulu toucher de mes lèvres Aux idéales floraisons, Et j'ai connu tes doux frissons, Amour, et tes ardentes fièvres. Maintenant je veux, ô cité De misère et de volupté, Où, couvrant la voix des victimes, Les bals agitent leurs grelots, Faire entendre à travers mes rimes Ton rire atroce et tes snnglots. Septembre 1868. Aux Jeunes Poëtes. Au milieu d'une mer tumultueuse et noire, Où lutte dans la nuit, pour atteindre un peu d'or, Une foule qui vit sans but el meurt sans gloire, 0 vous que la chanson de l'aube éveille encor, Poètes, vous fuyez vers des rives lointaines. Là, mêlant à vos voix son pur gazouillement, L'oiseau de l'Idéal chante près des fontaines. Et le Beau, ce soleil, luit éternellement. Là vous ne voyez pas l'homme envieux et lâche Riant de tout: de l'art, de l'amour, de l'honneur, Et se vautrant, comme un esclave après sa tâche, Dans de honteux plaisirs qu'il prend pour le bonheur. Pendant que sur la scène où, la face rougie, Les héros bafoués grimacent près des dieux, Les applaudissements font redoubler l'orgie, Vous aller composant des vers mélodieux. C'est qu'avant le départ, ô fervents néophytes, Domptant la Rêverie et l'Inspiration, Vous vous êtes plongés, suivant les anciens rites, Dans le fleuve sacré de la Tradition. Et vous aver conquis, dans vos élans sublimes, La Beauté, cette fleur que rien ne peut ternir Et qui s'épanouit sur la neige des cimes. Aussi vos noms aimés vivront dans l'avenir; Et déjà, contemplant le ciel, où l'Iliade, L'Énéide, Hamlet, Faust, Jocelyn, Hernani Étincellent,je vois, ô vivante pléiade, Briller vos premiers feux dans l'azur infini. Octobre 1868. Source: http://www.poesies.net