A La Bonne Franquette. (1892) Par Gabriel Vicaire. (1848-1900) TABLE DES MATIERE Vingt-Cinq Ballades. I II III IV V VI VII VIII IX X XI XII XIII XIV XV XVI XVII XVIII XIX XX XXI XXII XXIII XXIV XXV Visite Après Boire. A Narcisse Quellien. Sonnets. I II III IV Marguerite Des Bois. Lettre D’Amour. Rosette En Paradis. La Journée De Javotte. Passionnettes. I II III IV V VI VII VIII Vingt-Cinq Ballades. A François Coppée. I Des Muses, sur le mont Hymette, Je ne fus jamais nourrisson; Pour Jeanne, Lise ou Guillemette Je chante clair comme pinson, Et tout franc, voilà ma façon! Si je marque une préférence, C’est pour la fillette au cresson. Je suis un oisillon de France. Le berger des troupeaux d’Admète Ne m’aura pas pour échanson. Il me suffit qu’on me permette De voleter au vert buisson; J’annonce de loin la moisson, Je parle aux humbles d’espérance. Naïf, à peine polisson. Je suis un oisillon de France. Mon coeur flambe comme allumette Pour qui veut me prendre à rançon. C’est la plus charmante flammette. J’ai, sur l’arbre de Robinson, Dégoisé plus d’une chanson. Ma foi, vive l’intempérance, Le vin clairet, le saucisson! Je suis un oisillon de France Envoi. Prince, écoutez un bon garçon, Très goûté d’Anatole France, Et retenez bien ma leçon: Je suis un oisillon de France. II Bien qu’aujourd’hui Rose Ait un chapeau bleu, Ce temps est morose Comme un vieil Hébreu. Le fesse-mathieu Qui toujours tracasse, Jacasse, fricasse! Rions donc un peu! Mon Dieu, que de prose! Que d’eau, sacrebleu! Chlorose ou névrose, Et pas de milieu. Comme Richelieu On a Germain Casse. En fait de Boccace... Rions donc un peu! En bas de la Croze, Sous mon Ambérieu, J’ai vu le ciel rose Et la plaine en feu. Ici, mon neveu, Chacun avocasse En vrai Madécasse. Rions donc un peu! Envoi. La vie est cocasse; Pauvre, pauvre jeu! Et Rose est bécasse... Rions donc un peu! III Sur la littérature Il souffle un mauvais vent. Tous les gens d’écriture Ont la tête à l’évent. Moi, comme en son couvent Un cordelier modeste, Je rêvasse en buvant. Je me fiche du reste. Près d’une créature, Dès le soleil levant. Manger une friture Sous un petit auvent, N’est-ce pas émouvant? Si j’ai la jambe leste, Je suis assez savant. Je me fiche du reste. L’ambition torture, L’amour est décevant. Par bonheur la nature Est toujours là, rêvant, Et je suis son fervent. Ses yeux d’un bleu céleste M’ont ébloui souvent. Je me fiche du reste. Envoi. Prince de Bénévent, Ce monde est une peste. Bah! je suis bon vivant. Je me fiche du reste. IV Au long des sentiers fleuris, Avec ma petite muse, J’aime aller loin de Paris Essayer ma cornemuse. Je paresse, flâne et muse, Bavardant, philosophant, La moindre chose m’amuse. Le poète est un enfant. Que vaudrait aux colibris D’avoir la science infuse? Nul besoin, pour être gris, De vieux vin de Syracuse. Si l’on veut que j’arquebuse Ou sonne de l’olifant, Non, messieurs; je me récuse. Le poète est un enfant. Mais quel est ce malappris? Ce monstre à face camuse, Qui me lorgne avec mépris? Le monde? -Ah bah! Je l’excuse. J’aime à voir ses yeux de buse, Ses larges pieds d’éléphant; Je ris de sa grosse ruse. Le poète est un enfant. Envoi. Prince, si je ne m’abuse, Béhémoth est triomphant. Allons quand même à Vaucluse. Le poète est un enfant. V Quand je me trouvai tout à coup, L’autre soir, en face de Rose, Je ne fus pas ému beaucoup. Et pourtant cette bouche rose... Ne rien dire eût été morose, Ne rien tenter, le fait d’un loup. Que demandai-je? -Oh! pas grand’chose. Une fleurette, et voilà tout! Hélas! je n’ai pas grand bagout; Je suis modeste... un peu pour cause. Philosopher n’est pas mon goût, Je n’entends rien au grandiose. Quand je veux aller à Formose, Toujours je m’arrête à Saint-Cloud. Que me faut-il? -A peine éclose Une fleurette, et voilà tout! Je ne serai pas marabout, Je ne verrai pas le Potose. Ma petite veine est à bout; Il me faudrait écrire en prose, Et c’est réservé, je suppose, Aux héritiers d’Edmond About. Toucher au laurier? -Non, je n’ose. Une fleurette, et voilà tout! Envoi. Je renonce à l’apothéose. Mais qu’on me donne, au soleil d’août, Pourvu qu’un papillon s’y pose, Une fleurette, et voilà tout! VI Il a vraiment bien prêché, Le bon père Malebranche, Et j’en ai le coeur touché. Arrive çà, ma pervenche, Et réponds, surtout sois franche. Dis, veux-tu qu’à Montfermeil Nous allions faire, dimanche, Un déjeuner de soleil? C’est toi mon joli péché, Ma défaite et ma revanche, Tu vois en moi, tout craché, Don Quichotte de la Manche. Que de bon pain sur la planche! Dors: sur ton léger sommeil Mon léger désir se penche, Un déjeuner de soleil! Hélas! j’en suis bien fâché, Un beau jour tout se démanche. L’amour vite effarouché Fuit aux bois et s’y retranche. Amis, gare à l’avalanche! La jeunesse, à son éveil, N’est que l’oiseau sur la branche, Un déjeuner de soleil. Envoi. Qu’est-ce donc ta gorge blanche, Princesse au corps nompareil, Et tes cheveux sur la hanche? Un déjeuner de soleil. VII Parmi les faux semblants, Dans la mêlée humaine, Je m’en vais, bras ballants, Où l’amour me promène, Parfois fou de Germaine Et quelquefois un peu Féru de Philomène; A la grâce de Dieu! Quand je vois les bas blancs D’une fillette amène, Il me vient des élans D’ardent catéchumène, Et, toute une semaine, Je m’amuse à ce jeu. Bizarre phénomène! A la grâce de Dieu! Qu’on se batte les flancs Pour conquérir Chimène, J’ai tes us excellents, Ô poularde du Maine, Ma cousine germaine. Un pré sous le ciel bleu, Voilà mon vrai domaine. A la grâce de Dieu! Envoi. Toi, grande Melpomène, Écoute cet aveu. J’ai l’âme peu romaine. A la grâce de Dieu! VIII Qui rend l’âme franche Et le coeur content? Sur la verte branche Qui va voletant, Sautelant, chantant Toute la nuitée? N’est-ce pas pourtant L’oiselle enchantée? Sur la plaine blanche, Au ciel éclatant, La lune se penche; On la voit flottant Du bois à l’étang. Le bel Aristée Rêve en écoutant L’oiselle enchantée. Crincrins du dimanche, Vite, on vous attend: Voici la Revanche. Gai! Tambour battant! Plus un impotent, Plus une édentée, Sitôt qu’on entend L’oiselle enchantée. Envoi. Vous que j’aime tant, Princesse futée, L’aurai-je un instant... L’oiselle enchantée? IX Une rose à son bavolet, Quelques lilas emmi la tresse, La dame du Rossignolet Vient d’arriver à Bourg-en-Bresse, Et soudain, sans qu’il y paraisse, Tout fleurit. Il n’est coeur si las Qui ne se rouvre à la tendresse. Vive la Rose et le Lilas! « Dame, écoutez votre valet, Souffrez un peu qu’on vous caresse, » Dit Gaspard, le beau marjolet, A Marion qui se redresse. Et Lise n’est plus si tigresse. Elle a vu le grand Nicolas; Son air de langueur l’intéresse. Vive la Rose et le Lilas! Jeannot qui s’en allait seulet, Tout pleurant, le coeur en détresse, Joue aujourd’hui du flageolet En l’honneur de l’enchanteresse. Diantre! C’est l’heure d’allégresse. Voici le moment des galas Et des propos de haute graisse; Vive la Rose et le Lilas! Envoi. Qu’on m’aille quérir ma maîtresse; Et pas besoin de falbalas. Dites-lui surtout que ça presse. Vive la Rose et le Lilas! X Il est venu pour me voir Trois messieurs du ministère. Ils auraient voulu savoir... Mais chut, chut! Motus! Mystère! Dieu merci, je sais me taire. Je leur dis d’un ton poli: « Que vous êtes terre à terre! Allons vite au bois joli! » On ne saurait tout avoir Et j’ai peu de caractère. Il n’est pas en mon pouvoir D’être un monsieur trop austère. Lorsque sur un commentaire On a longuement pâli, Ça ne vaut pas un clystère. Allons vite au bois joli! Du moindre bateau-lavoir Je ne suis commanditaire. Je bois au vieil abreuvoir. Ah! pauvre célibataire! Mes amis, mon inventaire Sera bientôt établi: Trois chapeaux à la patère. Allons vite au bois joli! Envoi. Qu’en dit monsieur de Voltaire? Moi, je me sens démoli. Tant jacasser vous altère; Allons vite au bois joli? XI La douce nuit vient d’étendre Sur les bois son bleu manteau. Ma jolie, allons entendre, Assis au pied du coteau, Les rossignols du château. Vois donc: La lune se lève; Nous nous aimerons tantôt. Embarquons-nous pour le rêve. Notre jeunesse, à tout prendre, Ressemble à ce vin nouveau Dont nul ne se peut défendre, Tant il vous monte au cerveau, Et nous buvons au cuveau. Mais la fête un jour s’achève; Il faut pleurer comme un veau. Embarquons-nous pour le rêve. Qu’elles étaient d’un vert tendre, Les feuilles de l’arbrisseau! Qu’il faisait bon voir descendre Le joli petit vaisseau! La vie est comme un ruisseau, Si limoneuse et si brève! La tombe touche au berceau. Embarquons-nous pour le rêve. Envoi. Aussi frêle qu’un roseau, Près d’Adam, notre mère Ève File encor son blanc fuseau. Embarquons-nous pour le rêve. XII Le soleil a secoué Ses beaux cheveux sur le monde, Et voici, Dieu soit loué! Toute fraîche, rose et blonde, Ma gentille Rosemonde. Ainsi qu’un manteau de cour Sa chevelure l’inonde. Entrons au jardin d’amour! J’aime son air enjoué, Sa perversité profonde. Oui, j’en suis tout engoué, Moi, moi, l’énorme Burgonde A la face rubiconde. -Mon petit, bonjour, bonjour, C’est l’instant, c’est la seconde. Entrons au jardin d’amour! Je t’en prie, assez joué, Chère belle, ou bien... je gronde. Mon coeur est si peu roué! Si l’on veut que je réponde, Il faut bien qu’on me seconde. Entends battre le tambour, Là-bas, là-bas, vers Golconde. Entrons au jardin d’amour! Envoi. Princesse de Trébizonde, Trois saluts, un petit tour. Entrons vite dans la ronde, Entrons au jardin d’amour! XIII Pauvre homme champêtre, Au bord du Lignon, J’ai trop mené paître Mon troupeau mignon. Jésus! Quel guignon! Ma petite Hélène M’a fait plus d’un gnon. Baise-moi, vilaine! Si j’ai pu paraître Un peu... Collignon, Mon coeur n’est pas traître, A peine grognon. Mon gentil trognon, J’ai la bouche pleine Quand je dis ton nom. Baise-moi, vilaine! Demain je suis maître D’un joli pognon. Nous irons... peut-être Dîner chez Bignon, Puis à Montlignon Courir par la plaine. Défais ton chignon, Baise-moi, vilaine! Envoi. Je suis compagnon De la Marjolaine, Et franc Bourguignon. Baise-moi, vilaine! XIV Notre vieil univers, Décidément c’est triste, A la tête à l’envers. Il devient pessimiste Et même un peu banquiste. Bah! je sais, près d’Auvers, Un très bon aubergiste... Faisons de jolis vers. La belle aux yeux pervers. Aux grands yeux d’améthyste, Dont trois ou quatre hivers Je fus le guitariste, M’a rayé de sa liste. Ondoyant et divers Ton petit coeur, fleuriste... Faisons de jolis vers. En dépit des revers De l’écriture artiste, Les bois sont encor verts Et la gaîté persiste. Me ferai-je trappiste? Non, non. C’est mon travers De rire en bon fumiste. Faisons de jolis vers. Envoi. Au couvent symboliste Je ne suis pas convers. Prince, Dieu nous assiste! Faisons de jolis vers. XV Au royaume de beauté Plus d’une aimable folie Vous tient longtemps arrêté. OEillet, muguet, ancolie, Pourpre, tendre, un peu pâlie, Chaque fleur a son galant. De toutes la plus jolie, C’est la rose au rosier blanc. Dans l’ardeur du vent d’été L’une, en riant, vous supplie, Au coeur de l’autre est resté Un brin de mélancolie. Mais la merveille accomplie Qu’on ne baise qu’en tremblant Et que jamais on n’oublie, C’est la rose au rosier blanc. Son insolente fierté De si haut vous humilie! Elle a le signe enchanté Qui lie, hélas! et délie. Jamais ne se mésallie La reine au parfum troublant. Sa gloire est bien établie; C’est la rose au rosier blanc. Envoi. A la princesse Aurélie J’adresse d’un coeur dolent Cette amoureuse homélie. C’est la rose au rosier blanc. XVI Les papillons du matin S’en vont sur la mer qui brille. Sur les flots de vert satin Leur essaim bleu s’éparpille. Puis la troupe entre en bisbille Et c’est comme un tourbillon. Va réveiller la jonquille; Vole, vole, papillon! Te voici, mon gai lutin, Ma mignonne, ma gentille. J’entends ton rire argentin Qui me trouble et m’émoustille. Avec mon coeur qui frétille J’ai mis dans ton corbillon Les grands biens de ma famille. Vole, vole, papillon! Oh! Dieu! le joli tétin, Le tétinet qui pointille! Il me faut le picotin Qu’on doit à tout joyeux drille; En place pour le quadrille. Le vent de ton cotillon M’arrive à peine, et je grille. Vole, vole, papillon! Envoi. Mais tu ris, méchante fille; C’est un blond chef de rayon Qui, le soir, te déshabille. Vole, vole, papillon! XVII C’est ma mignonne, ma mie. Sachez qu’elle a débuté Sous l’oeil plein de bonhomie Du géni’ d’la Liberté. Elle a jadis hérité (C’est là tout son patrimoine) D’un joli fonds de gaîté. Elle est du faubourg Antoine. Jamais n’est trop endormie Sa charmante vanité. Mais elle n’offusque mie. Même dans l’intimité Elle a plus d’un bon côté. C’est une fleur de pivoine; Oh! triple!... une rareté! Elle est du faubourg Antoine. Il n’est pas de Jérémie Qui n’admirât sa beauté... Au moins une heure et demie. Ses yeux ont tant de clarté! Je l’aime en âne bâté Et mangerais de l’avoine Pour l’avoir tout un été. Elle est du faubourg Antoine. Envoi. Pas trop de sévérité. Prince, écoutez un bon moine Qui ne dit que vérité. Elle est du faubourg Antoine. XVIII Tartuffe, l’excellent homme Qui fut tant considéré Ici comme en cour de Rome, Vous le pensiez enterré. Allons donc! Assez pleuré. Il était à Cracovie, Mais, hier il est rentré. Tartuffe est encore en vie. Sage, prudent, économe Et soumis à son curé, En tous lieux on le renomme, Partout il est vénéré. Après qu’il a bien bâfré, Sa benoîte âme est ravie Au fond du ciel azuré. Tartuffe est encore en vie. Au reste grassouillet comme Un petit abbé mitré, Rose et frais comme une pomme, De toute vertu paré. Son pain est toujours beurré, Sa table amplement servie. Dieu le veut. C’est donc sacré. Tartuffe est encore en vie. Envoi. Vous, maudit, pestiféré, Si vous en avez envie, Empiffrez-vous de poiré. Tartuffe est encore en vie. XIX Un soir de l’autre semaine Que j’étais presque éméché, Je vis la belle Germaine Triste comme le péché. Oh! ce que j’en fus touché! « Qu’est-ce donc qui vous afflige Et pourquoi cet oeil fâché? -Anatole me néglige. -Mon Dieu! quelle âme inhumaine, Anatole! un débauché, Ou bien quelque énergumène! -Lui, c’est le parfait miché. Jamais il n’a découché. -Tu veux pas que je te bige? -Non, j’ai le coeur empêché; Anatole me néglige. -Alors c’est un phénomène, Il ne t’est guère attaché. -Qu’y faire? L’amour nous mène Quand on s’est amouraché. -Qu’à son tour il soit lâché! Calmez, calmez-vous, » lui dis-je. Elle a toujours pleurniché: « Anatole me néglige. » Envoi. Prince, si j’ai l’air penché Comme un lys blanc sur sa tige, N’en soyez effarouché: Anatole me néglige. XX J’ai l’âme tendre et simplette Et ne suis pas trop fendant. Par le monde, à l’aveuglette, Humble, je m’en vais rôdant. Nulle épate. -Et cependant Si je pouvais être mage Comme le Sâr Péladan! Pas moyen? -Ah! c’est dommage! Que ne suis-je Décadent! Quand Rose est à sa toilette Elle plaît, c’est évident. Un bouton de violette; Oui, mais rien de transcendant. Je reste, en la regardant, Aussi sage qu’une image. Ah! Dieu, le buisson ardent, Papus, la Môme-Fromage! Que ne suis-je décadent! Pâturer sous la houlette Du gros berger de Médan, Mieux vaudrait la ciboulette Qu’on mangeait au temps d’Adam. Quant au Parnasse, oh! tordant! Regardez-moi ce plumage. Le bon vieux n’a qu’une dent, Et quelle voix, quel ramage! Que ne suis-je décadent! Envoi. Prince, la fleur de cet âge, Ô mirifique pédant! Souriez à mon hommage. Que ne suis-je décadent! XXI Ennemi de toute satire Et vieux pécheur impénitent, Quand il s’agirait d’un empire, On me verrait encor chantant. Mais quoi? N’est-ce pas irritant D’avoir ainsi le diable en croupe? Quel compagnon peu ragoûtant! Toujours un cheveu dans la soupe! La belle aux yeux qu’on ne peut dire, La belle aux yeux qu’on aime tant, Un matin, s’est mise à sourire; On se sent le coeur tout content. Tandis qu’à genoux on l’attend, Monseigneur Riquet à la Houppe. Vous l’enlève tambour battant. Toujours un cheveu dans la soupe! Ces goujons qu’on ne saurait frire, On les a pêchés à l’instant. Ce mâcon, qui n’est pas du pire, Est natif de Ménilmontant; Ce roquefort est bien tentant: Mettez-y seulement la loupe, Il aura plus d’un habitant. Toujours un cheveu dans la soupe! Envoi. Vous riez, mon prince, et pourtant On vous a fait sauter la coupe. Avouez que c’est embêtant. Toujours un cheveu dans la soupe! XXII Au bord de l’Yvette ou de l’Oise, On aime entendre, en s’endormant, La fauvette qui vous dégoise Joliment son léger tourment. Le moineau, c’est un garnement, La bergeronnette est touchante. Oui, mais quel ensorcellement Tandis que le rossignol chante! Dans la grande paix villageoise, L’amante vient avec l’amant. L’une a des lèvres de framboise, L’autre un coeur qui jamais ne ment; Tous deux s’adorent tendrement. Quelle belle serait méchante Sous la splendeur du firmament, Tandis que le rossignol chante! Fût-ce un notaire de Pontoise, Venu pour faire un testament; Fût-ce une dame très bourgeoise, Unie, oh! par le sacrement! Avec tout l’enregistrement, En cette nuit qui nous enchante Qui donc n’aurait le coeur aimant, Tandis que le rossignol chante! Envoi. Les ans s’écoulent. Tristement L’eau s’en va de l’urne penchante. Aimons-nous encore un moment, Tandis que le rossignol chante! XXIII Plus capiteuse que le vin, Tumultueuse comme l’onde, La femme est le trésor divin. Mais, brunette, châtaine ou blonde, Qu’elle débarque de Golconde, De Samarcande ou du Japon, Son coeur ne bat qu’une seconde, Ron, ron, ron, petit patapon. Hélas! on interroge en vain L’âme légère et vagabonde. Personne encor, pas un devin N’a su lire aux yeux de Joconde. On cherche, on crie, on pleure, on gronde. Il suffit d’un minois fripon Pour que le sage se morfonde, Ron, ron ron, petit patapon. Et toujours, au pays silvain, Tourne, tourne la folle ronde. Au creux du céleste ravin Toujours croît la fleur inféconde, Il semble que la joie abonde. Ah! L’amour quel joli poupon! Mais croyez-vous qu’il vous réponde? Ron, ron, ron, petit patapon. Envoi. Chaque heure passe comme aronde, Passe en levant son blanc jupon. Prince, ainsi passera le monde. Ron, ron, ron, petit patapon! XXIV Pourquoi donc, ma petite amie, Me faire si vilain accueil? Pourquoi donc, ma belle endormie, T’agiter comme un écureuil? Est-ce que j’ai le mauvais oeil? -Fi! Qu’as-tu fait avec Constance, Dimanche, au moulin de Bonneuil? -La chose n’a pas d’importance. Vis-tu jamais cette momie Boileau, dans son jardin d’Auteuil? As-tu de notre Académie Seulement contemplé le seuil? Je sais, là-bas, certain fauteuil Que l’on guigne avec insistance. Ah! mon Dieu! le risible orgueil! La chose n’a pas d’importance. Qu’on soit professeur de chimie Ou gai chanteur comme bouvreuil, Crasseux ou plein de bonhomie, Habitant de Brive ou d’Arcueil, Tous, on se butte au même écueil. Pierrot finit par la potence Et Socrate... par le cerfeuil. La chose n’a pas d’importance. Envoi. Je meurs. Amis, sur mon cercueil Sifflez l’air de la reine Hortense. Surtout ne prenez pas le deuil, La chose n’a pas d’importance. XXV J’ai beau, dès le petit matin, Mettre le nez à ma fenêtre... Personne à l’horizon lointain. Que la gloire est lente à paraître! Bah! Suis-je fait pour la connaître. Quelque jour je m’endormirai Comme Tityre au pied d’un hêtre... Quand on m’aura bien enterré! J’y perds, ma foi, tout mon latin. Si ma route ainsi s’enchevêtre, C’est, bien sûr, la faute au destin. Et me voici presque un ancêtre. Humble desservant, pauvre prêtre, Qui ne pouvais passer curé, Quel bon évêque je vais être Quand on m’aura bien enterré! Pour le moindre petit trottin Mon coeur flamba comme salpêtre; Je m’affolai d’un diablotin Qui plus d’un soir m’envoya paître. On me trouvait par trop champêtre Et j’étais peu considéré. Que de coeurs dont je serai maître Quand on m’aura bien enterré! Envoi. Douce maîtresse au coeur si traître, Ô toi qui n’as jamais pleuré, Qui sait? Tu m’aimeras peut-être Quand on m’aura bien enterré! Visite Après Boire. A Jules Truffier. J’ai défoncé d’un coup de poing Un caquillon de vieux gravelle. Un rayon d’or en ma cervelle S’est introduit, je suis à point. Devant l’armoire aux confitures Ma table s’est mise à valser; Mon lit demande à m’embrasser. Seigneur Jésus, que d’aventures! Et les bouteilles au long cou Me contemplent d’un air si tendre! Je ne me lasse pas d’entendre Les cascades de mon coucou. Ma foi, tant mieux! Vive la joie! Et je souris béatement. Vous croiriez voir un garnement Qui s’attable en face d’une oie. D’un rayon d’or je suis féru. Je ris, je ris; j’en deviens bête. Et voilà qu’en tournant la tête, Quelque chose m’est apparu. C’est comme un bateau qui chavire Comme un prunier qui va branlant, C’est rose et bleu, c’est noir, c’est blanc, Ça tourne, tourne, et vire, vire. Tiens, une femme!... Eh oui, ma foi, Même une assez belle gaillarde; Voyez-la donc qui me regarde Et se gaudit, Dieu sait pourquoi. Ses larges mains sont assez blanches, Et son visage! un vrai soleil! Des yeux noirs, un teint plus vermeil Que le jour au milieu des branches. Pas du tout fière avec cela; Ce n’est pas une mijaurée. Au pavillon de la marée On connaît de ces beautés-là. « Ah! dis-je, quel est ce mystère Et pourquoi me fixer ainsi? Ne savez-vous pas que voici Un vertueux célibataire? » « Turlututu, chapeau pointu, Rassure-toi, fait la donzelle. Comme toi je suis demoiselle; Je n’en veux pas à ta vertu. Je suis la muse peu sévère Que nos vieux pères aimaient tant, La muse qui laisse, en chantant, Tomber des roses dans son verre. Marot et le pauvre Villon M’ont fait courir la pretantaine; Sur les genoux de La Fontaine J’ai retroussé mon cotillon. Molière aux fers d’une inhumaine Oubliait tout en mon retrait; La bonne vieille Laforêt Était ma cousine germaine. Despréaux voulut m’en conter, Mais ce n’était que radotage. Régnier me plaisait davantage; Il fallait l’entendre chanter! Et Voltaire! La bonne pièce! Quelle malice! Avons-nous ri! Ce fut mon singe favori; Mais je n’aimais pas trop sa nièce. Ah! Vive Dieu! que de galants M’ont adorée à mon aurore! Ne suis-je pas plaisante encore? Je n’ai pas même deux mille ans! » « Deux mille ans et si peu chenue! Dis-je, vraiment vous m’étonnez. » Mais elle fait un pied de nez, Tire la langue et continue: « Hélas! nous étions si contents! Vêtu de rose et d’émeraude, On s’en allait à la maraude Au jardin de Roger Bontemps. Mais la gaîté n’est plus de mode. Mettre son coeur à l’abandon, Jouer, folâtrer, allons donc! C’était bon sous le vieil Hérode! J’ai vu le temps où nos Français, La tête au vent comme raquette, Aimaient à la bonne franquette, Sans autre forme de procès. Ils poursuivaient la fantaisie Au clair soleil, par les prés verts; Toujours leur cervelle à l’envers Gardait un grain de poésie. Aujourd’hui, quel monde assommant! Plus de jeunesse! on parle en prose. Le chardon vient après la rose; Après le bal, l’enterrement. Le rire plein, large et sonore, Le franc rire de nos aïeux Ne s’envole plus vers les cieux; C’est à jurer qu’il déshonore! Et le bon vin qui fait loucher, Le vin gaillard, fils de nos vignes, Où sont les vaillants qui soient dignes, Ah! seulement d’en approcher? Tandis qu’en mon verre il rougeoie, Plus d’un se râpe le palais Avec l’ale ou le gin anglais. Ils ont l’ivresse, non la joie. D’aucuns en pays allemand Vont se griser de lourde bière; Autant vaudrait se mettre en bière Pour attendre le jugement. D’autres, que Dieu les récompense, Boivent dans un pot à pisser Quelque chose qu’on voit mousser; Le coeur me lève quand j’y pense. Fi, pouah, pouah! Les vilains goulus! Le diable soit de leur bourrache! » Et la voilà qui tousse et crache: « Les pauvres gens! n’en parlons plus. » « Je voudrais, dis-je, belle brune, Vous offrir un peu de vin blanc. Les bouteilles sont sur le flanc, Hélas! il n’en reste pas une! » « Bah! mon ami, c’est pour le mieux. Veux-tu savoir ce qui me fâche? C’est que le monde soit trop lâche Pour me regarder dans les yeux; C’est, quand pointent la violette, Le bouton d’or et le souci, Qu’il me faille rester ainsi A la maison toute seulette. Car je suis encor sûrement La mieux faite du voisinage. Aurais-tu deviné mon âge? Ne vaux-je pas un compliment? On a beau dire, on a beau faire: Il faut coqueter; c’est la loi. On n’est pas belle que pour soi, Et l’amour est la grande affaire. Quoi! Plus même un pauvre bouquet Noué d’un bout de faveur bleue! Pas un pompon rose à la queue De Sans-Souci, mon bourriquet! Puisque le monde m’abandonne, Moi qui l’avais tant diverti, Je te prendrai comme apprenti, Malgré ton ventre qui bedonne. Tu ne sembles pas très malin; Je te dégourdirai, peut-être. J’ai bien mené les vaches paître, Au temps jadis, avec Colin. Nous irons au soleil de France Voir reverdir les églantiers. » Et j’ai répondu: « Volontiers! Grand merci de la préférence. Que je voudrais vous consoler! Je vous aime tant! C’est merveille. Et voici qu’en mon coeur s’éveille Un merle prêt à s’envoler. Mais je n’ai jamais eu de vice, J’ai peur de rester en défaut. Saurai-je faire ce qu’il faut? M’allez-vous pas trouver novice? » « Sois donc tranquille, mon garçon; Je t’apprendrai mes ritournelles, Nous chanterons sous les tonnelles Le vin, l’amour, à l’unisson, Et nous ferons tant de tapage Que les gens nous entendront bien. Tu porteras mon petit chien, Tu seras mon nègre et mon page. » « Belle dame, excusez du peu! Et que de grâces à vous rendre! Mais, dites-moi, ne peut-on prendre Un baiser... pour l’amour de Dieu? » Là-dessus, tout plein de cautèle, Je m’approche. Mais en riant: « Ah! fi, fi! Le petit friand! C’est qu’il aime la bagatelle! Plus tard, plus tard, gros étourdi; Fais d’abord ton apprentissage. A bas les mains! Voyons, sois sage! Nous verrons ça l’autre mardi. » Et tout à coup, par la croisée, La belle s’enfuit prestement. C’est un vrai tour d’enchantement; Psit, psit! Plus rien: une fusée! J’ai beau m’écarquiller les yeux, Rassembler mes pauvres idées. Rien que les bouteilles vidées Qui s’affalent à qui mieux mieux. Et je l’avais là tout à l’heure, Et son sourire était si frais! Ah! pour deux sous je pleurerais Si je savais comment on pleure. Amour, gaîté, tout est fourbu, Et maintenant, ma foi, j’hésite. Est-ce bien vrai, cette visite? Qui peut savoir? J’avais tant bu! A Narcisse Quellien. Les bardes d’Armorique étaient de bonnes gens Et qui regardaient tout d’un oeil pas trop sévère. Ils avaient un grand coeur, ils avaient un grand verre; Ils buvaient sec et ferme, étant intelligents. D’ailleurs, très attentifs à l’Angelus qui sonne, Ils s’appuyaient au mur quand ils avaient trop bu. Leur Pégase breton ne fut jamais fourbu; Nul d’entre eux n’a jamais fait de mal à personne. Le sire Du Guesclin, bien qu’il fût des plus laids, Était aussi des bons, si j’en crois la légende, Et ne boudait pas plus, tant sa soif était grande, Devant un muid de vin que devant un Anglais. Quant aux saints de Bretagne, oh! les saints que j’adore! Toujours prêts à lever le coude et volontiers. Leur humble sanctuaire est fleuri d’églantiers, Leur cloche toujours tinte au lever de l’aurore. Narcisse, mon ami, que le jus du raisin Nous réjouisse. Hélas! c’est le sang de la race. Titubons, s’il te plaît, mais comme saint Pancrace. Un petit plumet? Oui, mais comme Taliésin. Sonnets A Raoul Ponchon. I Ô délectable Ami Ponchon, Vois ce cruchon: De l’or potable! On est à table, Dans ce bouchon, Comme un cochon Dans son étable. Un autre rôt, Un autre pot; Je bois, j’enfourne. Mon Dieu, merci! La terre tourne, Je tourne aussi. II Être homme de guerre Et grand avocat, Dire à tous: raca, C’est bon pour Laguerre. Quel homme vulgaire! Boire du muscat Est plus délicat Et ne coûte guère. Un coup de vin vieux Nous rend tout joyeux: Vidons la feuillette. Chut! Deux jolis yeux Valent encor mieux: Baisons la fillette. III Aimez-vous beaucoup La littérature? Moi, de la lecture J’en ai jusqu’au cou. Que dit le coucou? Amour et friture. Assez d’écriture; Il faut boire un coup. Le soleil se mouille Et va dans l’étang Finir en Gribouille. Au bouchon, pourtant, Avec une andouille, Margot nous attend. IV Hélas! plus de foie Ni de pied farci! Par bonheur voici Qu’on apporte l’oie. Tiens, mon nez rougeoie Et le tien aussi. Buvons sans souci, Et vive la joie! Ô divin moment! Un mot seulement Au cruchon de fine. Et, digue, din, don! Partons, Joséphine, Pour le rigodon. Marguerite Des Bois. A Fernand l’Anglois. Marguerite des bois, Vous souvient-il encore, Marguerite des bois, Du soleil d’autrefois? Et du matin chantant Et de la fraîche aurore, Et du matin chantant Où je vous aimais tant. On m’a parlé de vous Chez Marthe, la voisine, On m’a parlé de vous. Mon fin petit coeur doux. Je sais que vous pleurez, Le soir, à la cuisine, Je sais que vous pleurez Sur vos souliers dorés. Vous aviez rarement Gentillesse à me dire, Vous aviez rarement Pitié de votre amant. Vous m’avez désolé Avec votre sourire, Vous m’avez désolé Et je m’en suis allé. Vous chasse qui voudra, Ô folles alouettes, Vous chasse qui voudra, Il s’en repentira. Moi, je vais en forêt Cueillir les violettes, Moi, je vais en forêt Attraper le furet. Mes nippes à mon cou, Je fais mon tour de France, Mes nippes à mon cou. Je m’en vais, Dieu sait où. Tous les chemins sont verts, Et vive l’espérance! Tous les chemins sont verts, Dans le vaste univers. J’ai couché quatre nuits En plein château des belles, J’ai couché quatre nuits, Sans perdre mes ennuis. Et je reviens encor Avec les hirondelles, Et je reviens encor Où sont les boutons d’or. Rien n’est aussi charmant Que nos filles de Bresse, Rien n’est aussi charmant Que leur habillement. Au petit jour, leurs yeux Sont remplis de tendresse, Au petit jour, leurs yeux Ont la couleur des cieux. Marguerite des prés, Quand le soleil vous dore, Marguerite des prés, Jamais vous ne pleurez. Marguerite des bois, Vous souvient-il encore, Marguerite des bois, Du soleil d’autrefois? Lettre D’Amour. A Charles Le Goffic. Ah! sûrement Vous allez rire. Je viens d’écrire A mon amant: « Beau capitaine Sans foi ni loi, Tu cours sans moi La pretantaine. « Et cependant, Joli Bobèche, On se dessèche En t’attendant. « Vrai! tout m’assomme; Je ne veux rien Que toi, mon chien, Mon petit homme. « J’ai pris le deuil. Adieu toilette! Je vis seulette, La larme à l’oeil. « Crois-moi, je t’aime D’un amour pur; Je suis, bien sûr, Toujours la même. » Et puis, tenez, Sera-t-il aise? Crac, je le baise Au bout du nez. Dieu! que c’est drôle! Pauvre chrétien! Ai-je assez bien Joué mon rôle? C’est trop d’ennui Qu’il ose dire Qu’on ne respire Qu’auprès de lui. J’aime les hommes Pour m’en moquer; Je veux croquer Toutes les pommes. J’aime à changer, A l’aveuglette, Et la houlette Et le berger. Qui cherche à plaire Me fait la cour. Vogue l’amour Sur la galère! Quand l’églantier Rit et verdoie, Il fait la joie Du monde entier. La rose s’ouvre; Son coeur naissant Est au passant Qui la découvre. Pauvre cadet! Tra la la lère... Quelle colère S’il m’entendait! « Morbleu, gredine, Assez juré; Je te tuerai Avant qu’on dîne. « Je suis à bout, Mauvaise bête! » C’est la tempête. Il brise tout. Mais je ne risque Pas un cheveu. Ah! ah! Quel jeu! Et comme il bisque! Ai-je rempli Toute la lettre? Non, j’y veux mettre Mon coeur joli, Mon coeur de blonde, En bel argent, Le plus changeant Qui soit au monde. Et puis voilà Toute l’affaire! Qu’il s’aille faire... Tra la la la! Rosette en paradis A Tony Révillon. I Rosette de Paris, Chausse tes souliers gris. Passe la robe à traîne Dont Gaspard eut l’étrenne, Ta robe à falbalas Mauve tendre ou lilas. Emporte aussi, Rosette, Ta fine chemisette, Ton éventail poudré, Ton corset mordoré, Tes blondes et tes ruches, Toutes tes fanfreluches; Rosette de Paris, Allons en Paradis. II Hélas! le bon saint Pierre, Le concierge des cieux, Hélas! le bon saint Pierre N’est pas trop gracieux. Pour admettre Rosette, Rosette et ses chansons, Pour admettre Rosette, Il a fait des façons. « D’où venez-vous, la belle Au collier de corail? D’où venez-vous, la belle, En si fol attirail? -A Paris, la grand’ville, Saint Pierre, mon cousin, A Paris, la grand’ville, J’étais en magasin. A Paris, dans la rue De l’ancien Doyenné, A Paris, dans la rue, J’ai pas mal gaminé. -Ah! cet endroit, ma fille, Est bien mal fréquenté, Ah! cet endroit, ma fille, Manque de sainteté. -Oui, mais comme on s’amuse, Saint Pierre, mon ami! Oui, mais comme on s’amuse! On n’est pas endormi. On babille, on s’habille, On est toujours courant; On babille, on s’habille, Et le mal n’est pas grand. -Mais comment, ma petite, Serviez-vous Jésus-Christ? Mais comment, ma petite... -J’avais beaucoup d’esprit. J’étais la plus jolie, Je savais bien danser; J’étais la plus jolie Qui se fît embrasser. » III Saint Pierre a fait trois fois, En secouant ses manches, Saint Pierre a fait trois fois Le signe de la croix. « Vous avez l’oeil trop doux, Et vos mains sont trop blanches, Vous avez l’oeil trop doux Pour habiter chez nous, Avec de pauvres gens Absolument rustiques, Avec de pauvres gens, Pas trop intelligents. Comment feriez-vous donc Pour chanter nos cantiques? Comment feriez-vous donc? -Eh! tirez le cordon, Je sais la mère Angot; Chanter, la belle affaire! Je sais la mère Angot, Écoutez-moi plutôt. -Mais nos concerts pieux? -Il s’agit de s’y faire. -Mais nos concerts pieux? -Tout ira pour le mieux. -Non, non, assez causé, Maudite pécheresse. Non, non, assez causé, Je suis scandalisé. -J’eus le coeur inconstant, Je n’étais que tendresse. J’eus le coeur inconstant; N’en peux-tu dire autant? Naguère, au coin du feu, Dans la cour du grand-prêtre, Naguère, au coin du feu, Tu renias ton Dieu. Et le coq a chanté, Comme avait dit le maître, Et le coq a chanté. Criant ta lâcheté! Je n’aurais fait jamais, Pauvre petite femme, Je n’aurais fait jamais Tort à ceux que j’aimais. -Ah! Dieu, mon chapelet! Enlevez cette infâme! Ah! Dieu, mon chapelet! -Silence, pipelet! » IV A peine il entend ce mot malsonnant, Tout le Paradis sort en bourdonnant Comme, autour des treilles, Un essaim d’abeilles. Voici saint Maurice en soldat romain; Le grand saint Joseph, un lis à la main; Sainte Perpétue Tout de blanc vêtue. Voici saint Antoine, avec son cochon; Saint Roch et son chien, un parfait bichon; Saint Vincent, insigne Patron de la vigne; Et puis saint Jérôme et saint Augustin Qui savaient très bien écrire en latin; Le bon saint Grégoire Qui préférait boire; Saint Éloi, ministre et grand forgeron; Saint Denis-des-Champs, bonhomme tout rond, Qui comble de graisse Les chapons de Bresse; Saint Loup, saint Maclou, saint Cloud, saint Crépin, Bruno le Chartreux, l’évêque Turpin, Qui tint la campagne Avec Charlemagne; Enfin sainte Ursule et monsieur Renan. Et derrière vont, trottant, trottinant, Onze mille vierges Qui portent des cierges. V « Ciel! Qu’ai-je entendu? Dit soeur Cunégonde; C’est la fin du monde, Et tout est perdu! -Mon Dieu, quelle affaire! Répond frère Jean. Que c’est affligeant! Que va-t-on nous faire? -Notre-Dame, à nous! Soyez-nous propice! » Et voilà Sulpice Qui tombe à genoux. Mais, quand les apôtres Clameraient en choeur, Rosette a du coeur; Elle en a vu d’autres. Elle fait trois pas, Le poing sur les hanches. Et ces barbes blanches Ne la troublent pas. « La bonne folie! Habitants des cieux, Voyez donc mes yeux; Je suis très jolie. Pourquoi ces nez longs Et ces faces mornes? Je n’ai pas de cornes Sous mes cheveux blonds. Je sens la framboise Et non le roussi; Je n’ai pas souci De vous chercher noise. Chez vous c’est parfait, Bien qu’un peu rocaille, Et votre Versaille Est d’un bel effet. Le logis, la table, Tout est fort plaisant, Tout est reluisant, Tout est confortable, Je ne dis pas non, Et c’est peint à fresque, Et cela vaut presque Le Grand-Trianon. Surtout vos portiques Sont du meilleur goût. Hélas! voilà tout. Et puis quels cantiques! Toujours du plain-chant, Du soir à l’aurore... En latin encore, Ce n’est pas méchant. Bast! Laissez-moi dire, Brebis du bon Dieu; Attendez un peu, Vous allez bien rire. Yvette a son prix, Paulus est fort tendre. Je veux vous apprendre Les airs de Paris. Mille fariboles Que nous connaissons, Un tas de chansons Folles, folles, folles... » VI C’est ainsi, m’a-t-on dit, que la belle parla; Mais le ciel n’entend pas de cette oreille-là. Scandale énorme! Autour de Rosette impassible Un cercle s’est formé. « Seigneur, est-ce possible! Encor ce Lucifer qui nous veut abuser; Vite, vite l’eau sainte! Il faut l’exorciser. » Et pour la voir de près on se heurte, on se pousse. Aux premiers rangs, pourtant, un vieux saint d’humeur douce Murmure: « Laissez-la, soyons plus complaisants: Voyez comme c’est jeune, elle n’a pas seize ans. » Mais la troupe céleste: « Oh! la dévergondée, Qui ne connaît ni Dieu ni diable! A-t-on idée D’une chose pareille! Est-ce que par hasard On recrute à présent les saints à l’Alcazar! L’avez-vous entendue avec notre concierge? Elle croit, j’imagine, être dans une auberge. » Et Rosette, très digne en son petit complet, Dit: « C’est beaucoup de bruit pour un pauvre couplet. Que de propos en l’air, que de billevesées! Vous n’avez donc jamais vu les Champs-Élysées? Ah! vraiment, c’est trop fort. Vous ne connaissez donc Ni Rueil, ni Chatou, ni le bois de Meudon? Vous n’avez jamais fait l’ombre d’une fredaine, Vous ne savez pas l’air de la Briguedondaine, Vous ne riez jamais! Je vous plains, bonnes gens; Vous en seriez meilleurs et bien plus indulgents. » Grand haro pour le coup! On crie, on s’égosille: -« Enlevez la sorcière. -A la porte, la fille! » Quand, tout à coup, chacun reste le bec dans l’eau. C’est le Père Éternel, c’est le Bon Dieu. Tableau. Comme un pâtre appuyé sur son bâton d’érable Il entre, caressant sa barbe vénérable, Et dans les plis royaux de son long manteau bleu Frissonne un soleil d’or. Intimidée un peu, Rosette gentiment a fait la révérence, Et lui: « Mes chers amis, cette enfant vient de France. Vous n’y comprenez rien, je n’en suis pas surpris. Nous n’avons pas ici grand monde de Paris. Mais quoi! le coeur est bon si la tête est légère; Saint Pierre, en ton bercail reçois cette bergère; Elle a l’éclat de rire et le parler joyeux. Ouvre: pour cette fois nous fermerons les yeux. » VII Et c’est ainsi que Rosette Devint sainte en Paradis, Et c’est ainsi que Rosette A cessé d’être grisette. Adieu les belles manières Qu’on avait au temps jadis, Adieu les belles manières En usage au pont d’Asnières! A côté de Madeleine Elle est assise au lutrin, A côté de Madeleine Elle chante à perdre haleine, Et dans ses mains paresseuses Fleurit un beau romarin, Et dans ses mains paresseuses On voit des roses mousseuses. C’est une âme toute pure, Qui de nous aurait cru ça? C’est une âme toute pure... Avec un brin de guipure, La plus charmante âme blonde, Ô vous tous qu’elle embrassa, La plus charmante âme blonde Que Dieu garde en l’autre monde. La journée de Javotte. A Charles Guillon. I Dans son grand lit rose Aux noeuds de satin, Depuis le matin Javotte repose. Souple comme un gant, Vague comme un songe, Frissonne et s’allonge Son corps élégant. Autour de ses hanches Au contour léger, Semblent voltiger Mille roses blanches. Sous ses cheveux d’or A peine on devine Sa tête divine, Toute pure encor. A quoi rêve-t-elle, La naïve enfant? A quelque bouffant De folle dentelle; A tant de mignons Qui disent: « Je t’aime, » Sans qu’on tienne même A savoir leurs noms; A sa robe à queue; A son beau carlin; Peut-être au moulin Qui battait l’eau bleue, Au temps où, dit-on, Fillette champêtre, Elle menait paître L’âne et le mouton! Maintenant des perles Brillent à ses doigts. Adieu, dans les bois, La chanson des merles. Le lit de gala Garde, en sa paresse, Un air d’allégresse Et de tralala. Çà et là des ruches, Des chiffons brodés, Le cornet aux dés, La cage aux perruches; Sous un cotillon Une boîte à mouches, De minces babouches A la Cendrillon; Un bout de mitaine, Des bas, un collier, Don du chevalier De la Pretantaine; Le coeur éploré, Deux amants de Sèvres Unissent leurs lèvres De biscuit doré; L’empereur de Chine, Heureux et vermeil, S’esclaffe, un soleil Au bas de l’échine, Et tout à l’entour, Fine comme l’ambre, Rôde par la chambre Une odeur d’amour. II Les heures légères Passent en dansant; Tel un choeur décent D’accortes bergères. Un flot de galants Accourt à l’offrande, Et chacun demande La belle aux seins blancs. Écoliers imberbes Comme des nonnains, Géants, petits nains, Cavaliers superbes, Vieux beaux, obstinés Diseurs de sornettes, Avec des lunettes Et la goutte au nez, Gros financiers, dignes D’être un jour pendus, Moinillons dodus Toujours dans les vignes, Suppôts de la loi En robes à traîne, Pages de la Reine, Écuyers du Roi, Maîtres de musique Experts en douceurs, Graves professeurs De métaphysique, Tout ce monde rit, Tourne, s’émoustille, Babille, frétille, Court après l’esprit. Et voici vingt reîtres, Armés jusqu’aux dents, Qui font les fendants Et parlent en maîtres. Tous, jeunes ou vieux, Ont même assurance; La même espérance Flambe dans leurs yeux. « Ô nymphe guerrière, Toujours combattant, Secoue, en chantant, L’or de ta crinière. « Jette-moi gaiment Les fleurs de ta couche. Je veux, sur ta bouche, Mourir en t’aimant. « Fais de ton esclave Ce que tu voudras, Je veux, en tes bras, Mourir comme un brave. » Et plus d’un juron De France ou d’Espagne Tout bas accompagne L’amoureux ronron. Mais la porte est close. Chut! chut! pas de bruit! Il fait encor nuit Dans le grand lit rose. III Au soir cependant, N’est-ce pas merveille? Javotte s’éveille, S’éveille en boudant. « Oh! quelle existence! Mieux vaudrait, je crois, Seulette en un bois, Faire pénitence. « Bonsoir aux amours! Je suis fatiguée D’être toujours gaie, De rire toujours. « Que de sérénades Et de beaux serments! Que de compliments Fades, fades, fades! « Un printemps caché Fleurit mon visage, Et sous mon corsage Amour est niché. « Je suis plus jolie Que le mois d’Avril; Chacun, paraît-il, M’aime à la folie. « Fi! qu’on est moqueur Au pays du Tendre! Comment laisser prendre Un peu de son coeur? « Viens donc çà, Nanon, Petite servante; De ta main savante Lisse mon chignon. « Ma joue est blêmie; C’est quelque vapeur. Suis-je à faire peur? Qu’en dis-tu, ma mie? « Et quoi de nouveau? Que dit-on en ville? -Monsieur de Saint-Gille Pleure comme un veau. « C’est à fendre l’âme; Il se meurt... -Bon, bon! Foin de ce barbon! Quoi de plus? -Madame, « Trois grands avocats Débarquent du coche, L’oeil en fleur, la poche Pleine de ducats. -Fi! je n’aime guère Ces robins crottés. -Alors, écoutez Un homme de guerre. « J’en connais plus d’un Qui perdit la tête En vous... -Grande bête, Rien n’est si commun! -Le sieur d’Amourette, Votre beau cousin, A fait un dizain Sur votre levrette. -Des vers? ah! Dieu non; La belle fadaise! Sais-tu rien qui plaise? Cherche encor, Nanon. » IV Soudain, à la porte On frappe en vainqueur. « Eh! c’est toi, mon coeur, Le diable m’emporte! « Entre donc, l’abbé, Tu te fais attendre; Hâte-toi de prendre Ta place au jubé! » En perruque blonde Et petit collet, Entre un prestolet, Le plus gai du monde. Jusqu’au bout des doigts Mobile et fantasque, C’est le petit masque Le mieux fait qui soit. Pas une dévote N’a si fin caquet, C’est le perroquet De dame Javotte. « Friande, bonjour, Bonjour, ma déesse. » La belle, en liesse, Rit comme un amour. Sous sa chemisette Bouffante à dessein, Pointe un bout de sein. L’aimable amusette! Et lui, folichon, Dit cent bagatelles, Fripe les dentelles, Flaire le manchon. Ô grâces câlines Et tableau charmant! Tous deux gentiment Croquent des pralines. Passionnettes. A Francisque Allombert. I Mon Isabelle N’a, Dieu merci, D’autre souci Que d’être belle. Qu’il fait bon voir Son teint de rose! C’est, je suppose, Tout son avoir. Que d’assurance En ces beaux yeux, Les plus joyeux Qui soient en France! C’est rire un brin Qu’elle demande. Elle est gourmande Comme un serin. D’ailleurs, bébête, J’en ai grand’peur; Rien dans le coeur Ni dans la tête. Du sérieux Comme une autruche; Jamais perruche N’a parlé mieux. Oui. Mais on rêve De l’embrasser. Faut-il danser? Elle a la fève. Puis elle rit; Cela me touche. Vraiment sa bouche A tant d’esprit! II Quand reverdira La saison des roses, Que de tendres choses Mon coeur te dira, Que de tendres choses. Au milieu des roses! Donne tes yeux bleus Pour que je les baise, Ta bouche de fraise, Ton corps onduleux; Donne que je baise Ta bouche de fraise. Comme sur un pré L’alouette folle, Ta gaîté s’envole Dans le soir doré, Et, comme toi folle, Mon âme s’envole. Ma mie aux doux yeux, Ne sois plus méchante; Entends ce que chante L’arbre merveilleux: Entends donc, méchante, L’oiselet qui chante. III Si Clodion t’avait connue, Rose et fraîche comme une infante, Oh! quelle chose ébouriffante Il eût faite avec ta chair nue! Si Greuze t’avait rencontrée Folâtrant sur les bords de l’Oise, Quelle piquante villageoise Le bon peintre nous eût montrée! Si Fragonard t’avait surprise En quelque forêt d’Arcadie, Qu’il eût fait d’une main hardie Voler tes jupes dans la brise! Si Parny t’avait bien aimée, Follement comme il faut qu’on t’aime, Quel interminable poème Dirait ta nuque parfumée! Mais assez de batifolage. Tu n’as pas eu cette fortune, Et je suis seul, au clair de lune, A célébrer ton coeur volage. IV Et nous avons eu vraiment Tout là-bas, dans la province, Et nous avons eu vraiment Beaucoup, beaucoup d’agrément. Oui, ma foi, je fus heureux, Comment dire? Comme un prince; Oui, ma foi, je fus heureux Puisque j’étais amoureux. Nous allions cueillir des fleurs Au marais, dans la prairie; Nous allions cueillir des fleurs Moins fraîches que ses couleurs. Nous dormions au fond des bois Non sans quelque effronterie; Nous dormions au fond des bois, Pas toujours, mais quelquefois. Et, le soir, comme on dînait Dans notre petite auberge! Et, le soir, comme on dînait! C’est l’amour qui cuisinait. La rivière clapotait, Gaîment, entre chaque berge. La rivière clapotait; Notre coeur, à nous, chantait. Des taquineurs de goujons On voyait la troupe insigne; Des taquineurs de goujons S’espaçaient parmi les joncs. Je les reverrai souvent, Nos bons pêcheurs à la ligne; Je les reverrai souvent, Héroïques, dans le vent. V Petite folle On te connaît; Ton fin coeur n’est Que faribole. Il farandole Un tantinet, Et ton bonnet Au loin s’envole. Bah! danse encor A ton fil d’or, Marionnette. Moi, je rirai Tant que j’aurai Ma blondinette. VI J’aime ses yeux et j’adore sa bouche. Sa bouche rose est une fleur de lin; Ses yeux sont verts comme l’eau du moulin, D’un vert si tendre, oh! pas du tout farouche. Elle sourit après qu’elle a dansé; Ses cheveux d’or lui font une auréole. Un peu perverse, adorablement folle, Elle me rend tout le siècle passé. Une malice est au coin de ses lèvres, Une fossette à son joli menton, Et je crois voir, gardant son blanc mouton, Quelque bergère en pâte de vieux Sèvres. Mais la bergère a plus d’un amoureux; Son coeur est traître, à la petite masque. Elle est cruelle, elle est surtout fantasque. Ah! le mouton n’est pas toujours heureux! VII C’est madame Pot-au-feu. Avec ses airs de Pontoise, Sous son petit jersey bleu, L’oeil à tout, sournoise un peu, Elle est bourgeoise, bourgeoise! C’est madame Jupe-au-vent, Sans peur, merci ni reproche. Gaillarde après comme avant, Experte à tout jeu savant, Elle est gavroche, gavroche. C’est madame Lucifer, Aux yeux luisants comme braise; Le coeur et la jambe en l’air. Et des mots! Brr... brr... L’Enfer! Elle est mauvaise, mauvaise. C’est madame nos amours, Adorable tout de même, La belle aux yeux de velours A qui je reviens toujours; C’est ma mignonne et je l’aime! VIII Ô m’amour, ô friandise. Que veux-tu que je te dise? Tu ne m’aimes plus, c’est bien. Je crois que tu n’y peux rien; Tu n’es vraiment pas méchante. Ah, Dieu non! Pourvu qu’on chante C’est bien tout ce qu’il te faut, Et ton coeur est sans défaut. Ton coeur! Sais-tu s’il existe. Il n’a jamais été triste. C’est un joli coeur naissant Qu’on endort en le berçant Avec un chant de nourrice. Il n’a pas de cicatrice. C’est une flûte en roseau, C’est une plume d’oiseau. Ta vie est toujours en fête; Tu n’as pas idée en tête Qui se tienne un peu debout. Tu souris et puis c’est tout. Pourquoi pas? Vive la rose! Faut-il qu’un pédant morose Se mêle d’effaroucher La tendre fleur du pêcher? Lorsque tout se renouvelle Et qu’on a dans la cervelle Le soleil de la saison, Que sert de parler raison Aux folâtres églantines? Garde tes façons mutines, Ton sourire ensorceleur, Tes yeux doux, ta bouche en fleur. Réjouis-toi d’être blonde; Regarde courir le monde, Les pauvres moutons sauter Et les gens se culbuter. Contemple, toute ravie, La bataille de la vie. Accueille avec un bouquet Le vainqueur s’il est coquet; Vide devant sa bannière Ta corbeille printanière, Et tant pis pour les blessés Qui râlent dans les fossés! Source: http://www.poesies.net