Les Amants Malheureux, Ou Le Comte De Comminge Drame En Trois Actes Et En Vers (1764) Par François-Thomas-Marie De Baculard D'Arnaud(1718-1805) ACTE 1 SCENE 1 La scène est dans l' abbaye de la trappe. La toile se lève, et laisse voir un souterrain vaste et profond, qui est supposé être le lieu consacré aux sépultures des religieux de la trappe ; deux ailes du cloître, fort longue et à perte de vue, viennent aboutir à ce souterrain. On y descend par deux escaliers composés de pierres grossièrement taillées, et d' une vingtaine de degrés. Il n' est éclairé que d' une lampe. Au fond du caveau s' élève une grande croix, telle qu' on en voit dans nos cimetières, au bas de laquelle est adossé un sépulchre peu élevé, et formé de pierres brutes ; plusieurs têtes de morts amoncelées lient ce monument avec la croix. C' est le tombeau du célèbre abbé de Rancé, fondateur de la trappe. Plus avant, du côté gauche, est une fosse qui paroît nouvellement creusée, sur les bords de laquelle sont une pioche, une pelle, etc. Au-devant de la scène, dans un des côtés, à main droite, est une autre fosse. Sur les deux ailes de ce souterrain se distinguent de distance en distance, et à peu de hauteur de terre, une infinité de petites croix, qui désignent les sépultures des religieux. On apperçoit au haut d' un des escaliers, du côté droit, les cordes d' une cloche. Au bas de la grande croix, sur les têtes de morts, se lit cette inscription latine : (...). Au fond du caveau, au-dessus de la même croix, est cette autre inscription. C' est ici que la mort et que la vérité élèvent leur flambeau terrible ; c' est de cette demeure, au monde inaccessible, que l' on passe à l' éternité. On peut lire encore des deux côtés du souterrain, ces deux nouvelles inscriptions, à droite et à gauche : Qu' après de vaines connoissances Les esclaves du siècle empressés de courir, Se livrent aux erreurs des arts et des sciences ; Ici, l' on apprend à mourir. Homme aveugle, dont l' ame, au mensonge asservie, Des souvenirs du monde est encore poursuivie, Que l' aspect de ces lieux dissipe ton sommeil ; C' est où finit le songe de la vie, Où de la mort commence le réveil. Le comte de Comminge seul, sous le nom du frère Arsène, nom qu' il garde pendant toute la pièce, est prosterné aux pieds de la croix, et panché sur le tombeau de Rancé. Il se relève, tourne ses regards vers le ciel, et après les avoir jettés de côté et d' autre, il dit : Dans cet asyle sombre, à la mort consacré, Toujours plus criminel, toujours plus déchiré, Jusqu' à tes pieds, grand Dieu, je traînerai ma chaîne ! Comminge existe encore, et brûle au coeur d' Arsène ! L' homme, plus que jamais, s' élève et me combat ; Plus que jamais, son joug me fatigue et m' abbat... Maître des passions ! Toi, qui formas mon ame, Ne peux-tu dans mon sein étouffer cette flamme, Repousser, effacer des traits persécuteurs, Qui, chaque jour, hélas ! Plus chers, plus enchanteurs, Reviennent à mes yeux se remontrer sans cesse ? ... Dans ce lieu de terreur je parle de tendresse ! D' une sainte frayeur mon sang n' est point glacé À l' aspect de la tombe où repose Rancé, Rancé... qui, comme moi... que dis-tu, téméraire ? Termine comme lui ta vie et ta misère ; Laisse-là tes erreurs, ose avoir sa vertu, Ose imiter Rancé ; mais quand il a vaincu... L' imiter... eh ! Le puis-je ! Un austère cilice, Les larmes, la prière, un éternel supplice, Rien ne sauroit détruire un souvenir vainqueur, À Dieu même il dispute, il enlève mon coeur... Au milieu de ces morts, sur ces monceaux de cendre, Le dirai-je, ô mon Dieu ! Pourras-tu bien m' entendre ? Quel nom va prononcer une mourante voix ? Adelaïde, ô ciel... est tout ce que je vois. Ah ! J' offense encor plus ta majesté suprême, Dieu vengeur, tonne, frappe... elle est tout ce que j' aime. Après une longue pause. Et je puis avouer cette infidélité, Sans que le repentir brise un coeur révolté ! ... Je révèle à ces murs une ardeur si funeste, Sans exhaler ici le soupir qui me reste ! ... Eh ! Comment le remord suivroit-il cet aveu ? Je chéris mon forfait ; j' alimente mon feu, Il vit de mes soupirs ; il brûle de mes larmes... D' Adélaïde enfin j' idolâtre les charmes : Et j' ai causé ses maux ! J' ai fait couler ses pleurs ! J' ai d' un époux contr' elle excité les fureurs ! Et je dois... l' oublier ! Repousser son image ! Je l' ai promis à Dieu, que mon parjure outrage : Et cet amour... m' enflamme encor plus que jamais. Ah ! Malheureux Comminge ! Après tant de forfaits, Tu n' as plus... qu' à mourir. De tes pleurs arrosée, Ouverte sous tes pas, et par tes mains creusée, Il y fixe les yeux. Ta fosse... te demande... accoutume tes yeux, Accoutume ton ame à ce spectacle affreux. La voilà... qui t' attend ; hâte-toi d' y descendre, Cours y cacher un coeur trop sensible et trop tendre... Tous les morts rassemblés dans ces funèbres lieux, Se lèvent de la terre, et m' appellent près d' eux. Je vous suis... je l' éprouve, un dieu juste se venge. Quels coups ! Quel châtiment ! Il se rejette aux pieds de la croix, et retombe dans l' accablement. ACTE 1 SCENE 2 Le père abbé, Comminge. Le Père Abbé, descendant avec un grand Recueillement, les bras croisés sur la Poitrine, et allant à Comminge toujours Aux pieds de la croix, et dans la même Situation. Frère Arsène ? Comminge se relevant. Qu' entends-je ? Il apperçoit l' abbé et va, selon la coûtume, se prosterner avec précipitation devant lui. Mon père. Le Père Abbé. Levez-vous. Il l' amène au devant du théâtre. je viens ouvrir mon coeur, À ces larmes qu' envain cache votre douleur. De ces ennuis qu' enferme un obstiné silence, Peut-être avec raison notre règle s' offense. Je pourrois réclamer vos devoirs et mes droits, De mon autorité faire entendre la voix ; Mais j' écarte le chef, et sa rigueur sévère ; Vous ne voyez ici que l' ami, que le père, Que l' homme... qui saura sur vos maux s' attendrir, Et sensible avec vous, et pleurer et gémir. Il fait encore quelques pas. Non, la religion n' est point impitoyable ; C' est l' erreur qui la peint farouche, haissable ; Toujours l' oreille ouverte aux cris du malheureux, Elle est prête à verser ses secours généreux ; Appui de tout mortel que l' infortune opprime, Dans ce monde, séjour d' injustice et de crime, Où sans cesse combat un génie inhumain, Dans ce sentier de pleurs, c' est la première main Qui soutienne nos pas, et qui sèche nos larmes. Ô mon fils ! Dans mon sein déposez vos alarmes. Cinq ans sont écoulés, depuis que vos destins, Ou plutôt un dieu même... il traçoit les chemins, Vous offrit comme un port cette enceinte sacrée Que le ciel semble avoir du monde séparée ; Où se trouvent ces biens, à la terre inconnus, L' innocence de l' ame, et la paix des vertus ; Vous n' en jouissez point ! Vos chagrins vous trahissent Vous soupirez... vos yeux de larmes se remplissent ! Laissez-les donc couler dans mon coeur paternel ; Ce fardeau partagé deviendra moins cruel. Adoucissant pour vous des reglemens austères Je vous compte parmi nos pieux solitaires, Lorsqu' à peine je sais votre rang, votre nom. Est-il quelques secrets pour la religion ? Je vous l' ai déja dit : la piété sincère À tous les malheureux ouvre le sanctuaire ; L' humanité s' assied aux marches de l' autel. Comminge. Ah ! Mon père... j' y traîne un supplice éternel. Le Père Abbé. Quelque crime éclatant souilleroit votre vie ? Aux yeux d' un dieu sauveur votre remord l' expie ; Pour éteindre sa foudre une larme suffit. S' il est des attentats que la terre punit, Et qu' au glaive des loix sa justice abandonne Mon frère, il n' en est point que le ciel ne pardonne. Comminge. Je n' ai point à rougir de ces forfaits honteux Qui portent la bassesse, ou l' horreur avec eux ; De semblables excès mon ame est incapable. Je n' ai fait qu' une faute... elle est irréparable. À de chères erreurs je me suis trop livré ; D' un perfide poison je me suis enivré ; Enfin ; quel mot m' échappe ! ... et que vais-je vous dire ! Dans quel lieu... de l' amour j' ai senti tout l' empire, Et je le sens encore... il me brûle... à l' instant... Où je veux l' étouffer dans ce coeur gémissant... Oui, j' implore à genoux vos bontés paternelles. Oui, je vais vous montrer mes blessures cruelles. Vous lirez dans ce coeur... puissiez-vous le guérir. Ou du moins le calmer... et m' aider à mourir. Le Père Abbé l' embrassant. Parlez, ô mon cher fils, votre ami vous embrasse, Attendez tout de lui, du pouvoir de la grace, De Dieu ; laisseroit-il son ouvrage imparfait ? Sa main, de votre coeur arrachera ce trait. Vos larmes éteindront cette funeste flamme. Comminge avec attendrissement. C' est donc à l' amitié que va s' ouvrir mon ame ! Dans ces murs pleins de vous, plein de la vérité, S' il est encor permis à mon humilité De se représenter le monde et ses chimères, Son fugitif éclat, ses grandeurs mensongères, D' en offrir à vos yeux le frivole tableau, Sachez que son prestige entoura mon berceau. La maison de Comminge où j' ai puisé la vie, Arrête au trône seul sa tige enorgueillie. Des songes de la terre avidement épris, Mes ayeux de nos rois furent les favoris, Prodiguèrent leur sang pour cette fausse gloire, Qui suit l' horreur des camps, l' homicide victoire, Meritèrent des cours ces dons empoisonneurs, Que dans le siècle aveugle on nomme les honneurs. Mon père le soutien, l' amour de sa famille, De son frère avec moi voyoit croître la fille ; Un sentiment secret se mêla dans nos jeux ; Adélaïde enfin... eut bientôt tous mes voeux ; Sa main avec son coeur m' alloit être donnée ; Tout serroit les liens d' un heureux hymenée ; L' autel nous attendoit... ou plutôt le tombeau. Sur nos parens, la haine agite son flambeau ! L' intérêt, que l' enfer forma dans sa vengeance, De deux frères, détruit et rompt l' intelligence. Le sang oppose envain la force de ses noeuds. Devenus l' un de l' autre ennemis furieux, Nous immolant hélas ! à leur couroux barbare, La main qui nous joignoit, cette main nous sépare. Vainement nous tombons, nous pleurons à leurs pieds ; Loin du sein paternel nous sommes renvoyés. Mourant entre les bras de ma mère éperdue, De tout ce que j' aimois, on m' interdit la vue. Le hasard me remet des titres ignorés, Qui nous donnant des biens et des droits assurés, De mon père servoit la fortune, et la haine, De son frère entraînoient la ruine certaine. Je ne balance point. La générosité, Que dis-je ? L' amour parle ; il est seul écouté. Ces titres odieux que ma tendresse abhorre, Je les anéantis ; la flamme les dévore. Mon père en est instruit. Le fils est oublié, À ses ressentimens je suis sacrifié. Accablé des douleurs qu' éprouvoit une amante, Malgré le désespoir de ma mère expirante, Je me vois sans pitié, conduit dans une tour, Où s' irritent les feux d' un indomptable amour. On veut qu' un autre objet dispose de ma vie, Qu' infidèle et parjure, un autre hymen me lie : J' étois libre à ce prix. Je n' eus point à choisir, Mon père inexorable acheva de s' aigrir ; Il épuise sur moi les traits de sa colère, Rend ma prison plus dure, empêche qu' une mère, La mère la plus chère, et mon unique appui, Vienne embrasser son fils, et pleurer avec lui. Mes maux, d' Adélaïde affermissoient l' empire. De ce séjour cruel enfin on me retire ; Je vole dans les bras d' une mère... ses pleurs... M' annoncent d' autres coups, et de nouveaux malheurs. Vit-elle, m' écriai-je... et puis-je me promettre... Ma mère, en frémissant, me remet une lettre... Ah ! Mon père, quels traits ! Malgré la voix d'un dieu, Qui veut que mes efforts fassent mourir ce feu, Cette lettre, à la fois, et terrible, et touchante... À mes yeux... à mon ame... elle est toujours présente. Je lis... " quand cet écrit tombera dans vos mains, Il ne sera plus tems de changer nos destins. D' indissolubles noeuds me tiendront asservie... La liberté, par d' indignes moyens, À jamais vous étoit ravie. Il falloit rompre vos liens ; Il s' agissoit de vous, de votre vie ; C' est vous nommer des jours bien plus chers que les miens. J' ai donc brisé mon coeur, et j' ai trouvé des charmes À m' imposer un joug... le plus affreux de tous... Dont mon amant ne put être jaloux. J' ai, pour me déchirer, uni toutes les armes ; Je fais plus mille fois que d' expirer pour vous, Car le trépas finiroit mes alarmes, Le comte d' Ermansay... cher Comminge... quels coups! Je vous trace ces mots dans des torrens de larmes, Dès demain... devient mon époux... Ajouterai-je hélas ! Que dans les bras d' un autre... Qu' enfin à mes devoirs je prétends obéir... Ne me revoir jamais... m' oublier... est le vôtre, Et le mien... sera de mourir." Le Père Abbé. Quelle chaîne de maux ! Que la vie a d' orages ! Que ce monde est semé d' écueils et de naufrages ! Suprême providence, ô dieu ! Par quels chemins Amenez-vous au port les malheureux humains ! Comminge. Ce dieu me préparoit de nouvelles disgraces. Les plus sombres fureurs s' attachent à mes traces ; À l' amour, à la rage, au désespoir livré, De tous les feux d' enfer embrasé, dévoré, Plein du démon cruel qui me pousse et me guide, J' accours, j' arrive aux bords qu' habite Adélaïde ; Je la vois, à ses pieds je me jette, et soudain, Lui présentant mon fer : " plongez-le dans mon sein, Cruelle, c' est à vous de m' arracher la vie... " D' Ermansay vient, sur moi s' élance avec furie ; Un semblable transport tous deux nous animoit : Une homicide soif tous deux nous enflammoit. Son épouse s' écrie, et vole entre nos armes ; Notre courroux s' allume à l' aspect de ses charmes, Nous nous portons des coups, il fait couler mon sang, Je m' irrite, le presse et lui perce le flanc : Il tombe... Adélaïde... " eh ! C' est-là ton ouvrage ! Me dit-elle ? Vas, fuis... des sens je perds l'usage. " On m' arrête sanglant, mourant, inanimé ; Dans un cachot obscur je me trouve renfermé ; J' attendois que la mort achevât mon supplice : Je présentois ma tête au fer de la justice. La nuit avoit rempli la moitié de son cours. On ouvre ma prison : " accepte mon secours, Viens, suis mes pas, me dit une voix inconnue, Sors ; c' est par ton rival que ta chaîne est rompue. " Un rival ! ... il a fui déjà loin de mes yeux. Il manquoit le soupçon à mes maux odieux. J' emporte dans mon sein cette noire furie Le premier des tourmens, l' affreuse jalousie. Le Père Abbé. Par quels assauts divers l' homme est-il combattu ! Comminge. J' apprends qu' à la lumière un barbare est rendu, Qu' à des pleurs éternels sa femme est condamnée, Aux marches du tombeau c' est moi qui l' ai traînée... Privé d' un bien si cher, égaré, furieux, Ne connoissant plus rien qui pût flatter mes voeux, Que la triste douceur, dans le silence et l' ombre, De porter, de nourrir la douleur la plus sombre : Je renonce à l' espoir des richesses, des rangs ; Je quitte mes amis, je quitte mes parens ; J' abandonne... une mère... inconnu, loin du monde, Je cours ensevelir ma tristesse profonde. Il n' étoit point pour moi d' antre assez ténébreux, Assez conforme au sort d' un mortel malheureux, Où je pusse, à mon gré, farouche solitaire, M' occuper, me remplir d' une image trop chère. Je me rappelle enfin... par le ciel inspiré, Qu' il est dans l' univers un séjour révéré, Qu' habitent la terreur, la sombre pénitence, Où dans l' austérité, le jeûne et le silence, Sans cesse environné des horreurs du tombeau, Chaque jour de la mort ramène le tableau ; C' étoit-là mon asyle... aussitôt je m' écrie : (mes pleurs ont expié ce sentiment impie : ) Oui, voilà le sépulchre où doivent s' engloutir Mes larmes, mes ennuis, un fatal souvenir ; Ma chère Adélaïde y recevra sans cesse, Mon hommage secret, le voeu de ma tendresse : Elle y sera le dieu dans mon coeur adoré... J' étois à cet excès par le crime égaré. Je viens donc en ces lieux. Cette ardeur... immortelle Se cache à vos regards sous l' effet d' un saint zèle. Je m' enchaîne à vos loix. J' appelle à mon secours Cette fausse raison, phantôme de nos jours, Cette philosophie impuissante et stérile, Qui n' apporte à nos maux qu' un remède inutile ; J' éprouve sa foiblesse ; et ses sophismes vains, Bien loin de les calmer, irritent mes chagrins... Vers la religion mes tristes yeux se lèvent, Et ses rayons sereins dans mon ame se lèvent ; Mon esprit éclairé l' embrasse avec transport : Elle fait dans mon coeur descendre le remord, L' amour d' un dieu clément, la crainte salutaire. Elle m' a pénétré du repentir sincère... Mais, mon père, ce coeur n' est point encor soumis ; J' y sens se relever de puissans ennemis ; J' y sens ressusciter une flamme coupable ; Cet objet séducteur, ce tyran indomptable, Me combat, me poursuit, s' attache à tous mes pas, Jusques sur cette fosse, où j' attends le trépas. Ses traits, ses traits toujours armés de nouveaux charmes Emportent mes soupirs, se gravent dans mes larmes... Je penche vers la terre... ô mon consolateur ! Daignez donc me prêter votre bras protecteur, Daignez me secourir... Le Père Abbé. Ce n' est point moi, mon frère, C' est Dieu qui domptera ce jaloux adversaire. Il ne souffrira pas que, par lui défendu, Sous le joug de la chair vous soyez abattu ; Dans vos sens désolés il versera le calme. C' est après des combats que l' on cueille la palme. Elle attend vos efforts. Priez, pressez, pleurez ; Obstinez-vous à vaincre, et vous triompherez. L' aveu de vos erreurs et de votre foiblesse, Vous rend encore plus cher, mon frère, à ma tendresse ; Vous n' êtes pas le seul qui gémissiez ici. Dans l' ombre, dans la mort toujours enseveli, Le frère Euthime, hélas ! Offre le même trouble ; Cette nuit de tristesse, et s' accroît, et redouble. Aux pieds des saints autels on l' entend soupirer ; Le tems de son épreuve étoit près d' expirer, Nos mains lui préparoient notre chaîne sacrée ; Il meurt, et de ses maux la cause est ignorée... Souvent il suit vos pas... Comminge. En ce lieu plein d' effroi, Je le vois s' attendrir... il gémit près de moi... D' un grand chagrin son ame est sans doute frappée... Ma fosse est quelquefois de ses larmes trempée... Un mouvement secret me presse de savoir D' où naissent ses ennuis, ce sombre désespoir... Que d' un vif intérêt je ressens la puissance ! Mais... soumis à la loi je m' enchaîne au silence. Le Père Abbé. Il faut la respecter... cependant en ces lieux, Un étranger... peut-être amené par les cieux, Dieu nous cache son bras... avec ardeur demande Qu' un de nous en secret, et le voie et l' entende. Vous pouvez lui parler. Je vais à nos autels Offrir pour vous mes voeux et mes pleurs paternels. Comminge se prosterne. ACTE 1 SCENE 3 Comminge seul. Un étranger... le voir... quelle vue importune ! Hélas ! Si comme moi courbé sous l' infortune, Ce mortel... en est-il, dans ce triste univers, Qui ne se plaigne point, et qui n' ait ses revers ? Si cet humain, du sort victime gémissante, A besoin qu' une main tendre et compatissante Répande dans son sein ces touchantes douceurs, Dont la pitié soulage et charme les malheurs... ACTE 1 SCENE 4 Comminge, le chevalier D' Orvigni. Pendant que Comminge récite ces derniers vers, il sort de l' aile droite du cloître, un étranger conduit par un religieux qui, selon l' usage de la trappe, lui fait des signes pour lui montrer Comminge ; ce religieux le laisse au haut de l' escalier, après s' être prosterné devant lui. Comminge ne voit pas D' Orvigni qui descend, qui porte ses regards par-tout, s' arrête de tems en tems sur les degrés et paroît saisi d' une espèce de terreur . De semblables secours dépendent-ils d' Arsène ? Et... pourrai-je adoucir ses ennuis et sa peine ? Est-ce à moi d' appuyer, de consoler autrui, Quand, sous l' accablement je succombe aujourd' hui ? D' Orvigni, toujours sur les degrés, et s' arrêtant par intervale en considérant ce souterrain . Pour les profânes yeux, ciel ! Quel tableau terrible ! L' homme ici se détruit... et tente l' impossible... Il lit tout haut ses derniers mots d' une des inscriptions. Quels objets ! ... que la mort et que la vérité... Effrayante leçon ! ... dans ce lieu redouté, Impérieux effet d' un miracle suprême, La nature s' élève au-dessus d' elle-même. Il descend à ce dernier vers, s' avance sur le théâtre, Comminge l' appercevant, court pour se prosterner devant lui, D' Orvigni l' en empêche avec vivacité, et lui-même s' incline. Que faites-vous, mon père ? Arrêtez :c' est à nous De nous humilier, de tomber devant vous... Quel nouvel héroïsme ! ô sublimes spectacles ! Non... l' humaine vertu ne fait point ces miracles... Il avance sur le théâtre. Depuis près de deux ans, dans un château voisin Renfermant mes regrets, un malheureux destin ; Là, j' espérois du tems et de la solitude, Qu' ils pourroient adoucir ma triste inquiétude, D' un trop fatal penchant qu' ils me rendroient vainqueur, Que ma foible raison asserviroit mon coeur ; Je me flattois envain. J' apportai de la ville Le trait qui me poursuit, jusque dans cet asyle, La retraite ne sert qu' à le plus enfoncer, Et toujours plus cruel il revient me percer. Je viens donc parmi vous, parmi des ames pures, Chercher quelque remède à mes vives blessures, Et contre les progrès d' un dangereux poison, Implorer le secours de la religion. Comminge, à ces derniers vers ayant observé D' Orvigni avec une attention qui croît toujours, dit à part : C' est lui... c' est D' Orvigni... de cet époux perfide s' adressant à lui avec transport Le frère vertueux... que fait Adélaïde ? ... Vit-elle ? ... songe-t-elle ? ... où m' égarai-je ? ... cieux... ! D' Orvigni, à son tour examinant Comminge dit vivement. Vous connoissez... ses traits... le comte ! ... Comminge. Dans ces lieux On depouille l' orgueil de la foiblesse humaine ; Ces noms... vous ne voyez que l' humble frère Arsène, Le dernier des mortels... et le plus malheureux. D' Orvigni, toujours le regardant . Je ne me trompe point... j' en dois croire mes yeux... J' ai peine à revenir de ma surprise extrême... Ici... sous cet habit... lui... Comminge ! ... Comminge. Lui-même ; Lui, qui pour triompher d' un invincible amour, Venant vivre et mourir dans cet obscur séjour, Eût voulu se cacher à la nature entière ; Lui, qui dans les remords, les larmes, la prière, Brûle... plus que jamais de ce coupable feu ; Lui, qui, dans cet instant, parjure envers son dieu... Hâtez-vous, s' il se peut, d' ajouter à mes crimes ; Réveillez, attisez des feux illégitimes ; ... D' Adélaïde enfin osez m' entretenir... Ah ! Plûtôt... de mon coeur cherchez à la bannir... Non... ne m' en parlez point... je ne veux rien entendre... Dites-moi... seulement... vous ne pourriez m' apprendre Si ses jours moins troublés coulent dans le bonheur ? ... Sans doute... elle jouit de son pouvoir vainqueur... Tant d' attraits réunis... qu' elle a l' art de séduire... D' Orvigni, vivement. Eh ! Qui de sa beauté n' éprouveroit l' empire ? ... Mais daignez m' informer par quel événement... Comminge, rapidement. A part. Un autre a su lui plaire ? ... ô douleur ! ô tourment ! D' Orvigni. Un autre... en est épris. Comminge, à part . Je me soutiens à peine, Poursuis, ô ! Dieu vengeur, j' ai mérité ta haine : Frappe... ! Qu' un coup de foudre achève mon destin. D' Orvigni. Oui, Comminge, un rival... Comminge, avec fureur . Et c' est là cette main Dont le secours barbare empoisonnant ma vie, M' a laissé les tourmens dont elle est poursuivie : Oui, ce rival cruel... ne m' a tiré des fers, Que pour fixer en moi tous les feux des enfers. D' Orvigni. Comminge... ce rival... vous allez le connoître ; Vous lui rendrez justice, et le plaindrez peut-être, Écoutez-moi. Mon frère au comble de ses voeux, Peu fait pour posséder un bien si précieux Venoit de recevoir la foi d' Adélaïde ; Je la vois ; sa beauté sans orgueil et timide, Sa tristesse touchante, et sa douce langueur, Tout présente à mes yeux un objet enchanteur. Des ennuis de l' amour mon ame pénétrée À recevoir ses traits, étoit trop préparée. Je n' osois m' avouer mes sentimens nouveaux ; Je goutois ce plaisir à parler de mes maux ; Adélaïde apprend, et plaint ma destinée. J' avois vu s' allumer les flambeaux d' hymenée. Les barbares auteurs de l' objet de mes feux L' avoient, sourds à ses cris, enchaîné d' autres noeuds. " à d' autres noeuds soumise ! Elle est donc bien à plaindre S' écrie Adélaïde ! Eh ! Qu' il est dur de feindre, De cacher ses combats, son infidélité ! Quel horrible tourment que la nécessité, Dans les bras d' un époux, qu' on offense peut-être, D' aller porter un coeur dont un autre est le maître ! ... À ces mots, quelques pleurs qu' elle cachoit envain, Pour l' embellir encor s' écoulent dans son sein. Enfin... je m' apperçois qu' une flamme adultère Me brûle... que j' aimois la femme de mon frère. Vainement le devoir par la voix des remords Tachoit de subjuguer d' incestueux transports. Au château d' Ermansay la fureur vous amène. Mon frère, qu' animoit une jalouse haine, Veut vous donner la mort, tombe blessé par vous ; On vous met dans les fers. Victime d' un époux, Adélaïde, alors, les yeux noyés de larmes, Et dans tout l' appareil du pouvoir de ses charmes, Vole à moi... c' est à vous que j' ose avoir recours. Du malheureux Comminge allez sauver les jours. Je vous estime assez, pour vous montrer mon ame, Sachez qu' en ce moment... c' est l' amour qui l' enflame. Je ne vous cache point mon crime, mes malheurs, Poursuit-elle, au milieu des sanglots et des pleurs, Mais ma funeste erreur ne m' a point aveuglée, Et c' est à la vertu que je l' ai révélée... Qu' il soit libre, moublie... et me laisse gémir. Mon devoir vous répond... que je saurai mourir. Aussitôt j' interromps... vous serez obéie, Madame... d' un rival je cours sauver la vie. Faisant taire des sens la lâche trahison, De l' homme en moi vainqueur, j' ouvre votre prison, Vous en sortez, conduit par D' Orvigni lui même. Ah ! Quel plaisir je goûte à cet effort suprême ; Que la vertu nous touche, et qu' elle a de douceurs ! Je reviens. J' ai fermé la source de vos pleurs, Madame... il est sauvé. Pour toute récompense, C' est moi, qui vous demande un éternel silence. J' ai pu vous offenser, mais un pur sentiment Réparera l' audace et l' erreur d' un moment... Souffrez que l' amitié nous unisse, et nous lie... Je retombois toujours. Ma raison affoiblie N' excitoit qu' à regret de pénibles combats Qui lassoient mon courage, et ne me domptoient pas. J' ai donc crû devoir fuir ; mais inutile fuite ! J' emportois mes tyrans dans mon ame séduite... Il faut en triompher, et c' est de mon rival Que j' attends le succès d' un combat inégal... Que la religion, de mes sens souveraine, Me console par lui, m' éclaire et me soutienne. Comminge. Généreux D' Orvigni... que m' avez-vous appris ? Ah ! De tant de vertu vous me voyez surpris. C' est moi, dont vous devez appuyer la foiblesse. C' est à moi d' immoler... ma coupable tendresse. Oui, la religion nous prête des secours ; Mais, à la voix du ciel je résiste toujours. Mon bras paroît s' armer contre le bras suprême, Je le sais ; je l' offense ! Et trahis un dieu même, Lorsque dans ce moment, d' Adélaïde enfin... Je n' en parlerai plus... tout me perce le sein... Tout blesse un coeur sensible, et fait saigner sa plaie... ACTE 1 SCENE 5 Comminge, D' Orvigni, le frère Euthime. ce dernier descend de l' escalier au côté gauche ; il semble marcher avec peine ; il apperçoit Comminge, lève ses deux mains vers le ciel, les laisse retomber en les joignant, en met ensuite une contre son coeur, s' arrête comme accablé de douleur, continue à descendre et fait quelques pas sur la scène. On remarquera qu' on ne peut voir le visage de ce religieux, il a la tête ensevelie dans son habillement. Comminge, ne l' appercevant pas. Il est dans cet asyle un mortel qui s' essaye À porter le fardeau d' un joug trop rigoureux ; Peut-être... comme nous, c' est quelque malheureux, Qui, d' un fatal penchant, victime infortunée, Vient cacher en ces murs sa triste destinée. Je ne sais... ses soupirs, ses longs gémissemens Excitent ma pitié... redoublent mes tourmens... Il semble me chercher... et fuit pourtant ma vue, Mon ame, en sa faveur, n' est pas moins prévenue. Je voudrois m' éclairer sur ce sombre chagrin ; Mais un desir pressant me sollicite envain, Un silence éternel doit nous fermer la bouche, il l' apperçoit. Et jamais... le voici. Que son aspect me touche ! Devois-je être, ô mon dieu ! Frappé de nouveaux coups ? Euthime traîne ses pas vers la fosse préparée à Comminge. D' Orvigni, jettant les yeux vers lui . Où va-t-il? Comminge. Vers ma fosse. D' Orvigni. ô ciel ! Que dites-vous ? C' est... Comminge, en montrant sa fosse. Oui ; voilà le terme où les malheurs finissent, Où des songes trop vains, hélas ! S' évanouissent ; C' est-là, qu' en peu de jours, peut-être en cet instant... La vie est pour Comminge un fardeau si pésant,... Je vais ensevelir vingt-six ans de misères... Euthime considère la fosse de Comminge avec une attention qui semble partir du coeur, il lève les mains au ciel, les étend vers cette fosse, et les rejoignant ensuite, tourne ses regards vers Comminge. Ainsi la loi l' ordonne à tous nos solitaires : D' une main courageuse ils doivent se former Avec attendrissement. Cet asyle... où le coeur ne pourra plus aimer ; Je prépare le mien... voici celui d' Euthime, Il montre la fosse d' Euthime, qui est au côté droit, au-devant du théâtre. De cet infortuné... quel sentiment l' anime? Comminge l' observe toujours, il le voit prenant la pioche sur les bords de la fosse. Pense-t-il m' épargner ces horribles travaux? D' Orvigni, le regardant aussi . Il ressent votre peine... il partage vos maux ! Comminge. Cet instrument de mort... à ses efforts échappe! ... Euthime a voulu plusieurs fois se servir de cet instrument, autant de fois il lui est échappé des mains. Euthime l' a laissé tomber en poussant un profond gémissement. Ah ! Comminge. Quel gémissement! D' Orvigni, avec transport . Que cet accent me frappe! Ne pourriez-vous savoir ? ... Comminge. Euthime fait quelques pas au-devant de Comminge. Il vient ! Comminge va au-devant de lui, mais Euthime après s' être tourné du côté de Comminge, jette un long soupir, et se retire. Comminge lui dit, avec douleur : vous me quittez... ah ! Je trahis mes voeux... le silence... A D' Orvigni voulant, avec vivacité, suivre Euthime. restez? Euthime monte lentement par le même escalier, lorsqu' il est près de l' aile en face de cet escalier, il se retourne encore pour regarder Comminge, lève les mains au ciel, et sort. ACTE 1 SCENE 6 Comminge, D' Orvigni. Comminge, arrêtant toujours D' Orvigni qui veut suivre Euthime . Non, ne le suivez point... nos loix nous le défendent. Il revient au fond du théâtre. Et... que mes pleurs devant vous se répandent. Toujours plus attendri pour cet infortuné, À pénétrer son sort, toujours plus entraîné, Un mouvement confus m' inquiète... m' agite... Le malheur qui me suit, et s' accroît, et s' irrite. D' Orvigni... laissez-moi... puis-je vous secourir ? ... Je ne puis... que donner l' exemple de mourir. D' Orvigni. Connoissez D' Orvigni ; c' est peu qu' il se combatte, Qu' il s' obstine à soumettre un penchant... qui le flatte; À de plus grands efforts je saurai m' asservir ; Malgré vous... malgré moi, je saurai vous servir. Je dompte ma foiblesse, et l'honneur seul me guide. Par un fidèle écrit je veux qu'Adélaïde Sache... Comminge, avec vivacité . Que je me meurs... D' Orvigni, aussi vivement . Que vous l' aimez... Comminge. ô dieu ! Qu' avez-vous dit ? Qui ? Moi. Je nourrirois ce feu ! Et vous l' exciteriez, quand vous devez l' éteindre ! Est-ce vous D' Orvigni, que ma vertu doit craindre ? ... Et j' ose encor l' entendre... et ne le quitte pas ! ... Ôte-moi de ses yeux, Dieu, viens guider mes pas... Il fait quelques pas pour se retirer de la scène. D' Orvigni. Eh ! Le trahiriez-vous, lorsqu' auprès d' une mère ? ... Comminge, revenant, et avec transport . Elle vous est connue ? ... elle voit la lumière... D' Orvigni. Elle n'a point encor dans la tombe suivi Votre père... Comminge. Ta main, ô ciel ! Me l' a ravi... D' Orvigni. Dépouillé de sa haine et d' un courroux sévère. Le repentir tardif a fermé sa carrière. Ce père, alors sensible, ignorant votre sort, En regrettant un fils, s' accusoit de sa mort... De votre mère enfin qui gémit dans les larmes La seul Adélaïde adoucit les alarmes... Comminge. Ma mère, Adélaïde... D' Orvigni. Unissent leurs douleurs. Qui peut vous retenir ? ... allez sécher leurs pleurs. C' est à moi de chérir ce séjour de tristesse ; Sans doute Adélaïde écoutant la tendresse... Comminge. Quoi ! Toujours réveiller un feu si criminel ? Un amour vertueux n' offense pas le ciel. Comminge. Vertueux... D' Orvigni... que sera donc le crime, Si ce coupable amour vous paroît légitime ? ... Voulez-vous m' égarer... appésantir mes fers... ? D' Orvigni. Pourriez-vous ignorer que depuis quatre hivers Cet objet d' une flamme à tous les deux si chère, A vu rompre ses noeuds... que la mort de mon frère... Comminge, avec un profond désespoir . Adélaïde est libre, et je suis enchaîné ! ... Grand dieu ! Suis-je à tes yeux assez infortuné ? À D' Orvigni. Retirez-vous cruel, fuyez de ma présence. Que ne me laissiez-vous mon heureuse ignorance ? Vous venez redoubler mon supplice infernal ; De semblables bienfaits sont dignes d' un rival. D' Orvigni. Quoi ! Ces liens sacrés... Comminge. Une éternelle chaîne M' impose le tourment d' une éternelle peine... Barbare... quelle mort va déchirer mon sein ! Depuis quatre ans entiers combattant mon destin, J' ai reculé ce terme affreux, épouventable, Où devoit m' accabler un joug insupportable, Où l' amour... où l' espoir... où l' espoir pour jamais Devoit fuir de ce coeur consumé de regrets! Enfin, depuis un an, la colère céleste M'a fait serrer ces noeuds... ces noeuds que je déteste... Et lorsque j'expirois sous ce cruel fardeau, Quelle image m'arrête aux portes du tombeau... Et pour rendre ma fin plus effrayante encore? Elle est libre, elle m'aime... ô ciel!... et je l'adore... Oui, tous mes sens sont pleins de ce fatal amour. Je le dis à la nuit, je le redis au jour ; Oui, ce feu me dévore, il embrâse mon ame... Le ciel ne sauroit plus maîtriser cette flamme... Ah ! Que votre pitié pardonne au désespoir ; Ne m' abandonnez pas. Je veux encor vous voir... Vous parler... dans ce lieu... que D' Orvigni décide ; Si je dois... je n' entends... ne vois qu' Adélaïde... D'Orvigni, en se retirant . Que je le plains, hélas ! ACTE 1 SCENE 7 Comminge, seul . L' enfer est dans mon coeur... Je ne me connois plus... arme-toi, Dieu vengeur, Contre un cher ennemi que j' aime... et j' idolâtre... Ce n' est pas trop de toi, grand dieu, pour le combattre. ACTE 2 SCENE 1 Comminge, seul, descendant dans une situation qui annonce sa douleur, s' avance sur la scène, reste quelque tems dans un profond accablement, et dit : Quel nuage de mort s' étend autour de moi ! ... Sais-je ce que je veux ? ... sais-je ce que je doi ? Dans ce lieu, D' Orvigni revient et va m' entendre : Eh ! Quel est mon espoir... et que dois-je prétendre ? Rejetter mes liens ; rompre des fers sacrés... Trahir tous les sermens que ma bouche a jurés... Et ce voeu de mon coeur, le voeu de la nature, Ce serment solemnel d' une tendresse pure, N' ont-ils pas précédé ces sermens odieux ? ... L' homme est-il un esclave enchaîné par les cieux ? Pour sa foiblesse est-il quelque joug volontaire ? Des humains malheureux le bienfaiteur, le père, Ce dieu qui nous créa, qu' on ne peut trop chérir, Comme un sombre tyran verroit avec plaisir L' aiguillon des douleurs déchirer son image, Une éternelle mort détruire son ouvrage ? Mes larmes nourriroient sa jalouse fureur. Et mes tourmens feroient sa gloire et sa grandeur ! Ce seroit le servir, lui rendre un digne hommage, Que d' épuiser mes jours dans un long esclavage ? ... Non. Je reprens mes droits. L' aveugle humanité, Ne doit former des voeux que pour la liberté ; Que pour saisir, hélas ! La lueur peu constante D' un bonheur fugitif, qui trompe notre attente. Tous ces affreux sermens sont enfin oubliés. J' adore Adélaïde, et je vole à ses pieds ; Qu' un moment je la vois ; et tous mes maux s' effacent ; ... Tous ses charmes déjà dans mon coeur se retracent. Si le ciel s' offensoit du retour de mes feux, Il sauroit les éteindre, et triompheroit d' eux... Poursuis, lâche Comminge ; outrage un dieu suprême ; À l' audace, au parjure ajoute le blasphême. Apostat sacrilège, où vient de t' emporter Un amour insensé... que tu ne peux dompter ? ... Tu parles de briser la chaîne qui te lie ! Juge de ta bassesse, et vois ta perfidie. Si ce phanthôme vain, qui fascine les yeux, Qui n' a de la vertu que l' éclat spécieux, Si l' honneur t' arrachoit ta promesse frivole ; Réponds. Oserois-tu manquer à ta parole ? Et la religion, tous les peuples des cieux... Dieu même par ta bouche a prononcé tes voeux... Et tu les trahirois ? ... ce dieu prêt à t' absoudre, S' il ne peut te toucher, ne crains-tu pas sa foudre ? Sur ta tête coupable entends-tu ces éclats ? Vois sortir... vois monter des gouffres du trépas, Ces spectres ténébreux... toutes ces pâles ombres Me lancent... quels regards et menaçans et sombres ! ... Le tombeau de Rancé. Du fond de ce sépulchre, une lugubre voix... Il s' ouvre... quel objet... c' est Rancé que je vois... Lui qui vient me couvrir du feu de sa colère ! ... Il s' élève... arrêtez... arrêtez, ô ! Mon père... Il parle ! ... malheureux, où vas-tu t' égarer ! Des bras... du sein d' un dieu tu veux te retirer... Tu veux rompre ces noeuds, dont lui-même t' attache ? ... À tes yeux aveuglés ton jugement se cache ? ... À ton oreille en vain ton arrêt retentit ? ... Le ciel t' a rejetté... tremble... l' enfer rugit, Il demande sa proye... et déjà la dévore... ACTE 2 SCENE 2 Comminge, D' Orvigni. On voit D' Orvigni descendre de l' escalier au côté droit avec une lettre à la main ; il lève quelquefois les yeux au ciel, ils retombent sur cet écrit, et il annonce la plus profonde douleur ; il vient sur la scène. Comminge, ne l' appercevant pas, continue. Que faut-il ? ... repousser l'image que j'adore... Arracher de mon coeur un penchant immortel... Oublier un objet... qui vient avec le ciel Partager mon hommage, et disputer mon ame... Que dis-je ? ... Adélaïde... elle seule m' enflamme... Tu tonnes, Dieu jaloux... eh bien... j' obéirai... À tes loix asservi, j' oublierai... je mourrai. Il apperçoit D' Orvigni, fait quelques pas au-devant de lui. D' Orvigni... mais d' où viens ce trouble... ces alarmes... D' Orvigni a toujours les yeux attachés sur la lettre, et avance sur le théâtre. Ses yeux sur un écrit qu'il trempe de ses larmes ! ... Avec transport. Ah ! Parlez, D' Orvigni... tous mes sens déchirés... Parlez... Adélaïde... à ce nom vous pleurez ! ... D' Orvigni, le regardant avec attendrissement . Comminge... ah ! Malheureux ! ... Comminge, avec transport . Dans mon ame éperdue Achevez d' enfoncer le poignard qui me tue... Mes chagrins... mes douleurs peuvent-ils plus s'aigrir? D' Orvigni, avec une profonde douleur. Nous n' avons plus tous deux, Comminge... qu'à mourir. Comminge. Tout ce que j' aime, ô Dieu ! ... donnez-moi cette lettre... D'Orvigni. La pitié dans tes mains ne doit point la remettre... Je t' épargne des maux... Comminge. Je veux m'en pénétrer. D' Orvigni. C' est à moi de souffrir. Comminge. C' est à moi d' expirer. D' Orvigni, faisant quelques pas pour se retirer. Adieu, Comminge... adieu. Comminge, furieux de douleur et s' opposant à la sortie de D' Orvigni . Non, cruel ; non, barbare. Je lirai cet écrit. D' Orvigni. Le désespoir l' égare. avec une douleur animée. Que me demandes-tu ? Comminge, avec impétuosité . La fin de mes malheurs, Le trépas, cette lettre. D' Orvigni, la lui donne avec la même vivacité . Eh bien ! Prends, lis, et meurs. Comminge, lit . "Grace à notre recherche, à la fin moins stérile, Nous avons découvert votre nouvel asyle. Hélas ! Puissiez-vous y gouter, Vainqueur des passions, un destin plus tranquille ! ... Quel coup nous allons vous porter ! Depuis un an, sachez que, du sort poursuivie... Après s' être arrachée aux lieux qu' elle habitoit... De son amant, l' ame toujours remplie... Victime du chagrin qui la persécutoit... Adélaïde... a terminé... sa vie..." J'expire. Il tombe évanoui sur une des sépultures des religieux ; on se rappellera qu' elles sont un peu élevées de terre. D' Orvigni, voulant le relever et le soutenir . O! Mon ami, que toute la vertu, Que la religion..." ACTE 2 SCENE 3 Comminge, D' Orvigni, le père abbé. on le voit descendre de l' escalier au côté droit, il arrive sur la scène. D' Orvigni, continue sans le voir . Ah ! Moi-même abattu Sous ce coup accablant... mes forces m' abandonnent... Comminge... de la mort les ombres l' environnent... Quel secours bienfaisant viendra le soulager ? ... Dans ce séjour... Le Père Abbé, à part . Sachons pourquoi cet étranger... D' Orvigni, toujours soutenant Comminge, et appercevant le père abbé . Ah ! Mon père, accourez... daignez... Comminge expire... Cette lettre... l'amour... que puis-je, hélas ! Vous dire ? Elle est à terre, auprès de Comminge. Comminge se relevant en quelque sorte du sein De la mort, voyant le père abbé, s' écrie : Elle est morte, mon père ! et il retombe. Le Père Abbé allant l' embrasser, et le soutenir . écoutez votre ami, Déjà votre douleur dans mon sein a gémi ; La piété console, et n' est que la nature Ardente à secourir... plus sensible,... plus pure... De vos pleurs attendri, je viens les essuyer... Sous le poids du malheur je viens vous appuyer... D' Orvigni au devant du théâtre . Quoi ! La religion est si compatissante, Elle, que tout m' offroit terrible et menaçante ! On la redoute ailleurs, prompte à nous alarmer... Ah ! Mortels, c' est ici que nous devons l' aimer. Le Père Abbé toujours auprès de Comminge et à D' Orvigni . Voilà des passions les effets déplorables... A Comminge qu' il tient embrassé. Ne vous refusez pas à mes soins secourables... À ma voix revenez de cet accablement. Comminge se relevant un peu . Je l' ai perdu... enfer, as-tu d' autre tourment ? Le Père Abbé à D' Orvigni . Vous voudrez bien laisser un moment... D' Orvigni fait quelques pas pour se retirer. Comminge se relevant avec fureur . Qu' il demeure, Mon père... qu' à ses yeux je gémisse... je meure... Tous mes crimes encor ne lui sont pas connus. Il m'avoit supposé quelque ombre de vertus ; Il pourroit m'estimer : de son erreur extrême Qu' il soit désabusé... que D' Orvigni... vous même... Que l' enfer... que le ciel... que l' univers entier, Apprennent des forfaits... qu' on ne peut expier. Qu' une ame... sans remords, devant vous se déploye. Oui, dans ce même instant, où le ciel me foudroye, Je formois le projet... tout mes liens rompus... J'allois porter mon coeur aux pieds... elle n' est plus! Et ce dieu m' en punit... Il retombe. Le Père Abbé. Ses esprits éperdus... A D' Orvigni. Souffrez... D' Orvigni se retire. Comminge revenu à lui, et voyant sortir son ami . Vous me quittez ! D' Orvigni se retournant . Je reviendrai... Comminge avec attendrissement au père abbé . Mon père... Vous n' empêcherez point qu' il ferme ma paupière ? ... ACTE 2 SCENE 4 Comminge, le père abbé. Le Père Abbé. C' est à mes seuls regards que vous devez offrir Les blessures d' un coeur... Comminge, toujours sur cette sépulture, et avec une espece de fureur . Que rien ne peut guérir, Mon père. C' en est fait. Qu' il me réduise en poudre, Ce dieu... qui s' est vengé... j' attends ici sa foudre. Il embrasse la terre avec transport. Le Père Abbé. Ah ! Malheureux Arsène ! Ah ! Mon fils... connoissez Ce dieu qui vous entend, et que vous offensez. Sans doute, contre vous, s'armant de son tonnerre, Il peut de sa justice épouvanter la terre, Montrer à sa frayeur dans votre châtiment, Du céleste couroux l' éternel monument ; De ses coups exposer le spectacle terrible... Mais ce dieu... c'est un père indulgent et sensible... Et vous en abusez, enfant dénaturé ? ... Comminge, dans la même situation . Mon père... ah ! Loin de moi ce dieu s' est retiré. Il m' ôte Adélaïde ! Il dit ces mots en pleurant . Le Père Abbé. Et vous osez, mon frère, Élever jusqu'à lui votre voix téméraire ? Dans vos impiétés vous accusez le ciel ? Rendez grace plûtôt à son bras paternel ; Que dis-je ? Vous pleurez l' objet qu' il vous enlève? Il frappe Adélaïde. Et qui conduit le glaive ? Qui l' immole ? ... homme aveugle, ouvre les yeux ; c' est toi C' est toi, qui trahissant ta promesse, ta foi, Transfuge des autels, pour marcher vers l' abyme, Courois te rendre au monde, à la fange du crime. Ce dieu qui d' un regard perce l' immensité, Les profondeurs du tems, et de l' éternité, Il a lu dans ton coeur, dans ses plis les plus sombres, En a développé les criminelles ombres ; Il t' a vu prêt enfin à rompre tes sermens... Il te ravit l' auteur de tes égaremens. Sa clémence outragée à l' homme t' abandonne... S' il t' échappe des pleurs, que le ciel te pardonne, Qu' ils implorent ta grace, et celle de l' objet..., Par la voix du devoir je vous parle à regret... Donnez-moi votre bras... il relève Comminge qui fait des efforts, et s' appuye sur le bras du père abbé. Comminge. Qu' exigez-vous, mon père ? J' allois sur cette tombe achever ma misère. Pourquoi me rappeller à ce jour que je fuis ? Nommez-moi criminel... ? Je sais que je le suis, Mais cet objet, mon père,... il n'étoit point coupable ; J' ai fait tous ses malheurs... le ciel inexorable Auroit dû sur moi seul appésantir ses coups, Et sur Adélaïde il les réunit tous ! ... Le Père Abbé. Respectez ses décrets ; adorez ses vengeances, Et souffrez... Comminge. Il a mis le comble à mes souffrances. Je ne le cache point. Irois-je vous tromper? Son bras, du coup mortel est venu me frapper. Je crains peu le trépas : je le vois d' un oeil ferme, Comme de mes malheurs le remède et le terme. Mais ce que je redoute, est un dieu couroucé... Retirez donc ce trait, dans mon coeur enfoncé; Je frémis de le dire... Adélaïde est morte... Et sur Dieu, cependant, plus que jamais l'emporte. Voilà le seul objet qui me suit au tombeau. À la pâle clarté de ce triste flambeau, C' est elle que je vois, plus séduisante encore. Aux autels prosterné, c' est elle que j' adore ; D' autant plus accablé de ma funeste erreur, Que même, le remord n' entre plus dans mon coeur... Tout, de ma passion entretient les amorces. Le Père Abbé. La grace, mon cher fils, vous prêtera ses forces ; Vous êtes un dépôt à ses soins confié. D' un si cruel tourment le ciel aura pitié. Qu' un espoir courageux vous flatte, et vous anime. Criez à votre dieu du profond de l' abyme ; D' un honteux esclavage il brisera les fers. Le créateur des cieux, le souverain des mers, Qui fait taire d' un mot les bruyantes tempêtes, Enchaîne avec les vents la foudre sur nos têtes, Saura rendre le calme à vos sens agités ; Mais le zèle constant obtient seul ses bontés. Voulez-vous réveiller dans votre ame impuissante Ces sublimes élans, cette flamme agissante, Qui nous porte à l' amour de la divinité ? Qu' un tableau de terreur frappe l' humanité. Devant vos yeux sans cesse appellez la peinture De cette mort, l' effroi de l' humaine nature. Plus docile à nos loix, achevez de creuser Cette fosse, où l' argile ira se déposer. Mais se souffle immortel, cet esprit d' un dieu même, Tremblez qu' il n' ait sur l' homme attiré l' anathême ; Tremblez ; envisagez l' arbitre souverain, Sur cette fosse assis, la balance à la main ; Le père a disparu, vous voyez votre juge ; Il prononce. Où sera, mortel, votre refuge ? En lui montrant sa fosse. C' est donc là que penché sous le glaive d' un dieu, C' est là que vous devez ensevelir ce feu, Qu' il faut que votre coeur se soumette, se brise, Sur vos devoirs cruels que la mort vous instruise... Avec ce maître affreux je vous laisse. Je vais Près d' Euthime... Il fait quelques pas pour se retirer. Comminge vivement. Mon père, éclairez ses secrets... Tantôt je l' ai revu... je résiste avec peine Au desir de savoir quel objet le ramène, En ces lieux... sur ma trace... il semble partager Mes chagrins, mes travaux... il veut les soulager ! ... Sur ma fosse il levoit une main défaillante, Et sa main retomboit toujours plus languissante... Il gémissoit, mon père... il me connoit... sachez... Dans quelle sombre nuit ses destins sont cachés ! ... Moi-même... en ce moment quel sentiment me guide ? ... Qui peut m' intéresser après Adélaïde ? Le Père Abbé. Eh quoi, toujours ce nom ? Comminge. Ah, mon père! Le Père Abbé. Mes yeux D' Euthime éclairciront les ennuis ténébreux. Sans doute il m' apprendra quelle raison puissante Entraîne sur vos pas sa douleur gémissante ; Je vous en instruirai. Que son sort est touchant ! Au matin de ses jours, il penche à son couchant ! Je crains que sa langueur, de ses larmes nourrie, Du sommeil de la mort ne soit bientôt suivie. Comminge avec transport. Il mourroit ! Le Père Abbé. Le trépas pourra nous l' enlever... Allez sur cette fosse apprendre à le braver. Le chrétien, qu' ai-je dit ? Son infidèle image, Cet être décoré du vain titre de sage, Cet enfant de l' orgueil s' accoutume à mourir. Comminge se prosterne devant le père abbé qui sort. ACTE 2 SCENE 5 Comminge seul et revenant au-devant du théâtre . Que je suis malheureux ! ... tout me vient attendrir... Cet Euthime... ah ! Comminge, écarte les alarmes ; Dans tes yeux presque éteints est-il encor des larmes ? Sous le froid de la mort prêt s' anéantir Ton coeur au sentiment pourroit-il se r'ouvrir ? J' ai tout perdu... c' est moi, que le tombeau dévore ! C' est moi qui ne suis plus... ô mon Dieu que j'implore, Tu veux... que je l' oublie... ô comble de douleurs ! Tu prétens lui ravir jusqu' à mes derniers pleurs ? Et ce suprême effort... n' est point en ma puissance... Pardonne, dieu vengeur, je sais... que je t'offensse... Je voudrois... t' obéir... Il va au tombeau de Rancé, embrasse ce tombeau avec transport, et y répand des larmes. ah ! Donne moi ton coeur, Toi, qui des passions domptas l' attrait vainqueur. Rancé... tu sus aimer, tu connus la tendresse, Tu sauras... comme il faut surmonter sa foiblesse... Sois sensible à mes cris, viens... viens à mon secours, Viens combattre un tyran... que je chéris toujours. Mes larmes vainement inonderoient ta tombe? ... Aimas-tu comme moi ? ... sous mes maux je succombe... Il est penché sur le tombeau, aux pieds de la croix, et dans un profond accablement. ACTE 2 SCENE 6 Comminge, Euthime. (ce dernier descend de l' escalier au côté droit ; c' est de ce même côté que Comminge a les deux mains et la tête appuyées sur le tombeau, il est donc assez naturel qu' il ne voye pas Euthime, qui n' apperçoit point aussi Comminge. Euthime se traîne en quelque sorte jusqu' à sa fosse ; on se souviendra qu' elle est sur le devant du théâtre à droite ; ce religieux qui a toujours la tête enfoncée dans son habillement, examine long-tems son dernier asyle, il gémit, il y tend les deux mains qu' il lève ensuite au ciel, il quitte ce lieu de la scène, fait quelques pas pour se retirer, apperçoit Comminge, paroit troublé, va à lui, s' en écarte, revient enfin ; Comminge qui ne l' a pas vu, se lève, et passe au côté gauche du théâtre près de la fosse ; Euthime court prendre sa place. Il a remarqué que Comminge avoit laissé échapper ses pleurs sur le tombeau, il y demeure dans la même situation où l' on vient de voir Comminge.) Comminge se levant, comme on vient de le dire, et allant vers sa fosse . Allons nous acquiter d' un barbare devoir. Qu' ai-je dit ? Le trépas n' est-il point mon espoir ? il prend la pioche. Ô terre, dans tes flancs ! ... à ton sein qui m' appelle... Puis-je rendre assez-tôt ma substance mortelle ? Il est aisé de sentir que Comminge veut parler de son corps. Ce coeur, par vingt tyrans, déchiré, dévoré... Pourroit-il assez-tôt être au néant livré ? ... Il enfonce la pioche, creuse la terre, trouve de la résistance. Pendant ce tems Euthime donne des baisers au tombeau, on diroit qu' il veut recueillir dans son coeur les larmes de Comminge. Tu m' opposes, ô terre, un rocher inflexible... il arrache des pierres qu' il jette sur le bord de la fosse. Ah ! T' ouvrir sous mes coups, c' est te montrer sensible... Il prend la pele, et jette la terre de côté et D' autre, il met les pieds dans sa fosse. ô mon Dieu, c' est ici que tu me soumettras... de l' amour c' est ici que tu triompheras... Euthime se relève, tourne les yeux vers le ciel, met sa main sur son coeur, et retombe dans la même situation. Mais jusqu' à ce moment permets... je vis encore... Je sens... qu' Adélaïde est tout ce que j' adore. Il tombe dans une attitude de douleur sur le coin de la fosse qui regarde le tombeau, par là il peut être vu du spectateur ; Euthime qui continue à n'être pas apperçu de Comminge, fait quelques pas vers lui, revient, fait des signes de douleur, retourne et demeure une main appuyée sur le tombeau. Pardonne moi, grand dieu, c' est mon dernier soupir... Pour la dernière fois laisse-moi me remplir De cet objet... qu' il faut que je te sacrifie. Pardonne, si malgré le serment qui me lie, J' ai gardé, dans un sein, qui nourrit son ardeur, Il tire de son sein, le portrait d' Adélaïde. Euthime est parvenu jusqu' auprès de Comminge, Et met une de ses mains à ses yeux, comme s' il Pleuroit, il écoute Comminge avec intérêt. Cette image, si chère... attachée à mon coeur... Eut-on pu l' en ôter, sans m' arracher la vie ? Il examine le portrait. Voilà... voilà ces traits... que l' on veut que j' oublie ? Effacez sous mes pleurs... si présens à mes yeux... Il le couvre de baisers et de larmes. Ma chère Adélaïde... emporte tous mes voeux... Euthime les deux mains étendues vers Comminge qui toujours ne le voit pas, et comme prêt à s' écrier. Le dernier sentiment de l' esprit qui m' anime... Euthime avec un cri... Ah ! Comte de Comminge ! Il se retire avec une espèce de précipitation. Comminge remettant avec vivacité le portrait dans son sein, et étonné à ces accens ! ... Il se retourne. Euthime ! ... Demeurez... Euthime se retire vers l' escalier de l' aile droite. A part. cette voix... cruel... vous me fuyez... A lui. Je n' écoute plus rien... que j' expire à vos pieds... Euthime avance le bras pour empêcher Comminge d' approcher. Quoi... vous me repoussez ! Il demeure interdit. son empire m' étonne! ... Euthime a monté déjà quelques marches, et il tombe les deux mains appuyées sur ses genoux, dans l' attitude d' une personne qui pleure. Il pleure ! ... Comminge avec impétuosité allant à Euthime, et déjà sur une des marches. je saurai... Euthime se relevant, et lui faisant signe toujours de la main pour qu' il n' avance pas . Restez... le ciel l' ordonne... Euthime achève de monter avec peine, tournant souvent la tête. Comminge étant étonné et interdit sur le degré. Dieu lui même commande ; il enchaine mes pas. Quel silence cruel que je ne comprends pas ? Il se retourne vers Euthime qui est au haut de l' escalier, ce dernier joint les mains, semble s' adresser au ciel, regarde encore Comminge, et pousse un profond gémissement. Euthime... cher Euthime... il gémit... et me quitte ! ACTE 2 SCENE 7 Comminge seul, revenant sur la scène. Je ne puis soutenir le trouble qui m' agite... Ces sons... ces sons touchans... dans mon ame ont porté. J' ai cru... l' illusion... frappé de tout côté... Ma douleur... mon tourment... mon désespoir redouble... Tout ce qui m' environne augmente encore ce trouble... il vient vers le tombeau. Ô Dieu qui me punis, que j' offense toujours, Ô Dieu, viens désunir la trame de mes jours, Viens me débarrasser du fardeau de mon être... Il a une main appuyée sur le tombeau. ACTE 2 SCENE 8 Comminge, D' Orvigni. D' Orvigni avec précipitation descendant par l' escalier du côté gauche, et accourant à Comminge . Ce malheureux... Comminge avec transport. Euthime... D'Orvigni. En ce moment, peut être À son terme arrivé... Comminge effrayé . Vous dites ? D' Orvigni. à l' instant Je l' ai vu qu' on traînoit foible, pâle et mourant, Aux lieux, où la pitié d' une main bienfaisante Prodigue ses secours à la vie expirante... Comminge. Je le perdois... il sort... D' Orvigni. à travers sa pâleur J' ai saisi quelques traits... ils ont troublé mon coeur... Comminge... il faut le voir. Comminge. Je le verrai sans doute. Ce coeur trop déchiré n' a plus rien qu' il redoute. Il sort. D' Orvigni. Je suis vos pas. à part. ô ciel ! Prens pitié de ses maux ! S' il n' est point en ces murs, où donc est le repos ? ACTE 3 SCENE 1 Comminge descendant avec précipitation et D' Orvigni le suivant avec le même empressement . Comminge encore sur les degrès . Non, ne me suivez point. il est descendu. D' Orvigni. Toujours, dans ces lieux sombres ! Qu' y venez-vous chercher! Comminge. Les plus funèbres ombres. S' il étoit sur la terre un séjour plus affreux. J' y précipiterois les pas d' un malheureux. Dans la nuit de la mort, que ma douleur se cache. À me persécuter, tout s' obstine... s' attache... Euthime... vous savez quel trouble en sa faveur, Quel pouvoir inconnu semble entraîner mon coeur, Qu' après Adélaïde, il est le seul, peut-être, Pour qui le sentiment dans mon ame ait pu naître. Cet Euthime... que j'aime, et je ne sais pourquoi... Refuse de me voir... il s' éloigne de moi! ... Malgré mon désespoir, ma prière, mes larmes, Il veut à mes regards dérober ses alarmes: On dit même, je tremble à m' offrir ce tableau Que l'on voit de ses jours s'obscurcir le flambeau... S' il m'étoit enlevé... que m'importe sa vie ? Que dis-je, ô ciel! La mienne à son sort est unie... Mais, D'Orvigni, d'où vient cet intérêt puissant? Seroit-ce du malheur le suprême ascendant, Et des infortunés l'ame éprouvée et tendre Plus qu'une autre ame enfin cherche-t-elle à s'étendre ? Où le ciel pour accroître et nos maux, et nos soins, Met-il le sentiment au rang de nos besoins? Euthime... à mes côtés je le revois sans cesse... Il me cherche... me fuit... dans quel trouble il me laisse! D'Orvigni. Comme vous j' ai senti la même émotion. Comminge. Et tout vient ajouter à cette impression. Avec nos sens flétris nos esprits s'affoiblissent, Et de notre raison les forces nous trahissent. J' eusse autrefois d' un songe écarté les erreurs : J' ouvre aujourd' hui mon ame à ces vaines terreurs ; Tant l' infortune accable et défigure l' être, Qui croit dans son orgueil approcher de son maître. Lorsque l' astre du jour brille au plus haut des cieux, La règle nous permet d' appeller sur nos yeux D' un sommeil consolant les douceurs fugitives. La mort même abbaissoit mes paupières craintives. Dans le sein du repos j' essayois d' assoupir Les tortures d' un coeur fatigué de gémir. Quel songe m' a rempli de ses traces funèbres ! J' errois, dans un désert, à travers les ténèbres. Du fond de noirs tombeaux, antiques monumens, J' entendois s' échapper de longs gémissemens ; Dans les débris épars de ces vieux mausolées, Je voyois se traîner des ombres désolées. D' un lamentable écho ces champs retentissoient ; Des monceaux de cercueils jusqu' aux cieux s'entassoient : On eût dit que ces bords, de la nature entière, Du monde enfin étoient l' éternel cimetière. Tout à l' oreille, aux yeux, au coeur, à tous les sens, Portoit l' affreuse mort, et ses traits déchirans. À la sombre lueur d' une torche sanglante, J' apperçois une femme égarée, et tremblante: En vêtemens de deuil, les bras levés au ciel, Dans les pleurs, succombant sous un trouble mortel. J' approche... Adélaïde... à ses genoux je tombe, Et n' embrasse, effrayé, qu' une plaintive tombe ! Je repousse de moi ce tombeau gémissant. Sous les habits d' Euthime un spectre menaçant S' élève, se découvre, à mes regards présente... Quelle image ! ... la mort cause moins d' épouvante. D' un tourbillon de feux il étoit entouré ; On pouvoit voir son coeur, de flammes dévoré. Arrête m' a-t-il dit d' une voix douloureuse, Cruel! ... ma destinée est assez malheureuse! Puissai-je dans ces feux allumés par le ciel, Expier les erreurs d' un penchant criminel! Contemple un monument des célestes vengeances... Pleure, il est encor tems, répare tes offenses... Tu vois Adélaïde... à ces mots expirans Il lance dans mon sein un de ses traits brûlans, Je t' attends, poursuit-il. Je m' écrie. Il retombe Et rentre en murmurant dans la nuit de la tombe, La foudre y suit le spectre, et l' enfer a mugi. ACTE 3 SCENE 2 Comminge, D' Orvigni, quatre religieux. ces quatre religieux paroissent au sortir de l' aile droite du cloître, au côté de l' escalier ; ils prennent successivement une des cordes de la cloche, en se prosternant l' un devant l' autre, et disant : Premier Religieux d' une voix sourde et lugubre . Mourir. D'Orvigni entendant les sons funèbres de cette cloche : (on se souviendra qu' elle sonne depuis ce moment, jusqu' à la fin de la pièce) . Quels sons ! Qu' entens-je ? Comminge effrayé et regardant ces religieux . Il se meurt, D' Orvigni ! ... Second Religieux en observant ce que nous venons de dire . Mourir. Troisième Religieux. Mourir. Quatrième Religieux. Mourir. ces quatre religieux se retirent ; la cloche est censée avoir d' autres cordes que tirent d' autres religieux dans le cloître, qu' on ne voit pas. D' Orvigni. Quels accens ! Quelle image ! Comminge. Je n' en puis plus douter... vous voyez notre usage... Lorsqu' un de nous expire... ACTE 3 SCENE 3 Comminge, D' Orvigni, le père abbé suivi de deux religieux dont l' un a son mouchoir sur les yeux, l' autre paroît pénétré de tristesse . Le Père Abbé à ces religieux, et à peine descendu . épargnez ces regrets, Allez, du lit de mort, ordonner les apprêts. les deux religieux sortent, et remontent tristement. Comminge l' appercevant, court à lui emporté par la douleur, oubliant de se prosterner selon l' usage . Euthime... Le Père Abbé d' un ton attendri . Va mourir. Comminge. Va mourir... ah, mon père ! Le Père Abbé. Tout le pleure, et moi-même... ô triste ministère ! ... Que la religion, notre unique soutien, Subjugue l' homme en nous, anime le chrétien. Comminge au père abbé . Ses jours ? ... Le Père Abbé. Sont arrivés au moment de s' éteindre. Comminge du ton de la plus vive douleur. Ah ! Mes larmes, mes cris ne sauroient se contraindre. Ô mon père! ... avec lui que ne puis-je expirer! ... Eh... je croiois n' avoir qu' une mort à pleurer... A part. Pardonne, Adélaïde... oui, j'ignore moi-même... Cet Euthime... je cède à ma douleur extrême... Au père abbé. Pour jamais enlevé... je ne le verrai plus ? ... D' Orvigni au père abbé . Il ne s' offriroit point... à part. que mes sens sont émus. Le Père Abbé. En ces funèbres lieux il doit bientôt descendre, Rempli de notre esprit, pour mourir sur la cendre. Comminge au père abbé . Vous savez... Le Père Abbé. Ses chagrins doivent se dévoiler. Comminge avec précipitation . Nous apprendrons, mon père... Le Père Abbé. Euthime va parler. Je le sais de lui-même, et pour grace dernière, Il demande, affranchi de notre loi sevère Qu' un grand secret, dit-il, dans son coeur retenu, À tous les yeux enfin se montre, et soit connu. Comminge. à part. Un grand secret ! ... mon trouble à chaque instant augmente. D' Orvigni à part. Quels rapports... quels soupçons que ma foiblesse enfante. ACTE 3 SCENE 4 Comminge, D' Orvigni, le père abbé, des religieux. (deux rangs de religieux descendent les bras croisés sur la poitrine, et dans un grand accablement, par les deux escaliers. Chacun fait une génuflexion devant la croix, une autre devant l' abbé, et ensuite ils vont se remettre à leur place des deux côtés de la scène ; les deux colonnes sont en face l' une de l' autre ; le père abbé est au milieu. Sur un des côtés du théâtre sont Comminge et D' Orvigni tous deux accablés de la plus vive douleur, et paroissant inquiets sur ce que doit revéler Euthime. On n' oublira pas que la cloche sonnera toujours, de façon pourtant qu' elle ne couvre pas la voix.) Le Père Abbé aux religieux . Que chacun prenne place, et m' écoute. les religieux se rangent comme on l' a dit à côté l' un de l' autre et dans une tristesse recueillie . La mort Sur un de nous s' arrête, et va finir son sort. Le frère Euthime est prêt à sortir de la vie. Il attend vos secours ; par ma bouche il vous prie D' une commune voix d'implorer l'éternel. Que cet infortuné, vainqueur d'un corps mortel, Plein de ce feu sacré que l'espérance allume, Au calice de mort boive sans amertume, Et que son ame en paix rejettant ses liens, S' élance au sein d' un dieu, la source des vrais biens. il se tourne de côté ainsi que tous les religieux en face de la croix, et adresse cette prière que lui seul prononce, les religieux ne disant tout haut que le dernier mot. "prière. Dieu suprême, daigne m'entendre; que l' esprit éternel s'enflamme de ton feu ! Rends à la terre une mortelle cendre. Mon ame reconnoît, aime, et bénit un dieu." tous les Religieux répétent à la fois ce dernier mot . "Un dieu !" Le Père Abbé continuant. "Mon ame en toi seul se confie; écarte les dangers qui m' attendent au port. à l' homme, qu' a trompé le songe de la vie, grand dieu, fais supporter la mort." Tous les Religieux répétent . "La mort !" Le Père Abbé poursuit . "Ouvre, ô mon Dieu, les portes éternelles ; que je me plonge au sein des miracles divers créés par tes mains immortelles ! L' espérance, la foi m' emportent sur leurs aîles. Dieu puissant, sous mes pas viens fermer les enfers." Tous les Religieux. "Les enfers !" Le Père Abbé continue . "Brise un joug que la matière impose; romps les fers de l'humanité ; tout fuit, comme un torrent dans son cours emporté c' est en toi seul, ô mon Dieu, que repose l' éternité." tous les Religieux. "L' éternité !" ACTE 3 SCENE 5 Comminge, D' Orvigni, le père abbé, les religieux. Quatre nouveaux religieux, dont deux portent une espèce d' urne de terre grossière et remplie de cendre, l' autre a sous son bras de la paille. le quatrième Religieux au père abbé, et d' une voix basse et pénétrée . Le frère Euthime approche. Le Père Abbé. Empressons-nous, mes frères, À préparer ce lit, terme de nos misères. Euthime a demandé que son oeil expirant Put contempler sa fosse à son dernier instant. Il est accompagné de ces quatre nouveaux religieux ; il prend dans une coquille qu' on lui présente avec cette urne, de la cendre, la laisse tomber en levant les yeux au ciel, et en disant : Esprits consolateurs entourez cette cendre. Les quatre religieux forment une croix de cendre, qu' ils couvrent de paille, on voit la cendre, elle est sur le devant du théâtre à gauche, distante de la fosse d' Euthime, les deux colonnes de religieux dépassent cette cendre, de façon que Comminge sera vis-à-vis d' Euthime, lorsqu' il y sera placé. Et sur ce lit de mort mes mains doivent l' étendre ! D' Orvigni à part . Ô spectacle touchant ! ... je ne pourrai jamais... Le Père Abbé à Comminge . À votre rang placé... moderez ces regrets, Frère Arsène, et songez que le ciel s'en offense. Comminge dans la profonde douleur va se placer parmi les religieux, il est le second de la colonne droite, D' Orvigni est quelques pas plus haut que les religieux, et un peu plus de côté, de façon qu' il ne cache ni les religieux, ni Comminge. A D' Orvigni. Et vous, que dans ces murs la sage providence A sans doute elle-même à nos yeux amené, Vous, d' un monde trompeur toujours environné, Vous avez vu mourrir ces héros de la guerre, Dont le faste imposant peut éblouir la terre, Ces sages, dont l' orgueil est le foible soutien... D' Orvigni appercevant Euthime qui descend. Ô ciel. Le Père Abbé. Vous allez voir comme meurt un crétien. ACTE 3 SCENE 6 Comminge, D' Orvigni, le père abbé, religieux, Euthime soutenu par deux religieux, un troisième le suit avec un crucifix à la main . Le Père Abbé voyant Euthime . à D' Orvigni. à Euthime. Il se montre à nos yeux ; venez, venez, mon frère ; Mériter les bienfaits d' une mort salutaire. Euthime avançant sur le théâtre, toujours soutenu par les deux religieux, et se traînant au lit de cendre . C'est-là que j'attendrai l'arrêt de mon trépas ! Au père abbé. Ô mon père, daignez me prêter votre bras. Le père abbé l' aide, et l' étend sur la cendre, L' un des deux religieux qui le soutenoit se retire, il n' en reste plus qu' un qui l' appuye derrière. Ce dernier est le religieux qui porte le crucifix ; Euthime demande au père abbé qui est à ses côtés : Suis-je près de ma fosse ? D' Orvigni le regardant avec attention et à part. Est-ce l' erreur d' un songe ? ... Le Père Abbé à Euthime . La voici. Il la lui montre. D' Orvigni, toujours à part . Cette voix... tout appuye un mensonge... Euthime regardant sa fosse. Mon courage incertain demande à s' affermir... Soutenons ce spectacle... il apprend à mourir. Au père abbé. Il est inutile d' avertir qu' Euthime doit avoir une voix languissante et affaiblie. Vous me l' avez permis. Le malheureux Euthime Peut, rempli des transports du zèle qui l' anime, Révéler des secrets, qui du jour éclairés, Rendront Dieu plus visible à ces lieux révérés, À ces ames, du monde et des sens détachées... Oui, vous verrez son bras par des routes cachées, Me tirer des enfers, pour me conduire au port. Il lève les yeux au ciel. Que ma bouche, ô mon Dieu, par un suprême effort Puisse offrir de ta gloire une preuve éclatante ! Ranime en sa faveur cette voix expirante ! Que mon dernier soupir s' arrête, pour montrer Ce que peut faire un dieu, qui veut nous inspirer ! ... au religieux qui le soutient. On observe qu' il est un peu élevé et souvent appuyé sur son bras droit. Aux religieux. Daignez me soutenir... vertueux solitaires, Vous avez cru ma foi, ma piété sincères, Que digne enfin du nom que vous m'avez donné, J'étois par un saint zèle aux autels entrainé. Il faut vous détromper. Contemplez dans Euthime, Des désordres du coeur la honteuse victime... En un mot... une femme... Comminge en s' écriant . Une femme ! Le Père Abbé. En ce lieu ? Euthime. Qui vécut pour le monde, et veut mourir pour Dieu. Oui, je suis, je l'avoue, une femme coupable, Et la plus criminelle, et la plus misérable... Comminge, entens, regarde, et reconnois enfin L'artisan malheureux de ton cruel destin... Celle qui prit hélas ! Un fol amour pour guide, Celle qui t'égara, qui vient... A ce dernier mot elle se lève encore un peu plus, et sa tête moins enfoncée dans son habillement laisse distinguer ses traits. Comminge avec un cri, allant se précipiter à genoux auprès d' Euthime, et paroissant vouloir lui prendre la main. Adélaïde ! D' Orvigni. Ciel ! Euthime à Comminge, et le repoussant de la main. Elle même. Arrête ; écoute, et lève toi. Deux religieux viennent relever Comminge, qui pendant toute la scène est dans leurs bras, et suivant. Ce que dit Euthime, laisse éclater des signes variés de douleur. D' Orvigni de son côté n' est pas moins frappé d'étonnement, ses mouvemens sont moins marqués que ceux de Comminge, on observe encore que ce dernier n'est point caché par les religieux, il est entr'eux et Euthime ; le père abbé est plus avancé sur le devant du théâtre. Je dois un grand exemple, et tout l' attend de moi. Que mon trépas du moins puisse expier ma vie ! A D' Orvigni avec surprise et attendrissement. Vous aussi dans ces murs! Aux religieux en leur montrant Comminge. Voilà d' un culte impie Le trop fatal objet... et que j' ai trop chéri... Pour qui Dieu tant de fois fut oublié, trahi... Je vous l' ai dit; ma mort, et mon aveu sincère Vous rendront Dieu plus grand, et sa bonté plus chère. une grande pause. Dès le berceau, mon coeur, par le monde égaré, Au prestige des sens, à l' amour fut livré. Nourrie avec le fils du frère de mon père, J'attachai tous mes soins à l'aimer, à lui plaire. Sans avoir consulté le choix de mes parens, Mon ame avoit reçu ses goûts, et ses penchans ; De là, tous les malheurs à qui je fus en butte, Et de ce premier pas je marchai vers ma chûte. Tous deux nous entraînant à ces douces erreurs... Tous deux nous nous aimions : nous remplissions nos coeurs Des transports mutuels d' une aveugle tendresse ; Rien n' eût pu dissiper cette fatale ivresse ; Tout, la terre, le ciel, de nos yeux avoient fui ; Il n' adoroit que moi ; je n' adorois que lui ; Nous ne voyions enfin que l' autel d' hyménée, Nous y touchions... j' étois au crime destinée. Par cette folle ardeur chaque jour offensé, De mon égarement le ciel s' étoit lassé ; Il vouloit me punir ; il me punit sans doute. Je vis mourir les fleurs qui naissoient sur ma route. Mes regards jusqu' alors, du présent enchantés, D' un affreux avenir furent épouvantés. Tout changea ; ces beaux jours sans ombre et sans nuage Se virent obscurcis d' un éternel orage ; L' intérêt divisa nos parens furieux ; Les flambeaux de l' hymen, qui séduisoient nos yeux, Tout prêts de s' allumer, à leur voix s' éteignirent, Et pour jamais hélas ! Leurs mains nous désunirent. J' aurois dû, si j' avois écouté la vertu, Réprimer un penchant, par le ciel combattu, C' étoit là mon devoir ; bien loin de m' y soumettre, Pour fomenter ces feux, je crus tout me permettre ; Des écrits mutuels recevoient nos ardeurs, J' envoyois à Comminge et mon ame et mes pleurs, L' un par l' autre excités à cette intelligence, Ainsi de nos parens nous trompions la prudence. Le père de Comminge offensé d' un amour Que son ordre absolu condamnoit sans retour, S' irrite contre un fils, le poursuit dans sa haine, Au fond d' une prison le retient et l' enchaîne ; Pour briser ses liens, il falloit m' immoler, Que d' un hymen forcé le joug vint m' accabler. Je cherchai pour l' objet de ce noeud respectable Un mortel... qui jamais ne me parut aimable, Dont le choix odieux rassurât mon amant, Et fût pour son amante un éternel tourment ; Je trouvai ce mari... trop certain de déplaire. Un tel hymen, mon Dieu, méritoit ta colère. Comminge vit tomber ses chaînes... j' épousai... Un autre enfin que lui... le comte D' Ermansai. Comminge sortant de son accablement, et avec transport . Et voilà le malheur qui... Euthime. Fais toi violence, Comminge, pour m'entendre et garder le silence. On ne sait point encore jusqu' où vont mes forfaits. Malheureuse ! L' amour m' enivroit à longs traits : Ma criminelle ardeur avoit peine à se taire : J' osois, j' osois nourrir une flamme adultère ! ... Dans le sein d' un époux ! ... je portois dans ses bras Un coeur qui chérissoit ses secrets attentats, Qui sembloit s' enhardir à d' éternels parjures ; Oui, j' approfondissois mes coupables blessures, Croyant que je faisois assez pour mon honneur, Pour ce ciel, qui souvent accusoit cette ardeur, De déguiser le trait dont je sentois l' atteinte, Sous le voile imposteur d' une pudeur trop feinte ; Je me félicitois d' un courage... abattu. Qu' est-ce donc, Dieu puissant, que l'humaine vertu! Qu' est-elle sans ta grace ? Emporté par la rage Comminge accourt, il blesse un époux que j' outrage. Avouerai-je mon crime? En ces momens affreux Pour la mort d'un mari j'ai pu former des voeux! Eh, voilà ce qu' étoit une femme infidelle, Qui paroissoit s' armer d' une vertu rebelle ! Comminge dans les fers étoit prêt de périr. Ne voyant point l' époux menacé de mourir, J' envisage l' amant, les dangers qui l' attendent ; Mes larmes, mes transports, mes crimes se répandent Dans un sein que l' honneur fermoit à ces aveux ; Au frère d' un mari je révèle mes feux; A D' Orvigni. Vous le voyez ; mes pleurs obtiennent qu' il délivre A Comminge. Ce malheureux hélas! Que je forçois de vivre. Mon époux... il renaît... et je meurs chaque jour. Pourtant trop éclairé sur mon perfide amour, (????) À venger ses affronts sa fureur animée, Dans une sombre tour me tenoit renfermée ; Je reçus tous les coups de sa barbare main ; De Comminge... en un mot, j' ignorois le destin. Ce trop cruel époux... mais, quel nom je lui donne ! En ce moment encore... ô Dieu, mon dieu pardonne ! De ton juste courroux il étoit l' instrument ; Et loin d' ouvrir les yeux sur mon égarement, Loin qu' un remords heureux excitât mes alarmes, C' étoit à mon amant que je donnois mes larmes. D' Ermansai meurt. Comminge attire tous mes voeux... Le ciel me reservoit ce châtiment affreux, Je demande Comminge aux lieux de sa naissance ; À mes tristes regards tout cache sa présence ; D' une profonde nuit son sort s' enveloppoit. Ne pouvant posséder tout ce qui m' occupoit, J' attens quelque douceur de voir, d' aimer sa mère ; Elle vient près de moi. D' une tristesse chère Nous faisions nos plaisirs. Par la voix des douleurs Dieu quelquefois appelle, et vient s' ouvrir les coeurs ; Le mien le repoussoit. D' un trait profond blessée, Comminge revenoit toujours à ma pensée... Que la raison, l' honneur, de mon ame étoient loin ! Sa mère... je la quitte ; et n' ayant de témoin Qu' une femme au secret par l' intérêt liée, De ma mort la nouvelle est partout publiée. Je prens des vêtemens à mon sexe interdits, Je cherche mon amant sous ces nouveaux habits. D' un ami qui toujours lui demeura fidèle À mon esprit, le nom tout-à-coup se rappelle ; Le séjour qu' il habite est non loin de ces bords ; Mon amour y voloit avec tous ses transports. C' est ici que d' un dieu le bras se manifeste. J' étois près de ces lieux. Un sentiment céleste Me presse, me maîtrise, et me force d' entrer Dans votre temple, où Dieu paroissoit m' attirer. Parmi toutes ces voix qui chantent ses louanges, Qui s' élevent à lui sur les ailes des anges, Je distingue une voix... un son... accoutumé À pénétrer un coeur, toujours plus enflammé,... Par un songe imposteur je crois être trompée... J' approche... de quels traits je demeure frappée ! ... Je découvre... à travers les outrages du tems, Et de l' austérité les sillons pénitens... Je revois... cet objet... d' une immortelle flamme, Ce séducteur si cher... ce maître de mon ame... Je pousse un cri d' effroi... de surprise. . d' amour... Toutes les passions m' agitent tour à tour ; ... Aussitôt... connoissez jusqu' où l' homme s' égare, Lorsqu' un dieu courroucé des élus le sépare ; Je conçois le projet... d' enlever à ce dieu Une ame, qu' il sembloit échauffer de son feu... Foible mortelle ! Oser me croire son égale ! Oser être d' un dieu l' orgueilleuse rivale ! Je m' informe... j' apprens... Comminge... à vos autels Venoit d' être enchaîné par des noeuds éternels... Le jour même... où le ciel dans ce séjour m' amène... Comminge se relevant du sein de la douleur, et avec désespoir . Quels coups ! Euthime avec vivacité à Comminge . Rends plûtôt grace à la main souveraine. Mais laisse-moi t' ouvrir le chemin du remord, Et du moins puisses-tu profiter de ma mort ! Après tant de tourmens, de recherches, d' alarmes, Je retrouvois enfin cet objet de mes larmes Vivant, mais, ô mon Dieu, ne vivant plus pour moi, Chargé, non de mes fers, mais du joug de ta loi, Brûlant d' un autre feu, que cette flamme impie, Dont jusqu' à ce moment mon ame fut remplie ; À des yeux inquiets Comminge étoit rendu, Mais... pour un coeur épris l' amant étoit perdu, Et ce coeur, qu' ils perçoient, accuse les cieux mêmes Contr' eux il se répand en plaintes, en blasphêmes ; Rien ne m' étoit sacré... qu' un amour criminel Qui sembloit s' irriter sous le couroux du ciel. Ô vous, à qui mes cris alloient porter la guerre, Vous n' avez point sur moi lancé votre tonnerre ? Vous vouliez employer ce détestable amour, Pour retenir mes voeux dans ce divin séjour, Tant vos desseins profonds aux yeux humains se cachent ! Pour m' enchaîner ici que de liens m' attachent ! Vingt fois ces murs par moi furent abandonnés, Autant de fois mes pas y furent ramenés ; M' éloigner d' un asyle... ah ! C' étoit le ciel même Où respire, où demeure... où mourra ce que j' aime... Je ne le pus jamais... près de lui je vivrai : L' air qui vient l' animer, je le respirerai ; S' il faut que je renonce au plaisir de lui dire, Qu' il est l' unique objet qui me charme, m' inspire, Du moins... je l' entendrai... je le verrai toujours... J' exhalois dans mon sein ces coupables discours. L' amour... a décidé. Je viens à vous, mon père, Vous ne m' effrayez point par votre règle austère, Comminge la suivoit. Cette brûlante ardeur Prend à vos yeux les traits d' une sainte ferveur. Dieu seul, Dieu seul connoît la perfidie humaine, Enfin vous m' admettez à l' essai d' une chaîne... Je lui tends les deux mains, Comminge la portoit... Eh, mon père, quel coeur parmi vous habitoit ! Il faut que tout entier à vos regards il s' ouvre, Que de tous mes forfaits le tissu se découvre. Misérable ! ... on croyoit que c' étoit l' éternel Qui me tenoit sans cesse attachée à l' autel ; Un homme... y recevoit mon sacrilège hommage ! C' étoit d' un homme, ô Dieu, que j' encensois l' image ! C' étoit là ton rival ! C' étoit là ton vainqueur ! Que dis-je ? Il n' étoit point d' autre dieu pour mon coeur... Je vous vois tous frémir ; vous connoissez le crime ; Jugez donc des remords dont je suis la victime. Le Père Abbé. Ciel ! Que des passions les excès sont affreux ! Euthime. Compagne de ses pas, et dans les mêmes lieux ; Sûre que l' un et l' autre y finiroient leur vie, Qu' auprès de lui ma cendre y seroit recueillie, Pouvant à ses côtés et pleurer et gémir, Du bonheur de l' aimer pouvant enfin jouir, Sans retour, sans espoir : je me croiois heureuse. Qu' eût inspiré de plus une ardeur vertueuse ? Je me dissimulois qu' une sombre langueur Sur mes jours répandue, en desséchoit la fleur... Je mourois... pour Comminge. à ma fosse entraînée Je n' y déplorois point ma triste destinée ; Peu sensible à ma fin, je disois seulement : Là, je ne pourrai plus adorer mon amant ! C' est sur sa fosse hélas ! Que je portois mes larmes, C' est-là que s' attachoit mes mortelles alarmes. Ardente à partager ses pénibles travaux, Pour l' aider, j' oubliois ma langueur et mes maux. Encor même aujourd' hui, d' une main frémissante J' essayois d' entr' ouvrir cette fosse effrayante Où Comminge... mon coeur a trahi mon dessein, Et l' instrument funèbre est tombé de ma main... Vous serez étonnés qu' avec tant de foiblesse, Avec tous les transports de l' amoureuse ivresse Une femme ait dompté ce mouvement puissant, Qu' elle ait pu subjuguer le desir si pressant De se faire connoître au tyran de son ame ? Ce n' est point la vertu qui repoussoit ma flamme. C' étoit... c' étoit l' amour, la crainte de troubler Des jours qui m' ont paru dans la paix s' écouler ; Je pensois que ce dieu qu' aujourd' hui je révère, Attachoit mon amant, par un culte sincère, Que les pleurs de Comminge, et ses profonds ennuis De la religion étoient les heureux fruits... Combien de fois mes pas, ma voix, un coeur trop tendre Pénétré du plaisir de le voir... de l' entendre, Ont-ils été, grand dieu, tout prêts de me trahir... Mais... j' aimois trop Comminge... et je pouvois mourir. Nous touchons au moment où l' éternel lui-même Fait marcher devant moi sa sagesse suprême. Tantôt, ma passion... où le pouvoir d' un dieu Sur des pas trop chéris m' appelloit en ce lieu... Comminge... de ses pleurs arrosoit cette tombe, Il la quitte, soudain à sa place je tombe, Et dans mon sein mourant ces pleurs sont recueillis... Je ne pus résister à mes sens attendris, En vain l'amour m' arrête... à lui-même s' oppose, De ces vives douleurs je veux savoir la cause. J'entens... je vois Comminge... en ses mains un portrait... Je sais... tous ses tourmens... et que j'en suis l' objet... Mon ame... un cris m'échappe... et je fuis expirante. Comminge avec une profonde douleur. Et moi, je vis encor ! Euthime. Sous une main puissante Succombant tout-à-coup, j'ai vu mes attentats ; J'ai vu Dieu sur Comminge appésantir son bras, Punir ce malheureux... dont je suis la complice... Qu' ai-je dit ? J' ai tout fait, éternelle justice, Daigne lui pardonner... c' est moi qui dois souffrir... A Comminge. J' ai demandé que Dieu pour toi me fit mourir, Il exauce mes voeux... ma tendresse... plus pure D' expier... nos forfaits te presse... te conjure... Comminge... cher amant... quel mot m' est échappé ! ... J' irrite encor ce dieu, qui par moi t' a frappé... Ne pleure point ma fin... ne pleure que ma vie... Ah ! Plutôt que ton coeur... il le faut... qu' il m' oublie... Remplis toi de Dieu seul... à sa voix obéis... Et que ton repentir de ma mort soit le prix ! ... Me le promets-tu ? Fuis... laisse-moi... je dois craindre... Comminge se dégage des bras des religieux, et va tomber prosterné à côté d' Adélaïde, il va pleurer sur sa main qu' elle lui résentoît, et que tout-à-coup elle retire. Il n' est donc que la mort qui puisse, ô ciel, l' éteindre ! au père abbé. Mon père, contre moi j' implore votre appui ; Si j'offensai mon dieu... que j'expire pour lui. Dans un coeur déchiré n' est-il pas tems qu'il règne? A D' Orvigni. Je veux n'aimer... que lui. Que l' amitié me plaigne, D'Orvigni, vous voyez l' effet des passions, Le jour affreux qui naît de leurs illusions ! Aux religieux. Vous... que je n' oserois nommer encor mes frères. Pour Euthime unissez vos regrets, vos prières, Je n' eus point vos vertus... je sus les respecter. Au père abbé. Me seroit-il permis hélas ! De souhaiter En montrant Comminge. Qu' un jour l' humanité réunît notre cendre ? ... Quels voeux j' ose former ? ... en mon sein viens descendre... Au religieux qui porte le crucifix. Viens... effacer des traits... donnez... et que mes pleurs... Elle baise le crucifix avec transport. Au père abbé. Mon père... approchez-vous... Dieu... Comminge... je meurs. Comminge avec un cri et la fureur de la douleur et du désespoir, se jettant sur le corps d' Adélaïde . Elle expire ! On observe que la cloche cesse de sonner. D' Orvigni allant en pleurant vers Comminge qui est toujours dans la même situation . Comminge ! ... Le Père Abbé. ô malheureux Arsène... Aux religieux et en montrant Comminge. Loin d' un si triste objet que la pitié l' entraîne... Quelques religieux entourent Comminge pour L' arracher à sa situation. Le premier des devoirs de la religion, Est de céder aux soins de la compassion, De secourir le foible, et même le coupable... Des humaines erreurs exemple déplorable ! Dès le premier soupir par son coeur égaré... Grand dieu, qu' est-ce que l' homme aux passions livré ! Source: http://www.poesies.net