Poésies. Etienne Jodelle. (1532-1573) TABLE DES MATIERES A sa Muse. Ode De La Chasse Au Roy. Que ces monts de Fourviere. . . Sapphon la docte Grecque. . . Amour vomit sur moy. . . Comme un qui s'est perdu. . . De quel soleil, Diane. . . Des astres, des forêts. . . Dès que ce Dieu. . . Des trois sortes d'aimer. . . En quelle nuit. . . En tous maux que peut faire. . . Encor que toi, Diane. . . J'aime le verd laurier. . . Je m'étoy retiré. . . Je me trouve et me pers. . . Je meure si jamais. . . Je vivois mais je meurs. . . Mesme effect qu'ont les vents. . . Myrrhe bruloit jadis. . . Ô Toy qui as. . . Ô traistres vers. . . Ou soit que la clairté. . . Par quel sort, par quel art. . . Passant dernierement. . . Plutôt la mort. . . Quand ton nom je veux faire. . . Quel tourment, quelle ardeur. . . Quelque lieu, quelque amour. . . Si quelqu'un veut savoir. . . Vous, ô Dieux, qui à vous. . . A Sa Muse. Tu sçais, o vaine Muse, o Muse solitaire Maintenant avec moy, que ton chant qui n'a rien De vulgaire, ne plaist non plus qu'un chant vulgaire. Tu sçais que plus je suis prodigue de ton bien Pour enrichir des grans l'ingrate renommée Et plus je perds le tems, ton espoir et le mien. Tu sçais que seulement toute chose est aymée Qui fait d'un homme un singe, et que la vérité Souz les pieds de l'erreur gist ores assommée. Tu sçais que l'on ne sçait où gist la Volupté, Bien qu'on la cherche en tout: car la Raison sujete Au Desir, trouve l'heur en l'infelicité. Tu sçais que la Vertu, qui seulle nous rachete De la nuit, se retient elle mesme en sa nuit, Pour ne vivre qu'en soy, sourde, aveugle et muete. Tu sçais que tous les jours celui-la plus la fuit Qui montre mieus la suivre, et que nostre visage Se masque de ce bien à qui nostre cueur nuit. Tu sçais que le plus fol prend bien le nom de sage Aveuglé des flateurs, mais il semble au poisson, Qui engloutit l'amorse et la mort au rivage. Tu sçais que quelques uns se repaissent d'un son Qui les flate par tout, mais helas! Ils dementent La courte opinion, la gloire, et la chanson. Tu sçay que moy vivant les vivans ne te sentent, Car l'Equité se rend esclave de faveur: Et plus sont creus ceus la qui plus effrontés mentent. Tu sçais que le sçavoir n'a plus son vieil honneur, Et qu'on ne pense plus que l'heureuse nature Puisse rendre un jeune homme à tout oeuvre meilleur. Tu sçais que d'autant plus, me faisant mesme injure, Je m'aide des Vertus, affin de leur aider, Et plus je suis tiré dans leur prison obscure. Tu sçais que je ne puis si tost me commender, Tu connois ce bon cueur, quand pour la recompense Il me faut à tous coups le pardon demander. Tu sçais comment il faut gesner ma contenance Quand un peuple me juge et qu'en despit de moy J'abaisse mes sourcis souz ceux de l'ignorance. Tu sçais que quand un prince auroit bien dit de toy, Un plaisant s'en riroit ou qu'un piqueur stoïque Te voudroit par sotie attacher de sa loy. Tu sçais que tous les jours un labeur poetique Apporte à son autheur ces beaux noms seulement De farceur, de rimeur, de fol, de fantastique. Tu sçais que si je veux embrasser mesmement Les affaires, l'honneur, les guerres, les voyages, Mon merite tout seul me sert d'empeschement. Bref, tu sçais quelles sont les envieuses rages, Qui mesme au cueur des grands peuvent avoir vertu, Et qu'avecq' le mepris se naissent les outrages. Mais tu sçais bien aussi (pour neant aurois tu Debatu si long tems et dedans ma pensée De toute ambition le pouvoir combatu?), Tu sçais que la vertu n'est point récompensée, Sinon que de soy mesme, et que le vrai loyer De l'homme vertueux, c'est sa vertu passée. Pour elle seule doncq je me veux employer, Me deussé je noyer moy mesme dans mon fleuve, Et de mon propre feu le chef me foudroyer. Si doncq un changement au reste je n'épreuve, Il faut que le seul vray me soit mon but dernier, Et que mon bien total dedans moy seul se treuve: Jamais l'opinion ne sera mon colier. Ode De La Chasse Au Roy. En quoy me sen-ie ores pousser Dans ce bois, remerquant les places Où ie t’ay veu ces iours chasser (Sire) estant present à tes chasses? Sus quitton nostre Lyre, allon Quester, chasser, poursuiure, ô Muse, Suy moy, Deesse, et ne refuse D’imiter ton srère Apollon Qui bien souuent ayant sonné Des Dieux la gloire, et la nature, Et du grand Monde façonné Par eux la cause et la structure: Ou bien sonné les fiers Geans, Qui par son père à coups de foudre Furent en quartiers et en poudre Espars dans les champs Phlegreans: En sa main, dont si doctement De son archet sa Lyre il touche, Accompagnant son instrument Des diuins accords de sa bouche, Prend soudain l’arc d’argent, et va Chasser dans vn bois solitaire, Ou bien quelque monstre dessaire, Ainsi que Python tua. Comme ce celeste sonneur Ie sonnoy d’vn grand Dieu les gloires, Et de mon Roy l’heur et l’honneur, Attendant sonner les victoires Tant d’vn tel Dieu que d’vn tel Roy, Sur ceux qui leuent leur audace Contre eux: mais ie sens d’vne Chasse L’ardeur ores bouillir dans moy. Dés l’autre iour l’humeur m’en print, Sire, ensuiuant ton assemblee, Et depuis l’ardeur qui m’éprint Esl tousiours en moy redoublee, Non pas pour seulement quester Besles sauues, noires, ou autres, Qui repairent aux sorests nostres, Mais pour d’autres monstres domter. Sans ensuiure pourtant ce Dieu Chasseur, et Harpeur, et sans prendre Au lieu de ma Lyre vn épieu, I’aime mieux ma Lyre retendre, Et sur elle chanter si bien La chasse qu’ores ie proiette, Que mesme à l’oeil ie te la mette Pour le proffit et plaisir tien. Car en tout ce que i’ay vouloir (Sire) de rechercher ou saire, De dire, escrire, ouïr, et voir, La sin qui seule m’en peut plaire, C’est d’y pouuoir auecq’plaisir Prendre vn proffit d’esprit ensemble: Car quand ce double fruit s’assemble, C’est le but parsait d’vn desir. Aussi mesme en ce que ie veux Offrir aux grands, ie me propose De leur saire ensemble ces deux Cueillir en vne mesme chose: Le plaisir remuant les coeurs Leur attrait l’esprit, et l’oreille, Et l’autre leur deuoir éueille Aux conseils, aux faits, et aux moeurs. Si dans mes vers tu ne voulois Chercher que la fueille agreable Sans fruit, Vescorce sans le bois, Le bois sans le suc proffitable, I’aimerois mieux te voir tousiours Baller, courre, escrimer, t’esbatre A cent ieus, et saire combatre Dans ta court ton Once et tes Ours: Ou bien chasser, non pas ouïr La Chasse qu’ici ie t’ay faite, La Musique ouïr, non iouïr D’vne Musique plus parfaite, Par laquelle taschant chasser A cor et cri nostre manie, Ie veux la paisible harmonie saire à tes suiets embrasser. Ou bien i’aymeroy mieux te voir Amuser d’vne masquarade, Vuide de sens et de sçauoir, Te paissant de vaine brauade: Ou t’amuser par des bouffons De ce qui par eux Comedie Se nommeroit, ou Tragedie, Et des deux n’auroit que les noms. I’ay le premier de ces deux ci L’honneur en ta France fait naistre, Qui des Rois, qui du peuple aussi, Deux diuers miroirs souloyent estre: Si les premieres n’ont esté Parfaites pour mon trop ieune age, Je me suis en ce double ouurage Moymesme depuis surmonté. I’ay (pour n’esloigner mon propos) Maint grand labeur tasché parfaire, Pour ce bien du commun repos Distrait de nous, à nous retraire, Tant pour domter l’opinion, L’abus, et l’ardeur aueuglee, Qu’en la police dereiglee Chercher la reigle et l’vnion. Mais sur ma Lyre ie ne veux Maintenant chantant vne Chasse, Que dresser quelques petits voeus Sur le mal qu’il faut que lon chasse, Et dedans mes vers rapportant L’vne et l’autre poursuitte et queste, faire que ce chant que i’appreste T’aille doublement contentant. Car comme du plaisir i’ay dit, Si en cela que ie te donne Tu recherchois le seul proffit Et le maintien de ta couronne, Tu ferois mieux en ton royal Conseil, arresté du langage D’affaires, et du sainct visage Du graue et docte l’Hospital. La Ieunesse, la Royauté, Et des Princes la nourriture, font que toute seuerité Répugne fort à leur nature: Mais si faut-il qu’armes et loix, Honneur, vertu, sçauoir, prudence, fust-ce entre le fesiin, la dance, Et le ieu, s’apprennent des Rois. Vn Prince se peut destourner Tant de l’amour que de l’estude, De tout ce qui peut plus l’orner, Que son sceptre: soit par trop rude Coustume de l’assuiettir, Soit par face, ou façon, ou faute De pouuoir l’humeur brusque ou haute, En y consentant diuertir: Par faute de mésler le ieu Et les gais mots, par la doctrine Se faire plaire, et peu à peu Luy faire plaire la diuine Racine de tout heur et bien, Fascheuse quand on la propose: Mais qui ne sçait qu’en toute chose Qui bien ne gouste n’aime rien? Or sus donc (Sire) excite toy D’vne course de Cerf, chantee Briesuement, et mesme la croy Vraye, et non pas representee. Ie te voy ia (Sire) appresté: Car ayant ceste matinee A la volerie donnee, A cheual tu es remonté. Le buisson au matin s’est fait, Faisant beau, reuoir et cognoistre, Et qu’vn bon chien estoit au trait Dans la main d’vn veneur adextre, Qtd voyant, iugeant, defaisant, La nuict parlant, et faisant feste Au chien, qui vouloit de la beste, Et toujiours çà et là brisant: Conduit tant par l’assentement Du chien, que par sa propre veuë, Soit que par le pied seurement, Le temps, et la route il ait veuë, Qu’il ait les portees, ou bien Les foulees, les reposees, Ou autres choses aduisees, En son mestier n’oubliant rien: A destourné son Cerf, et fait Son rapport, sans que les fumees Apporté dans sa trompe il ait, Pource que se trouuans sormees En Aoust et Iuillet seulement, Par troches en Iuin, et encores Par platteaux en May, du tout ores Elles font hors de iugement. Ia départis font les Relais, Et pendant que moy d’ainsi dire, Toy d’ainsi m’ouïr tu te plais, Nous sommes ia paruenus (Sire), Au laisser-courre, il faut penser Dépiquer tant que tout tu voyes: Voila, le Veneur sur les voyes Tient son limier prest à lancer. Ce limier l’auoit mené droit Aux brisees, tant il est sage, Puis a tousiours suiui son droit: Tant peut la nature et l’vsage Les bestes mesme façonner. La meute des chiens ne demeure Gueres loin apres, pour à l’heure Bien decoupler et bien donner. Ce Cerf, pauure Cerf qui caché Dans l’épais du buisson se pense, Où ce matin l’a rembusché Ce mesme limier qui le lance, De sa vie en ses pieds dispos Se fie, tous ces bois resonnent D’vn long gare-gare, et se sonnent Par ce tien Veneur deux longs mots. Tout soudain que ce lancement A nos oreilles se vient rendre, On fait le prompt decouplement Par quatre ou cinq longs mots entendre Toute ame se peut asseruir A ses sens: mais l’oeil, et l’oreille, Contens ici, par nompareille Force nous peut poindre et rauir. Voy-le-ci (Sire) dans ce fort, Aller par ces portees mesme: Il rompt, il brise, il bruit, il sort, Et désia de vistesse extrême Se court, se presse à cri et cor, Suiui de la meute courante, Tout ensemble apres luy parlante, Attendu des relais encor. Tu vois ces prompts piqueurs brusler D’ardeur, et tantost par bruyeres, Tantost par fustayes voler, Par champs, par forts, et par clairieres: Des mots de leur trompe animans Ensemble les chiens et la beste, Et au plaisir de la conqueste Plus qu’à la proye s’enflammans. Ie ne m’estonne d’Orion, Ny d’Adonis, ny d’Hippolyte, Ny du miserable Acteon, Ny d’Atalante, ou de la fuite Que Diane souloit mener: Car ce plaisir dompteur des vices, Passe tous plaisirs et delices Qui ne nous font qu’effeminer. Tant que ceux-ci, qui nuict et iour Menans leur vie chasseresse, Fuyoyent le casanier seiour, Qui se couplant à la paresse Se fait l’engendreur de tous maux, Outre leur deduit et leur queste Auoyent l’heur de la vie honneste Pour grand loyer de leurs trauaux. On feint les plus forts Dieux chasseurs, Ainsi qu’Hercule, Se Phebus mesme: Car tousiours la grandeur des coeurs, La force et la Noblesse s’aime Aux chasses, qui peuuent dresser Beaucoup, et maint les sçait bien faire, Qui peut en guerre l’aduersaire, Et en paix les crimes chasser. Mais retourner au Cerf il faut, Qui d’vne longue randonnee Forlongeant, fait estre en defaut Toute nostre meute estonnee: Il faut que ces chiens ia branlans Tousiours en crainte se retiennent, Tant qu’eux-mesme aux voyes reuiennent, Apres leur Cerf tousiours allans. Il fait ses ruses maintenant Que luy a peu son age apprendre, Aux hardes des bestes donnant, Pour faire aux chiens le change prendre: Ou bien querir (peut-estre) il va D’autres Cerfs, que tousiours il chasse Deuant soy, par si long espace Qu’il face suiure vn de ceux là. Ou n’ayant qu’vn seul Cerf trouué Dedans sa reposee, à l’heure Il le chasse: et d’où s’est leué Cest autre, le nostre demeure: Ou tout au bout d’vn long suyant Bondist au fort, ou bien il vse Encores de mainte autre ruse Sur luy fuyant et refuyant. Si pas vn de tes chiens n’a sceu Defaire la malice sienne, Et que relancer ne l’ait peu, Il faut que le limier on prenne, Et qu’on commence à requester Depuis la brisee derniere, Où l’on a veu les chiens derriere Leur proye bransler et douter: Suiure les voyes, aduiser Fort bien sil demeure, ou sil passe Songer comme il a peu ruser, Tant que ses ruses on defface: Et qu’en parlant alors ainsi Qu’au laisser-courre on le relance. Or sus donques chacun sauance Pour y estre, et toy (Sire) aussi. De la trompe les mesmes mots Que i’ay dits parauant, se sonnent: De mesmes cris, mesmes propos Tous les lieux d’alentour resonnent: On le recourt, rebaudissant Les chiens, grande est la randonnee: Mais la beste en sin maumenee Perd son haleine en se lassant. Ce pauuret pressé de si pres Par la meute qui le mau-meine, Veut gaigner quelque eau tout expres, Pour fraischeur reprendre et haleine: Mais las! chetis il apprendra Tout au rebours que la vistesse Dedans l’eau nuisible se laisse, Et tost les abois il rendra. Quelques Cerfs se font par les eaux Porter, de peur que les chiens viennent Les assentir: dans les roseaux Quelques autres cachez se tiennent: Vn autre porter se fera Sur le dos de quelque autre beste, Mais de cestuy la mort est preste, Peu apres que sorti fera. Aux trousses ia les chiens ardans Le tiennent, il est ia par terre, Ils le tirassent de leurs dents, Iouïssans du sruit de leur guerre: Les larmes luy tombent des yeux: Et bien que pitié presqu’il face, Si faut-il que de telle chasse Sa mort soit le pris glorieux. La mort du Cerf se sonne, alors Les monts, les vaux, et les bois, rendent Les bruyans et hautains accors, Que les trompes dans l’air espandent. On coupe et leue vn des pieds droits, On abat l’orgueil de sa teste, Qui font (Sire) de ta conqueste Les enseignes et premiers droits. On se met (peut-estre) à parler Voyant ceste teste ramee De frayer, brunir, et perler, De bien sommee, et bien paumée, De bien roüee, et si elle a Marrein, andouilliers, et goutieres D’vn fort vieux Cerf, et cent manieres De dispute outre celles là: Si lon auoit premierement Bien iugé qu’il fut Cerf courable, S’il est Cerf dix cors ieunement, Ou fort vieux Cerf et fort chassable: Si le pied monstroit bien que c’est, Et tous signes qu’on a peu prendre, En ton retour tu peux entendre, Tout tel deuis qui aux grands plaist. Là souuent du particulier On tombe à parler de la chasse En commun, comme du Sanglier, Soit que lors du Vautray lon face, Ou d’autres façons le discours: Quand par grands leuriers que lon iaque, Au sortir du fort il s’attaque Du costé qu’on a fait l’accours. Ces animaux grondans, fumans A gueule ouuerte, armez d’horribles Deffenses, bauans, écumans, Et plus dangereux que terribles, Se peuuent à cheual tuer De l’espee: mais ie m’asseure Que l’espieu est l’arme plus seure, Soit pour atteindre ou pour ruer. On parle des loups que lon prend A la huee, ou d’autre forte, Du carnage par qui lon rend La gloute beste prise et morte: On parle des cheureuls, des daims, Et d’autres, soit pour courre, ou tendre, Ou pour épiant les surprendre D’vn plomb, ou bien d’vn trait attaints: Ainsi que l’Ours qui ne court sus Aux gens, tant que mal on luy face, Ains attend le coup de dessus Vn haut arbre. Or quand on le chasse De ses cauernes les grands trous On bousche, et bien qu’il grimpe, et ruë Des pierres, qu’il serre, et qu’il tuë, Cede en fin aux chiens et aux coups. Puis du caut Renard buissonnier, Qui tousiours entre les chiens vse De tours rusez, mais du leurier La dent finit en fin sa ruse: Ou de petits chiens lon se plaist, Comm’au Blereau luy faire guerre, On escoute, on houë la terre Droit sur l’accul quand il y est. Parler aussi du Lieure on peut Qu’à force on prend, ou d’vne forte Rare, quand le Leopard veut En quatre ou en cinq sauts l’emporte: Mesme on peut discourir combien A leuretter on se peut plaire, Quand en plaine rase on voit faire Au lieure et aux leuriers fort bien. Pour le quester on va marchant Par rang dedans telle campagne, Le Pelaud part: on va lachant Les leuriers, tes cheuaux d’Espagne, Et les vistes courtaus apres. Font poudroyer leur longue trace: Il se court, s’atteint, se bourrasse, Tant il a son ennemi pres. Point ne luy fait perdre le coeur L’atteinte d’atteinte suiuie, Ses pieds font oelez par la peur, Qui seuls peuuent sauuer sa vie: Il est mis en fin au noüet, Dont quelquefois mesme il eschappe Par bonds quelquefois il se happe, Et criant roidit le iarret. Des animaux plus estrangers On peut en bref toucher la chasse, Comme des bien ramez Rangers, Ou des Lyons qu’au feu lon chasse, Des Tygres qu’on trompe au miroir, Des Elephans qu’aussi lon trompe, Et dont ne peut la forte trompe Contre l’esprit humain valoir. Tels propos s’enflent estans pleins De mots propres à ce langage, Dont les Grecs, et dont les Romains N’eurent iamais si riche vsage: Là sonnent ces mots de limier, Chien-courant, dogue, chien-d’attaque, Epagneu, chien d’Artois, et braque, Barbet, turquet, allant, leurier. Là des chiens oublier ne faut La race, couleur, et maniere, Les noms, comme Miraut, Briffaut, Tirebois, Cleraude, et Legere: Et en leuriers, Iason, Volant, Cherami, Cigoigne, Cibelle: Et cent noms dont on les appelle, De toutes les sortes parlant. D’etabler, de rere, d’aller, De bontems, de fraye, gaignage, Du contre-pié, dusuraller, D’os, de pinces, du viandage: Bref, de tout autre iugement Qu’il faut que l’on face à toute heure, D’entree, sortie, demeure, Suitte, dressement, lancement: Des diuers langages qu’on doit Dire aux chiens, diuers mots de trompe, Et diuerses voix que lon oit, Du change, auquel il faut qu’on rompe Les chiens, ou de leur long defaut, De bien remeuter, de vistesse, De creance, voire sagesse, Qui sur tous aux chiens blancs ne faut: Du cours de Chasse, et des abois, Des testes, meulles, cheuilleure, De perches, couronnes, epois, Andouilliers, trocheure, et paumeure, Puis des traces, et du souillard, Des marches, laissees, fumees, Et tant d’autres accoustumees Façons de parler en tel art. On oit de toiles, de haler, De bloquer, crochetter, d’enceindre De harts, et de perches, parler, D’épieux, que diuers sang peut taindre Sans en vser: parler de pans, De maistres, de nappe, de mailles, Du fauue, du noir, de bichailles, De layes, marcassins, et fans: De broquars qui les dagues ont, Puis des bestes de compagnie, Ou qui au tiers ou quart an sont, Et tous les mots de Venerie: Ou d’autres chasses, soit pour voir, Pour quester, pour poursuiure, ou prendre Et que nul vers ne peut comprendre, Sont pris là pour vn grand sçauoir. Là quelqu’vn (peut-estre) ialoux De ces longs discours, et encore Piqué du plaisir que sur tous Il aime, il exerce et honore, Subtilement destournera Le propos hors de Venerie, Et haut et dru de Volerie, Mais en bref pourtant parlera. L’occasion se peut choisir Sur cela que lon t’a fait prendre Ce matin aux oiseaux plaisir, Auant que par course entreprendre De forcer ce Cerf, et premier D’Austrucher sera la parole, Soit qu’en saison propre se vole Le perdreau par vn Espreuier: Soit que d’autres oiseaux de poing On vole aussi pour champs, à l’heure Que ces perdreaux font ia plus loing Leurs vols, d’aile aussi roide, et seure Que pere et mere, ou quand ils sont Ia perdrix, qui vieilles deuiennent: Pour tel vol sur le poing se tiennent Les Autours, qui guerre leur font. Ou bien leurs Tiercelets qu’on croit Faire mieux, et que plus on aime, Mesme souuent dresser on voit L’oiseau de leurre à ce vol mesme: Vn Lanier dans l’air se soustient Sans fin, et roüant ne s’écarte Iusqu’à tant que son gibbier parte, Mesme vn faucon long temps s’y tient. Qui plus est, vn. Sacre, vn Gerfaut, Se dresse à ceste mesme proye, Qu’auparauant ietter ne faut Que partir leur proye on ne voye: Tous ces oiseaux ne bloquent pas Lors que les perdrix ils remettent: Mais tous, quand ils sont bons, les mettent Au pied, fondans soudain en bas. Soit oiseau de leurre, ou de poing, De petits chiens pour la remise, Sages et bons, lon a besoing, Que peu ardens, et à la prise Iamais aspres, lon doit choisir: Leur deuoir, auec l’aile bonne De l’oiseau, aux cuisines donne Du gibbier, et aux yeux plaisir. Ie te diroy bien comm’apres. Il suiura le volpour riuiere, Et quand de mares on est pres, Ou ruisseaux, en quelle maniere Les oiseaux alors decouuerts Se iettent à mont, là où vaine Est l’attente, son ne prend peine Que leurs gibbiers soyent bien couuerts: De quels cris on vse, et quels mots, De quel egard et patience, Pour faire tourner à propos D’vn oiseau la teste, où lon pense Qu’il ait mieux sur sa proye l’oeil, De crainte que lon ne foruuide, Comme on croise, comme lon vuide, Contentant et l’oeil et le vueil. Les Ridanes sont le gibbier, Les Varriens, et les Sarcelles, Sur tout le Canard, qu’vn Lanier, Ny qu’vn faucon à tire-d’oele Ne peut r’auoir, si quand il part Il ne l’arreste, et lors en terre Fondant roide comme vne pierre, Assomme sous soy le Canard. Ie te seroy encor’iouir Du plaisir que telle personne Pourra donner; faisant ouïr Le plaisir qu’aux grands seigneurs donne La haute Volerie, au lieu Ou ore pour Milan, et ore On vole pour Héron encore, Pour Chat-huan et Fauperdrieu. Si tost que le Milan se voit Vn haut cri la veuë accompagne, Le Duc que porté lon auoit Est ietté dessus la campagne, Pour faire le Milan baisser, Au ciel comme luy se trousser. Quelques autres Sacres à mont Sont iettez, et mainte venuë, Presque iusques dans le ciel vont Donner à leur proye cogneuë, Quand ceste meslee au ciel faite Se perd quasi de l’oeil, qu’on iette Apres tous autres le Gerfaut. L’vn braue et fort, depuis le bas Iusqu’au plus haut de pareille aile, Ne de façon ne monte pas Que les Sacres: mais en eschelle Roide et soudain se vient hausser Droit au Milan, que par la force D’vne seule venuë, il force Du haut de trois clochers baisser: Puis hausser, et faire on luy voit Des fuites, mais en toute place Nouuelle venuë il reçoit, Tant qu’en fin la cheute se face Souuent bien fort loing: Mais auant Que commencer, dés que la proye S’est veuë, tousiours on enuoye Quatre ou cinq piqueurs sous le vent. Du Milan la cuisse se rompt Aussi tost que la cheute est faite, Puis soudain la curee ils font, Et chacun y pique, et souhaite D’arriuer premier, pour auoir De ce Milan la queuë, pource Que c’est le prix de telle course, Qu’en son leurre on fait apres voir. Or combien le vol pour Milan A celuy pour Heron ressemble, Pour Fauperdrieu, ou Chat-huan: Et combien tout differe ensemble, Par ce mesme homme se diroit, Et I’en reciteroy la sorte: Mesme puis qu’au faire elle apporte Plaisir, le récit en plairoit. Ie diroy qu’vn Heron souuent Dans l’air, souuent se trouue en terre, D’où l’on le fait partir, auant Que dans l’air on luy face guerre: Et qu’on peut de Faucons s’aider Pour vne telle volerie, Ou de Sacres comme lon crie Pour de son bec faire garder. Ie diroy qu’en ce vol il faut Des leuriers, pour le Heron prendre, Et qu’à l’heure qu’il chet d’enhaut, Les oiseaux que lon a peu rendre Si sages, crainte aucune n’ont Des Chiens: et ces chiens qui se dressent Ainsi si bien, iamais ne blessent Ces oiseaux qui communs leur font. Ie diroy cela qu’estans pris Par leur bec, quelques Herons rendent, Puis la curee, et puis le pris Que les mieux faisans en attendent: Les bouts des ailes de l’oiseau Pour son leurre quelqu’vn remporte, Et au Seigneur la houpe on porte Pour en decorer son chappeau. Le Fauperdrieu, et l’autre aussi, Dont l’vn comme vn Milan s’arreste Bien peu en terre: l’autre ainsi Qu’vn Lieure par les champs se queste, Dans la terre où il se blottit, Et leurs vols ne different guere De l’vne et de l’autre maniere, Dont en bref par mes vers i’ay dit. Ie pourroy toucher nonobstant Les differences qui se treuuent: Puis d’ordre i’iroy recitant Tous les autres vols, qui se peuuent Par vn tel homme raconter, Comme du Geay, de la Corneille, De la Pie, qui fait merueille De craqueter et caqueter: Mais bien de l’Alloüette, estant Mesme au nombre du haut vol mise, Qui se perd de tout oeil, montant Droit dans les cieux, où elle est prise Par le gentil Emerillon: Bref, de tout vol depuis la Gruë, Qui quelquefois voler s’est veuë Iusqu’à ce petit oisillon. I’exprimeroy mesme les mots, Dont comm’vn autre en Venerie, Celuy farcira son propos Parlant de la fauconnerie. Comme de. . . . . . . . . Passager, oiseau d’vne nuë, Ou de plusieurs choses cogneuë Tant seulement à ceux de l’art. Comme curer, paistre, tenir, Auoir bonne gorge, et enduire, Emeutir, poiurer, deuenir Pantois, et d’autres qu’on peut dire Du traitement de tels oiseaux: Comme il se iardine, il s’essore, Pannage, main, et ferre, encore Les longues pannes et cerceaux. Perche, gand d’oiseau, chaperons, Longes, iets, veruelles, sonnettes, Et tant d’autres si propres noms Des choses ou d’actions faites: Et or’pour dire en general, Ie comprendroy toutes les choses Qui sont en tout tel sçauoir closes, Des Nobles sçauoir principal. Mais ie me sen ia trop lassé De ma longue course, égaree Hors du propos: l’ay trop laissé Mon Cerf sans en faire curee: La longueur du propos deduit, Le chemin de ton retour passe, Puis, peut-estre, quelque autre chasse T’amusera iusqu’à la nuict: Qui gardera qu’en ton retour Ta Maiesté tel discours oye: Il faut que ce reste de iour A mon premier dessein s’employe: Ie reuien, ce me semble, au lieu Où ce Cerf couché Lon despouille, Sur sa chasse, mort, et despoüille, Faisant maint et maint juste voeu. Je luy voy couper les. . (???) Les. . . . . . . (???) Auecques. . . . . . (???) Puis son cuir oster ils luy viennent, On fend son coeur pour vne croix, Ainsi comme lon dit, y prendre, On cherche en luy tes menus droits Qu’en ton crochet (Sire) on vient pendre, Entre lesquels les filets sont, Et le francboyau qu’on assemble A plusieurs desia mis ensemble: D’autres droits les veneurs y ont. Tout le sang dont ce corps est plein Se rassemble hors de la beste. On met par morceaux tout le pain, Cependant qu’il faut que la teste On separe, et qu’on leue auant La hampe, et puis que lon partisse Le reste, l’vne et l’autre cuisse Et les deux espaules leuant. Les costes, le petit simier, Que le cinq et quatre on appelle, La piece du simier dernier Qui la venaison monstre en elle: Le pain trempé au sang s’estend Sur le cuir, la curee on sonne, Qui auant qu’aux chiens on la donne, Tant qu’ils y soyent tous, se deffend. Tout cela qui nous rend ardans A le suiure, et qui pour la gloire Nous poind, et nous ard au dedans, Nous, trauaillant pour la victoire, Donne aux vainqueurs vne sierté, Tant soit de petit pris la prise, Vn triomphe, vne ioye éprise, Qui s’entremesle d’aspreté: De cela tous ces chiens se font Vn exemple assez conuenable, Qui plus aspres et plus siers sont: Et de mainte façon merquable Semblent recognoistre leur fait, Triomphans du pris de leur peine: Ceste mesme victoire ameine Les Veneurs à pareil effect: Qui plus resiouis, plus gaillards, Et brauans de leur peine prise, Sont plus ardans d’auoir leur parts, Que si grand’chose estoit conquise: Chacun n’oublie à se vanter De cela qu’il a sceu mieux faire, Tâchant pour son plus grand sallaire La gloire chez soy remporter. Or ie voy qu’en ce temps diuers Ta principale Chasse (Sire) Doit estre des Discords peruers, Renuerseurs de tout grand Empire, Pour en les pourchassant chasser La ruine qui nous menace, Comme ia telle heureuse chasse Dieu t’a fait si bien commencer. Ie sçay mesme qu’en émouuant Tant soit peu quelque eau croupissante, Sort grand’puanteur : et qu’vn vent D’vn peu de braise languissante Excite souuent grand’s ardeurs, Et pour tels dangers ie ne cuide Qu’encor’nostre France soit vuide De souffleurs et de remueurs. Ie suis seur que les grands sont pleins Souuent de grande haine et pique, Ne suiuant pas de ces Romains La doctrine et la gloire antique, Qui moins de triomphe auoient mis A vaincre les forts aduersaires, Qu’à vaincre les propres choleres, Nos plus familiers ennemis. I’ay grand’peur qu’vne Ambition Soit d’Ambition resuiuie: Ie sçay qu’en nostre nation Naturelle et propre est l’enuie, Et que tout cela qui en vn Nous doit estreindre d’auantage, CHRIST, le Païs, le parentage, Et d’vn Roy le lien commun: C’est cela qui seul au rebours Nourrist en nous la haine et noise, Par ce monstre Enuie, tousiours Maniant nostre humeur Françoise, Nous piquant plus contre la loy De tous ces liens qu’on separe, Que contre le Iuis, le Barbare, L’Incogneu, l’ennemi du Roy. Ce vice à nous particulier, Comme aux autres païs vn vice Est tousiours propre etf amilier, Nous fait (voulant faire seruice Au Roy) luy nuire: car ialoux Et piquez à qui estre, et faire Pourra le plus, par vn contraire Discord, nous perdans luy et nous. Outre encor, ie voy (car ie veux Presque toutes les causes rendre, Qui me font conceuoir ces voeus Sur ce Cerf que tu viens de prendre) Que mainte persuasion Qu’en tout on croit et saincte et bonne, Soit par zele ou ruse, se donne Pour l’vne et l’autre faction. Qui (peut-estre) trouuant desia En nous la rencontre opportune, Qui est l’ambition qu’on a, Compagne de ceste rancune: Nous eguisant, nous defermant L’esprit et l’oeil, au soustien d’elle Et toutes choses, fors icelle, Va nos sens et nos yeux charmant. C’est ce qui fait que nous trouuons Du tout bon ce qui est des nostres, Que nous hayons et dédaignons, Fut-il bon, ce qui est des autres: Puis les vns se voulant hausser, Peut-estre, sur les proches Princes, Et tant du Roy que des prouinces Toutes les charges embrasser: Les autres se voulant sentir Du mespris qu’on fait à leur race Pour les premiers aneantir Affrontent l’audace à l’audace: Et Christ (qui n’en peut mais) est pris Pour bon droit, ou pour couleur belle: Nos brouilleurs sont de la querelle, Par icelle épians leur pris. Mesme ainsi que maint enflammeur, Aspre et plein de pedanterie, Retenant de sa vieille humeur D’eschole ou bien de moynerie: Ou d’autre costé maint criart, Qui dedans sa chaire extermine Et brusle vn chacun, et mutine Le peuple, par zele ou par art: Ou tasche à faire des discords Des grands, leur proffit, et leur gloire, Et du sang des grands hommes morts, Couronner en fin leur victoire. Plusieurs seigneurs (peut-estre) aussi Ont tasché par telle dispute, De frapper le blanc de la butte, Où ils tiroyent deuant ceci. Les aucuns pour hausser leur rang, Les autres pour chercher vengeance: Les vns pour s’assouuir de sang, Dont mesme l’enorme abondance Assez encor ne les repaist: Ceux-ci ont la mutinerie De nature, et la pillerie Plus que Dieu mesme à ceux-là plaist. Quant à maint autre, ou à credit, Ou par quelque pique legere, Ou par des grands n’estre point dit Auoir vne ame casaniere: Ou par vn deuoir, dont il sent Sa vie à vn seigneur estreinte: Ou par la force, ou la contrainte Des crimes qu’il void ou entend: Ou pour la deffence du bien Que sa maison tient en l’Eglise: L’Auarice trouue moyen De se couurir sous la feintise: Ou par vn éguillonnement De femmes, d’amis, de lignage, Ou bien pour quelque autre auantage, Ruse, égard, ou transportement, A sans rien poiser espousé Soudain l’vne ou l’autre querelle: Et quant à ceux qui ont vsé En cela d’vn bon et vray zele, Le nombre est grand, mais ie ne sçay Si des autres le nombre ils passent: Et quoy qu’ils prétendent ou facent. En estime ie ne les ay. Car quant aux vns ils sçauent bien Que CHRIST est vn Roy pacisique, Dieu de paix, et seul entretien D’vnité dans son corps mystique: Que CHRIST veut puis qu’il n’est permis (Disent-ils) gloser l’Escriture, Que nous aimions ceux qui iniure Nous font, et nous font ennemis: Qu’à celuy qui va souffletant L’vne des iouës, l’autre on baille: Que quand on nous va tourmentant D’vne ville en l’autre on s’en aille: Que les saincts anciens n’ont pas Deffendu leur cause par armes, Mais leur ieusne, priere et larmes, Et leur mort estoyent leurs combats. Que ceux-ci mesmes, . . . (???) Nagueres ceux, qui d’vn courage Trop charnel en auant mettoyent, Qu’il falloit repousser l’outrage, Disans, que bien qu’en l’ancien Testament guerre et resistence Fut permise, telle licence N’est point du Testament Chrestien: Mais que Christ par afflictions, Par tourmens, croix, et vitupere, Veut qu’en l’ensuiuant nous entrion Au royaume de Dieu son pere: Du sang des saincts l’effusion, Et semence continuelle De l’Eglise, et la merque d’elle, N’est que sa persecution. Tant que par leur dire voulans Faire cesser par force et armes, Les maux, les assauts violens, Persecutions, et alarmes En leur Eglise, ils font cesser La merque qui la fait cognoistre: Et ce nom en eux ne peut estre Qu’à eux seuls ils vouloyent laisser. Que ces monts de Fourviere. . . Que ces monts de Fourviere et de la Citadelle Me représentent bien un lieu trop éminent Ou sans yeux, sans esprit, sans aucun jugement Je suis enflammé d'une ardeur immortelle. Mon indiscrétion aux François naturelle M'avanture en ce lieu où je puis seulement Espérer un desdain , un mescontentement Trop indigne loyer d'une amitié fidelle. Faute de jugement, faute d'expérience M'ont fait voir de trop pres un soleil de la France Que veux-je moins de veüe, ou bien plus de pouvoir Non je ne deulx point d'avoir eu tant de veüe: Je me plains que ma foy soit si mal reconnüe Et qu'un respect arreste un si ferme vouloir. Sapphon la docte Grecque. . . Sapphon la docte Grecque, à qui Phaon vint plaire Chantant ses feus, de Muse acquesta le surnom: Corinne vraye ou faulse aux vers a pris renom, Dont le Romain Ovide a voulu la pourtraire. Petrarque Italien, pour un Phebus se faire, De l'immortel laurier alla choisir le nom: Nostre Ronsard François ne tasche aussi sinon Par l'amour de Cassandre un Phebus contrefaire. Si tu daignes m'aimer, Delie, si tu veux Chanter ta flamme ainsi que docte tu le peux: Si je chante, Delie, un prix nous pourrons prendre, En hautesse d'amour, en ardeur, et en art, Sur Sapphon, sur Ovide, et Petrarque, et Ronsard, Sur Phaon, et Corinne, et sur Laure, et Cassandre. Amour vomit sur moy. . . Amour vomit sur moy sa fureur et sa rage, Ayant un jour du front son bandeau délié, Voyant que ne m'estois sous luy humilié, Et que ne luy avois encores fait hommage: Il me saisit au corps, et en cest avantage M'a les pieds et les mains garroté et lié: De l'or de vos cheveux plus qu'or fin delié, Il s'est voulu servir pour faire son cordage. Puis donc que vos cheveux ont esté mon lien, Madame, faites moy, je vous pry, tant de bien, Si ne voulez souffrir que maintenant je meure, Que j'aye pour faveur un brassellet de vous, Qui puisse tesmoigner d'oresnavant à tous, Qu'a perpetuité vostre esclave demeure. Combien de fois mes vers. . . Combien de fois mes vers ont-ils doré Ces cheveux noirs dignes d'une Meduse? Combien de fois ce teint noir qui m'amuse, Ay-je de lis et roses coloré? Combien ce front de rides labouré Ay-je applani? et quel a fait ma Muse Ce gros sourcil, où folle elle s'abuse, Ayant sur luy l'arc d'amour figuré? Quel ay-je fait son oeil se renfonçant? Quel ay-je fait son grand nez rougissant? Quelle sa bouche, et ses noires dents quelles? Quel ay-je fait le reste de ce corps? Qui, me sentant endurer mille morts, Vivoit heureux de mes peines mortelles. Comme un qui s'est perdu. . . Comme un qui s'est perdu dans la forest profonde Loing de chemin, d'orée et d'adresse, et de gens: Comme un qui en la mer grosse d'horribles vens, Se voit presque engloutir des grans vagues de l'onde: Comme un qui erre aux champs, lors que la nuict au monde Ravit toute clarté, j'avois perdu long temps Voye, route, et lumiere, et presque avec le sens, Perdu long temps l'object, où plus mon heur se fonde. Mais quand on voit, ayans ces maux fini leur tour, Aux bois, en mer, aux champs, le bout, le port, le jour, Ce bien present plus grand que son mal on vient croire. Moy donc qui ay tout tel en vostre absence esté, J'oublie, en revoyant vostre heureuse clarté, Forest, tourmente, et nuict, longue, orageuse, et noire. De quel soleil, Diane. . . De quel soleil, Diane, empruntes-tu tes traits, La flamme, la clarté de ta face divine? Le haut Amour, grand feu du monde où il domine, Luit sur toi, puis sur nous luire ainsi tu te fais. Pour toi les beaux pensers, les paroles, les faits Il crée en nous par toi, ni jamais trop voisine Ne voile son beau feu, qui sans fin enlumine Nos coeurs, faisant passer par tes yeux ses beaux rais. Sans cesse il te fait donc autour de lui tourner, Pour oblique te luire, et t'armer et t'orner, Changeant ses rais en traits, pour meurtrir ce qui t'aime: Tu fais prendre sans prendre en toi son âpre ardeur Avec l'ardeur aussi j'en prends l'âpre froideur, Car l'une vient de lui, l'autre vient de toi-même. Des astres, des forêts. . . Des astres, des forêts, et d'Achéron l'honneur, Diane au monde haut, moyen et bas préside, Et ses chevaux, ses chiens, ses Euménides guide, Pour éclairer, chasser, donner mort et horreur. Tel est le lustre grand, la chasse et la frayeur Qu'on sent sous ta beauté claire, prompte, homicide, Que le haut Jupiter, Phébus, et Pluton cuide Son foudre moins pouvoir, son arc, et sa terreur. Ta beauté par ses rais, par son rets, par la crainte, Rend l'âme éprise, prise, et au martyre étreinte: Luis-moi, prends-moi, tiens-moi, mais hélas, ne me perds Des flambeaux forts et griefs, feux, filets et encombres, Lune, Diane, Hécate, aux cieux, terre et enfers Ornant, quêtant, gênant nos dieux, nous, et nos ombres. Dès que ce Dieu. . . Dès que ce Dieu soubs qui la lourde masse, De ce grand Tout brouillé s'écartela, Les cieux plus hauts clairement étoila, Et d'animaulx remplit la terre basse: Et dès que l'homme au portrait de sa face Heureusement sur la terre il moula, Duquel l'esprit presqu'au sien égala, Heurant ainsi sa prochaine race: Helas! ce Dieu, helas! ce Dieu vit bien Qu'il deviendrait cet homme terrien, Qui plus en plus son intellect surhausse. Donc tout soudain la Femme va bastir, Pour asservir l'homme et aneantir Au faux cuider d'une volupté faulse. Des trois sortes d'aimer. . . Des trois sortes d'aimer la première exprimée En ceci c'est l'instinct, qui peut le plus mouvoir L'homme envers l'homme, alors que d'un hautain devoir La propre vie est moins qu'une autre vie aimée. L'autre moindre, et plus fort toutefois enflammée, C'est l'amour que peut plus l'homme à la femme avoir. La tierce c'est la nôtre, ayant d'un tel pouvoir De la femme la foi vers la femme animée. Que des deux hommes donc taillés ici, les noeuds Tant forts cèdent à nous! Que sur tes ardents feux, Ô amour, cet amour entier soit encor maître. L'autel même de mort ferait foi de ceci, Que l'autel de Foi montre. A jamais donc ainsi Diane en Anne, et Anne en Diane puisse être. En quelle nuit. . . En quelle nuit, de ma lance d'ivoire, Au mousse bout d'un corail rougissant, Pourrai-je ouvrir ce boutin languissant, En la saison de sa plus grande gloire? Quand verserai-je, au bout de ma victoire, Dedans sa fleur le cristal blanchissant, Donnant couleur à son teint pâlissant, Sous le plaisir d'une longue mémoire? Puisse elle tôt à bonne heure venir, Pour m'engraver un joyeux souvenir, Tardant si peu de son cours ordinaire Qu'elle voudra l'ombre noir qui la suit, Car de la nuit le clair Jour je puis faire, Et du clair Jour l'ombreuse noire nuit. En tous maux que peut faire. . . En tous maux que peut faire un amoureux orage Pleuvoir dessus ma tête, il me plaît d'assurer Et séréner mon front, et sans deuil mesurer De l'âme l'allégresse à celle du visage. Ta fille tendrelette admirable en cet âge Où elle tette encor, vient tes coups endurer Sur ses petites mains, sans crier, sans pleurer, Sans frayeur, sans aigrir visage ni courage. Pour te baiser son col allonger tu lui vois A chaque coup de bust qu'elle sent sur ses doigts, Quand mauvaise tu fais un jeu de lui mal faire. De geste tout pareil, quand tu viendras user De rudesse envers moi, je veux tes mains baiser, Si un baiser meilleur au moins ne te vient plaire. Encor que toi, Diane. . . Encor que toi, Diane, à Diane tu sois Pareille en traits, en grâce, en majesté céleste, En coeur, et haut, et chaste, et presqu'en tout le reste Fors qu'en l'austérité des virginales lois, La riche et rare fleur, qu'en tout ton corps tu vois, Ton enbonpoint, ta grâce, et ta vigueur atteste, Que puis qu'un autre hymen a dénoué ton ceste Virginal, en veuvage envieillir tu ne dois. Que donc l'an nouveau t'offre un époux qui contente De tes valeurs la France, et d'amours ton attente: D'un tel voeu je t'étrenne, et si ton nom si bien Ne te convient alors, toi qui n'es pas moins belle Que Vénus, prends son nom, et le mêlant au tien Fais que Dione ensemble et Diane on t'appelle. J'aime le verd laurier. . . J'aime le verd laurier, dont l'hyver ny la glace N'effacent la verdeur en tout victorieuse, Monstrant l'eternité à jamais bien heureuse Que le temps, ny la mort ne change ny efface. J'aime du hous aussi la toujours verte face, Les poignans eguillons de sa fueille espineuse: J'aime la lierre aussi, et sa branche amoureuse Qui le chesne ou le mur estroitement embrasse. J'aime bien tous ces trois, qui toujours verds ressemblent Aux pensers immorteles, qui dedans moy s'assemblent, De toy que nuict et jour idolatre, j'adore: Mais ma playe, et poincture, et le Noeu qui me serre, Est plus verte, et poignante, et plus estroit encore Que n'est le verd laurier, ny le hous, ny le lierre. Je m'étoy retiré. . . Je m'étoy retiré du peuple, et solitaire Je tachoy tous les jours de jouir sainctement Des celestes vertus, que jadis justement Jupiter retira des yeux du populaire. Ja les unes venoyent devers moy se retraire, Les autres j'appelloy de moment en moment Quand l'amour traistre helas! (las trop fatalement) Ce fut, ô ma Pandore, en mall'heure me plaire: Je vy, je vins, je prins, mais m'assurant ton vaisseau, Tu vins lacher sur moy un esquadron nouveau De vices monstrueux, qui mes vertus m'emblerent. Ha! si les Dieux ont fait pour mesme cruauté Deux Pandores, au moins que n'as-tu la beauté, Puis que de tout leur beau la premiere ils comblerent! Je me trouve et me pers. . . Je me trouve et me pers, je m'asseure et m'effroye En ma mort je revis je vois sans penser voir, Car tu as d'éclairer et d'obscurcir pouvoir, Mais tout orage noir de rouge eclair flamboye. Mon front qui cache et monstre avec tristesse, joye, Le silence parlant, l'ignorance au sçavoir, Tesmoignent mon hautain et mon humble devoir, Tel est tout coeur, qu'espoir et désespoir guerroye. Fier en ma honte et plein de frisson chaleureux, Blasmant, louant, fuyant, cherchant l'art amoureux, Demi-brut, demi-dieu, je fuis devant ta face, Quand d'un oeil favorable et rigoureux, je croy, Au retour tu me vois, moy las! qui ne suis moy: Ô clair-voyant aveugle, ô Amour, flamme et glace! Je meure si jamais. . . Je meure si jamais j'adore plus tes yeux, Cruelle dédaigneuse, et superbe Maistresse, Si jamais plus, menteur, je fais une Déesse D'un subject ennemy de ce qui l'ayme mieux. C'est moy qui t'ay logée au plus haut lieu des Cieux, Déguisant ton Esté d'une fleur de jeunesse: C'est moy qui t'ay doré l'Ebene de ta tresse, Faisant de ton seul oeil un Soleil précieux. Je t'ay donné ces lyz, ces oeillets, et ces roses, Je t'ay dans un tain brun, ces belles fleurs encloses Qui ne furent jamais sous un visage humain. J'ay par mes vers acreu ton Esprit et ta grace Mais c'est pour le loyer d'une telle disgrace, Qu'il faloit espérer d'un coeur tant inhumain. Je vivois mais je meurs. . . Je vivois mais je meurs, et mon coeur gouverneur De ces membres, se loge autre part: je te prie Si tu veux que j'acheve en ce monde ma vie, Rend le moy, ou me rens au lieu de luy ton coeur. Ainsi tu me rendras à moy-mesme, et tel heur Te rendra mesme à toy: ainsi l'amour qui lie Le seul amant, liera et l'amant et l'amie: Autrement ta rigueur feroit double malheur. Car tu perdras tous deux, moy premier qui trop t'aime, Et toy qui n'aimant rien voudras haïr toy mesme: Mais, las! si l'on reproche à l'un et l'autre un jour Et l'une et l'autre faute: à moy qui trop t'estime, A toy qui trop me hais, plus grand sera ton crime, D'autant plus que la haine est pire que l'amour. Mesme effect qu'ont les vents. . . Mesme effect qu'ont les vents enclos dessous la terre Qui d'un coup ennemy causent le tremblement Dont on voit renverser jusques au fondement Tant de belles citez, vray presage de guerre: Ou qu'ont dessous l'effroy d'un horrible tonnerre Le Feu, la Terre, l'Eau, et ce vague element Qui nous guide icy bas le vif ébranlement De tant d'eclas vangeurs que le ciel nous desserre Tel debat s'est trouvé sous la troupe meslée De ces pensers errans dans mon ame esbranlée, Du plus cruel assaut d'un mespris inhumain: Je diffère d'un point, mais c'est bien à ma perte (Infortuné) de voir que mon ame déserte Vive encor si long temps apres un tel desdain. Myrrhe bruloit jadis. . . Myrrhe bruloit jadis d'une flamme enragée, Osant souiller au lict la place maternelle Scylle jadis tondant la teste paternelle, Avoit bien l'amour vraye en trahison changée. Arachne ayant des Arts la Deesse outragée, Enfloit bien son gros fiel d'une fierté rebelle: Gorgon s'horrible bien quand sa teste tant belle Se vit de noirs serpens en lieu de poil chargée: Medée employa trop ses charmes, et ses herbes, Quand brulant Creon, Creuse, et leurs palais superbes Vengea sur eux la foy par Jason mal gardée Mais tu es cent fois plus, sur ton point de vieillesse Pute, traîtresse, fiere, horrible, et charmeresse Que Myrrhe, Scylle, Arachne, et Meduse, et Medée. Ô Toy qui as. . . Ô Toy qui as et pour mere et pour pere, De Jupiter le sainct chef, et qui fais Quand il te plaist, et la guerre et la paix, Si je suis tien, si seul je te revere, Et si pour toy je depite la mere Du faux Amour, qui de feux, et de traits De paix, de guerre, et rigueurs, et attraits Tachoit plonger ton Poëte en misere, Viens, viens ici, si venger tu me veux. De ta gorgone épreins moy les cheveux, De tes dragons l'orde panse pressure: Enyvre moy du fleuve neuf fois tors, Fay-moy vomir contre une, telle ordure, Qui plus en cache et en l'ame et au corps. Ô traistres vers. . . Ô traistres vers, trop traistres contre moy, Qui souffle en vous une immortelle vie, Vous m'apastez et croissez mon envie, Me déguisant tout ce que j'apperçoy. Je ne voy rien dedans elle pourquoy A l'aimer tant ma rage me convie: Mais nonobstant ma pauvre ame asservie Ne me la feint telle que je la voy. C'est donc par vous, c'est par vous traistres carmes, Qui me liez moy mesme dans mes charmes, Vous son seul fard, vous son seul ornement, Ja si long temps faisant d'un Diable un Ange, Vous m'ouvrez l'oeil en l'injuste louange, Et m'aveuglez en l'injuste tourment. Ou soit que la clairté. . . Ou soit que la clairté du soleil radieux Reluise dessus nous, ou soit que la nuict sombre Luy efface son jour, et de son obscur ombre Renoircisse le rond de la voulte des cieux: Ou soit que le dormir s'escoule dans mes yeux, Soit que de mes malheurs je recherche le nombre, Je ne puis eviter à ce mortel encombre, Ny arrester le cours de mon mal ennuyeux. D'un malheureux destin la fortune cruelle Sans cesse me poursuit,et tousjours me martelle: Ainsi journellement renaissent tous mes maux. Mais si ces passions qui m'ont l'ame asservie, Ne soulagent un peu ma miserable vie, Vienne, vienne la mort pour finir mes travaux. Par quel sort, par quel art. . . Par quel sort, par quel art, pourrois-je à ton coeur rendre Au moins s'il peut vers moy s'engourdir de froideur, Ceste vive, gentille, et vertueuse ardeur Qui vint pour moy soudain, de soy-mesme s'éprendre. Et quoy? la pourrois tu comme au paravant prendre Pour fatale rencontre, et parlant en rondeur D'esprit, comme je croy, la juger pour grand heur, Qui plus à ton esprit contentement engendre. Tel que je m'en sentois, indigne je m'en sens, Mais de ta foy ma foy s'accroist avec le tems. Quel moyen donc? si c'est par grandeurs, je le quitte: Si par armes et gloire, au haut coeur nos malheurs S'opposent: si par vers, tu as des vers meilleurs: Ton hault jugement peut sauver seul mon merite. Passant dernierement. . . Passant dernièrement des Alpes au travers (J'entens ces Alpes haults, dont les roches cornues Paroissent en hauteur outrepasser les nues) Lors qu'ils estoient encor' de neige tous couvers, J'apperçeus deux effects estrangement divers, Et choses que je croy jamais n'estre avenues Ailleurs: car par le feu les neiges sont fondues, Le chaud chasse le froit par tout cet univers. Autre preuve j'en fis que je n'eusse peu croire, La neige dans le feu son element contraire, Et moy dedans le froit de la neige brusler, Sans que la neige en fust nullement consommee: Puis tout en un instant cette flamme allumée M'environnoit de feu et me faisoit geler. Plutôt la mort. . . Plutôt la mort me vienne dévorer, Et engloutir dans l'abîme profonde Du gouffre obscur de l'oblivieuse onde, Qu'autre que toi, l'on me voit adorer. Mon bracelet, je te veux honorer Comme mon plus précieux en ce monde: Aussi viens-tu d'une perruque blonde, Qui pourrait l'or le plus beau redorer. Mon bracelet, mon cher mignon, je t'aime Plus que mes yeux, que mon coeur, ni moi-même, Et me seras à jamais aussi cher Que de mes yeux m'est chère la prunelle; Si que le temps ni autre amour nouvelle Ne te feront de mon bras delâcher. Quand ton nom je veux faire. . . Quand ton nom je veux faire aux effets rencontrer De la soeur de Phébus, qui chaste, et chasseresse Est tant au ciel qu'en terre, et aux enfers Déesse, Elle fort dissemblable à toi se vient montrer. Diane les chiens mène, et aux pans fait entrer Ses cerfs: tu peux mener les grands héros en laisse, Ains les prendre en tes rets; son arc le seul corps blesse, Tes traits peuvent au fond des âmes pénétrer. De son frère elle emprunte en son ciel la lumière: Dedans tes yeux flambants et rayonneux son frère Prendrait ce qui croîtrait sa lumière et ses feux. Aux enfers elle n'a que sur les morts puissance: Sur nous, ains sur les Dieux, par rigueur et clémence Faire en la terre un ciel, ou un enfer tu peux. Quel tourment, quelle ardeur. . . Quel tourment, quelle ardeur, quelle horreur, quel orage Afflige, brûle, étonne et saccage mes sens? Ah! c'est pour ne pouvoir en l'ardeur que je sens Adorer ma déesse. Est-il plus grande rage? Servir, parler et voir, dévot lui rendre hommage, Se brûler au brasier de ces flambeaux luisants, Pourrait anéantir tous mes travaux présents, Mais las! je suis privé d'un si grand avantage. Quelque astre, infortuné, qui me fasse la guerre, Quelque sort ennemi qui au ciel et en terre Contre tous ces malheurs plus ardente sera, Comme on voit un grand roc qui sourcilleux méprise Le heurt des flots chenus, ainsi ma flamme éprise S'oppose à mes desseins, mon amour durera. Quelque lieu, quelque amour. . . Quelque lieu, quelque amour, quelque loi qui t'absente, Et ta déité tâche ôter de devant moi, Quelque oubli qui, contraint de lieu, d'amour, de loi, Fasse qu'en tout absent de ton coeur je me sente, Tu m'es, tu me seras sans fin pourtant présente Par le nom, par l'effet fatal qui est en toi, Par tout tu es Diane, en tout rien je ne vois, Qui mon oeil, qui mon coeur de ta présence exempte. En la terre, et non pas seulement aux forêts, De moi vivant l'objet continuel tu es, Étant Diane; et puis, si le ciel me rappelle, Ô Lune, ton bel oeil mon heur malheurera. Si je tombe aux enfers, mon seul tourment sera De souffrir sans fin l'oeil d'une Hécate tant belle. Si quelqu'un veut savoir. . . Si quelqu'un veut savoir qui me lie et enflamme, Qui esclave a rendu ma franche liberté, Et qui m'a asservi, c'est l'exquise beauté, D'une que jour et nuit j'invoque et je réclame. C'est Le feu, c'est Le noeud, qui lie ainsi mon âme, Qui embrase mon coeur, et le tient garotté D'un lien si serré de ferme loyauté, Qu'il ne sauroit aimer ni servir autre Dame. Voilà le Feu, le Noeud, qui me brûle, et étreint: Voilà ce qui si fort à aimer me contraint Celle à qui j'ai voué amitié éternelle, Telle que ni le temps ni la mort ne sauroit Consommer ni dissoudre un lien si étroit De la sainte union de mon amour fidèle. Vous, ô Dieux. . . Vous, ô Dieux, qui à vous presque égalé m'avez, Et qu'on feint comme moy serfs de la Cyprienne: Et vous doctes amans, qui d'ardeur Delienne Vivans par mille morts vos ardeurs écrivez: Vous esprits que la mort n'a point d'amour privez, Et qui encor au frais de nombre Elysienne Rechantans par vos vers vostre flamme ancienne, De vos Palles moitiez les ombres resuivez: Si quelquesfois ces vers jusques au ciel arrivent, Si pour jamais ces vers en nostre monde vivent, Et que jusqu'aux enfers descende ma fureur, Apprehendez combien ma haine est equitable, Faites que de ma faute ennemie execrable. Source: http://www.poesies.net