Ode De La Chasse. Etienne Jodelle. (1532-1573) Au Roy. En quoy me sen-ie ores pousser Dans ce bois, remerquant les places Où ie t’ay veu ces iours chasser (Sire) estant present à tes chasses? Sus quitton nostre Lyre, allon Quester, chasser, poursuiure, ô Muse, Suy moy, Deesse, et ne refuse D’imiter ton frère Apollon (????) Qui bien souuent ayant sonné Des Dieux la gloire, et la nature, Et du grand Monde façonné Par eux la cause et la structure: Ou bien sonné les fiers Geans, Qui par son père à coups de foudre Furent en quartiers et en poudre Espars dans les champs Phlegreans: En sa main, dont si doctement De son archet sa Lyre il touche, Accompagnant son instrument Des diuins accords de sa bouche, Prend soudain l’arc d’argent, et va Chasser dans un bois solitaire, Ou bien quelque monstre dessaire, Ainsi que Python tua. Comme ce celeste sonneur Ie sonnoy d’un grand Dieu les gloires, Et de mon Roy l’heur et l’honneur, Attendant sonner les victoires Tant d’un tel Dieu que d’un tel Roy, Sur ceux qui leuent leur audace Contre eux: mais ie sens d’une Chasse L’ardeur ores bouillir dans moy. Dés l’autre iour l’humeur m’en print, Sire, ensuiuant ton assemblee, Et depuis l’ardeur qui m’éprint Esl tousiours en moy redoublee, Non pas pour seulement quester Besles sauues, noires, ou autres, Qui repairent aux sorests nostres, Mais pour d’autres monstres domter. Sans ensuiure pourtant ce Dieu Chasseur, et Harpeur, et sans prendre Au lieu de ma Lyre un épieu, I’aime mieux ma Lyre retendre, Et sur elle chanter si bien La chasse qu’ores ie proiette, Que mesme à l’oeil ie te la mette Pour le proffit et plaisir tien. Car en tout ce que i’ay vouloir (Sire) de rechercher ou saire, De dire, escrire, ouïr, et voir, La sin qui seule m’en peut plaire, C’est d’y pouuoir auecq’plaisir Prendre un proffit d’esprit ensemble: Car quand ce double fruit s’assemble, C’est le but parsait d’un desir. Aussi mesme en ce que ie veux Offrir aux grands, ie me propose De leur saire ensemble ces deux Cueillir en une mesme chose: Le plaisir remuant les coeurs Leur attrait l’esprit, et l’oreille, Et l’autre leur deuoir éueille Aux conseils, aux faits, et aux moeurs. Si dans mes vers tu ne voulois Chercher que la fueille agreable Sans fruit, Vescorce sans le bois, Le bois sans le suc proffitable, I’aimerois mieux te voir tousiours Baller, courre, escrimer, t’esbatre A cent ieus, et saire combatre Dans ta court ton Once et tes Ours: Ou bien chasser, non pas ouïr La Chasse qu’ici ie t’ay faite, La Musique ouïr, non iouïr D’une Musique plus parfaite, Par laquelle taschant chasser A cor et cri nostre manie, Ie veux la paisible harmonie saire à tes suiets embrasser. Ou bien i’aymeroy mieux te voir Amuser d’une masquarade, Vuide de sens et de sçauoir, Te paissant de vaine brauade: Ou t’amuser par des bouffons De ce qui par eux Comedie Se nommeroit, ou Tragedie, Et des deux n’auroit que les noms. I’ay le premier de ces deux ci L’honneur en ta France fait naistre, Qui des Rois, qui du peuple aussi, Deux diuers miroirs souloyent estre: Si les premieres n’ont esté Parfaites pour mon trop ieune age, Ie me suis en ce double ouurage Moymesme depuis surmonté. I’ay (pour n’esloigner mon propos) Maint grand labeur tasché parfaire, Pour ce bien du commun repos Distrait de nous, à nous retraire, Tant pour domter l’opinion, L’abus, et l’ardeur aueuglee, Qu’en la police dereiglee Chercher la reigle et l’union. Mais sur ma Lyre ie ne veux Maintenant chantant une Chasse, Que dresser quelques petits voeus Sur le mal qu’il faut que lon chasse, Et dedans mes vers rapportant L’une et l’autre poursuitte et queste, faire que ce chant que i’appreste T’aille doublement contentant. Car comme du plaisir i’ay dit, Si en cela que ie te donne Tu recherchois le seul proffit Et le maintien de ta couronne, Tu ferois mieux en ton royal Conseil, arresté du langage D’affaires, et du sainct visage Du graue et docte l’Hospital. La Ieunesse, la Royauté, Et des Princes la nourriture, font que toute seuerité Répugne fort à leur nature: Mais si faut-il qu’armes et loix, Honneur, vertu, sçauoir, prudence, fust-ce entre le fesiin, la dance, Et le ieu, s’apprennent des Rois. Un Prince se peut destourner Tant de l’amour que de l’estude, De tout ce qui peut plus l’orner, Que son sceptre: soit par trop rude Coustume de l’assuiettir, Soit par face, ou façon, ou faute De pouuoir l’humeur brusque ou haute, En y consentant diuertir: Par faute de mésler le ieu Et les gais mots, par la doctrine Se faire plaire, et peu à peu Luy faire plaire la diuine Racine de tout heur et bien, Fascheuse quand on la propose: Mais qui ne sçait qu’en toute chose Qui bien ne gouste n’aime rien? Or sus donc (Sire) excite toy D’une course de Cerf, chantee Briesuement, et mesme la croy Vraye, et non pas representee. Ie te voy ia (Sire) appresté: Car ayant ceste matinee A la volerie donnee, A cheual tu es remonté. Le buisson au matin s’est fait, Faisant beau, reuoir et cognoistre, Et qu’un bon chien estoit au trait Dans la main d’un veneur adextre, Qtd voyant, iugeant, defaisant, La nuict parlant, et faisant feste Au chien, qui vouloit de la beste, Et toujiours çà et là brisant: Conduit tant par l’assentement Du chien, que par sa propre veuë, Soit que par le pied seurement, Le temps, et la route il ait veuë, Qu’il ait les portees, ou bien Les foulees, les reposees, Ou autres choses aduisees, En son mestier n’oubliant rien: A destourné son Cerf, et fait Son rapport, sans que les fumees Apporté dans sa trompe il ait, Pource que se trouuans sormees" En Aoust et Iuillet seulement, Par troches en Iuin, et encores Par platteaux en May, du tout ores Elles font hors de iugement. Ia départis font les Relais, Et pendant que moy d’ainsi dire, Toy d’ainsi m’ouïr tu te plais, Nous sommes ia paruenus (Sire), Au laisser-courre, il faut penser Dépiquer tant que tout tu voyes: Voila, le Veneur sur les voyes Tient son limier prest à lancer. Ce limier l’auoit mené droit Aux brisees, tant il est sage, Puis a tousiours suiui son droit: Tant peut la nature et l’usage Les bestes mesme façonner. La meute des chiens ne demeure Gueres loin apres, pour à l’heure Bien decoupler et bien donner. Ce Cerf, pauure Cerf qui caché Dans l’épais du buisson se pense, Où ce matin l’a rembusché Ce mesme limier qui le lance, De sa vie en ses pieds dispos Se fie, tous ces bois resonnent D’un long gare-gare, et se sonnent Par ce tien Veneur deux longs mots. Tout soudain que ce lancement A nos oreilles se vient rendre, On fait le prompt decouplement Par quatre ou cinq longs mots entendre Toute ame se peut asseruir A ses sens: mais l’oeil, et l’oreille, Contens ici, par nompareille Force nous peut poindre et rauir. Voy-le-ci (Sire) dans ce fort, Aller par ces portees mesme: Il rompt, il brise, il bruit, il sort, Et désia de vistesse extrême Se court, se presse à cri et cor, Suiui de la meute courante, Tout ensemble apres luy parlante, Attendu des relais encor. Tu vois ces prompts piqueurs brusler D’ardeur, et tantost par bruyeres, Tantost par fustayes voler, Par champs, par forts, et par clairieres: Des mots de leur trompe animans Ensemble les chiens et la beste, Et au plaisir de la conqueste Plus qu’à la proye s’enflammans. Ie ne m’estonne d’Orion, Ny d’Adonis, ny d’Hippolyte, Ny du miserable Acteon, Ny d’Atalante, ou de la fuite Que Diane souloit mener: Car ce plaisir dompteur des vices, Passe tous plaisirs et delices Qui ne nous font qu’effeminer. Tant que ceux-ci, qui nuict et iour Menans leur vie chasseresse, Fuyoyent le casanier seiour, Qui se couplant à la paresse Se fait l’engendreur de tous maux, Outre leur deduit et leur queste Auoyent l’heur de la vie honneste Pour grand loyer de leurs trauaux. On feint les plus forts Dieux chasseurs, Ainsi qu’Hercule, Se Phebus mesme: Car tousiours la grandeur des coeurs, La force et la Noblesse s’aime Aux chasses, qui peuuent dresser Beaucoup, et maint les sçait bien faire, Qui peut en guerre l’aduersaire, Et en paix les crimes chasser. Mais retourner au Cerf il faut, Qui d’une longue randonnee Forlongeant, fait estre en defaut Toute nostre meute estonnee: Il faut que ces chiens ia branlans Tousiours en crainte se retiennent, Tant qu’eux-mesme aux voyes reuiennent, Apres leur Cerf tousiours allans. Il fait ses ruses maintenant Que luy a peu son age apprendre, Aux hardes des bestes donnant, Pour faire aux chiens le change prendre: Ou bien querir (peut-estre) il va D’autres Cerfs, que tousiours il chasse Deuant soy, par si long espace Qu’il face suiure un de ceux là. Ou n’ayant qu’un seul Cerf trouué Dedans sa reposee, à l’heure Il le chasse: et d’où s’est leué Cest autre, le nostre demeure: Ou tout au bout d’un long suyant Bondist au fort, ou bien il vse Encores de mainte autre ruse Sur luy fuyant et refuyant. Si pas un de tes chiens n’a sceu Defaire la malice sienne, Et que relancer ne l’ait peu, Il faut que le limier on prenne, Et qu’on commence à requester Depuis la brisee derniere, Où l’on a veu les chiens derriere Leur proye bransler et douter: Suiure les voyes, aduiser Fort bien sil demeure, ou sil passe Songer comme il a peu ruser, Tant que ses ruses on defface: Et qu’en parlant alors ainsi Qu’au laisser-courre on le relance. Or sus donques chacun sauance Pour y estre, et toy (Sire) aussi. De la trompe les mesmes mots Que i’ay dits parauant, se sonnent: De mesmes cris, mesmes propos Tous les lieux d’alentour resonnent: On le recourt, rebaudissant Les chiens, grande est la randonnee: Mais la beste en sin maumenee Perd son haleine en se lassant. Ce pauuret pressé de si pres Par la meute qui le mau-meine, Veut gaigner quelque eau tout expres, Pour fraischeur reprendre et haleine: Mais las! chetis il apprendra Tout au rebours que la vistesse Dedans l’eau nuisible se laisse, Et tost les abois il rendra. Quelques Cerfs se font par les eaux Porter, de peur que les chiens viennent Les assentir: dans les roseaux Quelques autres cachez se tiennent: Un autre porter se fera Sur le dos de quelque autre beste, Mais de cestuy la mort est preste, Peu apres que sorti fera. Aux trousses ia les chiens ardans Le tiennent, il est ia par terre, Ils le tirassent de leurs dents, Iouïssans du sruit de leur guerre: Les larmes luy tombent des yeux: Et bien que pitié presqu’il face, Si faut-il que de telle chasse Sa mort soit le pris glorieux. La mort du Cerf se sonne, alors Les monts, les vaux, et les bois, rendent Les bruyans et hautains accors, Que les trompes dans l’air espandent. On coupe et leue un des pieds droits, On abat l’orgueil de sa teste, Qui font (Sire) de ta conqueste Les enseignes et premiers droits. On se met (peut-estre) à parler Voyant ceste teste ramee De frayer, brunir, et perler, De bien sommee, et bien paumée, De bien roüee, et si elle a Marrein, andouilliers, et goutieres D’un fort vieux Cerf, et cent manieres De dispute outre celles là: Si lon auoit premierement Bien iugé qu’il fut Cerf courable, S’il est Cerf dix cors ieunement, Ou fort vieux Cerf et fort chassable: Si le pied monstroit bien que c’est, Et tous signes qu’on a peu prendre, En ton retour tu peux entendre, Tout tel deuis qui aux grands plaist. Là souuent du particulier On tombe à parler de la chasse En commun, comme du Sanglier, Soit que lors du Vautray lon face, Ou d’autres façons le discours: Quand par grands leuriers que lon iaque, Au sortir du fort il s’attaque Du costé qu’on a fait l’accours. Ces animaux grondans, fumans A gueule ouuerte, armez d’horribles Deffenses, bauans, écumans, Et plus dangereux que terribles, Se peuuent à cheual tuer De l’espee: mais ie m’asseure Que l’espieu est l’arme plus seure, Soit pour atteindre ou pour ruer. On parle des loups que lon prend A la huee, ou d’autre forte, Du carnage par qui lon rend La gloute beste prise et morte: On parle des cheureuls, des daims, Et d’autres, soit pour courre, ou tendre, Ou pour épiant les surprendre D’un plomb, ou bien d’un trait attaints: Ainsi que l’Ours qui ne court sus Aux gens, tant que mal on luy face, Ains attend le coup de dessus Un haut arbre. Or quand on le chasse De ses cauernes les grands trous On bousche, et bien qu’il grimpe, et ruë Des pierres, qu’il serre, et qu’il tuë, Cede en fin aux chiens et aux coups. Puis du caut Renard buissonnier, Qui tousiours entre les chiens use De tours rusez, mais du leurier La dent finit en fin sa ruse: Ou de petits chiens lon se plaist, Comm’au Blereau luy faire guerre, On escoute, on houë la terre Droit sur l’accul quand il y est. Parler aussi du Lieure on peut Qu’à force on prend, ou d’une forte Rare, quand le Leopard veut En quatre ou en cinq sauts l’emporte: Mesme on peut discourir combien A leuretter on se peut plaire, Quand en plaine rase on voit faire Au lieure et aux leuriers fort bien. Pour le quester on va marchant Par rang dedans telle campagne, Le Pelaud part: on va lachant Les leuriers, tes cheuaux d’Espagne, Et les vistes courtaus apres. Font poudroyer leur longue trace: Il se court, s’atteint, se bourrasse, Tant il a son ennemi pres. Point ne luy fait perdre le coeur L’atteinte d’atteinte suiuie, Ses pieds font oelez par la peur, Qui seuls peuuent sauuer sa vie: Il est mis en fin au noüet, Dont quelquefois mesme il eschappe Par bonds quelquefois il se happe, Et criant roidit le iarret. Des animaux plus estrangers On peut en bref toucher la chasse, Comme des bien ramez Rangers, Ou des Lyons qu’au feu lon chasse, Des Tygres qu’on trompe au miroir, Des Elephans qu’aussi lon trompe, Et dont ne peut la forte trompe Contre l’esprit humain valoir. Tels propos s’enflent estans pleins De mots propres à ce langage, Dont les Grecs, et dont les Romains N’eurent iamais si riche usage: Là sonnent ces mots de limier, Chien-courant, dogue, chien-d’attaque, Epagneu, chien d’Artois, et braque, Barbet, turquet, allant, leurier. Là des chiens oublier ne faut La race, couleur, et maniere, Les noms, comme Miraut, Briffaut, Tirebois, Cleraude, et Legere: Et en leuriers, Iason, Volant, Cherami, Cigoigne, Cibelle: Et cent noms dont on les appelle, De toutes les sortes parlant. D’etabler, de rere, d’aller, De bontems, de fraye, gaignage, Du contre-pié, dusuraller, D’os, de pinces, du viandage: Bref, de tout autre jugement Qu’il faut que l’on face à toute heure, D’entree, sortie, demeure, Suitte, dressement, lancement: Des diuers langages qu’on doit Dire aux chiens, diuers mots de trompe, Et diuerses voix que lon oit, Du change, auquel il faut qu’on rompe Les chiens, ou de leur long defaut, De bien remeuter, de vistesse, De creance, voire sagesse, Qui sur tous aux chiens blancs ne faut: Du cours de Chasse, et des abois, Des testes, meulles, cheuilleure, De perches, couronnes, epois, Andouilliers, trocheure, et paumeure, Puis des traces, et du souillard, Des marches, laissees, fumees, Et tant d’autres accoustumees Façons de parler en tel art. On oit de toiles, de haler, De bloquer, crochetter, d’enceindre De harts, et de perches, parler, D’épieux, que diuers sang peut taindre Sans en user: parler de pans, De maistres, de nappe, de mailles, Du fauue, du noir, de bichailles, De layes, marcassins, et fans: De broquars qui les dagues ont, Puis des bestes de compagnie, Ou qui au tiers ou quart an sont, Et tous les mots de Venerie: Ou d’autres chasses, soit pour voir, Pour quester, pour poursuiure, ou prendre Et que nul vers ne peut comprendre, Sont pris là pour un grand sçauoir. Là quelqu’un (peut-estre) ialoux De ces longs discours, et encore Piqué du plaisir que sur tous Il aime, il exerce et honore, Subtilement destournera Le propos hors de Venerie, Et haut et dru de Volerie, Mais en bref pourtant parlera. L’occasion se peut choisir Sur cela que lon t’a fait prendre Ce matin aux oiseaux plaisir, Auant que par course entreprendre De forcer ce Cerf, et premier D’Austrucher sera la parole, Soit qu’en saison propre se vole Le perdreau par un Espreuier: Soit que d’autres oiseaux de poing On vole aussi pour champs, à l’heure Que ces perdreaux font ia plus loing Leurs vols, d’aile aussi roide, et seure Que pere et mere, ou quand ils sont Ia perdrix, qui vieilles deuiennent: Pour tel vol sur le poing se tiennent Les Autours, qui guerre leur font. Ou bien leurs Tiercelets qu’on croit Faire mieux, et que plus on aime, Mesme souuent dresser on voit L’oiseau de leurre à ce vol mesme: Un Lanier dans l’air se soustient Sans fin, et roüant ne s’écarte Iusqu’à tant que son gibbier parte, Mesme un faucon long temps s’y tient. Qui plus est, un. Sacre, un Gerfaut, Se dresse à ceste mesme proye, Qu’auparauant ietter ne faut Que partir leur proye on ne voye: Tous ces oiseaux ne bloquent pas Lors que les perdrix ils remettent: Mais tous, quand ils sont bons, les mettent Au pied, fondans soudain en bas. Soit oiseau de leurre, ou de poing, De petits chiens pour la remise, Sages et bons, lon a besoing, Que peu ardens, et à la prise Iamais aspres, lon doit choisir: Leur deuoir, auec l’aile bonne De l’oiseau, aux cuisines donne Du gibbier, et aux yeux plaisir. Ie te diroy bien comm’apres. Il suiura le volpour riuiere, Et quand de mares on est pres, Ou ruisseaux, en quelle maniere Les oiseaux alors decouuerts Se iettent à mont, là où vaine Est l’attente, son ne prend peine Que leurs gibbiers soyent bien couuerts: De quels cris on use, et quels mots, De quel egard et patience, Pour faire tourner à propos D’un oiseau la teste, où lon pense Qu’il ait mieux sur sa proye l’oeil, De crainte que lon ne foruuide, Comme on croise, comme lon vuide, Contentant et l’oeil et le vueil. Les Ridanes sont le gibbier, Les Varriens, et les Sarcelles, Sur tout le Canard, qu’un Lanier, Ny qu’un faucon à tire-d’oele Ne peut r’auoir, si quand il part Il ne l’arreste, et lors en terre Fondant roide comme une pierre, Assomme sous soy le Canard. Ie te seroy encor’iouir Du plaisir que telle personne Pourra donner; faisant ouïr Le plaisir qu’aux grands seigneurs donne La haute Volerie, au lieu Ou ore pour Milan, et ore On vole pour Héron encore, Pour Chat-huan et Fauperdrieu. Si tost que le Milan se voit Un haut cri la veuë accompagne, Le Duc que porté lon auoit Est ietté dessus la campagne, Pour faire le Milan baisser, Au ciel comme luy se trousser. Quelques autres Sacres à mont Sont iettez, et mainte venuë, Presque iusques dans le ciel vont Donner à leur proye cogneuë, Quand ceste meslee au ciel faite Se perd quasi de l’oeil, qu’on iette Apres tous autres le Gerfaut. L’un braue et fort, depuis le bas Iusqu’au plus haut de pareille aile, Ne de façon ne monte pas Que les Sacres: mais en eschelle Roide et soudain se vient hausser Droit au Milan, que par la force D’une seule venuë, il force Du haut de trois clochers baisser: Puis hausser, et faire on luy voit Des fuites, mais en toute place Nouuelle venuë il reçoit, Tant qu’en fin la cheute se face Souuent bien fort loing: Mais auant Que commencer, dés que la proye S’est veuë, tousiours on enuoye Quatre ou cinq piqueurs sous le vent. Du Milan la cuisse se rompt Aussi tost que la cheute est faite, Puis soudain la curee ils font, Et chacun y pique, et souhaite D’arriuer premier, pour auoir De ce Milan la queuë, pource Que c’est le prix de telle course, Qu’en son leurre on fait apres voir. Or combien le vol pour Milan A celuy pour Heron ressemble, Pour Fauperdrieu, ou Chat-huan: Et combien tout differe ensemble, Par ce mesme homme se diroit, Et I’en reciteroy la sorte: Mesme puis qu’au faire elle apporte Plaisir, le récit en plairoit. Ie diroy qu’un Heron souuent Dans l’air, souuent se trouue en terre, D’où l’on le fait partir, auant Que dans l’air on luy face guerre: Et qu’on peut de Faucons s’aider Pour une telle volerie, Ou de Sacres comme lon crie Pour de son bec faire garder. Ie diroy qu’en ce vol il faut Des leuriers, pour le Heron prendre, Et qu’à l’heure qu’il chet d’enhaut, Les oiseaux que lon a peu rendre Si sages, crainte aucune n’ont Des Chiens: et ces chiens qui se dressent Ainsi si bien, iamais ne blessent Ces oiseaux qui communs leur font. Ie diroy cela qu’estans pris Par leur bec, quelques Herons rendent, Puis la curee, et puis le pris Que les mieux faisans en attendent: Les bouts des ailes de l’oiseau Pour son leurre quelqu’un remporte, Et au Seigneur la houpe on porte Pour en decorer son chappeau. Le Fauperdrieu, et l’autre aussi, Dont l’un comme un Milan s’arreste Bien peu en terre: l’autre ainsi Qu’un Lieure par les champs se queste, Dans la terre où il se blottit, Et leurs vols ne different guere De l’une et de l’autre maniere, Dont en bref par mes vers i’ay dit. Ie pourroy toucher nonobstant Les differences qui se treuuent: Puis d’ordre i’iroy recitant Tous les autres vols, qui se peuuent Par un tel homme raconter, Comme du Geay, de la Corneille, De la Pie, qui fait merueille De craqueter et caqueter: Mais bien de l’Alloüette, estant Mesme au nombre du haut vol mise, Qui se perd de tout oeil, montant Droit dans les cieux, où elle est prise Par le gentil Emerillon: Bref, de tout vol depuis la Gruë, Qui quelquefois voler s’est veuë Iusqu’à ce petit oisillon. I’exprimeroy mesme les mots, Dont comm’un autre en Venerie, Celuy farcira son propos Parlant de la fauconnerie. Comme de Passager, oiseau d’une nuë, Ou de plusieurs choses cogneuë Tant seulement à ceux de l’art. Comme curer, paistre, tenir, Auoir bonne gorge, et enduire, Emeutir, poiurer, deuenir Pantois, et d’autres qu’on peut dire Du traitement de tels oiseaux: Comme il se iardine, il s’essore, Pannage, main, et ferre, encore Les longues pannes et cerceaux. Perche, gand d’oiseau, chaperons, Longes, iets, veruelles, sonnettes, Et tant d’autres si propres noms Des choses ou d’actions faites: Et or’pour dire en general, Ie comprendroy toutes les choses Qui sont en tout tel sçauoir closes, Des Nobles sçauoir principal. Mais ie me sen ia trop lassé De ma longue course, égaree Hors du propos: l’ay trop laissé Mon Cerf sans en faire curee: La longueur du propos deduit, Le chemin de ton retour passe, Puis, peut-estre, quelque autre chasse T’amusera iusqu’à la nuict: Qui gardera qu’en ton retour Ta Maiesté tel discours oye: Il faut que ce reste de iour A mon premier dessein s’employe: Ie reuien, ce me semble, au lieu Où ce CerF couché Lon despouille, Sur sa chasse, mort, et despoüille, Faisant maint et maint iuste voeu. Je luy voy couper les Puis son cuir oster ils luy viennent, Les Auecques. On fend son coeur pour une croix, Ainsi comme lon dit, y prendre, On cherche en luy tes menus droits Qu’en ton crochet (Sire) on vient pendre, Entre lesquels les filets sont, Et le francboyau qu’on assemble A plusieurs desia mis ensemble: D’autres droits les veneurs y ont. Tout le sang dont ce corps est plein Se rassemble hors de la beste. On met par morceaux tout le pain, Cependant qu’il faut que la teste On separe, et qu’on leue auant La hampe, et puis que lon partisse Le reste, l’une et l’autre cuisse Et les deux espaules leuant. Les costes, le petit simier, Que le cinq et quatre on appelle, La piece du simier dernier Qui la venaison monstre en elle: Le pain trempé au sang s’estend Sur le cuir, la curee on sonne, Qui auant qu’aux chiens on la donne, Tant qu’ils y soyent tous, se deffend. Tout cela qui nous rend ardans A le suiure, et qui pour la gloire Nous poind, et nous ard au dedans, Nous, trauaillant pour la victoire, Donne aux vainqueurs une sierté, Tant soit de petit pris la prise, Un triomphe, une ioye éprise, Qui s’entremesle d’aspreté: De cela tous ces chiens se font Un exemple assez conuenable, Qui plus aspres et plus siers sont: Et de mainte façon merquable Semblent recognoistre leur fait, Triomphans du pris de leur peine: Ceste mesme victoire ameine Les Veneurs à pareil effect: Qui plus resiouis, plus gaillards, Et brauans de leur peine prise, Sont plus ardans d’auoir leur parts, Que si grand’chose estoit conquise: Chacun n’oublie à se vanter De cela qu’il a sceu mieux faire, Tâchant pour son plus grand sallaire La gloire chez soy remporter. Or ie voy qu’en ce temps diuers Ta principale Chasse (Sire) Doit estre des Discords peruers, Renuerseurs de tout grand Empire, Pour en les pourchassant chasser La ruine qui nous menace, Comme ia telle heureuse chasse Dieu t’a fait si bien commencer. Ie sçay mesme qu’en émouuant Tant soit peu quelque eau croupissante, Sort grand’puanteur: et qu’un vent D’un peu de braise languissante Excite souuent grand’s ardeurs, Et pour tels dangers ie ne cuide Qu’encor’nostre France soit vuide De souffleurs et de remueurs. Ie suis seur que les grands sont pleins Souuent de grande haine et pique, Ne suiuant pas de ces Romains La doctrine et la gloire antique, Qui moins de triomphe auoient mis A vaincre les forts aduersaires, Qu’à vaincre les propres choleres, Nos plus familiers ennemis. I’ay grand’peur qu’une Ambition Soit d’Ambition resuiuie: Ie sçay qu’en nostre nation Naturelle et propre est l’enuie, Et que tout cela qui en un Nous doit estreindre d’auantage, CHRIST, le Païs, le parentage, Et d’un Roy le lien commun: C’est cela qui seul au rebours Nourrist en nous la haine et noise, Par ce monstre Enuie, tousiours Maniant nostre humeur Françoise, Nous piquant plus contre la loy De tous ces liens qu’on separe, Que contre le Iuis, le Barbare, L’Incogneu, l’ennemi du Roy. Ce vice à nous particulier, Comme aux autres païs un vice Est tousiours propre etf amilier, Nous fait (voulant faire seruice Au Roy) luy nuire: car ialoux Et piquez à qui estre, et faire Pourra le plus, par un contraire Discord, nous perdans luy et nous. Outre encor, ie voy (car ie veux Presque toutes les causes rendre, Qui me font conceuoir ces voeus Sur ce Cerf que tu viens de prendre) Que mainte persuasion Qu’en tout on croit et saincte et bonne, Soit par zele ou ruse, se donne Pour l’une et l’autre faction. Qui (peut-estre) trouuant desia En nous la rencontre opportune, Qui est l’ambition qu’on a, Compagne de ceste rancune: Nous eguisant, nous defermant L’esprit et l’oeil, au soustien d’elle Et toutes choses, fors icelle, Va nos sens et nos yeux charmant. C’est ce qui fait que nous trouuons Du tout bon ce qui est des nostres, Que nous hayons et dédaignons, Fut-il bon, ce qui est des autres: Puis les uns se voulant hausser, Peut-estre, sur les proches Princes, Et tant du Roy que des prouinces Toutes les charges embrasser: Les autres se voulant sentir Du mespris qu’on fait à leur race Pour les premiers aneantir Affrontent l’audace à l’audace: Et CHRIST (qui n’en peut mais) est pris Pour bon droit, ou pour couleur belle: Nos brouilleurs sont de la querelle, Par icelle épians leur pris. Mesme ainsi que maint enflammeur, Aspre et plein de pedanterie, Retenant de sa vieille humeur D’eschole ou bien de moynerie: Ou d’autre costé maint criart, Qui dedans sa chaire extermine Et brusle un chacun, et mutine Le peuple, par zele ou par art: Ou tasche à faire des discords Des grands, leur proffit, et leur gloire, Et du sang des grands hommes morts, Couronner en fin leur victoire. Plusieurs seigneurs (peut-estre) aussi Ont tasché par telle dispute, De frapper le blanc de la butte, Où ils tiroyent deuant ceci. Les aucuns pour hausser leur rang, Les autres pour chercher vengeance: Les uns pour s’assouuir de sang, Dont mesme l’enorme abondance Assez encor ne les repaist: Ceux-ci ont la mutinerie De nature, et la pillerie Plus que Dieu mesme à ceux-là plaist. Quant à maint autre, ou à credit, Ou par quelque pique legere, Ou par des grands n’estre point dit Auoir une ame casaniere: Ou par un deuoir, dont il sent Sa vie à un seigneur estreinte: Ou par la force, ou la contrainte Des crimes qu’il void ou entend: Ou pour la deffence du bien Que sa maison tient en l’Eglise: L’Auarice trouue moyen De se couurir sous la feintise: Ou par un éguillonnement De femmes, d’amis, de lignage, Ou bien pour quelque autre auantage, Ruse, égard, ou transportement, A sans rien poiser espousé Soudain l’une ou l’autre querelle: Et quant à ceux qui ont usé En cela d’un bon et vray zele, Le nombre est grand, mais ie ne sçay Si des autres le nombre ils passent: Et quoy qu’ils prétendent ou facent. En estime ie ne les ay. Car quant aux uns ils sçauent bien Que CHRIST est un Roy pacisique, Dieu de paix, et seul entretien D’unité dans son corps mystique: Que CHRIST veut puis qu’il n’est permis (Disent-ils) gloser l’Escriture, Que nous aimions ceux qui iniure Nous font, et nous font ennemis: Qu’à celuy qui va souffletant L’une des iouës, l’autre on baille: Que quand on nous va tourmentant D’une ville en l’autre on s’en aille: Que les saincts anciens n’ont pas Deffendu leur cause par armes, Mais leur ieusne, priere et larmes, Et leur mort estoyent leurs combats. Que ceux-ci mesmes Nagueres ceux, qui d’un courage Trop charnel en auant mettoyent, Qu’il falloit repousser l’outrage, Disans, que bien qu’en l’ancien Testament guerre et resistence Fut permise, telle licence N’est point du Testament Chrestien: Mais que Christ par afflictions, Par tourmens, croix, et vitupere, Veut qu’en l’ensuiuant nous entrion Au royaume de Dieu son pere: Du sang des saincts l’effusion, Et semence continuelle De l’Eglise, et la merque d’elle, N’est que sa persecution. Tant que par leur dire voulans Faire cesser par force et armes, Les maux, les assauts violens, Persecutions, et alarmes En leur Eglise, ils font cesser La merque qui la fait cognoistre: Et ce nom en eux ne peut estre Qu’à eux seuls ils vouloyent laisser. Source: http://www.poesies.net