Rommances. (1830) Par Marceline Desbordes-Valmore. (1786-1859) TABLE DES MATIERES. Le Sommeil De Julien. Le Soir (I). Le Portrait. Le Bouquet. Le Chien D'Olivier. L'Aveu Permis. Dors, Ma Mère. Le Serment. Le Réveil. Le Billet. Le Souvenir. Il Va Parler. A La Poésie. Les Trois Heures Du Jour. L'Espérance. La Fleur Renvoyée. Je Dormais. Reprends ton bien. Le Premier Amour. L'Exilé. Garât A Bordeaux. À La Nuit. À La Seine. La Fiancée. La Pèlerine. Le Bal. Clémentine. Le Regard. L'Étrangère. L'Adieu. Les Songes Et Les Fleurs. Le Secret. La Jalousie. Le Rendez-Vous. Les Sermens. Bonsoir. L'Orage. Que Je Te plains! La Séparation. C'est Moi. Un Moment. La Reconnaissance. S'il l'avait su... On me l'a dit... Sans l'oublier. Celle qui ne rit pas. Je ne sais plus, Je ne veux plus... La Veillée Du Nègre. A M. De Béranger. Chant D'Une Jeune Esclave. Une Reine. À Mademoiselle Mars. L'Oraison. Son Retour. La Piqûre. La Jeune Châtelaine. Notre Dame D'Amour. La Vallée. La Fiancée Du Marin. Regarde le... Je L'Ai Vu. Le Calvaire. L'Ange Et Le Rameau. Le Bon Ermite. Pèlerinage. L'Espoir. La Novice. L'Amour. L'Églantine. Le Prisonnier De Guerre. Réponds-Moi. Le Dernier Rendez-Vous. Jamais Adieu. L'Attente. Le Hameau. Le Nom D'Olivier. Le Pardon. Les Cloches Du Soir. Le Soir (II). Le Sommeil De Julien. C'était l'hiver, et la nature entière Portait son deuil et redoublait le mien; Je regagnais à pas lents ma chaumière, Les yeux fixés sur celle de Julien. Un voile noir s'étendit sur la plaine; Un triste écho fit aboyer mon chien; Le vent souillait, et sa plaintive haleine Disait aux bois: Julien! pauvre Julien! Sur mon chemin je vis la lune errante: Qu'elle était sombre en parcourant le sien! Je contemplai cette clarté mourante, Moins triste, hélas! que les yeux de Julien. Je m'endormis, de tant d'objets lassée; Le ciel s'ouvrit,... et je n'entendis rien Mais tout à coup la cloche balancée Me réveilla, sans réveiller Julien. Quand j'abordai sa soeur silencieuse, Sa main me dit: «Il repose, il est bien Je voulus voir... Une larme pieuse M'apprit le nom du sommeil de Julien. Le Soir. (I) Seule avec toi dans ce bocage sombre? Qu'y ferions-nous? à peine on peut s'y voir. Nous sommes bien! Peux-tu désirer l'ombre? Pour se perdre des yeux c'est bien assez du soir! Auprès de toi j'adore la lumière, Et quand tes doux regards ne brillent plus sur moi, Dès que la nuit a voilé ta chaumière, Je me retrouve, en fermant ma paupière, Seule avec toi. Sûr d'être aimé, quel voeu te trouble encore? Si près du mien, que désire ton coeur? Sans me parler ta tristesse m'implore: Ce qu'on voit dans tes yeux n'est donc pas le bonheur? Quel vague objet tourmente ton envie? N'as-tu pas mon serment dans ton sein renfermé? Qui te rendra ta douce paix ravie? Dis! Quel bonheur peut manquer à ta vie, Sûr d'être aimé? Ne parle pas! Je ne veux pas entendre: Je crains tes yeux, ton silence, ta voix. N'augmente pas une frayeur si tendre; Hélas! Je ne sais plus m'enfuir comme autrefois, Je sens mon âme à la tienne attachée, J'entends battre ton coeur qui m'appelle tout bas: Heureuse, triste, et sur ton sein penchée, Ah! Si tu veux m'y retenir cachée, Ne parle pas! Le Portrait. Riant portrait, tourment de mon désir, Muet amour, si loin de ton modèle! Ombre imparfaite du plaisir, Tu seras pourtant plus fidèle. De ta gaîté je me plains aujourd'hui; Mais si jamais il cesse de m'entendre, À toi je me plaindrai de lui, Et tu me paraîtras plus tendre. Si tu n'as pas, pour aller à mon coeur, Son oeil brûlant et son parler de flamme, Par un accent doux et trompeur Tu n'égareras pas mon âme. Sans trouble, à toi je livre mon secret. S'il était là, je fuirais vite, vite. Je suis seule... ah! Riant portrait, Que n'es-tu celui que j'évite! Le Bouquet. Non, tu n'auras pas mon bouquet Traite-moi de capricieuse, De volage, d'ambitieuse, D'esprit léger, vain ou coquet; Non, tu n'auras pas mon bouquet. Comme l'incarnat du plaisir, On dit qu'il sied à ma figure: Veux-tu de ma simple parure Ôter ce qui peut l'embellir, Comme l'incarnat du plaisir? Je veux le garder sur mon coeur; Il est aussi pur que mon âme; Un soupir, un souffle de flamme En pourrait ternir la fraîcheur: Je veux le garder sur mon coeur. Non, non, point de bouquet pour toi: L'éclat de la rose est trop tendre; Demain tu pourrais me le rendre; Demain... qu'en ferais-je? dis-moi. Non, non, point de bouquet pour toi. Le Chien D’Olivier. Pour trouver le bonheur, je me ferai bergère: Le bonheur est aux champs, s'il existe pour moi! Oui, du temps, au hameau, la course est plus légère; La veillée est paisible, et la nuit sans effroi. Le laboureur, couché sous son toit de fougère, Ne dormirait pas mieux sur l'oreiller du roi. D'un simple ajustement j'ai déjà fait l'emplette. On ressemble au plaisir, sous un chapeau de fleurs: Les prés m'en offriront pour garnir ma houlette; On n'y forcera point mon choix pour leurs couleurs; J'y mêlerai le lis à l'humble violette, Sans crainte qu'un bouquet me prépare des pleurs. Des moutons, un bélier, deux agneaux et leur mère, Composeront ma cour, mon empire et mon bien. L'écho me distraira d'une douce chimère Que je veux oublier, aussi je n'en dis rien; Et pour me suivre aux bois, où je suis étrangère, Il me faudrait encore... il me faudrait un chien. Que le chien d'Olivier paraît tendre et fidèle! Sous sa garde un troupeau bondirait sans danger. Mais des maîtres son maître est, dit-on, le modèle; A le quitter pour moi je n'ose l'engager. Ah! pour ne pas détruire une amitié si belle, Je voudrais qu'Olivier se fît aussi berger. L'Aveu Permis. Viens, mon cher Olivier, j'ai deux mots à te dire, Ma mère l'a permis; ils te rendront joyeux. Eh bien! je n'ose plus. Mais, dis-moi, sais-tu lire? Ma mère l'a permis, regarde dans mes yeux. Voilà mes yeux baissés. Dieu! que je suis confuse! Mon visage a rougi; vois-tu, c'est la pudeur. Ma mère l'a permis, ce sera ton excuse; Pendant que je rougis, mets ta main sur mon coeur. Que ton air inquiet me tourmente et me touche! Ces deux mots sont si doux! mon coeur les dit si bien! Tu ne les entends pas, prends-les donc sur ma bouche; Je fermerai les yeux, prends, mais ne m'en dis rien. Dors Ma Mère. Ô ma vie, Sans envie, J'ai vu le palais du roi; Ma chaumière M'est plus chère, Quand j'y suis seule avec toi. Au village, Le jeune âge N'est heureux que par l'Amour; Fuis la ville; Trop facile, Tu m'oublierais à la cour. D'une reine Souveraine L'empire a-t-il plus d'appas? Ton image Est l'image Qui devance ou suit mes pas. Reviens vite! Tout m'agite: Eh quoi! je suis seule encor! Viens, mon âme, De ma flamme Partager le doux transport. L'heure sonne, Je frissonne... Voici l'instant du retour. Moins sévère, Dors, ma mère, Et laisse veiller l'Amour. Le Serment. Idole de ma vie, Mon tourment, mon plaisir, Dis-moi si ton envie S'accorde à mon désir? Comme je t'aime en mes beaux jours, Je veux t'aimer toujours. Donne-moi l'espérance; Je te l'offre en retour. Apprends-moi la constance; Je t'apprendrai l'amour. Comme je t'aime en mes beaux jours, Je veux t'aimer toujours. Sois d'un coeur qui t'adore L'unique souvenir; Je te promets encore Ce que j'ai d'avenir. Comme je t'aime en mes beaux jours, Je veux t'aimer toujours. Vers ton âme attirée Par le plus doux transport, Sur ta bouche adorée Laisse-moi dire encor: Comme je t'aime en mes beaux jours, Je veux t'aimer toujours. Le Réveil. Sur ce lit de roseaux puis-je dormir encore? Je sens l'air embaumé courir autour de toi; Ta bouche est une fleur dont le parfum dévore: Approche, ô mon trésor, et ne brûle que moi. Éveille, éveille-toi! Mais ce souffle d'amour, ce baiser que j'envie, Sur tes lèvres encor je n'ose le ravir; Accordé par ton coeur, il doublera ma vie. Ton sommeil se prolonge, et tu me fais mourir: Je n'ose le ravir. Viens, sous les bananiers nous trouverons l'ombrage. Les oiseaux vont chanter en voyant notre amour. Le soleil est jaloux, il est sous un nuage, Et c'est dans tes yeux seuls que je cherche le jour: Viens éclairer l'amour. Non, non, tu ne dors plus, tu partages ma flamme; Tes baisers sont le miel que nous donnent les fleurs. Ton coeur a soupiré, viens-tu chercher mon âme? Elle erre sur ma bouche et veut sécher tes pleurs. Cache-moi sous des fleurs. Le Billet. Quand je t'écris à l'ombre du mystère, Je crois te voir et te parler tout bas; Mais, je l'avoue, en ce lieu solitaire, Tout est tranquille, et mon coeur ne l'est pas, Quand je t'écris. En vain j'écris: quand l'ame est oppressée, Le temps s'arrête; il n'a plus d'avenir. Non, loin de toi, je n'ai qu'une pensée, Et mon bonheur n'est plus qu'un souvenir: En vain j'écris. Si tu m'écris, je vais t'attendre encore; Mais , si ton coeur n'est plus tel qu'autrefois, Fais que toujours, fais que le mien l'ignore! S'il est constant, dis un mot; je le crois, Si tu l'écris. Le Souvenir. Ô délire d'une heure auprès de lui passée, Reste dans ma pensée! Par toi tout le bonheur que m'offre l'avenir Est dans mon souvenir. Je ne m'expose plus à le voir, à l'entendre, Je n'ose plus l'attendre, Et si je puis encor supporter l'avenir, C'est par le souvenir. Le temps ne viendra pas pour guérir ma souffrance, Je n'ai plus d'espérance; Mais je ne voudrais pas, pour tout mon avenir, Perdre le souvenir! Il Va Parler. Embellissez ma triste solitude, Portrait chéri, gage d'un pur amour! Charmez encor ma sombre inquiétude; Trompez mon coeur jusques à son retour. Si quelquefois, de mes lèvres tremblantes, J'ose presser ce portrait adoré, Le feu subtil de ses lèvres brûlantes Pénètre encor dans mon coeur déchiré. À mes regards ce trésor plein de charmes Semble répondre et paraît s'animer; Je crois le voir s'attendrir à mes larmes, Et je lui prête une âme pour aimer. Oh! de l'amour adorable prodige! Son oeil se trouble, et ses pleurs vont couler... Il est ému! ce n'est plus un prestige; Il me sourit... j'écoute, il va parler. A La Poésie. Ô douce Poésie! Couvre de quelques fleurs La triste fantaisie Qui fait couler mes pleurs; Trompe mon âme tendre Que l'on blessa toujours: Je ne veux plus attendre Mes plaisirs des amours. Donne aux vers de ma lyre Une aimable couleur, Ta grâce à mon délire, Ton charme à ma douleur. Que le nuage sombre Qui voile mes destins, S'échappe, comme une ombre, À tes accents divins. Sois toujours attentive À mes chants douloureux; D'une pudeur craintive Enveloppe mes voeux; Cache l'erreur brûlante Qui trouble mon bonheur: Mais, ô Dieu! qu'elle est lente À sortir de mon coeur! Marceline Desbordes-Valmore. Les Trois Heures Du Jour. Comme un bouton, près d'éclore, D'un seul regard de l'Aurore Attend le bienfait du jour; Dans l'âge de l'innocence, Séduite par l'espérance, J'attendais tout de l'Amour. Comme la fleur imprudente Se plaît à suivre la pente Qui l'expose aux feux du jour, Je m'abandonnai, sans guide, Au penchant non moins rapide Qui m'entraînait vers l'Amour. Comme la fleur desséchée, Pâle et tristement penchée, S'effeuille au déclin du jour, Mon soir touche à ma naissance, Et je pleure l'Espérance Qui s'envole avec l'Amour. L'Espérance. Comme une vaine erreur, Comme un riant mensonge, S'évanouit le songe Qui faisait mon bonheur. Ô douce chimère! Si tu fuis sans retour, Dans ta course légère Emporte mon amour! Ce tendre sentiment, Cette aimable folie, Ce charme de ma vie, Sans toi n'est qu'un tourment. Ô douce chimère! Si tu fuis sans retour, Dans ta course légère Emporte mon amour. Déjà, pour me punir D'avoir été trop tendre, Je consens à te rendre Un si cher souvenir. Ô douce chimère! Si tu fuis sans retour, Dans ta course légère Emporte mon amour. Que voulez-vous de moi, Raison trop inflexible? Tourment d'un coeur sensible, Je cède à votre loi. Ô douce chimère! Si tu fuis sans retour, Dans ta course légère Emporte mon amour. La Fleur Renvoyée. Adieu, douce pensée, Image du plaisir! Mon âme est trop blessée, Tu ne peux la guérir. L'espérance légère De mon bonheur Fut douce et passagère, Comme ta fleur. Rien ne me fait envie, Je ne veux plus te voir. Je n'aime plus la vie, Qu'ai-je besoin d'espoir? En ce moment d'alarme Pourquoi t'offrir? Il ne faut qu'une larme Pour te flétrir. Par toi, ce que j'adore Avait surpris mon coeur; Par toi, veut-il encore Égarer ma candeur? Son ivresse est passée; Mais, en retour, Qu'est-ce qu'une pensée Pour tant d'amour? Je Dormais. On sonne, on sonne, on sonne encore: C'est lui!... Dieu! qu'il m'a fait souffrir! Mais il revient, mais je l'adore, Éveillez-vous, courez ouvrir! Embellis-toi, sombre retraite Où si souvent il me trouva. Il va venir... Mon sang s'arrête, Il tarde encor... Mon coeur s'en va. Je n'y vois plus. Le ciel se couvre; Soulève-toi, nuage épais! J'étends les bras, mon oeil s'entr'ouvre... Dieu! c'est un songe, et je dormais. Reprends Ton Bien. Quand l'amitié tremblante T'abandonna mon sort, Que ta main bienfaisante Me sauva de la mort, Pour la reconnaissance Je pris l'amour, Et, moins que ta présence, J'aimai le jour. Mais ma timide flamme Fait naître ta pitié. Est-ce assez pour mon âme D'une froide amitié? Vainement l'espérance M'a au guérir, Si ton indifférence Me fait mourir! Contre un sort invincible Je ne veux plus m'armer! Viens me rendre insensible, Si tu ne peux m'aimer. De mon âme asservie Romps le lien; En reprenant ma vie, Le Premier Amour. Vous souvient-il de cette jeune amie, Au regard tendre, au maintien sage et doux? À peine, hélas! au printemps de sa vie, Son coeur sentit qu'il était fait pour vous. Point de serment, point de vaine promesse: Si jeune encore, on ne les connaît pas; Son âme pure aimait avec ivresse, Et se livrait sans honte et sans combats. Elle a perdu son idole chérie; Bonheur si doux a duré moins qu'un jour! Elle n'est plus au printemps de sa vie: Elle est encore à son premier amour. L'Exilé. «Oui, je le sais, voilà des fleurs, Des vallons, des ruisseaux, des prés et des feuillages; Mais une onde plus pure et de plus verts ombrages Enchantent ma pensée, et me coûtent des pleurs! Oui, je le vois, ces frais zéphyrs Caresssent en jouant les naïves bergères; Mais d'un zéphyr plus doux les haleines légères Attirent loin de moi mon âme et mes soupirs! Ah! je le sens! c'est que mon coeur Las d'envier ces bois, ces fleurs, cette prairie, Demande, en gémissant, des fleurs à ma patrie! Ici rien n'est à moi, si ce n'est ma douleur.» Triste exilé, voilà ton sort! La plainte de l'écho m'a révélé ta peine. Comme un oiseau captif, tu chantes dans ta chaîne; Comme un oiseau blessé, j'y joins un cri de mort! Goûte l'espoir silencieux! Tu reverras un jour le sol qui te rappelle; Mais rien ne doit changer ma douleur éternelle: Mon exil est le monde... et mon espoir aux cieux. Garat A Bordeaux. Avec ta gente mie, Où vas-tu, troubadour?» «-Je vais à ma patrie Demander un beau jour. Salut, rive enchantée, Qui vis mes jeunes ans; De mon âme agitée Reconnais les accents. Jadis ma souveraine A sa cour m'arrêta; Et pour si noble reine Ton troubadour chanta. Des belles la plus belle Tombe en captivité; Avais chanté pour elle; Perdis ma liberté. De l'auguste Marie Déplorai les malheurs: En ce temps de furie, On punissait les pleurs. Pour charmer ma misère, Orgueil du troubadour, J'ai chanté Bélisaire, Henri-Quatre et l'Amour. N'ai sauvé de ma chaîne Que ma lyre et l'honneur; Et l'or, qui tout entraîne, N'entraîna pas mon coeur. Pastourelle naïve Ecouta mes leçons; Sa voix, tendre et plaintive, Y mêla ses doux sons. La jeune enchanteresse, Écolière d'Amour, Devint dame et maîtresse Du pauvre troubadour. Au lieu de ta naissance, Dit-elle, conduis-moi; Tu m'appris ta romance, La chanterai pour toi. Venez donc, gente mie, Lui dit ton troubadour; Allons à ma patrie Demander un beau jour. Lyre! ma douce lyre! Obéis à mon coeur. Le chant que je soupire Est le chant du bonheur.» A La Nuit. Douce Nuit, ton charme paisible Du malheureux suspend les pleurs; Nul mortel n'est insensible À tes bienfaisantes erreurs. Souvent dans un coeur rebelle Tu fais naître les désirs; Et l'amour tendre et fidèle Te doit ses plus doux plaisirs. Tu sais par un riant mensonge, Calmer un amant agité, Et le consoler, en songe, D'une triste réalité. Ô Nuit! pour la douleur sombre, Et pour le plaisir d'amour On doit préférer ton ombre À l'éclat du plus beau jour. Comme dans le sein d'une amie On aime à verser sa douleur, C'est à toi que je confie Les premiers soupirs de mon coeur. Cache-moi, s'il est possible, L'objet de mon tendre effroi. Comme moi s'il est sensible, Qu'il soit discret comme toi! A La Seine. Rive enchantée, Berceau de mes amours; Onde argentée, Image des beaux jours; Que ton cours est limpide! Que ta fuite est rapide! Ah! pour mon coeur, C'est l'adieu du bonheur. Déjà ma lyre Gémit dans les roseaux, Et mon délire A fait frémir tes eaux. La naïade plaintive Se penche sur la rive Pour m'écouter, Me plaindre, et m'arrêter. Cette eau si belle T'abandonne en courant; Moi, plus fidèle, Je m'éloigne en pleurant. Demain celui que j'aime M'appellera lui-même!... Voeux superflus! Je ne l'entendrai plus. Ah! dans ta course, Emporte mes tourments! Mais, à ta source, Retiens tous mes serments! Si l'objet que j'adore Vient m'y chercher encore, Dis-lui qu'Amour T'a promis mon retour. La Fiancée. A ma belle patrie Fais mes adieux, Amour; La reverrai-je un jour, Cette France chérie? Toi qui m'as su charmer, Parle pour moi, mon maître Elle m'a donné l'être, Tu me le fais aimer. Dis-lui qu'à ta prière Je retiens mes soupirs, Mais que tes doux plaisirs Ne m'ont pas tout entière: Dis-lui que ton bandeau N'a pas séché mes larmes, Et qu'à travers tes charmes Je rêve à mon berceau. Vois-tu sur le rivage Mes compagnes en pleurs? En leur jetant des fleurs, Voile-moi cette image. L'eau m'entraîne avec toi... Mais demain, à l'aurore, Te trouverai-je encore Entre le ciel et moi? Quelle est cette voix tendre Qui prédit mon retour? Tu parles bien, Amour, Mais laisse-moi l'entendre: Oh! n'en sois point jaloux, C'est la voix de mon père! Tout nous sera prospère, Il a prié pour nous. La Pélerine. «Pélerine, où vas-tu si tard? Le temps est à l'orage. Peux-tu confier au hasard Tes charmes et ton âge?» «-Ermite, n'ayez point de peur, Du ciel je ne crains plus la foudre: Que ne peut-il réduire en poudre L'image qui brûle mon coeur!» «-Ô ma fille! donne un moment A l'ami qui t'appelle; Viens calmer ton égarement A la sainte chapelle.» «-Ermite, mon âme est à Dieu; Partout il me suit, il me guide; Il m'a dit de fuir un perfide: Je fuis l'Amour, Ermite, adieu.» «-Pélerine, en fuyant l'Amour, Que la pitié t'enchaîne: Un malheureux, depuis un jour, Pleure ici sur sa chaîne.» «-Un malheureux! c'est un amant; Mon père, donnez-lui vos larmes! Blessée au coeur des mêmes armes Je mourrai du même tourment.» «-Ma fille, lève au moins les yeux, La pitié te l'ordonne: Cet amant n'est plus malheureux, Si ton coeur lui pardonne.» Le coupable alors se montra; L'Amour pria pour le parjure; L'Ermite effaça son injure, Et la Pélerine... pleura. Le Bal. L'heure du bal, enfin, se fait entendre, Le plaisir sonne, et tu le fais attendre! Depuis huit jours, il a pris pour signal L'heure du bal. Où sont les fleurs dont l'éclat étincelle? Elles mourront en te voyant si belle. Mais, sous ta main, je vois rouler des pleurs... Où sont les fleurs? Il est absent! l'espérance est voilée, Ou, pour le suivre, elle s'est envolée. Je le devine à ton plaintif accent: Il est absent! Je n'irai pas! la danse, mon amie, Est, sans l'Amour, une Grâce endormie. Loin de la fête il enchaîne tes pas: Je n'irai pas! Clémentine. Distraite et malheureuse, Sur un bouquet de fleurs Une fille rêveuse Laissait tomber des pleurs; Un timide sourire Dans ses pleurs se glissa; Mais un triste délire A son tour l'effaça. «Au sein de Clémentine, Brûlé d'un fol amour, Douce fleur d'églantine, Tu n'as brillé qu'un jour: Ta courte destinée Vient m'annoncer mon sort Un seul jour dans l'année, Pour l'Amour et la Mort. Vers la froide Angleterre Quand le bonheur fuira, Toutes deux, sur la terre, On nous retrouvera; Symbole de souffrance, Et gage de pardon, Meurs avec l'imprudence Qui troubla ma raison. Adieu, mère chérie! Le ciel a vu vos pleurs; Je suis calme et guérie, Couronnez-moi de fleurs. Des anges en prière J'entends les chants pieux; Leur voix pure et légère M'appelle dans les cieux.» Du monastère antique C'étaient les saints concerts: L'orgue mélancolique Gémissait dans les airs. A la mort résignée, La vierge y vint un jour... L'Ange de l'hyménée La rendit à l'Amour. Le Regard. Cache-moi ton regard plein d'âme et de tristesse, Dont la langueur brûlante affaiblit ma raison; De l'amour qu'il révèle il m'apprendrait l'ivresse; Pour les infortunés son charme est un poison. Lèves-tu sur mes yeux ta paupière tremblante, C'est le ciel qui s'entr'ouvre et sourit au malheur; C'est un rayon divin, une étoile brillante, Qui perce la nuit sombre où gémissait mon coeur. Oui, la douleur s'envole; et mon âme ravie Suit la douce clarté qui ne peut m'éblouir. Éviter ton regard, c'est repousser la vie; Attache-le sur moi, je ne puis plus le fuir. L'Etrangère. Ah! que le monde est difficile! Hélas! il n'est pas fait pour moi. Ma soeur, en ton obscur asile, J'étais plus heureuse avec toi. On m'appelle ici l'étrangère; C'est le nom de qui n'a point d'or. Si je ris, je suis trop légère; Si je rêve... on en parle encor. Si je mêle à ma chevelure La fleur que j'aimais dans nos bois, Je suis, dit-on, dans ma parure, Timide et coquette à la fois; Puis-je ne pas la trouver belle? Le printemps en a fait mon bien: Pour me parer je n'avais qu'elle; On l'effeuille, et je n'ai plus rien. Je sors de cet âge paisible, Où l'on joue avec le malheur: Je m'éveille, je suis sensible, Et je l'apprends par la douleur. Un seul être à moi s'intéresse; Il n'a rien dit, mais je le vois; Et je vois même, à sa tristesse, Qu'il est étranger comme moi. Ah! si son regard plein de charmes Recèle un doux rayon d'espoir, Quelle main essuiera les larmes Qui m'empêchent de l'entrevoir? Soumise au monde qui m'observe, Je dois mourir, jamais pleurer; Et je n'use qu'avec réserve Du triste espoir de soupirer! L’Adieu. Adieu pour toujours, Mes amours; Ne pleure pas, Tes pleurs ont trop d'appas! Presse encor ma main; Mais, demain, Il aura fui, Le bonheur d'aujourd'hui. Quand une fleur Va perdre sa couleur, On n'y doit plus De regrets superflus: Et le flambeau, Dont l'éclat fut si beau, Quand il s'éteint, Cède au froid qui l'atteint. Ton doux regard M'éclaira par hasard; Et dans mes yeux Il répandit les cieux: Dès ce moment, Si fatal... si charmant, Mon coeur perdu Ne me fut pas rendu! Les Songes Et Les Fleurs. Viens, si tu veux rêver d'amour, Viens tresser ta couronne au fond de la campagne: Voici l'heure, hâtons-nous, ô ma jeune compagne! Les songes dans les fleurs se cachent tout le jour. De leurs frêles prisons vont sortir les mensonges; Le rêve d'une vierge est dans le frais jasmin: Hâtons-nous de cueillir et les fleurs et les songes, Les songes et les fleurs ne seront plus demain. Viens chercher le fragile espoir, L'amandier le balance en sa fleur argentée: Viens! nous le saisirons sur la tige agitée; Dans un rêve d'amour il est doux de le voir. De leurs frêles prisons vont sortir les mensonges; Le rêve d'une vierge est dans le frais jasmin. Hâtons-nous de cueillir et les fleurs et les songes, Les songes et les fleurs ne seront plus demain. Ne pose jamais sur ton sein L'effroi du meurtrier, la sombre mandragore; De sa tige brisée un cri s'échappe encore, Avec le rêve affreux qui poursuit l'assassin. De leurs frêles prisons vont sortir les mensonges; Le rêve d'une vierge est dans le frais jasmin: Hâtons-nous de cueillir et les fleurs et les songes, Les songes et les fleurs ne seront plus demain. Cherchons celui qui vient des cieux; Il console en dormant la douleur méprisée: Des larmes de la nuit la vanille arrosée Parfume son sourire et son vol gracieux. De leurs frêles prisons vont sortir les mensonges; Le rêve d'une vierge est dans le frais jasmin: Hâtons-nous de cueillir et les fleurs et les songes, Les songes et les fleurs ne seront plus demain. Le Secret. Dans la foule, Olivier, ne viens plus me surprendre; Sois là, mais sans parler, tâche de me l'apprendre: Ta voix a des accents qui me font tressaillir! Ne montre pas l'amour que je ne puis te rendre, D'autres yeux que les tiens me regardent rougir. Se chercher, s'entrevoir, n'est-ce pas tout se dire? Ne me demande plus, par un triste sourire, Le bouquet qu'en dansant je garde malgré moi: Il pèse sur mon coeur quand mon coeur le désire, Et l'on voit dans mes yeux qu'il fut cueilli pour toi. Lorsque je m'enfuirai, tiens-toi sur mon passage; Notre heure pour demain, les fleurs de mon corsage, Je te donnerai tout avant la fin du jour: Mais puisqu'on n'aime pas lorsque l'on est bien sage, Prends garde à mon secret, car j'ai beaucoup d'amour! La Jalousie. Qu'as-tu fait d'un aveu doux à ton espérance? Mes pleurs, qu'en as-tu fait? Ton bonheur d'un moment. Les secrets de mon âme ont aigri ta souffrance, Et, pour y croire enfin, tu voulus un serment. Le serment est livré: tu ne crois pas encore, Tu doutes des parfums en respirant les fleurs; Tu voudrais ajouter des rayons à l'aurore, Au soleil des flambeaux, à l'iris des couleurs. Incrédule, inquiète, ingrate jalousie! Amour, aveugle amour qui méconnaît l'amour! Qui regarde un ciel pur, et demande le jour; Oh! que je... que je t'aime, aimable frénésie! Le Rendez-Vous. Il m'attend: je ne sais quelle mélancolie Au trouble de l'amour se mêle en cet instant: Mon coeur s'est arrêté sous ma main affaiblie; L'heure sonne au hameau; je l'écoute... et pourtant, Il m'attend. Il m'attend: d'où vient donc que dans ma chevelure Je ne puis enlacer les fleurs qu'il aime tant? J'ai commencé deux fois sans finir ma parure, Je n'ai pas regardé le miroir... et pourtant, Il m'attend. Il m'attend: le bonheur recèle-t-il des larmes? Que faut-il inventer pour le rendre content? Mes bouquets, mes aveux, ont-ils perdu leurs charmes? Il est triste, il soupire, il se tait... et pourtant, Il m'attend. Il m'attend: au retour serai-je plus heureuse? Quelle crainte s'élève en mon sein palpitant! Ah! dût-il me trouver moins tendre que peureuse, Ah! dussé-je en pleurer, viens, ma mère... et pourtant, Il m'attend! Les Serments. Hélas! que les vieillards savent de tristes choses! Hier, après la fête, ils riaient des amants; Ils riaient! Leurs serments, disaient-ils, sont des roses. En voilà sous nos pieds d'aujourd'hui même écloses: Pourquoi, mon Olivier, m'as-tu fait des serments? J'ai couru vers mes fleurs avec un trouble extrême; Je n'en veux plus cueillir, même pour me parer: Mai si de tes amours leur durée est l'emblème, Tu ne m'aimeras pas longtemps comme je t'aime: La dernière s'entr'ouvre... elle m'a fait pleurer. En vain le grand ruisseau coule au pied du bocage, Il n'a pu les sauver des mortelles chaleurs. Les roses, les serments s'envolaient du rivage; Tout fuyait comme l'onde où tremblait mon image: Et tu n'es pas venu pour essuyer mes pleurs! Du discours des vieillards je demeure oppressée: Adieu... Non, je ne veux t'écouter ni m'asseoir; Chaque feuille qui tombe afflige ma pensée. Eh quoi! comme un parfum ma joie est donc passée? Plus d'espoir... plus de fleurs... apporte m'en ce soir! Bonsoir. Il a demandé l'heure; oh! le triste présage! Autrefois j'étais seule attentive à ce soin. Qui peut avant le soir l'appeler au village? Hélas! pour me répondre, il est déjà si loin! Je l'ai suivi des yeux pour rencontrer sa vue, Et sans me regarder il a doublé ses pas. Il n'a donc pas senti ma douleur imprévue? Je le devinais mieux quand il souffrait tout bas! Eh bien, je ne veux pas lui dire que je l'aime; Je ne l'aimerai plus, j'en aurai le pouvoir; Je l'ai déjà; déjà je ne suis plus la même... Ah! pour le lui prouver, que je voudrais le voir! Non, qu'il ne vienne pas! il prévient mon envie. Bonsoir... pourquoi mes pleurs tombent-ils sur ma main? Il m'a repris son coeur, je lui reprends ma vie... Mais, si je le pensais, vivrais-je encor demain! L'Orage. Oh! que la nuit est lente! De sa lueur tremblante, Elle attriste l'amour. J'entends gronder l'orage; Il trouble mon courage. Ne reverront-ils pas le jour Mes yeux voilés de pleurs d'amour? Délire où je me plonge, Fuyez, jaloux mensonge; Pourquoi m'offrir en songe La douleur dans l'amour? Ô moitié de mon âme, Tes yeux, remplis de flamme, Reviendront-ils, avec le jour, Tarir enfin mes pleurs d'amour! Mais la tardive aurore Ne brille pas encore, Et les yeux que j'adore Sont fermés à l'amour. L'orage en feu tourmente Et la nuit et l'amante: Ô toi, pour qui j'attends le jour, Me paieras-tu mes pleurs d'amour? Que Je Te Plains!. Dis-moi, fera-t-il beau demain? Demain te verrai-je, ma vie? Un beau jour te fait-il envie? Tu te tais en quittant ma main... Il ne fera pas beau demain. Ta gloire te demande un jour: Hélas! que ta gloire est heureuse! Elle rompt ta vie amoureuse. Pour moi, dans un siècle d'amour, La gloire n'aurait pas un jour. Demain, nous ne pouvons nous voir: Que n'es-tu dans un sort vulgaire! Content de m'aimer, de me plaire, L'amour serait ton seul devoir, Et demain nous pourrions nous voir! Heureux, dis-tu, qui n'aime pas! Toi qui fuis, quelles sont tes chaînes? Seule dans mes brûlantes peines, Sais-tu ce que je dis tout bas? «Que je te plains! Tu n'aimes pas.» La Séparation. Il le faut, je renonce à toi; On le veut, je brise ta chaîne. Je te rends tes serments, ta foi: Sois heureux, quitte-moi sans peine. Séparons-nous... attends, hélas! Mon coeur encor ne se rend pas! Toi qui fus mes seules amours, Le charme unique de ma vie, Une autre fera tes beaux jours, Et je le verrai sans envie. Séparons-nous... attends, hélas! Mon coeur encor ne se rend pas. Reprends-le ce portrait charmant Où l'amour a caché ses armes; On n'y verra plus ton serment, Il est effacé par mes larmes! Séparons-nous... attends, hélas! Mon coeur encor ne se rend pas. C'Est Moi. Si ta marche attristée S'égare au fond d'un bois, Dans la feuille agitée Reconnais-tu ma voix? Et dans la fontaine argentée, Crois-tu me voir quand tu te vois? Qu'une rose s'effeuille, En roulant sur tes pas, Si ta pitié la cueille, Dis! ne me plains-tu pas? Et de ton sein, qui la recueille, Mon nom s'exhale-t-il tout bas? Qu'un léger bruit t'éveille, T'annonce-t-il mes voeux? Et si la jeune abeille Passe devant tes yeux, N'entends-tu rien à ton oreille? N'entends-tu pas ce que je veux? La feuille frémissante, L'eau qui parle en courant, La rose languissante, Qui te cherche en mourant; Prends-y garde, ô ma vie absente! C'est moi qui t'appelle en pleurant. Un Moment. Un moment suffira pour payer une année; Le regret plus longtemps ne peut nourrir mon sort. Quoi! L'amour n'a-t-il pas une heure fortunée Pour celle dont, peut-être, il avance la mort? Une heure, une heure, amour! Une heure sans alarmes, Avec lui, loin du monde! Après ce long tourment, Laisse encor se mêler nos regards et nos larmes; Et si c'est trop d'une heure... un moment! Un moment! Vois-tu ces fleurs, amour? C'est lui qui les envoie, Brûlantes de son souffle, humides de ses pleurs; Sèche-les sur mon sein par un rayon de joie, Et que je vive assez pour lui rendre ses fleurs! Une heure, une heure, amour! Une heure sans alarmes, Avec lui, loin du monde! Après ce long tourment, Laisse encor se mêler nos regards et nos larmes; Et si c'est trop d'une heure... un moment! Un moment! Rends-moi le son chéri de cette voix fidèle: Il m'aime, il souffre, il meurt, et tu peux le guérir! Que je sente sa main, que je dise: «C'est elle!» Qu'il me dise: «Je meurs!» alors, fais-moi mourir. Une heure, une heure, amour! Une heure sans alarmes, Avec lui, loin du monde! Après ce long tourment, Laisse encor se mêler nos regards et nos larmes; Et si c'est trop d'une heure... un moment! Un moment! La Reconnaissance. Hélas! Que je dois à vos soins! Vous m'apprenez qu'il est perfide, Qu'il trompa mon amour timide: C'est vous qui le jurez du moins... Hélas! Que je dois à vos soins! Pressez votre main sur mon coeur Et jouissez de votre ouvrage. Le malheur me rend le courage; Mais pour juger de sa rigueur, Pressez votre main sur mon coeur! Adieu donc ma félicité! Adieu sa présence et ma vie! Oh! Que vous m'avez bien servie En me disant la vérité! Adieu donc ma félicité! Vous avez voulu me guérir, Cruelle!... Ah! Pardon! Je m'égare. Non, non, vous n'êtes point barbare; Je le crois, dussé-je mourir... Vous avez voulu me guérir! S'Il L'Avait Su. S'il avait su quelle âme il a blessée, Larmes du coeur, s'il avait pu vous voir, Ah! si ce coeur, trop plein de sa pensée, De l'exprimer eût gardé le pouvoir, Changer ainsi n'eût pas été possible; Fier de nourrir l'espoir qu'il a déçu: A tant d'amour il eût été sensible, S'il avait su. S'il avait su tout ce qu'on peut attendre D'une âme simple, ardente et sans détour, Il eût voulu la mienne pour l'entendre, Comme il l'inspire, il eût connu l'amour. Mes yeux baissés recelaient cette flamme; Dans leur pudeur n'a-t-il rien aperçu? Un tel secret valait toute son âme, S'il l'avait su. Si j'avais su, moi-même, à quel empire On s'abandonne en regardant ses yeux, Sans le chercher comme l'air qu'on respire, J'aurais porté mes jours sous d'autres cieux. Il est trop tard pour renouer ma vie, Ma vie était un doux espoir déçu. Diras-tu pas, toi qui me l'as ravie, Si j'avais su! On Me L'A Dit. Désirer sans espoir, Regarder sans rien voir, Se nourrir de ses larmes, S'en reprocher les charmes, S'écrier à vingt ans: «Que j'ai souffert longtemps!» Perdre jusqu'à l'envie De poursuivre la vie: On me l'a dit un jour, C'est le vrai mal d'amour. Dans ses songes secrets, Revoir les mêmes traits; Craindre la ressemblance Qu'on appelle en silence; En frémissant d'aimer, Apprendre à l'exprimer; Pleurer qu'un si doux songe Soit toujours un mensonge: On me l'a dit un jour, C'est le vrai mal d'amour. S'arracher aux accents, Que l'on écoute absents; Mais, en fuyant l'orage, Détester son courage; Trembler de se guérir, Le promettre... et mourir; Voilà ce qu'on ignore, Quand on espère encore: On me l'a dit un jour, C'est le vrai mal d'amour. Sans L'Oublier. Sans l'oublier on peut fuir ce qu'on aime, On peut bannir son nom de ses discours, Et de l'absence implorant le secours, Se dérober à ce maître suprême, Sans l'oublier! Sans l'oublier j'ai vu l'eau dans sa course, Porter au loin la vie à d'autres fleurs: Fuyant alors le gazon sans couleurs, J'imitai l'eau fuyant loin de la source, Sans l'oublier! Sans oublier une voix triste et tendre, Oh! que de jours j'ai vu naître et finir! Je la redoute encor dans l'avenir: C'est une voix que l'on cesse d'entendre, Sans l'oublier! Celle Qui Ne Rit Pas. Heureuses pastourelles, Qui cherchez, sous l'ormeau, Des lits de fleurs nouvelles Et la fraîcheur de l'eau, Par vos danses légères, Appelez-vous mes pas? Faites rire, bergères, Celle qui ne rit pas. Ruisseaux, où mes compagnes Brûlent de se revoir, Coulez de nos montagnes, Rendez-leur un miroir: Votre onde, qui soupire, Attirera mes pas; Ruisseaux, faites sourire Celle qui ne rit pas. Comme les hirondelles, J'ai chanté le printemps; Mais je n'aurai point d'ailes, Quand fuira le beau temps... Ah! si ma douce aurore Revenait sur ses pas, Elle rirait encore, Celle qui ne rit pas! Je Ne Sais plus, Je Ne Veux Plus. Je ne sais plus d'où naissait ma colère; Il a parlé... ses torts sont disparus; Ses yeux priaient, sa bouche voulait plaire: Où fuyais-tu, ma timide colère? Je ne sais plus. Je ne veux plus regarder ce que j'aime; Dès qu'il sourit tous mes pleurs sont perdus; En vain, par force ou par douceur suprême, L'amour et lui veulent encor que j'aime; Je ne veux plus. Je ne sais plus le fuir en son absence, Tous mes serments alors sont superflus. Sans me trahir, j'ai bravé sa présence; Mais sans mourir supporter son absence, Je ne sais plus! La Veillée Du Nègre. Le soleil de la nuit éclaire la montagne; Sur le sable désert faut-il encore rester? Doucement dans mes bras laisse-moi t'emporter; Bon maître, éveille-toi! marchons vers la campagne. Tes yeux sont clos depuis trois jours: Maître! dormiras-tu toujours? L'orage dans son vol a brisé les platanes; Le navire sans voile a disparu dans l'eau: De ton front tout sanglant, j'ai lavé le bandeau; Marchons, les pauvres noirs t'ouvriront leurs cabanes. Tes yeux sont clos depuis trois jours: Maître! dormiras-tu toujours? Je voudrais deviner ton rêve que j'ignore. Oh! que ce rêve est long! finira-t-il demain? Demain, en t'éveillant, presseras-tu ma main? Oui, je t'appellerai quand j'aurai vu l'aurore. Tes yeux sont clos depuis trois jours: Maître! dormiras-tu toujours? Mais la lueur du jour s'étend sur le rivage, Le flot porte sans bruit la barque du pêcheur; Viens!... que ton front est froid! quelle triste blancheur! Oh! maître! que ta voix me rendrait de courage! Tes yeux sont clos depuis trois jours: Maître! dormiras-tu toujours? A M. De Béranger. Bon captif, la fée Urgande A-t-elle oublié vos chants? N'est-elle pas assez grande Pour désarmer les méchans? Vers vous, quoique aussi petite, Un peu tendre, un peu proscrite, Et frêle comme un roseau, Je volerais vite, vite , Si j'étais petit oiseau! Où se cache l'espérance, Que vous attiriez des cieux? Longtemps elle a sur la France Semmé vos yeux gracieux. Pour la ramener au gîte Où le puissant, qu'elle irrite, Vous cache sous un réseau, Je volerais vite, vite, Si j'étais petit oiseau! Que dit la belle maîtresse Qu'on aime à vous voir aimer? Pour l'objet de sa tendresse Oh! qu'elle doit s'alarmer! Comme, au réduit qu'elle habite, Votre image qui l'agite Tourne autour de son fuseau, Je volerais vite, vite, Si j'étais petit oiseau! Chant D'Une Jeune Esclave. Il est un bosquet sombre où se cache la rose, Et le doux rossignol y va souvent gémir; Il est un fleuve pur dont le cristal l'arrose: Ce fleuve, on l'a nommé le calme Bendemir. Dans ma rêveuse enfance, où mon coeur se replonge, Lorsque je ressemblais au mobile roseau, En glissant sous les fleurs comme au travers d'un songe J'écoutais l'eau fuyante et les chants de l'oiseau. Je n'ai pas oublié cette musique tendre, Qui remplissait les airs d'un murmure enchanté; Dans ma chaîne souvent il m'a semblé l'entendre: J'ai dit: Le rossignol là-bas a-t-il chanté? Penchent-elles encor leurs têtes couronnées, Ces belles fleurs, dans l'eau que j'écoutais gémir? Non, elles étaient fleurs; le temps les a fanées, Et leur chute a troublé le calme Bendemir. Mais lorsqu'elles brillaient dans l'éclat de leurs charmes, Avant de s'effeuiller sur l'humide tombeau, On puisa dans leur sein ces odorantes larmes Qui rappellent l'été dont le règne est si beau! Ainsi le souvenir rend à mes rêveries Les chants du rossignol que j'écoutais gémir; Et ma chaîne s'étend jusqu'aux rives fleuries Où je crois voir couler le calme Bendemir. Une Reine. Un Barde a vu sa reine fugitive: Il dit qu'un luth, exprimant sa douleur, De son retour avertissait la rive Où la rappelle un trône... ou le malheur. Lorsque sa voix, et peut-être ses larmes, Faisaient pleurer les tristes matelots, Elle n'oppose à de perfides armes Que ce murmure apporté par les flots: «God save the king! J'avais quitté les liens de l'enfance, Pour me parer des chaînes de l'amour: Aimer son maître est sans doute une offense, Puisqu'à ma vie il n'a souri qu'un jour. Lorsque des pleurs roulaient sous ma paupière Et retombaient lentement sur mon coeur, Mon coeur tout bas mêlait à sa prière Cette prière encor pour mon vainqueur: God save the king! Seule souvent au berceau de sa fille, Formant des voeux qui n'étaient plus pour moi, Je lui disais: «A ma noble famille Mon jeune hymen n'offrira-t-il que toi!» Cachant alors mes pleurs sous ma couronne, D'un chant d'amour je berçais son sommeil; Et de ce chant, dont la rive résonne, Ma voix toujours salua son réveil: God save the king! Sur mon front triste, abattu, mais sans crainte, On cherche en vain la trace d'un remord: Jamais mon front n'en recevra l'empreinte, Et je la laisse à qui rêve ma mort. Qu'au moins la mort m'attende à ton rivage, Ô beau pays qui vis mes plus beaux jours! En d'autres jours si tu vois mon naufrage, Dis que ta reine au moins chanta toujours: God save the king!» A Mademoiselle Mars. De Thalie, Plus jolie, Quand Mars enchante les jeux, Cette Muse Qui s'amuse Semble rire dans ses yeux. L'amour même D'un emblème Entoure son front charmant: Pour couronne, Il lui donne, La perle et le diamant. Sans rivale, Sans égale, Elle règne avec douceur. Une Grâce Suit sa trace, Elle croit suivre une soeur. Comme Aurore Est encore Plus belle en versant des pleurs, Quelques larmes, Sur ses charmes, Semblent rouler sur des fleurs. L'Oraison. Je reviens à vos pieds, Marie, Me sauver du malheur d'aimer: L'oraison qui m'avait guérie Ne vaut plus rien pour me calmer. J'avais oublié de la dire Le soir qu'Olivier me parla: Triste, il parle comme on soupire, Et cette plainte me troubla. J'en grondai mon âme étonnée: Vierge des pleurs, vous savez bien Que je fus trop infortunée Pour renouer un doux lien! Et quand cette voix douloureuse Murmure et se plaint de son sort, Il faut que je sois bien peureuse Pour n'oser dire: Parle encor! Je viens donc essayer d'apprendre Un secret, vous en avez tant! Pour qu'il ne puisse me surprendre, Et qu'il devienne heureux pourtant! Hais si je dois être guérie, Sans qu'il y trouve le bonheur, Il n'est pas d'oraison, Marie, Que je puisse apprendre par coeur! Son Retour. Hélas! Je devrais le haïr! Il m'a rendu le mal de l'âme, Ce mal plein de pleurs et de flamme, Si triste, si lent à guérir! Hélas! Je devrais le haïr. Il m'a rapporté ce tourment Qu'avait assoupi son absence: Dans le charme de sa présence, Dans mon nom, qu'il dit tristement, Il m'a rapporté ce tourment. Dans le baiser pur du retour Lorsque son âme m'a cherchée, La mienne en vain s'était cachée: La mienne a reconnu l'amour Sous le baiser pur du retour. Il dit qu'il ne s'en ira plus: Quelle frayeur dans cette joie! Vous voulez que je le revoie, Mon Dieu! Nous sommes donc perdus: Il dit qu'il ne s'en ira plus! La Piqûre. De ses fuseaux légèrement blessée, D'où vient qu'Isaure a regardé vers toi? J'allais courir, à ses cris, empressée, J'allais courir... mais lui cours mieux que moi. Pourquoi tes yeux, pleins d'une pitié tendre, Sont-ils restés si longtemps sur les siens? D'où vient qu'Isaure a paru les entendre? Qu'ils me font mal sur d'autres que les miens! Que je fus triste en la voyant sourire! Que je tremblai quand tu soutins ses pas! Tu la plaignais... Que n'ai-je osé te dire: C'est moi qui souffre, et tu ne le vois pas! Tu pris sa main, tu cherchas sa blessure; Pour la guérir, tu la couvris de fleurs; C'étaient mes fleurs! elle est mieux, j'en suis sûre. Pourquoi faut-il qu'il m'en coûte des pleurs! La Jeune Châtelaine. "Je vous défends, châtelaine, De courir seule au grand bois." M'y voici, tout hors d'haleine, Et pour la seconde fois. J'aurais manqué de courage Dans ce long sentier perdu; Mais que j'en aime l'ombrage! Mon seigneur l'a défendu. "Je vous défends, belle mie, Ce rondeau vif et moqueur." Je n'étais pas endormie Que je le savais par coeur. Depuis ce jour je le chante; Pas un refrain n'est perdu: Dieu! que ce rondeau m'enchante! Mon seigneur l'a défendu. "Je vous défends sur mon page De jamais lever les yeux. " Et voilà que son image Me suit, m'obsède en tous lieux. Je l'entends qui, par mégarde, Au bois s'est aussi perdu: D'où vient que je le regarde? ' Mon seigneur l'a défendu. Mon seigneur défend encore Au pauvre enfant de parler; Et sa voix douce et sonore Ne dit plus rien sans trembler. Qu'il doit souffrir de se taire! Pour causer quel temps perdu! Mais, mon page, comment faire? Mon seigneur l'a défendu. Notre-Dame D'Amour. Qu'attend-il sur la route Ce guerrier voyageur? L'idole de son coeur, C'est la gloire, sans doute! Mais A Notre-Dame d'Amour Il priait l'autre jour, Bien que Ton dût m'attendre, J'ai ralenti mes pas: Nais il priait trop bas; Dieu seul pouvait l'entendre. Ah! si Notre-Dame d'Amour Voulait parier un jour! Ne sait-il de victoire Qu'en suivant son drapeau? Que sert-il d'être beau Pour n'aimer que la gloire? Est-ce bien là, Dame d'Amour? Son voeu de l'autre jour? Un charme m'environne... Vous qui pries pour nous, Pourquoi sur vos genoux. Posa-t-il ma couronne? Faudra-t-il pas, Dame d'Amour, Qu'il me la rende un jour? La Vallée. Non! je ne Terrai plus de si belle vallée, Que celle où sur tes pas je descendis un jour; Où l'eau, parmi les fleurs lentement écoulée, Trouve une eau qui la cherche et s'y joint sans retour. J'étais bien! tout parlait à mon a me ravie. Ah! les derniers rayons du jour et de la vie Répandront sur mes yeux leur mourante langueur, Avant que ce tableau s'efface de mon coeur. Et, pourtant, ce n'est pas cette belle verdure, Ces ruisseaux murmurans sous les jeunes roseaux, Ni cette ombre des bois, cette ombre où la nature Hélait son harmonie au doux chant des oiseaux; Non, ce n'est pas du ciel la lumière enchantée, Ni l'onde éblouissante, où ma vue arrêtée Ne pouvait soutenir l'éclat d'un sable d'or, Qui fait on y rêvant que je tressaille encor: C'était toi, mon amour , mon avenir , mon âme! C'était toi, qui m'aimais; toi, qui semblais heureux.' C'était ton regard pur qui répandait sa flamme Sur notre plus beau jour réfléchi dans tes yeux. Le veux-tu? retournons sous ces paisibles ombres , Loin d'un monde orageux, loin de nos cités sombres; Tiens! cachés dans les fleurs, nos destins, nos amours, Comme les deux ruisseaux se confondront toujours! La Fiancée Du Marin. Tristesse amère Ne peut crier: Pourtant, ma mère. Je veux prier. Là-haut peut-être On m'entendra: Qui m'a fait naître Me soutiendra. J'aime qui m'aime Ta me quitter; Cette nuit même Doit l'emporter. Le temps est sombre, Et sur les flots Voyez-vous l'ombre Des matelots? Dans leur nacelle Il s'engagea; C'est encor celle Qui naufrages! On tend la Toile; O désespoir! Pas une étoile Pour l'entrevoir. A la chapelle, Avant le jour, Un voeu m'appelle, Un voeu d'amour. (?) Il doit m'attendre; J'y porte encor Un baiser tendre, Un anneau d'or. Don de mon père, C'est le dernier: (?) Qu'il soit prospère Au marinier! C'est le symbole De mon lien; Pour mon idole Je n'ai plus rien. Hais j'entends Jatne Qui crie "Adieu!" Et ma pauvre ame 8'en va vers Dieu! Regarde-le... Regarde-le, mais pas longtemps: Un regard suffira, sois sûre, Pour lui pardonner la blessure Qui fit languir mes doux printemps. Regarde-le, mais pas longtemps! S'il parle, écoute un peu sa voix: Je ne veux pas trop t'y contraindre: Je sais combien elle est à craindre, Ne l'en tendît-on quelque fois: S'il parle, écoute un peu sa voix! Tu ne haïras plus son nom, Ce nom mêlé dans na prière; Tu l'écouteras tout entière, Sans courroux, sans reproche: oh! non, Tu ne haïras plus sou nom. Au fond du coeur tu m'entendras, Quand je die: J'ai cessé de vivre; Quand je refuse de te suivre; Enfin, quand tu le connaîtras, Au fond du coeur tu m'entendras! Tais-toi, s'il demande à me voir: J'ai pu fuir sa volage ivresse; Hais me cacher à sa tendresse, Dieu n'en donne pas le pouvoir: Tais-toi s'il demande à me voir. Si je l'accusais devant toi, Appelle un moment son image. Avec le feu de son langage, Défends-le par pitié pour moi! Si je l'accusais devant toi! Je L'Ai Vu. Ha soeur, il ne faut me blâmer Si ma tristesse est sans colère: Je ne peux me sauver d'aimer, Et celui qui m'aima ne doit plus me déplaire. Laisses d'un retour imprévu, Laisses-moi goûter tous les charmes. Hélas 1 j'ai retrouvé des larmes; Mais je l'ai vu! Si vous saviez quel doux transport Se répand dans l'âme agitée, Quand celui qui fit notre sort Ranime, en s'y montrant, une fête attristée! Que je l'aime! il est revenu. Je ne sens plus sa froide absence: Lui n'a pas senti ma présence; Mais je l'ai vu! Ma soeur, quel plaisir douloureux Le bonheur perdu laisse encore! Quel charme de revoir heureux L'objet, l'unique objet qu'on pleure et qu'on adore! Ce sourire si bien connu Nous rappelle tant d'espérance! Il réveille aussi la souffrance; Mais je l'ai vu! Peut-être est-il quelques beaux jours Cachés dans ma mélancolie; Peut-être il sait aimer toujours; Et moi, je ne saurai jamais comme on oublie; Enfin, si d'un trait plus aigu L'insensé frappait ma tendresse, Pleure sur sa faible maîtresse... Mais je l'ai vu! Le Calvaire. Puisque tu vas, Angélique, Au calvaire des Roseaux, Rapporte-moi, pour relique, Une froide fleur des eaux. On ne dort pas sous la haire: La nuit on m'entend gémir; Et les fleurs du vieux Calvaire, On me l'a dit, font dormir. Pauvre Angélique, à ton âge, Quand on part seule, et nu pied, Pour un long pèlerinage, N'y va-t-on que par pitié?.. Sur la sauvage bruyère, Colombe, qui vas gémir, Offre à Dieu quelque prière Pour que je puisse dormir. Mais quel philtre, quel breuvage Endort, au feu des éclairs, Le ramier dans l'esclavage, (?) Quand l'été brûle les airs? Daigne la foudre descendre Sur l'oiseau né pour gémir; Car peut-être sous la cendre On le laissera dormir! ?h! si j'osais, ma compagne, Ne dérober sur tes pas, Dans l'air vif de la montagne, J'oublierais... parlons plus bas! Ici, l'on meurt de ses peines, Mais il n'en faut pas gémir. Enfant, tu n'as pas de chaînes; Tu fuis... mais tu peux dormir! Crois-tu qu'un grand sacrifice Puisse être agréable à Dieu? Eh bien! qu'il me soit propice, Je le joins à notre adieu. Porte au Calvaire une image Dont chaque trait fait gémir; Car c'est elle, quel dommage! Qui m'empêche de dormir. Tu jetteras dans l'eau sainte Ce noeud défait, cette fleur, Et cet anneau d'hyacinthe Que je cachais sur mon coeur. Va-t'en! je n'ai plus à rendre Qu'une âme ardente à souffrir; Béni soit qui doit t'apprendre Que Dieu daigna l'endormir! L'Ange Et Le Rameau. Que ce rameau béni protège ta demeure! L'ange du souvenir me l'a donné pour toi! Toi qui n'aimera pas que l'on pleure, Sois heureux, plus heureux que moi! Écoute: À ce rameau j'attache une espérance: L'ange qui me conduit sait mon coeur comme toi; S'il a bien compris ma souffrance, 8ois heureux, plus heureux que moi! J'ai respiré l'encens de ce vieux sanctuaire, Et je m'y suis assise, et j'ai prié pour toi? Je n'ai dit que cette prière: 8ois heureux, plus heureux que moi! Pour passer près de toi j'ai fait un long voyage; Nais l'ange me rappelle et veut m'ôter A toi. Adieu... Donne-moi du courage: Sois heureux, plus heureux que moi! Le Bon Ermite. "Ermite, votre chapelle S'ouvre-t-elle au malheureux? Hélas! elle me rappelle Un temps cher et douloureux! C'est moi... de votre colère Les éclats sont superflus; Un autre que vous m'éclaire: Mon père, il ne m'aime plus! Cette jeune infortunée Que vous maudîtes un jour, Qui, devant vous prosternée, Osa défendre l'amour, C'est moi, faible pénitente Dans tous mes voeux confondus. Que .votre âme soit contente: Mon père, il ne m'aime plus! Vous ne direz plus, ô mon père, (?) Que le ciel va me punir; L'amour, comme vous sévère, A daigné le prévenir: Ce guide ingrat que j'adore Fuit mes pas qu'il a perdus. Qui peut me punir encore? Mon père, il ne m'aime plus! Le monde n'a point d'asile Qui soit doux au repentir: Hé bien! rendez-moi facile Un chemin pour en sortir. Me faudra-t-il, dans l'orage, Traîner mes jours abattus? Je n'en ai pas le courage: Mon père, il ne m'aime plus! De cette croix où je pleure N'exile pas mes aveux, Et tous saurez tout à l'heure, Ermite, ce que je veux: Quelques pleurs, un peu de cendre, Sur ma tombe répandus... Ail! qu'il m'est doux d'y descendre: Mon père, il ne m'aime plus! A peine une faible aurore Passait sur les jeunes fleurs, Que le bon ermite encore Versait la cendre et les pleurs. Longtemps et objet trop tendre (?) Troubla ses songes confus; Et, triste, il croyait entendre: "Mon père, il ne m'aime plus! " Pèlerinage. Pour aller en Galice Expier met amours, Demain, sous un cilice, J'éteindrai mes beaux jours. Ha fidèle serrante, Ceignes-moi mon manteau; 8a couleur représente La cendre du tombeau. Adieu ma chevelure, Tes noeuds sont trop posons; Je rends à la nature D'inutiles présens. La joie évanouie Laisse comme un remord; Et, seule dans ma rie, Je suis triste à la mort. Ma patronne m'appelle; Et, lasse de souffrir, Je m'en rail auprès d'elle Achever de mourir. Sous mes pieds nus, sans doute, Le chemin sera dur: Et je vois sur ma route La demeure d'Arthur. Penché sur aa fenêtre, Dira-t-il: " Elle a froid? " Et , sans me reconnaître, Prîra-t-il Dieu pour moi? A mon pèlerinage, Dieu, prêtes votre appui; Et places un nuage Entre mon âme et lui! L'Espoir. Je voudrais aimer autrement: Hélas! je voudrais être heureuse! Pour moi l'amour est un tourment; La tendresse m'est douloureuse. Ah! que je voudrais être heureuse! Que je voudrais être autrement! Vous dites que je changerai; Gomme vous je le crois possible. Mon coeur ne sera plus sensible; Je l'espère, car je mourrai. Oui 1 si la mort peut l'impossible, Vous dites vrai, je changerai! La Novice. Une jeune et blanche novice, A l'ombre des bosquets cloîtrés Rêvant à son pur sacrifice, Promenait ses voeux timorés; Et sur des agnus consacrés Chantait des cantiques sacrés. " Ici nous vivons, disait-elle, Mortes aux terrestres douleurs, Et les anges sous leur tutelle Nous gardent des tendres malheurs; Nos soupirs, sur l'encens des fleurs, S'eu vont aux ci eux avec nos pleurs. " Amour! laisse en paix ma cellule! Soeur Isaure dit qu'autrefois Une sainte jeune et crédule Te prit pour un ange, à ta voix; Et que l'ange, au pied de la croix, Te ressemble, sans ton carquois. " L'Amour alors prêta l'oreille; Il dormait sur l'aile du vent. Un soupir l'offense et l'éveille; Hélas 1 qu'il s'éveille souvent! Comme un ange ami du couvent, Il apparut tendre et fervent. Ses yeux bleus, rians et perfides, Amortis par la piété, Lancèrent des flammes timides Au coeur de la jeune beauté. "Dieu! dit-elle, à votre clarté, Je vois un ange en vérité! " Cet ange aux mystiques paupières Est un dieu cruel et moqueur; Tes pleurs, ton encens, tes prières, Ne guériront pas ta langueur: Tu ne finiras plus vainqueur, Jeune sainte; il est dans ton coeur. Ses yeux illuminent ton âme, Ses soupirs répondent aux liens; Les autels brûlent de sa flamme, Et tes feux ne sont plus chrétiens; Grand Dieu! ses trompeurs entretiens Séduiraient les anges gardiens! L'amour. Tous demandes si l'amour rend heureuse; Il le promet, croyez-le, fut-ce un jour. Ah! pour un jour d'existence amoureuse, Qui ne mourrait? la rie est dans l'amour. Quand je Tirais, tendre et craintive amante, Avec ses feux je peignais ses douleurs: Sur son portrait j'ai versé tant de pleurs , Que cette image en parait moins charmante. Si le sourire, éclair inattendu, Brille parfois eu milieu de mes larmes, C'était l'amour; c'était lui, mais sans armes; C'était le ciel... qu'avec lui j'ai perdu. Sans lui, le coeur est un foyer sans flamme; Il brûle tout, ce doux empoisonneur. J'ai dit bien vrai comme il déchire une âme: Demandes donc s'il donne le bonheur! Tous le taures: oui, quoi qu'il en puisse être, De gré, de force, amour sera le maître; Et, dans sa fièvre alors lente k guérir, Vous souffrirez, ou vous ferez souffrir. Dès qu'on l'a vu, son absence est affreuse: Dès qu'il revient, on tremble nuit et jour; 8ouvent enfin la mort est dans l'amour; Et cependant... oui, l'amour rend heureuse! L'Églantine. Eglantine! humble fleur comme moi solitaire, Ne crains pas que sur toi j'ose étendre ma main: 8ans en être arrachée orne un moment la terre; Et comme un doux rayon console mon chemin. Quand les tièdes zéphyrs s'endorment sous l'ombrage, Quand le jour fatigué ferme ses yeux brûlans, Quand l'ombre se répand et brunit le feuillage, Par ton souffle, vers toi, guide mes pas tremblans. Mais ton front, humecté par le froid crépuscule, Se penche tristement pour éviter tes pleurs; Tes parfums sont enclos dans leur blanche cellule, Et le soir a changé ta forme et tes couleurs. Rose, console-toi! le jour qui va paraître Rouvrira ton calice à ses feux ranimé; Ta mourante auréole y il la fera renaître; Et ton front reprendra son éclat embaumé. Fleur au monde étrangère, ainsi que toi dans l'ombre Je me cache et je cède à l'abandon du jour; Hais un rayon d'espoir enchante ma nuit sombre: Il vient de l'autre rive... et j'attends son retour. Le Prisonnier De Guerre. Tu t'en vas? Reste encore: Je te perds pour longtemps! Et tu vois que l'aurore Luit depuis peu d'instans. Tantôt sur le rivage Je marcherai sans toi: J'y reste en esclavage, Pauvre de moi! Nous ayons vu la vie Sous les mêmes couleurs; Elle a pu faire envie, Car elle eut bien des fleurs. La guerre était la gloire, J'y courus avec toi: J'ai payé la victoire, Pauvre de moi! Sur combien de blessures A-t-on rivé nos fers? Us en font de plus sûres, Dans leurs prisons d'enfers. J'ai raillé ma souffrance, Enchaîné près de toi; Mais tu pars pour la France, Pauvre de moi! Ma plaie envenimée Arrête ici mes pas; Morte elle et renfermée, (?) Elle s'aigrit tout bas Sur un ponton de guerre Faut-il languir sans toi? Je te suivais naguère , Pauvre de moi! Si ma blonde Angeline, En te voyant passer, Inquiète, s'incline, Timide à t'embrasser; A cet ange modeste, Qui m'attend avec toi, Ne dis pas où je reste, Pauvre de moi! Au foyer de ton pire Si le mien va t'asseoir, Mon nom sera, j'espère, Dans vos récits du soir, Quand ses yeux pleins de larmes S'attacheront sur toi, Fais-lui bénir nos armes, Pauvre de moi! Réponds-Moi. T'ai-je vu chez mon père, Dans l'âge où tout est beau, Comme je dois, j'espère, Te voir près du tombeau? Sur les bords de ma vie, Vins-tu voir après moi? Oui, quelqu'un m'a suivie, Et je crois que c'est toi! Quand tout semble un hommage A nos yeux entr'ouverts, Ai-je vu ton image Peinte tuf l'univers? . Et loi, sous une flamme Dont le ciel t'éclairait, Dans le fond de ton ans Cachais-tu mon portrait? Aimais-tu l'humble école Où j'allais autrefois? L'ange, qui la console, Parlait-il dans ta voix? Et, quand j'appris à lire Ha prière à genoux, Vins-tu m'aider à dire: "Mon Dieu, bénissez-nous! " A l'étroite fenêtre, Où riait un jasmin , Quand je n'osais paraître Élevais-tu ta main? Oui! la mémo ombre encore Glissait dans le soleil, Et jusqu'à l'autre aurore Passait sur mon sommeil! Dans l'enclos plein d'ombrage, Où j'avais frais et peur, Plaçais-tu ton oourage Entre l'ombre et mon coeur? Pour causer sans médire, Y venais-tu t'asseoir Et, sans pouvoir sourire, . Noua disions-nous: "Bonsoir:" Tai-je aimé la première, Lorsque ta main s'ouvrait Au pauvre sans chaumière, Dont la flûte pleurait? Le demandeur d'aumène A-t-il béni nos jours? Et devant sa Madone Avons-nous dit: " Toujours! " T'ai-je conté mes peines, Quand je crus en avoir? Un jour... triste à nos plaines, M'as-tu dit: " Au revoir! " Pour un âge plus tendre M'as-tu promis des fleurs? Sais-tu qu'à les attendre J'ai versé bien des pleurs? Sais-tu que leoiel même T'ouvrit notre maison? Et que ton nom que j'aime Se trouve dans mon nom? Mais à ma confidence N'as-tu pas répondu? Oui! jusqu'en ton silence, Je t'ai tout entendu! Le Dernier Rendez-Vous. Hou teu) amour! embrasse-moi. Si la mort me veut ayant toi, Je bénit Dieu; tu m'as aimée! Ce doux hymen eut peu d'instant: Tu yois; les fleurs n'ont qu'un printemps, Et la rose meurt embaumée. Hais quand, sous tes pieds, renfermée, (?) Tu viendras me parler tout bas, Crains-tu que je n'entende pas? Je t'entendrai, mon seul amour! Triste dans mon dernier séjour, Si le courage t'abandonne; Et la nuit, sans te commander, J'irai doucement te gronder, Puis te dire: " Dieu nous pardonne! " Et, d'une voix que le ciel donne, Je te peindrai les cieux tout bas: Crains-tu de ne m'entendre pas? J'irai seule, en quittant tes yeux, T'attendre & la porte des cieux, Et prier pour ta délivrance. Oh! dussé-je y rester longtemps, Je veux y couler mes instans A t'adoucir quelque souffrance; Puis, un jour, avec 1'espérance , Je viendrai délier tes pais: Crains-tu que je ne vienne pas? Je viendrai, car tu dois mourir, Sans être las de me chérir: Et comme deux ramiers fidèles, Séparés par de sombres jours, Pour monter où l'on vit toujours, Nous entrelacerons nos ailes! Là, nos heures sont éternelles: Quand Dieu nous l'a promis tout bas, Crois-tu que je n'écoutais pas? ******************************************************** Jamais Adieu. Ne t'en va pas, reste au rivage; L'amour le veut, crois-en l'amour. La mort sépare tout un jour: Tu fais comme elle; ah! quel courage! Vivre et mourir au même lieu, Dire: « Au revoir! », jamais: « Adieu! » Quitter l'amour pour l'opulence! Que faire seul avec de l'or? Si tu reviens, vivrai-je encor? Entendras-tu dans mon silence? Vivre et mourir au même lieu, Dire: « Au revoir! », jamais: « Adieu! » Leur diras-tu: « Je suis fidèle! » Ils répondront: « Cris superflus, Elle repose, et n'entend plus. Le ciel du moins eut pitié d'elle! » Vivre et mourir au même lieu, Dire: « Au revoir! », jamais: « Adieu! » L'Attente. Olivier, je t'attends! déjà l'heure est sonnée; Je viens de tressaillir comme au bruit de tes pas: Le soleil qui s'éteint va clore la journée; Ici j'attends l'amour, et l'amour ne vient pas. Le berger lentement regagne sa demeure; Tout est triste au vallon; Olivier n'est pas là! De notre rendez-vous lui-même a fixé l'heure. Je n'avais rien promis, et pourtant me voilà. Adieu, mon Olivier, je m'en vais au village; Pour toi je l'ai quitté; j'y retourne sans toi. Demain pour t'excuser tu viendras au bocage; J'y laisse mon bouquet, il parlera pour moi! Le Hameau. Que n'as-tu comme moi pris naissance au village! Que n'as-tu pour tout bien un modeste troupeau! Olivier! les trésors d'un brillant héritage Valent-ils le bonheur que t'offrit le hameau? Tu vas donc sans regret quitter ce simple asile! Le calme pour le bruit, et les champs pour la cour! Tes beaux jours, Olivier, couleront à la ville, Et moi dans un hameau je vais mourir d'amour. Si jamais au village un regret te ramène, Si tes pas incertains s'égarent au vallon, Tu verras nos deux noms gravés sur le vieux chêne, Et le coeur qui t'aima couvert d'un froid gazon. Comme la fleur des bois qui se dessèche et tombe, Le soir d'un jour brûlant verra finir mon sort; Et notre bon pasteur écrira sur ma tombe: « Olivier! ne plains pas la douleur qui s'endort. » Le Nom D'Olivier. Un étranger vint un jour au bocage; On célébrait la noce de Julien; Je crus qu'Amour arrivait au village, Et mon regard s'arrêta sur le sien. On l'entoura: moi, je restai muette. Il fit danser l'épouse de Julien. Le bouquet blanc tomba du sein d'Annette. Et je tremblai qu'il ne donnât le sien. Qu'elle est heureuse, Annette, mon amie! Pour son époux elle a nommé Julien. Quel nom, me dis-je, embellira ma vie, Si l'étranger ne m'apprend pas le sien? Il m'aborda: Dieu! que j'étais craintive! Il me parla du bonheur de Julien. En rougissant, je m'éloignai pensive; En m'éloignant, mon coeur chercha le sien. Il me suivit: je ne pus m'en défendre. Il était tendre et plus beau que Julien. Sa voix tremblait; mais, si j'ai su l'entendre, Notre hameau sera bientôt le sien! Le Pardon. Je me meurs, je succombe au destin qui m'accable. De ce dernier moment veux-tu charmer l'horreur? Viens encore une fois presser ta main coupable Sur mon coeur. Quand il aura cessé de brûler et d'attendre, Tu ne sentiras pas de remords superflus; Mais tu diras: « Ce coeur, qui pour moi fut si tendre, N'aime plus. » Vois l'amour qui s'enfuit de mon âme blessée, Contemple ton ouvrage et ne sens nul effroi: La mort est dans mon sein, pourtant je suis glacée Moins que toi. Prends ce coeur, prends ton bien! L'amante qui t'adore N'eut jamais à t'offrir, hélas! Un autre don; Mais en le déchirant, tu peux y lire encore Ton pardon. Les Cloches Du Soir. Quand les cloches du soir, dans leur lente volée, Feront descendre l'heure au fond de la vallée; Quand tu n'auras d'amis, ni d'amours près de toi, Pense à moi! pense à moi! Car les cloches du soir avec leur voix sonore A ton coeur solitaire iront parler encore; Et l'air fera vibrer ces mots autour de toi: Aime-moi! aime-moi! Si les cloches du soir éveillent tes alarmes, Demande au temps ému qui passe entre nos larmes: Le temps dira toujours qu'il n'a trouvé que toi, Près de moi! près de moi! Quand les cloches du soir, si tristes dans l'absence, Tinteront sur mon coeur ivre de ta présence: Ah! c'est le chant du ciel qui sonnera pour toi, Et pour moi! et pour moi! Le Soir. (II) Sur la musique de Garni. En vain l'aurore, Qui se colore, Annonce un jour Fait pour l'amour; De ta pensée Tout oppressée, Pour te revoir, J'attends le soir. L'aurore en fuite, Laisse à sa suite Un soleil pur, Un ciel d'azur: L'amour s'éveille; Pour lui je veille; Et, pour te voir, J'attends le soir. Heure charmante, Soyez moins lente! Avancez-vous, Moment si doux! Une journée Est une année, Quand pour te voir, J'attends le soir. Un voile sombre Ramène l'ombre; Un doux repos Suit les travaux: Mon sein palpite, Mon coeur me quitte... Je vais te voir; Voilà le soir. Source: http://www.poesies.net