Les Psaumes. Par Le Chevalier De Racan (Honorat de Bueil) (1589-1670) TABLE DES MATIERES PSEAUME 1 PSEAUME 2 PSEAUME 3 PSEAUME 4 PSEAUME 5 PSEAUME 6 PSEAUME 7 PSEAUME 8 PSEAUME 9 PSEAUME 10 PSEAUME 11 PSEAUME 12 PSEAUME 13 PSEAUME 14 PSEAUME 15 PSEAUME 16 PSEAUME 17 PSEAUME 18 PSEAUME 19 PSEAUME 20 PSEAUME 21 PSEAUME 22 PSEAUME 23 PSEAUME 24 PSEAUME 25 PSEAUME 26 PSEAUME 27 PSEAUME 28 PSEAUME 29 PSEAUME 30 PSEAUME 31 PSEAUME 32 PSEAUME 33 PSEAUME 34 PSEAUME 35 PSEAUME 36 PSEAUME 37 PSEAUME 38 PSEAUME 39 PSEAUME 40 PSEAUME 41 PSEAUME 42 PSEAUME 43 PSEAUME 44 PSEAUME 45 PSEAUME 46 PSEAUME 47 PSEAUME 48 PSEAUME 49 PSEAUME 50 PSEAUME 51 PSEAUME 52 PSEAUME 53 PSEAUME 54 PSEAUME 55 PSEAUME 56 PSEAUME 57 PSEAUME 58 PSEAUME 59 PSEAUME 60 PSEAUME 61 PSEAUME 62 PSEAUME 63 PSEAUME 64 PSEAUME 65 PSEAUME 66 PSEAUME 67 PSEAUME 68 PSEAUME 69 PSEAUME 70 PSEAUME 71 PSEAUME 72 PSEAUME 73 PSEAUME 74 PSEAUME 75 PSEAUME 76 PSEAUME 77 PSEAUME 78 PSEAUME 79 PSEAUME 80 PSEAUME 81 PSEAUME 82 PSEAUME 83 PSEAUME 84 PSEAUME 85 PSEAUME 86 PSEAUME 87 PSEAUME 88 PSEAUME 89 PSEAUME 90 PSEAUME 91 PSEAUME 92 PSEAUME 93 PSEAUME 94 PSEAUME 95 PSEAUME 96 PSEAUME 97 PSEAUME 98 PSEAUME 99 PSEAUME 100 PSEAUME 101 PSEAUME 102 PSEAUME 103 PSEAUME 104 PSEAUME 105 PSEAUME 106 PSEAUME 107 PSEAUME 108 PSEAUME 109 PSEAUME 110 PSEAUME 111 PSEAUME 112 PSEAUME 113 PSEAUME 114 PSEAUME 115 PSEAUME 116 PSEAUME 117 PSEAUME 118 PSEAUME 119 PSEAUME 120 PSEAUME 121 PSEAUME 122 PSEAUME 123 PSEAUME 124 PSEAUME 125 PSEAUME 126 PSEAUME 127 PSEAUME 128 PSEAUME 129 PSEAUME 130 PSEAUME 131 PSEAUME 132 PSEAUME 133 PSEAUME 134 PSEAUME 135 PSEAUME 136 PSEAUME 137 PSEAUME 138 PSEAUME 139 PSEAUME 140 PSEAUME 141 PSEAUME 142 PSEAUME 143 PSEAUME 144 PSEAUME 145 PSEAUME 146 PSEAUME 147 PSEAUME 148 PSEAUME 149 PSEAUME 150 PSEAUME 1 Ô bien-heureux celuy qui prit dès son printemps La vertu pour objet de ses premieres flâmes, Et qui n'a point hanté les forts esprits du temps, Dont la contagion perd les corps et les âmes! Ils disent que le sort regne seul dans les cieux, Que les foudres sur nous tombent à l'avanture; Ils disent que la crainte est mere des faux-dieux, Et n'en connoissent point d'autre que la nature. Ce poison des esprits corrompt toute ma cour, Et l'ame dont la foy n'en est point pervertie Avecque l'eternel s'entretient nuit et jour, Et rend grace aux bontez qui l'en ont garantie. Tel qu'on voit sur le Nil, loin des vents inconstans, L'arbre dont la grandeur nous plaist et nous etonne, De qui l'ombrage épais réjoüit le printemps, Et dont les fruits sans nombre enrichissent l'automne : Aux injures de l'air il n'est point exposé; Son tronc est venerable en la coste voisine, Et, par les pures eaux dont il est arrosé, Produit des rejettons dignes de sa racine. Ainsi l'homme qui fuit l'abord des medisans Et chemine en la voye où le seigneur l'adresse, De l'honneur qu'il acquiert en l'avril de ses ans, A pour sa recompense une heureuse vieillesse. Il met son assurance en la divinité; Il luy fait de son coeur son offrande et son temple, Et sa vertu renaist en sa posterité Par sa saine doctrine et par son bon exemple. Mais tout l'heur des mechans, leur gloire et leurs plaisirs, S'envolent comme font les sables des rivages, Qui servent de jouët à ces jeunes zephirs Qui ne sont point encore employez aux orages. De ces coeurs endurcis les cris sont superflus. Dieu rendra leurs langueurs sans fin et sans pareilles; Leurs pleurs et leurs soûpirs ne le toucheront plus : Sa justice est pour eux sans yeux et sans oreilles. PSEAUME 2 Où courent ces mechans? De quelle aveugle erreur Veulent-ils exercer leur rebelle fureur? Quel orgueil les anime? Dieu, qui des potentats est l'eternel appuy, Punit ce que l'on fait contre un roy legitime Comme fait contre luy. Ils disent, enyvrez de leur temerité : " secoüons nostre joug, domptons l'autorité Qui maintenant nous dompte. " Mais l'eternel mettra leur audace à mepris, Et d'un si vain complot ils n'auront que la honte De l'avoir entrepris. Ennemis du seigneur, qui son oint opprimez, Quand ses yeux et ses bras vous paroistront armez D'eclairs et de tempestes, De quels ruisseaux de pleurs le rapaiserez-vous Pour faire detourner de vos coupables testes Les traits de son courroux? Vous ne le verrez plus touché du sentiment Qu'il a quand sa bonté plaint de son châtiment La juste vehemence : Vos crimes ont banni la pitié de son coeur, Et luy feront changer son extréme clemence En extréme rigueur. Pouvez-vous ignorer que c'est luy dont les loix Font qu'avecque respect l'orgueilleux front des rois Luy rend obeissance; Que c'est celuy qui tient la foudre dans les mains, Et qui peut, quand il veut, me donner la puissance Qu'il a sur les humains? Ce dieu, dont vous tenez l'estre et la verité, M'a dit : " je veux, mon fils, que ton autorité Soit par tout reverée. Tu m'es egal en tout, et le seras sans fin; Je t'engendre en ce jour d'eternelle durée, Qui n'a point de matin. Depuis les bords du Nil jusques au Tanaïs, Les peuples soûmettront leurs coeurs et leur païs À ton regne paisible, Et resisteront moins les sceptres de là-bas Que des vases de terre, à l'acier invincible Dont j'armerai ton bras. " Princes, dont la grandeur se veut faire adorer, Abaissez vostre orgueil; souffrez sans murmurer La loy qu'il vous enseigne, Et qu'un libre respect face paroistre en vous L'aise que vous avez de vivre sous un regne Aussi juste que doux. Lors que Dieu courroucé vous tournera le dos, Qu'en des feux sans lumiere, en des nuits sans repos, Vous expierez vos vices, Ceux qui l'ont fait l'objet de leur affection Trouveront leur salut, leur gloire et leurs delices En sa protection. PSEAUME 3 Seigneur, qu'il s'eleve de monde Contre l'estat et contre moy, Sur l'assurance où l'on se fonde, Que je suis delaissé de toy! L'on a cette creance vaine, Que l'autorité souveraine Ne sauroit plus se maintenir, Que son propre fardeau l'accable, Et que ton bras infatigable Se lasse de la soustenir. Troublé de ces complots funestes, Lors que j'implore ton secours, Au travers des voûtes celestes Tu m'entens et m'aides toûjours; Et ces influences divines, Tout ce que là haut tu domines, Ces dignes sujets de tes soins, N'empeschent point ta main, armée Pour la monarchie opprimée, D'estre preste à tous mes besoins. Quelque rumeur qu'à mes oreilles Face eclatter cet attentat, Je dors en repos quand tu veilles Pour le salut de mon estat; Ta dextre affermit ma couronne, Et la troupe qui m'environne, Soient amis ou soient ennemis, Ne me peut servir ni me nuire : Toy seul peux sauver et detruire Le sceptre que tu m'as commis. Si pour moy ta grace est flechie, Ces mutins, ces lyons ardens, Pour déchirer la monarchie N'auront plus d'ongles ni de dens; Ton support calmera nos craintes, Fera voir nos cris et nos plaintes Se changer en remercimens, Les delices combler nos vies, Et nos plus ardentes envies S'eteindre en nos contentemens. PSEAUME 4 Si-tost que j'elevay ma parole et mes yeux Pour demander secours au monarque des cieux Contre ceux qui vouloient ma puissance detruire, Aussi-tost j'entendis et vis à mesme jour De ce dieu tout-puissant menasser et reluire Le courroux, la bonté la justice et l'amour. Continuë, ô grand dieu, de proteger ton oint; Fay-moy misericorde, et n'abandonne point Mon sceptre à la mercy de ce peuple infidele : Sous ta protection je n'apprehende rien; Le secours qui me vient de ta grace eternelle Luy rabat le courage, et releve le mien. Ô vous dont l'imposture et la presomption Entretient mes sujets dans la sedition En les preoccupant de vos fausses maximes, Sachez que vous serez à jamais odieux À celuy qui maintient les pouvoirs legitimes Contre les vains complots des esprits factieux. Dans le secret remors d'un si noir attentat, N'avez-vous point horreur des malheurs de l'estat, Quand l'astre qui voit tout y voit votre insolence? Et lors qu'au bord du Tage il a fini son tour, Ne regrettez-vous point dans l'ombre et le silence D'avoir fait eclater tant de crimes au jour? Miserables pecheurs! En vain vous presentez À ce dieu tout-puissant vos mets ensanglantez Quand vous estes souillez dans l'ordure des vices; En vain sur ses autels vous consumez l'encens : Il ne peut recevoir ni voeux ni sacrifices, S'ils ne luy sont offerts par des coeurs innocens. Mais lors que dignement la pieté des siens Presente à ses autels le plus beau de leurs biens, Sa liberalité le rend avec usure; Les graces que du ciel il verse à pleines mains, D'un equitable excès, sans borne et sans mesure Recompensent le zele et la foy des humains. Il leur fait succeder par d'humides chaleurs L'utilité des fruits à la beauté des fleurs; De fertiles moissons il dore les campagnes, Et, pour joindre la joye à la prosperité, Dans les vins doux meuris sur les aspres montagnes Accorde l'excellence et la fecondité. D'une sainte onction confirmant nos esprits Dans la foy qui nous rend de ces graces espris, Nous éclaire d'un jour eternellement calme, Et, pour comble d'honneur, ses bontez ont permis À son peuple d'enter l'olive sur la palme, Et cimanter la paix du sang des ennemis. PSEAUME 5 Escoute-moy, seigneur, en mon affliction; Dans ta seule protection Mon ame de tout temps a mis son assurance; Mes voeux ont esperé sur l'aisle de ma foy De s'elever jusques à toy : Ne trompe point leur esperance. Je vais dès le matin mes prieres offrir À toy seul, qui ne peux souffrir La noire iniquité ni l'impure licence : Mon coeur n'est jamais tant du monde detaché, Ni jamais si loin du peché, Que lors qu'il est en ta presence. Tu hais les menteurs et les hommes de sang, Dont l'ame, qui n'a rien de franc, Est de l'iniquité l'infame conseillere; Les crimes les plus noirs, que l'incredulité Couvre dans son obscurité, Sont dissipez par ta lumiere. Pour moy, que le peché chasse de ta maison, J'y rentre et fais mon oraison Aussi-tost que ta grace efface mon offense; Et je me voy remis par ma contrition En la mesme perfection Qu'avoit ma premiere innocence. Seigneur, guide mes pas, de peur que les pechez, Dont les pieges nous sont cachez, M'entraînent avec eux au goufre où tu les plonges; Sauve-moy des mechans, de qui l'impieté Remplit leurs coeurs d'impureté, Et leurs paroles de mensonges. Rien n'est de plus infect aux sepulcres ouverts, Où dans les corps rongez de vers Les loups et les corbeaux vont chercher leur pasture, Que ces sales discours dont le debordement Nous entretient insolemment De medisance et d'imposture. Punis ces malheureux d'une nuit sans matin, Dont l'ombre sans borne et sans fin Prive à jamais du jour leurs ames infidelles; Et face à tes enfans ton amour paternel Posseder un bien eternel Dans tes lumieres eternelles. Tu t'offres pour asyle à ceux que tes vertus Ont de tes graces revestus, Tu leur fais de ce monde obtenir la victoire, Et, malgré les jaloux de leurs prosperitez, Couronnes leurs felicitez Du visible eclat de ta gloire. PSEAUME 6 Seul arbitre de tout, qui seul me peux reprendre, Ne me vien point juger en ta severité; Je say quelle est ma faute, et ne m'en puis defendre Que devant ta bonté. Mon juste repentir, qui toûjours me talonne, Le jour trouble ma joye, et la nuit mon repos, Et l'horreur des tourmens me transit et m'estonne Jusques dedans les os. Permets que ta bonté, qui jamais ne se lasse D'assister tes enfans en leur adversité, Rasseure mon esprit, et me rende ta grace Avecque ma santé. Pressé d'une douleur qui n'a point de pareille, Mon courage accablé succombe sous le faix; Seigneur, jusques à quand fermeras-tu l'oreille Aux plaintes que je fais? Ne m'abandonne point pour l'horreur de mon crime, Pren pitié des ennuis dont je suis tourmenté, Non tant pour me sauver que pour sauver l'estime Qu'on fait de ta bonté. Combien qu'en cette vie elle soit toûjours telle, Soit pour les reprouvez, ou soit pour les esleus, Ceux qui seront jugez à la mort éternelle Ne s'en souviendront plus. Des biens que leur ont fait tes tendresses suprêmes Ils perdront la memoire en l'horreur des tourmens, Et dans leur desespoir n'auront que des blasphêmes Pour des remercimens. En vain cette bonté qu'à mon aide j'implore M'a fait dès le berceau tes graces eprouver; Elles seroient sans fruit, si je n'avois encore Celle de me sauver. Après tant de regrets, de troubles et d'alarmes, Si d'un juste remors tu peux estre touché, Voy comme toute nuit je me baigne de larmes En pleurant mon peché. Mes yeux esteints ont part à mes justes supplices, Ainsi qu'ils ont eu part à mes sales desirs, Et mon lit, autrefois le lieu de mes delices, L'est de mes deplaisirs. Pour combler de malheurs ma vieillesse affligée, L'audace des mechans me veut faire la loy, Et pense que jamais leur envie enragée Ne mourra qu'avec moy. Mais, seigneur, ta bonté, qui me rend l'assurance, De tous leurs vains complots me met hors de souci : Je connois que mes pleurs par leur perseverance Ont ton coeur adouci. Mes voeux sont exaucez, mes fautes sont remises, Ces infames auteurs de la division Ne verront reussir leurs folles entreprises Qu'à leur confusion. Loin donc, foibles mutins, dont l'aveugle manie Ne se plaist qu'à troubler mon repos en tout lieu! J'espere voir plustost vostre haine finie Que l'amour de mon Dieu. PSEAUME 7 En toy seul est mon esperance, Ô grand dieu, le support des tiens! J'attens de toy la delivrance De tes ennemis et des miens; Pasteur du troupeau des fidelles, Voy les bataillons des rebelles D'envie et de haine animez, Qui d'une brutale furie Comme des lions affamez S'acharnent sur ta bergerie. Si je suis convaincu du vice Que ces mechans m'ont imputé, Si jamais d'aucun artifice J'ay deguisé la verité, Si mon esprit et mon courage Se ressentent de cet outrage Par leur ruine ou par leur sang, Que ces malicieuses ames Me puissent mettre au mesme rang Des personnes les plus infames. Que si l'artifice et l'envie Dont ils traversent mon bonheur Ne se contentent de ma vie, Qu'ils m'ostent encore l'honneur, Et que, las de l'obeïssance, Ils foulent aux pieds ma puissance Qui regne souverainement, Et qu'enfin leur malice noire Mette d'un coup au monument Mes os, mon sceptre et ma memoire. Leve toy, reçoy nos victimes, Assiste tes bons serviteurs, Et de tes courroux legitimes Puny ces lasches imposteurs : Tu feras aux deux bouts du monde Admirer ta bonté profonde Et la justice de tes loix, Quand, au crime dont on m'accuse, Tu me sauveras à la fois De leur fureur et de leur ruse. Fay toy craindre à toute la terre, Remonte dans ton tribunal, Et d'une voix comme un tonnerre Sois juge du bien et du mal; Sauve et confond par ta justice Mon innocence et leur malice; Finy ma peine et leurs rigueurs, Toy qui peux avec connoissance Juger au profond de nos coeurs Tous nos desseins dès leur naissance. Puis-je ailleurs chercher mon refuge, Et le support de mes etats, Qu'au seul dieu protecteur et juge Des legitimes potentats? C'est luy qui d'un seul coup de foudre Mettra le mesme monde en poudre Dont il doit estre le sauveur, Et qui, pitoyable et severe, Ne nous sauve point par faveur, Ne nous damne point par colere. Mais quand les ames égarées Dans la nuit de l'impieté Ne veulent point estre éclairées Du soleil de la verité, Les armes qu'il tient toûjours prestes, Les traits flambans de ses tempestes Extermineront leur erreur, Et les palais et les cabanes Verront la mort et la terreur Voler sur leurs testes profanes. D'une tristesse inconsolable L'on voit leur esprit abatu, Lors que la fortune équitable A fait tréve avec la vertu : D'eux-mesmes ils ont fait éclore La vipere qui les devore Et qui les ronge incessamment, Et leur haine mal-avisée Preparera leur monument Dans la fosse qu'ils m'ont creusée. Alors je n'employerai mes veilles, Dans le transport de mon bonheur, Qu'au seul recit de tes merveilles, Dont je tiens la vie et l'honneur. Inspiré de tes saintes flâmes, J'imiteray ces belles ames Dont ta gloire est le seul objet, Et tes veritez confessées À la grandeur de mon sujet Feront élever mes pensées. PSEAUME 8 Ô sagesse eternelle, à qui cet univers Doit le nombre infini des miracles divers Qu'on voit également sur la terre et sur l'onde! Mon dieu, mon createur, Que ta magnificence etonne tout le monde, Et que le ciel est bas au prix de ta hauteur! Quelques blasphemateurs, oppresseurs d'innocens, À qui l'excès d'orgueil a fait perdre le sens, De profanes discours ta puissance rabaissent; Mais la naïveté Dont mesmes au berceau les enfans te confessent Clost-elle pas la bouche à leur impiété? De moy, toutes les fois que j'arreste les yeux À voir les ornemens dont tu pares les cieux, Tu me sembles si grand, et nous si peu de chose, Que mon entendement Ne peut s'imaginer quelle amour te dispose À nous favoriser d'un regard seulement. Il n'est foiblesse égale à nos infirmitez, Nos plus sages discours ne sont que vanitez, Et nos sens corrompus n'ont goust qu'à des ordures; Toutefois, ô bon dieu! Nous te sommes si chers qu'entre tes creatures, Si l'ange est le premier, l'homme a le second lieu. Quelles marques d'honneur se peuvent ajouster À ce comble de gloire où tu l'as fait monter? Et pour obtenir mieux quel souhait peut-il faire, Luy que jusqu'au ponant, Depuis où le soleil vient dessus l'hemisphére, Ton absolu pouvoir a fait son lieutenant? Si-tost que le besoin excite son desir, Qu'est-ce qu'en ta largesse il ne trouve à choisir? Et, par ton réglement, l'air, la mer et la terre N'entretiennent-ils pas Une secrete loy de se faire la guerre À qui de plus de mets fournira ses repas? Certes, je ne puis faire, en ce ravissement, Que rappeller mon ame et dire bassement : Ô sagesse eternelle, en merveilles feconde! Mon dieu, mon createur, Que ta magnificence etonne tout le monde, Et que le ciel est bas au prix de ta hauteur! PSEAUME 9 Je veux par tout chanter la gloire Du dieu qui me comble de biens. C'est de luy seul de qui je tiens L'honneur, la vie et la victoire. Seigneur, est-il rien de plus grand Que ton pouvoir, qui tout comprend Et que rien ne sauroit comprendre? Et, dans tout ce vaste univers, Quel autre sujet puis-je prendre Qui soit plus digne de mes vers? L'honneur que ta grace m'octroie À peine se peut concevoir. Ce que je te rens par devoir, Je te le rens avecque joye. Ta presence dans les combats Fait dissiper et mettre à bas Les troupes les plus furieuses, Et rien n'est exempt de l'effort De mes armes victorieuses Que par la fuite ou par la mort. De ce throsne d'où ta puissance Domine la terre et les cieux, Tu connois de ces factieux L'artifice et mon innocence; Et, non content que ton pouvoir Dès ce monde fasse pleuvoir Tes traits vangeurs sur ces infames, Tu fais que leur âge accompli Confond leurs esprits dans les flames, Et leur memoire dans l'oubli. Du debris des dards et des targes Et des bastions renversez Nous avons comblé leurs fossez Les plus profonds et les plus larges; Leurs drapeaux tapissent nos champs. La vanité de ces mechans Tombe du faiste au precipice, L'eclat s'en passe en un moment; Mais les marques de ta justice Demeurent eternellement. C'est sur la source du tonnerre Que tu poses ton tribunal Pour prononcer l'arrest final Contre les crimes de la terre. Là verront ces grands criminels, Par des jugemens solemnels, Leur peine à jamais prolongée; De ce lieu de vie et de mort Attend l'innocence affligée Son seul et dernier reconfort. Chantons les grandeurs immortelles Du dieu qui nous donne des loix; Celebrons ces fameux exploits Qui dompterent les infidelles; Publions à tous les humains Qu'il a des yeux, qu'il a des mains Armez de l'éclair et du foudre, Qu'il est tout juste et tout puissant Pour condamner et mettre en poudre Les oppresseurs de l'innocent. Le secours que ta grace accorde À ceux dont elle prend le soin Fait que mes peuples, au besoin, Implorent ta misericorde, Et, connoissant par les effets Les merveilles et les bienfaits Que produit ta magnificence, Diront par tout que ta bonté Partage avecque ta puissance La gloire de leur liberté. Sion, en toutes ses familles, A bien sujet de te louër, Lors que tu daignes l'avouër Pour la plus chere de tes filles. Pour elle tu mis au cercueil Les rebelles de qui l'orgueil Méprisoit ton pouvoir suprême. L'ambition les a perdus Et les a fait tomber eux-mesmes Aux filets qu'ils m'avoient tendus. Quand ta colere et ta justice Firent éclater ton pouvoir, Ces malheureux ne firent voir Que leur foiblesse et leur malice. Acheve donc d'exterminer Tous ceux qui voudront s'obstiner Contre l'équitable puissance; Par ta juste severité, Confonds leur desobeïssance Dans l'éternelle obscurité. Assiste ceux dont l'assurance Est plus en toy qu'en leur valeur; Ne permets pas que le malheur Trompe aux combats leur esperance; Que du pauvre et de l'affligé Le long ennuy soit soulagé, S'il met en toy sa confiance; Et puisse leur adversité Meriter par la patience La gloire de l'éternité! Mais, seigneur, permets-tu de vivre À cet idolatre obstiné Qui prefere au verbe incarné Des dieux d'argent, d'or et de cuivre? Ton fils fit-il pas voir à tous, Naissant et vivant comme nous Esclave de la sepulture, Que tous les hommes seront tels, Et que la terre et la nature Ne produiront point d'immortels? Dans ces adversitez pressantes Qui nous viennent de toutes parts, Les graces que tu nous depars Seront-elles toûjours absentes? Verras-tu sans compassion Le feu de la sedition Devorer nos plaines fertiles, Et l'avarice des méchans Ne plus rien laisser dans les villes Que la solitude des champs? Que ceux que leur mutinerie A fait armer contre l'estat Blâment cet injuste attentat Et tournent contre eux leur furie; Fay que de ces ambitieux, Dans leurs desseins pernicieux, L'esperance soit étouffée, Sans que jamais leur vanité Puisse relever leur trophée Du débris de nostre cité. Encore que, dès leur enfance, Ils se perdent dans le peché, Jamais leur esprit n'est touché Du repentir de leur offense. Dans leur aveugle ambition, Ils n'ont mis leur affection Qu'aux choses fragiles et basses, Et, dans leurs infames desirs, Se pensent comblez de tes graces Quand ils sont comblez de plaisirs. Tous les arrests que ta puissance Donne contre ces reprouvez Ont des motifs bien relevez Au dessus de leur connoissance. L'ignorance et l'aveuglement À leur debile jugement Fait tout entreprendre et tout croire, Et leur bras s'est déja promis De mettre en leurs mains la victoire Et sous leurs pieds leurs ennemis. À ce haut desir de vengeance, Qu'ils ont exercé sans raison, Ils ajoustent la trahison, L'injustice et la médisance; Et, bien que ces méchans esprits Ne parlent qu'avecque mépris Des nations que tu proteges, Ils s'assistent des plus puissans Pour mieux surprendre dans leurs pieges Les foibles et les innocens. Tel qu'avecque fureur et joye Le lion, pressé de la faim, Sort de sa caverne à dessein De ravir sa sanglante proye, Tels le profane et l'apostat Se couvrent du bien de l'estat Pour establir leur tyrannie, Et, sortant de l'humilité, Viennent avecque felonnie Opprimer nostre liberté. Ils s'imaginent que nous sommes Sans raison et sans jugement De croire que du firmament Tu puisses prendre soin des hommes. Pour détromper ces furieux, Fay leur connoistre que tes yeux Savent bien voir leur artifice, Et que tes bras ne sont armez Que pour maintenir la justice De ceux qu'ils avoient opprimez. Brise leur orgueil comme verre, Fay leur connoistre que ton soin Te rend seul arbitre et témoin De tous les crimes de la terre; Que, si pour un temps leur fureur Grave la crainte et la terreur Aux coeurs des peuples imbecilles, Ils en sont bien-tost dégagez Par le protecteur des pupilles Et des innocens affligez. Abyme ces esprits impies Quand ils sortent de leur devoir, Qu'ils soient sans bras et sans pouvoir, Que leurs rages soient assoupies; Dissipe cette faction, Qui ne s'establit dans Sion Que par des brigues illicites, Et fay que ton autorité N'ait que l'infini pour limites, Ni pour temps que l'éternité. Tous les voeux de tous les fidelles Te demandent avecque moy Que tu dissipes par la foy L'incredulité des rebelles; Que contre leurs complots malins Les veuves et les orphelins Trouvent en ta grace un refuge, Et que l'orgueil du mécreant, Qui déborde comme un déluge, Rentre par elle en son neant. PSEAUME 10 À quoy sert de donner tant de terreurs paniques Des miseres publiques À qui met ici bas sa confiance en Dieu? Mon ame, qui par tout a sa grace pour guide, N'est pas comme un oiseau voltigeant et timide Qui ne peut assurer sa crainte en aucun lieu. Sur ces monts élevez, dont les superbes testes Méprisent les tempestes Qui lancent ici bas les flâmes et l'effroy, Croiray-je que ma vie y soit plus assurée? Bien que je sois plus près de la voute azurée, Le seigneur en ce lieu n'est pas plus près de moy. Tant de traits décochez sur le champ des fidelles Par les arcs des rebelles À peine seulement me font siller les yeux; Celuy qui sur le throsne éleva mon enfance Contre ceux dont l'audace attaque ma puissance Combat du mesme bras dont il ploya les cieux. Là ce monarque, assis sur un trosne de flame, Jusqu'au fond de nostre ame Voit concevoir les bons et les mauvais desseins; Et, de-là meprisant l'adresse et l'artifice Dont nos sages mondains font valoir leur service, Des plus petits esprits en fait les plus grans saints. C'est de-là qu'il prepare aux ames criminelles Des chaisnes éternelles Après l'embrasement de tout cet univers; Et des rochers flambans d'un feu qui tout consume Sortira des charbons de soufre et de bitume Qui rejoindront leur flame à celle des enfers. Les vents qui nous rendoient, quand la terre s'ennuie, La rosée et la pluye, Ne souffleront dans l'air que cendres et que feux; Mais dans un ciel serain, loin de toute menace, Les siens possederont à jamais la bonace, Et pour leur récompense il previendra leurs voeux. PSEAUME 11 Ô dieu, qui des crimes des hommes Qui vivent au siecle où nous sommes Connois l'infamie et l'horreur, Sauve avecque mon innocence Mon honneur de leur médisance, Et mon esprit de leur erreur. De la passion qui les ronge Naist dans leur bouche le mensonge, Et dans leur coeur l'impureté; Veux-tu pas de ce mesme foudre Qui mettra l'univers en poudre Confondre leur impieté? Ils font gloire de la malice, De la fraude et de l'artifice, Dont ils nous pensent decevoir; Et dans l'excès de leur audace Il n'est ni crainte ni menace Qui les remette en leur devoir. Mais le seigneur tient sa promesse, Il nous découvre leur finesse, Tous leurs desseins sont confondus; Et loin de leurs pieges funestes Il releve aux honneurs celestes Ceux qu'en terre ils avoient perdus. Ses jugemens sont redoutables, Ses paroles sont veritables Autant que pleines d'équité; Et, dans le feu qui tout surmonte, L'argent dans la septiéme fonte N'égale point leur pureté. Ses assurances solennelles Font que les ames des fidelles Mettent tout leur espoir en luy; Et dans le glissant precipice De la chair, du monde et du vice, Il leur sert de guide et d'appuy. Mais ceux qui de leur sang illustre Ne font éclatter aucun lustre, Qu'une jalouse ambition, Murmurent contre sa puissance, Quand la vertu sans la naissance Remplit le throsne de Sion. PSEAUME 12 Jusques à quand, seigneur, veux-tu mettre en oubli Le soin de conserver ma couronne et ma vie? Ne m'as-tu donc sur le trosne establi, Que pour servir de bute aux assauts de l'envie? Tu ne vois jour et nuit sortir de ma langueur Que des soucis mortels et d'inutiles plaintes; Veux-tu bannir tes graces de mon coeur Pour ne le plus remplir que d'ennuis et de craintes? Jusques à quand veux-tu qu'un vainqueur insolent D'avoir sous ses lauriers mes palmes étouffées, Dans le malheur de l'estat chancelant Ose sur son debris élever des trofées? Si jamais je m'endors dans la nuit du peché Parmi tant d'ennemis armez pour me surprendre, Ô dieu tout bon, à qui rien n'est caché, Veille pour m'avertir, combats pour me défendre. Ne permets que ma perte et mon affliction Augmentent des méchans le plaisir et la gloire, Ni qu'en leur coeur plein de presomption Ils triomphent avant qu'obtenir la victoire. Pour moy qui mets par tout mon esperance en toy Comme au seul dont je tiens ma vie et ma couronne, Je veux d'un coeur plein d'amour et de foy Publier les honneurs que ta grace me donne. PSEAUME 13 L'insensé qui se plonge en l'ordure des vices Pour jouïr librement de ses sales delices, Dit qu'on craint sans raison ce qu'on ne connoist pas, Et que, s'il est un dieu, ce n'est qu'une puissance, Qui sans affection, comme sans connoissance, Voit les biens et les maux que l'on fait icy-bas. Ce blasphême a choqué la justice éternelle, Et la seule pensée en est si criminelle, Que chacun en son coeur le veut tenir caché; Mais il est si commun dans le siecle où nous sommes, Que celuy qui connoist tous les secrets des hommes À peine en trouve un seul qui n'en soit entaché. Les sepulcres ouverts, l'odeur d'une voirie, Les serpens irritez au fort de leur furie, Escumans le limon de leurs mortels poisons, N'ont rien de plus infect que ce qu'on voit produire À ces nouveaux docteurs, quand ils veulent détruire Les saintes veritez par leurs fausses raisons. Les meurtres sont entr'eux au rang des moindres crimes; Ils vont à pas comptez aux guerres legitimes, Où l'oeil de la vertu voit ce que nous valons; Mais quand il faut marcher pour leur propre querelle Et que ce faux honneur sur le pré les appelle, La vanité leur met des aisles aux talons. Ils ne peuvent regner où regne la justice; Par la profusion, le luxe et l'avarice, Ils ont rendu mon peuple un objet de malheur; Quand leurs exactions par la force establies Ont arraché le pain de ses mains affoiblies, Du reste de son sang ils pestrissent le leur. Ils font les espris forts dans l'horreur des blasphémes; Mais quand il faut mourir, ils sont si hors D'eux-mesmes, Qu'ils ajoûtent le trouble à leur timidité; Et commençant à craindre en commençant à croire, Quand la foy les éclaire au chemin de la gloire, Ils n'en peuvent souffrir la trop grande clarté. Mais ceux qu'un saint amour détache de la terre Sans trouble et sans frayeur entendent le tonnerre Qui menace en grondant nostre presomption; Et dans l'austerité, l'oraison et l'estude Leur esprit est plus gay que dans la multitude Que la pompe et la joye assemblent dans Sion. PSEAUME 14 Ô dieu de qui l'amour nous retient sans contrainte, Qui sera le mortel qui dans l'éternité Jouïra du repos de ta demeure sainte, Où la gloire est égale à la tranquillité? C'est celuy que jamais aucun vice ne touche, Qui se rend de luy-mesme et du monde vainqueur, De qui la verité toûjours est dans la bouche, Et de qui l'innocence est toûjours dans le coeur. Celuy dont le pouvoir regne sans tyrannie, Qui n'approche de soy que les humbles esprits, Et qui loin de sa cour bannit la calomnie, Qui de tes saintes loix parle avecque mépris. Celuy qui rend ses moeurs exemptes de censure, Celuy dont la candeur tient ce qu'il a promis, Qui sert sans interest et ne prend point d'usure Du secours qu'au besoin il preste à ses amis. Celuy seul des humains en la celeste vie Se rendra de tes biens le digne moissonneur; Et la mort, l'interest, la fortune et l'envie N'auront jamais pouvoir de troubler son bonheur. PSEAUME 15 Conserve-moy, seigneur : en ta seule puissance J'ay mis mon esperance; C'est elle seulement qui me peut assister. Je n'ay rien à t'offrir; ta sagesse supréme Te fournit-elle pas des thresors en toy-mesme À quoy le monde entier ne peut rien ajoûter? Je porte autant d'honneur aux genereuses ames Qui brûlent de tes flames Comme j'ay de mépris pour ces lasches humains, Ces devots des faux dieux qu'on ne vit jamais vivre, Que l'artiste ciseau taille d'or et de cuivre, Et que ta creature a créez de ses mains. Loin des sacrez autels ces sanglantes victimes Que l'horreur de leurs crimes Offre pour appaiser la colere des cieux! J'abhorre tellement d'effet et de paroles Ceux dont la vaine erreur sacrifie aux idoles, Que leurs noms seulement me semblent odieux. Dieu luy-mesme se donne et se fait l'heritage Qui me tombe en partage : Chacun juge mon lot sans égal et sans prix. Dans son immensité tout bonheur m'accompagne; Il n'aura pour confins ni fleuves ni montagnes, Puisqu'il comprend celuy par qui tout est compris. Doy-je pas reverer sa bonté sans pareille, Lors qu'elle me conseille À faire choix d'un bien si fecond et si beau, Qui dissipe l'ennuy dont mon ame est pressée, Et permet que sa grace, éclairant ma pensée, Dans la nuit du peché me serve de flambeau? Je chanteray par tout, dans l'excès de ma joye, Le bonheur qu'il m'envoye. Son nom m'est un sujet de merite et d'appas; Son immensité seule a rempli ma memoire, Et l'espoir assuré de revivre en sa gloire Est le seul qui me reste en la nuit du trépas. Là, pour me garantir de la mort éternelle, Sa bonté paternelle Me prend comme son fils en sa protection, Et là, dans la splendeur de sa magnificence, Me fait seoir à ses pieds, et fait qu'en sa presence Je reçoy les effets de son affection. PSEAUME 16 Ô mon pere! ô mon dieu! Ne rejette en arriere Mon ardente priere; Détourne le malheur qui me suit pas à pas. Si ma bouche n'est pure autant que veritable, Si je demande rien qui ne soit équitable, Ne me l'accorde pas. Ta grace peut juger dans le fond de mon ame Si jamais d'aucun blasme J'ay noirci la blancheur qu'elle conserve en moy, Et connoist si je puis jusqu'à la sepulture Faire parmi les fers, les feux et la torture, La preuve de ma foy. Tu sais que j'ay toûjours banni des compagnies Les noires calomnies Qui déchirent l'honneur comme glaives tranchans, Et sais si ma raison s'est jamais dispensée De suivre et d'approuver d'effet et de pensée Le conseil des méchans. Fay qu'à tes saintes loix mon ame obeïssante Ne prenne et ne ressente De clarté ni d'ardeur que de tes plus saints feux; Afin que franc d'erreur, de crime et d'artifice, Je merite ta grace et qu'avecque justice Elle exauce mes voeux. Donc, encore une fois, que la misericorde Que ta clemence accorde Face voir pour les tiens ton absolu pouvoir; Donc, encore une fois, ta justice et ta force Facent que ces mutins, auteurs de ce divorce, Rentrent dans leur devoir. Quand les vents furieux agitent les tempestes, Rien ne luit sur nos testes Que de frequens éclairs qui nous percent les yeux; Et comme la paupiere en défend la prunelle, Ne me défens-tu pas à l'abry de ton aisle De ces seditieux? Dans leurs prosperitez se nourrit l'insolence, De qui la violence Attaque impunément la juste autorité; Leur fureur me poursuit, leur nombre m'environne, Et leur ambition veut avec ma couronne M'oster la liberté. Les petits lionceaux, acharnez par leurs peres, Dans leurs affreux repaires En déchirant leur proye ont moins de cruauté, Que n'a pour déchirer les loix et la province, Et fouler sous ses pieds l'autorité du prince Un peuple revolté. Leve-toy donc, seigneur, et confond la malice De leur lasche avarice, Qui commet contre nous tant d'actes inhumains : Puisqu'on n'en peut avoir ni de paix ni de tréve, Que ta justice s'arme et reprenne le glaive, Pour l'oster de leurs mains. Ils flattent leur espoir de voir dans leur famille L'éclat dont elle brille À leurs derniers neveux passer de temps en temps; Mais pour moy, qui renonce aux richesses mortelles, Les thresors que là haut tu dépars aux fidelles Sont les seuls que j'attens. PSEAUME 17 Ô dieu qui rend mon bras le foudre de la guerre, Ma splendeur dans la paix, l'ornement de la cour, Et qui te rens toy-mesme, au ciel et dans la terre, Le seul et le plus digne objet de mon amour, Qui jamais ne me dénie De ta clemence infinie L'assistance et le support, Et, rassurant mon courage, Dans ces mers grosses d'orages Me sers de phare et de nort, Dans le débordement d'une injuste licence, Lors qu'elle m'opprimoit avec tant de rigueur, J'eus toûjours mon recours à sa toute-puissance, Et par elle toûjours je demeuray vainqueur. Déja ma mort estoit preste, Tout le ciel, noir de tempeste, Ne luisoit que des éclairs, Et pour avancer ma perte La terre estoit entr'ouverte Jusqu'aux gouffres des enfers. Je redouble mes voeux, j'augmente mes offrandes, Et mes feux des autels jusqu'au ciel élancez Font voir que ses bontez, aussi promtes que grandes, Ont écouté mes voeux et les ont exaucez. Quand il s'arme du tonnerre Contre l'orgueil de la terre, Son courroux est vehement; Il tonne, il éclatte, il gronde, Il étonne tout le monde Jusques dans son fondement. Les longs torrens de feu que pousse son haleine Brûlent tout, et par tout vont leurs flots débordans; Sous leur cours enflammé ne reste au lieu d'areine Qu'une grosse fumée et des charbons ardans. Le ciel sous ses pieds s'abaisse, Et dans une nuë épaisse, De qui les vents sont aislez, Descend le soleil des ames, Qui permet que de ses flames Les cherubins soient brûlez. Il paroist au milieu d'une noire tempeste, De qui de toutes parts sortent des tourbillons; Les nuages d'argent qui luy couvroient la teste Sur son trosne d'azur servoient de pavillons; Mais l'aspect de son visage Change en bonace l'orage; Le brouillard est écarté; Le seigneur luit de son lustre, Et pour dais ni pour balustre N'a que sa propre clarté. Que si la majesté qui paroist dans sa face Retient dans le respect des ames par les yeux, Il veut qu'à la terreur de la seule menace Tremblent également l'eau, la terre et les cieux. Par son bras armé du foudre Les ennemis sont en poudre, Leurs grands desseins sont à bas; Et les flames et la gresle Ont renversé pesle-mesle Capitaines et soldats. Sa voix comme un tonnerre effroya tout le monde, La mer en fut émeuë, et les flots entrouvers Découvrirent à nud dans le fond de son onde Le large fondement de ce vaste univers. Alors ses mains favorables, Le support des miserables, Me sauverent du danger, Et des armes, dont la rage, Comme les flots d'un orage, Venoit pour me submerger. Il sauva mon estat de ceux dont l'arrogance Méprisa le conseil de revenir à soy, Et dont l'inimitié mesuroit sa vengeance Au pouvoir qu'ils avoient de se venger de moy. Ce peuple brutal et rude Vouloit dans la servitude Me boureler nuit et jour; Mais Dieu, touché de mes gesnes, Ne me donna d'autres chaisnes Que celles de son amour. Celuy qui des humains est le souverain juge, Et qui de nos pensers est l'unique témoin, Est du foible innocent l'espoir et le refuge, Et celuy qui jamais ne luy manque au besoin. Il reconnut ma franchise, Et que mon ame soûmise Au respect que je luy dois, Ne s'estoit point dispensée D'avoir jamais de pensée Contraire à ses saintes loix. Je pourrois repousser par sa bonté suprême Ceux dont l'inimitié n'a jamais eu de bout. Mais je veux par mes soins me garder de moy-mesme Comme d'un ennemi qui me poursuit par tout. L'esprit de l'homme qui pense Se cacher de sa presence Se peine inutilement; À sa divine justice La vertu comme le vice Est connuë également. À l'exemple d'un dieu tout bon, tout équitable, Dois-je pas à jamais maintenir l'équité? Autant que son église est pure et veritable Je veux d'une ame pure aimer la verité; Et de ces peuples rebelles Qui dans l'estat des fidelles Ont tant de feux attisez; Je veux d'un coeur de vengeance Rendre à leur maudite engeance Les maux qu'ils nous ont causez. C'est par là qu'assisté de sa toute-puissance Je purgeray Sion des esprits factieux, Et de ce mesme bras qui soûtient l'innocence J'abaisseray l'orgueil des fronts audacieux C'est par ce dieu des batailles Que leurs camps et leurs murailles Sont traversez à la fois; C'est par luy dans la victoire Qu'on voit éclatter la gloire De mes penibles exploits. Par ces coeurs que la foy couronne du martyre Pour triompher au ciel du monde et des enfers, Les decrets dont il fit establir son empire Seront verifiez dans les feux et les fers; C'est le seul dont la puissance Est l'appuy de l'innocence; C'est le seul des immortels, Le seul qui tient le tonnerre, Et le seul à qui la terre Doit eriger des autels. Je veux suivre la voye et celebrer sans cesse Le celeste pouvoir de ce dieu que je sers; Il me donne à la fois la force et la vîtesse Des ours, des elephans, des chevreuils et des cerfs; Il fait que ma main armée, À la guerre accoûtumée, Tourne et dompte le coursier, Fait trancher le cimeterre, Et comme foudres desserre Les traits de mon arc d'acier. L'espoir de mon salut est dessous ses auspices, Mon sceptre et ma raison sont à ses loix soûmis, Et de la mesme main dont il punit les vices Il défend mon estat contre mes ennemis : Leurs troupes sont dissipées, De rondaches et d'épées Ils ont pavé nos sillons; Et le secours qu'il m'envoye Par le fer m'ouvre la voye À travers leurs bataillons. Je combats de pied ferme, et leur troupe reduite, Par l'invincible effort de mes braves guerriers, À ne plus esperer de salut qu'en la fuite, Couvre leur front de honte et le mien de lauriers. À bas auteurs de nos larmes, Qui voulûtes à mes armes Vos courages éprouver! De vostre cheute fatale Si juste et si generale Rien ne vous peut relever. Tu me donnes, grand dieu, la force et le courage Pour terrasser tous ceux qui s'adressent à moy, Tu mets dans les combats la gloire en mon partage, Et ne laisses pour eux que la mort et l'effroy. Au conflit qu'on leur prepare Tout le monde se separe De leur sinistre amitié; Chacun se rit de leurs craintes, Et toy-mesme es à leurs plaintes Sans oreille et sans pitié. Si l'on veut dans leur camp creuser leur cimetiere, La terre les reçoit avecque tant d'horreur, Qu'elle les abandonne, et leur lasche poussiere Semble encore en fuyant craindre nostre fureur; Leur sang détrempant les sables Rend les os méconnoissables De ces geans à l'envers, Et leur chair en ce meslange Ne laisse que de la fange Pour le partage des vers. Après qu'à mes besoins tes bontez toûjours prestes Ont remis sous mes loix mes sujets revoltez, Tu benis mes desseins, tu benis mes conquestes, Tu fais que mon estat s'accroist de tous costez; Et la terreur imprimée Par la seule renommée De mes actes triomphans A fait que l'obeissance Où les range ma puissance Passe jusqu'à mes enfans. Vivent donc ces grandeurs aussi justes que saintes, Qui relevent mon throsne au milieu des dangers, Par qui les factions sont à jamais esteintes Au dedans de l'estat et chez les estrangers! Ces revoltes étouffées Sous tant d'illustres trofées Détrompent la vanité De ceux dont l'espoir minute De relever par ma cheute Leur injuste autorité. Après tant de faveurs, après tant de victoires, Qui rendront l'avenir de ce siecle jaloux, Nos écrits de tes faits rempliront les histoires, Et nos voix de ton nom la terre en ses deux bouts; Dans cet âge de délices Où David sous tes auspices Prit le sceptre de Sion, Je publiray l'innocence Le progrez et la naissance, De sa sainte ambition. PSEAUME 18 Toy qui de l'eternel contemples les miracles, Les feux du firmament sont-ce pas des oracles Dont le silence parle et s'entend par les yeux? Et le pouvoir qu'ils ont dessus nostre naissance Peut-il venir d'ailleurs que de cette puissance Qui tient ferme la terre et fait mouvoir les cieux? L'ordre continuel dont depuis tant d'années L'on voit naistre et finir les nuits et les journées, Et mesurer leur cours d'un si juste compas, N'est-ce pas un chef-d'oeuvre où chacun peut connoistre Que ce grand artisan de qui tout prend son estre Ne fait point au hazard les choses d'icy-bas. Ces visibles effets d'une cause invisible, Ces supresmes grandeurs, cette essence impassible, Exigent de nos coeurs l'honneur qui leur est deû; Ils preschent aux gentils, ils preschent aux sauvages, Et dans tout l'univers il n'est point de langages Où leur discours muet ne puisse estre entendu. Cet esprit qui du temps précede la naissance, Afin de témoigner que sa magnificence Ainsi que son pouvoir est sans comparaison, De l'astre le plus beau qui sur la terre et l'onde Se fait voir tous les jours aux yeux de tout le monde, Luy-mesme en le faisant en a fait sa maison. Là sa grandeur fait voir à tout ce qui respire, Dans son trosne éternel digne de son empire, Sur des lambris d'azur briller des diamans; Jamais le blond Hymen, couvert d'or et de soye, Quand il a chez les rois joint la pompe à la joye, N'a fait dans leur palais luire tant d'ornemens. C'est de-là qu'à sa force égalant sa justice, Un jour il sortira pour détruire le vice, Tel qu'un puissant géant au combat préparé; Il atteindra par tout, tout craindra son tonnerre, Ses yeux verront par tout, et par toute la terre Rien n'est si tenebreux qui n'en soit éclairé. Il n'est point d'ignorant que ses oeuvres n'instruisent, Il n'est point de méchant que ses loix ne réduisent. Chacun diversement est appellé de Dieu; Mais les coeurs genereux qui peuvent sans contrainte Faire pour son amour ce qu'on fait pour la crainte, Comme les plus parfaits, auront le plus haut lieu. Ainsi qu'aux réprouvez la peine est assurée, Ainsi la récompense est aux bons préparée, Hors de tous les malheurs dont nous sommes troublez; L'or n'a point de beautez qui soient si désirables, Ni le miel le plus pur de douceurs comparables Au moindre des plaisirs dont ils seront comblez. Heureux sera le coeur délivré de tout vice, Qui, donnant à son dieu sa vie et son service, Se rend digne des biens qui lui sont destinez, Et qui, de sa raison connoissant l'impuissance, Quand il a des pensers trop remplis de licence, Les étouffe en son ame aussi-tost qu'ils sont nez. Et bienheureux encor qui, voyant la manie De ceux que le peché tient sous sa tyrannie, Ne veut que son dieu seul pour maistre et pour appuy; Qui par tout est pareil, et qui, se prenant garde Que celuy qui voit tout en tous lieux le regarde, Se gouverne en tous lieux comme estant devant luy. Souverain roy des rois, providence éternelle, Qu'en la mer de ce monde à toute heure j'appelle, Mon dieu, mon redempteur, mon ayde et mon support! Puisqu'à tous mes besoins tes bontez toûjours prestes M'ont déjà tant de fois retiré des tempestes, Acheve ton ouvrage, et me conduis au port. PSEAUME 19 En ce temps où l'envie opprime l'innocence, Du grand dieu de Jacob l'invincible puissance T'inspire dans la guerre un courage de roy; Et, s'il est inflexible à la misericorde, Qu'il nous refuse tout, pourveu qu'il nous accorde Les voeux qu'on fait pour toy. Que, de son throsne assis au-dessus des tempestes Soient à te secourir ses bontez toûjours prestes; Toûjours soit ton offrande agréable à ses yeux; Toûjours le feu divin dont elle est allumée En remonte aussi pur, quand elle est consumée, Qu'il est tombé des cieux. Que tes justes desseins ne trouvent point d'obstacles, Que tes actes guerriers soient autant de miracles, Que tu sois au conseil judicieux et prompt, Et que, pour tout soûmettre à ton obéïssance, Il égale ta force à la haute naissance Qui couronne ton front. Quand le dieu des combats te donnera la gloire D'avoir des ennemis remporté la victoire Que sa main équitable à tes armes promet, Ce grand jour qui rendra nos guerres étouffées Fera voir au Liban élever nos trofées Par-dessus son sommet. S'il exauce nos voeux et reçoit nos victimes, Ces coeurs qui ne sont grands qu'à faire de grands Crimes Auront le chastiment de leur témérité. Que doit-on redouter de ces ames rebelles, Si celuy qui combat pour les justes querelles Est de nostre costé? En vain leurs camps nombreux font par leurs insolences Nos campagnes gémir sous des forests de lances, Serrent leurs bataillons de piques hérissez : Nous sommes assurez, si Dieu nous est propice, De voir du mesme bras qui soûtient la justice, Leurs desseins renversez. Ces machines de bronze aux bouches redoutables Qui vomissent d'un coup cent morts inévitables Et jettent dans les rangs la flâme et la terreur, Ces tonnerres roulans qui font trembler la plaine, N'y feront autre mal que perdre avec la peine L'espoir du laboureur. Ces feux ne produiront que de vaines fumées : Le bras toûjours vainqueur du grand dieu des armées Fera mordre la poudre à ces audacieux; Et verront à leur honte, en cette injuste guerre, Qu'en vain ils opposoient les foudres de la terre À la foudre des cieux. Ô dieu! Dont les grandeurs n'ont rien que d'adorable, Conservez nostre roy, soyez-luy favorable; Faites, sous vostre appuy, son regne prosperer : C'est par luy qu'on verra tous nos troubles s'éteindre; Tandis que nous l'aurons, nous n'aurons rien à craindre Ni rien à desirer. PSEAUME 20 Ô grand dieu, d'où nous vient le bonheur et la gloire Qui, selon nos desirs, nous donne la victoire D'un peuple si nombreux contre nous révolté? En donnant à sa joye une juste licence, Mon roy ne doit-il pas admirer ta puissance Et benir ta bonté? Tu préviens ses desirs, tu préviens ses demandes, Tes largesses luy sont si justes et si grandes Qu'elles ont à l'utile ajouté l'ornement; De sa claire pasleur la perle orientale S'efforce d'égaler en sa pompe royale L'éclat du diamant. Quand il te demanda d'estre long-temps au monde, Tu promis que sa vie en merveilles féconde Des âges les plus longs égaleroit le cours; De son nom glorieux tu décores l'histoire, Et de ses actions tu veux que la mémoire Se conserve toûjours. Les rayons de grandeur qui sortent de sa face Moderent dans les coeurs l'insolence et l'audace, Et font que devant luy le respect est gardé; Nos fastes, racontant ses hautes avantures, Feront juger heureux dans les races futures Ceux qui l'ont possedé. Ta présence l'assure et le comble de joye; Le bonheur que ta grace à ses desirs octroye Affermit son courage aux desseins genereux, Et, quelques ennemis qui désolent la terre, Ne rens-tu pas le bras de ce foudre de guerre Invincible pour eux? Après avoir souffert leur désobéïssance, Ta main appesantie a puni leur offense Et terracé l'orgueil de ces grands criminels; Ta justice bien-tôt en fera ses victimes, Et sans se consumer ils expîront leurs crimes En des feux éternels. On verra sans effet éclôre leur malice. Toy qui des plus cachez découvres l'artifice, Confonds dès le berceau les desseins des méchans. Dans leur sang infécond s'éteindra leur famille, Et jamais ne verront tomber sous la faucille Les moissons de leurs champs. Leurs rangs sont dissipez, leur armée est réduite À ne plus esperer de salut qu'en la fuite, Tout cede à nos efforts lors que tu nous maintiens; Et chantent à jamais les bouches des fidelles, Que ton bras tout-puissant est l'effroy des rebelles Et le support des tiens. PSEAUME 21 Ô mon dieu, mon sauveur, veux-tu dans les ennuis Que je passe les jours, que je passe les nuits? Seras-tu donc toûjours infléxible à mes plaintes? Verras-tu sans pitié mes tragiques douleurs? N'arresteras-tu point, en assurant mes craintes, Les torrens de mes pleurs? Ô pere inexorable! ô pere tout-puissant! Veux-tu pour le pecheur condamner l'innocent? Veux-tu mettre ton fils au rang de tes victimes? Ta grace ou ta justice ont-elles donc permis Qu'un dieu se soit fait homme et meure pour les crimes Que l'homme avoit commis? N'as-tu pas pour les tiens la mesme affection De qui toutes les voix et les coeurs de Sion Exaltent la grandeur et la perseverance? N'as-tu pas pour les tiens la mesme charité Dont nos peres jadis eurent la délivrance De leur captivité? Quand ils t'ont invoqué, tu les as exaucez, Et moy je voy mes voeux jusqu'au ciel élancez Avecque mon encens s'en aller en fumée; Je suis plus méprisé qu'un chetif vermisseau; Mes jours sont à leur fin, lors que ma renommée Est encore au berceau. Tous ces gens sans honneur, tous ces lâches esprits, Ne me regardant plus que d'un oeil de mépris, Semble que de ma perte ils m'imputent le blâme, Et disent hautement afin de m'éprouver : Pourquoy le tout-puissant, qu'à son aide il reclame, Ne le vient-il sauver? Fay leur voir ton pouvoir, fay leur voir que je suis Celuy que la plus longue et la reine des nuits Devoit produire au jour pour le salut du monde, Celuy qui se rendra des enfers triomphant, Celuy qui dans les flancs d'une vierge feconde Fut le pere et l'enfant. Dés le premier moment je te donnay ma foy, Dés le premier moment j'eu mon recours à toy, Toy seul fus mon support, toy seul fus ma défense; Que si des affligez ta bonté prend le soin, Détourne ce calice, et fay que ta puissance Me secoure au besoin. Je ne voy qu'apostats contre moy revoltez; Leurs flames et leurs fers luisent de tous costez, Leur armée est sans nombre et leur haine sans bornes; Je n'entens que clameurs de cris injurieux, Et semblent ces mutins, en élevant leurs cornes, Des taureaux furieux. Nos ennemis communs ont conspiré ma mort, Leur rage contre moy fait son dernier effort; Mes os sont disloquez, ma chair est consumée; Et, courant en fureur sans ordre ni sans rang, Viennent comme lions de leur gueule affamée Se gorger de mon sang. Dans les longues ardeurs d'un invisible feu, Mon ame, se sentant defaillir peu à peu, De tristesse et d'amour également soûpire, Et, brûlant pour un dieu sans fin et sans pareil, Mon coeur en sa présence est comme de la cire Qui se fond au soleil. L'argile qu'un potier fait cuire en son fourneau Se pourroit comparer à ma livide peau; Mes membres sont tremblans, ma veuë est égarée; La force et la santé me quittent pour jamais; Je brûle, je consume, et ma langue alterée Se colle à mon palais. Bien que mes os en poudre entrent au monument, J'espere de revivre, et dans le firmament Consoler mes ennuis d'une éternelle joye; Et ma chair déchirée en ce corps langoureux, Dont ces chiens affamez pensent faire leur proye, Ne sera point pour eux. Ces esprits infernaux, ces tigres inhumains, Qui m'ont percé de cloux et les pieds et les mains, Ont encore à leur meurtre ajoûté l'avarice, Quand ils ont de concert, auparavant ma mort, Le jour que leur fureur apprestoit mon supplice, Jetté ma robe au sort. Ils font de mes ennuis leur satisfaction, Ils repaissent leurs yeux de mon affliction, Ils augmentent leur joye en augmentant mes peines. Contre ces factieux à toy seul j'ay recours, Et ne puis ni ne veux des puissances humaines Tirer aucun secours. Détourne donc de moy le fer de ces méchans, De ces chiens affamez à ton oint s'attachans; Sauve-moy des lions, sauve-moy des licornes, Et de tous les brutaux pleins de rage et d'erreur, Qui dans la seule foy doivent trouver des bornes Au cours de leur fureur. De ce bien-fait utile autant que merveilleux Nos freres apprendront comme les orgueilleux Peuvent estre soûmis à ta juste puissance, Et le sang de Jacob fera par tout savoir Que la protection de la foible innocence N'est qu'en ton seul pouvoir. Tu te feras par-là reverer des mortels Qui dans les lieux sacrez parfument tes autels, Et craindre ta justice à tous les autres hommes. Ils diront que ton bras, si terrible pour eux, Fut au siecle passé, comme au siecle où nous sommes, L'appuy des malheureux. Tu n'as point détourné ton visage de moy, Lors que mon oraison sur l'aisle de ma foy Obtint pour les humains la grace de leur faute; Et, quand dans ta maison j'exaltois ta grandeur, Fis-je pas resonner les voutes les plus hautes En leur vaste rondeur? Dans le pain consacré sur ta table rompu Ton peuple n'est-il pas divinement repû? Ton corps est sa viande, et ton sang son breuvage; Et d'un si merveilleux et si parfait bonheur Toutes les nations de l'Euphrate et du Tage Benissent le seigneur. Ceux même dont l'erreur sacrifie aux faux dieux, Se donnant comme nous au monarque des cieux, Comme nous prendront part aux honneurs du martyre; Et les coeurs épurez par les feux et les fers Soûmettront à tes lois le trosne de l'empire Qui regit l'univers. Ces fameux conquerans, ces vaillans potentats, Qui d'un sceptre d'acier regissent leurs estats, De ton celeste pain prendront leur nourriture, Et tiendront mesme rang en ce sacré repas Que les moindres, rendus par les loix de nature Esclaves du trépas. Pour moi, qu'il a tiré d'un abysme d'ennuis, Et que sa seule amour a fait ce que je suis, Qui ne regne et ne vis que par elle et pour elle Je veux que tous mes fils honorent pour jamais Celuy qui joint pour eux d'une chaisne éternelle La justice et la paix. PSEAUME 22 Loin de moy, tragiques pensées Dont mes infortunes passées Nourrissoient mon affliction! Puisque le tout-puissant est touché de mes plaintes, Dois-je pas esperer sous sa protection De bannir pour jamais mes ennuis et mes craintes? Ce pasteur tout bon et tout sage Nous conduit dans un pasturage Plein de délices et d'attraits, Et là des pures eaux d'une source feconde Nos esprits en repos en beuvant à longs traits, Noîront le souvenir des vanitez du monde. Lorsqu'il voit nostre ame égarée Et de son troupeau separée Se conduire à sa volonté, Qu'elle est preste à se perdre aux abysmes du vice, Son soin, pour l'obliger à benir sa bonté, La remet au chemin tracé par sa justice. Aussi, dans l'horreur des tenebres Et des ennuis les plus funebres Que la mort presente à nos yeux, J'iray sans m'effrayer aux antres les plus sombres, Quand pour guide j'auray le monarque des cieux, Qui peut vaincre la mort et dissiper ses ombres. Il me presente sur sa table Cette viande delectable Qu'il appreste pour ses éleus; Et de mes ennemis rend l'envie immortelle, Lors que par leur orgueil ils se verront exclus De ce mets qui m'éleve à la vie éternelle. L'excés des graces qu'il me donne M'honore autant que ma couronne, Dont il est l'équitable appuy : Toutes deux m'ont comblé de plaisir et de gloire Dans son sacré banquet, où, pour m'unir à luy, Son sang estoit le vin qu'il me versoit à boire. En la seule misericorde Que sa clemence nous accorde Est l'asyle des criminels; Sa grace et sa puissance ont nostre ame assurée De se voir au-dessus des flambeaux éternels Habiter la maison qu'il nous a preparée. PSEAUME 23 La terre est au seigneur, c'est l'oeuvre de ses mains, C'est-là que sa justice oblige les humains À meriter le ciel dans les peines du monde; Il a sur l'ocean posé ses fondemens, Et les ordres prefix par ses commandemens Est tout ce qu'elle oppose à la fureur de l'onde. Mais, bien qu'egalement tout soit en son pouvoir, C'est seulement là haut qu'il nous veut faire voir Sa beauté, sa grandeur et sa magnificence; Et ce lieu de repos, de gloire et de clarté, Est pour ceux dont le coeur garde en sa pureté Jusqu'au dernier soûpir sa premiere innocence. Ceux aussi qui pourront affranchir leurs esprits Des vaines passions dont le monde est épris, Et qui font que la terre est au ciel infidelle, C'est pour eux qu'il respand ses graces icy-bas; Et, quand l'âge accompli les conduit au trépas, Ce n'est que pour renaistre à la vie éternelle. Esprits qui dans la nuit, les flâmes et l'horreur, Estes toûjours en bute aux traits de sa fureur! Mort, qui rendez là bas les peines immortelles! Concierges éternels de ces sombres manoirs! À ce roy glorieux ouvrez vos cachots noirs, Que vous n'ouvrez jamais qu'aux ames criminelles. De quel roy glorieux nous vient-on menacer? Croit-on que sa splendeur ait pouvoir de chasser L'ombre de nos prisons éternellement noire? C'est celuy dont la croix, triomphant des pechez Qui tenoient dans les fers ses enfans attachés, Met en leur liberté le prix de sa victoire. Et vous, chers favoris de ce roy glorieux, Honorez son triomphe et son entrée aux cieux, Qui doit de son eglise affermir les colonnes; Par son heureux retour il vous comble d'honneur, Il augmente des siens le nombre et le bonheur, Et change des captifs les chaisnes en couronnes. De quel roy glorieux nous fait-on esperer De voir en ces lieux saints les graces éclairer? Quel est ce dieu vainqueur, qui tant d'heur nous Appreste? C'est celuy dont le bras, redoutable aux enfers, Vient d'ouvrir leurs prisons, vient de briser leurs Fers, Et va rendre les cieux riches de sa conqueste. PSEAUME 24 À toy seul, ô grand dieu, je leveray mes voeux; À toy seul mon bucher élevera ses feux D'une devote vehemence : Toy seul as de mon coeur borné l'affection. J'ay mis mon esperance en ta protection, Et mon salut en ta clemence. Si j'ay pour mon support ton invincible bras, Mes armes n'auront point la honte en mes combats De faire une lasche retraite, Ni je n'auray jamais la rage dans le coeur De me voir sous les pieds d'un insolent vainqueur Qui se rira de ma défaite. Ceux qui se sont faits grands par leur iniquité Dont le faste orgueilleux n'orne la dignité Que d'une fausse preudhommie, Plus leur haute fortune a d'éclat icy-bas, Et plus dans les honneurs qu'ils ne meritent pas Eclatera leur infamie. Ô dieu! Qui des vertus es l'asyle et l'auteur, Puisses-tu sur la terre estre mon conducteur Lors que mon ame est égarée, Et, dans ces lieux obscurs des vices frequentez, Faire que de ta grace et de tes veritez Elle soit toûjours éclairée! Si tu cheris les tiens comme aux siecles passez, Banni de mon esprit ces desirs insensez Secrets auteurs de ma tristesse, Et, dans la penitence à quoy je me soumets, Fay que l'eau de mes pleurs esteigne pour jamais Le feu qui brûle ma jeunesse. Si l'horreur de mon crime est indigne du jour, Fay moy voir des effets de cette ardente amour Qui fut par ton fils attendrie, Lors qu'il illumina ces pecheurs égarez Qui, n'estant pas encor de ta grace éclairez, Se perdoient dans l'idolatrie. Ce dieu dont la clemence égale l'équité Recompense icy-bas la vraye humilité De sa lumiere veritable, Celle qui nous conduit sur le throsne des saints, Celle qui nous conduit aux genereux desseins Où la gloire est indubitable. Regarde-moy, seigneur, d'un oeil benin est doux, Et sois, en t'opposant à ton juste courroux, Contre toy-mesme ma défense. Tu vois qu'au repentir dont mon coeur est pressé, La grandeur de ton nom si souvent offensé Fait la grandeur de mon offense. Le prince qui craint Dieu, Dieu l'assiste toûjours De solides conseils et de puissans secours, Et dans la paix et dans la guerre; Et par un mesme esprit sa sainte ambition, Mettant toute la terre en sa possession, Le détachera de la terre. Au prince qui craint Dieu, Dieu découvre à ses yeux Les registres du sort imprimez dans les cieux, Dont l'on n'a que des conjectures; Il fait qu'il participe à son divin sçavoir, Lors qu'en sa prescience il luy permet de voir Les secrets des choses futures. Aussi c'est à luy seul que mes bras sont offerts, Comme au seul qui pourra me délivrer des fers De la chair, du monde et du vice; Il nous rend à la mort la lumière et la paix, En des lieux où nostre ame est comblée à jamais De sciences et de délices. Voy d'un oeil de pitié la misère où je suis, Ren le jour de ta grace à la nuit des ennuis Où de plus en plus je me plonge; De tout secours humain mon esprit dénué À peine fait mouvoir mon corps atenué De la tristesse qui le ronge. Fay moy misericorde, ô dieu plein de bonté, Dans l'excés de la rage et de l'iniquité Des factions qui se fomentent : Voy-tu pas l'injustice au throsne s'établir? Voy-tu pas dans mon camp mes troupes s'affoiblir Et mes ennemis qui s'augmentent? Dissipe des mutins ce funeste attentat, Oste leur le desir de brouiller mon estat En leur en ostant l'esperance; Et fay voir, ô grand dieu, qui seul est mon appuy, Que jamais le malheur ne fait honte à celuy Qui met en toy son assurance. Ceux de qui la prudence est jointe à la vertu, Te voyant maintenir mon espoir combatu De tant de factions diverses, Chercheront leur asyle en ta protection, Qui, propice à mes voeux, fera voir dans Sion La fin de toutes mes traverses. PSEAUME 25 En ce temps de calamité Où la nuit de l'impieté Nous a tes graces éclipsées, Ô dieu! De qui je tiens la lumiere et la foy, Tu sais mes actions, tu connois mes pensées, Je ne veux point avoir d'autre juge que toy. Sonde mes plus secrets desirs, Et si mon coeur dans les plaisirs S'emporte avec trop de licence; Quand la contrition l'aura mortifié, Afin de rétablir sa premiere innocence, Qu'au feu de ton amour il soit purifié. Je fuis ces coeurs ambitieux Qui dans leurs complots factieux Partagent entre eux leur patrie, Et qui, tombant de l'une à l'autre extremité, N'ont jamais sans mépris ou sans idolatrie Rendu ce qu'ils devoient à la divinité. Pour moy, qui me lave les mains De ces pernicieux desseins Où la vanité les convie, Mon soin est d'admirer tes honneurs immortels, T'aimer et te servir le reste de ma vie, Et chanter ta loüange au pied de tes autels. J'admire dans mon oraison Les merveilles qu'en ta maison Tu fais éclater d'heure en heure Et, ravi des attraits qu'on gouste en ce sejour, Dans ce seul et saint lieu j'ay choisi ma demeure, Comme toy pour le seul objet de mon amour. Fay que par tes soins éternels Des crimes et des criminels À jamais je me garantisse, Et de ceux dont le coeur trop lasche et trop puissant Fait qu'en eux la vengeance égale l'avarice Quand ils mettent à prix la mort de l'innocent. Seigneur, je ne regrette pas De voir courir vers le trépas Mon plus bel âge qui se passe, Pourveu que mon esprit, comme au siecle passé, Puisse jusqu'à la fin, éclairé de ta grace, Cheminer dans la voye où tu l'as redressé. PSEAUME 26 Je verray sans regret l'astre de qui le tour Borne l'an et le jour Arriver au couchant de sa derniere course, Sachant que le seigneur n'a pas moins de pouvoir Que lors qu'il a fait voir Dans la nuit du cahos la lumiere en sa source. J'entendray sans frayeur les injustes projets Que feront mes sujets Pour secouër le joug de ma juste puissance; Sachant que le seigneur, par qui j'ay tant de fois Vaincu les plus grands rois, Saura bien les ranger à mon obeïssance. S'il faut qu'un seul combat vuide nos differens, Déja parmi les rangs Ses anges sont armez qui m'offrent leur service; Et sur mes pavillons je voy déja dans l'air La victoire voler, Qui ramène du ciel la paix et la justice. Que pendant ces discords j'ay de fois desiré Ce repos retiré, De qui tant de grands saints nous ont monstré l'exemple, Afin de mettre aux pieds du seigneur des seigneurs Mon sceptre et mes honneurs, Pour achever ma vie à servir en son temple. C'est-là qu'en sacrifice on offre à ses autels Tout ce que les mortels Reçoivent icy-bas de la terre et de l'onde; Et dans un plus parfait qui brusle nuit et jour Le feu de son amour Y purge nos esprits des vanitez du monde. C'est en ce seul asyle où gist nostre bonheur, C'est-là que le seigneur Est le plus attentif à nos justes requestes; C'est un roc immobile à la rage des flots, D'où l'on voit en repos Les vents de la fortune exciter nos tempestes. C'est-là que j'offrirai les biens les plus exquis Aux batailles conquis, Afin d'en conserver plus long-temps la memoire; Mais ce dernier combat où j'aurai surmonté Ma propre volonté Est le seul dont j'espere une éternelle gloire. Seigneur, si tout sanglant au fort de ma fureur Tu n'as point en horreur Les hymnes dont mon luth celebre tes loüanges, Dois-je pas m'assurer qu'ils seront mieux ouïs De ces lieux où je puis Joindre à la douce voix la pureté des anges? Mais où tendent ces voeux en l'âge où je me voy? Ils mourront avec moy, Si ta grace éclipsée est long-temps sans me luire; Semblables à ces fleurs que l'on ne peut sauver Des rigueurs de l'hyver, Et qui sans le soleil ne peuvent rien produire. Ne me cache donc plus ta divine splendeur, Et croy que ta grandeur Se fait plus admirer lors qu'elle me l'accorde : Ta seule autorité peut bien me condamner; Mais pour me pardonner Il faut qu'elle soit jointe à ta misericorde. Quand mon pere et ma mere au besoin m'ont quité, En cette extremité Tu m'as servi des deux avec plus de tendresse; En rendant à la fois tous mes desirs contens, Tu fis en mesme tems Paroistre aux yeux de tous ta force et leur foiblesse. Quand des langues d'aspic vomissant leur poison M'imputoient sans raison Un crime dont ma foy ne fut jamais capable, Ils en eurent la honte, et je fus glorieux, Lors que ces envieux Se rendoient imposteurs sans me rendre coupable. Leur fraude ne t'a pû cacher la verité; Ta divine clarté Découvre et voit toûjours nostre ame toute entiere; Et je suis assuré que la nuit du trépas Ne m'empeschera pas D'estre encor éclairé de la mesme lumiere. Ô toy de qui le coeur bruslant de son amour, T'occupes nuit et jour À servir ses autels d'effet et de pensée, N'espere qu'en luy seul; croy que son équité S'égale à sa bonté, Et qu'enfin ta vertu sera recompensée. PSEAUME 27 Seigneur, quand l'ennemy m'oppresse, À toy seul je leve sans cesse Mon ardente oraison : Témoigne que du ciel ton oreille attentive De ma voix dolente et craintive Entend les cris dans ta maison. Sauve mon honneur et ma vie Des traits qu'ont ces monstres d'envie Contre moy décochez; Ne permets que ma mort, que leur haine conspire Avec le malheur de l'empire, Croisse l'horreur de leurs pechez. Leur ame, pleine d'artifice, De la paix et de la justice S'entretient tous les jours; Tandis que de leur haine ils éclatent des crimes Contre les pouvoirs legitimes Biens differens de leurs discours. Mais toy dont la toute-puissance Voit dans les coeurs dés leur naissance Le vice et la vertu, Dois faire sur tous deux ta justice paroistre; Et l'un et l'autre reconnoistre De quelque habit qu'il soit vestu. Ces coeurs enflez de vaine gloire S'efforcent de ne te pas croire Auteur de ce grand tout; Mais leur presomption en blasphémes feconde Dessous le tonnerre qui gronde Ne sauroit demeurer debout. Je te benis, je te revere, Toy seul est le maistre et le pere Des petits et des grands : De ce monde, seigneur, ta bonté tutelaire Accorde à mes voeux le salaire Des services que je te rends. De toy je tiens en mon vieux âge Cet embonpoinct que mon visage Ne peut desavouër. Ta main qui sur ma teste affermit ma couronne Avecque la force me donne La volonté de te louër. Qu'avec un peuple plus sincere Le terme de nostre misère Puisse estre limité, Et que nous puissions tous habiter la province Qui n'a que toy seul pour son prince, Ni pour temps que l'eternité! PSEAUME 28 Vous à qui la naissance a donné les clartez Des saintes veritez Qu'on ne tient icy-bas que du sauveur du monde, Pour le remercier de ses dons immortels, De vostre bergerie offrez à ses autels Les aigneaux dont ses soins la rendent si feconde. Aux deserts du Jourdain j'entens déja la voix, Déja du roy des rois Le digne précurseur annonce la venuë, Et déja dans les flots ce prophete futur De nos premiers parens lave le sang impur, Dont la corruption jusqu'à nous continuë. Mais aprés tant de soins et de marques d'amour, Sa justice à son tour Abattra sous ses pieds l'audace de la terre; Ses forces paroistront à courber l'univers, Ses yeux ne nous verront qu'à travers les éclairs, Et pour voix son courroux n'aura que le tonnerre. Le Liban effrayé verra tomber à bas, Sous l'effort de son bras, Les cedres orgueilleux qui bravoient les orages; Ils seront égalez aux moindres arbrisseaux, Et sous eux les rochers sauteront comme aigneaux Quand la gresle et le vent battent leurs pasturages. Israël n'aura point de sujet de terreur De sa juste fureur, Dont alors son amour sera la seule borne; Ce dieu qui dans les monts éleve ses autels En chasse par la foy les erreurs des mortels, Comme fait les venins le faon de la licorne. Sa voix fait dans Cadés les montagnes mouvoir Quand son divin pouvoir Témoigne à ses enfans sa bonté tutelaire; Il separe pour eux ses beaux feux toûjours clairs De ces feux sans lumiere horribles aux enfers, Les feux de son amour des feux de sa colere. En d'agreables champs fertiles en moissons Il change les buissons Où le jour de midi n'entroit qu'avecque peine; Et la bische et le faon, qui loin de la clarté Pensoient sous leurs rameaux dormir en seureté, S'éveillent en sursaut au milieu de la plaine. Quelle incredulité ne rentre en son devoir Lors qu'on le voit asseoir Sur un throsne de flots produits par le deluge? Quelle pasle terreur ne s'assure en celuy Qui nous donne la force, et nous offre aujourd'huy La verité pour guide et le ciel pour refuge? PSEAUME 29 J'exalterai partout la gloire du seigneur, Qui sauve mon estat, ma vie et mon honneur, Et qui dans son asyle assure ma retraite; Ce dieu ne permet pas que le victorieux Triomphe insolemment, et raille ma deffaite D'un ris injurieux. Ta clémence, ô grand dieu, reçoit mon oraison; Ta clemence, ô grand dieu! Me rend la guérison, Et purge mon estat d'infamie et de blâme; L'enfer, qui contre moy fit ses derniers efforts, Ne se vantera pas de posseder mon ame, Ni la terre mon corps. Celebrez la grandeur de son nom glorieux, Vous qui devez jouïr dans la gloire des cieux Des honneurs preparez par ses bontez propices; Mesme dans la rigueur de son juste courroux Ne témoigne-t-il pas, en corrigeant nos vices, Le soin qu'il a de nous? Tant de frequens effets de son affection Assurent nostre vie en sa protection, Et nous donnent la paix au milieu des alarmes; Nos ennuis, dont elle est le remede et la fin, Font à peine durer le sujet de nos larmes Du soir jusqu'au matin. L'avenir, où mes ans s'avancent pas à pas, Promet à mes desirs tous les biens qu'ici bas L'homme peut esperer de sa bonté profonde; Et l'honneur que là haut mon dieu m'a preparé Ne sera point semblable aux fortunes du monde, Qui n'ont rien d'assuré. Et toutefois, seigneur, quand tu m'as delaissé, L'éclat de mon bonheur s'est si-tost éclipsé, Que la crainte en mon coeur en chasse l'assurance; Alors ta seule grace est ma felicité, Je te fais ma priere, et mets mon esperance En ta seule bonté. Tandis que nous vivons nous devons te prier, Celebrer les grandeurs de l'oeuvre et de l'ouvrier, Et faire de ton nom le sujet de nos veilles; Car nostre ame et nos yeux dans la nuit de l'oubli Sont à jamais privez d'admirer les merveilles Dont le monde est rempli. Ah! Ton juste courroux n'est plus si vehement, Je veux changer ma plainte en un remerciment, Et ne me plus couvrir d'un sac de penitence; Ta clemence a pour moy moderé ta rigueur, Le torrent de mes pleurs, en lavant mon offense, Met la joye en mon coeur. Ainsi purgé d'ennuy, de crainte et de peché, Mon esprit, tout-à-fait du monde détaché, Ne se veut employer qu'au recit de ta gloire : C'est l'assidu travail à quoy je me soûmets, Et ce digne sujet, si doux à ma memoire, Ne m'ennuira jamais. PSEAUME 30 Au fort de l'ennuy qui me presse C'est à toy seul que je m'adresse, Source éternelle de tous biens! Ô seul dieu, seul appuy de la foible innocence, L'équité de ton regne autant que ta clémence T'oblige-t-elle pas à proteger les tiens Quand ils sont opprimez d'une injuste puissance? Permets que mon ame éplorée Soit dans ta maison assurée De sa légitime terreur, Et que de ces méchans l'insatiable envie De honte et de malheur soit à jamais suivie; Confon leur imposture, arreste leur fureur, Et défen à la fois mon honneur et ma vie. Pren soin de ta vivante image, Quand elle entre dans le passage Du trépas à l'éternité; Eclaire-la, seigneur, d'une grace immortelle; Et, bien qu'à son époux elle ait esté rebelle, N'a-t-elle pas repris cette mesme beauté Qu'elle avoit quand ton fils mourut d'amour pour elle? Je confesse qu'avec justice Tu haïs ceux dont l'artifice S'adresse à tout autre qu'à toy. Moy qui say que ta voix est la verité mesme, Qu'en douter seulement est commettre un blasphéme, Je veux sur l'équité, compagne de la foy, Poser les fondemens de mon pouvoir supréme. Durant mes malheurs incurables Tes yeux benins et favorables Regardoient mon humilité. Des armes des vainqueurs ta bonté me retire, Et dans un air plus doux qu'à présent je respire, Non content de m'avoir rendu la liberté, Tu veux sur leurs estats élargir mon empire. Jette les yeux sur ma misere, Voy que la fortune prospere Veut déja me tourner le dos : Un malheur imprévû fait de mon coeur sa proye, Et dans les plus beaux jours que le ciel nous octroye L'envie et le mépris, jaloux de mon repos, Meslent d'ombre et d'ennui ma lumiere et ma joye. Tu vois que mon mal continuë, Et que ma force diminuë Comme s'augmente ma douleur; Et mon affliction, qui se rend si commune, Me touche beaucoup moins et m'est moins importune Voyant mes ennemis rire de mon malheur, Qu'en voyant mes amis pleurer mon infortune. Comme un corps sans coeur et sans ame Le monde me traite d'infame Et me montre avecque mépris; Et tel qu'est un vaisseau qui par un souffle agile Est formé d'un cristal transparent et fragile, Plus il est precieux, plus son riche débris Rend à le réunir nostre peine inutile. Telle est cette illustre province Où chacun pour se faire prince Se cantonne dans son quartier : La grandeur de son tout perd sa force et sa grace, Et l'espoir assuré parmy la populace Que l'on ne la sçauroit remettre en son entier Augmente aux factieux l'insolence et l'audace. Mais quand leur injuste courage Complote en l'excés de leur rage Ma prison, ma perte ou ma mort, C'est, ô dieu tout-puissant, en toy seul que j'espere; Par ton esprit de paix leur haine se tempere, Tu viens à mon secours, tu rens vain leur effort, Et me sers à la fois de sauveur et de pere. Confon leurs nouvelles maximes, Soy l'appuy des rois legitimes Et des illustres malheureux; Commets en bonne main les sceptres que tu donnes, Assure les estats sur de fermes colomnes, Et fay voir que ton bras, qui travaille pour eux, Sait l'art de rassembler le débris des couronnes. Couvre de honte ces infames Qui reprochent aux bonnes ames Qu'on te prie inutilement; Fay qu'à ces vains moqueurs le remors qui les ronge Leur face, en tous endroits où leur erreur les plonge, Endurer à jamais le mesme chastiment Qu'on prepare aux enfers à l'esprit de mensonge. Impose un éternel silence À ces méchans dont l'insolence Taxe nos plus justes desirs; Fay que, jaloux de ceux qui dessous tes auspices Ont pû se garentir de l'amorce des vices, Ils connoissent combien nos solides plaisirs Sont bien plus permanens que leurs moles delices. Fis-tu pas voir à tous les hommes, Comme à ceux du siecle où nous sommes, Et par ta vie et par ta mort, Qu'ils peuvent s'assurer que leur nef vagabonde Au-dessus de la nuë où le tonnerre gronde, Si ta grace éternelle est son pole et son nort, Sortira sans peril des tempestes du monde? Alors la plus noire malice Manquera d'ombre et d'artifice Pour tenir ma fidelité. Seigneur, ta providence à mes voeux favorable M'offre pour mon asyle un sejour agreable, Que la force des murs jointe à la pieté Ont rendu pour jamais aux méchans imprenable. Que de foiblesse avoit ma crainte! Que d'injustice avoit ma plainte Quand je murmurois contre toy! Aprés tant de tristesse, aprés tant de souffrance, Ta grace, qui se rend à ma perseverance, Fait voir que dans les coeurs la veritable foy Peut jusques au tombeau nourrir son esperance. Vous qui, francs d'espoir et d'envie, Joüissez, aprés cette vie, Du plus parfait de tous les biens, Qui de ces veritez reverez l'excellence, Admirez les effets de la foudre qu'il lance, Comme il sait relever l'humilité des siens, Et de ses ennemis confondre l'insolence. Et vous qui nous servez d'exemples, Beaux esprits dont il fait ses temples, Dignes images du seigneur, Quand le monde et la chair vous tendent leurs amorces, Faites avec vos corps de genereux divorces, Et lorsque ces mutins troublent vostre bonheur, Dans l'ardeur du combat renouvellez vos forces. PSEAUME 31 Heureuse est l'ame penitente, Quand, aprés une longue attente, Dieu veut sa priere exaucer, Et qu'au lieu de punir son vice, Sa bonté semble s'efforcer De le cacher à sa justice. Bienheureuse est encore l'ame À qui Dieu n'impute le blâme Des crimes qui luy sont remis, Et qui jamais ne se propose De celer ceux qu'elle a commis À celuy qui sait toute chose. Quand je luy cachois mon offense, Le remors de ma conscience Rendoit mon esprit si changé, Que sans sa bonté favorable Ce mal trop long-temps negligé Alloit devenir incurable. Ha! Seigneur, que mon artifice Te fit bien-tost voir la malice De mes desseins pernicieux! Le monde en étoit incapable; Mais plus j'estois juste à ses yeux, Et plus aux tiens j'estois coupable. Durant le temps que ta colere M'a fait recevoir le salaire Qu'avoit merité mon peché, Quelque rigueur qu'eust ta justice, Mon esprit estoit plus touché De la honte que du supplice. Enfin, l'ame toute confuse, Devant toy-mesme je m'accuse De t'avoir deux fois offensé; Mais, ô bonté qui tout surpasse! À peine je l'ay confessé, Que je sens l'effet de ta grace. Cette clemence incomparable Du pecheur le plus miserable Doit toutes les craintes bannir; Qui saura ce qu'elle m'accorde Ne pourra plus à l'avenir Douter de ta misericorde. Qu'un second deluge s'appreste, Qu'on n'entende sur nostre teste Que des tonnerres éclater, Dessous leurs rages forcenées Celuy n'a rien à redouter Dont les fautes sont pardonnées. Bien que je te craigne pour juge, Ta clemence m'est un refuge Qui m'est en tout lieu présenté; Et puis dire, quoique tu faces, Que ta puissance et ta bonté À l'envi me comblent de graces. La raison que tu m'as donnée, Dont mon ame est illuminée Comme mon corps l'est de mes yeux, Cette clarté vraiment divine Ne tend qu'à me conduire aux cieux Dans le lieu de son origine. Depuis le temps qu'elle m'éclaire Je reconnois que te déplaire Est le plus grand de tous les maux, Qu'il te faut suivre sans contrainte, Non comme les lourds animaux Qui ne font rien que pour la crainte. Rien ne dompte leur coeur farouche Que le fer qu'ils ont dans la bouche Et le nombre des châtimens; Mais cette raison qui nous guide À faire tes commandemens Nous sert d'éperons et de bride. Les méchans sont aussi sauvages; Si quelquefois dans leurs courages Ils ont quelque remors secret, Ta grace mesme les effroye, Et ne font qu'avecque regret Ce qu'on doit faire avecque joye. Ta justice, qu'ils apprehendent, Est d'où les fidelles attendent Le loyer qu'ils ont merité, Sachant que tes loix souveraines Donnent avec mesme équité Les recompenses et les peines. Dignes enfans d'un si bon pere, Vous dont la foy, que rien n'altere, Est l'espoir, la joye et l'appuy, Gardez-en toûjours la memoire, Et ne cherchez jamais qu'en luy Vostre repos et vostre gloire. PSEAUME 32 Beaux esprits decorez de dons si precieux, Qui devez remplir dans les cieux Les trosnes les plus magnifiques, Comme avecque plaisir vous loüez le seigneur, C'est avecque plaisir qu'il entend les cantiques Que vous chantez en son honneur. Celebrez sa grandeur sur les tons differens Des douces lyres à dix rangs Et des languissantes violes, Et, pour mieux honorer le nom du roy des rois, Accordez dans vos chants vos coeurs à vos paroles, Ainsi que vos luths à vos voix. La tendresse d'amour qu'il a pour les humains Fait à ses équitables mains Perdre l'usage du tonnerre, Et sa voix, qui par tout épand ses veritez, Que fait-elle éclater aux deux bouts de la terre Que des marques de ses bontez? Tout est creé par elle, et les ordres divers Qu'elle porte dans l'univers L'ornent de diverses merveilles, Et ces yeux dont le ciel nous voit de tous costez Semblent estre pour luy convertis en oreilles Pour entendre ses volontez. Bien qu'il regle des eaux le flux et le reflux, Leurs flots ne respectent non plus Les siens que les peuples barbares : Leurs fertiles sablons produisent sans travail, Et cachent par son ordre en leurs gouffres avares Les perles, l'ambre et le corail. Les effets merveilleux de son divin pouvoir À toute la terre font voir Que de tout par tout il dispose, Et feront reconnoistre au peuple mécreant Que, comme du neant il crea toute chose, Il peut tout reduire au neant. Il confond des méchans les secrets attentats, Qui sur le débris des estats Fondent leur injuste puissance, Et de ce qu'il conçoit en son entendement Nous en avons l'effet avant la connoissance, Sans trouble et sans retardement. Les peuples sont heureux que ce dieu tout-puissant Illumine dés en naissant De sa lumiere interieure; Ils seront par sa gloire à jamais triomphans : Ce monarque chez eux a choisi sa demeure, Et leurs enfans pour ses enfans. De son throsne élevé sur le plus haut des cieux Il jette sans cesse les yeux Sur tout ce qui vit en ce monde. Nostre ame, dont il tient la conduite en ses mains, Ne luy peut rien cacher : son esprit est la sonde De tous les secrets des humains. Les rois comtent en vain leurs nombreux combattans Parmi les campagnes flottans Comme les vagues d'un orage, Et l'orgueilleux geant en vain dans les combats Se pense prévaloir et tirer avantage De la pesanteur de son bras. Ces barbes, ces coursiers qui volent les sillons, Ces dignes fils des aquilons, N'assurent point nostre retraite : Du seul maistre de tout les decrets absolus Au camp des ennemis porteront la défaite, Et la victoire à ses éleus. Nous voyons quelquefois son indignation Affliger sa chere Sion D'une pasle et maigre famine; Mais on voit aussi-tost revenir à leur tour L'abondance et la joye, et sa bonté divine Changer sa colere en amour. Seigneur, à pleines mains tes liberalitez Font voir alors en nos citez Tes soins et tes magnificences, Et font connoistre aux tiens comme ton amitié, Dans la contrition qu'ils ont de leurs offenses, Se rend sensible à la pitié. PSEAUME 33 Quelque sujet de tristesse ou de joye Qui m'arrive journellement, En tout temps, en tout lieu, je veux également Remercier celuy qui me l'envoye. Je n'auray point de passion plus forte Que de faire connoistre à tous Qu'il n'est rien de plus grand, qu'il n'est rien de Plus doux, Que l'amitié que le seigneur nous porte. Donc aux autels nos voix et nos pensées, S'élevant avecque nos feux, Rendent grace au pouvoir qui, propice à nos voeux, A soulagé nos miseres passées. Son seul objet rend nostre ame pourveuë De paix, de graces et d'appas; Sa divine splendeur nous éclaire icy bas, Et n'a jamais éblouy nostre veuë. Le malheureux que les destins contraires Accompagnoient dés en naissant, Si-tost qu'il eut recours au seigneur tout-puissant, Seicha ses pleurs et finit ses miseres. Quand nous mettons en Dieu nostre esperance, L'ange qui nous suit pas à pas, En éloignant de nous le trouble des combats, Nous rend par tout la joye et l'assurance. Si vous doutez, ames foibles et basses, Des merveilles de son pouvoir, L'histoire de mes jours vous fait-elle pas voir Son équité, sa grandeur et ses graces? Des plus prudens l'ame juste et parfaite Doit craindre ses bras tout-puissans : Par eux les plus grands rois et les plus florissans Peuvent tomber en extréme disette. Ces insolens, ces riches, dont l'audace, Comme des lions devorans, Opprimoit dans Sion les petits et les grands, Sont effroyez à sa seule menace. Mes chers enfans, que l'amour et la crainte Donnent vos coeurs au roy des rois; Nous pouvons sur la terre, en observant ses loix, Faire une vie aussi douce que sainte. Ne vomissons aucune calomnie Contre la juste autorité; Haïssons le mensonge, aimons la verité, Et maintenons la paix sans tyrannie. D'un oeil benin sa clémence regarde L'homme à ses loix obéissant; Son oreille attentive au cry de l'innocent Oit ses soupirs et le prend en sa garde. Mais quand du ciel sa justice profonde Sur les méchans jette les yeux, Elle veut que leur nom à jamais odieux Soit effacé du souvenir du monde. Des gens de bien il reçoit les victimes, Il les secoure en leur besoin; Et des plus grands pecheurs sa bonté prend le soin Lorsque leur coeur est contrit de leurs crimes. Si les eleus vivent dans la souffrance, Ce n'est que pour faire admirer Celuy dont la bonté les en peut retirer Quand ils auront exercé leur constance. De ces martyrs qui nous servent d'exemples Les os dans les gesnes brisez, Sous les perles et l'or en triomphe exposez, Seront un jour l'ornement de nos temples. Mais les mechans dans la flame eternelle, Où rien ne les peut secourir, Brulent sans consumer, et sans pouvoir mourir Mourra sans fin leur ame criminelle. Ceux dont ils font le but de leur envie, Ces dignes enfans du seigneur, Verront à leur merite egaler leur bonheur, Et dans la mort retrouveront la vie. PSEAUME 34 Puissant dieu des combats, arbitre d'équité, Qui de mes ennemis vois l'infidelité, Sois à mes voeux propice, Leur fer victorieux brille de nos costez; Contre ces grands guerriers, contre ces revoltez, Je reclame à la fois ta force et ta justice. Pren les armes en main qui du plus haut des airs D'une egale terreur font trembler les enfers, Le ciel, l'onde et la terre, Et, rassurant les tiens de ta protection, Et blamant les auteurs de la sedition, Parle à tous les mortels par la voix du tonnerre. Tous ceux qui de ma honte élevent leur orgueil, Qui de mes ans comptez veulent dans le cercueil Avancer la carriere, Que l'ange qui confond le complot des mechans Les puisse par le glaive ecarter dans les champs, Comme les tourbillons ecartent la poussiere. Qu'égarez dans les bois et dans l'obscurité, Tous les flambeaux des cieux refusent leur clarté À leur honteuse fuite; Que la confusion aveugle leurs esprits, Que dans leur propre embûche ils se trouvent surpris, Et par un mesme effet leur puissance détruite. Tandis que ces maudits, dans les vices perdus, Verront dans les filets par eux-mesmes tendus Leur liberté ravie, Egalement comblé de joye et de bon-heur, Mon coeur exaltera le pouvoir du seigneur, Qui sauve mon estat, mon honneur et ma vie. Mes os, que je sentois transis d'etonnement, Tascheront de montrer le secret sentiment De leur réjoüissance. Est-il rien, ô grand dieu! Qui soit pareil à toy? Des justes malheureux tu rassures l'effroy, Quand ils sont opprimez d'une injuste puissance. Contre des veritez que l'on ne peut nier L'esprit des médisans à me calomnier Met toute son estude. Ils tiennent tout de moy, c'est moy qui les maintiens; Mais tant plus je m'efforce à les combler de biens, Plus s'augmentent leur haine et leur ingratitude. Quand de leur tyrannie ils vouloient m'accuser, Par mes pleurs, par mes cris, je taschois d'appaiser Ta divine justice; Je jeûnois, je veillois, et, d'un coeur genereux, À ces austeritez que je faisois pour eux J'ay souvent ajouté la haire et le cilice. J'estois de leur douleur transporté de pitié, Je leur rendois par tout des marques d'amitié, Comme leur propre frere; Et lorsque les malheurs m'accablerent d'ennuis, Passoient-ils pas les jours, passoient-ils pas les nuits, Dans le jeu, dans la danse, et dans la bonne chere? Il naist de leurs complots nostre division, Dont les motifs entre-eux sont par derision Tournez en raillerie; Mais si-tost qu'ils ont vû que tu n'as pas permis Tant de maux dans l'estat comme ils s'estoient promis, Leur grincement de dents temoigna leur furie. Ne m'abandonne point à ces fiers conquerans, À ton oint plus cruels que lions devorans Qui dechirent leur proye; Délivre-moy des maux dont ils sont les auteurs, Afin que je raconte à tes bons serviteurs Le secours qu'au besoin ta clemence m'octroye. Ne permets, ô grand dieu! Que ces méchans esprits, D'un discours insolent ou d'un oeil de mépris, Bravent mon infortune; Ils fomentent la guerre et demandent la paix, Et par cet artifice ils font voir les effets De la deloyauté qui leur est si commune. Aussi-tost qu'on me croit dénué de pouvoir, Le peuple en me montrant fait-il pas assez voir La haine qu'il me porte? Ô dieu qui prend en main la défense des rois Fay voir aux contemteurs des legitimes lois Que la juste puissance est toujours la plus forte. Leve-toy donc, seigneur, et, de ces mesmes mains Dont tu donnes la vie et la mort aux humains, Prepare leur supplice; Puny ces factieux comme ils ont merité. J'ay par tout eu recours à ta seule bonté, Mais contre eux j'ay recours à ta seule justice. À ceux qui de mes maux font leur contentement, Ren, avec leurs desirs, leur haine et mon tourment, Leurs fureurs etouffées, Et que ces insolens, joyeux de mon malheur, Ne se puissent vanter, en vantant leur valeur, D'avoir de ma defaite elevé des trophées. Que, honteux de leur crime et de leur lacheté, Ils ne puissent tirer de mon adversité Leur gloire ni leur joye; Et retournant contre eux leurs discours médisans, Ils soient au lieu de moy, le reste de leurs ans, La bute du mépris dont ils m'ont fait la proye. Lors, comblez de richesse et de prosperité, Ces esprits genereux de qui la charité Prenoit part à ma peine, Et qui blamoient l'horreur d'un si noir attentat, Du calme general que tu rends à l'estat Beniront à jamais ta bonté souveraine. Pour moy, que ta largesse a comblé de bienfaits, Et que ton équité conseille dans la paix, Protege dans la guerre, Je veux, d'un coeur épris et d'amour et de foy, Employer le repos que je tiendray de toy À publier ton nom aux deux bouts de la terre. PSEAUME 35 Ces esprits forts qui font impunément, Dans le torrent de leur débordement, De leur peché leur bonheur et leur gloire, Et, méprisant le celeste courroux, Vont publiant et s'efforcent de croire Que le seigneur n'a point de soin de nous; Leur jugement, pour s'estre trop flaté, S'est endurci dans l'incredulité : L'enfer pour eux est sans peine et sans flame; Tous ces tourmens ne leur font point d'horreur, Et craindroient moins la perte de leur ame Qu'ils ne feroient celle de leur erreur. Lorsque la nuit a nos soins relaschez, Leurs coeurs ne sont remplis que de pechez, Dont la noirceur tache leur conscience; Et le desir de les produire au jour Fait qu'en leur lit avec impatience Leur ame impie en attend le retour. Tu nous fais voir comme de ta bonté Le firmament borne l'immensité; Là tes grandeurs sont par tout estalées, Et tes arrests de nos plus hauts sommets Se font entendre aux plus basses valées Que le soleil ne visite jamais. Le mesme soin que tu prens des humains, Le prens-tu pas des oeuvres de tes mains, Que tu nourris dans l'air, la terre et l'onde? Mais ceux qui sont tes enfans par la foy, Lorsque la mort les bannira du monde, Iront au ciel revivre avecque toy. Là les plaisirs combleront leurs souhaits, De ta promesse ils verront les effets; Jamais les ans ne finiront leurs courses, Et des rayons de ta divinité Leur couleront d'inépuisables sources D'amour, de biens, de vie, et de clarté. Que ceux qui sont soumis à ton pouvoir Soient affermis aux loix de leur devoir Par les douceurs de ta misericorde; Et pren les tiens en ta protection, Lorsque contre eux la licence déborde De l'injustice et de l'ambition. Mais je connois que nos voeux sont oüis, Ces insolens se sont evanoüis, Ou sont restez estendus sur les herbes; L'étonnement en dissipe le bruit, Et dans leur camp leurs menaces superbes Ne troublent plus le calme de la nuit. PSEAUME 36 Vous à qui Dieu promet dans son éternité Une seconde vie en merveilles feconde, Ne portez point d'envie à la prosperité Qui plonge les méchans dans les plaisirs du monde. La gloire des mortels n'a rien de permanent; Leurs grandeurs, leurs honneurs, passent incontinent, Et sont comme les fleurs que la bize resserre : Le mesme jour qui voit leur bouton demi clos Le voit s'épanoüir, fanir, tomber à terre, Devant que sa clarté retombe dans les flots. Mettez vostre esperance aux bontez du seigneur, Et sachez qu'en vos champs ces fecondes richesses Qui comblent vos maisons et vos jours de bonheur Sont les fruits de vos voeux et ceux de ses largesses. Que vostre seul plaisir en tout temps, en tout lieu, Soit d'admirer la gloire et les oeuvres de Dieu; Consacrez-luy vos coeurs avecque vos offrandes : Il déploira pour vous ses graces et ses soins; Sa liberalité préviendra vos demandes, Comme sa providence a prévû vos besoins. Tel que l'astre du jour dans le milieu des cieux Divise également sa flame et sa carriere, Quand ses rayons à plomb penetrant en tous lieux Font que tout l'horizon est vû de sa lumiere : Telle son équité, du haut du firmament, Distribuant aux siens sa grace également, Fait que leur esperance est égale à leur crainte; Il reconnoist de là l'impie et l'innocent, Et leur devotion, ou veritable ou feinte, Sera par tout en veuë à ce dieu tout-puissant. Que dans ses volontez se bornent vos desirs, Et que vos coeurs soumis contemplent sans envie Les méchans obstinez passer dans les plaisirs Leur trop abominable et trop heureuse vie. Cette vaine splendeur qui les suit icy bas S'éclipse pour jamais dans la nuit du trépas; Il n'est rien de durable au-dessous de la lune. Ne murmurez donc plus de leur felicité, Et, pour les imiter en leur bonne fortune, Ne les imitez point en leur impieté. L'effort de peu de jours mettra dans le cercueil Ces contempteurs du ciel, ces tirans de la terre; Le courroux du seigneur, touché de leur orgueil, A déja sur leur teste appresté son tonnerre; Leurs vains titres d'honneur seront aneantis, Leurs palais, leurs chasteaux, si richement bastis, À peine laisseront leurs traces dans les herbes, Tandis que vous verrez couvrir en la saison Vos costaux de raisins, vos campagnes de gerbes, Et la paix en tout temps benir vostre maison. Le méchant aura beau témoigner sa fureur En recourbant son arc, en tirant son épée, Cela ne vous doit point apporter de terreur : Sa rage sans effet se verra dissipée. Le createur de tout, qui tient tout en ses mains, Qui fait l'évenement du conseil des humains, Sait punir comme il doit leur injuste licence; Et ceux qui contre nous font les peuples armer Se verront opprimez par la mesme puissance Dont leur rebellion nous vouloit opprimer. Le juste est plus heureux avecque peu de biens Que ne sont les pecheurs nageant dans l'abondance. Le seigneur, qui par tout est l'asyle des siens, Oste à ses ennemis la force et la prudence; Il peut combler d'ennuis l'esprit le plus content; Sa seule volonté détruit en un instant L'impie et la richesse où son espoir aspire, Et, parmi les douceurs d'une éternelle paix, À ceux qu'il a choisis pour peupler son empire, Les biens qu'il leur promet ne perissent jamais. Dans la bonne fortune et dans l'adversité Leur esprit est toûjours en une mesme assiette. Du monarque des cieux la liberalité Défend de leur maison l'entrée à la disette; Au lieu que ces ingrats, reprouvez du seigneur, Lors qu'ils sont élevez au comble de l'honneur, Et que leur fausse gloire est par tout estimée, Il confond leurs desseins les plus audacieux, Et leur vaine grandeur est comme la fumée Qui se dissipe en l'air en s'élevant aux cieux. Quand leurs profusions ont leur bien consumé, Leurs emprunts excessifs les rendent insolvables; Mais l'homme charitable est des pauvres aimé, Et de tous ses amis en fait ses redevables. Dieu les voit de bon oeil, ils ne manquent de rien; Il prolonge leurs jours, il augmente leur bien, Et jamais icy bas sa grace ne les quitte. Mais ceux qui sont jaloux des biens qu'il leur produit Periront, et verront leur engeance maudite Confonduë avec eux dans l'éternelle nuit. Dieu benit icy bas l'homme juste et pieux; Sa clarté de là haut, de peur qu'il se fourvoye, Le conduit de la terre en la gloire des cieux, Et le comble par tout de bonheur et de joye. Toutes ses actions, ses pensers, ses discours, Luy plaisent et luy font augmenter tous les jours Les tendresses pour luy de l'amour paternelle; Que s'il bronche ou s'il tombe avant que d'arriver Au repos preparé pour la troupe fidelle, Le seigneur est toûjours prest à le relever. Sous le regne inconstant de trois grands potentats J'ay passé mon printemps, mon esté, mon automne; J'ay veû d'un souverain au coeur de ses estats Tomber sur l'échafaut la teste et la couronne; J'ay veû les contempteurs des legitimes loix S'efforcer d'abolir dans la maison des rois Par la flame et le fer leurs puissances suprémes; Mais je n'ay jamais veû dessous l'oppression Les gens de bien souffrir des miseres extrémes Sans estre aidez et plaints en leur affliction. Combien que leur bonté d'un charitable soin Assiste l'indigent de pieuses largesses, Dans les graces du ciel, qu'ils trouvent au besoin, Au lieu de s'appauvrir s'augmentent leurs richesses. Suivons donc leur exemple, et fuions le peché, Qui retient le méchant à la terre attaché Et confond aux enfers son ame criminelle. Le seigneur tout-puissant voit les siens de là haut, Et, pour leur recompense, en la gloire éternelle Leur prepare un bonheur à qui rien de defaut. Dieu perdra le mechant et sa posterité, Et des enfans du juste il peuplera le monde, Jusqu'à tant que le verbe avec la liberté Leur redonne la gloire où leur espoir se fonde; La justice et la foy feront leur entretien, Leur coeur purifié ne se remplit de rien Que de son saint amour, qui par tout le consomme Et l'innocente ardeur d'un feu si precieux N'en separe ici bas ce qu'ils avoient de l'homme Que pour les élever à la gloire des cieux. Le méchant qui les voit dans la prosperité Est rongé nuit et jour d'une mortelle envie; Il se veut prévaloir de leur simplicité Pour ravir leur honneur, leur fortune et leur vie; Contre tous ces assauts ils demeurent debout, Les graces du seigneur les assistent par tout Et combattent pour eux la force et l'artifice; Ils ne verront jamais leur pouvoir abattu, Et peuvent s'asseurer que jamais l'injustice N'aura point de noirceur qui tache leur vertu. Attendez donc l'effet de ce qu'il a promis, Et suivez cependant les loix qu'il a prescrites; Ce fatal ennemi de tous vos ennemis Rendra vostre bonheur égal à vos merites; Tous les ans, les estez doreront vos sillons, Les sommets de vos tours et de vos pavillons Perceront la nuée où gronde le tonnerre, Et, dans ces grands palais si pompeux et si beaux, Vous cueillerez les fleurs et les fruits d'une terre Qui pour vos ennemis n'aura que des tombeaux. Il est vray que j'ay vû quelquefois dans Sion Ces ames d'interest, orgueilleuses et fieres, S'élever au-dessus de leur condition, Comme les cedres font au-dessus des bruieres; D'or, de bronze et de marbre ils ornoient leurs palais, Leur suite fourmilloit d'un nombre de valets Qui donnoient de l'envie aux plus riches monarques; Mais, comme en un instant ils estoient parvenus, Un instant les détruit, n'en laisse aucune marque, Et personne ne sait ce qu'ils sont devenus. Conservez donc, chrestiens, dans vos coeurs l'équité, Ne vous emportez point dans l'injuste licence, Sachez que l'esperance et la tranquilité Jusqu'au dernier soupir assistent l'innocence; Au lieu que le méchant, toujours avecque soy Portant le desespoir, la tristesse et l'effroy, Passe de cette vie à la mort éternelle, Et ces biens, ces thresors, acquis injustement, Cette suite d'amis si nombreuse et si belle, Le quittent pour jamais au bord du monument. L'eternel de bonheur remplira les desirs De ceux qui de son nom remplissent leur memoire; Ils auront dans la paix la joye et les plaisirs, Ils auront aux combats le triomphe et la gloire; Il les preservera du glaive des méchans, Fera dans leurs maisons, ainsi que dans leurs champs, Paroistre les effets de sa bonté profonde, Jusqu'à tant que son fils, toujours victorieux De l'enfer, du peché, de la mort et du monde, Les tire de leurs fers et les éleve aux cieux. PSEAUME 37 Ne vien point, mon bon dieu, reprendre mon erreur; Au fort de ta fureur, Permets que ta clemence appaise ta justice, Et, donnant à ma peine un terme limité, Qu'elle me garantisse Du supplice éternel que j'avois merité. Chasse de mon esprit la cause de mes pleurs, Modere ces douleurs Contre qui mon courage a perdu sa constance; Jamais tes chastimens n'eurent tant de longueur; Fais que ma repentance Change en traits de pitié les traits de ta rigueur. Mes maux envenimez gagnent par tout mon corps, Et, malgré mes efforts, Aux remedes humains se rendent invincibles; Et si tous ces malheurs dont je suis menacé Ne me sont point sensibles Comme le déplaisir de t'avoir offensé. Tout triste et tout pensif je vais traînant mes pas; Mes yeux toujours en bas N'osent voir seulement le lieu de ta demeure, Et croy que ce flambeau, dont les jours sont bornez, Me reproche à toute heure D'avoir si mal usé de ceux qu'il m'a donnez. Mon corps n'a presque plus de sang ni de santé, Et, s'il m'en est resté, Ce n'est que pour nourrir mes flâmes insensées; Les ruisseaux de mes pleurs ne les éteignent pas, Ces trop douces pensées Mesmes au repentir me tendent leurs appas. En vain, quand tous ces maux m'accablent à la fois, Je crie à haute voix, Et t'appelle à mon aide afin de me défendre; Que me servent ces cris jusqu'aux astres poussez, Puisque tu peux entendre Les voeux que je te fais si-tost qu'ils sont pensez? Mon coeur debilité ne peut plus respirer; À force de pleurer, Je sens que de mes yeux la lumiere s'efface; Mais, si je ne perds point, ô monarque des cieux, La clarté de ta grace, Je n'auray point regret à celle de mes yeux. Ceux de qui j'esperois un éternel appuy, Me laissent aujourd'huy En proye au déplaisir qui mon âge consume; Et tous mes ennemis avecque lascheté Ont, contre la coustume, Augmenté leur envie en mon adversité. À tous les faux rapports qu'ils sement dans ma cour Je suis muet et sourd, Et temoigne toujours un courage inflexible; Mais plus aux factions que je voy projetter Je demeure insensible, Et tant plus ma bonté semble les irriter. Contre tant d'ennemis qui croissent tous les jours À toy seul j'ay recours, Comme au seul qui des rois conserve les couronnes; Toy seul es mon asyle en mon affliction : Jamais tu n'abandonnes Celuy qui se confie en ta protection. Leurs animositez ne se plaisent ailleurs Qu'aux matieres de pleurs, Que tes justes courroux me rendent si communes; Finy donc à la fois leur joye et mon tourment, Et que mes infortunes Ne soient plus le sujet de leur contentement. Quoique face pourtant ton pourvoir rigoureux, Je seray bienheureux Pourveu que ma constance appaise ta justice; Je ne sçaurois souffrir ce que j'ay merité. Il n'est point de supplice Qui se puisse égaler à mon impieté. Je say que ton courroux met la force à la main À ce peuple inhumain, De qui ma tolerance a crû la multitude; Mais, n'osant murmurer contre tes châtimens, En leur ingratitude Je cherche le sujet de mes ressentimens. Si tu me mets en proye à leur inimitié, Ils feront sans pitié Tout ce que la fureur contre moy leur propose; Mais bien que leurs desseins me doivent preparer À craindre toute chose, Je puis de ta bonté toute chose esperer. PSEAUME 38 J'ay dit : je veux que mes tourmens Appaisent leurs ressentimens, Qui causoient de mes cris la juste violence; Et, dans mon desespoir, de peur de blasphemer, Je ne veux plus avoir de voix pour l'exprimer Que les gemissemens, les pleurs et le silence. Quand j'estois le plus affligé Les medisans m'ont outragé, Mon coeur sans murmurer a souffert cette offense; Et, quoy que l'on ait pû contre moy controuver, Et qu'avecque raison je m'en peusse laver, Je veux que ma raison demeure sans défense. Cependant mon courroux s'aigrit, Son feu s'embrase en mon esprit, Je suis incessamment la bute de l'envie; Lors je dis au seigneur d'un coeur calme et constant : Quand verray-je arriver ce bienheureux instant Qui finira d'un coup mon malheur et ma vie? Fay-moy connoistre quand mes jours Doivent mettre fin à leur cours; Ce seul espoir rendra ma douleur consolable : Je say que des plus longs le terme est limité, Que tout est confondu dans ton éternité, Et qu'il n'est point de temps qui luy soit comparable. Comme ces fantômes legers Se forment des corps dans les airs Qu'on voit en un instant paroistre et disparoistre, De mesme tous nos corps, de la terre formez, Rentrent en un moment, pour estre consumez, Dans le mesme élement qui leur a donné l'estre. Saurons-nous, quand nous serons morts, Qui possedera les tresors Que nous avons acquis avecque tant de peine? Les biens que Dieu promet à sa sainte Sion Sont à jamais les seuls dont la possession Nous est la plus utile et la moins incertaine. Délivre-moy des vanitez Qui vont troubler de tous costez Le repos des mortels dans le siecle où nous sommes; Que je perde à jamais la raison et la voix Si mon plus grand desir n'est de voir sous tes loix Soumettre avecque moy tout le reste des hommes. Mais, seigneur, dans tes chastimens, Tes courroux sont trop vehemens; Mon courage contre eux n'a plus de resistance. Modere les tourmens qui me sont apprestez. Combien qu'ils soient moins grands que mes iniquitez, Leur grandeur toutefois estonne ma constance. Comme le ver, en mille lieux Rongeant un habit precieux, Ternit le vif éclat du pourpre et de la soye, Ainsi le repentir qui me ronge le coeur, Augmentant tous les jours ma crainte et ma langueur, Ternit dans mon esprit l'esperance et la joye. Jamais les malheurs icy bas Ne cesseront jusqu'au trépas De nous persecuter et nous faire la guerre. L'homme n'a de repos que dans l'éternité; Le ciel est sa patrie, et nous n'avons esté, Ni mes peres ni moy, qu'estrangers sur la terre. Donne-nous la paix, ô grand dieu! Afin qu'on te croye en tout lieu Le nompareil ouvrier des oeuvres nompareilles, Et qu'en ce temps heureux qu'on ne peut acquerir, Mon esprit en repos puisse, avant que mourir, Joüir de tes bienfaits et chanter tes merveilles. PSEAUME 39 En vain j'ay, de l'abisme où mon iniquité M'avoit precipité, Long-temps de mon sauveur imploré l'assistance; Mais enfin son courroux, qui me faisoit perir, Contre les traits d'amour n'eut plus de resistance : Il écoute mes cris et me vient secourir. Mon trosne par ses mains est fondé sur un roc Qui ne craint point le choc Des flots dont la fortune agite les provinces, Et par luy ma conduite à regir les estats Instruit les plus vaillans et les plus sages princes, Et donne de l'envie à tous les potentats. Quand son esprit m'anime à chanter sa grandeur, D'une nouvelle ardeur Il renforce ma voix, il inspire mes veilles, Et de mon ignorance il fait naistre des vers Qui feront admirer son nom et ses merveilles Par tout où le soleil éclaire l'univers. Heureux l'homme qui peut en tout temps, en tout lieu, Se donnant à son dieu, De sa seule loüange occuper sa memoire, Qui l'exalte en la paix, qui l'invoque aux combats, Et dont l'esprit, ravi de l'éclat de sa gloire, Voit avecque mépris les choses d'icy bas! Les clartez dont sa main orne le firmament Passent le jugement De ceux que sous le ciel on voit mourir et naistre. Qui pourroit, ô grand dieu! Tes oeuvres celebrer, De qui l'immensité ne se sauroit connoistre, De qui la quantité ne se sauroit nombrer? Tu méprises l'encens qu'offrent à tes autels Les superbes mortels Dont la devotion dans les pompes se passe : Le feu n'est point si pur dans leur riche bûcher Qu'en l'ame d'un pecheur enflamé de ta grace, Dont la contrition ne te veut rien cacher. Ton registre, seigneur, qui ne te trompe point, T'apprend comme ton oint Est soumis pour jamais à ton obéïssance, Et t'apprend que le sort, tes loix et la raison Luy firent de tout temps adorer ta puissance, Qui le fit triompher en sortant de prison. Tes eleus m'entendront chanter à haute voix L'équité de tes loix Et le juste devoir où la foy me convie. Les flâmes ni les feux n'ont point de cruautez Où la peur de la mort ni l'amour de la vie M'empeschent d'annoncer tes saintes veritez. Je publieray ton nom et mon ressentiment Des biens qu'incessamment Je reçois icy bas de ta main charitable, Et d'une mesme voix feray savoir à tous Ta bonté, ton amour et ta grace équitable, Ta haine, ta fureur et ton juste courroux. Ne m'abandonne point en proye à la douleur : Tu vois que le malheur S'efforce de me mettre au rang de ses victimes; Fay-moy misericorde, et dans mon oraison Donne quelque relâche aux remors de mes crimes, Qui viennent à la foule accabler ma raison. Si tu ne viens bien-tost soulager mes ennuis, En l'estat où je suis, Leur extréme longueur vaincra ma patience. Mes pechez sont si grands qu'ils m'accablent sous eux; Leur énorme laideur noircit ma conscience, Et leur nombre a passé celuy de mes cheveux. Change en honte l'orgueil de ces petits esprits, Dont l'insolent mépris Elance contre moy tant de haine et d'envie, Et ceux qui, par ma mort, veulent troubler l'etat, Soient eux-mesmes troublez le reste de leur vie D'avoir eu le desir d'un si noir attentat. Rabaisse la fierté de ces nouveaux tribuns Et ces cris importuns De leurs dérisions aussi vaines que folles; Mais ceux de qui la voix celebre ton honneur Puissent voir leurs effets, ainsi que leurs paroles, Les combler à jamais de gloire et de bonheur! Avant que la disette opprime les humains, Tes liberales mains Leur offrent dans les champs des richesses nouvelles, Et, couvrant ta splendeur de nostre humanité, De ton affection ne prens-tu pas des aisles Pour secourir les tiens en leur necessité? PSEAUME 40 Ô bienheureux celuy qui prend le soin De secourir les pauvres au besoin! Dieu largement ses graces luy dispense, Et, tandis que le ciel luy prepare là haut Des honneurs éternels à qui rien ne defaut, Il veut que dés la terre il ait sa recompense; Que, de ses jours éloignant le malheur, Son corps, rempli de force et de valeur, Soit animé d'une ame non commune; Que, toujours son bon ange accompagnant ses pas, Jamais ses ennemis ne puissent icy bas Retarder le progrez de sa bonne fortune; Que Dieu toujours le vienne secourir, Qu'en tous ses maux Dieu le vienne guerir Et luy redonne une santé parfaite, Jusqu'à tant que son ame, en s'élevant aux cieux, Change son corps mortel en un corps glorieux Franc des infirmitez où la vie est sujette. Pour moy, qui suis de crimes entaché, Dans le remords dont mon coeur est touché, Je dis au dieu qui m'éclaire et m'enflame : Redonne-moy ta grace et fay que tes bontez, En guerissant mon corps de ses infirmitez, Me guerissent aussi de celles de mon ame. Ce peuple ingrat, dont le coeur sans pitié N'a point de borne à son inimitié, En sa fureur attentoit à ma vie, Et ces fiers contempteurs des legitimes loix S'efforçoient d'effacer avecque mes exploits Mon nom, qui survivra leur haine et leur envie. Quand par devoir ils grossissent ma cour, À mon sujet ils exposent au jour Ce que produit l'art de la flatterie; Mais hors de mon palais on entend ces esprits Censurer ma conduite, et, parlant par mépris, Retourner leur éloge en une moquerie. Alors chacun murmure contre moy, Disant tout haut que le devoir d'un roy Est de veiller quand son peuple repose; Et si, par accident ou par quelque attentat, Le desordre causoit la cheute de l'estat, Ils veulent à moy seul en imputer la cause. Dans mes ennuis, rien ne me toucha tant Que quand je vis ce disciple inconstant Paroistre au front de la troupe rebelle, Celuy qui, s'estant joint avec mes ennemis, Leur tint contre moy seul ce qu'il avoit promis, Et n'eut jamais de foy que pour m'estre infidelle. Grand dieu, qui seul ne manqueras jamais À nous tenir ce que tu nous promets, Tu recevras ma plainte legitime. Le traistre en son remors sera sans reconfort; Un juste desespoir avancera sa mort, Sans pouvoir recueillir le loyer de son crime. Si quelque jour ton amour paternel Me donne place en l'empire éternel, Qui n'est peuplé que des saints et des anges, Que ta grace me prenne en sa protection : Tu verras à jamais, en ta sainte Sion, Les coeurs comme les voix celebrer tes loüanges. PSEAUME 41 Tel qu'un cerf aux abois d'une trop longue course Va chercher dans les eaux sa derniere ressource, Quand il se voit prés de mourir, Ainsi, quand le peché de l'eglise me chasse, Afin de me faire perir, Je cherche mon salut dans les eaux de ta grace. Au miserable estat où mon ame affligée, En se noyant de pleurs, tasche d'estre allegée De son juste et cruel ennuy, L'impie injurieux, en sa rage insensée, Me demandoit à voir celuy Qu'on ne voit qu'en la foy, des yeux de la pensée. Je passe en cet exil le plus beau de mon âge À souffrir le mépris de ce peuple sauvage, Dont le seigneur est offensé, Et dans le souvenir des douceurs innocentes De mon contentement passé Je soulage l'ennuy de mes peines presentes. Ton seul nom, ô grand dieu! Remplissant ma memoire, Tous mes vers ne l'estoient que de ta seule gloire Et des grandeurs de nostre foy, Et mon coeur n'avoit point de plus grandes delices Que de s'élever jusqu'à toy, Avecque les parfums qu'offroient nos sacrifices. Mais à quoy me sert-il d'entretenir ma vie Du regret de Sion, que l'exil m'a ravie, Et du desir d'y revenir? Dieu n'a-t-il pas promis à la troupe fidelle Qu'un jour elle verroit finir Ses ans et ses ennuis dans la joye éternelle? En ces vagues pensers de mon inquietude, Quelquefois mon esprit vole en la solitude Où le Jourdain espand ses eaux, Et la cime d'Hermon, toujours verte et fleurie, Si delicieuse aux troupeaux, Quelquefois entretient ma douce rêverie. De ces objets cheris, dont je n'ay que l'idée Et les jours et les nuits mon ame est possedée, Ainsi que d'un mauvais demon; Le Jourdain me paroist agité de tempeste, Et du haut du petit Hermon Je pense voir lancer les foudres sur nos testes. Loin des lieux où l'eglise est à present banie, Dieu fera voir un jour sa misere finie, Avecque l'ennui qui la suit, Et se verra suivi le jour plein de merveilles D'une heureuse et devote nuit, Où sa seule loüange occupera nos veilles. Je lui diray : mon dieu, pren pitié de ma vie, Tu vois, en cet exil où tu l'as asservie, Toutes mes forces défaillir; Si ta grace en tous lieux est mon pole et mon phare, Pourquoy me laisses-tu vieillir Parmi l'impieté de ce peuple barbare? Tous mes os fremissoient des horribles blasphémes Dont leur rage offensoit tes puissances suprêmes, Qu'ils s'efforçoient de décrier, Lorsque ces nations grossieres et sauvages Font semblant d'ignorer l'ouvrier Dont tous les yeux du monde admirent les ouvrages. Mais, mon ame, en ce lieu seras-tu toujours triste? Sais-tu pas que celui qui t'aime et qui t'assiste Jamais n'abandonne les siens? Estein ces vains soucis où ta raison s'égare, Dans l'espoir de joüir des biens Qu'à nostre heureux retour Israël nous prepare. PSEAUME 42 Sois mon juge, seigneur, comme tu l'as promis; N'écoute point les voeux que font mes ennemis Mais consulte plûtost tes bontez paternelles : Aprés tant de bienfaits qu'autrefois tu me fis, Te voudrois-tu servir, pour chastier ton fils, Du bras des infidelles? Que la foy me conduise en la sainte Sion, Où de nos coeurs épris l'ardante affection Avecque leur encens éleve leurs prieres; Confond l'idolatrie et l'incredulité, Et, pour me retirer de leur obscurité, Preste moy ta lumiere. Lors, d'un esprit content et d'un coeur assuré, J'iray dans ta maison, et te remerciray De ce comble d'honneur que ta grace m'octroye; Et les justes accords de ma voix, et mon luth, Te publiront partout l'auteur de mon salut, En publiant ma joye. Mais quoy? Veux-tu toujours, mon ame, sans besoin Redouter et prévoir les malheurs de si loin? Dieu ne t'offre-t-il pas sa maison pour refuge? N'y dois-tu pas un jour, aprés tant de combats, Benir le roy des cieux, qui des rois d'icy-bas Est le maistre et le juge? PSEAUME 43 Les enfans d'age en âge apprendront de leurs peres Comme autrefois, seigneur, ta puissance voulut Contre les artisans de nos longues miseres Combattre pour ta gloire et pour notre salut. Ils sauront comme aprés nos guerres étouffées Nos ayeuls ont posé leurs arcs et leurs écus, Et que leurs bras, lassez d'élever des trophées, Ont imprimé le soc dans le champ des vaincus. Ils ne l'eussent pas fait par la force des armes; Mais tes mains et tes yeux, par des effets divers, Ne s'armerent pour eux que d'attraits et de charmes, Et pour leurs ennemis de foudres et d'éclairs. Ô mon maistre! ô mon roy! Si-tost que ta presence Rend le coeur à ton oint et la force à son bras, L'orgueil de l'univers a-t-il quelque puissance Qu'il ne puisse choquer, briser et mettre à bas? Ce n'est ni par les dards, ce n'est ni par la lance Qu'on soumet l'ennemi sans l'avoir combattu : Toy qui mets le respect où regnoit l'insolence, Ren son esprit confus et son coeur abattu. Aprés cette victoire en merveilles feconde, Je publiray sans fin tes bontez en tous lieux, Et mon ressentiment fera le tour du monde, Tandis que le soleil fera le tour des cieux. Mais à quoy nous sert-il de sortir d'esclavage Pour vivre sous un maistre aussi juste que doux, S'il faut qu'en le perdant nous perdions le courage Et fuyons devant ceux qui fuyoient devant nous? Quoy donc? Ta bergerie à jamais vagabonde Se verra loin des bords du Jourdain et du Nil Errer en tant de lieux qu'à peine tout le monde Pourra dans sa grandeur contenir son exil? Veux-tu laisser les tiens en proye à l'injustice, Où, leurs biens devorez par ces lâches esprits Ne pouvant assouvir leur infame avarice, Leurs corps chargez de fers se verront mettre à prix? Si l'ennemi pour eux modere sa furie, Tous ses gestes témoins de sa ferocité Semblent par le mépris et par la mocquerie Appesantir les fers de leur captivité. Nos voisins, dont l'orgueil voyoit avec envie Les progrez qu'autrefois faisoit nostre valeur, Dans le sort inconstant qui conduit nostre vie, Voient avecque plaisir ceux de nostre malheur. Et, lorsque le desir de sortir d'esclavage D'un genereux dépit nous anime le coeur, La honte luy succede et nous monte au visage, Nous voyant sous le joug d'un si lasche vainqueur. Dans cette oppression d'infamie et de blâme, Nous avons toujours mis nostre esperance en toy, Et conservons toûjours dans le fond de nostre ame Ce glorieux desir de mourir pour la foy. Au milieu des serpens et des bestes cruelles, Ils font à nos terreurs succeder les tourmens, Et de leurs noirs cachots les ombres éternelles Semblent de nos prisons faire nos monumens. Si parmi tant d'horreurs, d'aspics et de viperes, Nous effaçons ton nom de nostre souvenir, Pour servir d'autres dieux que celuy de nos peres, Qui le peut mieux que toy reconnoistre ou punir? Quand tu vois entraîner dans les fers des rebelles Ceux que tu cherissois avec tant d'amitié, Quand tu vois comme agneaux égorger les fidelles, Ton bras est-il sans force, ou ton coeur sans pitié? Es-tu donc insensible en voyant de la sorte Qu'on traite en cet exil nostre invincible foy, Toy qui sçais qu'icy bas la haine qu'on nous porte Ne vient que de l'amour que nous avons pour toy? Réveille-toy, seigneur, releve ta puissance : Nulle juste raison ne t'en peut dispenser; Réveille-toy, seigneur, releve l'innocence, Que l'orgueil des méchans s'efforce d'abaisser. PSEAUME 44 Ce grand artisan des merveilles, Jesus, mon sauveur et mon roy, Fait que je produis en mes veilles Des vers qui ne sont point de moy; Plus vite qu'un torrent ne roule, Il sort de mon esprit, en foule, Des pensers plus divins qu'humains; Et ma voix, dictant ces mysteres, Fournit les plumes et les mains Des plus diligens secretaires. Beauté qui jamais ne s'efface, Feu dont les anges sont épris, Que les doux attraits de ta grace Ont de pouvoir sur nos esprits! Que ta parole est delectable, Que ton épée est redoutable, Ô digne vainqueur des vainqueurs! Et que d'une douce contrainte Tu sais imprimer dans les coeurs L'amour, la raison et la crainte! Si ta valeur et ta puissance Sont l'effroy des scadrons épais, Ta pompe et ta magnificence Sont les delices de la paix. Poursuy doncques ton entreprise, Le bonheur toûjours favorise Les desseins de ta majesté. La verité qu'on nous enseigne, Ta clemence et ton équité À l'envy maintiennent ton regne. Si ta clemence nous inspire L'obeïssance et le devoir, Si les justes traits de ton ire Nous font redouter ton pouvoir; Les coeurs les plus impenetrables, Percez de coups inévitables, Reconnoistront tes justes loix, Et qu'en vain on resiste aux charmes De tes beautez et de ta voix, Pour estre vaincu par tes armes. Grand roy, grand ennemi du vice, Ton regne n'est point limité; Son fondement est la justice, Sa durée est l'éternité. Dieu te fait part de sa puissance; Il t'a sacré dés ta naissance De ses plus pures onctions, Et tu n'es point, comme nous sommes, Sujet aux imperfections Dont la terre souille les hommes. Cette vierge en qui l'on admire Des vertus sans nombre et sans prix, Qui passent l'odeur de la mirrhe, De l'encens et de l'ambre gris; Ce beau chéf-d'oeuvre de la gloire, De qui la blancheur de l'ivoire N'égale point la pureté, En sa couche chaste et feconde T'a vestu de l'humanité Dont tu te couvres dans le monde. Des filles des plus grands monarques Les coeurs percez de mille traits Porteront à jamais les marques Des triomphes de tes attraits. Et, parmi la pompe et la joye, Est brillante d'or et de soye La reine assise à ton costé, Celle dont la magnificence, La modestie et la beauté Témoignent la haute naissance. Ô fille dignement placée! Ton espoux avecque raison Doit effacer de ta pensée La memoire de ta maison. Ne songe donc plus aux caresses Dont tes parens, dans leurs tendresses, T'entretenoient avant ce jour; Que jamais il ne t'en souvienne; À Dieu seul donne ton amour Afin qu'il te donne la sienne. Les dames de tout son empire Feront leurs presens à la fois À la seule que l'on peut dire Fille et mere du roy des rois; Les plus illustres de naissance Se soûmettront à ta puissance, Comme font les moindres de nous; Et ta gloire, par tout semée, Par la grandeur de ton espoux Augmentera ta renommée. Tu verras des beautez l'élite, Tous les jours, au palais du roy, Pour donner lustre à ton merite, Tenir le cercle avecque toy. Ces beaux ouvrages de nature, De qui l'ame innocente et pure N'a que la vertu pour conseil, Te reconnoissant la premiere, Viendront comme de leur soleil Emprunter de toy la lumiere. Pour ces peres qui t'ont fait naistre Dans l'esclavage et dans l'exil, Et qui ne t'avoient fait connoistre Qu'aux bords du Jourdain et du Nil, Tu vois déjà dans les oracles Tes enfans de qui les miracles Combattent l'incredulité, Et qui sans armes ni sans guerre Estendent ton autorité Sur tous les sceptres de la terre. La fureur des vents et des ondes N'empesche point leurs saints projets : Ils vont dans tous les nouveaux mondes Te faire de nouveaux sujets. Les conquestes de leur parole Passent de l'un à l'autre pole, Rien n'en peut arrester le cours; Et ce jour de flâme et de gloire Qui finit tous les autres jours N'en finira point la memoire. PSEAUME 45 Le seigneur, qui de tout est le maistre et le juge Sera nostre refuge, Pour nous mettre à l'abry des tempestes du sort : Jamais dans son navire on ne fait de naufrage; Au plus fort de l'orage On y peut posseder les delices du port. Que l'ocean éleve en montagnes roulantes Ses vagues écumantes, Que les cieux soient voilez de nuages épais, Et soient, comme au cahos, l'air, la mer et la terre En éternelle guerre, Nous y trouvons toûjours la lumiere et la paix. Que l'on voye ébranler par la fureur de l'onde Les fondemens du monde, Et Dieu changer pour nous ses graces en rigueurs, Par les eaux de nos pleurs et celles du baptesme, Sa puissance supresme, En lavant nos pechez, rassurera nos coeurs. Il est de la vertu le support et l'exemple; Il fait dans nous un temple Où son pouvoir paroist tel qu'il est dans les cieux; Et, si-tost que nos jours commencent leur carriere, Sa grace et sa lumiere Eclairent à la fois nos ames et nos yeux. Quand des aigles romains les nombreuses armées À leur perte animées, Déchiroient les estats qu'ils avoient usurpez, De tous ces grands guerriers l'invincible proüesse Témoigna leur foiblesse Et la force du bras qui les a dissipez. Peuple, vien voir l'effet des couches de Marie, Qui calment la furie Des flots qu'avoient émeus ces vents seditieux, Et mettent, par la paix generale et profonde, Tous les sceptres du monde En une seule main comme celuy des cieux. Voy nager dans le sang aux plaines philippiques Les débris magnifiques De tant de legions et de peuples divers; Voy par là réunir sous le regne d'Auguste Cette puissance injuste Dont la division divisoit l'univers. Sache que le seigneur, pitoyable à nos larmes, Dit, en brisant ses armes, De qui le monde entier souffroit l'oppression : " croyez qu'à l'avenir on verra ma puissance Maintenir l'innocence De ceux qui la mettront sous sa protection. " PSEAUME 46 Que par la plume et par la voix des hommes Du temps futur et du temps où nous sommes L'on die en l'univers, de l'un à l'autre bout, Que le seul dieu qu'adorent les fidelles Est seul ouvrier des oeuvres éternelles, Seul createur, seul juge, et seul maistre de tout. Pour témoigner par quelque marque auguste L'affection aussi forte que juste Dont il cherit Jacob et sa posterité, Ce dieu les fait triompher dans la guerre, Et de son thrône il leur inspire en terre Les visibles rayons de sa divinité. Comme un vainqueur aprés une défaite N'entre-t-il pas au son de la trompette Dans Sion, où sa gloire a choisi son sejour? Et ce grand peuple, au-dessous des portiques, Par les accords de ses sacrez cantiques Luy témoigne-t-il pas sa joye et son amour? C'est le seul roy des astres et des anges, C'est le seul roy digne de nos loüanges, Le seul qui voit le jour nous luire sous ses pas Et le seul roy qui sur la terre et l'onde, Dans la rondeur qui limite le monde, A soumis à ses loix tous les rois d'icy bas. Si pour un temps l'aveuglement des princes Adore encor en diverses provinces Ces dieux d'or et d'argent forgez par les mortels, Le tout-puissant verra dans peu d'années Humilier les testes couronnées Du Tibre et de la Seine au pied de ses autels. PSEAUME 47 Il n'est rien de si grand que le dieu des batailles, Rien de si fort que nos murailles, Quand il en prend la garde et la protection; Rien n'est plus éclatant que sa magnificence, Lorsque la paix et l'innocence Triomphent avec luy sur le mont de Sion. Bien que les vents du nort de leurs froides haleines Battent incessamment nos plaines, Nos parcs et nos jardins les plus délicieux, Dieu leur fait respecter leur fleur et leur verdure, Et rend utile leur froidure À purger des estez le chaud contagieux. En vain nos ennemis ont battu nos courtines De leurs redoutables machines Et bordé nos dehors de picques et d'écus, Nos remparts sont debout, nos maisons sont tranquilles, Et leurs attaques inutiles N'ont comblé nos fossez que des corps des vaincus. Dans les mêmes regrets qu'ont les femmes enceintes Qui dans les travaux et les craintes Perdent ce que neuf mois dans leurs flancs ont produit, Ils virent avorter les complots temeraires De leurs coeurs vains et sanguinaires, Et leur conception n'enfanter aucun fruit. Comme aux mers de Tarsis les barques vagabondes Errent à la mercy des ondes, Ainsi s'écartent ceux qui nous ont oppressez; Du sommet de nos tours nous voyons ces rebelles Fuir les lances des fidelles Et rentrer triomphans ceux qui les ont chassez. Nostre ville sera d'éternelle durée : Seigneur, tu l'en as assurée; Tu veux avecque nous partager tes lauriers; Déja tout l'univers est rempli de ta gloire, Et la renommée et l'histoire S'accordent au recit de tes actes guerriers. Innocentes beautez, qui parmi tant d'alarmes Arrousiez vostre teint de larmes, Rendez à vos attraits leur aimable fierté, Et reverez sans fin sa grace et sa puissance, Qui de la brutale licence Conserve vostre honneur et vostre liberté. Et vous qui contempliez de dessus nos montagnes Ces tentes qui dans nos campagnes Egaloient leur hauteur à celle de nos tours, Admirez nostre gloire et leur perte funeste, Voyant leur deplorable reste Servir dans nos fossez de pasture aux vautours. Voyez comme à l'entour de nos fortes murailles Ces corps privez de funerailles Sont justement punis de leur temerité, Contemplez nos palais, dont les superbes faistes S'affermissent dans les tempestes, Et dont les fondemens sont pour l'éternité. PSEAUME 48 Peuples, venez tous m'écouter : La sainte fureur qui m'inspire Va sur les accords de ma lyre De grands mysteres raconter. Ceux dont la doctrine profonde Se fait admirer dans le monde N'y seront que des apprentis, Et les vers que je vais produire Peuvent également instruire Les plus grands et les plus petits. À quoi sert de s'inquieter De ce dernier jour où la vie Nous sera pour jamais ravie, Puisqu'on ne le peut éviter? Ces grans qu'une illustre naissance Comble de biens et de puissance Descendent comme nous là bas; Les tributs de mille provinces Ne sauroient payer pour leurs princes Celuy qu'ils doivent au trépas. L'on n'enfraint jamais cette loy, L'on n'est point receu pour son frere Au parquet du juge severe, Chacun y comparoist pour soy; Mais les fins sont bien differantes Des ames icy bas errantes Sous la servitude du sort : L'une est juste, l'autre infidelle; L'une aura la vie éternelle, Et l'autre l'éternelle mort. Ces coeurs remplis d'ambition, Ces heros, ces foudres de guerre, À peine de six pieds de terre Garderont la possession; Leurs maisons changeront de maistre, L'on menera les brebis paistre Sur leurs magnifiques pignons, Et verront les races futures La mousse au front de leurs mazures Couvrir leurs armes et leurs noms. Le bonheur qui pour un moment Les éblouït de ses lumieres Les rend comme bestes grossieres Et leur oste le jugement; Comme l'aigneau qui se fourvoye Suit celuy qui hors de la voye S'est dans un abisme jetté, Ainsi leur mauvaise conduite Attire la perte, à leur suite, De toute leur posterité. Mais le vrai soleil se levant Rendra par ses premieres flames Le mesme lustre aux belles ames Qu'elles avoient auparavant; Celles que sa juste colere Pour le peché du premier pere Retient esclaves dans les fers, Passant de la peine à la gloire, Verront, pour marque de victoire, La croix triompher des enfers. Justes, ne soyez pas jaloux De voir qu'au pecheur en ce monde Le bien de toutes parts abonde, Il en sort aussi nud que vous; Son esprit, plongé dans les vices, Qui ne croit point d'autres délices Que celles que goûte son corps, Ne s'attachant qu'aux choses basses, Croit que Dieu le comble de graces Quand il le comble de thresors. Et, combien que dans les douceurs Exemptes de trouble et d'envie Il puisse prolonger sa vie Autant que ses predecesseurs, Il a la mesme sepulture Que les bestes que la nature Fait dessous la fange pourrir, Sinon que l'on verra son ame Mourir à jamais dans la flame Du regret de ne point mourir. PSEAUME 49 Le roy des rois et le maistre de tout Se fait oüir de l'un à l'autre bout De l'onde et de la terre; Il nous va prononcer son jugement final; Sa voix, comme un tonnerre, Cite tous les mortels devant son tribunal. Sa majesté se rend visible à tous; De toutes parts l'on entend son courroux Gronder sur nostre teste; Il chemine à grands pas dessus les élemens; La foudre et la tempeste Sont les executeurs de ses commandemens. Le ciel, qui doit témoigner contre nous, De ses regards voit dessus et dessous Toute la terre et l'onde, Et découvre icy bas, de ses yeux immortels, Depuis l'estre du monde, Tous ceux dont le peché profane ses autels. Tous les méchans sont par luy confondu; Ses jugemens déja sont entendus De l'un à l'autre pole. Si la seule Sion vit son humanité, Il veut que sa parole Face à tout l'univers savoir sa volonté. Peuples, dit-il, apprenez qu'en tout lieu C'est moy qui suis le seul et le vray dieu Qui reçoit vos offrandes Et qui hait ces bûchers, ennemis de nos sens, Qui meslent des viandes Les épaisses vapeurs aux douceurs de l'encens. Ne soyez plus cruels à vos taureaux, Ne croyez plus par le sang des aigneaux Que vos graces s'augmentent, Ni que ce que le luxe et la foy des humains À l'envy me presentent Enrichisse celuy qui tient tout dans ses mains. Ces dains, ces cerfs, ces animaux craintifs Qui dans vos rets deviennent vos captifs, Ces hostes des bocages, Tous ceux qu'on voit dans l'air et la terre mouvoir, Ou privez, ou sauvages, Sont tous également soumis à mon pouvoir. Que si mon corps, pour ses necessitez, Avoit besoin de ces mets apprestez Par l'art et la nature; Puis-je pas comme vous, pour contenter mes sens, Prendre ma nourriture Ou des boeufs engraissez, ou des aigneaux naissans? Ne m'offrez plus vos aigneaux ni vos boeufs, Mais seulement vostre coeur et vos voeux, Quand le besoin vous presse; Ce veritable zele, en espargnant vos biens, Peut avecque largesse Contenter à la fois vos desirs et les miens. Quoy! Penses-tu, méchant, me decevoir Lorsque tu feins d'admirer mon pouvoir Et craindre ma justice? Crois-tu que je me plaise à m'entendre nommer D'un coeur noirci de vice, Qui ne retient mon nom que pour le blasphemer? Ton lasche esprit, au vice complaisant, De l'imposteur comme du médisant Suit les mauvais exemples : Avec le factieux tu déchires l'estat, Et profanes les temples Avec le libertin, l'athée et l'apostat. De ton bonheur vint le déreglement Qui te faisoit médire impunément De l'honneur de ton frere; J'ay souffert ta foiblesse et ta legereté, Pendant que ma colere Forgeoit les traits vengeurs de ton impieté. Tu me dépeins sans pouvoir comme toy; Tu dis par tout que ce qui vient de moy Se fait à l'aventure; Mais tu reconnoistras dans le prompt chastiment Qu'aura ton imposture Ma force, ma justice et mon ressentiment. Tu sauras donc, ô mortel insensé, Que mon courroux, tant de fois offensé Par de si noires ames, Ne reçoit plus les voeux que des coeurs innocens, Dont les voix et les flames Eslevent ma loüange avecque leurs encens. " PSEAUME 50 Pardon, mon dieu, pardon, je reconnois mon crime. Il est vrai, mon supplice est juste et legitime, Je ne merite point d'en avoir un plus doux; Mais, puisque de tout temps ta force est ma défense, Pren encore le soin de laver mon offense, Et souffre que ta grace appaise ton couroux. L'esprit pasle et sanglant du miserable Urie Me comble nuit et jour de crainte et de furie; Je pense à tout moment qu'il s'apparoist à moy, Et m'imagine alors (tant mon ame est confuse) Que par tout où je suis tout le monde m'accuse, Encor que mon peché n'y soit seu que de toy. Au thrône où tu m'as mis je ne puis reconnoistre Autre seigneur que toy pour arbitre et pour maistre; De toy seul mon offense attend les chastimens; Ton pouvoir absolu ne rend compte à personne; Ou soit qu'il me punisse, ou soit qu'il me pardonne, On ne peut murmurer contre tes jugemens. J'estois sans ton secours de ta grace incapable, Avant que d'estre né tu m'as jugé coupable, J'ay toûjours en croissant veû croistre mon peché; Toutefois ta bonté m'aida dés ma naissance, Et de tous les secrets hors de ma connoissance Ton esprit qui sait tout ne m'avoit rien caché. Après tant de bienfaits vivans dans ma memoire, J'ay commis contre toy l'offense la plus noire Qui jamais soit tombée en l'ame d'un pecheur; La mienne toutefois s'est toûjours confiée, Quand les eaux de ses pleurs l'auront purifiée, De pouvoir à la neige égaler sa blancheur. Lors de mes longs ennuis l'heureuse délivrance Remettra dans mon coeur la joye et l'assurance, Ma seule peur sera celle de t'offenser; Et, voyant tous mes soins se porter à te plaire, Tu n'auras plus pour moy ce front plein de colere, Qui semble ne me voir que pour me menacer. Mon ame, qui déja croit sa mort arrestée, Pensera par ta grace estre ressuscitée, Quand elle reviendra luy servir de soustien; Et mes yeux cesseront de pleurer son absence, Lorsque ton saint esprit, ami de l'innocence, N'aura plus en horreur d'accompagner le mien. Il me rendra l'espoir de la vie éternelle; Si ton affection veille pour ma tutelle, Mon esprit satisfait n'aura que desirer; Et ses sages avis, m'apprenant à mieux vivre M'apprendront à remettre au chemin qu'il faut suivre Tous ceux que mon exemple en a fait égarer. Vien donc laver le sang dont j'ay taché mon ame, Chasse de mon esprit cette impudique flame Qui le comble de honte et de timidité, Permets que ta pitié l'assure et le console; Seigneur, ouvre ma bouche, et me ren la parole, Afin que je l'employe à loüer ta bonté. J'aurois mainte victime en cendre consumée, Mais je say que cela n'est qu'un peu de fumée Dont ton juste courroux ne se rappaise pas; La seule qui te plaist et qui toutes surpasse Est quand l'on sacrifie à l'amour de ta grace L'amour que nous portons aux choses d'ici bas. Si jamais, ô seigneur, ta bonté coustumiere Remet Jerusalem en sa beauté premiere, Et la voit de bon oeil comme aux siecles passez, Nous t'y presenterons dedans nos sacrifices Avecque nos taureaux, nos coeurs et nos services, À l'envi de tous ceux qui nous ont devancez. PSEAUME 51 Pourquoy, pour couvrir ta malice, Uses-tu de tant d'artifice, Esprit traistre et dissimulé? Pourquoy ta langue envenimée, Pour dechirer ma renommée, A-t-elle son glaive affilé? Tes jugemens déraisonnables Aux crimes les moins pardonnables Donnent une fausse couleur; La fraude y passe pour finesse, La timidité pour sagesse, Et la cruauté pour valeur. Ton nom, se voyant sans estime, Tasche par quelque illustre crime D'acquerir l'immortalité; Mais, pour punir ta vaine gloire, Dieu veut avecque ta memoire Confondre ta posterité. Ceux qui verront dans les supplices Expier à jamais les vices De ton esprit et de ton corps Se moqueront de ta prudence, Qui dans le luxe et l'abondance N'avoit pour dieu que ses thresors. Pour moy, dans ma longue souffrance, Je mets en luy mon esperance; Il exauce mon oraison, Et me promet qu'en ses deux rives Le Jourdain verra les olives Reverdir en toute saison. Dans cette paix douce et profonde, J'exalteray par tout le monde Mon sauveur, mon maistre et mon roy, De qui les graces éternelles Remplissent le coeur des fidelles D'amour, d'asseurance et de foy. PSEAUME 52 Celuy qui veut pecher avec impunité Dit qu'il n'est point de Dieu qui dans l'éternité Dispense et la peine et la gloire, Et que c'est un abus que nostre vanité S'efforce de nous faire acroire. Rien ne peut, que la foy, purger nostre raison, Quand la corruption de ce mortel poison À nostre ame s'est attachée; Dieu, qui voit sous ses pieds l'un et l'autre horizon, N'en voit point qui n'en soit tachée Leur valeur ne paroist qu'aux actes inhumains, Leur esprit ne paroist qu'aux injustes desseins, Et ces protecteurs des rebelles Ne vivent que du pain que leurs cruelles mains Pestrissent du sang des fidelles. Ils passent tous leurs jours sans trouble et sans ennuy, Du seigneur tout-puissant ils méprisent l'appuy; Mais, quand il leur faut comparoistre, Leur secret repentir leur fait craindre celuy Qu'ils feignoient de ne pas connoistre. Quand le bonheur les quitte et se retire ailleurs, Dieu décoche sur eux tous les traits des malheurs Que sa colere nous envoye; Et des justes ennuis qui les comblent de pleurs, Les justes sont comblez de joye. PSEAUME 53 Seigneur, encore un coup détourne la tempeste Qui menace ma teste; Nos ennemis communs conspirent contre moy. Des forces d'icy-bas je ne puis rien attendre; À toy seul j'ay recours, je n'espere qu'en toy, Toy seul me peux défendre. Ces legions en haye au devant de mes portes, Ces nombreuses cohortes, Dont la pompe guerriere a tant d'admirateurs, Ces marques de grandeur si fieres et si belles, Donnent plus de respect à mes bons serviteurs Que de crainte aux rebelles. J'opposerois en vain les puissances humaines À ces ames hautaines De qui jamais le ciel ne reçoit aucun voeu, Et dont les yeux, ouverts quand le tonnerre gronde, Semblent braver l'éclair qui menace du feu L'impieté du monde. Contre ces furieux ton secours invisible Rend mon sceptre invincible, Et le met en estat de n'apprehender rien; Tu renchaînes les vents, tu dissipe l'orage, Et ton pouvoir conserve, en conservant le mien, Son oeuvre et son image. Ta justice a déjà creusé leur precipice, Et de mon sacrifice Uni la pure flame à tes celestes feux; Et sur ces orgueilleux j'auray cet avantage, Que, de dessus le port où j'accomplis mes voeux, Je verray leur naufrage. PSEAUME 54 Ô dieu, qu'en mes besoins jour et nuit je reclame, Qui voit pour mes pechez les peines que mon ame Souffre sans murmurer, Permets que ta clemence, à mes desirs propice, Accorde à mon remords ce que de ta justice Je ne puis esperer. La haine des méchans m'est injuste et fatale, J'en voy déjà sortir la mort sanglante et pasle Qui s'approche de moy; Le glaive est dans sa dextre, et déjà la cruelle Pour me saisir le coeur fait marcher devant elle La tristesse et l'effroy. Je connois que mon crime est cause des alarmes Qui ne couvrent l'etat que de sang et de larmes Et d'actes inhumains; En dis, environné de troupes infidelles : " que n'ay-je du pigeon l'innocence et les aisles, Pour sortir de leurs mains? J'irois passer ma vie en une solitude, Pour fuïr des méchans et de l'inquietude Qui me suit en tout lieu. Le vice est si commun dans le siecle où nous sommes Que je suis assuré qu'en m'éloignant des hommes Je m'approche de Dieu. " Voy, seigneur, en pitié les miseres publiques, Dissipe pour jamais de ces ames tragiques Le funeste attentat; Fay descendre sur nous tes graces éternelles, Et la division dans ces troupes rebelles, Qui divisent l'estat. L'on n'oit sur nos remparts vomir que des blasphémes, Les comptenteurs des loix et des pouvoirs suprémes Font garde sur nos tours; L'impieté produit la licence et l'audace, L'avarice a logé l'usure dans la place Et dans les carrefours. Que si de ce méchant la rage envenimée M'eust fait la guerre ouverte en commandant l'armée D'un contraire parti, Et que ce traistre eust mis sa haine en évidence, Quelque puissant qu'il fust, la force ou la prudence M'en eussent garanti. Mais, dans cet attentat si noir et si visible, Ce qui rend dans mon coeur plus grande et plus sensible Sa persecution Est que ce factieux dont j'ai receu l'offense Avoit dans mon estat partagé ma puissance Et mon affection. Que tes foudres, portez sur le dos des orages, Confondent aux enfers ceux de qui les courages N'ont rien de belliqueux; Leur maison de tout temps est l'asyle du vice, Et semble que l'orgueil, l'envie et l'avarice Y naissent avecque eux. Pour moy, dans les ennuis dont ma vie est atteinte, C'est au dieu tout-puissant à qui je fais ma plainte D'un coeur triste et contrit; Et, que le jour paroisse, ou que la nuit l'efface, Je n'ay point de clarté que celle que sa grace Inspire en mon esprit. Le seul roy qui regnoit avant l'estre des âges Confondra de ces coeurs si fiers et si sauvages Les funestes complots; Et son bras, seul ouvrier des oeuvres merveilleuses, Rangera sous ses loix ces troupes orgueilleuses, Qui troubloient mon repos. Mais d'un bon sentiment ils ne sont point capables; Quoique Dieu leur inspire, ils demeurent coupables, Et tout leur est suspect; Mesme des chastimens la juste violence Ne peut faire regner, où regne l'insolence, La crainte et le respect. Dans le mépris des loix l'on a veû ces perfides Faire contre leur roy, de leurs mains parricides, Des actes odieux; Le seigneur leur pardonne, il reçoit leurs victimes, Il les remet en grace, il efface leurs crimes, Et se rapproche d'eux. L'huile vierge n'est point plus douce et plus coulante Que fut pour adoucir cette troupe insolente La voix du tout-puissant, Et leur fleche n'est point si perçante et si dure Qu'est leur langue d'aspic, lorsque leur imposture Déchire l'innocent. Mais atten, mon esprit, avecque patience, Ce que son équité, ses loix, sa patience, De tout temps ont promis; Il te consolera des peines que tu souffres, Et fera dans la terre, au plus creux de ses gouffres, Perir tes ennemis. De ces ames de sang aux meurtres adonnées On verra dans le sang retrancher les années, Au milieu de leurs cours; Mais, si j'ay pour appuy ta bonté paternelle, Verray-je pas, seigneur, ta lumiere eternelle Multiplier mes jours? PSEAUME 55 Toy qui vois le rebelle opprimer l'innocent, Ô mon dieu, mon sauveur, ô seul roy tout-puissant, Pren pitié de mes peines : Les rangs des ennemis contre moy conjurez Paroissent plus nombreux que les espics dorez Qui sous l'ardent lion s'élevent dans nos plaines. Je ne redoute rien de ces seditieux, Je sçay que ta clemence a, du plus haut des cieux, Receu ma juste plainte; Déjà ces grands apprests dont nous fûmes surpris Font à l'estonnement succeder le mépris, Le repos à la peine, et la joye à la crainte. Tous mes libres discours, toutes mes actions, Sont à leur jugement des imperfections Dignes de la censure; Et déjà leur esprit commence à concevoir Les fondements futurs de l'injuste pouvoir Qu'ils veulent élever dessus ma sepulture. Que si tu prens pitié de nos maux intestins, Les tonnerres vengeurs foudroiront des mutins Les injustes licences; Et, touché de m'ouir soûpirer mes douleurs, Tu feras dans le ciel registre de mes pleurs Et les balanceras avecque mes offenses. L'effroy desunira ces princes inhumains, De qui l'ambition mit les armes aux mains De ce peuple farouche; Et tous ces furieux, ô grand dieu des combats! Sauront que la valeur ne vainc que par ton bras, Comme la verité ne sort que de ta bouche. Je diray que tu tiens ce que tu m'as promis, Que tu m'as dans Sion sauvé des ennemis, Comme aux terres estranges; Et, pour me revancher de ces bienfaits divers, Mon esprit, qui sans art sait produire des vers, Ne les employera plus qu'à chanter tes louanges. Mais l'âge à pas comptez me guide en ce sejour Où la mort doit ceder son regne à ton amour, Dont nostre ame est ravie; Et ce brouillart d'ennuis qui me trouble ici bas Ne m'egarera point dans la nuit du trespas Si ta grace me rend la lumiere et la vie. PSEAUME 56 Encore un coup, seigneur, fay-moy misericorde; Tu vois des factieux la fureur qui déborde, Tu connois le hazard qu'ils m'avoient preparé; Mais, quelque grands efforts que fassent les rebelles, N'auray-je pas toûjours à l'abry de tes aisles Un refuge assuré? Ah! Combien je te dois de voeux et de victimes! De ces seditieux l'orgueil que tu reprimes Sera dans peu de jours à mon pouvoir soûmis; Les rayons de ta grace, aussi douce que sainte, Rassurent mon courage et rejettent la crainte Au coeur des ennemis. Ta clemence, en calmant leur colere obstinée, Me rend ma liberté, qu'ils tenoient enchaisnée Et vouloient resserrer d'indissolubles noeuds; Au lion acharné contre une bergerie Il ne paroist pas tant de rage et de furie Qu'il en parut en eux. J'en reçoy tous les jours de nouvelles offenses, Leurs dards ne piquent point comme les médisances Que lancent contre moy ces esprits factieux; Et leurs impietez, fecondes en blasphémes, Ont l'orgueil d'attaquer tes puissances suprémes Jusqu'au dessus des cieux. Aux pieges, aux complots, aux embûches secrettes, Aux lacs qu'ils m'ont tendus, aux fosses qu'ils m'ont Faites, Ces esprits factieux sont eux-mesmes tombez; Je veux, pour ce bonheur qui me rend si paisible, Celebrer ici bas ton pouvoir invincible, Dont les cieux sont courbez. Avant que le soleil dore les bords du Gange, Je veux dessus mon luth celebrer ta louange, De qui mon ame fait ses plus doux entretiens, Et par tout l'univers je luy veux faire dire Ton nom et ta bonté, de qui tout mon empire A receu tant de biens. Quand ta clemence veut nous sauver du naufrage, De dessus le soleil tu menaces l'orage, Les vents seditieux rentrent dans leur devoir; Ton amour dans la paix, ton courroux dans la guerre, Font, du plus haut des cieux, voir à toute la terre Ta grace et ton pouvoir. PSEAUME 57 Arbitres de nostre fortune, Qui reglez dessus la tribune Tous les differends des humains, Sans crainte et sans espoir rendez-nous la justice, Et de concussions ne souillez point vos mains Pour assouvir vostre sale avarice. Mais n'ont-ils pas, dés leur naissance, Perdu cette pure innocence Qu'ils receurent du createur? Si-tost qu'en leur erreur la raison les conseille, Comme l'aspic qui craint la voix de l'enchanteur, Ne voit-on pas qu'ils se boûchent l'oreille? Ces gens, qui dans ma bergerie Font paroistre plus de furie Que ne font les lions ardens, Contre le tout-puissant seront sans resistance Lors qu'il arrachera leurs griffes et leurs dens, Qui devoroient le peuple et sa substance. Tel qu'un debord sur un rivage Laisse à peine, aprés son ravage, Des sables qu'emporte le vent, Tels ces biens mal acquis, dont leur maison est pleine, Ainsi qu'ils sont venus s'en retournent souvent, Sans augmenter leur ancien domaine. Le seigneur, des traits de son ire, Les fondra comme de la cire; Ils seront de flames couverts, Et l'astre qui s'éleve et se couche dans l'onde Cachera sa clarté sous celle des éclairs, Qui seule alors rendra le jour au monde. Aprés leurs funestes rapines, Que voyons-nous que des épines Croistre dans nos fertiles champs, Où nous esperons voir nos troupes glorieuses, Dans le sang répandu par la mort des méchans, Venir laver leurs mains victorieuses? Par leur generale défaite, D'une tranquilité parfaite Nous joüirons également, Et l'on connoistra mieux dans la paix qu'en la guerre, Par nostre recompense et par leur chastiment, Qu'il est un dieu qui gouverne la terre. PSEAUME 58 Delivre-moy, seigneur, de cette injuste guerre Qui, choquant ton pouvoir et celuy de la terre, Les met en mesme rang; Et bannis loin de moy ces coeurs noircis de crimes, Ces ennemis de l'ordre et des loix legitimes, Qui n'aiment que le sang. Les grans de mon estat, de leurs mains sacrileges, Pour troubler mon repos, tendent partout des pieges Contre ma liberté; Et les plus grands excez où s'emporte leur rage Est lors qu'injustement leur cruauté m'outrage Sans l'avoir merité. Les yeux toûjours ouverts de ta toute-puissance Jusqu'au fond de mon coeur jugent mon innocence Et s'en rendent témoins; Leve-toy donc, seigneur, pour assurer ma vie : Au danger où je suis, ta bonté t'y convie, Mes voeux et mes besoins. Arme tes bras vainqueurs d'un foudroyant tonnerre, Pour terracer l'orgueil de ces fils de la terre Contre nous animez. Le desir d'émouvoir une émeute civile Les a fait assembler et rôder par la ville, Comme chiens affamez. Tantost, pour opprimer la liberté publique Ils complotoient tout bas quelque dessein tragique En secret ébauché; Mais à quoy se cacher, pour en ourdir la trame, À tes yeux, qui partout penetrent dans nostre ame? Rien ne leur est caché. Ta seule volonté, qui peut d'un coup de foudre Reduire en un instant tout l'univers en poudre Et conserver Sion, Peut-elle pas encore oüir ma juste plainte, Me sauver du peril et rassurer ma crainte Sous ta protection? Je say quel est le bras dont tu nous dois défendre, Qu'il peut tout ce qu'il veut; mais, afin de nous rendre Sages à l'avenir, Pour mettre en leurs devoirs nos ames insensées, Permets que nous puissions des miseres passées Garder le souvenir. N'extermine donc point cette armée ennemie, Mais fay-leur reconnoistre, avec leur infamie, Leur fausse opinion; Et que, dans le cahos d'un éternel divorce, Ils perdent à jamais le courage et la force Avecque l'union. Qu'en tout temps, en tout lieu, ton courroux legitime Puisse dans leur memoire imprimer de leur crime L'éternel repentir; Qu'autant que leur bonheur éleve leur audace, Autant le desespoir d'avoir perdu ta grace Les puisse aneantir. Fay de ces factieux cesser le monopole, Arreste le progrez de leur camp, qui desole Nos villes et nos champs, Et fay qu'en ce grand tout, dont toy seul es le maistre, Ta justice se face également connoistre Des bons et des méchans. Que ces chiens affamez, ces nations impies, Qui sur les gens de bien, non moins que des harpies, Se vouloient assouvir, Renonçant à l'erreur qu'ils avoient publiée, Fassent voir à tes pieds leur ame humiliée, Soûmise à te servir. Quand par toute la terre, en mendiant leur vie, L'impitoyable sort qui la tient asservie La poursuivra partout, Alors je chanteray ta justice profonde, Qui du plus haut des cieux gouverne tout le monde De l'un à l'autre bout. Je diray qu'à ta grace est mon ame obligée, Qu'elle reçoit de toy, quand elle est affligée, Son plus doux reconfort; Et mes vers, exaltant ta supreme puissance, Diront qu'elle est sans fin de la foible innocence L'asyle et le support. PSEAUME 59 Seigneur, quand tu fis luire et gronder dessus nous Ces orages bouffis d'éclairs et de tempestes, Ta bonté détourna de ton juste courroux Les tonnerres lancez sur nos coupables testes. Ta seule volonté, par des effets divers, Esbranle en un instant et raffermit la terre; Jusques au plus profond des gouffres des enfers Ton ire et ton amour l'entr'ouvre et la resserre. De la main dont l'on voit les verges apprester Pour punir tes enfans et ceux de ton eglise, Ne nous promets-tu pas qu'on te verra planter Nos drapeaux triomphans sur la terre conquise? Ne te lasse donc point de proteger les tiens, Accumule pour eux conquestes sur conquestes, Et fay que tes faveurs, en les comblant de biens, Témoignent que ta grace accorde leurs requestes. Suis-je pas assuré, puisque tu l'as promis, Malgré ces ennemis et leur forte défense, Que Sichem et Jacob seront un jour soûmis Par une juste guerre à ma juste puissance? Manassé, Galaad, et leurs larges pourpris, Reconnoissent déja les loix de mon empire, De mesme qu'Ephraïm, fecond en beaux esprits, Dont le sage conseil la prudence m'inspire. Sur Juda je dois voir, aprés tant de combats, Estendre ma puissance en dépit de l'envie, Et les champs de Moab produiront sous mes pas Des biens qui combleront de delices ma vie. Aprés tant de perils et d'etats surmontez, Ne dois-je pas encor aller à main armée, Pour finir les travaux qui me sont apprestez, Estendre mon empire en la plaine Idumée? Mais qui dans ces exploits assurera nos coeurs, Que celuy qui nous fait estre ce que nous sommes, Et qui dans les combats rend les hommes vainqueurs, Et n'a jamais besoin de la force des hommes? Pren donc pitié des tiens, assiste-les toûjours; Quelque armée innombrable où l'ennemy se fonde, Nous sommes assurez, avecque ton secours, De ranger sous nos loix tous les sceptres du monde. PSEAUME 60 Seigneur, enten les voeux, exauce les prieres, Que je te fais du bout de mes frontieres, Où je fuis d'Absalon et du trouble civil; Je ne pren mon repos que dans l'inquietude, Je voy changer ma cour en une solitude Et mon regne paisible en un honteux exil. Tu m'as toûjours servi de guide en ma retraite; Mais, si tu veux faire une oeuvre parfaite, Sois encore mon guide à rentrer dans Sion : Aprés m'avoir sauvé d'un complot si funeste, Veux-tu pas sous ton aisle, en la maison celeste, Assurer mon repos en ta protection? Que si ton seul appuy raffermit mon courage, Et me remet en ce riche heritage, Où la seule vertu nous peut rendre contens, Prolonge, ô tout-puissant! Mon empire et ma vie, Afin que sur le thrône, en depit de l'envie, Je te puisse servir et regner plus long-temps. Je n'y fuiray pas moins le vice et la licence Que si j'estois toûjours en ta presence, Comme ceux qui là haut bruslent de ton amour. Ma voix n'y chantera que tes seules loüanges, Et le feu qu'à jamais y conservent les anges Dans mon coeur embrasé croistra de jour en jour. PSEAUME 61 Je n'apprehende point la haine ni l'envie Qui contre mon honneur, mon estat et ma vie, Ont soulevé mon peuple tant de fois; Quoy qu'on ose par ruse ou par force entreprendre, L'esprit sage et puissant qui veille pour les rois M'en saura bien défendre. À quoy sert d'employer l'artifice et la force Pour abatre un vieil tronc qui n'a plus que l'écorce Et que les vers rongent de toutes parts? À quoy sert d'employer et la sape et la mine Pour combler des fossez et battre des remparts Qui tombent en ruine? Ils taxent mon esprit et mon corps de foiblesse; Dans l'injuste dédain qu'ils ont de ma vieillesse, Leur jugement ne revient point à soy, Et, sous le vain éclat qui brille en ma couronne, Leur lasche flaterie, en estimant leur roy, Mesprise ma personne. Et toutefois, mon ame, aprés ces longues peines, Il faut avoir recours aux grandeurs souveraines D'un dieu tout bon, qui t'offre son appuy; L'univers n'est regi que par sa providence : Il faut plutost fonder ton esperance en luy Qu'en l'humaine prudence. Ce n'est point par mon bras que j'obtiens la victoire; Je tiens de sa bonté mon salut et ma gloire, Et mon malheur de son juste courroux. Peuples à qui l'ennuy rend la vie importune, En imitant ma foy, vous m'imiterez tous En ma bonne fortune. Mais, toutefois, combien que les esprits des hommes Naissent tous malheureux dans le siecle où nous sommes, Ils ne sauroient quitter leur vanité; Sa pesanteur en eux a tant de violence Qu'elle emporte souvent le poids de l'équité Dans leur fausse balance. Dans le soin trop ardent d'acquerir des richesses, Gardez de vous servir de ces lasches finesses Où le parjure à la fraude se joint; Tous ces biens amassez d'une main infidelle N'ont rien de permanent, et ne nous suivent point En la vie éternelle. C'est-là que le seigneur à jamais nous accorde Et sa protection et sa misericorde, Pour nous sauver des malheurs d'icy bas; C'est-là qu'également sa bonté tutelaire Départ à ses enfans, aprés tant de combats, La peine et le salaire. PSEAUME 62 C'est inutilement que le flambeau du monde Sort au matin de l'onde Pour nous rendre le jour, qu'il porte avecque soy; Seigneur, je ne croy pas que la nuit soit passée : Il n'est point jour pour moy Si ta grace n'éclaire aux yeux de ma pensée. De ce feu tout divin la pure et sainte flame Illumine mon ame; Fay, seigneur, que je puisse en joüir à jamais : Ces antres où je vis loin de la multitude Me seront des palais, Et n'auront plus pour moy d'ombre et de solitude. Quand sera-ce, seigneur, que je me pourray dire Habitant de l'empire Où le flambeau du jour ne luit que sous tes pas? Quand sera-ce, seigneur, que la prison mortelle Qui m'arreste icy bas Me laissera jouir de ta gloire éternelle? Quand je pense en moy-mesme à la magnificence De ta toute-puissance, Qu'on ne peut contempler que des yeux de la foy, Mon ame, dans ce corps esclave et vagabonde, Est si fort hors de soy Qu'elle a peine à souffrir les delices du monde. Ces captifs innocens engraissez dans nos cages, Ces hostes des bocages, Ces vieux, ces grands poissons, ces animaux naissans; Tous ces mets somptueux dont ma table est servie, Ne touchent plus mes sens Que pour les dégouster des plaisirs de la vie. La nuit, où tous les soins dans l'ombre et le silence Calment leur violence, Ne finit point les miens en finissant le jour; Quand de son voile humide elle en esteint la flâme, Le feu de ton amour Avecque plus d'ardeur se rallume en mon ame. Dans l'asyle où je suis, à l'abry de tes aisles, Tes graces éternelles Joindront un jour la gloire à la tranquilité, Et ceux qui par le fer ont ma perte jurée D'un glaive ensanglanté Auront la mesme mort qu'ils m'avoient preparée. Ces demons tenebreux dont la noire malice N'use que d'artifice Et nous attaque moins en lions qu'en renards, Ceux dont la vaine horreur sans raison nous effroye, Viendront de toutes parts Faire de ces maudits leur legitime proye. Tu fermeras la bouche à l'esprit de mensonge, De qui l'erreur nous plonge En un gouffre éloigné du jour et de tes yeux : Tes saintes veritez luy declarent la guerre, Et font regner aux cieux Le prince qui maintient leur regne sur la terre. PSEAUME 63 Toy de qui le pouvoir se voit par les effets, Toy qui ne laisses point d'ouvrages imparfaits, Dieu tout-puissant, enten mes justes plaintes; Si tu fais de grans rois des plus petits bergers, Si tu m'as si souvent délivré des dangers, Délivre-moy des ennuis et des craintes. Déjà ces factieux, par leurs sanglans efforts, Me retiennent tout vif dans le sejour des morts, Où j'ay sans fin ta grace reclamée; Et, de ce lieu profond, j'entens de toutes parts Que leurs discours, picquans plus que ne sont leurs Dards, Impunément blessent ma renommée. Toute leur haine estoit contre l'oint du seigneur, Et, bien que, pour ravir ma gloire et mon honneur, Ils employoient leur ruse et leur puissance, De leur complot secret il n'estoit rien paru; Ils se cachoient si bien qu'ils n'eussent jamais crû Qu'homme vivant en eust la connoissance. C'est dans cette assurance où leur iniquité Témoigna tant d'ardeur et d'animosité À s'attaquer aux pouvoirs legitimes; Ces coeurs, dont la valeur n'éclate que pour eux, Aux belles actions n'ont rien de genereux, Et ne sont grans qu'à faire de grans crimes. Mais, lorsque leur pouvoir est le plus triomphant, On les voit terracez par la main d'un enfant, Qui du berceau ses foudres leur envoie; Ils quittent les autels qu'ils avoient usurpez, Et du coup imprévû qui les a dissipez L'estonnement se mesle à nostre joye. Ceux qui de te connoistre ont fait tant de refus Dans leur impieté demeureront confus, Voyant l'effet de ta toute-puissance; Et ceux que la raison a soumis à tes loix Publiront à jamais la gloire et les exploits Du bras vainqueur qui maintient l'innocence. PSEAUME 64 Dieu tout-puissant, puisque tu veux Dans Sion recevoir les voeux Et les hymnes à ta loüange, Quels peuples, s'ils ne sont dépourvûs de raison, Ou des rives du Tage, ou des rives du Gange, Ne viendront à la foule offrir leur oraison? Si ceux qui servent aux faux dieux Par leurs discours pernicieux Quelquefois ébranlent mon ame, Ton esprit, qui la sait de tes graces munir, À la seule foiblesse en impute le blasme, Et de l'erreur éteinte éteint le souvenir. Bienheureux seront tes eleus, Ces grans courages resolus Que l'amour de la gloire inspire! Ils seront assurez de jouir avec toy Des thresors dont ta grace enrichit son empire, Où tu rends l'équité compagne de la foy. Grand dieu, qui fais naistre et calmer, Et sur la terre et sur la mer, Nostre crainte et nostre assurance, Preste l'oreille à ceux qui reverent tes loix, Dont ta misericorde est la seule esperance, Et dont le coeur ouvert est conforme à la voix. Par toy les monts audacieux Contre la colere des cieux Exposent leurs testes chenuës; Les tonnerres par toy se forment dans les airs; Par toy l'orgueil des flots s'éleve dans les nuës Et semble s'efforcer d'éteindre les éclairs. Tous les peuples de l'univers S'estonnent des effets divers De ta main juste et souveraine : Elle opere en tous lieux toute chose à propos; Aux esprits affligez de tristesse et de peine, Le jour leur rend la joye et la nuit le repos. Ta providence également Dispense generalement L'eau qui rend la terre feconde; Et ta source de grace, où la foy se nourrit, En ruisseaux infinis s'épand pour tout le monde; Elle coule sans cesse et jamais ne tarit. La pluye, en maints petits bouillons, Tombe et jaillit sur les sillons Au retour des saisons nouvelles; Tout abonde en tout tems des biens que tu produis, L'esté pave les champs de nombreuses javelles, Le printemps a des fleurs et l'automne des fruits. Les plus durs rochers des deserts Sont de fleurs et d'herbes couverts Comme les plus gras pasturages; Et des fines toisons qui vestoient nos brebis, Dans sa loge paisible, à l'abry des orages, Le pasteur voit filer le drap de ses habits. Les marais les plus noyez d'eaux Produiront, au lieu de roseaux, Le fourment à pleines faucilles; Tes liberales mains enrichiront les tiens, Et feront qu'à jamais leurs heureuses familles Beniront le pouvoir qui les comble de biens. PSEAUME 65 Que la grandeur du dieu que nous servons Soit jour et nuit, tandis que nous vivons, Aux deux bouts de la terre exaltée en nos veilles; Jusqu'à tant qu'à nostre ame il ait donné des yeux Capables d'admirer sa clarté dans les cieux, Admirons icy bas ses visibles merveilles. Ces apostats, ces lasches imposteurs, Se trouveront injustes et menteurs Au jugement qu'ils font de sa toute-puissance. Qui ne voit que sa main decore l'univers De tous ces ornemens, si beaux et si divers, Qui témoignent son soin et sa magnificence? Venez donc tous admirer les effets Du seul ouvrier des ouvrages parfaits; Consacrez-luy vos voeux avecque vos hommages; Et, comme tous nos yeux reverent ses grandeurs, Tous nos yeux soient épris de ses saintes ardeurs, Et que toutes nos voix exaltent ses ouvrages. Combien pour nous eut-il d'affection Quand sa bonté restablit dans Sion, Aprés un long exil, l'eglise vagabonde! La mer Rouge en fureur ne la put retenir; Elle vit sous nos pas ses gouffres s'aplanir, Et passer à pied sec au milieu de son onde. Ce ne fut point la force de nos bras Qui nous rendit vainqueurs dans les combats, Ce bonheur ne nous vint que de sa force mesme; Nostre pouvoir par luy s'est toûjours conservé, Et l'orgueil de la terre en vain s'est eslevé Pour ravir de ses mains l'autorité supréme. Beni soit donc ce dieu dont la bonté Nous retira de la captivité Où la mort retenoit nostre ame criminelle! Il nous rend la lumiere en la nuit du peché, Nous guide et nous soustient, quand nous avons bronché, Dans le chemin glissant de la vie éternelle. Comme au fourneau l'argent est épuré, Le long malheur qu'a ton peuple enduré Peut-il pas, comme un feu, purifier leurs ames? Quoi! Dans ta prescience, as-tu donc arresté Qu'aucun de nous là-haut ne verra la clarté Qu'il n'ait esté purgé dans le milieu des flâmes? Mais ces tourmens, ces ennuis et ces fers, Que nous avons tant de siecles soufferts Qu'à la fin nos langueurs tournoient en habitude, Ne remirent-ils pas ton peuple en son devoir? Et nostre repentir n'eut-il pas le pouvoir De finir ta colere et nostre servitude? Sur tes autels de mes plus gras aigneaux Je répandray le sang à longs ruisseaux, Pour rendre à ta bonté les biens qu'elle m'octroye; Et les voeux que j'ay faits durant ces tristes nuits Que j'estois accablé de chaisnes et d'ennuis, Je les accompliray comblé d'heur et de joye. Bien que ma plainte élevast à la fois Jusques au ciel et mes yeux et ma voix, Il ne m'a pas si-tost receu sous ses auspices. Ô vous que le seigneur a bruslé de ses feux! Sachez que sa bonté n'exauce point mes voeux Que quand je les conçois d'un coeur purgé de vices. Benissons donc à jamais l'eternel, Dont la puissance et l'amour paternel Dans mes necessitez prévenoient mon envie; Benissons sa bonté, dont j'ay tout à souhait, Et que le souvenir des graces qu'il me fait M'oblige à le servir le reste de ma vie. PSEAUME 66 Que l'eternel ouvrier des oeuvres éternelles, Par qui tous les fidelles Sont regis sous un regne aussi juste que doux, Aprés tant de faveurs qu'à nos voeux il accorde, Fasse encore pour nous Paroistre les effets de sa misericorde. C'est par elle, seigneur, plus que par le tonnerre, Que tu verras la terre Ne reconnoistre plus d'autre maistre que toy; Et regnera la paix generale et profonde, Lors qu'une mesme foy Comme un mesme soleil éclairera le monde. L'on verra sans travail nos campagnes fertiles, Et nos boeufs inutiles Se nourrir des espics égrenez sous leurs pas; La saison où l'amour rajeunit toutes choses N'aura que des appas, Et ne meslera plus les espines aux roses. Dans ces prosperitez que tes mains liberales Rendront si generales, Nous joüirons des fruits de ton affection; La justice et la paix, qui par ta providence Reviendront dans Sion, Auront à leurs costez la joye et l'abondance. Ta main, qui foudroyoit l'impie et le profane, En nous versant la mane Engraissera ton peuple, engraissera nos champs; Ta grace et ton pouvoir, d'une égale contrainte, Forceront les méchans À recevoir ton nom par amour ou par crainte. PSEAUME 67 Que Jesus se levant ralume son flambeau, Pour témoigner à ceux qui l'ont mis au tombeau Que son corps glorieux jamais ne s'y consomme, Et que, si pour un temps il cede à leur effort, Et que dans les douleurs il meure comme un homme, Il pouvoit comme un dieu triompher de la mort. Comme la cire fond au regard du soleil, Dés que de ce bel astre ils verront le réveil Leurs incredulitez s'en iront en fumée; Et les justes, voyans des esprits libertins L'aveugle idolatrie à jamais supprimée, Adjousteront la joye aux mets de leurs festins. Celebrons les grandeurs du sauveur des humains; Disons que l'univers est l'oeuvre de ses mains, Que les cieux sont ornez de ses magnificences; Disons que ce grand tout par luy seul se maintient, Et qu'estant seul puissant sur toutes les puissances, Le titre de seigneur à luy seul appartient. Cependant que le sage est comblé de plaisirs, Les mutins, ne pouvant accomplir leurs desirs, Font jusque dans le ciel éclater leur murmure; Mais ils verront bien-tost de leur complot malin Les yeux du tout-puissant découvrir l'imposture, Et proteger contre eux la vefve et l'orphelin. La paix qui l'accompagne en terre comme aux cieux, Dans un regne aussi doux comme il est glorieux, Rend de ses serviteurs les familles heureuses; Et l'interest, autheur des animositez, Ne conseille jamais ces ames bienheureuses À rompre le lien qui joint leurs volontez. Par la vertu du sang qu'a le verbe espanché, Ceux qui du premier homme expioient le peché Sont vestus de splendeurs en quittant la matiere; Mais ces esprits de chair que le monde seduit, Qui de ces veritez mesprisent la lumiere, Sont punis au tombeau d'une éternelle nuit. La main qui les tira de leur captivité Leur fit voir au desert sa liberalité, Les cieux de toutes parts la mane leur verserent; Et, si-tost qu'il parut sur le mont Sinaï, La terre s'entr'ouvrit, et les roches tremblerent Sous les pieds des tyrans qui l'avoient envahi. Cet esprit tout-puissant qui veille pour les siens Couvre dés le printemps les campagnes de biens, Aprés ces longs hivers dont la terre s'ennuye; Et, lorsque le soleil a beû l'humidité, Ses rayons attirans se déchargent en pluye, Et rendent à nos champs ce qu'ils leur ont osté. Il témoigne sans fard combien il nous cherit; Dans les rochers deserts, les troupeaux qu'il nourrit Ne mettent leur espoir que sous sa providence; Et, pour planter la foy dans l'ame des pecheurs, Il n'a point employé de plus haute éloquence, Que la naïveté des plus simples pescheurs. D'invisibles guerriers sa suite fourmilloit, Son supréme pouvoir la terre émerveilloit, Quand sur nos ennemis il gagna la victoire; Par elle ses enfans sont délivrez des fers, Par elle sa maison voit augmenter sa gloire, Et par elle les cieux triomphent des enfers. Ceux qui furent aux feux si long-temps detenus, Aprés s'estre purgez, sont-ils pas devenus Plus blancs que la colombe aux plumes argentées? Sa grace, dont ils font leur plus riche thresor, Et ses perfections jusqu'au ciel exaltées, Ne passent-elles pas les merites de l'or? Aprés qu'il eut chassé ces princes indomptez Dont les flots du Jourdain furent ensanglantez, Et ses deux bords couverts de leurs superbes tentes, Les neiges de Selmon reprirent leur blancheur, Et, pour nous garantir des chaleurs violentes, Rendirent à nos champs la graisse et la frescheur. Dés l'heure ses sommets sont couverts de troupeaux, Le vin comme le lait en distile à ruisseaux, L'herbe y lasse la faulx comme aux valons humides, Et, pour ne rien ceder aux plus fertiles champs, Les rochers les plus durs de ces costes rapides Se laissent cultiver sous les coutres tranchans. Tous les monts d'alentour avec humilité Admirent la hauteur, l'aspect et la beauté Dont celuy de Selmon se rend incomparable; Le soleil le saluë en ramenant le jour, Et ce qui le fait voir encor plus admirable, C'est que le roy des rois y choisit son sejour. Là maints guerriers autour du char de ce grand dieu, Marchant dessus les airs sans occuper de lieu, D'imperceptibles lacs enchaisnent la victoire, Et d'escadrons aislez à son pouvoir soûmis Percent, ouvrent les rangs, combattent pour sa gloire, Et sans se faire voir défont ses ennemis. Son front fut couronné de rayons triomphans, Lors qu'il eut de la mort délivré ses enfans Et de leur long ennuy les causes étouffées; Ceux que son bras vainqueur remet en liberté Environnent son char, et font que ses trophées Sont decorez des fers de leur captivité. Par un soin équitable autant que liberal, Il rend de ces combats le bonheur general, Et de tous les mortels écoute la priere; Ceux mesme dont l'erreur a ses temples pollus, Par l'amour et la foy recouvrent sa lumiere, Qui les conduit au ciel au rang de ses eleus. Benissons donc l'esprit à jamais glorieux Dont la grace nous vient d'ouvrir les mesmes cieux Où les foudres grondoient sur nos coupables testes; Benissons le seul dieu nostre unique support, Qui par tout est vainqueur, et de qui les conquestes Ont soûmis à ses loix l'empire de la mort. " j'abaisseray, dit-il, ces princes reprouvez, Ils verront à leur dam qu'ils n'estoient eslevez Que pour rendre en tombant leur cheute plus profonde; Et Bazam connoistra que mon bras tout-puissant Peut fermer et rouvrir un chemin dans les ondes, Pour abysmer l'impie et sauver l'innocent. Je veux exterminer à jamais ces méchans, Je les feray tomber sous les glaives tranchans De ceux qui ressentoient la rigueur de leur haine; Ils mordront la poussiere, et ceux que je maintiens Marcheront dans leur sang, qui baignera la plaine, Et dont j'abreuveray les corbeaux et les chiens. " Quand il aura défait ses puissans ennemis, Et qu'il triomphera de leur sceptre soûmis, Les princes en concert chanteront sa victoire; Et ces fieres beautez qui dessus les mortels Par les traits de leurs yeux obtiennent tant de gloire Mettront les armes bas au pied de ses autels. Benissez le seigneur, race de Benjamin; De palme et de laurier tapissez son chemin, Vous, dignes possesseurs du sceptre de Judée; Que ceux de Zabulon et ceux de Nephthali Benissent tous sa grace à nos voeux accordée, Qui fait que des faux dieux l'empire est aboli. Donc toûjours, ô grand dieu, reçoi nos justes voeux; Conserve, comme à nous, à nos derniers neveux, Les celestes faveurs dont ta grace est feconde, Afin que tous les rois de qui l'autorité Dans les siecles futurs gouvernera le monde Puissent ainsi que nous reverer ta bonté. Déja de toutes parts la fureur des taureaux S'efforce de chasser tes timides aigneaux Des valons que tu rends feconds en pasturage; Et ces peuples armez qui vont tout ravageant Dans les afflictions éprouvent nos courages, Comme dans la fournaise on éprouve l'argent. Acheve ton ouvrage, ô grand dieu des combats! Mets de ces factieux les puissances à bas, Et confon aux enfers l'idolatre et l'impie; Par là tu remettras le monde en son devoir, Et les peuples d'Egypte et ceux d'Ethiopie, Par crainte ou par amour, beniront ton pouvoir. Royaumes de la terre, exaltez le seigneur, Recitez à l'envy des vers à son honneur, Dont son nom glorieux soit la seule matiere; Et vous de qui la foy, jamais ne variant, Avec impatience attendoit la lumiere, De ce nouveau soleil saluez l'orient. Par ses faits merveilleux, qu'on ne peut imiter, Comme par ses exploits, fit-il pas exalter Sa force et sa justice aux deux bouts de la terre? Et l'on connut l'excés de son affection Quand, d'une voix égale à celle du tonnerre, Il publia ses loix au peuple de Sion. Mais, dans tout ce grand tout où sa dexterité Accorde l'industrie avec l'immensité Et fait que toute chose à sa gloire conspire, Rien de plus merveilleux n'estonne les humains Que lorsque des enfers il peuple son empire, Et que de grands pecheurs il en fait de grands saints. PSEAUME 68 Ô grand dieu, calme cet orage Qui m'abysme dans les ennuis. Toy seul, dans l'estat où je suis, Me peux garantir du naufrage. La mer enflée en un moment Pousse ma barque au firmament, La precipite dans la bouë; Et, malgré l'art des matelots, Le vent contraire qui se jouë La piroüette sur sa prouë Et la rejette sur les flots. Fay appaiser cette revolte, De qui les glaives et les feux Passent en nombre mes cheveux Et les espics dans la recolte. Le vain espoir de m'opprimer Les a fait contre moy s'armer; Tu peux mettre fin à ma crainte. Ma voix, en ces maux inoüis, Lasse de t'élever ma plainte, Demeure enroüée et contrainte, Et mes yeux en sont ébloüis. Leur camp tous les jours se renforce, Mon salut est hors de saison; Ce qu'on défendoit par raison, Ils l'ont exigé par la force. Tes yeux, ausquels rien n'est caché, Connoissent si c'est mon peché Qui rend mon malheur incurable. Ô tout-puissant! Exauce-moy, Entend les cris d'un miserable, Et voy d'un regard favorable Mon ame qui s'adresse à toy. Défend le peuple d'infamie Qui te reconnoist pour son roy, N'imprime la honte et l'effroy Qu'au front de l'armée ennemie. Pour m'estre mis sous ton appuy, Chacun me reproche aujourd'huy Que j'ay l'ame foible et legere, Et me mettent au mesme rang Ceux qui doivent l'estre à mon pere Et qui dans les flancs de ma mere Sont conceus de mon mesme sang. Mon malheur a cela d'estrange Que, quand ces esprits sans pitié Ont pour toy de l'inimitié, C'est contre moy qu'elle se vange. Si dans le jeusne et l'oraison Je sens naistre dans ma raison Quelque legitime scrupule, Si je fais quelque austerité, Voy-je pas leur ame incredule Qui me traite de ridicule Et rit de ma simplicité? Ils ont fait passer pour des fables Ou pour des superstitions Mes devotes intentions, Au libre entretien de leurs tables. C'est à toy seul que j'ay recours; Je n'implore d'autre secours Que de ta main juste et puissante. Ne verray-je point le retour De ta grace toûjours absente? N'est-il pas temps que je ressente Quelque marque de ton amour? Exauce mes voeux, et m'accorde Que ton nom me serve d'appuy. Tout mon espoir n'est aujourd'huy Qu'en ta seule misericorde. Permets, seigneur, que mes beaux jours Puissent recommencer leur cours, Que leur orage et ta justice Pour moy se puissent assoupir, Et qu'enfin ta bonté propice Me tire du gouffre où le vice Me fait dans la fange croupir. Sauve-moy de ces mers profondes Où je nageois dans les plaisirs, Tandis que mes jeunes desirs Sucroient l'amertume des ondes. Ô toy qui connois le danger Où ma barque peut s'engager! Exauce mes justes requestes, Conduy mes timides nochers, Et que tes bontez toûjours prestes Les preservent, dans les tempestes, Des abysmes et des rochers. Grand dieu, voudrois-tu méconnoistre Ton serviteur et ton enfant, Lorsque l'ennemi triomphant Sur mes estats se veut accroistre? Me laisseras-tu bien perir Sans songer à me secourir? Ton bras, par qui tout se surmonte, Ne les humilira-t-il point D'une disgrace juste et prompte, Ceux qui d'infamie et de honte Couvrent la face de ton oint? De ce faux pretexte de blâme Que ces méchans m'ont imputé, Tu connois leur iniquité Et le venin qu'ils ont dans l'ame. Pas un de ceux que je cheris, Et dont je fais mes favoris, Ne m'ont offert leur assistance. Chacun, en l'estat où je suis, Admire ma longue constance, Mon courage et ma resistance, Et pas un ne plaint mes ennuis. Ce peuple arrogant et sauvage, Qui méprise l'ire du ciel, M'a pour viande offert du fiel, Et du vinaigre pour breuvage. Pour punir l'inhumanité De leur fausse hospitalité, Que, gorgez des mets delectables, Dans la joye et dans le bonheur, Ces fiers courages indomptables Dans des perils inévitables Perdent leur vie et leur honneur. Que de ses plus épaisses voiles La nuit environnant les cieux, En un moment oste à leurs yeux Toutes les clartez des estoiles. Estant accablez sous le faix De leurs execrables forfaits, Fay sur les ames criminelles Flamber tes foudres allumez, Et fay qu'aux flames éternelles Ces peuples ingrats et rebelles Bruslent sans estre consumez. Fay que de leurs maisons desertes Et de leurs domaines ingrats Jamais le labeur de leurs bras Ne puisse reparer leurs pertes. Lorsque je mourois par leur main Pour le salut du genre humain, Dont mon sang lave la soüillure, Leur dure persecution, Ne croyant ma mort assez seure, A de blessure sur blessure Augmenté mon affliction. Que ce peuple à son injustice Puisse adjouster l'impieté, Et qu'il ne soit point écouté Quand il excusera son vice; Que ces méchans soient rejettez Des graces et des charitez Où ta clemence te convie, Et que, toûjours sourd à leurs cris, Ils bruslent de rage et d'envie De voir qu'en ton livre de vie Leurs noms ne seront point écrits. Pour moy, qui me vois à cette heure Abattu par mes ennemis, J'espere un jour d'estre remis En une fortune meilleure. Lors, de ma plume et de ma voix, À la gloire du roy des rois, Mes productions seront telles Que leur prix pourra surpasser Les offrandes rares et belles Des boeufs dont les cornes nouvelles Commencent à peine à pousser. Ces miracles dont ma souffrance Rendra mes ennuis soulagez Aux esprits les plus affligez Rendront la vie et l'assurance, Et feront connoistre aux mortels Qui font des voeux à ses autels Que, pour revivre dans sa gloire Et sortir des fers du trespas, Il faut bien aimer et bien croire Et n'entretenir sa memoire Que de ses celestes appas. Dieu nous oste, par sa sagesse, La prison et la pauvreté; Aux uns il rend la liberté, Aux autres il rend la richesse. Que les cieux, la terre et la mer Chantent le seul qu'on doit aimer Comme le seul objet aimable; Que luy seul est le createur De tout ce qu'on voit de palpable, Et que toute ame raisonnable Adore en luy son protecteur. Toutes les villes de Judée Recevront la punition, À la reserve de Sion, Qui par sa grace en est gardée; L'on jouira dans ses palais De l'abondance et de la paix; Et, dans le general ravage De tant de peuples déconfits, Israel sera l'heritage Qu'auront ses esleus en partage, Et qu'ils laisseront à leurs fils. PSEAUME 69 Seigneur, vien à mon aide, et confon d'infamie Ces bataillons nombreux de l'armée ennemie Qui viennent à grans flots mes terres submerger; Calme ces tourbillons, dissipe la tempeste, Contre ces furieux retourne le danger Qui menace ma teste. Chasse ces legions dont la plaine est couverte; Dissipe leurs conseils, qui complotent ma perte; Que la peur du trespas se glace dans leur coeurs; Change dans les combats en crainte leur furie, Et fay que nous puissions rendre à ces fiers vainqueurs Leur vaine raillerie. Ceux qui cherchent en toy leur principale gloire, Ton nom, qu'ils ont toûjours present dans la memoire, Fait par tout prosperer leurs desseins genereux; Jamais le changement ne trompe leur attente, Tes mains, qui peuvent tout, affermissent pour eux La fortune inconstante. Mais moy, qui du malheur suis la digne victime, Accablé de soucis, repentant de mon crime, J'implore ton secours sans l'avoir merité. À mon coeur abatu redonne l'assurance : Contre tant d'ennemis j'ay mis en ta bonté Toute mon esperance. PSEAUME 70 Seigneur, c'est en ta grace où mon espoir se fonde : Pren soin de mon salut dans les troubles du monde, Afin de confirmer tes peuples dans la foy; Et, pour confondre ceux qui n'en font point de conte, Fay paroistre à leur honte Qu'ils n'ont pas, comme nous, un protecteur en toy. Permets que ton oreille, attentive à mes plaintes, Calme dans mon esprit mes soupçons et mes craintes; Fay-moy voir des effets de ton affection : Je ne puis opposer aux armes infidelles Ni forts ni citadelles Où je sois mieux gardé qu'en ta protection. C'est d'elle d'où me vient la force et l'assurance; C'est d'elle dont j'espere avoir la delivrance De ceux de qui l'erreur aveugle nos esprits; S'ils ont contre ton nom et tes grandeurs suprémes Vomi tous les blasphêmes, Qu'auront-ils plus pour moy qu'injure et que mépris? Ton amour paternel, triomphant de l'envie, Assure mon repos, ma fortune et ma vie; Elle est de mes ennuis l'unique reconfort; Et, depuis que mon ame anime la matiere Qui la tient prisonniere, Toy seul es mon sauveur, ma force et mon support. Mes vers exalteront ta clemence infinie, Qui rend à mes estats leur liberté bannie, Et ton nom, aussi grand comme il est redouté; Et le monde fera passer pour des merveilles De m'entendre en mes veilles Soûpirer mon malheur et chanter ta bonté. Si ma bouche autrefois fut ouverte aux oracles, Si dés mes jeunes ans j'ay predit tes miracles Et publié par tout tes équitables loix, Ne dois-tu pas, seigneur, au declin de mon âge, Animer mon courage Et redonner la force à ma mourante voix? Mes ennemis, d'une ame aussi noire qu'ingrate, S'en-vont disant tout bas, dans l'espoir qui les flatte : N'est-il pas temps de faire éclater nos desseins? Puisqu'un seul Dieu défend sa cause et sa couronne, Si ce Dieu l'abandonne, Quel autre le pourra retirer de nos mains? Ne me laisse donc point en bute à leur malice; Que ton oeil, qui des coeurs penetre l'artifice, Découvre les complots de ces mauvais sujets; Fay que dés en naissant leurs factions avortent Et jamais ne remportent Que honte ou repentir de tous leurs vains projets. Quelque mal qui m'arrive et quoi qu'ils puissent faire, N'ay-je pas pour support ta grace tutelaire Et ton nom, en mes vers si souvent recité? C'est le digne sujet de mes odes sacrées, Et, si tu les agrées, Je tiendray ce bonheur de ta seule bonté. Mes premieres chansons n'avoient rien que de rude, Mes vers alloient rempant sans ordre et sans estude, Et ne produisoient rien qui les fist estimer; Mais tu m'as inspiré ces divines merveilles Qui charment les oreilles, Et l'art, dans mon esprit, de les bien exprimer. Si j'ay chanté ton nom, ta gloire et ta sagesse; Si tu m'as dans ton sein, dés ma tendre jeunesse, Découvert les secrets qui sont les plus obscurs, Permets que mes vieux ans disent de tes miracles L'histoire et les oracles, Et des siecles passez et des siecles futurs. Je diray que ton nom est la terreur du vice, Que jusques dans les cieux a parû ta justice À foudroyer l'orgueil, contre toy declaré, Et qu'aussi-tost qu'elle eût éprouvé ma constance En ma longue souffrance, Aussi-tost ton amour m'en avoit retiré. Je diray qu'en sortant de ces lieux de tenebres, Tu m'as voulu combler de tes graces celebres, Qui mettent mes soucis en d'éternels deposts, Et feront dans le ciel, où la nuit est sans voiles, Sur un thrône d'estoiles Egaler pour jamais ma gloire à mon repos. Quel luth harmonieux, quelle harpe éclatante, Dira que par ta main, liberale et puissante, Ta promesse accomplie a comblé mes souhaits? Et quand, dans ces concerts, le zele me transporte, Quelle voix douce et forte Chantera mieux que moy les biens que tu me fais? Lors que des factieux j'obtiendray la victoire, Pour louër amplement ta puissance et ta gloire Je veux des plus grans jours employer la longueur; Et ne sera jamais mon ame satisfaite De chanter leur défaite Et la force du bras qui me rendit vainqueur. PSEAUME 71 Toy qui, de toute éternité, Sur tes plus glorieux modelles Prepares au roy des fidelles Une illustre prosperité, Beny du dauphin la naissance; Que, pour l'appuy de l'innocence, De la justice et de la foy, Il témoigne dés son enfance Un courage digne d'un roy. Que, sur les monts audacieux, Les orgueilleux fils de la terre Se lassent de faire la guerre Contre la puissance des cieux, Et, par des conseils plus utiles Que ceux dont nos rages civiles Arment la dextre des méchans, Ils mettent la paix dans nos villes Et l'abondance dans nos champs. Qu'à ceux que la necessité Rend esclaves de la fortune Il rende sa bourse commune D'une liberale équité; Que le bon ange qui l'inspire Luy donne tout ce qu'il desire Dans la paix et dans les combats, Et qu'il unisse à son empire Tous ceux des tyrans d'ici bas. Les astres des ans et des mois Cesseront d'éclairer le monde Que l'on verra la terre et l'onde Obeïr à ses justes loix; Ses fils acheveront l'ouvrage De son invincible courage, Et, sous des lauriers toûjours vers, Donneront jusqu'au dernier âge Des monarques à l'univers. Aux ardeurs d'un trop long esté, L'eau de l'égail et de la pluye, Qui dans la plaine, qui s'ennuye, Redonne la fecondité, N'est point aux fleurs plus profitable, Plus douce ni plus souhaitable, Qu'est au peuple de ce lieu saint D'estre sous le regne équitable D'un roy qui t'aime et qui te craint. Son pouvoir durera toûjours, Et de son illustre fortune, Moins inconstante que la lune, Le croissant sera sans decours; Et, quand la paix et la justice Auront soûmis à son service L'onde et la terre en leurs deux bouts, Son pouvoir, dissipant le vice, Sera craint et cheri de tous. C'est par la valeur de son bras Que la bruslante Ethiopie Verra son audace assoupie Baiser la terre sous ses pas; Les rois de Tharsis dans nos villes Porteront des thresors utiles, Magnifiques et de grand prix, Et l'Arabie aux champs steriles Du storax et de l'ambre-gris. Tous les princes, ravis de voir Sa clemence aprés la victoire, Mettront leur principale gloire D'estre soûmis à son pouvoir. Ceux qui sont vaincus par les armes En ses bontez trouvent des charmes Dont leurs ennuis sont soulagez, Et par elles cessent les larmes Des esprits les plus affligez. D'une paternelle amitié, Ce roy clement et secourable Aux cris du peuple miserable Se rendra sensible à pitié. Les conquestes qu'il a conceuës N'auront que d'utiles issuës, Et ses ambitieux projets Ne gorgeront point nos sangsuës Du meilleur sang de ses sujets. L'histoire et nostre souvenir Publiront aux races futures Ses glorieuses avantures, En tous les siecles à venir; Ils rendront la terre amoureuse De sa puissance genereuse; Et le Jourdain en ses deux bords Aura de l'Arabie heureuse Les delices et les thresors. Du fourment à l'espic doré Passeront les fertiles gerbes La hauteur des cedres superbes Dont le Liban est decoré. Son nom et sa bonté profonde Seront benis par tout le monde; Et des astres et du soleil N'éclairera la course ronde Jamais rien qui luy soit pareil. Les plus barbares nations Dont la terre soit habitée À sa vertu par tout chantée Donneront leurs affections. Les moissons à pleines faucilles Combleront de biens nos familles; Et les plus braves, déconfits, Craindront les attraits de nos filles Et le courage de nos fils. Donc, du seul roy des immortels Conservons sans fin la memoire; Confessons qu'à sa seule gloire L'on doit des voeux et des autels, Qu'en accomplissant les oracles Il surmonte tous nos obstacles, Que sa puissance est nostre appuy, Et que, s'il se fait des miracles, Ils ne proviennent que de luy. PSEAUME 72 En vain nous desirons d'avoir la connoissance Des secrets de celuy dont la toute-puissance N'obéit qu'à sa volonté; C'est dans ce labyrinthe où nostre esprit s'égare. Dieu fait tout pour le mieux, et jamais ne separe Sa justice de sa bonté. Cependant ma pensée a commis un blasphème Quand j'ay vû les méchans dont le bonheur extrême N'est d'aucun malheur combattu; Je disois : le seigneur est un dieu d'injustice, Qui d'un aveugle choix recompense le vice Du salaire de la vertu. L'abondance et la joye accompagnent leur table; Ce que l'onde et la terre ont de plus delectable Est commun à tous leurs repas; Parmi les voluptez ils passent leur jeunesse, Et jamais autre mal que l'extrême vieillesse Ne conduit leurs jours au trespas. La creance qu'on a des peines éternelles Que souffrent loin du jour les ames criminelles En leur esprit n'a point de lieu. Et par cette ignorance ils s'exemptent des craintes Qu'ont au dernier soupir les ames les plus saintes Des justes jugemens de Dieu. Leur esprit tout de chair, qui se perd dans les vices, S'imagine qu'ailleurs il n'est point de delices Qui puissent rendre l'homme heureux. Et la peur de donner un seul jour de leur vie Aux charitables soins où le ciel les convie Fait qu'ils ne sont bons que pour eux. Ce long aveuglement de leur bonne fortune Ne leur laisse rien voir au-dessous de la lune Qui soit égal à leurs esprits; Et parlant sans respect des puissances suprêmes, Leur orgueil fait le ciel l'objet de leurs blasphêmes, Et la terre de leur mépris. Les plus sales plaisirs sont doux à leur memoire; Ces beaux faits dont leurs coeurs pensent tirer leur Gloire Font rougir les plus effrontez; Les lieux où l'oraison nous impose silence, C'est où ces esprits forts avec plus d'insolence Vomissent leurs impietez. Tout mon peuple en murmure, et ne peut sans envie Voir qu'un si long bonheur accompagne leur vie, Que jamais rien ne leur defaut. Mais Dieu ne les éleve aux grandeurs de ce monde Qu'afin de rendre un jour leur cheute plus profonde, Et les renverser de plus haut. On voit les vrais devots d'une égale constance Persister dans le jeusne et dans la penitence, En un continuel ennuy, Et, n'ayant d'autre espoir qu'en sa misericorde, Mourir assez contens, pourveu qu'il leur accorde La gloire de mourir pour luy. L'astre qui sort des eaux brillant d'or et de flâme En commençant son tour réveille dans leur ame Le sentiment de leur douleur, Et l'ombre de la nuit, dont sa course est suivie, En augmentant d'un jour leur miserable vie, L'augmente d'un nouveau malheur. De tant d'ennuis meslez parmi leurs destinées Et d'injustes faveurs aux indignes données Dont tous les siècles sont témoins, Si l'on n'apprehendoit de commettre un blasphême, Ne jugeroit-on pas que son pouvoir suprême Nous croit indignes de ses soins? Mais il n'exerce point sa justice éternelle Que nous n'ayons quitté cette robe charnelle Dont la terre nous a vestus. Il reçoit d'icy bas nos voeux et nos victimes, Et se reserve ailleurs à chastier les crimes Et recompenser les vertus. Pour punir comme il doit l'impieté du monde Où pourroit-il trouver, sur la terre et sur l'onde, D'assez effroyables tourmens? Et que luy peut fournir, digne des ames pures, Cette boule de fange exposée aux ordures De tous les autres elemens? Ces hautes qualitez des testes couronnées, Ces thrônes, ces estats, pendant quelques années Contentent nostre vanité; Mais toute cette gloire est courte et variable, Et n'en reste non plus que d'un songe agreable, Quand on est dans l'eternité. Là les soupirs des coeurs accablez de tristesse Seront mieux entendus que les chants d'allegresse Qui sortent des esprits contens; Et là les vieux lambeaux qui couvrent l'innocence, Seront plus estimez que la magnificence Des habits les plus éclatans. Tous nos sens sont confus en ces hautes merveilles : Il faut qu'à l'avenir nos yeux et nos oreilles N'en soient que les admirateurs; Pour juger les motifs de sa bonté divine, Les animaux grossiers que le frein discipline Sont égaux aux plus grands docteurs. Comme je me perdois à rechercher la cause De l'heur et du malheur dont le seigneur dispose Avec tant d'inégalité, J'ay veu combien ce monde est peu considerable, Que ses biens et ses maux n'ont rien de comparable À ceux de l'immortalité. C'est un port à l'abry des tempestes du monde, Où Dieu seul peut anchrer nostre nef vagabonde, Malgré tous ces flots inconstans; Souffrons donc sans murmure et sans impatience Les decrets arrestez dedans sa prescience Avant la naissance du temps. Sa presence visible en est la recompense; Là sa grace éternelle à jamais nous dispense De nos peines et de nos soins; C'est-là qu'il fait cesser le feu des sacrifices, Qu'il exauce et prévient nos voeux et nos services, Nos prieres et nos besoins. Là se voit un soleil sans ombre et sans nuages Conserver ses rayons aprés la fin des âges, Tout puissans, tout beaux et tout purs; Et son éternité, qui les siecles devore, Ne fait là qu'un seul jour sans nuit et sans aurore Des temps passez et des futurs. En de si doux pensers mon coeur brusle d'envie De s'unir à son dieu le reste de sa vie, Et de l'avoir toujours en soy. Cette essence impassible à qui tout doit son estre, A des attraits divins, qui ne se font connoistre Qu'à des yeux d'amour et de foy. Ceux qui, se confians en leur fausse prudence, Ont osé murmurer contre sa providence, Sont morts en leur presomption : Pour moy, je n'emploiray ni ma voix ni mes veilles Qu'à reciter sans fin son nom et ses merveilles Au pied des autels de Sion. Je chanteray si haut ses grandeurs immortelles, Que les échos du temple et les coeurs des fidelles Y répondront tout à la fois, Et les marbres courbez dans ces voûtes antiques Par le resonnement que feront mes cantiques Prendront l'usage de la voix. PSEAUME 73 Veux-tu, grand dieu, pour jamais nous quitter? Quand ton courroux contre nous se déborde, Est-ce un torrent qu'on ne puisse arrester? Est-il plus fort que ta misericorde? Ne veux-tu plus que d'un oeil de dédain Voir aux deserts errer ta bergerie Que tu gardois aux rives du Jourdain, Et que ton soin a tendrement cherie? Ressouvien-toy de quelle affection Ton bras vainqueur détourna les miseres Que preparoit au peuple de Sion La cruauté des armes estrangeres; Qu'en nous vengeant, tes équitables mains À ces méchans firent mordre la terre, Lorsque leur rage aux temples les plus saints Portoit l'effroy, le mépris et la guerre. Ces furieux entrent de toutes parts, Par nostre prise ils augmentent leur gloire, Et leurs drapeaux déja sur nos remparts Sont arborez pour marque de victoire. Sur nos portaux, sur nos lambris dorez, Ils ont d'abord leur rage témoignée, Et ces bois secs de leur tronc separez Encore un coup tombent sous la coignée. Au sanctuaire on les voit s'animer À profaner ce que plus on adore; Et si le fer ne le peut consumer, Il le resigne au feu qui le devore. Et non contens d'avoir dans ces saints lieux Fait eclater leurs profanes conquestes, La vanité de ces ambitieux S'est-elle pas attaquée à nos festes! Quand verrons-nous nos miseres finir? Quand pourrons-nous reparer nos defaites? Que devons-nous juger de l'avenir? L'on n'entend plus la voix de nos prophetes. Quand verrons-nous les legitimes loix Donner un frein à l'injuste licence, Qui doit bien-tost ennuyer, à la fois, Et ta colere et nostre patience? Où peux-tu mieux te servir de tes mains, Toy qui te dis le meilleur des monarques, Qu'à chastier ces actes inhumains Dont à jamais nous porterons les marques? N'est-ce pas toy dont le pouvoir fatal, Ouvrant la mer pour perdre les rebelles, Entre deux murs de liquide cristal Fit un chemin aux troupes des fidelles? Comme serpens que l'on voit écumer, Ces apostats, de leur charogne impie, Aprés avoir pollu l'eau de la mer, Ont engraissé les champs d'Ethiopie. Ce fut alors qu'au recit de ton nom Des durs rochers sortirent des eaux vives, Et qu'en leur lit le Jourdain et l'Arnon Ont arresté leurs courses fugitives. La nuit, le jour, la lune et le soleil, Le froid, le chaud, le beau temps, les orages, S'entresuivant d'un ordre si pareil, Sont de tes mains les visibles ouvrages. Mais à quoy sert ce concours merveilleux Dont les mortels ont par tout connoissance, S'il ne remet ces esprits orgueilleux Dans le respect qu'on doit à ta puissance? Tu sais combien ces méchans sont jaloux De la creance où nostre ame est soumise; Mais si l'epouse est unie à l'epoux, C'est t'offenser qu'offenser ton eglise. Souffriras-tu ces esprits factieux, Qui dans l'estat, d'une injuste licence, Vont usurpant les honneurs que les cieux Ont refusez à leur basse naissance? Ressouvien-toy que tu nous as promis Que ton pouvoir viendroit à main armée Humilier l'orgueil des ennemis, Et relever l'innocence opprimée. Leve-toy donc, fay que l'eternité Ne soit pour eux qu'un éternel supplice; Pour nous sauver témoigne ta bonté, Pour les punir témoigne ta justice. PSEAUME 74 Seigneur, nous voulons que nos vers Recitent par tout l'univers De tes faits merveilleux la veritable histoire, Et que de nostre souvenir Les plus obscures nuits des siecles à venir Ne puissent effacer les clartez de ta gloire. Celuy qui de tous les mortels Reçoit les voeux à ses autels Nous a dit de la nuë où gronde le tonnerre : Je connois de tous le defaut, Et quand le temps viendra, je jugeray là haut, Ceux qui devant le temps vous jugent sur la terre. Je puis, par mes commandemens, En ébranler les fondemens; Je puis dans sa rondeur disposer des couronnes : Depuis l'estre de l'univers Que j'arrestay son poids dans le vague des airs, Mes seules volontez sont ses fermes colomnes. J'ay dit à ces audacieux Qui s'élevent jusques aux cieux, Et qui n'ont de grandeur que celles de leurs crimes : Insensez, ne differez plus À ployer sous le joug des pouvoirs absolus, Que le choix du seigneur a rendus legitimes. Il punit la temerité Qui contre leur autorité Esmeut dans les estats les tempestes civiles; Il les rend, quand il est pour eux, Sur l'Euphrate et le Tage également heureux, Non moins dans les deserts qu'aux campagnes fertiles. C'est luy dont les fatales mains Terracent l'orgueil des humains, Et relevent là haut celuy qui s'humilie, Reçoit ses eleus dans le ciel, Et prepare aux enfers un breuvage de fiel, De qui les reprouvez boiront jusqu'à la lie. Pour moy, de bon coeur je promets De chanter sa gloire à jamais, Sa bonté, sa splendeur et sa magnificence; C'est celuy seul de qui le bras Sait abaisser la corne aux grandeurs d'icy bas, Et relever là haut l'umble et foible innocence. PSEAUME 75 Bien que du dieu des armées Tout l'univers soit rempli, Ce n'est qu'aux champs Idumées Qu'il a son thrône establi; De cette demeure sainte Il marche, et porte la crainte Au front des plus grans guerriers, Et ses puissances suprêmes Arrachent des diadémes Les palmes et les lauriers. Au seul bruit de son tonnerre Tremblent la terre et les cieux, Ces grans appareils de guerre Disparoissent de nos yeux; Le fier tyran d'Assyrie Change en terreur sa furie : Il nous demande la paix, Voyant, sans tirer l'épée, Sa phalange dissipée Et ses escadrons défaits. Tels que du haut des montagnes Roulent à larges boüillons Les flots qui dans les campagnes Applanissent les sillons : Tels de dessus l'hemisphere Dieu descendant en colere Aux méchans oste le coeur, Et de piques émoussées Sur les escus entassées Dresse un trophée au vainqueur. Il rend leur nombre inutile, Et, sans courage et sans bras, Fait de leur main immobile Tomber les armes à bas; De ces légions impies Les fureurs sont assoupies, Dans un morne estonnement, Et leurs bataillons superbes Sont estendus sur les herbes, Sans force et sans mouvement. Grand dieu, tes justes coleres Qui portent par tout l'effroy, Font voir les plus temeraires S'humilier devant toy : Tes jugemens équitables Qui tonnent sur les coupables Te font par tout redouter; Et leur audace abaissée Fuit ta face courroucée, Et n'ose s'y presenter. Dans ton thrône de justice De lumiere revestu, Ton pouvoir confond le vice Et releve la vertu : Aussi l'on verra les hommes Chanter, au siecle où nous sommes, Ta louange et leur bonheur, Et par d'éternels suffrages Ordonner pour tous les âges Des festes en ton honneur. Vous qui voüez vos services Aux autels du roy des cieux, Honorez de sacrifices Ces saints jours et ces saints lieux; Son pouvoir juste et supresme Confond la prudence mesme D'un timide aveuglement, Et peut aux plus sages princes Oster, avec leurs provinces, Le coeur et le jugement. PSEAUME 76 J'ay toûjours au seigneur élevé mes pensées, J'ay toûjours au seigneur mes plaintes adressées; Jour et nuit je l'invoque en mon affliction : C'est celuy dont la force est l'appuy des monarques; Il exauce mes voeux, et me donne des marques De son affection. Toy seul peux, ô grand dieu! Me rendre consolable; Toy seul peux empécher mon mal d'estre incurable; Toy seul es le remede à tous mes déplaisirs : Tu sais que, quand ma voix me manque de foiblesse, Pour exprimer l'excés de l'ennuy qui me presse J'ay recours aux soûpirs. Quelquefois je medite aux siecles de nos peres, Où tes justes courroux, se monstrant moins severes, Laissoient couler nos jours sous un plus beau destin; Et pendant que la nuit je pense à mes desastres, Mes yeux, toûjours ouverts, veillent avec les astres, Du soir jusqu'au matin. Combien j'ay dit de fois en mon inquietude : Quoy donc! Le tout-puissant nous sera-t-il si rude, Luy qui pour nous souloit exercer ses bontez, Et qui nous en promet aussi long-temps des gages Qu'on verra sur les ans les siecles et les âges Marcher à pas contez? Quoy! Ce dieu qui n'estoit que douceur et clemence, Veut-il sur ses enfans, avecque vehemence, Exercer la rigueur de son juste courroux? Nous voudroit-il priver de sa grace éternelle? Que seroit devenu cette amour paternelle Qu'il témoignoit pour nous? Quand je ressens l'effet de ta misericorde, Dans le comble des biens que ta grace m'accorde, J'admire en mon esprit tes ouvrages divers, Et connois que tes mains, qui de tout sont capables, Font autant de merveille à sauver les coupables Qu'à creer l'univers! Tous les yeux sont ouverts sur la terre et sur l'onde Aux visibles bienfaits que tu depars au monde, Et tous les coeurs à ceux que tu caches au jour; En tous l'on voit ta grace et ta magnificence, Aux uns tous les mortels admirent ta puissance, Aux autres ton amour. C'est par la douce ardeur de tes plus saintes flames Que tu te vois unir à tant de belles ames Qui se donnent à toy par un voeu solennel. Est-il quelque autre dieu predit par les oracles, Est-il quelque autre dieu qui fasse des miracles, Que le verbe éternel? Quand les fils de Jacob mirent fin à leurs peines, Le monarque du Nil, dont ils brisoient les chaisnes, Fut assisté contre eux de tous les élémens; De tout ce vain effort tu domptes la puissance, L'ocean s'humilie et rend obeissance À tes commandemens. Jamais on ne le vit plus enflé de tempestes, Jamais l'ire du ciel sur nos coupables testes Ne fit tant éclater de foudres dans les airs; Les astres nous cachoient leur clarté coustumiere, Et la terre et les cieux n'avoient autre lumiere Que celle des éclairs. P206 Si-tost que ta splendeur paroist sur le rivage, Elle nous rend le calme, elle appaise l'orage, Et laisse aux ennemis le peril et l'effroy; De ce fier element la fureur diminuë, Tu traces dans les flots une voye inconnuë À tout autre qu'à toy. De Moyse et d'Aaron la prudente conduite En triomphe a changé la honte de leur fuite; Ton secours invisible assiste leur valeur; Tout paroist devant eux sans force et sans défense, Et ta grace prepare au lieu de leur naissance La fin de leur malheur. PSEAUME 77 Peuples que le seigneur a soûmis à mes loix, Prestez l'attention et l'oreille à ma voix : Je veux de mes ayeux vous reciter l'histoire, Afin de la graver dedans vostre memoire, Et ce que du passé nos peres m'ont appris; Je veux que vos enfans, en lisant mes écrits, Y puissent remarquer ces tragiques merveilles, Qui font l'estonnement des yeux et des oreilles. Ces faits miraculeux, ces grands évenemens Ne nous donnent-ils pas des éclaircissemens, Des projets que faisoit sa haute sapience, Lorsqu'ils n'estoient connus que dans sa prescience? En ces effets si prompts, si grands et si divers, Et dont la renommée entretient l'univers, Ce dieu ne fit-il pas, en punissant le vice, Admirer sa puissance, et craindre sa justice? Que puissent nos neveux, aux siecles à venir, Dans leur ame graver l'éternel souvenir Des peines, de l'exil et de la servitude Qu'ont souffert nos ayeux pour leur ingratitude, Afin que les mortels, bouffis d'un faux honneur, Rentrent dans le respect qu'ils doivent au seigneur, Et que dans leur esprit, insensible à sa grace, Ce que ne peut l'amour, que la crainte le face; Plutost que d'imiter ces peuples malheureux Qui n'ont jamais rien fait ni pour Dieu ni pour eux, Qui ne l'ont point connu pour pere ni pour juge, Bien que de leur malheur il fust le seul refuge. Aussi dans son courroux ne leur fit-il pas voir Et quelle est sa justice et quel est son pouvoir, Quand les fils d'Ephraïm, pour leur méconnoissance, Perdirent aux combats le coeur et la puissance? Ceux qui, toûjours vainqueurs et toûjours conquerans, Parmi les grands guerriers tenoient les premiers rangs, Qui témoignoient par tout une égale vaillance, Soit à courber un arc, soit à rompre une lance, Ou d'un coursier nerveux bondissant les sillons Fendre les rangs pressez des nombreux bataillons, Par leur honteuse fuite, avecque la victoire, Perdirent en un jour leur espoir et leur gloire. Le supplice fut grand, mais la divinité Vouloit desabuser leur incredulité, Et leur faire avouër d'un general suffrage Qu'ils tenoient de luy seul la force et le courage; Et voyant que les biens dont avec tant de soin Il les avoit toûjours assistez au besoin, Tant aux champs de Tanis qu'aux rives de l'Euphrate, Estoient ensevelis d'une oubliance ingrate, Dieu voulut témoigner à ce peuple obstiné, Qu'il peut toujours oster ce qu'il nous a donné. Le vit-on pas ouvrir et refermer les ondes, Pour retirer des fers leurs troupes vagabondes, Qu'il conduisoit le jour d'un nuage argenté, Et la nuit d'un flambeau d'éternelle clarté? Ne fit-il pas encor, pour soulager leurs peines, Distiller des rochers de nouvelles fontaines? Mais lors que toute chose obéït au seigneur, Pour combler leurs souhaits et leurs voeux de bonheur, C'est lors que ces ingrats, par de nouveaux blasphêmes, Mesprisoient sa puissance et ses bontez suprêmes, Et d'un murmure égal disoient insolemment : N'aurons-nous que de l'eau pour tout nostre aliment? Ces deserts pourront-ils produire pour nos tables Des viandes, des fruits et des vins delectables? Ce discours de mepris, ce doute criminel, Au lieu d'armer le bras du monarque eternel Pour foudroyer l'orgueil de ce peuple profane, Ses charitables mains luy verserent la mane, Le nourrissant encor de ce pain precieux, Dont les anges faisoient leurs mets delicieux, Et de tout ce grand air que le monde respire En chassa tous les vents, hormis le seul zephire, Qui de ses doux souspirs parfuma l'horison, Et fit que le pntemps revint hors de saison. Aussi-tost les oiseaux des bois et des campagnes Aux delices d'amour invitent leurs compagnes, Qui de leurs lits feconds peuplerent les deserts, Et le camp d'Israël de renaissantes chairs. Les sablons que les vents élevent des rivages, Les feuilles que le froid fait tomber des bocages, Et les bleds aux sillons ne sont point si nombreux, Que ces hostes de l'air qui tomberent sur eux, Quand, lassez de couvrir l'horison de leurs aisles, Ils fournirent leur camp de viandes nouvelles. Et quand ce peuple ingrat eut, sans en faire cas, Rassasié sa faim de ces mets delicats, Et qu'il se vit comblé de tout ce qu'il souhaite, La justice de Dieu, qui n'est pas satisfaite, Les remplit de bienfaits pour les mettre en leur tort Tandis qu'il meditoit leur sentence de mort; Ceux qui s'estoient nourris dans la delicatesse, Joüissant en repos, dans leur grande richesse, De tout ce que la vie a d'aimable et de doux, Sentirent les premiers les traits de son courroux : Les uns dans le tombeau mirent fin à leurs peines, Les autres dans les fers prolongerent leurs gesnes. De tous ces chastimens ils ne sont point touchez, Ils entassent sur eux pechez dessus pechez, Et feignoient d'ignorer ces divines merveilles, Eux-mêmes dementant leurs yeux et leurs oreilles. Aussi dans les enfers ils n'ont rien emporté Que le vain souvenir de leur prosperité, Et quand la mort, forçant l'ordre de la nature, Voulut avant le temps creuser leur sepulture, Alors de l'eternel ils recherchent l'appuy, Et de voeux et de cris ils s'adressent à luy; Ils feignent qu'en luy seul estoit leur esperance, Témoignent dans leur foy de la perseverance, Implorent sa clemence au fort de leur langueur; Mais leur bouche parloit autrement que leur coeur; Et Dieu, qui voit le fond de nostre conscience, Connut qu'ils n'avoient point gardé son alliance; Differant neanmoins de les exterminer, Et doutant s'il devoit encor leur pardonner, N'employa, pour punir cette méconnoissance, Ni toute sa fureur, ni toute sa puissance, Jugeant que pour son bras il estoit mal-seant De les aneantir en sortant du neant; Que, naissant de la terre et retournant en terre, Ils n'avoient rien en eux digne de son tonnerre. Combien ont-ils médit dans ces rochers deserts De ce mesme pouvoir qui les tira des fers! Et combien méprisé sa puissance infinie, Qui surmonta du Nil l'injuste tyrannie, Et tasché d'ignorer les faits inopinez Dont les plus resolus demeuroient estonnez : Quand les eaux dont Tanis vit arrouser ses plaines Se changerent en sang en sortant des fontaines; Que leurs coeurs, redoutans la divine fureur, À leur soif incurable adjousterent l'horreur; Que les mouches alors, se joignant aux grenoüilles, Desoloient de leurs champs les fecondes dépoüilles; Qu'aux arbres des vergers, pour comble de malheurs, Les chenilles rongeoient les feuilles et les fleurs, Et laissoient sur la terre, en proye aux sauterelles, L'espoir des laboureurs et des saisons nouvelles! Sur les monts élevez au-dessus des éclairs, Comme dans les vallons, l'inclemence des airs Par la gresle et le vent, complices des tempestes, Brise des plus hauts pins les orgueilleuses testes, Et du pampre rampant dont leurs flancs sont plantez Le pourpre ni l'argent n'y sont point respectez; Du figuier qui sans fleur sous un humide ombrage Pousse et cache son fruit à l'abry de l'orage, Le sicomore épais, ornement de nos parcs, Qui de sa large feüille orne ses bras épars, De l'un et l'autre on voit, par le choc de la gresle, Branches, feüilles et troncs terrassez pesle-mesle, Et leur chute froisser la verdure et les fleurs Que depuis tant d'estez ils sauvoient des chaleurs; Et, pour les accabler sous le faix des miseres, Par les anges vengeurs des celestes coleres Des vents seditieux on ouvre la prison, Qui le trouble ont émeu dessus nostre horison. En vain par la terreur du foudre et de l'orage Les timides troupeaux quittent leur pasturage, Les éclairs redoublez font en vain aux humains Fuir le courroux des cieux dans les lieux sousterrains; Et bergers et brebis sont reduits par la foudre, Sous les toits comme aux champs, également en poudre, D'hommes et d'animaux l'on voit les premiers nez, Sur les rives du Nil, à la mort condamnez; Et Cham perdit alors dans ces communs supplices De ses thresors vivans la gloire et les premices. Mais, tandis qu'il tonnoit sur les rives du Nil, Dieu regardant des siens l'esclavage et l'exil, Un sentiment d'amour le presse et le convie De les tirer des fers et leur sauver la vie. Il leur trace un chemin au fond des mesmes eaux Où ceux qui les suivoient trouverent leurs tombeaux. Ce pere et ce pasteur des fils de son eglise Les rendit possesseurs de la terre conquise, Et fit que de leur soc les champs sont traversez Sur les corps des geans qu'ils avoient terrassez. Les voeux qu'ils avoient faits sont mis en oubliance, Ils enfraignent ses loix, quittent son alliance, Et ce qu'ils promettoient ne fut pas mieux gardé Qu'est un arc qui s'échape et ne tient point bandé. De ces grandes faveurs ils perdent la memoire, Et d'une ingratitude aussi lasche que noire Ils ont aux plus hauts lieux eslevé des autels À des dieux fabriquez par la main des mortels. Pour tant d'impieté, pour tant d'idolatrie, Le seigneur pour jamais delaissa leur patrie, Et de tous ces beaux lieux dont il estoit épris, Il en fait desormais l'objet de son mépris. Lors le sang de Jacob avecque la victoire Perdit sa liberté, son estat et sa gloire. Dans le milieu des dards ce peuple est enfermé, Et déja le vainqueur dont il est opprimé Entraisne des maisons, aussi mortes que vives, Celles que la pudeur rend tristes et craintives, Quand dans les durs liens de leur captivité Elles perdent la fleur de leur virginité. Par une cruauté qui n'eut jamais d'exemple, Les prestres égorgez au milieu de leur temple Ensanglantent l'autel honoré de leurs voeux, Et leurs vefves, qu'on voit traisner par les cheveux, À peine ont eu le temps de respandre des larmes Sur leurs époux mourans dans les chaudes alarmes. Alors Dieu se réveille, et, comme ces guerriers Qui, jaloux de planter lauriers dessus lauriers, Croissent, pour s'acquerir quelque gloire nouvelle, De la force du vin leur force naturelle, Sa fureur charge à dos l'escadron des mutins, Et l'arche qu'il tira des mains des philistins Change alors comme luy de garde et de demeure. Il connut qu'Ephraïm l'offensoit d'heure en heure; Il le quitte, et fait choix de sa chere Sion Pour seul et digne objet de son affection. Là, dans ce mont sacré dont la gloire est sans borne, Il éleva sa croix, et, comme la licorne, Qui ne souffre auprés d'elle aucune impureté, Il en chassa l'erreur et l'incredulité; Et, pour rendre en ce lieu sa puissance assurée Dessus un fondement d'éternelle durée, Il commet à David le suprême pouvoir De regir les hebreux dans les loix du devoir. Il veut que sa houlette, en sceptre convertie, Rende des factieux la discorde amortie; Il veut que, d'âge en âge, à la posterité, Se conserve en luy seul la juste autorité, Et qu'il puisse à jamais sous son obeissance Unir la pieté, la paix et l'innocence. PSEAUME 78 Ô grand dieu! Les peuples de Thrace, Poussés d'avarice et d'audace, Se sont de nos biens emparez; Ils n'arrousent nos champs que de sang et de larmes, Et la mort qu'on reçoit au milieu des alarmes Est le moindre des maux qu'ils nous ont preparez. Ils rasent à l'égal des herbes Les bastimens les plus superbes; Ils mettent ta gloire à mépris; Et ta maison sacrée, où leur haine se vange, Par le marbre et le jaspe abatu dans la fange, Se fait encore voir pompeuse en son débris. Ces ames brutales et fieres Vont jusques dans nos cimetieres Troubler le repos des tombeaux; Ils font de nostre sang des rivieres nouvelles; Et les corps des martyrs et ceux des infidelles Servent également de pasture aux corbeaux. Nos bastions et nos courtines Ne couvrent plus que des ruines, Ils les ont minez en cent lieux; Leurs foudres, dont l'éclat fait tant de violences Par un effet contraire à ceux que tu nous lances Se forment dans la terre et s'élevent aux cieux. Quand nos voisins les plus illustres Ont attisé pendant trois lustres Un déplorable embrasement, Nostre repos estoit l'objet de leur envie; Mais, lors qu'en nos malheurs elle s'est assouvie, Ils ont de nos malheurs fait leur contentement. Ils contemplent avecque joye Nos meilleures villes en proye De cette injuste oppression, Et, voyant contre nous ta colere embrasée, Ils font de nostre perte un sujet de risée, Au lieu de compatir à nostre affliction. Le repentir de nos offenses, Plus que l'excés de nos souffrances, S'est fait le sujet de nos pleurs. Plus tes courroux sont grans, plus ils sont legitimes; Mais ne regarde point à l'horreur de nos crimes; Considere plûtost celle de nos malheurs. Ce peuple est digne de ton ire, Qui, dans le débris de l'empire, Vint usurper le premier rang, Et dont l'impieté, qui ne s'est point masquée, A dessus le calvaire eslevé la mosquée Et pollu ces saints lieux consacrez par ton sang. Invincible dieu des alarmes, Fay voir que par nos seules larmes Tu consens d'estre surmonté; Fay que toute la terre en ait la connoissance, Fay que tes ennemis redoutent ta puissance, Et que tes serviteurs benissent ta bonté. Desabuse ces incredules Qui nous estiment ridicules De combattre sous ton aveu; Tu n'as que trop souffert leurs brutales licences; Ces verges ont assez chastié nos offenses, Il est desormais temps de les jetter au feu. N'es-tu pas ce monarque mesme De qui le sanglant diadéme Délivra nos ames des fers, Quand sur nos ennemis tu gagnas la victoire, Et que, pour triompher avecque plus de gloire, Tu poursuivis la mort jusques dans les enfers? Si tes bontez sont sans mesure, Et si tu rends avec usure Ce peu que l'on ose t'offrir, Fay le mesme aujourd'huy de tes justes coleres; Ren à ces furieux, auteurs de nos miseres, Sept fois autant de maux qu'ils nous en font souffrir. Ce sera lors que tes merveilles Seront le sujet de nos veilles, Comme le ciel l'est de nos voeux : Ton nom se publiera sous les deux hemispheres, Et ce que les enfans en sauront de leurs peres Passera d'âge en âge à leurs derniers neveux. PSEAUME 79 Ô toy de qui le soin aussi juste qu'humain Guide ta bergerie, et d'une mesme main Tient la houlette et lance le tonnerre, Toy qui te rends visible aux esprits glorieux, Comme pasteur conduy-nous sur la terre, Et comme Dieu conduy-nous dans les cieux. Au chemin de la gloire as-tu pas adressé Les peuples d'Ephraïm et ceux de Manassé, Par ces clartez que toy seul nous inspire? Ne veux-tu pas toûjours de ce mesme flambeau, D'où vient le jour qui luit en ton empire, Nous éclairer en la nuit du tombeau? Ô grand dieu des combats, voy-nous d'un oeil plus doux! Veux-tu, pour satisfaire à ton juste courroux, Nous exposer à la fureur des armes, Et que toûjours ton peuple accablé du malheur N'ait pour son vin qu'un vin meslé de larmes, N'ait pour son pain que du pain de douleur? Ceux qui mettent leur joye en nos calamitez Ne la peuvent celer, voyant de tous costez Que dans l'estat le trouble recommence. Ô grand dieu des combats, voy-nous d'un oeil plus doux! Encor un coup permets à ta clemence De moderer l'excés de ton courroux. Sommes-nous pas issus de ces fameux captifs Toûjours victorieux, et toûjours fugitifs, Dont le renom a fait le tour du monde, Et qui, comme une vigne espand ses pampres verds, Ont, des rejets de leur souche feconde, De toutes parts ombragé l'univers? Quand tu voulus du Nil ces beaux seps transporter, De ces lieux que ton soin choisit pour les planter, N'en as-tu pas arraché les espines, Et tout le mauvais bois, dont l'ombre et la hauteur, En occupant sans besoin nos collines, Du bon terroir estoit usurpateur? Aussi-tost ses provins, estendus en serpens, Couvrent les plus hauts monts de leurs rameaux rampans, Depuis la mer jusqu'au bord de l'Euphrate; Et leur douce liqueur, en sa maturité, Dans les rochers et dans la terre ingrate, Joint l'excellence à la fecondité. D'où vient qu'aprés avoir par tout cet univers Fait pulluler ta plante aux lieux les plus deserts Avecque tant d'abondance et de joye, Qu'en brisant son enclos tes jugemens secrets Semblent vouloir l'abandonner en proye Aux animaux qui peuplent les forests? Ô grand dieu des combats, voy-nous d'un oeil plus doux! Que nos justes remords moderent ton courroux : N'est-il pas temps de finir nos miseres? Pourras-tu, sans regret, delaisser au besoin Ces beaux rejets que tes mains ménageres Ont cultivez aveque tant de soin? Considere ta gloire et la gloire des tiens, Permets que ton pouvoir leur conserve les biens Dont ta largesse a comblé leur envie : À ton ardent courroux rien ne peut resister, Ton seul regard pourroit oster la vie À l'ennemi qui nous la veut oster. Que si tu nous secours en nostre affliction Et remets les enfans en ta protection, Dont autrefois tu te disois le pere, Jamais rien ne pourra nous separer de toy, Et la fortune, ou sinistre ou prospere, Ne pourra plus ébranler nostre foy. Ô grand dieu des combats, appaise ton courroux, Ren-nous par ta bonté ce temps serein et doux Qui paroissoit n'agueres sur nos testes : Nous esperons encor, aveque ton support, Que tous les flots qu'émeuvent ces tempestes Ne serviront qu'à nous jetter au port. PSEAUME 80 Vous de qui la musique anime les paroles, Soustenez vostre voix des luths et des violes, Pour loüer le seigneur au pied de son autel; Et vous qu'il a doüez de vertus plus parfaites, Faites par tout ouïr son renom immortel Par le bruit des trompettes. Puisque c'est aujourd'huy que sa toute-puissance Veut que nous témoignions nostre reconnoissance D'avoir brisé nos fers et chassé nos soucis, Benissons-le ce jour du bien qu'il nous octroye, Et ce que nous faisons par ses ordres précis, Faisons-le aveque joye. Délivrez des fardeaux des fers et des miseres Dont les tyrans du Nil ont accablé nos peres, Confessons qu'à luy seul on doit leur liberté, Qu'il exauça leurs voeux, consola leur tristesse, Et fit voir, par la fin de leur captivité, L'effet de sa promesse. N'adorez plus, dit-il, ces dieux d'or et de cuivre, Sachez que c'est moy seul qui fais mourir et vivre, Et que mon seul pouvoir regit tout icy bas; Que si tu crois en moy, je n'auray plus de foudre, Que pour te secourir et mettre sous tes pas Tes ennemis en poudre. Ce fut moy qui brisay les prisons et les chaisnes Où l'Egypte te fit endurer tant de gesnes, Moy qui suis d'Israël le seul et le vray dieu; Tandis que tu feras ce que je te commande, Tu verras mes bienfaits en tout temps, en tout lieu, Prévenir ta demande. Mais, s'il ne suit toûjours l'avis que je luy donne Je veux que pour jamais ma grace l'abandonne Et le delaisse en proye à ses mauvais desirs; Si-tost qu'il cessera d'estre sous mes auspices, Sa raison aveuglée, en suivant ses plaisirs, Se perdra dans les vices. Aprés avoir pour luy surmonté tant d'obstacles, Aprés avoir pour luy produit tant de miracles, Si ce peuple incredule eust voulu m'écouter, Contre mon bras vainqueur, qui l'eust comblé de gloire, L'effort des ennemis n'auroit fait qu'augmenter L'honneur de sa victoire. Il eust de ces mutins les fureurs estouffées, Il eust sur leurs tombeaux élevé des trophées De tout ce que leur pompe a d'honneur et d'appas, Il eust paistri son pain du fourment de leurs terres, Et radouci du miel les mets de ses repas Qu'il eust tiré des pierres. PSEAUME 81 Vous de qui l'interest est le principal soin, Senat où le bon droit croit trouver son refuge, Apprenez qu'ici bas vous avez pour témoin Celuy qui dans le ciel doit estre vostre juge. Souffrirez-vous toûjours que ces esprits malins Par ruse ou par faveur corrompent la justice? Ces vautours engraissez du sang des orphelins N'assouviront-ils point leur gloutonne avarice? Que vos graves arrests leur fassent ressentir Que vos ames n'ont rien de bas ni de servile, Et que par leur clarté se puissent garantir De leurs pieges couverts la vefve et le pupile. Sur l'eglise et sur vous la prudence des rois Pose les fondemens de leurs pouvoirs suprémes; Pour peu que vous panchiez sous le fardeau des loix, Nous voyons sur leur front pancher leurs diadémes. Ce long habit de pourpre et ce grave ornement, Qui vous égale aux dieux dans le siecle où nous sommes, Ne vous empéche point, au fond du monument, D'estre mangez des vers comme les autres hommes. Grand dieu, quand tu les vois, envieillis dans le mal, D'une fausse candeur couvrir leur artifice, Leve-toy de ton thrône, et, sur le tribunal, Vien te mettre en leur place, et nous rend la justice. Que l'on t'y voye armé de foudres et d'éclairs, Que ton autorité s'y monstre toute entiere, Prononçant tes arrests, pour les rendre plus clairs, De ceste mesme voix qui crea la lumiere. PSEAUME 82 Ô toy, qui seul es sans pareil, Et qui seul aux hommes dispenses Par ton seul et sage conseil Les peines et les recompenses, Assez l'on connoist ta bonté À tirer de captivité La troupe des ames fidelles : N'est-il pas temps de faire voir Et ta justice et ton pouvoir Au chastiment de ces rebelles? Ces ennemis de mon repos Vont faire éclater leur orage; Ils témoignent dans leurs complots Plus de ruse que de courage. Pour nous ruiner de tout point, Déja l'Ismaëlite a joint Les habitans de l'Idumée, Et desirent, dans leur fureur, Que par la force ou par l'erreur Ton eglise soit opprimée. Les fleches des agariens, Les traits et les dards pesle-mesle De Moab et des tyriens Tombent sur nous comme une gresle; D'Ammon, de Gebal, d'Amalec, Le peuple, en arme à nostre aspect, A toute la plaine couverte; D'Assur et Loth, chefs des mutins, Sont portez par les philistins, Et tous conspirent nostre perte. Quand sera-ce qu'on les verra Foudroyez des mesmes tempestes Que Madian et Sisara Virent éclater sur leurs testes? Le camp de Jabin fut-il pas Au bord de Cison mis à bas Par ton bras armé du tonnerre? Leurs riches harnois dans Endor Faisoient-ils pas éclater l'or Quand leurs corps fumoient nostre terre? Oreb, Zebée et Salmana Perdirent, quoi qu'ils fussent princes, Quand Gedeon les déthrôna, La vie avecque leurs provinces. Ces tyrans, de l'honneur jaloux, Pensoient augmenter contre nous Leurs thresors, leur force et leur gloire; Et déja, d'un esprit leger, Ils proposoient de partager Le butin avant la victoire. Mais, grand dieu, fay que ton pouvoir, Qui de nos fortunes se jouë, Mette la leur et leur espoir Au plus bas degré de la rouë; Et, tel qu'au caprice du vent S'envole le sable mouvant, Telle passe leur entreprise; Et que les flots de leur erreur Escument en vain leur fureur Contre le roc de ton eglise. Que si la foudre également Peut, comme au chaume des campagnes, Porter la flame en un moment Dans les bois et dans les montagnes, Comble-les d'un mortel effroy; Grand dieu, venge-nous, venge-toy De leur inique tyrannie; Et que ton bras, toujours vainqueur, Grave en mesme temps dans leur coeur La terreur et l'ignominie. Fay que, dans ce triste penser De leur défaite et de leur crime, Leur orgueil se puisse abaisser Sous la puissance legitime; Que tes merveilles en tout lieu Leur fassent voir qu'il est un dieu, Qui forme et lance le tonnerre, Et qu'à toy seul, qui nous maintient, Le nom de seigneur appartient Du ciel, de l'onde et de la terre. PSEAUME 83 Ô mon bon dieu, que j'avois de plaisir Quand je pouvois mediter à loisir Sur l'estat de ta gloire aux mortels invisible! Et supportant l'exil et la prison, Le seul ennuy qui m'est le plus sensible, C'est de ne pouvoir plus visiter ta maison. Que ces oiseaux sont heureux et contens, Qui dans leurs nids peuvent tous les printems D'eux et de leurs petits establir la demeure! Dans les ennuis de leur éloignement, Leur vol leger leur peut rendre à toute heure Ton temple, leur patrie et leur contentement. Que de bonheur esperent les mortels Qui, consacrant leur vie à tes autels, Travaillent pour ta gloire avec perseverance! Par ces degrez ils y pourront monter, Et dans le ciel joüir en assurance D'un bonheur que le temps ne leur sçauroit oster. Dieu des combats, secoure tes enfans, Ren-les toûjours heureux et triomphans Dans ce débordement d'envie et de licence; Dieu d'équité, sois le support des loix, Qui sont l'appuy de la foible innocence, Et par qui se maintient la puissance des rois. J'aime mieux estre un jour dans ta maison, Dans les transports d'une ardente oraison, Que des siecles entiers dans les plaisirs du monde, Et le dernier en ce honteux exil, Dans ton eglise à jamais vagabonde, Que d'estre aux premiers rangs sur les rives du Nil. Ne fais-tu pas paroistre chaque jour Tes veritez, ta grace et ton amour, En t'acquittant des biens promis par les oracles? Ne fais-tu pas joüir paisiblement Nos rois guerriers, malgré tous les obstacles, De ce qu'ils ont acquis si genereusement? C'est ton pouvoir qui preside aux combats, C'est luy qui met les empires à bas Des tyrans dont la force arme pour l'injustice; L'homme est heureux qui n'espere qu'en luy, Et dont l'esprit est si net de tout vice, Qu'il le peut prendre seul pour juge et pour appuy. PSEAUME 84 Seigneur, c'est doncques aujourd'huy Que par la fin d'un long ennuy Nostre felicité commence, Et que, hors de captivité, Nous voyons combien ta clemence Surpasse nostre iniquité. Par tant de pechez pardonnez, Par tant de malheurs terminez, Par tant de guerres estouffées, Ne nous fais-tu pas assez voir Les merveilles et les trophées De ta grace et de ton pouvoir? Si l'on connoist par les effets Que les ouvrages imparfaits Sont indignes de ta puissance, Toy qui nous tiras du neant, Ren-nous cette mesme innocence Où tu nous mis en nous creant. Change nos espines en fleurs; Ne renouvelle point nos pleurs, Dont tes bontez ostent la cause; Et que ta grandeur soit pour nous Infinie en toute autre chose, Hormis en ton juste courroux. Adjouste la tranquilité Au bonheur de la liberté Que ta grace vient de nous rendre; Aprés nous avoir pardonné, Voudroit-elle encore reprendre Le bien qu'elle nous a donné? Mais à ce coup je m'apperçoy Que mon dieu veut parler à moy; Dans mon coeur ses graces s'épandent, Elles confondent ma raison; Ses discours muets ne s'entendent Qu'au silence de l'oraison. C'est par de semblables appas Qu'il detache avant le trespas Ses saints des passions humaines, Qu'il est la fin de leurs desirs, Qu'il fait de nos plaisirs leurs peines, Et de nos peines leurs plaisirs. Quand il ne les visite pas, Les contentemens d'ici bas Ne sont pour eux que des supplices; Rien ne soulage leur ennuy; Ils languissent dans les delices, Et n'en goustent qu'avecque luy. Sion est maintenant le lieu Où la grace de ce vray dieu Est plus frequente et plus feconde; C'est où les coeurs devotieux Peuvent par les honneurs du monde S'eslever à celuy des cieux. Son éternelle verité Nous assure que sa bonté La cherit aveque tendresse, Et que la justice et la paix D'un baiser scellent la promesse De ne s'en separer jamais. La seule et veritable foy, Sous les auspices de son roy, Eclairera toute la terre, Avant que, du plus haut des airs, Dieu prononce, armé du tonnerre, L'arrest de mort de l'univers. Les elemens et les saisons Combleront sans fin nos maisons Des biens que sa grace nous donne; La mer sera calme en tout temps, La terre riche de l'automne, Et l'air parfumé du printemps. Il continuera sa bonté Jusqu'à ce jour dont la clarté S'augmente et se perd dans les flames, Quand sa justice en un moment Viendra departir à nos ames Le salaire et le chastiment. PSEAUME 85 Puisque nous ne pouvons que par la seule foy Nous élever à toy, À nos plaintes, seigneur, incline tes oreilles; Permets que ta splendeur soit visible à nos yeux, Et dépars à la terre un rayon des merveilles Qui te parent aux cieux. Inspire dans mon coeur de genereux desseins; Fay qu'avecque les saints Il admire l'éclat de ta magnificence, Qu'il t'invoque la nuit, qu'il t'invoque le jour, Et qu'au pied de ton thrône il puisse, en ta presence, Brûler de ton amour. Ô toy qui ne nous vois que d'un oeil de pitié, Toy de qui l'amitié Fait que de ton courroux la rigueur se tempere, Ne me condamne point en ta severité, Enten plûtost les cris d'une ame qui n'espere Qu'en ta seule bonté. En mes afflictions à toy seul j'ay recours, Comme au seul qui toûjours Rend ta misericorde à mes desirs propice; Toy seul est le vray dieu qui peut nous secourir, Et dont la seule grace ou la seule justice Nous fait vivre et mourir. Toutes les nations soûmises à tes loix, Ô monarque des rois! Viendront sous ton support assurer leur refuge; Et toutes, de ta gloire admirant la hauteur, Te reconnoistront seul pour leur dieu, pour leur juge, Et pour leur protecteur. Pren soin de me conduire en un port assuré, Où je sois éclairé Du flambeau de la foy le reste de ma vie; Reçoy moy dans la nef dont tu tiens le timon, Et que mon ame y soit incessamment ravie Des grandeurs de ton nom. Afin de celebrer tes faits plus hautement, Jusques au firmament J'éleveray ma voix avecque mes victimes, Et publiray partout que ton humanité M'a retiré du gouffre où l'horreur de mes crimes M'avoit precipité. Lors que ces obstinez, lors que ces furieux, D'un coeur imperieux Armeront contre moy la revolte et l'audace, N'as-tu pas des cachots aux hommes inconnus, Où tu peux renfermer par ta seule menace Les vents qu'ils ont émeus? N'est-on pas assuré que ce que tu promets Ne nous manque jamais, Que ta misericorde égale ta puissance, Et de voir ces mutins sous les pieds déconfits D'un roy que ton epouse a fait dés sa naissance Ton esclave et ton fils? Fay voir que par ton bras mon thrône est affermi, Afin que l'ennemi Par l'effroy de ton nom me cede la victoire, Et témoigne, ô grand dieu! Que ta protection Sait par tout maintenir la justice et la gloire Des armes de Sion. PSEAUME 86 Sur l'orgueilleux sommet de ces hautes montagnes Qui partagent le jour aveque les campagnes S'élevent de Sion les pompeux bastimens; Et, bien qu'ils soient toûjours en bute à la tempeste, Plus elle fait d'effort d'en ébranler le faiste, Plus ils sont affermis dessus leurs fondemens. Glorieuse cité, l'honneur de la contrée, Le vice et le malheur chez toy n'ont point d'entrée; Ton superbe portail témoigne ta grandeur, Et dans Tyr, Meroé, Memphis et Babylone, L'aurore et le midy n'éclairent point de thrône, De qui la majesté ne cede à ta splendeur. Si Rome, qui jadis dompta la terre et l'onde, Nous vante ses Cesars, ces monarques du monde, Qui furent de son nom l'honneur et le support, Si leur vie et leur fin ont orné son histoire, Bethleem et Sion n'ont-ils pas eu la gloire De voir du roy des rois la naissance et la mort? Les graces du seigneur passeront ton envie; Un jour il écrira dans son livre de vie Les noms des habitans de ton heureux sejour, Et leurs saintes chansons témoigneront la joye Qu'ils reçoivent sans fin des biens qu'il leur envoye Pour gages éternels d'un éternel amour. PSEAUME 87 C'est à toy que j'éleve et ma voix et mes yeux, Ô le seul et vray dieu de la terre et des cieux, Et le monarque des monarques! Je t'invoque la nuit, je t'invoque le jour; Exauce ma priere, et me donne des marques De ta grace et de ton amour. Ne reconnois-tu pas qu'en mon affliction Mon esprit a besoin de ta protection, Et que ta bonté t'y convie? Je ne reçoy des miens aucun soulagement, Et suis comme ces corps sans chaleur et sans vie Qui sont jettez au monument. Ton oreille par tout se rend sourde à mes cris, Tu ne me veux plus voir que d'un oeil de mépris; Ta clemence est inexorable, Et mon malheur extrême auroit du reconfort Si, navré dans les flancs d'une playe incurable, J'estois assuré de la mort. Ton couroux, qui m'abîme en des lieux tenebreux, Ne presente à mes sens que des objets affreux, Sans corps, sans forme et sans matiere; Toutefois, dans l'horreur de l'abysme où je suis, Le regret de me voir privé de la lumiere Est le moindre de mes ennuis. Mes lasches favoris, quittant mon amitié, Ont plus, en me voyant, d'horreur que de pitié; Mon malheur n'est plaint de personne; Et ceux qui m'honoroient comme j'estois leur roy, Me voyant denué de sceptre et de couronne, N'ont plus que des mépris pour moy. J'ay dans ces lieux profons tous mes sens déreglez; Mon esprit est confus, mes yeux sont aveuglez Autant des pleurs que des tenebres; Et, lorsque je t'invoque au fort de mon tourment, Des gouffres les plus creux mes complaintes funebres S'élevent jusqu'au firmament. Redonne-moy du jour les aimables appas; De mon coeur assiegé des ombres du trespas Tu vois mon ame qui s'envole. Dans cet art qui nous fait recouvrer la santé, Quel remede pourra me rendre la parole, Pour remercier ta bonté! Ceux qui sont pour jamais dans la tombe reclus, Loin des cieux et de toy, ne possederont plus L'éclat de ta magnificence; Dans la nuit de l'oubli, qu'ils ne peuvent quitter, De quels yeux pourront-ils admirer ta puissance, Ni de quelle voix la chanter? Combien que mon esprit, accablé de douleurs, Sache que ta colere, endurcie à mes pleurs, Rejette mes voeux en arriere, Aussi-tost que la nuit quitte nostre horizon, Et que l'astre du jour commence sa carriere, Je commence mon oraison. Le destin, ennemi de ma tranquilité, M'a depuis le berceau toûjours persecuté, Dans la paix comme dans la guerre; Son orage sur moy gronde en toute saison, Et me fait en un jour tomber du ciel en terre, Et du thrône dans la prison. Je suis par tout en bute aux traits de ta fureur; Mon coeur en est touché d'une juste terreur, Ma constance en est surchargée; L'infortune me tient de toutes parts enclos; Dans un torrent d'ennuis ma raison submergée Me laisse à la merci des flots. Tous les malheurs en foule accompagnent mes pas; Mes plus chers confidents ne me regardent pas, Ils ont horreur de ma presence; Ceux qui pour l'interest m'aimoient apparemment, Et ceux qui m'estoient joints de sang et de naissance, M'abandonnent également. PSEAUME 88 Comblé des biens que ta grace m'accorde, Je veux, seigneur, publier à jamais Qu'il n'est rien de plus grand que ta misericorde, Ni rien de plus certain que ce que tu promets. Dans ton empire, où la nuit est sans voiles, Les esprits prompts à tes commandemens T'éleveront un thrône au-dessus des estoiles, Dont ta grace et la foy seront les fondemens. Là, d'une voix qui menace et qui tonne, Et dans les coeurs grave la verité, Tu promis à David qu'il verroit sa couronne Passer de race en race à sa posterité. Ces saints esprits que la cheute des anges A fait monter au thrône glorieux Accorderont leurs voix, pour chanter tes loüanges, Au doux son que produit le mouvement des cieux. Quel autre dieu peut lancer le tonnerre? Quel autre roy regne éternellement? Quel autre peut domter l'audace de la terre? Et quel autre placer les feux du firmament? Il est terrible, et sa force guerriere A, sans combat, les plus forts surmontez; Il est seul glorieux, et sa seule lumiere Chasse d'auprés de luy toutes autres clartez. La verité, seigneur, est dans ta bouche, Elle est l'espoir des morts et des vivans; Tu calmes dans les coeurs l'humeur la plus farouche, Ainsi que sur les flots l'insolence des vents. Ton bras du Nil a l'audace étouffée, Brisé nos fers et fini nos langueurs, Et par cette victoire il orna ton trophée Des sceptres des vaincus et des fers des vainqueurs. C'est à toy seul le ciel, la terre et l'onde, Tu les as tous creez pour les humains : Et, non moins que les cieux, tout ce qui vit au monde, Du sud jusques au nord, est l'oeuvre de tes mains. Le doux zephir et la bise glacée Comme tu veux courent parmi les airs; Sur Hermon et Tabor ta venuë annoncée De joye et de bonheur a comblé l'univers. Ton nom, seigneur, qu'on craint et qu'on revere, Ne se sauroit celebrer dignement; Bien qu'en tes jugemens tu te monstres severe, L'équité toutefois en est le fondement. Auparavant que ton bras redoutable Fasse aux pecheurs ton courroux ressentir, Ton esprit, aussi doux comme il est veritable, Ne prend-il pas le soin de les en avertir? Heureux sont ceux qui peuvent reconnoistre Ces saints avis qui leur viennent de toy! Tes graces, qu'ils verront de jour en jour s'accroistre, Croistront de jour en jour leur merite et leur foy. Ils apprendront que ta juste puissance Est ici bas l'appuy des saintes loix, Qui tiennent, en faveur de la foible innocence, Dans un juste devoir l'autorité des rois. Tu nous promis par la voix des prophetes Que, pour finir nos maux et nos dangers, Ta main, qui peut changer en sceptres les houlettes, Nous choisiroit un roy sous les toits des bergers. " David, dis-tu, dont la vertu m'agrée, Par mon secours fut du geant vainqueur; Je répandis sur luy mon onction sacrée, Je le mis à la fois au thrône et dans mon coeur. Des ennemis la fureur et l'envie Feront en vain contre luy leur effort; Quiconque attaquera son honneur ou sa vie N'en aura que la honte, ou la fuite ou la mort. Mes veritez, ces fidelles compagnes, Seront par tout son plus doux entretien, Et par delà les mers, les fleuves, les montagnes, La grandeur de mon nom augmentera le sien. Il me priera comme un fils fait son pere, Il espandra ma foy dans ses estats; Comme mon premier né, l'un et l'autre hemisphere Le verront triompher de tous les potentats. J'accompliray, pour sa gloire et la mienne, Tout ce que j'ay promis à sa valeur; Je veux que ma puissance à jamais le maintienne Et le mette à l'abri des assauts du malheur. Les cieux verront les courses terminées De leurs flambeaux si puissans et si clairs, Et l'ascendant qu'ils ont dessus vos destinées, Quand ses fils cesseront de regir l'univers. Que si pourtant d'un courage indomtable Ils sont ingrats du bien que je leur fais, Ma verge, discernant le juste du coupable, Saura punir le prince et sauver ses sujets. Je les veux voir dans la terre conquise L'un après l'autre au thrône paternel, Et que tous, adoptez enfans de mon eglise, Ils soient tous joints à moy d'un lien éternel. De mes lieux saints j'ay juré par moy-même, Moy-mesme suis lié par ce serment, De faire sur leur front luire le diadéme Tant que l'astre du jour luiroit au firmament. Ils me verront prevenir leurs prieres De tous les biens qui viennent de ma main, Et dans tout leur estat recevoir ma lumiere, Comme fait du soleil la lune dans son plein. Cet arc changeant qui rend aprés l'orage, Dans l'air troublé, la bonace et la paix, Bien que de mon amour il soit alors le gage, L'amour que j'ay pour eux ne changera jamais. " Aprés, seigneur, aprés tant de promesses Qui nous avoient unis aveque toy, D'où vient que sans égard en un seul jour tu laisses Ton fils, nostre sauveur, ton oint et nostre roy? Visiblement ta grace l'abandonne, Il est battu du sort de toutes parts. Voit-on pas de sa teste abattre la couronne? Voit-on pas de sa ville abattre les ramparts? Son grand pourpris n'est plus qu'un grand village; Tous ses tresors sont en proye aux voleurs, Et nostre abaissement releve le courage Du superbe vainqueur qui rit de nos malheurs. Pour repousser cette fiere insolence, Il n'a pas mesme en luy-mesme d'appuy; Et semble que sa force ait trahi sa vaillance, Et que son coutelas ne tranche plus pour luy. Les ans legers, d'une course trop promte, Dans son automne avancent son printemps, Comme si tu voulois, pour comble de sa honte, Que ce roy fortuné fust vieux avant le temps. S'il est toûjours la bute de l'envie, Si ton courroux ne modere son feu, Si tu finis si tost sa fortune et sa vie, À quoy luy servira de regner pour si peu? L'arrest fatal veut que dessous la lune Tous les vivans tendent à mesme but; Bien qu'ils soient differens de moeurs et de fortune, La mort leur fait à tous payer mesme tribut. Où sont allé tes graces éternelles? Nostre bonheur est-il si tost passé? Quel mépris fera-t-on du troupeau des fidelles Lors que l'on connoistra que tu l'as delaissé? Nous souffririons ce que contre nous-mesmes Ces imposteurs controuvent laschement; Mais l'on ne peut souffrir ces horribles blasphémes, Que contre ta puissance ils font journellement. Et, cependant qu'il ne sort de leur bouche Que des mépris pour la divinité, Nos esprits, enflamez de l'amour qui nous touche, Chantent à haute voix ta gloire et ta bonté. PSEAUME 89 Seigneur, nous esperons, aprés tant de miseres, Qu'au repos éternel qui nous est preparé, Nos arriere-neveux, comme nos premiers peres, Trouveront à jamais un asyle assuré. Ces monts audacieux de leurs testes superbes Ne perçoient point encor les airs voisins des cieux, La mer estoit sans flots, et la terre sans herbes, Que tu fus reconnu le seul de tous les dieux. Ne nous laisses croupir dans l'ordure où le vice, En souillant tes éleus, aveugle les gentils, Toy qui promets à tous que ta bonté propice Se rendra pitoyable aux pecheurs repentis. Mille hivers, mille estez, aux courses mutuelles, Te sont comme un moment qui vole et qui s'enfuit, Et sont comme le temps que font les sentinelles Qui partagent entre eux les pauses de la nuit. La fleur qu'un mesme jour voit au matin éclose, À midi se fanir, au soir tomber à bas, Et le destin de l'homme, est une mesme chose, Lors qu'il naist, qu'il vieillit et qu'il court au trépas. C'est-là que nous craignons de ta juste puissance Les foudres et les traits qui nous sont décochez, Sachant que tu vois tout, et qu'à ta connoissance L'homme ne peut cacher un seul de ses pechez. Ta colere, seigneur, contre nous indignée, De nos âges contez precipite le cours, Ainsi que nous voyons les fils de l'araignée, Dont un souffle défait le travail de cent jours. Que fragile est le sort des fortunes illustres! Leur éclat n'est que verre et n'a rien de constant, L'oeuvre de deux fois sept ou de deux fois huit lustres Se voit par le trépas défait en un instant. Ceux qui d'un si long âge accomplissent la course Doivent en ce bonheur se dire malheureux : Il vaut mieux que nos ans finissent dés leur source Que ramper si long-temps dans un corps langoureux! Qui connoist, ô grand dieu! L'excès de ta colere? Combien de ta fureur les coups sont vehemens! Quelle suite d'ennuis nous vient de te déplaire! Et quel heur d'obeïr à tes commandemens! Ta splendeur éternelle, entretien de nos veilles, En qui nous admirons tant de rares effets, Fait voir que ton pouvoir, artisan des merveilles, Se joint à ta prudence en tout ce que tu fais. N'éclipse point de nous tes graces éternelles, Dont nos humbles esprits sont les admirateurs; Ce que tu refusois aux ames des rebelles, Le peux-tu refuser à tes bons serviteurs? Que si, dés l'orient que commencent nos vies, Ton esprit prend le soin d'en conduire le cours, Permets que tes clartez dont elles sont suivies Les éclairent encor à la fin de nos jours. C'est en ce port heureux que hors de la tempeste Nous jouïrons des biens qui nous y sont offerts : C'est-là que les douceurs que le ciel nous appreste Noyeront tous les ennuis que nous avons soufferts. Cheri tes serviteurs, pren soin de ton ouvrage, Fay leur voir les effets de ta juste bonté, Et fay qu'ils puissent tous avoir cet avantage, Qu'elle se continuë à leur posterité. PSEAUME 90 Celuy qui met en Dieu toute son esperance Et n'a recours qu'à luy En tous ses accidens doit vivre en assurance De l'avoir pour appuy. Il le peut en ce monde appeler son refuge, Son aide et son support, Bien que de son sauveur il devienne son juge À l'heure de la mort. Pour moy, quand les méchans par finesse ou par force Ont tasché de m'avoir, Sa prudence et son bras découvrit leur amorce Et domta leur pouvoir. Ainsi sont ses éleus, à l'abri de ses aisles, À jamais preservez Du malheur qui confond aux peines éternelles Ceux qu'il a reprouvez. Quand sa grace nous luit, aux gouffres les plus sombres Rien ne nous est caché; Jusques dans les enfers elle chasse les ombres De la nuit du peché. Si l'humide et le chaud infectent l'air de peste Par leur fatal concours, Le soleil, pour eux seuls cessant d'estre funeste, Leur donne de beaux jours. Quand les flots de la guerre agitent leurs tempestes, Dieu conserve son oint; Une gresle de traits luy tombent sur la teste, Et ne l'atteignent point. Il peut lors s'assurer que, d'un lieu de delices Et de prosperitez, Il verra les méchans recevoir les supplices De leurs impietez. Un repos affranchi des troubles de l'envie, En tout temps, en tout lieu, Est promis à celuy qui met toute sa vie Son esperance en Dieu. Ce puissant protecteur, pour le combler de joye, Vient en toute saison Défendre aux accidens que le ciel nous envoye D'entrer dans sa maison. De ses ans fortunez jamais aucun meslange N'en traverse le cours, Et, quoi qu'il entreprenne, il voit que son bon ange L'accompagne toûjours. Au plus haut des rochers les plus inaccessibles Il le tient en ses bras, Et dans les lieux glissans, si droits et si terribles, Il assure ses pas. L'aspic ni le lion dans leur affreux repaire Ne luy font point d'horreur, Et, lors qu'il les écrase, ils n'ont pour luy mal faire Ni venin ni fureur. " je veux, dit le seigneur, à cet homme fidelle, Qu'un saint amour m'a joint, Assurer un asyle en ma grace éternelle Qui ne luy manque point; Qu'aprés tant de malheurs dont il estoit la proye, Tout luy vienne à propos, Et qu'enfin son ennuy face place à la joye, Et sa peine au repos. Je veux de ses longs jours éloigner les desastres, Et, de moy l'approchant, Que ses vertus là-haut luisent au rang des astres Qui n'ont point de couchant. " PSEAUME 91 Ô combien un esprit a de contentement Qui peut, soir et matin, celebrer hautement Le salut glorieux promis par le Messie! Et que l'homme est heureux à qui sa verité A dés son orient produit cette clarté Qui jamais dans la nuit ne peut estre obscurcie! De la lyre et du luth, sous l'archet et les doigts, Les dix rangs redoublez puissent, joints à ma voix, Charmer dans sa maison les coeurs par les oreilles! Et que cette science inspirée aux mortels Par celuy qui reçoit nos voeux à ses autels Soit toûjours employée à chanter ses merveilles! Que le nombre en est grand! Et, quand l'esprit humain Considere à loisir les oeuvres de sa main, Ne les trouve-t-il pas toûjours miraculeuses? Certes c'est un dedale à nos entendemens, Qui remplit de respect les humbles jugemens, Et de confusion les ames orgueilleuses. Tel qu'on voit un rosier, au printemps si cheri, Qui tombe, meurt et seche aprés avoir fleuri, Telle est des reprouvez la fortune en ce monde : Peu de temps voit passer l'éclat de leur bonheur; Mais aprés tous les temps la gloire du seigneur Eclatera sans fin sur la terre et sur l'onde. Tes ennemis, grand dieu, periront pour jamais, Et moy je jouiray de l'heur que tu promets, De qui l'eternité sera seule la borne; Et lors je feray voir, malgré ces factieux, Que ma gloire s'éleve aussi droit dans les cieux Que le seul bois qui sort du front de la licorne. Ton onction sacrée honore mes vieux jours; Fay que dans le triomphe ils achevent leurs cours, Et me comblent les sens de plaisir et de gloire! Je voy les ennemis me tourner les talons, Et j'entens les échos aux replis des valons Repeter aprés nous les cris de la victoire. Tel qu'on voit le palmier, proche de son retour, Qui refleurit auprés l'objet de son amour, Et sur son tronc ridé reverdir son écorce; Ainsi le juste, auprés l'autel du tout-puissant, Semble se rajeunir des graces qu'il ressent, Et que l'âge caduc renouvelle sa force. Des sommets du Liban les cedres orgueilleux N'ont rien ni de si grand ni de si merveilleux, Bien qu'ils percent les airs où se fait le tonnerre, Que les esprits devots, exempts de vanité, Qui s'élevent au ciel par leur humilité, Et qui foulent aux pieds les honneurs de la terre. PSEAUME 92 L'empire du seigneur est reconnu par tout; Le monde est embelli de l'un à l'autre bout De sa magnificence; Sa force l'a rendu le vainqueur des vainqueurs; Mais c'est par son amour, plus que par sa puissance, Qu'il regne dans les coeurs. Sa gloire étale aux cieux ses visibles appas, Le soin qu'il prend pour nous fait connoistre ici bas Sa prudence profonde : De la main dont il forme et le foudre et l'éclair L'imperceptible appuy soustient la terre et l'onde Dans le milieu de l'air. Dans la nuit du chaos, quand l'audace des yeux Ne marquoit point encor dans le vague des cieux De zenit ni de zone, L'immensité de Dieu comprenoit tout en soy, Et de tout ce grand tout Dieu seul estoit le thrône, Le royaume et le roy. Tels qu'on voit en hiver ces fleuves écumer, Qui portent en grondant leurs tributs à la mer, Furieux et terribles; Leurs flots tumultueux, dans les plaines errans, En ravageant leurs bords, de rivieres paisibles Deviennent des torrens; Tels sont les potentats de qui la cruauté Par son débordement rend de la royauté Le regne tyrannique; Et tels estoient jadis ceux qui d'un vain effort Contre la foy naissante ont mis tout en pratique Pour luy donner la mort. Rome, qui fit tomber tant d'estats à l'envers, Qui, comme un ocean, inonda l'univers Sous les flots de ses armes, Qui mit injustement tant de saints au tombeau, Ne seut de cette foy dans le sang et les larmes Esteindre le flambeau. Ces genereux martyrs pour le nom du vray dieu Sont de ces veritez, en tout temps, en tout lieu, Les témoins authentiques, Et, rendant par leur mort ses decrets immortels, Ont, en accomplissant les figures antiques, Affermi ses autels. PSEAUME 93 Ô seul dieu tout-puissant, qui seul tiens en tes mains Les tonnerres vengeurs des crimes des humains, Et qui seul nous instruis à bien vivre et bien croire, Leve-toy de ton thrône, ô juge d'équité, Et confond aux enfers l'orgueilleux qui fait gloire De son impieté. Fay que les factions de ces audacieux, Que des aisles de cire élevoient dans les cieux, Puissent, dés en naissant, demeurer assoupies; Pour oster aux méchans tout sujet d'esperer, Interdi le destin qui fait de ces impies Les desseins prosperer. Ce sont ceux dont jadis l'impitoyable main, D'un deluge de sang grossissant le Jourdain, A troublé les deux bords de ce paisible fleuve, Et qui, portant par tout la mort et la terreur, Massacra l'estranger, l'orphelin et la vefve D'une égale fureur. Chasse hors de nos champs ces bataillons espais; Que l'ange d'équité, protecteur de la paix, Confonde la discorde et ce qu'elle concerte; Qu'il la traîne aux enfers par ses crins de serpens, Et que nos ennemis deviennent par leur perte Sages à leurs despens. " nous pouvons, disent-ils, blasphemer et pecher : Dieu n'entend ni ne voit, on luy peut tout cacher; Tout son soin est de faire éclater ses merveilles. " Mais y peut-il avoir quelque esprit assez lourd Pour croire que l'ouvrier des yeux et des oreilles Seroit aveugle et sourd? Peut-on rien déguiser à celuy qui sait tout, Qui seul dans l'univers, de l'un à l'autre bout, Tient de nos actions les registres fidelles; Qui voit au fond des coeurs ce qu'on a resolu, Et qui des passions justes et criminelles Est l'arbitre absolu? Ô bienheureux sont ceux dont les humbles esprits Soumettent leur raison aux loix que tu prescris, Sans juger des motifs de ta bonté profonde! Ils verront pour eux seuls l'orage se calmer, Et de dessus le port dans la mer de ce monde Les pecheurs s'abysmer. Chacun de ton pouvoir, comme de ton amour, Recevra les effets jusqu'à ce dernier jour Si craint, si reveré, si fatal à nos ames, Lorsque tous les esprits ranimeront leurs corps, Et que tu jugeras, sur un thrône de flames, Les vivans et les morts. Mais en mon infortune où sera mon espoir? De quel secours humain me puis-je prévaloir Contre la faction qui contre moy conspire? Qui peut me consoler en mon affliction? Et qui peut rassurer ma crainte et mon empire, Que ta protection? Quand je suis abattu de leurs inimitiez, Ta puissance, ô grand dieu! Me remet sur les pieds, Et me rend à la fois la vie et le courage; Elle éclaire mon ame aux plus obscures nuits, Et change, dans un jour sans ombre et sans orage, En plaisirs mes ennuis. Mon dieu n'est point semblable aux juges d'icy bas, Qui, bien loin d'amortir l'ardeur de nos debats, Par leurs arrests confus en augmentent la cause; Qui laissent augmenter le desordre naissant, Et, tenant au bon droit toujours la bouche close, Condamnent l'innocent. Celuy seul qui de tous est l'arbitre éternel, Qui témoigne aux eleus son amour paternel, Et qui m'offre à jamais sa grace pour refuge, Sait avec équité punir et pardonner, Et de ces apostats, comme severe juge, L'erreur exterminer. PSEAUME 94 Venez tous avec moy reciter à la fois Les grandeurs du seul roy des anges et des rois; Donnons à ses bontez nos coeurs et nos suffrages; Commençons dés minuit à chanter et prier, Et, si-tost que le jour découvre ses ouvrages, Admirons tous en eux le pouvoir de l'ouvrier. Ces demi-dieux mortels, de qui l'autorité Nous semble estre un rayon de la divinité, N'ont rien d'égal au dieu qui lance le tonnerre; Sa celeste splendeur luit d'un éclat pareil Dans les gouffres voisins du centre de la terre Comme au plus haut des monts qui touchent le soleil. La mer comme les cieux est l'oeuvre de ses mains, Il faut en tous endroits que l'esprit des humains Rende hommage à celuy qui par tout nous regarde; Il est seul nostre maistre et nostre createur; C'est luy qui nous nourrit, nous conduit et nous garde; Nous sommes le troupeau dont il est le pasteur. Il ne faut pas, chrestiens, nos peres imiter; Lorsque Dieu parle à nous, il le faut écouter; Leur incredulité causa leurs longues peines; Afin de rafraischir ceux qu'il tenoit si chers, Les rochers amolis se changeoient en fontaines Quand leurs coeurs endurcis se changeoient en rochers. De quarante printemps et de quarante estez Les fleurs et les moissons, croissant de tous costez, Faisoient de leur desert une heureuse contrée, Quand Dieu, contre qui seul ils avoient murmuré, Jura qu'à ces ingrats il fermeroit l'entrée Du sejour glorieux qui nous est preparé. PSEAUME 95 Beaux esprits dont le nom sur l'aisle de vos vers Fait, comme le soleil, le tour de l'univers, Qui ravissez les coeurs par vos doctes merveilles, Quand il faut du seigneur reciter les bontez, Faites qu'en vos écrits les yeux et les oreilles Y remarquent sans fin de nouvelles beautez. Racontez dans la terre, en toute sa rondeur, Du dieu que nous servons l'éternelle splendeur, Qui fera des faux dieux le neant disparoistre, Lorsqu'il viendra bannir ces fameux imposteurs Qui tiennent leurs autels, leur pouvoir et leur estre De la simplicité de leurs adorateurs. Ces ennemis du jour et de la verité Ne peuvent concevoir qu'avec obscurité Les choses à venir de tout temps ordonnées; L'artisan qui rangea les astres dans les cieux A dans leur influence écrit nos destinées, En lettres de lumiere invisible à leurs yeux. Il regle du soleil et l'un et l'autre cours, La gloire et la splendeur l'accompagnent toûjours, Et sont les ornemens de sa divine essence. Esprits qui de son thrône admirez la hauteur, Confessez, en voyant tant de magnificence, Qu'autre que le vray dieu n'en peut estre l'auteur. Vous qui, vous separant du commun des mortels, Vous estes consacrez à servir les autels, Qui dans l'amour du ciel élevez vos pensées, Presentez desormais à sa divinité Les victimes qu'offroient vos ames insensées À ces usurpateurs de son autorité. Craignez et reverez son supréme pouvoir, Que par la seule foy vous pouvez concevoir; Ses decrets éternels nous sont inévitables; Il est le seul ouvrier des ouvrages parfaits; Son regne est permanent, et ses loix équitables Raffermissent par tout la justice et la paix. Quand sa gloire là haut étale ses appas, Les astres comme fleurs naissent dessous ses pas; Sa puissance est de mesme en merveilles feconde; Et, lors que sa bonté nous daigne visiter, Nous voyons ici bas sur la terre et sur l'onde Les montagnes mouvoir et les flots s'arrester. Desja ces bois épais, où dans leur noir sejour Les yeux sont ignorans de la source du jour, Sont percez des rayons que sa lumiere envoye, Et leurs troncs les plus secs sont veus hors de saison Reverdir et fleurir, pour témoigner la joye Qu'ils ont de le revoir monter sur l'horison. De dessus le soleil, où ses superbes mains Eleverent son thrône invisible aux humains, La terre entend tonner sa justice supréme, Et l'effet des decrets dans les astres gravez Luy fait voir que sa voix est la verité mesme, Autant pour les eleus que pour les reprouvez. PSEAUME 96 Tout l'univers enfin revere la puissance Qui, dans les justes loix d'un siecle d'innocence, Rend les peuples heureux et les esprits contens; Ceux mesmes que la mer a separez du monde Rendent grace à celuy qui depuis si long-temps Assure leur repos dans le milieu de l'onde. Il ne reviendra plus qu'armé de son tonnerre, Qui, dans le chastiment des crimes de la terre, Fera voir aux humains son pouvoir sans pareil; Lors qu'il prononcera sa sentence derniere Un nuage d'argent plus clair que le soleil Servira seulement de voile à sa lumiere. Quelle ame de rocher ne doit estre estonnée De voir de toutes parts la terre environnée De supplices vengeurs de nos iniquitez, Lorsque Dieu, separant ces flâmes éternelles, Aux siens departira ses plus pures clartez, Et ces feux sans lumiere aux ames criminelles? Alors sur l'horison les cieux impitoyables N'allumeront le jour que d'éclairs effroyables; L'air ne sera peuplé que de foudres siflans; Comme cire on verra se fondre les montagnes, Et l'or, que l'avarice arrachoit de leurs flancs, En torrens precieux rouler dans les campagnes. Le soleil obscurci, les sanglantes planetes, Les crins estincelans des sinistres cometes, Seront les messagers de cet embrasement; Un effroy general regnera dans nostre ame, Quand le monde verra que dans le firmament Sa sentence de mort est en lettres de flâme. Ces ouvrages où l'art, imitant la nature, Pretendoit nous donner par leur docte imposture Le bienheureux aspect de tous les immortels, Verront finir l'erreur où leur abus nous plonge; Le vray dieu détruira ces tyrans des autels Lorsque sa verité confondra leur mensonge. Esprits qui possedez ces visibles merveilles, Vous qui les esperez par vos soins et vos veilles, Admirez tous celuy par qui tout est domté; Loüez-le dans la paix, priez-le dans la guerre, Et faites qu'à l'envi sa gloire et sa bonté Remplissent les concerts du ciel et de la terre. Ces faux dieux, par l'éclat de leur magnificence, Taschoient en vain, seigneur, d'égaler ta puissance, Qui fait sur leur ruine establir nostre foy; Nous devons à jamais admirer ta justice, Et, pour nous conformer entierement à toy, Imiter ton exemple en la haine du vice. Si quelquefois l'envie et l'injuste licence Troublent dans nos esprits la paix et l'innocence, Ta bonté paternelle est leur protection; Et ceux qui sont touchez des graces qu'elle envoye, Dans les plus noires nuits de leur affliction, Y trouveront toûjours la lumiere et la joye. PSEAUME 97 Doux et charmans concerts, delices des oreilles, En de nouveaux accords jusqu'au ciel exaltez La gloire du seigneur, ce dieu dont les bontez Font tous les jours pour nous de nouvelles merveilles! Ce grand tout doit son estre au travail de ses mains; Mais quel ange ou quel homme eut jamais connoissance, Si ce fut son amour, sa grace, ou sa puissance, Qui travailla le plus au salut des humains? Combien que sa justice ait en main le tonnerre, Il conserve pour nous sa premiere bonté : En nous donnant son fils, n'a-t-il pas acquité Ce qu'il avoit promis de tout temps à la terre? Ces mysteres par tout furent si bien receus, Depuis que de Sion ils passerent à Rome, Qu'aux lieux où l'homme sait à peine qu'il est homme, On y sait que Marie est mere de Jesus. Vous qui, loin du soleil, habitez sous les poles, Vous qui sentez à plomb ses rayons enflâmez, Honorez tous celuy qui nous a tant aimez, Et rendez vostre coeur conforme à vos paroles. Que la harpe et le luth, touchez en son honneur, Raniment de leurs sons la douce violence; Que leurs bois, qui vivoient consacrez au silence, Chantent aprés leur mort pour loüer le seigneur. Que son nom glorieux de monarque des anges Retentisse aux échos des rochers et des bois; Que l'ocean, charmé du concert de nos voix, Fasse bruire en ses flots le bruit de ses loüanges. Et vous, eaux qui dormez sur des lits de pavots, Vous qui toûjours suivez vous-mesmes fugitives, Faites un peu cesser, pour vous rendre attentives, Les paisibles combats des zephirs et des flots. Que ces monts dont on voit naistre et fondre les nuës, Dans ce commun bonheur que nous venons d'avoir, Comme dans leur printemps nous puissent faire voir, Le mirthe et le jasmin sur leurs testes chenuës. Sa justice icy bas s'unit à sa bonté Pour nous combler des biens dont la terre est feconde; Mais elle seule ailleurs doit departir au monde La peine et le loyer qu'il aura merité. PSEAUME 98 C'est à ce coup, mortels, que le dieu des combats, Aprés avoir soumis les grandeurs d'icy bas, Fait part aux cherubins de sa magnificence; Il rentre dans les cieux triomphant des enfers, De la mort par sa mort il a brisé les fers, Et repris au tombeau sa vie et sa puissance. Israël, qui jadis vis le verbe éternel Estendu sur la croix, et comme un criminel Souffrir injustement nostre juste supplice; Voy comme il est puissant en terre comme aux cieux, Voy comme il est terrible, et voy comme en tous lieux Son regne fait regner la paix et la justice. Ô seigneur, seul auteur des équitables loix, De qui nous recevons tant de biens à la fois, La grandeur de ton nom soit par tout exaltée; Et vous tous qui savez sa vie et son trespas, Adorez, en baisant la terre sous ses pas, Les traces de la croix qu'il a pour nous portée. En ce saint lieu Moyse, Aaron et Samuel, Ces dignes conducteurs du peuple d'Israël, Ont presenté les voeux de six fois cent mille ames; Dieu descendit du ciel, et dans ce mesme lieu, Afin de faire voir qu'il estoit le vray dieu, Il marcha sur les airs et parla dans les flâmes. Ces sacrez protecteurs de sa divine loy Ont toûjours marié les oeuvres à la foy, Leurs actions preschoient non moins que leurs paroles; Aussi le tout-puissant en tout temps a permis Qu'ils fussent aux combats vainqueurs des ennemis, Et, dans les factions, vainqueurs des monopoles. Donc, au pied du calvaire exaltons la bonté Du dieu qui s'est vestu de nostre humanité, Pour rendre à son aspect nostre esprit moins farouche; Rendons-luy nostre hommage en ce sacré sejour, Et, pour estre en tous lieux dignes de son amour, Honorons-le en tous lieux du coeur et de la bouche. PSEAUME 99 Dans un excés de joye aussi douce que sainte, Rendons grace au seigneur, qui calme nostre crainte Et nous comble d'honneurs si stables et si grands; Allons dans sa maison admirer ses mysteres, Non comme des captifs aux palais des tyrans, Mais comme des enfans au logis de leurs peres. Nos coeurs humiliez y doivent reconnoistre Que ce n'est que de luy que nous tenons un estre Si parfait qu'ici bas il n'en est point de tel; Que cette oeuvre, passant l'effort de la nature, Est plus du dieu vivant que de l'homme mortel, Est plus du createur que de la creature. Nous sommes les brebis de ses saints pasturages; Le toit où sa bonté nous défend des orages Est sur un fondement qui jamais ne perit; Les loups sont dans son parc sans faim et sans furie, Et les biens éternels dont il nous y nourrit Sont dignes du pasteur et de la bergerie. Reverons donc le nom du maistre qui nous guide; Qu'à jamais son eglise, où luy-mesme préside, Fasse à l'envi des cieux éclater sa splendeur, Et que la verité dont elle est éclairée, Qui n'a que l'univers pour borne à sa grandeur, N'ait que l'éternité pour borne à sa durée. PSEAUME 100 Puis qu'il me faut, grand dieu, pour combattre l'envie, Chanter de ta clemence et de ton équité, Pour mieux de ces vertus décrire la beauté, Je les veux pratiquer le reste de ma vie; Je say qu'il nous faut tous fuir de ces objets Qui laissent dans nos coeurs l'impression du vice, Et say qu'en ta justice Tu ne discernes point les rois de leurs sujets. Je veux de ma maison bannir la médisance, Et de tout mon estat ces esprits factieux, Afin que dans la paix mon coeur, de mieux en mieux, Puisse en sa pureté garder son innocence. Je veux estre à jamais l'ennemi des flatteurs, Ma justice, pour eux, n'aura ni paix ni treve, Ni balance ni glaive, Que pour exterminer ces lasches imposteurs. Je ne veux dans ma cour recevoir les services De ceux qui sont heureux sans l'avoir merité, Et dont l'ambition sans generosité N'est que pour assouvir la haine et l'avarice; Mais je cheriray ceux dont l'esprit, revestu De tous les ornemens dont sa grace est feconde, N'estime rien au monde Digne de leur amour que la seule vertu. Je ne sçaurois souffrir l'insolente manie De ceux de qui l'esprit, bouffi de vanité, Ne peut dessous les loix abaisser leur fierté Ni se faire obeir qu'aveque tyrannie; Je veux aussi chasser ceux de qui les complots Ont semé dans ma cour la haine et la discorde, Et, sans misericorde, Tous ceux qui de mon peuple ont troublé le repos. PSEAUME 101 Seigneur, écoute ma priere, Et si ton coeur en est touché, Ne permets que, pour mon peché, Ta grace m'oste sa lumiere; Ren moy le bonheur que j'attens. Tu sais que j'ay mis de tout temps Mon espoir en ton assistance. Mes yeux sont épuisez de pleurs, Et mon coeur n'a plus de constance À l'espreuve de mes douleurs. Ma force n'est plus animée, Mon teint a changé de couleur, Ce qui me reste de chaleur S'en ira comme une fumée; Ce grand feu que j'ay ressenti Se verra bien-tost amorti Dans mon corps, déja froid et blesme, Comme en un tizon allumé La braize s'esteint d'elle-mesme Aprés qu'elle l'a consumé. Mes levres, seiches et ternies, Témoignent assez ma langueur; Il me reste moins de vigueur Qu'aux fleurs que l'automne a fanies; Rien ne me sauroit soulager; Du boire comme du manger Je perds la memoire et l'envie, Et pense que cet aliment Est moins pour alonger ma vie Que pour alonger mon tourment. En ces miseres incurables, Je sens mes os percer ma peau; Ceux qui seichent dans le tombeau Ne me sont gueres dissemblables; Au desert le plus écarté L'ennuy dont je suis tourmenté Cherche la solitude et l'ombre; Et, dans ce lieu qui m'est si doux, J'imite l'humeur triste et sombre Des pelicans et des hiboux. Quand la nuit au lit nous rappelle, Et que ses appas innocens Charment nos soucis et nos sens, C'est quand ma peine renouvelle. L'horreur que j'ay de mon peché Me retient tout le jour caché Comme un passereau solitaire; Mais mon souvenir, en tous lieux, Pour m'empêcher de m'en distraire, Me le remet devant les yeux. Le plus grand regret qui me presse Me vient de t'avoir offensé; Depuis que tu m'as delaissé Je voy que chacun me delaisse; Ceux que je taschois d'obliger Sont les premiers à m'outrager; Et ce qui m'est le plus estrange Est de voir ces lasches esprits Dont j'ay receu tant de louange N'avoir pour moy que des mépris. Quelque avis que je puisse prendre, J'adjouste malheurs sur malheurs; Je ne m'abreuve que de pleurs, Ni ne me nourris que de cendre, Et croy, par cette austerité, De faire qu'enfin ta bonté M'accordera son assistance, Et que tes courroux attendris Donneront à ma penitence Ce qu'ils refusent à mes cris. Parmi ces orages sans nombre Je voy, sans en pouvoir joüir, Mes plus beaux jours s'évanoüir, Et ne me laisser que leur ombre. Nos honneurs les plus éclatans Passent en aussi peu de temps Que font les fleurs et la verdure; Mais ton nom sera glorieux Autant à la race future Qu'il fut au temps de nos ayeux. Ta bonté, qui pour nous sommeille, Verra lors nostre affliction; Lors les miseres de Sion Arriveront à ton oreille. Les larmes me viennent aux yeux Quand je considere ces lieux Où l'on celebroit ta loüange, Et voy des plus grands bastimens Pesle-mesle parmi la fange Les sommets et les fondemens. Un jour ces rois dont la puissance Dispose du sort des mortels Viendront en foule à tes autels T'y voüer leur obéissance; Et ces miserables maisons, Dont à peine sous les gazons On remarque aujourd'huy la place, Se remettront en leur splendeur, Et ne se verra plus d'audace Qui n'y revere ta grandeur. Nos peurs seront évanoüies Par ces miracles apparens; Autant des petits que des grands Les prieres seront oüies; Et ces biens qu'on n'ose esperer En tous lieux feront admirer Tes graces incomprehensibles, Et feront qu'au temps à venir Les ames les plus insensibles En garderont le souvenir. Quoi qu'ait de beau la voix des anges, Sa douceur ne te fera pas Mépriser d'oüir icy bas Les hommes chanter tes loüanges; Et ton ordinaire bonté, Les tirant de captivité Aprés tant de peines souffertes, Fera voir à tous les humains Que leur salut, comme leurs pertes, Sont également en tes mains. Ta gloire, chere à nos oreilles, Sera lors aux bouches de tous. Jamais l'on ne vit parmi nous Tant de joye et tant de merveilles. Nous verrons les plus obstinez, Par ton saint esprit ramenez, Cesser de nous faire la guerre, Et verrons reluire en tous lieux Une mesme foy sur la terre Comme un mesme soleil aux cieux. Mais, durant mes longues tristesses, Mon âge abregera son cours; Je verray la fin de mes jours Avant l'effet de tes promesses. Au moins accorde-moy le temps De joüir du bien que j'attens Pour satisfaire à mes envies. Tu sais le peu d'égalité Qu'a la plus longue de nos vies Aveque ton éternité. Toy seul precedes toute chose, De toy seul le commandement Est l'invisible fondement Sur qui le monde se repose; Mais ce grand tout, où les humains Admirent l'oeuvre de tes mains, Ces beautez toûjours renaissantes, Qu'on ne peut assez estimer, Un jour ne seront pas exemtes Du feu qui les doit consumer. Ce superbe élement de l'onde, Qui, s'élevant jusques aux cieux, Semble encore estre glorieux Du naufrage de tout le monde, De l'orient en occident Ne sera qu'un brazier ardent; L'on verra brûler ses balenes Où l'on voit noyer nos vaisseaux, Et dedans ses humides plaines Floter des flâmes pour des eaux. La terre, qui semble assurée Dessus sa propre pesanteur, Bien que luy-mesme en soit l'auteur, Verra la fin de sa durée; Ce feu, de son embrazement, Fera flamber également Et les forests et les murailles Et, brûlant l'acier et le fer, Ira jusques dans ses entrailles Découvrir le brazier d'enfer. Alors le soleil et la lune, Et tous les feux du firmament, Joindront en ce dernier moment Toutes leurs lumieres en une; Le ciel, comme un habit trop vieux, Se verra lors changer en mieux; Les elemens les doivent suivre, Et les astres les plus constans; Mais tu dois à jamais survivre Le monde, la mort et le temps. Là, selon ta grace promise, Ton incomparable bonté Comblera de felicité Les vrais enfans de ton eglise; Loin du monde et de ses plaisirs, De qui les profanes desirs Faisoient rougir ces belles ames, Tu les mettras en un sejour Où l'on ne brusle d'autres flâmes Que de celles de ton amour. PSEAUME 102 Esprit toûjours vivant, digne ouvrage de Dieu, Qui, sans forme et sans lieu, As animé mes yeux, ma bouche et mes oreilles, Au-dessus de mes sens, mon ame, éleve-toy, Pour chanter des merveilles Que nous ne connoissons que par la seule foy. Quand nos voix, s'élevant, auront de sa grandeur Celebré la splendeur, Chantons d'un ton plus doux sa clemence infinie, Et publions par tout que jamais sa bonté Ne paroist desunie De sa toute-puissance et de son équité. S'il regarde en pitié mon vieil âge mourant, La santé qu'il me rend Par le chaud ni le froid jamais ne se déregle; Et d'un vol aussi haut comme il est glorieux, Me rend pareil à l'aigle, Qu'on voit se rajeunir pour s'élever aux cieux. Celuy dont les travaux eurent tant de longueur, Moyse, dont le coeur Mesprisa la fureur de la terre et de l'onde, Voit pour sa recompense, et pour comble d'honneur, Sa troupe vagabonde Vieillir dans le repos, la gloire et le bonheur. La pitié que mon dieu ressent de nos langueurs Modere ses rigueurs, Calme de son courroux la juste vehemence; Pour nous il a souvent des sentimens humains D'amour et de clemence, Et ne tient pas toûjours la foudre dans ses mains. Il ne punit jamais nostre infidelité Comme elle a merité; Dés nos premiers remords sa fureur se resserre; Et les cieux ne sont point ni si grans, ni si hauts Au dessus de la terre, Que ses graces le sont pardessus nos defauts. Le levant du soleil est moins loin du couchant Que l'ame du méchant Des faveurs qu'on reçoit de sa bonté profonde; Le pere a moins d'amour pour un fils genereux Que le sauveur du monde N'en eut pour des ingrats quand il mourut pour eux. Il connoist le neant d'où naissent les humains, Puisque ses propres mains Les ont jadis créez de poussiere et de bouë; Il connoist leur foiblesse, et sait de quel mépris La fortune se jouë De tous les grans desseins que forment leurs esprits. L'homme pendant sa vie est pareil à la fleur, Dont la vive couleur Est autant sur la terre inutile que vaine, Et, lors que dans la tombe il sera consumé, L'esprit avecque peine Reconnoistra le corps qu'il avoit animé. Dieu, qui dans nos esprits ne voit que changement, De moment en moment Excuse ce défaut dont il connoist la cause; Et, voyant que le vice est si commun à tous, Jamais ne se propose De changer en mépris l'amour qu'il a pour nous. Il promit aux eleus que leur posterité, Vivant dans l'equité, Possederoit toûjours la fortune prospere, Et qu'il feroit joüir du fruit de ses bontez Ceux qui, comme leur pere, Dans ses commandemens bornent leurs volontez. Esprits qui possedez dans la source du jour L'objet de vostre amour, Qui seuls de l'eternel avez la connoissance, Apprenez aux mortels à chanter son pouvoir Et sa magnificence, Que leurs foibles esprits ne peuvent concevoir. Vous, vertus, qui donnez aux feux du firmament L'ame et le mouvement, Anges de qui le glaive est la terreur du vice, Qui faites redouter aux plus audacieux Sa divine justice, Celebrez ce seul roy de la terre et des cieux. Et vous, qui jour et nuit priez dans sa maison, Et qui, dans l'oraison, Elevez jusqu'au ciel vostre amoureuse flâme, Embrasez tous mes sens de vos saintes ardeurs, Et faites que mon ame À jamais de sa gloire admire les grandeurs. PSEAUME 103 Mon ame, en t'élevant pour la seconde fois Jusqu'au thrône du roy des astres et des anges, Eleve aveque toy ta raison et ta voix, Pour contempler sa gloire et chanter ses louanges. Grand dieu, qui sous tes pieds as le vice abattu, La splendeur de ton nom offusque ma pensée, Ainsi que la clarté dont tu t'es revestu À de l'astre des cieux ta lumiere effacée. Tu regnes sur un thrône où le flambeau du jour Espand sur les rubis ses lumieres dorées, Où l'astre de la nuit, paroissant à son tour, Tend d'ébene et d'argent les voutes azurées. Là sur les diamans, les perles, les saphirs, Autour de ton palais flottent des cieux liquides, Et là ton seul regard défend mesme aux zephirs D'agiter dans ces mers de vagues ni de rides. Par les vents attelez ton char, qu'on voit courir, Va du nord au midy par des routes nouvelles, Et venant, au besoin, ton peuple secourir, À ces couriers volans tu redoubles les aisles. C'est de-là que, suivi des esprits triomphans, De regards differens tu contemples la terre; Si ton coeur est bruslé d'amour pour tes enfans, Ton bras pour les méchans est armé du tonnerre. Seigneur, par ta largesse et par ton équité Sont l'abondance et l'ordre entretenus au monde; Dans le vague des airs ta seule volonté Dessus leur propre poids soustient la terre et l'onde. Quand l'eau, comme un habit, couvroit également Les monts audacieux et les humbles valées, À ta seule menace on vit en un moment De l'ocean soumis les vagues écoulées. Les rochers, à l'instant, dans le milieu des airs Virent leur teste nuë exposée aux orages, Et les fleuves, roulant dans les champs découverts, De verdure et de fleurs ornerent leurs rivages. Deslors dans l'ocean les flots, tous d'un accord, Demeurant, par ton ordre, en des respects tacites, Semblent s'humilier en approchant du bord Que tes commandemens leur donnent pour limites. Tu tires de la mer, par des conduits secrets, Les sources que ton soin appreste à nostre usage : Où viennent, nuit et jour, des bourgs et des forests, L'animal domestique et l'animal sauvage. Là, pour charmer nos sens, grands et petits oiseaux, Volant de toutes parts aux bords de ces fontaines, Accordent leur ramage au murmure des eaux, Qui du haut des rochers degoutent dans les plaines. Tout ce qui vient de toy nous comble de bonheur; Quand la pluye a baigné nos champs et nos prairies, La javelle remplit le poing du moissonneur, Et l'herbe à pleine faulx nourrit nos bergeries. La terre par tes soins nous sert de magazin, Et, remplissant son sein d'une feconde flâme, Par le suc de l'olive et le jus du raisin, Elle adoucit nos nerfs et réjoüit nostre ame. Aux cedres du Liban tu donnes des rameaux, Et là, comme habitans, passent en paix leur vie Les superbes, les grans et les petits oiseaux, Sans engendrer entre eux de haine ni d'envie. En fuyant les chasseurs, les chevreüils et les cerfs Ont leur asyle au haut des montagnes chenuës; L'ours et le herisson l'ont aux antres deserts, Dont les rochers glissans gardent les avenuës. La lune au front d'argent, des mois et des saisons, Par son cours et décours dispense la durée, Et le flambeau doré dans ses douze maisons Rend des ans et des jours la course mesurée. Si-tost qu'il a des cieux retiré sa clarté, Les sanglans lionceaux s'apprestent aux carnages, Et la biche et le faon, alors en liberté, De mets plus innocens se paissent aux gagnages. Mais, si-tost que du jour sortent les premiers rais, Ne voit-on pas, seigneur, par tes soins tutelaires, Que les timides cerfs rentrent dans leurs forests, Et les cruels lions dans leurs affreux repaires. Avant que le soleil sorte du sein des eaux, Chacun diversement retourne à son ouvrage; Les bergers dans les champs ramenent les troupeaux, Et les boeufs sous le joug rentrent au labourage. Que tes oeuvres, seigneur, en leur diversité Produisent à la fois de diverses merveilles! Et combien ta prudence et ton autorité Comblent d'étonnement les yeux et les oreilles! L'ocean fait connoistre à son peuple flottant Dans tes ordres prefix ta sage providence; Mesme de son reflux l'estat le moins constant Marque de tes decrets l'éternelle constance. Là s'imprime la joye au front des matelots Lorsque le vent en poupe enfle toutes leurs voiles, Et que, sans voir de trace, ils suivent dans les flots Le chemin que leur art trace dans les estoiles. Là se voit la baleine élever son orgueil, Et porter avec soy la terreur dans les flotes, Lors qu'elle leur paroist comme un vivant écueil, Inconnu dans la carte aux plus savans pilotes. Par le soin que tu prens des choses d'icy bas, Tes creatures sont sans fin regenerées; Mais quand tu leur defaux, ne les voyons-nous pas Retourner au neant dont tu les as tirées? Quand tes foudres seroient épris de tous costez, Que la mer seroit seche, et la terre deserte, En les renouvellant avec plus de beautez, Ne les ferois-tu pas profiter de leur perte? Ô seul dieu! Seul monarque, et seul maistre de tout! Assez de ton amour nous avons connoissance; Il faut que l'univers, de l'un à l'autre bout, Par tes oeuvres admire et craigne ta puissance. N'es-tu pas ce grand roy toujours victorieux, Qui fais, d'un seul regard, trembler toute la terre? Qui permets que les flots écument dans les cieux, Et que les monts glacez fument sous le tonnerre? Tandis que je croiray que mes vers te plairont, Je les veux employer à chanter tes merveilles, Et promets qu'en tous lieux sans fin elles seront Le seul et le plus doux entretien de mes veilles. Et lorsque je verray dessous ton bras vainqueur Des pecheurs obstinez les erreurs estouffées, Mon ame, relevant sa voix et sa vigueur, Poussera jusqu'au ciel ta gloire et tes trophées. PSEAUME 104 Celebrons du seigneur les graces éternelles, Qui comblent de bonheur toutes les nations; Son ire est la terreur des ames criminelles, Et sa bonté l'objet de nos affections. Les hommes sans peché, dont sa toute-puissance, Tant qu'ils sont icy bas, est l'asyle et l'appuy, Doivent, en son honneur, vanter leur innocence, Puisque cette vertu ne leur vient que de luy. Ô que d'heureux transports l'on reçoit de sa grace! Qu'elle est douce aux esprits qu'elle tire des fers! C'est elle qui dans nous tous les crimes efface, Et qui nous rend vainqueurs du monde et des enfers. Devons-nous pas sans fin conserver la memoire Des effets merveilleux que fit le roy des rois? Des puissances du Nil il rabaissa la gloire, Et par sa propre bouche il nous donna des loix. D'Abraham et Jacob la race florissante Ne receut-elle pas la premiere clarté Du soleil des esprits, et de la foy naissante Dont chacun attendoit l'heur de la liberté? Il conserve pour nous l'alliance immortelle, Dont il s'est obligé par des voeux solemnels; Il garde son amour pour la troupe fidelle, Et son juste courroux contre les criminels. Abraham conserva, comme depositaire, La promesse qu'il fit de son affection; Isaac fit qu'en Jacob elle est hereditaire, Pour la perpetuer à jamais dans Sion. Quand de sa propre bouche il leur fit ses promesses, Il dit qu'il donneroit à tous leurs successeurs Les champs de Chanaan pour fruit de ses largesses, Et qu'il les en rendroit à jamais possesseurs. Nostre petite troupe errante et vagabonde, Tout le monde occupant, n'occupoit aucun lieu, Et bravoit la fureur de la terre et de l'onde, Sans avoir d'autre espoir qu'en la grace de Dieu. Il rabaissa l'orgueil du pouvoir tyrannique, Il nous rendit vainqueurs de ceux dont la fierté, Par des complots secrets, aussi vains que tragiques, Attaquoit nostre vie et nostre liberté. Il dit : je vous enjoints de ne rien entreprendre Contre ceux que je prens en ma protection; Mon bras sera toûjours armé pour les défendre, Et mon esprit touché de leur affliction. Lors qu'aux rives du Nil j'aurai détruit les villes, L'on verra la famine en sa pasle maigreur Rendre les alimens des moissons inutiles, Comme aux champs le travail du soigneux laboureur. Joseph, de qui jamais le coeur ne s'épouvente, En témoignant alors sa generosité, De ses freres ingrats, qui l'avoient mis en vente, Previendra la venuë et la necessité. Les témoignages faux d'une femme lascive, Que sa jeune pudeur tasche de decevoir, Luy fit souffrir des fers la rigueur excessive, Par les ordres cruels d'un absolu pouvoir. Mais, quand de ce captif les saintes propheties, Qui des songes obscurs tiroient la verité, Eurent de Pharaon les doutes éclaircies, Il luy rendit l'honneur avec la liberté. À peine hors des fers, comme premier ministre Il aide à soustenir le faix du potentat; Son jugement combat la fortune sinistre Et pourvoit aux malheurs qui menaçoient l'estat. Les deux rives du Nil sont par luy gouvernées, Là ses graves conseils volent de toutes parts, Et, sans avoir besoin du secours des années, Egale sa prudence à celle des vieillards. Ce fut lors que, fuyant la disette commune, Jacob, que sa famille en Egypte conduit, Y trouve une plus douce et plus grande fortune Que celle où le malheur du temps l'avoit reduit. Cette troupe, que Dieu rendit par tout heureuse Dans ces fertiles champs qui luy furent promis, En se rendant puissante, aguerrie et nombreuse, Donna de la terreur à tous ses ennemis. Deslors la jalousie est en leur ame emprainte, Voyant son bon destin surmonter son malheur, Et semble qu'à la fois leur envie et leur crainte Joignent pour l'opprimer la ruse à la valeur. De Moyse et d'Aaron, fertiles en oracles, Elle receut le jour dans la nuit de l'erreur, Lors que l'estonnement de leurs affreux miracles A dans toute l'Egypte imprimé la terreur. Elle doute si Dieu, dans sa juste colere, Eust au premier cahos tout le monde reduit, Quand elle vit aux cieux l'astre qui nous éclaire, Se voiler en plein jour des ombres de la nuit. Le Nil rouloit alors, dans sa couche profonde, Du sang au lieu de flots, et, par ce changement, Les poissons demi morts s'éleverent sur l'onde Pour chercher leur salut en un autre élement. Les grenouilles, en troupe aveque les cigales, En sautant et criant sortent de leurs marais, Et montent sans respect dans les maisons royales, Où la pourpre et la soye étalent leurs attraits. Un seul mot que Moyse élançoit de sa bouche Faisoit tout obeir au nom de l'eternel, Et la sale vermine, et la piquante mouche, Couvroient de toutes parts ce peuple criminel. Ce prophete, puissant au ciel comme en la terre, Fait entendre sa voix aux bruyans tourbillons, Et d'une épaisse gresle, et d'un ardent tonnerre, Bat et brûle par tout les bleds dans les sillons. Les vignes, les figuiers, les arbres des collines Comme ceux des valons, sont veus également Par l'orage brisez jusques dans leurs racines, Et leur tronc dépouillé de tout son ornement. Les chenilles aussi, jointes aux sauterelles, Dont les brouillars brûlans sont les avancoureurs, Dépouillerent leurs champs d'herbes et de javelles, L'espoir de leurs bergers et de leurs laboureurs. Et, pour dernier malheur, de ce peuple profane Les grans et les petits demeurent estonnez Voyans dans leurs palais, comme dans leurs cabanes, Couler également le sang des premiers nez. Aveque la santé, la liberté, la joye, Que, malgré ces tyrans, nous possedions alors, N'emportâmes-nous pas, comme une juste proye, Tous les joyaux de prix de leurs riches tresors? L'Egypte, à ce départ, ne versa point de larmes, Bien que l'on eust ravi ses meubles precieux, Et crut, en nous, bannir tous ceux de qui les charmes Attiroient sur l'estat la colere des cieux. Un nuage, le jour, paroissoit pour conduire Les enfans de Jacob dans ces deserts affreux, Et, la nuit, devant eux le seigneur faisoit luire Un flambeau qui là haut ne luisoit que pour eux. Pour contenter leur faim et leurs voeux de ses graces, Par des mets dont l'excés fut sans nombre et sans choix, Il couvrit tout leur camp de cailles aussi grasses Que celles que l'on sert à la table des rois. La manne, congelée au matin dans les plaines, Fut ce celeste pain qui leur fut presenté; Et des rochers sortit de nouvelles fontaines, Pour ne leur rien offrir que dans la pureté. Si le seigneur pour nous surmonte tant d'obstacles, S'il nous a départi tant de biens en tous lieux, N'est-ce point qu'il voulut payer pour ses oracles Ce qu'ils avoient promis pour nos premiers ayeux? Il les rend possesseurs de la terre conquise, Dont leur valeur chassa tant d'invincibles rois; Il veut qu'en ce lieu saint à jamais son eglise Fasse à tout l'univers reconnoistre ses loix. PSEAUME 105 Celebrons du grand dieu la clemence infinie Qu'à nos justes remords jamais il ne dénie, Et qui depart aux siens des honneurs immortels; Mais quelle voix celeste ou quelle ame sans vice Est digne de chanter au pied de ses autels Sa grace et sa justice? Les hommes genereux, qui, toûjours veritables, Toûjours aiment la paix, et, toûjours équitables, N'ont jamais d'autre soin que de plaire au seigneur, Malgré tous les efforts du temps et de l'envie, Verront en tous endroits leur gloire et leur bonheur Accompagner leur vie. Voy, grand roy tout-puissant, ton peuple qui soupire Dans le pieux desir d'habiter ton empire, Où ta seule clarté donne à jamais le jour; Quand il aura du monde obtenu la victoire, Fay qu'il y soit sans fin bruslé de ton amour, Et ravi de ta gloire. Nous savons quels estoient les crimes de nos peres, Quand tes faits merveilleux, soulageant leurs miseres, Monstroient que ta puissance égaloit ta bonté; Mais tout ce que tu fis pour un peuple si rude Ne faisoit qu'augmenter leur incredulité Et leur ingratitude. Les flots sont moins émeus que ces ames farouches Au plus fort des clameurs qui sortoient de leurs bouches. L'ocean à ta voix se rend obéissant; Il s'ouvrit pour sauver leur troupe vagabonde, Et pour te faire voir tout bon et tout puissant Sur la terre et sur l'onde. Son fond est aussi sec qu'une campagne aride, Et de ces fugitifs, à qui tu sers de guide, Ce miracle visible a les coeurs affermis. Les zephirs sous leurs pieds firent voler les sables; Mais ces chemins sablez sont, pour leurs ennemis, Des gouffres effroyables. À l'heure les hebreux rassurerent leurs craintes, Changeant pour le seigneur en loüanges leurs plaintes, Jurant de ne chercher qu'en luy seul leur appuy; Mais aussi-tost l'on vit que ces ames parjures Employoient le repos qu'ils recevoient de luy En de nouveaux murmures. Combien que les rochers et les terres steriles Soient devenus pour eux des campagnes fertiles, Que leur camp tous les jours soit de manne couvert, Aprés avoir mangé ses celestes viandes, Ils font de toutes parts retentir le desert De nouvelles demandes. De Moyse et d'Aaron la juste et sainte vie Ne les peut exempter de leur jalouse envie, Qui blasme en eux celuy dont ils sont envoyez; Mais, Dieu lassé d'oüir leurs plaintes criminelles, Abiron et Dathan sont par luy foudroyez Avec tous les rebelles. L'on voyoit du tonnerre encore la fumée Dont les flâmes avoient leur troupe consumée, Qu'un veau d'or fabriqué parut au plus haut lieu, Et le mont Sinaï vit leur idolatrie Encenser les autels et l'image d'un dieu Qui paist dans la prairie. Des graces du seigneur ils perdent la memoire; Ils avoient oublié comme avec tant de gloire Ils ravirent du Nil l'honneur et les thresors, Qui leur fit surmonter tant de foudres de guerre Pour se faire un chemin malgré tous les efforts De l'onde et de la terre. Pour punir ce mépris, déjà dessus leurs testes Ses bras s'armoient contre eux de ces mesmes tempestes Dont il avoit pour eux terrassé tant de rois; Mais comme il foudroyoit ce peuple temeraire, Moyse, par ses cris, encore cette fois Appaisa sa colere. Bien qu'avec tant de soin Dieu protegea leur fuite, Ce peuple, impatient d'estre sous sa conduite, Se vouloit soûlever contre ses saintes loix, Et, méprisant sa grace et sa bonté profonde, Ils doutoient de la foy de celuy dont la voix S'espand par tout le monde. Lors Dieu leva la main pour leur ruine entiere, Jura que le desert seroit leur cemetiere, Que tous leurs successeurs seroient toûjours errans, Et souffriroient sans fin, pour leur lasche commerce, De differentes loix et de divers tyrans L'oppression diverse. Cela n'empêcha pas à ces opiniastres D'adorer Belphegor et se rendre idolatres D'un dieu de qui les yeux n'ont jamais vû le jour; Ils font à ses autels des voeux illegitimes, Ils y font leur offrande, et mangent au retour Leurs profanes victimes. Lorsque, pour leur erreur et pour leurs adulteres, Le seigneur meditoit des chastimens severes Dont il les vouloit tous également punir, Du sage Phineés la vengeance soudaine Au gré de ce vray dieu fit d'un seul coup finir Son courroux et leur peine. Dieu, pour les rafraischir aprés leurs longues courses, Voulut que des rochers il distillast des sources, Et rend Moyse auteur d'un effet si fameux; Mais un si grand miracle estoit sans apparence, Et le prophete alors manque de foy comme eux, Et comme eux d'esperance. Toûjours au roy des rois ces peuples sont rebelles. Lors qu'il s'en veut servir contre les infidelles, Au lieu de les combattre, ils en sont pervertis; Ils se laissent gagner par leurs raisons frivoles, Ils servent aux faux dieux, et, comme les gentils, Encensent les idoles. La cruauté s'ajouste à leur idolatrie : Aux champs que sa bonté leur donnoit pour patrie Ils offrent aux autels ce qu'ils ont de plus cher; L'erreur de Chanaan, fatale à leurs familles, Les fait pour les faux dieux tout le sang épancher Des garçons et des filles. De ces impietez la terre ensanglantée Rend de ce dieu tout bon la justice irritée : Il abandonne ceux dont il estoit l'appuy; Il voit avec horreur, comme un climat sauvage, Les champs que ses bontez ont pour eux et pour luy Pris pour leur heritage. Lorsqu'ils perdent sa grace, ils perdent la puissance; L'ennemi les remet sous son obeissance; Ceux qu'ils avoient vaincus deviennent leurs vainqueurs, Et la necessité, qui domte les plus braves, Fit par ce changement soûmettre ces grans coeurs Aux loix de leurs esclaves. Quelquefois le seigneur modere sa colere, Et d'un oeil de pitié regarde leur misere, Relasche un peu les fers de la captivité; Mais ce peuple, entâssant offense sur offense, Lassoit également, par son impieté, Sa foudre et sa clemence. Aussi-tost qu'il voyoit leurs ames, affligées Sous le faix des ennuis dont elles sont chargées, Soûpirer à ses pieds l'horreur de leurs pechez, Il impose aussi-tost silence à ses tempestes, Et voudroit retenir les foudres décochez Sur leurs coupables testes. Il fit voir au tyran de qui les dures chaisnes Faisoient à ses captifs endurer tant de gesnes, Qu'il devoit moderer son inhumanité; Et que, s'il a sur eux obtenu la victoire, Ce n'estoit qu'à luy seul, qu'ils avoient irrité, Qu'il en devoit la gloire. Redonne, grand pasteur, de plus doux pasturages À ce chetif troupeau que loin de nos rivages La crainte et le malheur égara tant de fois; Reprens-en la conduite, et, par cet heureux change, Réuni pour jamais nos ames et nos voix Pour chanter tes loüanges. Nous dirons que le verbe accomplit les miracles Qui furent de tout temps promis par les oracles, Qu'il est seul de Jacob l'asyle et le support; Et feront des hebreux les veilles glorieuses Que leur plume et leur voix du temps et de la mort Seront victorieuses. PSEAUME 106 Celebrons le pouvoir qui preside aux combats; Lors que dans le peché nostre ame se déborde, Le seul port de salut qui nous reste ici bas Est dans l'immensité de sa misericorde. Ceux que le soleil brûle au rivage du Nil, Les sarmates glacez, les scythes et les perses, Raconteront un jour combien en nostre exil Le seigneur nous a fait surmonter de traverses. Ils diront que, bannis dans un desert lointain Qui ne produisoit rien pour nostre nourriture, Nous endurions la soif, nous endurions la faim, Et n'avions que le ciel pour toute couverture. Parmi tant de malheurs compagnons de nos jours, Nous mismes au seigneur toute nostre esperance, Il écouta nos cris, il nous donna secours, Et nous rendit la vie aveque l'assurance. Il nous servit de guide à passer les deserts, Il nous fit à la force ajouster l'industrie; Il veut qu'aprés avoir tant de malheurs soufferts Nous puissions en repos revoir nostre patrie. Afin que nos neveux ne puissent oublier Combien il nous a fait surmonter d'avantures, Doit-on pas, d'âge en âge, à jamais publier La grandeur de son nom dans les races futures? Lors que la faim les presse, il prend toûjours le soin D'offrir à leurs repas ses celestes viandes; Toûjours il assista ses peuples au besoin, Et toûjours fut propice à leurs justes demandes. Et quand les cachots noirs et la captivité Leur faisoient expier la peine de leur crime, Son coeur fut attendri de leur calamité Et modera contre eux son couroux legitime. Parmi tant de malheurs compagnons de leurs jours, Ils mirent au seigneur toute leur esperance; Il écoute leurs cris, il vient à leur secours, Il leur rend à la fois la vie et l'assurance. Quand le Nil dans ses flots preparoit mille morts Pour assouvir contre eux ses immortelles haines, Dieu mit en liberté leurs ames et leurs corps En leur rendant sa grace et les tirant des chaisnes. Donc, afin que nos fils ne puissent oublier Celuy qui nous fait vivre aprés tant d'avantures Doit-on pas, d'âge en âge, à jamais publier La grandeur de son nom dans les races futures? Quelle chaisne de fer, quelle porte d'airain Ne se brise ou ne s'ouvre à sa seule menace? Est-il quelque pouvoir, ou juste, ou souverain, Dont il n'ait à ses pieds humilié l'audace? Ces ames dont l'orgueil méprisoit son appuy, Si tost qu'un saint remords baigne leurs yeux de larmes, Et que dans leurs malheurs ils ont recours à luy, Aussi-tost son courroux laisse tomber ses armes. Cet excés de bonheur ne les peut contenter; Leur ame est insipide aux plaisirs de la vie, Et, dans cette langueur, semble se dégouster Des mets les plus exquis dont leur table est servie. Parmy ces longs ennuis compagnons de leurs jours, Leur esprit met en Dieu toute son esperance; Il écoute leurs cris, il vient à leur secours; Il leur rend à la fois la joye et l'assurance. Quand dans leurs corps mourans les remedes humains Ne peuvent retenir leur ame qui s'envole, Celuy qui tient la vie et la mort en ses mains Leur rend la guérison d'une seule parole. Donc, afin que les ans ne fassent oublier Qu'il peut de tant de biens combler ses creatures, Doit-on pas, d'âge en âge, à jamais publier La grandeur de son nom dans les races futures? Que, dans le souvenir de ces faits glorieux Dont les siecles passez ont orné leur histoire, Nostre ressentiment, d'un soin devotieux, Puisse du tout-puissant conserver la memoire! Les avares nochers qui des flots inconstans Ont veû dans l'ocean déborder la licence Y peuvent du seigneur connoistre en mesme temps Et la misericorde et la toute-puissance. Si tost qu'il l'a permis, les vents courent les airs, Arrachent des vaisseaux masts, antennes et voiles, Les font precipiter des cieux dans les enfers, Et des gouffres profonds remonter aux estoiles. Le patron, effrayé, quitte le gouvernail, Court d'un pied chancelant relascher les cordages; Chacun, en l'imitant, va confus au travail, Pour combattre, en cedant, la fureur des orages. Lors, se voyant si prés de la fin de leurs jours, Les nochers ont en Dieu toute leur esperance; Il écoute leurs cris, il vient à leur secours, Il leur rend à la fois la vie et l'assurance. Il regarde en pitié l'effroy des matelots, Il chasse la terreur de leurs ames timides; L'azur du ciel serain, se mirant dans les flots, Unit de leur crystal les vagues et les rides. Vous qu'il a tant de fois retirez des hazards, Celebrez son amour si rempli de tendresse, Et faites qu'à Sion à jamais les vieillards La puissent imprimer au coeur de la jeunesse. Lors que l'on a sa gloire et son nom dédaignez, Sa bonté paternelle est sourde à nos prieres, Et pour secher les eaux dont les champs sont baignez, L'on voit que dés leur source il tarit les rivieres. Le malheur ici bas se rend universel, Et les plus gras terroirs n'ont pas plus d'avantage Que s'ils n'estoient fumez et semez que du sel Que l'escume des flots jette sur le rivage. Quelquefois il fait voir, par des effets nouveaux, Aux deserts qui n'ont d'eau que celle des orages, Dans des lits toûjours verts s'écouler des ruisseaux De qui les flots d'argent baignent les pasturages. Dés-lors on vit les champs tous les fruits rapporter Que prepare aux mortels sa haute providence; Dés-lors les malheureux y viennent habiter, Et dés-lors la disette y trouve l'abondance. Là, de leurs longs ennuis les peuples soulagez Rendent par leur travail les campagnes fertiles, Leurs toits couverts de chaume en palais sont changez, Et leurs hameaux épars en de superbes villes. Tant que Dieu pour son peuple a de l'affection, Dans l'aise et les plaisirs son long âge s'écoule; Mais quand il est privé de sa protection On ne voit que malheurs qui luy viennent en foule. Il met dans le mépris les plus grans potentats, Il leur oste l'esprit à regir leurs provinces; Ils errent, vagabons, chassez de leurs estats, Et suivent laschement la cour des autres princes. Mais du pauvre abattu par la necessité Il releve les biens, le nom et la puissance; Et fait dans sa maison que sa posterité Passe de ses agneaux le nombre et l'innocence. Et lors on voit punir ces orgueilleux tyrans, Et l'excés des honneurs qu'aux humbles il octroye; Les sages, contemplans ces effets differans, Sont remplis à la fois de merveille et de joye. PSEAUME 107 Aprés tant de bienfaits que j'ay receus de toy, Dois-je pas, d'un esprit plein d'amour et de foy, Publier tes merveilles? Ô dieu, dont la grandeur ne se peut concevoir, Permets qu'en celebrant ta gloire et ton pouvoir, Ma voix puisse charmer les coeurs par les oreilles. Toy qui, dès mon matin, m'as couvert de splendeur, Lumiere des esprits dont la celeste ardeur A mon ame ravie, Muse, dont l'entretien adoucit mes ennuis, Et qui, dans le travail où je passe les nuits, Eternise mon nom et consomme ma vie! De mon âge panchant dix lustres sont passez, Depuis que nous chantons ces desirs insensez Pour qui mon coeur soûpire; Un plus digne sujet nous invite aujourd'huy À celebrer la gloire et l'amour de celuy Qui sur le firmament establit son empire. Eleve toy, seigneur, et du plus haut des cieux, Pour soûmettre à tes loix les coeurs audacieux, Arme-toy du tonnerre; Délivre tes enfans des mains des ennemis, Soûmets à leur pouvoir ceux qui les ont soûmis, Et rempli de ton nom tout le rond de la terre. Mais que devons-nous plus ou craindre ou desirer? N'avons-nous pas les biens que nous fit esperer La voix de ses oracles? Nous partageons Sichem entre nos combatans, Et ce riche valon où depuis si long-temps Les peuples de Sucot tendent leurs tabernacles. Galaad m'obeït, Manassés est à moy, Ephraïm m'a rendu des preuves d'une foy Exemte d'artifices; Je regne dans Juda plein d'honneur et d'appas, Et de quelque costé que je porte mes pas, Les plaines de Moab me comblent de delices. Quand j'auray terrassé ces thrônes glorieux, J'iray porter partout, comme un victorieux, Des loix dans l'Idumée. Je veux lors, comme ami, passer dans les estats De tous nos alliez, des justes potentats, Et sur ceux des tyrans entrer à main armée. Mais, qui me peut aider à forcer ces ramparts, Ces tours, ces bastions, qu'on voit de toutes parts Flanquer leurs citadelles, Que celuy qui regit l'un et l'autre horizon, Et qui seul, sans secours, par force ou par raison, Peut soûmettre à ses loix l'orgueil des infidelles? Si tu nous prens, seigneur, en ta protection, Et souffres que ta grace en nostre affliction Ne soit point inflexible, Ton support nous fera triompher du malheur, Et fera que des tiens l'indomptable valeur Rendra dans les combats l'impossible possible. PSEAUME 108 Grand dieu, qui connois l'injustice, La calomnie et l'artifice Qui taxe ma fidelité, Fay voir au jour mon innocence, Pour dissiper l'obscurité De cette noire médisance. Tu sais de quelle ingratitude Ces gens, nez à la servitude, M'ont perdu dans l'esprit du roy. Mes faveurs s'en vont en fumée; Ils ne pensent jamais en moy Que pour noircir ma renommée. L'amitié qu'ils m'avoient jurée Devoit estre plus assurée, Ayant des liens si parfaits. Je voudrois, comme ces parjures Veulent oublier mes bienfaits, Pouvoir oublier leurs injures. Mais l'offense que j'ay receuë D'une ame dans l'enfer conceuë Ne peut s'effacer de mon coeur Que lors que je verray ce traistre Souffrir comme moy la rigueur De la colere de son maistre. Qu'à la face de la justice, À son discours plein d'artifice Aucun n'ajouste plus de foy; Et, pour convaincre cet infame, Les hommes puissent comme toy Lire jusqu'au fond de son ame. Qu'il meure au fort de sa jeunesse; Qu'un estranger de sa richesse Dépoüille sa posterité, Et que sa miserable vefve Jamais dans sa necessité Aucune assistance ne treuve. Que sa famille vagabonde Porte en tous les climats du monde Sa tristesse et son desespoir; Et que son extréme misere Le contraigne de recevoir Le pain d'une main estrangere. Qu'un usurier dur et corsaire, Dont la charité mercenaire Secoure au besoin l'indigent, Tapisse la place publique De ces meubles d'or et d'argent Dont son palais est magnifique. Que tout le monde le délaisse, Que son malheur jamais ne cesse, Et que tout soit sourd à ses voeux; Qu'il meure sans nom et sans gloire, Et que ses enfans avec eux Puissent enterrer sa memoire. Que tu le prives de ta grace, Que tous les crimes de sa race Luy soient aux enfers reprochez; Et que cette ame de vipere Y porte avecque ses pechez Ceux de sa mere et de son pere. Que le seigneur jamais n'accorde Ni pardon, ni misericorde, À ceux qui n'en ont point pour moy; Et que la disgrace et l'absence À jamais éloignent du roy L'oppresseur de mon innocence. Puisqu'il desire, en sa malice, Que ta colere le maudisse, Qu'il en soit maudit pour jamais; Et, puisque jamais il n'aspire À la grace que tu promets, Que jamais elle ne l'inspire. Qu'il ne soit aidé de personne, Que le desespoir l'environne Comme un funeste habillement; Qu'il brûle et jamais ne consume Dans un feu prompt et vehement D'huile, de souffre et de bitume. Tel que d'une ardente fournaise S'élance, au travers de la braise, Un torrent de flâme et de fer, Tel soit le bain où cet infame À jamais lave dans l'enfer Les impuretez de son ame! Puissent en de pareils supplices À jamais expier leurs vices, Par les ordres du roy des rois, Tous ceux dont la haine et l'envie Me veulent ravir à la fois L'honneur, la fortune et la vie! Dieu, protecteur de la justice, Permets qu'à toy seul je m'unisse Par l'amour, la grace et la foy; Dans mon incurable souffrance J'ay toûjours esperé de toy Mon repos et ma délivrance. Mon corps, qui, toûjours sec et blesme, N'est plus que l'ombre de soy-même, Change de place incessamment, Et, s'agitant sans intervalle, Imite, en ce prompt changement, La sauterelle et la cigalle. Les méchans, voyant ma foiblesse, Et mon coeur, qui de la tristesse Se rend le déplorable objet, En ont augmenté leur furie, Et leur semble moins un sujet De pitié que de mocquerie. Sois mon protecteur, sois mon maistre; Fais à ces ingrats reconnoistre La force dont tu me défens, Et que tes grandeurs éternelles Savent proteger tes enfans Et confondre les infidelles. Je ne crains point leur médisance, Lors que je puis en ta presence Témoigner ma fidelité; Et veux, quelque mal qui m'avienne, Rire de leur calamité Ainsi qu'ils ont fait de la mienne. Si jamais leur troupe ennemie Est couverte de l'infamie Qu'elle vomissoit contre moy, Alors en ton nom mes pensées Dessus les aisles de la foy Seront jusqu'au ciel élancées. Elles diront que ta puissance Est le support de l'innocence, Qu'elle ne l'abandonne point, Et que, malgré l'ire et l'envie, Tu sais conserver de ton oint L'honneur, la fortune et la vie. PSEAUME 109 Avant le temps, le lieu, la forme et la matiere, Celuy qui seul estoit la vie et la lumiere, Dit à son fils, qui nous a rachetez : Assied-toy sur mon thrône et prens part à ma gloire, En attendant l'honneur de la victoire Qui doit mettre à tes pieds tes ennemis domtez. Ce sera dans Sion que tu prendras tes armes, Ton regne s'estendra par le sang et les larmes Que verseront nos fidèles amis; La croix sera ton sceptre, et, par cette puissance, Tu feras voir sous ton obeissance Les rois et leurs sujets également soûmis. Ceux qui dès le berceau n'ont desiré de vivre Que pour l'affection qu'ils avoient de te suivre En tes combats auront le premier rang, Jusqu'à tant que la foy, l'amour et le martyre Les fassent seoir au thrône de l'empire, Que cent lustres auront cimenté de leur sang. À l'instant cette voix, où la verité tonne, Jura, par les rayons dont son chef se couronne, Qu'il t'envoyeroit avecque les mortels; Et que, verbe incarné, tu serois sur la terre Non seulement dieu de paix et de guerre, Mais le pontife encor de tes propres autels; Que, de Melchisedec confirmant les maximes, On offriroit, au lieu de sanglantes victimes, Ton propre corps sous le pain et le vin, Et que, t'accommodant à la foiblesse humaine, Tu voilerois sous les mets de ta cene La trop vive splendeur de ton estre divin. Ceux qui, dans le mépris de la foy de leurs peres, Ont fait leurs propres sens juges de ces mysteres, Seront punis en ta juste fureur; Le seigneur, qui toûjours à ta dextre se place, Par sa puissance abatra leur audace, Et par sa verité confondra leur erreur. Sa colere jamais ne posera les armes Qu'elle ne soit esteinte en un torrent de larmes Qu'un saint remords tirera de nos yeux; L'idolatrie, alors pour jamais estouffée, Verra l'eglise élever un trophée Sur le honteux débris des temples des faux dieux. PSEAUME 110 Je veux, seigneur, que par tout l'univers En ton eglise on lise dans mes vers Combien ton nom est doux à ma memoire, Mais, quelque feu divin qui me puisse animer, Mon coeur, en ce transport, ne sauroit exprimer L'excés de son amour ni l'éclat de ta gloire. Le jour, la nuit, les cieux et leur splendeur, Du tout-puissant témoignent la grandeur À ceux qui sont ses vivantes images; Mais la grace et la foy, qui leur servent d'appuy, Et que l'on reconnoist ne tenir que de luy, Sont de ce createur les plus dignes ouvrages. L'esprit humain peut-il rien concevoir De merveilleux comme l'est son pouvoir, Et sa bonté n'est-elle pas extréme? Pour nourrir nostre corps il nous donne icy bas Tout ce qu'il y produit d'utile à nos repas; Mais pour nourrir nostre ame il se donne luy-mesme. On voit l'effet de ce qu'il a promis À surmonter l'orgueil des ennemis Qui dans Sion fit tant de violence : Leurs royaumes conquis sont au sien ajoustez; Nos armes ont mis bas ces peuples indomptez Dont la bonne fortune augmentoit l'insolence. Des innocens il est le protecteur, Des repentans il est le redempteur, Sa seule grace est nostre confiance. Afin que son amour dure à l'éternité, Quand il s'est allié de nostre humanité, N'a-t-il pas de son sang signé nostre alliance? Il veut nos coeurs, il les lui faut donner; À nous punir comme à nous pardonner On reconnoist sa bonté paternelle. Son nom est redoutable autant qu'il est sacré. La peur de l'offenser est le premier degré Par où nous monterons à la vie éternelle. Dans cette crainte est le commencement De la vertu par qui si dignement L'homme s'acquiert la veritable gloire; Par elle tous les vents le conduisent au port, Et jamais ni l'oubli, ni le temps, ni la mort, Ne peuvent de son nom effacer la memoire. PSEAUME 111 Heureux qui sert Jesus sans espoir de salaire, Et qui craint moins l'enfer que la juste colere De ce dieu qui pour nous n'est qu'amour et bonté! Que s'il regle ses moeurs aux lois qu'il a prescrites, Il se peut assurer qu'à jamais ses merites Seront les artisans de sa felicité. Pour adoucir l'ennuy de ses vieilles années, Il voit ses chers enfans, dont les ames bien nées De l'amour paternel serrent les doux liens, Et toûjours la vertu, compagne de leur vie, Porter à la fortune une secrette envie, Et les combler de gloire autant qu'elle de biens. La justice qu'il garde en sa bonne conduite Luy fait incessamment voir une heureuse suite De charges et d'honneurs en sa famille entrer; Et la finesse humaine, en malice feconde, N'apporte aucun nuage aux affaires du monde, Où son clair jugement ne puisse penetrer. Dieu, qui le voit toûjours d'un regard favorable, Fera qu'à son exemple il sera secourable À ceux dont le malheur est l'unique defaut; Et, quand la pauvreté leur declare la guerre, Il leur fait part des biens qu'il possede en la terre Pour avoir part à ceux qu'il espere là haut. Lors que les envieux, dont l'injuste manie Ne fonde ses desseins que sur la calomnie, Pour le perdre d'honneur le déchirent par tout, Il n'en redoute point la langue envenimée, Il conserve toûjours sa bonne renommée, Il les jette par terre et demeure debout. Sa liberalité rend sa bourse commune; Sans trouble il voit l'envie aboyer sa fortune; De tous ses ennemis il fait des malheureux, Et, malgré leurs efforts, sa probité sans tache, Qui, dans un coeur ouvert, aucun vice ne cache, Se fait toûjours paroistre invincible pour eux. PSEAUME 112 Vous que la foy, l'amour et le courage Ont attachez à servir les autels, Chantez sans fin, jusques au dernier âge, Du tout-puissant les honneurs immortels, Sur les deux bords de l'Euphrate et du Tage. Il donne l'estre à tout ce qui respire, Il est le seul qui n'a point de pareil; Dans sa lumiere, où luy-mesme s'admire, Nostre soleil cesse d'estre soleil, Et tous les cieux tournent dans son empire. Ces grans heros, ces grans foudres de guerre, N'ont rien d'égal à son divin pouvoir; Dessous leurs pieds il fait trembler la terre, Et sur leur teste il fait ouïr et voir Flamber l'éclair et gronder le tonnerre. Ceux qui pour thrône avoient une logette, Et pour royaume un parc plein de brebis, Par ses bienfaits ont chassé la disette, D'or et de soye ont orné leurs habits, Et mis le sceptre où régnoit la houlette. Son précurseur en cela le seconde, Qu'Elizabeth hors d'âge le conceut; Et quand Marie a mis ce verbe au monde, Le saint esprit, qu'elle creut et receut, Fit que de vierge elle devint feconde. Tous les effets de cet estre impassible Font-ils pas voir qu'il n'a rien de commun, Que sa grandeur est incomprehensible, Que son pouvoir et son vouloir n'est qu'un, Et qu'en luy seul l'impossible est possible? PSEAUME 113 Quand le sang de Jacob eut, sous la servitude Que les tyrans du Nil luy rendirent si rude, Accompli les longs ans qui lui furent prefix, Sion, qui jouissoit d'un bonheur sans exemple, Vit en foule remplir sa tribune et son temple Des captifs qui sortoient des prisons de Memphis. La mer fuioit devant leur sainte colonie, Quand Dieu la retira de cette tyrannie, Où jamais le soleil ne leur fit de beaux jours : Et soit pour admirer leur genereux prophete, Ou pour favoriser son heureuse retraite, Les ondes du Jourdan rebrousserent leur cours. Quand le Nil entendoit les peuples de sa rive Regretter cette troupe heureuse et fugitive, Dont le dieu de Jacob se fit le conducteur, Dans la fin des ennuis dont elle fut la proye Les montagnes sautoient, pour témoigner leur joye, Ainsi que des brebis autour de leur pasteur. Pourquoy, mer, à l'abord d'une troupe si sainte Te voyons-nous fremir et t'enfuïr de crainte, Toy qui la mets au front des plus fiers matelots? Et toy, Jourdain, l'honneur de la plaine Idumée, Qui te fait retarder ta course accoustumée Et fendre dans ton lit le crystal de tes flots? Qui vous faisoit sauter, orgueilleuses montagnes, Quand le dieu de Jacob entroit dans vos campagnes? Estoit-ce par son ordre, ou par estonnement? Les secrets du seigneur sont incomprehensibles : Pour se faire honorer des choses insensibles, Peut-il pas leur donner l'âme et le mouvement? Toute la terre tremble à sa seule menace; Il donne aux plus hauts monts à jamais la bonace, Audessus des broüillars et des vents inconstans, Et des plus durs rochers fait jaillir des fontaines De qui les flots, lassez de courir, dans les plaines, Sur des lits de pavots, dorment dans les estangs. Soit qu'il verse la manne ou qu'il lance la foudre, Soit qu'il brise nos fers et fasse dans la poudre Precipiter l'orgueil des fronts imperieux, Sa bonté dans la paix, son pouvoir dans la guerre, N'ont pour but principal, au ciel et sur la terre, Que de rendre son nom à jamais glorieux. Mais, seigneur, quand ta grace obtient de ta puissance De redonner aux tiens leur premiere innocence, Et les rendre aux combats heureux et triomphans, Ne fais-tu pas connoistre à la troupe infidelle, Que du plus haut des cieux ta bonté paternelle Prend encore ici-bas le soin de tes enfans? Du metal inutile, autant comme il est rare, Que le soleil à peine en dix siecles prepare, L'aveugle idolatrie en fait ses plus beaux dieux; Et, si quelque beauté brille en cette matiere, L'astre dont il la tient doit-il pas sa lumiere Au seul Dieu tout-puissant qui regne dans les cieux? Ces images qu'en vain on croit estre animées, Et ces bouches que l'art tient à jamais fermées, Par le silence seul répondent aux mortels. Leurs yeux ne peuvent voir les vertus ni les crimes; Pour eux, et non pour eux, on pare les victimes Que le peuple idolatre offre sur leurs autels. C'est en vain que, pour plaire à ces sourdes idoles; Nous accordons nos luts, nos chants et nos paroles; Dans leurs temples en vain on fait fumer l'encens : Ces parfums, ces concerts, ces aimables merveilles Qui charment l'odorat, qui charment les oreilles, De leurs plus doux apas ne touchent point leurs sens. Les timides mortels qui craignent leur justice Font en vain, pour avoir leur deïté propice, Offrande sur offrande aux autels entâsser. Si ces dieux ont des mains, ces mains sont inutiles Qui, ne pouvant jamais estre autres qu'immobiles, Ne nous peuvent punir ni nous recompenser. Leurs jambes et leurs pieds, toûjours en mesme place, Ne sont que les piliers de leur pesante masse, Qui ne sçauroit sur eux ni marcher ni courir; Elle n'a point de voix pour répondre à nos plaintes, Et dans nos déplaisirs, nos dangers et nos craintes, Ne se pouvant mouvoir, ne nous peut secourir. Dans l'abus general de ces riches statuës Qu'ont l'art, l'or et la soye à l'envi revestuës, Et dont le vain pouvoir s'est rendu si fameux, Que ceux dont les erreurs nos veritez ignorent, Et qui de ces faux dieux les images adorent, Puissent estre à jamais immobiles comme eux. Mais ceux que le seigneur de ses graces éclaire, Ses dignes serviteurs, qui dans le sanctuaire Offrent à ses autels leur pure affection, Couleront tous leurs jours sans ombre et sans nuage, Et peuvent s'assurer, au plus fort de l'orage, De se mettre à l'abri de sa protection. Le monarque des cieux, qui par tout nous regarde, Est l'éternel support et l'éternelle garde De ceux qui dans ses loix bornent leur volonté, Et dont l'esprit devot, desireux de luy plaire, Le sert comme son dieu, l'aime comme son père, Et, craignant sa justice, espere en sa bonté. La foy de leurs ayeuls, dont leur ame est suivie, Avecque la raison vient éclairer leur vie. Si-tost que de leur mere ils quittent le giron, Il benit leurs desseins, il benit leur fortune, Et benit avec eux d'une grace commune Les peuples d'Israël et les enfans d'Aaron. Pour vous, sages hebreux, sa main est liberale; Aux grans comme aux petits elle est toûjours égale, Elle donne à chacun ce qu'il a merité; Toûjours elle travaille et jamais ne se lasse, Et ce mesme pouvoir qui vous comble de grace Comblera de bonheur vostre posterité. Vous estes les eleus du redempteur du monde; Vous sentirez l'effet de sa bonté profonde. Le monarque éternel vous aime plus que tous : Vous marcherez là haut sur ses grans luminaires. La terre est le sejour des ames ordinaires, Mais le ciel le sera du seigneur et de vous. Dieu n'entend point chanter ses loüanges celebres À ceux qui, loin du jour, sont bannis aux tenebres Qu'appreste sa justice au gouffre des enfers; Mais vous qui sur la terre admirez ses merveilles, Tandis que vous vivrez, vous emploirez vos veilles À louër le pouvoir qui vous tira des fers. PSEAUME 114 Quand le seigneur, exauçant mes prieres, Me donne des lumieres Pour conduire mon ame en l'immortalité, Qu'elle se voit de ses fers dégagée, N'est-elle pas à jamais obligée D'admirer sa puissance et d'aimer sa bonté? Si-tost qu'il voit que la peur des supplices Que meritent mes vices Fait éclatter ma plainte et mes justes remords, Il se flechit, ma grace est asseurée, Et de la mort qui m'estoit preparée Il délivre mon ame aussi-bien que mon corps. Il est content de nos moindres offrandes Autant que des plus grandes; Il a des plus petits le bien multiplié. Ses bras, l'appuy de ma foible innocence, Se sont toûjours armez pour ma defense; Mais, pour me relever, ils m'ont humilié. Enfin, aprés tant de sujets de larmes, La justice des armes A terrassé l'orgueil des esprits factieux. L'air est serain, nos orages sont calmes; Nous jouïssons, à l'ombre de nos palmes, D'un repos aussi doux comme il est glorieux. Et, retirant mon ame criminelle De la mort éternelle, Il chasse avec mes pleurs l'ennuy qui les produit. Mes jours en paix accompliront leur terme, Et pas à pas, d'un marcher seur et ferme, Suivront l'estroit chemin où la foy nous conduit. Puisqu'à luy seul je dois la delivrance De ma longue souffrance, Et que tous mes malheurs sont par luy surmontez, Tant que mon ame, à mon corps asservie, Entretiendra ma chaleur et ma vie, Tous mes desirs seront de plaire à ses bontez. PSEAUME 115 L'eternel est le seul asyle Où la foy me fait aspirer; L'appuy du monde est trop fragile : On ne s'y doit point assurer. Sait-on pas que, dés sa naissance, Il a perdu son innocence, Qu'il a produit des imposteurs, Que l'âge d'or n'est qu'une fable, Que tous les hommes sont menteurs, Et que Dieu seul est veritable? Mais dequoy peut-on reconnoistre Les biens qu'il nous fait chaque jour, Où l'on voit à la fois paroistre Sa providence et son amour? Sa grace toûjours persevere Depuis qu'on vid sur le calvaire Ce que sa bonté nous valut. J'en garde à jamais la memoire : Ce qu'il souffrit pour mon salut, Je le veux souffrir pour sa gloire. Ô! Combien sont dignes d'envie Ceux qu'un peuple void pour la foy Dans leur sang esteindre leur vie Et sans regret et sans effroy! Que cette mort a de delices! Que ces gesnes et ces supplices Causent un doux ravissement À l'ame devote et fidelle Qui peut, dans cet heureux moment, Meriter la vie eternelle! C'est le plus grand heur où j'aspire; Mais celuy seul que je cheris À la couronne du martyre N'appelle que ses favoris, Et n'a rien de plus agreable Que la constance invariable Dont ces esprits sont animez, Qui font luire au milieu des flâmes Par qui leurs corps sont consumez Ce beau feu qui brusle leurs ames. Seigneur, rend moy ces témoignages De ta paternelle bonté, Que j'imite ces grands courages En effet comme en volonté. Suis-je pas fils de ta servante, De qui toute la terre vante L'amour et la fidélité, Et qu'au ciel mesme l'on estime Digne d'avoir la qualité De ton espouse legitime? C'est dans les ennuis et les peines Que ton saint esprit m'a touché, Que ta grace a rompu les chaisnes Qui m'avoient au monde attaché. Vainqueur de moy-mesme et du vice, Je veux t'offrir en sacrifice Mon coeur bruslé de ton amour, Et veux, comblé d'heur et de gloire, Chanter à jamais à la cour Le triomphe de ma victoire. PSEAUME 116 Vous sur qui le soleil pousse l'aube et la suit, Vous sur qui sa lumiere est au soir effacée, Vous sur qui sa chaleur, justement dispensée, Sous un air temperé l'abondance produit; Vous pour qui le soleil brûle plus qu'il ne luit, Quand sa flâme est à plomb comme foudre lancée; Vous, habitans du nort, qui, sous l'Ourse glacée, Faites l'an d'un seul jour et d'une seule nuit; Vous tous que le seigneur a creez pour sa gloire, Vous tous qui de son nom honorez la memoire, Admirez sa puissance, à qui tout se soûmet; Et pour l'éternité que les coeurs des fidelles S'offrent également au seul qui leur promet À tous également ses graces éternelles. PSEAUME 117 Chrestiens, publions nuit et jour Que le seigneur jamais ne nous dénie Sa gloire et son amour, Et que pour les pecheurs sa grace est infinie. Qu'Israël confesse aujourd'huy Que des bons rois, exemts et tyranie, Il est le seul appuy, Et que pour les pecheurs sa grace est infinie. Qu'Aron, dont la posterité Est aux autels de ses graces munie, Celebre sa bonté, Qui rend pour les pecheurs sa clemence infinie. Que ceux qui, dans l'aveuglement, Ont de la foy leur ame desunie, Sachent qu'également Pour eux, comme pour nous, sa grace est infinie. Si-tost qu'en mon affliction J'ay de mon dieu la bonté reclamée, Par sa protection, N'ay-je pas relevé ma puissance opprimée? Si le seigneur est mon support, De quel geant, de quel foudre de guerre, Malgré tout leur effort, Ne verray-je à mes pieds l'orgueil mordre la terre? Des plus fiers tyrans d'ici-bas Je voy dés-ja les fureurs estouffées, Et le dieu des combats Dés-ja sur leur ruine élever mes trophées. Le ferme appuy de nos estats Est au seul Dieu qui lance le tonnerre, Plus qu'à ces potentats De qui le vain support n'est que paille et que verre. Sortis-je pas à mon honneur Lors qu'investi d'un peuple plein d'audace, Par l'appuy du seigneur, Les armes à la main je me fis faire place? Environné de toutes parts, Je n'entendois que cris à mes oreilles De ces peuples épars, Bruyans et voltigeans comme un essain d'abeilles. Ils se dissipent à l'instant Par le secours des puissances divines, Et ne durent pas tant Que le feu qui s'allume au milieu des espines. Quand l'attaque d'un puissant roy Fit dans mon camp chanceler la victoire, Dieu combattit pour moy, Et releva d'un coup ma fortune et ma gloire. C'est ma force, c'est mon salut, C'est luy qui rend mes estats pacifiques, C'est luy pour qui mon lut Fera jusques au ciel resonner mes cantiques. Que tous mes peuples assemblez Dans mon palais, où luit l'or et la soye, Par leurs cris redoublez Témoignent avec moy leur veritable joye. C'est par la main du roy des rois Que je soûmets l'orgueil qui se déborde; C'est par ses saintes loix Que j'ay dessous mes pieds enchaisné la discorde. C'est sa main qui fut mon support, Et qui, malgré l'injustice et l'envie, Qui conspiroient ma mort, Conserva mon honneur, ma couronne et ma vie. Le seigneur m'esprouve souvent, Son chastiment tous mes crimes efface; Et comme auparavant À mes justes remords il redonne sa grâce. Ouvrez-moy doncque sa maison; N'y puis-je pas d'un coeur purgé de vice Faire mon oraison, Et chanter sa bonté, sa gloire et sa justice? Je veux pour victime aux autels De mon amour offrir la pure flâme Au seul des immortels Qui m'a rendu la vie et du corps et de l'ame. Comme la pierre que l'on met Dans le mepris pour n'estre pas connuë, Sur le plus haut sommet Lie et soustient les murs dont elle est soustenue, Ainsi, sans nom et sans appuy, Je reünis sous mon obéissance Et soustiens aujourd'huy Ceux dont les volontez soustiennent ma puissance. Au thrône où je suis élevé, Après avoir surmonté tant d'obstacles, Il n'est rien arrivé Que ce qui fut promis par la voix des oracles. De ce beau jour que le seigneur Nous a rendu si fecond en merveilles Prolongeons la longueur Par les feux des autels et par nos saintes veilles. Grand dieu, qui vois l'ambition Et la licence où chacun s'abandonne, Pour conserver Sion, Conserves-y la paix que ta grâce lui donne. Pour perpetuer ce bon-heur, Prenons de l'an la plus belle journée, Et qu'au nom du seigneur Soit au pied de l'autel la victime amenée. Confessons qu'il est le vray dieu, Qu'il est par tout l'appuy de l'innocence, Et que tout en tout lieu Se conduit et maintient par sa toute-puissance. Tous d'une voix il faut sans fin, Aprés les biens que sa main nous accorde, Chanter soir et matin Sa gloire, sa grandeur et sa miséricorde. Ce sont les effets tout-puissans De ce seul dieu qui jamais ne denie Sa gloire aux innocens, Et qui pour les pecheurs rend sa grace infinie. PSEAUME 118 Aleph- strophe . Heureuses les ames bien nées Dont la vertu, d'un libre choix, Suit les justes et saintes loix Que le seigneur nous a données! Heureux ceux dont les actions Au tout-puissant ont fait connoistre Que leurs plus fortes passions Sont de servir un si bon maistre! Mais ceux qui ne sont éclairez De la grace qu'il nous octroye Ne seront jamais assurez De marcher dans la bonne voye. Antistrophe. Seigneur, puisque tes jugemens Veulent qu'aux lieux saints et profanes, Dans les palais, dans les cabanes, L'on suive tes commandemens, Que je puisse mourir et vivre Dans une vraye et seule foy, Et qu'à jamais je puisse suivre Les ordres qui viennent de toy : Par eux dans la mer de ce monde Ma barque est conduite à bon port, Et brave la fureur de l'onde Quand ta grace lui sert de nort. Epode. Lors d'un coeur franc je publie Tes conseils et tes bontez, Par qui ma vie est remplie De tant de prosperitez; Et si, tant que je respire, Ta grace ici-bas m'inspire Ta justice et mon devoir; Jamais faveur ni richesse, Ni menace ni promesse, Ne me pourront decevoir. Beth- strophe . Mais, seigneur, la vertu des hommes Peut-elle en leur jeune saison Eviter sans toy le poison Des vices du siecle où nous sommes? Pour moy, grand dieu, je veux toûjours, Dans mes craintes et dans mes doutes, À toy seul avoir mon recours, Quand je m'égare de tes routes; Et lors, de moy-mesme vainqueur, Je veux, loin de toute licence, Graver tes conseils dans mon coeur Pour y conserver l'innocence. Antistrophe. J'aurai sujet de te benir Si, pour bien vivre et pour bien croire, Ta grace imprime en ma memoire Les preceptes qu'il faut tenir; Ma voix, en recitant sans cesse Ce que la tienne m'a prescrit, Rendra la foy que je professe Toûjours presente en mon esprit : C'est un thresor digne d'envie, Qui rend seul les anges jaloux; C'est le seul qu'aprés cette vie Nous emportons aveque nous. Epode. Mes delices les plus grandes, C'est de penser à jamais À ce que tu nous commandes, À ce que tu nous promets. Que tes decrets equitables Puissent dans tes saintes tables Durer à l'éternité, Et que ton aimable flâme Entretienne dans mon ame Son ardeur et sa clarté! Gimel- strophe . Permets que ta bonté propice Eloigne mes jours du trépas, Afin que je puisse ici-bas Plus long-temps te rendre service; De mon esprit ouvre les yeux, Et luy donne la connoissance Combien il nous est glorieux D'estre sous ton obeissance; Et, puisqu'on ne fait que passer Comme un estranger en ce monde, Prens-y le soin de redresser Mon ame errante et vagabonde. Antistrophe. Tout Israël peut témoigner Que, dés mon âge le plus tendre, J'ay toûjours pris plaisir d'apprendre Ce que tu veux nous enseigner; Chacun sait combien tu rabaisses Ceux dont la docte vanité Des veritez que tu nous laisses Accuse la simplicité. Defen moy de la tyranie Des fiers et superbes esprits Qui mettent, par leur calomnie, Ta doctrine dans le mépris. Epode. Ces tyrans de qui l'empire Est du tien si different Recompensent du martyre Le service qu'on te rend. Dans cette injuste souffrance Je ne perds point l'assurance; Tout mon espoir est en toy, Et, sans force et sans défense, N'oppose à leur violence Que les armes de la foy. Daleth- strophe . Tu vois succomber mon courage Sous mon incurable douleur, Seigneur! Empesche le mal-heur D'achever sur moy son ouvrage; Tien moy ce que tu m'as promis; Efface de ta souvenance Tous les crimes que j'ay commis Au mépris de ton ordonnance; Grave dans mon coeur, desormais, Tes lois si pleines de merveilles, Et fay que je puisse à jamais Suivre ce que tu me conseilles. Antistrophe. Tu vois mon esprit languissant De voir ta promesse accomplie : Fay que pour moy l'on te publie Tout veritable et tout puissant, Et que ta grace, comme un phare, Aux flots dont je suis combattu, Me redresse quand je m'égare Du droit chemin de la vertu; C'est le seul où, malgré l'envie, Je veux toûjours dresser mes pas, Comme le seul par où la vie Arrive sans crainte au trépas. Epode. Le seul bien que je desire De tes immenses bontez, C'est qu'aux loix de ton empire Tu regles mes volontez, Et quand, à mes voeux propice, Tu romps les chaisnes du vice Que je porte aveque moy, Que mon ame dégagée, Et de son faix déchargée, S'esleve jusques à toy. He- strophe . Si tu veux nous monstrer la voye Que tes peuples doivent tenir, Je te promets qu'à l'avenir Nous la suivrons aveque joye. Inspire à mon entendement Les mysteres qu'il nous faut croire, Tu verras qu'éternellement J'en conserveray la memoire; Réchauffe dans moy les ferveurs D'une pieté plus parfaite, Et fay qu'en tes saintes faveurs Ma passion soit satisfaite. Antistrophe. Qu'élevé dans les hauts secrets De ton éternelle justice, De l'envie et de l'avarice Se détachent mes interests; De mon ame à jamais efface Leur vain éclat qui nous seduit Et qui nous fait perdre la trace Où ta verité nous conduit; Permets que de ta seule eglise La foy se manifeste au jour, Et que mon ame y soit soûmise Moins par force que par amour. Epode. Garanti ma renommée De ces lasches imposteurs Dont la langue envenimée Outrage tes serviteurs. Nulle bonté ne les touche, Tout ce qui part de leur bouche Est plein d'inhumanité; Mais tes loix, où je me range, Font voir un égal mélange De douceur et d'équité. Vav- strophe . Ô grand dieu! Tien-moy ta parole, Donne-moy ta protection. Tu sais qu'en mon affliction Ta seule grace me console. Je defendray ta verité Contre l'incredule ignorance, Qui rit de ma simplicité De mettre en toy mon esperance; Et la puissance de tes mains, Surmontant pour moy tant d'obstacles, Esclaircira tous les humains Des veritez de tes oracles. Antistrophe. Dans nostre immortel souvenir, Tes loix, dont tu regis les hommes, Passeront du siecle où nous sommes En tous les siecles avenir. Je puis, et sans crainte et sans gesne, Y soûmettre ma volonté, Et c'est dans cette seule chaisne Où je garde ma liberté. D'un coeur détaché de la terre Je veux publier en tous lieux Que toy seul lances le tonnerre, Que toy seul regnes dans les cieux. Epode. Dans les loix de ton empire Se bornent tous mes desirs. C'est un bon-heur où j'aspire Pour comble de mes plaisirs, Et veux conserver l'envie De passer toute ma vie Dessous tes commandemens, Reconnoissant, par espreuve, Qu'en ton seul regne l'on treuve De parfaits contentemens. Zaiin- strophe . Seigneur, garde la souvenance De ce que tu nous as promis : C'est où les fideles ont mis Leur espoir et leur assurance. C'est elle, dans mes déplaisirs, Qui calme, non moins que des charmes, Les orages que mes soûpirs Causoient dans les flots de mes larmes; Et, lors que de ces forts esprits Les vanitez démesurées Ont mis tes loix dans le mépris, C'est quand je les ay reverées. Antistrophe. Si-tost que ta juste rigueur Leur noire impieté foudroye, D'une douce et secrette joye Je me sens chatoüiller le coeur; Mais, aprés ce juste supplice, Je suis estonné quand je voy Le pecheur de qui la malice Se revolte contre ta loy. Ces vers, produits dans mon estude, Recitent tes commandemens, Et j'en fais de ma solitude Les plus doux divertissemens. Epode. J'occupe mes longues veilles, Qui font des jours de mes nuits, À reciter leurs merveilles Et l'heur que tu nous produits. Ma joye est toute parfaite, Et j'ay ce que je souhaite De tes liberalitez, Qui m'ont fait, dés mon enfance, Reconnoistre ta puissance Aux oeuvres de tes bontez. Cheth- strophe . Je n'espere mon heritage Que de ton amour paternel; C'est dans ton empire éternel Que tu m'as promis mon partage : C'est à toy seul que j'ay recours. Quand je m'égare de tes voyes, Je n'espere en aucun secours Qu'en la grace que tu m'octroyes : C'est elle de qui la clarté Dans le droit chemin me redresse, Et, me rendant la liberté, Chasse de mon coeur la tristesse. Antistrophe. Ma foy respecte aveuglément Tes loix, sans en enfraindre aucune; Dans l'une et dans l'autre fortune, Je m'y soûmets également. J'ay veû déborder la licence De nos plus mortels ennemis, Et jamais contre ta puissance Mon esprit ne s'est rien permis. Quand, la nuit, je pense aux merveilles Qui brillent sur nostre horizon, Je sens confondre dans mes veilles Mes sens, mon ame et ma raison. Epode. Fay, seigneur, que sous ton ombre, Par tes decrets absolus Je sois à jamais du nombre De tes fideles eleus, Et que tous les coeurs du monde, Par ta sagesse profonde, Connoissent avec Sion La grandeur de ta justice, De ta clemence propice Et de ton affection. Teth- strophe . À ce coup, selon ta promesse, Ne reçois-je pas chaque jour Les fruits de ton parfait amour Et de ton immense largesse? Que si je suis dans l'équité, La loy que tu m'as enseignée, Conserve pour moy la bonté Que tu m'as toûjours témoignée; Et si je me suis oublié Dans le luxe et dans l'abondance, Ne suis-je pas humilié Lors que je tombe en décadence? Antistrophe. Personne ne peut ignorer L'heur que ta bonté nous apporte; Mais appren-nous de quelle sorte L'on doit tes graces implorer. Ni le courroux ni la vaillance D'un fier et superbe vainqueur Ne peuvent par la violence Oster ton amour de mon coeur; Tes ennemis, bouffis de graisse, De gloire et de prosperité, Vainement s'efforcent sans cesse D'ébranler ma fidelité. Epode. Le chastiment équitable Que tu me fais recevoir Rend mon jugement capable De rentrer dans son devoir; Et, dans le soin de te plaire, Mon ame à jamais prefere L'heur de vivre sous tes loix Aux biens les plus desirables Qui se rendent innombrables Dans les thresors de nos rois. Jod- strophe . Toy qui m'as fait à ton image, Soûmets à jamais mon esprit À l'ordre que tu m'as prescrit, Et parfais en moy ton ouvrage. Ceux qui reverent ton pouvoir D'un saint et veritable zele Se réjoüiront de me voir Augmenter la troupe fidele; Mais, seigneur, ton affection, Qui m'a retiré de l'orage, Par une juste affliction Me veut abaisser le courage. Antistrophe. Permets, seigneur, que la pitié Aprés le chastiment severe, Moderant ta juste colere, Me redonne ton amitié; Fay moy par ta grace revivre, Et que, conduit par ta clarté, À jamais je te puisse suivre Au chemin de l'éternité; Confon ceux dont la tyranie Veut sur moy sa haine assouvir, Et qui font passer pour manie Le soin que j'ay de te servir. Epode. Que ceux dont l'ame est soûmise Aux preceptes de la foy Puissent dans la vraye eglise Se rejoindre aveque moy! Qu'avec eux, dans l'innocence, Dessous ton obeissance Conduisant mes actions, Jamais je ne puisse entendre Mes ennemis me reprendre De mes imperfections! Caph- strophe . Seigneur, je languis dans l'attente De l'heur où je dois parvenir, Et dans l'espoir de l'avenir J'adoucis ma peine presente; J'éleve à toy mes foibles yeux, Dont les clartez s'en vont esteintes. Quand veux-tu, monarque des cieux, Finir mes ennuis et mes plaintes? Mon ame s'envole de moy, Dés-ja ma chair est seiche et noire, Et tout y meurt, sinon la foy, Qui toûjours vit dans ma memoire. Antistrophe. Quand mettras-tu fin à mes pleurs? Quand mettras-tu fin à ma vie? Quand mettras-tu fin à l'envie Qui ne se plaist qu'en mes malheurs? Des discours d'un peuple incredule Je suis jour et nuit tourmenté, Et cet entretien ridicule N'a pas un mot de verité; Tout ce qui mon ame console, C'est le bien que tu nous promets, Et qu'elle sait que ta parole Ne se retractera jamais. Epode. Mais lors que plus je revere Les mysteres de ta loy, Plus le peuple persevere À conspirer contre moy; Et, parmy la multitude, Mon ame en inquietude N'a que des soins inconstants, Rassure cette craintive, Fay que plus long-temps je vive Pour te servir plus long-temps. Lamed- strophe . De ta voix les divins ouvrages Portent d'un éclat radieux Leur hauteur au dessus des cieux, Et leur durée aprés les ages; Ton immortelle verité De siecle en siecle est épanduë, Et par ta seule volonté La terre en l'air est suspenduë; Par toy les ans sont limitez, Et par ton soin sont ordonnées Les justes inégalitez Du cours des nuits et des journées. Antistrophe. C'est dans les meditations Des chef-d'oeuvres de ta parole Que je radoucis et console L'aigreur de mes afflictions; Je veux, en gardant la memoire De tes justes et saintes loix, Leur rendre hommage de la gloire Et du salut que je leur dois. Fais, ô grand dieu! Sous tes auspices, Que je regne dans l'équité; Je n'attens, dans la nuit des vices, D'autre jour que de ta clarté. Epode. Le méchant, qui dans ses pieges Tasche de me decevoir, Veut de ses mains sacrileges S'attaquer à mon pouvoir. Je connois que toute chose Que l'homme ici-bas propose À son terme limité, Que tout se change et se passe, Mais que l'oeuvre de ta grace Demeure à l'éternité. Mem- strophe . Que j'aime les loix que tu donnes! Qu'elles sont douces pour les tiens! Qu'elles nous apportent de biens! Qu'elles sont solides et bonnes! C'est par les conseils qu'ici-bas Produisent tes soins tutelaires, Plus que par l'effort de mon bras, Que je soûmets mes adversaires; Et, quand par cet art j'ay regné Au throsne où l'on m'a veu paroistre, Ceux qui me l'avoient enseigné Me reconnurent pour leur maistre. Antistrophe. Dans la paix et dans les hazards, Inspiré de ta sapience, J'ay surpassé l'experience Et la sagesse des vieillards. Cet avantage me convie À regler mes affections, Qui tiennent mon ame asservie Par tes seules instructions; Et, dans ce débord de licence Où se perdent les forts esprits, Je veux suivre dans l'innocence Le chemin que tu m'as appris. Epode. Rien n'est égal à ton regne; Dans la terre et dans le ciel Tout ce que ta voix enseigne Passe la douceur du miel. C'est ce qui fait que mon ame, Quelque esprit fort qui la blâme De trop de simplicité, Dans la nuit comme en la joye, Ne suit jamais d'autre voye Que celle de l'équité. Nun- strophe . Tu rens à mon ame timide Le courage et l'autorité; C'est de ta seule verité Que la clarté me sert de guide : Aussi, seigneur, je te promets, Quelque erreur que l'on autorise, De ne me separer jamais De l'union de ton eglise; Et, quand mes sens sont accablez D'une incomparable tristesse, Dans mes longs ennuys redoublez Je n'espere qu'en ta promesse. Antistrophe. Mais, ô le seul des immortels! Aprés une faveur si grande, Mon coeur sera la seule offrande Que j'offriray sur tes autels. Dans le dessein que je medite De vivre et mourir pour la foy, Je ne saurois de ma conduite Me fier en d'autre qu'en toy. L'ennemi veut que je succombe Dans le piege qu'il m'a caché; Mais il vaut bien mieux que j'y tombe Que dans l'abysme du peché. Epode. Je n'espere de partage Ni de peres, ni d'ayeuls, Que le divin heritage Que tu nous promets aux cieux; Et dans moy cette esperance Nourrit la perseverance De t'aimer et te servir, Et fait par tout que mon ame Brusle d'une sainte flâme Que le temps ne peut ravir. Samech- strophe . Je hai d'une haine aussi forte Ceux qui, sortant de leur devoir, Méprisent ton divin pouvoir, Qu'est grand l'amour que je te porte; Mes maux ont leur soulagement Aux biens que ta grace m'accorde, Et si je crains tes chastimens, J'espere en ta misericorde; Que tous les esprits insensez Qui se perdent dans la licence Puissent estre à jamais chassez Des lieux de mon obeissance. Antistrophe. Toy qui me combles de bien-faits, Toy qui me soûtiens et consoles, Fay voir, grand dieu, de tes paroles Les merveilles et les effets. Tes loix vivront dans ma memoire, Et d'un esprit illuminé J'emploirai, pour chanter ta gloire, Le repos que tu m'as donné. Tu rens les esperances vaines Des grans desseins mal entrepris, Et fais que les ames hautaines Tombent dans l'éternel mépris. Epode. De tout temps je fais la guerre À ces pecheurs obstinez, Et revere le tonnerre Dont ils sont exterminez; Voyant l'horreur de leur vice Et du rigoureux supplice Qu'ils souffrent incessamment, Mon ame à la fois revere De son juge et de son pere La grace et le chastiment. Aiin- strophe . Mon regne, exemt de tyranie, D'avarice et d'iniquité, Sans toy ne l'auroit pas esté De la dent de la calomnie. Protege tes bons serviteurs Contre la langue envenimée De ces infames imposteurs Qui déchirent ma renommée. Tu vois mes yeux noyez de pleurs, Et says que ma longue tristesse Attend la fin de mes malheurs De ta grace et de ta promesse. Antistrophe. Enseigne-moy tes volontez, Si tu veux que je les publie, Et ne permets pas que j'oublie Les biens receus de tes bontez. Seigneur, quand mon esprit coupable Est captif des fers du peché, Que le tien le rende capable D'estre de ta grace touché. Il est temps de faire paroistre Et ta justice et ton pouvoir, Et que tu sais, comme le maistre, Ranger l'impie en son devoir. Epode. Seigneur, de tes loix divines Je tire un plus grand thresor Que des plus fecondes mines Où brillent l'argent et l'or. C'est par elles que j'évite L'abysme où nous precipite L'heur du monde et ses douceurs, Et jamais ne me fourvoye Dans la dangereuse voye Où se perdent les pecheurs. Phe- strophe . Tes loix ne trouvent point d'obstacles, Tout est soûmis à leur pouvoir. Leurs effets ne font-ils pas voir Tous les jours de nouveaux miracles? C'est une doctrine sans prix, Qui, nous corrigeant de nos fautes, Eleve les plus bas esprits Aux connoissances les plus hautes. C'est pourquoi mon entendement S'applique avecque patience À connoistre profondement Une si parfaite science. Antistrophe. D'un oeil d'amour et de pitié Voy mon coeur bruslé de tes flâmes, Comme tu fais ces belles ames Qui meritent ton amitié; Que tes paroles toûjours saintes Inspirent ma simplicité, Rassurent mes pas et mes craintes Dans le chemin de l'équité. Tu vois, seigneur, que la licence Des vains contempteurs de la foi N'épand sa noire médisance Que sur ton eglise et sur moi. Epode. Que si jamais tu fais luire Ici-bas ta verité, Mon esprit, pour se conduire, Ne veut point d'autre clarté. Aprés l'erreur infidelle Où ma raison criminelle Vouloit jadis s'obstiner, Pour reparer mon offense, Il ne reste en ma puissance Que des pleurs pour te donner. Tsade- strophe . Ton nom, de l'un à l'autre pole, A dissipé l'iniquité; La justice et la verité Sont les oeuvres de ta parole. Au mesme temps qu'elle expliquoit Tes loix si justes et si bonnes, Ton verbe ici-bas pratiquoit Les preceptes que tu nous donnes. Cette parfaite humilité Qu'eut son humanité soûmise Met en horreur la dureté Des rebelles à ton eglise. Antistrophe. Les saints preceptes de ta loy, S'imprimant dans les fortes ames, Feront épurer dans les flâmes Ta seule et veritable foy. Les ennemis de l'innocence Et de ta juste autorité De mon aveugle obeïssance Méprisent la simplicité. Ta justice sur les rebelles Fera sans fin ouïr ta voix, Et tes veritez éternelles Affermiront tes saintes loix. Epode. C'est par ces hautes pensées Qu'en la tristesse où je suis Sont doucement effacées Les causes de mes ennuis. De ta grace perdurable Espere le miserable Le salaire de sa foy. C'est elle qui luy fait croire Que, quand l'on meurt pour ta gloire, L'on revit aveque toy. Coph- strophe . Mon coeur, dans l'ennuy qui me presse, Desire, pour son plus grand bien, Que ton esprit inspire au mien Tous les preceptes qu'il nous laisse. C'est à toy seul que j'ay recours : Ren moy ma premiere franchise, Et de plus en plus, tous les jours, Mon ame te sera soûmise. Epris de tes celestes feux, J'ay captivé dés mon enfance, Avec d'indissolubles noeuds, Ma liberté sous ta puissance. Antistrophe. Je sens dés mon premier réveil Ta grace éclairer dans mon ame; Tous les jours sa divine flâme Y previent celle du soleil. Soient mes prieres elevées Jusqu'en ton celeste sejour, Et soient dans mon coeur conservées Ta foy, ma vie et ton amour! Autant que mes peuples rebelles Méprisent mon juste pouvoir, Autant leurs esprits infidelles Sont éloignez de leur devoir. Epode. Seigneur, quand tu nous visites, Tes soins, aux hommes cachez, Recompensent nos merites Ou punissent nos pechez. Ce qu'ordonne pour le monde Ta providence profonde Est la même verité, Et les loix de ta justice Pour le chastiment du vice Durent à l'éternité. Resc- strophe . Jette les yeux sur ma misere, Et voy qu'en l'estat où je suis Mon courage, accablé d'ennuis, Toûjours dans la foy persevere. D'un oeil moins severe que doux Sois le juge de mon offense; Que ton legitime courroux Se modere par ta clemence. Arme-toy de severité Contre les ames insensées Qui méprisent l'autorité Des loix que tu nous as laissées. Antistrophe. Puisque, comme pere et sauveur, Ta bonté m'est toûjours propice, Ne dois-je pas de ta justice Esperer la même faveur? Si j'ai contre ces infidelles Le secours que tu m'as promis, Tu verras bien-tôt les rebelles Au pied de mon throsne soûmis. Plus dans leurs desseins illicites Ils s'estoient de toy revoltez, Plus aux loix que tu m'as prescrites Je soûmettois mes volontez. Epode. Leur rage s'est assouvie À blasphemer contre toy. Maintien mon sceptre et ma vie Pour le maintien de la foy. La verité de ta bouche Dans l'ame la plus farouche Prend la place de l'erreur, Et ta justice éternelle Dans la troupe criminelle Porte à jamais la terreur. Scin- strophe . Des tyrans qui, dans ma misere, M'ont sans raison persecuté, J'en craignois moins la cruauté Que je ne faisois ta colere. Mon ame, au recit de tes loix, Ressent une aussi grande joye Que si des plus puissans des rois J'avois les couronnes en proye. Je deteste autant le pecheur Qui cache sa noire malice Comme je cheris la blancheur D'un esprit exemt d'artifice. Antistrophe. Seigneur, je fais de ton amour Mes plus agreables pensées; Des loix que tu nous as laissées Je m'entretiens sept fois le jour. Ceux qui les aiment et les suivent, Et ne s'en détournent jamais, Par le plus droit chemin arrivent Au repos que tu nous promets. C'est par elles que tu dispenses, Aprés que l'on a combattu, Les legitimes recompenses Dont tu couronnes la vertu. Epode. Je veux dans la vraye eglise Les loix garder et cherir, Par qui mon ame est apprise À bien vivre et bien mourir. Ô toy qui de toutes choses Sais les motifs et les causes! Dans mon esprit tu connois Si jamais j'eus de pensée, Dans ma jeunesse passée, Contraire à tes saintes loix. Tau- strophe . Seigneur, exauce ma priere, Et permets que ta verité Dissipe l'incredulité Qui me privoit de ta lumiere; Enten mes cris, seiche mes pleurs, Pren pitié de nostre tristesse, Et, me dégageant des malheurs, Dégage envers moy ta promesse. Lors mes hymnes jusques aux cieux, À l'envi du concert des anges, Sur la lyre de mes ayeuls Feront éclatter tes loüanges. Antistrophe. Lors l'on entendra dans les vers Produits de mes pieuses veilles Ma delivrance et tes merveilles Dans les deux bouts de l'univers. Vien donc mettre fin à mes peines, Ô père! Pren pitié de moy; Conserve le sang dans mes veines Pour le répandre pour la foy. Que donque ton soin tutelaire Fasse paroistre, en me sauvant, Quelle est la gloire et le salaire Que l'on remporte en te servant. Epode. C'est sous l'abri de tes aisles Que finissent nos mal-heurs; C'est l'asyle des fideles, Ils n'en trouvent point ailleurs. Tel qu'est l'agneau qui s'égare Aussi-tost qu'il se sépare Du pasteur et du troupeau, Telle est l'ame qui méprise L'union de ton église Pour suivre un sentier nouveau. PSEAUME 119 Seigneur, dont la bonté pitoyable à mes cris A selon mes souhaits de ces cruels esprits Les fureurs assoupies, Fay que ta verité soit le contrepoison Qui preserve à jamais mon ame et ma raison Du venin des impies. Ni le trait que l'archer nous tire en combattant, Ni le foudre lancé qui sort pirouëttant D'une nue enflâmée, Ne sont point si cruels comme le feu caché Par qui la calomnie a si souvent taché Ma bonne renommée. Quel excés de malheur est comparable au mien! Mon ame en cet exil n'a point d'autre entretien Que d'un peuple rustique De qui l'esprit, nourri dans l'inhumanité, Ne parlant que de guerre, impute à lascheté Mon humeur pacifique. PSEAUME 120 Aprés avoir en vain, au milieu des combats, Imploré le secours des grandeurs d'ici-bas, De ces faux demi-dieux, de ces foudres de guerre, Dois-je pas maintenant choisir pour protecteur, Celuy qui tient et lance le tonnerre, Et qui du ciel, de l'onde et de la terre Est le seul maistre et le seul créateur? Si-tost qu'il voit les siens en danger de perir, Sa puissance est toûjours prête à les secourir, Aucun empêchement jamais ne l'en retarde. Pour sa chere Sion il est toujours pareil : Sa providence en tous lieux la regarde; Ses yeux, veillant sans cesse pour sa garde, Ne sont jamais attaqués du sommeil. Il en éloignera tous sujets de malheurs. Le ciel, purifiant ces humides chaleurs, Qui font de nos venins les homicides causes, N'emploira son soleil qu'à fondre les glaçons, Qu'à varier les fleurs qui sont écloses, Qu'à parfumer les oeillets et les roses, Meurir les fruits et dorer les moissons. La lune, qui des eaux a la direction, Appaisera les vents, dont la sedition Met sans-dessus-dessous la mer la plus profonde; Et lors que le silence aura chassé le bruit, Son char d'argent, qui fait le tour du monde, Rendra le jour sur la terre et sur l'onde, Sans empêcher le repos de la nuit. Ceux que l'âge caduc arrête en leur maison, Ceux dont la jeune ardeur emporte la raison À suivre le chemin que la gloire nous trace, Jouïront en tous lieux des douceurs de la paix; En quelque ennuy que le malheur leur brasse, Du tout-puissant le support et la grace Pour leur appuy ne manquera jamais. PSEAUME 121 Quelle éclatante voix portera mes cantiques Jusqu'aux arcs triomphaux courbez sur les portiques? En rentrant dans la ville où Dieu seul veut regner, Ô Sion, dont la gloire honora ma naissance, Dois-je pas témoigner Que ma joye est égale à ta magnificence? Des deux bords du Jourdain les peuples, à tes festes, Se contentant de fleurs pour couronner leurs testes, Offrent sur tes autels leurs plus riches thresors; Et cette pieté sans fard et sans exemple Qu'ils font paroître alors Est le plus beau joyau qui decore ton temple. La justice et la foy, ces deux fermes colomnes, Sur qui les potentats assurent leurs couronnes, Sont les fermes supports de celle de tes rois, Et font qu'en ton senat, sans force et sans contrainte, La majesté des loix Imprime dans les coeurs le respect et la crainte. Que l'ange protecteur de ta juste querelle Rende de ton abord la force naturelle Invincible aux assauts des plus fiers combattans! Qu'autant qu'aux ennemis tes murs sont redoutables, Que pour tes habitans Tes palais somptueux se trouvent delectables! Que mes freres sortis de ces douze lignées, Que le temps a dés-ja de leur tige éloignées, Soient toujours pour la foy de même opinion! De tous les soins mortels, le plus grand qui me touche Est que cette union Soit telle en ses rameaux qu'elle étoit en sa souche. PSEAUME 122 Lors que mon malheur a permis Que l'envie et mes ennemis Ecumassent sur moy leur rage, À toy seul, monarque des cieux, Qui m'as relevé le courage, J'éleve ma voix et mes yeux. Quand un ancien serviteur Prend son maistre pour protecteur Et demande son assistance, L'on ne peut sans iniquité Refuser cette recompense À sa vieille fidelité. Mais, miserable que je suis! Aprés tant de jours et de nuits Que j'ay perdus dans les delices, Puis-je avoir la presomption De pretendre par mes services Meriter ta protection? Cependant, mon maistre et mon roy, Ma seule esperance est en toy Au malheur qui me persecute; Les petits et les grands esprits Me font diversement la bute De leur haine et de leur mépris. PSEAUME 123 Vostre valeur n'a point part à la gloire De cette illustre et sanglante victoire, Où l'enfer contre nous fit son dernier effort; Tout l'honneur n'en est deû qu'à la bonté supréme Du dieu qui par sa mort Surmonta sur la croix l'enfer et la mort même. Sans ce nocher, nostre nef vagabonde Eust fait naufrage en la mer de ce monde; Il la sonda pour nous jusques au plus profond. Lors que nos ennemis cingloient à pleines voiles Pour nous couler à fond, Il nous fit triompher au dessus des étoiles. Quand des tyrans l'injustice des armes D'un ocean fait de sang et de larmes A la terre inondée en toute sa rondeur; La foy des vrais martyrs, qu'ils ne purent contraindre, Augmentant sa splendeur, Se lava dans les flots dont ils pensoient l'esteindre. Telle qu'on voit la colombe amoureuse En son mal-heur s'estimer bien-heureuse Quand elle rompt les rets qui la pensoient tenir, Et que dans les douceurs de l'amour conjugale On la voit reünir À celuy dont la flâme à la sienne est égale; Telle se vit la veritable eglise, Quand le seigneur luy rendit sa franchise Par un excés d'amour dont le ciel fut jaloux; Et ce qui la combla d'une joye infinie, Fut d'être à son epoux D'un lien mutuel à jamais reünie. Tant de bien-faits nous donnent connoissance De la bonté comme de la puissance Qui regit l'univers de l'un à l'autre bout; N'ayons plus d'autre espoir, soit en paix, soit en Guerre, Qu'en ce maistre de tout, Qu'en celuy qui de rien fit le ciel et la terre. PSEAUME 124 Ceux qui de l'eternel ont la protection Seront plus assurez que le mont de Sion, Car, lors que le plus haut il leve au ciel sa tête, C'est lors qu'il est le plus en butte à la tempeste; Au lieu que ces esprits vraiment devotieux Qui de leur createur sont les dignes images, Lors que par leur merite ils s'approchent des cieux, C'est lors qu'ils sont le plus à l'abri des orages. Ces torrens, ces rochers, ces fosses, ces ramparts, Dont nous sommes sans art flancquez de toutes parts, Et dont l'abord affreux et l'attaque meurtriere Des plus vaillans guerriers creuse le cimetiere, Ne défendent pas mieux cette sainte cité De l'armée idolâtre et des peuples rebelles Que les graces qu'on tient de la divinité Défendent du peché les ames des fidelles. Ils conforment leurs moeurs aux anciennes loix, Ils sçavent respecter la majesté des rois, Et, dans l'oppression d'une injuste puissance, Ne cherchent leur repos que dans l'obeïssance; Et, fuyant ces esprits dont la presomption Censure le pouvoir qui regit la province, Reverent sa naissance ou son élection, Et même dans le vice ils honorent leur prince. Le seigneur, qui les voit d'un aveugle devoir Leurs volontez soûmettre à l'absolu pouvoir, Leur donne de bons rois, amis de la justice, Qui n'exigent rien d'eux contraire à son service; Et, sous des rois cruels, traite severement Ceux dont l'ame de fer ne peut être fléchie, Et dont l'ambition s'ennuye également Et de la republique et de la monarchie. PSEAUME 125 Enfin la justice éternelle Nous tire de captivité, Et rend à sa troupe fidelle Sa patrie et sa liberté; Enfin, nos miseres passées Effaceront de nos pensées L'ennui qu'elles avoient produit, Et n'en laisseront aucun reste Que comme d'un songe funeste Qui nous quitte aveque la nuit. Maintenant que, loin de l'Euphrate, Dans l'empire du roi des rois L'excés de nostre joye éclatte Par nos harpes et par nos voix, L'inhumanité de nos gesnes Et la pesanteur de nos chaisnes Feront jusques dans les enfers Confesser que tout est possible À la force incomprehensible De la main qui brisa nos fers. Telle qu'en la zone enflâmée Aux longs jours des ardens estez, La chaleur du ciel allumée Rend les champs secs et desertez; La terre y devient infertile, Elle n'y produit rien d'utile Ni rien qui ne soit languissant; La fougere, à demy rôtie, Y meurt avant qu'estre sortie, Et la mousse y brûle en naissant : Telle étoit nôtre ame endurcie Dans l'esclavage du peché Avant que le sang du Messie Eût été pour elle épanché; Cette captive delaissée N'avoit de joye en sa pensée Que du bon-heur qu'elle esperoit, Ni de jour dans la nuit du vice Que du soleil de sa justice, Qui brûloit plus qu'il n'éclairoit. Mais dans le champ où sa largesse Comble nôtre juste desir, Ceux qui sement avec tristesse Y moissonnent avec plaisir; Des jeusnes et des penitences, Des remords et des repentances Que vous témoignons par nos pleurs, Qui nous produit, en l'autre monde, En tout temps des fruits et des fleurs. PSEAUME 126 En vain nous élevons ces palais orgueilleux Que la dépense et l'art rendent si merveilleux : Si Dieu ne nous seconde, Ces marbres qui devoient toucher le firmament Dans un amas confus ne font voir seulement Qu'un imparfait essay des vanitez du monde. De ces braves guerriers qui, les nuits et les jours, Bordent les parapets de nos superbes tours, Foible est la resistance; Quand Dieu nous a quittez, tout nous manque au besoin, Ceux qui veillent pour nous sont sans yeux et sans Soin, Nos soldats sans courage et nos murs sans défense. Vous qui, pour entâsser thresors dessus thresors, Mettez tout vôtre temps, faites tous vos efforts, Vôtre esperance est vaine; Et vôtre esprit, troublé de son ambition, Ne prenant ses repas que dans l'affliction, Perd inutilement son repos et sa peine. Mais ceux qui de sa grace ont suivi les clartez, Qui ne se sont jamais de ce phare écartez Sur la mer de ce monde, Ils bornent tous leurs jours dans de paisibles nuits, De qui l'ombre reçoit en depost leurs ennuis, Et d'enfans vertueux rend leur couche feconde. Comme hors du carquois nous voyons décocher Les fléches dont les bras d'un vigoureux archer Rend l'atteinte mortelle, Tels nous voyons sortir ces enfans genereux Du giron de leur mere, et s'estimer heureux De courir aux hazards où l'honneur les appelle. Que le pere est puissant qui peut en ses vieux jours À tous ses ennemis d'un semblable secours Opposer la défense, Et qui, contre leur rage et leur iniquité, Peut trouver en tout temps dans sa posterité Ces braves défenseurs de sa foible innocence! PSEAUME 127 Heureux ceux qui, du monde et d'eux-mêmes vainqueurs, Reverent l'eternel sans force et sans contrainte, Et dont son seul amour imprime dans leurs coeurs Le respect et la crainte. Dieu, qui de leur labeur est arbitre et témoin, Afin que dés la terre il ait sa recompense, Par leur coultre fecond apprête à leur besoin Une heureuse abondance. Tel que l'on voit du sep les rejettons épars Dans l'argile attacher ses nombreuses racines, Et leur bois serpentant ramper de toutes parts Sur le dos des collines, Tel leur chaste moitié fera voir le bonheur Des enfans dont hymen rend sa couche feconde Loin des bords du Jourdain porter avec honneur Leur nom par tout le monde. Et quand de ces heros la sainte ambition Aura de l'univers rendu les troubles calmes, Leur amour fraternel changera dans Sion En olives leurs palmes. On y verra leur sceptre affermir son pouvoir Par leur valeur de gloire et d'heur accompagnée, Et de leurs successeurs dessus le throsne asseoir La troisiéme lignée. Ainsi vivront tous ceux qui pour le roi des rois Conservent une flâme inviolable et sainte, Et qui, vraiment contrits, reverent plus ses loix Par amour que par crainte. PSEAUME 128 Les funestes complots des ames forcenées Qui pensoient triompher de mes jeunes années Ont d'un commun assaut mon repos offensé. Leur rage a mis au jour ce qu'elle avoit de pire; Certes je le puis dire, Mais je puis dire aussi qu'ils n'ont rien avancé. J'étois dans leurs filets, c'étoit fait de ma vie; Leur funeste rigueur, qui l'avoit poursuivie, Méprisoit le conseil de revenir à soy; Et le coutre aiguisé s'imprime sur la terre Moins avant que leur guerre N'esperoit imprimer ses outrages sur moy. Dieu, qui de ceux qu'il aime est la garde éternelle, Me témoignant contre eux sa bonté paternelle, A, selon mes souhaits, terminé mes douleurs. Il a rompu leur piége, et, de quelque artifice Qu'ait usé leur malice, Ses mains, qui peuvent tout, m'ont dégagé des leurs. La gloire des méchans est pareille à cette herbe Qui, sans porter jamais ni javelle ni gerbe, Croît sur le toit pourri d'une vieille maison : On la voit seiche et morte aussi-tôt qu'elle est née, Et vivre une journée Est reputé pour elle une longue saison. Bien est-il mal-aisé que l'injuste licence Qu'ils prennent châque jour d'affliger l'innocence En quelqu'un de leurs voeux ne puisse prosperer; Mais tout incontinent leur bonheur se retire, Et leur honte fait rire Ceux que leur insolence avoit fait soûpirer. PSEAUME 129 Du profond des ennuis où tu m'as delaissé, Toûjours à toy, seigneur, je me suis adressé, Depuis le premier jour que ta colere dure. Si l'horreur des pechez dont je porte le faix T'oblige d'être aveugle aux peines que j'endure, Au moins ne sois pas sourd aux plaintes que je fais. La licence du monde est si desordonnée Que si par la rigueur elle est examinée, Qui se pourra vanter de faire son devoir? Mais, seigneur, ta bonté passe nôtre malice. Tu sais nôtre foiblesse, et sais que ton pouvoir Paroît en ta clemence autant qu'en ta justice. Aussi, soit qu'au matin l'astre de l'univers Nous découvre ici-bas ses ouvrages divers, Que la nuit envieuse offusquoit de son ombre, Ou soit qu'il se retire et que l'obscurité Allume dans le ciel ses lumieres sans nombre, Mon ame de toy seul espere sa clarté. Aprés tant de soucis et de plaintes funebres, Vien donc, mon grand soleil, dissiper les tenebres Qu'a fait naître l'horreur de mes impietez. Tu feras dans mon coeur renaître l'assurance, Et feras qu'Israël, connoissant tes bontez, Y mettra comme moy toute son esperance. PSEAUME 130 Au nom de la reine. Seigneur, je reconnois que tes mains liberales Me comblent de grandeurs et de vertus royales Que ce superbe etat voit éclatter en moy, Et veux humilier sous ta seule puissance Le legitime orgueil de ma haute naissance, Qui me rend fille, soeur, femme et mere de roy. Tant de prosperitez, d'honneurs et de conquestes, Que ta grace équitable accorde à nos requestes Pour la gloire du sceptre en ma garde commis, Font voir que ta bonté, par mes voeux reclamée, Sait relever des siens l'innocence opprimée Et rabaisser l'orgueil de ses fiers ennemis. Si ce n'est de toy seul que je tiens les victoires Qui par tout l'univers feront dans nos histoires Admirer la vertu de ce peuple aguerri, Que, privée à jamais de ta grace éternelle, Je sois comme l'enfant qui, perdant sa mamelle, Perd le seul aliment dont il étoit nourri. Ô vous de qui la foy rend les ames unies, Qui recevez du ciel des faveurs infinies Dont les justes excés vous ont comblé de biens! Dans ces mal-heurs presens qui menacent la France, Mettez en ce vray dieu toute vôtre esperance : C'est le seul qui jamais n'abandonne les siens. PSEAUME 131 Ressouvien-toy, seigneur, de l'invincible foy De ton prophete roy Et des perfections qui devançoient son âge; Ressouvien-toy, seigneur, de son humanité Et de son grand courage À combattre l'erreur et l'infidelité. Ressouvien-toy, seigneur, de quelle affection Il a cheri Sion, Où sa gloire et son nom vivront de race en race, Et combien son esprit eut de contentement D'avoir trouvé la place Où son peuple te peut adorer dignement. N'avoit-il pas juré de ne revoir jamais Son throsne et son palais Qu'il n'eût dans ses etats ta maison ordonnée, Et que, lors que la nuit semeroit ses pavots, La fin de la journée N'auroit point de pouvoir de finir ses travaux? Les deserts d'Ephrata nous ont offert le lieu Où l'amour du vray dieu D'une source de gloire embellira nos ames, Et leur bois, que le jour n'a jamais visité, De ses plus pures flâmes Recevra la chaleur aveque la clarté. Il reçoit sous ses pieds les voeux que les mortels Offrent à ses autels; Il les verra du monde obtenir la victoire, Jusqu'à tant que leurs yeux, affranchis du sommeil, Jouïront dans la gloire De ce jour sans couchant dont il est le soleil. Inspire donc, seigneur, ceux qui dans ta maison Feront leur oraison, Et dont le coeur ouvert te sert sans artifice; Fay qu'ils puissent avoir, avec la pieté, L'amour de la justice, Et ton peuple la joye et la tranquilité. Que le sang de David participe au bon-heur Qui l'a comblé d'honneur Et qui mit en ses mains l'autorité supréme! Conserve donc aux siens, comme tu l'as juré, L'illustre diadéme Dont ta grace équitable a son front honoré. Qu'ils puissent sur l'appuy des saintes veritez Jouïr des qualitez Dont au berceau royal l'éclat les environne, Et qu'afin qu'ils en soient dignement revestus, Qu'aveque la couronne Ils puissent de leur pere heriter les vertus! Je veux, ce disois-tu, qu'en l'etat de Sion, Où mon affection À ma maison bastie et choisi ma demeure, Ils bornent leurs desseins aux loix de l'équité, Et fassent d'heure en heure Augmenter mon eglise et leur autorité. Afin d'effectuer ce que je leur promets, Ils verront à jamais Multiplier les biens que le ciel leur envoye. Je donneray sans fin à tous mes serviteurs L'abondance et la joye, Et la magnificence aux sacrificateurs. Je veux, de mon prophete augmentant la grandeur, L'orner d'une splendeur Qui ne sera jamais dans la nuit obscurcie, Et veux, pour l'honorer en sa postérité, Joindre par mon Messie Son estre perissable à mon éternité. PSEAUME 132 Vous n'avez point, mortels, de vertu tant exquise, Comme est la charité, Qui fait que tous les coeurs en une mesme église N'ont qu'une volonté; L'encens n'a point d'odeur qui soit plus estimée, Quand le prophete Aron de sa sainte fumée Accompagne ses voeux, Ni le baume sacré qu'au grand jour de sa feste Une prodigue main, le versant sur sa teste, En parfume à la fois sa barbe et ses cheveux. Comme on voit, en esté, sur les costes ardantes De Sion et d'Hermon, La rosée apprester aux moissons languissantes Leur fertile limon, Ainsi les coeurs unis d'une amour mutuelle Trouvent dans les douceurs de la grace éternelle Leur consolation; Et, dans tous les malheurs qui traversent leur vie, Ils ont de vrais amis, sans fard et sans envie, Sur qui se décharger de leur affliction. PSEAUME 133 Nous que la naissance convie De rendre hommage au roy des rois, Reverons sa gloire et ses loix Tandis que nous sommes en vie; Quand nous entrons au monument Aprés ce funeste moment D'horreur, de crainte et de tristesse, Les bonnes oeuvres et la foy, N'est-ce pas la seule richesse Que l'homme emporte aveque soy? Mais parsus tous, sages levites, Servez ce sauveur des humains, Qui nous dispense par vos mains Le salaire de nos merites : Confessez au pied des autels Que de luy seul tous les mortels Tiennent le jour et la naissance, Et qu'en son bras victorieux Reside la mesme puissance Qui crea la terre et les cieux. PSEAUME 134 Ministres du dieu tout-puissant, Celebrez son nom et sa gloire, Que sa grace dès en naissant Imprima dans vostre memoire; Conservez cette ardente foy Par qui vostre ame est hors de soy Dans les grandeurs qu'elle contemple; Et dont les soins devotieux Font vivre vos corps dans son temple, Quand vostre esprit est dans les cieux. Si les yeux de vostre raison Sont éblouis de sa lumiere, Entretenez vostre oraison De sa clemence coustumiere; Admirez l'extreme bonté Qu'il eut pour la posterité Dont Jacob honora la terre; De ses enfans il fit les siens, Et dans la paix et dans la guerre Les combla d'honneurs et de biens. Ce seul dieu, dont le seul vouloir Tourne les cieux sur les deux poles, Passe ces dieux dont le pouvoir N'est connu que dans les idoles; Tout ce qu'admirent les humains Sont les ouvrages de ses mains; Tout s'éclaircit par sa presence, Aux gouffres mesmes les plus creux L'horreur luy rend obeïssance, Et cesse de les rendre affreux. Par les ordres qu'il a donnez S'élevent ces brouillars de l'onde D'où les foudres, dés qu'ils sont nez, Tonnent sur les crimes du monde; Mais, pour assurer nostre peur, Il convertit cette vapeur En pluye aux moissons salutaire Et fait voir en un mesme jour Les menaces de sa colere Et les marques de son amour. La rosée aux humbles valons Réjoüit les fleurs et les herbes, Cependant que les aquilons Battent les pins des monts superbes; C'est luy seul qui tient dans les fers Et qui relasche dans les airs Ces ministres de la tempeste, Qui des chasteaux audacieux Arrachent et brisent le faiste Quand il est trop proche des cieux. Ce fut par son ordre éternel Que le Nil a veû sa justice Sur tout un peuple criminel Exercer un mesme supplice : Alors ses équitables mains Occirent avec les humains Les animaux dans leurs pascages, Faisant d'un sort commun à tous Des premiers nez de ses rivages Les victimes de son courroux. Mais cette juste affliction N'a point sa colere adoucie, Ni touché cette nation Toûjours dans son vice endurcie. Fit-il pas voir dans les combats, Par tant de sceptres mis à bas Des tyrans les plus redoutables, Qu'à nous, comme à nos ennemis, Ses decrets sont irrevocables, Et qu'il tient ce qu'il a promis? De Sehon et d'Og, ces guerriers Plus redoutez que la tempeste, La gloire augmente nos lauriers, Et les estats nostre conqueste; Et de ces nombreux combattans, De ces formidables titans Qui portoient le front dans la nuë, De ces monstres bouffis d'orgueil, La hauteur n'est plus reconnuë Qu'en la longueur de leur cercueil. Seigneur, c'est l'oeuvre de ton bras; Toy seul gagnas cette victoire, Et les siecles les plus ingrats En conserveront la memoire; La défaite de tant de rois, Tant d'estats soûmis à tes loix, Feront admirer ta puissance, Qui, se joignant à ta bonté, A seu terrasser l'arrogance Et relever l'humilité. L'homme en vain se forge des dieux, En vain son ame en est imbuë : Ils ont une bouche et des yeux, Et n'ont ni parole ni veuë; L'on implore en vain leur secours, Ils sont insensibles et sourds, Leurs oreilles sont inutiles. Que tous ceux qui leur font des voeux Puissent devenir immobiles, Aveugles et muets comme eux! D'Israël, Aron et Levi Les fils, voüez à son service, Offrent dans son temple à l'envi Leur encens et leur sacrifice; Qu'ils rendent grace en ce saint lieu Des biens que le seul et vray dieu Répand sur Sion d'heure en heure : Pour estre adoré de nous tous N'a-t-il pas choisi sa demeure Dans Israël aveque nous? PSEAUME 135 Il faut, peuples éleus, que vos ames unies Dans les loix du seigneur bornent leur volonté, Et celebrent sans fin les grandeurs infinies De celuy qui pour vous est la mesme bonté : Car la misericorde Que la clemence accorde À tous également Dure éternellement. C'est le seul qui là haut fait gronder le tonnerre, C'est le seul dont le throsne est audessus des cieux; C'est le seul qui regit les grandeurs de la terre, Que le peuple idolatre a mis au rang des dieux : Et la misericorde Que, etc. Admirons sa puissance et sa bonté profonde. Il est le roi des rois, le seigneur des seigneurs; Ceux qui dans leur empire avoient borné le monde Ne tenoient que de lui leur gloire et leurs honneurs; Et la misericorde Que, etc. Que nos yeux et nos coeurs admirent les merveilles Du maistre et de l'auteur de tout cet univers; Il est le seul ouvrier des oeuvres nompareilles, Le seul de qui la gloire est digne de nos vers; Et la misericorde Que, etc. Lors qu'au ciel il rangea ces feux dont l'influence Nous marque les decrets de sa divinité, Il ne fit qu'accomplir ce que sa prescience Traçoit dans l'infini de toute éternité; Et la misericorde Que, etc. Bien qu'au milieu des flots la terre soit fondée, Elle demeure ferme en leurs débordemens, Non tant par les rochers dont leur rive est bordée Que par l'ordre prefix de ses commandemens; Et la misericorde Que, etc. Ces feux d'or et d'argent, ces deux grans luminaires, Qui des ans et des mois ont le temps limité, Par son ordre éternel font leur cours ordinaire, Et de lui seulement empruntent leur clarté; Et la misericorde Que, etc. Celui dont nous tenons la flâme et la lumiere, Et qui de la nature est l'ame et l'entretien, Ce superbe flambeau, quand il fait sa carriere, Ne souffre point là haut d'autre feu que le sien; Et la misericorde Que, etc. Mais l'astre de la nuit, qui ne luit que dans l'ombre, Et qui fait dans le ciel son cours plus diligent, Aime à voir ses sujets, qui sans ordre et sans nombre, Lui viennent rendre hommage en son throsne d'argent; Et la misericorde Que, etc. Honorons son pouvoir, celebrons sa loüange : Par lui nos ennemis furent exterminez. N'a-t-on pas veû le Nil, par le glaive de l'ange, Se grossir et rougir du sang des premiers nez? Et la misericorde Que, etc. L'excés de son amour, qui tout autre surpasse, Et son juste courroux, de nos larmes touché, Briserent à la fois, en nous rendant sa grace, Les fers de pharaon et les fers du peché; Et la misericorde Que, etc. Dans ces rares effets qui sembloient impossibles, L'on connoît le pouvoir du monarque des cieux; Sa bonté fait fléchir les coeurs les moins sensibles, Et son bras surmonter les plus audacieux; Et la misericorde Que, etc. Lors que les siens fuyoient la mort et l'infamie, Les dangers les tenoient de toutes parts enclos; Ils avoient à leur dos la phalange ennemie, Ils avoient à leur front les abismes des flots; Et la misericorde Que, etc. Afin de rassurer ces troupes effrayées, Du profond ocean les flancs sont entre-ouverts, Et sur son large sein les vagues reployées Leur laissent voir à nud les graviers decouverts; Et la misericorde Que, etc. Elles passent la mer, ces genereuses ames, Les abismes profons les sauvent du trépas; Au lieu mesme où les flots écument sous les rames, Les sables font voler la poudre sous leurs pas; Et la misericorde Que, etc. Du camp de pharaon, qui couvre le rivage, La barbare fureur leur perte resolut; Mais, en les poursuivant, il trouva son naufrage Au lieu mesme où leur fuite assura leur salut; Et la misericorde Que, etc. De ce roi, qui de tout croyoit se rendre maistre, La vie et les desseins tombent en mesme lieu, Et les flots refermez lui firent bien connoistre Qu'ils ne respectoient point d'autre maistre que Dieu; Et la misericorde Que, etc. Celui qui loin du Nil les fondemens prepare Au throsne vagabond de sa chere Sion Lui veut servir de guide en ce climat barbare, Et la prendre par tout en sa protection; Et la misericorde Que, etc. De plus de trente rois les forces s'assemblerent, Resolus d'empescher son établissement; De plus de trente rois sous les armes tomberent Les corps ensanglantez au fond du monument; Et la misericorde Que, etc. Ici le fier Sehon, au front de sa bataille, Meurt dessous les boucliers de ses amorreans; Là fut porté par terre Og, celui dont la taille Faisoit voir qu'il sortoit de race de geans; Et la misericorde Que, etc. Sion en ce grand jour s'est ouvert le passage Par un chemin pavé de picques et d'escus, Sion de sa conqueste a fait son heritage, Gras encore du sang de tant de rois vaincus; Et la misericorde Que, etc. Ces peuples esperoient que la force des armes En ce juste combat les combleroit d'honneur; Mais en tous leurs malheurs ils n'avoient que leurs larmes Qu'ils pussent opposer au courroux du seigneur; Et la misericorde Que, etc. En les tirant des fers de ce peuple profane, Il leur donne en un mets tous les mets à choisir, Les servant à souhait d'une abondante manne, Qui ne prenoit son goût que de leur seul desir; Et la misericorde Que, etc. Aprés tant de bien-faits, aprés tant de merveilles, Aprés tant de bontez qu'il témoigna pour vous, Devez-vous pas sans fin celebrer en vos veilles Son amour et sa gloire, et reconnoistre tous Que la misericorde Que, etc. PSEAUME 136 Nous cherchions les valons, l'ombre et la solitude, Pour plaindre en liberté la dure servitude Où Babylon faisoit nostre âge consumer; Nos malheurs augmentoient la gloire de ses armes, Et l'Euphrate et le Tigre augmentoient de nos larmes L'ordinaire tribut qu'ils portent à la mer. Mais, de tous ces ennuis, le plus grand qui nous reste Est le ressouvenir de cet assaut funeste Où Sion avec nous perdit sa liberté. Heureux ceux qui sont morts avant cette infamie, Ou qui, du fer sanglant d'une pique ennemie, Ont pû briser les fers de leur captivité! Nos luths étoient pendus aux saules du rivage, Où l'entretien d'un peuple arrogant et sauvage Renouvelloit nos pleurs par de nouveaux tourmens; Et, quand leurs cruautez n'estoient pas satisfaites, Ils taschoient d'interdire à nos douleurs secrettes L'usage des soûpirs et des gemissemens. Chantez, nous disoient-ils, sur ces luths inutiles, Quelqu'un de ces beaux airs où vos ames serviles Font je ne sçai quel dieu le roi des immortels, Ce dieu dont le pouvoir ne vous a seu défendre, Et dont la vaine gloire a bien osé prétendre De se faire à lui seul ériger des autels. Si jamais nous chantons en ce païs étrange De ce seul immortel l'immortelle loüange, Qu'à l'instant nous perdions l'usage de la voix, Qu'elle soit étouffée en nos poulmons debiles, Que nos doits sur nos luths demeurent immobiles, Et que nous la chantions pour la derniere fois. Mais, seigneur, en quel temps remets-tu la vengeance De ces enfans d'Edom, cette maudite engeance, Qui ne sont jamais las de nos calamitez, Et verroient sans regret nostre ruine entiere, Sinon qu'en nostre perte ils perdent la matiere Qui leur sert à nourrir leurs animositez? Détruisez, disoient-ils, ces superbes portiques; Que les feux, devorant ces maisons magnifiques, Ne fassent qu'un brasier de tout ce grand pourpris, Et, pour dernier orgueil de cette ville infame, Que jusques dans le ciel s'en éleve la flâme, Et qu'à jamais la terre en cache le débris! Et toi, fiere Babel, dont la toute-puissance Se sert pour chastier la trop grande licence De tant d'iniquitez dont nous portons le faix, Que la main d'un vainqueur, plus juste et plus cruelle, Arrachant tes enfans de dessous la mamelle, Te rende doublement les maux que tu nous fais! Que, brisez contre terre ou contre les murailles, On les voye étendus, privez de funerailles, Sans pouvoir discerner leur âge ni leur rang! Qu'un soldat inhumain de leur teste se jouë, Et que sur le pavé ne paroisse autre bouë Que leurs os écrasez, leur cervelle et leur sang! PSEAUME 137 Grand dieu, qui sur le throsne inspire les monarques, Combien de ton amour ai-je receu de marques En mes ennuis passez! Dans leurs plus sombres nuits ta grace est ma lumiere, Et, si-tost qu'en mon coeur j'ay conceu ma priere, Mes voeux sont exaucez. De ces lieux où le choeur de la troupe fidelle Celebre jour et nuit ta bonté paternelle, Qui la comble de biens, Je feray que là haut les concerts angeliques Cesseront pour un temps d'entonner leurs cantiques, Pour entendre les miens. Ils chantent les honneurs que ta bonté m'accorde, Ils chantent les grandeurs de ta misericorde, Qu'à peine je conçois; Et, lorsque tu m'entens dans l'ardeur qui m'enflâme, Je ressens augmenter les forces de mon âme Et celles de ma voix. Tous les rois qui verront ta promesse accomplie Dans les biens dont ta grace a ma maison remplie, Malgré mes ennemis, Diront que ta parole est la verité mesme, Et que tu rens mon front digne du diadême Que tu m'avois promis. Ils admireront tous ta grace coûtumiere, Qui, regissant là haut ces globes de lumiere Qui tournent sous tes pas, Qui de l'âge des rois lasche et retient la fuite, Et ne dédaigne point de prendre la conduite Des moindres d'ici-bas. Dans les adversitez où je passois ma vie, Lorsque mes ennemis la tenoient asservie Sous un sort inhumain, Que je vis mon salut hors de toute esperance, Ta grace me rendit la force et l'assurance, Et me tendit la main. Que ta bonté, seigneur, acheve son ouvrage, Acquitte nostre debte, et tire d'esclavage Ton peuple criminel; Si pour tous les pecheurs ta grace est éternelle, Fay que mes longs travaux puissent trouver en elle Un asyle éternel. PSEAUME 138 Seigneur, tu reconnois au fond de nos pensées D'où nous viennent les bons et les mauvais desseins, De nos affections presentes et passées Tu sçais tous les motifs, veritables et feints; Tu vois naistre dans nous, soit qu'on veille ou qu'on Dorme, Ces spectacles divers par le songe animez, Qui font dedans la nuit voir à nos yeux fermez Tant d'objets sans matiere et de formes sans forme. Tu sçais, dés qu'on s'embarque en la mer de ce monde, Où les vents et les flots portent nostre vaisseau; C'est dans ta prescience infaillible et profonde Qu'est le sort de nos ans écrit dés le berceau; Rien ne peut dans nos coeurs se cacher à ta veuë, Elle y voit le sujet de tous nos déplaisirs, Elle y voit nos besoins, elle y voit nos desirs, Et lit nostre oraison si-tost qu'elle est conceuë. Ces longs âges où tout se consume et se change En ton éternité sont veus comme un moment. Tu nous fis pour ta gloire, et, nous creant de fange, Eleves nos pensers jusques au firmament; Tu donnes en naissant ce beau desir d'entendre Les secrets les plus hauts et les plus curieux, Qui sont à peine seus des esprits glorieux, À l'homme, qui ne peut luy-mesme se comprendre. C'est toy qui donne l'estre à tout ce qui respire, Tes yeux ont des regards qui penetrent par tout; Par la foy des esleus s'establit ton empire, Qui regit l'univers de l'un à l'autre bout. Je suis par tout en butte aux traits de ta justice, Je la trouve en la terre, aux lieux les plus cachez, Je la vois dans les cieux condamner mes pechez, Je l'entens aux enfers ordonner mon supplice. Si la honte et la peur me fournissent des aisles Pour voler où l'aurore estale sa clarté, Les flâmes peu à peu se font universelles, Et de tout l'horizon chassent l'obscurité; Alors je ne voy rien où cacher mon offense, Tes yeux de tous costez me lancent leurs éclairs, Ta main courbe les cieux sur le vague des airs, Et par tout dessous eux me tient en sa puissance. Si je croy que la nuit couvrira de ses voiles Le profane brasier du feu de mon amour, Tu feras des soleils de toutes les estoiles, Qui pour voir mon peché multipliront le jour; Et, quelque voile obscur dont soit la terre enclose, Elle ne me pourra cacher de tes regards; Les rayons de tes yeux en tous lieux sont épars, Et le jour et la nuit est pour eux mesme chose. Ô grand dieu, de qui l'homme est la vivante image, Et l'objet icy-bas de ton affection, Luy-mesme dans luy-mesme admire ton ouvrage, Quand ta grace l'a mis en sa perfection; Toy seul vois dans nos coeurs notre volonté nuë, Et ne connois pas mieux sur nos corps découverts Les divers mouvements des muscles et des nerfs Que les affections dont nostre ame est émeuë. Avant qu'estre formez dans les flancs de leurs meres, Toy de qui l'oeil penetre aux lieux les plus obscurs, Vois-tu pas des enfans les os et les arteres, Et le sort de leurs ans dans les siecles futurs? Fournis-tu pas leur bras de sang et de moëlle, Leur visage et leurs yeux d'attraits et de clarté, Comme tu l'as conceu de toute éternité, Et que ta providence en gardoit le modele? Ô combien les mortels meriteront de gloire Quand, par l'humilité, le courage et la foy, Ils auront sur eux-mesme obtenu la victoire, Dont ils triompheront au ciel aveque toy! Eclairez d'un soleil sans nuage et sans ombre, Ils joüiront d'un bien aussi juste que doux; Mais ces heureux esprits sont rares parmi nous, Bien que des grains de sable ils surpassent le nombre. Ce miracle confond la raison et l'estude De qui veut concevoir l'adresse de tes mains, Qui de la rareté tirent la multitude, Et peuplent de pecheurs la demeure des saints. Mais, aprés tant de faits de ta grace ordinaire, Qui nous comble d'honneur et de prosperité, Fay voir que ta justice égale ta bonté, Chasse de mon estat le peuple sanguinaire. Arreste donc, seigneur, la brutale licence De ces fiers contempteurs des justes potentats. Ils se vantent par tout d'abatre la puissance Où tu m'as élevé pour regir mes estats. Tu sais que leur orguëil se rend insupportable, Et te prens à témoin si, d'un coeur outragé, Je ne me ressens pas à jamais obligé De leur estre cruel pour leur estre équitable. Mon coeur ne peut souffrir de leur secte infidelle La noire impieté qu'elle produit au jour; S'il est rongé pour eux d'une haine éternelle, Il est épris pour toy d'une éternelle amour. Seigneur, la verité ne t'est jamais voilée, Tu peux à découvert reconnoistre dans moi Si le soin de combattre et mourir pour la foy N'est pas la seule ardeur dont mon ame est brûlée. Fay donc de mon amour cette derniere espreuve : Que l'on m'offre en ta croix ce calice de fiel, Dont ta justice veut que nostre ame s'abreuve Avant que de monter en la gloire du ciel; Si, charmé des plaisirs où l'âge me convie, Je m'égare au chemin de la vie à la mort, Que ta grace m'éclaire, et, me servant de nort, Me remettre au chemin de la mort à la vie. PSEAUME 139 Delivre-moi, seigneur, delivre mes provinces, De ceux qui, méprisans l'autorité des princes, Font contre eux seulement paroistre leur valeur, Et dont la cruauté se baigne dans les larmes, Se rit de ma douleur, Et n'a point de repos qu'au milieu des alarmes. Tels que ces animaux dont nature se jouë, Qu'une pluye orageuse éleve de la bouë, Par la corruption de la terre et de l'air : Un mesme jour les voit paroistre et disparoistre, Lors que le temps plus clair Dissipe les broüillars qui leur a donné l'estre; Tels ces nouveaux tribuns qui s'élevent aux villes Dans les émotions des tempestes civiles Sont veus pour quelque temps parez d'un faux honneur; Mais, lors que par la paix la discorde est calmée, Aveque leur bon-heur L'on voit s'evanouïr leur vaine renommée. Preserve-moi, seigneur, de ces petits viperes Qui sont dés en naissant les meurtriers de leurs peres, Détruisans de leur roi la juste autorité; Qui dégorgent leur fiel dans l'ennui qu'ils nous Donnent, Et dont l'iniquité Se nourrit du venin dont ils nous empoisonnent. Je voy de toutes parts éclorre les malices Qu'ont depuis si long-temps couvé leurs artifices; Jusqu'au fond de leur coeur tu les a pû sonder : Quoique tous leurs complots ont conspiré ma perte, Toy seul me peux garder De leur haine cachée et de leur force ouverte. Fay, seigneur, que les rangs des phalanges pressées, Qu'on voit de toutes parts de picques herissées, Puissent de leur fureur diminuer l'excés, De peur que, réchaufant leur longue malveillance, Quelques heureux succés De leur temerité augmentent l'insolence. Fay retomber sur eux le mal qu'on me prepare; Efface pour jamais de ce peuple barbare Dans l'ombre de l'oubli les crimes solemnels, Et qu'aux fournaux ardens que les enfers allument Pour les grans criminels Ils brûlent sans relasche et jamais ne consument. Que leurs longues douleurs vainquent leur patience; Qu'à ceux qui de raisons, contre leur conscience, Défendent les erreurs qui regnent ici-bas, Fay que le souvenir de leurs fautes passées Puisse jusqu'au trépas D'un remors éternel bourreler leurs pensées. Fay leur voir que ta main de foudres n'est armée Qu'afin de maintenir l'innocence opprimée, Pour obliger les tiens à loüer tes bontez, Jusqu'à tant que, du monde obtenant la victoire, Tu les auras contez Au rang de tes sujets en ton regne de gloire. PSEAUME 140 Grand dieu, qui peux lire en nos coeurs L'origine de nos langueurs, Sois à mes voeux propice, Et permets que les cris que j'épans en tous lieux, De mesme que l'encens que j'offre au sacrifice, Montent jusques aux cieux. Garde ma pensée et ma voix De juger de tes saintes lois Avec trop de licence; Et, lors que mon esprit s'en sera détaché, Ne permets qu'un mensonge excuse mon offense Par un second peché. Je suis l'entretien des esprits Qui ne se plaisent qu'au mépris De ce que tu commandes; Les discours énervez de ces lasches flatteurs Ne me sont point si doux que sont les reprimandes De mes bons serviteurs. Comme les champs abandonnez, Quand le soc les a seillonnez, Nous donnent l'abondance, Mon severe conseil, par ses impressions, Peut-il pas dans ma cour cultiver la semence Des bonnes actions? Mais, seigneur, qu'est-ce que je voy? La mort à grands pas vient à moi, Rien ne m'en peut défendre; Elle a pour ma demeure un abysme appresté, Où la terre dés-ja me presse de lui rendre Ce qu'elle m'a presté. Défen-moi de cet attentat Où les ennemis de l'estat Ont leur rage assouvie; Croy qu'en ce lasche espoir, tout ce que je prétens Est de pouvoir encor, en prolongeant ma vie, Te servir plus long-temps. Grand dieu, ne m'abandonne point, Sauve ton image et ton oint De ces mains sacrileges; Et que tes chastimens, trop long-tems differez, Fassent que leur fureur les pousse dans les pieges Qu'ils m'avoient preparez. PSEAUME 141 Jusques à toy, seigneur, j'ai ma voix élancée, Dans l'extresme douleur dont mon ame est pressée; Moderes-en l'excés ou la longueur. Si je ne puis l'exprimer par mes plaintes, Toy qui peux lire au profond de mon coeur, N'y vois-tu pas assez mes ennuis et mes craintes? De mes fiers ennemis la fureur et l'envie Aveque tant de rage ont attaqué ma vie Que mon esprit succombe sous le fais; Je me soûmets à ta seule justice : Toy seul connois les crimes que j'ai faits, Toy seul peux à leur poids balancer mon supplice. Mon estat n'est rempli que de mains sacrileges, Qui ne mettent leur soin qu'à me tendre des pieges; Toy seul me vois d'un regard de pitié; Mon infortune est par tout odieuse; Chacun me fuit, comme si l'amitié D'un prince en sa disgrace étoit contagieuse. Je ne puis éviter mon malheur par la fuite, Des ennemis vainqueurs la legere poursuite A surpassé la vîtesse des vens, Et desormais le seul bien où j'aspire Est d'habiter la terre des vivans, Où la mort par ta mort doit finir son empire. En ces extrémitez exauce ma requeste : Ne vois-tu pas, seigneur, leur fureur qui m'appreste Ou le trépas, ou la captivité? Ces fiers vainqueurs, tout bouffis d'arrogance, Ont augmenté leur animosité Aveque le pouvoir d'exercer leur vengeance. Vien donc me retirer de ces lieux de tenebres : Je suis las de chanter tes merveilles celebres, Loin des autels, des peuples et du jour. Ren-moi ta grace et puni leur malice : Mes bons sujets desirent mon retour, Et les justes pour moi te demandent justice. PSEAUME 142 Seigneur, qui m'as promis d'avoir pitié de moy Aussi-tost que mes voeux s'adresseroient à toy, Exauce ma priere au fort de ma tristesse; Puisque ton équité ne veut rien d'imparfait, Montre-toy veritable, et que de ta promesse Je ressente l'effet. Voy comme devant toy mon esprit est craintif; N'entre point en raison contre un pauvre captif, Que ta seule menace a pouvoir de soûmettre : Tu sais qu'en ta justice, à qui rien n'est caché, Il n'est point de mortel qui se puisse promettre D'estre exemt de peché. Depuis que tu m'as mis au rang des reprouvez, La fureur des mutins contre moy souslevez, M'a reduit en un antre éternellement sombre; À peine le soleil en éclaire les bords, Et ne say maintenant s'ils me tiennent du nombre Des vivans ou des morts. En ce triste sejour souvent je m'entretiens De ce nombre infini de graces et de biens Dont tu comblois jadis la troupe des fidelles; Le siecle où nous vivons n'est pas plus malheureux : J'espere que pour nous tes faveurs seront telles Qu'elles furent pour eux. Avec plus de besoin j'espere en ta bonté Que la terre alterée, au plus fort de l'esté, À l'eau qui le matin dans les herbes s'amasse; À toy seul j'ay recours, je ne vis que par toy, Et me croy mort au monde aussi-tost que ta grace Sera morte pour moy. Haste-toy, mon bon dieu, de conduire mes pas En un lieu qui me puisse exemter du trépas; Sauve-moy de leurs fers, sauve-moy de leurs flâmes; Fay que de tous leurs yeux je me puisse cacher, Et puisse, en m'éloignant de ces méchantes ames, De toy seul m'approcher. Sois donc à l'avenir mon guide et mon secours, En une terre juste où j'acheve mes jours, Loin de ces attentats où l'innocence pleure; Que là tes châtimens me puissent corriger, Et que par toy je puisse, en changeant ma demeure, Moy-mesme me changer. Détruis tous ces mutins envieux de mon bien, Et fay que ton pouvoir, accompagnant le mien, Remette leur audace à mon obéissance; Défen ma liberté, qu'ils me veulent ravir, Et montre qu'en tes mains est la seule puissance Qui la peut asservir. PSEAUME 143 Bénissons le dieu des armées, Par qui mon throsne est affermi : C'est luy qui des champs Idumées Chasse le camp de l'ennemi; C'est l'appuy des pouvoirs suprémes, C'est luy qui rend nos diadémes La crainte et l'espoir des humains, Et qui fait que dans les provinces Les fils des legitimes princes Naissent les armes dans les mains. Il m'assiste dés ma naissance, Et dans la guerre et dans la paix; Je dois ma force à sa puissance, Qui ne m'abandonna jamais; Il fait dans mon coeur sa demeure, Il fait dans mon coeur d'heure à heure Ses graces se multiplier; Pour repousser les infidelles Et pour combattre les rebelles, C'est mon épée et mon bouclier. Mais, seigneur, qu'est-ce que nous sommes, Qu'un objet d'imperfection? Qu'est-ce qu'ont les enfans des hommes Digne de ton affection? Leurs beaux jours sont en petit nombre, Ils passent viste comme une ombre Qui toûjours nous fuit ou nous suit, Qui toûjours croit ou diminuë, Et que le soleil ou la nuë En un moment forme ou détruit. Ô grand dieu, qui fais que les astres Luisent et roulent sous tes pas, Lors que, touché de nos desastres, Tu jettes les yeux ici-bas, Si-tost que ta colere gronde Contre les pouvoirs que le monde A mis au rang des immortels, Au premier bruit de ton tonnerre, Le plus grand orgueil de la terre S'abaisse au pied de tes autels. Ren-moy la force et le courage. Tu vois le camp de l'estranger, Comme le torrent d'un orage, Qui vient mes terres submerger; Ton bras est ma seule défense, Il peut arrester la licence De leur vaine temerité. Dans l'ambition qui les ronge, Leur bouche maintient le mensonge, Et leur dextre l'iniquité. Si, touché des cris et des larmes De ton pauvre peuple affligé, Tu nous viens délivrer des armes Dont mon estat est ravagé, Mes doits et ma voix feront dire, Sur les dix cordes de ma lyre, Dans l'hymne que je t'ay promis, Que tu me fis dés mon enfance Dompter l'invisible puissance Du plus grand de mes ennemis. Que ton bras, armé de la foudre Pour la protection des rois, Fasse à tes pieds mordre la poudre Aux contempteurs des saintes loix; Terrasse mes fiers adversaires; Glace leurs ames temeraires D'une froide et pasle terreur; Aneanty leur entreprise; Défen mon sceptre et ton église De leur glaive et de leur erreur. Dans mes provinces languissantes Sous leur injuste autorité, L'on voit comme de jeunes plantes S'estendre leur postérité; Leurs fils sont foudres des alarmes; Leurs filles tiennent par leurs charmes Les plus grans guerriers enchaisnez, Quand leurs sacrileges conquestes Ont mis les joyaux sur leurs testes Dont nos temples furent ornez. Leur douce et fertile vendange Se meurit au haut des rochers; Sous les richesses de leur grange Gemissent leurs fermes planchers; Leurs boeufs sont forts au labourage; Leurs brebis ont cet avantage D'avoir deux fois l'an des aigneaux; Les vaches dans leurs mestairies Sont pleines sans estre taries, Et le laict en coule à ruisseaux. Leurs palais, bravant le tonnerre, Levent leur teste au firmament, Et dans le centre de la terre Affermissent leur fondement; Leurs esprits, perdus dans les vices, Ont fait leurs dieux de leurs délices, C'est le comble de leur bon-heur; Mais, quelques attraits qu'ait le monde, Jamais mon espoir ne se fonde Que sur les graces du seigneur. PSEAUME 144 Fay, seigneur, que cet hymne, où d'une sainte ardeur J'exalte ta grandeur, En puisse conserver à jamais la memoire : Ton nom, que seul je prens pour sujet de mes vers, Ne peut-il pas assez en relever la gloire Pour les faire durer autant que l'univers? Tous les jours que les cieux accordent aux mortels, Je veux à tes autels Chanter soir et matin les oeuvres de ta grâce; L'âge qui par les ans chemine à pas comptez À ton âge innombrable aura cedé la place, Que tu m'oiras encor celebrer tes bontez. La divine splendeur du soleil des esprits, Dont nous sommes épris, Sera jusqu'au tombeau le sujet de mes veilles, Et ce siecle, laissant aux siecles à venir Tes faits miraculeux, tes divines merveilles, En grave dans les coeurs l'éternel souvenir. Je publiray ta grace et ton affection, Dont ta chere Sion Reçoit journellement de si grans témoignages; Et te feras sans fin adorer des humains, Autant par tes bontez que par ces grans ouvrages Qui nous font admirer le pouvoir de tes mains. Ils publiront sans fin les honneurs et les biens Dont tu combles les tiens; Ils publieront par tout ta prudence profonde, Et que le sentiment d'une tendre amitié Rend le dieu tout-puissant, rend le sauveur du monde Tardif à la colere et prompt à la pitié. Les oeuvres dont le soin de ta divinité Bannit l'impureté, Et les fait posseder ta visible presence, Ces esprits qu'il en a pleinement satisfaits Sont-ils pas obligez de l'heur de leur naissance À la savante main qui les fit si parfaits? L'invisible pouvoir qui fait que le soleil, Dans un ordre pareil, Fait sur notre horizon sa course égale et ronde, Est le mesme pouvoir qui du plus haut des cieux Se fait craindre et cherir sur la terre et sur l'onde, Et dont le regne est juste autant que glorieux. L'orgueil de l'univers à son throsne est soûmis; De tous ses ennemis Sa ferme autorité s'est toûjours défenduë; Elle brave l'effort des âges inconstans, Son immensité seule en borne l'estenduë, Son éternité seule en mesure le temps. Son esprit, dont le nom est si saint et si grand Que rien ne le comprend, En tout ce qu'il promet n'est-il pas veritable? S'il voit quelqu'un des siens en danger de perir, Sa main, également puissante et charitable, N'est-elle pas toûjours preste à le secourir? Aussi tout ce qui vit revere le seul dieu Qui, sans forme et sans lieu, Se fait par ses effets aimer et reconnoistre; Nous inspire-t-il pas à tous, en nous creant, Que son mesme pouvoir qui nous a donné l'estre Nous fait, quand il luy plaist, rentrer dans le neant? Lorsque Dieu nous visite, il en est invité Par sa seule équité; Sa grandeur ne fait rien que de saint et d'auguste, Et ceux qui d'un coeur franc lui presentent leurs voeux, Cet esprit amoureux, tout-puissant et tout juste, Sans le faire connoistre est toûjours auprés d'eux. Il reçoit la priere en sa sainte maison De ceux dont l'oraison D'une crainte soûmise honore ses mysteres, Et confond les esprits de qui la vanité Dans l'insolent mépris de la foy de leurs peres Nourrit et leur orgueil et leur impieté. Pour moy, dont sa largesse a de tant de bienfaits Les desirs satisfaits, Je consacre ma vie à servir en son temple : Puisqu'il a pour jamais mes ennuis surmontez, Je veux que dans ma cour à jamais mon exemple Invite tout le monde à loüer ses bontez. PSEAUME 145 Mon ame, il s'en va temps de penser à la mort; Il te faut de Dieu seul esperer ton support, En ce dernier moment si doux et si funeste. Ces rois que comme luy nous servons à genoux N'ont pas plus de faveur dedans la cour celeste Que les moindres de nous. Ils n'ont de majesté qu'en nostre opinion, Ils n'ont d'autorité que par nostre union, Ils ne sont élevez que sur nostre bassesse; Et, quand leurs legions défont leurs ennemis, Ne doivent-elles pas leur force à la foiblesse Dont on leur est soûmis? Ils naissent comme nous esclaves du trépas, Un mesme ciel que nous les domine ici-bas, Ils courent à leur fin par une mesme voye; Ce neant où la mort les bannit sans retour Est le mesme neant qui dans l'or et la soye Les a produits au jour. Ces devoirs, ces honneurs, qu'on rend à leurs tombeaux, Ce superbe convoy precedé de flambeaux, Qui va d'un pas égal sans que rien l'interrompe, Tous ces grans ornemens dont leurs corps sont couverts, À quoy servent-ils plus qu'à decorer la pompe Du triomphe des vers? Que leur sert de se faire adorer comme dieux? Que leur sert l'entretien de ces soins glorieux, Dont inutilement l'ambition les ronge? Toutes ces vanitez, ces exploits belliqueux, De nostre souvenir se passent comme un songe, Et meurent avec eux. Celuy seul voit couler heureusement ses jours Qui dans tous ses besoins n'implore le secours Que du dieu qui crea le ciel, la terre et l'onde; Le bonheur que sa grace accorde à nos desirs Des plus infortunez changera dans le monde Les peines en plaisirs. Il delivre des fers les pecheurs condamnez, Il veut que pour sa gloire ils soient illuminez, Et possedent un jour qui jamais ne se passe; Il redonne le coeur aux hommes languissans, Et veut que son amour communique sa grace Aux esprits innocens. La vefve et l'orphelin, qu'un deplorable sort Semble avoir pour toûjours dénuez de support, Trouvent toûjours en luy leur époux et leur pere; Il protege et reçoit l'estranger delaissé, Et punit l'orgueilleux, dont l'ame ingrate et fiere Opprime l'oppressé. Sion, qui de sa grace a receu les effets, N'es-tu pas obligée, aprés tant de bien-faits, D'avoir toûjours son nom present en ta memoire? Son amour, dont l'excés n'a rien de limité, Te promet-elle pas d'éterniser ta gloire Dans son éternité. PSEAUME 146 Celebrons le renom auguste De ce dieu tout bon et tout juste Qui nous remet en liberté, Et, par un saint transport, ou par reconnoissance, Aux oeuvres de ses mains admirons sa puissance, Aux oeuvres de sa grace admirons sa bonté. Il rend à Sion desolée Notre nation exilée Aux bords de l'Euphrate et du Nil; Il joint pour la bastir la pompe à l'industrie; Il leur rend leur repos, il leur rend leur patrie, Il les tire des fers et finit leur exil. Il rend la force à nos foiblesses, Il rend la joye à nos tristesses Et le remede à nos douleurs. Des armes de l'enfer nostre ame en vain s'effraye, Le baume de son sang en guerira la playe Si tost qu'un saint remors y mélera nos pleurs. Il regit dans sa prescience Les astres, de qui l'influence Dispose de tous nos projets; Il sait ce que leur cours à jamais nous presage, Et reserve à luy seul d'entendre le langage Que parlent dans les cieux ces oracles muets. Qu'un savant archet fasse dire Ses louanges dessus la lyre, Quand elle accompagne nos chans; Exaltons l'équité de sa toute-puissance, Qui releve aussi haut l'humble et foible innocence Qu'elle confond en bas l'audace des méchants. L'air où se forge le tonnerre Par ses ordres rend à la terre Les eaux qu'il emprunte des eaux; Et les plus hauts rochers ont, par sa providence, Les herbes et les fleurs dont la gaye abondance Réjoüit les bergers et nourrit les troupeaux. Comme il abeche dans les aires Les corbeaux naissans, que les peres Laissent à la merci du sort, Ceux qu'il a fait renaistre à la vie éternelle, Quand ils sont délaissez de leur pere infidelle, Trouvent toûjours en luy leur vie et leur support. Il meprise la hardiesse De ceux qui vantent leur adresse, Leur force et leur dexterité; Ces guerriers sont décheus des grâces qu'il accorde À ceux qui, n'esperant qu'en sa misericorde, Ne cherchent d'autre appui qu'en sa seule bonté. PSEAUME 147 Sion, il te faut en tes veilles Celebrer l'auteur des merveilles, De qui le bien te vient de toutes parts; C'est celuy dont les mains aussi justes que fortes Soustiendront tes remparts, Creuseront tes fossez et fermeront tes portes. Tes foyers seront par sa grace Couronnez d'une heureuse race, Qui remplira le throsne des eleus; Et le fer, dont la guerre a dépeuplé le monde, Ne te servira plus Qu'à recueillir les biens dont la terre est feconde. Sa voix, à qui tout rend hommage, Donne la bonace ou l'orage, Comme il lui plaist, dessus nostre horizon; Et, devant que l'hyver nos campagnes assiege, Comme d'une toison, Pour conserver nos bleds, il les couvre de neige. Alors l'impetueux Borée, Grondant sous la voûte azurée, De ses liens rompt l'invisible noeu; Et le froid, resserrant les flots les plus rapides, Semble, à l'envi du feu, Répandre ses frimats comme cendres liquides. Quand ce dur ennemi du monde Fait voir sur la terre et sur l'onde Visiblement la nature déchoir, Ne pouvant de sa peine avoir la délivrance, Elle n'a plus d'espoir Que de trouver la mort en sa longue souffrance. Le seigneur entend nos prieres; Il rend le cours à nos rivieres, En leur ouvrant leurs prisons de cristal; Les sources qui dormoient dans le sein des montagnes, Comme en leur lit natal, De leur argent liquide arrousent les campagnes. Le soleil par qui sont bornées Et les saisons et les années En tous climats éclaire également; Mais le soleil qui luit aux ames des fidelles Pour Sion seulement Fait paroistre ici-bas les clartez éternelles. PSEAUME 148 Illustres conquerans du royaume des cieux, Celebrez les bontez des puissances supresmes Qui rendirent vos coeurs toujours victorieux De la chair, du peché, du monde et de vous-mesmes. Et vous, esprits divins, chantez d'un saint accord Sa grace, qui vous fit possesseurs de la gloire, Et qui, dés en naissant, du vice et de la mort Vous a fait sans combat obtenir la victoire. Globe de flâme et d'or, grand oeil du firmament, Reverez à jamais ses clartez éternelles, Qui ne vous cachent rien que l'horreur du tourment Que souffrent aux enfers les ames criminelles. Astre qui tous les mois reprens des feux nouveaux, Benis Dieu qui te fait, en ton empire sombre, Dominer à la fois l'inconstance des eaux Et la tranquilité du silence et de l'ombre. Arbitres clair-voyants des choses d'ici-bas, Reverez du seigneur la sagesse profonde, Qui, reglant votre cours d'un si juste compas, Fait tourner avec vous les fortunes du monde. Cieux, le dernier espoir de nos justes desirs, Admirez-le en son thrône, où luy-mesme s'admire; Il a pour fondement vos voûtes de saphirs, Et l'amour et la gloire y peuplent son empire. Et vous, eaux qui baignez des arenes d'azur Depuis l'ardent Lion jusqu'aux glaces de l'Ourse, Rendez grace à celuy qui conserve aussi pur Vostre cours au ruisseau comme il est dans sa source. Si vous ne possedez les perles, le corail, Et ces rares thresors dont nos mers sont fecondes, Le seigneur, magnifique autant que liberal, Fait luire ses flambeaux dans le fond de vos ondes. Quand son ordre éternel vous tira du neant, Et qu'il eut sur le ciel vos vagues épanduës, Ne vous marqua-t-il pas des bords, en vous creant, Sur le mobile appuy qui vous tient suspenduës? Excremens animez qui rampez sous nos pas, Loüez sa providence en merveilles feconde, Qui des mesmes poisons qui causent le trépas Vous a donné la vie et vous conserve au monde. Sa grace est dans le ciel le jour des bien-heureux; Ses clartez leur seront toûjours continuées, Et luiront dans la terre aux gouffres les plus creux, Comme au plus haut des monts qui percent les nuées. Foudres, neiges, frimas, nos peurs et nos besoins, L'esperance des bons, la terreur des profanes, Loüez celui qui fait que vous respectez moins Les palais orgueilleux que les humbles cabanes. Vous, arbres, l'ornement des parcs delicieux, Qui de fruits savoureux contentez nostre envie, Venez tous rendre hommage au cedre aimé des cieux, Qui doit aprés sa mort porter le fruit de vie. Habitans des forests, nos injustes rivaux, Celebrez ses bontez sous vos sombres ramées : Vous vivez sans travail du fruit de nos travaux, Et cueillez les moissons que nous avons semées. Loüez-le, hostes de l'air, qui d'un vol glorieux Vous élancez au lieu d'où la foudre est lancée : C'est luy qui vous éleve où les plus curieux À peine ont élevé leurs yeux et leurs pensées. Princes, vivans rayons de la divinité, Dont l'équitable sort couronna la naissance, Usez sur vos sujets de vostre autorité, Comme Dieu fait sur vous de sa toute-puissance. Le ciel, qui nous soumet sans force et sans rigueur À rendre à vostre sceptre un légitime hommage, Nous a dés la naissance imprimé dans le coeur Que c'est honorer Dieu qu'honorer son image. Loüez le createur, vous qui d'un age heureux Goustez innocemment les charmantes amorces; C'est luy qui vous anime aux desseins genereux, C'est luy dont vous tenez le courage et les forces. Vierges, qui pour luy seul conservez vos appas, Il vous montre en ce monde un sujet de victoire, Et, du feu le plus pur qui vous brûle ici-bas, Vous prepare la haut des couronnes de gloire. Et vous qui n'esperez que par la seule mort De sortir d'une mer si sujette au naufrage, Ne craignez point, vieillards, d'arriver en un port Où Dieu vous tend la main de dessus le rivage. C'est là d'ou son pouvoir, sans borne et sans pareil, Lasche les tourbillons et lance le tonnerre; C'est là d'où vous verrez, assis sur le soleil, Foudroyer sous vos pieds l'audace de la terre. Par les frequens effets de son affection Son eglise se voit de ses fers dégagée, Et de tant de faveurs il fera que Sion Sera la moins ingrate et la plus obligée. PSEAUME 149 Qu'en de nouveaux concerts nos lyres et nos voix Rendent grace au seigneur des biens qu'il nous envoye, Et fassent nos chansons retentir à la fois Sa gloire et nostre joye. Dans l'espoir d'un bonheur sans fin et sans defaut, Celebrons ici-bas ses bontez paternelles, À l'envy des esprits qui possedent là haut Ses graces éternelles. Que le bruit des tambours, dont les coeurs transportez Cherchent dans les combats la mort ou la victoire, Ne soit plus employé qu'à chanter ses bontez, Qui nous comblent de gloire. Mais, puisqu'un si bon roy nous regit sous ses loix, Pour de son bruit guerrier adoucir la rudesse, Qu'en quittant la trompette il s'accorde aux hautbois En nos chants d'allegresse. Il est de ses eslus l'asyle et le conseil; Ses graces ici-bas jamais ne les oublient, Et preparent un throsne au-dessus du soleil À ceux qui s'humilient. Là d'éternels rayons brillera la clarté Des vertus seulement soigneuses de luy plaire, Qui cachent leur éclat sous la simplicité D'une ame debonnaire. Ceux qui de ce bon-heur sont dés-ja possesseurs Les verront sans envie et sans inquietude Partager avec eux la gloire et les douceurs De la beatitude. De nos fiers ennemis, ces tyrans inhumains, Leurs voeux nous feront voir l'orgueil mordre la terre, Nous donneront la force, et feront dans nos mains Trancher le cimeterre. Ils ont les plus puissans à nos ames soûmis, Ils nous donnent contre eux des secours invisibles; Ils nous rendent par tout maistres des ennemis, Et par tout invincibles. Ces rois dont nous faisons nos illustres captifs Ont en vain contre nous leurs forces ralliées; Ceux qui pour leur secours estoient les plus actifs Ont eû les mains liées. Les amis du seigneur dispensent par leurs mains Les biens et les honneurs où notre espoir se fonde, Et se font reconnoistre arbitres souverains Des fortunes du monde. PSEAUME 150 Celebrons du seigneur l'épouse legitime, En un si beau sujet le silence est un crime : Ses ans comme sa foy sont exempts du trépas; C'est la seule beauté qui jamais ne se passe, Et qui dans sa vieillesse augmente ses appas, Son merite et sa grace. Honorons ces saints lieux où la toute-puissance Fait luire des rayons de sa magnificence; Le feu de son amour y purge nos défauts. Admirons sa grandeur jusqu'au ciel parvenuë, Et la force du bras qui contre tant d'assauts L'a toûjours maintenuë. Que l'airain recourbé, bruyant à nos oreilles, Fasse en tous ses replis resonner ses merveilles Jusqu'à ce que l'epoux paroisse au firmament, Et qu'on voye en ce jour glorieux et funeste Les vivants et les morts entendre également La trompette celeste. Lors que le souvenir de nos fautes passées Dans ce juste remors entretient nos pensées De voir un si bon pere irrité contre nous, Pour témoigner l'ennuy dont nostre coeur soûpire Joignons nos tristes voix au son plaintif et doux Du luth et de la lyre. Qu'en leur rang le tambour, la fluste et les cymbales, En chantant les bien-faits de ses mains liberales, Fassent par tout ouïr le bruit de leurs accords; Et, goustant les douceurs des graces qu'il envoye, Que dans leur son confus s'expriment les transports De nostre sainte joye. Que les claviers sacrez, où sous des mains adroites L'air qui chante en sortant de leurs prisons étroites Forme ces saints accords dignes de nos autels, En leur docte harmonie honorent l'influence Dont le divin rayon dans l'esprit des mortels Inspire la science. Qu'un languissant archet, se traisnant sur la corde, Fasse que la viole à l'espinette accorde Ses sons tristement doux aux siens plus éclatans; Que nos mains et nos voix, que nos soins et nos veilles, Que nos yeux et nos coeurs, reverent en tout tems Ses divines merveilles. Que nostre ame, à jamais de sa bonté ravie, Ait pouvoir d'animer ce qui n'a point de vie; Et vous, fer, vous, airain, vous, roseaux, et vous, bois, Vous, corps sans mouvement qui naissez dans la fange, Rendez grace au seigneur, qui vous donne des voix Pour chanter sa loüange. Source: http://www.poesies.net.