Ève (1913) Par Charles Péguy (1873-1914) Quatorzième cahier de la quinzième série. (28 décembre 1913) Fideli Fidelis Jésus parle. - O MÈRE ensevelie hors du premier jardin, Vous n'avez plus connu ce climat de la grâce, Et la vasque et la source et la haute terrasse Et le premier soleil sur le premier matin. Et les bondissements de la biche et du daim Nouant et dénouant leur course fraternelle Et courant et sautant et s'arrêtant soudain Pour mieux commémorer leur vigueur éternelle, Et pour bien mesurer leur force originelle Et pour poser leurs pas sur ces moelleux tapis, Et ces deux beaux coureurs sur soi-même tapis Afin de saluer leur lenteur solennelle. Et les ravissements de la jeune gazelle Laçant et délaçant sa course vagabonde, Galopant et trottant et suspendant sa ronde Afin de saluer sa race intemporelle. Et les dépassements du bouc et du chevreuil Mêlant et démêlant leur course audacieuse Et dressés tout à coup sur quelque immense seuil Afin de saluer la terre spacieuse. Et tous ces filateurs et toutes ces fileuses Mêlant et démêlant l'écheveau de leur course, Et dans le sable d'or des vagues nébuleuses Sept clous articulés découpaient la Grande Ourse. Et tous ces inventeurs et toutes ces brodeuses Des lacis de leurs pas découpainet des dentelles, Et ces beaux arpenteurs parmi ces ravaudeuses Dessinaient des glacis devant des citadelles. Une création naissante et sans mémoire Tournant et retournante aux courbes d'un même orbe. Et la faîne et le gland et le coing et la sorbe Plus juteux sous les dentss que la prune et la poire. Vous n'avez plus connu la terre maternelle Fomentant sur son sein les faciles épis, Et la race pendue aux innombrables pis D'une nature chaste ensemble que charnelle. Vous n'avez plus connu ni la glèbe facile, Ni le silence et l'ombre de cette lourde grappe, Ni l'océan des blés et cette lourde nappe, Et les jours de bonheur se suivant à la file. Vous n'avez plus connu ni cette plaine grasse, Ni l'avoine et le seigle et leurs débordements, Ni la vigne et la treille et leurs festonnements, Et les jours de bonheur se suivant à la trace. Vous n'avez plus connu ce limon qui s'encrasse A force d'être épais et d'être nourrissant; Vous n'avez plus connu le pampe florissant, Et la race des blés jills pour votre race. Vous n'avez plus connu l'arbre chargé de pommes Et pliant sous le fait dans la mûre saison; Vous n'avez plus connu devant votre maison Les blés enfants jaillis pour les enfants des hommes. Ce qui depuis ce jour est devenu la fange N'était encor qu'un lour et plastique limon; Et la sagesse même et le roi Salomon N'eût point départagé l'homme d'avecque l'ange. Ce qui depuis ce jour est devenu la somme S'obtenait sans total et sans addiction; Et la sagesse assise au coteau de Sion N'eût point dépareillé l'nge d'avecque l'homme. Vous n'avez plus connu ni cette plaine rase, Ni le secret ravin aux pentes inclinées, Ni le mouvant tableau des ombres déclinées, Ni ces vallons plus pleins que le falnc d'un beau vase. Vous n'avez plus connu les saisons couronnées Dansant le même pas devant le même temps; Vous n'avez plus connu vers le même printemps Le long balancement des saisons prosternées. Vous n'avez plus connu les fleurs nouvelles-nées Jaillissant des sommets en énormes cascades; Vous n'avez plus connu les profondes arcades, Et du haut des cyprès les ombres décernées. Vous n'avez plus connu les naissantes années Jaillissant comme un choeur du haut du jeune temps; Vous n'avez plus connu vers un jeune printemps Le chaste enlacement des saisons alternées. Vous n'avez plus connu les saisons discernées Par un égal binheur au creux d'un même temps; Vous n'avez plus connu vers un égal printemps L'égal déroulement des saisons gouvernées. Vous n'avez plus connu les saisons retournées Vers un égal bonheur et vers le même temps; Vous n'avez plus connu vers le même printemps Le souple enroulement des saisons détournées. Vous n'avez plus connu de l'un à l'autre pôle La terre balancée ainsi qu'une nacelle; Et le désistement et le retrait d'épaule D'une saison périe encor que jouvencelle. Vous n'avez plus connu de l'un à l'autre pôle La terre bamlancée ainsi qu'un beau trois-mâts; Et le renoncement, l'affacement d'épaule De la saison qui meurt au retour des frimas. Vous n'avez plus connu de l'un à l'autre pôle La terre balancée ainsi qu'un bâtiment; Et le détournement et la blancheur d'épaule D'une saison qui meurt pour éternellement. Ce qui depuis ce jour est devenu la boue Était alors le suc de la féconde terre. Et nul ne connaissait la peine héréditaire. Et nul ne connaissait la houlette et la houe. Ce qui depuis ce jour est devenu la mort N'était qu'un naturel et tranquille départ. Le bonheur écrasait l'homme de toute part. Le jour de s'en aller était comme un beau port. Les bonheurs qui tombaient faisaient un déversoir, Le silence de l'âme était comme un étang, Le soleil qui montait faisait un ostensoir Et se répercutait dans un ciel éclatant. Les vapeurs qui montaient faisaient un encensoir. Et les cèdres faisaient des hautes barricades. Et les jours de bonheur étaient des colonnades. Et tou se reposait dans le calme du soir. Et la terre n'était qu'un vaste reposoir. Et les fruits toujours prêts sur les rameaux de l'arbre, Et les jours toujours prêts sur les tombeaux de marbre Ne faisaient qu'un immense et temporel dressoir. Et la terre n'était qu'un jardin bocager. Et le fruits alignés aux étages de l'arbres, Et les ours alignés sur les âges de marbre Ne faisaent qu'un immense et temporel verger. Et la terre n'était qu'un vaste potger. Et l'homme accoutumé parmi ces plates-bandes, Respecté de la bête administrait ces bandes Ainsi qu'un amiable et naturel berger. Et Dieu lui-même jeune ensemble qu'éternel Se reposait penché sur sa création. Et l'amour filiale et l'amour paternel Se nourrissait d'hommage et de libation. Et Dieu lui-même jeune ensemble qu'éternel Avait pesé le monde au gré de sa balance, Et il considérait d'un regard paternel L'homme de son image et de sa ressemblance. Et Dieu lui-même jeune ensemble qu'éternel Regardait ce que c'est que la fleur d'un jeune âge. Et père il regardait d'un regard paternel Le monde rassemblé comme un humble village. Et Dieu lui-même jeune ensemble qu'éternel Regardait ce que c'est que la nuit et le jour. Et père il contemplait d'un regard paternel Le monde au coin d'un bois jeté comme un gros bourg. Et Dieu lui-même jeune ensemble qu'éternel Regardait ce que c'est que le temps et que l'âge; Père il considérait d'un regard paternel Le monde circonscrit ainsi qu'un beau village. Et Dieu lui-même jeune ensemble qu'éternel Regardait ce que c'est qu'un tour et qu'un retour. Et père il contemplait d'unregard paternel Le monde rassemblé comme un énorme bourg. Et Dieu lui-même jeune ensemble qu'éternel Regardait ce que c'est que le temps de l'année. Immuable il voyait d'un regard paternel Passer parmi ses soeurs la saison couronnée. Et Dieu lui-même jeune ensemble qu'éternel Regardait ce que c'est que le temps et le lieu. Calme en laissant descendre un regard paternel, Il voyait ce que c'est que le reflet de Dieu. Et Dieu lui-même jeune ensemble qu'éternel Regardait ce que c'est que le temps et le lieu. Calme en laissant tomber un regard paternel, Il voyait ce que c'est que l'image de Dieu. Et Dieu lui-même jeue ensemble qu'éternel Regardait ce que c'est que le temps et l'espace. Père il considérait d'un regard paternel, Ce que c'est que d'un monde éphémère et qui passe. Et Dieu lui-même jeune ensemble qu'éternel Regardait ce que c'est qu'un monde qui dit oui. Fleuriste il regardait d'un regard paternel L'épanouissement d'un mone épanoui. Et Dieu lui-même ensemble qu'éternel Regardait ce que c'est qu'un espace étendu. Fixe il considérait d'un regard paternel L'évanouissement d'un monde détendu. Et Dieu lui-même jeune ensemble qu'éternel Regardait ce que c'est que les jeux du jeune âge. Calme et laissant poser son regard paternel Il se considérit dans l'homme son image. Et Dieu lui-même jeune ensemble qu'éternel Regardant ce que c'est que les voeux du jeune âge. Provident il voyait d'un regard paternel Le monde se dresser pour cet appareillage. Et Dieu lui-même jeune ensemble qu'éternel Regardait ce que c'est qu'enfants du premier âge. Intègre il regardait d'u regard paternel Le monde appareiller le long d'un beau rivage. Et Dieu lui-même jeune ensemble qu'éternel Regardait ce que c'est que jeunes nourrissons, Père il considérait d'un regard paternel La plus jeune gamine et les derniers bessons. Et Dieu lui-même jeune ensemble qu'éternel Regardait ce que c'est que jeunes jouvenceaux. Père il considérait d'un regard paternel Une mère penchée au bord de deux berceaux. Dieu lui-même penché sur l'amour éternelle La revoyait fleurir dans de pauvres hameaux. Père il considérait une amour maternelle Doublement partagée entre deux beaux jumeaux. Dieu lui-même penché sur l'amour solennelle La regardait fleurir au fin fond des hameaux. Père il considérait une amour fraternelle Déjà communiquée entre deux beaux jumeaux. Dieu lui-même penché sur la fleur éternelle La regardait fleurir aux pointes des rameaux. Dieu lui-même penché sur l'amour fraternelle La regardait germer dans le coeur des Gémeaux. Et Dieu lui-même jeune ensemble qu'éternel Regardait ce que c'est que les pleures du jeune âge. Intègre il regardait d'un regard paternel Le monde commencer son long pélerinage. Et Dieu lui-même jeune ensemble qu'éternel Regardait ce que c'est que les cris du jeune âge. Intègre il regardait d'un regard paternel Le monde apareiller le lond de ce rivage. Et Dieu lui-même jeune ensemble qu'éternel Regardait ce que c'est que baisers du jeune âge Intègre il regardait d'un regard paternel Le monde lever l'ancre au bord de ce voyage. Et Dieu lui-même jeune ensemble qu'éternel Regardait ce que c'est que les soins du jeune âge. Anxieux il voyait d'un regard paternel Le monde appareiller au seuil de ce naufrage. Et Dieu lui-même jeune ensemble qu'éternel Regardait ce que c'est que le progrès de l'âge. D'un regard toujours jeune et toujours paternel Il regardait vieillir un monde jeune et sage. Et Dieu lui-même sage ensemble qu'éternel Considérait son oeuvre et trouvait qu'il est bon. Du premier diamant jusqu'au dernier charbon, Il enveloppait tout d'un regard paternel. Et Dieu lui-même bon esemble qu'éternel Considérait son oeuvre et trouvait qu'il est bien Et qu'il était parfait et qu'il y manquait rien Et que tout déroulait un ordre solennel. Et la création étaient comme une tout. Qui s'élève au-dessus d'un immense palais. Et le temps et l'espace assuraient les relais. Et les jours de bonheur étaient comme un seul jour. Et les fidélités étaient comme une tour. Et le temps et l'espace en étaient les valets. Et le temps et l'espace assuraient les délais. Et les fidélités étaient un seul amour. Un Dieu lui-même auteur ensemble qu'éternel Considérait son oeuvre et disait qu'il est bon. De la fleur de pommier jusqu'au dernier charbon, Il enveloppait tout d'un regard paternel. Un Dieu lui-même auguste ensemble qu'éternel Ne voyait que décence et qu'amour filial. Et le monde d'esprit et le monde charnel N'était devant ses yeux qu'un temple lilial. Un Dieu lui-même père ensemble qu'éternel Voyait partout ses fils et les fils de ses fils. Et les champs de méteil et les champs de maïs Étaient devant ses yeux une nappe d'autel. Un Dieu lui-même neuf ensemble qu'éternel Regardait l'univers comme un immense don. Un monde sans offense, un monde sans pardon Développait les plis d'un ordre solennel. Un Dieu nouveau lui-même ensemble qu'éternel Regardait ce que c'est que jeune nouveauté Père et laissant tomber un regard paternel, Il voyait ce que c'est que naissante beauté. Un bon Dieu bienveillant ensemble qu'éternel Considérait son oeuvre et trouvait qu'il est pur. Un Dieu cultivateur, économe et réel Voyait jaunir le seigle et trouvait qu'il est mûr. Un beau Dieu statuaire ensemble qu'éternel Considérait son oeuvre et trouvait qu'il est beau. Et le premier bercail et le dernier tombeau N'était qu'un même asile égal et fraternel. Vous n'avez plus connu ce manteau de bonheur Jeté sur tout un monde et de béatitude, Et ce fleuve et ce flot et cette plénitude, Et ce consentement ux règles de l'honneur. Vous n'avez plus connu ce manteau de tendresse Jeté sur l'âme même et ce manteau d'honneur. Vous n'avez plus connu cette chaste cresse et ce consentement aux règles du bonheur. Vous n'avez plus connu ce manteau de bonté Jeté sur tout un monde et cette bienveillance, Et cette multitude et l'antique vaillance, Et cette solitude et cette fermeté. Vous n'avez plus conu ce manteau de satin Jeté sur tout un peuple et dans cette allégresse Tout un monde gonflé de la même tendresse Depuis le ras du sol jusqu'au dernier gradin. Vous n'avez plus connu cet auguste festin, Et la sève et le sang plus purs qu'une rosée. La jeune âme avait mis sa robe d'épousée, Et la terre fleurait la lavande et le thym. Et le jeune homme corps était alors si chaste Que le regard de l'homme était un lac profond. Et le bonheur de l'homme était alors si vaste Que la bonté de l'homme était un puit sans fond. Vous n'avez plus connu l'innocence u monde Et les greniers bondés jusque sur le portail. Vous n'avez plus connu cette race féconde Et les prés débordants d'un immense bétail. Vous n'avez plsu connu qu'un sévère destin. Vous n'avez plus connu la terre reposée. Vous n'avez plus connu qu'un amour clandestin. Vous n'avez plus connu la terre déposée. Vous n'avez plus connu les blés inépuisables Et les gerbes montant à l'assaut des greniers. Vous n'avez plus connu les vignes inlassables Et les grappes montant à l'assaut des paniers. Vous n'avez plus connu les pas ineffaçable, Et les moissons montant sous le vol des abeilles. Les vandanges montant à l'assaut des corbeilles. Les pas des vendangeurs dans les chemins de sables. Vous n'avez plus connu les puits intarissables, Et les moissons montant à l'asaut de la meule. Vous n'vez plus connu qu'un âme errante et seule Et des pas soupçonneux sur des chemins de sables. Vous n'avez plus connu les jours impérissables, Et les raisins montant à l'assaut du pressoir. Et les treilles montant à l'assaut du dressoir. Et des pas fastueux sur des chemins de sable. Vous n'avez plus connu les blés involontaires, Vous n'avez plus connu que de pauvres labours. Vous n'avez plus connu que de pauvres amours. Vous n'avez plus connu que des blés réfractaires. Vous n'avez plus connu les blés inoubliables, Vous n'avez plus connu que des jours moissonnés. Et du haut du coteau des pins découronnés. Et le commencement des jours inexpiables. Vous n'avez plus connu que des puits tarissables, Et sur de maigres champs de plus maigres labours. Et sur de maigres ans de plus maigres amours. Et du haut du plateau des cèdres pourissable. Et du haut du péché des âmes corruptibles. Et du haut de la treille un pampre périssable. Et du haut de l'orgueil l'envie impérissable. Et du haut de l'amour des haines putrescibles. Et du haut du bonheur la mort et l'épouvante, Et du hay de l'honneur le travail et la peine. Et du haut de l'amour l'amertume et la haine. Et la honte maîtresse et la honte servante. Et du haut de la mort la borne infranchissable, Et la foi toujours pleine et toujours décevante. Et du haut du destin le sort incontestable. Et du haut de l'amour une pitié fervente. Vous n'avez plus connu que le temps dans le lieu Vous n'avez plus connu la jeunesse du monde, Et cette paix du coeur plus lourde et plus profonde Que l'énorme Océan sous le regard de Dieu. Vous n'avez plus connu que des bien périssbles, Et la succession et le veieillissement. Et la procession des maux ineffaçables. Et le regard voilé d'un appauvrissement. Et le regard meurtri d'un affaiblissement, ET sous le même front des yeux méconnaissables, Et dans les même yeux des pleurs intarissables, Et les marques de mort et d'amortissement. Et dans les même yeux un tout autre regard, Un regard de détresse et d'amoindrissement. Et sous les même cieux un tout autre hasard. Un hasard de tendresse et d'avilissement. Vous n'avez plus connu ce long désarmement Et le coeur inondé d'une haute splendeur. Et dans cette amplitude et ce contentement Tout un monde noyé dans sa propre candeur. Et ce repos d'un coeur qui ne manque de rien, Et qui se sait servi de toute éternité, Et qui reçoit son maître et possède son bien Dans une solennelle et tremblante unité. Et je vous aime tant, mère de notre mère, Vous avez tant pleuré les larmes de vos yeux. Vous avez tant levé vers de plus pauvres cieux Un regard inventé pour une autre lumière. Vous avez tant pleuré votre force première. Vous avez tant voilé le regard de vos yeux. Vous avez tant levé vers de plus pauvres cieux Votre voix hésitante au seuil de la prière. Et je vous aime tant, aïeule roturière. Vous avez tant lavé le regard de vos yeux. Vous avez tant courbé sous le courroux des cieux Votre nuque et vos reins frissonnnt de misère. Vous avez tant levé vers une autre tempête Une voix défaillante et tremblante d'amour. Vous avez tant levé vers une pauvre fête Un regard inveté pour un tout autre jour. Vous avez tant levé le front de votre tête Vers le repenement d'un plus noble séjour. Vous avez tant levé vers le haut de la tour Vos esprits épuisés d'une éternelle quête. Et moi je vous salue ô la première femme Et la plus malheureuse et la plus décevante Et la plus immobile et la plus émouvante, Aïeule aux long cheveux, mère de Notre Dame. Et moi je vous salue ô pleine d'épouvante Et pleine de terreur au seuil des nouveaux jours Et pleine de retraite au fon des nouveaux bourgs Et moi je vous salue ô vraiment fervente. Et moi je vous salue ô première servante, Aïeule des bergers et des bons serviteurs, Aïeule des bouviers et des premiers pasteurs, Et moi je vous salue ô première suivante. Et moi je vous salue ô vraiment vivnte Et vainement offerte à de pauvre malheurs, Et la plus soucieuse et vainement savante Et la plus douloureuse après les sept douleurs. Et je vous aime tant, première soucieuse, Et vraiment assise au jardin de la peur, Et moi je vous salue ô la plus anxieuse Et la plus écrasée aux rêve de torpeur. Et la plus immuable aux robes de stupeur Et la plus enfoncée en des chemins vaseux Et la plus embourbée en des sentier glaiseux Et la plus capturée en un siècle trompeur. Vous n'avez plus connu les flot tumultueux Jaillis de la fontaine à nulle autre pareille. Vous n'avez plus connu les manteaux somptueux Jetés sur le muguet et la salsepareille. Vous n'avez plus connu les bois silencieux Gonflés de la beauté d'une auguste présence. Vous n'avez plus connu dans la clarté des cieux l'image et le reflet d'une auguste innocence. Vous n'avez plus connu que des pas tortueux, Vous n'avez plus connu qu'une éternelle absence. Vous n'avez plus connu qu'une pauvre décence Et la sévérité des chemins montueux. Vous n'avez plus connu ces palais fastueux, Vous n'avez plus connu qu'une pauvre chaumière. Et vous êtes la seule et vous êtes première Qui n'ayez plus connu ces blés tumultueux. Vous n'avez plus connu les flots impétueux Jaillis de la fontaine à nulle autre seconde. Vous n'avez plus connu dans la clarté d'un monde L'image et le reflet d'un soleil fastueux. Vous n'avez plus connu les blés impétueux Se mouvant à l'assaut des pleine infinies. Et le blé sur son socle et les moissons bénies. Et le recensement des blés respectueux. Vous n'avez plus connu les blés présomptueux Gouvernant les saisons comme une éternité, Anticipant le temps en toute impunité, Vous n'avez plus connu les blé torrentueux. Vous n'avez plus connu les blés majestueux Et le manteau royal au seuil de votre cour. Vous n'avez plus connu les enfants fructueux Et le manteau royale au seuil de votre amour. Vous n'avez plus connu les blés tempétueux Soulevant tout un monde en leur énorme vague, Et l'homme sur son sol, et la senne, et la drague, Et le dénombrement des blés affectueux. Vous n'avez plus connu les blé tumultueux Se bousculant pour naître et monter jusqu'à vous. Sur la face de l'être et devant vos genoux Vous n'avez plus connu que des blés vertueux. Vous n'avez plus connu que des laborieux. Vous n'avez plus connu les blés par grandes ondes. Vous n'avez plus connu sur la face des mondes La race des puissants et des victorieux. Vous n'avez plus connu ces fontaines profondes. Vous n'avez plus connu que des défectueux, Et des gagne-petits et des délictueux, Vous n'avez plus connu ces largesses fécondes. Et ces flanc plus ombreux que le flanc d'un beau vase Contenant une race éternelle et profonde. Et ces regards noyés d'une profonde extase Et tout émerveillé de la beauté d'un monde. Vous n'avez plus connu la prodigalité D'un monde qui savait se refaire à mesure. Vous n'avez plus connu cette impudente usure D'un monde ivre de sève et de vitalité. Vous n'avez plus connu que de l'eau d'un canal. Et le ménagement et l'écluse et le bief. Et le gouvernement sous un si pauvre chef. Et le lanternement sous un maigre fanal. Vous n'avez plus connu que la parcimonie, Et les épargnateurs et les conservteurs, Et la petite épargne et cette ignominie,- Aïeule des bouviers et des premiers pasteurs. Vous n'avez plus connu que des blés vertueux, Et les fusse moissons et le imitateurs. Et les contrefaçons et les contrefacteurs. Et les fausses maisons chez les infructueux. Et les fausses raisons chez les talentueux Et la soumission sous le légistateurs. Et la dissension chez le pauvre amateur. Et la fausse oraison dans le voluptueux. Vous n'avez plus connu qu'une lente agonie Et les collusions dans les mains des docteurs. Et le faisceau lié dans la mains des licteurs. Et toute mauvaise herbe et toute zizanie. Et moi je vous salue, ô bonne ménagère. Mais quand on avait tout on ne méageait pas. Et je vous vois marcher, vigilante bergère. Mais quand on avait tout nul ne comptait ses pas. Et je vous veiller, vieille femme économe. Mais quand on avait tout on ne méngeait rien. Vous êtes la servante et le conseil de l'homme. Mais quad on avait tout nul ne comptait son bien. Je vous vois aujourd'hui fidèle et scrupuleuse, Attentive et sévère et sage désormais. Mais quand on avait tout, ô grande audacieuse, Quand on avait toujours on ne comptait jamais. Quand on avait la source et la lourde fontaine Et le déversement nul ne canalisait. Quand on avait lA grâce et la lourde plaine Et le contentement nul n'économisait. Quand on avait l'honneur en ces premiers moments, Nul ne courbait le fronty devant le donateur. Et le bonheur, promis aux plus graves tourments, Ne baissait pas les yeux devant le spectateur. Une foi sans symbole et sans inscription Remontait toute seule aux pieds du créateur, Comme une loi sans table et sans description Se courbait sous les pieds de son législateur. Quand on avait la foi dans ces premiers moments On ne demandait pas de formules astreintes. Quand on avait la loi sous ces premiers serments On ne demandait pas des règles de contraintes. Et quand on avait Dieu dans ces premiers moments, On ne demandait pas des formules restreintes. Quand on vivait heureux sous ces premiers tourments, On ne demandait pas des règles et des craintes. Et quand on avait tout rien ne se querellait Et le déversement de la création Se poursuivait sans hâte et sans dispersion. Et quand on avait tout rien ne se morcelait. Et quand on avait tout rien ne se harcelait. On ne regardait pas alors à la dépense. Et tout foisonnement portait sa récompense. Et quand on avait tout rien ne s'écartelait. Vous n'avez plus connu que cette vilenie, O pâle aïeule assise entre de pâles fleurs. Vous n'avez plus connu que la longue avanie, Aïeule déplorable aux yeux pâlis de pleurs. Et moi je vous salue ô femme entre les femmes, Ô vainement assise aux porte du jardin, Plus bas que la poterne et le dernier gradin, Et que la tubéreuse et que les jusquiames. Et moi je vous salue ô la plus précieuse Et la plus prosternée aux genoux du destin. Et la plus enchînée aux maître du festin. Et la plus anxieuse et la plus soucieuse. Et moi je vous connais seule silencieuse et seule naufragée aux rives de mémoire. Et seule préposée aux rayons de l'armoire. Et seule diligente et seule officieuse. Et je vous aime tant ô la plus sérieuse Et la plus prosternée aux genoux du travail. Et la plus inconnue et la plus glorieuse Et la plus acouflée aux portes du bercail. Et la plus ccotée aux montant du portail, Aïeule aux maigres doigts, seule laborieuse, Et seule obéissante et seule impérieuse, Et la plus accointée au coin du soupirail. Et nul ne vous connaît, seule mystérieuse, Ni l'homme votre fils, ni l'homme votre frère, Ni l'homme votre époux, ni l'homme votre père, Ni l'homme votre maître ô seule ambitieuse. Vous n'avez plus mené qu'une vie attentive, Ô seule curieuse et seule incurieuse. Vous n'avez enfanté qu'un horde craintive, Et tantôt défaillante et tantôt furieuse. Vous n'vez plus connu qu'une race hâtive. Vous n'avez plus connu qu'un monde qui dit non. Des terres de Judée aux terres d'Épernon Vous n'avez plus connu qu'une race furtive. Vous n'avez plus connu la race affirmative. Vous n'avez plus connu qu'un peuple qui dit non. Et des bourgs de Judée au bourg de Maintenaon Vous n'avez plus perçu qu'une voix négative. Vous n'avez plus connu la race positive. Vous n'avez plus connu qu'un peuple qui dit non. Des ch^teaux de Judée au château de Chinon Vous n'avez plus perçu qu'une voix négative. Vosu n'avez plus connu qu'une race invetive. Vous n'avez plu connu qu'un peuple qui dit non. De la voix de Juditj à la voix de Manon Vous n'avez plus connu qu'une race fautive. Vous n'avez enfanté qu'une race plaintive, Tantôt rivée au sol, tantôt victorieuse, Tantôt martyre et sainte, et sage ou furieuse O mère et c'est ma race et la race captive Constamment accotée au murs de sa prison Et vous seule vivavce et seule industrieuse, Vous vous dépensez toute, ô seule besogneuse, A laver la vaisselle et ranger la maison. O vous qui pourchassez jusqu'au fin fond des coins La poussière t l'ordure et toute impureté, Toute disconvennce et toute improbité, Maîtresse des labeurs, des veilles et des soin, Vous qui prenez ce bois pour allumer la lampe Et l mettre au milieu de la table servie, Et qui prenez ce lin pour essuyer la rampe, Et qui rangez les fleurs et qui ranger la vie. O femme qui rangez les travaux et les jours, Et les alternements et les vicissitudes, Et les gouvernements et les sollicitudes, Et la vieille charrue et les nouveaux labours, O femme qui ranger les palais et les tours, Et les retournements et les iniquités, Et la jeune détresse et les antiquités, Et la vieille tendresse et les nouveaux amours, Femme, je vous dis, vous rangeriez Dieu même, S'il descndait un jour dedans votre maison. Vous rangeriez l'outrage et l'oublie du blaphème, Si Dieu vous visitait dedans cette prison. Femme, je vous le dit, vous rangeriez Dieu même, S'il venait à passer devat votre maison. Vous rangeriez l'iffense, et le pouvoir suprême, S'il venait à passer devant votre raison. Que n'avez-vous rangé la colère divine. Que n'avez-vous lavé la grande iniquité. Il était temps alors. Que n'avez-vous quitté, Quand il en était temps le creux de la ravine. Femme, je vous le dis, vous rangeriez la foudre, Si Dieu vous l'envoyait dedans votre maison, Vous rangeriez la grâce, et le pouvoir d'absoudre, Si Dieu vous visitait dedans cette prison. Que n'avez-vous rangé le premier anathème, Cette foi qu'il tomba sur votre solitude. Que ne l'avez-vous mis dedans votre système De bon gouvernement et de mansuétude. Femme vous rangeriez jusque l'eau du baptême, Si jean redescendait vers un nouveau Jourdain. Vous rangeriez l'hostie, et l'huile, et le saint-chrême Si l'homme reveait dans le premier jardin. Femme vous rangeriez dedans votre cuisine Avec le pain du corps, le pain spirituel. Que n'avez-vous rangéjusque dans sa racine, (Il était temps alors), l'arbre intellectuel. Que n'avez-vous rangé l'arbre perpétuel Cette fois qu'il jaillit au creux de la ravine. Que n'avez-vous rangé l'arbre contractuel cette fois qu'il jaillit au flanc de la colline. Que n'avez-vous rangé la courone d'épine Quand elle était encore un timide bourgeon. Que n'avez-vous rangé cette blanche aubépine Quand elle était encore un candide surgeon. Que n'avez-vous rangé cette rouge églantine Quand elle était encore une naissante rose. Que n'avez-vous rangé la colère ltine Quand elle était encore une naissante cause. Que n'avez-vous rangé le sceptre dérisoire Quand il était encore un fragile roseau. Que n'avez-vous rangé la couronne illusoire Quand elle était encore un fragile réseau. Que n'vez-vous rangé pour la première fois Quans il était encore un fragile arbrisseau L'arbre au double destin, l'arbitre au double sceau, L'arbre de la science et l'arbre de la croix. Que n'avez-vous rangé dans un âge absolu Quand il était encore un arbre jouvenceau, L'arbre au double destin, l'arbitre au double sceau, L'arbre de la potence et l'arbre du salut. Que n'avez-vous rangé dans u ordre absolu Avant qu'il fût entré sous l seconde loi, L'arbre au double destin, l'arbitre de la foi, L'arbre de la crénce et l'arbre du salut. Que n'avez-vous lavé, diligente laveuse, Mon front ensanglanté devant qu'il fût sanglant, Que n'avez-vous alors, ô grande lessiveuse, Lavé ma pâle face et mon auguste flanc. Que n'avez-vous alors, ô femme de lessive, Lavé ma barbe roussie et mes cheveux sanglants. Que n'avez-vous alors, maternemlle et pensive, Soutenu ma faiblesse et mes pas chancelants. Que n'avez-vous alors, aieule au chef branlant, Quand j'étais plein d'injure et couvert d'avanie, Que n'avez-vous alors, aieule au chef tremblant, Essuyé cette ordure et cette ignominie. Que n'avez-vous alors, ô femme de journée, Préparé la maison pour la derière fête. Que n'avez-vous alors, ô laveuse acharnée, Lavé mes cheveux roussi et ma barbe défaite. Que n'avez-vous alors, ieule et châtelaine, Balayé le château ppour mon dernier repas, Et balayé les fleurs pour mon dernier trépas, Et balayé la mort pour ma dernière Cène. Que n'avez-vous aussi balayé les soldatq, Et l'injustice aussi au coeur du tribunal. Et le treizième pôtre et le baiser vénal, Et le consentement au lèvre de Judas. Que n'avez-vousalors, ô femme de ménage, Essuyé le péché devant qu'il fût commis. Que n'avez-vous enfin dans votre voisinage Accueilli le sauveur avant qu'il fût promis. Que n'avez-vous alors, ô mon âme, ô ma mère, Essuyé les deux pleurs jillis des même yeux. Que n'avez-vous alors, ô cent fois centenaire, Recueilli le seul cri poussé vers d'autre cieux. Vous savez aujourd'hui gouverner votre race, Vous savez distinguer et le tien et le mien. Vous savez décompter le geste et la mence. Mais quand on avait tout, on ne décomptait rien. Vous savez aujourd'hui, gouverner l'amour même, Et l'amour filil d'avec le maternel. Et le fils dernier-né d'avec le pénultieme, Mais quand on avait tout, tout était éternel. Vous savez aujourd'hui gouverner l'honneur même Et l'honneur trivial d'avec l'originel. Et le our de la mort avec le jour suprême, Mais quand on avait tout, tout était solennel. Vous savez aujourd'hui gouverner votre bien, Distinguer l'intérêt d'avec le capital; Et la communauté, du régime dotal. Mais quand on avait tout, on ne rajoutait rien. Vou savez aujourd'hui ce que chacun rapporte, Et ce que chacu coûte, et comment, et combien. O vainement assise en dehors de la porte : Mais quand on avait tout on ne retranchait rien. Vous savez aujoourd'hui ce que chacun rapporte, Et le meuble et l'immeuble et la chèvre et le chien. O vainement assise au seuil de l'utre porte : Mais quand on avait tout, on ne rapportait rien. Vous savez aujourd'hui ce que chacun dérobe, Le maître et le valet, le fils et le gardien O pauvrement assise en cette pauvre robe : Mais quand on avait tout, on ne dérobait rien. Vous savez aujourd'hui ce que chacun supporte, Et l'esclave et le maître, et la femme et le chien. O vainement assise au coin de l'autre porte : Mais quand on vait tout, on ne supportait rien. Vous savez ujourd'hui ce que chacu détourne, Mais quand on avait tout on ne détournait rien. Et vous savez surtout ce que tout homme ajourne : Car c'est son sauvetage et son souverain bien. Vous svez aujourd'hui dans quel four on enfourne Et le pain pour hier, et le pain pour demain. Et par là vous savez ce que tout homme ajourne : Car c'est sa pénitence et c'est son lendemain. Vous savez aujourd'hui dans quel temple on enfourne Et l'oubli pour hier, et l'oubli pour demain. Et par là voous savez ce que tout homme ajourne : Et c'est sa pénitence et c'est son examen. Vous savez aujourd'hui ce que chacun détourne, Le fisc et le larron et le voleur de nuit. Et par là vous savez ce que tout homme suit : Et par là vous savez où tout homme retourne : Et c'est au vieux péché couvé dans le vieux coeur. Et c'est au vieux palais d'antique turpitude. Et c'est aux vieux genoux de l'antique habitude. Et c'est aux vieux lacets du plus ancien traqueur. Et c'est au vieux chenil de l'antique piqueur. Et c'est au vieux fournil du plud vieux boulanger. Et c'est au vieux courtil du plus mauvais berger. Et c'est au pli fané des lèvres du moqueur. Et c'est à ce tourment d'un viel accent du choeur. Et c'est au vieux château de logue lassitude. Et c'est aux vieux tréteaux de fausse certitude. Et c'est au pli grossier des lèvres du vainqueur. Et c'est aux liaisons d'antique servitude. Et c'est aux vieux falots de ses casernements. Et c'es aux vieux cchots de ses internements. Et c'est aux courbements de sa décrépitude. Et c'est aux vieux genoux de ses prodternements. Et c'est aux vieux palais de sa sollicitude. Et c'est aux vieux relais de sa vicissitude. Et c'est au carrefour de ses gouvernements. Vous savez aujourd'hui ce que chacun détourne, Le roi, le gouverneur, le Christ et le larron, Le bourgeois, le vilain, le clerc et le baron, Et par la vous savez ce que l'homme contourne : C'est le cap de la mort et c'est l'oubli de Dieu. Et de la haute mer et du dernier naufrage. Et du phare et du port et du dernier barrage. Et de prendre la foi juste par le milieu. Vous savez aujourd'hui ce que chacun détourne, L'intendant, le notaire et le même gardien. Et par là vous savez comment tout homme tourne : Mais quad on avait tout, on ne détournait rien. Vous savez aujourd'hui ce que tout homme plaide. Car c'est son indigence et son infirmité. Mais par là vous savez a quoi tout homme cède : C'est à sa complaisance et sa difformité. Vous savez aujourd'hui comme on creuse une tombe. Et ce qu'il faut de terre au corps le plus aimé. Mais par là vous savez à quoi l'homme retombe. Et c'est toujours au saint qu'il a le plus chômé. Vous savez comme on ferme une chaste paupière. Et ce qu'il faut d'espace aux deux yeux les plus beaux. Vous avez tant baisé jusque dans leurs tombeaux Les fils de votre amour et de votre misère. Vous savez aujourd'hui dans quoi l'homme se prend. Et c'est dans les réseaux du plus ancien trappeur. Mais par là vous savez où tout homme se rend. Et c'est sous les arceaux de la plus vieille peur. Vous savez aujourd'hui ce que tout homme paye Pour demeurer fidèle aux règles de l'honeur. Mais par là, vous savez ce que tout homme raye De la liste des biens qu'il demande au bonheur. Vous savez aujourd'hui ce que tout homme pèse. Et c'est un peu de cendre au creux de votre main. Mais par là vous savez ce que c'est que demain. Et c'est le même argile et c'est la même glaise. Vous avez aujourd'hui ce que tout homme achète Et ce qu'il ceut trouver au marché du bonheur. Mais par la vous savez de quel sceau se cachète Lantique obéissance aux règles de l'honneur. Vous savez aujourd'hui de quoi l'homme se garde. Et c'est de se tourner vers le Seigneur son Dieu. Mais par là vous savez ce que l'homme regarde. C'est la plus pauvre cendre et le plus maigre feu. Vous savez aujourd'hui de quoi l'homme se garde. Et c'est de se tourner vers le Seigneur son père. Mais par là vous savez ce que l'homme regarde. C'est la plus tremblotante et caduque lumière. Vous savez aujourd'hui de quoi l'homme se garde. Et c'est de se tourner vers notre unique Dame. Mais par là vous savez ce que l'homme regarde. C'est la plus décevante et vacillante flamme. Le peu qu'il fait de bon, ce n'est que par mégarde. Mais ce qu'il fait de faux et de délictueux, Et ce qu'il fait de trouble et de défectueux, C'est par sa vigilance et par sa prude garde. Le peu qu'il fait de bon, c'est pure négligence, Et c'est qu'il n'a pas su comment faire autrement. Mais ce qu'il fait de sot et de dérèglement, Voilà le propre effet de son intelligence. Le peu qu'il fait de bon, ce n'est que par hasard Et par le double jeu de sa double fortune. Mais ce qu'il fait tout seul c'est sa basse rancune, Sa tête de carton et son coeur de bazar. Vous savez aujourd'hui de quoi l'homme se garde. Et c'est de se touner vers le seuil du tombeau. Mais par là vous savez ce que l'homme regarde. C'est la plus pêle flamme et le maigre tombeau. Vous savez aujourd'hui ce que chacun préfère, Et c'est de se ranger dans un illustre port. Mais par là vous savez ce que chacun diffère : Et c'est de se tourner vers le jour de sa mort. Vous savez aujourd'hui ce que chaun préfère. Et c'est de se ranger sous un illustre sort. Mais par là vous savez ce que chacun diffère : Et c'est de se pencher sur le jour de sa mort. Vous savez aujourd'hui de quoi l'homme se garde. Et c'est de ss tourner vers so maître et son Dieu. Mais par mà vous savez ce que l'homme regarde : C'est la plus pauvre flamme et le plus maigre feu. Vous savez aujourd'hui de quoi l'homme se garde. Et c'est de se tourner vers son maître et son père. Mais aussi vous savez ce qui le désespère. Ce qui fait ses yeux creux et sa face hagarde. Vous savez auourd'hui de quoi l'homme se garde. Et c'est de se tourner vers notre unique Dame. Mais aussi vous savez ce qu'il fait de son âme. Et comme il a troqué l'antique sauvegarde. Vous savez aujourd'hui ce que chacun détourne, Et par là vous savez ce que chacun poursuit. Et par là vous savez en quoi tout homme nuit. Et par là vous save où tout homme séjourne : Et c'est dans un séjour d'antique pestilence. Dans la décrépitude et le délabrement. Dans la désuétude et le désoeuvrement. Dans le mépris du chaste et solennel silence. Vous savez aujourd'hui ce que chacun déporte Vers le déportement d'un éternel exil. Et par la vous savez ce que chacun transporte Dans le transportement d'un éternel péril. Vous savez aujourd'hui ce que chacun reporte Vers le reportement d'un exil éternel. O vainement assise au seuil de l'autre porte. Vainement reléguée en ce monde charnel. Vous savez aujourd'hui ce que chacun dépense, L'honnête homme et le sot, le fat et le vaurien. Vous savez ce que vaut la haute récompense. Mais quand on avait tout on ne compensait rien. Vous savez aujourd'hui ce que chacun détourne, Et par là vous savez ce que tout homme suit. Et par là vous savez où tout homme conduit Ce regret qu'il oppose au remords qu'il retourne. Vous savez aujourd'hui ce que chacun détourne, Et par là vous savez ce que tout homme fuit. Et par là vous savez que tout homme retourne Dans le désolement d'une éternelle nuit. Vous savez aujourd'hui que tout homme retourne Dans le désolement de sa sollicitude. Et par là vous savez ce que chacun détourne Du trésor de regret et de vicissitude. Vous savez aujourd'hui ce que chacun détourne Du seul trésor ouvert à nos cupidités. Et par là vous savez comment l'homme retourne Le champs de ses remords et ses avidités. Vous savez aujourd'hui comment l'homme retourne Ce regret qu'il recreuse au fin fond de son coeur. Et par la vous savez dans quel antre séjourne La lamentation de ce pauvre vainqueur. Et vous savez aussi ce que tout homme coûte Et que l'homme couté le sang même d'un Dieu. Et vous savez ainsi par quelle affreuse route Un condamné monta jusqu'au dernier haut lieu. Vous savez aujourd'hui ce que chacun rapporte. Vous avez établi ce compte redouté. O vainement assise au seuil de l'autre porte : L'homme rapporte peu pour ce qu'il a coûté. Vous qui savez ranger, diligente lingère, Et compter les trousseaux aux rayons de l'armoire; Vous qui savez ranger, docile messagère, Et compter les arceaux au temple de mémoire; Vous qui savez ranger, diligente lingère, Et compter les bonheurs aux temples de l'armoire; Vous qui savez ranger, docile messagère, Et compter les honneurs aux rayons de mémoire; Vous qui savez ranger, diligente lingère, Et compter le beau linge aux rayons de l'armoire; Vous qui savez ranger, docile messagère, Et compter les beaux jours aux rayons de mémoire; Vous qui savez ranger, aïeule passagère, Et compter les beaux jours partis au fil de l'eau; Vous qui savez ranger, aïeule viagère, Et compter le bois d'orme et le bois de bouleau; Vous qui savez ranger, vigilante bergère, Et compter les brebis et les jeunes agneaux; Vous qui savez ranger, savante boulangère, Le pain de chaque jour et les jeunes gâteaux; Vous qui savez ranger les graines fourragères, Et compter le sainfoin et le trèfle incarnat; Vous qui savez ranger les herbes potagères, Et les rubans ponceau sur la robe grenat; Vous qui savez ranger, vainement horlogère, Les heures de la nuit et les heures du jour; Vous qui savez inscrire en un même pourtour Le robuste poirier et la pâle fougère; Vous qui savez ranger sur la frêle étagère Les fleurs du souvenir et les fleurs du regret; Vous qui savez ranger dans le creux d’un coffret La cendre et le débris d’une peine étrangère. Vous qui savez ranger dans le creux d’un secret Une amour éternelle encor que viagère; Vous qui savez plier sous le pli d’un décret Une haine immortelle encor que passagère. Vous qui savez plier un auguste remords Comme on plie un linceul aux rayons de l’armoire. Vous qui savez compter les vivants et les morts Et ranger tout un peuple aux rayons de mémoire. Vous qui savez connaître une herbe mensongère Et qui la bannissez du savant pot-au-feu; O femmes qui pouvez dans le plus cruel jeu Tricher d’un coeur tranquille et d’une main légère. Vous qui savez compter comme un bien périssable La grappe suspendue au fronton de le treille. Vous qui perdez de vue et le fleuve et le sable Et ne connaissez plus qu’une pauvre corbeille. Vous qui savez compter dans le nombre des fleurs La rose suspendue au cerceau du rosier. Vous qui savez compter dan le nombre des pleurs Un enfant suspendue en un berceau d’osier. Vous qui méconnaissez les vaisseaux sur la plage, Mais classez et comptez les sacs jusqu’au dernier. Vous qui méconnaissez les arceaux et l’ombrage Et ne voyez plus rien qu’un malheureux panier. Vous avez pu compter, ô bonne ménagère, A combien revenait le sang que j’ai versé. Vous avez pu noter, exacte messagère, A combien revenait ce flanc qu’ils ont percé. Vous avez pu compter, vigilante bergère, Combien de mes agneaux sont sous la dent des loups. Vous avez ou noter, aïeule passagère, Combien de mes martyrs sont dans les mains des fous. Vous avez pu noter, savante boulangère, Si le pain que j’ai cuit était cuit pour toujours. Et si j’ai pu pétrir une pâte étrangère Dans le raccordement des travaux et des jours. Vous avez pu compter, inlassable horlogère, Les heures et les jours d’une lente agonie. Et si j’ai pu tisser pour une nouvelle ère Le chanvre et l’écheveau de mon ignominie. Vous avez pu laver, inlassable lingère, Le linge ensanglanté du plus pur de mon sang. Mais pourra-t-on blanchir pour u autre mystère Ce lambeau qui pendait de mon auguste flanc. Le pain que je rompis était mon propre corps. Le vin que je fis boire était mon propre sang. La mort que je subis était vos propres morts. La foi que je fis croire était mon propre flanc. Le pin que j’ai rompu pour mon illustre Cène Était le pain d’amour et de communion. Et le vin qui coula d’une illustre fontaine Était le vin d’offrande et de libation. Vous avez pu compter, inlassable économe, Combien m’a rapporté le meilleur de mon sang. Vous savez à présent à combien revient l’homme Et si c’est du quarante ou du quatre pour cent. Vous avez pu compter, inlassable intendante, Si je suis descendu de mon illustre rang. Vous avez pu noter, aïeule précédente, Si je me suis assis sur un infâme banc. Vous avez pu compter, aïeule confidente ; A quel taux j’ai placer la couronne d’épines. Vous avez pu noter aïeule très prudente, Ce que mon rapporté mes strictes disciplines. Vous avez pu compter, maîtresse de maison, A quel taux j’ai placé le repas de ma table. Vous avez pu compter en ma jeune saison A quel taux j’ai loué ma place dans l’étable. Vous avez pu compter, maîtresse de raison, A quel taux j’ai loué la pierre pour ma tête. Vous avez pu compter, maîtresse d’oraison, A quel taux j’ai placé la prière et la fête, Et ce dernier repas dans un dernier hôtel Vous avez pu compter, aïeule respectable, A quel taux j’ai placé ma mort inéluctable, Et combien j’ai payé sur un dernier autel. O femmes qui pouvez dans le secret du coeur Classer la liaison désormais étrangère, Et classer la victoire et classer le vainqueur, Et classer une fois désormais mensongère. Et classer une paix comme on classe une guerre, Et classer un amour désormais périssable. Et tirer la même eau du puits intarissable. Et tirer l’Homme enfin d’un race vulgaire. O femmes qui rangez dans le creux d’un secret Une déliaison désormais infidèle. Aïeule qui guettez la dernière hirondelle Pour enfermer l’hiver en un dernier coffret. O femmes qui rangez dans le creux d’un regret Une déliaison désormais inutile Et qui savez classer sur un pauvre livret A toute heure du jour l’épargne mercantile : Vous avez pu ranger la race des prophètes Et la race des saints et le sang du martyr. Vous avez pu ranger tout les trésors de Tyr. Et tout l’or amassé pour ces uniques fête. Et tout le sang versé par la gueule des bêtes. Et le sang du martyr et le sang du bourreau. Vous avez pu ranger l’infâme tombereau Et la barque échappée aux gueules des tempêtes. Vous rangez la victoire autant que la défaite, Et tout vous est égal dans un même labeur. Vous rangez l’énergie autant que la stupeur, Et tout vous est égal dans une paix ml faite. Vous ne connaissez rien qu’une fortune hostile Guettant à votre porte et levant le rideau. Vous ne connaissez rien qu’une main versatile Et cet écrasement d’un immense fardeau. Et tout vous est égl et tout vous est étroit. Vous redoutez autant les bons que les pervers. Tout bonheur qui vous vient vous arrive à l’envers. Mais tout mal qui vous vient vous arrive à l’endroit. Les eaux ne coulent pas, les bois ne sont pas verts, Le cieux ne sont pas purs pour votre anxiété. Vous ne connaissez rien dans l’immense univers Qui ne soit l’instrument d’une infélicité. Tout vous demeure égal sous une égale peur. Vous n’attendez jamais de vos secrets effrois, Vous n’attendez jamais des peuples et des rois Que le déroulement d’une immense torpeur. Vous avez pu ranger et la faiblesse humaine Et le tétrarque Hérode : après qu’il m’eut haï. Vous avez pu ranger et la lance romaine Et Pilate et Judas, mais quand il m’eut trahi. Vous avez pu ranger Caïphe le grand-prêtre Et le soldat Malchus : après qu’il eut servi. Vous rangez toute forme et vous rangez tout être Et vous rivez les fers, quand l’homme est asservi. Vous avez pu ranger le mont nommé Calvaire Ou le mont Golgotha, mais quand je l’eus gravi. Vous rangez l’or, l’airain, le cristal et le verre, Et le clef du trésor, après qu’il est ravi. Vous avez pu ranger la couronne d’épine, La verge et le roseau, mais quand il eut servi. Vous avez pu ranger la stricte discipline, La honte et la fureur : après qu’elle eut sévi. Vous avez pu ranger et la sainte collie, Autrement dit Sion, après qu’elle eut péri. Vous avez pu ranger et la creuse ravine Où coulait le Cédron, après qu’il fut tari. Vous avez pu ranger la chaise du préteur Et le préteur lui-même : après qu’il eut servi. Et les bancs du public et le blasphémateur Et la tourbe et la foule : après qu’elle eut suivi. Vous avez pu ranger l’auguste tribunal. Vous écoutez parler les interlocuteurs. Vous écoutez marcher tout le code pénal. Vous écoutez chanter tout les persécuteurs. Vous avez su ranger les bois du sacrifice. Le clou et le marteau, mais quand il eut frappé. Vous rangez la prière et vous rangez l’office Et vous rangez le temps quand il est échappé. Vous rangez l’épouvante et le dernier supplice. Vous écoutez marcher le jugement de Dieu. Vous allumez la lampe et regardez le feu. Vous rangez l’ostensoir et le dernier calice. Éternelle économe, éternelle ouvrière, Vous rangez le salut, quand il est écoulé. O femme médicale et femme infirmière, Vous épongez le sang, après qu’il a coulé. Femmes, je vous le dis, vous rangeriez l’autel. Vous rangeriez l’hostie, et l’huile, et le saint Chrême. Vous rangeriez le pape et le pouvoir suprême. Vous rangeriez l’offense et le péché mortel. Femmes, je vous le dis, vous rangeriez Dieu même, Et vous l’avez rangé la fois qu’il est venu. Vous l’avez salué, vous l’avez reconnu, Vous avez recueilli le nouveau diadème, La couronne coupée au long de la colline. Vous avez recueilli le sceptre dérisoire. Vous avez regardé le meurtre provisoire, Et les trois longs gibets jaillis de la ravine, Et le jeune roseau né pour un autre sort. Vous avez pu ranger la muette agonie Et toute forfaiture et toute ignominie. Vous rangez le cilice et le jour de la mort. Vous avez pu ranger le meurtre expiatoire,— O femmes qui pleuriez, — mais quand il fut fini. Vous avez pu ranger et l’interrogatoire, Et l’homme interrogé, mais quand on l’eut honni. Vous regardez passer le meurtre expiatoire. Dans le bannissement vous classez le banni. Vous regardez trôner et l’interrogatoire Et l’interrogateur, avant qu’il fût puni. Vous regardez monter l’offrande et l’offertoire. Vous classez la défense et le contradicteur. O vainement assise aux marches du prétoire, Vous regardez monter la hache du licteur. Vous classez la bataille et classez la victoire. Et vous classez l’offense avec l’accusateur. O vainement assise aux marches de l’histoire, Vous ragardez monter l’oubli consolateur. Vous classez le néant et vous classez le monde. O vainement assise aux marches de l’autel, Vous regardez monter cette vague profonde, Vous regardez grandir le grand péché mortel. Vous regardez monter la vague de luxure, O vainement assise au seuil de pureté. Vous regardez monter ce flot de dureté Du coeur et tant de honte et tant de flétrissure. Vous regardez monter cette immense mer Morte, Ce flot de pestilence et d’opiniâtreté, O vainement assise au seuil de dureté, O vainement assise à votre propre porte. Vous regardez monter ce flot de turpitude. Vous pensez à vos fils assis dans le jardin. Vous regardez monter jusqu’au dernier gradin La vague d’indécence et de décrépitude. Vous pense à vos fils nés pour un autre sort, Secrètement armés contre la multitude. O vainement assise aux marches de la mort, Vous pensez à vos fils nés pour la solitude. Vous regardez monter l’océan d’avarice, Tout un monde noyé dans la honte d’argent. Et le débordement du plus hideux caprice. Et l’astuce et la ruse et l’immonde entregent. Vous regardez monter la lourde ingratitude. Et ce dévêtement de la vénalité. Vous voyez s’étaler l’immense platitude. Et cet écrasement sous la banalité. Vous voyez s’étaler la lourde turpitude, O vainement assise au seuil de pauvreté. Vous voyez s’en aller cette longue habitude, Les moeurs de la justice et de la liberté. Vous regardez monter cette double luxure, La luxure d’hier sous celle de demain. Vous regardez saigner cette double blessure, Au creux de ma main gauche et de ma droite main. Vous regardez monter cette double luxure, La luxure d’argent sous la luxure d’or. Vous voyez se gonfler cet immonde trésor. Vous voyez puruler la double pourriture. Vous regardez monter cette double aventure, La luxure du coeur, la luxure du sang. Vous regardez monter la double forfaiture Comme une double lance à mon malheureux flanc. Vous regardez monter cette double mainmorte, L’avarice du coeur sous l’ancienne avarice, O vainement assise à votre pauvre porte Vous regardez saigner la double cicatrice. Vous regardez monter cette double insolence, La luxure du coeur sous les stupres anciens. Vous regardez monter dans l’antique silence Le long délaissement de Dieu parmi les siens. Vainement réchauffé au tison de ce feu, Vainement acouflée à cette vieille dalle, Vous pleurez longuement sur ce nouveau scandale L’argent devenu maître à la place de Dieu. Tout se vend et s’achète et se livre et s’emporte. Rien ne se donne plus et moi j’ai tout donné. O vainement assise à votre chère porte, C’est donc là le salut que nous avons sonné. Tout se voit et se vaut et se vend à la porte. Tout s’étale et triomphe et se vend au marché. Tout se montre et se dit et se place et rapporte: Est-ce là le salut que nous avons cherché. Tout se vante et s’exhibe et se porte à la halle. Vous pensez à vos fils nés d’un autre destin. Vous regardez monter vers un dernier matin Le long déroulement du plus grossier scandale. Vous avez pu ranger le reniement de Pierre. Vous rangez le sommeil, et la veille, et les larmes. Vous rangez la vaillance et le métier des armes. Vous rangez le regard sous la lourde paupière. Et vous rangez la voix jusqu’au fond de la gorge. Et vous rangez les pleurs jusqu’au fin fond des yeux. Vous rangez le Seigneur jusqu’au fin fond des cieux Vous rangez la brûlure u fin fond de la forge. Et vous rangez la paix jusqu’au fin fond des guerres. Et vous rangez le fer laissé dans la blessure. Vous regardez monter cette double luxure, La luxure du sang et des ruses vulgaires. Vous avez pu ranger le reniement de Pierre. Mais pourrez-vous ranger le nouveau reniement. Vous avez pu ranger les monuments de pierre. Mais pourrez-vous ranger le nouveau monument. Vous avez pu ranger le sépulcre de pierre. Mis pourrez-vous ranger d’un égal rangement, Et par le seul effet d’un long ménagement, Le deuil enseveli sous la lourde paupière. Vous avez pu ranger la charrue et le glaive. Rangerez-vous jamais nos nouveaux armements. Pourrez-vous refouler dans les casernements Le monstrueux effort du monde qui se lève. Vous regardez monter cette double avarice. Le manquement du coeur et le manquement du sang. Vous regarderez saigner la double cicatrice, L’atteinte vers le coeur, l’atteinte vers le flanc. Vous regardez saigner la double flétrissure. Vous poursuivez l’orgueil jusqu’au fond de la plaie. Vous regardez monter cette double luxure, La sanie et l’envie et le saint sur la claie. Vous regardez monter cette double impuissance, L’impuissance d’aimer et celle de haïr. Vous regardez monter cette double licence, La licence d’aimer et celle de trahir. Vous voyez s’en aller cette double puissance, La puissance d’aimer et celle d’obéir. Vous voyez succomber cette double décence, La décence d’aimer et celle de faillir. Vous regardez sombrer cette double clémence, La clémence d’amour et de fraternité. Vous regardez monter cette double démence, La démence de haine et d’inhumanité. Et moi je vous salue, ô reine de décence. Vous rangez le fumier dans le fond du jardin. Vous balayer le seuil et le premier gradin. Et vous vous avancez, merveille d’innocence, Et vous vous tenez là, reine de réticence. Et l’homme n’est qu’un sot devant votre balai. Des ordures du jour vous faites un remblai, Un tas devant la porte, et par obéissance Vous ramassez la fleur après qu’elle est fanée. Aux justices de Dieu vous faites un délai. Des injures du jour vous faites le déblai. Vous ramassez l’avoine après qu’elle est vannée. Après le dernier pas de la procession, Quand l’évêque est passé vous ramassez la rose Et le lis et l’oeillet et la robe déclose Après le dernier pas de l’intercession. Quand le pape est passé vous ramassez la prose. Vous ramassez la gerbe, après qu’elle est glanée. Vous ramassez la messe, après qu’elle est sonnée. Vous ramassez le buis avec le laurier-rose. Quand l’effet est passé, vous ramassez la cause. Vous ramassez l’honneur, après qu’il est flétri. Vous rangez le bonheur, après qu’il a péri. Vous mettez le tilleul avec le passe-rose. Vous ramassez la grâce, après qu’elle est donnée. Vous ramassez la source après qu’elle est tarie. Vous rangez la douleur quand elle est défleurie. Vous rangez la moisson quand elle est moissonnée. Vous avez ramassez les cailloux et les pierres : Quand on les eut jetés sur le premier martyr. Vous ramassez l’horreur et l’effroi de partir : Quand il sont descendus sous l’arceau des paupières. Vous avez pu ranger le mont nommé Calvaire Et recueilli mon corps : quand on l’eut descendu. Vous rangez le remords, le regret plus sévère. Vous recueillez mon corps : quand on l’a dépendu. Femme je vous le dis, mais rangerez-vous Dieu, Quand il viendra s’asseoir au dernier tribunal. Rangerez-vous l’archange et le code pénal. Et l’espace et le nombre et le temps et le lieu. Rangerez-vous alors d’un dernier rangement Le vaisseau tout chargé du péché d’Israël. Rangerez-vous Achab à côté d’Ismaël. Rangerez-vous le jour du dernier jugement. Rangerez-vous alors l’énorme chargement. Relaierez-vous alors les marches de l’autel. Relaierez-vous l’offense et le péché mortel. Aménagerez-vous cet aménagement De tout le temporel dans son dernier ménage. Et cette énormité du déménagement De tout le temporel hors de son apanage. Et cette énormité de l’emménagement De tout le temporel dans son nouveau partage. Rangerez-vous alors le découragement Du vieux coeur temporel hors de son vieux courage. Rangerez-vous alors tout le dérangement De l’homme temporel hors de son vieux village. Rangerez-vous alors tout le dégagement De la foi temporelle hors de son premier gage. Rangerez-vous la liste avec l’émargement. Rangerez-vous la honte et l’épouvantement De l’homme enseveli dans un suprême orage. Rangerez-vous l’horreur et le saisissement De l’homme suspendu sur un dernier barrage. Rangerez-vous la barque et le gouvernement. Et vos fils emportés sur un frêle radeau. Rangerez-vous la lampe et le dernier rideau. Rangerez-vous le port et le débarquement. Femme, vous m’entendez : quand les âmes des morts S’en reviendront chercher dans les vieilles paroisses, Après tant de bataille et parmi tant d’angoisse, Le peu qui restera de leur malheureux corps; Et quand se lèveront dans les champs de carnage Tant de soldats péris pour des cités mortelles, Et quand s’éveilleront du haut des citadelles Tant de veilleurs sortis d’un terrible hivernage; Et quand s’éveilleront, d’un terrible réveil, Tant de guetteurs assis au faîte de la tour, Et quand les chambellans et les dames d’atour S’arracheront des bras de l’antique sommeil; Quand tout ne sera plus que poussière et que cendre, Quand se réveillera la belle au bois dormant, Quand le page et la reine et le prince charmant Diront : C’est le grand jour; ô maître il faut descendre; Et quand tous trembleront, et de la même transe, Disant : L’heure est sonnée, il est temps de paraître; Et quand le roi Louis et quand le roi de France Ne sera plus qu’un pauvre et qu’un malheureux être; Quand ne sonnera plus la cloche du baptême, Et l’entrée à la messe et le saint sacrement, Et la jeune promesse et le grave serment, Et l’automne fleuri du grave chrysanthème; Quand ne sonneront plus les temporelles vêpres Et l’entrée à la messe et l’auguste salut, Et quand apparaîtra dans un âge absolu L’éternelle hideur des temporelles lèpres; Quand on n’entendra plus au coeur des grandes fêtes Monter l’in excelsis et le Magnificat, Quand on ne verra plus sur l’océan des têtes Tomber le Dominus et le Benedicat Vos omnipotens Deus dans les siècles des Siècles, quand ne monteront plus les Hosanna, Et le dur Sabaoth Et les Alleluia, Et le tragique Agnus ; femme, vous m’entendez : Quand on ne verra plus vers les jours de Noël Dans la paille et l’espace et l’étable et le temps Naître le dernier-né des enfants d’Israël, Et Joseph le couver de regards importants; Quand on ne verra plus dans une pauvre auberge Naître le plus secret et le plus grand des rois, Quand on ne verra plus saint Joseph et la Vierge Veiller sur un poupon qui joue avec se croix; Quand on ne verra plus dans une pauvre crèche Sommeiller un bambin devant l’âne et le boeuf, Et trois pauvres bergers lui mettre un manteau neuf Pour le sauver du vent qui souffle par la brèche; Quand on ne verra plus couché dans de la paille Le fils du plus grand roi qui soit dans l’univers, Quand on ne verra plus cette auguste marmaille Tenir son firmament et sa croix de travers; Quand on ne verra plus dans le secret des temples Rayonner le secret d’une amour éternelle, Et lestement troussé dans sa main maternelle Ce seul petit Jésus, femme, que tu contemples, Parce qu’il fut nourri du lait d’une autre femme, Et bercé d’une main mêmement maternelle, Parce qu’il fut baigné dans une onde charnelle, Et parce qu’il riait aux yeux de Notre Dame; Et qu’il fut caressé d’une main fraternelle Par le petit saint Jean doublé de son agneau, Et qu’il fut salué de façon solennelle Par les rois d’Orient doublés de leur chameau; Et moi je vous le dis : quand cette antique cloche Ne fera plus monter les grands alleluias, Quand la meut et le vol des chastes hosannas Ne s’élancera plus gagnant de proche en proche; Quand ne descendra plus du haut des grandes orgues La célébration des beaux jours de la vie, Mais quand s’écroulera du haut des grandes morgues Et le péché d’orgueil et le péché d’envie; Quand du plus haut clocher la cloche catholique Ne fera plus tomber les Ave Maria, Quand sur le coffret d’or et la sainte relique Ne s’avancera plus le triple Gloria; Quand ne sonnera plus la cloche paroissiale Pour le glas de ce jour qui sera le dernier Et l’angelus du jour qui sera le premier, Et la marche funèbre avant la nuptiale; Mais quand retentiront de biens autres buccins, Quand tout se courbera sous le fracas des cuivres, Quand l’antique Satan, ses larves et ses guivres Reculeront glacés devant le saint des saints; Quand on n’entendra plus que le sourd craquement D’un monde qui s’abat comme un échafaudage, Qand le globe sera comme un baraquement Plein de désuétude et de dévergondage; Quand l’immense maison des vivants et des morts Ne pourra plus montrer que sa décrépitude, Quand l’antique débat des faibles et des forts Ne pourra plus montrer que son exactitude; Quand on n’entendra plus que le détraquement D’un monde qui chancelle et qui de met par terre, Et quand apparaîtra l’immense manquement D’un sol toujours solide et toujours sédentaire; Et quand se lèverons dans les champs d’épandage Tant de martyrs jetés dans les égouts de Rome, Et quand se lèvera dans le coeur de tout homme Le long ressouvenir de son vagabondage; Et quand sur le parvis des hautes cathédrales Les peuples libérés des vastes nécropoles, Dans Paris et dans Reims et dans les métropoles Transporteront l’horreur des chambres sépulcrales; Quand il s’assembleront sur les places publiques, Quand il s’entasseront sous un dernier portail, Quand il repasseront par les ormes du mail, Quand ils resalueront les grandes républiques; Quand ils traverseront la place du Martroi, Quand ils s’amasseront sur le pavé des villes, Quand ils resalueront les batailles civiles, Et le royaume assis dans le giron du roi; Quand l’homme relevé du plus ancien tombeau Écartera la pierre et le vase d’oubli, Quand le plus vieil aveugle et l’homme enseveli Rallumera l’éclair du plus ancien flambeau; Quand l’homme relevé de la plus vieille tombe Écarter la ronce et les fleurs du hallier, Quand il remontera le vétuste escalier Où le pied du silence à chaque pas retombe; Quand l’homme reviendra dans son premier village Chercher son ancien corps parmi ses compagnons Dans ce modeste enclos où nous accompagnons Les morts de la Paroisse et ceux du voisinage; Quand il reconnaîtra ceux de son parentage Modestement couchés à l’ombre de l’église. Quand il retrouvera sous le jaune cytise Les dix-huit pieds carrés qui faisaient son partage; Quand il retrouvera ceux de son héritage, Et les fils de ces fils et tous ceux de son sang, Et les cousins germains et tous ceux de son rang, Comme ils venaient en bande aux jours de mariage; Quand il retrouva dans la maison d’école Et tous ceux de son âge et tous ceux de son banc, Et la chaire et le maître et l’auguste parole, Et la carte et le stère et le gramme et le franc; Quand tout se lèvera pour un appareillage Qui sera le dernier des appareillements, Quand tout se lèvera pour un dernier naufrage Qui sera le premier des établissements; Quand tout retrouvera sa maison et sa race, Au moment de les perdre, ou de les conserver, Quand tout reconnaîtra la raison et la grâce, Au moment de la perdre, ou de la retrouver; Quand tout s’éclairera des flammes de mémoire, Quand tout homme sera comme un grand spectateur, Quand la création devant le créateur Sera comme un linceul aux rayons de l’armoire; Quand les ressuscités s’en iront par les bourgs, Encor tout ébaubis et cherchant leur chemin, Et les yeux éblouis et se tenant la main, Et reconnaissant mal ces tours et ces détours Des sentiers qui menaient leur candide jeunesse, Encor tout ébahis que ce jour soit venu, Encor tout assaillis du regret revenu, Et reconnaissant mal, avant que l’aube naisse, Ces sentiers qui menaient leur enfance première Encor tout démolis d’être ainsi revenus, Et reconnaissant mal ces corps pauvres et nus, Et reconnaissant mal cette vieille chaumière Et ces sentiers fleuris qui menaient leur tendresse, Et les anciens lilas dans les vieilles venelles, Et la rose et l’oeillet et tant de fleurs charnelles, Avant que de monter jusqu’aux fleurs de hautesse; Quand ils avanceront dans la nuit éternelle, T^tant des mains les murs et cherchant leur chemin, Quand il se lèveront pour le seul examen Qui vienne après la mort et se repose en elle; Quand l’homme s’en ira dans la nuit solennelle, Encor tout étourdi d’être ainsi revenu, Encor tout interdit d’être ainsi pauvre et nu, Encor tout engoncé dans s gaine charnelle; Encor tout ahuri que ce jour soit venu, Mal réaccoutumé de se servir de soi, Déjà tout envahi du regret revenu, De ne pas être un homme et ne plus être un roi; Quand il retrouvera sa force originelle, Mais pour être abolie et ne servir qu’un jour, Quand il retrouvera dans son premier séjour La lumière et la paix qui baignaient sa prunelle; Quand ils s’avanceront dans cette cécité, Tout désaccoutumés des chemins de la terre, Tout déshabitués de l’antique cité Qui posait sur les fronts un masque statutaire; Quand ils s’avanceront dans cette solitude, Mal réaccoutumés à marcher pas à pas, Quand ils s’avanceront vers un dernier trépas, Ou vers le premier jour d’une béatitude Près de qui tout bonheur est de commandement, Et vers le premier jour de cette quiétude Près de qui toute grâce est de gouvernement, En vers le premier jour de cette certitude Près de qui tout savoir est un entassement, Et vers le premier jour de cette exactitude Près de qui toute règle est de consentement, Et vers le premier jour de cette plénitude Près de qui toute joie est une insuffisance, Et vers le premier jour de ce consentement, Et vers le dernier terme et la seule présence, Et vers le premier bord au seul débordement; Quand ils s’avanceront dans cette adversité, Tout désaccoutumés des chemins de la terre, Tout déshabitués de l’antique cité Qui posait sur les fronts un ordre salutaire; Quand on n’entendra plus que le démembrement D’un monde qui s’en va comme un écartelé, Quand on ne verra plus que le délabrement D’un monde qui s’abat comme un mur craquelé; Quand vos enfants perdus, aïeule volontaire, Chemineront le long de leurs anciens labours, Et quand ils passeront le long des anciens jours, Et sur le beau chemin devant le presbytère; Quand ils s’avanceront dans la nuit éternelle, Encor tout étonnés d’être ainsi dans leur corps, Et dans l’ancien scrupule et dans l’ancien remords, Et d’être retournés dans la raideur charnelle; Et d’être maladroits et perdus dans ces membres, Et tout embarrassés dans ces remembrements, Comme un roi qui revient et se perd dans ses chambres, Et ne reconnaît plus ses beaux appartements; Comme un roi qui retourne en son premier palais Et ne retrouve plus ni son regard chambellan, Ni son grand majordome et demande le plan De sa propre demeure et cherche des valets Qui pourrait ranimer tout ce grand appareil, Et la salle du trône et la salle du sacre, Et son glaive d’or pur et son sceptre de nacre, Et pourrait balayer la chambre du conseil; Et pourraient lui montrer sa garde militaire, Et la porte centrale et le parvis de marbre, Et la vasque d’eau pure et le pourpris et l’arbre, Et pourraient lui sauver sa race héréditaire; Quand l’homme s’en ira dans la nuit étoilée, Encor tout éperdu de ce remembrement, Quand l’homme s’en ira dans la nuit dévoilée, Encor tout éperdu dans ce transfèrement; Quand l’homme s’en ira dans une nuit tacite, Encor tout engourdi d’être ainsi remembré, Quand il regardera vers un suprême site, Encor abasourdi d’être ainsi transféré ; Quand l’homme s’en ira dans une nuit profonde Encor tout alourdi d’être réintégré, Et d’être réinscrit et réincarcéré, Encor tout assourdi dans ce fracas d’un monde; Quand vos enfants perdus, aïeule utilitaire, Chemineront le long de leur anciens amours, Et le long des soucis qui ramenaient toujours En un centre de peine en un point de la terre Les longs égarements d’un coeur délibéré, Quand ils reconnaîtront les antiques serments, Quand ils retrouveront les antiques tourments, La poudre et les débris d’un coeur dilacéré; Quand ils chemineront tout le long de détours Qui ramenaient toujours vers la même blessure, Quand ils chemineront tout le long de ces jours Qui ramenaient toujours la même meurtrissure; Quand il reconnaîtront les jours de leur détresse, Plus profond et plus beau que les jours de bonheur, Quand ils retrouveront les jours de leur honneur Plus durs et plus aimés que les jours de liesse; Quand ils verront l’autel et les premiers degrés, Quand ils verront le temple et les premières marches, Quand ils verront le seuil et les marbres sacrés, Et la brique romaine et la voûte et les arches Du vieux pont qui menait leur caduque allégresse, Quand ils chemineront tout le long du fossé, Quand ils retrouveront dans les jours du passé Les jours de leur candeur et de leur maladresse, Quand ils avanceront tout le long du rempart, Quand ils regarderont les hautes cheminées, Tout gauches, tout perdus, percés de part en part Par le ressouvenir des anciennes années; Quand se réveilleront dans les champs de glanage Tant de glaneurs péris pour des péchés mortels, Mais quand se dressera le plus haut patronage Pour les reversements les plus sacramentels, Quand dans le même lieu les plus hauts personnages Ne seront pas plus grand que les derniers venus, Quand les dais les plus lourds, et les plus saugrenus, Ne vaudront pas plus cher que de pauvres ménages, Quand vos enfants perdus, ô reine de misère, S’avanceront ainsi le long des anciens bois, Quand il s’enfonceront pour la dernière fois Dans la route commune et pourtant solitaire; Quand il s’avanceront le long des anciens prés, Dans la mansuétude et le recueillement, Quand ils s’enfonceront tout le long des regrets Dans la désuétude et le défeuillement; Quand ils s’avanceront dans leur dernier chemin, Comme le jeune Hémon et la belle Antigone, Quand le dernier bleuet et le dernier jasmin Et la douce pervenche et la chaste anémone Étendront sous les pas de ces derniers passants Le dernier étendu des tapis de la terre, Et quand la sagittaire et quand le fumeterre, Vainement étendus vainement florissants, Étendrons sous les pas de cette immense armée Le dernier étendu des linceuls de la terre, Et quand la cicutaire et quand la serpentaire, Vainement vigilante et vainement armée, Et vainement poignante et vainement vivace, Étendront sous les pas de vos derniers enfants, Vainement accablés, vainement triomphants, Le dernier drap du lit pour la dernière race Et le dernier passage et la dernière trace, Et le pas sur les fleurs et les pas sur le sable, Quand vos enfants perdus, aïeule périssable, S’avanceront ainsi sur la basse terrasse, Pour la dernière empreinte et la dernière marque, Et quand ils fouleront la lavande et le thym, Quand ils s’avanceront dans leur dernier matin Vers le dernier prétoire et le dernier monarque, Quand ils iront en bande et les curés en tête, Quand ils contempleront le dernier tribunal, Quand ils chemineront tout le long du canal, Comme ils allaient en bandes aux jours de grande fête, Quand ils s’avanceront dans l’éternelle nuit, Quand ils auront passé devant le four banal Et le moulin à vent et le pré communal, Comme ils allaient en bande aux messes de minuit, Quand ils auront passé devant le maréchal, Et la forge et l’enclume et le bras séculier, Quand ils se heurteront au coin d’un espalier, Encor tout endormi et reconnaissant mal Ces sentiers qui menaient leur naïve rudesse, Et quand ils trembleront dans ce dernier trépas, Pourrez-vous allumer pour éclairer leur pas, Dans cette incertitude et dans cette faiblesse, Aïeule du lépreux et du grand sénéchal, Saurez-vous retrouver dans cette encombrement, Pourrez-vous allumer dans cet égarement Pour éclairer leurs ps quelque pauvre fanal, Et quand ils passeront sous le vieille poterne, Aure-vous retrouvé pour ces gamins des rues, Et pour ces vétérans et ces jeunes recrues, Pour éclairer leurs pas quelques vieille lanterne; Aurez-vous retrouvé dans vos forces décrues Le peu qu’il en fallait pour mener cette troupe Et pour mener ce deuil et pour mener ce groupe Dans le recordement des routes disparues. Nous nous sommes ranger sous une loi si dure, Aïeule de l’esclave et du législateur, Nous nous sommes ranger sous une loi si pure, Aïeule du despote et du conspirateur. Vous avez pu ranger l brebis et l’agneau Et le berger lui-même : après qu’il eut péri. Vous rangez le bercail, vous rangez le chevreau. Et vous rangez le loup : quand il est assouvi. Vous rangez l’eau bénite et le lit mortuaire Et le lit nuptial de l’homme enseveli, Vous rangez le crédit et la loi somptuaire Et l’amour filial : quand le fils est parti. Vous rangez l’escabeau, vous rangez le suaire, Vous rangez l’appareil des appareillements. Vous rangez le caveau, vous rangez l’ossuaire, Vous rangez le recueil et les recueillements. Vous rangez le silence et le drap funéraire Et vous fermez ces yeux quand l’homme en est parti. Vous rangez la présence et l’urne cinéraire Et vous baisez ce front, quand l’homme en est sorti. O femme qui fermez les regards bleus et noirs Et les regards profonds des yeux les plus aimés, Épouse qui fermez pour le dernier des soirs Le reconnaissement des yeux accoutumés. O femme qui fermez les regards des mourants Sur le dernier aspect qu’ils auront eu du monde, Et qui les refermez sur cette nuit profonde, O femme qui cueillez des souffles expirants, Vous rangez le Seigneur au fond du sanctuaire, Vous rangez le calice : après qu’il est empli. Vous rangez le cantique avec l’obituaire. Et vous rangez le sort : quand il est accompli. Et vous rangez le mort : après qu’il est bien mort. Et vous rangez les temps : quand ils sont révolus. Et vous rangez les jours : quand ils sont absolus. Vous rangez le vaisseau : quand il est dans le port. Vous rangez les enfants : quand ils sont résolus. Vous rangez le sépulcre et la foi de par Dieu. Vous rangez les trois croix sur le dernier haut lieu. Et vous rangez le coeur : après qu’il ne bat plus. Vous rangez le martyr : au fond du tombereau. Et vous rangez la foule : après qu’elle a suivi. Vous avez pu rangez le glaive et le fourreau Et le soldat lui-même : après qu’il eut servi. Vous rangez la tenaille et rangez le barreau. Vous rangez le Calvaire : après qu’il est gravi. Vous rangez le carcan, vous rangez le bourreau. Vous rangez la victime : après qu’elle a servi. Vous rangez cette tourbe : après qu’elle a suivi. Et vous rangez la messe et vous rangez l’absoute. Vous rangez le départ et vous rangez la route. Vous rangez le Sauveur : après qu’il a servi. Femme qui connaissez et les palais des rois, Et le chaume et la grange et le maître d’école, Et qui savez par coeur votre règle de trois, Et la reconnaissez jusqu’en ma parabole; Vous avez pu compter, éternelle comptable, A quel prix j’ai sauvé ce peuple abandonné. Vous pouvez calculer, voici l’encre et l table, A quel taux j’ai prêté le sang que j’ai donné. Vous avez pu compter, inlassable servante, Combien se sont nourris du pin que j’ai rompu. Vous avez pu compter, implacable suivante, Combien j’en ai sauvé de ceux que j’ai voulu. Vous avez pu compter, inlassable gérante, Si du pain de mon corps tout homme s’est repu. Vous avez pu compter, implacable régente, Ce que j’avais tenté d’avec ce que j’ai pu. Vous avez pu compter ce que coûte le nombre, Quand il faut le payer avec le sang d’in seul. Vous avez u compter ce que coûte un linceul Quand tout un univers descend dans la pénombre. Vous avez pu compter, inlassable économe, Ce coûte l’espace, et le temps, et le lieu. Vous avez pu compter à combien revient l’homme, Et qu’il fallut payer du sang même d’un Dieu. Vous qui savez compter, comptable inévitable, Maîtresse du cassis et du jeune nerprun, Vous qui les avez vus douze autour de ma table, Maîtresse de la dette et du tragique emprunt; Vous qui savez par coeur ce que coûte chacun, Maîtresse du jardin et des eaux et forêts, Vous qui savez par coeur vos règles d’intérêts, Et les frais généraux et le compte commun. Vous le savez assez, ô mon âme, ô ma mère, Maîtresse de mesure et d’un sort opportun, Maîtresse du décompte et du large sommaire : Que nous n’avons que Dieu qui rende cent pour un. Et vous mettez ceci dans vos livres de compte, Puisque vous écrivez ce que coûte chacun, Et vous mettez ceci dans vos livres de honte, Que nous n’avons qu’à Dieu qu’on prête à cent pour un. Et vous mettez ceci sur le large sommaire, Et sur le bordereau de ce que vaut chacun, Éternelle économe, économe éphémère, Que nous n’avons que Dieu qui vaille cent pour un. Et vous mettez ceci sur le large sommaire, Et sur le bordereau de ce que fait chacun, Éternelle économe, éternelle éphémère, Que nous n’avons que Dieu qui fasse cent pour un. Et par là vous savez combien l’homme exagère Quand il dit qu’il déteste et quand il dit qu’il aime. Et qu’il n’est pas de lieu sur la terre étrangère Ni pour un grand amour i pour un grand blasphème. Et par là vous savez combien l’homme exagère Quand il dit qu’il atteste et quand il dit qu’il ment; Et qu’il n’est point de place en sa tête légère Ni pour un grand respect ni pour un grand serment. Vous qui savez si bien doubler un capital, Et le redemander quand on vous l’a rendu, Faites l’addition et posez ce total : Que nous n’avons que moi qui prête à fonds perdu. Et par là vous savez combien l’homme exagère Quand il dit qu’il achète et quand il dit qu’il vend. C’est toujours moi qui paye et toujours lui qui prend. Et c’est Dieu qui possède et c’est l’homme qui gère. Et par là vous savez combien l’homme exagère Quand il dit qu’il se bat et quand il dit qu’il vainc. C’est Dieu seul qui débat et Dieu seul qui convainc D’imposture et de faux la lèvre mensongère. Et par là vous savez combien l’homme exagère Quand il dit qu’il conteste et quand il dit qu’il ment. Et qu’il n’est point de seuil sous sa porte étrangère Ni pour un grand bonheur ni pour un grand tourment. Et par là vous savez combien l’homme sa flatte Quand il dit qu’il descend et quand il dit qu’il monte. Il a mal mesuré combien sa vie est plate Entre le point d’honneur et le niveau de honte. Et vous savez aussi ce que tout homme tente : C’est de se réchapper des mains du Tout-Puissants. C’est de tenter sa veine et de suivre sa pente Et c’est de gaspiller le meilleur de mon sang. Et vous savez aussi ce que tout homme tente : C’est de se réchapper des mains de l’Éternel. C’est de cuver sa peine et de planter sa tente Dans le recordement de son rêve charnel. Et vous savez aussi ce que tout homme tente : C’est de se réchapper des mains de son Sauveur. C’est de se libérer de la vieille épouvante Afin de retomber dans la turpide peur. Et vous savez aussi ce que tout homme tente : C’est de se réchapper des mains de son bonheur. Et c’est de s’évader des jours de son honneur. Et de le mettre en gage et de le mettre en vente. Et vous savez aussi ce que tout homme tente : C’est de se réchapper des chemins du salut. Et s’est de s’évader d’un bonheur absolu. Et de se consumer dans une vaine attente. Et par là vous savez ce que tout homme tente : C’est de garer son bien des atteintes de Dieu. C’est de garer son or et le mettre en un lieu Qu’il n’ait plus qu’a dormir pour en toucher la rente. Et par là vous savez ce que tout homme tente : C’est de garer son bien des reprises de Dieu. C’est de garer son or et le mettre en un lieu Qu’il n’ait plus qu’à dormir pour en toucher la rente. Et par là vous savez ce que tout homme tente : C’est de garer son bien des reproches de Dieu. C’est garer son or et le mettre en un lieu Qu’il n’ait plus qu’à dormir pour en toucher la rente. Et par là vous savez ce que tout homme tente : C’est de garer son bien des tempêtes de Dieu. C’est de garer son or et le mettre en un lieu Qu’il n’ait plus qu’à dormir pour en toucher la rente. Et par là vous savez ce que tout homme tente : C’est de garer son coeur des reprises de Dieu. C’est de garer son âme et la mettre en un lieu Qu’il n’ait plus qu’à dormir pour en toucher la rente Vous qui juxtaposer sur la double colonne Ce que chacun rapporte te ce que chacun doit, Vous savez que Dieu seul est le seul qui se donne, Et que l’être de l’homme incessamment décroît. Et que l’être de Dieu remonte incessamment A son niveau de force à la même altitude, Et qu’il fait de lui-même et son redoublement Et sa force éternelle et son exactitude. Et que l’être de Dieu recroît incessamment A son niveau de vie à la même altitude, Et qu’il fait de lui même et son retriplement Et la vie éternelle et sa béatitude. Et que l’être de Dieu retourne incessamment Dans sa source éternelle et dans sa plénitude, Et qu’il fait de lui-même et son accroissement Et sa force éternelle et sa mansuétude. Et que l’être de Dieu repuise incessamment Dans sa source éternelle et dans sa nuit profonde, Et qu’il fait de lui-même et son accroissement Et le salut de l’homme et la force du monde. Et par là vous savez, gouvernante et patronne, Que l’homme ne vaut pas le quart de ce qu’il croit, Et qu’il ne comprend pas le quart de ce qu’il voit, Et qu’il joue et qu’il ment quand il dit qu’il se donne. Et par là vous savez ce que tout homme dépense, Et que le plus avare est le plus dépensier. Et que le charitable est le seul bon boursier, Le seul qui sache un peu gouverner sa finance. Et que le charitable est le seul usurier : A deux mille fois plus que le denier commun. Il est le seul prêteur qui prête à cent pour un. Et c’est un vieil avare et un procédurier. Car il est cent fois sûr de toucher ce pour cent. Et je suis étonné qu’on en fasse mystère. Quand il exposerait quelques arpents de terre : Il remet sa créance aux mains du Tout-Puissant. C’est un spéculateur, un maître en fait d’emprunt, Et de prêt et d’usure et de bon placement. Car c’est le seul banquier qui prête à cent pour un Et qui soit toujours sûr de son gouvernement. C’est un calculateur en fait de certitude. Il mets sur le seul fonds qui ne périra pas. Et sa règle à calcul et son double compas, C’est un seul mot tombé sur cette multitude. C’est un seul mot de moi tombé sur cette foule, Le jour que je pleurai sur cette multitude. Voilà son gouvernail dans cette immense houle, Sa boussole et son or et toute son étude. Voilà son appareil et sa sollicitude. Voilà son banc de rame et son couronnement. Voilà son attirail et sa pauvre habitude. Voilà le seul manteau de son revêtement. Un seul mot remonté d’une similitude, C’est son centre et son axe et son alignement. Un seul mot remonté de mon enseignement, Voilà son équilibre et son exactitude. C’est là sa latitude avec sa longitude. C’est là son parallèle et son méridien. C’est son cadran solaire et c’est son amplitude. Et c’est le seul recours d’un coeur patricien. Et c’est le temps qu’il fait et c’est l’âge qu’il a. Et c’est sa quiétude et son contentement. Et c’est l’heure qu’il est à ma montre et voilà Tout ce qu’il a gardé de tout enseignement. Les autres sont perdus parmi tant de richesses Qu’ils ont le coeur plus creux qu’un coeur pharisien. Mais seule vous traînez parmi tant de largesses Le long ressouvenir du temps qu’on n’avait rien. Les autres sont perdus parmi tant de kermesses Qu’ils ont le coeur plus faux qu’un coeur musicien. Et seule vous traînez parmi tant de liesses Le long ressouvenir du temps qu’on n’avait rien. Les autres sont perdus parmi tant de sagesses Qu’ils ont le coeur plus sot qu’un coeur historien. Et seule vous traînez parmi tant de souplesses Le long ressouvenir du tant qu’on n’avait rien. Quelques-uns sont rangé parmi tnt de noblesse Qu’ils ont le coeur plus haut qu’un coeur cornélien. Avec eux vous traînez parmi cette hautesse Le simple souvenir du temps qu’on n’avait rien. Les autres sont perdus prmi tant de faiblesses Qu’ils ont le coeur plus fat qu’un coeur magicien. Et seule vous traînez parmi ces joliesses Le secret souvenir du temps qu’on n’avait rien. Quelques-uns sont rangés parmi tant de tendresse Qu’ils ont le coeur plus doux qu’un coeur virgilien. Avex eux vous traînez parmi cette justesse L’antique souvenir du temps qu’on n’avait rien. Les autres sont perdus parmi tant de rudesses Qu’ils ont le coeur plus durs qu’un coeur prétorien. Et seule vous traînez parmi ces forteresses Le morne souvenir du temps qu’on n’avait rien Celui-là seul qui met son front sur mes genoux Est seul maître du temps et seul maître du lieu. Et seul il sait garder ses misérables sous, Celui qui donne au pauvre et redemande à Dieu. Vous voici désormais devant tant de dépouilles, Entre le mauvais juif et le mauvais chrétien. Ils sont tous deux vos fils et se font des embrouilles. Mais quand on avait tout, personne n’avait rien. Vous voici désormais entre tant de fripouilles, Entre le mauvais juif et le mauvais chrétien. Ils sont tous deux pareils et se cherchent des brouilles. Mais quand on avait tout, personne n’avait rien. Vous voici désormais dans tout cette tourbe, Entre le mauvais riche te le mauvais larron, Entre le mauvais fils et le mauvais baron, Vous voici désormais dans toute cette bourbe. Vous voici désormais dans toute cette fange. Vous voici désormais dans l’oblique et le courbe. Vous voici désormais dans le faux et le fourbe. Vous voici désormais dans la bourse et le change. Ils se querelleront pour des mines de houilles. Ils se querelleront les quatre fers d’un chien. Ils se querelleront de caves et des fouilles. Mais quand on avait tout, nul ne querellait rien. Et par là vous savez de quoi l’homme se mêle, Et que ce n’est jamais de son pauvre devoir, Et que ce n’est jamais de son maigre pouvoir, Et que ce n’est jamais que de quelque cautèle. Et vous savez aussi sur quoi l’homme se fonde Pour dire qu’il est fort et pour dire qu’il est beau. Il ne veux voir que lui dans cet immense monde. Et ne jamais fermer la porte d’un tombeau. Et par là vous savez le peu que l’homme pèse, Et le peu qu’il figure entre les mains de Dieu, Et le peu qu’il détient dans le temps et le lieu, Depuis qu’il fut pétri de la première glaise. Et par la vous savez le peu que l’homme pèse, Quatre onces de poussier dans le creux de la main. Quatre pieds de terreau dans le creux du chemin. Et le retournement dans la première glaise. Mais vous savez aussi de quoi l’homme déroge. C’est de son origine et c’est de sa noblesse. Et de sa hauteur d’homme et c’est de sa hautesse. Et par là vous savez ce que l’homme s’arroge : C’est le droit d’être bas quand l règle est trop haute. Et le droit d’être haut quand la règle est trop basse. Et le droit de pécher sans commettre de faute. Et le droit de passer quand la règle se lasse. Et le droit de broncher quand la règle se tasse, Et le droit d’être absent quand Dieu même est sot hôte. Et le droit de sombrer sans se mettre à la côte. Et le droit de casser quand la règle se casse. Et par là vous savez par quoi l’homme se perd. Il veut se dire grand et ne voit pas qu’il bisse. Il veut se dire fort quand il cède et s’affaisse. Il veut se dire libre, et ne pas dire qu’il sert. Et par là vous savez combien l’homme se trompe Quand il dit qu’il offense et quand il dit qu’il plaide. Il a mal mesuré combien sa vie est laide Et qu’il faut qu’elle plie et qu’il faut qu’elle rompe. Et par là vous savez à quoi l’homme se prend. C’est à quelque fantôme issu de sa cervelle. A quelque pas dansé sur une herbe nouvelle. Et par là vous savez le peu que l(homme rend. Et par là vous savez le peu que l’homme pèse, Et qu’il est fétu dans les doigts de la main, Et qu’il est un passant sur le bord du chemin, Tout près de retourner dans sa première glaise. Et par là vous savez ce que l’homme découvre. C’est que tout souvenir est un point de douleur. Et que tout avenir est un puit de malheur. Et que toute blessure est présente et se rouvre. Et par là vous savez de quoi l’homme se doute. C’est qu’il est un pauvre être et que tout finit mal. Et par là vous savez ce que l’homme redoute. C’est d’être malheureux comme un morne animal Qui se traîne et périt dans sa captivité. C’est d’être enfin cerné parmi tant de bassesse. Et bloqué dans sa geôle et dans sa forteresse. Et dans son innocence et dans sa gravité. Par ainsi vous savez à quoi tout homme pense. Et cet arrière-goût pour le péché mortel. Et ce prosternement aux marches de l’autel. Et cet arrière-goût pour une récompense Qui du moins ne serait qu’un malheur détendu Et dans le souvenir d’une peine moins dure Le recommencement d’une vie aussi pure Et le couronnement d’un bonheur attendu. Et vous savez surtout de quoi l’homme se venge. C’est du bien qu’on lui fait et du bien qu’on lui veut. Et cet arrière-goût pour l’ordure et la fange. Et de faire le mal par les moyens qu’il peut. Et vous savez pourquoi tout homme se lamente. Il veut jouer deux jeu dans le jeu temporel. Il veut reprendre son aise, il veut suivre sa pente, Et cependant gagner son salut éternel. Il veut gagner deux fois dans le jeu qui se joue. Et gagner l’éphémère avecque l’éternel. Et la dérision du soufflet sur ma joue, Il veut la retourner vers un jeu temporel. Il veut gagner deux fois en ne misant qu’un jeu. Il veut gagner son âme avec son corporel. Et gagner le miracle avec son naturel. Et gagner ces deux fois ne mettant qu’un enjeu. Et par là vous savez pourquoi l’homme s’observe. C’est qu’il a toujours peur de trop donner à Dieu. Il bâtirait mon temple en boîte de conserve Et du bois de la croix allumerait son feu. Et par là vous savez combien l’homme exagère Quand il dit qu’il recule et qu’il dit qu’il avance, Et qu’il n’est point de place en sa tête légère Ni pour un grand refus ni pour une observance. Mais vous savez aussi qu’il n’exagère pas Quand il dit qu’il est nud et quand il dit qu’il tremble. Et qu’il est malheureux et qu’il est tout ensemble Sous le coup de la mort et le coup du frimas. Mais vous savez aussi qu’il n’exagère pas Quand il dit qu’il est sot et quand il dit qu’il tremble. Et qu’il est saugrenu de vouloir tout ensemble Menez la même vie en de nouveaux climats. Mais vous savez aussi qu’il n’exagère pas Quand il dit qu’il est double et quand il dit qu’il tremble, Et qu’il cherche sa voie et qu’il veut tout ensemble Avancer sans à-coups et faire des faux pas. Et par là vous savez qu’il n’exagère pas Quand il dit qu’il est faux et quand il dit qu’il tremble. Et qu’il cherche sa route et qu’il veut tout ensemble, En piétinant sur place acheminer ses pas. Mais vous savez aussi qu’il n’exagère pas Quand il dit qu’il est faible et quand il dit qu’il tremble. Et qu’il fait peine à voir et qu’il est tout ensemble Sous le coup de la vie et le coup du trépas. Quand il dit qu’il grelotte et quand il dit qu’il tremble. Et qu’il est vagabond sans asile et sans feu, Et qu’il est à la porte et qu’il est tout ensemble Et sous les coup de l’homme et sous les coups de Dieu. Vous savez aujourd’hui ce que chacun supporte Et c’est un pauvre sort lentement poursuivi. Et par là vous savez ce que chacun rapporte. C’est l’ombre du butin que le maître a ravi. Vous savez aujourd’hui ce que tout homme escompte. C’est une grosse gloire à la hâte entassée. Mais vous savez aussi ce que tout homme compte. C’est une chère peine à la honte amassée. Nous voici désormais parmi tant de partage. Chacun veut battre l’autre et veut faire l’important. Mais vous qui les voyez au seuil de l’héritage : Quand on possédait tout, on ne comptait pas tant. Voici nos valeureux qui font tant de batailles. Ne se battent jamais pour le souverain bien. Voici nos malheureux qui font tant de ripailles. Mais quand on avait tout, on ne gaspillait rien. Voici nos sages fous qui font tant de réserves. Voici le péager, voici le publicain. Voici nos grands savants qui nous font des conserves. Mais quand on avait tout, on ne conservait rien. On ne nourrissait pas pour les sept vaches migres Vers le Nil donateur les belles vaches grasses. On Ne ménageait pas les sources et les grâces. Toutes coulaient toujours et demeuraient intègres. On ne nourrissait pas pour les sept vertus maigres Le beau bétail produit dans les plaines d’Égypte. On ne bâtissait pas pour les sept vaches maigres L’ombre du baptistère et l’ombre de la crypte. On ne nourrissait pas pour les sept vertus maigres Le beau troupeau produit sur les rives du Nil. On ne nourrissait pas pour les sept vaches maigres Le flambeau du salut et l’ombre du péril. On ne nourrissait pas pour les sept vertus maigres Le beau troupeau produit dans les plaines du Nil. On ne nourrissait pas pour les sept vaches maigres L’ombre de la puissance et du sceptre viril. On ne nourrissait pas les sources et les grâces. Comme un garde-manger pour les sept vaches maigres. Et l’Égypte et le Nil et les sept vaches grasses Comme un garde-manger pour les sept vertus maigres. On ne nourrissait pas les sources et les grâces Comme un réservement pour les sept vaches maigres. Et l’Égypte et le Nil et les sept vaches grasses Comme un engraissement pour les sept vertus maigres On ne nourrissait pas pour les sept fièvres aigres La santé, la jeunesse et le consentement. On ne nourrissait pas tout un enfantement, Le long du père Nil pour les sept vaches maigres. Et pour des repentirs plus âcres que des fautes. Et des contritions plis sales qu’un péché. Et des attritions plus sottes et moins hautes. Et des consomptions que l’on trouve au marché. Des rétractations plus lâches que des crimes. Des faux éclats plus laids que des aveuglements. Des circonspections qui ne sont que des frimes. Des barrages moins beau que des débordements. Des réparations plus viles qu’une offense. Et de confessions moins nobles que l’aveu. Et des confusions chez quelque bas neveu. Pleines de ridicule et pleines d’indécence. Et des ablutions pleines de réticence. Et des précautions pleine de procédure. Et des présentations plus vides que l’absence. Et des attentions plus mornes que l’ordure. Et des retournements qui reviennent au même. Et des effacements qui n’effacent que l’homme. Et des empressements sous un faux majordome. Et des solutions pires que le problème. Des vénérations pleines de turpitude, Et des rois moins sacrés que des soulèvements. Des ordres moins divins que des dérèglements. Des adorations pleines de lassitude. Des révolutions plus mortes que des trônes. Des progrès plus cassés que la vieille habitude. Des secrets plus connus que Louis XI et Latude. Des évolutions plus sages que des prônes. Et moi je vous salue ô pleine de disgrâce. Vous avez tant mené la charrue et les boeufs. Vous avez tant versé sur votre pauvre race Le vain déversement de vos stériles voeux. Et moi je vous salue ô reine de disgrâce. Vous avez tant lié ces périssables noeuds. Vous avez tant versé sur votre auguste race. Le long désarmement de vos paisibles voeux. Et moi je vous salue ô temple de disgrâce. Vous avez tant lavé vos périssables yeux. Vous avez tant versé sur votre noble race Le long démembrement de vos fragiles voeux. Et moi je vous salue au nom de votre race Aïeule des vaincus et des retriomphants. Vous avez tant versé sur vos pauvres enfants Le long ressouvenir des morceaux de la grâce. Et moi je vous salue ô première ouvrière. Première assujettie à la loi du travail. Vous avez tant levé vers le premier portail Des yeux tout alourdis d’une morne prière. Et moi je vous salue ô la plus misérable. Première assujettie à la loi de la peine. Et la première exposée à l loi de la haine. O victime et témoin d’un sort inexorable. Et moi je vous salue ô première mortelle. Vous avez tant baisé les fronts silencieux, Et la lèvre et la barbe et les dents et les yeux De vos fils descendus dans cette citadelle. Vous en avez tant mis dans le chêne et l’érable, Et la pierre et la terre et les marbres plus beaux. Vous en avez tant mis sur le seuil des tombeaux. Vous voici la dernière et la plus misérable. Vous en avez tant mis dans de pauvres linceuls, Couchés sur vos genoux comme aux jours de l’enfance. On vous en a tant pris qui marchaient nus et seuls Pour votre sauvegarde et pour votre défense. Vous en avez tant mis dans d’augustes linceuls, Pliés sur vos genoux comme des nourrissons, On vous en a tant pris de ces grêles garçons Qui marchaient à la mort téméraires et seuls. Vous en avez tant mis dans ces lourdes entraves, Les seules qui jamais ne seront déliées, De ces pauvres enfants qui marchaient nus et graves Vers d’éternelles morts aussitôt oubliées. Vous en avez tant mis dans ce lourd appareil, Le seul qui de jamais ne sera résolu, De ce jeune troupeau qui s’avançait pareil A des agneau chargés d’un courage absolu. Vous en avez tant mis dans le secret des tombes, Le seul qui jamais plus ne sera dévoilé, Le seul qui de jamais ne sera relevé, De ces enfants tombés comme des hécatombes, Offerts à quelque dieu qui n’est pas le vrai Dieu, Frappés sur quelque autel qui n’est pas holocauste, Perdus dans la bataille ou dans quelque avant-poste, Tombés dans quelque lieu qui n’est pas le vrai Lieu. Vous en avez tant mis au fond des catacombes, De ces enfants péris pour sauver quelque honneur. Vous en avez tant mis dans le secret des tombes, De ces enfants sombrés aux portes du bonheur. Vous en avez tant mis dans les plis d’un long deuil, D’entre ceux qui marchaient taciturnes et braves. On vous en a tant pris jusque sur votre seuil, D’entre ceux qui marchaient invincibles et graves. Vous en avez tant mis le long des nécropoles, Vous en avez tant pris sur vos sacrés genoux, De ces fils qui venaient le long des métropoles, Et marchaient et tombaient et qui mouraient pour vous. Et moi je vous salue ô première fermière. Vous avez tant compté les poules et les oeufs. Vous avez tant versé sur la race première Le vain débordement de vos futiles voeux. Et je vous aime tant ô première pauvresse, Première assujettie à la loi de la mort, Et première exposée à la loi de détresse, Et première exposée aux coups d’un nouveau sort. Et je vous aime tant ô mon âme, ô ma mère. Première assujettie aux lois de pauvreté, Première assujettie à la loi de misère, Première assujettie aux lois de liberté. Et je vous aime tant, aïeule inaltérable, Première assujettie à la loi de tendresse, Qui dans cette abandon et dans cette détresse Périssez la dernière et la plus misérable. Et je vous aime tant, aiëule invulnérable, Première assujettie aux lois de servitude, Qui parmi tant d’offense et tant d’inquiétude, Demeurez la dernière et la plus misérable. Et moi je vous salue ô première fermière. Vous avez tant veillé devant de maigres feux. Vous avez tant versé sur la race première L’ardent débordement de vos fébriles voeux. Et moi je vous salue, aïeule vénérable, Première assujettie à la loi d’habitude, Qui parmi tant d’outrage et tant d’incertitude, Naquîtes la première et la plus misérable. Les autres n’ont connu que d’être malheureux. Mais vous avez connu d’innover le malheur. Les autres n’ont connu que d’être douloureux. Mais vous avez connu d’innover la douleur. Les autres n ‘ont connu que leur indignité. Mais vous avez connu ce que c’est que descendre. Les autres ont connu le tison et la cendre. Mais vous avez connu la flamme et la clarté. Les autres ont connu d’être sans héritage. Mais vous avez connu d’être déshéritée. Les autres n’ont connu que leur nouveau partage. Mais vous avez connu d’être départagée. Les autres n’ont connu que cette plaine rase. Mais vous avez connu cette pente déclive. Les autres ont connu le marais et la vase. Mais vous avez connu la fontaine et l’eau vive. Les autres n’ont connu que leur commune race. Mais vous avez connu d’avoir dégénéré. Les autres n’ont connu que de suivre à la trace. Mais vous avez connu d’avoir délibéré. Le autres ont connu d’être dans ce royaume. Mais vous avez connu de descendre en ce lieu. Les autres n’ont connu que la paille et le chaume. Mais vous avez connu de descendre de Dieu. Les autres ont connu les murs de la prison. Mais vous avez connu d’entrer dans cette geôle. Et le froid dans la nuque et la main sur l’épaule. Et le refermement d’un immense horizon. Les autres n’ont connu que la basse maison. Mais vous avez connu d’entrer dans cette tombe. Les autres n’ont connu que la basse raison. Mais vous avez connu la première palombe Volant à tire d’aile au-dessus d’un jardin Plus jeune qu’un jeune homme et plus sage qu’un soir. Seule vous avez vu le premier reposoir, Et le premier soleil sur le premier matin. Les autres n’ont connu que la porte fermée. Mais vous avez connu la même fermeture. Et vous seule avez vu la clef dans la serrure, Et l’archange devant ô mère bien aimée. Les autres n’ont connu que leurs basses fenêtres, Et leur vue encerclée aux murs de l’horizon. Mais vous avez connu la jeunesse des êtres Et les bondissements du renne et du bison. Seule vous le savez, nos vertus d’aujourd’hui Ne valent pas le quart de l’antique innocence. Et les moralités de notre morne ennui Ne valent pas le quart de l’antique puissance. Seule vous le savez nos travaux d’aujourd’hui Ne valent pas le quart de l’antique paresse. Et les brutalités de notre morne ennui Ne valent pas le quart de l’antique tendresse. Seule vous le savez nos raideurs d’aujourd’hui Ne valent pas le quart de l’antique rudesse. Et les sévérités de notre dur ennui Ne valent pas le quart de l’antique mollesse. Seule vous le savez nos oeuvres d’aujourd’hui Ne valent pas le quart de l’antique noblesse. Et les mortalités de notre pauvre ennui Ne valent pas le quart de l’antique sagesse. Seule vous le savez nos forces d’aujourd’hui Ne valent pas le quart de l’antique faiblesse. Et les velléités de notre vague ennui Ne valent pas le quart de l’antique largesse. Seule vous le savez nos clartés d’aujourd’hui Ne valent pas le quart des antiques ténèbres. Et les éclairements de notre terne ennui Ne sont que des flambeaux et des torches funèbres. Seule vous le savez nos sceptres d’aujourd’hui Ne valent pas le quart de l’antique hautesse. Et les redressements du cadavre d’ennui Ne valent pas le quart de l’antique bassesse. Seule vous le savez nos éclats d’aujourd’hui Ne valent pas le quart de l’antique silence. Et les ravivements de notre pâle ennui Ne sont que les témoins d’une morne indolence. Seule vous le savez nos gaîtés d’aujourd’hui Ne valent pas le quart de l’antique tristesse. Et les amusements de ce mortel ennui Ne valent pas le quart de l’antique allégresse. Seule vous le savez nos pudeurs d’aujourd’hui Ne valent pas le quart de l’antique ignorance. Et les réservements de notre prude ennui Ne sont que les témoins d’une morne insolence. Seule vous le savez nos occupations Ne valent pas le quart de l’ancienne vacance. Et nos règles de moeurs et nos privations Ne valent pas le quart de l’antique fréquence. Seule vous le savez nos filtres d’aujourd’hui Ne valent pas le quart du vieux désourcement. Les décantations de notre trouble ennui Ne valent pas le quart du vieil épanchement. Seule vous le savez nos périssables voeux Et nos activités des travaux d’aujourd’hui Et nos fragilités ne valent pas les jeux Qui descendaient d’un monde et remontaient en lui. Et nos tours de morale et nos épurements Ne valent pas le quart de la licence antique. Et nos coups de fatigue et nos épuisements Ne valent pas le quart de la puissance antique. Seule vous le savez nos travaux et nos jours Ne valent pas ces jeux qui baignaient dans le temps. Seule vous le savez nos travaux importants Ne valent pas ces jeux qui jaillissaient toujours. Et nos tours de vertus et nos efforcements Ne sont devant les bords du plus ancien cantique Pas plus que les lambris de vos appartements Ne sont devant les bord de la mer Atlantique. Seule vous le savez nos travaux et nos jours Ne valent pas ces jeux qui baignaient dans l’espace. Et nos soucis armés d’une griffe rapace Ne valent pas ces jeux qui bondissaient toujours. Vous pouvez vous montrer, vertus d’appartements. Carafes d’eau filtrée à travers des faïences. Nous nous avons connu les arches d’alliances Naviguant aux deux bords des premiers Océans. Seule vous le savez, nos célébrations Ne valent pas le quart de votre ancien silence. Seule vous le savez, nos adorations Ne valent pas le quart de vos anciennes absences. Vous pouvez vous montrer, ô vertus d’aujourd’hui. Nous nous avons connu l’antique réticence. Et les finassements de notre fourbe ennui Ne valent pas le quart de l’antique décence. Seule vous le savez nos célébrations Ne valent pas le quart de votre ancienne messe. Seule vous le savez, notre unique promesse N’est qu’un pâle reflet de vos libations. Seule vous le savez nos mémorations Ne valent pas le quart de votre ancien oubli. Et l’absoute et la messe et l’homme enseveli Ne valent pas le quart de vos ovations. Seule vous le savez nos réparations Ne valent pas le quart de votre ancienne offense. Seule vous le savez, notre maigre défense Ne ferait pas le quart de vos donations. Seule vous le savez, nos contemplations Sont troubles du dedans, ô mon âme ô ma mère. Seule vous le savez, nos méditations Sont vides du dedans, aïeule de misère. Seule vous le savez, nos élévations Sont basses par le pied, aïeule inaltérable. Seule vous le savez, nos dépravations Sont noueuses du pied, aïeule invulnérable. Seule vous le savez nos expiations Ne lavent pas le sang sur le dos de la main. Seule, vous le savez, nos indignations Laissent trôner la honte au milieu du chemin. Et nous ne valons pas dans nos meilleurs moments Ce que l’homme valait à toute heure du jour. Et nous ne valons pas dans nos plus beaux tourments Et nous ne valons pas dans notre pauvre amour, Et nous ne valons pas dans nos embrassements Ce que l’homme valait dans la simple lumière. Et nous ne valons pas dans nos transvasements Ce que l’homme valait dans une urne première. Et nous ne valons pas dans nos abrasements Ce que l’homme valait dans son inhabitude. Et nous ne valons pas dans nos écrasements Ce que l’homme valait dans son exactitude. Et nous ne valons pas dans nos renoncements Ce que l’homme valait dans son inaptitude. Et nous ne valons pas dans nos retranchements Ce que l’homme valait dans cette plénitude. Et nous ne valons pas dans le sang des martyrs, Et nous ne valons pas dans le sang des bourreaux, Et nous ne valons pas au fond des tombereaux, Et nous ne valons pas dans nos beaux repentirs Ce que l’homme valait dans son recueillement. Et nous ne valons pas dans nos processions Et dans nos reposoirs et nos accessions Ce que l’homme valait dans son effeuillement. Et nous en faisons moins dans nos oeuvres de jour Que l’homme n’en faisait rien dans son reposement. Et nous sommes perdus tout en haut de la tour Et ne voyons venir qu’un vaste épuisement. Et nous en faisions moins dans nos fièvres de nuit Que l’homme n’en faisait dans un calme sommeil. Et nous en faisons moins dans notre ardent réveil Que l’homme n’en faisait aux messes de minuit. Et nous en faisons moins dans nos guerres civiles Que l’homme n’en faisait dans son apaisement. Et nous en faisons moins dans nos travaux serviles Que l’homme n’en faisait dans son amusement. Et moi je vous salue ô première pauvresse. Vous savez ce que c’est que d’avoir innové. Les autres n’ont connu qu’un plateau de détresse. Vous savez ce que c’est que d’avoir inventé. Seule vous avez pu faire la différence, Mesurer l’Océan d’avec un pauvre port. Il fallut demander à la jeune espérance Ce qui jusqu’à ce jour était donné d’abord. Les autres n’ont connu que d’être malheureux. Vous avez innové d’entrer dans le malheur. Les autres n’ont connu que d’être douloureux Vous avez inventé d’entrer dans la douleur. Les autres n’ont connu que le commun niveau. Mais vous connu le dénivellement. Les autres n’ont connu qu’un pauvre caniveau. Mais vous avez connu le grand ruissellement. Les autres n’ont connu qu’un périssable sort. Vous avez innové l’autel et l’hécatombe. Les autres n’ont connu qu’une commune mort. Vous avez inventé d’entrer dans cette tombe. Les autres n’ont connu que le miel dans la ruche. Les autres n’ont connu qu’un miel hexagonal. Et les autres n’ont vu le ciel que dans des cruches. Et l’énorme Océan dans un pauvre canal. Les autres n’ont connu que l’étable et la grange. Vous avez innové la charrue et la houe. Les autres n’ont connu que la commune fange. Vous avez inventé d’entrer dans cette boue. Les autres n’ont connu qu’un plane misère. Mais vous avez connu cette descension. Et vous avez connu cette dissension. Vous avez vu semer les roses du rosaire. Les autres n’ont connu que d’être malheureux. Vous avez innové d’entrer dans ces dégoûts. Vous avez innové d’entrer au chemin creux. Dans la honte et l’ordure et la ronce et le houx. Les autres n’ont connu que d’être dispersés. Mais vous avez connu cette dispersion. Les autres n’ont connu que d’être déversés. Mais vous avez connu cette déversion. Les autres n’ont connu que d’être divisés. Mais vous avez connu cette division. Les autres n’ont connu que la dérision. Mais vous avez connu d’être débaptisée. Les autres n’ont connu que leur propre bassesse. Mais vous avez connu le même abaissement. Les autres n’ont connu que cette petitesse. Mais vous avez connu le rapetissement. Les autre n’ont connu que le manteau de peine. Mais vous avez appris d’en être revêtue. Les autres n’ont connu que cette immense plaine. Mais vous avez appris d’y être descendue. Les autres n’ont connu que la plaine d’absence. Mais vous avez appris d’y être descendue. Les autres n’ont connu que ce morne silence. Mais vous avez appris d’en être revêtue. Les autres n’ont connu que leur humilité. Vous avez innové d’être une pauvre femme. Vous avez inventé de gouverner votre âme Selon la turpitude et la docilité. Les autres n’ont connu que le manteau de haine. Mais vous avez appris d’en être revêtue. Les autres n’ont connu que leur immense peine. Mais vous avez appris d’y être descendue. Les autres n’ont connu que la fable et le conte. Vous seule vous savez la véritable histoire. Vous seule vous savez, ô temple de mémoire, Comment on inventa d’entrer dans cette honte. Et moi je vous salue ô la première née. Les autres ont connu de manquer de naissance. Les autres ont connu de manquer de puissance. Mais vous avez connu d’être déracinée. Les autres n’ont connu que de planter leur tente Au milieu du désert d’un immense plateau. Mais vous avez connu la descente et la pente, Et les pampres pendus tout le long du coteau. Et je vous aime tant, première exterminée. Vous seule avez passé par-dessous cette porte. Vous seule avez frôlé le long de la mer Morte Les ailes de la mort et de la destinée. Les autres n’ont connu que cette platitude. Mais vous avez connu cette déclivité. Les autres n’ont connu qu’un longue habitude. Les autres n’ont connu que la captivité. Mais vous avez connu d’entrer dans cette geôle. Première vous avez passé sous cette voûte. Première vous avez mis le pied sur la route Et cheminé le long des bouleaux et du saule. Première vous avez passé sous cette porte. Première vous avez d’un pas abandonné Foulé d’un pas caduc et tout échelonné Le sentier de l’exil semé de feuille morte. Première vous avez devers la cheminée Tendu vos pâles mains transparentes de vieille Et devant le foyer et dans la longue veille Réchauffé votre peau toute parcheminée. Les autres n’ont connu que la commune honte. Mais vous avez connu cette ruelle oblique Qui descend sur la foire et la place publique, Et d’où nul ne revient et que nul ne remonte. Les autres n’ont connu que cette égalité. Les autres n’ont connu que la place publique. Mais vous avez connu que cette venelle oblique Qui descend dans la fosse et la docilité. Les autres n’ont connu que de planter leur tente Au milieu du désert d’un immense plateau. Mais vous avez connu la suspense et l’attente, Et le déversement tout le long du coteau. Les autres n’ont connu que de planter leur tente U milieu du désert d’un immense plateau. Mais vous avez connu cette brusque détente, Et le renversement tout le long du coteau. Les autres n’ont connu que de planter leur tente Au milieu d’un désert d’un immense plateau. Mais vous avez connu cette première entente Et les pampres grimpant tout le long du coteau. Les autres n’ont connu que de planter leur tente Au milieu du désert d’u immense plateau. Mais vous avez connu le ravin et la sente Et l’horizon jailli du faîte du coteau. Et moi je vous salue, aïeule insoupçonnée. Les autre sont sans grâce et sans fleuronnement Et sans procession et sas couronnement. Mais vous avez connu d’être découronnée. Les autres n’ont connu qu’un immense plateau, Les autres n’ont connu que la plaine d’absence. Mais vous avez connu cette auguste présence Qui seule emplissait tout ainsi qu’un beau coteau Emplit tout l’horizon de l’un à l’autre bord, Et se prolonge et règne et va de part en part, Ainsi qu’un beau sourire et qu’un pauvre regard Emplit tout un destin de l’une à l’autre mort. Les autres n’ont connu que le torve et le courbe. Mais vous ave connu la première droiture. Les autres n’ont connu que la lie et l’ordure. Vous avez inventé d’entrer dans cette tourbe. Les autres n’ont connu que la morne imposture. Mais vous avez connu l’auguste vérité. Les autres n’ont connu que la morne luxure. Mais vous avez connu la jeune austérité. Et je vous aime tant, première infortunée. Les autres n’ont connu que d’être sans fortune. Et nous voici debout sur la plus haute hune Et nous ne voyons rien qu’une mer démontée. Et nous avons sombré devers quelque lagune, Dans la vase et le sable et dans les goémons. Et nous sommes rentrés dans les premiers limons, Dns les algues de mer et dans la loi commune. Et nous sommes montés sur la plus haute dune. Et nous n’avons rien vu que le travers du sort. Et vous avez conduit, première inopportune, Votre barque debout par le travers du port. Et vous avez touché sur le bord d’un autre âge. Comme un enfant qui touche au bord d’un autre temps. Et vous avez touché dans le commun naufrage Au bord d’une autre côte et sur des mâts flottants. Et vous avez joué sur le bord d’un autre âge, Comme un enfant qui joue au bord d’un autre temps. Vous avez abordé dans un commun naufrage Au bord d’une autre côte et sur des mâts flottant. Comme les naufragés abordaient dans des îles, Vous êtes abordée au bord d’un autre temps. Vous êtes abordée à de guerres civiles. Et sur un appareil et vers des habitants. Comme les naufragés abordaient dans des villes, Vous êtes abordée au bord d’un autre temps. Vous êtes abordée aux batailles serviles Entre nos plats commis et nos plats commettants. Comme des naufragés qui demandaient asile, Vous avez abordé dans cet âge nouveau. Vous avez abordé sur un ponton fragile Noué de quelque corde à quelque soliveau. Comme les naufragés abordaient dans les ports, Vous avez abordé dans de nouveaux climats. Vous voici désormais reine parmi les morts, Passagère échappée au long de quelques mâts. Et vous avez touché vers un autre courage, Comme un homme d’honneur qui tremble sous l’injure. Et vous avez touché vers un autre rivage Avant de retomber dans un monde parjure. Et vous avez touché ver un ancien village Avant de retourner dans nos pauvres hameaux. Et vous avez baisé le premier sarcophage Avant de revenir sur nos pauvres tombeaux. Et vous avez touché vers u ancien barrage, Du temps qu’il était plein des eaux tumultueuses. C’est un vieil étang tout plein de scabieuses, Un manteau tout drapé des fleurs du premier âge. Et les ondes coulaient dessus le déversoir Et par-dessus l’écluse et par-dessus la bonde. Et l’océan sans terme et l’océan du monde Passait dessus la darse et dessus le musoir. C’était un vieil étang retiré du village Dans une solitude et un recueillement. Et vous avez touché vers un ancien parage Avant les jours d’étude et de défeuillement. Et vous avez passé par un ancien passage Tout plein d’incertitude et de cheminement. Et vous avez reçu le foudroyant message, Tout plein de promptitude et d’épouvantement. Et c’est depuis ce jour que vous avez monté Un escalier plus dur qu’un escalier de marbre. Et c’est depuis ce jour que vous avez chanté Une chanson plus dure à l’ombre d’u autre arbre. Et c’est depuis ce temps que vous avez monté Un escalier plus dur au pied d’un autre amour. Et c’est depuis ce jour que vous avez chanté Une chanson plus dure au pied d’un autre jour. Et c’est depuis ce jour que vous avez monté Des degrés plus ardu que des degrés de marbre. Et c’est depuis ce jour que vous avez compté Vos comptes éternels à l’ombre d’un autre arbre. Et c’est depuis ce jour que vous avez monté Un escalier plus dur qu’un escalier d’exil. Et c’est depuis ce jour que vous avez chanté Un adieu plus poignant qu’une chanson d’avril. Et c’est depuis ce jour que vous avez traîné Un regret prosterné jusque sur votre seuil. Et c’est depuis ce jour que vous avez mené Un secret dérobé dans les plis d’un long deuil. Les autres n’ont connu que d’être malheureux. Mais vous avez connu d’inventer le secret. Et vous avez connu d’inventer le regret. Et de les enfermer dans un coeur douloureux. Et vous avez connu première de monter Des degrés sans grandeur et sans processions. Et vous avez connu de ceindre et de porter Des regrets plus amer que des possessions. Et c’est depuis ce jour que vous ave traîné Des secrets plus fermés que des fleuronnements. Et c’est depuis ce jour que vous avez mené Des regrets plus profonds que des couronnements. Et c’est depuis ce jour que vous avez porté Un coffret plus fermé que la galère antique. Et c’est depuis ce jour que vous avez chanté Un regret plus poignant que le premier cantique. Et c’est depuis ce jour que vous avez suivi Un regret sans allure et sans procession. Et c’est depuis ce jour que vous ave gravi Un regret sans parjure et sans dépression. Et c’est depuis ce jour que vous avez perdu Un secret plus fermé que la cité mystique. Et depuis cettui jour vous avez descendu Un regret plus recreux que la vague nautique. Et les ressouvenirs plus présents que des tombes. Et des cyprès plus beaux que la rose d’avril. Des avenirs pliés au fond des catacombes. Et des regrets plus beaux que la robe d’exil. Et c’est depuis ce jour que vous avez monté Des degrés plus usés que des marches de pierre. Et c’est depuis ce jour que vous avez passé Sous les cintres de plâtre et les arches de lierre. Et c’est depuis ce jour que vous avez couvé Un secret fomenté dans le profond du coeur. Et c’est depuis ce jour que vous avez trouvé Un regret prolongé jusqu’au confins du choeur. Et c’est depuis ce jour que vous avez porté Un secret plus fermé que l’acropole antique. Et c’est depuis ce jour que vous avez chanté Un regret plus secret que le premier cantique. Et c’est depuis ce jour que vous ave porté Un coffret plus fermé que l’ancien tabernacle. Et c’est depuis ce jour que vous avez jeté Des fleurs sur le parvis du premier habitacle; Et que vous le savez, nos adorations Ne se courbent jamais qu’aux autels des faux dieux. Et que nous n’apportons sur les derniers hauts lieux Que des genoux raidis parmi les nations. Et que vous le savez, nos adorations Ne se courbet jamais que devant le veau d’or. C’est là notre appareil et là notre trésor, Et le dernier objet de nos libations. Seule vous le savez, que le vol des colombes Ne retournera pas dans ses ordres premiers. Seule vous le savez, que le vol des palombes Ne se mêlera plus dans le vol des ramiers. Seule vous le savez, que la création Ne connaît plus son père, et son maître, et son Dieu. Et nous n’apportons plus sur le dernier haut lieu Que des coeur ulcérés de macération. Seule vous le savez, que l’argent seul est maître Et qu’il à mis son trône à la place de Dieu. Et son autel d’argent sur le dernier haut lieu. Et son prêtre d’argent à la place du prêtre. Et son trône d’argent installé sur le Trône. Et son ventre d’argent sur le dernier autel. Et sa bave d’argent sur le péché mortel. Et son ventre d’argent installé dans le prône. Les autres n’ont connu que d’être dégradés. Mais vous avez connu la dégradation. Les autres n’ont connu que la prostration. Mais vous avez connu d’être contremandés. Les autres ont connu d’être dépossédés. Mais vous avez connu la dépossession. Les autres n’ont connu que l’exécration. Mais vous avez connu d’être décommandés. Et nos tours de morale et nos intentions Ne valent pas le quart de cette ancienne danse. Et nos tours de malice et nos contentions Ne valent p le quart de l’ancienne abondance. Et nos tours de sagesse et nos rétentions Ne valent pas le quart de l’antique imprudence. Et nos tours de bâton et nos inventions Ne valent pas le quart de l’antique évidence. Et nos tours de rudesse et nos contorsions Ne valent pas le quart de cette contredanse. Et nos retournements et nos conversions Ne valent pas le quart de l’antique impudence. Ainsi vous le savez, nos expiations Ne lavent pas le pus jusqu’au fond de l’abcès. Et nos tours de fortune et nos heureux succès Ne lavent pas le quart de nos extorsions. Seule vous le savez, nos plus heureux sentiments Ne durent jamais plus que l’espace d’un jour. Et l’amour le plus ferme et le plus dur amour Ne dure jamais plus que de quelques moments. Et nos tours de souplesse et nos rétorsions Ne valent pas le quart de l’ancienne cadence. Et nos tours de détresse et nos réversions Ne valent pas le quart de votre confidence. Ainsi vous le savez nos expiations Ne lavent pas la honte aux confins de la mort. Nos coups de réussite et nos plus heureux sort Ne lavent pas le quart de nos inactions. Seule vous le savez, nos indignations Ne se meuvent jamais que quand il est trop tard. Quand le meurtre est passé tout le long du rempart, Alors nous soulevons nos exécrations. Ainsi vous le savez, nos expiations Ne lavent pas l’ordure aux portes de la mort. Et nos tours de finesse et le plus heureux sort Ne lavent pas le quart de nos exactions. Seule vous le savez, nos imprécations Ne se lèvent jamais que quand il est trop tard. Quand le crime est passé le long du boulevard, Alors nous soulevons nos proclamations. Seule vous le savez, nos révolutions Ne se mettent debout que quand le crime est fait. Quand le meurtre est acquis et quand il est parfait, Alors nous soulevons nos déclamations. Tant que le crime est là, tant que le meurtre est maître, Nous couchons à ses pieds nos résignations. Tant que Satan est dieu, tant que Satan est prêtre, Nous plions à ses pieds nos génuflexions. Aussi vous le savez, nos réprobations Ne se lèvent jamais que quand il est trop tard. Quand le char est passé qui voiturait César, Alors que nous soulevons nos conspirations. Seule vous le savez, nos résignations Ne se couchent jamais qu’aux autels des faux dieux. Nous n’apportons jamais sur les derniers hauts lieux Que des coeurs délavés de consolations. Seule vous le savez, nos imprécations N’assaillent que le pauvre et le plus malheureux. Nous n’apportons jamais à des coeurs douloureux Que des coeurs contractés de tribulations. Seule vous le savez, nos supplications Ne se courbent jamais qu’aux autels des faux dieux. Nous n’apportons jamais sur les derniers hauts lieux Que des coeurs écrasés de consternations. Seule vous le savez, que nos fondations Ne fondent jamais rien que la cité d’injure Nous n’apportons jamais sur un autel parjure Que des voeux perforés de dubitations. Seule vous le savez, nos déprécations Ne détournent jamais un sort inexorable. Nous n’apportons jamais sur un autel d’érable Que de voeux plein de doute et d’hésitation. Seule vous le savez, nos consolations Laissent un goût de pleur au fond de la mémoire. Nous n’apportons jamais aux rayons de l’armoire Que des voeux tout moisis de végétations. Seule vous le savez, que nos délations Ne dénonce jamais que le pauvre et le nue. Nous n’apportons jamais sur un autel connu Que des coeurs couturés de lacérations. Seule vous le savez, nos lacérations Laisse un goût de fiel au fond de la mémoire. Nous n’apportons jamais au rayon de l’armoire Que des coeurs délavés de profanations. Seule vous le savez, nos tribulations Sont petites de mode et petite de jeu. Nous n’apportons jamais sur un autel de feu Que des coeurs plein de cendre et de confusions. Seule vous le savez, nos réparations Laissent un goût de mort au fond de la mémoire. Nous n’apportons jamais aux rayons de l’armoire Que des coeurs plein de trouble et de dérisions. Seule vous le savez, nos désolations : Assise parmi nous ne sont pas même grandes. Nous n’apportons jamais sur la table d’offrande Que des coeurs plein de boue et de corruptions. Seule vous le savez, seule vous le compter : Nos tribulations ne sont pas même grandes. Nous n’apportons jamais sur la table d’offrandes Que les restes des coeurs que nous avons prêtés. Nous n’apportons jamais au temple de mémoire Que des coeurs pleins de mort et d’ostentations. Nous n’apportons jamais aux portes de l’armoire Que des coeurs pleins de fange et pleins d’alluvions. Seule vous le savez, pourquoi nous sommes nés. Nos tribulations ne sont pas même grandes ; Nous n’apportons jamais sur la table d’offrandes Que les restes des coeurs que nous avons donnés. Nous n’apportons jamais à nos temple de gloires Que des coeurs pleins de creux et pleins d’intrusions. Nous ne mettons jamais dans nos conservatoires Que des coeurs pleins de vide et de précisions. Seule vous le savez, nos adulations Ne se courbent jamais que sur des pieds d’argile. Nous n’apportons jamais sur un autel fragile Que des coeurs dévorés de malversations. Et vous savez quel air nos modulations Conduisent sur la corde et sur de maigres flûtes, Et que nous n’apportons dans nos plus âcres luttes Que des coeurs détendus par les vexations. Et vous savez quel air nos ondulations Font flotter sous le plectre et sur de vagues lyres. Et que nous ne mettons dans nos pauvres délires Que des coeurs affolés de palpitations. Seule vous le savez, nos émulations Ne rivalisent pas pour le juste et le beau. Nous n’apportons jamais aux portes du tombeau Que des coeurs dévorés de contestations. Seule vous le savez, nos contemplations Sont troubles du dedans, ô mon âme, ô ma mère. Nous n’apportons jamais dans un temple éphémère Que des coeurs et des voeux et des dévotions. Seule vous le savez, nos contemplations Sont lourdes du dedans, ô mon âme, ô ma mère. Nous n’apportons jamais sur un autel sommaire Que des voeux pleins d’ordure et d’explications. Seule vous le savez, nos acclamations Ne s’élèvent jamais vers le roi du ciel. Nous n’apportons jamais au roi des nations Que des coeurs plein d’écume et des coeurs pleins de fiel. Seule vous le savez, nos acclamations Ne s’élèvent jamais que vers le temporel. Nous n’apportons jamais qu’au temple corporel Notre coeur et nos voeux et nos donations. Seule vous le savez, nos acclamations Ne s’élèvent jamais que vers les rois charnels. Nous n’apportons jamais aux temples éternels Notre coeur et nos voeux et nos vocations Seule vous le savez, nos déclamations Et nos tour de rhéteur sont la honte du verbe. Et la haute éloquence et toute sa superbe Ne sont pleins que de creux et de vibrations. Seule vous le savez nos réclamations Ne réclament jamais que des bien temporels. Nous ne réclamons pas ces biens surnaturels, De pauvreté, de peine et de privations. Seule vous le savez, nos réclamations Ne réclament jamais pour le pauvre et le juste. Nous n’apportons jamais sur une table auguste Que des coeurs et des voeux creusés d’ambitions. Seule vous le savez, nos réclamations Ne réclament jamais que pour des biens charnels. Nous ne réclamons pas ces objets éternels, D’humilité, d’amour et de contritions. Seule vous le savez, nos réclamations Ne réclament jamais que des biens périssables. Nous n’apportons jamais dans des temples de sables Que des coeurs et de voeux pleins de déceptions. Seule vous le savez, nos proclamations Ne proclament élus que les rois de la chair Nous ne portons que là notre bien le plus cher, Nos coeurs pourris d’orgueil et de prétentions. Seule vous le savez, nos acclamations Ne s’élèvent jamais vers le chef de l’armée. Nous n’apportons jamais au roi des nations Que des morceaux restant d’une amour entamée. Seule vous le savez, nos exclamations Ne soulignent jamais que des feux d’artifice. Nous n’apportons jamais aux barres de justice Que le faux témoignage et les inventions. Seule vous le savez, nos acclamations Ne déferlent jamais vers le chef de l’armée. Nous n’apportons jamais au roi des nations Que le dernier morceau d’une amour entamée. Seule vous le savez, nos exclamations Ne soulignent jamais que des tours d’accrobate. Nous n’apportons jamais au roi des nations Que les retournements d’une âme renégate. Seule vous le savez, nos acclamations Ne déferlent jamais aux pieds du roi des rois. Nous n’apportons jamais au roi des nations Que de coeurs de faïence et des sabres de bois. Seule vous le savez, que nos sommations Des siècles passeront plus brèves qu’un matin. Et les jours quitteront leur manteau de satin Pour l’appareil de deuil et de contritions. La face de la terre était alors si blonde Que les blés déroulés faisaient de longs cheveux. Et la beauté de l’âme et la beauté du monde Fût descendue ainsi jusque chez nos neveux. La face de la terre était alors si lourde. Que les blés déroulés s’écroulaient en torsades. Et la bonté de l’âme était alors si sourde Que tous les animaux partaient en ambassades Vers l’homme prêtre et roi par les mains du seul roi. Et les blés déroulés faisaient des écheveaux. Et le ânes parmi les superbes chevaux Menaient le même train parmi le même arroi. Seule vous le savez, nos affirmations Sont creuses par le pied, ô mère des docteurs. Nous n’apportons jamais qu’à des contradicteurs Sur des tables de bois des propositions. Seule vous le savez, nos informations Ne démentent jamais que le pur et le juste. Nous n’apportons jamais sur un autel auguste Que des coeurs taraudés de contradictions. Seule vous le savez, nos confirmations Ne confirment jamais que la fausse nouvelle. Nous n’emplissons jamais notre pauvre cervelle Que d’un fatras de texte et de discussions. Seule vous le savez que nos formations Sont creuses du dedans, ô mère des soldats. Nous n’apportons jamais aux terrestres combats Que des carrés crevés de fluctuations. Seule vous le savez, nos déformations Ne déforment jamais que vers des formes laides. Nous n’apportons jamais que des grossiers remèdes Aux manques de décence et de prescriptions. Seule vous le savez, nos réformations Sont pires que le mal qu’on prétend réformer. Et nos règles de moeurs et de collusions Sont pires que l’abcès qu’on prétend refermer. Seules vous le savez, nos informations Ne remontent jamais vers les formes premières. Nous n’apportons jamais aux célestes lumières Que des yeux de ténèbre et de confusions. Seule vous le savez, nos conformations Ne remontent jamais vers les formes antiques. Nous n’apportons jamais aux célestes cantiques Que des âmes d’ordure et d’explications. Seule vous le savez, nos transformations Ne transforment jamais que vers les formes basses. Nous n’apportons jamais dans nos créations Que des coeurs détendus et que des âmes lasses. Car tout ce qui s’acquiert peut toujours se reperdre. Mais tout ce qui se perd est à jamais perdu. Et tout ce qui se gagne on peut toujours le perdre. Mais tout ce qui se perd est vraiment dépendu. Et tout ce que l’on prend il faut toujours le rendre. Mais tout ce que l’on rend est à jamais rendu. Et tout ce que l’on monte il fut le redescendre. Mais ce que l’on descend est vraiment descendu. Tout ce que l’on achète il faut qu’on le revende. Mais tout ce que l’on vend est à jamais vendu. Et tout ce que l’on tend il fut qu’on le détende. Mais ce que l’on détend est vraiment détendu. Vous nous voyez debout parmi les nations. Nous battrons-nous toujours pour la terre charnelle. Ne déposerons-nous sur la table éternelle Que des coeurs pleins de guerre et de séditions. Vous nous voyez marcher parmi les nations. Nous battrons-nous toujours pour quatre coins de terre. Ne mettrons-nous jamais sur la table de guerre Que des coeurs pleins de morgue et de rébellions. — Heureux ceux qui sont mort pour la terre charnelle, Mais pourvu que ce fût dans une juste guerre. Heureux ceux qui sont mort pour quatre coins de terre. Heureux ceux qui sont morts d’une mort solennelle. Heureux ceux qui sont morts dans les grandes batailles, Couchés dessus le sol à la face de Dieu. Heureux ceux qui sont morts sur un dernier haut lieu, Parmi tout l’appareil des grandes funérailles. Heureux ceux qui sont morts pour des cités charnelles. Car elles sont le corps de la cité de Dieu. Heureux ceux qui sont morts pour leur âtre et leur feu, Et les pauvres honneurs des maisons paternelles. Car elles sont l’image et le commencement Et le corps et l’essai de la maison de Dieu. Heureux ceux qui sont morts dans cet embrassement, Dans l’étreinte d’honneur et le terrestre aveu. Car cet aveu d’honneur est le commencement Et le premier essai d’un éternel aveu. Heureux ceux qui sont morts dans cet écrasement, Dans l’accomplissement de ce terrestre voeu. Car ce voeu de la terre est le commencement Et le premier essai d’une fidélité. Heureux ceux qui sont morts dans ce couronnement Et cette obéissance et cette humilité. Heureux ceux qui sont morts, car ils sont retournés Dans la première argile et la première terre. Heureux ceux qui sont morts dans une juste guerre. Heureux les épis murs et les blés moissonnés. Heureux ceux qui sont morts, car ils sont retournés Dans la première terre et l’argile plastique. Heureux ceux qui sont morts dans une guerre antique. Heureux les vases purs et les rois couronnés. Heureux ceux qui sont morts, car ils sont retournés Dans la première terre et dans la discipline. Ils sont redevenus la pauvre figuline. Ils sont redevenus des vases façonnés. Heureux ceux qui sont morts, car ils sont retournés Dans leur première forme et fidèle figure. Ils sont redevenus ces objets de nature Que le pouce d’un Dieu lui-même a façonnés. Heureux ceux qui sont morts, car ils sont retournés Dans la première terre et la première argile. Ils se sont remoulés dans le moule fragile D’où le pouce d’un Dieu les avait démoulés. Heureux ceux qui sont morts, car ils sont retournés Dans la première terre et le premier limon. Ils sont redescendus dans le premier sillon D’où le pouce de Dieu les avait défournés. Heureux ceux qui sont morts, car ils sont retournés Dans ce même limon d’où Dieu les réveilla. Ils se sont rendormis dans cet alléluia Qu’ils avaient désappris devant que d’être nés. Heureux ceux qui sont morts, car ils sont revenus Dans la demeure antique et la vieille maison. Ils sont redescendus dans la jeune saison D’où Dieu les suscita misérables et nus. Heureux ceux qui sont morts, car ils sont retournés Dans cette grasse argile où Dieu les modela, Et dans ce réservoir d’où Dieu les appela. Heureux les grands vaincus, les rois découronnés. Heureux ceux qui sont morts, car ils sont retournés Dans ce premier terroir d’où Dieu les révoqua, Et dans ce reposoir d’où Dieu les convoqua. Heureux les grands vaincus, les rois dépossédés. Heureux ceux qui sont morts, car ils sont retournés Dans cette grasse terre où Dieu les façonna. Ils se sont recouchés dedans ce hosanna Qu’ils avaient désappris avant que d’être nés. Heureux ceux qui sont morts, car ils sont retournés Dans ce premier terreau, nourri de leur dépouille, Dans ce premier caveau, dans la tourbe et la houille. Heureux les grands vaincus, les rois désabusés. — Heureux les grands vainqueurs. Paix aux hommes de guerre. Qu’ils soient ensevelis dans un dernier silence. Que Dieu mette avec eux dans la juste balance Un peu de ce terreau d’ordure et de poussière. Que Dieu mette avec eux dans le juste plateau Ce qu’ils ont tat aimé, quelque gramme de terre. Un peu de cette vigne, un peu de ce coteau, Un peu de ce ravin sauvage et solitaire. Mère voici vos fils qui se sont tant battus. Vous les voyez coucher parmi les nations. Que Dieu ménage un peu ces êtres débattus, Ces coeurs pleins de tristesse et d’hésitations. Et voici le gibier traqué dans les battues, Les aigles abattus et les lièvres levés. Que Dieu ménage un peu ces coeurs tant éprouvés, Ces torses déviés, ces nuques rebattues. Que Dieu ménage un peu ces êtres combattus, Qu’il rappelle sa grâce et sa miséricorde. Qu’il considère u peu ce sac et cette corde Et ces poignets liés et ces reins courbatus. Mère voici vos fils qui ce sont tant battus. Qu’ils ne soient pas pesés comme Dieu pèse un ange. Que Dieu mette avec eux un peu de cette fange Qu’ils étaient en principe et sont redevenus. Mère voici vos fils qui se sont tant battus. Qu’ils ne soient pas pesés comme on pèse un démon. Que Dieu mette avec eux un peu de ce limon Qu’ils étaient en principe et sont redevenus. Mère voici vos fils qui se sont tant battus. Qu’ils ne soient pas pesé comme on pèse un esprit. Qu’ils soient plutôt jugés comme on juge un proscrit Qui rentre en se cachant par des chemins perdus. Mère voici vos fils et leur immense armée. Qu’ils ne soient pas jugés sur leur seule misère. Que Dieu mette avec eux un peu de cette terre Qui les a tant perdus et qu’ils ont tant aimée. Mère voici vos fils qui se sont tant perdus. Qu’ils ne soient pas jugé sur une basse intrigue. Qu’ils soient réintégrés comme l’enfant prodigue. Qu’ils viennent s’écrouler entre deux bras tendus. Qu’ils ne soient pas jugé comme un pauvre commis A qui Dieu redemande un compte capital. Qu’ils ne soient pas taxés comme un peuple soumis A qui César demande un règlement total. Qu’ils soient réhonorés comme de nobles fils. Qu’ils soient réinstallés dans la noble maison. Et dans les champs de blés et les champs de maïs. Et qu’ils soient replacés dans la droite raison. Et qu’ils soient reposés dans leur jeune saison. Et qu’ils soient rétablis dans leur jeune printemps. Et que sur leur épaule une blanche toison Les refasse pasteur de troupeaux importants. Et qu’ils soient replacés dans le premier village. Et qu’ils soient reposés dans l’antique chaumière. Et qu’ils soient restaurés dans la splendeur première. Et qu’ils soient remontés dans leur premier jeune âge. Car ce qui se remet n’est jamais bien remis, Et tout se compromet par u ajournement. Mais ce qui se démet est toujours bien démis, Et rien ne se refait par un retournement. Et ce qui se promet n’est jamais bien promis, Mais ce qui se refuse est vraiment révolu. Et ce qui se permet n’est jamais bien permis, Mais ce qui se défend est vraiment défendu. Ce qui se compromet est toujours compromis. Mais ce qui reste pur n’est jamais assuré. Car ce qui se commet n’est jamais bien commis. Mais ce qui se trahit est toujours bien livré. Ce qui se soumet n’est jamais bien soumis. Mais ce qui se révolte est vraiment révolté. Car ce que l’on admet n’est jamais bien admis. Mais ce que l’on rejette est vraiment rejeté. Car tout se dilapide et rien ne se recouvre. Tout se déconsidère et rien ne se reprend. Et la vie et la mort et le chaume et le Louvre. Et rien ne se remonte et tout se redescend. Qu’ils ne soient pas jugés comme des esprits purs. Qu’ils ne soient pas pesés dans le spirituel. Qu’ils ne soient pas comptés dans le perpétuel. Que Dieu mette avec eux la rocaille et les murs Et ce maigre buisson qui bornait leur destin. Qu’ils ne soient pas jugés dans la rigueur première. Qu’ils ne soient pas jugés dans la dure lumière. Qu’ils ne soient pas jugés dans le premier matin. Qu’ils ne soient pas jugés comme des esprits purs. Qu’ils ne soient pas pesés dans un juste plateau. Qu’ils soient comme la treille et comme les blés murs Qui ne sont pas pesés sur le flanc du coteau. Qu’il ne soient pas jugés comme des esprits purs. Qu’ils soient ensevelis dans l’ombre et le silence. Qu’ils ne soient pas jetés misérables et durs Dans le creux du plateau d’une juste balance. Qu’ils ne soient pas jugés comme des esprits purs. Qu’ils ne soient pas pesés dans l’immatériel. Qu’il soit compté qu’ils ont un sang artériel Et des raisonnements lamentables et sûrs. Qu’ils ne soient pas pesés par les poids éternels. Qu’ils ne soient pas jugés sur une basse brigue. Qu’ils soient réembrassés, comme l’enfant prodigue Rentre, et se précipite aux genoux paternels. Mère voici vos fils faibles et saugrenus. Qu’ils ne soient pas jugés sur leur basse fatigue. Qu’ils soient réinvoqués comme l’enfant prodigue Rentre et sais se glisser par des chemins connus. Qu’ils ne soient pas jugés sur une basse ligue. Qu’ils ne soient pas livrés aux mains de l’ennemi. Qu’ils soient réentourés comme l’enfant prodigue Reconnaît la pelouse et le perron ami. Que Dieu leur soit clément et que Dieu leur pardonne Pour avoir tant aimé la terre périssable. C’est qu’ils en étaient fait. Cette boue et ce sable, C’est là leur origine et leur pauvre couronne. C’est le sang de l’artère et le sang de l veine. Et le sang de ce coeur qui ne bat déjà plus. C’et le sang du désir et le sang de la peine. Et le sang du regret des âges révolus. Que Dieu leur soit clément et que Dieu leur pardonne Pour avoir tant aimé la terre périssable. Ils en étaient venus. Cette boue et ce sable, C’est là leurs pieds d’argile et leur pauvre couronne. C’est le sang de l’artère et le sang de la veine Et le sang de ce coeur qui ne bat que pour vous. C’est le sang du regret et le sang de la peine Et le sang de ce coeur qui s’amortit en nous. C’est le sang de la honte et le sang de la peine Et le sang de l’aorte et c’est le sang du coeur. C’est le sang de l’amour et le sang de la haine Et le sang du vaincu sur les mains du vainqueur. C’est le sang de l’orgueil et le sang de la peine Et de la veine porte et c’est le sang du coeur Et de la veine cave et du sang de la haine Et les taches du sang sur les bras du vainqueur. Et c’est aussi le sang d’une pauvre colère Qui se soulève en vain dans un si pauvre coeur. Et c’est aussi le sang d’une pauvre misère Qui se révolte en vain sous le poing du vainqueur. C’est le sang du martyr et le sang de César. C’est le sang du martyr et le sang du bourreau, C’est le sang qui dégoutte au fond du tombereau. Le sang de la victime exposé au bazar. C’est le sang de la messe et le sang du calice Et le sang du martyr sur les bras du bourreau Et le sang qui s’écaille au fond du tombereau, Et le sang qui jaillit aux pontes du cilice. Et c’est le sang joué dans les jeux de hasard. Et l’honneur exposé dans les jeux d’aventure. Et la race jouée aux jeux de forfaiture. Et le bonheur joué dans ce morne alcazar. Et c’est le forcement de cet homme hagard. Et le bourreaux lâchés dans la plaine et les bois. Et le dérèglement de cette pauvre voix. Et le désoeuvrement de ce pauvre regard. Que Dieu mette avec eux un peu de cette terre Qu’ils étaient en principe et sont redevenus. C’est le sang de la veine et le sang de l’artère Et le sang de ces corps misérables et nus. Et moi-même le sang que j’ai versé pour eux, C’était leur propre sang et du sang de la terre. Du sang du même coeur et de la même artère. Du sang du même peuple et du même Hébreux. Les pleurs que j’ai versés sur un mont solitaire, Les pleurs que j’ai pleurés quand j’ai pleuré sur eux, C’étaient les mêmes pleurs et de la même terre, Et de la même race et des mêmes Hébreux. Le sang que j’ai versé sous la lance romaine, Le sang que j’ai versé sous la ronce et le clou ; Et quand je suis tombé sur ma faiblesse humaine Sur les paumes des deux mains et sur les deux genoux ; Le sang que j’ai versé sous la lance de Rome, Le sang que j’ai versé sous l’ortie et le houe ; Et quand je suis tombé par ma faiblesse d’homme Sur mes mains, sur ma face et sur mes deux genoux ; Le sang que j’ai versé sous la lance de Rome, Le sang artériel que j’ai versé pour vous Le jour que je tombais sur mes maigres genoux, C’était le sang du juste et c’était du sang d’homme. Le sang que j’ai versé sous la feinte couronne, Les pleurs que j’ai versés sous cette multitude; Les mots que j’ai versés dans ma similitude, Les coups que j’ai reçu sous la double colonne; Les verbes que j’ai mis en forme de parole Et l’amour que j’ai mis en forme de bonté, La gerbe que j’ai mise en forme d’unité, Le grain que j’ai semé dans toute parabole; Le sang que j’ai versé sous a blanche aubépine, Le sang que j’ai perdu dans mon humanité ; Les pleurs que j’ai versés dans la creuse ravine, Le sang que j’ai perdu dans mon éternité; Les pleurs que j’ai perdus dans ma miséricorde, Les coups que j’ai reçus dans mon humanité; L’avanie et l’outrage aux mains de cette horde, Les coups que j’ai reçus dans mon éternité; Le sang que j’ai versé le jour de la promesse, Le sang que j’ai versé sur le premier autel; Et le sang que je verse aux tables de la messe, Le sang inépuisable et le sacramentel; Les mots que j’ai semés dans ma miséricorde, Le sang que j’ai payé pour le péché mortel, Et la rage et la honte et le sceptre et la corde, Le sang intarissable et le sacramentel; Le sang que je versais le jour o je fus prêtre Et que j’officiai sur le premier autel ; Et celui que je verse et que je fais renaître, Le sang renouvelable et le sacramentel ; Le sang que je versai le lendemain du jour Que je fus embrassé par un malheureux traître ; Et ce sang d’un égal et d’un nouvel amour Que je verse et refais aux mains d’un nouveau prêtre ; Et le pain de mon corps et le pain de mon sang, Et le verbe jaillit de mes divines lèvres ; Et le salut gagné par mes divines fièvres, Et l’éponge et le fiel et cette plaie au flanc ; Le sang que je laissais sur un pauvre mouchoir Où mes traits sont empreints pour éternellement L’image que reçut ce frêle monument, C’était la même glaise et le même ébauchoir Et le même modèle aux mains du statuaire Et la même figure et la même plastique Et le même relief du même masque antique ; Et les plis de mon corps sous le drap mortuaire. C’était la même glaise aux mains du statuaire, Le même modèle sous un pouce plastique, Le même figuré sous un masque authentique, Et le même tracé sous le drap mortuaire. Le sang qui dégoutta sur ma pauvre tunique, Ma barbe et mes cheveux souillés de cette bourbe, Mon regard et mon verbe aux mains de cette tourbe, Et ce qu’ils avaient fait de votre Fils unique, Mon nez qui s’écrasait dans l’ordure et la boue, Mes disciples en proie à la terreur panique, Le bourreau qui clouait d’un geste mécanique Et qui plantait la croix dedans cette gadoue Et l’empreinte léguée aux mains de Véronique, Ma barbe et mes cheveux essuyés désormais, Mon plus ancien portrait et le seul authentique, Le seul que nul oubli ne défera jamais, Le seul que nul oubli n’a jamais dépassé, Le seul qui soit sauvé de leur ingratitude, Le seul qui soit sauvé de la décrépitude, Le seul que nul dessin n’a jamais dépassé, Le seul que nul oubli n’a jamais effacé, Le seul qui soit sauvé des dégradations, Le seul qui soit sauvé parmi les nations Comme le seul témoin d’un éternel passé, Le seul que nul oubli n’a jamais effacé, Le seul qui soit inscrit dans l’éternité même, Le seul qui soit gravé dans le mouvant système Du présent, du futur, et du tendre passé ; Ce masque mon seul masque et ce moule plastique, Cette empreinte laissée à cette pauvre femme, Cette unique mémoire et cette forme unique, La même qui parut aux yeux de Notre Dame ; Ce masque sans retour cette forme éternelle, Cette empreinte laissée entre de pauvres doigts, C’était le résultat de l’applique charnelle D’un mouchoir périssable au front du roi des rois. C’était le modelé d’une forme charnelle Sous la fidélité d’un mouchoir de la terre. C’était la même face auguste et solitaire, Telle qu’elle apparut à l’amour maternelle. Cette face laissée entre de pauvres doigts, Cette face terreuse et ce mouchoir terreux, C’était le même aspect qui ne vint qu’une fois, C’était la même terre et les mêmes Hébreux. Et ce pain et ce vin et ma chair et mon sang, Et qui criait de joie aux mots malencontreux, Et votre fils réduit en cet infime rang, C’était la même terre et les mêmes Hébreux. Cette foule houleuse et qui voulait mon sang, Et qui pleurait de joie aux mots cadavéreux, Ces groupes déchaînés, ce peuple grimaçant, C’est la même terre et les mêmes Hébreux. Cette foule hurlante et qui voulait mon sang, Et qui crevait de joie aux mots aventureux, Ces groupes forcenés, ce peuple repoussant, C’était la même terre et les mêmes Hébreux. C’étaient les mêmes pleurs et c’est la même race. C’était le même sang, le sang héréditaire. C’étaient les mêmes pas suivant la même trace. C’était le même corps fait de la même terre. C’étaient les mêmes cris jaillis des mêmes gorges, C’était la même houle et le même océan, C’était le même feu jailli des mêmes forges, C’était la même foule et le même néant. C’était le même sang, le premier héritage Que tout homme est reçu de sont père charnel, Comme le don de grâce est le premier partage Que tout homme est reçu de son père éternel. C’était le même peuple et la race pédestre Et le cheminement pour monter au Calvaire. Et le gouvernement sous une race équestre, Antoine, Marc-Aurèle et Septime Sévère. Et le gouvernement sous Lépide et Octave, Et les casernements sous le procurateur, Et le prosternement devant le laticlave, Et devant le préfet et l’administrateur. C’était le même peuple et la race pédestre Sous le balancement des cavaliers romains, Sous l lance et la verge et sous les lourdes mains Et sous les lourds chevaux de cette race équestre. Seigneur qui les avez pétris de cette terre, Ne vous étonnez pas qu’ils soient trouvés terriens. Vous les avez rivés sous la lourde galère. Ne vous étonnez pas qu’ils soient galériens. Seigneur qui les avez nourris de cette terre, Ne vous étonnez pas que cette nourriture Les ait faits cette race ingrate et solitaire, De petite noblesse et de pauvre nature. Seigneur qui les avez formés de cette terre, Ne soyez pas surpris qu’ils soient trouvés informes, Et bossus et bancales et sournois et difformes, Et mauvaise nature et mauvais caractère. Seigneur qui les avez nourris de cette terre, Ne vous étonnez pas qu’ils soient trouvés parjures, Et que cette origine et que ces nourritures En aient fait cette race obscure et réfractaire. Seigneur qui les avez pétris de cette terre, Ne vous étonnez pas qu’ils soient trouvés terrestres. Vous avez jalonné la voie héréditaire. Ne vous étonnez pas qu’ils soient trouvé pédestres. Seigneur qui les avez nourris de cette terre, Ne vous étonnez pas que cette nourriture En ait fait cette race agreste et solitaire, De petite noblesse et de grande roture. Seigneur qui les avez pétris de cette terre, Ne vous étonnez pas qu’ils soient trouvés terreux. Vous les avez pétris de vase et de poussière, Ne vous étonnez pas qu’ils marchent poussiéreux. Seigneur qui les avez frappés de votre foudre, Ne vous étonnez pas qu’ils soient trouvés peureux. Vous qui les avez sortis de cette poudre, Ne vous étonnez pas qu’ils soient trouvés poudreux. Vous les avez pétris de cette humble matière, Ne vous étonnez as qu’ils soient faibles et creux. Vous les avez pétris de cette humble misère. Ne soyez pas surpris qu’ils soient des miséreux. Vous qui les avez faits d’une argile grossière, Ne soyez pas surpris q’ils soient trouvés lépreux. Et vous qui les avez livrés au vers de terre, Ne vous étonnez pas qu’ils soient trouvés vereux. Car le surnaturel est lui-même charnel Et l’arbre et l grâce est raciné profond Et plonge dans le sol et cherche jusqu’au fond Et l’arbre de la race est lui-même éternel. Et l’éternité même est dans le temporel Et l’arbre de la grâce est raciné profond Et plonge dans le sol et touche jusqu’au fond Et le temps est lui-même un temps intemporel. Et l’arbre de la grâce et l’arbre de nature Ont lié leurs deux troncs de noeuds si solennels. Ils ont tant confondu leurs destins fraternels Que c’est la même essence et la même stature. Et c’est le même sang qui court dans les deux veines, Et c’est la même sève et les mêmes vaisseaux, Et c’est le même honneur qui court dans les deux peines, Et c’est le même sort scellé des mêmes sceaux. C’est le même destin qui court dans les deux chances. Et c’est la même mort qui meurt dans les deux morts. Et c’est le même effroi qui court dans les deux transe. Et la même bonace au sein de ces deux ports. Toute âme qui se sauve aussi sauve son corps. Toute âme qui périt entraîne son jumeau. Toute âme qui se pose au long des derniers bords Est comme un reposoir dans un dernier hameau. Toute âme qui se sauve ainsi sauve son corps. Toute âme qui se perd entraîne son besson. Toute âme qui se pose au fond des derniers ports Est comme un double oiseau sur un dernier buisson. Toute âme qui se pose emporte aussi son corps, Comme une proie heureuse et comme un nourrisson. Et toute âme qui touche aux suprêmes abords Est comme un moissonneur le soir de la moisson. Tout âme qui se sauve ensauve aussi son corps, Comme une soeur aînée emporte un nourrisson. Et toute âme qui touche aux suprêmes rebords Et comme un moissonneur au bord de la moisson. Et l’arbre de la grâce et l’arbre de nature Se sont lié tous deux de noeuds si fraternels Qu’ils sont tous les deux âme et tous les deux charnels Et tous les deux carène et tous les deux mâture. Et tous les deux crées et tous les deux créature, Et tous les deux vaisseaux sur le même Océan. Et tous les deux armés de la même armature, Et tous les deux berceaux sur le même néant. Et tous les deux leçons de la même lecture, Et comme deux tuteurs dans un double arbrisseau, Et tous deux cavaliers et tous les deux monture, Et comme un double enfant dans un double berceau. Et l’arbre de la grâce et l’arbre de nature Se sont étreints tous deux comme deux lourdes lianes. Par-dessus les piliers et les temples profanes, Ils ont articulé leur double ligature. Et l’un ne périra que l’autre aussi ne meure. Et l’un ne survivra que l’autre aussi ne vive. Et l’un ne restera que l’autre ne demeure. Et l’un ne passera sur la suprême rive Que l’autre aussi ne fasse un semblable voyage. Et l’un ne partira dans son dernier trousseau Que l’autre aussi ne fasse un tel appareillage Et ne s’embarque aussi sur un dernier vaisseau. Et Jésus est le fruit d’un ventre maternel, Fructus ventris tui, le jeune nourrisson S’endormit dans la pille et la balle et le son, Ses deux genoux pliés sous son ventre charnel. Et ses beaux yeux fermés sous l’arceau des paupières Ne considéraient plus son immense royaume. Et les bergers venus par des chemins de pierres Le regardaient dormir dans la paille et le chaume. Et ses beaux yeux fermés sur nos ingratitudes Ne considéraient plus qu’un rêve intérieur. Ses jeunes yeux fermés sur nos décrépitudes Ne considéraient plus qu’un âge antérieur. Et la lourde toison de ses cheveux bouclés Retombait sur sa nuque en décuple cascade. Et son poing volontaire et son bras potelé Supportaient tout le poids de cette colonnade. Ses longs cheveux tombaient en mouvante torsade Et faisaient sur sa nuque une ombre creuse et blonde. Les rois de l’Orient, venus en ambassade, Le regardaient dormir comme le roi du monde. Et sa tête portait dans le creux de son coude Comme un beau bâtiment porte dans son berceau. Il n’était pas froncé comme un enfant qui boude. Il était détendu comme un jeune roseau. Et sa tempe battait d’un sang si généreux Que sa tête sonnait comme un jeune tambour. Et son coeur se gonflait d’un sang si chaleureux Que tout son corps tremblait de ce nouvelle amour. Un pli du bras portait l’impérissable tête. Et c’est ce pli du bras qu’on nomme la saignée. Il admirait tout bas quelque invisible fête. Il était comme une aube éclatante et baignée. Juste le pli du bras portait la tête blonde. Les membres détendus formaient comme un recueil. Tout était jeune alors, et le sauveur du monde Était un jeune enfant qui jouait sur un seuil. Dans le creux de ce pli roulait la tête ronde. (La même qui fut mise en un pauvre cercueil.) Tout s’appesantissait dans cette nuit profonde, La même qui tomba sur un suprême deuil. Tout en lui reposait et ses lèvres lactées Riaient et s’entr’ouvraient comme une fleur éclose. Et le sang nouveau-né sur ses lèvres de rose Courait dans le réseau des veines ajourées. Tout en lui reposait. Sur ses lèvres lactées Quelques gouttes tremblaient vaguement négligente. Quelques gouttes perlaient vainement engageante, Comme la sève perle au bord des fleurs coupées. Le réseau qui tremblait sous la lèvre lactée Battait comme les noeuds d’une souple dentelle. Car la vie éternelle et la sacramentelle N’est point une entreprise aride et contractée. Le réseau qui battait sous la lèvre lactée Laissait comme les jours d’une souple dentelle. Car la vie éternelle et la sacramentelle N’est point une entreprise épaisse et contractée. Le réseau qui battait sous la lèvre lactée Laissait comme les pleins d’une souple dentelle. La vie intérieure et la sacramentelle N’est point une entreprise ingrate et contractée. Le réseau qui battait sous la lèvre lactée Laissait comme le jeu d’une souple dentelle. La vie intérieure et la sacramentelle N’et point une entreprise à bloc et contractée. Le réseau qui jouait sous la lèvre lactée Faisait tout le travail d’une souple dentelle. Car la vie éternelle et la sacramentelle N’est point une entreprise énorme et contractée. Le réseau qui tremblait sous la lèvre lactée Laissait la liberté d’une souple dentelle. La vie intérieure et la sacramentelle N’est point une entreprise esclave et contractée. Le réseau qui tremblait sous la lèvre lactée Respirait la santé d’une souple dentelle. Car la vie éternelle et la sacramentelle N’est point une entreprise infirme et contractée. Les solives du toit faisaient comme un arceau. Les rayons du soleil baignaient la tête blonde. Tout était pur alors et le maître du monde Était un jeune enfant dans un pauvre berceau. Chaque poutre du toit était comme un vousseau. Les ombres de la nuit baignaient la tête ronde. Tout était juste alors et le maître du monde Était un jeune enfant sous un maigre cerceau. Et ce sang qui devait un jour sur le Calvaire Tomber comme une ardente et tragique rosée N’était dans cette heureuse et paisible misère Qu’un filet transparent sous la lèvre rosée. Et ce sang qui devait un jour sur le Calvaire Tomber comme une tiède et féconde rosée N’était dans cette auberge et dans cette chaumière Qu’un réseau rose et bleu sous une peau rosée. Et ce sang qui devait un jour sur le Calvaire Tomber comme une chaude et virile rosée N’était dans sa tendresse et sa douceur première Qu’un souple réseau fin sous une peau rosée. Et ce sang qui devait par un destin sévère Couler comme une rouge et vivante rosée, Le sang du sacrifice et le sang du Calvaire N’était qu’un tremblement sous la lèvre arrosée. Et ce sang qui devait un jour sur le Calvaire Couler comme une épaisse et fumante rosée N’était sous le regard d’une aimante mère Qu’un souple gonflement sous la peau reposée. Et le jour qui passait par une énorme brèche, Le soleil descendu dans la pauvre maison, N’éclairait dans l’étable et dans cette humble crèche Qu’un jeune enfant gonflé dans sa jeune saison. Et ce sang qui devait par un dur ministère Couler comme une pure et sanglante rosée, Le sang du sacrifice et le sang du Calvaire N’était qu’un beau réseau de veine entrelacée. Et ce sang qui devait par un sacré mystère Couler comme une source et comme une rosée, Le sang de l’offertoire et le sang du Calvaire N’était qu’un beau réseau de veine entrecroisée. Et le sang de la veine et le sang de l’artère, Le même d’o devait jaillir cette rosée, Et le sang du rachat des péchés de la terre N’était qu’un beau réseau de veine entreposée. Et le sang de l’aorte et le sang de ce coeur Qui devait tant saigner pour les péchés du monde N’était dans ces deux bras et dans la tête ronde Que le beau tremblement d’un terrible vainqueur. Et ce sang qui devait sur le dernier Calvaire Couler tout plein d’écume et comme une rosée, Le sang de l’amertume et du dernier mystère N’était qu’un beau réseau sous la lèvre amusée. C’était un beau réseau comme un filet marin Qu’on relève lavé de la plus basse écume. C’était un beau filet comme un réseau salin Qu’on relève lavé de la même amertume. C’était un tremblement comme un filet marin Qui se coud et découd dans une eau transparente. C’était un gonflement comme un réseau salin Qui se gonfle et résout dans une onde apparente. C’était un gonflement comme un réseau de mer Qui se nous et dénoue au sein des grandes ondes. C’était un tremblement comme un filet amer Qui se joue et déjoue aux plis des vastes mondes. C’était un gonflement comme un réseau de mer Que l’on a retiré de la vague marine. C’était un tremblement comme un filet amer Que l’on a mis sécher sur la barque latine. C’était un battement comme un réseau de mer Qui se roule et déroule au creux des vagues rondes. C’était u flottement comme un filet amer Que l’o a recoulé dans les vagues profondes. Et ce sang qui devait un jour sur le Calvaire Couler comme une offrande et comme une rosée, Le dur sang du martyre et le sang funéraire Était comme le lin d’une voile d’épousée. Et ce sang qui devait couler sur le Calvaire D’une quadruple plaie et d’une plaie au flanc N’était dans la pénombre et la douce lumière Que le réseau d’amour d’un enfant rose et blanc. Sous une peu plus douce et frêle et transparente Que la peau du raisin quand il devient doré, Sous une peau plus fine et grêle et déférente Que la peau d’un raisin humide et mordoré. Et ce sang qui devint une épaisse liqueur N’était qu’une fluide et transparente sève. Et ce coeur qui devint l’inépuisable coeur Ne poursuivait qu’un jeune et délectable rêve. Ces veines qui devaient hors des poignets liés Jaillir et se gonfler comme des noeuds de cordes, Ces veines de clémence et de miséricordes N’étaient dans l’appareil des membres déliés Qu’un beau réseau plus fin que de fils de la Vierge, Un filet mieux venu qu’un filet de pêcheur, Et dans la paix et l’ombre au fond de cette auberge Un réseau rose et bleu tremblotant de blancheur. Sous une peu plus lisse et plus souple et plus douce Que la peau du raisin qui mûrit sur la treille, Sous une peau dorée et légèrement rousse Et légèrement blonde et vivace et pareille A la peau du raisin qui blondit sur la treille, A l’heure où le soleil mûrit la lourde grappe, A l’heure ou le frelon et la mouvante abeille Viennent se refléter sur le banc de la nappe. Et ce sang qui devait un jour sur la Calvaire Tomber comme une pluie au sable de la grève N’était dans cette auberge et dans ce jeune rêve Que l’irrigation d’une rose paupière. L’impérial débat du jour et de la nuit Marquait dans ce silence une invisible trêve. Et le temps suspendu, dans cet humble réduit Découpait les contours d’une heure chaste et brève. Le départagement de la nuit et du jour Sur le tracé commun marquait une heure brève. Le déharnachement de tendresse et d’amour Sur le parvis commun posait une humble trêve. Le solennel débat du jour et de la nuit Marquait dans ce silence une invisible trêve. Et le temps suspendu, dans cet humble réduit Découpait les contours d’une heure unique et brève. Le départagement de la nuit et du jour Sur le double tracé posait comme une trêve. Le déharnachement de rudesse et d’amour Sur le double parvis posait une heure brève. Le solennel débat da la nuit et du jour Au-dessus de ces fronts suspendait comme un glaive. Le déharnachement d’allégresse et d’amour Sur le double parvis posait une heure brève. Le démantèlement de la nuit et du jour Sur le double fossé jetait comme une trêve. Et le désarmement de jeunesse et d’amour Sur l’éternel débat jetait une heure brève. Et ce sang qui devait sous la lance romaine Couler comme le source aux sables du désert N’était dans un berceau soigneusement couvert Qu’un peu de vigilance et de tendresse humaine. Et ce sang qui devait sur le dernier haut lieu Pleuvoir comme la manne aux déserts de l’exode N’était dans cette heureuse et molle période Que l’entrelacement d’un réseau rose et bleu. Et ce poil qui devait balayer le chemin N’était pas même encor un peu de poil follet. Cette barbe souillée au tribunal romain N’était pas même une ombre et pas même un duvet. Et cette peau tannée autant qu’un parchemin Était comme la peau d’un raisin sur la treille, A l’heure où le frelon et la mouvante abeille Reviennent se poser sur le pampre romain. Ainsi l’homme n’était qu’un petit Benjamin, Un nouveau Benjamin sous un nouveau Joseph. Et tout l’honneur de l’homme et tout l’espoir humain Tenaient dans le vaisseau de cette unique nef. Et tout l’homme n’était qu’un nouveau Benjamin, Un nouveau Benjamin sous un nouveau Joseph. Et tout l’avoir de l’homme et tout l’espoir humain Tenaient en cet instant implacablement bref. Et tout l’homme n’était qu’un dernier Benjamin, Un dernier Benjamin sous un dernier Joseph. Et le salut de l’homme et tout l’espoir humain Tenaient dans le berceau de cet unique chef. Le père nourricier était comme un grand frère. Et ce nouveau Joseph était un frère aîné. Mais cette autre Rachel était vraiment la mère Et se penchait vraiment sur un fils nouveau-né. Et ce fut là vraiment dans un double héritage Un instant fugitif et presque insaisissable. Et ce fut là vraiment dans un double partage Un fils deux fois aimé deux fois impérissable. Et tout ce sang n’était encor qu’un sang de lait Fleuri de jeune grâce et riant de bonheur. Et tous ces jours n’étaient encor qu’un chapelet De bonheurs enfilés sur le fil de l’honneur. Et tout ce sang n’était encore qu’un sang de lait Fleuri de bonne grâce et semé de bonheur. Et tous ces jours n’étaient encor qu’un chapelet De beaux jours enfilés au réseau de l’honneur. Sous le regard de l’âne et le regard du boeuf Cet enfant reposait dans la pure lumière. Et dans le jour doré de la vieille chaumière S’éclairait son regard incroyablement neuf L’enfant levait les yeux vers les deux grosses têtes, Promenant son regard sur ces deux monuments. Ces voisins lui donnaient d’inconcevables fêtes, Balançant du château comme deux bâtiments Balançant du fronton comme deux grands navires Balancent des haubans et des courbes châteaux, Quand la mer est bonace et quand les doux zéphires S’amusent à jouer dans les porte-manteaux. L’enfant levait les yeux vers les énormes yeux Plus profond et plus doux que l’énorme Océan. Novice il contemplait dans ce miroir géant La profondeur des mers et le reflet des cieux. L’enfant levait les yeux vers ce miroir béant Où se réfléchissait la bonté de ce monde. Un amour se peignait sur la face profonde, Noyé dans le reflet d’un palpable néant. Le soleil qui passait par les énormes brèches Éclairait un enfant gardé par le bétail. Le soleil qui passait par un pauvre portail Éclairait une crèche entre les autres crèches. Mais le vent qui soufflait par les énormes brèches Eût glacé cet enfant qui c’était découvert. Et le vent qui soufflait par le portail ouvert Eût glacé dans sa crèche entre les autres crèches Cet enfant qui dormait en fermant les deux poings Si ces deux chambellans et ces museaux velus Et ces gardes du corps et ces deux gros témoins Pour le garer du froid n’eussent soufflé dessus. Sous le regard du boeuf et le regard de l’âne Cet enfant respirait dans son premier sommeil. Les bêtes calculant dedans leur double crâne Attendaient le signal de son premier réveil. Et ces deux gros barbus et ces deux gros bisons Regardaient s’éclairer la lèvre humide et ronde. Et ces deux gros poilus et ces deux gros barbons Regardaient sommeiller le premier roi du monde. Et ces deux mâles tondus et ces sortes d’oursons Regardaient s’éclairer la face rose et blonde. Et ces museaux pointus et ces deux gros garçons Regardaient respirer le premier roi du monde. Et ces deux tard-venus et ces deux vieux garçons Regardaient s’éclairer la face humide et fraîche. Et tous deux s’avancant au-dessus de la crèche Regardaient reposer le roi des nations. Et ces deux vieux bourrus et ces parfait notaires Regardait cette face éternelle et profonde. Et ces deux gros joufflus et ces protonotaires Regardait sommeiller le plus beau roi du monde. Et ces pattes pelues et ces ambassadeurs Considéraient la bouche ouverte et toute ronde. Et ces deux gros zébus et ces deux commandeurs Considéraient cet être où tout être se fonde. Ainsi ces deux tortues, ainsi ces deux gros pères Considéraient la face éblouissante et blonde. Ainsi ces deux bossus, ainsi ces deux compères Regardaient ce premier que tout être seconde. Ainsi ces deux ventrus, ainsi ces beaux garçons Contemplaient cette face épanouie et ronde. Ainsi ces deux repus et ces deux nourrissons Le regardaient dormir pour le salut du monde. Et ces avantageux et ces deux vieux grognons Opinaient du museau vers un jeune bambin. Et ces deux partageux et ces deux compagnons Laissaient tomber leur nez sur ce pauvre gamin. Et ces chapeau pointus et ces deux esprits forts Dominaient de très haut cet enfant ingénu. Et ces deux yeux ouverts comme deux grand sabords Considéraient de haut cet enfant pauvre et nu. Et ces deux gros mafflus et ces croquemitaines Regardaient cet enfant comme un superbe fils. Et ces deux gros pansus et ces plein de maïs Regardaient le vainqueur des plus gros capitaines. Et ces mufles savants et ces intelligences Déploraient cet état où nous l’avons laissé. Et ces deux pleins d’esprit et ce couple empressé En soi-même blâmaient de telles négligences. Et ces deux grands docteurs et ces deux bonnet d’âne Déploraient l’abandon où nous l’avons laissé. Et ces deux pleins d’esprits et ce couple empressé En soi-même blâmaient de telles négligences. Et ces deux grand docteurs et ces deux bonnets d’âne Déploraient l’abandon où nous l’avons laissé. Et ces deux plein de coeur et ce couple enchâssé Ruminaient des pensers qui fuyaient sous ces crânes Ainsi ces deux experts et ces fins connaisseurs, D’un mufle balancé pesaient le divin fils. Et ces eux courbatus et ces pleins de maïs Faisaient les entendus et les intercesseurs Ainsi ces deux grison et ces deux amateurs D’un mufle audacieux jugeaient le fils de l’homme. Et ces deux rebondis et ces consommateurs Mesuraient cet enfant qui poursuivaient son sommes. Ainsi ces beaux tendrons, ainsi ces fins diseurs D’un mufle précieux jaugeaient le fils unique. Par-devant ces messieurs commissaires-priseurs L’enfant comparaissait dans sa pauvre tunique. Et ces deux paysans et ces deux potentats D’un mufle officieux pesaient le roi mon maître. Et ces deux présidents et ces hommes d’États Considéraient cet être où se fonde tout être. Et ces gouvernements et ces deux majordomes Du haut de leur museau pesaient le Grand Dauphin. Et ces deux renchéris et ces deux museau fin Contemplaient l’héritier des rois et des royaumes. Et ces deux prébendés et ces deux gros chanoines Contemplaient le seigneur du siècle et de la règle. E ces deux débridés et ces deux premiers moines Contemplaient le seigneur de l’avoine et du seigle. Et ces hommes du peuple et ces représentants Du haut de leur grandeur pesaient ce petit frère. Et ces hommes de t^tes et ces eux compétents Du haut de leur grosseur narguaient ce petit père. Et ces deux prévoyants et ces deux économes Veillaient de tout leur poids sur le roi notre sire. Et ces deux surveillants et ces deux gros bonshommes Pensaient de tout leur poids et cherchaient à s’instruire. Et ces deux bienveillants et ces cheveau-légers Pensaient de tout leur poids et cherchaient à déduire. Et ces hommes de biens et ces galants bergers Dansaient de tout leur poids et cherchaient à séduire Et ces deux plein de paille et ces deux présidents D’un mufle gracieux pesaient le roi mon frère. Et ces deux plein d’avoine et ces deux résidents D’un mufle astucieux interrogeaient la mère. Et ces deux pleins d’astuce et ces deux gros sergents D’un mufle soucieux pesaient le roi mon frère. Et ces pleins de tendresse et ces pleins de misère Faisaient les radieux et les intelligents. Et ces deux amoureux et ces deux beaux athlètes Jouaient leur double jeu pour ce maigre public. Et ces deux langoureux et ces rudes ascètes S’adoucissaient un peu pour ce jeune laïc. Et ces hommes de poids, ces administrateurs Dans leur double cerveau calculaient la dépense. Et ces législateurs et ces conservateurs Balançaient leurs beaux flancs parmi leur double panse. Et ces hallebardiers montaient leur double garde. Et ce pertuisaniers faisaient la double haie. Et ces gonfaloniers arboraient leur cocarde : Deux pennons de poil blancs coupés par une raie. Et ces prétentieux et ces estimateurs Voyaient de près celui que nous n’avons pas vu. Et ces deux donateurs et ces adorateurs Gardaient ce fils de Dieu que nous avons perdu. Et ces laborieux et ces deux gros fidèles Possédaient cette enfant que nous n’avons pas eu. Et ces industrieux et ces deux haridelles Gardaient ce fils de Dieu que nous avons vendu. Et ces maître de l’homme et ces gouvernateurs Gouvernaient cet enfant que nous n’avons pas su. Et ces préfets de Rome et ces procurateurs Gardaient ce fils de Dieu que nous n’avons pas pu. Et ces deux gros bedons, ces hommes d’importance Laissaient leur bel esprit courir la pretentaine. Et à notre défaut et par notre inconstance Ils veillaient cet enfant dans sa maigre futaine. Et notre incohérence et notre inconsistance Abandonnaient l’enfant à ces deux beaux danseurs. Et notre suffisance et notre inadvertance Abandonnaient l’enfant à ces deux grands penseurs. Et notre ingratitude et notre incompétence Abandonnaient l’enfant à ces pauvres censeurs. Et notre turpitude et notre impénitence Abandonnaient l’enfant à ses vrais défenseurs. Et notre platitude et notre inexistence Abandonnaient l’enfant à ces deux connétables. Et notre quiétude et notre intermittence Abandonnaient l’enfant à ces deux gros comptables. Et ces deux estafiers et ces deux gros gendarmes Autour du bel enfant montaient leur double garde. Or cet enfant venu pour notre sauvegarde, Où l’avons-nous laissé dans le fracas des armes. Et les pauvres moutons eussent donné leur laine Avant que nous n’eussions donné notre tunique. Et ces deux gros pandours donnaient vraiment leur peine. Et nous qu’avons-nous mis aux pieds du fils unique. Avons nous répandu les cendres de nos haines Comme un manteau d’argent sous des pieds adorés. Avons-nous répandu le sable de nos peines Comme un tapis d’argent aux reflets mordorés. Avons-nous répandu par les champs de la plaine Notre fumier d’orgueil et d’ostentation. Avons-nous recueilli dans l’urne grave et pleine Les grâce de détresse et de contrition. Avons-nous déroulé le tissu de nos jours Sur le parvis de marbre et dans le beau jardin. Avons-nous déroulé l’ombre de nos amours Entre l’ombre de l’arbre et le premier gradin. Avons-nous déroulé le fil de nos discours Entre la porte d’or et la porte de corne. Avons-nous déroulé l’écheveau de nos jours Entre le premier terme et la dernière borne. Avons-nous déroulé tout le long des sentiers Le long défilement des soins de chaque jour. Avons-nous apporté vers un unique amour Des coeurs incirconcis et des êtres entiers. Avons-nous déroulé dans les grandes allées Le large déploiement des voeux de chaque jour. Avons-nous concentré sur un unique amour Le long recensement des peines relevées. Avons-nous apporté dans un noble séjour Le long recordements des amours et des haines. Avons-nous fait monter sur la plus haute tour Le vaste isolement des oublis et des peines. Avons-nous déposé sous les pieds les plus chers L’écheveau démêlé d’un immense concours. Avons-nous apporté notre faible secours Et notre aide débile à des plus pauvres clercs. Sommes-nous revenus par un noble détour Vers le retournement de nos jeunes années. Pourrons-nous remonter par un dernier retour Jusqu’au recouvrement de nos jeunes journées. Avons-nous apporté vers un dernier séjour Le long recolement de nos jours de jeunesse. Avons-nous fait monter sur la plus haute tour Le vaste isolement de nos jours de détresse. Avons-nous déroulé le fil de nos terreurs Entre le tribunal et le pied de la croix. Avons-nous replié le fil de nos erreurs Pour en désentraver les pieds du roi des rois. Avons-nous déroulé le fil de nos amours Entre le Voici l’homme et l’interrogatoire. Avons-nous déroulé sur le seuil du prétoire Comme un manteau d’argent le manteau de nos jours. Avons-nous déroulé le fil de nos discours Entre le fils de l’homme et le procurateur. Avons-nous étendu le manteau de nos jours Des pieds du blasphémé jusqu’au blasphémateur. Avons-nous déroulé le fil de nos amours Comme un écheveau d’or aux pieds du fils de l’homme. Avons-nous déroulé le manteau de nos jours Entre le roi des Juifs et le préfet de Rome. Avons-nous déroulé le manteau de nos peines, Plus profond, plus épais qu’un écheveau d’amour. Avons-nous délivré du réseau de nos haines Les pieds immaculés du roi du dernier jour. Avons-nous déroulé ces toisons et ces laines, Plus moite de regrets qu’un écheveau d’amour. Avons-nous libéré du fatras de nos haines Les pieds silencieux du roi du dernier jour. Avons-nous déposé l’escabeau de nos fronts Sous les pieds les plus chers et les plus malheureux. Avons-nous étendu le manteau de nos voeux Entre une face auguste et les derniers affronts. Avons-nous étendu le manteau de nos peines Sur l’usure et les trous d’une pauvre tunique. Avons-nous replié le tissu de nos haines Pour en désentraver les pieds du fils unique. Avons-nous incliné le fronton de nos têtes Pour servir d’escabeau sous les pieds les plus chers. Avons-nous déroulé le manteau de nos fêtes Pour en vêtir le pauvre en plein coeur des hivers. Avons-nous déposé l’escabeau de nos fronts Sous les pieds les plus chers et les plus malheureux. Avons-nous essuyé des larmes de nos yeux La poussière et la boue et les derniers affronts. Avons-nous incliné l’escabeau de nos têtes Sous les pieds les plus chers et les plus révérés. Avons-nous revêtu du manteau de nos fêtes Le pauvre le plus pauvre entre le plus sacrés. Avons-nous déposé l’escabeau de nos fronts Sous les pieds les plus chers et sous les plus sanglants. Avons-nous essuyé des linges les plus blancs La marque du baiser et des derniers affronts. Avons-nous soutenu des genoux chancelants. Les avons-nous baisés jusqu’au seuil des tombeaux. Avons-nous soutenu les pas les plus tremblants Et les pas les plus chers et les pas les plus beaux. Avons-nous étendu sous des pas chancelants Les paumes de nos mains comme des escabeaux. Avons-nous essuyé des linges les plus blancs Les pieds les plus souillés et les pieds les plus beaux. Avons-nous étendu la manteau de tendresse Sous les pieds les plus purs et sous les pieds meurtris. Avons-nous replié le tissu de paresse Pour en désentraver les pieds de ces proscrits. Avons-nous étendu le manteau de noblesse Sous les pieds les plus neufs et sous les pieds les plus flétris. Avons-nous replié le tissu de sagesse Pour en désentraver ces pieds endoloris. Avons-nous effeuillé la lavande et le thym Sous les pieds les plus purs et sous les plus aimés. Avons-nous déployé le silence latin Sous les pieds les pus doux et les plus embaumé. Avons-nous étendu comme un manteau de fleurs Nos oraisons, nos voeux et nos recueillements. Avons-nous étendu le rideau de nos pleurs Entre le fils de l’homme et nos délaissements. Avons-nous délavé du ruisseau de nos larmes Ces pieds percés de clous et ces membres sanglants Avons-nous exposé nos reins, nos dos, nos flancs Entre le fils de l’homme et ses quatre gendarmes. Avons-nous essuyé de nos mouchoirs de poche Ces yeux perdus de larme et ce front ruisselant. Avons-nous essuyé du linge le plus blanc Notre plus proche frère et notre ami plus proche. Avons-nous essuyé des nappes de nos tables Ce corps incorruptible et ce corps pantelant. Avons-nous essuyé du linge le plus blanc Le maître de nos rois et de nos connétables. Avons-nous recueilli dans un dernier linceul Ce corps incorrompu, ces membres déliés. Avons-nous pas laissé mélancolique et seul Ce grand corps détendu, ces jarrets dépliés. Avons-nous recueilli dans un dernier suaire Ce long corps dépendu, ces membres oubliés. Avons-nous recueilli dans un drap mortuaire Ces membres confondus, ces secrets publiés. Avons-nous introduit la force de nos bras Entre le dos saignant et la lourde matraque. Valons-nous ces valets, ces valets gros et gras Qui gardaient leur seigneur au fond d’une baraque. Ces deux beaux animaux retenaient leur haleine, Tremblant de réveillé l’enfant expiatoire. Et les touffes de buis semé de marjolaine Achevaient d’embaumer ce premier oratoire. Et ces deux hommes d’arme et ces vrais Bourguignons Autour du fils de Dieu montaient une humble garde. Et notre intermittence aidant notre mégarde, Nous laissâmes l’enfant à ces deux gros Gascons. Et ces deux gros dodus et ces deux gros apôtres Auprès du divin maître avaient pris leur service. Et ces bourgeois cossus et ces mangeurs d’épeautres Auprès du Grand Dauphin poursuivaient leur office. Ainsi l’enfant dormais sous ce double museau, Comme un prince du sang gardé par des nourrices. Et ses amusements et ses jeunes caprices Reposaient dans le creux de ce pauvre berceau. L’âne ne savait pas par quel chemin de palmes Un jour il porterait jusqu’en Jérusalem Dans la foule à genoux et dans des matins calme L’enfant alors éclos aux murs de Bethléem. Ainsi l’enfant dormait dans son premier matin. Il allait commencer quelle immense journée. La robe du soleil, un instant détournée, Lui versait le reflet d’un manteau de satin. Ainsi l’enfant dormait dans son premier matin. Il allait commencer Dieu sait quelle journée. Il allait commencer une éternelle année. Il allait commencer quel immense destin. Ainsi l’enfant dormait dans son premier destin. Il allait commencer quelle immense fortune. Ainsi l’enfant dormait dans sa blonde infortune. Il allait commencer quel immense festin. Ainsi l’enfant dormait dans cette pénurie. Il allait commencer quelle immense fortune. Ainsi l’enfant dormait à côté de Marie. Elle avait commencé quelle immense infortune. Ainsi l’enfant dormait dans sa première aurore. Il allait commencer quelle immense saison Ainsi l’enfant dormait et reposait encore Avant de commencer quelle immense maison. Ainsi l’enfant dormait dans son jour et son aube. Il allait commencer le cercle de quel temps. Il allait commencer quel immense printemps. Comme un torrent gonflé qui pèse sur une aube, La grâce allait peser sur le monde romain. Et l’enfant endormi dans son jour et son aube, Comme un prêtre vêtu de l’étole et de l’aube, Allait appareiller pour quel nouveau chemin. La grâce allait peser sur l’appareil humain. Et l’enfant qui dormait aux prémisses de l’aube, Comme un prêtre vêtu de l’étole et de l’aube, Allait inaugurer quel appareil romain. Ainsi l’enfant dormait aux roses de l’aurore. Il allait commencer quelle innombrable année. Il allait commencer quelle énorme journée. Il allait commencer quel appareil encore. Ainsi l’enfant dormait dans le règne herbivore. Et la belle et la bête autour de lui veillaient. Ainsi l’enfant dormait dans la faune et la flore Et la belle et la bête autour de lui priaient. Ainsi l’enfant dormait au royaume herbivore Avant de commencer quelle immense pâture. Ainsi l’enfant dormait dans la faune et la flore. Avant de commencer quelle immense nature. Ainsi l’enfant dormait dans le règne herbivore. Et la fleur et la bête autour de lui veillaient. Et l’enfant reposait dans la faune et la flore. Et la fleur et la bête autour de lui priaient. Et ces deux bienveillants autour de lui veillaient. Il allait commencer quelle immense veillée. Et ces deux surveillant autour de lui priaient. Il allait acquitter quelle dette impayée. Il allait acquitter quelle innombrable dette. Il allait enrayer l’effroyable dépense. Il allait apporter quelle énorme recette Dans le plateau perdu de la double balance. Il allait regagner l’énorme récompense. Il allait commencer l’énorme sauvetage. Il alliat nous ravoir notre énorme héritage. Et nous faire lever l’éternelle suspense. Il allait nous sauver dans ce commun péril. Il allait commencer quel immense partage. Il allait nous gagner quel immense avantage. Il allait commencer quel éternel avril. Ainsi l’enfant dormait comme un être créé. Il allait commencer quelle création. Il plaisait, il était comme un fils agréé. Venus nous proposer quelle imitation. Cette nacelle était comme un bateau gréé. Nous embarquerons-nous sur cette frêle barque. Accompagnerons-nous notre premier monarque, Notre amiral des mers sur sin bateau paré. Ainsi l’enfant dormait dans son premier sommeil. Il allait commencer quelle sollicitude. Ainsi l’enfant dormait dans sa béatitude. Il allait commencer quel immense réveil. Ainsi l’enfant dormait dans son premier silence. Il allait commencer quelle immense parole. Ainsi l’enfant dormait dans sa jeune indolence. Il allait commencer quelle éternelle école. Ainsi l’enfant dormait dans son premier berceau. Il allait commencer quelle vicissitude. Ainsi l’enfant dormait dans cette solitude Avant de gouverner quel immense troupeau. Ainsi l’enfant dormait sous ce premier cerceau. Il allait commencer quelle arche d’alliance. Ainsi l’enfant dormait sous ce premier arceau. Il allait commencer quelle énorme audience. Et quelle servitude et quelle obédience, La seule qui soit libre et qui soit gracieuse. La seule qui soit serve et qui soit précieuse. La seule qui soit ferme te fasse obéissance. Et quelle exactitude et quelle obéissance, La seule qui soit libre et parle à coeur ouvert ; La seule qui soit serve et parle à découvert ; La seule qui soit ferme et fasse obédience. Ainsi l’enfant dormait dans ce premier vaisseau. Il allait commencer quelle innombrable nef. Il allait devenir l’impérissable chef. Il allait apposer l’impérissable sceau. Ainsi l’enfant dormait dans son premier repos. Il allait commencer quel immense travail. Ainsi l’enfant dormait dans son premier bercail. Il allait commencer quel immense propos. Ainsi l’enfant dormait au fond du premier somme. Il allait commencer l’immense événement. Il allait commencer l’immense avènement. L’avènement de l’ordre et du salut dans l’homme. Perdu, l’enfant dormait dans le fond de son somme. Il allait commencer le grand gouvernement. Il allait commencer le grand avènement, L’avènement de Dieu dans le coeur de tout homme. Perdu, l’enfant dormait au fond du premier somme. Il allait commencer le grand ébranlement. Il allait commencer le nouveau règlement. Il allait commencer le coeur du nouvel homme. Perdu, l’enfant dormait au fond de son somme. Il allait commencer le renouvellement, Créer le nouveau Dieu dans ce redoublement, Créer le Fils de l’Homme au coeur du nouvel homme. Il allait commencer quelle innovation : Créer le nouveau siècle et la nouvelle règle. Il allait commencer quelle importation : Dans les anciens labours créer le nouveau seigle. Perdu, l’enfant dormait dans ce frêle vaisseau. Il allait commencer le grand embarquement. Car il allait lancer sur l’énorme Océan L’impérissable nef, ce fragile berceau. Source: http://www.poesies.net