Poësies Par Charles Coypeau D'Assoucy (1605-1677) Poësies de M. Dassoucy, Contenant diverses pièces héroïques, Satiriques et burlesques TABLE DES MATIERES A COMTE DE HARCOURT I A COMTE DE HARCOURT II A COMTESSE DE HARCOURT A DUC D'ORLEANS A DUCHESSE D'ORLEANS BATAILLE DE ROCROY A PRINCE DE CONDE CHANSON SPIRITUELLE A COMTE ST AGNAN A MARESCHAL DE CHOMBERG A PRINCE DE CONDE A FEU PRINCE DE CONDE A M. DE BASSOMPIERRE A PRESIDENT DE MAISONS A MONSEIGNEUR LE X A ARCHEVESQUE DE ROUEN A PRINCE DE CONDE SUR MALADIE DE MONSEIGNEUR A LA REYNE A DUCHESSE DE SAVOYE A MADAME LA PRINCESSE POUR PORTRAIT AMAZONE A DUC DE S. SIMON SUR L'INCONSTANCE DU DIEU POUR MONSEIGNEUR DE R EPITAPHE DE MONSEIGNEUR SUR COMBAT DE M. D.R. A M. DE LUIGGY A MARQUIS DE MONT-BRUN A COMTE DE LA GARDE PRIERE A M. ST NICOLAS A M. DE MOIROUS A MONSEIGNEUR PHOEBUS CONTRE UN JEUNE GENTIL-HOMME A MA MAISTRESSE A MADAME DE HAUTEFORT ADVERTISSEMENT A VIEUX PECHEUR A MONSEIGNEUR LE PRINCE SUR UN SUJET FORT CONNU A M. FARET A M. DE GASSION A DUC D'ORLEANS SUR FONTAINE DE VIN EPITAPHE DE X ALCIDON SOUS LE BALCON A ARCHEVESQUE DE SENS POUR UN BALLET A MLLE DE CHEMERAUT POUR UN BALLET DU ROY LE MATIN ADIEU A DUC D'ANGOULESME A M.L.P. A COMTE DE HARCOURT SUR SA MALADIE SUR LA MALADIE DE MELLITE SUR SON ABSENCE ADIEU A MELLITE SUR SON ABSENCE A DUCHESSE DE SAVOYE LE BAGAGE PERDU A COMTE S. AGNAN LA GUESPE DE COUR AU ROY LE VOYAGE DE SENS A MADAME PROSERPINE A COMTE DE HARCOURT I En fin ce grand heros, cét Hercule françois, Ce guerrier indompté, ce foudre de la guerre, Ce protecteur des lys, ce deffençeur des roys, Ce prince qui tout seul a fait trembler la terre, Apres auoir vaincu dans cét ardant séjour Les peuples basannez qu'auoisine le jour, Et veu le nord jaloux de sa gloire esclattante: Il retourne vainqueur dans ces brûlans climats, Consacrer au soleil sa valeur trop brillante Pour des pays couuerts de neige, et de frimats. Il s'en va le vainqueur porter le coup fatal Au superbe ennemy du repos de la France, Et dessus le debris de son throsne natal Establir de nos rois la solide puissance. L'espagnol aduerty de son proche mal-heur, Encore tout sanglant des traits de sa valeur Quitte desja le champ à ce dieu des allarmes, Et tout pasle d'effroy, de crainte, et de terreur, Doute s'il doit porter, ou mettre bas les armes, S'opposer, ou flechir aux coups de sa fureur. Vers l'antre du lyon il s'en va le vainqueur, Et de la mesme main qui fit ses funerailles, Qui luy pressa le sein, et luy perça le coeur, Il s'en va deschirer ses superbes entrailles: Mais pourquoy s'en va-t'il? Quel danger si pressant Expose à sa fureur nostre Alcide puissant: Si c'est trop d'employer la puïssance fatale De son bras par qui seul sa rage finira, Et si pour le chasser de sa terre natale, Il suffit seulement de dire qu'il ira. Oüy c'est trop de son bras, il suffit de son nom, Et desja son orgueil seroit reduit en poudre, Si de ses beaux exploits quelque jaloux demon N'eut desarmé sa main des flammes de la foudre: Oüy ce dieu des combats par cent braues efforts Apres auoir peuplé la campagne de morts, Seul auroit emporté cette haute victoire, Et quelques demidieux qui briguent cét honneur, Ils ne sçauroient pourtant dérober à sa gloire Ce que la France doit aux traits de sa valeur. Mais quel sacré pouuoir, et quelle mission Me fait si librement discourir en apostre, Quoy ne falloit-il pas enchaisner un lyon, Et le faire ieusner pour en manger un autre: Oüy ce braue lyon à vaincre accoustumé Au sortir du repos de victoire affammé, Va redoublant sa force au combat animée, Et marchant glorieux d'un pas de conquerant, La valeur de son bras de cent foudres armée, Surpasser en son cours un rapide torrent. Oüy ce dieu de Casal, ce heros de Turin, Ce prince dont les rois adorent le merite, Ce demon qui vainquit par cent bouches d'airain L'insulaire bourgeois de Saincte Marguerite, Ce guerrier renommé par toutes les vertus, Cét ange reclamé des throsnes abbatus, Ce foudroyant Iuppin de ce fils de la terre S'en va faire à l'orgueil de son ambition Ce que fit autresfois le dieu Lancetonnerre, Au porteur incensé d'Osse et de Pelion. Sus donc braues françois, qui d'un puissant effort Vainquistes à Casal le demon des Espagnes, Et qui rassasiez du breuuage du nord Allez r'ensanglanter ces vineuses campagnes, En l'honneur de Harcourt ce digne viceroy, Ce prince l'ornement du sang de Godefroy Arrousez de nectar vos futures conquestes, Qu'en la gloire des lys chacun de rang en rang Tarisse autant de pots qu'il cassera de testes, Et verse autant de vin, qu'il respandra de sang. A COMTE DE HARCOURT II Prince dont le renom vole iusques aux cieux, Glorieux conquerant, demon de la victoire, L'honneur de nos guerriers, et de nos demidieux, L'ornement de nos jours, comme de nostre histoire: Invincible heros en tous lieux adoré, De prudence et d'esprit sur tout autre esclairé, Qui dans l'auguste cours de ta vertu prospere, Tousjours enuironné de gloire et de bon-heur, Peus conter à jamais au prince de l'Ibere, Mille triomphes deubs aux traits de ta valeur. De ces lieux consacrez au pere des neufs soeurs, Ma main qui sçait bastir des autels à ta gloire Te rapporte un tableau, dont les viues couleurs Brilleront à jamais au temple de memoire; Celle qui de l'esclat de tes faits glorieux Repaist incessamment son oreille et ses yeux? La France qui t'honore autant qu'elle t'admire, Qui t'ayme comme un dieu qui garde ses enfans Au milieu de son deuïl m'ordonne de redire Les miracles fameux de tes faits triomphans. Elle qui tant de fois aux tirans abbatus Fit sentir de ton bras l'orageuse tempeste, Ne sçauroit se lasser publiant tes vertus, De conter les brillans qui couronnent ta teste: Mais voyant aujourd'huy piller auec affront Les lauriers que ta main a rangez sur son front. Je preuois grand heros qu'elle sera contrainte Au lieu de celebrer ta gloire et ton bon-heur, De te faire un reproche, et t'escrire une plainte Du sang que chaque jour on tire de son coeur. Entre mille tombeaux soûpirant ses mal-heurs, D'un long habit de dueil funestement parée; Jel'apperçois desja t'exprimer ses douleurs, Et te parler ainsi tristement esplorée: Tutelaire demon par qui jarretay tant de fois Terracé les lyons, et reduit aux abois Du thrône des tytans la puissance orgueilleuse; Verras-tu sans pitié respandre tout mon sang, Et sans armer pour moy ta main victorieuse, Les tygres affammez qui deschirent mon flanc. Moy qui porte en tout lieu la terreur et l'effroy, Seray-je desormais honteusement contrainte Par la rigueur du sort qui m'esloigne de toy, De loger en mon sein la frayeur et la crainte: Par deux fois ton repos fatal à ma grandeur Me pourra-t'il laisser en proye à la fureur De sa main tous les jours à ma perte occupée: Quoy, m'ayant engagé ton amour et ta foy, Sans desployer ton bras, ny tirer ton espée? Verras-tu l'ennemy qui triomphe de moy? Apres auoir cent fois d'un courage indompté Fait tresbucher l'orgueil du thrône de Castille? Quoy prince ignore-tu que la fatalité, Pour finir mes trauaux ne t'ait fait mon Achile? Qui ne sçait aujourd'huy que sans tes bras puissans On ne verroit jamais mes lys reflorissans, Que contre ce tiphon en vain jem'esuertuë, Et ce que dit l'arrest de mon secret destin, Qu'on ne verra jamais sa puissance abbattuë, Ny ses murs demolis sans les coups de ta main. Porte donc sans tarder la foudre et les esclairs, Dont elle fust tousjours fatalement armée, Trauerse promptement les flammes et les fers Pour joindre à ma valeur ton ardeur animée: Si ta vertu qui voit nos courages faillis. Daigne rendre la gloire et l'esclat à mes lys, Je te jure à jamais un si parfait hommage, Que les plus enuieux de tes faits immortels Porteront les premiers aux pieds de ton image, L'encens qu'on doit brûler sur tes dignes autels. Prince jarreten suis rauy, le bruit me vient d'apprendre Que le roy vous a fait un present glorieux: Le nom de grand est beau, mais c'est un titre vieux Que vostre bras acquit imitant Alexandre. Vostre insigne valeur qui peut tout entreprendre Par mille traits hardis, grands et prodigieux, Estonnant l'uniuers n'a produit à nos yeux Que des faits inouïs, qu'on ne sçauroit comprendre. Il est vray, grand heros, illustre conquerant, On vous peut enrichir, mais non pas faire grand, Ce titre glorieux vient de vostre naissance. Vos illustres exploits ont fait vostre grandeur, Et vostre noble sang la genereuse ardeur, Qui vous fait triompher des plus grands de la France. Prince passe la mer, va forcer l'Angleterre À restablir son roy dans son regne oppressé, Va prince glorieux dans ce climat glacé Offrir à ces mutins, ou la paix ou la guerre. Mais s'il faut que ton nom, plus craint que le tonnerre, Agisse vainement sur un peuple insensé, R'anime la valeur de ce prince offensé, Et vange en le vangeant tous les roys de la terre. Vange le sang royal qui reçoit un affront, Regaigne son pays, recouronne son front, Cueille mille lauriers dans le champ de Bellone. Ce n'est pas d'aujourd'huy grand Alcide françois Que ta valeur a fait confesser à nos rois, Que tu sçais maintenir l'esclat d'une couronne. Prince c'est assez combattu, C'est assez suiuy les alarmes, Tu ne sçaurois auec les armes Rien adjouster à ta vertu: La plus glorieuse conqueste Qu'ait jamais couronné la teste Du plus celebre des guerriers, Dans le plus beau champ de victoire Ne partagea jamais de gloire, Qui ne la cedde à tes lauriers. Ne sçait-on pas que ta valeur A desja graué dans l'histoire Au plus haut degré de l'honneur, Ce que l'on doit à ta memoire: Que les plus rudes ennemis Ont esté mille fois soubmis À la gloire de tes trophées, Et que tes combats glorieux Ont veu cent aigles estouffées Dessous tes pieds victorieux. Quitte ce sang et ce carnage, Bellone ne fait qu'abruttir, Cét exercice est sans mentir, Moins de l'homme que du sauuage; Donne treve à la passion, Que suggere l'ambition; La gloire n'est rien que fumée, Son ombre nous va deceuant, Alexandre et sa renommée N'ont rien emporté que du vent. Laisse faire la destinée, Qui pour te rendre plus heureux Sous un sort moins aduantureux, Te fait escouler une année. Elle sçait bien que ta valeur, Tousjours compagne du bon-heur, Doit tenir ta dextre occupée, Pour faire aduoüer aux françois, Que c'est du bout de ton espée Que despend la gloire des roys. Ainsi du milieu de la presse D'un million de combattans, Thetis retira pour un temps Achille l'honneur de la Grece; Mais à peine fut-il absent, Que l'ire des dieux agissant Fit de leur sang une riuiere, De leur joye un tragique sort, Et de leur camp un cimetiere, Où ne triompha que la mort. Grand roy que les prosperitez Ont mis au comble de la gloire, Au milieu des felicitez Du bon-heur, et de la victoire; Craignez l'inconstance du sort, Redoutez le fatal effort Du changeant demon de la guerre, Armand a quitté ce sejour, Et nous n'auons dessus la terre Que les bras du Comte D'Harcourt. A COMTESSE DE HARCOURT Chere espouse de Mars, mere du sang des cieux, Modelle glorieux d'une rare constance, Jeune diuinité, beau miracle des cieux, Qui donnez tous les ans un heros à la France: C'est trop faire couler, ces ruisseaux precieux Patissant des erreurs de la premier offence; Ouurez, ouurez plutost les sources de vos yeux Pour pleurer les rigueurs d'une cruelle absence. Pour celuy qui s'en va, preparez tous vos pleurs, Et ne me forcez point à flatter vos douleurs, Si contre ce deuoir la raison n'a point d'armes. Qui n'offencent le ciel, la nature, et l'amour, Pleurez beaux yeux, pleurez, n'espargnez point vos larmes Que vous n'ayez appris sa gloire, ou son retour. A DUC D'ORLEANS Les rayons esclattans du celeste flambeau, Apres auoir dompté la fureur de l'orage Sortent moins glorieux de l'espais d'un nuage, Que ton front au retour d'un voyage si beau. Ce ministre fameux qui gist dans le tombeau, N'empescha de ton bras le glorieux vsage, Que pour faire esclatter auec plus d'aduantage Ta gloire qui s'espand sur la terre, et sur l'eau, Auprez de la splendeur de ta haute victoire, Quels superbes heros, concurrans de ta gloire Oseront mettre au jour leurs miracles guerriers, Si la France à l'esclat d'une telle conqueste, A du front des caesars arrachez les lauriers, Et n'en veut plus auoir que pour ceindre ta teste. (Suite). Alcide foudroyant qui d'un bras invincible Viens d'abatre l'orgueil du lyon redouté, De qui la France attend toute sa seureté, Et de tout l'uniuers la conqueste infaillible. Aujourd'huy que ton bras agit en liberté, Qu'est-ce que ta valeur ne trouuera possible, Et quel fort ne sera desormais accessible Aux redoutables traits de ton bras indompté? Maintenant que tes faits aux yeux de tout le Monde Ont graué ta valeur sur la terre, et sur l'onde, Quels gracieux aspects de ton astre puissant. Ne te promettent pas le superbe trophée D'un tiran foudroyé sous un lys florissant, D'un lyon, d'un croissant, et d'un aygle estouffés. (Suite). Prince victorieux dont les diuins exploits Portent iusques au ciel la haute renommée? Croy glorieux heros, que la France allumée A tiré de nos coeurs tous les feux que tu vois. Ces eschaffaux bruslans cette ville enflammée, Ce peuple, ces canons, ces clameurs, et ces voix, Et se pauure artisan qui brusle tout son bois, Te font connoistre assez que ta gloire est aymée. Hà qu'il fait bon regner, grand astre des vainqueurs, Mais regner comme toy dans l'empire des coeurs, Que ta conqueste est belle, et qu'elle est glorieuse. Que par elle ton sort deuiendra florissant, Si la France aujourd'huy par toy victorieuse, Pour accroistre ton nom t'a promis tout son sang. A DUCHESSE D'ORLEANS Malgré le dieu des flots Graueline est conquise, Nos armes ont reduit sa puissance aux abbois, Et ces nouueaux titans contre nos vieux gaulois Ne tentent desormais qu'une vaine entreprise. La France qui la voit heureusement soubmise En va combler d'honneur cét astre des françois: Mais ce glorieux fils du plus grand de nos rois R'enuoye à vos beaux yeux la gloire de sa prise. Contre le flot mutin de ce traistre element Qui grondoit nostre perte en son debordement, Qu'eust seruy de son bras la valeur sans seconde. Auroit-il triomphé ce superbe vainqueur, Et braué les efforts du puissant dieu de l'onde Sans le feu que vos yeux ont logé dans son coeur. BATAILLE DE ROCROY Svperbe demon de la guerre, Effroyable dieu des combats, Qui tonnez par tout icy bas, Et depeuplez toute la terre: Redoutable victorieux Conte moy les faits glorieux De cette celebre journée, Où l'illustre sang de nos roys Assura la France estonnée, Et mit l'espagnol aux abois. Et toy deesse accoustumée À respandre le sang humain, Preste moy ta sanglante main Pour me conduire dans l'armée; Monstre moy ce jeune soleil Qui d'un courage sans pareil Va reduire l'Ibere en poudre, Que jele peigne dans mes vers Ainsi que le dieu de la foudre, Armé de flammes et d'esclairs. Mais quel trouble se fait entendre, Meslé de terreur et d'effroy; Sus mon ame r'assure toy Peux-tu craindre auec Alexandre: R'assure mes pas et mon coeur, Marche à l'ombre de sa valeur Pour voir la sanglante partie, Où ce prince nous doit venger De la barbare antipathie, Qu'a pour nous le fier estranger. Deja l'aurore est en campagne, L'estoille cedde à son retour, Le prince n'attend que le jour Pour mesler la France à l'Espagne, Le camp brille de toutes parts, De feux, de fers, et d'estendards, Bellone paroist en furie, Les cheuaux foulent les sillons, Et la terre gemit et crie Dessous les pieds des bataillons. J'oy desja le canon qui tonne, Nos gens sont prests à se mesler, Il n'est plus temps de reculer, Voicy la trompette qui sonne, Ces horribles bouches d'enfer Vomissent la flamme et le fer: Mars estouffe sous la fumée, Le feu reluit incessamment, Et la terre toute allumée Chasse l'air de son element. Cependant l'ennemy ne bouge, L'Espagne est ferme comme un roc, Le prince luy donne le choc, Et fond dessus l'escharpe rouge: Tout cede à l'invincible effort De son bras qui regit le sort De tous costez l'orage creve, Les cris montent iusques aux cieux, Et la poussiere qui s'esleue, Derobe le jour à nos yeux. En tous lieux la fureur esclatte, Le duc au combat animé, Le coeur et le front enflammé Teint la campagne d'escarlatte: L'air retentit dessous ses coups, L'aygle trebuche à ses genoux, Et du plus haut de la montagne Bellone au courage inhumain Anime la France, et l'Espagne, La flamme et le foudre à la main. L'ardeur de plus en plus s'allume, L'air s'obscurcit, et l'action Qui se passe en confusion Doit icy suspendre ma plume: Mais dieux qu'est-ce que jarretapperçoy, Genereux prince suiuez moy, Nostre valeur est confonduë, De là nous cueillons des lauriers, Mais deça la France est perduë, On massacre tous nos guerriers. Nos soldats sont reduits en poudre, L'Espagne triomphe à son tour, Et la France à son dernier jour Expire sous les coups du foudre: Voicy l'heure qu'il faut perir, Grand prince il faut vaincre ou mourir, De toute parts l'ennemy fauche, Le sang se verse à gros boüillons, On enfonce nostre aisle gauche, On vient rompre nos bataillons. Mais à quoy bon ce vain langage, Si desja contre le germain, Le duc, les armes à la main, Prepare un estrange carnage: Deja son coeur audacieux Porte la foudre dans ses yeux, Et son visage redoutable Fait assez voir aux ennemis Le sacrifice espouuantable, Qui doit vanger les fleurs de lys. Remply d'une iuste furie Sa magnanime passion Le porte à l'execution D'une sanglante boucherie: Tout couuert de poudre et de sang Il penetre de rang en rang, Le bras leué, la teste nuë, Il presse, il pousse, il fend les airs À trauers la gresle menuë, Du feu, du plomb et des esclairs. À son abord le ciel se couure, L'espagnol de crainte blesmit, Le sang coule, Pluton fremit, La terre tremble, et l'enfer s'ouure; Mars à ce coup espouuanté Se sauue tout ensanglanté, La terre iusques aux entraillez Regorge du sang qui jallit, Nature voit ses funerailles Et le ciel d'horreur en pallit. De tous costez la resistance, Excite la temerité, Les coeurs sont en perplexité, Et la victoire est en balance: Par tout le glaiue flamboyant Du duc qui va tout foudroyant Fait voir un courage invincible, Et dans le plus fort du danger, Un eschec incomprehensible, Sur l'audace de l'estranger. Par tout une rage mortelle Remplit la campagne d'horreur, Chacun redouble sa fureur, Mais enfin l'ennemy chancelle: Icy le prince le plus fort, D'effroy, de carnage, et de mort, Peuple leur rougissante route, Et le coutelas à la main Espanche la dernière goutte Du sang de ce peuple inhumain. Ce sang qui fait une riuiere Enleue de terre les corps, Et le champ tapissé de morts Ne paroist plus qu'un cimetiere: Par tout les piles et monceaux D'armes, d'hommes, et de cheuaux, Font nos chasteaux, et nos trophées, Et le duc foule glorieux Cent soixante aygles estouffées Dessous ses pieds victorieux. Prince que la valeur inspire, Grand duc qui n'a point de pareil, Jeune Caesar diuin soleil, Unique appuy de cét empire, Reçoy ce fidelle portrait Brillant du magnanime trait, Qui reluit dessus ton visage; Contemple ma deuotion, Et voy qu'en peignant ton courage, J'ay peint aussi ma passion. (Jouyssance.) Le ciel a calmé la tempeste, Jesuis à l'ombre d'un laurier, La fortune me vient prier, Les dieux ont signé ma requeste, L'astre qui preside au bon-heur Luit maintenant en ma faueur: L'air a dissipé son nuage, Jedescouure le point du nord, Jesuis garanty de l'orage, Un dieu me conduit dans le port. Mon espoir a banny la crainte, Le soleil retranché mes nuits, L'allegresse mes longs ennuis, Et ma bouche finy ma plainte: Amour brauement assorty Se vient ranger de mon party, Les disgraces ont pris la fuitte, Le soucy n'est plus de saison, La bonne chere est de ma suitte, Et Iodelet de ma maison. Aux biens que le ciel me presente, Mon coeur se nourissant d'espoir, Mon ame ne peut conceuoir Rien au dessus de son attente: La fortune pour mon respect N'a desja rien que de suspect; La jouyssance d'un empire, Ny la felicité d'un roy, Puis qu'amour accorde à ma foy Bien-tost la fin de mon martyre. A PRINCE DE CONDE Orgueilleuse cité, mere des conquerans, Autrefois la terreur de l'empire du monde, Rome ne vantez plus vos celebres tyrans Jadis si renommez sur la terre et sur l'onde, Et vous fameux guerriers sortez de vos tombeaux, Et voyant icy bas ses miracles nouueaux: Arrachez vos portraits du temple de memoire, Deschirez vos lauriers, destruisez vos autels, Et dessus le debris de vostre propre gloire, Rendez à mon heros des honneurs immortels. Et vous lasches espris infidelles autheurs Qui profanez des dieux le glorieux langage, Et qui dans vos escrits aussi vains que flatteurs Faittes des complimens dont la vertu s'outrage: Employes aujourd'huy tous les traits de vostre art Pour faire des tableaux du mensonge et du fard Dont vous sçauez tromper les yeux et les oreilles, Et jeprotesteray de croire vos romans Si vos ouurages feins égallent les merueilles Qu'Anguien nous produit en ses plus jeunes ans. Apres ce jour sanglant qui d'horreur et d'effroy Fit paslir le soleil, et trembler la nature, Où le fer et le feu fist du champ de Rocroy De dix mille tytans l'horrible sepulture: Pouuoit-on esperer que son bras glorieux Par un second miracle aussi prodigieux, Peut jamais esgaller sa premiere victoire, Quelle bouche des dieux auecque iurement, Apres un tel exploit nous eut pû faire croire Ce que le ciel ne voit qu'auec estonnement. À l'effroyable aspect de ces rudes combats, Que les dieux vont peignant de couleurs imortelles, Et que les nations conteront icy bas Iusqu'aux desunions des matieres plus belles: Quels superbes heros, et quels fameux guerriers Enuironnez de gloire, et couuerts de lauriers, Ne deuiendront un jour plus muets que des arbres Et voyant burinez ses glorieux efforts Ne croiront demantant les bronses et les marbres, Que son bras se seruit de magiques ressorts. Quant jevoy cét heros esloigné du secours, Encore tout sanglant du gain de deux batailles, Assaillir des ramparts, et prendre en douse jours Une place où Cerés eut mangé ses entrailles: Ne suis-jepas contraint de croire que les dieux Voulant éterniser son renom glorieux, Renuerserent pour luy l'ordre de la nature, Et contemplant l'ardeur de son actiuité, Qu'il partage auec eux sous l'humaine figure Le glorieux pouuoir de leur diuinité. Mais cessons d'admirer ses exploits glorieux, Par qui nos ennemis furent reduits en poudre; Laissons là ces combats aussi prodigieux Que les effets cachez des flammes de la foudre, Benissons seulement ses diuines vertus, Qui dessus le debris des tytans abbattus Bastissent la grandeur de ce fameux empire, Benissons desormais sa gloire et son bon-heur, Et que jamais nos voix ne cessent de redire Les vtiles effets de sa rare valeur. CHANSON SPIRITUELLE J'ayme, mais mon amour n'est pas ce que l'on pense La beauté que jesers est sans impureté, L'object de mes desirs est remply d'innocence, Et le but de mes feux c'est la diuinité. L'aymant comme jedis elle comble mon ame Des plus riches tresors de son sein precieux, Mille felicitez sont gages de ma flamme, Et le prix de ma foy n'est rien moins que les cieux. Mais pour auoir le bien d'une amitié si grande, Et partager les fruits de cette affection, Il conuient estre roy, non pas roy qui commande Au rond de l'uniuers, mais à sa passion. Pauures coeurs qui blessez des mortelles atteintes D'une fresle beauté soûpires nuict et jour Ne finirez vous point vos soûpirs et vos plaintes Pour joindre auecque moy les feux de vostre amour. A COMTE ST AGNAN Grand sainct qui des vertus est toûjours enflammé Que le peuple cherit, et que la cour admire, Que les muses jamais en vain n'ont reclamé, À bien faire aussi prompt, comme prest à bien dire: Sainct Agnan dont l'esprit esgal à la valeur A captiué la gloire, et charmé le bon-heur, Qui par tant de vertus, de graces et de charmes, Par tant de qualitez, et tant d'attraits vainqueurs Conqueste tous les jours sans forces et sans armes Des royaumes entiers dans l'empire des coeurs. Que le dieu de l'ardeur qui m'inspire les vers Ne m'a-t'il esbauché le tableau de ta gloire, Pour mieux sollenniser ton nom que l'uniuers, A graué pour jamais au temple de memoire. Que jarretaurois de plaisir d'arranger sur ton front Les fleurs que la vertu ne void point sans affront Couronner les meschans dans ce siecle idolatre, Quel autre plus adroit ou plus hardy que moy Pourroit sur le debris de tant d'hommes de plastre T'eriger un autel assez digne de toy. Mais pourquoy reclamer les puissances des cieux, Quels memoires si saincts, quels actes si fidelles Diront mieux que ton bruit tes exploits glorieux, Repeints en mil endroits de couleurs immortelles Quel belliqueux demon contemplant icy bas La redoutable ardeur qui te porte aux combats, N'a celebré ton nom sur la terre et sur l'onde, Et quel fier ennemy sous tes pieds abbatu Prouoquant ta valeur qui n'a point de seconde, N'a trop tost ressenty l'effet de ta vertu. Quel d'entre les mortels digne de ta bonté Honoré des biens-faits de ta main liberale, Ne t'encense aujourd'huy comme la deïté Dont tu vas imitant la grandeur sans esgalle. Quels coeurs pour ta vertu d'un vray zele brulant, Vrays temples animez de ta gloire parlants, Mieux que l'airain muet, ou le marbre insensible Grossissans chaque jour le bruit de ton renom, Ne rendront à mes vers ta loüange accessible Pour immortaliser la gloire de ton nom. Mais que dis-je incensé, quel esprit decevant Establit mon espoir sur un peu de fumée, Si prés de ta vertu ton bruit n'est que du vent, Oseray-je bastir dessus ta renommée: Cette legere Iris qui d'un vol sans pareil A porté ta vertu par tout où le soleil Recommance et finit sa brillante carriere, N'a jamais si bien veu tes ouurages parfaits, Que sa bouche ou son oeil frappez de ta lumiere Ait sçeu ce que tu vaux, ou dit ce que tu fais. Grand comte permets donc au lieu de celebrer Tes diuines vertus que tout le monde encense, Que d'un culte muet jete vienne adorer Sans vser plus long-temps de la voix qui t'offence: Si jamais Apollon vient m'apprendre à chanter, Ta gloire qui par tout jeveux faire esclatter, J'exalteray si haut tes oeuures nompareilles Que les dieux attentifs à mes douces chansons Seront bien enuieux de tes rares merueilles, S'ils n'en estiment pas les agreables sons. A MARESCHAL DE CHOMBERG Hypocrites adorateurs Suiuans de cour, poëtes à gages, Tyranniques persecuteurs De nos moeurs, et de nos ouurages; Superbes esprits à l'escart, Cygnes noirs faittes bande à part: Vous dont la coulpable manie Merite des feux eternels, Loin d'icy poëtes criminels Faites silence à mon genie. Donnez tous les traits de vostre art Aux vanitez de vos narcisses, Et ne disposes vostre fard Qu'au gré des monstres et des vices; Icy dessus des gasons verds, D'ombre et de feüillage couuerts; Mes muses desinteressées Dans leur naturelle équité N'ont pas besoin de vos pensées, Pour publier la verité. Ce grand heros qui se fait voir À la teste de nos armées, A releué de ce deuoir Vos muses trop mal informées: Pour moy qui ne les connois pas, Jevais encherir de ce pas Sur le bruit de ces faux orphées Dont le stile trop abbattu Ne sçauroit dresser des trophées Assez dignes de ta vertu. Mais quels obstacles enuieux Au premier pas de ma carriere, Viennent s'opposer à mes yeux, Et m'offusquer de ta lumiere: En vain pensant à ta valeur Jesollicite mon ardeur À rompre aujourd'huy le silence, Un dieu qui me retient la voix Ne permet pas que jet'offence Par le recit de tes exploits. Celuy dont la puissante main A donné le cours à ta gloire, Ne veut pas qu'un langage humain Soüille l'esclat de ta victoire: Tes ouurages prodigieux, Legitimes enfans des cieux, N'ont pas affaires de nos plumes Pour faire voir aux nations, Dans des sacrileges volumes La grandeur de tes actions. Ces tristes objets du mal-heur, Ce peuple orgueilleux que tu domptes, Et que ton bras en sa fureur A rougis de sang, et de honte, Laucate qui vit tes combats, Et Perpignan ne sont-ce pas Des monumens à la memoire, Pour porter bien mieux que nos vers La verité de ton histoire Par tous les lieux de l'uniuers. Qui donc osera des mortels, S'il n'emprunte la main des anges, Faire fumer à tes autels Le doux encens de tes loüanges. Si la plus haute vanité Que le flatteur ait debité Depuis que le monde respire, Parlant de ton nom glorieux, Ne pourroit jamais si bien dire, Qu'il ne merite encore mieux. Puyssant heros dont la valeur Sert d'exemple à toute la terre, Schomberg qui regis le bon-heur, Invincible dieu de la guerre Escoute au deffaut de ma voix Le bruit de tes diuins exploits, Faire un écho de tout le monde Pour consacrer à l'auenir Au ciel, en la terre, et sur l'onde La gloire de ton souuenir. A PRINCE DE CONDE Cher obiet de mes voeux, ainsi que de mes vers, Prince dont la valeur, et la gloire infinie, Les exploits inoüis, et les combats diuers Ont depuis trois estez épuisé mon genie; Ce n'est pas pour ton or que jete vais prisant, Quand ta main tous les jours m'iroit fauorisant; Iamais un plus beau feu n'embraseroit mon ame, Celle que tu poursuis dans l'horreur et l'effroy, Au millieu des perils du fer, et de la flamme, C'est celle que jesuis lors que jarretescris pour toy? Mais ce demon jaloux des actes glorieux, Qui du sel, et de l'or fait de la pourriture, Qui va tout infectant par les traits de ses yeux, Et qui fait du poison de toute nourriture: Ce venimeux serpent qui jamais dans le ciel Ne porta ses regards pleins d'ordure et de fiel, Sans trouuer au soleil des defaux et des taches, Ce monstre qui me tient sous ses pieds abbatu: Ô prince glorieux ne veus pas que tu sçaches Que jesois un object digne de ta vertu. Mais deussay-je cent fois sous un plus rude sort, Ressentir de ses traits la dure violence, Deussay-je succomber sous son fatal effort, Je ne seray jamais coupable du silence; Telle que soit l'ardeur qui m'échauffe le sein, Constant je poursuiuray mon genereux dessein, Au prix de mes trauaux jarretexprimeray ta gloire, Et voyant ta valeur par tant d'heureux succés, Entasser chaque jour, victoire sur victoire, Mon ayse t'en peindra son amoureux excés. Tes rares qualités, qu'on pourroit imiter, Mais non pas égaller dans le siecle où nous sommes, Et tes rares vertus qui te font meriter, Un rang entre les dieux plutost qu'entre les hommes; Cét éclatant rayon que tu tiens du soleil, Ce celeste mouuant cét esprit nompareil, Possible quelque jour à mes voeux accessible, Dans la route ou pour toy je me suis auancé Ne m'empescheront pas qu'à ta gloire sensible Je n'aille poursuiuant ce que jarretay commencé. Ce n'est pas que pensant à l'astre iniurieux, Dont je ressens à tort la rigueur sans pareille, Ma muse deplorant son destin mal-heureux, Aux rayons de tes faits quelquesfois ne sommeille; Mais auant que le bruit de cent coups de canon, Exprimant ta valeur d'un effroyable ton, Ayt respondu cent fois aux chants de ta victoire, Cette fille du ciel qui t'honore en tous lieux, Qui t'aime et qui jamais ne fût sourde à ta gloire, S'éueille promptement et dessille ses yeux. Lors contemplant l'ardeur de tes actes guerriers, Et voyant dans le cours de ta vertu si rare; Tant de fruits precieux, et de dignes lauriers, Dont l'estat s'enrichit et la France se pare: Elle va s'écriant, ô digne sang des lys! Ô source des vertus, et des faits inouys! Prince qui de nos roys est l'ange tutelaire, Quoy faut-il que sans fin je te donne des fleurs, Seray-je donc tousjours la muse tributaire, Qui repeindra tes faits de nouuelles couleurs. Puis tenant d'une main le precieux tableau, Qu'elle ébauche en faueur de tes rares merueilles, Et de l'autre tenant le glorieux pinceau, Qui peint et qui repeint tes oeuures nompareilles, D'un soin bien esloigné de l'avare desir, Elle met tant de peine et prend tant de plaisir, À tirer de tes faits quelque effet qui la touche, Que celuy qui l'iroit ainsi considerant, Il seroit bien aysé s'il n'estoit une souche, De comprendre le bien qu'elle va respirant. Apprens donc aujourd'huy prince victorieux Que la gloire est le but où son bon-heur aspire, Que si tes faits sont grands ces vers sont glorieux, Et ta seule vertu l'aymant qui les attire: Ce feu qui dans son sein va decoulant du ciel, Qui n'a rien ny de bas, ny de materiel, Ne sçauroit dementir sa superbe origine, Et malgré les rigueurs de l'iniure du sort: Sçaches prince vaillant que sa flamme diuine Esclairera tes faits encore apres ta mort. A FEU PRINCE DE CONDE Prince que les mortels admirent icy bas, Ne crains pas les glaçons de la froide vieillesse; En vain le temps jaloux de nos ieûnes esbats, Introduit en ton sang cette fascheuse hostesse. Anguyen, plus puissant que le dieu des combats, Plus fort que les destins et le temps qui nous presse; Malgré cinquante hyuers ramene sur tes pas, L'agreable saison de ta verte jeunesse. À l'aspect de ce fils la mort et la douleur, Emoussent tous leurs traits et la main du bonheur, Te prepare des jours filés de tant de soye. Que si le ciel jaloux de ta felicité, Vouloit méler du mal à ta prosperité, Il faudroit qu'il vsast de l'excés de ta joye. A M. DE BASSOMPIERRE Grand astre de la cour qui prés de ton couchant, Enfante des rayons que tout le monde adore, Et qui dessus le bord de ton âge panchant, Brille du mesme esclat qu'au leuer de l'aurore, Apres auoir contraint les muses que je sers; À loüer des vertus moins rares que mes vers, Et profane l'encens à des ames de bouë, Comment, ô grand heros qui n'a point de pareil! Encore tout noircy du crime que jarretaduouë, Oseray-je approcher des rayons du soleil. Moy qui ne fis jamais reluire aucun tableau, D'un si beau coloris qui merite ta veuë, Oseray-je tracer sans un crime nouueau, Les rares qualités dont ton ame est pourueuë, Quel autre que dieu seul me conduisant la main, Me pourra seconder dans un si haut dessein, Quels fameux artisans du temple de memoire, Quels doctes appollons quelles sçauantes soeurs; Pour tirer seulement un seul trait de ta gloire, Me pourront preparer d'assés viues couleurs. S'il n'est point icy bas de miracle assés beau, Qui ne cede à l'esclat de tes rares merueilles, Ny d'ancienne vertu qui repose au tombeau, Rien qui puisse égaller tes oeuures nompareilles; Quel temeraire autheur de ton culte immortel, Portera le premier l'ençens à ton autel, Quel sera l'autre amant des filles du Parnasse, Qui suiuant comme moy le bruit de ton renom, N'ait plutost signalé les traits de son audace, Que chanté dignement la gloire de ton nom. Ne verras tu jamais tes exploits glorieux, Dans un brillant miroir dont la glace fidelle, Puisse representer quelque jour à tes yeux, Quelques eschantillons de ta gloire immortelle, Non ce grand uniuers dans son large tableau, Ne te sçauroit fournir un miroir assés beau, Aupres de ta clarté sa lumiere est trop sombre, Ses astres plus luysans n'ont qu'un lustre imparfait, Aupres de ta splendeur le soleil n'est qu'un ombre, Et n'as point de miroir que le dieu qui t'a fait. C'est en ce grand object que ton coeur et tes yeux, Mieux qu'en tous les endrois de la terre et de l'onde, Descouuriront soudain les attraits gratieux, Qui dés tes jeunes ans ont rauy tous le monde; C'est-là que tu verras, ta bonté, ta douceur, Ta prudence, ta grace, et ta rare valeur, Mais sur tout grand heros l'éternel arrerage, Des biens que ta vertu met au ciel en tresor, Qu'à la confusion des plus grands de nostre âge, Ta liberale main imprime en lettres d'or. C'est de ce grand autheur de ce grand uniuers, Qui nous tient esblouys de l'esclat de ta gloire, Que tu dois esperer bien mieux que de nos vers, Les temples que l'on doit bastir à ta memoire; C'est luy qui du plus haut de l'empire des cieux, Tenant de tes beaux faits le conte glorieux, Fera bruire à jamais l'echo de tes loüanges, Et qui voyant sous toy les vices abattus, Sans fin fera chanter à la trouppe des anges, Les cantiques qu'on doit à tes rares vertus. A PRESIDENT DE MAISONS Grand appuy de nos loix oracle de Themis, Magnanime porteur de la pourpre esclatante, Qui des dieux et des roys adorable commis, Surpasse l'équité du iuste Radamante, Astre tousjours brillant de gloire et de grandeur, Genereux tresorier de l'antique candeur; De la terre et du ciel dignement reuerée, Qui dessus le debris des portes de l'enfer, Fais reuiure chés toy sous un regne d'Astrée, L'heureux âge doré dans un siecle de fer. Modelle glorieux de la perfection, Pere miraculeux des graces et des charmes, Que mes yeux n'ont point veu sans adoration, Ny quitté sans verser quelques gouttes de l'armes, Mortel dont la vertu fait le temperament; Qui dans les rhets diuins de ton esprit charmant, Tient mes sens enchantés et mon ame rauie, Ha! Que ma passion va trahir mon espoir, Et que je voy d'erreur dans mon foible genie, Pour estre trop pressé d'amour et de deuoir. Des le moment heureux que je vis éclairer, Les graces que les dieux peignent sur ton visage, Et que le ciel en toy m'eust contraint d'adorer, Celle à qui tous les coeurs doiuent tout leur hommage Que de chesnes de fers de charmes et d'appas; Me firent doucement esclaue de tes pas, Et que loin du climat dont la clarté trompeuse, Vit dix ans sans pitié mon destin abattu, J'accreus joyeusement la trouppe bien heureuse, Des glorieux captifs qui suiuent ta vertu. Je pensois aux mal-heurs à mes jours attachés, Dés le funeste point de ma triste naissance, Quand dessus le cheual qui de tous mes pechés, Me fit faire en un jour l'amere penitence, Je me plaignois ainsi vous muses que je sers; Qui dessous des berceaux de lauriers toûjours verds Emportes sur le temps une seure victoire, Las! Quand brillerés-vous d'un éclat assez beau, Quoy viurés-vous toûjours sans honneur et sans gloire Et vos vers seront-ils le butin du tombeau. Quoy ferés tousjours d'inutiles efforts, À la honte des grands et du siecle où nous sommes, Ne trouuerés-vous plus que des courages morts, Et des coeurs de rochers sous des visages d'hommes Ne verrés-vous jamais que ces monstres dorés, Que ces sots precieux et ces veaux adorés; Souffrirés-vous toûjours parmy leurs fresles ames Les infames qui vont vostre gloire estouffant, Et sous le vil éclat de leurs honteuses trames, De vos rares vertus le vice triomphant. Ainsi jarretallois plongé dans un gouffre d'ennuis, Et laissant aux douleurs mon triste coeur en proye, Je changeois mes beaux jours en des mortelles nuis Lors que tu m'aparus bel astre de la joye, Iamais du beau soleil les rayons glorieux, Ny de l'aube du jour le coral precieux; Ny les feux messagers de la fin de l'orage, Ces beaux astres iumeaux, ny l'estoille du nort, Ne furent aux nochers un plus heureux presage, Que ton oeil gracieux qui m'asseura du port. Si-tost que je te vis soudain je fus touché, Et je creux à l'aspect d'une bonté si rare, Que celle que jarretauois plus de vint ans cherché, Ta celeste vertu me seruiroit de phare, Je ne fus point trompé jarreten sentis les attraits, Et mon ame en conserue encore tous les traits; Je n'ay point oublié ta grandeur magnanime, Ny la rare bonté de ton coeur genereux, Non plus qu'en ma faueur la glorieuse estime Que tu fis des enfans d'un pere malheureux. Je n'ay point oublié les plaisirs innocens, Que tu pris escoutant ces amoureuses feintes, Que nos luths et nos voix par des charmeurs accens Expriment en des pleurs des souspirs et des plaintes Je n'ay point oublié ce que tu fis pour moy, Auprés de ce cher duc où les faueurs d'un roy; Ont joint à la vertu la gloire et l'opulence, Tes voyages, tes ieux, tes ris, et tes discours, Font briller un portrait dedans ma souuenance, Qui ne periroit point si je durois tousjours. Pense tu que le feu qui m'inspire les vers, N'auroit point épuisé ma languissante veine, Auant que d'estaller aux yeux de l'uniuers, Le moindre échantillon de ta vertu romaine, Vertu plaine d'attraits et de ciuilité, Vertu tousjours riante et sans austerité; Sans masque ny sans fard, vertu sans artifice, Qu'on yroit adorer dans le trône d'un roy, Si pour ton beau destin le ciel plein de iustice, Auoit autant d'amour comme jarreten ay pour toy. A MONSEIGNEUR LE X Aymable conquerant, adorable vainqueur, Dont les rares vertus, les graces, et les charmes Te rendent desormais maistre du jeune coeur, Qui fournit à l'amour ses plus fatales armes. Auguste et rare object d'un astre fortuné, Qu'aujourd'huy de sa main l'amour a couronné Dans un champ de plaisirs, de beautez, et de gloire, Maintenant que tout rit à tes iustes souhaits: Dis moy, genereurs duc, est il quelque victoire Qui se puisse esgaler au butin que tu fais. Depuis que le soleil te fist present du jour, Quels si dignes lauriers que la gloire t'appreste, S'oseroient comparer aux mirthes que l'amour A cueillis en l'honneur de ta belle conqueste? Quel bras aduantureux du renommé Iason Combattant en Colchos pour la riche toison, Remporta chez les siens une plus douce proye, Et quel beau rauisseur, berger, ou fils de roy, Contentant ses desirs aux despens de sa Troye Dans l'empire amoureux fut plus heureux que toy. Contemple si tu peux les rayons du soleil, Et le front esclattant de la vermeille aurore, Puis iuge les voyant s'ils ont rien de pareil À celle que ton coeur si saintement adore, Regarde les oeillets, les roses, et les lys, Et toutes les couleurs dont nos champs embellis; Figurent à nos yeux une douce peinture, Puis adorant son teint et benissant tes fers, Confesse qu'il n'est rien dans toute la nature, Comparable aux beautés de l'iris que tu sers. Quand tu pourrois nombrer dans la voute des cieux, Les astres qui la nuit brillent à nostre veuë, Tu ne pourrois conter les attraits gracieux, Ny les diuins appas dont son ame est pourueuë, Qui n'a point adoré l'heroïque vertu, Dont son coeur en naissant richement reuestu; La fit digne d'un dieu plutost que d'un monarque; Heroïque vertu qui brillant dans ses yeux, Resuscite malgré les ciseaux de la parque, La generosité de ses braues ayeux. Beny donc mille fois le nuptial flambeau, Qui couronne ta foy d'un si precieux gage, Et digne possesseur d'un miracle si beau, Voy les graces qu'amour t'abandonne au pillage, Donne mille baisers à ton sacré lien, Enferme tes desirs dans ce noeud gordien, Et payant ton iris d'un amour eternelle; Que ce grand uniuers soit plutost consommé, Que ton fidelle coeur perde quelque estincelle, Du beau feu que ses yeux y tiennent allumé. A ARCHEVESQUE DE ROUEN Grand prelat dont l'esprit esgalle la bonté, Interprete fameux des celestes oracles, Dont les doctes escrits remplis de pieté Passent dedans nos jours pour autant de miracles. Soleil qui penetrant les ombres de l'erreur, De la nuict du peché, va dissipant l'horreur, Sainct temple où la vertu se plaist et se recrée, Grand appuy de la croix, lumiere de la foy, Glorieux ornement de la troupe sacrée, Qui dans le corps d'un saint porte le coeur d'un roy. Ne t'esmerueille point si d'un fidelle traict, Sans jamais auoir veu ta grandeur magnanime, J'entreprens de tracer le glorieux portrait Des hautes qualitez de ton ame sublime: Pour couronner ton front je n'ay que trop de fleurs, Pour en peindre l'esclat trop de viues couleurs; Je ne connoy que trop tes oeuures nompareilles, Grand et digne prelat des graces reuestu Pour porter iusqu'au ciel le bruit de tes merueilles, Ne me suffit-il pas du bruit de ta vertu. Quand cét amy parfait, cét esprit genereux, Cét ange reuestu d'une bonté fidelle, Tirsis de tes vertus ardamment amoureux, Ne m'en eust point laissé le glorieux modelle: Quels fidelles tesmoins de ta viue splendeur Ne m'auroient point tracé les traits de ta grandeur: Quels bien-heureux climats où ta vertu respire, Où quels peuples lisans tes ouurages pieux N'auroient point adiusté les cordes de ma lyre Pour immortaliser ton renom glorieux. Quand mesme les jaloux de tes perfections Lanceroient contre toy tous les traits de l'enuie, Ces peuples de la haut exemps des passions Ne supprimeroient point ta glorieuse vie: Ces habitans du ciel, qui pleins de pureté, Auecques ta candeur ont fait societé, Ne supprimeroient point les brillans de ta gloire, Ces bien-heureux tesmoins de tes faits rauissans, Qui chantent tous les jours la superbe victoire, Que chez toy la raison emporte sur les sens. Ces glorieux esprits qui du plus haut des cieux Contemplent à plaisir nos ames toutes nuës, N'auroient point de regret d'estaller à nos yeux Les vertus qui chez toy demeurent inconnuës: Par eux je connoistrois les celestes faueurs, Que tu reçois de Dieu dans tes saintes ferueurs, J'apprendrois la grandeur de ta gloire cachée, Quand porté iusqu'au ciel sur des aisles d'esprit Du sang, et de la chair ton ame detachée Repose doucement au sein de Iesus-Christ. Ne t'hebaïes donc point, si d'un saint appareil Loin de tes qualitez qui charment tout le monde, Et de ta pureté qui fait honte au soleil, Je depeins aux mortels ta vertu sans seconde: Ne vais point m'accusant d'un temeraire effort, Si jarretose dans l'ardeur de ce diuin transport Te former un tableau de ta gloire adorée, On n'a jamais blasmé le peintre ingenieux, Qui n'ayant point esté dans le ciel empirée, Nous figure pourtant les anges et les dieux. A PRINCE DE CONDE Prince qui tous les ans par un exploict nouueau Fais trembler l'uniuers aux traits de ton courage, Dont la jeune valeur nous figure l'image D'un hercule estouffant les monstres au berceau. En vain du fier lyon du creuse le tombeau Dans ces champs abbreuués de sang et de carnage, Et pour enseuelir son orgueilleuse rage, Ta main ne daigne pas luy laisser un drapeau. Hà de quoy te sert-il que ton renom qui vole Esclaire les deux bouts de l'un et l'autre pole, Et te fasse adorer sur la terre, et sur l'eau. Si ton coeur est si grand, et ta valleur est telle, Qu'il n'est point icy bas de couleur assez belle, Ny d'assez digne main pour faire ton tableau. Ov cours-tu jeune Mars tout comblé de victoire, Et de felicité? Quel superbe demon te conduit à la gloire D'un pas precipité? Suspens, suspens un peu ta valeur sans seconde, Ô jeune triomphant! Ce n'est pas la raison que le dompteur du monde Soit tousjours un enfant. Deja l'esclat bruyant de ton renom qui vole, Et tes combats diuers Esbranlans les deux bouts de l'un l'autre pole, Font trembler l'uniuers; Suspens, suspens un peu ta valeur sans seconde, Ô jeune triomphant Soit tousjours un enfant. L'espagnol qui gemit sous l'effort de tes armes, Plein d'horreur, et d'effroy; Doute si c'est l'amour où le dieu des alarmes Qui luy donne la loy. SUR MALADIE DE MONSEIGNEUR Qvand par le double accés d'une fievre cruelle La France vid son fils dans les bras de la mort On l'oüit deplorant son miserable sort, Arracher de son coeur cette plainte mortelle. Impitoyable feu dont l'ardeur criminelle, Consomme nuit et jour mon unique support; Cruel fais moy le but de ton fatal effort, Où rends moy promptement mon Alcide fidelle. Alors tous les ruisseaux en ses veines cachés, Decoulants par ses yeux sur ton fils attachés, Formerent si soudain un deluge de larmes. Que si ce feu brulant qui causoit ses douleurs, Eust resisté long-temps à ces humides armes, Elle se fust noyée au torrent de ses pleurs. A LA REYNE Astre dont les mortels adorent l'influence, Qui par ton bel esclat rends le jour à nos yeux Reine qui dans un char brillant et glorieux, Estalles ta grandeur ta gloire et ta puissance. Tes diuines vertus et ta rare prudence, Ont ietté dans le ciel tant de traits radieux, Que déployant pour toy son bras victorieux, Il se declare enfin protecteur de la France. Ô mille fois heureuse et rare pieté, Qui redonne à l'estat sa premiere beauté, Ô mille fois heureuse et celeste regence. Qui tenant sous ses pieds les demons abattus, Eschange heureusement les vices aux vertus, Et le siecle de fer à aage d'innocence. A DUCHESSE DE SAVOYE Fille du sang des dieux en qui la terre admire, Les plus rares presens de l'esprit et du corps, Mere des beaux soleils ou luisent les tresors, Par qui Mars et l'amour accroissent leur empire. Grande ame où des bourbons la grandeur se retire Dont la vertu guidant les augustes ressorts, Fait luire sa splendeur, iusques dessus les bords, Où la fille du jour pour Cephale souspire. Grand astre en qui le ciel influant ses clartés, Fait briller de vertus autant que de beautés, Ne vous offencés pas en ces iustes loüanges. Que l'on adore en vous son oeuure plus parfait, Si l'on doit reuerer les astres et les anges, On peut bien adorer la mere qui les fait. (Suite). Princesse en qui la gloire establit son sejour, En qui plus que jamais ou void reuire encore Les graces qu'au matin la nature et l'amour, Estallent sur le front de la naissante aurore. Soleil qui du millieu des astres de sa cour, D'un seul trait de ses yeux tout ce climat redore, Et qui d'un plus beau feu que le rayon du jour, Esclatte du couchant iusqu'au riues du more. Ainsi que dans nos coeurs vostre adorable aspect Imprime incessament l'amour et le respect, Souffres que dans le vostre on adore sans feinte. Les glorieux talens dont il est reuestu, Qui vous vient adorer il fait un oeuure sainte, Et se rend adorable adorant la vertu. A MADAME LA PRINCESSE Avant que le soleil fist briller ses tresors, Qui reluisent tousjours dessus vostre visage, Vainement la nature auoit fait ses efforts, Pour produire icy bas quelque parfait ouurage. Elle n'en fit jamais un plus grand ny plus sage, Que celuy quelle fit digne de vostre corps, Ny jamais foudroyeur de villes et de forts, N'eust tant que vostre fils d'ardeur et de courage. Mais quelque deité qui guidant ses soleils, Aussi grands en esprit qu'en valeur nompareils, Expose à leur vertu toute la terre en proye. Ils n'en doiuent pourtant des autels qu'à l'amour, Puis que l'un, sans vos yeux n'eût jamais eu de joye Et l'autre, sans vos soins de gloire ny de jour. POUR PORTRAIT AMAZONE Tout cede à Zenobie on ne peut resister, À l'invincible effort de ses puissantes armes, Et c'est esgallement que l'on doit redouter, Le pouuoir de son bras et celuy de ses charmes. Helas! Combien de sang elle nous va couster, Si sa fureur la porte au millieu des alarmes, Et combien ses appas qu'on ne peut euiter, Vont mesler de souspirs à des sources de larmes. Toy qui dans l'appareil d'une simple couleur, Vois son fer immobile et sa peinte valeur, Ne crains pas de ses coups le foudroyant orage. Son coutelas trenchant n'agit point en ces lieux, L'art te met à l'abry des traits de son courage, Sauue toy seulement de l'esclat de ses yeux. A DUC DE S. SIMON Ieune diuinité dont la beauté naissante, Luit d'un plus bel éclat que le flambeau du jour, Pour appaiser d'un coeur l'ardeur impatiente, Ne verrons nous jamais l'automne de retour. Faut-il que le soleil dans l'humide sejour, Plonge encore cent fois sa lumiere esclatante, Auant que d'allumer en faueur de l'amour, Du flambeau de l'hymen la flamme estincellante. Ha! Que le coeur blessé de cét illustre espoux, Que les dieux et les roys ont esleué pour vous, Doit accuser le ciel de rigueur et d'enuie. Et dire librement que la nature a tort, De vous auoir si tard fait present de la vie, Pour luy faire sentir les rigueurs de la mort. (Suite). Enchaisné dans les fers d'une rude contrainte, Par le fascheux delay de tes chastes plaisirs, Ce n'est pas sans raison qu'une amoureuse plainte Ouure tes yeux aux pleurs et ton coeur aux soûpirs. Qu'au millieu des langueurs d'une si dure atteinte, L'impatiente ardeur de tes iustes desirs, Agite ton amour d'esperance et de crainte, De rigoureux momens et d'ennuyeux loisirs. Quelque forte douleur qui ton ame ayt blessée, Adorant la beauté qui luit en ta pensée, D'un plus brillant éclat que le flambeau des cieux. Meurs quand il te plaira d'une si belle enuie, Celle qui fait mourir d'un regard de ses yeux, Peut aussi d'un regard te redonner la vie. SUR L'INCONSTANCE DU DIEU Quel plaisir fust égal au celeste transport, Dont mon coeur autrefois éprouua la puissance Lors que les trois demons qui regissent le sort, Roulants en ma faueur me liuroient bonne chance. Je voyois chaque jour acrestre ma finance, Et du cornet fatal d'où l'infortune sort, Couler incessamment sans peine et sans effort, Les plus riches tresors des cornes d'abondance. Mais las que depuis peu ces perfides lutins, Ont bien changé le cours de mes heureux destins J'ay beau toutes les nuicts discourir à la lune. C'est peu quand je ne perds que le centeleua, L'heur ma tourné le cul je croy que la fortune, Est bien ayse aujourd'huy qu'on la prenne par là. POUR MONSEIGNEUR DE R Enfin l'amour vainqueur du demon de l'enuie, Laisse heureux et content nostre amant fortuné, Et ce monstre fatal par la cour enchaisné. N'oze plus attenter au bon-heur de sa vie. Des biens et des grandeurs sa fortune est suiuie, Pour le lieu qu'il remplit le ciel là destiné, Ne pouuant consentir qu'à son front couronné, Non plus qu'à sa vertu la gloire soit rauie. Cét enfant de la nuict que l'on void aujourd'huy, Supplanté par les faits d'un enfant comme luy, N'aura plus desormais que d'inutiles armes. Quand mesme trop hardy pour tenter les hazards, Iustement irrité contre le dieu des charmes; Il voudroit esprouuer la puissance d'un Mars. EPITAPHE DE MONSEIGNEUR Vous le pouvés bienvoir vostre unique esperance L'appuy de cét estat le soutien de nos roys, Vous le pouués bien voir pour la derniere fois, Le pere protecteur et demon de la France. Vous qui depuis vingt ans auec tant de souffrance, Gemissés-sous le joug de l'empire des loix, Pleures peuple pleures, miserables françois, Celuy qui de vos maux calmoit la violence. Pauure peuple pleurés vostre bon-heur passé, Pleurés vostre soleil pour jamais eclipsé, Où plutost qu'en vos coeurs la pointe de vos armes Grauent par vostre sang vostre funeste fort, Vous deüssiés tous mourir si pour tarir vos larmes Son digne successeur n'estoit vostre susport. SUR COMBAT DE M. D.R. Qvi sçait combien de fois ta force incomparable, A rangé l'ennemy sous tes pieds abbatu, Ne s'estonnera pas admirant ta vertu, Du glorieux succés de ton bras redoutable? Prouoque qui voudra ta valeur indomptable, Et fasse à ses despens, le fol, et le testu, Il apprendra bien-tost que ton glaiue pointu, Est le couteau fatal de la parque effroyable. Paris en est témoin, Xaintonge l'est aussi, Qui vit l'un de ses preux soûmis à ta mercy, Trébucher sous l'effort du trenchant de tes armes. Glorieux de pouuoir se vanter à son tour, D'auoir esté vaincu par le dieu des allarmes, Et sauué du trépas par les mains de l'amour. A M. DE LUIGGY Diuin maistre des sons, prince de l'harmonie, Roy des chants, roy des coeurs, roy des affections, Fils des filles du ciel race des amphions, De qui toute la terre adore le genie. Ange qui nous rauis dieu de la simphonie, Pere des doux accords dont les inuentions, Font gouster à nos sens tendres aux passions, Des delices du ciel la douceur infinie. Je ne m'estonne point de voir à tes beaux airs, Soumettre les demons, les monstres, les eners, Ny de leur fier tyran l'implacable furie. Le chantre tracien dans ces lieux pleins d'effroy, Jadis en fit autant, mais de charmer l'enuie, Luiggy c'est un art qui n'appartient qu'à toy. A MARQUIS DE MONT-BRUN Lors qu'un iuste deuoir anima ton courage, Pour venger ton honneur sans trouble et sans effort, Tu parus glorieux dans le champ ou la mort, Imprime aux plus hardis l'horreur de son image. Sans craindre, sans pallir, ny changer de visage, Tu la vis, et ton bras aussi puissant que fort, Armé de ton bon droit se fit maistre du sort, Du temeraire autheur d'un insolent outrage. Ta vie en ce combat auecques ton honneur, Soustenus aujourd'huy par ta rare valeur, Ne se contente pas d'une seule victoire. Resistant à l'ardeur d'un iuste mouuement, Et pouuant l'immoler à ton ressentiment, Tu gagnes le sauuant une immortelle gloire. A COMTE DE LA GARDE Tout ce que l'estranger a produit à la France, De plus beau de plus grand et de plus glorieux, Ne sçauroit égaller la superbe excellence, Du pompeux appareil qui paroist à nos yeux. Qui ne dira voyant ta splendide opulence, Et les riches presens que tu fais en tous lieux, Que pour nous ébloüir de ta magnificence, L'inde ne t'ayt presté ses tresors precieux? Le peuple qui te loüe et la cour qui t'estime, Contraints de publier ta vertu magnanime, Disent qu'ils n'ont rien veu de plus brillant que toy. Et que parmy l'esclat du train qui t'enuironne, Tu meriterois mieux de porter la couronne, Que de representer la personne d'un roy. PRIERE A M. ST NICOLAS Parmy le desespoir, la frayeur et la mort, Les flots seditieux la tempeste et l'orage, Nous te voyons grand saint retirer du naufrage, Tous ceux à qui ton nom a serui de support. Aujourd'huy que le froid par un funeste effort, Déploye sur nos biens sa fureur et sa rage, Sauue bon Nicolas sauue le bon breuuage, Que ce monstre frilleux endommage si fort. Quarantis si tu veux des rigueurs de la parque, Le passager craintif, le pilote et la barque, Mais daigne prendre aussi quelque soin du tonneau. Sans luy nous ne pouuons celebrer ta memoire, Montre-nous ton pouuoir il y va de ta gloire, Que tu sois le patron du vin comme de l'eau. A M. DE MOIROUS Amy dont la bonté me fût tousjours propice, Que je dois sur tout autre honorer et cherir, À qui faute de biens je ne sçaurois offrir, Qu'un desir impuissant de te rendre seruice. Quelque rigueur du sort que ma muse patisse, Sous le malin aspect qu'il me conuient souffrir, Ainsi que ta vertu m'a daigné secourir, Ne me refuse pas encor un bon office. Si tu fais dessus moy reluire la splendeur, De l'astre dont trois fois jarretay ressenti l'ardeur, En l'honneur de ton nom ma voix fera parestre, Les glorieux talens dont il est reuestu, Et de la mesme main dont jarretencense ton maistre, Amy jarretencenseray ta diuine vertu. A MONSEIGNEUR PHOEBUS Qvoy me pipper ainsi m'affronter de la sorte, Me promettre beaucoup et me laisser sans pain, Adieu gueux d'Appollon, adieu fils de putain, Adieu menestrier que le diable t'emporte. Que ne me disois-tu que la franchise est morte, Qu'au chemin de l'honneur il faut mourir de faim, Qu'il faut aller tout nuds, qu'il faut tendre la main Et pour auoir un sol gueuser de porte en porte. Ne m'en viens plus conter auecques ta vertu, On s'en rit desormais, on s'en torche le cu, Le riche est ennemy du chant et de la rime. Si l'enfer à chés eux estably son bureau, Pense-tu profiter ou la vertu c'est crime, Si tu n'est pour le moins voleur ou maquereau. CONTRE UN JEUNE GENTIL-HOMME En cruauté pareil au sauuage pourceau, Que l'honneur, le deuoir, ny la pitié ne touche, Vous portés des crochets dans vostre fiere bouche, Qui pourroient mettre encor Adonis au tombeau. Deschirer ses amis, il n'est ny bon, ny beau, Et fussiez vous extraict d'une royalle souche, Je ne puis consentir que vostre dent farouche D'un nés, l'honneur des nés n'en fasse qu'un morceau. Retenez donc un peu cette dent magnanime, Contre qui je voudrois opposer une lime, Plustost que le trenchant d'un long fer esmoulu: Que si perseuerer en cette humeur estrange, C'est vostre bon plaisir, je vous diray mon ange, Qu'en matiere de nés vous estes bien goulu. A MA MAISTRESSE J'entens depuis trois jours vos demons furieux, (????) Qui pour venir à bout de ma foible constance, Plein de fiel et d'aigreur me dit injurieux, Mal-heureux qu'as-tu fait songe à ta conscience. En ce fascheux accez je pense, et je repense À l'extreme rigueur qui me suit en ces lieux; Mais en fin je ne voy que ma seule innocence Qui veut qu'encor un coup je paroisse à vos yeux. Helas! Si je ne puis au mal qui me deuore Obtenir le pardon du peché que jarretignore, Pour le moins accordez à mon funeste sort, Que bien-tost de mes maux sa rigueur me deliure Aussi bien n'ay-je plus esperance de viure, Depuis que vos dedains m'ont procuré la mort. A MADAME DE HAUTEFORT Heureux qui met au ciel toute son esperance, Qui se rend attentif aux accens de sa voix, Qui regle ses desirs selon ses sainctes loix, Et suit le mouuement de sa iuste cadence. Il reconnoist enfin que toute la puissance, La gloire, la grandeur, les biens, et les emplois, Les plaisirs de la cour, et la pompe des roys Ne sont que les iouëts de l'humaine inconstance. Vous à qui les rigueurs des plus sanglans ennuys Changerent les beaux jours en de mortelles nuits, Voyez comme l'estat a changé de visage: Enfin l'heur et les biens succedent aux malheurs, La joye aux desplaisirs, les plaisirs aux douleurs, Et la serenité reuient apres l'orage. ADVERTISSEMENT A VIEUX PECHEUR Mortel à qui jamais ne vint en la pensée, De suiure des vertus l'esclattante beauté, Homme sans dieu, sans foy, sans loy, sans pieté, Esclaue des erreurs d'une trouppe incensée. De grace ouure les yeux, voy ta course auancée Tes membres sans chaleur, et sans humidité, Consulte ta langueur, et ta debilité, Et voy dans un miroir ta jeunesse passée. Voicy la mort en pieds, qui d'un coup inhumain Au milieu de tes gens te va percer le sein, Orgueilleuse elle vient d'abattre un diademe. Helas! Que feras-tu, si tu n'as le loisir De renoncer aux feux de ton sale plaisir, De songer à ton dieu, et penser à toy-mesme. A MONSEIGNEUR LE PRINCE Qvel memorable exploit s'en va grossir l'histoire? Quel miracle inoüy? Quel fait prodigieux A signalé desja ce fils victorieux, Dont la France à jamais cherira la memoire. Obtenir à vingt ans la plus haute victoire Que jamais la valeur ait produit à nos yeux, Et par un coup d'essay brillant et glorieux, S'acquerir en un jour une eternelle gloire. Superbe et triomphant ainsi qu'un jeune Mars, Marcher d'un pas hardy sur le train des Caesars, Combattant et vainqueur imiter Alexandre. D'un bras victorieux cueillir mille lauriers, Et surpasse enfin les plus braues guerriers, C'est ce que la nature a peine de comprendre. SUR unSUJETFORT CONNU Mortel qui que tu sois, qui d'un coeur indompté Mesprise des destins la cruelle insolence, Plein de coeur et d'esprit, et dont la probité Brille du bel esclat d'une rare science. Eusse-tu des caesars la force et la vaillance, D'un ange glorieux la grace et la beauté Plus que tous les humains d'art et d'experience, De vertu, de candeur, et de sincerité. Si tu te voix atteint de ce monstre perfide, Qui posseda le coeur du premier homicide, Ne pense pas gauchir à ses coups dangereux. Mais viens auecque moy plaignant mon aduanture Apprendre desormais à toute la nature, Que les honnestes gens sont les plus malheureux. (suite). Moy qui sers à trois soeurs, et qui sans vanité Par trois charmes diuers brauerois la fortune Si des fausses grandeurs l'insigne lascheté, N'auoir rangé mon sort auecques la commune. Je trauaille, je cours, je me plains, jarretimportune, Mais dans le mal commun de la stupidité, J'arracherois plustost le cercle de la lune, Que d'attirer sur moy quelque foelicité. C'est ainsi qu'accablé sous l'enuieuse rage, Du sort iniurieux qui sans cesse m'outrage, Je l'anguis à tes yeux si long-temps abattu. Et qu'estant un object trop digne de l'enuie, Il faut que mon esprit soit bourreau de ma vie, Et que mon ennemy soit ma propre vertu. A M. FARET Je n'auois jamais veu les traits de ton visage, Ny gousté la douceur de tes diuins escrits, Lors que de ta vertu sensiblement espris, Je rendois à ton nom un glorieux hommage. Mais si-tost qu'à l'esclat de ce fameux ouurage, Qui t'esleue au dessus des plus rares esprits, J'eux en te benissant heureusement appris, À deuenir meilleur plus honneste et plus sage. Je dis auec transport que ce prince est heureux, D'auoir pour esclairer ses actes valeureux, Un soleil esclattant sur la terre et sur l'onde. Qui par l'esclat brillant de mille traits diuers, Luy mesme s'estant peint aux yeux de l'uniuers, Se peut faire adorer iusques au bout du monde. A M. DE GASSION Apres auoir cent fois démoly cent murailles, Repousse les germains dompté les pays bas, Signalé tes exploits en cent mille combats, Vaincu des nations et gagné des batailles. Nous estions prests à voir nos tristes funerailles, Par le funeste coup sous qui tu succombas, Qui nous laissans vaincus terminoit nos debas, Et te perçeant le sein deschiroit nos entrailles. Quand le ciel aduerty de nos proches mal-heurs Malgré le fier demon qui causa tes douleurs, Se montra si soigneux de ta conualescence. Que te rendant la vie auecque la clarté, Il prit encor le soin de ta debilité, T'enuoyant un baston de mareschal de France. A DUC D'ORLEANS Attandant le secours de vostre main tardiue, Un espoir incertain tient mon ame en langueur Je n'ay plus que la voix que ma langue plaintiue, Tire inutilement du profond de mon coeur, Douze mois sont passés que ma muse lassée, Si proche du soleil iniustement glacée, Ne sçait plus qu'esperer du naufrage ou du port, Prince dont la bonté tient la terre asseruie, De grace dites moy, si c'est durant ma vie, Que vous me donnerés ou bien apres ma mort. Ta liberalité brille de tant de gloire, Que mesme en la voyant on ne la sçauroit croire, Mais quand à moy je suis plus credule en ce point, Car je la croy marquis et je ne la voy point. SUR FONTAINE DE VIN Si la beauté de cette source, Dauphin grand miracle des cieux, Pour celebrer ce jour heureux, Aujourd'huy commence sa source, Ne permets pas digne dauphin, Qu'on en voye si-tost la fin, C'est un honneur à ta memoire, Si tu souffres dedans son coeurs, Le caractere de ta gloire, Grand prince il durera tousjours. À Phillis svr un bovqvet. Receués ces viues couleurs, Que nature mit en ses fleurs, À dessein qu'un ange les porte, Mais songés qu'elles passeront, Et que vos beautés de la sorte, Dans quelques jours s'effaceront. EPITAPHE DE X Cy gist le pere d'Alexandre, Pere au peuple, pere aux escus, Que le bon Dieu ne peut reprendre, D'auoir fait des marys cocus. Epitaphe d'un singe. Icy la mort tient en relais, Robert de qui la gentillesse, Fust aussi fatale aux laquais, Comme plaisante à sa maistresse: Sa vertu fust digne d'enuie, Et quelque ennemy sans raison, N'a pas oublié le poison, Pour dresser embusche à sa vie, Sage passant, ris, mais admire, Et nos plaisirs, et nos douleurs, Si son viuant nous a fait rire, Sa mort nous a cousté des pleurs. ALCIDON SOUS LE BALCON Belle et paisible nuit fauorable aux amans, De ton air obscurcy redouble les tenebres, Corbeaux iettés des cris funebres, Oyseaux de nuit, poussés vos tristes hurlemens. Volez de tous costez sur l'aisle des hibous, Obscurité, sommeil, horreur, crainte, silence, Venez tromper la vigilence, D'un importun riual, et d'un mary jalous. C'en est fait, ce grand calme a charmé les mortels Je voy desja qu'aucun ne paroist dans la ruë, Sans rendre ma flamme connuë, Allons de ma Philis, encenser les autels. Tout beau mes pieds, marchez auecques moins de bruit, J'aproche des saints lieux, où demeure ma reine Mes poulmons tenez mon halene, Gardez-vous de troubler une si belle nuit. Mais je m'aproche enfin du balcon auancé, D'où je peux aisément faire entendre ma plainte, Je voy l'epicicle, où ma sainte, Fait luire quelquesfois son rayon élancé. Philis, éueillés-vous, le voisinage dort, Sortés sur le balcon, faites voir vos lumieres, Rendés le jour à mes paupieres, Où mon coeur languissant va ceder à la mort. Venés, ne craignés rien, je suis seul en ces lieux, Le respect seulement est ma fidelle guide, Il retient mon ardeur en bride, Il compose mes pas, comme il conduit mes yeux. Je suis un corps mourant de douleur animé; Comme un spectre amoureux que l'espoir fait reuiure, J'erre, et je prens plaisir à suiure, De vostre aimable corps le philtre enuenimé. Mon amour est semblable aux feux du firmament, Comme eux il n'est point veu pendant que le jour dure, Et lors que la nuict est obscure, Il se monstre, mais c'est à vos yeux seulement. Que n'estes vous moins belle, où moy moins amoureux, Vostre vie en seroit beaucoup moins éclairée, Et mon ame desesperée, N'auroit pas à souffrir un mal si rigoureux. Adieu, jarretoy les oyseaux auant couriers du jour, Dont le chant importun m'oblige à la retraitte, Phoebus à l'humeur indiscrete, Il pourroit bien icy me faire un mauuais tour. A ARCHEVESQUE DE SENS Grand prelat que nul autre égalle, Beau corps en qui l'esprit étalle Tout ce que la terre et les cieux Estiment de plus precieux. Grand miracle de la nature, Prelat en qui la prelature Fait voir en son brillant éclat, Un soleil plutost qu'un prelat. Soleil qui dedans ta carriere, Du moindre iet de ta lumiere Efface toute autre splendeur. Soleil de qui la sainte ardeur En soy n'a rien que d'adorable. Soleil à toy seul comparable, Dont la claire et sainte lueur, De nos coeurs dissipant l'erreur, N'est aux meschans moins salutaire, Contre le venin pestifere Du serpent qui donne la mort, Qu'aux bons, dont elle est le confort. Adorable prince des charmes, Sacré porteur des saintes armes, Qui nuict et jour depuis maintenant Redoublent la fiévre à Sathan. Digne sujet de nostre estime, Prelat charmant et magnanime, Dont les saints, et sacrés discours, Passent à bon droict en nos jours, Pour autant de doctes miracles. Grand interprete des oracles, Ange de lumiere éclatant, Qui du seul formidable accent, De ta voix docte, et menaçante, Donnant aux vices l'épouuante Fais iusqu'au plus creux de l'enfer, Tout trembler iusqu'à Lucifer. Ha! Que pour tracer ta peinture, Rare et brillante creature, Mon art n'est-il assez parfait? Que pour acheuer ton portrait, N'ay-je ces couleurs immortelles, Par qui ces sçauantes pucelles, Tirent les roys de leurs tombeaux? Que n'ay-je les doctes pinceaux, Au moins de Zeuxis, ou d'Appelle? Que pour te témoigner mon zele, Je ferois de peintres quinaux: Que jarreteffacerois de tableaux, Qui dans le temple de memoire, Batards ont excroqué la gloire, Qui n'est deuë qu'à tes égaux! Que je te ferois de riuaux: Faisant connoistre à tout le monde, Ce qu'a ta vertu sans seconde, Les mortels redoiuent d'encens, Ce que la raison sur tes sens, Emporte d'honneste victoire: Et ce que l'on doit à ta gloire, Quand tu dis au mespris du corps, Plus d'amis et moins de tresors. Que ces qualités enjoüées, Dans ton entretien tant loüées, En cét enfant de mon amour, Feroient éclater un beau jour! Qu'en l'honneur de cette prouince, Ta generosité de prince, Qui cent fois a veu dessous soy, La magnificence d'un roy, Rehausseroit bien mon ouurage! En ce temps où tout rend hommage, Tant seulement au car-d'escu, Ou les beaux esprits sont à cu, Ou les muzes ont fait naufrage, Ou Phoebus a plié bagage, Aussi bien que dame vertu, Ou le plus riche, et mieux vestu, N'a pas des choux pour son potage, Ou la lezine est en vsage, Ou chacun craint d'estre battu, De la famine au nés pointu, Ou des beaux arts qui sont en friche, Tant le bon que le mauuais riche, Ne donneroit pas un festu. Ou tout espoir est abbatu, Ou n'est pas fin qui n'est pas chiche, Ou de peur d'offencer la miche, Les sages les plus preuoyans, Font bien de s'arracher les dents. Ou bien souuent le plus auide, Est contrainct de mascher à vuide, Bref, ou les plus honnestes gens Disent seruiteur à l'encens. Dont pourtant malgré l'inclemence, Du temps il faut que je t'encence, Comme seul en qui je puis voir Dignité pour coup d'encensoir, Et vertu pour pareille offrande: Qu'auec humilité tres-grande, T'offre un coeur, pris comme un poisson, Au riche, et charmant ameçon, De ton esprit, qui sans licence, Le prit, sans que pour sa deffence, M'eust deuant Monsieur De Paron Seruy de crier au larron, Qui sans doute sur telle engeance, De larrons a peu de puissance, Et qui quand puissance il auroit Tels larrons point n'empescheroit, Vous entendans comme on peut croire, Tous deux comme larrons en foire, Dans l'art de prendre sans crochet Un pauure coeur au trébuchet. Dont pourtant ores sans feintise, J'en adore, et benis la prise: Ne le pouuant, en bonne foy, Laisser à plus charmant que toy. POUR un BALLET Nous sommes fils de la bouteille, Sur qui la mort n'a point de droit, À qui la terre manqueroit, Plutost que le ius de la treille, À qui cette aymable liqueur, Conserue l'entiere vigueur. De la force et de la jeunesse, Dont les esprits indifferents, Loin des pieges de la vieillesse, Ont fait la nique aux cheueux blancs. Pleins de douceur et de loisir, Sans mal et sans inquietude, Nous goustons auecques plaisir, Ce qu'on nomme beatitude, Iamais les embusches du sort, Ne nous ont reduit sous l'effort, Du mal-heur que predit la crainte, Tant qu'en yvrés de ces bons vins, Nous combattons à coups de pinte, La malice de nos destins. Auec cette aymable peinture, À qui l'amour doit des autels, Nous faisons la nique aux mortels, Et brauons toute la nature, Bacchus se plaist auecques nous, Et bien que l'autre en soit jaloux; Nous cherissons sa compagnie, Ce goinfre n'a point de deffaut, C'est un dieu sans ceremonie, Et c'est ainsi qu'il nous le faut. Ce n'est pas, ô dames sucrées Que charmés de vos doux appas, Nous ne supportions de trespas, Autant que vous estes d'Astrées; Mais ne pensés pas que dans l'eau, Nous aillions chercher un tombeau, Ainsi que Celadon peu sage, Nous ne mourrons jamais pour vous, Que dans un muy de ce breuuage, Où dans un tonneau de vin doux. A MLLE DE CHEMERAUT Amour par les traits de vos yeux, A sçeu blesser en tant de lieux, Un esclaue de vostre empire, Que la crainte de reueler, Les maux dont son ame souspire, L'oblige de mourir plutost que de parler. Proche de vos charmes puissans, Son coeur à vos yeux innocens, Voudroit faire parler sa bouche, Mais l'esclat de vostre beauté, Auec la crainte qui le touche, Luy fait perdre la voix comme la liberté. Deuant un obiet si charmant, Le plaisir et l'estonnement, Monstre assés le mal qui le presse, Et s'il n'oze le reueler, Ce n'est pas qu'il manque d'adresse, Mais amour est enfant et ne sçauroit parler. Pourtant en vostre doux aspect, L'amour, la crainte, et le respect, Ne pourroient rien sur son audace, N'estoit que voulant approcher, D'un coeur qu'il croit estre de glace, Il deuient comme luy de glace, ou de rocher. Ainsi les rayons des clartés, De vos yeux nos diuinités, Estonnent les plus insensibles, Et nous font croire assurement, Que les anges nous sont visibles, Puis qu'il nous est permis de vous voir un moment. POUR un BALLET DU ROY Je suis cette aymable syrene, Qui des orages precedens, Viens faire ma plainte à la reyne, Contre l'insolence des vents, Afin que leur dieu se retire, Et qu'il trouble les flots plutost que nostre empire. Ce monstre plein de violence, A causé par nostre debris, Que l'on trouue plus d'assurance, À Saint Germain que dans Paris, Aussi pour éuiter sa rage, Nous nous rendons icy à l'abry de l'orage. Sachant que la reyne des graces, Enfantera bien-tost d'amour, Nous auons parmy nos disgraces, Choisi ce bien-heureux séjour, Pour donner à toute la France, Mille sortes de vins pour boire à sa naissance. LE MATIN En fin la nuit est prisonniere, Le soleil contre elle animé, Sur son chariot enflammé Porte le jour, et la lumiere: Le ciel d'un visage serain, Despouïlle sa robe d'airain, Philis rauit au sein de Flore Le bouton qui s'espanouït; L'astre qui deuance l'aurore, Fuit dans l'onde, et s'esuanouït. Cét oyseau de mauuais presage Porteur de l'ombre, et de la nuict, Ennemy du jour, et du bruict, A caché son mauuais visage: Les hommes remplis de sommeil, Dorment attendants le sommeil, Et son bel oeil sortant de l'onde Voyant assoupis tant de corps, Doute si la face du monde, N'est point la demeure des morts. Son feu dans le sein de Neptune, Dore laisle des alcions, L'esclat de ses diuins rayons, Brize les cornes de la lune, Ce fleuue n'est plus de metal, Ces fenestres sont de cristal, Ô belle et douce matinée, Que puisse ton front amoureux, Durer ainsi toute l'année, Le monde seroit bien-heureux. (epigramme) Marsias s'estouffe de rire, Voyant ce valet de porcher, Manier le chant et la lyre, Qu'Appollon seul deuroit toucher. ADIEU A DUC D'ANGOULESME L'hyuer ne nous fait plus la guerre, Et pour la seureté des pons L'air a fait fondre les glaçons, Et banny le froid de la terre; Le peuple en nos champs parfumez, Sorty de ses trous enfumez, Admire les traits de nature, Et confesse auecque raison, Qu'au respect de cette verdure, Paris n'est plus qu'une prison. Les matelots au gré du vent Voguent sur l'humide campagne, Le soldat comme auparauant Suit le danger qui l'accompagne: Le gros bourgeois plein de loisir Gouste aux champs auecques plaisir La bonne chere, et la musique, Et l'on ne voit dedans Paris Plus que le courtaut de boutique, Le rat, et la chauue-souris. Pour moy dont l'esprit, et l'estude, Abhorre la captiuité, Et qui cheris ma liberté Plus qu'un moine la solitude, Ne verray-je point ces couleurs, Ce printemps, ce jour, et ses fleurs Dont la terre aujourd'huy se couure: Las! Ce seroit bien me punir, Si le roy me donnoit son Louure Pour m'obliger à m'y tenir. Grosbois, où Venus se promene, Où l'amour n'a jamais transy, Où toutes fleurs hors le soucy Superbe palais enchanté, Dont les graces, et la beauté Sont la principale structure, Et où sans crime tous les sens Trouuent au sein de la nature Les plus chers diuertissemens. Que le cristal de tes fontaines, A pour moy de puissans attraits, Et que jarrety boirois à longs traits, Malgré quelques secrettes haines: Là que jarretaurois beau mediter, Sous ces arbres que Iupiter Ne frappa jamais de la foudre, Et où pour complaire au sommeil Le ciel ne fit jamais de poudre, De gresle, d'eau, ny de soleil. Si celle pour qui je souspire, Que seule jarretadore icy bas, Et pour qui je ne voudrois pas Tout l'uniuers, et son empire: Ma chere, et douce liberté, Ne tenoit mon coeur enchanté, De l'espoir d'un heureux voyage; Mais c'est trop viure dans ce lieu, Mon humeur y deuient sauuage, Grand prince je vous dis adieu. A M.L.P. Chacun vit de son mestier, Peintre, chantre, sauetier, L'escrimeur vit de sa brette, Le forgeur de son marteau, Le filou de son couteau, Le ladre de sa cliquette. Moy seul qui par les douceurs Des melancholiques soeurs, Peux former une peinture De tous les objects diuers, Qui brillent en l'uniuers, Dans le sein de la nature. Qui du stile le plus fort Qu'ait jamais braué la mort, Sur les aygles estouffées, Ay fait reluyre vos lys, Et chanté de vostre fils La grandeur, et les trophées. Apres auoir plus d'un mois Rongé le bout de mes doigts, Arraché de l'vranie Plus d'espines que de fleurs, Et conceu dans les douleurs Les enfans de mon genie. Enfin jarretay perdu les yeux, Et dans mon sang bilieux, Un chagrin melancholique, D'auoir si bien excité; Vostre liberalité M'a fait deuenir étique. En ce superbe embonpoint, Ma fortune est en ce point Si doucement poursuyuie, Que si Iesus dés demain Ne change la pierre en pain, Je ne seray plus en vie. Quand d'un magnifique trait Je peignois le beau portraict De vostre viuante image, Prince je ne voyois pas Que l'horreur et le trespas Se peignoient sur mon visage. Que ce fils de mon amour, À qui je donnois le jour, Plus cruel qu'une vipere, Alors deschirer le flanc, Et respandre tout le sang De son miserable pere. Vous dont le bien inconnu, La rente, et le reuenu Surpasse toute opulence, Et dont le riche thresor Enfle des montagnes d'or, Par tous les coins de la France. En qui la guerre, et la paix, Ne consommeront jamais, Tant de richesse amassée, Laisserez-vous pour si peu, Si proche d'un si beau feu Ma pauure muse glacée. A COMTE DE HARCOURT Toy qui mieux qu'un cesar sçais comme il faut donner, Au premier vent qui fait la trompette sonner, Magnanime Harcourt dont la gloire bruyante, A seruy de sujet à ma voix éclatante, Lors que d'un bruit plus beau secondant ta vertu, Je sonne en ta faueur, pourquoy ne donnes tu. Sus donc sans differer monstre moy cette ardeur Qui d'un si bel éclat fait luire ta grandeur, Je sçay bien grand heros qu'en ce beau champ de gloire, Ton courage jamais ne se rebuttera, Et que pour emporter l'honneur d'une victoire, Tousjours mieux qu'un Cesar ta vertu donnera. Ne doute point aussi que d'un puissant effort, Je n'aille publiant du midy iusqu'au nort, Les glorieux effets de ta valeur parfaite, Quoy que de moy l'enuie ayt dit, où te dira, Sache prince vaillant que je suis la trompette, Qui le plus ardamment ta gloire sonnera. **************** Mon ange c'est assés perdant mon esperance Des pleurs que j'ay versés, Las! Ne m'outragés plus par la cruelle absence, Dont vous me menacés, Le jour que vostre corps que le destin m'enuie, Partira de ce lieu: Sera le jour fatal qui finira ma vie, En vous disant adieu. En ce triste moment qu'il faudra que jarretimmolle, Ma vie à ma douleur, Caliste vous verrés ma bouche sans parolle, Et mon teint sans couleur, Allors vous me verrés plus muet qu'une souche, Embrasser vos genoux: Et sans prendre congé de vostre belle bouche, Mourir auprés de vous, À ce triste penser ma pauure ame abattuë, Reste sans mouuement, Je meurs auant le coup de la peur qui me tuë, De vostre esloignement. Preferés dont mon astre à ce climat estrange, Le doux air de Paris, Demeurés en ces lieux si vous n'estes un ange, Lassé du paradis, Où si pour mon secours la pitié que jarretimplore, Est sourde à la raison, Ne me refusés point de la main que jarretadore, Quatre grains de poison. Si je n'ay pas eu le bon-heur, D'auoir part à vostre langueur, Lors que plus timide qu'un lieure, Je vins coucher à vos genoux; Pour partager auecque vous, Le mal qui cause vostre fiévre, C'est que pour l'inïuste courroux: De vostre ame fiere et cruelle, Mon supplice eust esté trop doux, Et ma mort eust esté trop belle Ô cruauté trop criminelle! Ô trop inhumaine rigueur! Que puis-je esperer de mes larmes, Si vous refusés à mon coeur, Qui ne peut viure sans vos charmes, L'honneur de perir par vos armes, Et mourir de vostre douleur. SUR SA MALADIE Tirsis par sa rigueur extreme, Ne m'ayant peu donner la mort, Contre soy tourne son effort, Et de despit la face blesme, Essaye de mourir soy-mesme, Sçachant bien qu'il me fera tort, De me rauir tout ce que jarretayme. Malgré sa rigueur in humaine, Je veux pourtant le secourir, Rompant la mal-heureuse chaisne, De mes jours que le font souffrir, Je suis bien content de perir, Qu'il ne s'en mette plus en peine, Qu'il viue ma mort est certaine, Mais helas! Il peut bien mourir, S'il attend un jour que ma hayne, Ayt un charme pour le guerir. SUR LA MALADIE DE MELLITE Laissés en paix flamme rebelle, Quittes l'obiet de mes desirs, Laissés en paix tous mes plaisirs, Mon coeur à vous s'offre pour elle, Qu'allés vous chercher en son coeur, Cruel accés fiévre langueur, Que demandés-vous à ma belle, Venés en moy cruelle ardeur, Mon coeur à vous s'offre pour elle. Venés en moy langueur mortelle, C'est trop tarder il faut mourir, Puis que ma mort la peut guerir, Allons guerir cette cruelle, Qu'allés vous chercher en son coeur, etc. Laissés ce coeur inexorable, Venés finir mon triste sort, Il veut mon sang, il veut ma mort, Quoy serés vous plus pitoyable, Qu'allés vous chercher en son coeur, etc. SUR SON ABSENCE Qvoy mes yeux que pensés vous faire, Le soleil vous est deffendu, Le bel astre qui vous éclaire, Pour vous en la nuit est fondu, Mon coeur en est tout esperdu, Perdant sa clarté coustumiere, Pour vous mes yeux tout est perdu, Adieu soleil, adieu lumiere. Viure en un destin si contraire, C'est n'auoir force ny vertu, Rien que la mort ne me peut plaire, Viens donc! ô mort que tardes-tu: Tout mon espoir est abbattu, Je suis à mon heure derniere, Ma raison, c'est trop combattu, ADIEU A MELLITE Enfin je m'en vais vous quitter, Adieu coeur ingrat et rebelle, Si je meurs pour vous contenter, Ma mort en sera moins cruelle Quand vous en sçaurés la nouuelle, Vous pourrés bien rire et chanter, Adieu je m'en vais vous quitter, Adieu coeur ingrat et rebelle. Oüy, c'est trop vous persecuter, De mon amour sainte et fidelle, Mon coeur, c'est trop se tourmenter, J'entens une voix qui m'appelle, C'est la parque, ô dieux qu'elle est belle, Il faut partir et se haster, Adieu je m'en vais vous quitter, SUR SON ABSENCE Esprit du ciel, diuin genie, Mon ange où estes vous allé, Las! Rendés moy je vous supplie, Le coeur que vous m'aués volé, Au ciel vous estes enuolé, Sans auoir pitié de mes larmes, Loin de vous je suis exilé, Reuenés bel esprit aislé, Rendés-moy le jour, et vos charmes. Absent de vous je suis sans vie, Et des qu'en mon coeur desolé, Vostre lumiere fust rauie, Mon sang en pleurs s'est escoulé, Vous deussiés m'auoir consolé, Voyant mes souspirs et mes larmes, Mais vos rigueurs m'ont immolé, Reuenés bel esprit aislé, Rendés-moy le jour et vos charmes. A DUCHESSE DE SAVOYE Noble bourgeoisse de Turin, Fille du grand roy de Gonnesse, Dame qui marches à grand train, Adorable et belle duchesse, Princesse que je ne vis onc, Et comment vous portés-vous donc? Depuis le jour que tant de l'armes, Vous causastes dedans Paris, Quand pour l'absence de vos charmes, Tant d'artisans furent marris, De courtisans et de gens darmes. Vrayment la France à cette fois, Perdit une fort bonne fille, On dit qu'elle en mordit ses doigts, Et qu'elle en prit noire roupille, Celle qui tant escarpina, Pour sa fille proserpina, N'eust au coeur douleur tant amere, N'y tant le sein ne se batit, Que fist cette dolente mere, Voyant demonter vostre lit, Et preparer vostre littiere. Au bruit que firent vos mulets, Crieuse ne fut d'eau de vie, Vendeuse d'herbe ou de balais, Qui ne vous dit, dieu vous benie, Pour vous voir on quitta tresteau, Pincete, tenaille et marteau, Maistre Iean quitta son alesne, Pour moy je quittay mon sabot, Madame, qu'il vous en souuienne, J'estois assis dessus le coq, De la parroisse Saint Estienne. Sur ce pinacle où je juchois, Petit garçon portant jaquette, D'où souuent passer je voyois, Maint animal portant sonnette: En vain des yeux je vous cherché, Et mes regards je decoché, Sur carosse et sur damoiselle, Je vis maint nés, pié, teste et col, Mais pour de royalle pucelle, J'en vis par Monseigneur Saint Paul, Aussi peu que jarreten ay dans laisle. Aussi depuis il m'est resté, Tel desir de vous voir en face, Que pour face voir jarretay monté, Monts plus fiers que les monts de Trace, Pour vous voir reyne de Piemont, J'ay surmonté maint aspre mont: Le Tarere Tarc et Tarete, Et le geneure faux grison, Qui sur passant montagnes iette, Des neges qu'en toute saison, Il porte dessus sa barrette. Dans ces glacés portes bandis, Sur qui jamais feu ne fit flambes, Sont les chemins du paradis, Mais non du paradis des jambes; Jamais soulier au pied collé, N'en retourna que dessollé, Et moy qui sous maigre carcasse, Porte deux jambes de furet, J'en meurs, j'en fremis, j'en trépasse, Et je puis dire adieu jarret, Adieu Paris, adieu Parnasse. Ce que ne pouuant supporter, Tant pied brisé, que jambe torte, Vous supplient de faire oster, Les susdits monts de vostre porte, Pour lesdits monts faire raser, Vous prier ozons bien ozer, D'en escrire au sieur encelade, C'est un garçon fort comme trois, Il ne luy faut qu'une boutade, Pour aller encore une fois, Donner à Iupin l'anguillade. Mais helas! je serois bien bleu, Si loin de m'estre fauorable, Vous me disiés allés à Dieu, Vrayment ce seroit bien le diable, Et bien je vous obeirois, Et vos monts je degrimperois, Tost jarretaurois plié mon bagage, Car trop grand il n'est dieu mercy, Mais je dirois ha ha fromage, Est-ce ainsi que l'on traitte icy, Les enfans de vostre village. Est-ce là ce qu'on m'auoit dit, Mon maistre plus grand que Pompée, Luy qui pour vous vendroit son lit, Son grand cheual et son espée, Est-ce ainsi que des reuerés, Enfans du pere aux crains dorés, Les prieres sont repoussées, Et que l'on fait visage gris, Aux porteurs des muses froissées, Qui sont venus depuis Paris, À l'odeur de vos fricassées. Vrayment je n'eusse jamais creu, Que princesse tant honnorable, Fermer l'oreille eust jamais peu, À priere tant raisonnable, Des monts raser en bonne foy, Voilà grand cas, c'est bien dequoy, Pour en parler la chose est belle; Ces puissans garçons qui jadis, Au nés de la trouppe immortelle, Firent le diable en paradis, N'en faisoient qu'une bagatelle. Vous estes fille pour le seur De bon pere et de bonne mere, J'ay veu, madame, vostre soeur, Et feu, monseigneur, vostre frere: Mais je dirois sans dire mal, Que jamais coeur au vostre égal, Ne parut en royal lignage, Tout le monde le dit aussi, Et fait cas de vostre courage, Et pourquoy donc traitter ainsi, Les enfans de vostre village. Mais que dis-je, ô diuin soleil, Grand astre de qui la lumiere, Respand son éclat nompareil, Sur l'un et sur l'autre hemisphere, Quel rat, si ras et si tondu, Quel Apollon si morfondu, Architecte d'airs ou de carmes, Quel vertueux infortuné, Prés de vous n'a tary ses larmes, Et soudain ne fust enchaisné, De vos vertus et de vos charmes. Quel esprit ne fust attiré, Par vos qualités adorables, Et par l'aymant saint et sacré, De vos vertus incomparables, Qui retournant à son foyer, N'ayt des sans beaucoup l'armoyer, Ô trois fois heureuses colines, Sejour, ô trois fois bien-heureux, Qui retenés dans vos cassines, L'abregé le plus glorieux, De toutes les vertus diuines. En quels climats tant écartés, La bonne femme renommée, N'a vos royalles qualités, Porté sur son aisle emplumée, Qui voyant dans un si beau corps, Briller tant de riches tresors, N'ait dit en extase profonde, Heureux mes yeux par qui je vois: Plus beau que la fille de l'onde, Plus auguste que coeur de roys, Plus charmant que l'astre du monde. Mais autant où plus de bontés, Eussiés-vous du ciel en partage, Qu'on void reluire de beautés, Dessus vostre auguste visage, De sacs d'escus plus de milliers, Qu'il n'est points dans vos souliers, Cinquante liures de courage, Plus que n'en eust Semiramis, Voire deux onces dauantage, Comme on dit tout à ses amys, Je vous diray dans mon ramage. Dame si frapper à vostre huys, Je viens portant joyeux volumes, Pas pourtant chargé je ne suis, D'argent comme un crapaut de plumes, Autant en blans qu'en blons escus, J'ay grace à dieu cent francs ou plus, Item, suiuant mon inuentaire, Un page qui vaut mille francs, Plus un valet qui ne boit guerre, S'il n'a vin fort, et dont les dens, Font souuent peur à la rapiere. Venu ne suis vous apporter, Ny tourment, ny poire dangoisse, He! Pourquoy donc pour vous chanter, Dieu vous benie et Dieu vous croisse, Pour cette effet un serain jarretay, Que les souris n'ont pas mangé, Ou en pourroit bien faire un page, Il est sage et moriginé, Il mange tout seul, il fait rage, Je croy que s'il est bien mené, Dans cent ans qu'il aura de l'âge. Il chante aussi bien qu'un serain, Mais non si bien qu'une syrene, S'il est propre à vostre lutrain, Je vous le donne en bonne estrene, Pour vous seruir je l'ay dressé; Je l'ay nourry, je l'ay fessé, Si jarreten suis ruiné patience, Je m'en rapporte à mon valet, Qui tient conte de ma despence, Si pour despencer en ballet, Il ne faut pas grosse finance. Mais, c'est trop parler de serain, À dame tant serenissime, Car pas trop bon n'est le serain, À vostre grandeur altissime, Je ne chante plus d'aujourd'huy, Musette apportes mon estuy, Serrés mon archet et ma lyre, S'il vous plaist d'en oüyr conter, Des plus beaux, vous n'aués qu'à dire, J'ay fort bonne main pour chanter, Et tres-bonne voix pour escrire. LE BAGAGE PERDU Enfin jarretay veu partir la cour, Venus, les graces et l'amour, Tous nos gens ont troussé leurs quilles, Tous les soldats pris le mousquet, Tout a drillé, tout a fait gilles, Chacun a plié son pacquet. Moy seul demeuré le dernier, Sans pite, maille, n'y denier, Sans cheual, hardes, n'y bagage, J'ay veu mon tresor abysmer, Et mon vaillant faire naufrage, Sans tourmente ny coup de mer. Dans le sacré logis du roy, Sans craindre n'y Dieu n'y sa loy, N'y sans redouter la potence, Un voleur m'a tout emporté, Et de tout mon fait l'esperance, Est le seul bien qui m'est resté. Mercure pere des filoux, Que c'est à bon droit qu'entre nous, On repeint auecques des aisles, Si le maraut qui m'a duppé, N'en eust eu de toutes pareilles, Je l'eusse bien tost attrappé. Mais c'est toy de qui le support, A mis à couuert dans le port, Sa teste infame et criminelle, C'est toy seul qui l'as deffendu, Et c'est toy mesme qui recelle, Le bagage que jarretay perdu. Ô toy des dieux le plus subtil! Le plus fin et le plus gentil, Fais qu'on me rende mes valises, Il n'est pas dit en aucun lieu, Que des rabats et des chemises, Fussent à l'vsage d'un dieu. Veux tu parer ton cabinet, De ma coëffe ou de mon bonnet, Que veux tu faire de mes bottes, Tes talonnieres fendent l'air, Et tu ne peux craindre les crottes, Puis que tu sçais si bien voler. Fols artisans de tant de dieux, Antiques superstitieux, Qui forgeastes ce fantastique, Que vos chimeres font bien voir, Que ce dieu sourd et sans replique, Est inutile et sans pouuoir. Mais quelle resolution, Prendray-je en cette affliction, Que feray-je en cette auenture, Tous mes amis à mon secours, Ainsi qu'une froide peinture, Sont deuenus muets et sourds. Ils me craignent en ce malheur, Plus que le perfide voleur, Autheur de mes maux sans resource, Ils pallissent à mon abord, Et mon compliment à leur bource, Porte la frayeur et la mort. A COMTE S. AGNAN Esprit genereux et sublime, Grand heros que la France estime, Autant qu'un prince, et haye au bout, Qui bel et bon estes par tout, Depuis les pieds iusqu'à la teste, Depuis le bas iusques au feste, De long de costiere en quarré, De qui mont de chose est narré, Et dont la valeur en cronique, Malgré les ans fera la nique, À Mademoiselle Atropos, Ainsi qu'à ce faucheur dispos, Le temps, lequel aussi bien qu'elle, Par vos faits en aura dans laisle: Eustil cent faux en son pouuoir, Aussi tranchantes qu'un rasoir, Et machoire assés accrée, Pour manger charette ferrée, Car tant qu'en ces bas lieux sera, Gent qui sçaura lire on lira. Dedans le temple de memoire, Les monumens de vostre gloire, Qui comme jarretay dit durera, In sempiterna saecula, En bon françois cela veut dire, Qu'on verra dans ce bas empire, Tout ce qui vit en l'uniuers, Mangé des mittes et des vers, Plutost que vostre gloire morte, Que dans son front l'histoire porte, Sans qu'un astre malicieux, Ny que le demon enuieux, Qui les dens à comme une herse, Luy fasse jamais trou ny perse, Car vous n'estes pas dieu mercy, De ces preux faits, coussi, coussi, De ces vaillans à la douzaine, De ces heros miton mitaine, En qui ce beau nom reueré: Paroist autant des-honoré, Qu'il est en sa plus haute gloire, En vostre nom qui de l'histoire, Sera le plus digne ornement, Qui des vertus tousjours amant, À vertus faites bonne chere, Qui fieres gens ne craignés guerre. Fust-il plus que Gargantua, Fier, qui le loup garou tua, Que Merlin cocaye Artachée, Que Fierrabras, ny que Typhée, Que Goliat ny que Samson, Qui fust un robuste garçon, Et lequel comme il est à croire, Fist autresfois d'une machoire, Plus que maintenant tous nos preux, N'en pourroient faire auecques deux, Fors vous qui pour semblable affaire, Aués valeur hereditaire, Force et courage compettant, Quand il en faudroit faire autant, Témoins en son maints caboches, Qui de vous ont receu taloches, Pour n'auoir pas comme je croy, Autrement bien seruy le roy, Témoins en est mainte prouince, Où battus aués gens à pince, Montrant aux plus roides gigots, La puissance de vos ergots, Que craindre plus que le tonnerre, On doit, c'est à dire à la guerre. Car aillieurs vostre noble main, N'a rien que de doux et d'humain, Carressant par tout le merite, Non pas en donneur d'eau benite, Ains honorant dame vertu, De vos biens luy çachant le cu, Luy faisant manger carpe fritte, Et du lard de vostre marmitte, Comme faisoit jadis Cesar, À qui je vous compare, car Soit en bonté, soit en prudence, En force en esprit en vaillance, Plus grand que vous, on ne vid onc, Plus doux qu'un gan, plus droit qu'un jonc, Plus franc que l'or, plus rond qu'un iuste, Enfin un vray Cesar auguste, Cherissant tous les nobles arts, Tant de Minerue que de Mars, Fauorissant armes et lettres, Aymant musique, prose et mettres, L'honneste amour, item un peu, La bonne chere et le bon feu, Dequoy vous n'en valés pas pire, Bref, tous deux faits comme de cire, Tous deux grands d'esprit et de coeur, S'il fut un fort grand empereur, Possible monseigneur et maistre, Que vous le voudriez bien estre: Mais je diray qu'hormis cela, Il ne vous manque un iota, De tout ce que jarretay dit en somme, Des qualitez de ce grand homme, Qui comme est dit peu moins peu plus, Valoit bien son pezant d'escus; Aussi par tout la renommée, Dessus son échine emplumée, Ronflant comme un double canon, Fait bruire si haut vostre nom, Que ma pauure muse endormie, Laquelle Yssir ne vouloit mie, De son letargique sommeil, Loin des rayons de son soleil, La grande princesse des charmes, Se resueille et parmy ses larmes, Vous offre ce petit present, Qui je croy seroit plus plaisant, Si jarretauois plus l'esprit en feste, Mais excuses martel en teste: Ce pendant je suis de bon coeur, Vostre tres-humble seruiteur. LA GUESPE DE COUR AU ROY Il y a bien deux ans et plus, Que certains vers de moy vous prittes, Pour lesquels quelques carolus, Grand monarque vous me promistes, Si lesdits carolus promis, Dans mon gousset point n'aués mis, Faute ne fust comme je pense, De bon vouloir ny de puissance, Car chacun sçait que bon vouloir, Aués autant que de pouuoir, Qui pouués du plus miserable, Faire un archiprotonotable, Et du plus vil frotte patin, Un noble à gregue de satin, Un milor d'un homme de paille, Un important d'un rien qui vaille, Comme du plus fier conquerant, Un gueux de cheualier errant; Pouuoir que ne tenés d'Alphée, D'Alquif ny de margo la fée, Mais de celuy qui dans sa main, Tient tout le sort du genre humain, Et qui regit comme d'un autre, Consequemment aussi le vostre, Que je supplie de bon coeur, Vous inspirer en ma faueur, Car si c'est adorable sire, En ma faueur ne vous inspire. Bien tard vous aurés, ô grand roy! D'vtilles mouuemens pour moy, Bien tard grand roy comme je pense, Je seray mareschal de France, Tard on verra par mes aquests, Un paquet de quatre laquais, Apres auoir beu comme à nopce, Pisser derriere mon carosse, Peu se rencontrent dans les cours, De Saint Agnans et de Harcourts, Peu de soleils qui sachent luire, Pour vertu guider et conduire, Et quoy doncques force falots, Force badins, force palots, Force fols, force mercenaires, Force méchans patibulaires, Force rebelles deguises, Forces lutins canonises, Tel fust, et l'esprit, et la vie: Decil qui par maudite enuie, Vainement du temps de Louys, Dont vous estes le digne fils, S'opposoit au cours salutaire, Des graces qu'il daignoit me faire, Et tels sont mesmes ces jaloux, Qui pour me nuire auprés de vous, Vous font à croire que je jouë, Mon argent comme de la bouë, Que l'or en mon gousset placé, C'est eau dans un panier percé. Grand roy c'est de cette maniere, Que sans joüer je fais biziere. Et qu'au lieu de quinze sur dix, Bien souuent je ne fais que six, Grand roy, c'est ainsi que ma muse, Pauure froide triste et confuse, Par un prodige sans pareil, Se glace aux rayons du soleil, Et c'est ainsi digne monarque, Qu'auec cette gentille marque, Iamais graces à mes riuaux, Vous ne sçaurés ce que je vaux, Quand annonceant vostre euangile, Mille bourgeois de cette ville, Par moy detrompés de leurs faits, Tant à Luxembourg qu'aux palais, Vous apprendroient combien de milles, J'ay desabusé de soudrilles, De folle creance obsedés, Et deliuré de possedés, Du malin esprit de la fronde, Le plus méchant diable du monde, Iamais graces à mes riuaux, Vous ne sçaurés ce que je vaux, Quand on vous diroit de mon zele, Le progrés ardant et fidelle, Combien preschant à des marraux, J'ay perdu d'honnestes de manteaux, En dix combats, et six battailles, Où je cuiday mes funerailles, Voir en la fin de mes trauaux, Combien jarretay perdu de chappeaux, Faute d'un petit brin de paille, Combien de la fiere canaille, J'ay supporté dedans son vin, De transports de Saint Maturin, Combien de coups de fiere patte, Tant sur test que sur omoplatte, Eust mon nepueu dessus le point, De perdre son porte pourpoint, Si que force fust sans trompette, À moy soudain faire retraitte, Dans la bonne ville de Sens, Ou fors trois coquins hors du sens, Le reste qui pour vous soupire, Pour vous souffriroit le martyre, Si martyre pour vous souffrir, Il falloit et pour vous perir, C'est parmy ce peuple fidelle, Que traistre frondeur ou rebelle, N'a qu'à montrer son chien de nés, Fust-il des plus enfarinés, Je veux qu'on medegargamelle, S'il en rapportoit cuisse ou aisle, Aussi c'est dans le lieu natal, À tous vos ennemis fatal, Que grace à gregue senonoise, J'ay puisé cette ame françoise, Qui fait qu'il me seroit bien doux, Grand roy d'estre cardé pour vous; Qui doncques, ô tres digne sire, Du bien de moy vous pourra dire: Sera ce quelque Mecenas, Quelque amoureux fils de Pallas, La gloire auecques sa trompette, La renommée ou la gazette; Qui de mon nom vous parlera, Non, mais ma mort vous le dira, Du moment que nous est rauie, La vie aussi cesse l'enuie, Aux enuieux les plus mordans, La mort casse toutes les dens, Ce monstre ainsi mis en desordre, Par mort ne trouuant plus que mordre, Dans un corps par mort abbattu, Laisse en repos dame vertu, Lors que je n'auray plus affaire, Que d'un beguin et d'un suaire, Et que pour m'ayder au besoin, Il ne faudra ny blé ny foin, Robe, pourpoint, ny sçapulaire, Ny d'argent pour mon locataire, A lors mes seigneurs mes riuaux, Vous apprendront ce que je vaux, Vrayment ces airs auoient des charmes, Diront-ils alors et ses carmes, Quoy qu'assés mal recompensés, En tous lieux estoient encensés, Faute d'un ange tutelaire, S'il n'eust la fortune prospere, Nous n'en deuons estre esbahis, Nul n'est prophete en son pays, Ô diue gloire seraphique, Que ce rare panegirique, En mon drap empaquelotté, Comme un lieure dans un paté, Attendant le coup de trompette, Me rendra la jambe bien faite, Que je seray bien réjoüy, Quant pour moy tout éuanoüy, Miche, gatteau, tourte et galette, Mon robichon magodinette, Ballon, esteuf, cartes et dés, Poulets, pigeons, chappons bardés, Plaisirs amour, joye et lumiere, Mes membres reduits en poussiere, Quelqu'un grand prince vous dira, De mes faits mirabilia, Ainsi les saints, la sainte eglise, Qu'aprés la mort ne canonise, Mais pour moy qui saint ne suis tant, Mais qui voudroit l'estre pourtant, J'auouë que jarretaurois enuie, D'estre festé durant ma vie. Et qu'en d'espit de mes rivaux, Vous conneussiés ce que je vaux, Deja vostre tante royalle, Princesse que nulle autre esgalle, En a quelque chose apperceu, Si rien encor n'en aués sçeu, Daignés-le apprendre, ô digne sire, Cependant qu'en ma tirelire, Ferés tinter le cardescu, Pour ayder à cacher le cu, Des gens lesquels pour vostre empire, Ont souffert glorieux martire, Ce qui dans ce siecle tortu, N'est pas tant petite vertu, Et ne sera-si le temps dure, Pour de pension je n'ay cure, D'autant qu'en fait de pension, À vous parler sans fiction, Dans si fatale conjoncture, Ce n'est presque argent qu'en peinture, Il n'est rien tel qu'argent contant, Qu'un beau petit équipatant, Sus donc grand prince sans remise, Voyons de vostre marchandise, Et dans peu malgré mes riuaux, Vous connoistrés ce que je vaux. LE VOYAGE DE SENS Mon cher amy de la Chappelle, Qui comme l'or à la couppelle, Est un amy fort esprouué, Et mesmement fort approuué, De petit val dont je vous iure, Bien fort je plaindrois l'auenture, Si pour moy pauure infortuné, Il demeuroit decordonné, Sçachez, cher amy, que jarretestime, Tant pour raison que pour la rime, Je dis raison, car sans raison, Un rimeur est moins qu'un oison, Qu'estant party de la grand ville, Ou mes Louys auoient fait gille, Auec grand train et grossegent, Grand attirail et peu d'argent, Ce qui pour faire long voyage, N'est pas de trop heureux presage, Je dormis tant qu'à mon réueil, Je me vis à bord à Corbeil, On par une fiere auanture, Contrains fus coucher sur la dure, Tres proprement dans mon estuy, Ce que je pratique aujourd'huy, Comme en guerre autant raisonnable, Qu'à fils des muses conuenable, Rien je ne vous dis du repas, D'autant qu'il ne s'en parla pas, Mais le jour d'aprés en reuanche, Le lendemain que fust dimanche, Je trouuay repas opportun, Bien qu'auec rimeur importun, Jadis pour donner un clistere, Tres suffissant apotiquaire, À Paris aymé d'un chacun, Et maintenant poëte à Melun, Ce fust-là que sans caracole, Sans subterfuge ny bricolle, Il fallut à fier batelier, Respandre mon petit denier, À qui pour payer le passage, De mon poëtique équipage, Il fallust laisser en belor, Un tiers de mon petit tresor: Qui fust cher amy je vous iure, Une autre trop fiere auanture, Sans le grand pharmacopola, Agneau qui pour nous s'immola. Nous tirant d'hotesse testuë Diablesse meschante et barbuë, Quand parust à nostre secours, La diue coche de Nemours, Ou logement il fallust prendre, La par trop fier et dur esclandre, Je perdis joüant au piquet, À peu prés tout mon petit fait, À Moret quittans laquatique, Voiture prismes larcadique, Sur qui plus guais que par batteau, Vismes gister à montereau, Où sur beste tant magnifique, De Phoebus la gent deifique, Dans l'estime du peuple fat, Passa pour gent à mitridat, Ce fust là ma tante Nicole, Qu'il fallust changer la pistolle, Ce fust en ce perfide lieu, Grand roy que je vous dis à dieu, Si bien qu'en ce depart funeste, Asnés payés je neus de reste, Que deux beaux petits escus blans, Pour me conduire iusqu'à Sens, Ou mis à bord sans croix ny pille, Auec le plus geux de la ville, J'eusse bien peu sans vanité, Disputer de la primauté. Ô tigresse fortune aduerse, Diablesse, ladresse, taistresse, Vilaine, ainsi pourquoy vas tu, Tournant la nuque à la vertu, Quel nocher dans un tel orage, N'eust brisé mats, ancre et cordage Antenne, trinquet et timon, Quel experimenté patron, En ce destroit n'eust fait naufrage, Fors moy qui sans perdre courage, Expert en de semblables cas, Au montier jarretadresse mes pas, Où bien aspergé d'eau benite, Qui mont à bon chrestien profite, Au ciel plein d'un deuot soucy, Ma priere jarretadresse ainsi, Grand autheur de la confrairie, Des cheualiers de l'industrie, De qui les beaux jours sont finis, Adorable roy de Tunis, Docteur à toy seul comparable, Ange à tes hostes redoutable, Mais secourable à tes amys, Ange à qui le ciel fust promis, Qui dedans ce val transitoire, Par art à peu de gens notoire, As, euité tant de dangers, Tant d'escueils et tant de rochers. Grand autheur de fine finesse, Roy de la ruse et de l'adresse, Grand luminaire des gusmans, Soleil de tous les charlattans, Du plus haut de ton d'omicille, En moy ton pauure lazarille, Triste object du ciel irrité, Influë un traict de ta clarté, Infuse en moy cette science, Par qui malgré ton indigence, Tu triomphas du mauuais sort. De la famine et de la mort, Et je te promets ô grand phare, Esprit du monde le plus rare, De faire durer à jamais, La memoire de tes beaux faicts: Je graueray dans ta chronique, Les beaux traicts dont tu fis lanique, À tous les traicts du temps passé, Du pays chaud iusques au glacé, L'on verra ton panegirique, Et d'un stile plus qu'heroïque, Les arts que tu nous as laissé, À quoy l'illustre trespassé, Tant par raison que par priere, Tout resplandissant de lumiere, Et de brillans enuironné, M'apparut, ou je sois damné. Non point chargé d'un reliquaire, D'un breviaire, ou d'un scapulaire, Mais d'un beau ieu de lansquenet, De trois beaux dez et d'un cornet, Qu'auec tres-graue contenance, Il agita m'en liura chance, Me disant ces mots à peu prés, Fac et in hoc signo vinces, Puis se derobant à ma veuë, Comme un esclair qui fend la nuë, Ne me laisse moins consolé, Qu'un deuot pere recolé, Lequel auroit veu son bon ange, Ô prodige ô merueille estrange, Le jour qui fut le landemain, Qui deuoit estre un jour sans pain: Pour moy qui d'argent n'auois mie, Je fus droit à l'accademie, Où par le vouloir du destin, Je trouuay la carte à la main, Un visage de bonne augure, Noble et gentil de sa nature, Qui sans craindre le coup mortel, Du hazard me porte un cartel, Pour y combattre à toute outrance, Ce qu'accepté sans resistance, L'ange d'abord argent tira, Mais je dis qui perdra mettra, Qui fust or de si bonne mise, Qu'auecques ceste gualantise, Je luy tiray cent escus d'or, Qui ne fust pas le tout encor, Il voulut auoir sa reuanche, Qu'auecques carte belle et blanche, Je luy donnay par tant de fois, Que je mis mon prince aux abbois, Si bien que contant mes pistolles Tant mazarines qu'espagnolles, Louys jaunes et louys blancs, Je trouue plus de mille francs, Voilà comme fortune change, Ores je bois frais et ne mange, Rien que perdrix et pigeonneaux, Mes pages rien que des gateaux, Et mon nepueu qui fait le prince, Plus fier qu'un noble de prouince, Rit chante et boit et fait l'amour, Et moy je la fais à mon tour. A MADAME PROSERPINE Mon sort auec le tien a de la ressemblance, Nous nous sentons rauir tous deux esgalement, Comme un dieu fut l'autheur de ton enlevement, Je sens aussi d'un dieu la supresme puissance. Que jarretayme de ces vers l'agreable cadence, Où je voy d'Apollon le diuin mouuement, Je vante auec plaisir dans mon rauissement, De l'autheur de mon mal la douce violence. Si Pluton consumé par les feux de l'amour, T'enleve et te conduit en son morne sejour, Tu sçais bien que l'amour est cause de ce crime. De mon rauissement jarretaccuse Dassoucy, Charmé par les escrits de cét esprit sublime Et je sçay qu'Apollon en est la cause aussi. Source: http://www.poesies.net