Le Jugement De Pâris En Vers Burlesques. Par Charles Coypeau d'Assoucy (1605-1677) TABLE DES MATIERES A MONSEIGNEUR DE LIONNE AU SOT LECTEUR ET NON AU SAGE POUR LE SIEUR QUINET LE JUGEMENT DE PARIS POEME BURLESQUE POEME BURLESQUE POEME BURLESQUE POEME BURLESQUE VERS BURLESQUES VERS BURLESQUES VERS BURLESQUES VERS BURLESQUES VERS BURLESQUES VERS BURLESQUES VERS BURLESQUES VERS BURLESQUES VERS BURLESQUES VERS BURLESQUES. SONNET. VERS BURLESQUES VERS BURLESQUES VERS BURLESQUES A MONSEIGNEUR DE LIONNE CONSEILLER DU ROY En ses Conseils, et Secretaire des Commandemens de la Reine. Monseigneur, Je vous offre tout mon vaillant, c'est une Pomme, encore n'est-elle qu'en peinture. J'avouë que ce n'est pas le moyen de m'aquitter envers vous. Mais s'il est vray que ce fruict ait quelque vertu contre la melancolie, je m'asseure que le present que je vous en fais ne vous sera point desagreable. Chacun fait accueil à la joye, et c'est avec cette Deesse que je m'asseure que vous ne refuserez point l'entrée de vostre Cabinet à celle qui apres avoir troublé la moitié de l'Univers, ose bien encore interrompre les affaires de la France, pour essayer de vous divertir. Souffrez donc, MONSEIGNEUR, que je vous aborde avec ce petit present, qui jadis ne fust pas plus legitimement obtenu par le merite de la beauté du corps, que vous l'emportez par tant de glorieux avantages d'un esprit toûjours accompagné des plus riches brillans de la vertu, à qui je consacre non seulement cette production de mon zele; mais encore tous mes soins, et toute mon affection, en qualité, MONSEIGNEUR, de Vostre tres-humble et tres-obeïssant et tres-affectionné serviteur, C. DASSOUCY. AU SOT LECTEUR ET NON AU SAGE Vulgaire n'approche pas de cét ouvrage, cet avis au Lecteur est un chassecoquin, je l'aurois escrit en quatre langues si je les avoit sceuës pour te dire en quatre langues, Monstre sans teste et sans coeur que tu es de toutes les choses du monde la plus abjecte, et que je serois mesme faché de t'avoir chanté de trop bonnes injures, de peur de te donner du plaisir. Je sçay bien que tu l'attens par dépit de donner la torture à cét ouvrage. Mais si tu l'as payé au Libraire, on ne te permet pas seulement d'en médire, mais encore de t'en chauffer. Aussi bien quelque jugement que tu en fasses il est impossible qu'on ne soit vengé de ton ignorance, puis que de le blasmer tu seras estimé stupide, et stupide aussi de le loüer, ne sçachant pas pourquoi. Encore suis-je certain que tu en jugeras favorablement, de peur qu'on ne croye que cét avis au sot Lecteur n'ait esté fait pour toy, et ce qui est cause que je te berne avec plus d'asseurance, c'est qu'il n'est point en ta bassesse d'en empescher le debit: car quand ce seroit ton Arrest de mort, ou Nostradamus en Syriaque, deux belles grandes images par où sa prudence a sceu debuter, triompheront si bien de ton oeconomie que tu ne seras plus maistre de ta bourse. Cependant, ô vulgaire, j'estime si fort la clarté de ton beau genie, que j'apprehende qu'apres la lecture de cét ouvrage tu ne sçaches pas encore de quoy l'Autheur a parlé, sçaches donc que c'est d'une Pomme qui n'est ni de Reinette, ni de Capendu, mais d'un fruict qui a trop de solidité pour tes dents, bien qu'elles soient capables de tout mordre, que si par hazard il te choque, je demande au Ciel que ce soit si rudement que ta teste dure n'en soit pas à l'espreuve, l'Autheur ne m'en dédira pas: car il est l'antipode du fat, comme je souhaitterois si tous les ignorans ne faisoient qu'un monstre d'estre au monde le seul Hercule De Bergerac. POUR LE SIEUR QUINET. CAPRICE. Quinet Libraire franc et net, Devant qui la main au bonnet Doit avoir tout autre Libraire, Est brave homme, et qui le contraire Pour de luy medire dira, Menti par la gorge en aura: Oüi je le jure, et par Saint George, Il aura menty par la gorge L'heretique critique qui Dira que j'en auray menti: Car c'est luy qui tout le Parnasse Fait valoir de si bonne grace, Que sans luy Monsieur Apollon N'auroit corde à son violon: C'est à dire n'auroit que frire Ledit Seigneur sans le bon Sire Qui luy fournit large denier Pour avoir jambon sous laurier, Et dequoy boire à tasse pleine, Non de la source d'Hipocrene; Mais de celle sans qui morbleu Maint rouge nez seroit bien bleu. Aussi ce Dieu qui tout éclaire De sa face brillante et claire Ce celebre et fameux rebec, Phoebus ouvrant son jaune bec Chante par tout sa renommée, Et porte sa gloire imprimée Du climat où regnent les lys, Jusque à Constantinopolis. Vous donc à qui ne fera conte (????) De Quinet, qui vaut mieux qu'un Comte; Et qui ne dira de coeur net Vive le grand Toussainct Quinet, Vive Quinet et sa Quinette, J'entends sa tant jolifillette, Qui nous figure en ses attrais Une Pallas à casque prés. Vive, dis-je, l'incomparable Quinet Marchand tout honorable, Tout aimable, tout bon, tout saint, Et tout parfait Maistre Toussaint. C.. DASSOUCY. LE JUGEMENT DE PARIS POEME BURLESQUE. PREMIER CHANT. Chanter je ne vay point la Pomme, Par laquelle le premier homme Miserablement fut perdu, Et tout le monde confondu: Mais bien la Pomme reluisante, Pour laquelle Deesse gente Au beau Pâris monstra le cu, Dont s'ensuivit un Roy cocu. Pomme qui jetta la Discorde, Dont apres, sans misericorde, Maint pauvre homme eust le cou cassé, Qui je croy s'en fust bien passé. Oyés donc, Lyonne, que j'ayme, Non pas du tout tant que moy-mesme; La noise qui sur Pelion Causa de maux un million. QUAND pour les nopces de Pelée Tout fut cuit, et qu'à l'assemblée, Le disner estant appresté, On eust dit Benedicité. Lors des Dieux la troupe brillante, Qui la piece de boeuf tremblante Auparavant avoit fleuré Du haut de l'Olympe doré: Comparut ardante à la soupe; Se ruant la susdite Troupe sur mille potages divers, Comme estourneaux dessus poids vers. Là size estoit, que Dieu benie, Thetis l'espouse tant jolie, Occupant le plus digne lieu Prés du tonnitruaire Dieu. Au mesme bout levoit la creste Junon plus fiere que tempeste, Laquelle porte, ce dit-on, Un tantin de barbe au menton. Junon de rage forcenée, Et qui voudroit estre damnée Alors qu'elle void son mary Couver des oeufs au nid d'autruy. Plus bas estoit son digne frere, Le Roy salé de l'onde amere Suivi de Glauque et des Tritons, Moitié Dieux et moitié Poissons. Apres, de science pourveuë, Qui ne fut onc lasse ou recreuë De travailler soir et matin, Estoit qui sçait Grec et Latin, Pallas qui ne laissa mau-sage Onc aller le chat au fromage. Apres suivoit au front cornu, Qu'il ne fait pas bon voir à nu, Diane qui fit, trop cholere, Un trait qui n'estoit pas à faire Au pauvre chasseur, qui je croy, Avoit guigné je ne sçay quoy. Pas loin n'estoit gente Deesse A cuisse ronde, et blanche fesse, La belle et gaillarde Cypris, Tenant en main monsieur son Fils; Cupidon qui ne la craint guere: Petit broüillon, enfant d'un Pere, Broüillon aussi, nommé Chaos, Duquel on dit qu'il est esclos. Qui lançant dard, ou lançant Pierre, Prend souvent %S.. Paul pour %S.. Pierre Et quelquefois, tant il est fol, Aussi Sainct Pierre pour Sainct Pol. Tout vis à vis le bon Apostre, Estoit qui jaze autant qu'un autre, Mercure qui dés son maillot Fit bien voir qu'il n'estoit pas sot: Dérobant la noire pincette Au Dieu Vulcan porte fourchette. Plus haut estoit mauvais guerrier, Mais bon Chantre, et Menestrier, Phebus dont la face tant belle Espargne icy mainte chandelle; Trainant tousjours à son costé Les neuf Muses au cul croté, Qui chemise en dos n'avoient mie; D'autant que, Commere mamie, Brin n'estoit encore en ce temps De Harcours, ny de Sainct-Agnans. Prés ces filles à maigre coine Trinquoit Bachus, gras comme un Moine, A Silene le bon viellard Suivi de son asne paillard, Qui sur l'Espouze vouloit faire Un acte à la vertu contraire: Piqué d'un desir furieux De mettre un asne au rang des Dieux. Apres iceux tenoit la couppe Le beau mignon qui porte en crouppe: Versant à boire d'un grand vin Au Dieu qui fait le Tabarin. Momus tousjours prompt à mesdire; Ce que sçachant par ouïr dire, Le flattoit, craignant le garçon, D'entendre pire que son nom; En fin, à l'odeur de la chere, Fils ne fust pas de bonne mere, Qui ne vinst y lecher les plats; Tout y vint, mesme jusqu'au chats. Seule, si bien je me recorde, Pas ne s'y trouva la Discorde: D'autant, je croy, qu'on l'oublia, Et que nul ne la convia: Dont de despit elle eust courage De renverser pots et potage: Mais crainte de Dieu l'empescha, Et seulement ces mots lascha; Doncques je seray mesprisée De vous, Madame, l'Espouzée, Qui, je croy ne me croyez pas Digne de faire un bon repas. Sans moy vous hausserez la couppe, Et seray seule de la troupe: Qui soupe point ne mangera; Par mon ame il vous en cuira. Dignes ne sommes ce vous semble, De boire un petit coup ensemble, Mais la feste se passera, Et puis nous verrons qui rira. Moy qui suis en toute contrée De tous les peuples redoutée, Qui n'espargne ny Roy ny roc, Ains qui commande à cappe et froc. Ce Jupin qui lance la foudre Est-il plus craint pour mettre en poudre, Et briser le bec aux rochers, Que moy qui mets bas les clochers; Qui destruis les villes superbes, Et les hauts Pins esgale aux herbes? Pourtant de moy l'on se rira; Par mon ame il leur en cuira. Soupe n'est pas ce qui me touche, Tant ne suis sujette à ma bouche. J'ay du pain cuit et çà et là, Et quelque chose apres cela: Mais de me laisser en arriere Comme un tronçon de chambriere, Discorde ne le souffrira: Par mon ame il vous en cuira. Tost vous sçaurez, Troupe insensée Que fille par soupe offensée, Par Pomme qu'elle cueillera Tost par Pomme se vangera. A tant se teut la Lime-sourde, Qui prenant pain, baston et gourde, Et quelques figues dans son sein, Se mit promptement en chemin, Vers l'Orient tirant grand' erre En certain coin d'estrange Terre: Dont je ne puis dire le nom Sans regarder mon Lexicon. Bien sçai-je que parmy le monde Onc ne fust terre si feconde: Aussi cét agreable lieu Estoit par delà tant soit peu. En cette fertille contrée, Où l'Hyver n'eust jamais d'entrée, Regnoit un Prin-temps eternel; Le jour y duroit perennel: Car du Ciel l'ardente prunelle Là ne roulloit son estincelle; Ny ne sortoit de ses confins Pour aller luire à des coquins. Là jamais l'insolente Bize Ne boursoufloit cotte ou chemise, Ne raffloit calle ny chappeau, Ny n'enfondroit bac ny batteau; Ains tousjours l'amoureux Zephire Y chatouïlloit pour faire rire: Bergere tousjours y chantoit, Et le joly May l'on plantoit. Tousjours on y coupoit la gerbe, On y crioit à ma belle-herbe, Bon Ipocras, et vin nouveau, Et non jamais, qui veut de l'Eau. Car du Vin les rouges fontaines Courant parmy vallons et plaines Y formoient de mille ruisseaux, Cent fleuves à porter bateaux. Dans icelle tant riche Terre, Où meilleur y fait qu'à la guerre: Viellesse n'avoit point d'accez, Non plus que messieurs les procez. On n'y voyoit point de Notaire, De Soldat, ny d'Apoticaire, De Siringue, ny de Bassin, De Mule, ny de Medecin. Point de venin, ny de reptile, De couleuvre, ny de Chenille; De Capuchon, ny de Turban, De Caballe, ny d'Alcoran. Point de Guerre, ny de Famine, Ains sempiternelle Cuisine. Fruicts nouveaux en toutes saisons, Pommes, Poires, Figues, Melons Là les Pruniers, blanches et brunes En tout temps y donnoient des prunes; Les Noyers y donnoient des nois, Les Forests de l'ombre et du bois; Les Jardins de longues allées, Et les montagnes des vallées. Un arbre seul illec estoit, Un Pommier qui pommes portoit; Dont on eust fait un bel eschange En beaux Ducats au Pont au Change: Car ledit Pommier estoit d'Or, Gardé comme un riche tresor: Ayant tousjours pour seure garde Un fier Dragon, qui n'avoit garde De dormir, ayant en tout temps Un oeil à la ville et aux champs. Fors Perseus, nul en sa vie, N'eust la peau du cul si hardie D'en approcher de quatre pas Sans y laisser jambes ou bras. La Discorde, de rage atteinte, Planta piquet, et non sans crainte, Ses patins elle dechaussa, Et comme un Serpent s'y glissa. Si bien que la fine Donselle Fit tant qu'elle en eust pied ou aisle, Je ne sçay pas comme elle fit, Tant y-a qu'une elle en cueillit Grosse environ comme la teste, En despit de la fiere beste, Qu'elle endormit de longs propos, Et charma, luy contant fagots. Ce faict, sans regarder derriere, Ny renoüer sa jarretiere, Craignant d'estre flambée au lard, S'enfuit plus viste qu'un trait d'arc Sur Pelion, où pour s'esbatre Les Dieux faisoient le Diable à quatre; S'estant faicts par maintes raisons De moult beaux et jolis garçons. Là dessous la verte fueillade Les uns chantoient faisans gambade, Et les autres en caleçons Y dansoient aux gayes Chansons: Mercure y joüioit de la harpe, Glauque y faisoit le saut de carpe, Jupin y joüoit au billard, Cupidon à colin-maillard. Les Graces à cligne-mussette, Et leur Mere à criconcriquette. Mars y joüoit de l'espadon, Dont s'effrayoit Poule et Dindon. Le bon Bachus joüoit du flasque: Appollon du tambour de Basque. Diane y chassoit Biche et Fan, Cottes y troussoit le Dieu Pan Les Amours y joüoient à courre, Et le Dieu Vulcan à la Mourre: Où joüant point ne s'aduisoit Que les Cornes on luy faisoit. Ainsi par jeux et promenades Les Dieux, crainte d'estre malades, Alloient abbatans leurs morceaux: Quand du profond d'un bois d'Ormeaux Discorde sans estre apperceuë, Comme l'esclair qui fend la nuë, L'air de la Pomme elle fendit; Laquelle roulant se rendit Aux pieds de la Troupe immortelle. Qui me contera la querelle Que ce dangereux fruict de mort Causa dés son fatal abord? Pour elle que de dents cassées, Que de machoires enfoncées, Que d'yeux pochez au beurre noir, Que de divins cus au pressoir, Combien de robes deschirées, et d'omoplates enfondrées, Que de Rosaires deffilez, Et de nobles tests défulez: Quel de cette fiere escarmouche Rapporta quatre dents en bouche, Qui n'eust au moins deux bras froissés, Avec cinq os du cul cassés. Que si vous me demandez comme Les Immortels pour une Pomme S'entretuoient ainsi de coups: Je vous diray qu'ils estoient sous. Bien qu'en cette digne journée Ce ne fust pas tant la vinée, Ce croit-on, qui les tourmentoit, Que le Diable qui les tentoit: En fin apres mainte taloche, Maint coup de dent et d'ongle croche, Les foibles cederent aux forts: Et la Belle fut prise au corps. La Pomme, à l'entour de laquelle Avoit en lettre telle quelle, Discorde escrit je ne sçay quoy, Qui causa vergogneux employ A maints Dieux de la Compagnie, Lesquels lire ne sçavoient mie; Lors qu'un grand Clerc, nommé Phoebus, Faiseur de vers et de rebus, Leut ces mots, en substance telle, Je suis vouée à la plus belle: Ausquels mots s'esleva clameur Soudaine, et nouvelle rumeur; Pensant chacune en conscience En meriter la preferance: Mais peu leur servit tel debat, Car enfin, apres long sabat, Longue querelle, et longue insulte, Trois beautés, dignes de haut culte, L'emporterent, à sçavoir mon, Minerve, Venus, et Junon; Qui de ce pas toutes ensemble Coururent plus viste que l'amble Vers le Monarque Altitonant, Arbitre de tout different: Qui les voyant comme Bacchantes, Vit bien à leurs faces changeantes, Qu'entrelles, comme dit Platon, Estoit quelque merde au baston: Mais il se tint coy pour entendre, Minerve, qui pucelle tendre, Vers Juppiter haussa la voix, Et parla seule au nom des trois: Arbitre des Dieux et des hommes Pour des poires ny pour des pommes Devant toy ne sommes icy, Bien plus grand est nostre soucy: Veüille donc, ton Altitonance Nous accorder breve sentence Touchant ce rare et riche fruit Où nostre procés est instruit. Ce dit, Jupin de sa pochette Tirant claire et fine lunette, Prit la Pomme, et jetta les yeux Sur cét escrit seditieux: Puis respondant à leur requeste, Comme un Dieu qui n'estoit pas beste, Leur fit ce gracieux discours Capable d'adoucir un Ours; Racommodez vos collerettes, Ostez, mes filles tendrelettes, Avecques ce drapeau mouïllé Le sang de vostre nés caillé. Pardonnez-moy, mes cheres filles, Tant de mon test que de mes quilles: Et vous, ma fidelle Junon, Pardonnez-moy si je dis non; Chacune de vous m'est trop chere; A toutes suis Espoux ou Pere: Cherchez donc juge de ce pas Qui Pere ou mary ne soit pas. Assez pres des rives du Xante, Qui de son eau claire et coulante Lave les pieds du mont Ida, Un Berger vous trouverez-là, Lequel avecques sa muzette, Sa pannetiere, et sa houlette, N'a pas tousjours en pauvre lieu Mangé son pain au coin du feu: Il est Grec en toute science; Il sçait la musique et la dance: Piquer chevaux, faire Tournois, Parler Espagnol et François: Manier Piques et Rondaches; Et de plus bien garder les Vaches; C'est la fleur de toute beauté, D'honneur et de sincerité: Il est accord, prudent et sage; Ne dedaignés ce personnage, Pour estre habillé de Quintin: Son Pere est vestu de Satin; Le plus gros Bourgeois de l'Asie, Priam, qui je vous certifie, Est des Roys le plus apparent, Et mesme un peu nostre parent. Tenez donc prestes vos valises, Tous vos colets, et vos chemises: A demain soit vostre depart, Car pour ce soir il est trop tard: Allés soudain, et n'ayez cure Que de suivre mon fils Mercure; Tandis je m'en vais sans delay Donner quatre coups de balay Aux Regions des noires nuës Pour chasser les gresles cornuës, Qui pourroient gaster vos cheveux, Vos rabats, et vos souliers neufs. Ce dit se leva de sa place; Juppin qui les baisant en face Apres le bon jour et bon soir, Leur dit Adieu jusque au revoir. D'autre part les Dames gentilles Promptement trousserent leurs quilles, Puis tirerent droit au Faux-bourg Pour desloger au point du jour. POEME BURLESQUE. SECOND CHAND. A Peine la Mere aux Estoilles La nuict avoit plié ses voilles, Quand Junon, Pallas, et Cipris, Toutes trois Dames de haut pris, Qui pour la belle et riche pomme N'avoient dormi que d'un court somme, Vestirent leurs riches habits, Requamés d'Or et de Rubis, de Topases et d'Escarboucles, Avec des coquilles de Moucles. Pensez vous que Dame Junon, Et Pallas, fille de renom, A l'heure fussent assés sottes Pour oublier leurs belles cottes, Leurs atours et leurs affiquets, Non plus que Venus ses bouquets? Non certe elles furent soigneuses, Les divinités glorieuses, De vestir habits precieux. Junon qui taille et rogne aux Cieux, Voulut quitter cette journée Sa belle robe d'Hymenée Pour en prendre une d'Or massif, Où l'art d'un trait superlatif Estalloit en belle ordonnance Mainte roüe et mainte potence, Des prisons, des feux, et des fers, Des Ixions, et des Enfers, Et des Peres courans les ruës Pour leurs Enfans devenus gruës: Ce qui donnoit en verité Un bel esclat à sa beauté. De plus, un riche Diademe Ornoit son front blanc comme cresme; Sur lequel front estoit bandeau, Sur ce bandeau petit marteau, Qui servoit à la fiere beste A luy donner martel en teste: Drus soucis elle avoit en sein, Es pieds des souliers de chagrin: Pour plume elle en avoit dans l'aisle, Pour pendant la puce à l'oreille, Pour collier un Diable à son col, Et pour bracelet un licol. A travers cette braverie Mainte esclattante pierrerie Rehaussoit son habillement: Maint gros et riche Diamant, Accouplé d'union Persique, En faisoit trois à la barrique. En deux mains elle avoit dix doigts, Tous remplis de bagues de chois; Et le bleu Saphir et l'Opale, Avec la perle à trogne pâle Honnoroit son gent corcelet Jusque à la charge d'un mulet. Pour Pallas, Dame qui tapisse, Sa robe estoit de haute-lisse, Qui faisoit honte en bonne foy A tous les Tapissiers du Roy: Car en noble et riche tenture De trois pieds plus grands que nature, On y voyoit d'Or et de fil Cent personnages en Pourfil. La sur la crouppe de Parnasse. Estoit Phoebus avec le Tasse, Le celebre chantre Romain. Les neuf Muses et Neugermain, Poëte barbu de haute estime, Lequel apprenoit tout en rime L'art de conserver les souliers Aux plus fameux Mache-lauriers. Sur sa teste elle avoit un casque, Sur ce casque elle avoit un masque, Deux courts bastons dedans son sein, Et sur son dos un tabourin. Dedans une main Tite-Live Et dans l'autre un panier d'Olive: D'olivier que pris elle avet Au joli Jardin d'Olivet. Pour la Deesse à tresse blonde, Fille de Juppin et de l'Onde, Femme à Vulcan, mere d'Amour, Venus plus belle que le jour; Un habit fleurant comme Baume, Couleur de Monsieur de Vandosme, Faisoit voir sous un crespe fin Son cul plus doux que du Satin: Aymant mieux en cette rencontre De son susdit cul faire montre, Que d'estaller Or et Rubis Moins precieux que culs susdits. Seulement en l'Or de ses tresses Cent petits fils de quatre fesses Gentils, jolis, petits amours Faisoient mille folastres tours. L'un joüoit à l'Asne qui trotte, Un autre luy levoit la cotte, L'un contrefaisoit le Coucou, L'un le sage, l'autre le fou; L'un se joüoit d'une lunette, Et l'autre montroit sa pinette: Aucuns le nés s'entrecassoient, Tandis que d'autres s'embrassoient; Et s'entrebaisoient à la bouche. Quand la Dame qui n'est pas louche, Venus, en menaçante voix, Leur dit, belistres de Narquois, Petite graine de Laittuë Est-ce ainsi que l'on s'esvertuë Pour me secourir au besoin? Est-ce là l'amour et le soin Que vous devez à vostre mere? Petits gredins, Enfans sans Pere, Fils de Putains, Enfans trouvés, Est-ce ainsi que vous me servés? Ce reproche à ces petits Vierges, Plus sensible que coups de verges, Plustost qu'on ne peut concevoir Les fit voler à leur devoir; Qui d'un bel art en petite onde Courboit l'Or de sa tresse blonde, Qui luy portoit fines odeurs, Grains parfumés, pots de senteurs, La Gomme, le Fard et la Mouche, Qui de l'eau pour laver la bouche, Qui des bouquets, et des galans, Des patins, des noeuds, et des gans: Aucuns luy portoient pieces d'Ambre, L'un du Musc, l'autre un pot de chambre, L'un luy presentoit un miroir, L'autre repassoit un rasoir; Lequel rasoir, par Saincte Barbe, Il affilloit pour faire barbe: Je ne sçay ce qu'il pretendoit, Ny quelle barbe il entendoit. L'un la couvroit de fleurs d'Orange, Aucuns luy pissoient de l'eau d'Ange: D'autres ornoient d'un colet neuf Ses tetons ronds comme un esteuf. Cependant le gentil Mercure, Qui de les conduire avoit cure, Avoit en guize d'esperons Desja mis ses deux aislerons; Beu deux coups, payé sa couchée, Et mis au poing son Caducée, Avecques son chapeau pelu Pour couvrir son crane velu. Lors que voyant Junon parée, Preste de prendre sa volée, Dessus son Chariot tiré Par quatre Pans au cul doré: Venus sur ses deux Colombelles; Pallas avecques ses deux aisles: Le Dieu prit son vol à l'instant, Les autres en firent autant: Lesquels en moins d'heure et demie Eurent passé la Thessalie; Traversé de Trace le Mont, La Macedoine, l'Elespont; Rhodes, Candie, et les Ciclades, En fin, apres maintes Bourgades, Mainte Villasse et maint Hameau, Mainte Campagne, et maint Ormeau, Ils decouvrirent, non sans joye, L'ample et noble Cité de Troye, Qu'à senestre ils laisserent là Pour tirer vers le Mont Ida, Où comme j'ay dit Alexandre Pâris dessus l'herbette tendre, Paissoit de vaches maints troupeaux; Tantost enflant ses chalumeaux, Et tantost chantant à voix plaine Mirlaridon, laridondenne: Ausquels chants alloient respondans Mille echos mirlaridondans: Mais pour lors dans un antre-sombre, Le beau Pâris estant à l'ombre Ne mirlaridondinoit rien: Ains joüoit avecques son chien, Qui sans avoir soucy ny cure Des Dieux, voyant venir Mercure Avec son Caducée en main, L'auroit devisagé soudain, Sans Pâris qui retint la beste, Luy jettant souliers à la teste; Puis audit Dieu dit, ce dit-on, Monsieur, quittés votre baston, De tous les chiens de ce Village, Il n'en est pas un qui n'enrage, Voyant un homme embastonné, Le mien est un Diable incarné, Il ne cognoist ny Roy ny Maistre, Il est meschant et mord en traistre; Ses dens percent Fer et Leton, Monsieur, quittés vostre baston. De cét advis ne fit que rire, Le Dieu lequel se prit à dire, Berger icy ne suis venu Pour des chiens estre entretenu; Sans employer tant de langage, Je sçay que ton chien n'est pas sage: Mais fut-il fol mille fois plus Que le grand chien dit Cerberus, Pour luy j'en baisserois moins l'aisle, Que pour un chien de Damoiselle; Car, Dieu mercy dans la main j'ay Ce que les Rats n'ont pas mangé: De Lezards ma verge enlassée, (Dit-il) montrant son Caducée, N'est pas un miserable ergot Tiré des trippes d'un fagot: Ains un baston plus honorable, Plus glorieux et venerable Que la ferule d'un Regent; Ny que la verge d'un Sergent. C'est le Sceptre, et la riche marque Dont moy, comme un petit Monarque, De toute chose viens à bout; C'est ma clef, mon passe-par-tout; Mon coutelet, et ma lancette, Dont je seigne bource et pochette: Mon tirebours, et mon crochet, Dont je prends l'or sans trébuchet: En fin la verge assoupissante, Dont j'endors valet et servante: Argus un Vacher comme toy T'en diroit bienie ne sçay quoy. De plus, je veux bien que tu sçache, Toy, ton Chien, ton Boeuf, et ta Vache, Que celuy qui la porte au poin N'est rien moins qu'un homme de foin: Ains le Fils du Lance-tonnerre, Transmis par son vouloir en terre, Pour guider trois divinités, Qui ne sont vulgaires beautés; Ny Deesses porteguenilles, Ains la Soeur, la Femme, et les Filles De mon Pere, qui parmy l'air Faict briller la foudre et l'esclair. Entre elles est noise aspre et dure, Pour beauté; parquoy te conjure; Et te commande quant et quant Au nom du mesme Altitonant D'essuyer un peu ta main sale Pour prendre la pomme fatale, Que je remets entre tes mains Comme au plus juste des humains, Pour des trois la donner à celle Que tu trouveras la plus belle. A ce propos camus tout net Fust le gentil Bergeronnet: Lequel n'ayant veu qu'en peinture Les Dieux, bien aise je vous jure, Fut alors de voir le Roquet De ce grand Dieu porte-paquet; Auquel d'une voix claire et nette Il dit, deffulant sa barrette: Divin Courrier des Immortels Qui me faictes des honneurs tels Qu'à tels honneurs ne puis que dire, Fors que de moy vous voulés rire: Ce qu'à vous autres est acquis; Qui plus heureux que des Marquis Dans vos Carosses et Littieres Faictes farces de nos miseres. Je suis un pauvre Roquantin Qui ne sçait ny Grec ny Latin, Qui n'ay denier, ny croix, ny pille Qui ne chante, ny couds, ny file; Je ne sçay que boire et manger, Comment donc un procés juger? Je ne fus onques à l'eschole, Ny de Cujas ny de Bartole. Au Barreau je n'eus onc accés, Comment donc juger un procés? Bien je pourrois un air champestre Menant mes Boeufs, et mes Boucs paistre Faire dire à mon chalumeau Juger d'une Vache ou d'un Veau: Mais de me porter pour arbitre Ma foy non pas pour une Mitre, J'aurois trop peur, en verité, De Juge ayant la qualité, Jugeant ces Divines Princesses De prendre mon nés pour mes fesses. A l'aspect de ses Deités Si fort esgalles en beautés, Je pense voir trois fleurs escloses, Trois Oeillets, trois Lys, et trois Roses; Trois estoilles, et trois Soleils, Trois nés esgaux, trois culs pareils. Est-ce vous donc qui pourrez dire, Estans toutes comme de cire, Quelle est la plus belle des trois, Je vous le donne en quatre mois. Dispensés moy, donc, ô Mercure De tant d'honneur, cette avanture N'a pour moy rien que de suspect; J'ay pour les Dieux trop de respect, Lesquels, pour porter cette charge Ont d'un pied l'espaule plus large Que moy, qui n'ay pas les reins forts Pour faire de si grands efforts. Alexandre en cette maniere, Tant par raison que par priere Essayoit de fleschir le coeur De l'inflexible Ambassadeur: Mais peu luy servit telle excuse; Car Mercure qui n'est pas buze, Voyant qu'il falloit parler Grec, En trois mots luy ferma le bec, Luy faisant voir lettre patante De sa grandeur Altitonante: Et luy disant trois fois mon cher, Obeissés à Juppiter. Ce qu'entendu, sans autre instance Par une honneste prevoyance Qu'enseigne l'honneste devoir, Le beau Pâris apres avoir Mis une espingle à sa brayette, Demy panché sur sa houlette; Guignoit ces objects radieux: Quand Junon faisant les doux yeux Avec un pas de sarabande Qu'elle avoit appris en Hollande, Aborda le Berger guignard, Puis avec un souris mignard Luy fist cette belle harangue Que j'ay traduite en nostre Langue. POEME BURLESQUE. TROISIESME CHANT. HARANGUE DE JUNON. PAstoureau qui sur le coupeau D'un mont, pais ton joly troupeau, Icy sans feu, tison ny mesche, Je ne suis pas pour faire bresche A l'honneur de ton equité, Non plus qu'à ma pudicité; Je viens braver ces deux carognes, Qui pleines de galle et de rognes Me disputent l'honneste prix Que tu sçais bien qui m'est aquis; Car tu n'es ny bigle ny borgne, Gentil Berger, lorgne un peu, lorgne La Majesté de ces tetons, Sont-ils beaux, sont-ils blancs et rons? Quand mon mary Juppin les baise, Si tu sçavois comme il est aise, Tu dirois bien en verité Que je suis l'unique en beauté. Bien te montrerois-je autre chose Plus odorant qu'Oeillet ny Roze, Qu'on appelle entre gens bien nés La face qui n'a point de nés: Mais j'ayme mieux que tu contemples, De crainte de mauvais exemples, Le beau visage qui nez a, Que le visage qui nez n'a; Dis moy donc est-il un visage Pareil au mien dans ton village, Pres de son esclat nompareil? Est-il pas vray que le Soleil Fait une grimace plus terne Qu'un sabot dans une lanterne? N'ay-je pas le menton fourchu, Courte oreille, le nez fichu, Blonds cheveux, belle et blanche coine? Suis-je pas grasse comme un Moine? Ay-je macule sur la peau, Galle, ciron, darte, ou poreau, Pou, puce, punaise, ou cloporte, Jambe de bille, ou jambe torte, Main potte, piedbot, ou col tord, Oeil postiche, ou dent de rapport? Sus donc petit niais de Sologne, Mon genti-joly lorgne trogne; Sans tarder donne moy le prix, Dépesche toy mon petit fils, Si tu me livres cette pomme, Je te feray le plus riche homme, Et le plus brave, qui jamais Posseda cheval et laquais; Tu seras un homme à carosse, Et si tu veux un homme à crosse, J'entends à crosse de mousquet, Car la Mitre n'est pas ton fait; Je te feray Roy de cent Villes, Que dis-je, de plus de cent milles; Tu mangeras poullet, pigeon, Boeuf, et moutarde de Dijon; Tu dormiras comme une souche, Rien ne feras que prendre mouche, Escrire lettres, et poulets, Et crier aprés tes valets; Tu donneras belles aubades, Festins, ballets, et serenades, Jaunes Ducats à tes flatteurs, A tes amours gands de senteurs, A tes Chevaux fresches littieres, A tes Laquais les estrivieres, A tes bouffons gouvernemens, Aux gens de bien des complimens, De l'argent tu n'en auras manque; Car j'ay bon credit à la banque: En tout cas j'ay de beaux habits, Des Diamans et des Rubis, Et des Perles pleine charrette, Que je mettray dans ta pochette. Mon mignon, mon petit touton, Mon tant joly Bergeroton, Je veux manger aujourd'huy mesme Avecque toy deux plats de cresme; Et mesme garder tes Moutons: Pour toy je ferois des testons, Pense donc à m'estre propice, Où je te feray tel service, Qu'il vaudroit mieux en verité Que le Diable t'eust emporté. Ce dit avec sa castagnette, Junon dansant la Boivinette, Arriere un peu se recula; Et puis Pallas ainsi parla. POEME BURLESQUE. HARANGUE DE PALLAS. SI j'avois au nez la roupie, Aux bras les mains d'une Harpie, Dent de Chien, oeil de Basilic, Et la teste d'un Alambic. Si j'estois Princesse de Galle Ainsi que t'a dit ma rivalle Junon, à qui d'un coup de poin, Pour peu je casserois le groin: Berger sur tout autre equitable Pas, ou je me dedonne au Diable, N'approcheroit de quatre pas De ton huis la Dame Pallas. Pour moins de cent francs de lunette Tu sçauras comme je suis faite, Si j'ay plumage de Corbeau Blanche couleur, ou noire peau: Fille je suis sans Vitupere Du Dieu mon tres-honoré pere, Juppin, qui sous son couvre-chef Me porta neuf mois dans son chef. Maintenant je suis toute telle Que quand Pissis de sa cervelle, Entiere ainsi que je nasquis, J'ay mon cas comme il est requis, Fille chaste, vierge, et pucelle, Et du surplus ton humble ancelle: Pour le regard de ma beauté, Si quelqu'un a la vanité, D'en vouloir querelle entreprendre, J'ay des armes pour la deffendre, Tant par forte et vive raison, Qu'à coups de broche et de tison: Pour ce besoin, j'ay toute preste La pique en main, le pot en teste, Et ce que craindre on ne doit moins, Deux bras nerveux, et deux bons poins: Mais puis que son Altitonance Par finale et brefve sentence M'a mise comme en seureté, Dans les bras de ton equité; Berger, il n'est qu'un mot qui serve Voy tu, je m'appelle Minerve, Fille de bien, Dame d'honneur, D'esprit, de courage, et de coeur; Veine je ne suis, ny muguette, Ny frelampiere, ny coquette; Si par ta haute integrité J'obtiens ce que j'ay merité, Je te prepare un plat d'Olives Duquel te frottant les jensives, Et t'affublant de ce panier Lequel est de bois de Laurier, Tu seras plus sçavant qu'Homere, Et sans coucher au Cimetiere, Sçauras mieux qu'un Predicateur Tout ton Cathechisme par coeur; Tu seras Peintre, et Geometre, Docte, et sçavant en prose, et metre, Habile Clerc, et bien congru, Grec et lettré, comme un Botru; Poil dru (non sans honneur et gloire) Couvrira ta docte machoire; Tu sçauras, quand le Soleil luit, Quand il est jour, ou qu'il est nuit; Tous les secrets de la nature, Tu diras la bonne avanture, Gouverneras le Potentat, Et le peuple qui n'est qu'un fat. Ainsi par ta haute prudence Possederas gloire et chevance, Par laquelle on fait pet et rot, Feu, cuisine, marmitte et pot: Ne dédaignes donc la priere De ta bien-humble chambriere. Pallas qui vit en triste esmoy, Ou bien Berger prends garde à toy; Car fille estant de teste issuë, Fille je suis un peu testuë. Là Pallas finit son discours, Quand la Deesse aux talons courts, Avec mignonne contenance Ainsi parla comme je pense, Regarde moy bien toüille broüille. POEME BURLESQUE. HARANGUE DE VENUS. GEntil Pasteur, qui sous l'ormeau Avec ton joli chalumeau Fais danser cotte retroussée; Toutes les nuicts Margot la Fée, Petit Berger, plus beau qu'Adon, Ny que le Dieu porte brandon, Mon gentil fils qui les coeurs larde, Ny que celuy qui rayons darde. Phoebus lequel dardant ses feux, Voit plus d'un oeil, que toy de deux; Si tu sçavois combien vaut hanche D'une maistresse belle et blanche, Par Sainct Jean tu t'en lecherois Non seulement les quatre doigts: Mais ce crois-je encore le pouce, Tant cuisse, et hanche est chose douce, Tant douce est cuisse, et blanc teton, A fils de Roy gardant Mouton. Ouy, foy de femme et non pas d'homme, Tu ne voudrois pour une pomme Desobliger Dame Venus, Par qui jambons sont mis tout nus; Petit Berger qui jambe preste, As toûjours pour danser en feste; Berger de bien, Berger d'honneur, C'est aujourd'huy qu'en ma faveur Il te faut mettre en evidence, Non ta Bergere suffisance: Car tu n'es pas, divin Berger, Un Juge qui doive juger Ainsi qu'un garçon de Village, Nourry de lard et de fromage, Ains comme un enfant de la Cour, Fils de mon fils, le Dieu d'amour, Qui t'a tiré de chaude humide, Et noble gregue Priamide. Sus donc ô Berger glorieux, Dessus mon corps fiche tes yeux; Regarde moy bien foüille, broüille, Frappe, vire, tourne et patroüille, Tu verras si sous fin drapeau J'ay blanche et delicate peau, Si je suis propre et bien tirée, Si j'ay belle toison dorée, Belle boutique, beau trafic, Belle Zone et beau Pole Artic: Apres, quand ta langue propice, Ou ta main m'aura fait justice, N'apprehende point que Cypris Demeure ingratte au beau Pâris. Comme Junon je ne me vante, Je ne suis riche ny sçavante; Je ne fais Ode ny Quatrain, Ny ne chante point au Luttrain: Aussi je n'offre à ta personne, Science, Sceptre, ny Couronne: Comme à fils de Royal estoc, Toutes ces choses te sont hoc. Un don de bien autre importance T'appreste ma recognoissance; Un bouton de Roze, un fleuron, Un Soleil, un jeune tendron, Une Helene, de qui l'halaine Plus fleurante que Mariolaine, Et plus odorante que Thin, Va rechauffant soir et matin Dans sa riche et superbe couche Un mary froid comme une souche; C'est l'astre le plus radieux! Je te diray qu'elle a des yeux A redire le monde en cendre; C'est pourquoy mon cher Alexandre, De crainte d'inconvenient, Je te frotteray d'un onguent A l'espreuve de la bruslure. Dont Phoebus oingt sa chevelure, Quand dessus les Cieux azurés, Il porte ses rayons dorés; Au reste ne te mets en peine, Bien qu'elle soit d'humeur hautaine, Je te la rends dans jour et an, Plus soupple et plus douce qu'un gan: Je te la livre toute entiere, Bras et jambe, sangle, crouppiere, Boucle, moraille, et moraillon, Sans qu'il y manque un ardillon, Tandis si la personne tienne, De ma beauté qui n'est tant chienne, Veut s'esjouïr, Pâris prens-en, En despit de mon mary Jean; Viens travailler dessus l'enclume Du Dieu qui sent soulfre et bitume. Mon Anchise, mon Adonis, Mon petit coeur, mon petit fils, Ma fressure, ma petite oye, Ma petite andoüille de Troye; Malgré mary, sot et badin, Je suis à toy trippe et boudin. Ainsi la belle Citherée, Du plat de sa langue dorée, Enjoloit le gent pastoureau, Lequel s'essuyant le museau, Que d'Helene la seule Image, Avoit desja mis tout en nage; Incomparables Deités, (Dit-il) aux trois Divinités: Ce dont je suis l'indigne arbitre, Meritoit bien qu'on tint Chapitre, Ou du moins pour le balancer, Qu'on eust la nuict pour y penser: Mais puisque toute surseance Irritte vostre patience; Produisez moy donc à peu prés Les pieces de vostre procés: On ne sçauroit sur l'etiquette Donner que sentence indiscrette; Parquoy convient ô Deités Monstrer tout ce que vous portés; C'est à dire en nostre langage, Qu'il faut estaller le visage, Comme dit Junon, qui nez a, Et le visage qui nez n'a; Ce qu'ouy fist grande vergogne, Tant à Junon, qu'à vierge trogne, De Pallas qui se renfrogna: Mais Venus les devergogna Commençant toute la premiere A denouër sa jarrettiere, Puis sa chausse elle dechaussa, Son corps de cotte delassa: En fin deffit son esguillette, Qui fit voir sur peau mout doüillette, Un certain petit joly cas, Qu'on dit, mais qu'on n'imprime pas. Junon Dame pudique et sage, Despouïlla son cul de menage, Qu'elle estalla dedans ces lieux, Comme mesnagere des Cieux. Pour Pallas la fiere pucelle, Mettant bas, et pique, et rondelle, Monstra dessous son calleçon Qu'elle estoit fille et non garçon; A cét object il ne fut arbre Reptile, Oyseau, Plante, ny Marbre, Qui ne se sentit esmouvoir; Là pouvoit-on appercevoir, Tendant à l'amoureux mystere, Le Coq chanter, et l'Asne braire, La Vache y meugloit le Taureau, La vigne y caressoit l'ormeau, Chevres et Boucs y vouloient rire, Et le Faune avec le Satyre, Eschauffé dedans son harnois, Y baisoit la Nymphe du bois. Devant ce miracle visible, Le Ciel encores plus sensible, Plein d'amoureuse passion, Parut tout en conjonction: Le Soleil grimpa sur la Lune, Dessus Venus Mars et Saturne; Sur l'Ourse le rouge Lyon, Et la Vierge perdit son nom: Bien servit en telle occurrence, Du beau Mercure la presence, Qui les Dames si bien garda, Que Pâris rien ne hazarda, Autrement au grand Dieu qui pette, Et plante cornes sans trompette: Pâris a beau jeu, beau retour, Plante corne auroit à son tour: Mais il se retint en droiture Pour exercer judicature; Qui les sacs bien revisités, Bien reveus et refueilletés; Prononça sentence dorée En faveur de Dame honorée: Venus, et son cul precieux? Haut, proclama victorieux, Luy laissant pour pendant d'oreille La pomme en beauté nompareille, Dont plus penaux et plus camus, Demeurerent les autres culs Que criminels qu'on menne pendre; Ce que cognoissant Alexandre, Dit au Dames ne pleurés pas, Une pomme n'est pas grand cas: Encor j'en ay grace à mon Pere Une couple en ma panetiere, Qu'à vous j'offre d'aussi bon coeur, Qu'à ma Cousine, ou qu'à ma Soeur; S'il vous les plaist, faictes en chere, Et moderés vostre cholere, Qui pour un chien recouvre un chat, Encor n'est destruit tout à plat: Mais rien ne servit ce langage, Fors à rallumer davantage Le courroux de Dame Junon, Qui luy dit traistre Ganelon, Enfant du plus meschant des hommes, Insolent qui m'offre des pommes, A moy qui la maistresse suis Des plus belles de Paradis; Garde les pour Venus la belle, Ou pour cette garce comme elle: Helene par qui dedans peu Je mettray ton pallier en feu; Va race maudite et meschante, Begue cornu, ladre, forfante, Fils de caigne, fils de cornard, Traistre, sorcier, larron, bastard, Va contempteur de ma couronne, Puissai-je enfler comme une tonne, Si je t'en quitte pour un bras, Ce dit, avec Dame Pallas; Apres avoir repris sa veste, Enfila la route celeste, Où pleine de rage et de fiel, Elle jura par l'arc-en-ciel De n'oster jamais gan ny masque, Pique, pavois, lance ny casque, Avant que d'avoir mis à sac Pâris, et son Pere au bissac, D'autre part, la Dame Cytere Enseigné qu'elle eut la maniere D'obtenir l'amoureux soulas En plantant corne à Menelas, Le baisa deux fois à la bouche, Et puis apres avoir dit touche, Vola dans Paphos son sejour, Tousjours chantant vive l'amour; Voila ce qu'en descrit en somme Cil qui jadis en Cour de Rome Fit de l'amour mainte leçon, Qu'Auguste, un fort mauvais garçon Chassa, dont ce fust grand dommage; Car il estoit beau personnage, Facond, disert, d'esprit joly, Et comme vous doux et poly: Bien que non pas du tout si sage Que vous, qui l'estes davantage Que luy; car à vous tout honneur Est deu, comme à sage Seigneur, Qui pour richesses ou sciences Ne faictes le pot à deux anses, Ny ne montrés visages gris, A qui des vers vous donne bis. Ains face claire et chere lie, A Vertu de vous tant cherie; Car vous estes non seulement De Vertu, vertueux amant: Mais encor l'Ange tutelaire De la Vertu qui vous prefere Generalement à tous ceux Qui Vertu n'ont qu'en cordons bleus. Aussi tousjours la Muse nostre, Par tout chantant la gloire vostre, Vostre Los si bien chantera, Que ville et champs enchantera. Jaçoit que vos vertus insignes, Soient pour icelle un peu trop dignes, Qui pour tant digne qualité, N'a compettante dignité; Pour tout bien n'ayant qu'une pomme, Qui ce dit-on resjouyt l'homme, De laquelle presentement, Present vous faits, lequel present, Pourra preserver d'humeur noire Vostre ame blanche comme ivoyre, Qui preservé m'a de serain, De catarre, de froid et faim. VERS BURLESQUES. A LA REYNE. REyne, des Reynes la merveille, Reyne qui n'a point de pareille, Et qui de pareille n'aura Tant que le monde durera; Deut-il durer autant que l'homme: Lequel attendu sans la pomme, Auroit en moult beau Paradis La semaine des trois Jeudis. A vous! ô divine Regente, Homme aujourd'huy se represente, Qui jadis bien s'y presenta: Mais qui trop bien n'y profita, N'estant alors, dequoy j'enrage, N'y assés fol, ny assés sage Pour plaire à haute Majesté, Qui n'ayme mediocrité; Bien que certaine de vos filles, Qui de vostre Cour a fait gilles: Duquel Gilles pour l'assuré, Tort à qui trop en a pleuré, Me reputast un fol insigne; Fille pourtant beaucoup plus digne D'habiter petites maisons, Que se chauffer à vos tisons; N'ayant en soy la noble antique, Qui cervelle eust paralitique, Rien d'agreable que le nom De l'Ange, qui vaillant garçon Mit jadis le Diable en desordre, Et luy donna fil à retordre: Comme il est dit, et que l'on voit Escrit, et peint en maint endroit: Mais ores que caboche pleine, J'ay de science plus qu'humaine Pour en fournir mesme à Pedans, Qui sont sçavans jusques aux dens; Et bonne lardoire qui pique Autant que Poëte Satyrique, Qui jamais sans lard ayt lardé Gens qui mangent chappon bardé: Ores je m'estime assés sage Pour estre vostre fol à gage, En deussai-je soir et matin D'escus avoir plein picotin. Bel argent, lequel à vray dire, Autant que vous me feroit rire, Que refuser j'ose pourtant; Car je ne voudrois rire autant Que Majesté qui peut s'esbatre, Et rire seule autant que quatre; Jaçoit qu'heureux je me tiendrois, Si riant rire je faisois. Reyne en qui gravité repose, Qui ne rit pas de peu de chose, Et qui pour dits impertinents, Ne desserra jamais les dents. Ordonnés donc grave Princesse, En qui gist divine sagesse, Quel personnage je feray, Si sage, ou fol je deviendray, Pourveu que faveur j'en rapporte, Sage ou fol beaucoup ne m'importe: Aussi bien sagesse en ce lieu, N'est que folie devant Dieu, De laquelle plus on se pique, Plus on est creu fol autentique, Estant par elle devenus Trop tost maints jeunes gens chenus: Au lieu qu'agreable folie, Icy bas conserve la vie, Sans qui l'homme au plus clair du jour Verroit non plus que dans un four. Bref par qui se maintient gaillarde, Bonne santé que Dieu vous garde, Ayant en soy non plus le duëil Qu'il en pourroit dedans mon oeil. Vueillés donc, Reyne bien aymée, Que fol sois à l'accoustumée; C'est à dire le meilleur fol, Qui jamais sceut re, mi, fa, sol, Non à menotte, ains à marotte; Car, las! Si par dure menotte J'estois un jour emmenotté, Je serois un enfant gasté: Qui desormais ne pourrois mie Jouër du Luth en Comedie, N'y mesme vaquer à trois dés, Par qui sacs sont bien tost vuidés; Si ce n'est que brillante Reyne, D'or me donnast brillante chesne, Qui seroit à la vérité Bien enchesner ma liberté, Dont moins pourtant ne seroit riche, Reyne de France, Anne d'Austriche, Reyne Mere, au chef Couronné, Du Roy Louys le Dieu-donné, Que je cheris plus que ma vie: Dont brin je croy ne se soucie Le bon Roy qui n'a Dieu mercy Mine d'avoir brin de soucy; Et qui de soucy n'aura guere Sous l'aisle de si bonne mere, Qui de soucy le gardera, Tant que marmitte maintiendra. Jules de valeureux merite, Pour garder Françoise marmitte, Ayant des yeux plus qu'un Argus, Qui vallent mieux que fers aigus; Capelines et Hallebardes De tout le Regiment des Gardes, Sans oublier le preux Gaston, Qui fait trotter martin baston, Guerroyant comme un Alexandre, Le tout pour marmitte defendre Avecques le Prince jeunet, Qui la teste pres du bonnet Frappe tousjours sans dire garre, Et fait souvent telle bagarre, Sans espargner horions lourds, Que maints en sont devenus sourds, Non plus que des contes le Conte, Qu'entre les Demi-dieux on conte Le vaillant Comte de Harcourt, Duquel est conté dans la Court Qu'il porte en la manche un tonnerre, Sans qui trop bien ne va la guerre: Mais par qui France trouvera Bien, tandis qu'à guerre il ira Hazardant sa digne personne, Personne tant loyale et bonne, Qui fait pour vostre Majesté Littiere de Principauté: Et mille autres gens sans exemple, Que crainte d'un discours plus ample Icy je laisseray sans bruit En vous donnant la bonne nuit. VERS BURLESQUES. A MONSEIGNEUR DE LYONNE. SONNET. Conseiller de haute importance, Important des plus importans, De mes boyaux et de mes dens, Aujourd'huy l'unique esperance. Remonstrés à son Eminence Que bien justement je pretends Quelques petits deniers contents Pour l'acquit de sa conscience. Que si c'est honneur des Romains, En ma faveur ouvre les mains, Les mains baisez à ce grand homme. De ma part pour un si bon tour, En attendant que j'aille à Rome Ses dignes pieds baizer un jour. VERS BURLESQUES. A MONSEIGNEUR LE PRINCE DE CONTY. Prince lequel estes, je gage, Le plus sçavant, et le plus sage De tous les sages et sçavans Qui pour sagesse vont resvans, Qui resvans ont dit que sagesse Ne fust onc avecques jeunesse: Duquel resver, par Saint Hubert Ils ont menty comme il appert En vous, en qui sagesse abonde, Autant qu'en sage de ce monde. Bien qu'encores tendre agnelet Ne soyez que cresme et que lait, Chose rare et non pas estrange: Car estrange n'est pas qu'un Ange En qui reluit toute clarté, Toute grace et toute beauté; Encore icy bas manifeste Un esprit de trempe celeste, Lequel sçavant $LT>in omnia$LT/> Peut mettre tout autre à quia. Grace à laborieuse estude Et penible sollicitude Du troupeau du temps ménager Qui sçait plus que son pain manger, Saint troupeau, docte compagnie, A qui robes ne manquent mie, Chausses ny souliers; car au fond Sans cela l'esprit se morfond, Ce qu'aujourd'huy sans autre preuve En moy patiemment j'espreuve, Qui sous habit ras et tondu Porte esprit et corps morfondu, De vieux haillons n'ayant qu'à peine Dequoy couvrir nature humaine, Dont en colere en verité Suis contre la paternité, Qui fit pour complaire à sa gorge Du Paradis jacques desloge: Où sans craindre froids ny glaçons Ores j'irois en calleçons: Car de nudité qui fait honte Je n'en fais ny mise ny conte: Seul je ne suis qui vais encor Comme on alloit au siecle d'or. La Vertu qui tant s'évertuë Le plus souvent va toute nuë, Membres de Dieu nuds sont icy, Nobles Anges le sont aussi; Parquoy desormais je n'ay cure Qu'à parer vents, portes froidure, Qui sans daigner frapper à l'huis Entrent comme gens estourdis Par les pertuis de toutes sortes De mon habit fait à cent portes, Que d'un seul mot, Prince éclattant, Vous pouvez fermer à l'instant Refrenant leur humeur hautaine Par bons harnois de fine laine, Laine qui vaut mieux que le fer Contre telle drogue d'Enfer, Qu'un pauvre garçon vous demande, Natif de Paris ville grande, Qui laine ne demanderoit Si la tirer permis estoit: Ce qu'aujourd'huy sans mal commettre La tirer ose se promettre De vous en qui reluit icy La vertu de Montmorency: Vertu laquelle en vous éclatte Mieux que fin or sur écarlate. Ainsi que vos gens m'ont appris, Et bien d'autres dedans Paris, Qui comme moy dans leur loüange Vous peuvent bien nommer un Ange A la gloire predestiné, Qu'un jour on verra couronné Malgré le Turc dedans la chaire De defunct Monseigneur Saint Pierre: Où vous conduise Jesus Christ Par vos vertus et vostre esprit. VERS BURLESQUES. A MONSEIGNEUR LE CHANCELIER. Grand Chancelier de haut merite, De qui ma personne petite Oza bien un jour approcher, Et devant vous un luth toucher, Chantant chansonnette jolie Qui plust à vostre Seigneurie: Ce qui fit que courtois Seigneur, Grand SEGUIER, me fistes l'honneur De me renvoyer en carosse Apres avoir beu comme à nopce: Duquel devoir ne se repent, Cil qui meshuy par là pretend, Quoy que de tant d'honneur indigne Vous requerir, par grace insigne, De vouloir seulement daigner Vostre digne nom griffonner Au bas du present Privilege, Pour en papier blanc comme neige Empaqueter mes chers enfans, Qui desirent de battre aux champs. Dequoy vous rendra grande grace Humble et petit grimpe Parnasse, Moy Charles, enfant de Paris, Et mesmement le beau Pâris; Duquel j'ay fait tout d'une tire Trois petits chants, qui feroient rire Non seulement sages et fous: Mais encore un tas de cailloux. Doncques, ô Divin personnage, Grand Chancelier, grand homme sage, Point ne diray plus que Caton, Que Socrate, ny que Platon: Car vain est sur papier escrire Ce que par tant dire et redire A tout bon Chrestien est plus clair, Et plus connu que son Pater. Ne rejettez point en arriere Ma tres-humble et juste priere, Qu'accompagne devotion, Encens, et genuflexion. VERS BURLESQUES. A SON EMINENCE. ESPAULE BURLESQUE. Vous des hommes le plus grand homme, Le plus grand des Romains de Rome, Voire des plus grands de Paris, Dont bonnes gens n'en sont marris. JULES qui par vostre science Faites bien à toute la France, Et quelquefois de vostre bien A gens de bien du bien tres-bien; Fors à moy seul, qui sans feintize Ay pieça l'espaule demize, Pour avoir pour Reine et pour Roy Joüé d'un luth plus grand que moy Dans la divine Comedie, Où n'en déplaise à qui s'ennuye, Je voudrois estre rataché Au beau grand luth que j'ay touché: Luth qui sur tous en manche excelle, Qu'à Rome Theorbe on appelle: Mais qu'ore j'appelle en mon mal Machine du Palais Royal, Outil de fatale fabrique Pour petits hommes de Musique, Et dont autre que moy, sans mort N'eust joüé que Sanson le fort. Ores que pour vostre service J'ay souffert trois mois de supplice, Et que pour vous presque immolé Je reste un Pelops espaulé: Espaule en toute reverence Je requiers à vostre EMINENCE, D'argent pas ne me déplairoit: Car par argent certe on auroit Jambes, espaules, espauliere, Voire la beste toute entiere. Ce n'est pas d'huy que l'on perdit Espaules, et qu'on les rendit; Tesmoin l'espaule moult friande Qu'au milieu de celeste bande Devora la gente Cerés, Dame aux épics, Dame aux guerets, Et que Jupiter en yvoire, Marchandise qui n'est pas noire, Rendit, pour montrer en ce lieu Qu'il estoit un Dieu selon Dieu. Bien que tel Dieu, je vons assure, Ne valust pas vostre peinture, Estant plus enclin à tonner Qu'à bonnes espaules donner; Comme vous qui voulez qu'on rende L'espaule que je vous demande, Non d'yvoire, comme il rendit, Mais bien d'argent, comme j'ay dit: Car bel argent, c'est chose seure, N'est grain ennemy de Nature, Ains tres-bel, et bon sur ma foy A gens disloquez comme moy. Parquoy vostre EMINENCE prie D'endurer que je la supplie, D'en ordonner, par sa pitié, A son tres-humble estropié. VERS BURLESQUES. A MONSEIGNEUR DE LYONNE. Vous qui coeur de roc ny de brique, Ainsi que Lionne d'Affrique, Ja ne portez en vostre sein, Mais bien de chair un coeur humain, Un coeur haut, un coeur de Monarque, En qui la Noblesse on remarque Du brave et genereux Lyon, Dont vous avez l'auguste nom. A vous, pauvre Poëte Burlesque, Non tant crotté comme crotesque, Que Theorbes ont espaulé, Et machines ont affolé, Apres respectueuse attente Ore humblement se represente, Et tout pauvre crotté qu'il est Desire apprendre, s'il vous plaist, Si son adorable Eminence, Faute de petite ordonnance, Qu'il auroit bien tost ordonné, Laisse un homme desordonné. Que si l'espaule demandée Encore n'est point accordée, Apres avoir tant supplié, Tant escrit, rescrit et crié, A nous, lesquels autant que d'autres Meritons bien espaules nostres, Par le vray Dieu Sempiternel Et les nobles Anges du Ciel, Qui servent mieux leur divin Maistre Que leur meschant et fol ancestre, Par tous les Saints de Paradis Tant du present que de jadis, Qui comme moy dans cét Empire Ont souffert glorieux martyre, Par le froid de l'Hyver passé Par mon pauvre luth fracassé, Par les grands coups de hallebarde De Suisse yvre, de qui nous garde Le bon Dieu, lequel ce coup-là D'yvre Suisse ne me garda. Par l'huille, la crasse et la crotte De mainte lampe et mainte botte, Par les taches de mon manteau, Par la cire de mon chapeau, Par ma fiévre, par ma diette, Par mon corps devenu squelette, Par tous mes membres offensez, Par tous mes meubles fricassez, Par l'angoisse de mon voyage Fait dessus beste de loüage; Par mon lict de Fontaine-bleau, Par sa maudite et meschante eau, Par ses topes, et par ses masses: En fin par toutes mes disgraces, Que terminer je ne sçaurois Ou sans la mort, ou sans la croix: Qu'ores apres mainte et mainte offrande, Comme Chrestien je vous demande, Tant par vostre amy solennel Noble homme Pierre de Niel, Que par defunct autre noble homme Mon grand pere qui fut de Rome, Dont ores, je croy, ne vaut pis Vostre valet son petit fils; Petit, mais de bonne nature, Portant toûjours à la ceinture Fer, ancre, plume, et griffe en main, Pour la gloire du nom Romain. Mais plus que tout par l'esperance Que son équitable Eminence M'a fait avoir de mon loyer, Noble Seigneur sans dilayer, Au hazard de vostre chair blanche, Mettez espingle en vostre manche, Pour vous souvenir une fois De moy, qui depuis quatre mois Par frequente et mainte requeste De mon espaule romps la teste A hautes gens de cabinet Qui portent rouge à leur bonnet: Apres puisse la maigre chatte D'un coup de sa terrible patte, Mort m'envoyer empaquetté Comme un lievre dans un paté, Si ma main ne vous sacrifie, Et vostre los ne petrifie Par autel que je dresseray, Où ledit los je chanteray, Non d'une voix foible et debile, Ains plus forte que la Bastille, Qui jusques au Ciel s'entendra, Et sur la terre s'estendra. VERS BURLESQUES. A MONSIEUR DE LAVERGNE. Ami des amis la fleur, Secretaire plein d'honneur, Que sur tout autre j'honore, Noble et genereux garçon Loyalement bel et bon, Qu'honneste vertu decore. Amy de port grave et beau, Qui portez sous noir chapeau Esprit de trempe Divine; Et sous modeste pourpoint Un coeur qui ne dément point L'honneur de son origine. A cét Astre nompareil A ce jeune et beau Soleil, A cét objet adorable, Que je revere en tout lieu Dites luy qu'au nom de Dieu Elle assiste un pauvre diable. En recompense du don Je chanteray son beau Nom: Car il faut bien que je chante La Princesse des Vertus, Qui toute seule vaut plus Que la rose ou l'amarante. C'est l'or et le diamant, C'est la gloire et l'ornement, Et l'honneur de nostre siecle, Celuy qui la chantera Toutes ses vertus dira Qui pourra rimer en yecle. Aussi je suis bien certain Que sa liberale main Qui receut mon humble offrande, Me donnera pour payer Au moins l'ancre et le papier, Si c'est trop, que Dieu luy rende. VERS BURLESQUES. Response Au Bout-Rimé. SONNET. IL se fesse pour Dieu comme on fesse un Sabot, De l'Evangile saint il fait sa Politique, Il ne chanta jamais, et je croy qu'en Musique Excepté les soûpirs il n'y sçait pas un Mot: On ne luy peut oster la graisse de son Pot; Car aux mets plus friands son pain sec fait la Nique, Tout apprest superflu luy ressemblant Inique: Aussi cét homme saint ne fait ni pet, ni Rot. Vierge il offrit à Dieu son corps en Sacrifice, Et ne courut jamais dans l'amoureuse Lice, Pour suivre un tel chemin il fut trop Circonspect, Non comme vous, Monsieur, qui risquant la Ruade Parmy folles jumens allez en lieu Suspect Pour faire à la Vertu laide Fanfaronade. VERS BURLESQUES. A MONSIEUR DEMOIROUS. Corps animé d'ame benite, Ange du Ciel, esprit d'élite, Qui pour vertu toûjours en feu, Faites beaucoup, et parlez peu: Gentil-homme à porte cochere, Qu'à Paris bien fort on revere Aussi bien que dans Avignon, Où plus petit qu'un champignon, Où qu'un navet, que je ne mente, Je vous vis des fois plus de trente; Mon chapeau tenant devant vous, Bien-humblement sur mes genous, Donnant dés lors à vostre enfance Les arres de la reverence, Et de l'amour qui je vous dois Par des raisons bien plus de trois: Car esprit de haute importance Merite bien que l'on l'encense, Comme vous en qui l'on peut voir Sagesse, prudence et sçavoir. Si bien que de vous on peut dire Que gouverner un grand Empire Pourriez aussi bien que l'Estat D'un Prince qui n'est Potentat: Mais qui vaut bien sans flaterie Potentat et potenterie. Dequoy douter n'est pas permis Vous, dis-je, en qui le Ciel a mis Plus de prudence et de sagesse Qu'en tous les sept Sages de Grece; Qui ne groüillez pas un festu Sans le compas de la Vertu, Et qui meshuy par grande grace Relevez le petit Parnasse De vostre petit serviteur. Qui des quatre parts de son coeur Presentement, quoy qu'on en die, Vous en offre trois et demie, Ne gardant le reste en ce lieu Que pour vivre et vous dire adieu. VERS BURLESQUES. SONNET. DE l'acier enroüillé d'une vieille antiquaille D'un pot sous qui jamais aucun ne fut battu, Et d'un vieux durandal plus roüillé que pointu, Ce Duc paroist armé du haut de la muraille, Il tempeste, il fait bruit, il demande bataille, Il ne repose plus, et couche tout vestu: Et pour entretenir sa guerriere vertu, Il escrime tout seul et d'estoc et de taille. Jamais l'antiquité n'a veu dans son jadis Un plus vaillant guerrier que ce vieil Amadis, Qui veut tout immoler aux traits de sa furie. Prince songez à vous, il dit qu'il a du coeur, Qu'il a monté sur l'ours, et qu'il n'a plus de peur: Vraiment s'il est ainsi, ce n'est pas raillerie. VERS BURLESQUES. L'APPETIT DE ST AUMOSNIER. APres avoir tout ravagé, Tout beu, tout rafflé, tout mangé, Pour moy je ne sçaurois comprendre, Ayant pitié de vostre faim, En quel lieu vous faites descendre Tant de viandes, et tant de pain. Que si vous aviez irrité Quelque altiere Divinité, Voyant vostre appetit extreme, Nous pourrions croire tout de bon Que vous vous mpangeriez vous mesme Ainsi que fit Eresicton. Mais nous connoissons par effet Que vous n'avez jamais meffait A la mere de Proserpine, Et qu'on ne vous a jamais veu Desobliger que la cuisine Quand vous n'avez pas bien repeu. Ceux qui ne vous connoissent pas Estiment que vostre repas Soit un effet de la Magie, Et craignent avecques raison Que vostre gourmande effigie N'avalle toute la maison. Depuis le jour qu'on nous apprit Que dans la faim qui vous surprit Vous devorastes la chandelle, Et que suivant vostre appetit Vous mangeastes une escabelle Avecques deux rideaux du lit. Un larron craint moins le cordeau Que vous n'estes craint au cerdeau: Car avallant la table entiere, Et devorant jusques au plat Chaque valet se desespere De se voir le ventre si plat. Qu'on ne me parle point du Temps, C'est un conte de vieilles gens D'une vieille Metamorphose, Bien que le Temps n'ait point de bout, Le Temps ne mange aucune chose, C'est Saint Hubert qui mange tout. (????) Aussi nous l'allons separer, Ne pouvant presque plus parer Aux coups de cette faim canine, Portant en soy la qualité D'exciter par tout la famine En disant Benedicite. Mais malgré les Destins vangeurs Il sera le Roy des mangeurs, Et chez les plus puissans Monarques Où l'on ne voit rien de petit, On verra les mortelles marques De son immortel appetit. VERS BURLESQUES. A MONSIEUR DE NIEL. Gentil-homme de maison noble, Qu'en noble ville de Grenoble Je vis, item et que j'ouïs Chanter devant le Roy Louïs, Qui vous trouva chanson chantée Digne d'estre son Timotée: Car fors cil qui tant fredonna, Que sa femme on luy redonna, Aucun dans ce bas territoire, Encor n'a merité la gloire D'estre à ce Chantre comparé, Sinon vous le Chantre adoré, De qui le chant si bien enchante, Que devant vous le Dieu qui chante Seulement dire onques n'osa Farlarirette liron fa, Sçachant bien qu'une Damoiselle, Qu'en France la France on appelle, Ne connoist point d'autre Apollon Que vous, lequel avez le don Non de deraciner les arbres, Ni d'attirer plantes ni marbres; Mais des coeurs qui sont bien plus chers Et plus friands que des Rochers: Desquels coeurs tant et tant attire Vostre vertu, que l'on peut dire Que de là vient mon bon Seigneur, Que si peu de gens ont du coeur Comme moy, lequel n'en ay guere, Et qui n'en ay trop grand affaire: Car trop grand coeur ne doit avoir Cil qui par trop n'a grand avoir Non comme vous homme adorable, Qui, coeur avez tant honorable, Comme il apparut dés le jour Que vostre nez parut en Cour, Ou de l'honneur c'est chose seure Donnastes belle tablature, Comme encore meshuy donnez Aux gens les mieux moriginez. Aussi la Cour son honneste homme Vous appelle, et moy je vous nomme L'original du beau portrait De l'honneste homme de Faret, Duquel attendant la copie Je prie celuy que l'on prie, Qu'il vous conserve sain et net Depuis les pieds jusqu'au bonnet. VERS BURLESQUES. A MONSIEUR L'ABBE SCARRON. Fils de Paul, et non fils de Pierre, De qui les os percent la chaire: Moy fils de Pierre et non de Pol, Qui sur espaule ay teste et col, Voudrois bien faire reverence A vostre maigre corpulence, Devant qui la mort, ce dit-on, N'oseroit braquer son canon, Ni montrer sa mine sauvage Tant luy faites mauvais visage. SCARRON, celeste original, Qui parlez bien et marchez mal, Esprit des esprits le plus rare, Dont la France aujourd'huy se pare, Et dont rare est aussi la chair, Saint Paul de Dieu, l'amy tres-cher, Saint martyr, sacré cul de jatte, Par qui tout homme portant ratte Du mal de ratte est delivré Si-tost qu'argent il a livré Au sieur Quinet qui vend le Livre Qui la ratte de mal delivre SCARRON que j'aime autant que moy, Par qui je jure, en qui je croy Avant que l'homicide Parque, M'embraque dans la sale Barque Du Batelier nommé Caron; Permettez moy, Monsieur Scarron, Que prosterné dessus la face J'aille adorer vostre carcasse, Apres avoir dans maint escrit Adoré vostre bel esprit. Source: http://www.poesies.net