Poèmes. Par André Henri Constant Van Hasselt. (1806-1874) TABLE DES MATIERES Au Gouffre De Han. Liège. Vasco De Gama. Le But De L’Art. Au Gouffre De Han. Ode. Hier ras’t die Hölle. Frédérique Brun. Nul regard, si perçant qu’il soit et si sublime, Nul regard ne pourrait te sonder, noir abîme, Où tonne l’ouragan! Ni plonger dans ton sein que déchire et que lave La vague d’un torrent qui bout comme la lave Au creuset d’un volcan. Jamais le jour n’y luit, jamais la blanche lune, Quand elle glisse, au haut de la colline brune, Par les rameaux tremblants. Le hibou seul y fait rayonner sa prunelle, En écoutant le bruit de la foudre éternelle Qui mugit dans tes flancs.? Eh bien! le coeur des rois est encore plus sombre. Toutes les passions s’y combattent dans l’ombre, Et le crime est vainqueur. C’est un abîme aussi, plein de pièges funèbres. Les noirs conseils toujours parlent dans les ténèbres Qui remplissent leur coeur. Janvier 1831. Liège. À d'autres l'Italie et ses mers azurées, Et ses villes toujours d'un chaud soleil dorées, Venise qu'on dirait, avec ses grands palais, Une flotte échouée au bord de sa lagune, Où le pêcheur croit prendre, aux clartés de la lune, Les étoiles dans ses filets! À d'autres Naple avec son Vésuve qui fume, Et Florence où la brise en passant se parfume, Florence qui sourit comme un bouquet vermeil, Et la villa penchée aux flancs de Pausilippe, Toute fleurie et peinte ainsi qu'une tulipe, Aux rayons de son chaud soleil! À d'autres Rome en pleurs, la ville solennelle, Que Saturne n'a pu briser avec son aile, Rome debout encor comme un grand souvenir, Qui guide avec sa croix, bien mieux qu'avec son glaive, Le pas des nations que le Seigneur relève Sur la route de l'avenir! Mais à moi, mais à moi ma ville bien-aimée, Ma reine qui s'assied sous le dais de fumée Où se baignent ses monts, gigantesques trépieds; Et, riant au milieu des forges enflammées Qui, dans la nuit profonde, éclatent allumées Comme des flambeaux à ses pieds! À moi ma Liège aimée! à moi ma Liège sainte! Car de tous les lauriers elle a la tête ceinte. De nos villes son nom efface tous les noms. Le passant, qui l'admire et jamais ne l'oublie, En a l'âme toujours remplie; Et mieux que le passant nous nous en souvenons. Aussi, qu'elle est superbe, assise sur son fleuve Où se mire au flot clair sa citadelle neuve, Diadème de murs qui couronne son front, Et s'égayant à voir au loin, dans ses campagnes, Autour de l'horizon ondoyer des montagnes Le cercle vert qui danse en rond! De toutes ses beautés le ciel nous la fit belle. Avril y fait plus tôt revenir l'hirondelle; Et puis, - comme Venise, au sein des nuits d'été, A sur ses canaux bleus le chant de ses gondoles, - Elle a le choeur des farandoles Qui chante sous son ciel d'étoiles pailleté. Elle a sa Meuse où vont flottant les voiles grises, Ses jardins fleurissant sous l'haleine des brises, Ses palais bien avant dans la terre fondés, Ses tours, écueils de l'air, où, dans leurs longs voyages, Se déchirent les plis du manteau des nuages, Ses églises aux toits brodés. Reine de nos cités, chaque saison lui donne, Mai ses plus belles fleurs, ses plus beaux fruits l'automne, L'étranger nous l'envie et voudrait l'emporter. De toutes ses douleurs notre âme s'y console; Et, comme au nord fait la boussole, On y revient toujours quand on l'a pu quitter. La fauvette, au printemps, y descend plus ravie, Et l'on y goûte mieux le bonheur et la vie. Le nuage en passant s'arrête dans les cieux Pour la voir plus longtemps sourire sur la terre; Et, moins triste, la nuit, dans son nid solitaire, Le rossignol y chante mieux. Pas une fleur ne manque à sa verte couronne. De toutes ses splendeurs la gloire l'environne. Toujours l'arbre de l'art sur son sol a fleuri: Elle met des noms d'or sur les tombes muettes De ses peintres, de ses poètes, Et coule dans l'airain les hymnes de Grétry. Et puis, que de hauts faits remplissent son histoire! Chaque cri de bataille est un cri de victoire. Chaque lutte grandit son peuple souverain. D'un souvenir sacré chaque rue est pavée. Partout sur ses vieux murs son histoire est gravée Par le glaive au lieu du burin. Ô Liège! tu couvas cet aigle aux grandes ailes Qui tournait tour à tour ses ardentes prunelles Du monde des Gaulois au monde des Germains, Ce géant immortel qu'on nomme Charlemagne, L'empereur qui tint l'Allemagne, L'Allemagne et la France à la fois dans ses mains; Et cet autre aigle aussi dont la serre enflammée S'aiguisa tant de fois, de ses ongles armée, Contre tes oppresseurs, ô ma belle cité, Toi qui lui fis une aire en tes nobles murailles, Et qui te déchiras si souvent les entrailles Pour l'enfanter, - la Liberté! Aussi, ma Liège à moi, ma Liège aimée et sainte! Car de tous les lauriers elle a la tête ceinte. De nos villes son nom efface tous les noms. Le passant qui l'admire et jamais ne l'oublie, En a l'âme toujours remplie; Et mieux que le passant, nous nous en souvenons! Vasco De Gama. Ode. »Eh quoi! raser toujours ce timide rivage? »Toujours aux mimes bords lier mon esclavage? »Je veux la haute mer aux rapides courants, »La haute mer avec ses tournoyantes plaines, »Avec ses aquilons fatiguant leurs haleines »A remuer les flots errants! »A l’étroit, ici, je respire, »Comme un captif dans sa prison; »Il faut à mon âme, l'empire, »L'empire d'un large horizon; »Un ciel plus haut où son vol plonge, »Des grèves plus vastes que longe »Mon navire aux brillants anneaux; »Des vagues où trouvent mes voiles »Des météores pour étoiles, »Les feux de l'éclair pour fanaux! »Au lieu de cette Europe aux rives profanées, »De ses échos éteints, de ses roses fanées, »L'Orient! l'Orient où monte le soleil! »Qu'un souffle, quel qu'il soit, l'aquilon ou la bris »Sous mes mâts inclinés, soulève la mer grise. - »L'Orient!! l'Orient vermeil! » Déployant ses voiles fleuries, Il part, le vaisseau de Gama! - Voilà les molles Canaries, Cythères qu'un ange forma; Voilà ces îles embaumées, A l'entour du Cap Vert semées, Qu'on dirait, dans l'ombre des soirs, Comme des cygnes, blanches troupes, Voir nager en mobiles groupes; Et la Guinée aux hommes noirs. Puis Sainte-Hélène au front caché dans une nue, Où, plus tard, enchaîné sur une roche nue, Loin d'une épouse veuve et d'un fils orphelin, Un Soldat, dont les pas firent trembler la terre, Languit, ayant pour trône un granit solitaire, Et mourut la mort d'Ugolin. Plus loin, comme un géant, se dresse Un rocher sombre sur les flots, Où jamais un cri d'allégresse N'accueillit les gais matelots: Comme un roi superbe, il regarde I. Océan qui lui sert de garde, Le ciel noir où la foudre a lui. Et, dans chaque onde qui se broie, Quel grand navire ou quelle proie L'orage roule devant lui. Sur sa tête, l'éclair brille en livides flammes; Les vagues à l'entour, en écumantes lames, S'acharnent, tournoyant sous le vent qui les bat; Les unes à grand bruit sur les autres s'écroulent, Puis en gouffres béants, se déchirent et roulent Avec la clameur d'un combat. Mais le navire marche et passe, Il marche, et longe tour-à-tour Madagascar qui, dans l'espace, Aiguise un pic comme une tour; Les vagues d'Oman où Cambaie, Ainsi qu'un port ouvre sa baie. Le cap où s'étend Comorin; Ceylan où les monts de Candie Élèvent leur cime agrandie, Puis l'Orient au ciel serein! Là Jagrenat avec sa pagode où domine Wishnou, le tout-puissant, qu'adore la Bramine; Pégu, riche en brillans, la riante Lahor; Golconde où, vers le soir, le dos des dromadaires Porte au Gange sacré les blanches Bayadères; Benarès aux coupoles d'or. Et là, de l'éclatant Bengale, Les oiseaux de mille couleurs, Dans leur grand vol, que rien n'égale, Resplendissant comme des fleurs; Et les forêts, fraîches savanes, Où, sur le front des caravanes, Mille fruits, au bord des chemins, Suspendent les rubis d'Attale, Et ces pommes d'or que Tantale Voyait échapper â ses mains; L'orgueilleux latanier qui dans les airs déploie Ses feuilles qu'on dirait des éventails de soie; Le palmier qui reluit, tout jaune, au soir vermeil: La vigne qui s'étend en guirlandes; l'achante Qui se tresse en couronne au front de la Bacchante . Et l'aloès rouge au soleil. Là des îles, vertes corbeilles, Pleines de roses et de lis, De myrtes qu'aiment les abeilles, De lotus chers aux bengalis: Un fleuve où des sables d'or coulent; Des bois embaumés, où roucoulent Des ramiers aux plumes d'argent; Et de grandes mers azurées Où, dans ses écailles pourprées, Dort la perle, au nacre changeant; Des pics, écueils du ciel, où vont, dans leurs voyages, Vaisseaux aériens, naufrager les nuages; Des monts, de loin, debout à l'oeil des matelots, Qui soufflent des volcans de leurs gueules béantes. Et se dressent, tout fiers de leurs têtes géantes, Comme des phares sur les flots; Dis collines de fleurs moirées, Où le gracieux colibri Cherche, dans les molles soirées, Comme un doux sylphe, son abri; Des vallons où l'aube dessine Les jardins magiques d'Alcine, Avec leur large Gange ami, Où se berce l'errante jonque Sur l'eau, comme une blanche conque Ou comme un beau cygne endormi. - Oh! voilà, les voilà, ces rives enchantées Qu'en ses vers immortels Camoëns a chantées! Camoëns! Camoëns dont le luth s'embauma Des parfums que respire, en ses sérails, l'Asie-, Et qu'enfant une muse allaita d'ambroisie En son berceau! - Mais, oh! Gama! O Gama! ce fut ton génie Qui rêva, par delà les mers, Ce monde, en tes nuits d'insomnie. En tes jours si longtemps amers! Pour toucher ce sol de merveilles, Si souvent nommé dans tes veilles, Et mettre un siècle à ton niveau. Tu passas par plus d'un orage; - Mais qu'importe même un naufrage A qui trouve un monde nouveau? Envoi A M. Victor Hugo. Poète! las enfin, avec tes chants de flamme, De chercher dans l'Europe un écho pour ton âme, Tu ne t'endormis point dans un lâche sommeil; Mais, ainsi que Gama, quittant nos grèves nues, Tu cherchas, loin de nous, des routes inconnues Vers les rivages du soleil! Vingt fois, comme lui, sous l'orage, Tu sentis ta quille ployer, Et vingt fois sortir du naufrage, Et des flots prêts à la broyer. Comme Arion, dans la tempête Tu passas, sans courber la tête, Fixant l'éclair d'un oeil riant; Et, Vasco de la poésie, Tu conquis le ciel de l'Asie, Et les trésors de l'Orient! Le But De L’Art. Non, l'art n'est pas un jeu frivole, un vain prestige, Mirage qui s'éteint sans laisser de vestige, Un rêve de couleurs, de formes et d'accents, Qui, muets pour l'esprit, ne s'adressent qu'aux sens. Il est plus haut le but où sa grande aile aspire; Car l'âme est son domaine et le coeur son empire. Sans captiver l'oreille et les yeux seulement, Il faut que l'art aussi soit un enseignement. C'est là qu'est sa puissance et sa force virile; Et, s'il ne veut rester une langue stérile, S'il ne veut, déposant son titre souverain, Devenir le flatteur des passions sans frein, Faire mentir le chant, la toile et la statue, Couleurs qu'on avilit, marbre qu'on prostitue, Et poésie, oiseau divin, qu'on fait déchoir Du pic où niche l'aigle aux branches d'un perchoir, - Il faut qu'il fasse entendre aux foules amassées La langée des grands coeurs et des mâles pensées, Qu'il les éclaire, ayant le jour sur son flambeau, Qu'il les instruise, étant l'idiome du beau, Qu'il les élève puisqu'il a des ailes faites Pour planer dans l'azur, coupole des hauts faites. O mes frères, voilà le rôle dévolu A ceux qui, comme vous, dans leur siècle ayant lu, Se trouvent à l'étroit parmi ce qui respire, Mais que l'art généreux de son grand souffle inspire, Et qui, prédestinés du ciel, sentent qu'ainsi Que les prêtres, ils ont charge d'âmes aussi. Et d'ailleurs à quel temps fallut-il, comme au nôtre, La larme du prophète ou la voix de l'apôtre? Quand, sur notre horizon de plus en plus obscur, Le ciel à peine garde un dernier coin d'azur; Quand les coeurs les plus forts ont perdu leur vaillance; Quand l'âme la plus haute a plus de défaillance Et, du ciel oublié désertant le chemin, Fait .des vérités d'hier les erreurs de demain; Quand on voit par degrés les plus fiers caractères Descendre lâchement de leurs cimes austères Et, des mâles vertus abdiquant le trésor, Hélas! n'avoir plus soif que de pouvoir ou d'or; Quand l'homme, s'égarant de doctrine en doctrine, Ne sent plus pour le vrai palpiter sa poitrine; Quand, du grand et du beau l'idéal incompris Ne sollicite plus les ailes des esprits, Et que la foi devient une formule obscure; Quand les Zénon muets font place aux Épicure; Quand tous les dévoûments s'éteignent, et qu'enfin Jouir est le seul but comme la seule fin, - Vous, artistes, du moins restez toujours fidèles Au culte des vertus, ces vierges immortelles. Sur leurs trépieds vermeils entretenez le feu Autour du morne autel d'où l'homme arrache Dieu. Fuyez sur vos hauteurs tous ces bas-fonds servîtes Où rampent l'égoïsme et les passions viles, Et laissez leur appel vainement vous tenter; Car plus le coeur descend, plus l'esprit doit monter. Pour le rêveur qui songe et l'artiste qui crée Dieu fit la solitude et son ombre sacrée. Sur les sommets plus hauts l'aube a plus de rayons, Et c'est dans le désert que naissent les lions, Et sur les pics des monts que l'aigle fait son aire Pour fixer au soleil son oeil visionnaire. Seuls avec votre coeur, méditez et rêvez. Complétez votre esprit dans le calme, et vivez Dans la sérénité de la douce nature. De ce livre éternel faites votre lecture, Recueillant à loisir les notes des chansons Dont les oiseaux joyeux remplissent les buissons, Les strophes qu'au réveil des cloches matinales Les brises font entendre aux roses virginales, Et tous ces bruits charmants et ces rhythmes divers Que le souffle des bois tire des arbres verts, Éblouissants versets dont se fait l'hymne austère L'hosanna solennel qu'adresse au ciel la terre, Langage merveilleux des forêts et des champs Que l'immense nature épand dans tous ses chants. Puis méditez le coeur humain, cet autre monde, Où parfois le sublime est voisin de l'immonde, Où le bien et le mal dominent tour à tour, La haine étant souvent le plus près de l'amour. Sondez tous ces recoins où les blondes nichées Des beaux espoirs et des beaux rêves sont cachées, Doux oiseaux que l'on couve en soi-même longtemps, Mais qu'on voit s'envoler toujours avant le temps; Et tous ces noirs replis où les passions dorment, Ténèbres où le crime et la vertu se forment, Pour en sortir, l'une aigle aux larges visions, Et l'autre avec le cri sinistre des lions. Puis encor descendez dans l'antre de l'histoire, Des grands événements obscur laboratoire, Où les siècles, aïeux des siècles qui viendront, Taillent les nations pour la gloire ou l'affront; Scrutez tout ce travail que fait la main des âges Et qui parfois confond la raison des plus sages; Le passé préparant lentement l'avenir; Les peuples tour à tour, les uns sans souvenir Émergeant du néant comme l'aube de l'ombre, Les autres sans espoir rentrant dans l'oubli sombre; Le fait créant l'idée, et l'idée à son tour Prenant sa griffe an tigre et son aile au vautour; Rien de stable dans rien de ce que l'homme fonde; Tantôt le jour vermeil, tantôt la nuit profonde; Et, dans tout ce labeur, l'esprit de Dieu qui fait D'une cause toujours la mère d'un effet. Lorsque ainsi vous, aurez, dans le champ des idées, Glané de vos épis les gerbes fécondées, Dans la foule, ô semeurs austères de clartés, Rentrez, et répandez le grain des vérités. Peintre dont l'oeil est plein de rayons et d'aurores, Musicien, rêveur aux visions sonores, Poëte, tour à tour chantre grave et sereinn Sculpteur qui fais parler ou le marbre ou l'airain, Dans la plaine féconde où frissonnent les seigles, Dans les monts dont les pics portent des aires d'aigles, Dans l'océan sans borne où règnent les typhons, Dans les astres qu'on voit peupler les cieux profonds, Dans la petite fleur qui se cache sous l'herbe, Dans le chêne qui dresse en l'air son front superbe, Dans la double splendeur de la terre et du ciel Contemplez l'idéal voilé par le réel, Et, le pied familier avec l'inaccessible, Montrez-nous l'incréé celé par le visible. Puis donnez-nous un peu de ce calme divin Que loin de la nature on chercherait en vain. Du foyer domestique apprenez-nous le charme, Où le rire souvent est moins doux qu'une larme. Des âmes et des coeurs relevez le niveau. Dans la nuit des esprits portez un jour nouveau, Et soyez tour à tour le phare ou l'étincelle Dont s'éclaire le flot où notre nef chancelle. A ceux qui sont en haut, à ceux qui sont en bas Enseignez le devoir sans qui le droit n'est pas, Et le respect du vrai par le respect du juste. Rendez son auréole à toute chose auguste. Dans un marbre éternel sculptez pour l'avenir Toute noble action et tout grand souvenir. De tous les dévoûments évoquez les exemples. De toutes les vertus repeuplez les vieux temples. Faites croire, espérer, faites aimer surtout; Car ce mot est si grand qu'il dit et contient tout. Tâche sainte! Labeur que ce siècle réclame De tout ce qui se sent quelque chose dans l'âme! À l'oeuvre donc! A l'oeuvre et le faible et le fort! Le glaive du soldat peut rompre dans l'effort De la lutte où la guerre appela son courage. Mais qu'importe? Il aura fait sa part de l'ouvrage. O mes frères, peut-être un jour aussi viendront Les haines contre vous qui se soulèveront, Envie et passions, clameurs et calomnie, Poussière qui toujours monte autour du génie, Les vengeances d'en haut, les lâchetés d'en bas, Dépits des vanités que vous n'encensez pas, Fureurs des nains que vous couvrez d'un peu trop d'ombre, Ressentiments sans trêve, inimitiés sans nombre. Qu'importe encor? Laissez passer tout ce vain bruit. La clarté du matin succède à toute nuit. Sous le dédain la haine elle-même se lasse. Vivants et morts, le temps remet tout à sa place, Les uns dans la splendeur, les autres dans l'oubli. A l'oeuvre donc le coeur de courage rempli! Du Sahara profond si le simoun torride Soulève par moments les flots de sable aride, Les pèlerins pieux ne le redoutent pas, Vers la sainte Médine où s'adressent leurs pas, Malgré le ciel de feu, malgré la plaine immense Dont l'horizon toujours s'étend et recommence, Malgré les grands lions qui rugissent autour De la citerne vide, abreuvoir du vautour, Ils poussent leurs chameaux et vont sereins et calmes, C'est qu'au bout du désert est la cité des palmes! Source: http://www.poesies.net