Poésies Diverses. (1866-1880) Par Albert Mérat. (1840-1909) TABLE DES MATIÉRES. Lune D’Hiver. Les Violettes. La Ville. La Jungfrau. Le Moulin. Les Fenêtres Fleuries. Les Ânes. Les Collines. Les Marbres Roses. La Statue De Colleoni. Les Maitres Inconnus. Clair De Lune En Rade. La Cathédrale. La Cène. Les Vagues. Paysage Toscan. Lune D’Hiver. A travers le réseau des branches que l’hiver Trace avec la vigueur des dessins à la plume, La lune, comme un feu qui dans le ciel s’allume, Montait, luisant au bord du bois couleur de fer. Tu manquais à mon bras, mignonne, et ton pied cher A qui marcher fait mal et qui n’a pas coutume D’aller loin, sur la bande étroite du bitume Ne faisait pas crier le sable fin et clair. Pourtant lent et distrait, sous cette grande allée, Où le bruit de mes pas fait partir la volée Des rêves vers le sourd abîme de l’azur, Je crus qu’auprès de moi palpitait quelque chose, Et, me tournant pour voir rire ta bouche rose, Je vis mon ombre longue et triste sur le mur. Les Violettes. Une habitude longue et douce lui faisait Aimer pendant l’hiver les violettes blanches; A l’agrafe du châle un peu court sur les hanches Son doigt fin, sentant bon comme elles, les posait. Un jour que le soleil piquant et clair grisait Les moineaux francs criant par terre et dans les branches, Elle me proposa d’aller tous les dimanches Cueillir avec l’amour la fleur qui lui plaisait. A présent, ce bouquet est tout ce que j’ai d’elle; Mais j’y trouve toujours, pénétrant et fidèle, Un vivace parfum émané de mon coeur. Tel le verre vidé qu’un souvenir colore: Le regret du buveur pensif l’embaume encore Et la lèvre y croit boire un reste de liqueur. La Ville. Nos coteaux, les plus purs de tous & les plus doux, Que, n’eût été la Grèce, auraient choisis les faunes, Au bas de leurs sentiers poudrés de sables jaunes Ont comme une hydre énorme éparse à leurs genoux. La Ville nous fascine, étant moins près de nous, Avec ses tours aussi royales que des trônes; Horizontale, bleue & blanche entre les cônes Des châtaigniers plus verts & des chênes plus roux. D’ici l’on ne voit rien que les langueurs farouches Du monstre aux mille bras puissants, aux mille bouches, Dont le grand soleil d’août ensanglante les yeux. Elle est plus dangereuse ainsi; mais, pour nous prendre, Il faudrait que le ciel fût moins silencieux; Il faudrait que le bois ne sût pas nous défendre. La Jungfrau. Au milieu de la chaîne énorme des grands monts, Si hauts que l’air, plus rare, y manque à nos poumons, Jusqu’au fond du lac bleu prolongeant ses abîmes, Superbe, et dépassant du front toutes les cimes, La montagne de loin attire les regards. L’imagination douce des montagnards La trouve la plus belle et la nomme: la Vierge. De la fenêtre étroite et basse de l’auberge, Tandis que s’apprêtaient les guides dans la cour, Mon oeil, à l’horizon, dessinait le contour De la montagne pâle et blanche comme un cygne. Le soleil colorait cette candeur insigne, Et l’on voyait rougir la neige sans affront, Comme fait une enfant qu’on a baisée au front, Craintive, et dont le sang à la joue embrasée Pour la première fois monte en vive rosée. L’astre, c’était l’amour; la neige, la candeur. Puis, lorsque s’éteignit toute cette splendeur, -Car l’esprit la retient, mais l’heure la déplace, Mes yeux, moins éblouis, virent les flancs de glace, La stérile froideur et l’immobilité, Et pourtant l’invincible attrait de la beauté. Je ne sais pas comment cela se fit... Peut-être Était-ce l’air du soir soufflant par la fenêtre, Peut-être la fatigue, ou bien un souvenir? Mais le tableau que l’âme a peine à contenir S’effaça peu à peu: les lignes s’arrondirent; Les angles purs et droits vers le ciel assouplirent En ondulations leur rigide dessin; L’aspérité du roc se moula comme un sein, Ayant pour vêtement la neige immaculée. L’image palpitait, charmante, reculée, Obscure, insaisissable, et pourtant près de moi; Et, sans que ma raison pût concevoir pourquoi, Le mont géant avait des épaules mignonnes. Et comme on a parfois des rêves monotones Quand l’amour qu’on berçait n’est pas bien endormi, Pâle et blanche, et venant à moi d’un air ami, Avec cette beauté que la grâce décore, Je vis, spectre charmant, celle que j’aime encore. Le Moulin. C’est par eau qu’il faut y venir. La berge a peine à contenir Le fouillis d’herbes et de branches, Ce monde petit et charmant, La grande roue en mouvement, Les vannes et leurs ponts de planches. Un bruit frais d’écluses et d’eau Monte derrière le rideau De la ramure ensoleillée. Quand on approche, il est plus clair; Le barrage jette dans l’air Comme une odeur vive et mouillée. Pour arriver jusqu’à la cour, On passe, chacun à son tour, Par le moulin plein de farine, Où la mouture en s’envolant, Blanche et qui sent le bon pain blanc, Réjouit l’oeil et la narine. Voici la ferme; entrons un peu. Dans l’âtre on voit flamber le feu Sur les hauts chenets de cuisine. La flamme embaume le sapin; La huche de chêne a du pain, La jatte de lait est voisine. Oh! le bon pain et le bon lait! Juste le repas qu’on voulait; On boit, sans nappe sur la table, Au tic-tac joyeux du moulin, Parmi les bêtes, dans l’air plein De l’odeur saine de l’étable. Lorsque vous passerez par là, Entrez dans le moulin. Il a Des horizons pleins de surprises, Un grand air d’aise et de bonté, Et contre la chaleur d’été De la piquette et des cerises. Les Fenêtres Fleuries. Les Parisiens, entendus Aux riens charmants plus qu’au bien-être, Se font des jardins suspendus D’un simple rebord de fenêtre. On peut voir en toute saison Des fils de fer formant treillage Faire une fête à la maison De quelques bribes de feuillage. Dès qu’il a fait froid, leurs couleurs Ne sont plus que mélancolie; Mais cette habitude des fleurs Est parisienne et jolie. Ainsi, tout en haut, sous les toits, L’enfant aux paupières gonflées, Qui coud en se piquant les doigts, A près d’elle des giroflées. Quelquefois même, et c’est charmant, Sur la tête de la petite On voit luire distinctement Des étoiles de clématite. Aux étages moins près du ciel, C’est très souvent la même chose: Un printemps artificiel Fait d’un oeillet et d’une rose. Dans un pot muni d’un tuteur, Où tiennent juste les racines, Un semis de pois de senteur Laisse grimper des capucines. Les autres quartiers de Paris Ont des fleurs comme les banlieues: C’est que le ciel est souvent gris, Et qu’elles sont rouges et bleues; C’est qu’on trouve un charme en effet A ce fantôme de nature, Et que le vrai sage se fait Des bonheurs en miniature. Les Ânes. Leur poil est le poil gris qui sied aux philosophes. Ce vêtement, pareil aux solides étoffes, Luit convenablement sans tirer le regard. Comme on les traite bien, ils n’ont pas l’air hagard Des nôtres, malheureux et las, rendus cyniques. Leurs grands yeux doux sont pleins de choses ironiques: Mais après tout, ils sont des ânes, et leur dos Doit porter le labeur honnête des fardeaux. Seulement ce n’est pas l’herbe ni la farine Dont l’odeur vaine excite et tente la narine; Mais les figues, les fruits délicats et mielleux, Les limons doux, l’amas des raisins merveilleux Dont les coteaux soufrés cuisent la chair exquise. La balance du bât est ajustée et mise De sorte qu’elle soit pour eux un bercement. Comme un pavillon d’or, brille joyeusement, Faisant prisme et saillie entre les deux oreilles, Le haut collier de cuivre aux teintes sans pareilles; Et, de chaque côté du front pensif et gai Oui penche à peine à terre et n’est pas fatigué, Verts, et d’un juste accord rythmés au pas agile, Tremblent des rameaux pris au laurier de Virgile. Les Collines. Quand je monte vers la barrière, En laissant la ville en arrière; Quand la rue est près de finir, Un mirage, un décor, un rêve, Au bout de mon chemin se lève: Voyez les collines bleuir! Je vous connais: vous êtes Sèvres; Vous avez des noms doux aux lèvres Et des sourires tentateurs. Vous êtes Meudon; vous, Asnières, Et vous faites bien des manières Pour de si petites hauteurs. C’est que vous êtes les collines Chères, profondes et câlines, Honneur charmant de notre été, Et que vous êtes très jolies Dans vos fines mélancolies Et vos caprices de gaîté. C’est, lorsque Mai verdit les branches, Que vous nous donnez, les dimanches, A pleins rayons votre soleil, L’ombre qui tombe de vos chênes, Et, tout près des sources prochaines, Une heure d’aise et de sommeil. Vos clairières et vos futaies, Les ronces mêmes de vos haies, Tous vos sentiers, je les connais; Car rien de vous ne m’est farouche, Et j’ai baisé plus d’une bouche Dans les fleurs d’or de vos genêts. Blondes collines apparues Vers la banlieue, en haut des rues, Clamart ou bien Montmorency, Votre grâce est partout la même; Mais entre toutes je vous aime, O montagnes en raccourci! Les Marbres Roses. Venise. Nos marbres, pierres de tombeaux, Sont funèbres ou prosaïques. Les marbres roses ne sont beaux Que près de l’or des mosaïques. Le ciel levant vient se poser Sur leurs finesses d’aquarelles: On dirait qu’il donne un baiser A des gorges de tourterelles. En des accords blonds et tremblants Résumant la douceur des choses, Le sang divin des marbres blancs Vit aux veines des marbres roses. Du côté que s’en vient la mer, Une mer fine et délicate, Ils tendent vers l’espace amer Leur radieuse clarté mate. Ils ont des voix et des regards; Et, lorsque monte la marée, Ils cherchent si les étendards Ne flottent pas vers la Morée. (Les Villes de marbre.) La Statue De Colleoni. Venise. L’aventurier, d’un sang plus pur qu’un sang royal, Etant né de celui des belles républiques, Appuie aux étriers d’airain ses pieds obliques, Et, du bras gauche, enlève et retient son cheval. II ouvre l’autre bras dans un geste loyal, Ayant choisi, d’un coeur dévot à ces reliques, Dans les drapeaux empreints d’animaux symboliques, Le vieux Lion plutôt que l’Aigle impérial. Solide conducteur de soldats à sa taille, D’un regard sans prunelle il mène la bataille, Et laisse sûrement sa tactique aboutir. La bouche aux coins tombants, enclose par des rides, Et que serre l’orgueil de deux lèvres arides, Par mépris de parler ne daigne pas mentir. Les Maitres Inconnus. Florence. Les vieux maîtres anciens, sur la toile ou le fer, Inscrivaient de leurs mains augustes et hautaines Leur nom, pour qu’on le sût dans les races lointaines. Signer leur oeuvre était pour eux un souci cher. D’autres, dont l’art moins haut n’a pas connu l’enfer De l’orgueil, soldats forts près des grands capitaines, Ont passé comme va l’eau paisible aux fontaines, Comme vont les doux bruits se perdre dans la mer. Une religion de Grèce était qu’un temple Fût aux dieux inconnus dressé. Le ciel est ample, Et l’on n’offensait pas Aphrodite aux seins nus! Ainsi ferai-je d’eux que plus rien ne renomme: Pour ravir leur mémoire aux vains oublis de l’homme, Je dresserai ces vers aux maîtres inconnus. Clair De Lune En Rade. La nuit avait semé ses nuages limpides Tout autour de la lune, astre rêveur et blanc, Qui, du ciel bleu foncé sur l'onde au pâle flanc, Semblait faire pleuvoir l’argent en jets fluides. La voile, au long du mât, pendait pleine de rides Tant la brise était molle et le flot somnolent. Mes songes balancés au gré du bateau lent, Suivaient la vision des étoiles rapides. En rade les vaisseaux dormaient, sans remuer; Et l’oeil, comme en plein jour, voyait diminuer Ceux dont la course allait tenter l’horizon vaste. C’était la nuit, montrant, riante, ses atours: Et c’était, par la loi de l’éternel contraste, Le plaintif Océan qui sanglote toujours. La Cathédrale. La haute cathédrale est grise, presque noire, Et découpe un profil austère sur les cieux. Une voix vague sort des blocs silencieux: Dans leur langue gothique ils nous disent de croire. C’est le reflet et c’est la vivante mémoire Des âges d’autrefois sauvages et pieux. On sent qu’en ce grand corps est l’âme des aïeux, Et cela vous émeut comme une vieille histoire. Avez-vous remarqué cette forme des tours, Qui montent et qui vont diminuant toujours, Pour porter le plus haut possible la prière? Que vous croyiez ou non, vous ne souriez pas De voir ces murs géants, semblables à des bras, Tendre vers le Seigneur leurs sombres mains de pierre. La Cène. Sur le mur décrépit du cloître ancien et froid, À droite, dans le fond de la salle où l’on croit Sentir l’horreur des lieux où reviennent des ombres, Voilée, et recevant des vitres toujours sombres Le peu de jour qui sied à la paix des tombeaux, Une peinture encor fière, presque en lambeaux, Se dresse; on ne voit qu’elle en entrant: c’est la Cène. La couleur, le contour y subsistent à peine, Et l’on tressaille ainsi qu’en approchant un mort. Comme tout ce que l’art ou la vie a fait fort, L’oeuvre sainte a souffert des choses et des hommes. Le temps n’est pas un faible ennemi; mais nous sommes Plus cruels, et l’affront de nos mains est plus lourd. L’âge, déjà mauvais, l’ayant d’un travail sourd Trop peu blessée au gré de leur sauvagerie, Les moines l’ont souillée et les soldats meurtrie. D’un même accord ils ont trouvé dans leurs cerveaux, Les soldats, d’attacher à ce mur leurs chevaux, Et les religieux qu’un saint zèle transporte, Pouvant la faire ailleurs, de percer une porte Juste au milieu, trouant le Christ tendre et divin. Un pareil attentat, hélas! ne fut pas vain; Et la nature aussi, complice de nos crimes, N’a guère respecté les convives sublimes. L’eau, filtrant à travers l’inutile épaisseur Des murs sur la beauté des fronts pleins de douceur, Aux plus purs, sans raison, a mis des plis farouches. Une tache a faussé l’expression des bouches. Puis les restaurateurs à leur tour ont osé Sur l’oeuvre où le pinceau du maître s’est posé, Ô misère, porter leur main comme une insulte. Tout profané qu’il est, l’autel garde son culte, Et l’âme y voit le Dieu, reconnaissable ou non. Mais tandis que le marbre, Hercule ou Parthénon, Ruiné, mutilé, debout ou dans la terre. Gardien sûr de la forme et de la ligne austère, Sous le sol ténébreux ou le ciel baigné d’or, Conserve sa couleur harmonieuse encor, Et n’a pour retoucher sa vieillesse superbe Que le travail exquis des lierres et de l’herbe Dont la caresse effleure à peine sa beauté, La Cène dans un coin tombe de vétusté. Pourtant, lorsque devant la tristesse imprévue Du tableau, l’intérêt accoutume la vue, Alors, malgré le vague effroi religieux Qu’on a de voir ces bras mutilés, et ces yeux Dont la prunelle pâle et creuse vous regarde Et vous poursuit d’un air si poignant qu’il vous tarde Ainsi que d’un malheur d’en être détourné, Le maître impérieux vous retient dominé. L’oeuvre était si parfaite, et dans son harmonie Si claire transparaît la pensée infinie, Que l’on retrouve encor le miracle effacé; Et, comme on reconstruit les choses du passé Sur un trait que saisit notre âme ingénieuse, La peinture revit entière et radieuse. Et c’est d’abord Jésus, la douleur calme au front, Les yeux baissés, portant sans se plaindre l’affront De la vengeance noire et de l’amitié pire, Qui laisse et ne voit pas ses apôtres lui dire, Le regard appuyant leurs gestes chaleureux. Qu’ils ont le coeur toujours fidèle, et que pour eux C’est une chose amère et dure que ce doute! Simon, rude pêcheur, sans l’oser croire, écoute Mathieu montrant du doigt Judas sombre et moqueur. Philippe, le plus jeune, a les mains sur son coeur. Pierre indigné se lève et désigne le traître, Qui s’étonne et qui semble en appeler au maître. Mais celui-ci, sachant toute la vérité. Qu’un ami l’a trahi, que les Juifs ont compté Ses jours, l’oeil déjà plein des luttes du calvaire. N’ayant point de courroux, n’a pas de mot sévère, Et, sublime rêveur, seul au milieu de tous, Conserve son visage impénétrable et doux. Ô Vinci! quand ta main peignait l’histoire amère, Tu n’as pas loin de toi poursuivi la chimère Du beau hors de la vie et de la vérité, Tes regards simplement s’ouvraient à la beauté Sans séparer le corps harmonieux de l’âme, S’il t’a fallu l’amour pour créer cette femme Adorable, où l’esprit raille et dément la chair; Si Jésus, plus souvent, comme un sujet plus cher, T’apparaît agitant sa chevelure blonde, L’art surtout et la vie avaient ta foi profonde! En ce temps-là le culte était celui du beau. Quel temps! Le monde ancien réveillé du tombeau, Avide, et comme au seuil d’une aurore première, Semblait de l’idéal aspirer la lumière Et l’appeler des mains, des yeux et de la voix. Poète, sculpteur, peintre, architecte à la fois, Michel-Ange sentait le monde en sa poitrine. Raphaël copiait sa belle Fornarine. Dans les cloîtres le sang contenu s’exaltait; Le talent arrivait à l’extase, et c’était Fra Bartolomeo traduisant l’Évangile. Le Corrège, aussi doux, continuait Virgile. Magnifique ouvrier chez un patricien, Giorgione à Venise aidait le Titien. Ces hommes, d’une soif que rien ne rassasie, Faillirent épuiser toute la poésie. Leur trépas éteignit tous les siècles suivants, Ils vivaient recueillis, candides et savants, Ciselant des sonnets, sculptant des cathédrales; Tandis qu’avec des cris féroces et des râles, Pour hâter la ruine et l’asservissement, Les naissantes cités s’égorgeaient tristement. Les Vagues. Vous êtes la beauté. Vers la pure Ionie C’est de vous que naquit Vénus au temps des dieux, Et vous avez formé son corps victorieux De votre onde mobile à la lumière unie. C’est vous, près des vaisseaux, qui faisiez l’harmonie Des Sirènes charmant les Grecs mélodieux, Et reflétiez l’effroi des grands temples pieux De Sunium aux bois sacrés de l’Ausonie . Bien que l’âge ait passé des vieux mythes charmants Et qu’au sein de vos flots soulevés ou dormants La raison ait tué la chimère sacrée, Au fond de votre abîme impénétrable et bleu L’âme malgré soi cherche et regarde, attirée, Si dans cet autre ciel on ne verrait pas Dieu. Paysage Toscan. Coteaux fins aux grands cyprès noirs, Pour faire vos gammes exquises Vous n’avez pas besoin des soirs Ni des aurores indécises. Dans les claires heures du jour, Vous dressez, couronné de vignes, Vers le ciel tendre avec amour, Votre front grec aux belles lignes. Sereins et purs, point élevés, Votre harmonie où l’azur flotte Déroule les tons gris perlés Dont l’olivier donne la note. Clair frisson frais des murs rosés! Parmi les fleurs pleines d’abeilles Vibrent ainsi que des baisers Des lueurs frêles et vermeilles. L’église de San Miniato, Pierres moitié noires et blanches, Crève, lumineuse, un manteau D’aiguilles de pins et de branches. L’Arno, comme teinté de sang, Du sang d’une éternelle aurore Va sous vos pieds, souple, glissant Vers le couchant qui se colore. Fermant l’horizon comme un mur, Les montagnes ensoleillées Donnent l’accord du rythme pur Aux grandes strophes réveillées. Source: http://www.poesies.net